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246."Croyance"
Encyclopedie Universalis. V. Paris, Encyclopedie Universalis France, 1969, 171-176.
PENreg

CROYANCE

présaharienne, étude géomorphologique,


Paris, 1962 / J.H. DuranD, Les Sols rouges
ef les croûtes en Algérie, Alger, 1959 /
G. GAUCHER, Traité de pédologie agricole.
Le sol et ses caractéristiques agronomiques,
pellicule rubanée Paris, 1968 / L.H. GILE, F.F. PETERSON &
ébauche R.B. GROSSMAN, « The K Horizon. À Mas-
d'une dalle compacte: ter Soil Horizon of Carbonate Accumnula-
tion », in SoilSci., t.XCIX,1965 / A. RUEL-
LAN, « Individualisation et accumulation
du calcaire dans les sols et les dépôts
quaternaires du Maroc», in Cahiers
O.R.S.T.O.M.-Pédologie, vol. V, n° 3, 1968/
H.C.T. Sracr, G.D. HUBBLE, R. BREWER
croGly plus où from & al, À Hand Book of Australian Soils.
disloquérs — Glenside, 1964,

Currélats
ARIDE (DOMAINE), CALCAIRES, CAËCIURE,
CARBONATES NATURELS, ISOHUMIQUES
(SOLS), MÉDITERRANÉENNE (AIRE), PALÉO-
SOLS ET SOLS FOSSILES, PÉDOLOGIE, RUBÉ-
FACTION ET SOLS RUBÉFIÉS, SOLS, SULFATES
NATURELS.

encroütement tuffeux
à tendance nodulaire -4
CROÛTE TERRESTRE
-> GÉOCHIMIE, GÉOLOGIE, GÉO-
PHYSIQUE, TERRE

CROYANCE

horizon à amas HU] Du langage ordinaire


granules et nodules au langage philosophique
La « doxa » des Grecs :
croyance et opinion
L'assentinient
Croyance, probabilité,
Croûte calcaire, au sens large, développée dans an sol brun scepticisme
sohemngue subtropical évoliant depuis le Ouater
aire moyen (À. Ruellarr}

51 Croyance et foi
Kant °
sible de présenter ici toutes les hypothèses Hegel
envisagées par de nombreux auteurs dans Mise en valeur
divers pays. ‘ Les croûtes calcaires, limitant l'épaisseur 7
Si on essaye cependant de restreindre utilisable des sols, constituent toujours
l’appellation «croûte» à ce qui à été
décrit ci-dessus, plusieurs auteurs admettent
un obstacle à Ja mise en valeur, en parti- Le parcours complexe qui sera ici
culier dans les zones irriguées où il est suivi présente, pour un regard de survol,
alors que les processus de formation sont souhaitable de pouvoir disposer de sols
essentiellement pédologiques, Il s'agirait un cerfain nombre de grandes articula-
suîMisamment profonds. . tions:
de processus d'accumulation et d’indi- Depuis longtemps, on essaye de réduire
vidualisation du calcaire en profondeur, ces obstacles. On ne peut jamais éliminer La première concerne le passage du
en particulier dans la zone où venait la croûte, mais on peut tenter de la briser langage ordinaire au langage philoso-
S’alimenter le système racinaire des steppes pour faciliter la pénétration de l’eau et phique : pour la langue courante, le mot
et des forêts qui ont dà constituer le couvert des racines. On utilise, pour effectuer ce
végétal naturel de ces sols. est surtout pris au pluriel; ainsi parle-
Le calcaire qui s’accumule peut provenir
travail, des sous-soleuses puissantes ou des t-on des croyances de tel peuple ou de
explosifs. Les résultats sont cependant tel groupe, des croyances populaires.
en partie du lessivage des horizons supé- souvent décevants : les prix de revient sont
rieurs; il sembie cependant que l'essentiel La transition vers la philosophie est
élevés et de plus la destruction de la croûte
est amené latéralement, par « lessivage
est généralement très insuffisante.
indiquée par le sens fort que le mot
oblique » de tout le bassin versant situé prend au singulier lorsqu'il désigne une
en amont, à l’aide de toutes les eaux qui sorte d’action, l’action de croire; prise
circulent sur et dans les sols. C’est en Les croûtes gypseuses en ce sens, la croyance désigne une
particulier ce que suggère la répartition attitude mentale d’acceptation ou d’as-
des divers typesde croûte en fonction du
Dans les régions très arides, les croûtes sentiment, un sentiment de persuasion,
relief, gypseuses viennent souvent accompagner
Ces processus sont très lents : les croûles où remplacer les croûtes calcaires. Elles
de conviction intime. Au sortir du lan-
les plus récentes ont environ 20 000 ans sont le résuliat soit de j'évaporation à gage ordinaire, nous rencontrons une
tt il faut remonter aux surfaces villafran- partir d’une nappe phréatique ou d’une bifurcation dans laquelle nous ne nous
chiennes pour trouver des croûtes très roche gypseuse, soit d’un apport éolien engagerons pas, celle des sciences hu-
puissantes avec dalles compactes, Beau-
Coup de sols à croûte sont d’ailleurs des
(le gypse, accumulé dans de grands lacs maines; celles-ci s'intéressent à la
paléosols, tels ceux qui couvrent de grandes
qui s’assèchent périodiquement, est repris croyance du point de vue des motiva-
surfaces dans les régions sahariennes, et on
par le vent qui peut l'entraîner et le redé- tions individuelles et des conditions
poser très loin}. Contrairement aux croûtes sociales, Ce n’est pas le point de vue du
peut dire que la morphologie et la vitesse calcaires, la formation de ces croûtes gyp-
de formation des croûtes varient selon philosophe qui s'attache à un trait
les zones climatiques actuelles et passées. scuses est souvent très rapide.
remarquable de la croyance, à savoir
Cependant, certaines croûtes : qui se A.R. qu’elle s'adresse à des propositions ou
forment par évaporation d’une nappe énoncés qui sont fenus pour vrais. Cette
phréatique peu profonde peuvent se déve- Bibliographie
lopper rapidement; c'est un cas assez persuasion de la vérité, attachée à des
J. BOULAINE, Etude des sols des plaines du énonciations, fait le problème philoso-
rare. Chélif, Alger, 1957 / R. COQUE, La Tunisie phique de la croyance.

