Vous êtes sur la page 1sur 7

Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Analyse : Discours préliminaire du premier projet de Code civil, Jean-Etienne-Marie Portalis


(1801)

Introduction :

Époque historique / Régime : CONSULAT – Napoléon Bonaparte – Parlement : Sénat


conservateur (nommé par le premier Consul) et corps législatif, tribunat.
1804 : Premier empire

- Présentation de la tâche qui lui a été confié : comparer ordre suivi dans la rédaction
des projets de code civil, déterminer le plan, déterminer les fondements de la
législation en matière civile

- Relate d’emblée la conformité au vœu des Assemblées nationales et législatives dans


l’accomplissement de leur mission

Thème 1 : la conquête

Portalis évoque une certaine stabilité des lois civiles à l’instar des gouvernements
(« domination ») qu’il considère comme éphémères. Il traite également de la diversité, selon
les États, de ces lois civiles (« le territoire était un ; et les nations diverses »), introduisant
ainsi la preuve d’une nécessité d’uniformiser.

Sa problématique principale réside en la confrontation entre les particularités attachées à


chacun des individus soumis au même gouvernement. Il évoque en particulier la place
dominante, jusqu’ici, des coutumes qui permettaient aux individus de faire face à l’arbitraire.

Thème 2 : la révolution

Il traite ensuite de la remise en question des institutions. L’ambition développée est celle de la
construction d’un code civil qui puisse survivre aux crises politiques, soit un corps de textes
contraignants qui serait un gage d’uniformité des lois civiles à travers vents et marées. Il
explique que cette uniformisation répond à un besoin de révolution, celle du passage d’un
monde où les intérêts personnels sont des priorités à celui où la poursuite d’un objectif
d’intérêt général est une priorité.

En réalité, le nouveau code civil doit comprendre, appréhender et répondre au renouveau de la


société, aux nouvelles pratiques, nouvelles habitudes, nouveaux types de relations entre les
individus, nouvelles institutions (« À chaque instant, les changements naissent des
changements ; et les circonstances, des circonstances »).

Thème 2 bis : la Révolution Française

Nécessité des lois civiles pour refléter les mœurs d’une société, garantir le droit de
propriété (à l’instar de l’Ancien Régime, rappel – la Révolution, c’était il y a 2 ans), l’ordre
public. On retrouve dans cette partie du discours une référence au contrat social dans la notion
de « sacrifices que la loi politique » demande aux citoyens en contrepartie de la protection
ouverte à sa personne et ses biens par l’État, par l’effet de ces lois civiles.

1
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Conclusion provisoire  : Dans cette première partie, Portalis évoque les nécessités et les
conséquences d’une uniformisation des lois civiles françaises, il explique en quoi elle
permettrait la protection des droits individuels érigés comme fondamentaux post-révolution
française afin d’éviter une réinstallation des décisions arbitraires et des privilèges dans une
logique nationale.

Thème 3 : Adaptabilité des lois aux hommes

Outre le fait qu’il s’agit d’une tâche fortement contraignante et pesante que d’édicter des lois
applicables à tous les citoyens d’une nation, Portalis s’attache au critère d’adaptabilité des lois
à ces derniers afin qu’un texte de loi soit qualifié de « bonne loi ». Elle ne doit pas être trop
particulière dans le sens où l’exhaustivité pourrait impliquer trop de contraintes dans la
pratique, ce qui, en réalité, empêcherait sa correcte application (« les lois inutiles …
compromettraient la certitude et la majesté de la législation »). Ainsi, la perfection n’est pas
un enjeu lorsqu’il s’agit d’édicter des lois (« le grand art est de tout simplifier en prévoyant
tout »). En d’autres termes, il est inutile d’être trop précis, il suffit de prévoir toutes les
situations par la consécration d’un cadre juridique vaste en ce qu’il saurait encadrer toutes les
activités qui se manifestent au sein d’un État.

Il fera référence aux lois des douze Tables, à « l’histoire de la législation de Romaine », en
l’érigeant au rang de modèle de lois pour « tous les peuples ».

Suite à une analyse comparatiste des hypothèses d’États où le droit de propriété des individus
n’est que chimère avec ceux où il s’agit d’un principe fondamental, il pointe du doigt l’étendu
des matières qui nécessitent un travail du législateur.

