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354 Us (;KA'IJ)S AKKicl S DI· 1 A COUK SUPRi·.

MI· DI·S ETATS-UNIS 23

toires sur la vie privée de personnages officiels ou de citoyens pnvés (376


U.S., p. 301). Sans les désavouer, la Cour suprême n'a jamais prêté beaucoup
d'attention aux limites tirées de la vie privée quand il s'agit d'un personnage
public.
Aux États-Unis, une personne publique, surtout si elle est élue, est exposée
au regard du public; elle doit accepter de vivre sa vie privée comme elle vit
sa vie publique, au grand jour, sous le regard de la société à laquelle elle 24
doit tout, qui l'a mise là où elle se trouve et au service de laquelle elle
travaille. Une personne publique ne peut jamais obtenir de réparation pour ce LE DROIT DE GARDER LE SILENCE
qui se dit ou s'écrit sur elle, en particulier, pour l'information rapportée Sur
la manière dont elle exerce ses fonctions publiques même si l'information est Miranda v. Arizona
fausse, sauf à démontrer que l'auteur de l'information est animé d'une « malice
avérée» (c'est le sens de Sullivan), et même s'il s'agit d'informations sur la 384 U.S. 436 (13 juin 1966)
manière dont elle mène sa vie privée que Sullivan et sa descendance l'obligent
à vivre sous la surveillance des médias et le regard du public vingt-quatre
heures sur vingt-quatre, tout au moins si elle n'a pas les moyens de tenir à
l'écart leur curiosité.
FAITS

1 Le 3 mars 1963, une jeune fille de dix-huit ans fut enlevée et violée dans
les environs de Phoenix (Arizona). Dix jours plus tard, la police arrêta un
jeune homme de vingt-trois ans. Ernesto A. Miranda, sans domicile fixe, dont
le niveau d'instruction ne dépassait pas celui du cours élémentaire. Au poste
de police, Miranda fut présenté avec une série d'autres suspects à la victime
et celle-ci l'identifia comme son agresseur. Deux officiers de police emmenèrent
alors Miranda dans une autre pièce et ils l'interrogèrent. Le jeune homme
commença d'abord par nier, puis il finit par avouer et il signa le procès-verbal
de ses aveux. Il fut jugé et condamné.
Après son procès, ses avocats firent appel au motif que ses aveux lui avaient
été extorqués et que Miranda avait été jugé en violation du droit à ne pas
témoigner contre soi-même garanti par le Cinquième amendement. La Cour
jugea son appel avec trois autres affaires de même facture dont l'une impliquait
le gouvernement fédéral, Vignera v. Nell' York, Westover v. United States et
California v. Stewart. Elle renversa le jugement attaqué à la majorité de cinq
voix contre quatre.

2 OPINION DE LA COUR
(Warren, Président)
Les affaires qui sont devant nous soulèvent des questions qui touchent à la
racine des concepts de la philosophie pénale américaine : il s'agit des limites
que, conformément à la Constitution fédérale, la société doit observer quand
elle poursuit un individu pour crime. Nous traitons ici plus particulièrement de
l'admissibilité en justice des déclarations qui ont été obtenues d'un individu au
COurs d'un interrogatoire de police et de la nécessité de suivre des procédures
356 LI S (;I!,\\I" ,\IOÜ'IS III Iii COtiR SIII'IÜ:MI ill·.S E·I,\IS·U"IS 24 24 M/RA \/M v A/u/o",\ 357

qui lui garantissent le privilège qu'il tient du Cinquième amendement à la tuelles en Angleterre même. Quoique les aveux, volontairement et librement faits,
aient toujours tenu une place de choix dans l'échelle des preuves, la facilité avec
Constitution de ne pas être contraint de témoigner contre lui-même.
laquelle, au cours de l'interrogatoire d'un accusé dans une affaire criminelle, les
Nous avons abordé certains aspects de ce problème récemment dans une
questions qui lui étaient posées prenaient un tour inquisitorial, la tentation de faire
affaire Escobedo v. State of Illinois, 378 U.S. 478 (1964). Dans cette affaire
indûment pression sur lui, de l'intimider par un froncement de sourcil accusateur
comme dans les quatre autres qui sont aujourd'hui devant nous, des agent~ s'il était hésitant ou réticent. de le pousser dans ses derniers retranchements. et
de police avaient arrêté un suspect et l'avaient interrogé au poste de police de le piéger dans de fatales contradictions - comme ce fut si cruellement le cas
dans le but d'obtenir des aveux. La police ne l'avait pas averti de son droit lors des premiers procès devant les cours d'États, notamment ceux de Sir Nicholas
de garder le silence ou de son droit à consulter un avocat. Elle avait préféré Throckmorton et d'Udal, le pasteur puritain - finirent par rendre le système telle-
le confronter avec un supposé complice qui l'accusait d'avoir commis le crime. ment odieux que des voix s'élevèrent de partout pour en demander l'abolition
Quand le suspect récusa les accusations portées contre lui et s'écria : "Je complète. Le changement qu'enregistra alors ce chapitre particulier de la procédure
n'ai pas tué Manuel, c'est toi qui l'as fait", les agents lui passèrent les menottes pénale anglaise semble n'avoir été fondé ni sur une loi, ni sur une opinion judiciaire,
et l'emmenèrent dans une autre pièce pour l'interroger. Là, menotté et debout, mais sur un acquiescement général et tacite des cours de justice à satisfaire la
il fut interrogé durant quatre heures jusqu'à ce qu'il avoue. Pendant cet interro- demande populaire. Mais, quelle que soit la manière dont il fut adopté, le principe
gatoire, la police lui refusa la possibilité de parler à son avocat, et ils empêchè- s'incrusta fermement dans la jurisprudence anglaise, puis américaine. Les injustices
rent son avocat, qui s'était rendu au poste de police, de s'entretenir avec lui. Au de l'ancien système firent si grande impression sur l'esprit des colons que les
cours du procès qui s'ensuivit, l'État, passant outre aux objections de l'accusé, États unanimement décidèrent d'inscrire l'interdiction de soumettre un accusé à
introduisit ses aveux comme un élément de preuve contre lui. Nous avons la question dans leur loi fondamentale, de sorte que ce qui n'était qu'une simple
décidé que les déclarations ainsi faites étaient irrecevables d'un point de vue règle de preuve en Angleterre fut revêtu dans ce pays de la solidité inébranlable
constitutionnel. qui s'attache aux dispositions constitutionnelles", Brown v. Walker, 161 U.S. 591,
Cette affaire a fait l'objet d'interprétations diverses par les cours inférieures 596-597 (1896).
