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Chapitre 4 : Fonctionnement du Matériel Génétique

I- LA REPLICATION
I-1- Le modèle semi-conservatif
La réplication est le mécanisme par lequel une molécule d’ADN donne naissance à
deux molécules d’ADN identiques entre elles et identiques à la molécule d’origine. Pour
expliquer la duplication d'un ADN bicaténaire, trois modèles ont été proposés. Ces modèles se
basent tous sur l'utilisation de la molécule d'ADN "mère" comme matrice pour sa réplication,
mais selon des modalités différentes (Fig.3)

ADN lourd ADN hybride


(15N) (molécules
ADN hybride et formées d'un ADN hybride
ADN léger brin lourd et
(14N) d'un brin léger)

résultats attendus
Conservatif semi-conservatif dispersif
pour les modèles

Figure 3
Modèle conservatif : A partir d'une molécule d'ADN bicaténaire initiale, on forme
une nouvelle molécule d'ADN bicaténaire. On conserve donc une molécule "mère" non
modifiée tout en "créant" une nouvelle molécule "fille".
Modèle semi-conservatif : On dissocie les deux brins de la molécule d'ADN
biacténaire "mère". Chaque brin sert donc de matrice à la synthèse d'un brin complémentaire,
l'ensemble reformant une molécule d'ADN bicaténaire. Chaque nouvelle molécule "fille" ne
conserve donc que la moitié de la molécule "mère".
Modèle dispersif : On ne conserve aucun brin intact. La copie se réalise par fragments
dispersés dans l'ensemble de l'ADN, permettant de former les deux molécules d'ADN
bicaténaires "filles".
Meselson et Stahl on put montrer en 1958 que la réplication s’effectue selon le modèle
semi-conservatif. En effet, Ils cultivent les bactéries dans un milieu où les substances
organiques utilisées comme source d'azote contiennent de l'azote lourd (15N). Au cours de la

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culture, toutes les molécules azotées et en particulier l'ADN contiennent une forte proportion
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d'azote N. Les bactéries sont ensuite repiquées sur un milieu contenant des molécules à
azote léger (14N) et permettant la synchronisation des divisions. Des fractions sont prélevées
après différents temps correspondant à 1, 2, 3,... divisions. L'ADN est ensuite extrait, placé
dans la solution de chlorure de Césium de densité moyenne 1,72 puis centrifugé 24h à
100.000 g. Ainsi, un gradient de densité (environ de 1,70 à 1,75) est obtenu et L'ADN "lourd"
ayant une densité de 1,724 pourra-être distingué de l'ADN "léger" dont la densité est de1,710.
La position des différents ADN est repérée par une mesure de la densité optique (Fig.4).

Figure 4
Après une génération, tout l'ADN est hybride (du point de vue de sa densité). Il n'y a
15
plus d'ADN N. L'ADN "hybride" disparaît progressivement au profit de l’ADN "léger"
(14N).
I-2- Division cellulaire chez les procaryotes
Les bactéries étant des organismes asexués, leur reproduction se fait par division
cellulaire ou scissiparité. La division cellulaire des bactéries comporte deux étapes:

- Une première étape, appelée croissance, au cours de laquelle la bactérie augmente de


taille, duplique son ADN et synthétise les protéines nécessaires à la division.

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- Une deuxième appelée division, au cours de laquelle il y a formation d’une paroi
transversale (septum) qui va diviser la bactérie en deux cellules filles. Lors de la division, les
boucles d’ADN répliquées sont attachées à des points très proches de la paroi bactérienne.
La réplication de l’ADN chez les bactéries est rapide et se poursuit tout au long du
cycle de la division cellulaire, contrairement à la réplication dans les cellules eucaryotes qui
n’a lieu que lors d’une étape spécifique du cycle cellulaire. La connaissance des détails des
mécanismes de la réplication résulte de l’étude de mutants conditionnels présentant une
réplication normale à 37°C (température permissive) et un arrêt de la réplication à 42°C
(température non permissive). Les mutations touchent différentes protéines intervenant dans
le processus ce qui permet souvent d’évaluer leurs rôles dans la réplication par des
expériences de complémentations).

