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CHAPITRE XI

1 DEFINITION ET EXECUTION DES MURS EN SOL CLOUE.....................................................2

2 AVANTAGES ET LIMITATION DES MURS EN SOL CLOUE...................................................5

3 COMPORTEMENT DES MURS EN SOL CLOUE DURANT LEUR CONSTRUCTION.........6

4 TYPES DE RUPTURE.........................................................................................................................9
4.1 RUPTURES INTERNES .........................................................................................................................9
4.2 RUPTURE EXTERNE ..........................................................................................................................10
5 CONCEPTION ET DIMENSIONNEMENT ...................................................................................11
5.1 PREDIMENSIONNEMENT ...................................................................................................................11
5.2 DETERMINATION DU FROTTEMENT LATERAL LE LONG DES CLOUS ...................................................12
5.3 JUSTIFICATION DES OUVRAGES ........................................................................................................13
5.3.1 Combinaisons d’actions...........................................................................................................14
5.3.2 Valeurs de calcul des résistances ............................................................................................15
5.3.3 Méthodes de calcul ..................................................................................................................16
5.3.4 Logiciels de calcul ...................................................................................................................18
6 DURABILITE .....................................................................................................................................19

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1 Introduction
Ce chapitre, vient après celui consacré aux soutènements de remblai, traiter les principaux types de
soutènements de déblai, par renforcement du sol en place. On étudiera successivement les massifs
de sol renforcé par clouage et les massifs de sol renforcés par tirants d’ancrage (Fig.1).

Fig. 1 Schéma de soutènements de remblai et déblai (Setra 1998)

2 Définition et exécution des murs en sol cloué


Un mur en sol cloué est un massif de sol en déblai renforcé par la mise en place de barres
placées au fur et à mesure de son excavation.
La constitution d’un mur en sol cloué se fait par phases descendantes (Fig.2) :
1. terrassement de 1 à 2 m,
2. mis en en place de clous subhorizontaux dans le sol en place,
3. réalisation d’un parement : béton projeté sur treillis soudé, béton de fibres, éléments préfabriqués.

Terrassement phase n Mise en place des clous

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Béton projeté Terrassement phase (n+1)
Fig. 2 Phases d’exécution d’un mur en cloué

On veillera particulièrement à se prémunir de l’instabilité du mur en sol cloué lors de la seconde phase
d’excavation (Fig.3).

Fig.3 Phase2 (P. Vezole/ ENPC/2005)

La figure 4 présente une vue d’ensemble d’un chantier de clouage où toutes les phases, terrassement,
mises en place de clous et gunitage sont représentées.

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Fig.4 Différentes phases de réalisation d’un mur en sol cloué (Bouygues 1981)

Les barres peuvent être mises en place de deux façons principales :


scellement au coulis de ciment dans un forage préalable (Fig.5) ;

Fig.5 Forage préalable à la tarière hélicoïdale

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battage ou vibrofonçage (Fig.6).

Fig.6 Battage d’une cornière

3 Avantages et limitations des murs en sol cloué

Les techniques de clouage présentent des avantages certains sur des techniques concurrentes.
Elles ne nécessitent qu’un matériel réduit pour la construction des ouvrages, sont rapides d’exécution
et d’un coût très compétitif.
L’ensemble de ces avantages explique le développement spectaculaire du clouage des sols aussi bien en
génie civil (Fig.7) qu’en bâtiment Fig.8) pour des parois temporaires ou permanentes. On peut estimer
actuellement qu’on construit 100.000 m² par an de parement de murs en sol cloué.

Fig.7a Chantier TGV Rhône – Alpes 1990 Fig.7b Mur en sol cloué A12 Rocquencourt
(Entreprise La Forézienne) (Entreprise Bouygues)

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Cependant le clouage des sols présente certaines limitations qu’il est nécessaire de prendre en compte
pour juger de l’opportunité de son emploi.

