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Réaction des opposants contre occupants

Les luttes contre l’occupation américaine


Nombreux sont les haïtiens qui ont considéré l’occupation américaine
comme une honte. Le jeune député Raymond Cabèche a démissionné
en lieu et place de signer la convention imposée par Washington. La
prise de conscience nationale vient d’un certain groupe intellectuel
haïtien à savoir : Jean Price Mars, Jacques Roumain, Charles Moravia,
Anthony Phelps etc. Ces derniers ont mis leurs textes au service de la
nation pour exprimer leur mécontentement à l’occupation. Roumain
nous explique son sentiment de haine par le biais de cette citation : «
Je ne veux pas savoir. Homme, tu es étranger et tu foules le sol que
foulèrent mes pères. Ferme la bouche débordante du miel du
mensonge. C’est inutile je te hais.» Il était le dirigeant du comité de
Greve contre l’occupation américaine à l’école de Damien.
Les paysans haïtiens se sentent frustrés par rapport à la corvée,
environ 40,000 recours à leurs armes sous l’obédience de
Charlemagne Péralte et Benoît Batraville. Ces deux militants ont mené
de grandes luttes contre l’occupation américaine. Ils ont été tous les
deux trahis et exécutés, plus précisément le résistant Charlemagne a
été trahi par un lieutenant connu sous le nom de Jean Baptiste. Leurs
luttes ont pris fin en 1921. On peut dire aussi les militants Cacos ont
été de véritables stratèges pour mener la lutte contre l’impérialiste
américain.

Causes
Un pays instable et stratégique
Entre 1911 et 1915, Haïti vit sa présidence changer six fois de mains à
la suite d'une série d'assassinats politiques et d'exils forcés. Un certain
nombre d'armées révolutionnaires furent responsables de ces coups
d'état. Chacune d'entre elles était formée de cacos, paysans-bandits
issus des montagnes du nord, le long de la poreuse frontière avec
la République dominicaine, recrutés par des factions politiques rivales
sur la base de promesses pécuniaires et de perspectives de pillage, qui
seraient assurées en cas de succès du coup d'état.
Les États-Unis étaient particulièrement préoccupés par le rôle (réel et
imaginaire) joué par l'Empire allemand, intervenu plusieurs fois
durant les précédentes décennies dans les Amériques, y compris en
Haïti. Ce pays européen cherchait à entretenir, loin de ses bases, une
certaine influence en tant que puissance rivale de plus en plus hostile à
la domination américaine, alors régie par la Doctrine Monroe. Lorsque
éclata la Première Guerre mondiale, l'importance stratégique de l'île
d'Hispaniola, avec sa main-d'œuvre et ses richesses abondantes, ainsi
que ses ports, fut compris par la plupart des parties prenantes dans les
Caraïbes, notamment les marines allemande et américaine. Par
conséquent, sur l'île d'Hispaniola, les investissements allemands,
autant sur le plan militaire que sur l'espionnage, furent considérables.
Ces investissements entraient dans le cadre d'un plus large réseau
d'espionnage et d'intérêts militaires établi en Amérique latine et aux
Caraïbes durant la fin du XIXe siècle, des années 1900 et 1910.
En Haïti, comme dans beaucoup d´autres pays de l´Amérique latine et d
´Afrique, une bonne partie de la population est tiraillée par un sentiment
ambivalent, mitigé, manifesté par la nostalgie de l´ancien ordre. Pour certains
oligarques de l’ancien régime, ce sentiment est expliqué par la perte d´un
pouvoir qui, par la suite, ne fait que vaciller. Pour d´autres – des anciennes
victimes mélangées à des sympathisants et de potentielles victimes – il est
justifié par la détérioration des conditions de vie, la débandade au sein de l
´appareil administratif public et la violation de la souveraineté nationale.
Cependant, cette dernière catégorie ne fait aucune relation entre la situation
présente et celle passée en termes de continuité et, ne saisit pas les spécificités et
les contributions de chacune des périodes, en termes de rupture, à la dynamique
globale de sous-développement et de dépendance du pays de l’international.

