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.. Psychrnc,g•t M&-J1ca1e » 1983. 15. 11 1875-1880 x.xv:• J~J:n~s d€ l'HQp1;a1 Henr;-M.JL< ,,:_.•.

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Copyrrght S.P.E.l. éd1leur, Paris. org::,.;1 :,,:...r~~ pa-J AYME B JOUV~.,.
- ·· Tré!va11 et Psych1alr1e •·
Parit,. 17-18-19 novembre 1982
sous la pré~1Clerice de D. NOEL

Réactions psychopathologiques aux rupiures


involontaires d'activité professionnelle
(Retraite, licenciement, maladie, reclassement)
Ch. DEJOURs· (Orsay)

SUMMARY; RÉACTIONS PSYCHOPATHOLOGIOUES AUX RUPTURES INVOLONTAIRES D'ACTIVITÉ PROFESSIONNELLE


(RETRAITE, LICENCIEMENT, MALADIE, RECLASSEMENT)
PSYCHOPA THOLOG/CAL REACTIONS OF UNINTENTIONAL BREAK OFF IN PRDFESSIONAL ACT/VITY
by Ch. OEJDURS

"Psychologie Médicale n, 1983, 15, 71: 1875-1880


Two different analysis of the psychopathological reactions of unintentional break off in work.ing activity are proposed in the paper,
according to the socio-professional class.

The problem concerning professionals beJonging to the upper socio-culturel level is centered on the sublimation concept and/or the
activity as a mean of escaping psychic conflicts.

As for unsk.illed workers, work. appears as 1c antisublimating » and requires an absolutely different interpretat,on which relies upon
recent results achieved by research in occupational psychopathology

KEY-WORDS: Unemployment - Psychosomatic medicine - Occupationa/ psychopathology - Depression • Sublimation - Retirement.

Î,
Introduction savoir-faire à long terme. On comprend aisément dans cette
conjoncture que si le désir traverse toute la vie de travail, et la
8ien n'est plus diversifié et hétérogène que les rapports éta- structure, le travail à son tour puisse être un élément-clef du dis-
blis -par les hommes avec leur travail, Une analyse globale ris- positif mental qui va du" désir n à la« satisfaction du désir"· Le
querait d'être simpliste ou erronnée. Activité professionnelle ? travail s'engrenne alors de façon complexe à l'histoire infantile
Là, déjà se recensent de grandes difficultés. Nous n'avons pro- du sujet, de sorte que non seulement il soit en harmonie avec
bablement pas le droit d'assimiler pêle-mêle les professions l'histoire et la personnalité du sujet mais qu'il soit aussi le sup-
d'architecte et de manœuvre du bâtiment, de chirurgien et port concret et même l'occasion d"amplifier et de préciser le
d'agent hospitalier, de notaire et de secrétaire dactylo, d'ingé- désir.
nieur et d'ouvrier spécialisé. 1.1 est simple dans ce cas de comprendre qu'en brisant le rap-
C'est pourquoi, rQ_us procèdemns à une analyse en deux port privilégié de l'homme à son travail on menace du même
temps : !e ~remier conceriièra les professions qui nécessitent coup la dynamique du désir, et la dialectique du sujet avec la
une longue formation et conduisent à un métier. Le second réalité. Licenciement, retraite forcée ou anticipée, accident inva-
temps concernera les professions déqualifiées, telles qu"elles lidant, reclassement peuvent tout naturellement menacer une
se rencontrent dans la production de masse. économie psychique qui jusqu'alors tenait sa stabilité du travail.
iui-même. ~
1 • Les catégories professionnelles les plus élevées
2) Fragilités et immunités face aux ruptures
de la hiérarchie socio-culturelle :
d'actiVité professionnelle
1) Travail et désir On est en droit de se demander à partir de cette observation

r Souvent dans ces cas Je désir est au fondement même de


l'aCtivité de travail: il intervient successivement dans le choix de
pourquoi les sujets impliqués de la sorte dans leur métier, ne
décompensent pas tous à l'occasion de leur retraite ou d'un
licenciement.
la profession, dans la formation qui dépasse souvent dix ans
après la fin des études secondaires, et n'aboutit à son terme que A condition de procéder à une investigation psychopathologi-
\ si elle est soutenue par un désir tenace, dans la spécialisation, que plus précise, on constate que tous ces travailleurs ne sont
l_ dans l'exercice de l'activité, et dans le perfectionnement du pas dans des situations psychiques équivalentes, même si pour

Docteur Christophe DEJOUAS, Médecin-Assistant des Hôpitaux Psychiatriques, Service de Psychiatrie du Docteur J. PIAET-PILACHON Centre
Hospitalier d'Orsay, Domaine du Grand-Mesnil, 91406 ORSAY. '
Tirés à part : docteur Christophe DEJOUAS, adresse ci-dessus.