I-3- Mécanisme de la réplication chez les procaryotes


La réplication de l’ADN chromosomique circulaire bactérien débute à un site unique
spécifique appelé oriC pour origine de réplication. Il se forme ainsi un œil de réplication
constitué de deux fourches de réplication. La réplication est bidirectionnelle : elle progresse
simultanément et en sens opposés sur chacune des fourches (Fig.5).

Figure 5 : Formation de l’œil de réplication chez le chromosome des procaryotes

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L’hélicase permet, avec l’aide d’un ensemble d’autres enzymes d’assurer le
déroulement de l’ADN. Des protéines de liaison à l’ADN simple brin SSB (single strand
binding proteins) s’associent à chaque simple brin d’ADN dès qu’il apparaît pour empêcher
son ré-enroulement en double hélice. Ainsi, les séquences de bases des simples brins sont
aptes à servir de modèle pour la réplication (Fig 6a).
Une ARN polymérase appelée primase synthèse une amorce ARN de 10 pb dans le
sens 5’3’ complémentaire du brin d’ADN matrice : C’est l’initiation. L’ADN
polyméraseIII continue par la suite la réplication toujours dans le sens 5’3’ à partir de
l’extrémité 3’OH libre de l’amorce ARN et en utilisant l’ADN comme matrice (Fig.6a) : c’est
l’élongation.
Les deux brins sont donc synthétisés dans le sens 5’3 ; mais la synthèse ne peut être
continue que sur l’un des deux brins, le brin directe orienté 3’5’. L’enzyme située sur
l’autre brin (brin retardé) synthétise de l’ADN de manière discontinue sous forme de petits
fragments (1000 à 2000 pb) appelés fragments d’Okasaki du nom du chercheur qui les a
caractérisés pour la première fois. L’ADN à répliquer est ensuite ouvert sur une nouvelle
longueur par les hélicases, une nouvelle amorce est synthétisée sur le brin d’ADN matrice
5’3’ les synthèses reprennent et ainsi de suite jusqu’à ce que la totalité du réplicon soit
dupliquée (Fig.6b).
Les amorces d’ARN sont par la suite remplacées grâce à l’activité exonucléase 5’3’
de l’ADN polymérase I qui comble également les lacunes ainsi engendrées par l’ADN. Enfin
une ligase effectuera la soudure du brin, puisque les AND polymérases ne sont capables de
créer une liaison phosphodiester qu’entre une extrémité 3’OH libre et un nucléotide
triphosphate libre.
Lorsque l’ADN polymérase III introduit un nouveau nucléotide, le taux d’erreur est
d’environ 10-4. Or le taux d’erreur de l’ADN néo-synthétisé est de 10-8. Cette divergence vient
du fait que les ADN polymérases sont capables de détecter les erreurs qu’elles ont commises
et les corriger immédiatement grâce à une action 3’ exonucéasique qu’elles possèdent.
La réplication du chromosome bactérien circulaire se termine lorsque les deux fourches de
réplication se rencontrent. L’ADN ayant une structure en hélice, il subit une rotation pour
permettre la progression des fourches de réplication, ce qui conduit à des super-enroulements
excessifs et une tension au sein de la molécule d’ADN. Le relâchement partiel de la molécule
est assuré par des ADN topoisomérases. Elles assurent la libération des concatémères (deux

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cercles entrelacés) à la fin de la réplication, permettant ainsi la séparation de chaque
chromosome dans chaque cellule fille au cours de la division cellulaire.

Figure 6a : Fourche de réplication de l’ADN

Figure 6b : [1], L’hélicase sépare les deux brins de de l’DNA. [2], les protéines de liaison
empêchent les deux brins de se recoller. [3], les polymérases synthétisent les nouveaux bras de 5’ en
3’. [4], le brin direct est retranscrit directement. [5], le brin retardé est synthétisé sous forme
d’éléments d’Okazaki, qui sont reliés entre eux grâce à une ligase.