[71
CROYANCE

Ayant ainsi laissé derrière nous le Du langage ordinaire trices pour utie phénoménologie (1912), de
langage ordinaire, laissé de côté la bifur- au langage philosophique décrire et de classer les modes de la croyance
cation des sciences humaines, nous éla- et de faire correspondre les degrés de certi-
Que les mots philosophiques en générat tudeet les degrés de réalité. La phénoméno-
borerons pour elle-même l'énigme du et le mot « croyance » en particulier, com- logie fait même un pas de plus et entre-
tenir-pour-vrai. Nous y serons aidé par portent plusieurs significations s'explique prend de dériver toutes les modalités de
le jeu des synonymes qui exhibent en aisément. D'abord, lelangage philosophique, croyance d'une croyance mère, ou croyance
quelque sorte (c'est-à-dire placent et en dépit de sonvoisinage avec le langage originaire, qui est l'affirmation pure et
montrent à l'extérieur) les variations de des sciences et de l’attraction exercée par simple, laquelle fait correspondre à la certi-
sens du vocable lui-même. Au premier l'idéal d'univocité de ce langage, n’est tude simple du « je crois que... » le carac-
jamais tout à fait coupé du langage ordi- tère d’être du «cela est ainsi ». Mais le pro-
rang de.ces synonymes se tiennent naire dont tous les mots usuels sont chargés blème philosophique de la croyance n'est
les mots opinion et foi. Cette proximité de significations multiples; à cet égard,le pas pour autant épuisé : la croyance mère
n’est pas fortuite; elle est imposée mot croyance est l’un des mots les moins ou croyance originaire, telle qu’elle se pré-
par les contextes successifs qui ont techniques de la langue philosophique et sente dansl'affirmation, au sens tout à fait
institué le jeu réglé des acceptions du il garde des racines profondes dans l'usage élémentaire de dire oui ou non, face à
mot croyance. Le contexte initial, pour commun; selon cet usage, au singulier et quelque énoncé ou proposition, constitue
une investigation philosophique, est le plus volontiers au pluriel, on entend par une sorte d’énigme ou de paradoxe : elle
.croyance, chez un individu, un groupe, un joint, en effet, des traits que l’on peut dire
contexte grec de la doxa, mot que l’on peuple, une civilisation, une époque, subjectifs, à savoir tous les degrés de la
a traduit par opinion. Une première l'objet mème de la persuasion commune ou certitude, et des traits que l’on peut dire
problématique se noue ainsi à partir de de fa conviction intime; la croyance,c'est ce objectifs, à savoir tous Îles degrés du pro-
lPopposition opinion-science. que l’on croit et, pour autant que croire bable jusqu’au vrai pur et simple. Le pro-
La mise en série des contextes phi- c'est être persuadé qu’une chose est vraie, blème critique est né de là : c’est, au sens
losophiques conduit en gros de la réelle, on désignera communément par fort du mot, une question de discernement,
croyance-opinion à la croyance-foi. La croyance les diverses conceptions de la dans la mesure où, pour le sujet de la
première étape est marquée par Île pas- réalité qui sont aïnsi profcssées: mais, croyance, les degrés de la certitude ne sont
comme ces croyances ont rapport à la vie pas distingués de ceux de la vérité, mais où
sage de l'opinion à l’opiner : le verbe des hommes; on entend aussi par croyances les premiers sont pris pour les seconds.
fait en eflet apparaître une nouvelle les règles spontanément reconnues pour la Bref, l'énigme de la croyance, c'est celle
affinité de sens : opiner, c'est juger. vic sociale ou individuelle; on trouve du tenir-pour-vrai. .
Cette acception nouvelle est mise en donc parmi les croyances des représenta- En quoi consiste cette énigme? La
valeur dans les contextes stoïcien el tions & théoriques » ct des représentations croyance ne pose pas seulement un pro-
cartésien; la croyance s'enrichit ainsi « pratiques »; faisant la jonction entre ces blème de degré : du doute à la certitude,
d’une signification remarquable qui deux groupes, on trouve des croyances qui Elle pose un problème de valeur qui tient à
présentent des caractères à demi descriptifs son rapport ambigu à la vérité. Tenir pour
l’éloigné de l’acception péjorative de et à demi prescriplifs, par exemple les vrai, n'est-ce pas prendre pour vrai ce qui,
l'apparence ou de l'illusion et Ia rap- croyances concernant la destinée indivi- peut-être, paraît vrai, mais n’est pas vrai?
proche de l'acception laudative de duelle, le sort des défunts, la nature de la Cette interrogation se reflète dans les éva-
l'affirmation, entendue comme pouvoir divinité et de ses rapports aux humains; luations contradictoires qui s’attachent au
souverain du oui et du non. en ce sens, la croyance tend à se confondre mot croyance. Les significations de ce
Ainsi rabattue sur le pôle subjectif avec Ja foi religieuse ou avec les conceptions mot ne nous paraissent pas seulement mul-
religieuses, dans la mesure où celles-ci sont tiples, diverses, variées; elles semblent en
de l’assentiment, la croyance devient le outre se distribuer en fonction de pôles de
à la base des croyances portant sur l’exis-
belief de la philosophie anglaise, lequel tence de quelque réalité et des croyances valeur opposée; nous avons déjà évoqué la
noue un nouveau pacte avec le proba- portant sur le caractère de légitimité et arenté entre croyance et opinion; or,
bilisme et le scepticisme: la crise du d'obligation des règles de vic. Mais cette ‘opinion, dans sa signification majeure
concept de vérité est ainsi ouverte; Kant croyance-objet, si l’on peut ainsi parier, d'origine grecque, véhicule une estimation
tentera de la résoudre en dissociant n'eflace pas un sens plus ancien, ct sans négative, cn opposition à la notion de
fermement les conditions purement doute plus fondamental, selon lequel la science ou de savoir. Mais nous avons
subjectives du tenir-pour-vrai des con- croyance est l'action même de croire, le évoqué aussi la parenté entre croyanceet
crédit, la confiance accordée à quelque foi; or, le mot foi, dans sa signification
ditions objectives du savoir véritable. opinion; c'est alors le pôle subjectif de la majeure d’origine judéo-chrétienne, est
Ce discernement critique, opéré par persuasion ou de la conviction qui est ainsi évalué positivement par rapport aux caté-
Kant, entre croire et savoir, est propre- souligné; le mot, plus volontiers employé gories qui, dans ce second système d’oppo-
ment le point tournant de toute l’ana- au singulier, dit alors l'engagement de sitions, véhiculent l'estimation négative,
lyse du concept de croyance. l’homme dans la persuasion qu'il a qu’une telles que péché, chair, monde, œuvres,
Mais lé même discernement critique, chose est vraie ou réelle. souci, etc. Le mot croyance souffre de ce
qui disjoint croire et savoir, libère l’es- À ce niveau très élémentaire et encore po- tiraillement entre l’opinion, appréciée néga-
pulaire, la notion de croyance présente tivement dans un système épistémologique
pace pour un usage positif du concept déjà un caractère de plurivocité remar- et ontologique qui la met au bas de l’écheile
de croyance, celui que désigne le second quable. Le langage proprement philoso- de valeurs, et la foi, appréciée positivement
synonyme principal : la foi. À vrai dire phique ajoute une cause supplémentaire de dans un système de valeurs de caractère
l'usage Kkantien et post-kantien du mot plurivocité, dans la mesure où il cumule et religieux. La situation est même plus
Glauben, que nous traduisons par condense en une histoire spécifique les compliquée, car, dans chacun des deux sys-
croyance ou par foi, se rapporte à une emplois du mot par les grandes philoso- tèmes de gravitation, l’opinion et la foi sont
signification ancienne du mot, sa signi- phics et les grands philosophes. En effet, les susceptibles de recevoir elles-mêmes des
fication juive et chrétienne, que la phi- significations qui se sont constituées suc- valeurs opposées. L'opinion, premier syno-
cessivement dans des contextesdifférents ne nyme de la croyance, ne s’épuise pas à signi-
fosophie d’origine grecque a sans cesse sont aucunement abolies. Les nouvelles fier le non-savoir, la non-vérité. EI est aussi
côtovée ; c'est seulement lorsque la phi- acecptions, telles des alluvions déposées sur l'équivalent du jugement, comme on voit
lnsophic critique. issue de Kant, tentera ls couches antérieures, enrichissent le {ré avec le verbe owpiner : opiner, croire, c'est
ébiborce sue son propre fétain une sai de sens du mot; en même temps, les porter un jugetnent: or, en tant qu'opéra-
sigoifientions anciennes 1HÈtUe remaniées fon et activé d'opiver, lt crovaners ni.
tique de la religion que Es sigailica-
tions du mot loi entreront dans le champ parrécurrence sous l'influence des nouvelles, nion lend à prendre une significution posi-
continuent de fournir une réserve de sens à live, qui compense l’eslimation négative qui
philosophique du mot croyance. Nous laquelle il est toujours loisible de revenir à s'attache à la croyance en tant qu’elle est en
conduirons l’explicitation de la croyan- l'occasion de reprises, de rénovations, de défaut par rapport au savoir. Inversement,
ce-foi jusqu’au point où les philosophies renaissances, selon les modalités innom- la croyance-foi n’a pas dans tous ses em-
hégélienne et post-hégélienne la feront brables du rapport de la philosophie à son plois une valeur positive; le croyant sera un
sortir de l’espace grec de la doxa et propre passé. . superstitieux aux yeux de l’incroyant; le
passer dans un autre champ de gravita- Affrontée à cette profusion de sens, la gnostique opposera la gnose, qui veut dire
philosophie a une double tâche : d'abord de connaissance, à la foi du croyant; selon la
tion, celui de l’objectivation de l’absolu perspective eschatologique ou mystique
clarification conceptuelle, ensuite de déci-
dans les figures où il devient autre, où il sion critique. Clarifier le concept de la elle-même, la foi sera en défaut par rapport
s’aliène. C’est en ce point que nous croyance, c’est en distinguer les modalités et à la vision des derniers temps ou à la con-
l’abandonnerons, la discussion des con- en classer les degrés; on mettra donc d’un templation des bienheureux; enfin, même
cepts d’objectivation et d’aliénation ne côté les degrés de la certitude, depuis le dans l’économie actuelle, la foi du croyant,
relevant plus du présent article. L’ana- doute ou le soupçon, jusqu’à l’intime con- principalement sous la sollicitation de la
lyse qui suit se tient donc à l’intérieur viction, en passant par la supputation et la science et de la philosophie, est invitée à
conjecture et, de l’autre, les degrés de réa- « chercher l'intelligence » (fides quaerens
de l’espace de discussion ouvert par le lité qui s’attachent à lakhose que l’on tient intellectum), ce qui signifie qu'elle ne ja
concept grec de la doxa et fermé par le pour vraie, depuis le possible ou le problé- comporte pas d'emblée dans ses premières
* concept kantien et hégélien du Glauben. matique jusqu'au véritable, en passant démarches aveugles. Ainsi, la croyance-
par le probable et le vraisemblable, Ainsi opinion n'a pas qu’une valeur négative,
2. Husserl entreprend-il, dans les Jdées direc- par défaut de science, et la croyance-foi

