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Les liens entre les violences

basées sur le genre et le VIH


dans la région des Grands
Lacs
Adressing the links between gender-based violence and HIV in the Great Lakes region

Étude de pays: République démocratique du Congo


Prof. Barthélemy Kalambayi Banza
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Les liens entre les violences basées sur le genre et
le VIH dans la région des Grands Lacs.

Étude de pays –RDC


1
Prof. Barthélemy Kalambayi Banza

Table des matières


Table des matières .............................................................................................................. 1 1
1
Le Prof. Kalambayi Banza est démographe au Département. des Sciences de la Population et du
Développement- de l’Université de Kinshasa
Introduction ......................................................................................................................... 4

1. Approche méthodologique............................................................................................. 5
1.1. Analyse documentaire ................................................................................................................ 5
1.2. Bases des données secondaires ............................................................................................... 5
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

1.3. Cadre d’analyse ........................................................................................................................... 6


1.4. Limite de l’étude .......................................................................................................................... 7

2. RDC : Contexte socio-économique et socio-politique ................................................. 7


2.1. Situation socio-économique....................................................................................................... 7
2.2. Situation socio-politique du genre en RDC ............................................................................ 10

3. Problématique du VIH/SIDA en RDC ............................................................................ 11


3.1. Augmentation de la séroprévalence : Génocide rwandais ou élément catalyseur ? .......... 13
3.2. Situation récente de la prévalence du VIH/SIDA en RDC ......................................................... 14
3.3. Comportements sexuels à risque d’IST/VIH : Facteurs favorisant la propagation du VIH en
RDC 22
3.3.1. Utilisation du condom .............................................................................................................. 22
3.3.2. Multipartenariat sexuel ............................................................................................................ 24

4. Les violences basées sur le genre en RDC ................................................................ 25


4.1. Prévalence et formes des violences basées sur le genre ...................................................... 25
4.1.1. Les viols .................................................................................................................................. 27
4.1.2. Les autres formes de violences sexuelles .............................................................................. 29
4.2. Violence basée sur le genre et conflits armés .......................................................................... 34

5. Violence basée sur le genre et transmission du VIH/SIDA dans les pays des Grands
Lacs ................................................................................................................................... 36
5.1. Perceptions erronées ................................................................................................................ 36
5.2. Physiologie de l’appareil génital féminin ................................................................................ 37
5.3. Liens entre violences sexuelles et transmission du VIH ....................................................... 37
5.4. Situations socio-démographiques ........................................................................................... 40

6. VIH/SIDA et violence basée sur le genre : Politique et stratégies de lutte en RDC .. 41


6.1 VIH/SIDA ......................................................................................................................................... 41
6.1.1. Au niveau stratégique : Politique, normes et directives .......................................................... 41
6.1.2. Risposte .................................................................................................................................. 43
6.2. Actions menées contre les violences sexuelles basées sur le genre en RDC ................... 45

Conclusion ........................................................................................................................ 48

2 Recommandations ............................................................................................................ 50

Bibliographie ..................................................................................................................... 52
3
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Introduction
La Région des Grands Lacs (Afrique Centrale) est l’une des régions africaines les plus
instables sur le plan socio-politique. Depuis le début des années 1990, les pays de cette
région font face à des conflits ethniques et à des guerres récurrentes. Si certains d’entre eux
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connaissent encore des situations des conflits, ceux qui ont essayé de régler leurs
différends sont dans la phase post-conflits.
Cette instabilité socio-politique accentue la vulnérabilité des populations déjà très pauvres,
particulièrement les femmes et les enfants qui sont les principales victimes des violations
des droits humains par les belligérants. Les violences sexuelles et basées sur le genre qui
sont une des formes de ces violations des droits de l’homme exposeraient les femmes et les
jeunes filles au risque de contamination par le VIH/SIDA en Afrique. Cette situation qui est
déjà préoccupante dans les sociétés africaines en temps de paix, à cause d’importantes
inégalités de rapports de genre que favorise la socialisation du fait des normes régissant la
sexualité, les modalités d'entrée en union et de fonctionnement de la sphère conjugale
(Andro et Hertrich, 2001 ; Rwenge, 2004) ne fait que s’empirer.
Ainsi pour documenter les liens existant entre la violence basée sur le genre et le VIH
l’UNESCO a diligenté cette étude. Elle pourra respectivement permettre de : i) « combler les
lacunes identifiées dans les recherches existantes, mais aussi, en cas d’existences
éventuelles desdits liens ; ii) d’informer les autorités publiques sur l’existence ou non de ces
liens, outre le fait d’aider les gouvernements à élaborer et à mettre en œuvre leurs plans
d’action nationaux et stratégies sur la prévention des violences basées sur le genre et le
VIH.
Ce rapport est structuré autour de six points. Le premier est une description des approches
méthodologiques ayant permis la réalisation de cette analyse. La présentation du contexte
du genre et du VIH en RDC constitue le deuxième axe de cette réflexion. Même si les
aspects se rapports aux deux questions sous-étude sont épinglés dans ce point, ils sont plus
développés aux troisième et quatrième points. L’examen de l’hypothèse de l’existence ou
non des liens entre la violence basée sur le genre et le VIH/SIDA dans les pays des grands
lacs africains effectué au cinquième point. Le dernier point est quant à lui consacré aux
aspects de politiques et stratégies de lutte contre le VIH/SIDA et les violences basées sur le
genre.

4
1. Approche méthodologique

1.1. Analyse documentaire

La principale méthode utilisée dans cette recherche est l’analyse documentaire. La

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réalisation de cette tâche a été d’emblée très difficile, à cause de la rareté de la
documentation dans les domaines comme ceux du genre et du VIH, particulièrement sur les
liens entre violence sexuelle et violence basée sur le genre et l’infection du VIH en RDC.
Cette difficulté est par ailleurs amplifiée, notamment par la multiplicité et la diversité : i) des
objets de recherche, ii) des méthodes, iii) des champs de références théoriques, … En effet,
le genre est une construction sociale. En tant que tel, ses manifestations sous forme de
discriminations ou de violations des droits humains ne sont pas perceptibles ni mesurables
dans les mêmes termes dans toutes les sociétés. Seuls les aspects les plus visibles et qui
sont aussi communément connus sont les plus souvent documentés. Ce genre de situations
permet d’établir de comparaisons de mêmes situations dans l’espace, ce qui n’est pas
possible lorsque l’on se trouve devant des constructions sociales spécifiques (locales).

Etant donné que les questions sous étude sont souvent abordées par plusieurs disciplines,
les publications des sciences sociales, particulièrement celles qui ont essayé d’analyser les
normes et les comportements des individus en liens avec les rapports de sexe ont été
privilégiées. Il en est de même de ceux abordant les aspects relatifs à la sexualité,
particulièrement les négociations sexuelles, l’activité sexuelle hors mariage en rapport avec
la sexualité et aux comportements sexuels à risques.
Outre les publications scientifiques, les rapports des différents services étatiques, des
partenaires au développement, des humanitaires ont été exploités. L’accent a été placé sur
les thèmes suivants comme mots clés dans la recherche documentaire :

- Conflits et violences ;
- Prévalence du VIH/SIDA ;
- Comportements sexuels ;
- Perceptions et croyances sur la sexualité ;
- Connaissance, acceptabilité et utilisation des condoms ;
- Genre et sida ;
- Motivations et stratégies sexuelles ;
- Prévention du sida ;
- Représentations et constructions sociales du sida, de la sexualité, des rapports
homme-femme et de la violence ;
- Politiques, directives, règlements officiels et stratégies en rapports avec les conflits,
les violences ou le genre.

1.2. Bases des données secondaires

Si la question du VIH/SIDA n’est plus d’actualité en RDC, celle des violences sexuelles et
violences basées sur le genre a été médiatisée par les conflits armés que le pays a connus
vers la fin des années 1990. Contrairement au VIH/SIDA qui avait pu mobiliser les énergies 5
tant sur le plan politique que scientifique, les violences sexuelles n’ont pu mobiliser que
l’opinion politique. Ceci fait qu’il n’existe pas beaucoup d’enquêtes socio-démographiques
qui ont collecté des informations sur les violences sexuelles et basées sur le genre en RDC,
à part l’Enquête Démographique et de Santé réalisée en 2007. Cette étude avait saisi
certaine formes de violences basées sur le genre. Cette base ainsi bon nombre d’autres ont
été mises à profit. En cas de besoins, nous avons dû calculer des indicateurs que nous
avions estimés utiles mais qui n’étaient pas disponibles dans les différents rapports
d’enquêtes.
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1.3. Cadre d’analyse

Les informations devant être rassemblées à partir de la revue documentaire et/ou des bases
de données devraient permettre la documentation de chacun des quatre domaines
susmentionnés, à partir des questions suivantes :

• Quelles sont les localités qui ont été touchées par les conflits ethniques ou armés ?
• Quelles sont les différentes formes de violences qui y règnent ou y ont régné ?
• Comment y a évolué l’épidémie du SIDA (taux d’infection par le VIH et la
prévalence) ?
• Quelles sont les différentes interventions apportées ou préconisées en guise de
réponses ?
• Quels contextes sociodémographique, socioéconomique et socioculturels ont
caractérisé ou caractérisent les différentes localités qui peuvent être considérées
comme de cas pour illustrer les situations de vulnérabilité ou non

Les réponses à ces questions devraient permettre d’atteindre les objectifs assignés à cette
étude suivant le cadre d’analyse ci-dessous, ce qui n’a pas été le cas, faute de la
documentation dans les différents domaines précités.

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Graphique 1 : Cadre d’analyse des liens entre les violences basées sur le genre et le VIH
dans contexte de conflits ou de post-conflits.

Contexte Contexte Contexte Contexte


socioculturel sociopolitique

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
sociodémographiqu socioéconomiqu
e e

Violences Violence
sexuelles basée sur le
VIH/SIDA genre

1.4. Limite de l’étude

La principale limite de cette analyse réside dans la rareté des données appropriées devant
permettre de répondre aux différentes questions ci-avant. Pourtant, l’on s’attendait de
trouver la documentation qui devrait aider à repérer des éventuels liens entre les violences
sexuelles et basées sur le genre et la forte prévalence de VIH dans les localités ayant connu
des conflits, notamment armés ou inter-ethniques. Ceci n’a pas été possible d’où le recours
à des publications et rapports ponctuels, outre les bases de données sensées fournir une
certaine indication sur les problématiques (VIH/SIDA et Violences sexuelles et basées sur le
genre) sous étude dans les différentes localités de la RDC. Devant cette difficulté, tout
document pouvant renseigner sur ces questions a été mis à profit.

2. RDC : Contexte socio-économique et socio-politique

2.1. Situation socio-économique

La RD Congo est l’un des pays les plus vastes du continent africain. A cheval sur l’Equateur,
ce pays s’étend sur une superficie de près de 2.345.000 km2 et bénéficie d’une diversité de
climats, ce qui explique également sa richesse en faune et en flore. Le Centre du pays
connaît un climat équatorial chaud et humide, alors que les contrées situées au Sud et au
Nord se trouvent sous le climat tropical. Ces climats expliquent la variété de sa végétation
qui est constituée de forêts et de savanes. La pluviométrie y est abondante avec une
alternance entre le Nord et le Sud.

7
L’hydrographie de la RDC est dominée par le bassin du Congo, fleuve long de 4 670 km, et
l’existence de quinze lacs. Le relief de la RDC est très diversifié avec une large cuvette au
centre et à l’Ouest, bordée à l’Est et au sud par de hauts plateaux. L’Est du pays est, par
ailleurs, dominé par une chaîne volcanique entrecoupée de lacs.

La RDC est à la fois un scandale écologique et géologique. Avec sa forêt équatoriale, ce


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pays joue le rôle de poumon écologique du continent africain. Comme écosystème le plus
dense du monde, la RDC occupe le deuxième rang après l’Amazonie. Son sous-sol regorge
la quasi-totalité de métaux précieux, faisant d’elle un atout économique indéniable pour le
monde développé actuel en quête perpétuel de matières premières pour l’expansion des
tissus industriels modernes.

Vaste pays au centre de l’Afrique, la RDC partage ses frontières avec neuf pays : cinq pays
des grands lacs (Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie, Zambie) et quatre autres pays dont
le Soudan, la République Centrafricaine, le Congo et l’Angola. Cette position stratégique a
permis à la RDC d’appartenir à trois zones économiques, à savoir la CPGEL 2, la CMAC qui
est un regroupement des pays de l’Afrique Centrale et la SADEC, qui regroupe les pays de
l’Afrique de l’Est.

Sur le plan administratif et politique, la RDC est organisée en 11 provinces y compris


Kinshasa, la capitale du pays. Cette subdivision administrative a déjà été modifiée sur le
plan de la constitution, même si dans les faits, la mise en œuvre de la nouvelle loi sur la
décentralisation tarde encore. En effet, le pays passera de 11 à 26 provinces selon la
Constitution de février 2006.

Son histoire politique est émaillée de plusieurs guerres et autres crises. La RDC a connu
depuis son accession à l’indépendance en 1960, quatre périodes d’instabilité politique, à
savoir : (i) 1960 à 1965, avec une lutte acharnée entre partis politiques constitués sur des
bases tribales ; (ii) 1965 à 1997, marquée par un régime totalitaire ; (iii) 1997 à 2006,
période de transition, de recherche d’un nouvel ordre politique, achevée par les élections
libres et démocratiques de 2006 ; (iv) 2007 à ce jour, caractérisée par les efforts entrepris
pour unifier et pacifier tout le pays. Malgré une relative accalmie, le pays connaît encore des
germes d’insécurités politiques, car la situation sécuritaire à l’Est du pays reste encore à
désirer. Les récentes élections présidentielles et législatives organisées en novembre 2011
ne semblent pas avoir calmé cette situation qui, du reste est encore préoccupante.

Outre son étendue, la RDC est également l’un des pays africains les plus peuplés. Faute
d’un recensement récent, le dernier datant de 1984, l’effectif de sa population n’est pas du
tout connu. En estimant à 3 % son taux de croissance annuelle, sa population peut être
évaluée à environ 70 millions d’habitants. Cette population vit essentiellement de
l’agriculture de subsistance, de la chasse et de la pêche artisanale, car près de 70 % des
congolais vivent en milieu rural (EDS-RDC, 2007).

Qu’il s’agisse du milieu urbain ou du milieu rural, la grande majorité de la population


congolaise vit avec moins de 1 dollar Américain ($ USD) par jour. Ceci est notamment dû,

8 2
Cet espace recouvre principalement le Burundi, le Rwanda, la République Démocratique du Congo
(Etats membres de la Communauté économique des pays des grands lacs, «CEPGL») mais aussi le
Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie (Lire Gervais NTIRUMENYERWA M. KIMONYO , 2004, « La crise
dans la sous-région des Grands Lacs: quand les protagonistes tournent le dos au droit », in l’Afrique
des Grands Lacs. Annuaire 2003-2004, 254-274 p.
non seulement à l’importance du chômage, mais aussi au non-paiement et au sous-
paiement des salaires pour les congolais qui travaillent dans le secteur formel. En plus, le
secteur informel qui emploie la grande majorité de la population active (91 % des actifs
occupés travaillent dans le secteur informel) n’est pas florissant, étant donné que l’économie
nationale n’est pas prospère. Ceci a pour, entre autre conséquence, la surcharge de la
population active occupée. Dans ce pays, 40 % (39 % des femmes et 41 % des hommes) de

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la population active devrait prendre en charge 60 % des personnes inactives (57 % des
jeunes de moins de 20 ans et 3 % des 65 ans et plus). C’est-à-dire que 1,5 personnes
devraient être prises en charge par 1 personne active 3).

Toutefois, depuis le début de la décennie 2000, l’on observe une amélioration de la situation
macro-économique de la RDC. « Le produit intérieur brut réel a enregistré une hausse
respectivement de 3,5 % en 2002 ; 5,6 % en 2006 ; 6,3 % en 2007 ; 6,2 % en 2008 ; 2,8 %
en 2009 et 7,2 % en 2010 » (Yere, 2011, p. 90). Cette amélioration du revenu intérieur brut
est donc la conséquence des efforts conjugués du gouvernement et ses partenaires,
notamment sur le plan des réformes visant l’assainissement du cadre macroéconomique.
Malgré cette tendance vers l’amélioration du climat macroéconomique, les effets escomptés
ne sont pas encore palpables dans bien des secteurs sociaux de base, car la pauvreté
frappe encore plus de 70 % de la population est incapable de satisfaire ses besoins
fondamentaux.