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I-4- Remarques
Les mécanismes de base de la réplication de l’ADN semblent être identiques chez les
procaryotes et les eucaryotes malgré que des expériences de réplications in vitro aient montré
qu’il existe chez les eucaryotes plusieurs types de polymérases. Les différences majeures
résident dans le fait que :
 L’ADN des eucaryotes est répliqué non comme un ADN dénudé, mais sous la forme
de chromatine dans laquelle l’ADN est associé à des protéines étroitement liées appelées
histones et qui peuvent agir comme des barrières en gênant la progression des molécules
d’ADN polymérases ce qui explique la raison pour laquelle la fourche de réplication des
eucaryote est moins rapide. Il faut également rappeler que les molécules d’ADN des
eucaryotes sont plus longues que celle des procaryotes.
 Il existe plusieurs origines de réplication sur un même chromosome chez les
eucaryotes supérieurs. L’existence de plusieurs réplicons va remédier à la lenteur de la
fourche de réplication. Là encore des bulles de réplication sont crées progressant jusqu’à ce
qu’elles rencontrent une autre fourche de réplication ou en atteignant l’extrémité du
chromosome (Fig.7).
 Les extrémités des molécules d’ADN linéaires sont difficiles à répliquer par voie
classique. Ce problème est résolu par un système enzymatique ingénieux, la télomérase.

Figure 7 : Fonctionnement de deux réplicons voisins chez les eucaryotes

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II-EXPRESSION DES GENES
II-1 La transcription chez les procaryotes
Chez les procaryotes, la transcription de toutes les classes des ARN est effectuée par
une ARN polymérase unique, formée de 5 sous-unités (2’ L’initiation de la
transcription est assurée par la reconnaissance et la fixation de L’ARN polymérase à une
séquence spécifique d’ADN non transcrite qui définie le début du gène : le promoteur. Les
séquences promotrices présentent généralement deux zones particulièrement similaires : une
séquence TATAAT (en amont du site d’initiation de la transcription à -10 pb et une séquence
TTGACA à –35 pb ; la première base copiée en ARN est définie comme la base +1). La
séquence TATAAT ou boîte TATA (TATA box) est égalment appelée Prinbnow box, du nom
du chercheur qui a identifié le rôle de cette séquence dans la transcription (Fig.8).

Un seul brin d’ADN de la double hélice appelé brin « sens » est ainsi copié au cours
de la phase d’élongation. L’ARN polymérase doit donc déplacer le brin complémentaire (brin
anti-sens) pour permettre l’incorporation des nucléotides dans le brin d’ARN en cours de
polymérisation. Cependant le duplex d’ADN se reforme immédiatement après le passage de
l’appareil de transcription.
L’ARN polymérase reconnaît un ou plusieurs signaux de terminaison portés par le brin
d'ADN matrice et qui annoncent la terminaison de la transcription. Ces signaux peuvent-être :
- Une séquence signal présente sur l’ADN qui entraîne une pause (un arrêt) dans la
progression de l’ARN pol. Une protéine spécifique de terminaison appelée  intervient à ce
moment et est responsable du déroulement du complexe ADN : ARN (Fig.9 terminaison).
- Des séquences de terminaison correspondant à des séquences répétées (tandem) et
inversées au niveau de l’ARN suivie d’une succession de poly-uridines. Un auto-appariement
de ces séquences confère à la molécule une structure en boucle et tige qui entraîne la
séparation de l’ARN polymérase de l’ADN et donc la terminaison de la transcription
(Fig.10).

L’information génétique codée par l’ADN correspond presque toujours à des


protéines. La molécule qui permet le transfert de l’information génétique de l’ADN aux
protéines est la molécule d’ARNm. Cependant, des classes différentes d’ARN (ARN
ribosomiques ou ARNr et ARN de transfert ou ARNt) ne sont pas traduites en protéines mais
sont impliquées dans la machinerie de synthèse des protéines. Chez les procaryotes, toutes ces
classes sont transcrites par la même ARN polymérase ADN dépendante.