172
CROYANCE

\
n’a pas qu’une valeur positive, en tant ou fausse; car la définilion de l'opinion sie (karalepsis) ou appréhension des choses
qu’adhésion profonde d’un être à un autre est maintenant prise du côté de l'opération,
être, chacune des deux significations ma- qui se décompose en deux termes dont l’un
de l'activité de l'âme, et non plus du est &« reçu » : l’image, la représentation
jeures se retourne en quelque sorte contre contenu ; de ce point de vue, la science elle- (phantasia) ; et l’autre, une véritable action :
elle-même, la négative devenant positive, même est « opinion vraie » (ibid, 187 b); l° & assentiment » (sunkatathesis).
et la positive négative. Le verbe croire, plus autrement dit, opinion vraie, opinion fausse Cicéron, qui latinise les notions stoi-
manifestement que le substantif croyance, sont jugement vrai ct jugement faux. On ciennes et ainsi les rapproche de nous et
porte la marque de ces écartèlements; arrive ainsi à la définition fameuse : « Un des champs sémantiques qui sont ceux des
ainsi, on dit croire que.…., croire à..., croire discours que l'âme se tient tout au long à langueslatines, rend compte de cette oppo-
en...; dans l'acception croire que, la elle-même sur les objets qu'elle examine sition en distinguant le visum (l'être vu,
teneur en savoir et en vérité peut être: £...], c'est ainsi que je mefigure l’âme en son
voisine du néant (je crois bien que l'été sera
inerte, sans force propre) et la fides (Acadé-
acte de penser; ce n'est pas autre chose, miques, X1, 40): ce second terme intéresse
pluvieux}: et pourtant croire à... comporte pour cle, que dialoguer, s'adresser à cile-
a note de persuasion intime de l’existence notre enquête, caril souligne Île caractère de
mème les questions et les réponses, passtnt confiance, de crédit, de créance par kquel
de quelque chose : ainsi le poète chante-t-il de l'allirmation à Bi négation; quand elle a,
« ceux qui croyaient an ciel el ceux qui n'y nous sadjoingnons» notre acceptation, notre
dans un mouvement plus ou moins lent, < approbation », à ce qui n'est qu'une
Croyuical pas »; inuis l'expression croire Soit même dans un élan plus rapide, déthit uupulsiois à c'ouc; la fides est donc un actr
un... valorise ès positivement {e mat son arrêt, que, dès lors, efle demeure cons-
croire : je crois ex volre innocence, je crois volontaire qui dépend de nous, in accueil,
tante dans son aflirmalion et ne doute plus, une acceplation que nous pouvons refuser,
en Dieu. À une extrémité donc — Île croire c’est là ce que nous posons être, chez elle, « suspendre » (époché), quand cet assenti-
que... — la croyance se dilue et s’exténue opinion [doxa] » (189 e—190 a). Deux pro- ment nous fait consentir aux passions
en deçà même de l’opinion plus ou moins blématiques désormais s'entrecroisent : mauvaises; ainsi, grâce aux stoïciens, la
fondée, pour rejoindre la conjecture la plus l'une, plus ontolegique, qui oppose science notion d’assentiment cst introduite dans
hasardeuse et la plus gratuite, l'impression et opinion, comme être el apparaître,
la moins contrôlée. À l’autre extrémité la sphère de la croyance. Elle s'ajoute aux
Pautre plus psychologique, qui place l'opi- deux significations antérieurement dénom-
— celle du croire en... —, la croyance dé- nion entre l'ignorance et Ia science, brées, à savoir l’opinion-apparence, qui
signe non seulement un haut degré subjectif comme le mouvement même de chercher,
de conviction, mais un engagement inté- avait été la note dominante de Parménide à
d’apprendre, d'arrêter et d'achever son Âristote, et l’opiner-juger, qui était resté La
rieur et, si l’on peut dire, une implication discours, c'est-à-dire son parcours de pen- sous-deminantc de la doxa grecque. On
de tout l'être dans ce en quoi ou celui en qui sée. Le problème philosophique de ta
l’on croit. La tâche de la sémantique peut dire que celte troisième signification
croyance est dominé par cette ambiguité renforce la seconde; si la doxa de Piaton
philosophique sera donc d’ordonner ces entre l'évaluation négative du paraître qui, devait être traduite quelquefois par juge-
significations et ces estimations opposées, à la fimite, n’est que Je sembler d’une appa- ment, cela est encore plus vrai de l’assenti-
en ravivant les contextes philosophiques rence, et l’évaluation positive de l’opiner ment des stoïciens; Paccent s'est décidé-
dans lesquels chacune d'eiles dit bien ce qui, à la limite aussi, tend vers le discours
qu’elle dit. ment déplacé de la problématique de
vrat ct dont la science nécessaire ct Popinion vers celle de l’opiner. La notion
immuable est l'idéal. philosophique de croyance est prête à pas-
Aristote devait consolider ce slalut de ser dans Ie champ de gravitation d'une
La « doxa » des Grecs : l'opinion en précisant celui de son objet philosophie du jugement. Mais si cette
croyance et opinion propre qu'il caractérise par le probable troisième signification renforce la seconde,
(endoxon, de même racine que doxa-opinion c'est parce qu'elle procède d'un autre
C’est donc de la doxa des Grecs qu’il et que dokein-paraître). Or, le probable pré- découpage, selon lequel l’opinion n'est plus
faut partir, de son sens majeur d'opinion sente des degrés de certitude, de stabilité, l'envers ou l’approximation de la science,
et de son sens mineur d'opiner. Là est la donc de ressemblance au vrai; il est je mais le terme fort et actif dans ie couple de
source de la doubic évaluation philoso- vrai-semblable; c'est le cas, d’une part, des
phique de la croyance (nous dirons désor- l’assentiment et de la représentation.
opinions formées parla plupart des hommes La notion stoïcienne de l’assentiment
mais : croyance-opinion et opiner-juger), où parles plus sages; ces opinions sont à commande la philosophie cartésienne du
Dès le Poème de Parménide, dontil ne nous mi-chemin du nécessairement vrai et de jugement, laquelle se trouve curieusement