Dans sa lutte contre la pauvreté, la RDC s’est engagée vers les OMD avec le DSCRP
comme principale politique qui guide l’action Gouvernementale, les interventions des
partenaires au développement, de la société civile, des Organisations Non
Gouvernementales (ONG) et de la population (RDC-Ministère du Plan, 2010) 4. L’évaluation
de la situation socio-sanitaire faite en 2010 sur les OMD a montré que « les progrès ont été
réalisés en matière de santé infantile (objectif 4), de santé maternelle (objectif 5) et dans le
partenariat mondial pour le développement (objectif 8). Malgré ces progrès, beaucoup reste
à faire, notamment dans le domaine de la lutte contre la pauvreté (objectif 1), de la lutte
contre le VIH/SIDA et contre le paludisme (objectif 6), de la scolarisation universelle (objectif
2) et de la préservation de l’environnement (objectif 7), où des progrès mitigés ont été
enregistrés. Toutefois, aucun progrès n’a été réalisé en matière de l’égalité des sexes et
l’autonomisation des femmes (objectif 3) » (RDC-Ministère du Plan, 2010, p. 11).

La population de la RDC est jeune. Près de 43 % de cette population ont un âge situé entre
15 et 49 ans (EDS-RDC, 2007). Le taux de fécondité est élevé, estimé à 6,3 enfants par
femme. L’âge médian aux premiers rapports sexuels se situe à 16,8 ans (EDS-RDC, 2007).

Tous ces facteurs présagent des besoins accrus en santé de la reproduction,


particulièrement auprès des jeunes et adolescents. Dans un contexte d’un système de santé
délabré par plusieurs décennies des troubles socio-politiques, un sous financement
constant, et une offre des services limitée, les indicateurs de santé de la reproduction sont
quasiment inquiétants.

3
RDC-Ministère du Plan, INS et UPPE, 2005
4
Rapport sur les OMD en RDC.
Bien que le pays ait élaboré un Plan Stratégique National de la Santé de la Reproduction
(2011-2015), il n’existe pas un système continu et fiable de collecte, traitement et archivage
des informations en rapport avec la Santé de la Reproduction.

2.2. Situation socio-politique du genre en RDC


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Le contexte socio-culturel de la RDC relatif aux rapports sociaux entre hommes et femmes
ne permet pas à ce que ces derniers soient égalitaires. La difficulté d’accès à certaines
ressources par les femmes, par exemple en est une preuve. Il en est de même de la place
accordée à la scolarisation de la jeune fille par rapport au jeune garçon, par exemple.
Depuis la fin des années 1990, les différentes guerres et les différents conflits ethnico-
politiques que la RDC a connus ont engendré d’intenses violations des droits humains,
particulièrement les violences sexuelles d’une rare intensité. Dans un tel contexte, la
création d’un environnement propice à l’égalité et à l’équité de genre ainsi qu’à l’élimination
des discriminations basées sur le genre, outre la lutte contre les violences sexuelles est très
pertinente.

La République Démocratique du Congo a souscrit à plusieurs recommandations des


instances internationales pour assurer l’accès à la santé et aux droits sexuels et
reproductifs. La Convention Internationale sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard de la femme (CEDEF) a été adoptée depuis 1979 par les Etats
Membres de l’Organisation de Nations Unies. Elle a été ratifiée par la République
Démocratique du Congo en octobre 1985.
Depuis la CIPD (Conférence Internationale sur la Population et le Développement) en 1994
au Caire et la Conférence sur les femmes à Beijing en 1995, l’approche visant l’amélioration
des droits de la personne humaine en général et des droits des individus en matière de
santé de la reproduction est devenue une réalité. Cette approche centrée sur l’équité
apparaît désormais comme une des meilleures stratégies pour renforcer la capacité des
personnes à jouir pleinement de tous leurs droits souvent bafoués. Parmi les droits de la
personne reconnus par la communauté mondiale, l’égalité entre les sexes en matière
d’éducation et de santé, y compris la santé de la reproduction, constitue un axe prioritaire
des Objectifs du Millénaire pour le Développement. La satisfaction de ces droits doit
permettre l’accès des individus à l’autonomie et freiner la pandémie du VIH/Sida, réduire la
pauvreté et améliorer les chances de progrès économique et social. Ils constituent des défis
prioritaires urgents pour le développement des populations.
La CEDEF précise que l’expression « discrimination à l’égard des femmes » vise toute
distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de
compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes,
quelque soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des
droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique,
social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.
La Constitution de la RDC du 18 février 2006 fait sienne cette précision en stipulant en son
article 14 que : « Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection de ses droits. Ils prennent
10
dans tous les domaines, notamment les domaines civil, politique, économique, sociale et
culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total épanouissement et la pleine
participation de la femme au développement de la nation. Ils prennent des mesures pour
lutter contre toutes formes de violences faites à la femme dans la vie publique et dans la vie
privée. La femme a une représentation équitable au sein des institutions nationales,
provinciales et locales. L’Etat garantit la mise en œuvre de la parité Homme - Femme dans
lesdites institutions ».
Dans son article 15, la même constitution stipule aussi que : « Les pouvoirs publiques

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veillent à l’élimination des violences sexuelles. Sans préjudice des traités et accords
internationaux, toute violence sexuelle faite sur toute personne, dans l’intention de
déstabiliser, de disloquer une famille et de faire disparaître tout un peuple est érigée en
crime contre l’humanité puni par la loi ».
En guise de mise en œuvre de ces dispositions, la RDC a promulgué une loi qui protège et
garantit les droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, à savoir la loi N° 08/011 du 14
Juillet 2008. D’après cette loi, la femme séropositive bénéficie de toutes les dispositions
mises en place par l’Etat dans le cadre de la politique nationale de santé de la reproduction ;
la protection de la transmission mère et enfant de VIH/SIDA.
Mais l’expérience quotidienne des populations de la RDC et les cris d’alarmes incessants
des femmes congolaises, démontrent à suffisance que toutes les bonnes intentions
demeurent lettres mortes dès lors qu’on n’a pas restauré l’autorité de l’Etat sur toute
l’étendue du territoire national en vue de sécuriser les personnes et leurs biens. En effet, le
respect des droits et libertés des citoyens sont une responsabilité étatique. L’insécurité est
quasi-permanente à l’Est de la République Démocratique du Congo. Plusieurs faits en
témoignent, le plus particulier étant les violences sexuelles qui se poursuivent en toute
impunité et ce, malgré l’adoption des législations spécifiques en la matière.

Les violations des droits humains sont dans une très large majorité de cas, le fait des
groupes armés. L’insécurité se nourrit de l’impunité qui, elle-même, se nourrit de
l’impuissance des institutions publiques. Dans ce cercle vicieux, la distance entre le discours
politique et l’engagement du gouvernement s’élargit de jour en jour, les services d’Etat ne
disposant pas des capacités nécessaires pour une action publique efficace.

3. Problématique du VIH/SIDA en RDC

Le Ministère de la Santé de la RDC (2008) indique dans son plan stratégique de lutte contre
le VIH et le SIDA que les premiers cas de SIDA avaient été notifiés en 1983, à l’Hôpital
Général de Référence de Kinshasa ex Mama Yemo. Cette même source indique qu’en RDC
circulent la plupart des souches de VIH1, notamment les souches A, D, G, U et H, alors que
la souche B est peu représentée.

Quant aux modes probables de contamination des personnes vivant actuellement avec le
VIH en RDC, la recherche opérationnelle a montré que la majorité de personnes sont
contaminées par la voie sexuelle. Bien qu’existantes, les autres voies de transmission du
VIH, à savoir ; celle de la mère à l’enfant et la transmission par le sang infecté et les objets
souillés par le sang infecté ont encore une part importante dans la contamination
représentent moins de 20 % de cas (Graphique 2).

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Graphique 2 : Modes de contamination par le VIH en RDC
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Source : PNLS (2004) cité par Ministère de la Santé Publique de la RDC (2008, p. 22).

Ainsi, l’importance de la transmission du VIH par voie hétérosexuelle explique par ailleurs la
pertinence d’une analyse des liens qui existeraient entre la violence sexuelle et basée sur le
genre et le VIH/SIDA. C’est pourquoi, pour mieux comprendre cette question en RDC, il
nous a semblé important de placer l’importance de la séroprévalence et de la prévalence
des comportements sexuels à risque d’IST/VIH au cœur de la question de conflits. Il s’agira
de comprendre le mécanisme par lequel le VIH se transmet lors des conflits politico-
militaires et inter-ethniques ou encore l’impact de ces conflits dans la propagation de cette
pandémie.

12
3.1. Augmentation de la séroprévalence : Génocide rwandais ou élément
catalyseur ?

L’analyse de la situation récente du VIH en RDC indique, soit dans l’augmentation de la


séroprévalence, soit dans sa constance au niveau des années 1990, qu’elle s’apparente à

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celle qui prévalait depuis 1994 avec la guerre inter-ethnique qui a généré le génocide au
Rwanda. Dans une analyse documentaire, Kalambayi (2002) décrivait cette inquiétude
(Encadré 2).
Encadré 2 : Génocide rwandais et augmentation probable de la séroprévalence à l’Est de la
RDC
« Les migrations forcées dues à la guerre et aux troubles inter-ethniques ont été l’un des facteurs les plus
importants dans la propagation de l’infection à VIH. En effet, Si la guerre du Liberia et l’immigration
(principalement à Abidjan et les autres centres industriels de la Côte-d’Ivoire) sont citées parmi les facteurs
prépondérants dans l’augmentation du taux de prévalence de l’infection à VIH en Afrique de l’Ouest (Lombelo et
Mayala, 1996), les guerres inter-ethniques du Rwanda de 1994 et les deux guerres de la RDC de 1997 et de
1998 jusqu'à ce jour ont largement contribué à l’expansion de l’infection à VIH et du Sida dans la Région des
Grands Lacs et précisément en RDC. … De plus, la guerre civile rwandaise a contraint une grande partie de
cette population à se réfugier dans les provinces congolaises du Nord et Sud Kivu. Or, les Etats du Nord-Est du
Congo à savoir le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et le Kenya étaient parmi les plus infectés de l’Afrique à ce
moment…Avec cette guerre, la RDC a accueilli, dans ses trois villes (Goma, Bukavu et Uvira) où étaient installés
5 6
3 camps des réfugiés du HCR : 1.900.000 (1994) et 1.182.232 (1995) soit 39,4 % de la population de la vile
d’Uvira ; 681,6 % de la population de la Ville de Goma et 297,6 % de la population de la ville de Bukavu
(Lombelo et Mayala, 1996). Pendant cette période, “ le Ministre rwandais de la Santé, Dr. Joseph Kaemera a
déclaré que des milliers de femmes ont eu, sous menaces, des contacts sexuels avec des soldats séropositifs et
que plus d’un autre millier étaient contraintes de se prostituer pour survivre... le Rwanda connaît un
7
accroissement rapide de séroprévalence avec des problèmes particuliers dans des camps des réfugiés ”.

A propos de la République Démocratique du Congo, l’ONUSIDA estimait à moins de 5 %, la


proportion de la population congolaise qui avait accès au préservatif en 1996, malgré le fait
que la RDC était un modèle du marketing social de préservatif (ONUSIDA/OMS, 1998). Ceci
pouvait expliquer le pourquoi la prévalence de la syphilis était très élevée. En effet, d’après
Mayala (2000), en 1997, le “ BCC/SIDA Congo avait trouvé une prévalence de 24 % pour la
syphilis parmi les femmes enceintes ”. Considérant le fait que les IST constituent une porte
d’entrée par excellence pour le VIH, Batter et al. (1994), cités par Mayala (2000) avaient
estimé que la stabilité de la prévalence VIH constatée parmi les femmes enceintes à
Kinshasa en 1994 n’était qu’apparente. Ces mêmes auteurs avaient dans l’entre temps
constaté que les plus jeunes de ces femmes (moins de 25 ans) montraient une incidence
VIH plus élevée (> 4 %) que les plus âgées.

Durant les années 1990, sur le plan géographique, 6 des 9 pays frontaliers de la RDC
avaient une séroprévalence supérieure à la sienne selon les estimations de UN Populations
and Policies (2001). Le niveau de séroprévalence était donc de : Burundi (11,3 %),
Rwanda (11,2 %), Ouganda (8,1 %), Zambie (20,0 %), République Centre Africaine (13,8
%), Tanzanie (8,1 %). Outre ces pays, durant 5 ans, les militaires de 5 autres pays à forte
séroprévalence se sont battus sur son territoire, les 3 derniers étant des pays frontaliers :
Namibie (19,5 %), Zimbabwe (25,1 %), Burundi (11,3 %), Rwanda (11,2 %), Ouganda (8,1
%).
13
5
Père Mark Raper (1994) : dernières nouvelles du Rwanda, in Zaïre Afrique, n° 288, CEPAS 1994.
6
HCR, Bureau Régional Afrique Central (1994).
7
Bulletin de la journée mondiale du Sida n° 3, 1994 : Les ONG parlent des familles et du SIDA.
L’ensemble de ces contextes peuvent vraisemblablement pousser à croire que le niveau de
la prévalence VIH en RDC durant les années 1990 et même après devrait être plus élevé
que le niveau officiel. Cette hypothèse pourrait être également vérifiée dans la persistance
de la prévalence des comportements sexuels à risque dans la population générale.

Contrairement à ce qui vient d’être rapporté ci-haut sur le Rwanda et le Burundi, notamment,
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

ces pays actuellement sont cités parmi les pays de la Régions des Grands Lacs qui ont
fourni d’énormes efforts dans la lutte contre le VIH/SIDA. Nishimwe (2012) note en
substance que : « Dans la région des Grands Lacs, seuls le Rwanda et le Burundi ont réussi
à diminuer significativement le nombre d’infections par le VIH en 2011. De plus le Rwanda a
atteint en 2011 le 6ème objectif du Millénaire pour le développement qui consiste à arrêter la
progression de l’infection par le VIH. Les autres pays tels que la République Démocratique
du Congo, l’Uganda, la Tanzanie et le Kenya ont réalisé des résultats moindres…Le 7 juin
2012, Agnès Binagwaho, ministre rwandaise de la Santé, a affirmé sur son blog qu’ « avec
l’aide de ses partenaires, le Rwanda a fait d’immenses progrès dans la lutte contre le SIDA,
la tuberculose ainsi que la malaria. Le pourcentage des personnes infectées par le VIH est
passé de 13,9% en 2000 à 3% aujourd’hui et cela grâce à une lutte efficace contre cette
pandémie. Plus important, ce pourcentage de personnes infectées est stabilisé à 3% depuis
2005 »file:///E:/Telechargements/journ%C3%A9e du sida.doc - _ftn1. 8

3.2. Situation récente de la prévalence du VIH/SIDA en RDC

L’estimation du niveau de la prévalence en RDC avait toujours été effectuée à partir des
données des sites sentinelles. Celles-ci prenaient en compte les informations issues des
femmes reçues en consultation prénatales.

Les données collectées et rendues publiques en 2006 (graphique 3) indiquent un niveau de


séroprévalence en milieu rural allant de 2,0 % à Katua à 6,8 % à Lodja et celui du milieu
urbain variant de 3,1 à Bukavu à 5,7 % à Kisangani.

L’observation attentive de ces données ne permet plus de soutenir la proposition avancée


ci-dessus selon laquelle le voisinage de la RDC avec les pays à forte séroprévalence serait
l’explication d’une prévalence du VIH élevée dans les provinces de l’Est. En effet, comment
comprendre que les villes frontalières du Rwanda, Burundi et Ouganda, c’est-à-dire Bukavu,
Goma et Bunia aient une séroprévalence inférieure à celle de Mbuji-Mayi (au centre) et de
Tshikapa (au Sud-Ouest) de la RDC en 2006 ? Il en est de même de Lodja, Karawa et de
Lubumbashi.

14
8
Nishimwe, J. (2012), « Journée mondiale du SIDA : la situation dans la région des Grands Lacs ». Traduit par
Doreen Uwineza. Jambonews.net (téléchargé le 4 janvier 2013)
Graphique 3 : Prévalence du VIH dans les sites sentinelles en RDC en 2006

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Source : PNLS, «Rapport de passage de la surveillance sentinelle du VIH chez les femmes
9
enceintes fréquentant les services de CPN en 2006 », Kinshasa, décembre 2007.

L’hypothèse de la non-représentativité des échantillons fournissant les données des sites


sentinelles aurait été à la base de la mesure de la séroprévalence dans la population
générale qui a été faite à partir de l’enquête démographique et de santé (EDS-RDC) en
2007. De cette étude, l’on semble accepter le résultat sur le sex- ratio femme homme VIH+
qui serait passé de 1,11 en 1990 à 1,25 en 2007 (EDS-RDC, 2007). Ceci indiquerait que
cette pandémie se féminise, se juvénalise et se ruralise. Ce qui est surprenant et qui,
jusqu’à ce jour n’a pas encore été accepté par les autorités congolaises est le niveau
national de la prévalence du VIH trouvé par l’EDS-RDC (2007). En effet, au regard des
événements (conflits armés et brassages de populations) qu’a connu la RDC durant ces
vingt dernières années, outre la forte prévalence des comportements sexuels à risque
d’IST/VIH, il n’est pas vraisemblable que la prévalence du VIH soit inférieure à 2 % comme
le montre la carte de cette prévalence (Graphique 4).

