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La haute intensité de main-d’œuvre : Le Projet Pavage

en bref
valorisation locale des ressources Le projet « Développement écono-

humaines mique et social via les chantiers de


pavage » ou Projet Pavage (2009-
2015) est géré par l'Agence belge de
développement (CTB) et le gouverne-
ment burundais. Ce projet consiste
en la construction de 36 kilomètres
de routes pavées dans le cadre de
chantiers-écoles situés dans les com-
Points-clés munes de Kinama, Kamenge et Cibi-
toke, au nord de la ville de Bujumbura.
›L e pavage, une solution durable. Le pavage est une solution plus durable que Ces chantiers appliquent la méthode
à haute intensité de main d’œuvre
le goudronnage (30 à 40 ans par rapport à 15 ans). Il permet en outre de modifier (HIMO). A terme, le Projet Pavage per-
ou de réparer plus facilement les routes. mettra de fournir des emplois à envi-
›A ppropriation des infrastructures par la haute intensité de main-d'oeuvre. ron 4 500 personnes résidant dans
Le pavage (et l’amélioration de l’assainissement qui en découle) est une méthode ces communes, pour une période de
de revêtement qui se réalise en haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) et permet maximum neuf mois. Environ 13 % des
ménages habitant dans la zone d’inter-
de créer une dynamique de développement urbain plus importante que d’autres vention seront touchés par le projet.
méthodes. L’impact sur le sentiment d’appropriation des ouvrages réalisés est
donc plus important. Au-delà de la rénovation des infras-
›L a méthode HIMO, de réels avantages. Si on compare méthode HIMO et méthode tructures, le Projet Pavage a pour
HIEQ (Haute Intensité d’équipement), la méthode HIMO but de contribuer au développement
et à la redynamisation économique
- est environ 10 à 30 % moins chère, et sociale de ces communes, qui ont
- réduit les besoins en devises de 50 à 60 %, été gravement atteintes par la guerre
- crée, pour le même volume d’investissement, de 2 à 5 fois plus d’emplois. de 1993-2004. Durant le cycle d’ap-
›H IMO social: du travail mais aussi des formations. Le Projet Pavage a déve- prentissage, les apprenants suivent
loppé le nouveau concept d’HIMO social : il s’agit d’un chantier HIMO tout au un apprentissage du pavage sur les
chantiers-écoles (pose de pavé, ma-
long duquel (et même après) les apprenants bénéficient d’un accompagnement çonnerie, bétonnage…) et bénéficient
social grâce à des formations humaines, professionnelles et entrepreneuriales. d’autres formations humaines, profes-
›H IMO social: une méthode à élargir à d'autres types de travaux. La méthode sionnelles et entrepreneuriales.
HIMO social peut être transposée à d’autres secteurs tels que l’agriculture, l’appro-
visionnement en eau potable et l’assainissement, l’aménagement de pistes rurales, Ils finalisent leur cycle d’apprentissage
par une formation en éveil entrepre-
la construction de petites infrastructures… Il est important de sensibiliser les déci- neurial et reçoivent une bourse d’ins-
deurs politiques et financiers pour qu’ils prennent en compte cette méthode. tallation. Cette bourse leur permet de
lancer leur propre activité génératrice
de revenus. Pour ceux qui le désirent,
un accompagnement personnalisé est
proposé au lancement des activités
génératrices de revenus.

En parallèle à ces chantiers-écoles de


pavage, les tailleurs de pavés qui tra-
vaillent dans les carrières avoisinant la
ville de Bujumbura, bénéficient d’un
soutien technique et organisationnel.
Constituant un point d’attention du
Projet Pavage, un appui à la bonne
gestion environnementale des car-
rières est aussi fourni aux tailleurs de
pavés.

© CTB / Rosalie Colfs


Le pavé, moteur de développement urbain

“ Faire les travaux avec les équipements modernes, qui remplacent beaucoup de gens,
c’est bon pour les quartiers aisés où il n’y a pas beaucoup de main-d’œuvre. Mais
dans les quartiers où il y a beaucoup de gens qui ne font rien, c’est bien mieux la
méthode HIMO parce que l’argent rentre dans les ménages, et à la fin on a le même
résultat au niveau de la route. La méthode avec les machines, c’est une entreprise,


et seul le directeur de l’entreprise gagne de l’argent.