reste que des fragments, l'opinion est mise l'évidemment faux; c'est le cas, d'autre
en jugement et condamnée: elle est comme au carrefour de la tradition platonicienne
part, de la connaissance que nous avons des sur les rapports du savoir et de l'opinion et
le contre-pôle « du cœursans tremblement choses qui, tout en étant contingentes de la tradition stoïcienne sur les rapports
de la Vérité » (fragments, E, 29), Quant aux C'est-à-dire non nécessaires, capables d'être
opinions des mortels, «en elles on ne peut se de lassentiment ct de la représentation.
autrement qu'elles ne sont), se produisent Cette situation complexe explique sans
fier à rien de vrai »(1, 30). La Vérité, c’est fréquemment ou le plus souvent d'une cer- doute pourquoi Descartes n’appelle pas
« le chemin auquelse fier »; l’autre voie de taine manière. Ainsi, le probable et le fré- croyance l’assentiment et continue, en bon
recherche, la seule qui soit à concevoir, Guent consolident le statut intermédiaire de platonicien, à opposer la croyance, prise au
n’est qu’ « un sentier où ne se trouve abso- l’opinion, entre la sensation fugitive et sens d’opinion, à Ia science véritable.
lument rien à quoi se fier » (II). D'un côté, contingente el la science stable ct néces- Voyons donc comment les deux traditions
donc, science, Vérité, être — car ce qui est saire : jugements d'existence, raisonne-
et ce qui est à penser sont une seule et même
de la croyance-opinion et de la croyance-
ments non concluants sur Îes causes, assentiment s’entrecroisent chez Descartes.
chose ; de l’autre, opinion, erreur, non-être. maximes de l'action, avis des compétents L'analyse du jugement en cst l'occasion
Et pourtant, dès le Poëmne de Parménide,le et des sages, raisonnements dialectiques de (V® Méditation) ; mais celle-ci, à son tour,
hilosophe est contraint d’enseigner aussi la philosophie première. n'est élaborée que pour rendre compte de
es « opinions des mortels » — ce qu’ils ont Tel est le paradoxe grec de la croyance- l'erreur, laquelle est tenue pour une ma-
en vue et ce qui se montre (tout cela est opinion : ce vocable désigne tour à tour: nière de « faillir », donc comme l'équivalent
contenu dans le participe dokomita qui cor- a) un degré du savoir, quand on accentue du mal moral dans l’ordre de la connais-
respond au substantif doxa}; du moins célé- son déficit par rapport à la science, donc sance, comme chez Platon, par conséquent,
brera-t-il celles des opinions qui, par leur quand on la caractérise en terme ontolo- c'est l’opinion quiest l'occasion de l'erreur :
relative stabilité, sont dignes d’être reçues. gique par le défaut d'être de son objet: la faculté de juger doit être telle que l'er-
Cette équivoque, qui n’a cessé d’intri- b) le mouvement d'approximation de la reur soit possible. À partir de ce point,
guer les commentateurs, s'amplifie dans la vérité « dans le temps et par l'effort » l'anaiyse se poursuit en termes quasi stoï-
Philosophie platonicienne qui domine notre (Platon). , ciens; le clivage que Descartes institue entre
problème : le règne de la vérité s’appuie sur Mais ce paradoxe se situe à l'intérieur l'entendement et la volonté est une reprise
un modèle mathématique de nécessité, d’une même problématique : celle de la exacte de celui que les stoïciens introdui-
d'immutabilité, d’inconditionnalité, tandis science et de l'être immuable; c'est pour- saient entre la représentation et l’assenti-
que le règne de l'opinion s’identifie à quoi le premiertrait est le trait dominant et ment. Ce qui est nouveau et doit être
l’ordre du contingent, du variable, du le second seulement un correctif, qui incorporé à notre analyse, c'est le rôle de la
conditionné. Mais, pas plus chez Platon que n'ébranle pas radicalement le principe volonté dans l'assentiment ; la volonté car-
chez Parménide, la condamnation de la même de l'analyse de l'opiaion. Celle-ci tésienne en exprime le caractère libre et res-
doxa ne reste sans contrepartie; dans fa reste repérée par rapport à un terme fonda-
hiérarchie des degrés du savoir, l'« opinion
ponsable de la même nianière que chez
mental de référence, celui de science; néga- saint Augustin et les théologiens du Moyen
droite » tient la place du milieu, de l’inter- üf où approximation de la science, l'opi- Agc la puissance de pécher revenait à la
médiaire, entre l'ignorance (ou la sensa- nionresie mesurée par elle. volonté; c'est donc « là puissance délire »,
tion} et la science véritable; dans cette
ce que Descartes appelle « mon libre
position intermédiaire, la doxa n’est pas arbitre », qui constitue le pôle actif du
seulement un degré de transition, elle repré- [3î L'assentiment jugement. « Assurer » et & nier », dire oui
sente une activité de l'âme qui, à travers et dire non, sont des actions entièrement
1 « embarras » et la « recherche », et par le On doit aux stoïciens d'avoir ajouté un
moyen du « discours », « s'applique seule et
maîtresses d’elles-mêmes, parce que mai-
troisième trait à la philosophie grecque de tresses des contraires, du « faire une chose
directement à l'étude des êtres » (Théérète, l’opinion; ce troisième trait devait conduire ou ne la pas faire »; c’est là toute la perfec-
187 a). Or cet acte —- que Platon appelle de façon décisive à Fa philosophie moderne tion de l'assentiment qui fait dire à Des-
doxazein, verbe formé sur doxa — signifie (cartésienne, humienne, kantienne} du juge- Cartes qu'«il n'y a que fa seule volonté que
opiner, au sens de juger, et n'est plus défini ment. C'est d'une tout autre distribution j'expérimente en moi être si grande queje ne
simplement comme un degré inférieur de des notions que cette dernière procède, à conçois pas l'idée d'aucune autre plus
savoir et d’être; c’est plutôt un terme savoir d'une véritable analyse psycholo- ample et plus étendue, en sorte que c'est
neutre, qui implique qu’il y a opinion vraie gique de l'opération en quoi Consiste la sai- elle principalement qui me fait connaître