15

9
Citée par Ministère de la Santé-RDC (2008) : Plan stratégique de lutte contre le VIH et le SIDA. 105 p.
Graphique 4 : Prévalence du VIH par région en RDC
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Source : Ministère du Plan-RDC : Enquête démographique et de Santé (2007).

Certains des éléments qui poussent à cette réserve sont, notamment la prévalence du VIH
chez les orphelins et chez les femmes enceintes reçues en consultation. En effet, le nombre
d’orphelins et enfants vulnérables de moins de 15 ans (OEV) ayant perdu un ou les deux
parents du fait du sida est estimé à plus de 1.000.000 10. Cette forte prévalence constatée
chez les enfants a certainement pour origine, les parents. Pour ne considérer que le cas des
militaires par exemple, une étude réalisée par le Programme d’Armée de la Lutte contre le
Sida (PALS) en 2007 à Kinshasa a montré que la prévalence du VIH chez les femmes
militaires de 25 – 49 ans est de 7,5 % contre 3,6 % pour leurs homologues hommes, soit le
double. Ce rapport n’explique pas la cause de cette situation. D’où l’importance de pousser
loin les recherches, ce qui permettra de mieux lutter contre cette vulnérabilité féminine dans
les rangs des hommes en uniforme.

Comme ce fut le cas au cours des années 1990, après cette décennie, le niveau de
prévalence du VIH en RDC ne semble toujours pas bien connu, même si officiellement l’on
accepte qu’il est demeure supérieur à 1 % : « En RDC, le VIH sévit sous forme d’épidémie
généralisé de type pandémie. La prévalence de l’infection dans la population générale
étant supérieure à 1 %. Cette prévalence varie en fonction de la source : i) 3,03 % selon les
études de séro-surveillance dans les sites sentinelles auprès des femmes enceintes
fréquentant la consultation prénatale 11; ii) 1,3 % dans la population générale »12.

Ces deux situations quasiment officielles créent la confusion dans les esprits au point où on
ne sait pas laquelle de prévalence il faut retenir, même si l’on précise parfois que l’une vient
des sources sentinelles et l’autre de la population générale.

Cependant, la balance penche du côté de la prévalence fournie par les sites sentinelles, car
c’est elle qui est aussi utilisée dans les rapports du PNLS pour établir des comparaisons
16
10
Plan d’action triennal opérationnel de lutte contre la féminisation de l’épidémie du Sida et les violences
basées sur le genre en RDC 2010-2012
11
Projections, PNLS (2009)
12
Rapport EDS (2007)
avec les pays voisins (Graphique 5). Avec la séroprévalence de 3,03 %, la situation de la
RDC se rapproche de celles du Rwanda et du Burundi. Malgré cela, d’une manière
générale, le niveau de la séroprévalence de la RDC reste toujours inférieur à celui de ses
voisins

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
6,7
5,3
3.0 3,1
3,3
6,5
Namibie 19,6 %
Zimbabwe 20,1 % 17,0
3
Graphique 5 : Séroprévalence de la RDC et de ses voisins en 2009-2010

Source : ONUSIDA-PNLS (2009-2010)

La source de l’ONUSIDA-PNLS (2009-2010) semble vraisemblable dans la mesure où, non


seulement le niveau de prévalence qu’elle avance approche celle de certains pays voisins,
mais aussi traduit l’exposition de la population au risque d’infection par le VIH eu égard aux
comportements sexuels qu’elle adopte. D’après cette source, la prévalence de l’infection du
VIH chez les jeunes de 15 à 24 ans reste élevée depuis les quatre dernières années, aux
alentours de 4 %, très supérieur à la norme de l’OMS (1%). De plus, cette prévalence
semble directement proportionnelle avec l’âge. Les jeunes de 20-24 ans ont une prévalence
plus élevée que ceux de 15-19 ans 13. En 2008, l’enquête de séro-surveillance chez les
femmes enceintes (tous âges confondus) l’a estimée à 3,9 % (PNLS, 2010). Une des
raisons de cette situation est le peu de connaissances qu’ont les jeunes sur le VIH. D’après
l’enquête MICS-RDC (2010), à peine 15 % des filles de 15-24 ans ont une connaissance
approfondie de la prévention du VIH.

17

13
Rapport UNGASS (2010)
Bien que moins élevé que chez les militaires et non représentatif, ni de la population
féminine ni de celle enceinte, la dernière estimation du niveau de séroprévalence observé
chez les femmes enceintes reçues aux CPN dans les sites sentinelles, l’unique moyen de
surveillance biologique de l’épidémie est aussi inquiétant. Il atteint le 1 % dans les villes
comme Bukavu et dépasse 9 % dans certaines d’autres, à l’instar de Kisangani (graphique
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

6). Ce qui attire notre attention est le fait que, Bukavu comme Kisangani étaient frappées par
les guerres durant les 15 dernières années. Mais comment expliquer ce niveau de
différences de séroprévalence chez les femmes enceintes ?

Graphique 6 : Prévalence du VIH chez les femmes enceintes selon les sites sentinelles en
2009.

15 Limite sup
Limite inf
14 Prevalence
13
12
11
Prevalence du VIH (%)

10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0

Ruzizi
Kingasani
Mikalayi

Mbuji Mayi

Kisangani
Kikwit
Bukavu
Katwa

Vanga
Kasongo
Karawa

Inongo
Binza Météo

Mwene Ditu
Boyambi

Matadi
Kindu

Mbandaka

Lukula

Lodja

Bunia

Buta

Neisu
Lubumbashi
Kalemie

Kimpese

Bumba
Goma

Tshikapa

Sites sentinelles
Kasumbalesa

Source : PNLS (2010) : Rapport de séro-surveillance 2009.

Cette inquiétude sur le niveau de séroprévalence confirme bien l’hypothèse de la non


représentativité des données sur cette question, d’une part et celle selon laquelle
l’information disponible sur le VIH en RDC, n’est qu’indicative, d’autre part. A ce titre, elle ne
permet pas de bien renseigner sur le niveau réel de la prévalence du VIH, même chez les
femmes enceintes. En plus, les données fournies par le Programme National de Lutte contre
Sida indiquent des tendances très contradictoires, à en croire celles du graphique 6, du
graphique 7 sur les sites sentinelles et celles du tableau 1 sur le taux de prévalence du VIH
chez les femmes enceintes des services de PTME en 2011.

Encore une fois, les données du graphique 6 ne permettent pas non plus de soutenir la
proposition avancée ci-dessus selon laquelle le voisinage de la RDC avec les pays à forte
18 séroprévalence serait l’explication d’une prévalence VIH élevée dans les provinces de l’Est,
particulièrement. Il en est de même de l’hypothèse du lien antre les violences sexuelles et la
transmission du VIH. En effet, ce sont encore les villes et localités qui ont été l’objet de
plusieurs cas de violences sexuelles et de viols qui sont les moins « touchées » par le VIH.
Est-ce à cause de l’importance de prise en charge des victimes de ces viols qui serait à la
base de la baisse de ces infections ?

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Graphique 7 : Prévalence du VIH dans les sites sentinelles en RDC en 2011

Source : PNLS, «Rapport de passage de la surveillance sentinelle du VIH chez les femmes
14
enceintes fréquentant les services de CPN en 2011 », Kinshasa, décembre 2011 (p. 15).

Tout récemment encore, c’est-à-dire en 2010, les taux annuels de prévalence enregistrés
dans les maternités offrant les services de Prévention de la Transmission du VIH de la Mère

14
RDC-PROGRAMME NATIONAL MULTISECTORIEL DE LUTTE CONTRE LE SIDA (PNMLS), 2012,
LA RIPOSTE AU VIH/sida EN R.D.Congo 2012, 117 pages. 19
http://www.unaids.org/en/dataanalysis/knowyourresponse/countryprogressreports/2012countries/ce_CD_Narrati
ve_Report%5B1%5D.pdf
à l’Enfant (PTME) sont nettement inférieurs à ceux des graphiques ci-dessus. Peut-on dire
que la prévalence du VIH a baissé à la suite des interventions de lutte contre le VIH/SIDA ?
La réponse à cette question ne peut pas être positive si l’on se réfère au point 4.2 sur la
« Riposte de la RDC face à l’épidémie du VIH et du SIDA » du Plan stratégique de lutte
contre le VIH et le SIDA.
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Tableau 1 : Taux de prévalence du VIH chez les femmes enceintes des services de PTME
en 2010

Nb des Taux de Taux


Provinces femmes séropositivité d'acceptation
testées VIH du test

Bas Congo 29 461 1,56 94,14


Bandundu 13 779 1,20 90,20
Équateur 8 328 1,44 94,52
Province Orientale 28 643 2,59 90,46
Nord Kivu 36 125 1,46 94,24
Sud Kivu 20 669 1,09 91,40
Maniema 7 602 4,78 86,95
Katanga 24 713 3,80 88,32
Kasaï Occidental 16 001 3,04 93,84
Kasaï Oriental 19 487 2,88 91,74
Kinshasa 127 285 1,87 95,50
TOTAL RDC 332 093 2,09 93,28
Source : PNLS (2010) : Rapport d’activités 2010

Par ailleurs, même si les données des services de PTME ne sont pas comparables avec
celles collectées dans la population générale à l’instar de l’enquête MICS4-RDC (2010), il y
a néanmoins lieu de noter que lesdits services n’existent pas partout au pays. Cette situation
explique le faible effectif de femmes qui ont le privilège d’être testées au VIH lors des CPN
(Tableau 2).

D’après ce tableau, les femmes de Kinshasa (7 sur 10) ont la chance de recevoir ce test,
contrairement à celles d’autres provinces. En effet, à part les deux Kivu (Nord et Sud) où
exercent plusieurs ONGs dans le domaine de violences sexuelles, ailleurs ces services sont
très rares sinon existants. Dans l’entre temps, à peine 4 femmes sur 10 avaient été testées
dans les deux provinces duNord-Kivu et et du Sud-Kivu lors des CPN contre 3 sur 10,
ailleurs.

Tableau 2 : Répartition des femmes enceintes qui ont été testées pour le virus du SIDA dans
le cadre de leurs soins prénatals

Effectif total
Province Eff. % de femmes Total (%)
20 enceintes
Kinshasa 251 69,7 360 100,0
Bas Congo 104 32,2 323 100,0
Bandundu 39 10,2 382 100,0
Equateur 31 9,8 315 100,0
Province Orientale 64 20,5 312 100,0
Nord Kivu 159 38,0 418 100,0
Maniema 34 11,5 296 100,0
Sud Kivu 184 43,0 428 100,0
Katanga 81 20,6 394 100,0
Kasaï-Oriental 62 18,9 328 100,0
Kasaï-Occidental 50 15,1 332 100,0

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Total 1059 27,2% 3888 100,0

On sait que ce genre de test est pratiqué afin de prévenir la transmission du VIH de la mère
à l’enfant. Comme l’a démontré le tableau précédent, très peu de femmes reçoivent ce test
lors des CPN. Cependant, le tableau 3 révèle par ailleurs que la situation est davantage
inquiétante, car peu avant l’accouchement, les femmes congolaises ne reçoivent quasiment
pas ce test.

Tableau 3 : Répartition des femmes qui ont été testées pour le virus du SIDA entre le
moment où est venu pour l'accouchement mais avant la naissance du bébé

Eff. % Effectif total Total (100


de femmes %)
Province enceintes
Kinshasa 3 3,7 82 100,0
Bas-Congo 4 2,3 174 100,0
Bandundu 0 142 100,0
Equateur 2 1,7 118 100,0
Province Orientale 4 4,1 97 100,0
Nord Kivu 7 4,2 168 100,0
Maniema 1 0,9 116 100,0
Sud Kivu 9 7,4 122 100,0
1 0,7 143 100,0
Katanga
Kasaï-Oriental 0 87 100,0
Kasaï-Occidental 2 2,3 88 100,0
Total 33 2,5 1337 100,0

Malgré les efforts du gouvernement et de ses partenaires dans la lutte contre le VIH, la RDC
n’a presque pas encore réussi à renverser la tendance de l’évolution du VIH/SIDA dans sa
population. D’après le Rapport National sur les OMDS (RDC, Ministère du Plan, 2010, le
VIH/SIDA frappe toutes les couches de la population, même si les femmes et les jeunes
(moins de 24 ans) sont les principales catégories les plus touchées. Se référant aux normes
et directives de surveillance épidémiologique du VIH élaboré par l’ONUSIDA, l’OMS, le
CDC/Atlanta ainsi que les autres partenaires, le rapport susmentionné (p. 85) indique que
« il sévit en République Démocratique du Congo (RDC) une épidémie généralisée puisque
la prévalence est supérieure à 1% (4,6% en 2005 ; 4,1% en 2006 ; 3,5% en 2007 et 4,3% en
2008). De manière globale, le milieu rural (4,6%) est plus touché que le milieu urbain (4,2%).
Il existe une association entre l’âge et la prévalence du VIH chez la femme enceinte tant en
milieu urbain que pour l’ensemble du pays. En effet, la prévalence du VIH chez les femmes
enceintes augmente avec l’âge, passant de 3,5 à 4,8% respectivement pour femmes de 15-
19 ans et celles 25-49 ans. Selon le rapport épidémiologique du PNLS (2008), il y a lieu de
mentionner également une dépendance entre le niveau d’instruction et la prévalence du VIH
21
en milieu rural. Les femmes qui ont terminé au moins les études primaires ont une
prévalence plus élevée que celles moins instruites. Par contre, il n’y a pas de lien statistique
entre la prévalence du VIH et l’occupation des femmes enceintes, l’état-civil, l’âge au
premier rapport sexuel et la transfusion sanguine ».

L’évolution (graphique 8) de cette prévalence montre que, jusqu’en 2015 la situation du VIH
en RDC sera inquiétante.
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Graphique 8. Evolution de la prévalence du VIH chez les femmes enceintes en RDC de


1990 à 2015

Source : Rapport National sur les OMD (Ministère du Plan, 2010, p. 86)

3.3. Comportements sexuels à risque d’IST/VIH : Facteurs favorisant la


propagation du VIH en RDC

Bien que le VIH/SIDA soit suffisamment médiatisé et cela depuis de décennies, l’adoption
des comportements sexuels à moindre risque n’est pas encore ancrée dans les habitudes
de la plupart de congolais. Les principaux comportements de prévention lors des rapports
sexuels sont, jusque récemment peu pratiqués. C’est le cas de l’utilisation du condom ou de
l’évitement de la sexualité avec des partenaires occasionnels ou multiples.
3.3.1. Utilisation du condom

Il ressort des données de l’enquête MICS4-RDC (2010) que 4 % des femmes (15-49 ans)
22 avaient indiqué avoir eu à utiliser un préservatif lors de leurs premiers rapports sexuels.
Analysée selon les provinces (tableau 4), cette situation déjà très inquiétante au regard de la
prévalence de la séroprévalence, d’une part et de certaines valeurs socio-culturelles
favorables à la sexualité préconjugale et extra-conjugale, d’autre part rend vulnérables les
femmes.
Tableau 4 : Répartition des femmes (1(-49 ans) enquêtées selon les provinces de résidence
et l’utilisation ou non du condom au premier rapport sexuel
Province %

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Kinshasa 8,1
Bas-Congo 8,4
Bandundu 5,4
Equateur 1,9
Province Orientale 3,4
Nord Kivu 7,3
Maniema 2,8
Sud Kivu 2,9
Katanga 2,2
Kasaï Oriental 1,9
Kasaï Occidental 1,4
Total 4,2
Source : Enquête MICS4-RDc (2010)

L’observation du tableau 5 sur l’utilisation du condom au dernier rapport sexuel chez les
femmes de ce même échantillon confirme bien l’hypothèse de la non-adoption du préservatif
comme moyen de protection contre le VIH ou les grossesses inopportunes dans le vécu de
la sexualité des congolais. A ce dernier rapport sexuel, la moyenne nationale de recours au
condom est de 7 % et deux provinces seulement, à savoir : Kinshasa et le Nord-Kivu
atteignent le niveau de 10 % (tableau 5).