et de débats animés en doctrine depuis que nous l'avons rendue, il y a deux En affirmant l'obligation du pouvoir judiciaire d'appliquer ces droits constitu-
ans. Tant les cours d'États que les cours fédérales sont arrivées à des conclu- tionnels, cette Cour a dit dans une affaire Weems v. United States, 217 U.S.
sions divergentes dans l'interprétation qu'il fallait lui donner. Une foule d'articles 349, 373 (1910) : " ... nous ne pouvons pas envisager uniquement ce qui a
de doctrine a vu le jour pour tenter de découvrir ses ramifications et ses soubas- été fait, mais ce qui peut être fait. Toute autre règle rendrait une constitution
sements. La police comme les procureurs ont spéculé sur sa portée et son aussi facile à appliquer que pauvre en efficacité et en force. Ses principes
opportunité. Nous avons accordé un writ of certiorari dans ces affaires pour généraux n'auraient que peu de valeur et les précédents ne feraient que les
explorer plus à fond certains aspects des problèmes ainsi débattus, notamment convertir en formules impuissantes et vides. Les droits qu'on déclare par de
celui de savoir comment appliquer le privilège de ne pas témoigner contre soi- simples mots peuvent perdre leur réalité. Et c'est ce que nous avons admis.
même à un interrogatoire de police, et pour donner des directives constitution- La richesse et la vitalité de la Constitution se sont construites contre une inter-
nelles précises aux agents de police comme aux juges. prétation étroite et restrictive".
Tel fut l'esprit dans lequel nous arrêtâmes, avec des mots forts, la manière
3 Nous commençons ici par la même prémisse que nous avions posée dans
selon laquelle les droits constitutionnels de l'individu pouvaient être invoqués
Escobedo, à savoir: la décision que nous prenons aujourd'hui n'est pas une
contre des pratiques poiicières trop zélées. Il était nécessaire dans Escobedo,
innovation dans notre jurisprudence, mais constitue une application de principes
comme ici, de s'assurer que les proclamations de la Constitution. une fois entre
qui sont reconnus et appliqués depuis longtemps dans d'autres contextes.
les mains des agents publics, ne se transforment pas en "des mots vides de
Nous avons procédé à un minutieux réexamen de notre décision Escobedo et
sens", Silverthorn Lumber Co. v. United States, 251 U.S. 385 (1920). Et c'est
des principes qu'elle énonçait, et nous la confirmons aujourd'hui. Cette affaire
dans le même esprit que, conformément à notre rôle de juges, nous réitérons
ne fut qu'une application de droits fondamentaux inscrits dans notre Constitu-
aujourd'hui les principes posés par la décision Escobedo.
tion - "Nul ne sera obligé dans une affaire pénale de témoigner contre lui-
même" et "L'accusé aura droit à l'assistance d'un avocat" - droits bafoués 5 Nous donnerons plus loin, dans les pages qui suivent, les prescriptions détaillées
dans cette affaire du chef des excès commis par les agents officiels. Ces droits de ce que notre décision d'aujourd'hui signifie. Mais, brièvement résumée, elle se
précieux ne furent inscrits dans notre Constitution qu'après des siècles de per- résume à ceci: le procureur ne peut pas faire usage de déclarations - quelles
sécutions et de luttes. Et, pour reprendre les termes du Président Marshall. ils qu'elles soient, qu'elles accusent ou qu'elles innocentent - faites par un accusé au
furent accordés pour durer "dans les siècles à venir, et... perdurer jusqu'à COurs d'un interrogatoire en garde à vue, à moins qu'il ne démontre qu'elles ont été
l'immortalité que les institutions humaines peuvent atteindre", Cohens v. faites dans le respect de procédures de nature à garantir que leur auteur n'a pas été
Commonwealth of Virginia, 6 Wheat. 264, 387 (1821). obligé de témoigner contre lui-même. Par" interrogatoire en garde à vue -, nous
4 Il Y a 70 ans, ceux qui nous précédèrent sur ce siège, dirent avec éloquence: visons le questionnement mené par des agents de police après qu'une personne ait
été arrêtée, amenée au poste de police et substantiellement privée de sa liberté de
« La maxime Nemo tenetur se ipsum accusare puise ses oriqines dans un mouve-
mouvement. Pour ce qui est des procédures à suivre, sous réserve d'autres règles
ment de révolte contre les méthodes inquisitoriales et manifestement injustes d'in-
Pleinement effectives qui pourraient être conçues pour informer les personnes
terrogation des accusés qui prévalaient sur le continent [européen] et qui, jusqu'à
l'expulsion des Stuarts du trône britannique en 1688 et l'adoption de garanties accusées de leur droit de garder le silence et leur donner les moyens de l'exercer à
pour protéger le peuple contre l'exercice du pouvoir arbitraire, n'étaient pas inhabl- tout moment, les règles suivantes doivent être suivies. Avant que tout interrogatoire
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ne commence, la personne interrogée doit être informée qu'elle a le droit de garder mégots de cigarettes sur le dos pour lui extorquer une déclaration qui aurait
le silence, que toute déclaration qu'elle fera pourra être utilisée comme preuve diri- accusé un tiers, People v. Portelli, 15 N.Y.2d 235, 257 (1965).