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Chromosome bactérien

Promoteur

 ARN polymérase

3’ 5’
-35 -10 +1

TTGACA TATAAT CAT

Figure 8 : Initiation de la transcription

Core enzyme






Figure 9 : Initiation, Elongation et Terminaison de la Transcription

Figure 10 : boucle de terminaison

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II-2 La transcription chez les eucaryotes
Chez les eucaryotes, trois ARN polymérases (ARNpol) interviennent dans la
transcription : l'ARNpol I pour les ARNr transcrits dans le nucléole (28S, 18S et 5,8S),
l'ARNpol III pour les ARNt et l'ARNpol II pour les ARNm. Cette dernière est formée selon
les organismes de 10 à 12 sous-unités.
Le transcrit primaire de l’ARN messager n'est pas utilisé tel quel pour la synthèse protéique. Il
doit subir des modifications post-transcriptionelles permettant l’augmentation de la demi-vie
et la modification de la séquence. Toutes ces modifications sont réalisées au fur et à mesure
de la progression de la synthèse de l’ARN pré-messager dans le nucléoplasme. Il existe trois
grands types de modifications.

II-1-a L'addition d'une coiffe (cap) en 5'


Elle a lieu dès le début de la transcription avant que la chaîne ne compte plus de 30
nucléotides. Elle consiste en l'ajout d'un nucléotide à guanine sur l'extrémité 5' de l'ARN. Il en
résulte que l'extrémité 5' de l'ARNm n'est pas porteuse des trois acides phosphoriques libres
habituels, mais d'un GMP, qui sert de coiffe protectrice à l'extrémité 5' de l'ARNm (limite la
reconnaissance de cette extrémité par les exonucléase) (Fig.11). Elle est également nécessaire
à l'exportation de l'ARNm vers le cytoplasme et à la liaison de ce dernier avec la petite sous-
unité du ribosome lors de l'étape d'initiation de la traduction.

II-1-b L'excision-épissage
Chez les eucaryotes les gènes sont morcelés c’est-à-dire constitués d'une alternance
d'exons (parties codantes du gène) et d'introns (parties non codantes). Ainsi, les gènes sont
d'abord intégralement recopiés dans l'ARN près-messager, puis subissent une opération
d'excision des introns suivi d'un épissage (splicing), c'est à dire la réunion bout à bout des
exons restants qui constituent l'ARNm (Fig.12). Ce remaniement se déroule au fur et à mesure
de la progression de la transcription.
II-1-c L'addition d'une queue polyA en 3'
La poly(A) polymérase, va ajouter une séquence poly(A) (de 100 à 250 nucléotides A)
à l’extrémité 3’OH de l’ARNm. Cette queue polyA qui sera la cible des nucléases va assurer
une stabilité au futur ARNm au cours de sa traduction : elles peuvent rester fonctionnelles
pendant plusieurs heures. À l'opposé des ARNm bactériens qui sont relativement labiles : leur
demi- vie est seulement d’une minute trente à deux minutes (Fig.13).

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Figure 11 : Formation de la coiffe d'un ARNm

Figure 12 : L'excision-épissage de l’ARN pré-messager

C
A ARNm AAAAAAAAAA--OH3’
P

Figure 13 : Formation de la queue polyA

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III- La traduction
Une des découvertes majeures de la biologie a eu lieu au début des années 1960 avec
la mise en évidence du code génétique et des correspondances entre les codons et les acides
aminés. Il existe 61 codons différents qui spécifient les 20 acides aminés constituant les
protéines. L’usage des codons est donc redondant et le code génétique est dis dégénéré.
Exemple : les six triplets UUA, UUG, CUU, CUC, CUA et CUG sur l’ARNm codent pour
l’incorporation de la leucine dans la chaîne polypeptidique alors que le tryptophane est codé
par un codon unique UGG (Tab. 1).

Tableau 1 : Le code génétique : Un acide aminé est codé par trois bases prises dans l'ordre
suivant: la base initiale à gauche, la base centrale dans l'une des quatre colonnes du centre, et
la base terminale à droite.
Base initial Base central Base final
U C A G
U Phe Ser Tyr Cys U
Phe Ser Tyr Cys C
Leu Ser non-sens non-sens A
Leu Ser non-sens Trp G
C Leu Pro His Arg U
Leu Pro His Arg C
Leu Pro Gln Arg A
Leu Pro Gln Arg G
A Ileu Thr Asn Ser U
Ileu Thr Asn Ser C
Ilet Thr Lys Arg A
Met Thr Lys Arg G
G Val Ala Asp Gly U
Val Ala Asp Gly C
Val Ala Glu Gly A
Val Ala Glu Gly G