23
Tableau 5 : Répartition des femmes (15-49 ans) enquêtées selon les provinces de résidence
et l’utilisation ou non du condom au dernier rapport sexuel
Province %
Kinshasa 11,1

Bas-Congo 7,3
7,5
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Bandundu
Equateur 5,5

Province Orientale 8,5

Nord Kivu 10,4

Maniema 8,4

Sud Kivu 7,6

Katanga 5,0

Kasaï Oriental 3,5


Kasaï Occidental 2,5
Total 7,1
Source : Calculé par nous-même à partir des données de l’Enquête MICS4-RDC (2010)

3.3.2. Multipartenariat sexuel

Cette non-utilisation du condom chez ces femmes (mais aussi chez les hommes qui ont des
rapports avec elles), dans le contexte de la RDC où l’utilisation du condom n’est pas
systématique, rend donc les unes et les autres vulnérables au VIH/IST. Cette vulnérabilité
des partenaires sexuels est davantage accrue eu égard à l’important changement de
partenaires qui s’observe dans leur vie sexuelle. Il ressort du tableau 6 qu’environ 6 % des
femmes sexuellement actives enquêtées dans MICS4-RDC (2010), tous âges confondus,
ont eu, dans leur vie sexuelle, seulement un partenaire sexuel. Par ailleurs, la propension
des rapports sexuels avec des partenaires multiples ou occasionnels est très élevée. Les
femmes des zones de l’Est du pays qui sont supposées être plus infectées ne sont pas
aussi épargnées de ce multipartenariat sexuel.

24
Relation avec cette autre personne
Ex- Petit
Province Partenaire Ex- Rencontre Travailleur Total
Epoux partenaire ami / Autre
cohabitant époux occasionnelle (-euse)
cohabitant fiancé
Kinshasa 6,8 10,2 0,0 3,4 57,6 20,3 0,0 1,7% 100,0

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Bas-Congo 0,0 0,0 0,0 0,0 80,0 20,0 0,0 0,0 100,0
Bandundu 1,5 3,1 0,0 6,2 6,2 83,1 0,0 0,0 100,0
Equateur 1,0 10,7 3,9 15,5 22,3 45,6 1,0 0,0 100,0
Province 3,4 1,7 25,4 18,6 49,2 1,7 100,0
Orientale
0,0 0,0
Nord Kivu 0,0 1,6 1,6 4,9 33,3 56,9 ,8 ,8 100,0
Maniema 1,6 3,1 6,3 7,8 17,2 61,7 1,6 ,8 100,0
Sud Kivu 0,0 5,4 1,8 5,4 33,9 50,0 0,0 3,6 100,0
Katanga 1,2 1,2 2,3 4,7 33,7 55,8 0,0 1,2 100,0
Kasaï Oriental 6,3 6,3 0,0 0,0 25,0 50,0 12,5 0,0 100,0
Kasaï 1,7 3,4 3,4 12,1 20,7 48,3 10,3 100,0
Occidental
0,0
Total 1,7 4,3 2,5 8,8 27,1 53,1 0,8 1,7 100,0
Tableau 6 : Répartition des femmes (15-49 ans) enquêtées selon les provinces de résidence
et la relation amoureuse entretenue avec les personnes avec lesquelles elles ont
déjà eu des rapports sexuels dans leur vie

Comme nous l’avons remarqué, la prise en compte du contexte de la PTME, de l’historique


épidémiologique de la RDC en rapport avec le VIH et la grande prévalence des
comportements sexuels à risque qui ont été et qui sont observés dans certaines parties de
la Région des Grands plaident pour la confirmation d’un niveau encore élevé de la
prévalence du VIH dans cette zone. Avant de voir comment ces aspects peuvent servir de
véhicule du VIH.

4. Les violences basées sur le genre en RDC

4.1. Prévalence et formes des violences basées sur le genre

La Résolution 48/104 (1993) de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur l’élimination de
toute forme des violences à l’égard de la femme définit les violences sexuelles basées sur le
genre comme tous les actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou
pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou
psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de
liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée. Cette définition qui prend en
compte essentiellement la dimension féminine du problème, se justifie au fait que les
violences basées sur le genre affectent dans une très grande majorité les filles et les
femmes.

En RDC, le concept « violences sexuelles » a plusieurs connotations. Pour la quasi-totalité


des personnes interrogées dans le cadre de l’étude sur la cartographie des intervenants,
interventions et besoins non couverts dans le domaine des violences sexuelles (UNFPA et
al. 2008), il y a violences sexuelles lorsque un homme majeur a eu des rapports sexuels,
soit avec une mineure (moins de 18 ans), soit avec une femme adulte sans son 25
consentement. En d’autres termes, les violences sexuelles sont assimilées aux viols. Cette
vision ne se conforme pas aux prescrits de la Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et
complétant le Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais. D’après cette loi, les
infractions de violences sexuelles comprennent : l’attentat à la pudeur ; le viol ; l’excitation
des mineurs à la débauche ; le proxénétisme ; la prostitution forcée ; le harcèlement sexuel ;
l’esclavage sexuel ; le mariage forcé ; la mutilation sexuelle ; la zoophilie ; le trafic et de
l’exploitation d’enfants à des fins sexuelles ; la grossesse forcée ; la stérilisation forcée ; la
pornographie mettant en scène des enfants. Outre les formes de violences sexuelles, cette
loi détermine également les catégories d’auteurs de ces violences. Elle fait enfin la
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

différence entre les auteurs directs et les auteurs indirects de ces infractions. Il s’agit, dans
le premier cas de la personne qui a commis le viol et, dans le second, de celle qui a aidé ou
facilité l’occurrence de cette infraction.

L’enquête EDS-RDC (2007) s’est penchée sur la question, et a relevé plusieurs formes de
violences faites à la femme. Il s’agit entre et autres de la violence physique, la violence
sexuelle, la violence émotionnelle, et la violence conjugale.

Bien que ces violences basées sur le genre soient un domaine de recherche encore très
récent en RDC, les statistiques existantes semblent déjà alarmantes. En effet, déjà pour
l’ensemble du pays, sur plus de 6.000 cas des violences sexuelles enregistrés au début de
l’année 2009 et à la suite des conflits armés, près de 99,2 % des victimes sont de sexe
féminin alors que 0,8% sont de sexe masculin.

Les résultats de l’enquête EDS-RDC (2007) montrent que près de deux femmes sur trois (64
%) ont subi, depuis l’âge de15 ans, des violences physiques à un moment donné de leur vie.
Au cours des douze mois ayant précédé l’enquête, environ une femme sur deux (49 %) a
déclaré avoir subi des actes de violence. Cette prévalence élevée, ancienne ou récente,
varie selon les provinces. La province de l’Équateur est celle où les femmes ont le plus
fréquemment déclaré avoir subi des violences : 80 % à un moment quelconque et 67 % au
cours des 12 derniers mois. Plus de la moitié des femmes ont subi des violences au cours
des 12 derniers mois dans les provinces de Bandundu (56 %), Maniema (54 %) et Kasaï
Occidental (60 %). Quelle que soit la province, on constate que plus d’une femme sur deux
a déclaré avoir subi des violences depuis l’âge de 15 ans. Par contre, la prévalence des
violences varie peu selon le milieu de résidence. En effet, 64 % des femmes résidant en
villes contre 63 % des femmes rurales ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15
ans. La prévalence de la violence récente est un peu plus élevée en milieu rural qu’urbain
(51 % contre 46 %). Ces résultats indiquent une maltraitance quasi généralisée à l’encontre
des femmes et des jeunes filles. En effet, et en dépit du manque de données systématiques
sur la question, le statut de la femme au Maniema, au Kasaï Oriental est assez comparable
à celui de la femme de l’Équateur.

L’étude de Gambembo (1999) menée en milieu urbain et en milieu semi urbain de la


province du Bandundu indique que les femmes subissent diverses formes de violences dont
physiques, morales, psychologiques et économiques. L’étude montre encore que 53 % des
femmes, jeunes et petites filles font l’objet de propos injurieux de la part de leurs partenaires
masculins du fait de leur sexe, 39 % sont victimes de coups et blessures et 27 % de
pratiques coutumières néfastes.

En outre, l’état des lieux des violences basées sur le Genre en RDC faite par le Ministère du
26
Genre, de la Famille et de l’Enfant en 2009 indique la persistance de plusieurs types des
violences, à savoir :
- les violences liées aux conflits armés (viols, esclavage sexuel, Maternités précoces,
Maternités non désirées, Destruction des organes génitaux, Contamination massive au
VIH et Sida, Déplacements massifs, Errance, Dislocation familiale et marginalisation,
Traumatismes psycho sanitaires, Aggravation de la pauvreté féminine, Tueries
sauvages…).
- les violences sexuelles commises dans les zones hors conflit : viols, y compris de mineurs

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
et d’enfants très jeunes dans les zones minières et dans le milieu scolaire, incestes,
harcèlement sexuel, prostitution forcée, prostitution juvénile, mutilations sexuelles etc.
- les violences socio-économique et coutumières : liées à la persistance des pratiques
sociales rétrogrades et sexistes et à la dégradation des conditions de vie (Maltraitance des
veuves, spoliation des orphelins, mariages précoces, mariages incestueux, mutilations
sexuelles et physiques, croyances à la sorcellerie, infantilisation de la femme, prostitution
juvénile ou forcée, etc.…) ;

- les violences domestiques liées à la maltraitance et à la sous valorisation des contributions


féminines dans le ménage et la famille (Femmes battues et humiliées, corvées ménagères,
dépendance et soumission exigée des femmes, discriminations entre garçons et filles en
famille…).

Faute d’études spécifiques sur chaque forme de violences, la plupart de celles-ci ne sont ni
quantifiées ni bien localisées géographiquement. Il se dégage cependant de l’étude de
Kalambayi sur les violences sexuelles et basées sur le genre dans le Grand-Nord (Province
du Nord-Kivu) en 2009 que les viols se distinguent nettement d’autres formes des violences
sexuelles.

4.1.1. Les viols

Les viols constituent la forme de violences sexuelles la plus connue, la plus déclarée ou
identifiée et la plus documentée par les structures de prise en charge des victimes des
violences sexuelles. Ils peuvent être caractérisés d’après : l’ampleur, le profil des auteurs,
les causes, le profil des victimes, les circonstances d’incidents 15, la prise en charge des
victimes et son issue. Ces différentes informations peuvent être approfondies pour dégager
les liens avec la transmission du VIH, étant donné que, du fait de l’absence de
consentement pour un éventuel rapport sexuel protégé, l’un des acteurs séropositifs peut, à
cette occasion, infecter l’autre.

15
(La plupart de cas de viols ont lieu dans les milieux ruraux, précisément aux champs, à la source
ou sur les chemins de ces lieux. Pour les femmes adultes et les jeunes filles, soit à domicile pour les
adolescentes ou les petites filles. Un certains nombre de facteurs favorisants ont été identifiés pour le
cas des sites visités, à savoir : i) l’éloignement des champs par rapport aux domiciles. Certaines
personnes ont construit de cases dans leurs champs où elles logent pendant une à deux semaines
avant de rentrer à domicile, alors que d’autres font la navette. Les viols surviennent souvent en allant
très tôt aux champs ou en y revenant très tard. Près de 22% des victimes identifiées en 2007 ont été
violées dans les champs (Rapport annuel 2007 du CTLVS/Beni, 2008) ; ii) Absence prolongée des
parents de domiciles. En restant très longtemps aux champs (toute la journée ou plusieurs jours), les
parents laissent souvent les enfants seuls, parfois avec un(e) adolescent(e) comme « responsable ».
Les agresseurs profitent souvent de ces moments pour abuser les mineur(e)s. En effet, 1 victime des 27
violences sexuelles sur 2 avait moins de 18 ans dans le territoire de Beni en 2007. En plus, 38 %
d’agressions ayant conduit aux viols dans ce territoire au cours de cette année sont survenues à
domicile ((Rapport annuel 2007 du CTLVS/Beni, 2008 » (Kalambayi 2012, p. ????).
Au sujet de l’ampleur, les niveaux les plus élevés de cette forme de viols ont été signalés
principalement dans les zones en guerre ou post-conflits. C’est le cas des villes de Goma
(5.804 cas), Beni (2.277 cas) et Butembo (1.731 cas) (UNFPA et al., 2007). Cette ampleur
avait baissé au moment où ces villes avaient connu une accalmie éphémère avant de
remonter de nouveau avec la reprise des hostilités. En effet, l’étude sur la cartographie des
intervenants, interventions et besoins non couverts dans le domaine des violences sexuelles
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

(UNFPA et al., 2008) avait noté de niveaux sensiblement bas, c’est-à-dire 298 cas/mois à
Beni ; 226 cas/mois à Butembo, par exemple. Contrairement à ces deux entités, l’ampleur
des violences sexuelles à Goma restait élever, soit plus de 3000 cas dans les zones de
santé de Goma et de Karisimbi durant la même période.

L’analyse approfondie de l’ampleur des cas de viols à l’Est de la RDC révèle deux situations
possibles : soit sa sous-estimation, soit sa sur-estimation.

Dans le premier cas, deux raisons expliquent la sous-estimation des données sur les
violences sexuelles, à savoir :

i) l’absence de structures de prise en charge des victimes des violences sexuelles et donc
l’absence d’opérations de collecte des données, surtout dans les zones où opèrent (ou
opéraient) les bandes armées, à l’instar de Masisi ; et ;
ii) la non déclaration d’autres formes de viols (incestes, rapports sexuels entre mineurs ou
viols sans blessures, …). Kalambayi (2009) indique qu’à Beni, par exemple, certaines
femmes mariées qui étaient violées évitaient de se rendre à l’Hôpital Général de
Référence de Beni de peur que leurs cas ne soient documentés. Elles préféraient se faire
soigner à la Clinique de Nyankunde où elles recevaient directement des ARV, à l’insu de
leurs maris.

Dans le second cas, les données provenant des zones qui étaient accessibles aux ONGs de
lutte contre les violences sexuelles qui étaient regroupées au sein de la Coordination
Provinciale de lutte contre les Violences Sexuelles (CPLVS) ou de la de la Coordination
territoriale de lutte contre les Violences Sexuelles (CTLVS) semblaient être surestimaient.
Plusieurs doublons y été décelés, car une même victime pouvaient être déclarée par plus
d’une structure 16.

Par ailleurs, le profil des auteurs de viols évolue en fonction de la situation sécuritaire d’une
contrée. En période de conflits, les principaux auteurs de cas de viols signalés à Goma et
dans les autres sites à l’Est de la RDC, par exemple étaient des hommes armés (militaires,
policiers, miliciens), alors que durant la période d’accalmie, les viols étaient perpétrés en
général par les civils. Sur 23 cas enregistrés en 2007 à Lubero par l’ONG SAFDEF, 4 cas
étaient commis par les militaires. A Béni, SOFEPADI avait identifié 351 cas en 2004 dont

16
A ce sujet, Kalambayi (2009) note que : « D’après certains activistes rencontrés à Béni, il existe de
structures qui « fabriquent » des victimes afin de mériter la confiance dse bailleurs de fonds et de
justifier l’utilisation de ces derniers. La confrontation des statistiques compilées par la CTLVS selon
28 les sources de provenance et à celles de ces sources révèle parfois des écarts. C’est par exemple le
er
cas des données de l’ONG SOFEPADI pour la période allant du 1 janvier au 31 mars 2008. Cette
structure indique avoir identifié 25 cas (12 en janvier, 8 en février et 7 en mars) (SOFEPADI, 2008),
alors que la CTLVS n’en rapporte que 6 pour la même période (Kavira, 2008) ».
142 (40,5 %) étaient commis par des civils et 209 cas (59,5 %) par des militaires. En 2007,
sur 961 cas identifiés, 631 personnes (65,7 %) étaient violées par des civils contre 389 (34,3
%) par des militaires.

Quant au profil des victimes des viols, bon nombre d’études et de rapports ont révélé que la
grande majorité des victimes identifiées sont principalement des filles ou des femmes des

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
ménages extrêmement pauvres. Elles étaient, soit des cultivatrices, soit des élèves.

En ce qui concerne les causes de viols, aucune étude connue en RDC n’a encore arraché
des auteurs, les principaux mobiles qui justifient ces exactions, bien que bon nombre
d’études /rapports indiquent que les violences sexuelles sont/étaient utilisées comme arme
de guerre. Toutefois, d’après Kalambayi (2009), les viols seraient motivés par le règlement
de comptes, c’est-à-dire par la haine contre l’ennemi ainsi que par des comportements de
délinquance, notamment : la consommation de drogues ou de boissons alcooliques, les
pratiques fétichistes, l’oisiveté, etc.

4.1.2. Les autres formes de violences sexuelles

D’autres comportements, pourtant définis par la Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 comme
« violences sexuelles » ne sont pas considérées comme telles, y compris dans les
statistiques des violences sexuelles du Ministère de Genre, de la Famille et de l’Enfant de la
RDC. Il s’agit notamment de : mariage forcé ; excitation des mineurs à la débauche ;
proxénétisme ; prostitution forcée ; harcèlement sexuel ; trafic et exploitation d’enfants à des
fins sexuelles ; grossesse forcée.