173
CROYANCE

que je porte l’image et la ressemblance de aperçu cette unité profonde de la créance, ture humaine n’est plus déterminée par une
ieu ». En effet, ce pur pouvoir du ouiet du par-delà lopposition que les philosophies théorie préalable de la science, on peutdire,
non est sans degré, ni limite; il est ou il platoniciennes (et Descartes encore une fois en sens inverse, qu’une nouvelle théorie de
n'est pas; c’est en ce sens qu'il est infini, est un platonicien à cet égard) avaient ins- la science procède de la doctrine dela nature
Ainsi, sans nommer croyance cet assenti- tituée entre l'opinion et la vérité.
ment, Descartes porte À son extrémité la humaine. Dans cette nouvelle théorie, fa
Le beliefhumien, c'est d’abord ia créance croyance prend un sens épistémologique
signification de la croyance comprise prise dans son sens indivis, comme lorsque, décisif, où l'idée de probabilité tend à rem.
comme assentiment au contenu intellectuel dans le langage ordinaire, l’on dit accorder
du jugement. Avec Descartes la croyance- placercelle de vérité au sens platonicien et
créance à une opinion. Ce règne du belief cartésien. En philosophie, comme d’ailleurs
assentiment est pleinement identifiée à n’est possible que parce que la critique des
l’action même de penser, tout entière résu- en matière de religion, il importe plus
idées abstraites et générales a ruiné, dans d'estimer des probabilités que d’exiger des
mée dans le oui et dans le non. l’empirisme anglais, le modèle de nécessité, démonstrations. La conjonction entre
Maintenant, pourquoi Descartes n'a-t-il d’universalité, d’immutabilité de la science, croyance et probabilité n’est pas absolu-
pas appelé croyance l'assentiment, selon La notion de croyance n'est plus tenue cap- ment nouvelle : ôn l'a rencontrée tout
l'acception du langage ordinaire? Pour tive de l’opposition entre opinion et science: d’abord chez Aristote: le pari de Pascal
deux raisons, semble-t-it. D'abord, essen- ce n'est plus dans une épistémologic (au marque de son côté l’entrée de la théorie
tiellement, parce que Descartes reste un sens propre du mot : science — épistemé), des jeux de hasard dans une apologétique
platonicien quant aux rapports de la vérité mais dans une anthropologie, dans un savante, la première tentative pour lier de
et de l'opinion : croyance, opinion, « pré- Traïté de la nature humaine, que la théorie manière générale calcul et philosophie:
jugé », c'est tout un. Or, l'acte philoso- de la croyance s'inscrit un siècle après d’autre part, l'Essai sur l'entendement
phique, celui qui engendre le fameux « je Descartes. Ce changement de lien philoso- humain de Locke (1699) contient une théorie
pense donc je suis », procède de [a rupture phique est lourd de sens. Si la croyance du jugement probable (IV, xiv-xvr): enfin,
entre la pensée maîtresse d’elle-même et le Continue de jouer un rôle dans la constitu- la polémique religieuse sur le caractère
monde du « préjugé ». Entre la vérité et la tion d'une science desidées de la géométrie, « raisonnable » du christianisme a joué un
croyance-opinion, le fossé est à nouveau de la physique, par exemple dans l'origine rôle décisif dans ce recours à la probabi-
creusé, ct celle scission est l'œuvre du doute de l'espace, du temps, de la causalité, c’est lité, il est vrai sur la base d’un modèle plus
méthodique : « 11 me fallait entreprendre désormais dans la perspective d’une philo- historique ou judiciaire que mathématique:
sérieusement une fois en ma vie de me sophie morale, c’est-à-dire d’une théorie de c’est l’Ars vonjectandi de Jacques Bernoulli
défaire de toutes les opinions que j'avais la conduite; cette théorie de la conduite, (1713) qui marque de façon éclatante cette
reçues jusques alors en ma créance, et chez Hume, veut être à l’anthropologie ce restauration moderne d'un probabilisme au
commencer tout de nouveau dès les fon- que, chez Newton, la connaissance des sens de Carnéade ct des sceptiques grecs de
dements si je voulais établir quelque chose forces de la nature est à la cosmologie. Le la Nouvelle Académie. Bernoulli avait lui-
de ferme et de constant dans les sciences » Traité de la nature hirmaïne, selon son sous- même montré la fécondité du raisonnement
(I"° Méditation). D’un côté, donc, opinion titre, est « une tentative pour introduire la
et créance ; de l’autre, vérité et certitude. emprunté aux jeux de hasard pour la philo-:
méthode expérimentale de raisonner dans sophie; la seconde partie de son Ars établit
Maïs, si l’assentiment cartésien ne peut les questions morales ». Ainsi déplacée vers le caractère général del'étude des combinai-
plus portér le nomde croyance, c'est encore une anthropologie philosophique, la notion sons et de l’art combinatoire et son utilité
pour une autre raison : la pratique même de croyance prend place dans un réseau décisive dans les cas où la démonstration es
du doute méthodique et ia responsabilité de concepluel qui n’est aucunement réglé par mise en échec par le nombre considérable,
l'erreur, entendue comme une manière de k souci d'établir une échelle entre les
faillir, impliquent que l’assentiment soit et parfois indénombrable, des causes qui
degrés du savoir; la croyance voisine avec combinent leur action pour produire un
volontaire; dans l’idée de croyance, il y a, l'impression, qui désigne l’événement cons-
on l’a vu, l’idée d'un entraînement, d'une effet. La politique, la médecine, la philoso-
titutif de la vie de l'esprit, avec l'idée, qui phie s'emploient à conjecturer, par consé-
passivité, qui est représentée chez Descartes dérive de l'impression, avec l'habitude ou quent à examiner des assemblages et des
par le mot « recevoir »: « Il y a déjà quelque coutume, qui joue ie rôle d'un principe combinaisons de causes. L’idée de la proba-
temps que je me suis aperçu que, dès mes général d'ordre, en particulier dans l’ins- bilité tend alors à être définie comme un
premières années, j'avais reçu quantité tauration des idées abstraites et des règles degré quantitarif de certitude; par la pro-