gée contre elle, et qu'elle a droit à la présence d'un avocat, qui peut être son avocat Les exemples donnés ci-dessus sont sans aucun doute exceptionnels aujour-
ou un avocat commis d'office. L'accusé peut renoncer à ces droits, à condition que d'hui, mais ils sont suffisamment répandus pour être un sujet d'inquiétude. Tant
la renonciation soit faite volontairement, sciemment et en toute connaissance de que des limites n'auront pas été tracées à ce qui peut se dérouler au cours d'un
cause. Si, toutefois, la personne interrogée indique, de quelque manière et à interrogatoire policier - comme les décisions que nous allons rendre dans ces
quelque moment que ce soit, son désir de consulter un avocat avant de répondre, affaires se proposent de le faire - il n'y aura aucune certitude que de telles pra-
l'interrogatoire ne peut plus se poursuivre. De même, quand un individu non assisté tiqueS ne se renouvelleront pas dans un avenir prévisible [... j.
indique de quelque manière que ce soit, son désir de ne plus être interrogé, la police
doit cesser de le questionner. Le seul fait qu'il ait pu déjà répondre à quelques ques-
1 Une fois encore, nous y insistons, les techniques modernes des interrogatoires
policiers qui sont menés aujourd'hui pendant une garde à vue sont plutôt de
tions ou se soit porté volontaire pour faire des déclarations, ne le prive pas de son
nature psychologique, et non physique. Comme nous l'avons dit auparavant,
droit à refuser de répondre à toute nouvelle question jusqu'à ce qu'il ait eu la possi-
_depuis notre décision Chambers v. State of Florida, 309 U.S. 227, nous recon-
bilité de s'entretenir avec un avocat et qu'il ait consenti, après cet entretien, à être
naissons que la contrainte peut être mentale aussi bien que physique, et que le
interrogé.
sang de l'accusé n'est pas le seul indice d'une enquête menée en violation de la
Constitution », Blackburn v. State of Alabama, 361 U.S. 199, 206 (1960). C'est
toujours en privé que l'interrogatoire a lieu. Ce caractère privé favorise le secret,
ce qui limite d'autant la possibilité de savoir ce qui se passe réellement au cours
de ces interrogatoires. Toutefois, une source utile d'information sur les pratiques
6 La question constitutionnelle que nous devons décider dans chacune de ces actuellement suivies par la police se trouve dans les divers recueils de textes et
affaires est celle de l'admissibilité des déclarations faites par un accusé qui est manuels de police qui rapportent les procédés employés avec succès dans le
interrogé au cours d'une garde à vue ou pendant une période où il est privé de passé et qui recommandent d'autres tactiques différentes et efficaces. Ces docu-
liberté de mouvement de manière significative. Dans chacune d'elles, l'accusé a ments servent de guides aux agents de police. Il faut relever que ces textes se
été interrogé par des officiers de police, des détectives ou un procureur dans une présentent eux-mêmes comme exposant les moyens les plus avancés et les plus
pièce séparée où il a été coupé du monde extérieur. Dans aucune d'entre elles, efficaces actuellement utilisés pour obtenir des aveux lors d'interrogatoires en
l'accusé n'a été pleinement et effectivement, avant que l'interrogatoire ne garde à vue. L'étude de ces textes et d'autres éléments permet de décrire les
commence, informé de ses droits. Dans toutes ces affaires, l'interrogatoire a procédés suivis et observés à travers le pays.
abouti à des aveux oraux qui, pour trois d'entre elles, furent consignés par écrit Les manuels disent aux officiers de police que « le facteur psychologique déci-
dans des procès-verbaux signés par l'accusé, et qui, tous, furent plus tard pré- sif qui garantit le succès de l'interrogatoire est sa nature privée - le fait d'être seul
sentés comme des preuves au moment du procès. Toutes ces affaires présentent avec la personne interrogée ». L'efficacité de la technique est expliquée comme
la caractéristique saillante d'avoir été décidées à partir de l'interrogatoire d'une suit:
personne qui fut mené au secret dans un climat policier et qui déboucha sur ce Dans toute la mesure du possible, l'interrogatoire doit se dérouler dans le bureau

des aveux de culpabilité sans que ladite personne ait été informée de ses droits de l'officier de police ou, à tout le moins, dans une pièce de son choix. Le sujet doit
constitutionnels. être privé de tout avantage psychologique. S'il était chez lui, il pourrait être en
confiance, ou s'indigner, ou se montrer récalcitrant. Dans ses murs, le sujet a mieux
7 Une juste compréhension de la nature et du contexte de ces interrogatoires en conscience de ses droits et il est plus réticent à révéler des indiscrétions sur un
garde à vue est essentielle pour décider de ces affaires. La difficulté de décrire comportement criminel. De plus, sa famille ou ses amis sont proches, et leur pré-
ce qui effectivement se passe au cours de ces interrogatoires vient du fait que, sence est un soutien psychologique. Dans son bureau, en revanche, l'enquêteur a
dans ce pays, ils se sont largement déroulés au secret, sans contact avec le tous les avantages. Le climat qui y règne suggère l'invincibilité des forces de la loi ».