Comme pour les viols, toutes ces formes de violences sexuelles ne sont pas toujours
documentées faute d’études qui y sont explicitement consacrées, alors que certaine de ces
formes de violences sexuelles peuvent être des voies de contamination du VIH . Nous
analysons ci-dessous certaines des formes qui ont déjà été explorées et qui sont
susceptibles d’être à la base de la transmission du VIH, notamment les mariages et la
sexualité précoces ou encore la polygamie.

A. Mariages précoces

Avant la promulgation de la Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles, le
Code de la famille autorisait le mariage des filles à partir de l’âge de 14 ans. En l’an 2001
par exemple, 58 % des filles de 15-17 ans étaient, soit mariées, soit vivaient en couple dans
la Province du Maniema. Cette proportion était respectivement de 32 % au Bas-Congo et au
Bandundu, 42 % au Kasaï-Oriental et 35 % au Nord-Kivu (MICS2, 2001) 17. En 2007, les
mariages précoces étaient estimés à 10 % à l’Equateur et au Kasaï-Occidental, et à 15 % au
Nord-Kivu (EDS-RDC, 2007) 18. Les mariages des adolescentes intervenus après la
promulgation de la Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles peuvent être
attribués, soit à l’ignorance de l’existence de la nouvelle loi, soit au refus d’obtempérer à
cette dernière. Dans tous les cas, ces mariages obéissent encore à la règle coutumière 19

17
Calculé par nos soins. 29
18
calculé par nos soins.
19
« La plupart de personnes enquêtées ont souligné la persistance dans leurs contrées de certaines valeurs
traditionnelles qui favorisent le mariage des adolescents, à savoir : a) le souci de dominer la future épouse. Les
étudiants de l’Université de Goma ainsi que de l’Université de Catholique du Graben (UCG) de Butembo ont
qui veut que la femme soit généralement moins âgée que son mari, une condition pour
l’exercice de la domination masculine et la subordination féminine (Encadré 3).

Encadré 3 : Justifications de l’écart d’âge entre conjoints en RDC

« Dans la société africaine, le droit d'aînesse est une valeur incontestable. Comme l'homme
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

est le chef de la cellule familiale institué par les normes sociales, car c'est lui qui épouse la
femme en versant la dot ou en prestant des services, il faut éviter que sa partenaire puisse
être dans la même classe d'âge au risque de lui contester son autorité (NDALA
MUSWAMBA : 2002). La nature des relations entre les deux partenaires est la
subordination de la femme.
Eu égard à l'objectif assigné au mariage en l'occurrence la procréation, la problématique de
la concordance des âges entre les époux ne se pose pas. C'est ainsi qu'un vieillard ne se
sent nullement gêné d'épouser une adolescente. Cette dernière a à son tour intériorisé
cette pratique en la jugeant tout à fait normal, car il n'y a pas d'incompatibilité entre l'âge de
l'époux et la mission du mariage.
L'écart d'âge prononcé consolide l'opposition des besoins stratégiques de l'homme et de la
femme au sein du ménage avec comme conséquence, le manque de dialogue sur certains
sujets tels que le planning familial, la scolarité des filles les soins médicaux, le budget
familial, etc. » Kayiba (2005, p. 5).

Dans tous les cas, les mariages précoces, c’est-à-dire avant 18 ans concernent surtout les
filles. Outre le manque éventuel d’informations sur l’existence de la loi interdisant cette
pratique, les raisons suivantes ont été maintes fois évoquées par les personnes enquêtées
par Kalambayi (2009) à l’Est de la RDC : i) la pauvreté des parents ; ii) la débauche des
filles ; ii) les considérations socio-culturelles
Ainsi, pour se marier ou marier une mineure, l’intéressée et/ou ses parents, en complicité
avec les prêtres et/ou les agents d’état civil utilisent plusieurs astuces pour contourner la loi
sur les violences sexuelles. Certaines de ces astuces sont, soit la perception de la dot sans
cohabitation immédiate des conjoints, soit le relèvement de l’âge de la fille. D’après le chef
de secteur de Mutwanga : « … quand les jeunes e/out leurs parents viennent à l’état civil, ils
augmentent parfois l’âge des enfants. Lorsque l’on demande les papiers pour vérifier si on a
de doutes, ils mentent en disant que les actes de naissance ont disparu au moment de la
guerre ».
Une des conséquences de la précocité au mariage, particulièrement pour les filles, est qu’il
limite les perspectives de remise en question du statut de la fille du fait de son immaturité et
de son analphabétisme qui l'empêchent d'élaborer ses propres objectifs et de les faire
valoir (Hertrich et Lesclingaud (2001) cités par Kayiba (2005, p. 4).
B. Sexualité préconjugale des jeunes mineurs

La sexualité préconjugale des jeunes mineurs est une autre forme de violation de la loi sur les
violences sexuelles. Ces derniers ont pour partenaires, soit les pairs, soit des adultes. En effet, les
jeunes congolais comme leurs pairs d’Afrique entrent de plus en plus précocement dans la
sexualité adulte. Dans son étude sur la sexualité des jeunes de la ville de Kinshasa en 2003,
Kalambayi, (2007) avait constaté que l’âge minimal des jeunes au premier rapport sexuel

estimé à 16-17 ans, l’âge idéal de mariage d’une fille ; b) le besoin de se marier à une femme encore vierge.
Certains des interlocuteurs ont indiqué qu’entre 15-17 ans, il est encore possible de trouver une fille qui n’est
pas très expérimentée sexuellement ; c) la polygamie. Elle est encore une pratique courante dans cette
30 province ; d) la crainte pour les filles d’atteindre 20 ans sans s’être mariées. D’après le Président du tribunal
de Paix de Beni ainsi que les filles rencontrées à Beni et à Goma, , « … les étudiants et les intellectuels épousent
rarement les filles intellectuelles ». C’est pour éviter d’être « Kitshielewe », c’est-à-dire « qui ne se marie pas »
que la plupart de filles préfèrent se marier précocement » (Kalambayi, 2009, p. )..
était de 10 ans et que les filles s’initiaient aux rapports sexuels un peu plus tôt que les
garçons.

Déjà en 1997, Ngondo (1997) avait constaté qu’à Kikwit, l’âge moyen au premier rapport
sexuel était de 16,2 ans chez les garçons et 16,7 ans chez les filles. Non loin de là, c’est-à-
dire à Kinshasa, l’enquête MICS-RDC réalisée en 2001 avait estimé cet âge à 17 ans chez

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
les jeunes de 15-24 ans. Le tableau 7 qui exploite les données issues de cette même
enquête montre, notamment que plus l’âge avance, plus la proportion des jeunes
sexuellement actifs augmente. De 22 % à 15 ans, cette proportion atteint 76,3 % à 19 ans.

Tableau 7 : Répartition des jeunes femmes selon l’âge au premier rapport sexuel
%
Effectif (actifs Effectif
Age de la femme (actifs %
sexuellement) total
sexuellement)
15 130 22,0 590 100,0
16 214 36,5 587 100,0
17 323 53,0 609 100,0
18 441 68,4 645 100,0
19 383 76,3 502 100,0
Total 1491 50,8 2933 100,0
Source : nous même à partir des données de MICS 2.

Ceci explique donc le pourquoi l’âge moyen au premier rapport sexuel ne fait que baisser,
passant de 16,5 ans en 2001 (MICS-RDC, 2002) à 16,0 ans en 2007 (EDS-RDC, 2007).
Ainsi, la proportion des jeunes célibataires (filles et garçons) qui arrivent vierges à 24 ans
est très négligeable. En effet, Kalambayi (2007) avait noté qu’à Kinshasa, 2 jeunes femmes
sur 10 avaient eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 15 ans et 7 sur 10 entre 15 et
19 ans. Exploitant les données de l’enquête EDS-RDC (2007), Mazanza (2008) indique que
les adolescentes dont l’âge varie entre 18 et 20 ans ont une propension d’environ 2 fois plus
grande d’être sexuellement actives comparées à celles âgées de 15 – 17 ans. Tout
récemment, le rapport de l’enquête MICS4-RDC (2010) a révélé que près de 21,3 % des
jeunes femmes de 15-24 ans qui étaient sexuellement actives avaient eu des rapports
sexuels avant l’âge de 15 ans.

Cette précocité de la première expérience sexuelle expose davantage les jeunes au risque
d’infection aux IST et au VIH/SIDA eu égard aux conditions dans lesquelles elle a lieu, d’une
part et à l’entrée en union à un âge « avancé », d’autre part.
D’une manière générale, les rapports sexuels des jeunes ne sont pas protégés étant donné
qu’ils ont lieu entre eux et dans le cadre des relations amoureuses. Dans ces cas et
conformément au message de la sexualité à moindre risque qui recommande l’utilisation du
condom entre partenaires occasionnels, les jeunes se considèrent le plus souvent comme
des partenaires habituels. Une des raisons qui ne faciltent pas l’utilisation de préservatif par
les jeunes est le fait que, dans la plupart de cas, leurs rapports sexuels ont lieu dans des
lieux endroits où les préservatifs ne sont pas disponibles, à savoir : maisons inachevées,
salles de classes, brousses, … (Kalambayi, 2007). D’après cet auteur, ce contexte explique,
notamment le pourquoi à peine 8 % des jeunes, soit 5,4 % des filles et 11,6 % des garçons
de Kinshasa avaient pu utiliser le préservatif lors de leur premier rapport sexuel.

Dans le second cas, la baisse de l’âge à la première expérience sexuelle allonge par ailleurs
la durée d’activité sexuelle des adolescents lorsqu’on sait que l’âge au mariage est entrain 31
de reculer : de 21 ans pour les filles en 1984 (INS) à 26 ans en 2007 (EDS).
C. La polygamie

La polygamie est une valeur socioculturelle à la fois ethno-tribale et religieuse dans


certaines contrées en Afrique subsaharienne. Dans certains pays de cette sous-région, la
polygamie est une pratique légale, contrairement à la législation congolaise où la polygamie
n’est pas légale, même si elle est courante.
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Du point de vue des rapports de genre, comme état matrimonial, la polygamie serait un
facteur de transmission du VIH, car elle est une forme « acceptée » ou « tolérée » du multi
partenariat sexuel. A ce titre, elle devient un comportement sexuel à risque lorsque un(e)
des acteurs/actrices n’observe pas le principe de fidélité. En effet, le problème ne se
poserait pas si l’homme reste fidèle envers ses femmes et, à leur tour, chacune des femmes
observe la fidélité envers le mari. Dans le cas contraire, les femmes seront contaminées à la
suite de l’infidélité de leur mari, d’une part ou celle d’une des femmes, d’autre part. Dans ce
dernier cas, les autres femmes seront infectées par le mari par le truchement de la
coépouse infidèle.

De la sorte, les personnes impliquées dans la polygamie clandestine ou non, s’expose au


même risque que celles pratiquant le multipartenariat sexuel.
En effet, près de 24 % des femmes (15-49 ans) enquêtées en RDC en 2010 s’exposent à ce
risque (tableau 8). A part dans la ville de Kinshasa où à peine 1 sur 10 vit dans la polygamie,
le rapport est de 2 à 3 femmes sur 10 dans les autres provinces.

32
Tableau 8 : Répartition des femmes enquêtées en 2010 en RDC et ayant des co-épouses
selon les provinces.

Province %
Kinshasa 9,5
Bas-Congo 16,8

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Bandundu 19,9
Equateur 32,1
Province Orientale 19,2
Nord Kivu 20,6
Maniema 33,0
Sud Kivu 25,1
Katanga 19,6
Kasaï Oriental 28,1
Kasaï Occidental 29,8
Total 23,5

D. Violences sexuelles au niveau conjugal

Les violences sexuelles dans le cadre d’un couple constituent une forme de violences qui
peut conduire à l’infection du VIH par voie sexuelle à l’un des partenaires. Cette forme de
violences qui est en réalité un viol est, non seulement peu documentée, mais aussi moins
médiatisée, alors que ses dégâts sont importants, tant au niveau du couple qu’à celui de
conjoints. Le peu d’attention accordée aux viols conjugaux est dû au fait qu’il s’agit d’un non
événement dans plusieurs sociétés, notamment congolaises.
D’après Muchukiwa (2010 :41) citée par Nsangana et Lubanza (2012), dans les sociétés
Bahavu et Barega du Sud-Kivu, un homme considère le sexe de son épouse comme étant
sa propriété privée. De ce fait, il peut jouir d’elle comme il veut. D’où l’expression : « unipe
ku byangu », c'est-à-dire donne-moi mon sexe que tu gardes pour moi. Dans un tel
contexte, la femme est une gardienne et non propriétaire de son sexe.

Cette situation a été également constatée par les mêmes auteurs à l’Ouest de la RDC,
principalement dans la Ville de Bandundu. Dans un entretien avec les hommes âgés de 50
ans et plus, ils se sont aperçus que les valeurs socio-culturelles de cette contrée interdisent
aux femmes de refuser les avances de leurs maris. Pour les uns et les autres, le concept
« viol conjugal » n’existe pas, car considèrent-ils, « on se marie pour procréer, et le refus
des rapports sexuels par la femme peut conduire le mari à l’adultère et au désordre dans le
ménage. Et là, on est exposé aux maladies sexuellement transmissibles » (Nsangana et
Lubanza, 2012 : ???). Pour justifier cette position, « les leaders communautaires de cette
ville se réfèrent à la Bible : 1 Corinthiens 7 qui stipule qu’il ne faut pas se priver l’un de
l’autre », indiquent les mêmes auteurs.

Pour avoir été socialisées dans un même contexte, les femmes (25-49 ans) interrogées à
Mimbulu (Bandundu) sur le viol conjugal estiment qu’un rapport sexuel intervenu dans le
cadre de son couple sans son consentement n’est pas un viol. Une d’entres elles a indiqué
en substance que : « si mon mari me prend sans mon consentement, ce n’est pas de la 33
violence, parce que quelqu’un qui n’est pas mon mari ne va pas me baiser comme le fait
mon mari, celui-ci le fait en sachant que c’est sa femme » (Nsangana et Lubanza, op cit,
p. ???).
Comme on peut s’en rendre compte, le rapport de genre dans un contexte où le viol
conjugal n’existe pas expose par ailleurs les conjoints, particulièrement les partenaires
féminins au risque d’IST/VIH/SIDA dans la mesure où le préservatif lui-même n’est pas le
bienvenu.
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

En plus, à cause de son faible statut social, une femme/épouse ne peut pas refuser d’avoir
des rapports sexuels d’avec son mari de peur qu’il découche. Ceci a été confirmé dans les
entretiens de Nsangana et Lubanza à Lubumbashi (Katanga) et Mushie (Bandundu). En
effet, les hommes (25-49 ans) de ces contrées avaient estimé que le refus de rapports
sexuels par une femme est une autorisation tacite qu’elle accorde à son mari d’aller ailleurs,
c’est-à-dire de commettre l’adultère. De toutes les manières, disent les hommes de Mushie
Pentane : « devant le refus de la femme de céder aux rapports sexuels, l’homme n’a pas
d’autre choix que d’y aller par force. La femme est épousée pour satisfaire les besoins de
son mari ».

4.2. Violence basée sur le genre et conflits armés

Bien que les violences basées sur le genre existent dans toutes les sociétés, dans la plupart
de temps, elles passent sous silence, surtout en temps de paix. C’est le cas des violences
sexuelles autres que les viols. Pendant l’accalmie, les violences sexuelles sont
généralement le fruit d’actes isolés favorisés par la promiscuité des logements et se
déroulent dans la plupart de temps en milieu familial. Quelques cas de viols perpétrés par
plusieurs auteurs peuvent également être enregistrés avec la recrudescence de la violence
émanant de la pauvreté et de l’insécurité urbaine. La Banque Mondiale estime qu’en
situation normale, moins de 10 % des cas de violences sexuelles sont signalés. 20 En tant de
guerre, ces violences peuvent avoir des motivations politiques, hégémoniques ou résulter
des conflits tribaux ou ethniques et atteignent de niveaux alarmants.

D’ailleurs, l’une des caractéristiques de la période contemporaine, est l’apparition d’un type
nouveau de conflits armés, différents des guerres classiques entre les nations. Ces conflits
se caractérisent par le recours à la violence par les armées privées, les groupes
d’autodéfense, les formations paramilitaires, les milices tribales. Ces combattants,
généralement non formés sur les principes des droits de l’homme en temps de conflits
armés/guerres sont irrespectueux des accords et protocoles internationaux. D’où le faits
qu’ils agressent et prennent en otage les populations civiles. Ces violences, que subit
l’ensemble des populations, s’accompagnent très souvent de viols et violences sexuelles sur
les femmes mais aussi, de plus en plus, sur les hommes. 21 Ce type de violations des droits
humains sont les plus caractéristiques des conflits qu’ont connus les Région des Grands
Lacs.

