Vous êtes sur la page 1sur 4

DOCUMENT RÉSERVÉ AUX SURVEILLANTS

SUJET 2

TRANSCRIPTION DES DOCUMENTS AUDIO


S’ASSURER AVANT DE COMMENCER L’ÉPREUVE QUE TOUS LES CANDIDATS SONT PRÊTS.
L’ enregistrement comporte l’ensemble des consignes ainsi que les temps de pause entre les écoutes. Le surveillant ne doit
donc pas intervenir sur l’appareil de lecture avant la fin de l’épreuve.
> MISE EN ROUTE DE L’ APPAREIL DE LECTURE
Ministère de l’éducation nationale, Centre international d’études pédagogiques. DALF niveau C2 du Cadre européen commun
de référence pour les langues, épreuve de compréhension et de production orales.

Vous allez entendre deux fois un enregistrement de 15 minutes environ.


Vous écoutez une première fois l’enregistrement. Concentrez-vous sur le document. Vous êtes invité(e) à prendre des notes.
Vous avez ensuite 3 minutes de pause.
Vous écoutez une seconde fois l’enregistrement.
Vous avez alors une heure pour préparer votre intervention. Cette intervention se fera en trois parties :
– présentation du contenu du document sonore ;
– développement personnel à partir de la problématique proposée dans la consigne ;
– débat avec le jury.

1 Première écoute
« La classe inversée », Rue des écoles, France Culture
– Louise Tourret : Bonjour à tous, bienvenue dans Rue des écoles, le rendez-vous de l’éducation de France culture. Aujourd’hui,
la classe inversée, une innovation pédagogique qui rencontre un succès sans précédent. On va vous expliquer de quoi il
s’agit, et tenter de comprendre ce que signifie ce succès. Héloïse Dufour bonjour !
– Héloïse Dufour : Bonjour.
– LT : Vous êtes biologiste, militante passionnée de cette pédagogie, vous allez nous expliquer pourquoi le sujet vous passionne.
J’ajoute que vous êtes aussi fondatrice d’une association : Inversons la classe. Vincent Faillet, bonjour.
– Vincent Faillet : Bonjour.
– LT : Vous êtes professeur agrégé de sciences de la vie et de la terre, vous enseignez au lycée Dorian à Paris, dans le
onzième arrondissement, et puis vous menez aussi une activité de recherche en sciences de l’éducation, notamment sur
la question de la classe inversée, c’est pour ça que vous êtes avec nous aujourd’hui. Héloïse Dufour, donc je le disais, vous
êtes biologiste. C’est parce que vous avez passé beaucoup de temps aux États-Unis ces dernières années que vous avez
été sensibilisée à la classe inversée, une pédagogie qui est très répandue outre- Atlantique ?
– HD : Tout à fait. Donc j’ai passé ces six dernières années aux États-Unis, et puis, là, j’ai entendu parler de la classe inversée
par mes activités d’enseignement, et elle m’a intéressée pour deux raisons principales. La première, c’est que ça me paraît
être un moyen facilement transmissible de dépasser un enseignement transmissif. Et puis en outre, ça me paraît être un
moyen prometteur pour lutter contre les inégalités et le décrochage scolaire. Et, comme vous le disiez, aux États-Unis, c’est
vraiment quelque chose qui se répand à la vitesse de l’éclair.
– LT : Donc, on reprend la définition de la classe inversée, c’est donc apprendre hors de la classe, et faire les exercices avec
l’enseignant, ce qui permet de mettre tous les élèves en activité. Vous dites que c’est moins inégalitaire, Héloïse Dufour.
Pourtant, le travail à la maison, on le sait, les devoirs, c’est très inégalitaire, car tous les enfants n’ont pas les mêmes
possibilités de travailler chez eux : possibilités matérielles, la même aide aussi disponible de la part de leurs parents ou
de leur entourage.
– HD : Alors ce qui change dans la classe inversée, c’est la nature même du travail à la maison. C’est-à-dire que dans une...
dans un enseignement traditionnel, ce qu’on va demander aux élèves à la maison, c’est de faire des exercices qui peuvent
être problématiques, même s’ils ont l’aide de les, des parents, et on sait que même dans les familles plus ou moins en