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tous le travail joue un rôle psychoéconomique crucial. Parmi les qu'une rupture involontaire de travail ne soit pas toujours suivie
différences innombrables qu'on peut mettre en évidence, nous d'une recomposition du rapport homme-tâche satisfaisante, en
soulignerons qyatre variables qui semblent déterminantes, à cas d'affectation à un nouveau poste de travail. C'est le plaisir
savoir: la place qu'occupe le travail pour chaque sujet vis-à-vis issu de l'exercice du corps qui est remis en cause, et ceci peut
de la « sublimation 11, de « l'économie psychosomatique», du occasionner parfois un vécu d'effondrement, ou de déborde-
passé psychique et des relations affectives actuelles. ment par une excitation en manque d'exécutoire, et plus sou-
Le travail au regard des sublimations vent des troubles somatiques parmi lesquels l'éclosion de nou-
velles pathologies physiques, ou l'aggravation d'affections chro-
~ sublimation est un processus grâce auquel le sujet niques jusque-là compensées. Ce sont donc avant tout les
renonce à satisfaire directement certaines pulsions pour leur décompensations psychosomatiques qui sont ici désignées par
donner des issues substitutives dans une il~tlv~~; caractère· les ruptures d'activité de travail.
~çi~I.. C'est un processus complexe dont tou u acun-n'est
pas uniformément capable sur lequel on a beaucoup écrit sans Travail et histoire infantile
jamais parvenir à épuiser toutes les questions qu'il pose.
FREUD a insisté sur le tait que la sublimation Intéresse d'abord Dans le meilleur des cas le travail offre des « satisfactions
les pulsions dites« partielles" c'est-à-dire, celles qui ne se sont substitutives » aux désirs tels qu'ils ont été forgés par l'histoire
pas correctement intriquées à la sexualité génitale, et qui en infantile ou en termes plus techniques par la " névrose infan-
tile,.
l'absence de sublimation se font connaitre sous forme de per-
versions (sadisme, masochisme, voyeurisme, exhibitionnisme,
Les sublimations en sont un exemple. Mais parfois le sujet
etc.) (1). Si l'on connaît les nombreuses formes de sublimation
pour «s'arranger• avec son passé choisit de lui opposer un
par changement d'objet de la pulsion : sadisme sublimé du chi·
démenti, désigné dans la théorie psychanalytique par les termes
rurgien, voyeurisme sublimé du photographe ... on rencontre plus de formation réactionnelle, déni, rejet ou clivage selon les cas
rarement les sublimations qui intéressent, non seulement l'objet
particularisés. L'activité de travail apparaît alors comme coupée
de la pulsion, mais aussi son but. FREUD a principalement mis à
du passé et destinée même à maintenir activement cette cou-
jour ce processus insolite chez les créateurs : artistes et pen-
pure de façon à protéger le sujet du retour inopiné de son his-
seurs (2). toire infantile ou plus généralement de son inconscient. Au lieu
La sublimation est complexe mais elle est surtout fragile, et de négocier avec son inconscient pour aboutir à un compromis
ne s'improvise pas. Elle résulte d'un délicat travail psychique. comme- l'est la formation substitutive, il se met délibérément
C'est-à-dire, qu'en rompant une activité de travail où se sont dans une problématique de rapport de force, le terrain étant
bâties des sublimations, on risque de briser en même temps un occupé par le plus puissant des protagonistes. Le travail est ici
édifice patiemment construit par le sujet à sa mesure, et de faire essentiellement défensif. C'est un cc contre-investissement »,
refluer sur lui des pulsions en manque d'investissement, ce qui beaucoup moins souple et moins subtil que ne l'est la sublima-
peut occasionner en soi, dans certaines conditions que nous ne tion. Il n'est pas rare que l'interruption du travail par licencie-
-~ pouvons détailler ici, une situation mentale (et somatique) péril- ment (ou retraite même) révèle la rigidité de ce système défensif
,, leuse. · · · et que le sujet se trouve brutalement et sans alternative face à