On se rappellera du génocide rwandais où le viol systématique des femmes Tutsi trouvait sa


justification par le souci de domination. Les Tutsi à leur tour se sont rendus coupables de
mêmes crimes à l’endroit des hutus par pure vengeance.

34
20
Manuels de terrain inter-organisations, la santé reproductive en situation de réfugiés, Génève, 1995
21
Réseau des Femmes pour le Développement Associatif (RFDA), Réseau des femmes pour la défense des droits
de la paix (RFDP) et International Alert ( IA), les corps des femmes comme champ de bataille durant la guerre
à l’Est de la RDC : violences sexuelles contre les femmes et les filles au Sud Kivu (1996-2003), Bukavu, 2003
Pendant cette période de conflits armés, les femmes et les enfants sont particulièrement
vulnérables. Ils sont la proie facile et la cible vers laquelle se dirigent toutes les atrocités et
les traitements inhumains et dégradants des hommes en uniforme. La violence sexuelle et
celle basée sur le genre peut survenir à toutes les phases d’une situation de réfugiés :
durant l’exode, avant ou pendant la fuite, dans le pays d’accueil, lors du retour et de la
réinstallation.

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
Etudiant la violence sexuelle perpétrée contre les déplacés de guerres, Purdin (1995) note
que la violence sexuelle durant le cycle du refugié se manifeste dans les cinq étapes qui
vont de l’engagement des hostilités à la réinsertion du refugié dans le territoire d’accueil. Elle
illustre ce cycle dans le tableau 9 en spécifiant les différents types de violence et les auteurs
qui les commettent.

Tableau 9 : Les différentes phases et types de violence sexuelle durant le cycle du refugié

Phase Type de violence


• Abus des personnes au pouvoir
Pendant le conflit, avant la fuite • Violence sexuelle par les militaires
• Mutilations sexuelles des femmes
• Attaques sexuelles des bandits, des gardiens
des frontières, des pirates
Pendant la fuite
• Capture pour le trafic par les contrebandiers,
les marchants d’esclaves.
• Attaques sexuelles, extorsion par les
personnes au pouvoir
• Abus sexuel des filles au lait
Dans le pays d’exil • Violence domestique
• Attaque sexuelle au moment de la recherche
des bois, de l’eau, etc.
• Sexe pour la survie
• Abus sexuel des femmes et des filles qui ont
été séparées d’avec leurs familles
Pendant le rapatriement • Abus sexuel par les personnes au pouvoir
• Attaques sexuelles des bandits, des gardiens
des frontières, des pirates
• Les rentrants peuvent subir des abus sexuel
comme rétribution
Pendant la réintégration
• Extorsion sexuelle afin d’obtenir un statut
légal
Source: UNHCR, Sexual Violence Against Refugees: Guidelines on Prevention and Response, Geneva, 1995.

La plupart de ces formes de violences ont été rapportées durant les conflits armés des
grands lacs y compris les formes qui sont de nature à favoriser la transmission du VIH/SIDA,
notamment par la voie sexuelle. Pour le cas de la RDC, Muela et al. (2012, p.) ont indiqué
que « Des combattants de la plupart des armées et groupes armés présents à l’Est du
Congo ont commis des actes de violence sexuelle tant avant qu’après la mise en place du
gouvernement de transition. Les présumés auteurs de ces actes sont notamment des
combattants des anciens mouvements rebelles, le RCD-Goma, le MLC et le RCD-ML, ainsi
que des soldats de l’ex-armée nationale, les FAC. Sont également impliqués dans ces
violences des combattants de groupes armés locaux, les Maï Maï (groupes résistant à tout
contrôle extérieur), des groupes armés Hutus burundais et rwandais et les groupes
ethniques basés en Ituri, l’UPC et le FNI.http://hrw.org/french/reports/2005/drc0305/4.htm -
_ftn5#_ftn5 Il est rare que les autorités judiciaires civiles et militaires et les dirigeants des 35
groupes armés aient puni les auteurs de ces crimes. A l’occasion, les commandants
militaires et les chefs de groupes armés semblent même avoir encouragé le recours à la
violence sexuelle afin de terroriser les civils. (18) ».
5. Violence basée sur le genre et transmission du VIH/SIDA dans les pays
des Grands Lacs

D’aucuns estiment qu’il existe un lien entre le VIH et la violence basée sur le genre
principalement dans un contexte de conflits, étant entendu que le viol et la violence sexuelle
augmentent le risque de la transmission du VIH. Même si ceci est réellement vrai, plusieurs
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

autres pratiques socio-culturelles qui conduisent, entre autres aux relations sexuelles, sont
susceptibles de favoriser également la transmission du VIH. Il s’agit, notamment du sororat,
du lévirat, du mariage forcé, de la polygamie, du multipartenriat sexuel, de la recherche d’un
enfant pour consolider une union dans un couple séro-discordant, du viol conjugal, …. La
plupart de ces pratiques traditionnelles bien qu’elles ne soient pas documentées sont
cependant préjudiciables à la santé et au statut social des femmes. Ces situations qui
existent déjà en temps de paix ne peuvent que s’amplifier en temps de conflits, comme c’est
le cas dans la Région des Grands Lacs. L’accentuation de la vulnérabilité des personnes est
favorisée par la combinaison de plusieurs facteurs, à savoir : le niveau de séroprévalence ;
les croyances, perceptions et attitudes des acteurs ainsi que leurs comportements. C’est
donc l’ensemble de ces facteurs qui facilitent ou non la propagation du VIH y compris en
temps de conflits.

Certains de ces facteurs ont déjà été discutés dans les points précédents. Ils exposent
incontestablement les femmes au risque d’IST/VIH. Ce risque augmente dangereusement
en durant les conflits armés ou communautaires. Dans les lignes qui suivent, il sera question
de relever les autres aspects qui peuvent être considérés comme étant des déterminants
directs ou indirects de la transmission du VIH dans un contexte d’inégalité de genre.

5.1. Perceptions erronées

La littérature sur les conflits armés dans la Région des Grands Lacs a fait état d’un certain
nombre de comportements de violences, notamment sexuelles qui sont dictés par certaines
fausses croyances. « … dans certains cas, des hommes atteints de SIDA croient que le
sexe – forcé ou volontaire - avec une vierge pourra les «purifie» et les guérir » 22. Ce genre
de croyances doit avoir amplifié le niveau de cette forme de violence accroissant par là-
même, la propagation du VIH par voie sexuelle.
De la même façon, RFDA et RFDP indiquent que, dans les conflits armés de l’Est de la
RDC, certains combattants pensaient que les personnes âgées conféraient des pouvoirs
magiques aux miliciens Maï-Maï. Ainsi, pour neutraliser la force desdits combattants, il fallait
violer particulièrement les personnes âgées, ce qui permettait d’anéantir la force des
miliciens Maï-Maï le témoignage suivant d’une femme violée enquêtée appuie cette thèse:
« A cause de mon âge, j’ai été soupçonnée d’être une sorcière au service des Maï Maï. Les
soldats de l’APR m’ont violée, disant qu’ils voulaient ainsi neutraliser les puissances
magiques des Maï-Maï ».
D’après Humain Rights Watch (2002), les viols intervenus dans ces contextes, qu’ils soient
collectifs ou non, exposent inévitablement à la contamination au VIH/SIDA et à sa rapide
propagation. Cette propagation est rendue encore plus aisée dans la mesure où 60 % des
36

22
RFDA, RFDD et IA, Op.cit.
combattants engagés dans les conflits sont séropositifs. 23 Ceci est facilité par la physiologie
de l’appareil génital féminin qui rend les femmes plus vulnérables à la contagion.
5.2. Physiologie de l’appareil génital féminin

Bien qu’au niveau mondial, il y a à peu près autant de femmes que d’hommes qui souffrent

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
du VIH (51% des personnes infectées sont des femmes, UNAIDS 2010), en Afrique
Subsaharienne et en RDC en particulier, les données épidémiologiques démontrent des
différences considérables quant aux implications de la maladie pour les hommes et les
femmes, avec une détérioration de la situation au fil des années. Pour rappel, le sex-ratio
femme/homme VIH + est passé de 1,11 en 1990 à 1,78 en 2010 (UNGASS, 2010). Ainsi,
d’après les données de l’EDS 2007, la prévalence est de 1,6 % chez les femmes de 15 à 49
ans, contre 0 ,9 % chez les hommes.

Pour le PNUD et l’ONUSIDA (2010), cette situation a une cause physiologique : les
femmes sont plus susceptibles d’être infectées par le VIH que les hommes au cours
de n’importe quel genre de rapports sexuels. Les zones de muqueuses exposées
durant les rapports sexuels sont en effet plus étendues chez les femmes que chez
les hommes; une plus grande quantité de fluides est transférée par l’homme que par
la femme; la teneur en virus des fluides sexuels des hommes est plus forte que celle
des femmes. De plus, des micro- déchirures des tissus du vagin (ou du rectum)
peuvent être causées par la pénétration sexuelle. Les jeunes femmes sont
particulièrement susceptibles d’être infectées.

5.3. Liens entre violences sexuelles et transmission du VIH


Une étude menée par le RFDA et le RFDP portant sur un échantillon de 492 femmes
victimes de violence sexuelle à l’Est de la RDC a permis de décrire et d’analyse le
phénomène de viol et autres abus sexuels commis pendant les années de guerre dans la
province du Sud-Kivu. Il ressort de cette enquête que les blessures génitales, y compris les
déchirures et les écorchures des parois vaginales ou d’autres organes augmentent la
probabilité de transmission du VIH par les agresseurs séropositifs. La même étude a
également dépouillé les fiches médicales de 658 femmes qui ont été violées en janvier 2002
et février 2003 dans les archives du centre Saint Paul.
Sur la base des données des examens cliniques, 493 femmes ont été traitées. Parmi elles,
121 ont présenté une résistance au premier traitement, ce qui a nécessité une
antibiothérapie à large spectre pour leur guérison. Des victimes consultées et traitées au
centre de santé Saint Paul, l’écrasante majorité, présentait simultanément 2 à 3 types
d’infections sexuellement transmissibles, ce qui a nécessité également, un traitement
associant plusieurs antibiotiques. Les principales affections diagnostiquées chez les
patientes sont la blennorragie, la syphilis primaire, le chancre mou, la chlamydia, l’herpès
génital, le bubon vaginal, le trichomonas vaginal, le VIH/SIDA.

Au fait, en cas de violence sexuelle, la brutalité durant un rapport sexuel, particulièrement


lors d’un viol peut blesser les muqueuses féminines et accroitre la transmission. En RDC, 16
37
23
« La guerre dans la guerre : violences sexuelles contre les femmes et les filles dans l’Est du Congo», Human
Rights Watch, New
York, 2002, p. 62.
% des femmes interrogées ont déclaré avoir eu des relations sexuelles contre leur volonté
(Ministère du Plan, EDS-RDC, 2008). Même si le test de séropositivité n’avait pas été
effectué sur ces femmes, il semble se dégager une relation entre le viol et l’infection à VIH.

En effet, dans les provinces de l’Est de la RDC, par exemple, il a été noté une ampleur
importante de violences sexuelles faites aux femmes, du fait des conflits sociaux et
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

affrontements armés récurrents depuis 1996. Parmi les femmes qui avaient survécu au viol,
plus d’une 1 sur 5 (22 %) était infectée par le VIH (Yakin Ertürk, l’ONU, 2008). Par ailleurs,
Kim (2009) a constaté dans une étude réalisée en 2006 que la prévalence du VIH chez les
femmes déplacées de guerre était de 7,6 %, niveau largement supérieur à la moyenne
nationale qui était de 4,1 %. Les données relatives aux hommes ne sont pas disponibles
(PNMLS, UNGASS, 2010).

Cette situation semble être une évidence selon les données de l’enquête Démographique et
de Santé (EDS-RDC, 2007). En divisant la RDC en deux grandes zones « Ouest » et « Est »
(figure 2.2), on observe que les populations des régions et provinces de l’Est du pays, c’est-
à-dire celles qui ont des prévalences du VIH (1,9 %) deux fois plus élevées que celles de
l’Ouest (0,7 %) à l’exception de Kinshasa (Min du Plan, EDS, 2007) avaient connu de
guerres. Les femmes de la zone Est qui sont infectées par le VIH y meurent deux fois plus
que les hommes infectés par ce même virus et cette différence dans la mortalité stratifiée
par sexe ne se retrouve pas à l’Ouest du pays (Benjamin Coghlan, 2009). Ces résultats
accréditent l’hypothèse selon laquelle les violences basées sur le genre, dans le contexte
des conflits armés, augmentent la vulnérabilité et la prévalence du VIH parmi les femmes.
En effet, c’est la zone Est du pays qui a connu de tensions et des conflits armés et c’est
aussi là que l’on rencontre une assez grande prévalence du VIH.

Plusieurs études (WHO, 2004 ; Jewkes, 2010, Harvard, 2006, Greenberg, 2001) ont en
effet démontré que la violence (physique, sexuelle ou émotionnelle) augmente la
vulnérabilité des femmes au VIH de plusieurs façons. Une corrélation est établie entre
violences et comportements sexuels à risque. En effet :

i) les hommes qui violent sont plus susceptibles d’avoir eu des rapports sexuels
transactionnels, d’être auteurs de violences entre partenaires intimes, d’avoir un
nombre de partenaires élevé ainsi que d’abuser de l’alcool et d’autres stupéfiants ;
ii) les personnes ayant des antécédents d’agression sexuelle dans leur enfance sont
plus susceptibles de déclarer des IST et de s’engager dans des comportements à
haut risque de transmission du VIH : rapport sexuel anal, initiation sexuelle précoce,
etc.

Au Burundi, le taux de prévalence du VIH/SIDA reste très élevé. Le nombre de personnes


dépistées a évolué de 89 178 en 2005 à 308 827 en 2009. Selon les données de suivi, le
taux de prévalence du VIH parmi les femmes enceintes varie entre 16 et 25 % ; toutefois, le
milieu rural est moins touché avec un taux de 4 %. Quant à la séroprévalence du VIH/Sida,
elle est estimée chez les femmes en consultations prénatales à 18,6 % en milieu urbain et
7,5 % en milieu rural. 24 Bien qu’il n’existe aucune évidence qui associe cette augmentation
38 du nombre des contaminés aux violences sexuelles rien non plus ne pousse à croire que

24
Banque Africaine de Développement, Profil genre du Burundi, Tunis, novembre 2001.
cela n’en est pas le cas. Cependant plusieurs auteurs associent la propagation du VIH/SIDA
dans les Pays des Grands Lacs aux violences sexuelles dues aux conflits armés.
Notons enfin qu’en temps de conflits assez récents, notamment en Bosnie, au Libéria, en
RDC et au Rwanda, où les viols ont été utilisés comme arme de guerre, on a noté une
hausse de la séroprévalence chez ces femmes. Une étude réalisée au Rwanda a montré

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
que 17 % des femmes qui avaient été violées étaient séropositives au VIH, alors que ce
pourcentage était de 11 % chez celles qui ne l’avaient pas été (ONUSIDA/HCR, 2003) ;

Turshen et Twagiramariya 25 indiquent que les miliciens et les militaires ont violé des femmes
Tutsi mais également des femmes Hutu, en particulier celles éduquées, appartenant à l’élite
intellectuelle, lors du génocide rwandais en 1994. Les responsables administratifs, militaires,
politiques et les chefs de milices ont encouragé et parfois même dirigé, à l’échelon local et
national, les assassinats et crimes sexuels.

Selon les mêmes auteurs, après la victoire du Front Patriotique Rwandais (FPR), les soldats
Tutsi de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR), auraient violé les femmes Hutu, dans le but
de venger les femmes Tutsi qui auraient été violées par les milices Hutu. Au Rwanda, 80 %
de ces femmes violées pendant le génocide ont été diagnostiquées séropositives ou
atteintes de Sida. 26 Ces mêmes auteurs indiquent que, dans plusieurs localités comme Taba et
Kabyayi, ce sont les autorités politiques et militaires qui organisaient et qui supervisaient ces
viols.

De telles situations ne pouvaient que conduire à l’infection de la plupart de femmes violées


dans la mesure où la séroprévalence était élevée dans les centres urbains (18 %). Or, c'est
dans ces centres où spontanément la majorité des femmes en provenance de toutes les
collines s'étaient regroupées, espérant y trouver protection. Cependant, c’est là qu'elles
furent violées.

Ceci explique notamment l’effectif assez élevé des femmes séropositives au Rwanda. Le
taux officiel de séroprévalence au Rwanda est de 13,5 %. L’ONUSIDA 27(2002) estime que
sur les 500.000 personnes vivant avec le VIH/SIDA au Rwanda, 250.000 sont des femmes.
Au regard de ces statistiques qui démontrent une égale répartition de la séroprévalence
entre hommes et femmes, force est de conclure qu'il existe une explication particulière qui
fait que la catégorie des femmes violées pendant le génocide affiche un taux d'infection au
sida se situant entre 66,7 % et 80 %.