Léonard Ntandikiye
Directeur en charge des administrations provinciales et communales, ministère de l’Intérieur du Burundi

Options techniques pour la réalisation Les routes bétonnées présentent l’avantage d’une durabilité
de routes en zone urbaine maximale. Les routes bétonnées et goudronnées présentent
Les routes urbaines sont généralement situées dans les zones l’avantage de la rapidité d’exécution, mais les désavantages
à forte densité de population. En mairie de Bujumbura, et en d’un coût élevé, d’une mise en œuvre mécanique et de com-
particulier dans les quartiers populaires, on peut observer plications lorsqu’il s’agit d’effectuer des modifications (pose
des densités de population allant jusqu’à 500 habitants par de conduites) et/ou des réparations.
hectare, avec un taux d’accroissement annuel de l’ordre de
4 %. Ces densités élevées entraînent un trafic important. Une
technologie adéquate est donc indiquée pour construire des Pourquoi des routes pavées ?
routes durables. Le drainage de la route et des parcelles avoi- Les routes pavées présentent les avantages de la durabilité,
sinantes, la gestion des eaux pluviales, le trafic et le poids des de l’utilisation efficace de la main-d’œuvre, d’un coût relative-
véhicules nécessitent un revêtement en dur. ment faible et de l’aisance des modifications et des répara-
tions, mais le désavantage d’une lenteur parfois significative
La construction de routes en dur amène des avantages non dans leur mise en œuvre.
négligeables dans toute une série de secteurs. Du point de
vue des transports, un trafic fluidifié et une circulation plus Au contraire des deux autres types de routes, les routes pa-
aisée favorisent le développement économique en améliorant vées nécessitent très peu d’engins mécanisés. À part le com-
l’accès aux micro-entreprises locales. Il crée aussi des em- pactage, toutes les autres activités peuvent être réalisées par
plois temporaires au moment de la construction. Les travaux une main-d’œuvre peu ou pas qualifiée, qui est amplement
de ce type entraînent toute une série de bénéfices en termes disponible dans la zone d’action. La présence de carrières
de santé publique et d’assainissement : la quantité de pous- à proximité, comme dans le cas de Bujumbura, permet de
sière diminue et les eaux ne stagnent plus, ce qui provoque réduire considérablement le coût des matières premières.
une baisse des cas de maladies d'origine hydriques. Le drai- L’utilisation de pavés naturels produits sur place a l’avantage
nage des eaux de pluie réduit les risques d’inondations. supplémentaire de stimuler l’économie locale sans recours à
l’importation de matériaux contre des devises.
La construction de routes fait partie intégrante du dévelop-
pement urbain. Le revêtement en dur d’une route urbaine est Une route pavée est facile à ouvrir (puis à refermer) pour po-
donc une décision importante. Il y a différents types de revête- ser de nouvelles conduites (eau, électricité, téléphone, fibres
ment : béton, goudron et pavés naturels ou en béton. optiques), ce qui est particulièrement utile dans une ville en
pleine expansion et en plein développement comme Bujum-
bura, où l’installation d’infrastructures d’assainissement ou
d’alimentation en eau et en électricité reste souvent à faire.
Les réparations peuvent s’effectuer très rapidement, avec
un minimum d’investissement, avec une main-d’œuvre peu
qualifiée et peu coûteuse. Ce n’est pas le cas pour les routes
bétonnées ou goudronnées, dont la réparation requiert des
matériaux coûteux et une technicité élevée. Or si ces répa-
rations ne sont pas correctement effectuées, cela affecte la
durée de vie des routes.

Les routes pavées sont très durables, même avec un minimum


d’entretien : environ 30 à 40 ans par rapport à 15 ans pour les
routes goudronnées. Le pavage présente aussi l’avantage d’être
plus perméable que le goudronnage et le bétonnage, ce qui ré-
duit le ruissellement. En outre, le recours minimum aux énergies
Graphique 1 : Comparaison entre différents types de revêtement (pavés, goudron, béton). fossiles est un aspect environnemental à prendre en compte.

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Les routes pavées empêchent les vitesses excessives et pro- Le tableau ci-dessous présente les avantages et les inconvé-
tègent donc implicitement les usagers de la route les plus nients des deux méthodes, qui peuvent parfois être utilisées
vulnérables, comme les enfants, les piétons et les cyclistes. ensemble sur un même chantier :
Cette protection peut encore être renforcée grâce à la mise en
place de ralentisseurs de vitesse. Tableau 1 : Avantages (+) et inconvénients (-) de HIMO et de HIEQ.