L'économie psychosomatique tout ce qu'il a toujours voulu méconnaître de lui-même. C'est
alors que surgit la crise avec parfois une décompensation
Les sublimations, mais aussi l'activité de travail par elle- ps)'chiatrique à la clef (sous forme anxio-dépressivêmarorgani'
même, impliquent • l'économie psychosomatique». La tâche, sée, ou sous forme d'accès persécutif et délirant).
son organisation, son contenu, son mode opératoire impliquent
des contraintes cognitives, sensorielles et motrices, dans les-
La situation vis-à-vis des conflits affectifs actuels
quelles le sujet engage ses muscles, ses organes des sens et
son système nerveux. Cet engagement est très difficile à analy- Il arrive de façon non exceptionnelle que le sujet utilise son
ser. Dans certains cas, il est inadéquate et source de fatigue et travail pour fuir cette fois non seulement son passé, mais aussi
de souffrance. Dans d'autres, il est en soi une occasion de la façon dont il s'actualise dans le présent par le truchement des
détente et de satisfaction. Qu'on sache seulement que chaque conflits affectifs qui l'opposent à son conjoint, à ses enfants, à
sujet est doué d'une structure particulière en vertu de laquelle il ses parents, etc. Le travail, l'hyperactivité s'avèrent alors une
régule son économie psychosomatique et que de ce fait, on ne occasion providentielle pour fuir les conflits. Cette activité de
peut pas parler de cc bonne ,, ou de cc mauvaise II tâche. A chaque travail bénéficie désormais d'un c,;,ntingent d'énergie supplé-.
fois se noue un rapport spécifique entre un homme et les con- mentaire accordé pour sa fonction défensivè .. Cette · dernière
traintes de sa tâche, qui est dans certains cas susceptible - preind le nom de«comportement phobique ., (et non de « pho•
d'aménagements personnalisés. A titre d'exemple, certains bie » qui, dans son sens propre renvoie à une organisation men-
sujets ne parviennent à la détente qu'à condition d'un certain tale particulière et à des procédures psychiques spécifiques en
travail musculaire (sport, travail de chantier) tandis que d'autres direction de certaines représentations sexuelles).
ont besoin de stimulations psycho-sensorielles (telles qu'on en Les interruptions de travail par licenciement, retraite, acci-
trouve dans les tâches de pilotage en général dans tous les dent, suite d'infarctus du myocarde, etc. peuvent dans ces cas
engins : voitures, motos, grues, avions, etc.), alors que d'autres, revêtir une forme catastrophique et menacer l'équilibre mental,
enfin, ont besoin de contraintes cognitives et n'atteignent le ou la santé somatique du patient en le projetant sans ménage-
repos qu'après force jeux sophistiqués de mathématiques ou ment dans une véritable fosse où les conflits sont aussi redou-
mots croisés complexes. Il faut se garder des généralisations. tés que les lions des spectacles romains. Les exemples en la
Parmi les chirurgiens, il faut faire des distinguo: entre l'orthopé- matière sont bien connus chez les cadres à propos desquels
diste d'adultes, qui est souvent contraint à déployer une intense tant de travaux ont été publiés.
activité musculaire, et le neurochirurgien qui dissèque sous
binoculaire, il y a autant de différences au regard de l'économie De façon un peu schématique, nous remarquerons que les
et des structures psychosomatiques qu'entre un menuisier et points 1 et 2 qui visent la sublimation et l'économie psychoso-
un horloger. matique, désignent un engagement positif dans le travail, où
sont ménagées des issues originales au désir du sujet, à son
L'activité professionnelle qui répond le mieux à la structure passé, à son histoire, à sa personnalité. On peut alors parler du
du sujet est le plus souvent au terme d'un cheminement dont le travail comme investissement. Dans les points 3 et 4 qui visent
tracé est assuré par les jeux articulés du choix professionnel, de la lutte contre le passé et les conflits, le travail s'inscrit avant
la formation et de la spécialisation. On comprend aisément tout comme moyen de lutte contre soi. Il ne s'agit plus d'issue