A cet effet, notre brève étude vise à démontrer tant au niveau économique et
social, qu’au niveau politique, qu’à travers les politiques suivies par les
différents régimes en place dans le pays de 1970 à 2004 – il existe autant de
point de rupture que de continuité au sein de la période globalement. Le pouvoir
dictatorial de Duvalier s´est servi d’une embellie économique pendant plusieurs
années et le processus de démocratisation entamée depuis 1986 s’est soldé par
une aggravation de la situation sociale et économique. Entre-temps, le Fonds
Monétaire international (2) ne cesse de répéter qu´Haïti est le pays le plus
pauvre de l´hémisphère américain, mais également le plus libéral.

Quelques considérations d’ordre méthodologique

Nous sommes conscient de la complexité d’une telle réflexion, compte tenu que
chacun de ces thèmes peut constituer à lui seul, un débat riche, complexe et des
études approfondies. Vouloir alors les mettre tous dans un même panier tout en
saisissant les multiples relations qui existent entre eux, peut sembler de
l’acrobatie intellectuelle. A cet effet, au prime abord, trois remarques
s’imposent :

1. A notre avis, notre sujet est composé méthodologiquement d’un thème


transversal : le développement et de deux autres opposés, contraires et pouvant
faire partie inversement d’un même contexte total à savoir, la démocratie et la
dictature. Dans ce cas, existe-t-il ou peut-il exister, une rupture de
développement (le sous-développement ou le déficit de développement) quand
les pratiques démocratiques sont bafouées et/ou en faillite ? Car les pratiques
démocratiques et/ou dictatoriales sont en même temps un élément stratégique du
mode de gestion politique du développement. Nous pouvons nous demander
également, si en présence d’un pouvoir ‘’dictatorial’’, le processus de
développement se trouve forcément en situation de véritable cassure, de
régression et/ou de sous-développement ?
La relation de causalité insinuée ici entre le mode de gestion politique - la nature
du pouvoir politique qui oriente la politique économique- et le résultat de cette
relation qui est le développement ou le sous-développement ou, l’aggravation du
sous-développement, tend à être trop simpliste et mécanique. Puisque le
développement en tant que pratique n’évolue pas seulement en fonction des
comportements socio-politiques des principaux acteurs (l’Etat, les classes
sociales, les groupes sociaux et l’international), mais également en fonction de
certains aspects techniques qui lui sont propres.(3)

Toutefois, il peut paraître plus facile de penser que les pouvoirs démocratiques
promeuvent mieux ou sont plus aptes à promouvoir le développement. Tandis
que, ceux dictatoriaux s’y opposent et conduisent au sous-développement. Mais
de quel développement et de quelle démocratie s’agit-il ? Ou encore, de
dictature dans quel système ou formation socio-économique donnée ?

Soulignons d’une part, que le concept de développement se diversifie de plus en


plus en : développement endogène, développement auto-centré, développement
extraverti, développement du sous-développement, développement social,
développement économique, développement durable, développement humain,
etc. D’autre part, les écoles théorisant sur les pratiques de développement et
offrant des paradigmes s’accroissent d’année en année et certaines se fourvoient
dans la réalité(4). Par conséquent, il nous incombe et nous paraît capital de
définir brièvement ce cadre théorique et analytique minimal de notre présente
communication.

2. Ce faisant, nous voulons nous écarter d’une certaine tendance universaliste,


de la notion de démocratie et de celle du développement, et des caricatures
figées que l’on présente souvent de l’une et/ou de l’autre. Si la démocratie et/ou
la dictature ne sont en fait que des formes de gouvernance de la res publica et ne
relèvent pas forcément ni de la science, ni de la technique mais de la vertu (de l’
Esprit des lois de Montesquieu) des peuples et de leurs dirigeants, la meilleure
façon d’entendre ces concepts et de comprendre les pratiques y découlant, est de
partir de l’histoire des peuples, de leur vécu, de leurs coutumes et mœurs, de
leurs traditions, de leurs rêves différenciés suivant l’organisation socio-
économique.