Thème 4 : L’importance d’une collaboration du juge

Portalis justifie par les qualités de la raison naturelle ainsi que par l’impossibilité, pour le
législateur, de tout prévoir, la nécessité d’abandonner au juge la tâche d’interpréter les lois en
application des « affaires de la vie ». Le temps échappe, en partie, à la loi. C’est une réalité
qui implique que des questions demeurent et demeureront sans réponse, du moins sans
intervention du juge.

Pour Portalis, le rôle de la loi est « de fixer, par de grandes vues, les maximes générales du
droit », l’application de celle-ci devant être laissée à l’office du juge pour les raisons
précédemment évoquées.

Thème 4 bis : L’importance des travaux doctrinaux

Il indique que lorsque la loi ne précise pas ce qu’il convient de faire au titre de
situations nouvelles, il est nécessaire de remonter « aux principes du droit naturel ». Les
réponses du droit naturel à ces situations nouvelles sont discutées par les érudits du peuple qui
s’assure lui-même de garantir ce qu’il lui appartient, en bien ou en droit, par le biais de
discussions doctrinales sur tel ou tel thème de droit. Ces travaux doctrinaux peuvent
évidemment être entrepris par le juge lui-même, ce qui nourrit l’effort jurisprudentiel de
résolution des questions laissées sans réponse par la loi.

2
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Thème 5 : La sécurité juridique et le recours à l’équité

Dans cette partie, Portalis traite du principe directeur du droit que nous connaissons
tous : « nullum crimen, nulla poena sine legem », soit le principe de légalité des délits et des
peines en précisant le besoin de distinction des matières civiles et criminelles. Ainsi, ce que
pourrait prévoir la matière pénale ne le serait pas par la matière civile car il s’agit d’objectifs
différents qui rentrent en ligne de compte, dans le sens où, par la première, la loi s’exprime
dans l’optique de préservation de l’intérêt public « au nom du public ». Par la seconde, c’est la
protection des intérêts privés qui est visée.

Il parle du fait qu’il est interdit aux juges d’interpréter les lois, que la loi doit
préexister à la sanction dans un soucis de sécurité juridique. Or, comme évoqué
précédemment, ce qui est interdit c’est l’interprétation par « voie d’autorité » et non pas celle
par la voie de doctrine, soit le travail de « saisir le vrai sens des lois ».
L’un des autres principes directeurs du droit est ainsi évoqué en l’énonciation de
l’obligation du juge d’interpréter la loi obscure, ce qui appelle l’usage ou l’équité. Enfin, il
proscrit la pratique de la question préjudicielle directe au législateur soit une pratique longue
et inconfortable, inadaptée à l’objectif de célérité de la justice.

Thème 5 bis : Objectif de célérité de la justice

L’entrave principale à cet objectif serait, selon Portalis, la recherche d’exhaustivité


dans l’édiction des lois. Or, la célérité est un objectif appelé par les nécessités de l’intérêt
général de la société.

Thème 6 : Apport conséquent et nécessaire de la jurisprudence au travail législatif

Portalis dit que législateur doit s’éclairer du travail jurisprudentiel dans l’édiction des
lois, dans l’objectif de plus de perfection dans l’édiction de sa loi imparfaite, soit par des
ajouts, soit par des retraits ou des corrections.

Thème 6 bis : Égales valeurs de la loi par rapport à la jurisprudence

Partie 1 : Le livre préliminaire

Il nous parle du livre préliminaire : « Du droit et des lois en général ».

La loi est perçue comme l’accessoire du droit, ou comme son vassal. Or, le droit est une
nécessité dans le gouvernement des hommes, c’est « la déclaration solennelle de la volonté
du souverain ». Dans cette loi, il existe divers ordres.

Révolutionnaire, Portalis s’est attaché à distinguer ce qui relevait de la Constitution d’un Etat,
soit la norme supérieure, aux autres normes qui relèvent des rapports naturels ou
conventionnels, comme il le dit. Pour exemple, il introduit un principe fondateur en droit des
contrats qui est celui de la force obligatoire des contrats (« Les contrats légalement faits
tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits »).

3
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

« En réalité, la distinction qu’il effectue repose sur les caractéristiques de chacun des rapports
entre les parties concernées. Il va par exemple exclure des catégories précédemment évoquées
« les affaires militaires, le commerce, le fisc ».

