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LES AUTRES THÈMES

LAGUNAGE AÉRÉ

Le lagunage aéré : un
compromis technico-
économique intéressant
En milieu rural, le traitement des effluents urbains par boues activées en
faible charge représente la grande majorité du parc des stations fran-
çaises. Mais cette filière n’est pas toujours la plus adaptée, notamment
Vincent Johanet
pour les petites capacités, en raison des contraintes d'exploitation et
des coûts de fonctionnement. Le lagunage aéré peut alors constituer
une alternative intéressante, pour peu qu’il soit correctement mis en
œuvre. Exemple de réalisation à Loupershouse, en Moselle.

V.J.

ABSTRACT our assurer le traitement des eaux importante. Les procédés extensifs (lagu-
Traduction du titre et du résumé
en Anglais à venir P résiduaires urbaines, de nombreux
procédés existent qui assurent tous
un niveau de traitement satisfaisant, dès lors
nage naturel, lagunage aéré) nécessitent de
grandes surfaces mais ont l'avantage d'exi-
ger moins d'investissement.
qu’ils sont adaptés à un contexte préalable- Le lagunage naturel consiste à traiter les
ment bien étudié. Le choix de l'un ou l'autre effluents dans des lagunes en aérobiose par
de ces procédés doit prendre en compte de action du soleil et du vent. Le process
nombreux critères parmi lesquels la popula- repose le plus souvent sur trois bassins dans
tion, le débit, la charge organique, le mon- lesquels vont se dérouler un mécanisme de
tant des investissements à réaliser, le coût photosynthèse qui assurera le traitement des
de l’exploitation, etc,…). Les procédés dits effluents. Les épaisseurs d’eau ne dépassant
intensifs (boues activées, lits bactériens) pas 1 mètre sont exposées au soleil ce qui
sont souvent considérés comme coûteux, permet le développement de micro-algues
mais ils ne requièrent pas une surface qui oxygènent alors le milieu. Le développe-
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Le lagunage aéré :
une filière tolérante
Le lagunage aéré présente l’avantage d’être tolé-
explique Jean-Paul Forêt, direc- rant vis-à-vis de nombreux facteurs qui pourraient
teur d’ISMA, recherchaient un engendrer des dysfonctionnements dans les procé-
process efficace, économique, dés d'épuration classiques. Parmi ceux-ci, citons :
- Les variations de charges hydrauliques et/ou
simple à exploiter. Ils étaient de organiques importantes;
plus confrontés à un réseau d’as- - Les effluents très concentrés;
sainissement de mauvaise qua- - Les effluents déséquilibrés en nutriments, cause
de foisonnement filamenteux;
lité, générant un volume d’eaux
- Les traitements simultanés d'effluents domes-
parasites très important. Dans tiques et industriels biodégradables;
ce contexte, un traitement par - Une bonne intégration paysagère;
boues activées à faible charge - Des boues stabilisées.
Les inconvénients potentiels de la filière sont pour
n’aurait pas fonctionné correcte- l’essentiel liés à la présence de matériels électro-
ment, faute d’une charge orga- mécaniques d’aération. D’où l’importance de les
nique suffisante ». La Commu- choisir avec soin pour minimiser l’entretien, la
consommation énergétique et éliminer d’éven-
nauté de communes disposant de tuelles nuisances sonores.
surcroît de surfaces de terrains
importantes et adaptées, c’est la cons réfrigéré et asservi au débit d'entrée
filière du lagunage aéré qui l’em- complète l'autosurveillance. Les effluents
porte lors de l’appel d’offres sont ensuite dirigés dans la première lagune
V.J.

lancé en 1999. Construite en aérée, aménagée à son entrée d'une paroi


A l’entrée de la station, les effluents bruts sont dégrillés et 2000, la station entre en service siphoïde pour piéger les flottants ultimes et
passent dans un canal Venturi à section exponentielle équipé en 2001. Elle se compose de trois les graisses. À l’entrée de cette première
d'un capteur ultrasons fourni par ISMA. lagunes aérées et deux de lagune, une surprofondeur facilite le curage
finition : « La deuxième lagune des matières décantées à cet endroit. Son
ment bactérien créé se nourrit alors de la de finition, souhaitée par la DDE, a été volume est de 4.500 m3, sa profondeur de 3
biomasse et engage ainsi le processus de réalisée pour répondre aux besoins liés au mètres, le niveau d'eau étant de 2,50 mètres.
dépollution. Ce procédé, qui ne fonctionne temps de séjour lors de très gros débits » L'aération et le brassage sont assurés par
correctement que sur des faibles profon- précise Jean-Paul Forêt. À l’entrée de la sta- deux aérateurs à vis hélicoïdale FUCHS,
deurs, exige donc des surfaces importantes, tion, les effluents bruts sont dégrillés et pas- d’une puissance unitaire de 4 kW auxquels
de l'ordre d’un hectare pour mille habitants. sent dans un canal Venturi à section expo- vient s'ajouter un aérateur Centrox FUCHS,
Le lagunage aéré se distingue du lagunage nentielle équipé d'un capteur ultrasons. « La qui vient en complément d'aération au
naturel en ce que l'aération se fait artificiel- mesure de débit en entrée est très impor- centre de la lagune pour éviter toute forma-
lement, soit en surface par des aérateurs ou tante pour assurer une bonne gestion de la tion de monticule de boue. L'aération et le
des turbines flottantes, soit en immersion station d'épuration » souligne Jean-Paul brassage sont gérés par une horloge et un
par insufflation d’air ; il nécessite des sur- Forêt. Un préleveur d'échantillons multi-fla- oxymètre à seuils, capables de donner si
faces dix fois moindres que le lagunage
naturel, de l'ordre d’un hectare pour dix
mille habitants. Il se compose généralement
de deux lagunes d’aération de 2,5 à 3 mètres
de profondeur où les effluents séjournent
environ 20 jours par temps sec et une lagune
de finition d’une hauteur de 1 mètre, avec un
temps de séjour de 1 à 2 jours. Les avantages
du lagunage aéré sont nombreux : investis-
sement modéré pour peu que l'on dispose de
surfaces adaptées, bonnes performances
épuratoires, exploitation simplifiée et moins
coûteuse. C’est ce type de procédé qui a été
mis en œuvre avec succès par la société
ISMA à Loupershouse (57).