Selon la Commission nationale rwandaise de lutte contre le sida, les tests effectués sur
100.000 prisonniers liés au génocide indiquent que 13.000 d'entre eux, soit 13 %, sont
séropositifs. Ce taux est identique au taux national de séroprévalence cité plus haut. Le
caractère disproportionné d’infection chez les femmes violées par rapport au reste de la
population rwandaise ne s’explique donc que par le fait des violences sexuelles qu’elles ont
subies.

25
TURSHEN (M), TWAGIRAMARIYA (C) (eds), Ce que font les femmes en temps de guerre : Genre et conflit
en Afrique, L’Harmattan, Paris, 2001.
26
Nduwimana, 2004, le droit de survivre : femmes, violences sexuelles et VIH/ Sida, Droits et 39
Démocratie,Montréal, Canada.
27
ONUSIDA, Rapport sur l’épidémie mondiale du VIH/SIDA, Genève, 2002, p.37 cité dans l’étude sur la stigmatisation et
la discrimination des enseignants vivant avec le VIH/SIDA dans les écoles primaires au Rwanda
Rapport d’enquête Kigali–Rwanda Août 2009, p.15
5.4. Situations socio-démographiques

Les conflits armés ou inter-ethniques, non seulement amplifient les situations de


vulnérabilité des populations, mais aussi créent des nouveaux contextes et des conditions
propices à la propagation du VIH.
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

En effet, les populations qui fuient des situations critiques, par exemple un conflit armé, se
retrouvent généralement face à la misère et à la pénurie alimentaire. Leur situation empire
encore du fait qu’elles n’ont pas accès à des soins parce que les systèmes de santé se sont
effondrés ou n’existent tout simplement pas dans les zones d’accueil. En RDC, par exemple,
de 1998 à 2001, 80 % des décès « excédentaires » étaient dus à la malnutrition, à des
maladies transmissibles et à d’autres facteurs aggravés par la violence du conflit (IRC,
2001).
Au Rwanda, on considère que le génocide de 1994 a contribué à l’extension de l’épidémie
dans les zones rurales qui étaient jusque-là moins affectées (ONUSIDA, 2004).
D’une manière générale, les situations suivantes qui surviennent en cas de conflits sont
entre autres celles qui sont relevées dans la littérature comme accroissant, de diverses
manières, le risque d’exposition à infection à VIH :

• Déplacements de population : un conflit amène souvent des populations importantes


à fuir les combats et à quitter leur lieu de résidence habituel. Lorsqu’elles quittent un
milieu à faible prévalence pour un lieu à forte prévalence, elles courent
inévitablement un risque d’exposition au VIH. De plus, ces brusques mouvements de
population anéantissent les réseaux sociaux et les institutions qui normalement
protègent les individus. Enfin, le déplacement met ces personnes dans des
conditions chaotiques où l’accès aux préservatifs et autres outils de prévention peut
devenir très aléatoire ;

• Effondrement des normes sociales traditionnelles : les situations chaotiques


associées aux conflits provoquent souvent une désintégration des valeurs et des
normes en matière de comportement sexuel qui contribue à un accroissement
généralisé des risques d’exposition au VIH (Hankins et al., 2002) ;

• Femmes et filles : les conflits armés créent des pénuries si sévères que les femmes
et les filles en particulier sont amenées à accorder des faveurs sexuelles contre
argent, nourriture ou protection. La présence d’un nombre important d’hommes
armés en uniforme se traduit souvent par une explosion de l’industrie du sexe qui
accroît le risque de VIH pour les professionnel(les) du sexe et le personnel des
services en uniforme (ONUSIDA, 2004) ;

• Anéantissement des systèmes de santé : lorsqu’un conflit armé déclenche le


dysfonctionnement puis la disparition du système de santé, la sécurité de
l’approvisionnement national en sang peut être compromise et les programmes de
prise en charge et e prévention du VIH peuvent être réduits en miettes ;
40 • Augmentation de la consommation de substances : pour survivre au chaos
qu’engendre le conflit, certains individus, notamment des enfants, peuvent chercher
un réconfort dans une consommation accrue d’alcool ou se tourner vers d’autres
substances psychoactives, par exemple les colles synthétiques et des drogues
illicites (Smith, 2002 ).

6. VIH/SIDA et violence basée sur le genre : Politique et stratégies de lutte


en RDC

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
6.1 VIH/SIDA

Le gouvernement Congolais lutte contre le VIH/SIDA depuis sa découverte au cours des


années 1980. Les approches utilisées dans cette lutte sont multiples et variées. Faute de
médicaments ni de vaccins, la prévention reste l’unique remède que les structures étatiques
et non étatiques impliquées dans cette lutte conseillent à la population. La coordination des
actions de lutte contre le VIH/SIDA est organisée à trois niveaux, à savoir : i) stratégique, ii)
technique et iii) opérationnel.

6.1.1. Au niveau stratégique : Politique, normes et directives

Le VIH/SIDA est un domaine multisectoriel. A ce titre, l’organisation de la politique visant


son éradication implique également des acteurs de tous les domaines de la vie sociale. De
manière formelle, en RDC, la coordination de la lutte contre le VIH revient au Ministère de la
Santé Publique à travers le Programme National de Lutte contre le Sida qui travaille en
étroite collaboration avec le Programme Multisectoriel de Lutte contre le Sida. C’est à
travers ce dernier programme qu’interviennent les autres structures techniques connexes, à
savoir : le Programme National de la Santé de la Reproduction et le Programme National de
la Santé des Adolescents. L’implication de ces deux programmes est justifiée par le
caractère de la transmission du VIH par la voie sexuelle ou par celle de la mère à l’enfant.
Ces quatre programmes collaborent avec divers autres services qui ont la prévention de la
propagation du VIH dans leurs attributions.

Bien qu’ils collaborent sur des matières précises, chacun de ces services dispose des
documents de politique et d’un Plan Stratégique. Ils disposent également des plans de
passage à l’échelle de certaines approches considérées comme piliers de leur action
(comme le Plan d’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant pour la
PNMLS/PNLS, et le plan de couverture en service de base de PF pour le PNSR). Toutefois,
ces documents sont élaborés et mis en œuvre dans un contexte vertical, ce qui ne présage
pas d’une intégration des stratégies ou une mise en commun des ressources pour plus
d’efficacité et d’efficience.

Les activités desdits programmes sont appuyées par plusieurs partenaires (agences du
Système des Nations Unies ; les coopérations bilatérales, les ONGs internationales et
nationales, …), tant en termes de conceptions que de mise en oeuvre.

41
Sur le plan normatif, on distingue les politiques de santé sexuelle et reproductive (SSR) de
celles du VIH/SIDA 28.

a. Politique SSR

Ce document, revu en 2008, fait une part respectable aux passerelles possibles entre les
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

services SSR et ceux de lutte contre le VIH/Sida. Parmi ces points, on peut citer :

- Dans les attendus (exposé des motifs) de la révision de la politique SSR, la


nécessité d’adapter celle-ci à certaines réalités relevant du contexte épidémiologique
du VIH/Sida dans le pays est explicitement mentionnée. En effet, l’une des
motivations de la révision du Plan était le souci d’améliorer la santé des adolescents
et des jeunes face à la juvénilisation et la féminisation du VIH/SIDA. 29
- Dans la vision que s’est assignée le PNSR, il est clairement mentionné le fait de faire de la
RDC ‘une nation où les hommes, les femmes et les jeunes jouissent d’une santé sexuelle de
bonne qualité à l’abri des IST et VIH/SIDA ainsi qu’à l’abri des pratiques néfastes et
30
discriminatoires liées au sexe et ou au genre’.
- Le troisième objectif spécifique de cette Politique consiste à ‘Éliminer les pratiques
qui fragilisent le corps humain dans le domaine de la sexualité et de la reproduction,
y compris la pauvreté, les violences sexuelles et le VIH/SIDA’. 31
- Parmi les cibles identifiées dans ce document de politique, on compte ‘la prise en
compte de la santé sexuelle et reproductive chez les réfugiés et les personnes en
situation particulière (Les Adolescents, les femmes et les hommes seuls, les
déplacés internes, les personnes victimes des calamités naturelles, les familles
monoparentales, les personnes de troisième âge…)’. 32
- Enfin, le document de politique de la SR énumère des valeurs sur lesquelles il se
fonde. Parmi ces valeurs on trouve ‘l’intégration des services…en vue d’améliorer
l’efficience dans l’atteinte des objectifs communs’, et ‘l’intégration et la coordination
des interventions des partenaires’. 33
- Certains services pouvant procéder des liens entre les services SSR et VIH/Sida
sont évoqués, mais de manière individualisée. Il s’agit notamment de la prévention
de la transmission du VIH de la mère à son enfant (PTME), et l’égalité du genre.
- Le Programme National de la Santé de la Reproduction est un des programmes
spécialisés du Ministère de la Santé Publique, créé par l’Arrêté Ministériel
n°1250/CAB/MIN/S/AJ/ KIZ/009/2000 du 09/12/2001

28
L’intégralité des points sur les politiques (SSR et VIH) est extraite de l’étude sur « Evaluation rapide des
liens entre les services SSR et VIH dans 4 provinces de la RDC » réalisée par le Programme National
Multisectoriel de Lutte contre le Sida de la RDC en 2012.
29
Programme National de Santé de la Reproduction de la RDC, ‘Politique Nationale de Santé de la
Reproduction’, 2008, P5.
30
Programme National de Santé de la Reproduction de la RDC, ‘Politique Nationale de Santé de la
Reproduction’, 2008, P17.
31
Programme National de Santé de la Reproduction de la RDC, ‘Politique Nationale de Santé de la
Reproduction’, 2008, P19.
42 32
Programme National de Santé de la Reproduction de la RDC, ‘Politique Nationale de Santé de la
Reproduction’, 2008, P20.
33
Programme National de Santé de la Reproduction de la RDC, ‘Politique Nationale de Santé de la
Reproduction’, 2008, P18.
b. Politique VIH

- La lutte contre le VIH/Sida en RDC est organisée par le Décret Présidentiel n°04/29
du 17 mars 2004, portant création et organisation du Programme National
Multisectoriel de lutte contre le Sida, modifié et complété par l’Ordonnance n°11/23
du 18 mars 2011. Au terme de l’article 1er de cette ordonnance, le PNMLS est placé

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
sous l’autorité du Président de la République.

6.1.2. Risposte

Les différents programmes cités ci-haut interviennent au niveau national pour l’élaboration
des normes et directives, mais aussi au niveau intermédiaire pour le contrôle de la mise en
œuvre et du respect desdites instructions. Il y a donc, au niveau de chaque province, une
coordination provinciale qui a dans ses attributions, le suivi et le contrôle de l’applicabilité de
différentes normes dans le domaine concerné. Cette coordination a également pour
mission, le rapportage au niveau central des activités du niveau provincial. Les différentes
coordinations travaillent de concert avec, d’une part le Médecin Provincial qui est le
responsable provincial de la santé du point de vue technique et d’autre part, les Médecins
chefs des districts sanitaires et les médecins chefs des zones de santé.

Du point de vue de la RDC dans la lutte contre le VIH et du SIDA, d’une manière générale,
le travail réalisé a déjà, en partie, été rendu au point 3 de ce rapport. En effet, le niveau de
différents indicateurs rapportés sur la séroprévalence, les comportements sexuels à risque
d’IST/VIH et les attitudes de la population sur la sexualité indique que le gros du travail reste
à faire.

Nonobstant la réponse au niveau normative qui semble être toujours à jour, le grand
problème de lutte contre le VIH/SIDA en RDC reste au niveau opérationnel. Les
interventions à ce niveau sont, soit insuffisantes, soit inexistantes faute de moyens
financiers comme on peut le constater dans l’encadré 2.

Encadré 2 : Financement de la lutte contre le VIH/SIDA en RDC effet,

« Le système de financement du secteur de la santé en RDC repose principalement sur un


trépied constitué du budget de l’Etat, des apports extérieurs (bilatéraux et multilatéraux) et du
recouvrement des coûts des soins et services de santé auprès des usagers (jusqu'à 70% des frais
de fonctionnement). Malheureusement, le budget de l’Etat consacré à la Santé et son taux
d’exécution sont restés faibles. En 2001 par exemple, moins 3% du budget de l’Etat a été
consacré à la santé avec un taux d’exécution de 50%. Ce budget a certes évolué depuis, mais il
continue de rester largement inférieur aux besoins du secteur. Après avoir atteint et même
dépassé 5 %, la part du budget de l’Etat dévolue aux dépenses publiques de santé est retombée à
2,5 % en 2007. Quant au financement de la lutte contre le VIH/SIDA, il est actuellement assuré
pour plus de 90 % par des financements extérieurs. Il convient cependant de noter que ces appuis
sont souvent, trop souvent même, gérés de manière verticale, non articulée, et rendent compte
des résultats quelque fois non intégrés au contexte global de planification de la lutte. Le deuxième
écueil en rapport avec ces financements est le faible taux de décaissement, lui-même lié à des
procédures financières lourdes, bureaucratiques et trop variées pour les mêmes acteurs de terrain. 43
A ce jour, plus 20 partenaires d’appui sont recensés, dont moins de la moitié assurent entre 70 et
80 % du financement. Ces partenaires variés (fonds, fondations, programmes et projets spéciaux,
agences du système des Nations Unies, coopérations bilatérales et multilatérales, privés, etc.),
agissent soit en finançant directement des activités de terrain, soit en appuyant la coordination de
celles-ci » (Ministère de la Santé de la RDC, 2008, p. 37).

Déjà en 2007, la même source rapportait des indicateurs très faibles en termes de riposte de
la lutte contre le VIH/SIDA comme le montre le tableau 10 reprenant certains indicateurs du
paquet de prévention (la communication pour le changement du comportement et la
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

promotion de l’utilisation du préservatif), des activités de prévention de la transmission du


VIH de la mère à l’enfant, des activités visant la sécurité sanguine et la prévention/prise en
charge des accidents d’exposition au sang, ainsi que la prévention/prise en charge correcte
des IST.

Tableau 10 : Indicateurs de riposte de lutte contre le VIH/SIDA en RDC en 2007

1. Indicateur de communication pour le changement de comportement Niveau


a. Nombre total ZS couverte : 197
b. Pourcentage des ZS couverte : 38,3%
c. Nombre moyen d‟ONG/OAC actives par ZS couverte : 3,9
d. Nombre de personnes atteintes par le message lors de communication de 5.124.644, soit 15 % de
groupe (sans compter les médias) : couverture nationale
f. Nombre de préservatifs envoyés en provinces : 22.508.350 pièces, soit 3
% de couverture nationale
6. Indicateur de prévention de la transmission mère-enfant du VIH
a. Nombre de ZS couvertes 168
b. Pourcentage de ZS couvertes PTME 32,6%
c. Nombre de sites PTME 394
d. Nombre moyen de structure par ZS couverte 2,3
g. Nombre de nouveau-nés ayant reçu la nevirapine 1.662, soit 5% de
couverture nationale
3. Sécurité sanguine
a. Pourcentage des dons de sang soumis à un dépistage de qualité du VIH 46,8 %
b. Pourcentage des dons de sang provenant des donneurs bénévoles 35%
4. Conseil et dépistage du VIH
Proportion d’adultes de 15 à 49 ans ayant fait un test VIH et retiré le résultat 4,1 %9
Nombre de structures avec CDV 525
c. Nombre d’institutions hospitalières avec CDV 342
d. Pourcentage de ZS couvertes 24,3%
f. Pourcentage de personnes âgées de 15 à 49 ans qui ont déjà subit un test VIH et 4,1 %
en ont retiré les résultats
5. Prise en charge des PVVIH
c. Nombre de ZS couvertes dans la prise en charge des infections opportunistes 132
d. Pourcentage de ZS couverte en la prise en charge des infections opportunistes 25,6%
f. Nombre de nouveaux cas de sida notifiés 14.454
g. Nombre de nouveaux cas d’infections opportunistes 31.491
h. Nombre total de ZS couverte en TARV 140
i. Pourcentage de ZS couverte 27,2%
j. Nombre de structures agréées pour le TARV 224
m. Nombre de personnes mises sous ARV 20.856
n. Nombre d’enfants mis sous ARVs (parmi les 20.856) 1484
o. Nombre de femme mis sous ARVs (parmi les 20.856) 9852
p. Pourcentage de PVVIH sous TAR (20.856) par rapport aux personnes 6.0%
nécessitant le traitement (347.490 PVVIH éligibles)

Considérant le fait que ces résultats étaient principalement le fruit des interventions de
partenaires, d’une part et qu’à ce jour, bon nombre d’entre eux ne sont plus opérationnels,
44 d’autre part, il y a lieu de croire que la situation s’est fortement dégradée depuis 2007.