HIMO HIEQ
Mais le facteur décisif pour le choix des pavés pour les routes Haute intensité de main-d’œuvre Haute intensité d'équipement
de Bujumbura est sans conteste le fait que le pavage est une
méthode de revêtement qui se réalise en haute intensité de + Réduction des coûts + Exécution rapide
+ Création d’emplois + Qualité des ouvrages
main-d'œuvre (HIMO). Le pavage, l’amélioration de l’assai-
(main d’œuvre peu qualifiée) + Organisation et planification du
nissement et le développement des quartiers permettent de + Meilleure appropriation travail plus aisée
créer une dynamique de développement urbain plus impor- des ouvrages + Suivi moins important
tante que dans le cas de simples travaux routiers. L’impact sur + Economie de devises
le sentiment d’appropriation des ouvrages réalisés est donc + Impact sur l’environnement
plus important. − Qualité de la main d’œuvre − Coût plus élevé
− Lenteur d’exécution − Faible impact sur le
− Organisation et suivi plus développement économique et
Haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) et important social de la zone d’action
haute intensité d’équipement (HIEQ) − Faible appropriation du secteur
public et privé

HIMO (haute intensité de main-d’œuvre) : désigne les mé-


thodes qui associent des équipements légers avec de la Au sens large, la méthode HIMO consiste à utiliser d’une ma-
main-d’œuvre en une combinaison optimale afin d'assurer nière rationnelle des ressources locales, notamment la main-
la qualité en même temps qu'un coût minimum. d’œuvre, mais aussi les matériaux et les capacités des entre-
prises et des autorités municipales ou communales (Olivier,
HIEQ (haute intensité d'équipement) : désigne les mé- 1998, pp. 2-3).
thodes où l'essentiel des travaux s’effectue avec un équi-
pement lourd, une main-d’œuvre très limitée et beaucoup
d'équipements mécanisés (Olivier, 1998). Les possibilités d’application de la méthode HIMO dé-
pendent de facteurs techniques, économiques, sociaux
et institutionnels spécifiques à chaque pays (Tajgman,
La méthode HIMO consiste à employer un maximum de main- 2000, p. 13).
d’œuvre locale pour réaliser les travaux d’infrastructure, au
lieu d’utiliser les méthodes HIEQ importées des pays dévelop- Cependant, des études comparatives menées dans des
pés et qui utilisent des machines pour la plupart des tâches. pays aussi différents que le Cambodge, le Ghana, le Le-
Cela ne signifie pourtant pas que les travaux HIMO n’utilisent sotho, Madagascar, le Rwanda, la Thaïlande et le Zimba-
pas de machines. La méthode HIMO vise à combiner de ma- bwe montrent que l’option HIMO :
nière optimale l’utilisation de main-d'œuvre et d’équipement › est d’environ 10 à 30 % moins chère que l’option HIEQ ;
en donnant la priorité à la main-d'œuvre, mais en la complé- › réduit les besoins en devises de 50 à 60 % ;
tant le cas échéant par du matériel léger pour des raisons de › crée, pour le même volume d’investissement, de deux
qualité et de rentabilité. à cinq fois plus d’emplois.

Le recours à la main-d’œuvre, souvent locale, permet de


construire des infrastructures dans des endroits inaccessibles L’option HIMO au Burundi
aux machines, réduisant ainsi l’impact négatif des chantiers On ne dispose pas d’indicateurs précis de comparaison entre
sur l’environnement. les deux méthodes à Bujumbura car la méthode HIMO y a été
utilisée pour une grande partie des tâches de pavage.
La méthode HIMO peut être mise en œuvre localement par des
petites et moyennes entreprises supervisées par des bureaux À titre d’exemple, la Chaussée de l’Agriculture (une route gou-
d'étude et contribuer ainsi au développement du secteur privé. dronnée en mairie de Bujumbura, d’une largeur de 6 mètres),
L’exécution et le suivi des travaux par le secteur privé libère le réalisée en 2008 avec le financement de l’Union européenne
gouvernement d’un certain nombre de tâches et lui permet de dans le cadre du projet « Voirie urbaine », a coûté sans la
se consacrer à des missions plus importantes (BIT, 2002, pp. moindre infrastructure d’assainissement environ 500.000 eu-
17-19). ros par kilomètre. L’ordre de grandeur est nettement supérieur
à celui d’une route pavée, qui peut coûter, selon les modalités
Notons cependant que la faible capacité de gestion des entre- de mise en œuvre, de 180.000 à 300.000 euros par kilomètre.
prises et des bureaux d’études locaux peut parfois constituer L’argent économisé peut être investi dans l’amélioration de
un obstacle. l’assainissement des eaux pluviales et/ou dans la formation.