La station de Loupershouse
La station de Loupershouse, d’une capacité
V.J.

de 2.500 équivalents-habitants, traite les


eaux usées de trois communes : Louper- En plus d'une aération, l’aérateur à vis hélicoïdale FUCHS réalise un brassage et une homogénéisa-
shouse, Farschviller et Ellviller. Pourquoi le tion des eaux résiduaires et génère de façon efficace une circulation dirigée dans la lagune (déplace-
choix du lagunage aéré ? « Nos clients, ment horizontal de l'eau).

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L’intégration paysagère :
un atout supplémentaire
Souvent construites en zone péri-urbaine, les sta-
tions d'épuration font parfois l’objet de vives cri-
tiques, liées en général à leur aspect jugé trop
bétonné. Le fait d'opter pour une filière extensive
exempte de nuisances sonores et présentant des
qualités paysagères évidentes pourra être perçu
d'une manière plus positive que celui d'une station
compacte classique, parfois vécu comme une gêne
supplémentaire.

nécessaire, le signal d'une augmentation du


temps d'aération.
Les deuxième et troisième lagunes, de
mêmes dimensions que la première,
V.J.

accueillent également deux aérateurs à vis


hélicoïdale FUCHS asservis à une horloge et Vue de l’aérateur Centrox d’une puissance de 5,5 kW qui vient, sur la première lagune, en complé-
à un oxymètre à seuils. Les eaux traitées ment des deux aérateurs à vis hélicoïdale de 4 kW.
sortant de la troisième lagune sont dirigées
dans un réacteur de type lit bactérien type FUCHS TurboStar, assure le mélange. donc un compromis technico-économique
immergé, aéré par des surpresseurs. Le La phase de floculation se déroule dans un intéressant qui illustre bien les avantages du
dimensionnement de ce réacteur, fait appel second bassin équipé d'un agitateur à rota- lagunage aéré. Mais pour tirer pleinement
à deux ou trois cascades, en fonction de la tion lente, de type FUCHS FIowStar. Les parti de ce procédé, il faut prêter une atten-
charge à traiter. Les effluents nitrifiés sont boues produites par le précipité sont ensuite tion particulière au dispositif d’aération,
ensuite recirculés en partie en tête de pre- décantées en tête de première lagune de fini- véritable clé de voûte du process, qui condi-
mière lagune selon un process spécifique, tion. tionne l’équilibre biologique dans le bassin.
afin de procéder à la phase de dénitrifica- Parfaitement intégrée aux paysages environ-
tion. nants, la station fonctionne sans générer de Le dispositif d’aération :
La déphosphatation classique, se compose bruit, d’odeurs ou aucune autre nuisance. Et la clé de voûte du process
d’une injection de chlorure ferrique dans un son rendement est satisfaisant : « Nous L’efficacité du dispositif d’aération mis en
regard où un agitateur à rotation rapide, de sommes autour de 97 % de rendement en œuvre dans le cas du lagunage aéré condi-
DBO5, 90 à 95 % en DCO tionne à la fois les rendements épuratoires
et 97 % en MES. Nous mais aussi le bilan énergétique de la station.
avons même obtenu en Car à la différence du lagunage naturel, le
novembre, 100 % de ren- lagunage aéré implique des coûts énergé-
dement DBO5, 99 % DCO tiques qui peuvent, si les dispositifs sont mal
et 100 % MES », assure dimensionnés ou trop gourmands en éner-
Jean-Paul Forêt. Côté gie, être importants. À noter cependant que
exploitation, la présence la consommation en énergie est, à capacité
de l'agent sur la station se équivalente, comparable à celle de la filière
limite à 2 heures tous les boues activées.
5 jours. L’ensemble des La station de Loupershouse présente cette
valeurs - les débits d’en- particularité d’avoir été conçue sur la base
trée et de sortie, les de dimensionnements pratiqués en Alle-
cumuls, le temps de fonc- magne. « En France, explique Leonhard
tionnement des aérateurs Fuchs, Président Directeur Général de
et des autres appareils – FUCHS, une entreprise allemande représen-
sont télétransmises chez tée en France par ISMA, l’usage est de tra-
l’exploitant. Le système vailler avec des puissances plus impor-
est complété par un tantes en mettant en suspension les
onduleur et un dispositif matières en suspension dans la première
de téléalarme capable lagune. À la station de Loupershouse,
d’envoyer un SMS en cas dimensionnée pour 5.000 EH en pointe, au
d’absence d’acquittement contraire, nous ne mettons pas en suspen-
V.J.