de fausses opinions pour véritables et que ce générales. Le belief complète la custom, en
que j'ai depuis fondé sur des principes si babilité, la croyance bascule du subjectif à
ce que la croyancé spontanée, qui nous fait l'objectif. C'est ce que Hume tente d'incor-
mal assurés ne pouvait être que fort dou- tenir pour réelle, pour vraie, quelque im- porer à sa théorie purement anthropolo-
teux et incertain, » Et plus loin : « Tout ce pression forte, est autre chose que la con-
que j'ai reçu jusqu’à présent pour le plus gique de ja croyance: l’espérance du joueur
jonction de deux idées différentes. « La et tout le calcul de l'espérance mathémati.
vrai et assuré, je l’ai appris des sens et par croyance, dit A. Leroy dans son David que apparaissent alors comme une modifi-
les sens » (1'* Méditation). L'hypothèse du Hume (1953), comble la marge qui sépare cation et un développement de l’estimation
malin génie ne fait que concentrer, dans une une simple conception d'une affirmation sur . vêcue, laquelle demeure une pure atti-
supposition fantastique, l’expérience toute le réel; elle est une manière particulière
passive de l’être-trompé ou, comme dit tude subjective, l'attente par un sujet d'un
d’accucillir une idée — ou de la recevoir — événement conjecturé. Ainsi, la théorie de la
Descartes, de l'être-déçu. L'acte du oui et qui lui donne un timbre assez analogue à croyance fournit l'enveloppe philosophique,
du non — äme de l'assentiment authen- celui de l'impression par opposé à l’idée, la probabilité opérant seulement comme un
tique — est l'inverse de cet être trompé ou ou à celui cle l'idée de mémoire par opposi- facteur de discernement à l'intérieur de
déçu : c’est la puissance même d'élire en tion à l'idéc de la fantaisie. » La croyance, l’attente qui se porte spontanément vers un
laquelle consiste mon libre arbitre. c'est donc un fon de réalité, qui tient à la
Ainsi, avec Descartes, l'écart se creuse parti ou vers un autre; les mathématiques
force, à la vivacité, à l’intensité, à la fer- ne sont ici qu’un appoint dans une théorie
entre assentiment et croyance dans la me- meté, à la vigueur, grâce à quoi nous ajou-
sure où, d'une part, la créance est identique de l’assentiment et de la croyance, qui s’est
tons foi à nos impressions ou à nos idées : constituée par ailleurs sur une base anthro-
à l’opinion, et où, d’autre part, la tromperie cle exprime la spontanéité, tantôt simple,
passive est l'inverse du fibre assentiment. pologique; la probabilité objective est seule-
tantôt réfléchie, de l'esprit. Ainsi, dans une ment un facteur privilégié dans la genèse du
Cela explique que Descartes soit à la lois le anthropologie concrète qui n'est plus mesu- sentiment de croyance. Ce cas est celui de la
témoin le plus éclatant de la philosophie de rée par une épistémologie abstraite, l’em-
l'assentiment, tout en restant avec Platon preuve expérimentale, où les chances en fa-
pire indivis de la créance est reconstitué et veur d’un événement donné sont si grandes
le détracteur de l'opinion. Toutefois, on couvre aussi bien Iles croyances ncom-
peut dire que c'est la même « créance », que nous én aticndons l’apparition avec
plètes, qui sont l'œuvre de imagination ct beaucoup d'assurance; notre croyance est
passivement reçuc dans le préjugé, qui est de l'accoutumance, comme Les Croyances
reprise en Charge parla liberté dans l'assen- alors appuyée sur une habitude tenace:
poétiques çl-les formes populaires de la ainsi croyons-nous que Île solcil sc Jéveru
Ument; dans les deux cas, nous jugcons, croyance religieuse, que les croyances plus
nous assurons Où nions, nous {tenons pour demain et l'attendons-nous fermement. Le
réfléchies dans lesqueiles l'esprit, recourant calcul mathématique est encore plus enve-
vrai el nous lenons pour faux. Mais nous à des règles générales, se contrôle et se cor-
n'usons pas de notre liberté quand nous loppé d'imagination et de passion dans le
rige. Mais c'est la spontanéité qui est pre- cas dés probabilités de la vie quotidienne.
sommes trompés ou déçus, quand nous mière ; elle rapproche la croyance du eeling. Finalement, c’est la probabilité qui est inter-
recevons des idées de nos Sens ou de la cou- de la résonance sympathique, qu’on trouve prétée par la croyance, et non l'inverse,
tume. C'est ainsi la même liberté, ici par à la base de la vie sociale et morale, et
défaut, là par opération positive, qui fait L’appréciation réfléchie des probabilités
Punité du croire ou du juger. Un paradoxe
Péloigne de l’assentiment volontaire des dérive de son estimation spontanée. C’est
semblable était apparu chez Platon : F’opi-
stoïiciens et des cartésiens. Croyance et sym- la force de l’habitude évocatrice, renforcée
pathie, d’ailleurs, échangent leurs rôles : par chaque nouvelle expérience, qui fait
nion était l’autre pôle de la vérité, mais l’opi- la sympathie est un crédit, une croyance qui ‘intensité de nos présomptions, de nos
ner était le moment du discours vers ia s'adresse aux sentiments d'autrui, et la croyances probables. .
vérité, le paradoxe s’est aiguisé, dans la croyance un sentiment sympathique de la
mesure où l’opiner est devenu le juger, et Ainsi se dessine une philosophie où la
réalité. Voilà donc la croyance incorporée à croyance n'est plus seulement un terme
le juger un agir de notre libre arbifre, un réseau proprement anthropologique qui parmi d’autres dans une anthropologie
la rend solidaire de termes tels que : philosophique, mais où elle colore l’en-
impression, imagination, habitude, senti- semble. La philosophie de Hume est une
[4] Croyance, probabilité, ment. C’est le réseau touf entier qui donne philosophie de la croyance, en ce sens que
scepticisme consistance à l’idée d’un naure humaine, toutes ses propositions se réclament elles
au double sens d’un ense ble structuré et mêmes de la probabilité plutôt que de la
On peut dire que c'est la grandeur de la d’un équilibre spontané. certitude et de la vérité. Une philosophie
philosophie du belief, chez Hume, d’avoir Mais, si chez Hume fa doctrine de la na- sur le probable est elle-même une philoso-