Alors, la tendance de vouloir imposer un modèle de démocratie à tous les autres


peuples – la démocratie du dehors - entraîne une triple conséquence :

  elle empêche la construction d’un monde véritablement démocratique en


refoulant, en occultant toute initiative démocratique locale découlant des réalités
diverses (culturelles, historiques, sociales) des autochtones ;
  elle tend à soutenir paradoxalement au sein de ces sociétés les tendances non
démocratiques devenant ainsi une dictature aux yeux des citoyens de ces pays
dominés ;

  enfin de compte, la tendance ‘’démocratique’’ hégémonique et universaliste,


ralentit le développement de l’humanité et de l’histoire. Ce faisant, elle contrarie
le développement de la science car les lois découlant de la somme d’expériences
des différentes civilisations humaines auraient pu aider à mieux comprendre sur
une base scientifique la culture démocratique.

Insister à croire ou à faire croire que les questions démocratiques peuvent se


poser et se doivent de l’être de la même façon par exemple qu’à Cuba ou dans
une société socialiste que dans les sociétés à prédominance capitaliste, ne fait
montre que de l’incompréhension totale et renverse le bon sens.

Dictature et démocratie, en fait, ne sont souvent reliées que dans un même cadre
historique, national, social et politique. Ce sont les deux faces d’une même
médaille. Elles se développent de façon dialectique en s’excluant l’une l’autre
suivant la dynamique sociale et historique jusqu’à aboutir peut-être à un type de
rapport socio-politique qui n’est ni démocratique ni dictatorial au sens
traditionnel des termes.

Pareillement, en dépit de la diversité des paradigmes de développement, ce


concept n’échappe pas au discours dominant et universaliste, soit dit, à
l’orthodoxie classique. L’insertion du développement économique aux questions
politiques indique ici une démarche déjà non économique – dans le sens de
l’économique- mais d’économie politique. Nous entendons par là, la prise en
compte des contradictions entre les différents acteurs socio-économiques, le
mode d’organisation ‘’citoyenne’’ dont les différents groupe, catégories et
classes se dotent en vue de défendre leurs intérêts spécifiques. Ce qui suppose
une rationalité agissante des différents acteurs à travers le mode de distribution
des moyens de production et/ou d’existence (de survie). Tout ceci ne semble pas
être uniquement du ressort des institutions économiques (monnaie, marché,
entreprises), mais relève des institutions politiques dont l’Etat.

Toutefois, les institutions fondant et instituant les relations politiques entre les
différents acteurs peuvent modifier progressivement peu ou prou, ou
radicalement, les institutions et les pratiques socio-économiques et vice versa.
L’ampleur du changement ou de la transformation des comportements socio-
économiques et politiques et l’établissement de nouvelles normes, de nouvelles
institutions, d’un nouveau contrat social au sein de la société en question,
indiqueront un double niveau de rupture et/ou de continuité en terme de mode de
gestion politique des relations politiques d’une part, et de mode de gestion
politique des relations économiques, d’autre part.
3. Méthodologiquement et théoriquement, notre souci n’est pas d’analyser la
problématique de la démocratie et de la dictature versus le développement dans
un cadre comparatif entre deux systèmes économiques, politiques et
philosophiques différents, mais de les appréhender dans l’évolution du système
économique capitaliste, et de façon particulière, dans le cadre de l’évolution de
la société haïtienne de 1970 à 2004.

La question du développement en Haïti sous la dictature et à l’heure de la


‘’démocratisation’’

Avant la montée des Duvalier au pouvoir en 1957, au cours de leur présidence à


vie (1957-1986) et de 1986 à nos jours, Haïti n’a jamais été classée comme un
pays développé et même comme un pays en voie de développement. La question
du développement en Haïti, posée généralement par les Institutions
internationales et la plupart des experts occidentaux en termes de réduction de la
pauvreté, de modernisation des infrastructures et de l’administration,
d’industrialisation des secteurs productifs et bref, de croissance économique,
restait et reste encore un vœu pieux en dépit des limites réelles de ces approches.