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Le pavé, moteur de développement urbain

“ La main-d’œuvre n’est pas difficile à trouver ; on rencontre surtout des difficultés


au niveau de l’encadrement. Il n’y a pas assez de techniciens de niveau intermédiaire
(c’est-à-dire les chefs d’équipe et les chefs de chantier) qui sont outillés point de
vue technique pour encadrer la main-d’œuvre. Souvent, ils manquent de formation,
et ceux qui sont formés ne sont pas bien payés, ce qui ne les encourage pas à faire


correctement leur travail.

Balthazar
Entrepreneur « routier »

Il faut cependant pour la méthode HIMO des compétences Tableau 2 : Avantages (+) et inconvénients (-) de HIMO à l'entreprise et en régie de travaux.

précises pour effectuer un suivi de la mise en œuvre des acti-


HIMO à l’entreprise HIMO en régie de travaux
vités. Pour gérer une main-d’œuvre nombreuse et souvent peu
qualifiée, il faut en effet disposer d’un appui logistique plus
important (suivi du matériel de chantier) et de spécialistes en
gestion des ressources humaines (contrôle de la présence, + Exécution plus rapide + Réduction des coûts
salaires, formation). Ces compétences spécifiques sont sou- + Qualité des ouvrages + Utilisation de main-d’œuvre
vent difficiles à trouver et contraignent l’autorité contractante à + Organisation et planification locale
du travail plus aisée + Meilleure appropriation
consacrer du temps et de l’énergie à former des cadres locaux.
des ouvrages
+ Temps pour la formation
professionnelle
Le pavage HIMO à l’entreprise et le pavage
HIMO en régie de travaux

HIMO à l’entreprise : Le pavage est confié, via un dos- − Coût souvent plus élevé − Qualité de la main-d’œuvre
sier d’appel d’offres, à une entreprise qui effectuera les − Peu de temps consacré − Lenteur d’exécution
à la formation − Organisation et suivi plus
travaux en utilisant soit de la main-d’œuvre, soit des
− Plus faible appropriation important
équipements, soit les deux en fonction de critères pure- des ouvrages
ment financiers. L’entreprise est supervisée par un bureau
d’étude, sélectionné via un dossier d’appel d’offres, ou
par un délégué à pied d’œuvre (DPO), désigné par l’auto-
rité contractante.
Le recours à une entreprise, sélectionnée sur appel d’offres,
HIMO en régie de travaux : Le maître d’œuvre ou le projet permet d’effectuer un travail de qualité dans des délais sou-
se comporte comme une véritable entreprise qui met en vent plus courts. Un coût plus élevé et une appropriation plus
œuvre et supervise directement les travaux en utilisant ses faible des ouvrages sont ici les deux inconvénients principaux.
propres employés et en utilisant de la main-d’œuvre locale,
qui bénéficie souvent directement des travaux effectués.
Le pavage HIMO au Burundi
L’utilisation simultanée des deux méthodes a permis de les com-
parer et d’améliorer la mise en œuvre de chantier de pavage.
Il est important de préciser que ces deux concepts, même
s’ils semblent relativement similaires, requièrent des moyens Sur la base des connaissances actuelles et en tenant compte
financiers et humains fort différents. De plus, le suivi par les de l’aspect formation de la main-d’œuvre des chantiers-
gestionnaires de projet n’est pas du tout le même. écoles, une route pavée réalisée en régie de travaux coûterait
environ 180.000 euros par kilomètre (2012). Ce montant ne
la régie des travaux permet de réduire les coûts tout en valo- correspond cependant pas entièrement aux dépenses réelles.
risant la main d’œuvre locale et les futurs bénéficiaires des Il n’est pas tenu compte, entre autres, de l’amortissement des
infrastructures. Le sentiment d’appropriation des ouvrages engins de chantier, ni de l’ensemble du personnel du projet
construits au sein de la population est renforcé par cette si- (notamment les services administratifs et financiers) ; mais les
tuation. La lenteur d’exécution et la demande plus importante aspects sociaux du programme sont pris en compte.
en suivi peuvent cependant parfois entraver le recours à cette
méthode. L’HIMO en régie de travaux permet une plus grande Le coût de la main-d’œuvre, principalement non qualifiée et
flexibilité dans la mise en œuvre et laisse donc plus de temps habitant les communes d’intervention, est estimé à 70.000 eu-
pour la formation professionnelle de la main-d’œuvre. ros par kilomètre, soit environ 35 % du coût de la route pavée.