74
CROYANCE

phie probable; le scepticisme n’y est plus humien est soumis à une épreuve critique le voit dans le texte célèbre de la préface à la
une méthode préalable et provisoire, mais u point de vue de la confusion du subjectif deuxième édition de la Critique de la raison
finale et durable. La croyance n’est plus un et de l'objectif qui le caractérise aux yeux
thème parmi d’autres, mais un axe philoso- pure : & Je dus donc abolir le savoir afin
d’une philosophie transcendantale, atten- d'obtenir une place pour la croyance» (non
phique : passée au crible du scepticisme, tive aux conditions de possibilité d’une pas le tenir-pour-vrai mais bien la foi,
elle signifie méditation sur les limites et connaissance objective. Chez Hume, la Glauben). Le Canon de la raison pure, que
docilité à l’expérience courante, incertitude croyance est à la fois subjective et objective;
et enquête. nous avons commencé de citer, marque en
on peut en parler en termes de sentiment, ces termes le tournant de l’usage théorique
mais aussi de probabilité. C’est que, dans à l’usage pratique : « Ce n’est jamais qu’au
la philosophie de Hume,la distinction n’est point de vue pratique que la croyance
Croyance et foi pas faite et ne peut sans doute être faite: théoriquement insuffisante peut être appe-
avec Kant, sera appelée objective la con- lée foi. Or ce point de vue pratique est
Le développement des trois acceptions naissance susceptible d'être placée sous les ou celui du savoir-faire ou celui de la mora-
majeures de la croyance — opinion, règles a priori d’entendement qui lui don- lité; le premier se rapporte à des fins arbi-
opiner-juger, assentiment — nous a fait nentle sceau du nécessaire et de l’universel ; fraires et contingentes et le second à des
passer de l’époque antique à l’époque subjective sera la connaissance contingente
classique. Or nous avons feint de croire que fins absolument nécessaires. »
ct propre à chagtte sujet. Qu'en estl du Ce qui est esquissé dans ces lignes, c'est
ce développement se bornaïit À exploiter le statut de lt croyance pour une philosophie une théorie de la croyance-foi dans le
fonds prec de la notion el des notions avoi- comme celle de Kant qui distingue ce qui prolongement d'une philosophie pratique ;
sinantes, Notre introduction nous avait est purement subjectif de ce qui est objecti-
pourtant mis en présence d’une opposition son énigme consiste en ceci qu’elle s’ajoute
vement valable ? au savoir, sans pourtant augmenter ou
plus vaste entre deux pôles, dont un seul La croyance est révélée commeétant pré-
nous a servi de référence : la croyance- étendre notre connaissance. C'est cet inter-
cisément la confusion qu'il importe de valle, ce « champ libre », comme dit la
opinion. Nous n'avons donc pas tenu trancher. Ce statut mixte n'apparaît pas
compte du pôle de la croyance-foi, ne pou- fameuse préface, qu’occupe la foi raison-
dans une définition de la croyance comme nable; toute la difficulté est de donner un
vant le faire parce que, en dépit des rap- celle des stoïciens et de Descartes qui la
ports très complexes entre philosophie et statut aux propositions de cette foi raison-
théologie depuis les Pères grecs jusqu'aux
borne à fF'assentiment, c'est-à-dire à une nable; car ce sont, en tant que telles, des
adhésion volontaire à un contenu extéricur propositions ‘théoriques, puisqu'elles por-
philosophes du xvi* siècle, philosophie et de pensée qui se présente passivement à tent sur des existences : Dieu, l’immortalité
théologie ont maintenu la distinction des
problèmes et des concepts. Une certaine
l'esprit; s'il en était ainsi, comment pour- de l’âme, la liberté; mais la seule nécessité
rait-on confondre ce qui n’est que subjec- qui leur appartient procède des proposi-
extériorité sémantique a été ainsi préservée tivement certain avec ce qui est objective-
entre Je concept philosophique d'opinion lions pratiques qui les soutiennent, à savoir
ment vrai ? les diverses formulations del’obligation mo-
et le concept religieux et théologique de foi, La confusion n'est possible que parce
malgré maintes tentatives pour placer dans rale. Tel est le statut mixte des pos-
que l'affirmation n'a pas tulats (entendus au sens de propositions
une unique échelle des degrés du savoir la ‘ fonction de relation entre seulement une
les termes du que l'on demande d'admettre) de la raison
série philosophique opinion-science et la Jugement, mais qu'elle pose cette relation pratique.
série théologique foi-vision. Le xvrr° siècle comme réelle (en aliemand poser se dit 1! faut donc, une fois encore dans l’his-
voit naître cé que l’on peut appeler la setzen et la proposition au sens logique se toire de la philosophie, accorder le statut du
philosophie de là religion, c'est-à-dire une dit Satz). C’est cet acte de poser, joint à la mixte à ces propositions de la foi raison-
tentative pour penser les contenus, les atti- forme de la relation, qui rend possible la
tudes, les modes d’argumenter de la foi nable; ce mixte n'est plus seulement le
confusion du subjectif et de l'objectif; mélange de caractère ,Proprement. épisté-
religieuse à partir des catégories philoso- la croyance est un tenir-pour-vrai (Fürwahr-
phiques. C’est lorsque la philosophie mologique entre ce qui est subjectivement
halte), une présomption ou une prétention suffisant et ce qui est objectivement insuffi-
pense la religion — et la pense à partir de vérité. Ce tenir-pour-vrai, que les tra- sant; il s’agit d’un mixte d'un nouveau
d'elle-même — que se pose la question du ducteurs français ont rendu par croyance, genre entre le théorique et le pratique: la
Caractère « raisonnabie » de cette dernière, fait partie de la structure du jugement ;
Letitre kantien, La Religion dansles limites foi raisonnable est faite de croyances qui
mais elle rend possible le prendre-pour-vrai, ont un fondement de nécessité dans une
de la simple raison, résume toute une époque qui caractérise les transgressions dela limite
qui s’ouvre avec les philosophes anglais du structure nécessaire de la pratique, mais qui,
de validité que la critique dénonce et en tant qu'assertions sur [a réalité, gardent
Xviri® siècle et se clôt avec l'idéalisme alle- condamne. La philosophie transcendantale
mand de Hegel et de Schelling. Avec ce le statut du problématique, du probable, en
permet ainsi une définition critique de un sens voisin de Hume. Probable au point
nouveau cycle, le Glauben entre en philoso- l’assentiment, lequel ne se réduit plus
phie. L'hésitalion des traducteurs français de vue théorique, nécessaire au point de vue
uniquement à une psychologie de l'élec- pratique, tel est le statut mixte de la foi rai-
entre croyance et foi est à cet égard très tion, l'analyse du tenir-pour-vrai relève.
significative : le Glauben, pensé philosophi- sonnabice selon Kant. ‘
plutôt de ce que Kant appelle la « théorie C'est sur cette base que peut s’édifier une
quement, marque en effet, la conjonction transcendantale de la méthode » et qu'il « philosophie de la religion dansles limites
dans un unique vocable de deux probléma- distingue dela « théorie transcendantale des de la simple raison »: celle-ci se propose
tiques, celle de l’opinion, qui est d'origine éléments », c'est dans la réflexion intitulée d’éprouverles assertions de la religion révé-
philosophique, et celle de la foi, qui est Canon de la raison pure que se trouve Ie
d’origine théologique. C’est pour exprimer lée, donc de la foi au sens religieux et
chapitre 11, « Vom Meinen, Wissen und théologique, en les mesurant aux postulats
cette conjonction que nous dirons Glauben » (qu’on a traduit par « opinion,
croyance-foi, unifiant ainsi les contextes decette religion raisonnable que la philoso-
science et foi ». La foi apparaît alors comme phie croit pouvoir tirer de son propre
dans lesquels les traducteurs ont opté tantôt une espèce du tenir-pour-vrai, ou croyance. fonds. Cette confrontation dessine un nou-
pour croyance, tantôt pour foi. La définition générale de la croyance com-
Une étude exhaustive devrait partir des veau champ, annexé à la philosophie pra-
porte la conjonction des & principes objcc- tique, quoique distinct de celui-ci, qui
Anglais : nous avonsfait une allusion à leur tifs » et des « causes subjectives dans l’es-
rôle en évoquant plus haut, à propos du correspond à la question : que m’est-il per-
prit de celui qui juge » : « La croyance, ‘ou mis d'espérer? Cette quéstion complète
belief et du probable chez Hume, la dis- la valeur subjective du jugement par rap-
cussion sur le caractère « raisonnable » du les deux autres qui commandent la Critique
port à la conviction (qui à en même temps de la raison pure ét la Critique de la raison
christianisme; c’est tout le débat sur la
« religion naturelle » chez Hume et ses pré- une valeur objective), présente les trois de- pratique que puis-je savoir? et : que
grés suivants : l'opinion, la foi et la science. dois-je faire? Le débat entre foi philoso-
décesseurs, ses contemporains et ses succes- L’opinion est une croyance qui a conscience
seurs, qui devrait être ici évoqué. Nous nous phique et foi religieuse ou théologique se
d’être insuffisante aussi bien subjectivement déploie dans l’espace ouvert par la question:
arrêterons plus longuement à Kant, parce qu'objectivement. Si la croyance n’est que
que la philosophie critique marque le tour- que m'est-il permis d’espérer ? L’essentiel de
subjectivement suffisante, et si elle est en ce débat est constitué par la critique du
nant entre une appréciation purement même temps tenue pour objectivement in-
épistémologique de la croyance, qui la christianisme et de ses dogmes fondamen-
suffisante, elle s'appelle foi. Enfin, la taux : mal radical, médiation du Christ,
ravale assez bas, et une appréciation d’un croyance suffisante aussi bien subjective-
nouveau genre, que Kant rattache à la salut par la foi, communauté ecclésiale.
ment qu'objectivement s'appelle science; la Ainsi se constitue, dans les marges de la
philosophie pratique et qu'il exalte assez suffisance subjective s'appelle conviction
haut, Cette double estimation représente Philosophie pratique, une philosophie du
{pour moi-même), et la suffisance objective Glauben — de la croyance comme foi —
un véritable nœud dans la constitution certitude (pour tout le monde). » qui s’avère être, en même temps, une philo-
moderne de la notion de croyance. Cette position intermédiaire de la foi sophie de l'espérance.
n'est pas nouvelle dans l’histoire de la La philosophie post-kantienne a ainsi
Kant pensée; fa doxva de Platon était aussi un hérité d’un problème dont Kant à déterminé
« mixte »: mais ce mixte, dans une philoso- les termes : quelle rationalité la philosophie
phie critique, apparaît plus comme un reconnaît-elle à la croyance-foi? La solu-
La première estimation est l’œuvre de la mélange équivoque que comme une transi-
Critique de la raïson pure, dont la tâche tion kantienne a succombé, mais non le
tion dynamique. C’est pourquoi nous di- problème kantien issu du dédoublement
cst elle-même double : justifier les divers sions plus haut que, dans son premier
principes de la connaissance et en lrmiter
entre foi philosophique raisonnable et foi
mouvement, la Critique ravale assez bas fa religieuse, celle-ci étant identifiée à la foi
‘emploi à la sphère de l'expérience: c’est à croyance-foi.
ce titre que la croyance est à la fois légiti- positive (c'est-à-dire fondée sur une révéla-
Mais, dans son second mouvement, qui tion historique et interprétée par une auto-
mée et contenue dans les bornes où son est celui de la philosophie pratique, la
usage est valide. À cet égard, le belief rité ecclésiastique à laquelle le fidèle doit
croyance est cxaliée assez haut, comme on obéissance).