monde extérieur. Des enquêtes factuelles fouillées qui furent menées dans les Pour mettre en lumière l'isolement et l'environnement non familier, les manuels
années 1930, dont le fameux rapport Wickersham présenté au Congrès par une instruisent la police d'arborer un air confiant dans la culpabilité de l'accusé et, dès
commission présidentielle, il ressort que la violence policière et les interrogatoires le départ, de ne sembler s'intéresser qu'à confirmer certains détails. La culpabilité
au «troisième degré" étaient largement répandus à l'époque. Dans une toute du sujet doit être posée comme un fait acquis. L'enquêteur doit diriger les questions
série d'affaires qui furent jugées par cette Cour bien après ces enquêtes, il s'avéra qu'il pose à l'accusé sur les raisons qui l'ont poussé à commettre l'acte et ne pas
que la police avait recours à des brutalités physiques - coups, pendaisons par Courir le risque d'un échec en lui demandant s'il l'a commis. Comme beaucoup de
les membres, fouet - et à des interrogatoires longs et interminables, menés au gens, il se peut que le sujet ait une mauvaise vie familiale, qu'il ait eu une enfance
secret, pour extorquer des aveux. En 1961, la Commission sur les droits civils du malheureuse, qu'il boive trop, ou qu'il soit porté à l'excès sur les femmes. Les offi-
département de la justice pouvait noter que « certains policiers utilisent encore la ciers de police sont instruits de minimiser la gravité morale de ces faits, d'en attri-
force physique pour obtenir des aveux ». Le recours à des brutalités et à la vio- buer la responsabilité à la victime ou à la société. Ces tactiques sont destinées à
lence physique n'est malheureusement pas relégué au passé ou dans quelque mettre le sujet dans un état psychologique tel que ses déclarations ne soient qu'un
endroit reculé du pays. Tout récemment, dans le conté de Kings de l'État de New récitatif de ce que la police prétend savoir déjà, c'est-à-dire, qu'il est coupable. Tout
York, la police a sauvagement battu et frappé un témoin, jusqu'à lui écraser deS Ce qui va en sens contraire est écarté et découragé.
360 LI's GRA'IIJS ARRiOTS DI' 1./\ COUR SUI'Ri.MI· DI·.S ETATS.UNIS 24 24 Mtn.va)« v. Af<l/II\.' 361

9 Les textes insistent donc sur les deux qualités majeures qu'un interrogateur groupe d'individus alignés les uns à côté des autres. Le témoin ou la personne
doit posséder: la patience et la persévérance. Un auteur a pu décrire leur effica- qui a porté plainte (qu'on aura préalablement ee coachée » si nécessaire) regarde
cité comme suit: la rangée des individus et désigne, l'air confiant et sûr de lui, le sujet interrogé
« Dans les paragraphes précédents, on a insisté sur la gentillesse et les strata-
comme le coupable. Puis l'interrogatoire reprend « comme s'il n'y avait mainte-
gèmes. Mais il est possible que l'officier interrogateur rencontre des situations où le nant plus aucun doute sur la culpabilité de l'accusé », Une variante de la tech-
seul facteur décisif sera sa personnalité. Quand l'appel à l'émotion ou les ruses ne nique est « la rangée des accusations en série» :
suffisent pas, il doit créer un climat oppressant d'insistance répétée. Il doit interroger « L'accusé est placé dans une rangée d'individus, mais, cette fois, il est identifié
constamment, sans relâche, en ne laissant au sujet aucun espoir de cessation. Il doit par plusieurs témoins ou victimes, tous fictifs, comme l'auteur de différentes infrac-
dominer complètement son sujet et l'impressionner par une volonté inexorable d'arri- tions. On espère qu'à ce stade, l'accusé sera tellement désespéré qu'il confessera
ver à la vérité. Il doit l'interroger sur plusieurs heures en ne s'arrêtant que pour per- avoir commis le crime pour lequel on l'interroge pour éviter d'être aussi accusé des
mettre de satisfaire des nécessités physiques, tout en gardant présent à l'esprit la autres ".
nécessité d'éviter des accusations de violence qui pourraient être étayées par des
éléments factuels. Dans les cas graves, l'interrogatoire peut durer des jours, avec les 11 Les manuels contiennent aussi des instructions pour la police sur la manière
interruptions requises pour la nourriture et le sommeil, mais sans répit dans l'am- dont il faut agir avec l'accusé qui refuse complètement de parler, ou qui demande
biance de domination. Ainsi sera-t-il possible par cette méthode d'amener le sujet à à consulter un avocat ou à parler à ses proches. L'interrogateur doit lui concéder
parler sans recourir à la violence ou à la contrainte. La méthode ne doit être utilisée le droit au silence. Ceci aura pour effet probablement de lui couper ses moyens.
que si la culpabilité du sujet apparaît hautement probable ».