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personnalisée mais ct·un investissement du travail en forme depuis bientôt 100 ans sans interruption. Actuellement, encore
{( d"attitude réactionnelle n. On parlera alors du travail comme la Taylorisation du travail poursuit son essor dans le secteur ter-
défense. tiaire et dans les services (assurances, banques, postes, sièges
sociaux, etc.). Par comparaison avec les tâches hautement quali-
Il est certain qu'au plan prédictif ou pronostique, les sujets
Qui se servent du travail surtout comme défense sont relative- fiées, les tâches répétitives s'inscrivent de façon radicalement
ment plus vulnérables que les autres aux ruptures d'activité pro- différente vis-à-vis des problématiques du ~1sir, de la sublima-
fessionnelle. Ceux qui se servent du travail comme sublimation, tion et de l'économie psychosomatique.
montrent des aptitudes psychiques - souvent mais pas tou-
jours - plus souples, ce qui se traduit généralement par des
invesliSsements de qualité, en-dehors du travail. La rupture est
alors moins dangereuse. 1) Vis-à-vis du désir

Il est inopportun de pousser pl us loin les généralités. C'est le Qu'on envisage le choix professionnel, la formation, l'expé-
travail du psychanalyste que de faire l'investigation de ce rap- rience ou le savoir-faire, on constate que le désir du sujet n'a que
port complexe au travail, et il se gardera comme toujours de peu ou pas de place dans ce travail. En règle, ces travailleurs ne
généraliser, pour préserver ce qu'il y a d'unique dans l'aménage- choisissent pas d'être à la chaîne, sur machine-outil ou sur
ment particulier réalisé par chaque sujet avec la réalité. écran de visualisation. Aucun investigateur n'a jamais rapporté
de vocation au travail en miettes. La formation professionnelle
3) Forme séméio/ogique de la décompensation n'est plus qu'un mot, elle se réduit souvent à un ordre ou à une
consigne. Ainsi dans l'atelier est-il d'usage courant qu'un ouvrier
On comprendra compte tenu de ce qui a été dit jusque-là que soit déplacé de son poste à n'importe quelle heure de la journée
la forme de la décompensation mentale ou somatique ne pour remplacer un absent ou remédier à un ,1 bouchon " qui se
dépend pas de l'activité de travail. Elle dépend avant tout de la forme sur la ligne de production, sans apprentissage. Ceci se
façon dont s'est élaboré le rapport du sujet à son travail. Si
fait au pied levé et on aurait tort de s'en étonner puisque c'est
parmi les cadres beaucoup font des infarctus du myocarde, ce précisément cette facilité d'usage de la main-d'oeuvre qui est
n'est pas en raison du travail, mais parce que parmi eux se trou- explicitement recherchée par l'O.S.T. (4). Quant au perfectionne-
vent beaucoup de sujets qui s'engagent d'autant plus énergi- ment, à l'expérience, au savoir-faire, ils se réduisent à une bien
quement dans leur tâche qu'elle est aussi une fuite frénétique piètre caricature; il n'y a pas de capitalisation possible: d'ail-
contre l'angoisse intrapsychique. Bien entendu cela fait l'affaire leurs l'ouvrier spécialisé, par définition, ne doit pas avoir de
de certains employeurs de sorte que s'opère insensiblement, de
"métier"·
façon occulte, une véritable sélection dans certaines entreprises
au profit des phobies de comportement qui en bout de course
s'effondrent sous le coup d'une insuffisance coronarienne
(d'autres exemples d'exploitation des vices et des tares par le Il ne suffit pas de remarquer que le désir ne sous-tend pas
travail sont bien connus) (3). l'activité de travail, il faut compléter l'investigation d'une
seconde observation : le travail se fait non pas sans le désir.
Il en est de même pour les décompensations psychonévroti- mais contre le désir. Car pour tenir son poste et les cadences,
ques et dépressives : leur surgissement et leur forme, dépen- l'ouvrier doit faire taire son désir qui lui indiquerait à coup sûr
dent avant tout de la structure du sujet et de la façon dont il a d'autres choix. d'autres gestes, d'autres projets. Pour poursuivre
jusqu'alors utilisé le travail et on ne retrouvera jamais de patho- sa tâche, l'ouvrier doit lutter contre ses rêves, contre ses fantas-
logie mentale professionnelle parmi ces cas, calquée, même de mes et contre son fonctionnement mental - globalement Il
façon approximative, sur le modèle des maladies professionnel- doit se battre contre lui-même, contre sa personnalité, conne
les dues aux nuisances physicochimiques des ambiances de son désir." Pour survivre, il doit en partie renoncer à être ,1. Les
travail, comme le saturnisme, la surdité professionnelle ou la gestes stéréotypés et répétés obligent l'ouvrier à couper ses
silicose. actes et son corps de sa vie fantasmatique. S'inscrit ici une rup-
De cette analyse, il résulte que le traitement des maladies de ture tragique, qu'on retrouve chez tous les travailleurs déquali-
la retraite et du chômage issues des catégories socio-culturelles fiés, entre la tête et le corps. Dans les cas extrêmes (travail aux
les plus élevées ne relève d'aucun spécialiste parmi les psychia- pièces) il faut que cette coupure se double d'une« répression»
tres, et en tout cas pas d'un psychopathologiste du travail sup- (au sens psychanalytique du terme, qui n'est pas synonyme de
posé particulièrement compétent en cette matière. refoulement) de toute évasion mentale, car cette dernière est
immanquablement suivie d'une baisse de cadence, d'une aug-
mentation des ratés et des retouches, ou d'un geste malheureux
Il . Ré::clions psychc;,.:lhclogiquas paradoxales sanctionné par un accident du travail. (Il faut ici préciser que le
chez les travailleurs déqualifiés fonctionnement mental ne désigne pas le travail c, intellectuel 11
par opposition au travail II manuel 11, mais le fonctionnement de
La situation est désormais toute différente, et même insolite. l'appareil psychique).
Car on constate qu'assez fréquemment, ouvriers, petits
employés, voire salariés agricoles, apportent leur contingent de
victimes psychiatriques non seulement à l'occasion d'un licen- Cette lutte s'achève par une sorte de paralysie du fonctionne-
ciement, mais non exceptionnellement d'un départ en retraite. ment psychique, très pénible, effectivement vécue et ressentie
Or, l'analyse que nous avons proposée pour les cadres et les par les travailleurs comme une dépersonnalisation, une aliéna-
professions libérales, n'est pas applicable à ces travailleurs-ci. tion et un appauvrissement, quand ce n'est pas une destruction.
Et à y regarder de plus près, on ne voit pas bien comment expli- Or, cette paralysie est difficile à obtenir; elle n'est nullement
quer simplement ces faits d'observation courants. spontanée et elle exige du travailleur une dépense d'énergie
considérable. De sorte que plus pénible encore que la paralysie
Si nous insistons sur les professions déqualifiées, c'est que mentale elle-même, apparaît la phase de préparation et de lutte
le travail est dans une position radicalement différente au regard contre soi-même qui précède son obtention. Nous avons décrit
de l'activité psychique. Parmi les tâches déqualifiées, nous pren· ailleurs comment la vie hors-travail est traversée par cet impéra-
drons l'exemple des tâches répétitives (telles qu'elles sont tif et comment elle est peu à peu structurée par le travailleur
déterminées par l'Organisation Scientifique du Travail - 0.S.T. pour contribuer à cette auto-répression et l'aider à maintenir le
- mise au point par F.W. TAYLOR)(4),choisies en raison de leur conditionnement si chèrement acquis, pendant la journée toute
très grande fréquence et de la continuité de leur déploiement entière.