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Environ 20 % du temps de présence de la main-d’œuvre est Les différentes techniques et méthodes de
consacré à la formation professionnelle et humaine. mise en œuvre
Certaines constructions connexes, comme les ponts sur pas- Le graphique ci-dessous compare les différentes techniques
sage busé, la protection des berges des rivières par gabion- et méthodes de mise en œuvre de chantiers routiers en fonc-
nage et plantations antiérosives, les caniveaux supplémen- tion de trois critères principaux : équipement nécessaire,
taires de collecte d’eau, ont été pris en compte dans le coût main-d’œuvre requise et besoins en formation.
du kilomètre de route.

On dispose donc d’un ordre de grandeur fiable pour comparer


les deux méthodes, comme l’indique le tableau ci-dessous.

Tableau 3 : Comparaison entre pavage en régie de travaux et pavage à l'entreprise.

Pavage Pavage
à l’entreprise en régie de travaux

Nombre
d’hommes/jours 17.100 +/- 29.000
par kilomètre réalisé

Estimation du prix 320.000 (2008)


par kilomètre 180.000 (2012)
(en euros) 290.000 (2011)

Le pavage en régie de travaux présente, en plus de son coût


moins élevé, de nombreux avantages, surtout lorsque l’on est
confronté à des contraintes techniques imprévisibles (comme
les conditions climatiques). Le fait de ne pas être lié à une
entreprise par un contrat formel donne plus de flexibilité et
une plus forte réactivité aux décideurs techniques en cas d’ur- Graphique 2 : Comparaison des différentes techniques de mise en œuvre en fonction des
gence (notamment les contraintes liées aux eaux pluviales). besoins d'équipement, de main-d'œuvre et de formation.

L’expérience en régie de travaux à Bujumbura, conçue pour On remarque ici les différences fondamentales entre les tech-
tester des techniques de mise en œuvre différentes, a permis niques de construction. Les routes goudronnées et bétonnées
d’améliorer la qualité des spécifications techniques des dos- exigent beaucoup d’équipements spécifiques et donc une
siers d’appels d’offres. Cette amélioration a permis de réduire main-d’œuvre relativement spécialisée nécessitant un mini-
de l’ordre de 10 % le prix du kilomètre de route pavée. La mum de formation supplémentaire. Pour les routes pavées,
régie de travaux a en outre permis une plus grande flexibilité il faut plus de main-d’œuvre et plus de temps consacré à la
au niveau de l’utilisation de la main-d’œuvre. formation, mais moins d’équipements.

En consacrant plus de temps à la formation de la main-d’œuvre,


le projet a développé un nouveau concept, l’HIMO social. Ce Transposition à d’autres domaines
nouveau concept peut être défini comme un chantier HIMO au La plupart des investissements publics des pays en dévelop-
cours duquel les apprenants bénéficient d’un accompagnement pement sont consacrés à des projets d’infrastructure ou liés à
social grâce à des formations humaines et professionnelles l’agriculture et à la sécurité alimentaire. Lorsqu’il s’agit d’amélio-
pendant et/ou après le chantier. Le but est de maximiser l’im- rer les infrastructures et de contribuer à une meilleure qualité de
pact de la réalisation de travaux d’infrastructures sur le déve- vie et à la sécurité alimentaire, on compte notamment parmi les
loppement économique et social d’une zone donnée. projets prioritaires les routes rurales, les réseaux d'alimentation,

© CTB / Rosalie Colfs

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Le pavé, moteur de développement urbain

“ La méthode HIMO n’est pas citée dans le Plan National d’Investissement Agricole
(PNIA) du Burundi. Cela veut dire qu’elle n’est pas intégrée dans les stratégies
nationales, alors qu’elle possède un intérêt non négligeable dans un contexte post-
conflit. Il faudrait faire passer cela dans les appuis à la maîtrise d’ouvrage. Un atelier
en génie rural en juin 2013 avait pour but d’aider le ministère de l’agriculture à
mettre sur pied un plan d’action pour piloter l’action des différents bailleurs actifs
dans le génie rural et pour encadrer la maîtrise d’ouvrage. La possibilité d’appliquer
l’HIMO dans ce contexte y a été soulevée, car 45 % des investissements prévus dans
le PNIA sont consacrés à l’aménagement des bassins versants, aménagements
pouvant souvent être réalisés en utilisant la méthode HIMO. On pourrait faire passer
cela dans les marchés publics : quand le ministère de l’agriculture lance un marché,


dire quand dans telle ou telle situation cela doit se faire en HIMO.