L’approche ‘’alternative’’ reconnaît que le développement dans le monde


capitaliste et son mode de gestion, pour être durables, doivent être l’œuvre des
autochtones, des nationaux, c’est-à-dire en partant de leur culture, de l’histoire
du pays, de leur créativité, des ressources locales et nationales tout en
développant avec les autres pays de la région et du monde des relations de
coopération basées sur le principe du respect de la souveraineté de l’Etat, de la
diversité culturelle des peuples et de leur droit à l’autodétermination.

En fait, il n’existe aucune contradiction sérieuse entre ces deux logiques du


développement. Le problème se pose dans le cadre de l’élaboration et
l’opérationnalisation des politiques de développement ou, dans le cadre de la
définition des stratégies de développement. En effet, quel pays du tiers monde
ou quel habitant du tiers monde peut déclarer qu’il est contre l’industrialisation
de l’agriculture et de l’économie en général ? Sommes-nous contre la croissance
ou contre le mode de gestion de la croissance économique ou encore les
mécanismes et politiques qui en sont à la base ?

Si on est d’accord que la politique n’est rien d’autre qu’une vision –globale,
stratégique, orientée dans le temps - dont on se fait des choses et de la société, il
appert que toute logique socio-économique de développement est animée par
des intérêts politiques quelconques.

Ce postulat de base peut-il être justifié dans le cas d’Haïti ?


A l’évidence, au cours des années 60, particulièrement 70, la situation
macroéconomique et sociale haïtienne ne se trouvait pas à un niveau si débile.
L’environnement, également, n’était pas encore à ce stade si critique. Mais cela
ne signifie que le pays sous la dictature de Jean-Claude Duvalier, même selon le
langage orthodoxe, était développé. La détérioration qui a succédé Duvalier,
s’enracine ainsi dans sa politique, dans la gestion corrompue qu’il faisait du
pouvoir avec son équipe.

La décennie 70 a vu naître dans le pays une plus forte pénétration des rapports
capitalistes, la mise en place de quelques infrastructures de base, l’élargissement
du secteur bancaire et financier, l’installation de certaines entreprises à capital
national et mixte ; bref, une certaine expansion de l’oligarchie et de l’économie,
particulièrement avant l’explosion de la crise des années 80. Mais, cette
nouvelle dynamique s’est réalisée à la faveur des coups de dollars venus de
l’étranger, de l’exploitation des masses rurales (le café étant le principal produit
d’exportation) et urbaines (dans les zones franches installées à Port-au-Prince).

A titre d’illustration, la Banque interaméricaine pour le développement (BID)(5)


rapporte que : « L’année 1980, qui s’est soldée par une baisse de 7% du PIB
réel, a marqué la fin de la croissance soutenue dont Haïti a joui pendant une
bonne partie des années 70, lorsque l’économie avait profité des investissements
extérieurs, des prix élevés des produits de base et du développement des zones
franches industrielles ».

Charles Etzer(6) décrit autrement ce contexte : « Avec le duvaliérisme, le pays


s’est retrouvé aujourd’hui sous la tutelle de ce que J. Astuy nomme très
justement ‘’ la société protectionniste des sociétés attardées’’. En effet, l’apport
de l’aide internationale (dons et prêts), qui atteignait une moyenne de 30
millions de gourdes vers la fin des années 60, était passé respectivement de
1971-72 à 1979-80 de 39,7 millions de gourdes à 3514 millions. Cela a engendré
une participation de 60% en moyenne des instances étrangères au budget de
développement, ainsi qu’un accroissement continu de la dette externe qui en
1980, s’était élevée à 1 326,617 millions de gourdes [….]. Entre 1960 et 1970, le
taux de croissance était de 0,4% correspondant en fait à une diminution du PIB
par habitant. Si pour la décennie suivante ce taux s’élevait en moyenne à 2,7%,
il s’agissait d’une croissance modérée, ne profitant qu’à une minorité
bourgeoise. Un pourcentage qui occulte le marasme économique dans lequel
s’enfonçaient de plus en plus les secteurs de l’économie […] ».