Tout d'abord, il sera déçu de ne pas obtenir la réaction négative à laquelle il
Les manuels suggèrent d'arracher au suspect un commencement d'aveu de s'attendait. Ensuite, il sera favorablement impressionné par le fait que la police
culpabilité en lui faisant miroiter la possibilité d'être juridiquement excusé pour reconnaisse son droit à garder le silence et il en déduira que son interrogateur
son acte. Par exemple, si le meurtre commis est probablement un acte de doit être un homme juste. Après cette mise en condition psychologique, l'officier
revanche, l'interrogateur pourra dire: de police est instruit de lui indiquer les conséquences de son refus de parler en
« Joe, tu n'es probablement pas allé chercher ce type en sachant que tu allais le ces termes:
tuer. Je pense plutôt que tu t'attendais à un mauvais coup de sa part et que c'est « Joe, tu as le droit de ne pas parler. C'est ton droit et je suis la dernière personne
pour ça que tu portais une arme sur toi, pour te protéger. Tu le connaissais pour ce au monde qui veuille te le retirer. Si c'est ainsi que tu veux qu'on procède, c'est
qu'il était, rien de bien. Et puis, quand tu l'as rencontré, il a probablement commencé d'accord. Mais laisse-moi te poser cette question. Si tu étais à ma place et que je sois
à t'insulter, et à menacer de tirer sur toi, et c'est là que tu as tiré pour sauver ta à la tienne, et que tu me demandes de parler de cette affaire et que je te réponde: 'Je
propre vie. Joe, c'est comme ça que ça s'est passé, pas vrai? " ne répondrai à aucune de vos questions', tu penserais certainement que j'ai quelque
Une fois obtenu de l'accusé l'aveu que c'est bien lui qui a tiré, on conseille à chose à cacher et tu aurais raison de penser cela. C'est exactement ce que je vais
l'interrogateur de pointer vers tous les éléments de preuve tendant à écarter la être obligé de penser de toi, et c'est ce que tout le monde penserait. Alors, asseyons-
possibilité de légitime défense de manière à arracher à l'accusé un récit complet nous là et reprenons toute l'histoire à zéro ".
de ce qui s'est passé. Un manuel précise: « À supposer que l'accusé ne parle Si ce monologue est bien dit, très peu persisteront dans leur refus de parler,
pas, la contradiction entre son refus initial d'admettre le crime et son acceptation assure le manuel.
postérieure que c'est bien lui qui a tiré le premier, devrait servir à le priver de Dans l'hypothèse où l'accusé veut parler à un avocat ou à un proche de sa
soulever une exception de légitime défense au moment du procès". famille, on donne le conseil suivant:
10 Si les techniques rapportées ci-dessus échouent, les manuels recommandent « L'interrogateur doit répondre en suggérant qu'il serait préférable de lui dire la
de les répéter en faisant monter un peu l'hostilité vis-à-vis de l'accusé. Une ruse vérité d'abord à lui, avant de mêler quelqu'un d'autre à cette affaire. Si l'accusé
souvent utilisée est la scène « ami-ennemi -, dite aussi scène de « Mutt et Jeff» : demande un avocat, il faut lui suggérer qu'il peut s'épargner ainsi qu'à sa famille les
frais d'un conseil, surtout s'il est innocent du crime sous investigation. L'interrogateur
« ... dans cette technique d'interrogatoire, on utilise deux officiers de police. Mutt,
peut aussi ajouter, 'Joe, je ne cherche que la vérité, et si tu me dis la vérité, c'est fini.
l'inspecteur infatigable qui sait que l'accusé est coupable et qui n'entend pas perdre
C'est quelque chose que tu peux faire toi-même' ".
son temps. Il a déjà envoyé des douzaines de types en prison pour un crime de ce
genre et il va y envoyer celui-ci aussi. Jeff, en revanche, est à l'évidence un brave
gars. Il a une famille. Il a un frère qui s'est fait prendre autrefois dans une bagarre du
12 De ces exemples représentatifs des techniques d'interrogatoires, il est clair que
même genre. Il désapprouve Mut! et ses tactiques, et il va s'arranger pour l'éloigner les conseils de ces manuels et ce qu'on observe en pratique visent à créer un
un moment à condition que le suspect coopère. Mais il ne peut pas l'éloigner trop conditionnement qui, pour aller à l'essentiel, se résume comme suit: être seul
longtemps; l'accusé ferait bien de se décider vite. Cette technique est utilisée avec avec l'accusé est fondamental pour écarter les distractions et le priver de tout
les deux inspecteurs dans la pièce quand Mutt joue son rôle. Jeff se tient à côté et SOutien de l'extérieur. Donner l'impression d'être certain de sa culpabilité sapera
ne dit rien, mais peut objecter à certaines tactiques de Mutt. Quand Jeff propose de sa volonté de résistance. " confirme simplement l'histoire préconçue que la police
coopérer avec l'accusé, Mutt n'est plus dans la pièce ". cherche à lui faire raconter. On emploie patience et persévérance, et on l'interroge
Parfois, on instruit les interrogateurs de recourir à des ruses pour obtenir une sans relâche. Pour obtenir un aveu, l'interrogateur doit patiemment « se position-
confession. La technique marche très bien dans les crimes qui exigent une identi- ner et manipuler sa proie de manière à ce que l'objectif visé soit atteint ». Si les
fication ou qui sont commis en série. Dans une hypothèse d'identification, l'inter- prOCédures normales ne suffisent pas, la police peut recourir à des stratagèmes
rogateur peut faire une pause dans ses questions et mettre l'accusé dans un trompeurs comme, par exemple, donner de faux conseils juridiques. Il est imper-
362 l!-, (;RANIJS Ai(RÜS DI, LA COUR SUPRI,MI IJI·.S ÉrATs.UNIS 24 24 MIRANDA V. AIU/ONtI 363

tant de déstabiliser le sujet, par exemple, en s'appuyant sur les incertitudes qu'il Il
peut nourrir sur lui-même ou son entourage. Ensuite, la police le persuade, ou le
trompe, ou le flatte pour lui faire abandonner ses droits constitutionnels.