Déjà en 2007, les auteurs du Plan stratégique de lutte contre le VIH/SIDA étaient inquiets du
niveau de la prise en charge des PVVIH. Ils notent en effet que : « Cependant, une enquête
menée auprès de 80 institutions de soins offrant la prise en charge aux ARV a montré entre
autre que10 : i) seules 11 % de ces structures offrent un paquet d’activités conforme à leur
niveau d’intervention, tel que définit dans le document de normes d’extension de la TAR. ii)
près de 2 % de ces structures ont connu des ruptures de stock en ARV les 3 mois précédant
l’enquête ; iii) 29 % des structures offrent des services gratuits de consultation, de
laboratoire, ainsi que les médicaments ARV. Les autres offrent l’un ou l’autre service

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
gratuitement, les autres restants payants. … Ces résultats dénotent d’une qualité de prise
en charge aux ARV laissant encore à désirer, bien que les progrès en la matière puissent
légitimement être jugés satisfaisants, étant donné la jeunesse de l’activité (la PEC aux ARV
n’a commencé en RDC qu’en 2003) » (Ministère de la Santé-RDC, 2008, p. 33).

Avec le retrait d’autres partenaires ainsi que les difficultés du Fonds Mondial, d’une part et la
faible contribution de l’Etat Congolais au financement des activités, d’autre part complique la
question de la lutte contre le VIH/SIDA en RDC. Cette inquiétude est fondée sur le fait que
d’une manière générale, la lutte contre le Sida est financée par l’extérieur. « Pour l’année
2010, les dépenses en matière de lutte contre le VIH/sida ont été évalué globalement à
195554363 $ US dont 90 188 473,00 $ US provenant des ménages et 105 365 890,00 $ US
de dépenses institutionnelles. L’analyse des dépenses institutionnelles fait état de 102
437817$ US soit 97,22 % en provenance de sources extérieures avec seulement 2 759 539
$ US soit 2,62% comme contribution du gouvernement et 168 534 $ US soit 0.16% en
provenance de sources institutionnelles privées » (PNMLS, 2012, p. 31).

6.2. Actions menées contre les violences sexuelles basées sur le genre en
RDC

Le conflit armé en RDC a vu les viols et les violences sexuelles contre les femmes et les
petites filles érigées en arme de guerre. Ces violences ont contribué à aggraver les
problèmes liés à la santé des femmes en général et à la santé maternelle et infantile, en
particulier dans les zones de conflits (Rapport OMD 2010).

Face à cette tragédie humaine, et en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD) auxquels la RDC a souscrit en 2000 à New-York, plus précisément
l’objectif 3 qui vise la promotion de l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme, le
Gouvernement de la RDC et/ou ses partenaires ont mené plusieurs actions notamment :

• La recherche de la paix et la promotion de la démocratie par les dialogues internes et


externes;
• Le renforcement des certains textes juridiques notamment la Constitution de la
République de 2006, la Loi sur les violences sexuelles(2006), la Loi sur les Personnes
Vivant avec le VIH et Sida (2008) et la Loi portant protection des droits de
l’Enfant(2008);
• La promotion des programmes d’encadrement des populations tels que : le PNMLS
(Programme National Multisectoriel sur le VIH/Sida de 2004), Programme de lutte
contre l’impunité de 2009;
• La mise en place de la Cellule Stratégique de la promotion de la Femme, de la Famille
et de l’Enfant (CEPFE), la Mise en place de l’Agence Nationale de Lutte contre les
Violences faites aux Femmes de 2009 (AVIFEM), le Fonds National de promotion de la
Femme et de Protection de l’Enfant de 2009 (FONAFEN), la Réhabilitation et le 45
renforcement des Conseils nationaux et locaux des femmes, de l’Enfant et de la Famille
(2008-2009);
• L’Appropriation de la lutte contre les violences par les femmes elles mêmes à travers la
grande campagne « JE DENONCE » avec l’appui du Gouvernement (2008-2009);
• La Construction des Maisons de la Femme dont à Goma inaugurée en 2009 et à Kindu
et Kinshasa en cours de construction;
• L’Actualisation du Programme National de la Promotion de la Femme Congolaise
(PNPFC) en 2007 et de la Stratégie nationale de l’intégration de la dimension Genre
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

dans les politiques, programmes et projets de développement de la RDC (2008),


l’élaboration et la mise en œuvre de la Politique Nationale Genre de la République
Démocratique du Congo (PNG) en 2009 et le processus d’élaboration et d’adoption en
cours du projet de Loi sur la mise en œuvre de la Parité homme Femme ;
• L’élaboration par le Ministère du genre, de la famille et de l’enfant d’un document de la
Stratégie Nationale de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (SNVBG) en
2009.

Le Gouvernement a également contribué à animer diverses actions par les partenaires


d’appui et les organisations de la Société civile. Il a participé également depuis 2003 à
l’Initiative Conjointe de Lutte contre les violences sexuelles lancée par les partenaires au
développement et les organisations de la Société civile. Un Groupe interministériel sur la
Thématique des violences sexuelles avec les organisations féminines à été mise en place
depuis 2007 au sein du Ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant pour la prise en
compte de la préoccupation des violences à l’égard des femmes en RDC dans les
politiques, programmes et projets nationaux en cours dont en particulier la mise en œuvre
du Document de Stratégie pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSCRP-2).

A cette liste, s’ajoutent les engagements internationaux de la RDC en tant que membre des
Nations unies et des organisations régionales, exprimés dans ces différents textes:

- Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD);


- Les Conventions des Nations Unies sur l’Elimination de toutes formes de violences à
l’égard des femmes (CEDEF) et celles relatives aux droits de l’Enfant (CDE);
- Le Protocole de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sur les
Droits des femmes en Afrique;
- La Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies d’Octobre 2000 qui
incorpore une démarche sexospecifique dans les opérations de maintien de la paix
et prévoit la participation des femmes aux institutions clés et aux organes de
décision; La Résolution 1820 du Conseil de Sécurité des Nations unies de Juin 2008
qui exige des mesures efficaces pour prévenir et réprimer les actes de violences
sexuelles en vue de contribuer grandement au maintien de la paix et de la sécurité
en RDC, et la Résolution 1888 adoptée le 30 Septembre 2009, protégeant les
femmes et enfants des violences sexuelles durant les conflits ;
- Le Pacte sur la paix, la sécurité, le développement et la démocratie dans la Région
des Grands lacs.

Plus explicite, la Stratégie Nationale de lutte contre les violences basées sur le genre mise
46 en œuvre par le Ministère du genre, de la famille et de l’enfant, point focal du
gouvernement, s’articule sur plusieurs axes, dont :

- Prendre des mesures d’urgence pour lutter contre les violences sexuelles ;
- Améliorer la compréhension et la connaissance de la problématique des Violences
sexuelles et liées au genre auprès des acteurs gouvernementaux et des leaders
politiques, coutumiers et religieux ;
- Accroître la qualité et l'ampleur des interventions sur le terrain et assurer la prise en
charge holistique des victimes des violences sexuelles et liées au genre ;
- Intégrer les questions VSBG dans la gouvernance et le leadership ;

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
- Promouvoir des mécanismes favorisant l’émergence des femmes dans les instances
de prise des décisions ;
- Promouvoir la protection et la sécurité des personnes vulnérables y inclus les
personnes exposées aux violences ;
- Lutter contre la vulnérabilité de la femme et de la fille ;
- Promouvoir une communication efficace et efficiente sur la lutte contre les violences
sexuelles et basées sur le Genre.

A chacun de ces axes, correspond des actions visant une approche holistique comme un
phénomène à multiples facettes et multiples causes. Il s’agit de ne pas se focaliser
seulement sur le viol à réprimer mais de développer davantage des formes d’assistance à
long terme et essentiellement dans une perspective de la reconstruction nationale.

47
Conclusion

La présente étude avait pour principal objectif de documenter les liens éventuels existant
entre la violence basée sur le genre et le VIH dans les pays des Grands Lacs. Le choix de la
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

Région des Grands Lacs a été dicté, notamment par la forte prévalence des comportements,
tels que les violences sexuelles et basées sur le genre dans un contexte de séroprévalence
élevée du VIH/SIDA.

La présente étude est principalement documentaire, même s’il a été également fait recours
aux données des bases secondaires. La littérature consultée ainsi que les bases des
données explorées ont confirmé pour le cas de la RDC, l’existence de la forte prévalence
des violences basées sur le genre ainsi que du VIH. L’hypothèse de base ayant sous-tendue
cette recherche est celle de la concordance ou coexistence des pics de violences sexuelles
et/ou basées sur le genre à ceux de la prévalence du VIH. En d’autres termes, des localités
ayant été le théâtre des foyers des conflits armés ou inter-ethniques, en l’occurrence l’Est de
la RDC étaient celles que nous soupçonnions comme étant les plus touchées que les autres
par le VIH.

Contre toute attente, l’exploration documentaire et des bases de données a révélé


globalement le contraire de nos attentes. En effet, les localités les plus touchées par le VIH
ne sont toujours pas celles qui avaient connus les conflits. C’est le cas des villes de Matadi
et de Lubumbashi.

Dans le même ordre d’idées, les villes comme Goma, Bunia et Bukavu qui étaient restées
longtemps sous occupation des armées des pays (Rwanda, Burundi, Ouganda, …) qui
avaient autrefois une séroprévalence très élevée sont par ailleurs celles où le niveau du VIH
est faible.

Malgré l’absence des données appropriées pour établir, de manière statistique, l’existence
ou non de l’association entre les violences sexuelles et basées sur le genre et la
transmission du VIH, la documentation consultée ne confirme ni n’infirme le fait que la
violence basée sur le genre est vraiment un vecteur du VIH. Si elle peut l’être, c’est à travers
d’autres facteurs, notamment les migrations qui aggravent la vulnérabilité des femmes et
des jeunes filles à la suite de la dégradation des conditions de vie. La transmission du VIH à
travers les rapports de genre est médiatisée par le faible statut des femmes et des jeunes
filles qui empêche entre autres celles-ci à négocier valablement des rapports sexuels à
moindre risque. Cette opinion semble avoir été dominante dans la littérature consultée.
D’après les tenants de cette thèse, en situation de conflits, les déplacements des
populations font que les femmes et les filles sont plus exposées aux infections sexuellement
transmissibles et au VIH par suite des relations sexuelles souvent forcées avec des
individus déjà infectés au VIH (OMS, 2004). 34

Nonobstant ce résultat, il s’est dégagée une autre tendance qui, nous semble-t-il, n’est pas
basée sur des données empiriques collectées spécialement pour analyser la question des
48 liens entre violences basées sur le genre et le VIH. Cette tendance atteste l’existence de ces
liens. Elle s’appuie notamment sur le fait, qu’en cas des conflits armés, le niveau élevé de

34
OMS, La violence sexuelle dans les situations de conflit et risque d’infection à VIH, 2004, 3 pages.
séroprévalence chez les militaires expliquerait celui qui sera observé plus tard dans la
population générale. Cette situation aurait été constatée au Rwanda. Dans ce pays, avant le
génocide, la séroprévalence était de 25 % dans la population générale contre 35 % chez les
militaires. Cependant, les tenants de cette thèse n’expliquent pas le mécanisme qui a
conduit les militaires à infecter la population ni celui qui est à la base de cette différence. Par
ailleurs, à part la situation du Rwanda, la littérature ne fait pas état de la même situation

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
ailleurs, notamment en RDC.

Notons toutefois que les deux thèses s’accordent sur la vulnérabilité biologique de la femme
en cas de viol. En effet, les violences sexuelles occasionnent des déchirures et blessures
qui facilitent la transmission du VIH lors des rapports sexuels avec les personnes infectées.
Mais ce qu’on ne sait pas confirmer, c’est le moment d’occurrence de l’infection ; En d’autres
termes, il n’est pas possible de déterminer si l’infection a eu lieu avant ou après le viol. Ceci
n’est possible que si la victime connaissait effectivement son état sérologique antérieur. Or,
nous l’avons vu, le test de son état sérologique n’est pas encore ancré dans les habitudes
des congolais.

Ces constats appellent quelques suggestions s’il faut bien trancher cette question :

- L’absence des données ou des études appropriées laisse place à des spéculations
qui alimentent la littérature sur le genre et le VIH. Etant donné qu’il n’est pas possible
de réaliser une étude randomisée dans ce domaine, il serait néanmoins possible
d’étudier cette question dans des localités choisies sur base de leur passé commun
ou différent. L’hypothèse de départ serait celle de l’augmentation de la
séroprévalence à la suite des conflits armés ou inter-ethniques émaillés de cas de
violences sexuelles, par exemple ;
L’Etat congolais devrait fournir un effort, non seulement pour assurer la protection
des femmes et des jeunes filles contre toutes les formes des violences sexuelles et
basées sur le genre, mais aussi, investir suffisamment dans la lutte contre le
VIH/SIDA.L’Etat congolais devrait également rendre disponibles des données de
bonnes qualités devant permettre les planifications du développement dans le
domaine des violences sexuelles et basées sur le genre.

49
Recommandations

S’il est irréaliste d’attendre d’un programme qu’il puisse, à lui seul, éliminer le risque
d’infection à VIH et d’autres IST, de grossesses non désirées, d’activité et
Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs

d’exploitation sexuelles imposées ou abusives, des programmes conçus et mis en


œuvre de façon judicieuse sont capables de réduire substantiellement ces risques
et les situations de vulnérabilité qui les sous-tendent. Les recommandations suivantes
sont formulées à l’issue de cette étude documentaire :

1. Au Gouvernement de la RDC :

• Mettre fin à l’instabilité sociopolitique, aux conflits à caractère politico-militaires et


rétablir l’autorité de l’état sur l’ensemble du territoire national ;
• Ramener le niveau de tolerance à zero face à toute forme de violence basée sur le
genre, en mettant définitivement fin à l’impunité à l’égard des criminels (auteurs et
complices) ;
• Inscrire la prévention des violences basées sur le genre parmi les priorités de la
politique nationale de santé;
• Investir pleinement dans la lutte contre les violences basées sur le genre et dans la
prise en charge conséquente des victimes ;
• Promouvoir les études spécifiques sur chaque forme de violences basée sur le
genre (viol ; mariage forcé et /ou précoce ; excitation des mineurs à la débauche ;
proxénétisme ; prostitution forcée ; harcèlement sexuel ; trafic et exploitation
d’enfants à des fins sexuelles ; grossesse forcée ; etc), la plupart de celles-ci n’étant
ni quantifiées ni bien localisées géographiquement ; sur les liens entre la violence
basée sur le genre et le VIH pour mieux les documentés ;
• Mettre en place un système de surveillance de violences basées sur le genre pour
servir de baromètre et en appréhender l’ampleur;
• Veiller au strict respect et à l’application effective des lois déjà promulguées à ce
propos ;

2. Aux partenaires au développement intervenant dans les domaines du genre et


de la lutte contre le VIH :

• Appuyer le gouvernement pour la mise en œuvre d’une politique active en matière de


prise en charge continue des victimes des violences basées sur le genre ;
• Renforcer la capacité des acteurs nationaux ;
• Promouvoir les recherches opérationnelles sur les liens entre la violence basée sur
le genre et le VIH, pour optimiser la prévention (qui est la réponse la plus efficace et
la plus économique à l’épidémie due VIH/sida en Afrique)
50
.

3. Aux ONG et autres activistes de la lutte contre les violences basées sur le
genre et aux leaders communautaires :
• Participer activement aux actions de sensibilisations et aux actions d'éducation des
masses sur les violences basées sur le genre et leurs conséquences;
• Faire des plaidoyers à l’endroit des décideurs afin d’accroitre l’utilisation du
préservatif, étant donné sa capacité de double protection pour minimiser les

Les liens entre les violences basées sur le genre et le VIH dans la région des Grands Lacs
grossesses non désirées et de prévention des IST/VIH/Sida.
• Utiliser des approches culturellement sensibles pour pérenniser les changements
de comportements sur la SSR, le VIH/sida et les questions du genre.
• Offrir aux jeunes (en particulier aux jeunes femmes) une éducation sexuelle claire,
soigneusement étayée, scientifiquement établie et fondée sur les valeurs
universelles de respect dans un contexte où l’ignorance et la désinformation peuvent
représenter une menace pour la vie ; l’éducation sexuelle relève aussi, parmi
d’autres, de la responsabilité des autorités et institutions en charge de l’éducation et
de la santé ;
• Déployer des efforts particuliers pour atteindre les jeunes personnes non
scolarisées, souvent les plus vulnérables à la désinformation et à l’exploitation.

51
Bibliographie

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les attentes des hommes se rapprochent-elles de celles de leurs épouses ? »,
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