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Z) Vis-à-vis de la sublimation tians psychopathologiques à ces circonstances. le discours des
travailleurs ne renvoie pas immédiatement à la question du
On comprend sans avoir besoin d'amples développements
salaire. Ce qui est mis en avant, c'est la sensation dïnutilité,
que dans un mode opératoire imposé, rigidement organisé, d'où
d'absurdité, de non sens, du moins avant que le cadre de la
sont exclues pratiquement toutes les possibilités d'aménage-
dépression soit nettement franchi en direction de /a patho'1og·1e
ment de l'organisation du travail, il ne puisse y avoir aucun
mentale. Au-delà, si éclate une pathologie mentale avérée, on
espace pour le jeu de la sublimation. C'est dire que Je travail ne
est face à un vécu de persécution, de délire, de phobies, d'hypo-
peul fournir en pratique, aucune ouverture aux pulsions partiel-
condrie ..., où de toute façon on ne retrouve plus la question du
les, pour lesquelles le travailleur devra, dans Je meilleur des cas,
travail énoncée simplement en tant que telle, dans la parole du
pour leur trouver une issue personnalisée, chercher en dehors
travailleur malade. On retrouve seulement la rupture d'activité
du travail. Pour les raisons qui ont été évoquées d'assujettisse-
dans l'anamnèse, comme événement récent, et on lui impute
ment de la vie hors-travail au service du conditionnement pro-
généralement alors la fonction sybilline « de facteur réaction-
ductif et de sa maintenance, auxquelles il convient d'ajouter une
nel », dans Ja terminologie psychiatrique.
fatigue due non seulement aux conditions de travail mais
comme on le verra à une économie psychosomatique en situa-
5) Analyse du paradoxe
tion délicate, la réalisation des conditions propices, hors-travail,
à l'exercice des sublimations est chose malaisée. Toutefois, cer- Aux réactions psychopathologiques en lieu et place du vécu
tains ouvriers et employés (plutôt quand ils sont jeunes encore) euphorique de libération, on peut donner au moins deux explica-
parviennent ainsi à soustraire une part d.e leur être au laminoir tions qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre.
psychique qu'est le système Taylor. Mais, même dans ce cas, les La première concerne le fonctionnement psychique lui-même,
heures où le corps reste coupé de son chef-naturel qu'est le la deuxième concerne les « idéologies défensives de métier».
fonctionnement mental, participent à une situation anormale et
coûteuse pour la santé. Le fonctionnement mental libéré : dans la première constella-
tion psychopathologique, Je travailleur libéré de son t,avail,
constate avec effroi que de cette liberté il ne sait QUE laire.
3) Vis-à-w-is de l'économie psychosomatique
L'investigation clinique montre alors qu'en dépit d'une situation
Ce qui a déjà été dit suffirait pour rendre compte des efforts dépourvue des contraintes organisationnelles habituelles, le
que doivent déployer ces travailleurs pour sauver leur équilibre fonctionnement mental reste paralysé, ou au moins c, hypotoni-
psychique et somatique. La coupure opérée par l'O.S.T. entre le que». Le travailleur se trouve alors face à ce qu'il redoutait:
fonctionnement mental et le corps est dangereuse, avons-nous n'être plus lui-même, car il a perdu dans la bataille du travail, sa
dit ; elle atténue, en outre, la perception par le sujet des risques personnalité, ses goûts, son énergie, son initiative, ses désirs.
qu'il court, ici et maintenant, dans cet affrontement tragique
C'est une situation dramatique où le travailleur doit mainte-
avec les conditions et l'organisation du travail. Le clivage entre
nant affronter, sans alibi actuel, le jugement implacable de son
psyché et soma, el à la limite la paralysie mentale qui livre le
idéal du Moi. S'ouvre alors la brèche d'une dépression narcissi-
corps sans défense à l'organisation du travail, évoque de façon
que qui débouche assez souvent sur un processus de somatisa-