Ala : alanine Glu : acide glutamique Leu : leucine Ser : sérine


Arg : arginine GluN : glutamine Lys : lysine Thr : thréonine
Asp : acide aspartique Gly : glycine Met : méthionine Tryp : tryptophane
AspN : asparagine His : histidine Phe : phénylalanine Tyr : tyrosine
Cys : cystéine Ileu : isoleucine Pro : proline Val : valine

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Plusieurs codons signaux déterminent le début et la fin de la chaîne polypeptidique. Le
codon d’initiation AUG définie le début (extrémité N-terminale) de celle-ci et code pour la
méthionine. L’extrémité C-terminale du polypeptide est déterminée par les codons de
terminaison : UAA, UAG et UGA, appelés codons stop ou non-sens. Ces trois codons ne
correspondent à aucun acide aminé mais leur présence individuelle ou en combinaison
entraîne l’arrêt de l’ARN polymérase donc l’arrêt de la traduction.

La séquence des codons entre les signaux d’initiation et de terminaison constitue le


cadre de lecture ouvert (open reading frame ORF). Chaque séquence nucléotidique de
l’ARNm contient trois ORF possibles, suivant la position utilisée comme point de départ
(Fig.14).

Figure 14: Différents cadres de lectures possibles pour une même séquence d’ARNm

III-1 Constituants de la machinerie de synthèse des protéines


La synthèse protéique a lieu au niveau de particules appelées ribosomes (Fig.15). Ces
dernières sont formées chez les procaryotes de sous-unités complexes d’ARN et de protéines
(Tab.2).
Tableau 2 : Les composants structuraux des ribosomes de E. coli

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Figure 15: Les deux sous-unités fonctionnelles d’un ribosome

Les composants les plus critiques de l’appareil de traduction sont les ARN de transfert
ou ARNt qui sont les « traducteurs » du processus. Il est constitué de 70 nucléotides où quatre
régions de complémentarité sont formées, et trois boules ouvertes sont présentes. L’une
d’elles constitue la boucle anticodon contenant une séquence exactement complémentaire à la
séquence codon située sur l’ARNm (Fig.16). La fixation d’un acide aminé sur l’ARNt
correspondant est une réaction spécifique assurée par une enzyme aminoacyl-tRNA
synthétase.

Figure 16: Structure de l’ARNt-Met de E. coli

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III-2 Mécanisme de synthèse des protéines
L’initiation de la synthèse protéique commence par la fixation de la petite sous-unité
ribosomale (30S) à l’ARNm au niveau d’une séquence spécifique appelée site de liaison au
ribosome ou séquence Shine-Delgarno. Cette séquence est située 4 à 6 nucléotides en amont
du codon initiateur AUG (région N-terminale). Par la suite, le premier ARNt porteur de
méthionine se lie au complexe formé. Finalement, la grande sous-unité (50S) s’associe à
l’ensemble et le ribosome est prêt à se déplacer le long de l’ARNm pour synthétiser
progressivement la chaîne polypeptidique (Fig.17a).

Figure 17a: Initiation

Le ribosome ainsi fixé contient deux sites : Un contenant l’ARNt-Met (site P), et un
site libre où un codon correspondant au deuxième acide aminé de la chaîne polypeptidique est
exposé (site A). L’ARNt porteur de l’acide aminé correspondant à ce codon vient alors se
fixer sur ce dernier (ex : acide glutamique). La première liaison peptidique entre Met et Glu
(Fig.17b) est formée grâce à l’activité peptidyl transférase du ribosome libérant ainsi le
premier ARNt fixant la méthionine. L’étape finale de l’élongation est appelée translocation :
le ribosome progresse de trois nucléotides libérant ainsi le site A. Les étapes suivantes
d’élongation sont exactement identiques à la réaction décrite entre les deux premiers acides
aminés (Fig.17b).

Figure 17b : Elongation

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La terminaison de la chaîne polypeptidique est définie par la présence d’un codon
stop immédiatement en aval de l’acide aminé de l’extrémité C-terminale. Les codons stop ne
codent pour aucun acide aminé, leur présence va provoquer la dissociation du ribosome et la
libération du polypeptide (Fig.17c).