Fig.8a Chantier de l’opéra de Fig.8ab Chantier urbain (Solétanche Bachy)


Montpellier 1985 (Bouygues)

La première provient du mode même d’exécution qui consiste au début de chaque phase à terrasser un
terrain non renforcé. Cette étape nécessite un sol légèrement cohérent et hors nappe.
La seconde limitation concerne l’utilisation du clouage en zone urbaine (Fig.8) à proximité d’ouvrages
existants. En effet, les déplacements du sol au fur et à mesure de l’excavation sont inhérents au principe
même du clouage. Ils peuvent entraîner des désordres sur des structures sensibles. On peut limiter ces
déplacements en plaçant un ou plusieurs lits de tirants d’ancrage précontraints entre les lits de clous.

4 Comportement des murs en sol cloué durant leur construction

Durant la construction du mur, la mise en traction des clous au parement se fait au cours des 4
excavations postérieures à leur mise en place, ensuite cette traction se stabilise. Cette mise en traction
correspond principalement à la décompression latérale de l’ensemble du massif de sol ainsi qu’au
développement d’effets de voûte successifs au fur et à mesure de l’excavation.

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Fig.9. Déplacements et déformations d’un mur en sol cloué durant les phases d’excavation
( C.P/CEBTP 1989)
La stabilité locale des phases d’excavation est un des points essentiels de la construction des murs en
sol cloué. C’est l’effet de voûte qui est le phénomène majeur dans la stabilité locale de l’excavation. Il existe
une hauteur critique d’excavation à ne pas dépasser, faute de quoi l’effet de voûte est détruit, ce qui
provoque une rupture globale avec écoulement du sol tout au long du parement. (Fig.10).
Seule l’expérience permet de déterminer la hauteur critique qui est fonction de la nature du sol ;
généralement elles est limitée à 2 m.

,56 cm ,56 cm 1,8m

1m
2m
3m
1,66 cm
Effet de voute Surface de rupture

(a) Stabilité (b) Limite de stabilité (c) Rupture

Fig. 10 Stabilité des phases d’excavation

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Au cours des excavations successives, le massif de sol renforcé se décomprime latéralement en même
temps qu’il tasse. En fin de construction, les déplacements horizontaux et verticaux sont maximaux en tête
(Fig.9)
Mais comme pour les murs en Terre Armée, dans les murs en sol cloué, le lieu géométrique des points
de traction maximale TMAX permet de séparer le massif en deux zones (Fig.11).
1. une zone active, derrière le parement, où les contraintes de frottement latéral exercées par le
sol sur les clous sont dirigées vers l’extérieur ;
2. une zone résistante où les contraintes de frottement latéral sont dirigées vers l’intérieur et
s’opposent au déplacement latéral de la zone active.

Fig. 11 Comportement d’un mur en sol cloué

Deux types d’interaction sol/clou se rencontrent dans le clouage utilisé en soutènement :


l’interaction de frottement latéral que le sol exerce le long du clou et qui permet la mise en traction
du clou est la plus importante et celle qui se mobilise à l’état de service,
l’interaction de butée du sol le long du clou lors du déplacement latéral du clou mobilise des
moments fléchissants et des efforts tranchants, elle s’exerce au moment de la rupture du massif en
sol cloué.
A défaut de calculs en déplacements, par la méthode des éléments finis ou des différences finies, des
règles empiriques permettent d’estimer les déplacements des murs en sol cloué sous contraintes de service.
On peut schématiquement considérer que les déformations moyennes d’un mur en sol cloué à surface
horizontale peuvent être estimées à partir de trois paramètres de déplacement (Fig.12).
δo : déplacement horizontal en surface à l’arrière du mur
δh : déplacement horizontal de la tête de parement
δv : déplacement vertical de la tête de parement.

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δo λ
δh

δv

L
Fig. 12 Déplacements et déformations schématiques d’un mur en sol cloué

Les mesures effectuées sur des ouvrages instrumentés ont permis de proposer les règles suivantes :
le déplacement horizontal δh est du même ordre de grandeur que le déplacement vertical δv,
le déplacement δo est généralement compris entre 4H/10000 et 5H/10000, sa valeur variant en sens
inverse du rapport L/H , et dépendant de la nature du sol ;
les déplacements δh et δv sont compris entre H/1000 et 4H/1000 et en l’état actuel des connaissances
on pourra adopter les règles suivantes :

Sols semi-rocheux Sables Argiles

H 2H 4H
δv = δh
1000 1000 1000

κ 0,8 1,25 1,5

où κ permet de déterminer la longueur λ sur laquelle les déformations s’amortissent λ = H (1-tan η) κ

5 Types de rupture

On distingue les ruptures internes et la rupture externe dans laquelle le mur se comporte comme un bloc
monolithique.