frappante ce qui a été décrit sous le nom de dépression essen-
tielle (5) par les psychosomaticiens : état charnière, où Je corps tion. Ces états cliniquement repérables posent quelques ques-
dépourvu de ses soutiens mentaux, est la proie désignée des tions d'ordre psychoéconomique:
maladies somatiques. La dépression essentielle est, en effet, au Le fonctionnement psychique peut-il survivre à la répression
départ des « désorganisations progressives » (6). En sorte que le et ressurgir ad integrum? Y-a-t-il un délai de répression au délà
travail taylorisé réalise de façon expérimentale des états similai- duquel quelque chose a été irrémédiablement détruit dans le
res aux dépressions essentielles, avec, à la clef, une fragilisation fonctionnement psychique? Y-a-t-il des conditions particulières
du corps. Quand on ajoute à cela que ce sont souvent ces tra- pour déclencher cette destruction ?
vailleurs qui sont affrontés aux plus mauvaises conditions de A ces trois questions, nous n'avons pas encore de réponse
travail, on comprendra aisément leur plus grande morbidité et circonstanciée à donner. Nous ne pouvons que rapprocher cela
leur plus courte longévité par comparaison à la population géné- de l'observation qu'en temps normal les ouvriers et employés
rale et plus nettement encore, bien sûr, aux cadres et aux pro- déqualifiés soumis à des tâches répétitives ont souvent du mal
fessions libérales. à supporter Je début des vacances et perdent parfois plusieurs
jours avant de pouvoir profiter des loisirs. On a l'impression que
4) Le paradoxe psychopatho/ogique brutalement confrontés aux rapprochements affectifs, familiaux
Tous ces éléments étant considérés, on s'attendrait à voir et amicaux, sans pouvoir user d'un fonctionnement menta!
dans les ruptures d'activité professionnelle, une véritable libéra- paralysé ou ralenti, ces sujets sont en quelque sorte désarmés,
tion. Libération du fonctionnement mental, d'abord et soulage- débordés, voire traumatisés et cherchent à se protéger par l'iso-
ment ensuite. Cette possibilité se rencontre dans la réalité et lement et par des réactions d'irritation et de rejet que l'entou-
certains témoignages ont à cet égard, une valeur exemplaire (7). rage ne comprend pas.
L'ouvrier libéré des contraintes organisationnelles par Je chô-
C'est donc la question de l'élasticité du fonctionnement
mage partiel, éprouve dans un bref délai de véritables retrouvail-
psychique qui se trouve ici posée de façon un peu particulière
les avec son corps et avec sa vie mentale. L'explosion fantasma-
par Je travail.
tique est vécue dans une atmosphère euphorique.
Dans une autre constellation psychopathologique, on cons-
Mais il n'est pas rare que paradoxalement, le licenciement
tate que face à Ja libération des contraintes de travail, le fonc-
ou même la retraite soient suivis d'une crise psychopathologi-
tionnement mental renait de ses cendres. Mais au lieu d'appor-
que qui est assez étonnante pour qu'on s'interroge sur son_
ter du plaisir, c'est surtout de l'angoisse qu'annoncent ces
mécanisme. Comment l'effet de la libération peut-il ainsi inver-
retrouvailles avec soi-même. L'investigation clinique montre
ser ses effets ?
qu'alors Je travailleur redoute les conséquences à terme, de ce
On pourrait invoquer les conséquences matérielles et la redéploiement de lui-même. Enfin libéré de ses entraves menta-
menace concrète qui résultent de la rupture de travail. Or, cet les, comment l'ouvrier va-t-il trouver l'énergie et le goût de cher-
argument bien qu'important est peut être insuffisant ; il perd de cher un nouvel emploi, nécessairement déqualifié (compte tenu
sa force dans les cas où le licenciement n'entraîne pas immédia- de la situation économique et de l'absence de formation techni-
tement le désastre 0icenciement économique) et plus encore, que), c'est-à-dire synonyme d'un nouveau déchirement, d'un
quand il s'agit de la retraite. En outre, il s'avère que lors de réac- nouvel assujettissement, et d'une nouvelle vie de souffrance.