Claude Moise(7) est plus direct, acerbe et critique dans son appréciation du
duvaliérisme en ce qui a trait au développement. « Les effets contradictoires de
la conjoncture développementiste marqueront l’évolution du régime des
Duvalier au cours des années 70. Sans rien changer aux caractères totalitaire et
despotique du duvaliérisme, le jean-claudisme apparaîtra comme un moment de
l’évolution du régime à la recherche d’une nouvelle légitimité. D’où le besoin de
décrispation et la nécessité d’une prise de distance de la violence nue et aveugle.
Pour absorber l’aide, accueillir les techniciens et les coopérants, le pouvoir est
placé devant l’obligation de procéder à une certaine modernisation de l’appareil
d’Etat, de pratiquer une gestion administrative efficiente et de faire montre de
retenue dans le maniement de son appareil répressif. Les puissances tutrices, les
organismes d’aide, les organisations financières internationales pousseront en ce
sens. Ainsi la présence étrangère et le renforcement de l’assistanat contribueront
à réduire la pesanteur totalitaire sur le pays, ce qui favorisera les prises
ponctuelles de liberté, la lente reconquête de la parole et le déploiement
progressif des activités autonomes de la société civile. »

En somme, Jean-Claude Duvalier en s’adaptant aux nouveaux contextes


politiques et financiers des années 70, en installant une certaine discipline dans
l’administration publique et en continuant à brimer les droits de la majorité de la
population a embelli l’économie dirigée par son équipe au pouvoir. Mais le
développement était encore très loin d’être une réalité en Haïti. Le tableau ci-
dessous indique quelques chiffres relatifs à certains indicateurs économiques et
sociaux :

  Produit Intérieur Espéranc Taux Taux de


Brut par Habitant e de vie d’analphabétisme(e mortalité
Dollars E.U. de à la n pourcentage) infantile(Pou
1988* naissance r mille)
  1970 1980 1985 1970 1970 1970
Haiti 326 431 375 47,6 78,7 161,8
Guatemal 825 1.08 891 52,5 54,0 100,2
a 5
Guyana 722 759 624 64,7 8,4 56,0
Honduras 808 1.01 892 52,7 43,1 115,2
5
Jamaïque 1.83 1.34 1.22 67,2 3,9 39,6
3 1 1
Rep. 496 761 730 58,7 33,0 98,4
Dom.
Trinité & 3.99 6.52 5.18 66,2 7,8 34,4
Tobago 6 0 1

Source : *BID, Progrès économique et


social en Amérique latine, Rapport 1990, Section spéciale la
femme au travail en Amérique latine, p.4 et 290. Pour les
données sociales, BID, Rapport annuel 1990, pp132-133

De pareilles performances du jean-claudisme ont conduit Jacques Barros(8) à


conclure que « s’il fallait encore une preuve de vanité des recettes de
développement et de l’impossibilité d’un véritable progrès dans le cadre de
structures vicieuses, l’expérience jean-claudiste en est une ».