DALF C2 Page 1 sur 4


DOCUMENT RÉSERVÉ AUX SURVEILLANTS

difficulté, il y a un investissement des parents important. Il peut y avoir problème de compréhension de l’énoncé par exemple,
ou... alors que dans une classe inversée, l’idée c’est de faire un travail à la maison qui est uniquement de regarder des
leçons par exemple, ou de vraiment préparer le cours. On demande... C’est un travail qui est simple, et qui ne demande pas
de capacités spécifiques des parents, ou de... ou d’enseignants privés par exemple. Donc moi ce que j’ai fait, c’est que j’ai
interviewé un certain nombre d’enseignants qui mettent en pratique la classe inversée, et il y en a un certain nombre qui,
justement, se saisissent des nouvelles technologies, pour vérifier que le travail à la maison a été fait. C’est-à-dire que, en
même temps qu’ils donnent des ressources à regarder ou à consulter, ils utilisent des questionnaires en ligne pour poser
quelques questions très simples, vraiment de compréhension de base sur ce sur quoi portait la leçon, et ça leur permet,
avant d’arriver en classe, d’une part de savoir si leurs élèves ont compris, d’autre part, s’ils ont effectivement fait le travail.
Et pour les élèves, le fait de savoir que le prof sait, ça change les choses.
– LT : Ah ben je trouve ça pratiquement terrifiant ! (Rires). C’est... ça fait partie des possibilités des nouvelles technologies,
ça peut être aussi, oui, considéré comme une limite, parce que le contrôle devient, ma foi, très important. Il faut aussi
s’intéresser aux limites de cette pédagogie. Ça demande quand même un investissement professoral différent, peut-être
plus important, parce qu’il faut beaucoup s’impliquer, et puis il faut être très actif dans sa classe. Vincent Faillet.
– VF : Oui, absolument. A l’origine, Bergmann et Sams, qui ont véritablement fait découvrir la méthode, ont travaillé avec des
capsules vidéo, donc ce qui suppose un enregistrement...
– LT : Il faut les fabriquer.
– VF : Il faut les fabriquer.
– HD : Pas forcément...
– VF : Il faut avoir les compétences, la technologie, pour les fabriquer, ou utiliser des capsules déjà existantes. Mais en règle
générale, les enseignants aiment bien travailler avec leurs propres supports. Cela suppose de totalement repenser la classe
évidemment, puisque le cours, le modèle transmissif classique doit être fait à la maison, donc il faut d’autres activités en
classe, des activités qui vont supposer en effet des questionnaires à choix multiple, ou éventuellement l’utilisation de boîtiers
de vote, des ateliers. Donc c’est un travail totalement différent pour l’enseignant, ça suppose un fort investissement, oui.
– LT : Est-ce que on continue, avec cette classe inversée, à produire aussi des devoirs, des travaux un peu plus longs ? Là on parle
de réponses à des Q.C.M, des petits exercices pour vérifier que la leçon a été comprise, mais il y a aussi une mobilisation de ces
savoirs, traditionnellement dans la rédaction, la dissertation, dans des travaux un peu plus personnels. J’ai l’impression que on
sort un peu de ces exercices, ces pratiques du champ avec la classe inversée ? Vincent Faillet.
– VF : Non. On n’est pas obligé de changer la façon d’évaluer les élèves. Ce qui change vraiment, c’est la façon de favoriser
l’accès à la connaissance. L’évaluation en elle-même n’a pas lieu forcément d’être changée.
– HD : Et pour beaucoup d’enseignants que j’ai rencontrés, l’idée c’est pas d’augmenter la somme de travail à la maison, c’est
juste vraiment d’en changer la nature. En termes de dissertation, de choses comme ça, moi j’ai rencontré des enseignants,
en français par exemple, et qui utilisent la classe inversée pour faire produire aux élèves, en classe, des textes, et pour
vraiment travailler avec eux, sur la production d’un texte, comment est-ce qu’on fait.
– LT : Donc on intervient dans le travail personnel des élèves, c’est le faire avec l’élève...
– HD : C’est passer du face à face au côte à côte.
– LT : Vincent Faillet, ces pédagogies sont-elles séduisantes ? Et pourquoi le sont-elles ?
– VF : Alors...
– LT : … auprès des enseignants.
– VF : Elles sont séduisantes parce que c’est une rupture avec un modèle qui est ancien, c’est le modèle transmissif. Depuis
le Moyen Âge, on est dans un modèle transmissif, avec l’enseignant au centre, les élèves autour, il récite le cours, et une
cohorte d’élèves prend le cours. Donc l’idée de la classe inversée, c’est de se positionner de façon très pragmatique où c’est
l’élève qui est au centre de la réflexion, c’est l’élève qui va construire son savoir, avec l’aide de l’enseignant et avec l’aide de
ses camarades également. Donc c’est séduisant parce qu’on remet l’élève au centre de la classe.
– LT : Une idée qui ne séduit pas tout le monde pourtant, mais finalement, est-ce que la classe inversée, c’est abolir l’idée de
transmission ? Héloïse Dufour.
– HD : Alors je pense que c’est là qu’il faut préciser qu’il n’y a pas un type de classe inversée. Et je pense que c’est pour ça que