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Ainsi la libération inaugure-t-elle un conflit très grave entre le Lorsque, comme actuellement, c'est l'entreprise qui dépose
souhait de se laisser aller à goûter la joie de désirer et de rêver son bilan, le chômage s'accompagne d'un effondrement de tout
d'une part, et la nécessité de reconcentrer à nouveau les efforts ce dispositif qui pour fragile qu'il était, n'en avait pas moins une
vers la rechercne de la souffrance et de la dépersonnalisation. certaine efficacité, comme en témoignent les réactions psycho-
pathologiques observées.
La libération propulse le travailleur dans un conflit difficile-
ment soluble ou s'affrontent la « discipline de la faim» et le D'un coup, tout le système de valeurs s'écroule. Cette souf•
désir d'être soi-même. Il arrive que la situation psychique soit Irance ne servira pas à leurs enfants, ni à la société, puisque
plus redoutable encore à ce moment qu'auparavant, lorsque la l'entreprise fait faillite. Elle ne sert même pas à enrichir un
question ne se posait plus, tant Que le sujet s'épuisait dans la patron, puisqu'il doit renoncer, lui aussi.
paralysie mentale et l'aliénation.
Lorsque l'illusion a volé en éclat, une partie du dispositif
défensif contre la souffrance se trouve inutilisable, et il faut
On comprend aussi, que certains travailleurs, pressentant le désormais que chaque ouvrier licencié, s'arrange seul pour
danger, avant même l'arrêt du travail {retraite ou licenciement) éponger l'angoisse, et l'épreuve de réalité. Quelques uns, en
s'insurgent par avance contre une liberté mentale, qu'ils savent pleine force de l'âge s'y abiment tristement.
factice et dangereuse à terme.
A cela, il faut ajouter que l'idéclogie défensive de la résis•
L'absurdité d'une telle situation est difficilement soutenable, tance double les valeurs attachées à la souffrance, d'un certain
de sorte que c'est parmi les plus c, raisonnables n des travail- nombre d'interdits non moins tenaces qui conduisent à dénon-
leurs menacés de chômage que s'observe le plus grand nombre cer toutes les formes de non-travail et de non-souffrance non.
de réactions psychopathologiques ! Cette situation déborde résistance, auxquelles sont affectés des signes de fainéan-
aussi les moyens mentaux de certains ouvriers proches de la
retraite, car ils redoutent après 30, 40 ans ou plus de répression
tisme, de paresse ou de vice. Ainsi sont condamnés pêle•mêle
les arrêts de travail, les arrêts-maladies, les invalidités ... et le
f
f
du fonctionnement psychique, de voir resurgir l'inconscient et chômage. L ~ f__;- : t , .,_
( ses avatars (dont on sait qu'ils ne vieillissent guère) pour consta·
ter que la vie est passée et souffrir de ce que leur corps, lui, n'a En cas de licenciements importants dam, une région, ceux
plus 20 ans. Les retrouvailles risquent alors d'être trop brutales, qui conservent un travail se resserent autour de l'idéologie de
la discordance et le bilan trop pénibles, et on comprend que cer- métier et condamnent plus durement à l'exclusion les chômeurs
tains sujets n'évitent pas de toutes leurs forces le dérapage si
qui, malgré eux, transportent la menace qui doit rester cachée.
facile vers la décompensation dépressive, psychonévrotique ou
psychosomatique.
L'ouvrier chômeur doit donc faire lace à l'absurdité d'un
Les idéologies défensives de métier système défensif qui a fait la preuve de son inefficacité, et, en
cr'1 r Les idéologies défensrves de métrer (8) ont été décrites à pro- plus, à la réponse sociale très dure qui se retourne contre lui, et
1 l pos des travarlleurs du bâtrment et des industries de process. lui jette implicitement ou explicitement par la voix de ses pro•
pres camarades, l'anathème de la honte.
• Elles consistent en comportements et attitudes paradoxales
souvent étranges et spécifiques à chaque métier. Elles intéres·
. • A cette conjugaison d'attaques qui font écho à la dépression
. V';v sent toute la collectivité de travail impliquée. Elles visent à lan- décrite plus haut, certains travailleurs ne survivent pas .
..... ,.;.""
cer un défi collectif aux n ers et aux nuisances du vail,
" :,. grâce auquel, symboliquement, la posr ron es travailleurs est
~-, renversée: de victimes passives du risque ils deviennent symbo- Ainsi décrite, cette idéologie défensive des travailleurs déqua•
\:i's, /rquement organisateurs actifs du danger et de sa maitrise. Ces lifiés, semble peut-être désuète. Elle est, cependant, vivace
•· comportements se doublent d'un système de valeurs et d'inter- encore, même si elle se fracture et s'ébrèche aujourd'hui. A vrai
\.,( dits, dont la cohérence et la solidité sont remarquables. Les dire, les premières failles de l'édifice se voyaient avant la crise
idéologies de métier ont ainsi une fonction défensive, vis-à-vis économique actuelle, et il faut s'attendre à ce que les effets à
de la peur qu'occasionne l'affrontement de l'homme à la nocivité venir de ces failles modifient sensiblement les observations cli-
des contraintes du travail. niques que nous donnons aujourd'hui.