5.1 Ruptures internes


Les massifs en sol cloué peuvent périr suivant trois modes de rupture principaux (Fig.13) :
1) rupture par cassure des armatures des clous,
2) rupture en cours d’exécution, durant une phase de terrassement de trop grande hauteur,
3) rupture par défaut d’adhérence des clous.

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(1) (2) (3)
Fig. 13 Schémas des trois types de rupture
La figure 14 montre la rupture d’un massif en sol cloué de 7m de haut par cassures ou grandes
déformations des clous.

Fig. 14 Schéma de rupture d’un mur en sol cloué (CP/CEBTP 1986)

5.2 Rupture globale


Ce type de rupture est commun à tous les ouvrages de soutènement, elle se produit généralement par
glissement le long d’une surface de rupture englobant l’ouvrage et passant dans le sol de fondation (Fig.15)

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Surface de rupture

Fig. 15 Rupture globale

6 Conception et dimensionnement

La conception et le dimensionnement des murs en sol cloué ont été proposées dans les
Recommandations Clouterre 1991. Ils ont été repris et améliorés dans la norme NF P94–240.

6.1 Prédimensionnement
Pour des conditions de sols données, la conception de l’ouvrage et son prédimensionnement dépendent
principalement :
de la technologie de clouage employée,
des déformations acceptables pour l’environnement de l’ouvrage.

Les règles de prédimensionnement reposent sur l’expérience acquise et peuvent s’appuyer sur des
abaques dans les cas simples.
La plupart des murs en sol cloué réalisés en France relèvent de deux procédés distincts :
procédé du type de la « Hurpinoise » à maillage serré de clous (Sv et Sh ≤ 1m),
procédé à maillage large de clous (1 m2 < Sv×Sh ≤ 6 m2).

Dans le premier cas, les clous sont relativement courts (longueur de l’ordre de 0,5 à 0,7 fois la
hauteur du soutènement), à maillage serré et généralement constitués d’armatures battues ou vibro-
foncées.

Dans le second cas, les clous sont généralement plus longs (L = 0,8 à 1,2 H pour un terre-plein
horizontal) et constitués de barres scellées dans le terrain.

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Le tableau n°1 ci-dessous indique les caractéristiques des deux procédés.

Ouvrages à maillage serré* Ouvrages à maillage large**


Longueur des clous 0,5 à 0,7H 0,8 à 1,2H
Nombre de clous par m² de parement 1à2 0,15 à 0,4
Périmètre des clous 150 à 200mm 200 à 600mm
Résistance en traction de l’armature 120 à 200kN 100 à 600kN
Densité de clouage 0,4 à 1,5 0,13 à 0,6

Tableau n°1
Ordres de grandeur des principales caractéristiques dimensionnelles des murs en sol cloué
(parement vertical et terre-plein horizontal).
* armatures battues ou vibro-foncées, armatures scellées de petit diamètre
** armatures de gros diamètre scellées dans le terrain.

6.2 Détermination du frottement latéral le long des clous


Le frottement latéral le long des clous est prédéterminé à partir des abaques de la norme XP 94–240
(tableau n°2) et (Fig.16).

Technologie de clouage
terrains Scellement dans un forage préalable
Battage
Injection gravitaire Injection à basse pression
Sable S1 S3
Grave G1 G2 G3
Argile, limon A1
Marne, marno-calcaire, craie altérée à fragmentée M1
Roche altérée, sols indurés R1

Tableau n°2 Correspondance entre les figures des abaques, les sols et les techniques d’exécution.

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0.7
G2
0.6

0.5
R1

qs (MPa)
0.4

0.3

G1
0.2
S1 - A1
0.1 S3
G3
0.0
0 1 2 3 4 5 6
pl* (MPa)

Fig. 16 Abaque pour la détermination du frottement limite qs dans les graves

Mais l’utilisation de ces abaques ne dispense pas d’essais préalables ou de conformité et d’essais de
contrôle (Fig.17). Les essais d’extraction de clous sont réalisés soit à déplacement contrôlé (vitesse
constante) soit à effort contrôlé (paliers de fluage).