Figure 17c: Terminaison

III-3- Remarques
1- Il est important de noter que les bactéries synthétisent fréquemment des ARNm
polycistroniques, c’est à dire des ARNm correspondant à plusieurs gènes.
2- Chez les procaryotes, souvent de nombreux ribosomes travaillent à la suite sur une
même molécule d'ARNm, synthétisant ainsi plusieurs protéines. Cela permet une
amplification de la production des protéines par rapport à la quantité d'ARNm présente et
dont la demi-vie est courte. Ces polyribosomes sont bien visibles en microscopie
électronique (Fig.18).
3- Finalement, il est aussi important de noter que chez les procaryotes le mécanisme
de transcription et de traduction sont couplés (Fig.19).
4- Chez les eucaryotes, le complexe d’initiation se fixe à l'extrémité 5' de l'ARNm
monocystroniques (un ARNm correspond à une protéine) en reconnaissant sa coiffe, et se
déplace jusqu'au premier AUG. Le ribosome, dans ce cas aussi, est formé de deux sous-
unités : une grande (60S : ARNr 28S, ARNr 5,8S et ARNr 5S) et une petite (40S : ARNr 18S).
5- Par ailleurs, chez les eucaryotes, une protéine subit souvent des modifications post-
traductionnelles avant d'être opérationnelle.
a- Elle doit tout d'abord adopter la conformation dans laquelle elle est active par
l’établissement de liaisons hydrogène et parfois la formation de ponts disulfure entre les
acides aminés cystéines.

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b- D'autre part, il peut y avoir des modifications post traductionnelles par l’ajout de
molécules non protéiques, comme des lipides, des glucides ou des groupements phosphate,
ainsi que de petits peptides.
c- Finalement, Il y a parfois clivage d'un peptide appelé peptide signal situé à
l'extrémité N-terminale une fois qu’il aurait accompli son rôle en dirigeant la protéine non
mature dans un compartiment particulier de la cellule.

Figure 18 : Polyribosomes observés en microscopie électronique

Initiation
Transcription
ARN polymérase
gène Terminateur
ADN
Nm
AR
p
Ribosome sto

Initiation

io n
duct
ra
T

Production de protéines

Figure 19: Couplage transcription traduction chez les procaryotes


NB : les polyribosomes

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IV. Mutations et variabilité
De point de vue génétique, les mutations sont des modifications permanentes du
matériel génétique décelable par un changement aléatoire, brusque et d’emblée héréditaire
intervenant au niveau d’un ou plusieurs caractères. Elles peuvent être somatiques ou
germinale (voir chapitre I). Elles ont lieu à la reproduction conforme (mitose chez les
Eucaryotes et bipartition chez les Procaryotes) et peuvent avoir des conséquences délétères ou
avantageuses. Une mutation est rarement réversible : le plus souvent le gène muté est réparé
ou détruit. Elles peuvent êtres spontanée (Taux de l’ordre de 10-6 à 10-9 selon l’espèce) ou
induite par des agents physiques ou chimique (jusqu’à 10 -4). Il existe différentes sortes de
mutations : géniques (ou alléliques) et chromosomiques.

IV.1. Mutations géniques et leurs conséquences


Elles affectent la séquence des nucléotides à l’intérieur de gènes individuels et
conduisent à l’apparition d’allèles. On distingue trois types de mutations géniques:

IV.1.a. Mutations ponctuelles


Il s’agit d’une modification d’une ou plusieurs bases d’un seul codon (Fig.20). Les principales
mutations ponctuelles sont l’échange de base :
 La substitution : Il s’agit du remplacement d’une base par une autre ; on distingue :
- La transition : Substitution d’une base purique par une base purique (A↔G) ou d’une
base pyrimidique par une base pyrimidique (T↔C).
- La transversion : Substitution d’une purine par une pyrimidine (A↔T ou C) ou
inversement (C↔G ou A)
Une substitution reste sans effet sur le cadre de lecture. Toutefois, elle peut
altérer un codon ce qui aura pour conséquence l’introduction d’un acide aminé erroné: on
parle alors d’une mutation faux-sens. Le polypeptide modifié contient un acide aminé faux au
site de la mutation.
Si la mutation est sans effet sur la protéine on parle de mutation silencieuse. La
mutation est neutre grâce à la dégénérescence du code génétique (plusieurs triplets codent
pour le même acide aminé).
Si par contre la mutation fait apparaître un codon stop prématuré, on parle de
mutation non-sens.