Même lorsqu'il n'a recours à aucune violence physique, aux techniques du
l' NouSoublions parfois combien de temps il a fallu pour établir le privilège contre
l'auto-incrimination, les sources d'où il vient et la ferveur avec laquelle il fut
troisième degré ou aux stratagèmes particuliers décrits ci-dessus, l'interrogatoire
défendu. Ses racines plongent dans des temps anciens. Peut-être l'événement
en garde à vue prélève un lourd tribut sur la liberté individuelle et se sert des
critique dans l'histoire qui jette la lumière sur son origine et son évolution est le
faiblesses de l'individu. Il est possible d'illustrer ce fait en se référant aux trois
procès d'un nommé John Lilburn, un niveleur particulièrement vocal contre les
affaires de confessions que nous avons jugées au cours de la session qui précéda
Stuarts, qui devait prêter serment dans la cour de la Chambre étoilée en 1637.
notre décision Escobedo. Dans Townsend v. Sain, 372 U.S. 293 (1963), le défen-
Le serment l'aurait obligé à répondre à toutes les questions qui auraient été
deur, âgé de 19 ans et dépendant à l'héroïne, fut décrit comme « presque menta-
posées, quel que soit le sujet. Il refusa de jurer et récusa la procédure, en disant:
lement déficient ». Dans Lynumn v. State of Illinois, 372 U.S. 528 (1963), la
défenderesse fit des aveux à l'officier de police après avoir été fortement incitée « Un autredroit fondamentalpourlequelje me suis battu est qu'aucuneconscience
à 'coopérer' si elle ne voulait pas que ses enfants soient confiés à l'assistance humainene peut être soumiseà la torture de devoir répondre,sous serment,à des
questionsla concernantdans des affairescriminelles,ou prétenduestelles».
publique. Dans ces affaires, la Cour a annulé les condamnations prononcées
comme elle a annulé, dans l'arrêt Haynes v. State of Washington, 373 U.S. 503 À cause du procès Lilburn, le Parlement supprima la cour inquisitoriale de la
(1963), la condamnation de l'individu qui, lors de son interrogatoire, n'avait cessé Chambre étoilée et lui accorda même de substantielles réparations. Les nobles
de demander, en vain, à pouvoir téléphoner à sa femme ou à son avocat. Dans principes invoqués par Lilburn au cours de son procès gagnèrent l'opinion
d'autres contextes, ces individus auraient pu exercer leurs droits constitutionnels. publique en Angleterre. Ces idées passèrent dans les colonies et, après de dures
Dans le climat d'un interrogatoire dominé par la police et mené à huis clos, ils ont batailles, elles furent inscrites dans le Bill of Rights. Ceux qui rédigèrent notre
succombé [...j. Constitution et notre Bill of Rights étaient conscients des formes subtiles que
peuvent prendre les atteintes à la liberté individuelle. Ils savaient que « les pre-
13 Dans les affaires qui nous sont soumises, il nous serait peut-être possible de mières traces de comportements illégitimes et inconstitutionnels se font toujours
dire que les déclarations des défendeurs n'ont pas été données contre leur sans bruit [...j et se remarquent par de légères déviations des modes de procé-
volonté au sens traditionnel du terme. Notre souci d'avoir des garanties adé- dure ordinaire -. Boyd v. United States, 116 U.S. 616, 635 (1886). Le privilège fut
quates pour protéger les droits précieux du Cinquième amendement n'en est élevé au rang de norme constitutionnelle et il a toujours été compris « aussi large-
évidemment pas diminué pour autant. Dans chacune de ces affaires, le défendeur ment que le mal contre lequel il est censé protéger -, Counselman v. Hitchcock,
a été plongé dans un climat dépaysant et soumis à un interrogatoire policier 142 U.S. 547, 562 (1892). Nous nous inscrivons dans ce noble héritage.