François Luthéreau
Programme d'Appui Institutionnel et Opérationnel au Secteur Agricole (PAIOSA)

les ouvrages d'irrigation et de lutte contre les inondations et gères. Les procédures liées aux marchés publics permettent
l’érosion, les installations de stockage. La plupart des projets de pousser les entreprises à utiliser une approche HIMO lors
qui ont une influence immédiate sur l'économie rurale sont de la mise en œuvre des chantiers. Il faut cependant, lorsque
des ouvrages de petite envergure, géographiquement disper- l’on a recours à la méthode HIMO, rester réaliste pour ce qui
sés, que l’on peut réaliser avec des techniques relativement est des délais d’exécution et des spécifications techniques
simples. Ce type de projet présente des caractéristiques où exigées.
l’utilisation de la méthode de l’HIMO social s’avère judicieuse
puisqu’elle allie réalisations concrètes, accès à l’emploi et à la
formation, et impact sur l’économie locale.
Eléments essentiels pour un
environnement favorable à la passation
Pistes de transposition éventuelles de contrats de travaux publics HIMO
› Agriculture : aménagement, réhabilitation et
maintenance de périmètres irrigués, canaux
d’irrigation, aménagement des bassins versants, › Flexibilité dans les délais d’exécution
lutte antiérosive.
› Rationalisation des procédures de
› Approvisionnement en eau potable et assainissement
› Aménagement, réhabilitation et maintenance des
décaissement
pistes rurales de désenclavement › Rôle d’encadrement de la mission de contrôle
› Construction de routes pavées, y compris gestion des
eaux pluviales › Planification/alternance travail-formation
› Petites infrastructures communautaires (entrepôts de › Procédures d’attribution simplifiées (flexibilité)
stockage, dispensaires, salles de classe, logements).
› Renforcement des capacités des
entrepreneurs

Intégration de la méthode HIMO dans les › Spécifications techniques et allotissement


dossiers d’appels d’offres adaptés
Les programmes bien conçus et bien mis en œuvre qui
› Modes d’exécution adaptés
appliquent la méthode HIMO présentent des avantages
spécifiques pour les partenaires sociaux (gouvernements,
employeurs et travailleurs) puisqu’ils facilitent l’accès aux
marchés publics, ont des effets positifs pour l’emploi et amé-
liorent la rentabilité des investissements. Ces programmes Il est fondamental pour les programmes HIMO que les entre-
offrent également de meilleures perspectives pour les petits preneurs soient payés régulièrement par l'organisme contrac-
entrepreneurs qui veulent s’établir sur le marché intérieur des tant. En raison du grand nombre de travailleurs temporaires
travaux publics, marché qui dans la plupart des pays en dé- qu'ils emploient, les entrepreneurs HIMO sont particulière-
veloppement est dominé par les grandes entreprises étran- ment vulnérables aux retards de paiement.

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© CTB / Rosalie Colfs

Un environnement favorable signifie notamment la garantie Ces travaux communautaires permettent de mener de nom-
d'un flux de financement régulier pour les travaux, la rationa- breuses actions, par exemple le nettoyage des caniveaux
lisation des procédures administratives et de décaissement, le long des routes, la maintenance de pistes rurales ou encore
l'accès pour les entrepreneurs à des facilités de crédit et aux la construction de bâtiments communautaires.
équipements, une charge de travail raisonnable et soutenue
et une réelle capacité de l'organisme contractant à gérer les Il existe donc au Burundi un terrain favorable à la générali-
contrats. sation de la méthode HIMO, à condition qu’il y ait une vraie
volonté politique.
L'organisme contractant doit veiller à ce que les documents
contractuels soient appropriés et que les procédures pour
l'attribution des contrats, la certification et le paiement soient
simplifiées et si possible décentralisées.