DALF C2 Page 2 sur 4


DOCUMENT RÉSERVÉ AUX SURVEILLANTS

la classe inversée marche aussi bien. On peut faire une classe inversée en restant dans le transmissif. On peut faire une
classe inversée où on... c’est toujours l’enseignant qui donne les leçons à l’élève à apprendre, c’est toujours l’enseignant
qui donne les exercices, et simplement qui se contente d’aider les élèves en classe. Moi je trouve que la classe inversée,
c’est plus intéressant, justement, pour faire des tâches complexes, pour vraiment mettre l’élève en situation de production.
Mais, encore une fois, pourquoi est-ce que ça séduit tant de gens ? Je pense que moi, tous les enseignants me l’ont dit,
c’est vraiment cette idée d’interaction avec les élèves. Les enseignants qui sont en classe inversée, ils parlent à tous leurs
élèves, tous les jours. Et là on revient sur pourquoi est-ce que c’est un moyen de lutter contre le décrochage scolaire par
exemple ? Parce que ça renforce vraiment les interactions entre les enseignants et les élèves.
– LT : Interactions entre les élèves, on en a un peu parlé, et j’aimerais beaucoup qu’on y revienne, c’est finalement favoriser
quelque chose qui est assez laissé de côté, c’est les pédagogies coopératives dans l’école française, pédagogies qui sont
peut-être plus adaptées au monde actuel, au monde professionnel aussi, quel que soit le type de métier d’ailleurs auquel
on se destine. Vincent Faillet.
– VF : Disons que la coopération fait partie de l’arsenal pédagogique des élèves. Surtout avec les nouvelles technologies.
Une fois rentrés chez eux, les élèves que j’ai pu étudier au lycée Dorian vont sur des plates-formes, alors pas forcément les
plates-formes académiques type ENT, mais vont par exemple sur Facebook, ils coopèrent, ils s’échangent des informations
sur les cours, sur les exercices. Donc la coopération... est un mode de travail tout à fait normal pour ces élèves. Un mode
de travail dont ils sont habituellement privés dans un enseignement transmissif. Donc le fait de leur redonner la parole, de
réactiver quelque part une dialectique moderne où l’élève va donner son point de vue, essayer d’expliquer à son camarade
ce qu’il pense, séduit tout à fait les élèves actuels.
– LT : Ce qu’on peut aussi dire, c’est que l’idée de la classe inversée répond à une problématique tout à fait contemporaine de
l’école puisqu’on voit émerger tout un marché d’applications pour apprendre. Des applications qui permettent par exemple
de réviser ses tables de multiplication, on peut tout à fait le faire avec une machine, ou les verbes irréguliers, l’orthographe,
les conjugaisons, on peut dialoguer avec un ordinateur qui voit le type de fautes qu’on fait, qui conseille en termes de
ressources : où est-ce qu’il faut aller chercher ? Quelle leçon il faut consulter ? On recentre donc la mission enseignante
sur l’humain, si je vous suis bien. C’est ça Héloïse Dufour ?
– HD : Oui. Et je pense que... Là, encore une fois, je voudrais insister sur le fait que les nouvelles technologies ne sont vraiment
pas le point principal de la classe inversée, c’est un facilitateur, mais l’idée c’est vraiment de changer ce qui se passe
en classe, d’avoir un enseignant qui est là pour faire apprendre les élèves, leur... éventuellement même leur apprendre à
apprendre, et...voilà.
– LT : L’enseignant fait quelque chose que la machine ne pourrait pas faire. Il peut voir si l’élève a compris euh, l’évaluer. Il y a
toujours un petit peu de psychologie, il y a toujours une dimension psychologique dans le fait d’enseigner. Vincent Faillet,
qu’est-ce que vous pensez de cette idée ?
– VF : Oui, c’est... on est loin de la machine à enseigner, on est vraiment, comme vous le souligniez, dans l’humain, et on
redonne la parole à l’élève, et...la.. certes les technologies ne sont pas forcément, nécessairement présentes. On peut
faire de la classe inversée sans technologies, mais on peut également le...la faire avec des technologies, et là je pense
aux travaux d’Éric Masure, où il va travailler avec des boîtiers de vote, ce qui va permettre à des élèves qui habituellement
ne s’exprimeraient pas - parce que là c’est un problème, l’expression - de pouvoir donner leur avis, de pouvoir répondre, de
pouvoir participer à la classe. Donc on modifie complètement la psychologie de l’élève au sein même du groupe classe. Et
des fois on a des surprises, on peut constater, je l’ai constaté moi-même, que des élèves qui pouvaient avoir l’air totalement
effacés en fond de classe, eh bien, prenaient goût à la parole, et prenaient goût à la dialectique de façon à s’exprimer et à
faire valoir leurs idées. Donc c’est très intéressant d’un point de vue psychologique.
– LT : Vincent Faillet, sur, finalement, ces pédagogies qui peuvent se répandre sans contrôle institutionnel, sans cohérence
aussi entre les enseignants ?
– VF : On est dans le bricolage, mais dans le bricolage dans l’esprit de Levi-Strauss, c’est-à-dire l’esprit noble du bricolage.
L’enseignant, l’artisan, dans sa classe, avec ses moyens, avec sa vision, avec ses élèves, dans un univers assez clos, qui
va mettre au point sa classe inversée. La classe inversée de Saint-Brieuc n’est sans doute pas celle de Paris...euh... Ce
qui est intéressant, c’est que ce bricolage – c’est un bricolage évolutif – c’est François Jacob qui disait que l’évolution,
c’est un bricolage moléculaire où l’on fait du neuf avec du vieux. Eh bien je pense qu’on est tout à fait dans ce cadre-là, et
l’intérêt, c’est ce que c’est un bricolage qui vient de la base. Ce sont les enseignants qui s’approprient de nouvelles méthodes