Fig. 17 Essai d’extraction de clous (CP/CEBTP)

6.3 Justification des ouvrages


Dans le cadre des ouvrages en sol cloué, on se limite à un calcul de stabilité aux ELU.
Les méthodes les plus employées, actuellement, sont les méthodes classiques de calcul à la rupture qui
vérifient l’équilibre d’une partie du massif limitée par une surface de rupture potentielle sous l’effet des
actions extérieures et des efforts mobilisés dans le sol et les clous(Fig.18). Les méthodes habituelles sont les
méthodes des tranches (Fellenius, Bishop) ou des perturbations.

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a b c

Fig. 18 Différents types de surface de rupture potentielle

L’analyse de l’équilibre se présente sous la forme symbolique suivante :


τ max ( solcloué )
[
ΓS3 τ ΓG G + ΓQ Q + ΓGw G w + ΓA FA + ΓT FT + ΓR FR ] ≤
Γm
avec
ΓS3 : coefficient de méthode

Γm : coefficients de sécurité partiels


dans laquelle ι ( ) représente l’effort sur la surface de rupture potentielle résultant de la
combinaison des actions et où ιmax (sol cloué) représente l’effort résistant mobilisable dans le sol cloué sur la
surface de rupture potentielle.
Les actions sont notées :
G : actions permanentes
Q : actions variables
Gw : actions de l’eau
FA : actions accidentelles
FT : actions des tirants
FR : actions des clous

6.3.1 Combinaisons d’actions

☯ Combinaisons fondamentales

 F 
ΓS3 τ ΓS1 Gmax + ΓS' 1 Gmin + G w + ΓQ Q + ΓT T + R 
 Γm , R 

☯ Combinaisons accidentelles
 FR 
Gmax + Gmin + G w + Q + FA + ΓT + FT FT + 
 Γm , R 

Les valeurs des coefficients de pondération sont données dans le tableau n°3 ci-dessous.

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Coefficients pondérateurs
des actions
Nature des actions Notations
Combinaison Combinaison
fondamentale accidentelle
Poids propre du sol 1) G
stabilisateur G max γG min
= 0,95 γG min
=1
déstabilisateur G min γG min
= 1,05 γG min
=1
Actions permanentes Action de l’eau 2) Gw Gw = 1 Gw = 1
Action de tirants
stabilisatrice FT γ T = 0,9 γT =1
déstabilisatrice γ = 1,2
'
T γ T' = 1
stabilisatrice γ F = 0,9 γ F =1
Autres actions permanentes G
déstabilisatrice γ F' = 1,2 γ F' = 1
Actions des clous FR γR γR
Actions variables Q γ Q = 1,33 6)
γQ =1
Actions accidentelles FA γ F =1
A

Tableau n° 3 Coefficients partiels de pondération des actions

6.3.2 Valeurs de calcul des résistances


Les valeurs de calcul des résistances des matériaux constitutifs des murs en sol cloué sont obtenues en
divisant la valeur caractéristique par leur coefficient de sécurité partiel γM (Tableau n°4).

Coefficient partiels de sécurité


Combinaison Combinaison
Propriétés des matériaux fondamentale accidentelle
Notations
catégories
1 – 2a 2b 1 – 2a 2b
tangente de l’angle de frottement effectif tgϕ’ γ m ,ϕ ' 1,35 1,45 1,1 1,2
Sol cohésion effective C’ γ m ,C ' 1,7 1,85 1,4 1,5
cohésion non drainée (ϕu = 0) Cu γ m ,C u
1,45 1,6 1,2 1,3
Acier passif limite élastique σe γ m ,σ e
1,15 1,15 1 1

frottement latéral unitaire qs γ m ,q S


1,4 1,5 1,3 1,4
Interaction
sol-clou pression limite pressiométrique pl γ m, p l
1,9 2 1 1,1
Module pressiométrique EM γ m,E M
1 1 1 1

Tableau n° 4 Coefficients partiels de sécurité

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6.3.3 Méthodes de calcul
La sollicitation du clou en son point d’intersection O avec la surface de rupture potentielle peut être
représentée par le torseur :