Néanmoins, l’équipe de Duvalier était très réticente face à la libéralisation du


marché et à l’assainissement de l’administration publique par la privatisation des
entreprises de l’Etat, mesures exigées par le Fonds Monétaire International au
début des années 80. 
Ainsi, la conclusion de Barros était trop hâtive, puisqu’il ne s’agit pas seulement
de vanité des recettes de développement sous le gouvernement de Duvalier, mais
ces recettes sous d’autres formes (Programme d’Ajustement Sructurel,
Programme de relais, ONG,) prolifèrent après Duvalier, mais sans résultat sinon
que la situation socio-économique des masses s’aggrave. Cet argument est
soutenu également par Pascal Pecos Lundi(9), en reconnaissant ce qui suit :
« Les réformes économiques engagées depuis plus de vint ans n’ont pu freiner le
déclin amorcé à la fin des années 70. Elles ont échoué dans leur tentative de
stabiliser l’économie haïtienne voire de la relancer. Cette économie a
considérablement régressé affichant une croissance moyenne insuffisante, et
déclinant sur des périodes plus ou moins longues (-1,04% pour la période 1986-
1997) pendant que la population se multiplie au rythme annuel d’environ 2%.
Entre 1980 et 1998, le PIB per capita, en dollar de 1995, a chuté de plus d’un
tiers passant de 607 à 370 USD (PNUD, Rapport IDH 2000). »
Donc, si au niveau de la politique traditionnelle, après Duvalier la violation des
droits civils et politiques évolue en dents de scie suivant la conjoncture, la
violation des droits socio-économiques et culturels est en parfaite croissance.
Cette détérioration des droits sociaux imputant sur la liberté réelle des citoyens
résulte des choix politiques de développement des différents gouvernements
allant de 1986 à 2004. Citons à cet effet, la libéralisation du marché entamée
depuis 1986, la privatisation des entreprises publiques sous la présidence de
Préval I, la politique de départ volontaire au sein de l’administration publique, la
‘’reforme fiscale’’ et tarifaire, la loi de mars 1995 qui a dégrevé
considérablement les tarifs douaniers, le renforcement de la tutelle internationale
depuis 1994, l’augmentation du service de la dette externe, la dévaluation de la
gourde et la persistance des déficits commercial et financier de l’économie
haïtienne.
Des mesures qui engendrent entre autres choses les conséquences suivantes(10) :
« Le faible niveau de certains indicateurs, tels que l’insuffisance pondérale chez
les enfants de moins de cinq ans, l’accessibilité aux soins de santé, la mortalité
infantile et post infantile, la mortalité maternelle, le taux de séropositivité au
VIH, montre que les conditions de vie de la population sont encore précaires. A
titre d’illustration, l’espérance de vie à la naissance demeure faible (54 ans) et la
ration calorifique moyenne qui était estimée à 1788 calories/jour par personne
en 1987 soit 80% de la ration journalière recommandée par la FAO, a régressé
pour se situer autour de 1750 calories durant la deuxième moitié de la décennie
90.

En ce qui concerne l’extrême pauvreté, la majorité de la population vit en


dessous du seuil de la pauvreté absolue et, à ce propos, la Banque Mondiale
estime aujourd’hui que 80% des 2/3 de la population qui vivent en zone rurale
sont des pauvres. En ce qui a trait à l’inégalité sociale, seulement 4% de la
population possèdent 65% des ressources de tout le pays. »

Aussi, cette période post-duvaliérienne (1986-2004) que certains considèrent


comme une période de transition démocratique, porte l’empreinte de trois grands
phénomènes :

1) une crise de leadership institutionnel et politique de type classiste, manifestée


par la débandade au niveau de l’administration publique, l’amplification des
pratiques de corruption et d’enrichissement illicite, et la tentative de
restructuration progressive des classes oligarchiques et dirigeantes en perte de
toute légitimité de continuer à asseoir leur domination sur les masses laborieuses
appauvries ;

2) le renforcement de la dépendance et de l’assistanat de l’Etat joint à la mise en


place systématique des politiques anti-populaires et anti-nationales et contre
toute logique de développement réel ;

3) l’irruption des masses marquée par une politisation de la sphère sociale et


culturelle et par une velléité d’en finir avec ce cycle infernal de désolation et de
misère de toutes sortes ;

Ces trois phénomènes, évoluant en s’entrechoquant dans un même espace socio-


économique, politique et culturel, constituent un véritable complexe d’intrigues
et de conséquences les unes plus imprévisibles que les autres.

La crise de l’Etat post ou néo-duvaliérien (la restructuration de la société


politique, la recherche de contrôle des appareils et entreprises étatiques par les
classes dirigeantes et la bureaucratie traditionnelle et potentielle) est une crise
d’auto-destruction, car elle est entretenue par l’Etat lui-même. Ainsi, confus ou
attitude pragmatique, l’international et une certaine frange de la bourgeoisie, en
vue de contrecarrer la présence même ‘’non organisée’’ des masses sur la scène
politique, jettent parfois dans la conjoncture et par conjecture leur dévolu sur des
leaders d’occasion et non de classe ; ce qui leur coûte souvent de grandes
déceptions et d’efforts supplémentaires afin d’atteindre leur but. L’expérience
lavalassienne peut servir à ce titre d’exemple probant. L’international et
notamment le grand patron américain semblent chercher en vain ‘’ the best
way’’ ou semble la construire chemin faisant, c’est-à-dire sur le tas, sur le
terrain.