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 Insertion ou délétion (mutations décalantes) : Il s’agit d’une addition ou d’une
suppression de nucléotides non multiple de trois. On les appelle également mutations
frameshift (Fig.21).
Ceci provoquera un décalage du cadre de lecture au moment de la traduction, et générera
le plus souvent une protéine tronquée par l'apparition d'un codon-stop prématuré (mutation
non-sens). Si non, ce type de mutation peut engendrer la modification de toute la séquence du
polypeptide à partir du site de la mutation (Fig.22).

Figures 20 : Mutations Ponctuelles

Figure 21 : Mutation décalantes (frameshift)

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Figure 22 : Conséquences des mutations frameshift

IV.1.b. Les mutations instables


Il s’agit de mutations qui évoluent d'une génération à l'autre. Le génome humain contient
des répétitions de trinucléotides en tandem (ex : CAG). Ces triplets peuvent s’accroitre de
façon anormale à l’intérieur ou à proximité de certains gènes et être responsable des maladies
à extension de triplets.
V.2. Mutations géniques et variabilité
Les mutations sont source de biodiversité. En effet, la mutation est le mécanisme à
l’origine des différentes versions possibles d’un gène, c'est-à-dire à l’origine des allèles d’un
gène ou polyallélisme des gènes. (ex : allèle du gène des groupes sanguins). Cette diversité
des allèles au sein d’une espèce conduit à une diversité des phénotypes.

IV.3. Les grandes mutations


Il s’agit des séquences répétées au niveau des gènes et le plus fréquemment au niveau
des introns et des régions non codantes.
 Les microsatellites
Il s’agit de répétition de motif d’ADN de 2 à 6 nucléotides :
Ex : (AG)10 : AG AG AG AG AG AG….. 10x
On les appelle aussi les SSR (Séquences Simples Répétées) et on les retrouves chez l’homme,
les animaux et les végétaux.
 Les minisatellites
On les appelle VNTR : Séquences répétées en tandem en nombre variable. Il s’agit de
séquences moyennement répétées. La longueur de leurs motif varie de 15 à 100 pb et sont à
l’origine d’un polymorphisme important qui est utilisé en médecine légale (criminologie, test
de paternité). Ils sont également présents chez l’homme, les animaux et les végétaux.

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 Les transposons
Il s’agit de séquences d’ADN moyennement répétées sur tout le génome mais qui est capable
de se déplacer d’un endroit à un autre sur le génome : Ce sont des gènes sauteurs ou des
transposons.

IV.2.. Définition des chromosomes


Le chromosome est une structure composée d’une molécule d’ADN très longue et de
protéines associées qui porte une partie (ou l’intégralité) de l’information héréditaire d’un
organisme. Particulièrement évident dans les cellules animales et végétales subissant la
mitose ou la méiose, ou chaque chromosome se condense en un filament compact,
facilement visible. Il existe quatre types de chromosomes selon la position du centromère
et la longueur des bras (p : bras cours : q : bras long). On distingue les chromosomes
métacentriques, submétacentriques, acrocentiques et télocentriques (Fig.22)

Figure 22 : Les différents types de chromosomes

IV.3. Mutations chromosomiques


Les aberrations chromosomiques sont des perturbations qui affectent le chromosome
et elles touchent soit leurs nombre soit leur structure. Chez les plantes, elles se manifestent
par l’apparition des organes géants par contre chez les animaux et l’homme elles se
manifestent par des perturbations physiologiques et des malformations. Elles sont
détectables lors de la réalisation du caryotype.
IV. 3.a. Mutations de nombre
 Aneuploïdie : on parle d’aneuploïdie quand le nombre de chromosomes est
anormal. Il peut s’agir de la perte ou du gain d’un ou plusieurs chromosomes individuels de
l’ensemble des diploïde. Il s’agit d’une absence de disjonction (non disjonction) au moment
de la méiose. Celle-ci peut avoir lieu soit en méiose I et engendre des gamètes qui ont soit