75
CRUCIFÈRES

d'objectivation et d'aliénation, C'est à ce Corrélats


Hegel point — au seuil d'une interrogation — que ABSOLU, ALIÉNATION, ANTHROPOLOG!]
Dans ce grand débat, le statut de la foi- nous abandonnons le problème de ja GIEUSE, AUGUSTINISME, DESCARTE:
croyance est tributaire du statut général de croyance : ce que nous avons appelé avec ÉPISTÉMOLOGIE, ERREUR, EXPÉRIENCE,
la religion par rapport à la philasophic. Hegel objectivation est-il révélation ou BACH (fr), FOI, GNOSE, GNOSTICISME
Kant avait tenté d'articuler la foi-croyance aliénation”? Plus précisément, l'objecti- HIEN, HÉGEL (G.W.F.), HUME (D.), 1MA:
à la philosophie par le moyen de la pra- vation de l'absolu, qui est le sens intellectuel ET IMAGINATION, KANT (E.). LIBERTÉ
tique, c'est-à-dire de l'obligation morale. La caché de la croyance, est-elle ou n'est-elle ET MARXISME, ONTOLOGIE, PLATON,
croyance était ainsi enchaînée à une vision pas la même chose que l'aliénation de SCEPTICISME, SCIENCES, SENTIMENT
morale du monde. Hegel essaiera de disso- l'homme”? Ce qui donne sens à la croyance, CISME,VALEUR, VÉRITÉ, VOLONTÉ.
cier la croyance-foi de l’action éthique et de est-ce la manifestation de l'être offerte à
la faire graviter autour du noyau spéculatif notre célébration, ou la perte de soi de
de la philosophie, le savoir absolu. L'arti- l'homme dans un auire qui appelle révolte
culation n'est plus alors dans l'action, et reconquête? C'est à ce carrefour de dé-
mais dans la représentation. Hegel pense cision que se tient, après Hegel, une ré- | CRUCIFÈRES
ainsi rendre compte du contenuintellectuel flexion philosophique sur la croyance.
de la croyance ct, plus précisément, de sa P.R.
visée de l'inconditionnel, de l'absolu, qui
risquait de disparaître dans une interpré- Bibliographie n Un exemple :
tation par le sentiment ou par l'action. Re- la moutarde des champs
connaître Dieu, c'est connaître Dieu en ARISTOTE, Organou, t. HI, Les premiers ana-
vérité. Dès lors, le contenu absolude la relt- ltiques, éd. X. Tricot, Paris, 1936-1939 }/ La famille des Crucifère.
gion est identiquement l& même que le R. Descartes, « Du vrai et du faux»
contenu absolu de la philosophie, et la in Méditations touchant la philosophie pre- 31 Systématique
tâche de fa philosophic de la religion est de piüère dans lesquelles on prouve clairement
montrer que « le contenu de la religion et l'existence de Dieu et la distinction réelle +”
celui de la philosophie ne peuvent différer, entre l'âme et le corps de l'homme (Médi-
caril n'existe pas deux consciences de soi de tationes de prima philosophia), Paris, 1647,
l'Esprit absolu pouvant avoir un contenu rééd. 1960 / G.W.F. HeGeL, Theologische Les Crucifères constituent une
divers et opposé » (Leçons sur la philosophie Jugendschriften, éd. H. Nohi, Stuttgart, tante famille de plantes dicoty
de la religion, I, 246). Entre foiet raison, la 1907; La Phénoménologie de l'esprit (Phä- représentée dans le monde enti
différence n’est donc pas de contenu, mais nomenologie des Geistes), trad. J. Hyppo-
lite, Paris 194i ; Précis de l'encyclopédie des
principalement dans les régio:
de niveau conceptuel; ou, plus exactement, pérées de l'hémisphère Nord. L:
« la philosophie a pour tâche de mettre sous sciences philosophiques (Encyklopädie der
la forme du concept ce qui est dans la reli- philosophischen Wissenschaften im Grun- portion dans la fiore phanéro;
gion sous fa forme de la représentation. Le drisse), trad. J. Gibelin, Paris, 1952 Î diminue lorsqu'on s'éloigne des
contenu est le même et doit l'être, c'est la D. HUME, Traité de la nature humaine (Trea- polaires ; il y a 19 p. 100 de Ci
vérité » ([, 245). La différence entre foi et sa- tise of Human Nature), liv. I, trad. À. dans la flore du Spitzberg, mais
voir n’est dès lors rien d’autre que la diffé- Loroÿy, Paris, 1948 / E. HUSsERL, fdées di- seulement au Sénégal.
rence entre la connaissance de l’absolu par rectrices pour une phénoménologie (Ideen zu Les Crucifères peuplent la
simple représentation et la même connais- einer reinen Phänomenologie und phänome-
sance par concept. C'est donc la représen- nologischen Philosophie), trad. P. Ricœur, totalité des habitats et des mi
tation, comme niveau d'appréhension du Paris, 1950 / W. JAMES, Principles of Psy- vie possibles : sables et roche
même contenu absolu, qui désormais qua- chology, 2 vol., New York, 1850, rééd. 1962 / times, bords de ruisseaux, ta
lifie la croyance-foi. Par représentation, J. Locke, Essai sur l'entendement humain caires, pelouses humides ou
Hegel entend quelque chose de plus que les (An Essay Concerning Human Understan- cultures et jardins, bords de
figurations sensibles du divin, et même que ding), liv. 1V, Amsterdam, 1700 / E. KANT, çailloutis et prairies de montag
les allégories de caractèrehistorique; il y Critique de la raison pure. Théorie transcen- moutardes, choux, radis et :
a dans la représentation une élévation de dantale de la méthode (Kritik der reinen
Vernunft}, préf. de ta 2° éd., Paris, 1787, plantes ornementales (aubriétie
l’imageà Ja forme de la généralité; ainsi,
quand je dis que les dieux habitent en moi, rééd., Paris, 1963 / J.H. NEWMAN, Gram- giroflées) comptent parmi le!
je garde du mot «habiter » l'indication maire de l'assentiment (Grammar of Assent), fères. Cette famille évoluée
d'un rapport d’intériorilé qui échappe à Paris, 1907 / PARMÉNIDE, « Fragments », une grande homogénéité dans
l'immédiateté de l'image. De même pour in H. Dicls, Die Fragmente der Vorsokra- de fleur et le modèle de fruit.
les aliégories historiques : c'est le recucille- tiker, t. 1, Berlin, 1912, rééd.. W. Kranz,
ment de l'événement dans le souvenir qui 1965; Le Poème de Parménide, trad. par-
tielle franç., présenté par J. Beaufret, Pa- 2.
a une portée représentative. C’est avec le
christianisme, estime Hegel, que la repré- ris, 1955 / P.M. SCHUHL, dir., Les Stoiciens.
sentation de Pabsolu atteint sa forme supé- Diogène Laërce, Plutarque, Cicéron, Sé-
‘nèque, Epictète, trad. E. Bréhier, coll. La Un exemple :
rieure : l'absolu se montre comme sujet. la moutarde des champg
Ainsi « nous sommes en présence d’un objet Pléïade, Paris, 1962.
double, l'un immédiat, l’autre intérieur, La moutarde des champs (Sin
qui est ce que l’on veut signifier; celui-ci Fleur de la moutarde des champs. La disposition sis) est une plante herbacée, très
doit être distingué du premier qui est exté- en croix des sépales et pétales à valu à la famille dansles jachèreset les cultures du
rieur » (ibid., 1, 101). À la faveur de cette le nom de Crucifères (RH. Noailles).
à l'automne. Ces « mauvaises
constitution double, la représentation est d’une cinquantaine de centimètre
le siège de deux mouvements contraires : en moyenne, portent des feuillet
un mouvement d’objectivation et un mou- un peu rudes au toucher en raist
vement d'intériorisation; un mouvement pilosité, et des fleurs en grappes.
d'objectivation, par lequel Pabsolu devient Tout le végétal renferme des :
objet de ma conscience, devant moi et pour responsables de la saveur piqua
lui-même: d'intérioriction, en ce SONS QUE pouvoir révulsif de {n moutarde :
lobes cette Se dépasse dans lobhiet e sinigroside, glucoside qui:
intènieut et S'abolit comme olget. Ha tell dans certaines cellules, et une dl
gion st cette extériorisation de l'absolu drolysante, la myrosine, local
dans le sensible et dans l'histoire et te lieu
copains nn

d’autres cellules. Mis en co:


où meurt la représentation. broyage en présence d’eau, avec
Cet accès au problème de la croyance spécifique, le sénevol libère un
par son sens, par son contenu intellectuel, azoté et sulfuré, principe actif €
&t non par le sentiment ou par Faction. tarde. ‘
permet de découvrir au cœur de la croyance À la floraison, des grappes d
un processus qui la rend compréhensible au développent à l'extrémité des :
lieu de Ja laisser dehors, tel un bloc d’irra- sont dites indéfinies, c’est-à-di
tionalité. Croire, c'est vivre ce double nouveaux boutons floraux a]
mouvement d’objectivation et d'intériorisa- continuellement vers le haut, ‘
tion de l'absolu, mais sans le connaitre vers le bas les fleurs s'épanouïi:
encore en tant quefigure du savoir absolu. transforment en fruits.
Ainsi, une enquête sur la croyance est-
elle conduite, par l'intermédiaire d’un de
ses synonymes, la foi, au seuil du grand La fleur
probième posé par la philosophie hégé-
lienne de la religion : le problème de l’objec- Une fieur épanouie présente
tivation ; c’est en ce lieu que Feuerbach et rieur versl’intérieur (fig. 1} : qui
le jeune Marx inséreront leur critique de d’un vert jaunâtre, en forme d
la religion, qui tournera moins autour des étroite, disposés en croix; en
notions de croyance, d’opinion et de foi que

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