τ A : point de moment maximum


Tn : effort normal O : point d'effort tranchant maximum

Tc
A' Tn A
Tc : effort tranchant O
Tc = 0
Tc = 0

M: moment fléchissant τ

La détermination de ces efforts à la rupture dans les clous fait intervenir 4 critères de rupture portant sur
chacun des constituants et sur leurs interactions.
interaction de frottement latéral sol-clou : τ ≤ qs
interaction de pression latérale sol-clou : P ≤ Pu
plastification du clou par effort tranchant en 0
plastification du clou par moment de flexion en A et A’
Dans les cas de murs en sol-cloué où l’on peut raisonnablement considérer que les clous ne travaillent
qu’à la traction il ne reste que 2 critères : frottement latéral sol-clou et résistance à la traction de
l’armature du clou.
La combinaison des 4 critères donne la règle du multicritère qui consiste à tracer leur domaine dans le plan Tn, Tc,
des efforts au point 0 du clou sur la surface de rupture potentielle et à considérer leur intersection comme le critère
résultant pour les efforts dans les clous au point 0. L’intersection des critères définit un domaine de stabilité connexe
dans lequel le point représentatif de l’effort à la rupture dans un clou au point d’intersection avec la surface de rupture
potentielle peut, a priori, occuper n’importe quelle position, sur la frontière du domaine (Fig.19).

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Fig.19 Combinaisons des critères de résistance : multicritère
Détermination des efforts dans les clous

Le multicritère ayant été déterminé, la règle couramment adoptée pour déterminer les efforts dans les clous est la
règle du « travail maximal ». L’application de cette règle au clouage consiste à supposer qu’à la rupture, le point P,
représentatif de l’effort dans un clou, est situé sur la frontière du domaine de stabilité.
La position de ce point P sur la frontière est alors choisie pour maximaliser le travail T.δ de l’effort T, dans un
clou, dans le mécanisme de rupture considéré, par rapport au travail T.δ de tout effort virtuel T* satisfaisant au
multicritère dans la clou dans le même mécanisme de rupture. Ceci revient à choisir le point représentatif F de telle
façon que sa projection sur le vecteur déplacement δ soit maximale, δ étant le déplacement du point du clou sur la
surface de rupture potentielle considérée. Pour déterminer T dans le clou, seule la connaissance de la direction du

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vecteur δ est nécessaire. Cette procédure revient à choisir P tel que la normale en P à la frontière du domaine soit
parallèle au déplacement δ.
Concrètement, la détermination de P et des efforts Tc, Tn à la rupture se fait en considérant le déplacement δ
tangent au point 0 à la surface de rupture potentielle, ce qui conduit à chercher le point P sur la frontière du domaine
de stabilité, où la tangente est perpendiculaire à la direction δ.
Nota : dans le cas où le clou ne travaille qu’à la traction il ne reste plus que l’axe Tn et Tnmax = inf (Rn,Tnl ).
On notera qu’en général le coefficient de sécurité global en prenant en compte la flexion et le cisaillement dans les
clous augmente d’environ 10% par rapport à la seule prise en compte de la traction dans les clous.

6.3.4 Logiciels de calcul


Plusieurs logiciels de calcul permettent de justifier la stabilité interne des massifs en sol cloué.
Généralement ils dérivent des logiciels de stabilité de pentes et utilisent les méthodes de Fellenius, Bishop
simplifié, perturbations : logiciels GEOSTAB, TALREN, PROSPER, mais la liste n’est pas exhaustive.
D’autres approches ont été développées, notamment le logiciel STARS repose sur la théorie du calcul à la
rupture et utilise comme surface de rupture potentielle des spirales logarithmiques.
Un exemple de calcul de stabilité interne de massif en sol cloué est donné à la figure 20 , pour effectuer
le calcul on a utilisé les coefficients de sécurité partiels de CLOUTERRE, le coefficient de sécurité
recherché étant Γmin ≥ 1

Fig. 20 Exemple de calcul de stabilité interne de massif en sol cloué sous TALREN