menaçant. Qu'ils aient été pratiquement contraints de parler est manifestement
apparent, par exemple, dans le cas de Miranda, un Mexicain indigent, sérieuse- 15 Nous pouvons ainsi regarder l'histoire du privilège comme un effort pour trou-
ment perturbé du point de vue psychologique, avec des phantasmes sexuels, ou ver par touches successives où doit s'arrêter le pouvoir gouvernemental sur le
dans le cas de Stewart, défendeur de race noire, indigent sans domicile fixe de citoyen. En tant que «grand principe qui souvent transcende ses origines », le
Los Angeles, qui a quitté l'école à l'âge de dix ans. Certes, leurs dossiers ne privilège a très légitimement fini par être considéré en partie comme un droit
portent trace ni de violences physiques, ni de ruses psychologiques ouvertement matériel de l'individu, le «droit à une enclave privée où il peut mener une vie
malhonnêtes. Mais le fait est que, dans aucune de ces affaires, les officiers de privée. Ce droit est le signe distinctif de notre démocratie -, United States v. Gru-
police n'ont essayé de leur donner, avant de commencer à les interroger, les newa/d, 233 F.2d 556, 579, 581-582 (opinion dissidente du juge Frank), révisé
garanties adéquates qui permettraient de considérer leurs déclarations comme 353 U.S. 392 (1957). Nous avons récemment noté que le privilège de ne pas
l'expression d'une authentique liberté de choix. témoigner contre soi-même - qui est la colonne vertébrale de notre système
Il est évident qu'un tel climat est créé autour de l'interrogatoire dans le seul but accusatoire - s'appuie sur un ensemble complexe de valeurs, Murphy v. Water-
de soumettre l'individu à la volonté de l'interrogateur. Le climat porte en lui la front Comm of New York Harbor, 378 U.S. 52, 55-57 (1964), Tehan v. United
recherche de l'intimidation. Bien sûr, ce n'est pas de la violence physique, mais States ex rel. Shott, 382 U.S. 406,414-415 (1966). Toutes ces valeurs pointent
c'est tout autant destructeur de la dignité humaine. La pratique actuelle de l'inter- vers une idée qui domine tout: le fondement constitutionnel qui justifie le privilège
rogatoire mené au secret est aux antipodes de l'un des principes les plus chéris est le respect qu'un gouvernement, qu'il soit fédéral ou d'État, doit à la dignité et
de notre Nation - le principe selon lequel nul ne peut être forcé de témoigner à l'intégrité de ses citoyens. Pour maintenir un juste équilibre entre l'individu et
contre lui-même. En l'absence de protections adéquates de nature à dissiper la l'État, pour faire passer le fardeau de la preuve entièrement sur les épaules de
pression inhérente au climat de ces gardes à vue, aucune déclaration obtenue de l'État [...j, pour respecter l'inviolabilité de la personne humaine, notre système
l'individu dans un pareil contexte ne peut véritablement être tenue pour l'expres- accusatoire de justice pénale exige que le gouvernement qui cherche à punir un
sion d'une liberté de choix. individu supporte la charge de produire la preuve de la vérité par son propre
De ce qui précède, nous pouvons tout de suite percevoir la relation intime qui travail plutôt que de s'en remettre à l'expédient simple et cruel, qui consiste à
unit le privilège de ne pas témoigner contre soi-même et les interrogatoires en l'obliger de la livrer de sa propre bouche, Chambers v. State of F/orida, 309 U.S.
garde à vue. Il faut donc nous tourner vers l'histoire et les précédents relatifs à la 227, 235-238 (1940). Bref, le privilège n'est pleinement respecté que lorsque la
clause sur le privilège de ne pas témoigner contre soi-même pour savoir si elle Personne se voit reconnaître le droit « de garder le silence, à moins qu'elle ne
peut s'appliquer en l'espèce. choisisse de parler dans un libre exercice de sa propre volonté ", Maffoy v. Hogan,
378 U.S. 1,8 (1964).
364 LI's (,R,\""~ \KRLT' III 1 A COl R sUPRi,~H.I)1 ~ ~':rAl~.U:-'IS 24 24 MIIVI,\/J.-I \ Alil/().\A 365

16 Dans les présentes affaires, la question est de savoir si le privilège est pleine_ cadre des procédures qui sont suivies devant les cours et tribunaux et qu'il sert
ment applicable au cours d'une garde à vue. La Cour a toujours interprété le à protéger les personnes contre toute tentative de les forcer à s'accuser elles-
privilège de manière libérale, Albertson v. Subversive Activities Control Board, 382 mêmes chaque fois que leur liberté de mouvement est réduite. Nous en avons
U.S. 70, 81 (1965), Hoffman v. United States, 341 U.S. 479, 486 (1951), Arnstein conclu que, sans des garanties adéquates, l'interrogatoire d'une personne placée
v. McCarthy, 254 U.S. 71, 72-73 (1920), Counselrnan v. Hitchcock, 142 U.S. 547 en garde à vue, et soupçonnée ou accusée de crime, est intrinsèquement porteur
562 (1892). Nous sommes convaincus que tous les principes contenus dans I~ d'éléments de nature à faire pression sur elle et sur sa volonté de résister de sorte
privilège s'opposent à la contrainte informelle qu'exercent des officiers de police qu'elle se sente obligée de parler alors que, dans d'autres circonstances, elle
quand ils procèdent à un interrogatoire au cours d'une garde à vue. Privé de son n'aurait pas parlé. Pour écarter ces éléments d'oppression et pour donner à l'ac-
environnement familier, cerné par des forces hostiles et soumis aux techniques cusé la pleine possibilité d'invoquer son privilège contre l'auto-incrimination for-
de persuasion décrites ci-dessus, l'individu placé en garde à vue ne peut pas ne cée, il faut l'avertir adéquatement et effectivement de ses droits, et lui donner la
pas éprouver l'obligation de parler. D'un point de vue pratique, l'obligation de possibilité de les exercer pleinement.