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deux chromosomes (disomie) soit aucun (nullisomie), ou en méiose II et engendre sur les
quatre cellules, une cellule disomique et une cellule nullisomique (Fig.22.A).
On appelle la perte de chromosomes monosomie, le gain trisomie. La polyploïdie correspond
au cas où la cellule, le tissus ou l’individu est caractérisé par la présence de plus que deux
jeux chromosomiques haploïdes (ex : triploïdes, tétraploïdes ; non viable chez l’homme).
Cette situation est très fréquente chez les plantes (Fig.21.B). L’hétéroploïdie : Anomalie de
nombre de chromosomes présents dans des cellules ou des tissus isolés.

Figure 22 : Aneuploïdie

III.3.b. Mutations de structure


Il s’agit d’anomalies qui portent sur une partie du chromosome qui apparaissent à la
méiose suite à des cassures et la réunion des fragments de chromosomes. Elles peuvent
être intra et ou inter-chromosomiques (Fig.23).

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Figure 23 : Les mutations de structure

Les différentes mutations de structure sont :


 La délétion : C’est le résultat d’une cassure unique avec perte d’un fragment du
chromosome (délétion terminale), ou de deux cassures avec perte du segment intermédiaire
(délétion interstitielle) (Fig.24).

Figure 24 : Délétions terminale (a) et interstitielle (b)

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 La duplication : C’est l’augmentation du nombre de copie d’une séquence ou
d’un gène suite à une erreur d’appariement au moment de la réalisation des crossing-over au
cours de la méiose (Fig.25)

Figure 25 : La duplication

 L’inversion : C’est un changement de direction de 180° d’un segment


chromosomique, due à la cassure, en deux points différents, suivie du recollage du fragment
en sens inverse. Selon que le centromère est impliqué ou non, on distingue les inversions
pericentriques (le centromère est situé dans le segment inversé) et paracentriques (Fig.26).

Figure 26 : Inversions pericentriques (b) et paracentriques (c)

 La translocation : Elle fait référence à un processus au cours duquel une partie


(ou la totalité) d’un chromosome se déplace d’un segment à un autre. Il peut s’agir d’une
translocation simple (c’est le transfert d’un fragment d’un chromosome vers un autre) mais le
plus souvent il s’agit d’une translocation réciproque (un segment est échangé contre un autre
sans qu’il n’ait ni perte ni gain).
La translocation réciproque entre deux chromosomes est généralement équilibrée
et ne comprend pas de risque de maladies sauf si l’un des points de cassures interrompt la

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fonction d’un gène. Cependant au cours de la méiose les chromosomes ayant subi la
translocation forment une structure en crois caractéristique (Fig.26.A). Ainsi plusieurs
situations sont possibles au niveau de la formation des gamètes selon le type de
ségrégation (Fig.26.A):
 Ségrégation alternée,
 Ségrégation adjacente-1,
 Ségrégation adjacente-2

Figure 26 : La translocation

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La translocation Robertsonienne (par fusion centrique de chromosome acrocentrique)
implique soit une paire de chromosomes homologues soit deux chromosomes acrocentriques
non homologues. La fusion homologue ne donne naissance qu’à des gamètes disomiques ou
nullisomiques. Le zygote sera donc trisomique (syndrome de dawn) ou monosomique
(léthale). Cependant la fusion de deux chromosomes acrocentriques non homologues est
beaucoup plus fréquente. Les chromosomes 14 et 21 sont les plus impliqué dans ce genre
d’aberration. La fusion du bras long du chromosome 21 (21q) et du bras long du chromosome
14 (14q) conduit à la formation d’un chromosome 14q21q. Les bras cours de ces deux
chromosomes sont perdus mais ceci n’a pas de conséquence sur le phénotype puisqu’ils sont
porteurs d’ADN satellites. Quatre types de gamètes peuvent se former (normale, équilibré,
disomique ou nullisomique) (Fig.26.B).

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Figure 19: régulation de l’opéron lactose (lac)

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Figure 20: régulation de l’opéron tryptophane (trp)

Figure 21: Régulation des opérons maltose (mal)

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