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7 Durabilité
Comme pour toute inclusion dans le sol, il faut tenir compte des problèmes de corrosion pour les
ouvrages temporaires ou permanents dont la durée de service est supérieure à 18 mois. La principale
protection concerne les renforcements métalliques.
Actuellement et généralement en clouage des sols, on préconise de prendre en compte une épaisseur
sacrifiée à la corrosion en fonction d’un indice global de corrosivité ΣA qui dépend de quatre paramètres :
sol, résistivité, humidité, pH (tableau n° 5).
Critère Caractéristiques Poids A du critère
- lourde, plastique, collante, imperméable 2
• Texture - argilo-sableuse 1
- légère, perméable, sableuses, sols pulvérulents 0
• Tourbes et marécages 8
Nature de sol
• Déchets - mâchefer, cendres, charbon 8
industriels - déchets de construction (plâtres, briques) 4
• Pollution -eaux usées 6
liquide - stockage de sels de déneigement 8
ρ > 1000 Ω cm 5
1000 < ρ < 2000 3
Résistivité
2000 < ρ < 3000 2
5000 < ρ 0
- nappe d’eau saumâtre (variable ou permanente) 8
- nappe d’eau douce variable ou permanente 4
Humidité
- hors nappe-sol humide (teneur en eau w > 20%) 2
- hors nappe-sol sec (teneur en eau w < 20%) 0
<4 4
4à5 3
pH
5à6 2
>6 0
Indice global ΣA

Tableau n° 5 Indice global de corrosivité

Le tableau n°6 classe les sols en fonction de l’indice ΣA

Indice ΣA Caractère du sol Classe


> 13 Fortement corrosif I
9 à 12 Corrosif II
5à8 Moyennement corrsif III
<4 Peu corrosif IV

Tableau n° 6 Classe de sol en fonction de ΣA

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L’épaisseur sacrifiée à la corrosion est déterminée en fonction de :
l’indice global de corrosivité ΣA
la classe de l’ouvrage C :
♣ C = 0 : ouvrages courant
♣ C ≥ 2 (valeur donnée par le maître d’ouvrage, 2 étant une valeur minimum)

En fonction de l’indice global I = (ΣA +C), l’épaisseur sacrifiée à la corrosion (sur les deux faces) est
indiquée dans le tableau n°7.

Indice de corrosivité ΣA Durée de l’ouvrage


2ans 30ans 70ans 100ans
0à4 0 2 3,25 4
5à6 0 3 5 6
7à8 0 4 6,5 8
9 à 12 2 8 Gaine plastique*
Protection par gaine plastique obligatoire

Tableau n° 7 Epaisseur minimale sacrifiée à la corrosion

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8 Les tirants d’ancrage

8.1.Technologie et définitions

8.1.1 Définitions
On distingue 2 types de tirants d’ancrage.
Les tirants à plaque qui sont mis en place à la construction des remblais, généralement derrière
les rideaux de palplanches. Ils sont constitués de plaques isolées ou filantes qui travaillent par
butée et nécessitent donc un déplacement important.
Les tirants à bulbe de coulis de ciment injecté dans le sol en place ( Fig.21). Leurs techniques
d’exécution ont été décrites en détail au chapitre 3 du cours B7, paragraphe 3.

Fig.21 Chantier de tirants d’ancrage (doc. Soletanche- Bachy)

Pour les tirants à bulbe on distingue la partie libre sans liaison avec le terrain et la partie scellée
qui transfert l’effort au terrain par frottement latéral tout le long du bulbe ( Fig.22).

Fig.22 Schéma d’un tirant

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8.1.2 Partie scellée des tirants à bulbe
On rappelle que les tirants d’ancrage permanents de forte capacité sont constitués de câbles de
précontrainte scellés dans une gaine plastique ou métallique ( Fig.23). Les câbles (tirant provisoire)
ou la gaine (tirant permanent) sont scellés au terrain par un coulis de ciment à l’aide de tube à
manchettes (Fig.24) pour réaliser des injections de type IGU (injection globale unitaire ou IRS
(injection répétitive et sélective) le plus généralement.

Fig.23 Coupes types d’un tirant d’ancrage (doc. Soletanche- Bachy)

Fig.24 Tirants équipés de tubes à manchettes

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L’IRS est exécutée par un double obturateur manchettes par manchettes (Fig.25).