parler dans l'isolement du poste de police pourrait même être plus forte que dans Il nous est impossible d'anticiper sur les autres moyens qui protégeraient le
le prétoire d'une cour de justice ou lors d'autres enquêtes officielles où il existe privilège et qui pourraient être conçus par le Congrès ou les États dans l'exercice
souvent des observateurs impartiaux qui empêchent les mesures d'intimidation de leurs pouvoirs normatifs. Nous ne pouvons donc pas dire que la Constitution
ou de tricherie. exige certaines dispositions particulières pour écarter les pressions inhérentes
En fait, ce problème pourrait être considéré comme ayant été résolu, il y a aux interrogatoires tels qu'ils sont aujourd'hui conduits. Notre décision d'aujour-
environ 70 ans, quand, dans l'affaire Bram v. United States, 168 U.S. 532, 542 d'hui ne vise donc nullement à établir un régime constitutionnel précis taillé au
(1897), la Cour décida: millimètre qui empêcherait les efforts de réforme, pas qu'il n'est conçu pour
••Dans les procès pénaux, devant les cours fédérales, chaque fois que la question atteindre pareil résultat. Nous encourageons le Congrès et les États à poursuivre
est posée de savoir si les aveux de l'accusé constituent une preuve inadmissible pour leurs louables efforts en vue de toujours mieux protéger les droits de l'individu
ne pas avoir été donnés volontairement, la question est réglée par cette partie du tout en visant à promouvoir une exécution efficace de nos lois pénales. Cepen-
Cinquième amendement qui commande ... que nul ne soit forcé de s'accuser lui- dant, à moins qu'on nous présente d'autres procédures qui seront tout aussi
même» [...) efficaces pour garantir aux accusés leur droit de garder le silence et la possibilité
de l'invoquer à tout moment, les garanties suivantes doivent être observées [... J
17 La Cour a toujours été fidèle à ce raisonnement. En 1924, le juge Brandeis
tenant la plume pour une Cour unanime affirma dans une affaire qui annula une 19 [NJous décidons que, lorsqu'un individu est placé en garde à vue ou autrement
condamnation fondée sur des aveux non librement donnés, Ziang Sung Wan v. privé par les autorités de sa liberté d'aller et de venir, et qu'il est soumis à interro-
United States, 266 U.S. 1 : gatoire, le privilège de ne pas témoigner contre soi-même est menacé. Il convient
•• Devant les cours fédérales, on ne satisfait pas l'exigence du caractère volontaire donc de protéger le privilège par des garanties procédurales et, tant que d'autres
de l'aveu simplement en prouvant que celui-ci n'a pas été obtenu en échange d'une moyens aussi efficaces n'auront pas été trouvés pour faire connaître à la per-
promesse ou par une menace. En droit, un aveu est volontaire si, et seulement si, il sonne son droit à garder le silence et l'assurer de son scrupuleux respect par les
est en fait librement donné. Il est possible que des aveux soient librement donnés, autorités, il conviendra de respecter les mesures suivantes. Avant tout interroga-
quand bien même sont-ils confiés à des officiers de police au cours d'une garde à toire, la personne doit être avertie qu'elle a le droit de garder le silence, que tout
vue, et en réponse à un interrogatoire qu'ils ont conduit eux-mêmes. Mais des aveux
ce qu'elle dira (si elle choisit de parler) pourra être utilisé contre elle en justice,
qui ont été obtenus de force, quelle que soit la nature de la force employée, doivent
qu'elle a droit à la présence d'un avocat, et que, si, financièrement, elle ne peut
être exclus, que la force en question ait été employée au cours d'une procédure
judiciaire ou d'un autre type ». pas s'offrir l'assistance d'un avocat, un conseil peut lui être assigné avant tout
questionnement, si elle le désire. La faculté d'exercer ces droits tout au long de
Confirmant l'expansion historique du privilège et les justes politiques qui ont
l'interrogatoire doit être garantie. Une fois que ces mises en garde ont été dûment
favorisé cette évolution, il est aujourd'hui clairement établi en jurisprudence qu'il
données, et que la personne a eu la possibilité effective d'exercer les droits qui
s'applique aussi à des interrogatoires menés à huis clos. En fait, le gouvernement
en découlent, elle peut, sciemment et en toute connaissance de cause, renoncer
fédéral lui-même a concédé ce point dans le mémoire qu'il a déposé en l'affaire
à exercer ses droits et accepter de répondre à des questions ou faire une déclara-
Westover v. United States [NdT : affaire jointe à la présente affaire, v. supra, § 1J
tion. Mais, à moins que, et tant que l'accusation ne prouve pas en justice que
dans lequel il admet: « Il ne fait aucun doute qu'il est possible que le droit d'un
ces mises en garde ont bien été données et que la personne sous examen a
suspect d'invoquer le privilège du Cinquième amendement puisse être violé au
expressément renoncé à en bénéficier, aucune preuve tirée de son interrogatoire
cours d'une garde à vue, au cours d'un interrogatoire conduit par un policier"
ne peut être utilisée contre elle.
[ ... J

OBSERVATIONS
III

18 Dans ces conditions, il ne peut y avoir aujourd'hui aucun doute sur le fait que - . À l'époque où il fut rendu. l'arrêt Miranda v, Arizona fit sensation. Certes.
le privilège du Cinquième amendement trouve à s'appliquer en dehors du seul il existait bien déjà dans le droit pénal américain. au niveau fédéral et fédéré.