DALF C2 Page 3 sur 4


DOCUMENT RÉSERVÉ AUX SURVEILLANTS

d’enseignement, et c’est assez nouveau en France. Et c’est peut-être le gage d’un, du succès. C’est-à-dire, ce n’est pas une
volonté hiérarchique qui viendrait des ministères ou de l’Académie, ce sont les enseignants qui, il suffit de regarder divers
blogues sur internet d’enseignants qui se posent des questions au primaire, secondaire, collège, lycée... où on se rend
compte eh bien que l’on essaye de faire ce que l’on peut avec une emprise très proche des élèves. Donc on est dans du
bricolage qui vient de la base, qui se répand, donc je pense que c’est quelque chose qui devrait être regardé avec grande
attention de la part des instances académiques et ministérielles.
– LT : Eh bien ce sera le mot de la fin, merci beaucoup Vincent Faillet, je rappelle que vous menez des recherches en sciences
de l’éducation sur la classe inversée. Merci Héloïse Dufour, biologiste, vous avez fondé le site, l’association Inversons la
classe. Bonne après-midi sur France culture !

Fin de la première écoute. Deuxième écoute dans 3 minutes.


Pause de 3 minutes
2 Seconde écoute
Fin de la seconde écoute. Vous avez maintenant une heure pour préparer le compte rendu et la présentation personnelle.

(-) ARRÊT DE L’ APPAREIL DE LECTURE

DALF C2 Page 4 sur 4