Fig.25 Schéma du double obturateur

6.2 Domaines d’application


Les tirants à plaque sont généralement utilisés pour les rideaux de palplanches. Les tirants à bulbe
scellé dans le terrain en place sont généralement précontraints. Ils sont associés le plus souvent à la
stabilité des parois : parois moulées, parois berlinoises. Ils sont également employés pour équilibrer
les sous pressions sous un radier. Enfin ils s’appliquent au renforcement de stabilité de pentes et
à des reprises en sous –œuvre.

6.3 Différences de comportement des tirants passifs et des tirants actifs


Un tirant passif, sans précontrainte initiale, nécessite des déplacements importants pour équilibrer
les efforts transmis par la structure.
Un tirant, avec précontrainte initiale, est immédiatement actif et permet de limiter les
déplacements de l’ouvrage, sans pouvoir évidemment les supprimer.

6.4 Protection contre la corrosion


Les tirants d’ancrage doivent être protégés contre la corrosion, pour les tirants à plaque on prendra
généralement une épaisseur sacrifiée à la corrosion, pour les tirants d’ancrage à bulbe,
précontraints, la protection sera d’autant plus sévère (Fig.26) que le sol est agressif et la durée de
vie de l’ancrage longue (chapitre 3, paragraphe 3)

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Fig.26 Dispositif de la protection de classe P2 (TA 95)

6.5 Mise en service des tirants précontraints et essais de contrôle


La mise en service de chaque tirant comporte une traction d’épreuve Te, avec un essai de fluage,
préalablement à l’opération de blocage.
Tous les tirants d’ancrage sont soumis à cette traction d’épreuve (TA 95)

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Le tableau 1 indique les procédures d’essai et les critères de réception.

Tableau 1. Essais à la mise en tension (d’après le TA 95)

ESSAIS à la MISE en TENSION


Tension d’essai Te Tirant provisoire Te = 1,15 Ts
Ts : traction de service Tirant permanent Te = 1,25 Ts
Durée Terrain non fluant 12 min
Terrain fluant 22 min
Critères de réception Terrain non fluant Allongement < 1,5mm entre
2 et 12 min
Terrain fluant Allongement < 1mm entre
6 et 22 min

Les essais de contrôle sont obligatoires, ils permettent de vérifier statistiquement la qualité de
l’exécution des tirants du chantier (TA 95)

6.6 Dimensionnement de la longueur de scellement des tirants


La capacité portante des tirants d’ancrage à bulbe est généralement déterminée grâce à l’expérience
de l’entreprise. Dans le cas de nouveaux types de tirants ou de terrains difficiles à injecter il est
obligatoire de procéder à des essais préalables qui permettent de déterminer, comme pour les
essais de pieux, la charge de rupture Tu et la charge critique de fluage Tc. On en déduit la traction
de service Ts.
Pour les tirants permanents : Ts = min {0,66 Tu , 0,8 Tc}
Pour les tirants provisoires : Ts = min {0,66 Tu , 0,9 Tc}
A défaut d’essais préalables, il est obligatoire de faire des essais de conformité, en début de
chantier dans le but de vérifier la validité des hypothèses de dimensionnement.
Pour ces 2 types d’essai les tirants ne sont pas réutilisables.
Enfin, on utilisera avec prudence les abaques de pré dimensionnement qui sont annexés au TA
95 Tableaux 2 et Fig.27)

Murs en sol cloué Cnam –Paris –Géotechnique C. Plumelle 25


Tableau 2 .Valeur du coefficient α pour le calcul du diamètre du bulbe (TA 95)

Murs en sol cloué Cnam –Paris –Géotechnique C. Plumelle 26


L’utilisation des abaques
est particulièrement
simple.
Le diamètre moyen du
bulbe Ds est égal au
diamètre de l’outil de
forage multiplié par le
coefficient α qui est
fonction du type
d’injection et de la nature
du sol. Connaissant la
longueur du bulbe Ls on
en déduit la surface
latérale sur laquelle
s’applique le frottement
latéral moyen qs indiqué
par les abaques (ex : sable
et gravier). On peut donc
déterminer la capacité
portant ultime Tu du tirant
d’ancrage.

Fig 27. Abaque pour la détermination de qs

Murs en sol cloué Cnam –Paris –Géotechnique C. Plumelle 27

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