Malgré le fait que la méthode HIMO soit encore récente au


Burundi et qu'elle ne soit pas enseignée dans les écoles de
travaux publics, de nombreux entrepreneurs et plusieurs
associations connaissent ce type d’approche. Ils y ont déjà
recouru, notamment lors de la réalisation de routes pavées, de
pistes rurales, de petits aménagements agricoles ou encore
au niveau local lors des travaux communautaires qui sont
effectués par les populations essentiellement rurales tous les
samedis matins.

“ Pour pouvoir augmenter le nombre de travaux réalisés en HIMO au Burundi, il faut


une volonté politique. Il faut que l’État comprenne la méthode HIMO pour la vulgariser
au niveau des différents concessionnaires de réseau, par exemple, de façon à ce que
quand il faut réaliser un certain type de travail, on fait appel à la population. C’est
un outil de développement intégré. Mais le problème, c’est que ça se heurte aux
politiques. Il faut une large sensibilisation au sommet de l’État. Avec l’expérience de


ce projet, les politiques commencent tout doucement à comprendre.

Léonard Ntandikiye
Directeur en charge des administrations provinciales et communales, ministère de l’Intérieur du Burundi

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Pérennisation des infrastructures mises en On pourrait ensuite imaginer que les administrations com-
œuvre avec la méthode HIMO munales mettent en œuvre elles-mêmes des chantiers HIMO
La méthode HIMO permet généralement une meilleure appro- pour la réalisation de routes pavées et d’infrastructures com-
priation des infrastructures par la population locale et devrait munautaires. Pour cela, l'enseignement de la méthode HIMO
donc en garantir une meilleure durabilité. Cependant les ad- au sein des école de travaux publics permettraient une géné-
ministrations communales en charge de l’entretien du réseau ralisation et une meilleure connaissance dans l'utilisation de
routier burundais ne possèdent généralement pas les com- cette méthode. Il faudra opter pour différents mécanismes de
pétences techniques et les moyens financiers nécessaires et financement (public ou privé) ou de mise en œuvre (maîtrise
sont donc souvent incapables d’appuyer la population rive- d’ouvrage, maîtrise d’ouvrage déléguée, maîtrise d’ouvrage
raine lorsqu’il s’agit de l’entretien. assistée), en fonction du contexte local. Il est important de
sensibiliser les décideurs, qu’ils soient politiques ou finan-
Il est donc important, dans un premier temps, d’appuyer et ciers, à prendre en compte la méthode HIMO lors de la mise
de structurer les administrations locales (grâce à la mise en en œuvre des infrastructures. La méthode de l’HIMO social
place d’un service technique communal, par exemple) pour doit être encouragée tout particulièrement dans les pays qui
qu’elles soient à même de prendre en charge l’entretien du sortent d’une période de conflit et dans les pays à taux de
réseau routier, avec la population, éventuellement par le biais chômage élevé.
de travaux communautaires.

La CTB, l’agence belge de Sources


développement, appuie et encadre
Bureau international du Travail, 2002. Programmes HIMO : Cours de formation à l’usage des PME,
des programmes de développement
des bureaux d’étude et des ingénieurs de l’état. Thème BTI. Les bâtiments. Généralités. Module BM I.1
pour le compte de l’État belge L'approche HIMO dans le bâtiment. Genève : Bureau international du Travail, pp. 17-19.
et d’autres donneurs d'ordre.
Olivier, F. et Bynens, E., 1998. L’approche HIMO et les investissements routiers. Perspectives pour la
Rue Haute 147 création d'emplois et l'économie de devises à Madagascar. Genève : Bureau International du Travail,
pp. 2-3.
1000 Bruxelles, Belgique
T + 32 (0)2 505 37 00  ajgman, D. et de Veen, J., 2000. Programmes d’Infrastructures à Haute Intensité de Main-d’Œuvre – HIMO :
T
F + 32 (0)2 502 98 62 Politiques et pratiques du travail. Genève : Bureau International du Travail, p. 13.
info@btcctb.org
www.btcctb.org

Ont contribué à cette publication


Cariton Nibashikire, Stéphanie
Hocq, Faustin Mateso, Olivier
Chanoine, Fabrice Nkurunziza,
Yvonne Habonimana, Bonaventure
Niyonizigiye, Gérard Baltissen (KIT),
Sabine Citron, Pierre-Yves Dubois

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