Thème 7 : Les effets de la loi

La loi décrit une liberté, une interdiction, une sanction, elle traduit une envie de récompenser
le citoyen ou de le corriger dans son comportement. Et, parce qu’elle comporte ce type
d’effet, elle doit être connue de tous. Elle n’est pourtant pas garante de la morale d’une
société.

Thème 7 bis : Principe de non-rétroactivité des lois

On revient ici sur le principe de légalité qui s’applique aux lois nouvelles et non pas
aux interprétations des anciennes lois.

Thème 7 ter : Principe d’autorité de la chose jugée

Partie 2 : « Les objets que les lois civiles sont chargées de définir et de régler »

LIVRE I : Des personnes

Portalis établit ici un historique des normes applicables avant la Révolution, soit les coutumes
et le droit écrit des ordonnances royales par exemple. Il pose un instant de réflexion sur la
nécessité de filtrage du droit ancien pour aboutir à la création d’un droit nouveau.

Thème 8 : La pertinence d’un droit écrit eu égard aux matières du droit civil

Par examen des « dernières ordonnances royales », il annonce avoir conservé « tout ce
qui tient à l’ordre essentiel des sociétés, au maintien de la décence public, à la sûreté des
patrimoines et à la prospérité générale ». Tout n’était pas forcément bon à jeter.

Mais la loi est aussi le reflet de la société dans laquelle elle a pour vocation de
s’appliquer. Ainsi, le changement d’ordre politique issu de la Révolution explique la
recherche d’un cadre stable pour les changements futurs. Tout ce qui fût défectueux doit être
corrigé et rénové.

Il définit certaines matières importantes et qui fondent la construction d’un code civil. Il
s’agissait d’un travail de conciliation entre les nécessités qu’appellent ces matières avec elle
du Bien public. Le droit écrit d’un code civil constituerait une conciliation avec les coutumes
qui ont eu pour objet de réguler ces matières.

Thème 8 bis : Le mariage

Avant : domination de la religion dans la régulation de cette institution. Cette


domination n’a eu pour effet que de rendre plus flou l’application du droit en la matière.
Transition : retour à l’ordre purement naturel, il y a-t-il une notion de moralité
dans les rapports du mariage ?
Après : le mariage est perçu comme un « véritable contrat », soit l’engagement de
deux individus, immuable. Portalis bannit ainsi la polygamie.

4
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Par la suite, Portalis nous fait un récit des suites du mariage et de la vieillesse, ce qui induit
que, par sa vocation à comporter une durée indéfinie, il s’agit d’un véritable contrat.
Au-delà du mariage et, en fin de compte, c’est la famille que cherche à encadrer le code civil.
Il perçoit la famille comme société, le mariage comme une association de deux individus. Il
pose alors les règles inhérentes à sa composition, au consentement, à la capacité.

Thème 8 ter : Le divorce

Il y a des arguments pour et contre le divorce, d’ordre moral ou religieux. Portalis va


regarder la société et les changements moraux qu’elle a subi, les relations maritales sont plus
libertaires. Il fera la constatation des diverses influences de la religion sur la vision du
mariage et donc sur la loi qui le régit. A partir de la liberté de croyance, Portalis va dire que le
travail du législateur consiste à consacrer la conséquence de « la situation politique et
religieuse de la France » qui a évolué, sans pour autant instaurer un régime trop libertaire.

Divorce doit donc découler d’infractions manifestes au contrat de mariage. Pour faire
bref, il va énoncer toutes les règles qui encadrent la procédure de divorce (huis clos par
exemple) ainsi que son issue, ses suites (second mariage) dans l’objectif d’éviter les abus. On
constate l’importance que les rédacteurs attachent à la ligne de flirt entre ce que commandent
les nécessités de l’évolution des rapports sociaux et la morale.

Il traite également de la filiation (légitime/illégitime).

Thème 8 quater : La preuve

Il pose le principe de lutte contre les fausses preuves, la corruption des témoins, l’inconstance
de la mémoire. Or, l’admission de la preuve testimoniale en matière criminelle est une
nécessité car il existe peu de preuves écrites.

Portalis insiste que dans le domaine de l’état des personnes, la preuve testimoniale n’est pas à
prendre pour argent comptant. Le temps est l’ennemi de l’admission de ce type de preuve en
ce domaine. L’écrit reste garant de la sécurité qu’exige l’admission d’une preuve.

Thème 8 quinter : L’autorité parentale / La tutelle / Le domicile

Dominance du père. Âge limite pour consentement paternel : 25 ans.