de reçu des données. Cet sion mais nous laissons décanter. Résultat,
Les eaux traitées sortant de la 3ème lagune sont dirigées dans un réac- appareil a aussi été déve- nous obtenons des rendements exception-
teur de type lit bactérien immergé, aéré par des surpresseurs. Le loppé par ISMA. nels pour un coût énergétique faible, de
dimensionnement de ce réacteur, fait appel à deux ou trois cascades, Au total, la station de l’ordre de 1,8 à 2 kW/kg DBO 5 éliminée
en fonction de la charge à traiter. Loupershouse constitue pour toute la station d'épuration, y com-
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ne nécessitent pas de génie civil, ne requiè-
rent pas d’entretien particulier et assurent
un apport d’oxygène effectif en profondeur
sans créer de perturbations notables en sur-
face et sans dégrader les rives des lagunes.
Ils sont aussi robustes : plusieurs de ces
appareils fonctionnent depuis près de 20 ans
sans avoir subi la moindre intervention. Ils
sont enfin silencieux et surtout, économes
en énergie. À Loupershouse, 6 aérateurs à
vis hélicoïdale d’une puissance de 4 kilo-
watts chacun, à raison de deux aérateurs
par lagune, assurent l’oxygénation et le bras-
sage de chacune des trois lagunes de

V.J.
4.500 m3. « Au total, une puissance spéci-
Agitateur de surface TurboStar FUCHS dans la phase d'injection de chlorure ferrique (traitement du fique de 2 W/m3 est suffisante pour assurer
phosphore). le brassage et l'oxygénation, souligne Jean-
Paul Forêt. Un résultat qui est le fruit de plu-
pris nitrification, pompage et recircula- fait par l’intermédiaire d’un arbre creux et sieurs années d’expérience en matière de
tion, ce qui est très intéressant ». L’aération circule en oblique jusqu’à l’hélice hélicoïdale conceptions et de dimensionnements et qui
au sein des lagunes est assurée par des aéra- immergée, assurant ainsi une répartition a permis au tandem FUCHS-ISMA d’accu-
teurs à vis hélicoïdale FUCHS, qui s’est homogène de l’oxygène dans l’effluent. Les muler une expertise reconnue en matière
créée une solide réputation sur ce marché. avantages de ce type d’aérateur sont nom- d’aération. « Mais attention, tempère Jean-
En France, ISMA est fréquemment sollicitée breux. Ils sont simples et rapides à monter, Paul Forêt, chaque problème est spécifique,
pour installer ces aérateurs en remplace- même s’il ressemble, en apparence, à
ment ou en complément d’appareils exis- Le lagunage aéré : d’autres cas de figures ».
tants qui ne délivrent pas tout à fait les ren- En dehors du coût de la consommation
dements attendus. Également pour rempla- une solution adaptée énergétique, il faut également souligner que
cer d’anciens pont-brosses par un aérateur à aux effluents l'exploitation des différentes filières exten-
vis hélicoïdale : moins onéreux, le dispositif agroalimentaires sives en général et du lagunage aéré en parti-
proposé est tout aussi efficace et supprime culier, est plus simple et donc moins coû-
toute nuisance sonore et olfactive. Dans ce Le lagunage est largement répandu en France. On teuse que celle des techniques intensives,
estime qu’il représente environ 20 % de l'effectif
cas, l’appareil est monté sur un cadre et non des stations en fonctionnement. Fréquemment mis notamment grâce au très faible coût engen-
sur une structure flottante. Car en lagunes, en œuvre en milieu rural, il est également utilisé dré par la gestion des boues. « Globalement,
l’aérateur repose sur un châssis flottant pour certaines applications en milieu industriel, estime Jean-Paul Forêt, le lagunage aéré
notamment dans les industries agroalimentaires et
insubmersible, le plus souvent ancré par plus particulièrement les industries sucrières ou
permet, à capacité égale, de réaliser une
câble. L’aérateur, fixé de biais sur le châssis, les effluents viti-vinicoles. Des effluents qui présen- économie de 20 à 30 % sur les coûts d'in-
assure une fonction d’aération en même tent des caractéristiques particulières : DCO éle- vestissement et de 30 à 40 % sur les frais de
vée, débits importants et rejets sur une campagne
temps qu’un brassage et un déplacement fonctionnement, par rapport aux systèmes
de quelques mois.
horizontal de l'eau. L’aspiration de l’air se d'épuration intensifs ». ■

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