Les ouvriers déqualifiés ont aussi forgé une idéologie défen•


sive de métier que nous avons appelée idéologie de la soul•
france (9) ou mieux idéologie de la résistance. Il s'agit d'un Conclusions
système collectif grâce auquel les ouvriers se défendent collec-
tivement contre les effets nocifs du travail répétitif sur leur Y-a-t-il dans ces circonstances des mesures curatives particu-
santé. C'est un s.Jm.Q!.e renversement.qui consiste à prendre acte lières ou une prévention possible des effets de cette souffrance
de la souffrance psychique engendrée par l'O.S.T. et de ses causée par l'organisation du travail, sur la vie mentale et l'équili-
conséquences psychiques et physiques. La souffrance en tant bre somatique ?
que telle est dénoncée, mals le lait de tenir, de rester au poste,
de ne pas tomber malade, de ne pas finir dans la délinquance ou
la mendicité, en deux mots de résister,..est élevé au statut de Cette affaire, à vrai dire, ne semble pas du ressort des méde-
"t-
_yale1 ,r p[Q_mue par la collectivité ouvrière. Valeur qui s'étaye non cins, du psychiatre, ni du psychanalyste. Il faut d'abord sonder la
i
seulement sur la [!!_atén~@~""és ~teni~~l;1.ire, s_ut,. réalité, afin de se convaincre que, pour caricaturale que soit la
\c • '@_n!J:..,,!I!( besoins de lâfamrlle), mais aussr süfëles espoirs parta· description des troubles psychiques et somatiques engendrés
r · gés par iès travailleurs: ce travail et cette production auraient par l'organisation du travail selon le système Taylor, il ne s'agit
une valeur potentielle: améliorer la CQJlSOmmation d!!S enfants pas d'une anecdote, mais d'une réalité dans laquelle sont impli·
et de la société, développer l'économie nationale, et même par· qués des millions de personnes pendant toute ou partie de leur
fois, et de façon non exceptionnelle, servir à une entreprise ou à vie. Qu'il soit nécessaire de faire des distinguo entre les métiers
un patron. De cette dernière possibilité le patronat a su user en très complexes des professionnels situés au sommet de la hié-
son temps dans les entreprises où le paternalisme et l'esprit· rarchie socio-culturelle et les tâches déqualifiées, n'a rien de
maison étaient payants. particulièrement choquant.

1879
Entre ces deux situations extrêmes du rapport homme-travail, sens horizontal (vers de nouveaux champs comme ceux du ter-
dont l'une peut conférer à l'activité professionnelle un rôle favo- tiaire) mais aussi dans le sens vertical, désappropriant peu à peu
rable à la santé, et dont l'autre ne peut qu'occasionner des trou- les professionnels de leur savoir-faire, et aspirant les hommes
bles, il faut laisser un espace aux situations plus composites, dans un processus d'uniformisation par le bas.
qui autorisent certains_.am~na_gement~ du mode opératoj~~ et de Une démarche préventive en matière de rapport santé.
l:orga_Disation auîravaJI, malgréune Série de· contraintes ·non-/' mentale-travail, consisterait à r_epenser l'organisation du travaiL·
négligeilbles. . · Même si les psycrnatresontune placé ·de sêconaorareaans- •
Peut,ëtre faut-il insister sur le fait que la tendance globale est cet effort, ils ont peut-être, tout de même, une discrète contribu-
la division progressivement croissante des tâches et du travail. tion à proposer dans ce débat, qui, ouvert depuis 10 à 15 ans, ne
La taylorisation ne cesse de progresser, non seulement dans le semble pas prêt d'être clos.

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RÈSUMÉ: L'article souligne d'abord certaines différences obsetvées dans le rapport homme-travail selon qu'il s'agit de travailleurs déqualifiés
ou de professionnels haut-situés dans la hiérarchie socio-culturelle. Une analyse des réactions psychopathologiques à la perte du travail esr
proposée sur cette base : pour les professions hautement qualifiées, cette analyse est organisée autour du travail comme sublimation et/ou
comme comportement phobique; pour les travailleurs déqualifiés, J'analyse porte sur un paradoxe: l'interruption du travail devrait ouvrir sur
un vécu de libération psychique (car le travail en miettes est u ant[-sublimatoire »). Or, c'est J'inverse qui se rencontre parfois. L'explication pro-
posée s'appuie sur les résultats récents de la psychopathologie du travail.

MOTS-CLÈS: Travail - Chômage• Psychosomatique• Psychopathologie du travail - Dépression - Sublimation• Retraite.

1880