La crise dans laquelle s’enlise le pays depuis la fin des années 70, porte une
autre dimension fondamentale : elle est d’abord une crise de liberté, une crise de
confiance en soi (collectivement en tant que groupe ou classe ayant les mêmes
intérêts, la conscience de classe) et confiance en l’Etat capitaliste dépendant du
pays.

C’est également une crise de droit au respect de la dignité humaine dans toutes
ses composantes et une crise d’alternative dans le sens gramscien du terme. En
effet, l’ancien ordre amalgame toutes sortes de solutions, combine les toutes
sortes de missions et de politiques, mais n’arrive pas à tenir le coup et à offrir
véritablement et de façon durable une alternative. Cependant, le nouvel ordre
qui devra remplacer ce modèle de démocratie et développement à tendance
universaliste et occidentale qui brime au lieu d’émanciper l’individu, qui
privatise tous les espaces collectifs et qui laisse de moins en moins de place à la
construction d’une véritable société démocratique et développée, se tarde à le
faire.

……………………………………

Notes bibliographiques

1. Ce texte, Démocratie, dictature et développement : ruptures et continuités – le


cas d’Haïti (1970-2004), est une communication présentée le mardi 14
novembre 2006 au Colloque international tenu à Port-au-Prince du 14 au 17
novembre 2006, organisé par le Réseau « état de droit saisi par la philosophie »
de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) dont le thème général fut :
« La démocratie du dehors ». Il a également fait l’objet de notre participation à
la 32ème Conférence de l’Association des Etudes Caribéennes, tenue à Salvador
de Bahia (Brésil) du 28 mai au 1er juin 2007. Une première partie sous le titre :
démocratie et mythes de la démocratie, a été publiée par Alterpresse en date du
2 décembre 2006.

2. IMF, Haiti selected issues, Staff Country Report No. 01-04, january
2001 http://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2001/cr0104.pdf. Since the
restoration of democracy in 1986, the Haitian authorities have persevered an
establishing and maintaining a liberal trade regime, under difficult politivcal and
economies circumstances. Starting in 1986-87, Haiti boldly dismantled the
protectionist trade system that was in place at the time......As a result of liberal
trade policy, Haiti, albeit there the porest country in the Western hemisphere,
currently ranks among the most open economies worlwide. p.42

3. Voir Malcolm Gillis et alli. ; Economie du développement, un livre classique


qui présente les multiples facettes du développement et les politiques et
stratégies y afférentes. Au premier chapitre, les auteurs ont eu du fil à retordre
en présentant la classification des pays en termes de développement. Les critères
de revenu et d’industrialisation définis par les institutions internationales
semblent être insuffisants pour dire qu’un pays est développé ou non. Puisqu’il
existe des pays comme certains exportateurs du pétrole du Moyen Orient qui
possède un PIB per capita élevé mais avec les structures socio-économiques de
pays dits sous-développés. En même temps un pays comme Israël possédant une
forte capacité industrielle, est classé comme PED.

4. Entre autres livres et documents traitant des différents paradigmes de


développement, voir celui de Marie Théodore et Cathy Wentz sous le titre de
croissance et développement, disponible sur internet.

5. Banque Interaméricaine de Développement, Rapport annuel 1990, p.134

6. Etzer Charles, Le pouvoir politique en Haïti de 1957 à nos jours, p.419

7. Claude Moïse, Constitutions et luttes de pouvoir en Haïti, tome II, p.420

8. Jacques Barros, Haïti de 1804 à nos jours, Tome II, p.379

9. Lire l’article de Pascal Pecos Lundi, Retour sur les causes de l’échec des
programmes d’ajustement structurel (PAS) en
Haïti http://www.alterpresse.org/imprimer.php3?id_article=4538

10. Mémoire du Gouvernement d’Haïti, présenté à la Troisième Conférence des


Nations Unies sur les Pays Moins Avancés (PMA), Bruxelles, 14 mai 2001, p.13