Principes directeurs de la tutelle : conservation, honneur, affection, interdiction
d’aliéner, administration intelligente, fidélité, responsabilité.
Domicile : celui de la femme est celui du mari, enfant = celui du père ou du tuteur ;
domicile civil : distinction d’avec le domicile politique = « siège de ses affaires, fortune,
demeure habituelle » ; traite aussi de l’absence.

LIVRE II : Des biens

Division en meubles et immeubles. Pour Portalis, ce sont les « effets mobiliers » qui font la
richesse d’un État. Toutefois, certains effets mobiliers peuvent être réputés immeubles. C’est
le commerce entre les hommes qui nécessite une partie spéciale sur les biens.

5
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Thème 9 : Différents usages des biens

Soit l’usufruit seul et l’usufruit d’avec la propriété & espèces de rentes et droits du patrimoine
d’un particulier.

Thème 10 : Les moyens d’acquérir

Les contrats + les successions

Thème 10 bis : Les contrats

Rappel des principes de droit naturel, règles de forme. L’écrit est érigé en « preuve
naturelle des contrats ». Toutefois, le commencement de preuve par écrit est accepté.
Dans cette partie, Portalis explique que l’état du commerce tel que son temps le
connaissait et l’appréhendait, un commerce qui se manifeste par la multiplication des contrats,
des besoins, des transactions a fait naître de nouveaux contrats (les « innommés »). La
multiplication de ce type de contrat doit donc se traduire par le respect du principe que nous
connaissons dorénavant comme la liberté contractuelle.

Thème 10 ter : L’argent et son usage

Nomme certaines opérations d’argent communes : aliénation, le louage, le prêt, le


don / distinction entre actes généreux et onéreux.
Sur l’intérêt légal : le prix de l’argent ne doit pas être excessif, ne doit pas obstruer le
commerce, donc l’intérêt légal ne doit pas être fixé par l’arbitraire du législateur mais par le
gouvernement. Par la réflexion qu’il effectue sur le prix de l’argent et le prix de toutes les
autres choses, Portalis introduit l’idée de libre concurrence, d’autorégulation du marché et que
le Code civil a pour vocation à respecter ces concepts.

Écarte du commerce les actions en revendication contrairement aux affaires civiles.


Certains mécanismes sont inexistants en matière commerciale mais existe en matière
civile. Maintien de certaines réformes en matière de vente d’immeuble.

Sujets évoqués : la dot, contrats de mariage, communauté des biens.

Thème 10 quater : Les successions

Droit de propriété est fondamental. Question donc impérative du décès, du mode de


partage de ses biens. L’Etat n’est pas partie à la succession, il règle les questions de partage.

Un problème du droit romain : les filles mariées n’héritaient pas.


Dernières lois de Rome : partage à parts égales entre les enfants.

Thème 11 : L’absence d’intérêt à légiférer là où entrent en jeu des considérations


d’affection

Bien que le testament doive être réglementé, en son édiction et ses effets, il faut tout de même
travailler à préserver les effets que le défunt souhaitait lui donner à l’origine.

6
Daravy Ange L’entreprise capitaliste Séance 1

Conclusion finale : Nous comprenons que Portalis s’est attaché, dans la rédaction du


Code civil, à ne pas participer à l’inflation législative soit éviter la multiplication des lois
et de leur contenu. En effet, l’inflation législatif met en danger la sécurité juridique d’un
Etat, des personnes. Il érige en priorité l’édiction de bonnes lois, pas de lois parfaites
mais de lois intelligibles, qui ne prévoient pas tout mais qui est capable de s’adapter. Il
explique que l’évolution des mœurs, des relations privées et des relations commerciales
implique une refonte et une unification du droit, des textes de lois applicables en matière
d’état des personnes et des biens. Par son discours, il pose les principes fondateurs en
matière commerciale, ceux que nous connaissons aujourd’hui sous les vocables de la
« liberté contractuelle », du « consensualisme », de « libre concurrence », de
« l’autorégulation du marché » etc. Sans éluder le rôle essentiel du juge dans la
construction du droit, il rappelle que le droit ne doit pas contrôler tous les aspects de la
vie et les comportements et que les hommes doivent pouvoir garder une certaine
« latitude » dans les décisions qu’ils prennent et les opérations qu’ils mènent.

Vous aimerez peut-être aussi