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MÉPHIBOSETH

BOITEUX DES DEUX PIEDS

LA BONTÉ DE DIEU.

. VEVEY.
L. PRENLELOUP, ruelle des anciens fossés , 8.

1860.
MÉPHIBOSETH

boiteux des deux pieds

ou

la. Bonté de Dieu.

Un matin, il y a bien des années de cela, je lisais


le neuvième chapitre du second livre de Samuel.
Après une première lecture, je me dis : « Quel sin
gulier chapitre qui ne parle que d'un jeune homme
boiteux des deux pieds ! » Je le lus de nouveau, sans
pouvoir encore y trouver rien d'édifiant. L'ayant
parcouru une troisième fois, mes yeux s'arrêtèrent
sur ces paroles : « Certainement je te ferai du bien
pour l'amour de Jonathan, ton père. » Soudain cette
pensée se présenta à mon esprit : « Ah ! c'est là
aussi un tableau de la bonté de Dieu par Jésus-
Christ. » Ce tableau s'offrit alors à mes regards,
comme un beau paysage au point du jour. Plusieurs
années se sont écoulées dèsvlors, mais la beauté de
ce tableau n'a fait que croître aux yeux de mon
àme. Maintes fois j'ai été conduit à prendfe ce cha
pitre pour texte en prêchant le salut par Christ, et
je puis dire, à la gloire de mon Dieu, que beaucoup
d'âmes ont été converties par le moyen de ces pré
dications. C'est ce qui m'encourage à publier quel
ques pensées sur cette intéressante portion de la
parole de Dieu , espérant que le Seigneur voudra
bien s'en servir pour la bénédiction de quelques
âmes.

Dans cette description typique de la bonté de Dku,


nous trouvons deux personnages de caractère diffé
rent : Méphiboseth, l'enfant de la grâce, et Tsiba,
l'homme à propre justice. La condition de Méphibo
seth représente frappamment l'état d'un pécheur
quand il est amené à Dieu.
Si vous lisez le quatrième verset du quatrième
chapitre de ce livre de Samuel , vous y verrez que
Méphiboseth était fils de Jonathan, fils de Saûl, qui
étaient morts l'un et l'autre ; qu'il était tombé à
l'âge de cinq ans, et qu'il en était resté boiteux.
Depuis cet accident, il s'était tenu caché, boiteux
des deux pieds , à Lo-débar (mot hébreu qui peut
signifier « un lieu où il n'y a point de pâturage »).
Etant de la maison de Saul qui avait été l'ennemi
de David, il en concluait, sans doute, que David
devait être son ennemi ; c'est pourquoi il se dérobait
aux yeux du roi.
Comme cela représente bien l'état de l'homme
déchu. A peine le péché eut-il aveuglé l'entende
ment du premier homme que, comme il est écrit,
« il se cacha de devant l'Eternel Dieu parmi les ar
bres du jardin. » Et n'est-ce pas encore de nos jours
l'état réel de l'homme? Pourquoi les uns vont-ils en
foule chercher des distractions au théâtre et d'autres
à la taverne ? Ah ! c'est qu'ils ne connaissent pas
— s —
Dieu. Etant en inimitié contre Dieu, ils en concluent
que Dieu est leur ennemi , et ils redoutent sa pré
sence. La pensée de comparaître aujourd'hui même
en la présence de Dieu serait pour eux terrifiante.
Si cette pensée vous alarme, mon cher lecteur, cela
vient de ce que vous ne connaissez pas Dieu . Peut-
être dites-vous : « J'ai péché, et c'est ce qui me fait
avoir peur de Dieu. » Il est vrai, vous avez péché,
moi aussi j'ai péché, tous ont péché. Mais si vous
connaissiez le don de Dieu, si vous saviez qu'il n'a
point épargné son bien-aimé Fils, alors vous com
prendriez qu'il n'y a que Dieu auquel, en tant que
pécheur, vous puissiez aller, — alors vous croiriez
que « le sang de Jésus-Christ, son Fils, purifie de
tout péché. )>
Venons -en maintenant à quelques détails de notre
chapitre. « David dit : N'y a-t-il'plus personne de
la maison de Saûl, afin que j'exerce à son égard la
bonté de Dieu ? » (Traduction littérale.) N'est-ce pas
là, encore à présent, ce que fait l'Esprit du Sei
gneur? N'agit-il pas comme s'il disait en quelque
sorte : N'y a-t-il pas encore quelques enfants déchus
d'Adam, auxquels je puisse faire connaître la bonté
de Dieu ? Peu importe qu'ils soient tombés au plus
bas degré, qu'ils soient complétement boiteux, boi
teux des deux pieds , et demeurant en vérité dans
un lieu sans pâturage ; car, pauvre pécheur, eh
quelque endroit que tu cherches à te cacher de Dieu ,
il n'y a rien, dans ce monde de péché et de misère,
qui puisse te rendre heureux. Nel'as-tu pas éprouvé ?
As-tu poursuivi les fantômes dont Satan sait fasciner
les regards? as-tu mis ta confiance dans les séduc-
santes promesses du monde, jusqu'à ce que d'amers
désappointements soient venus briser ton cœur, en
n'y laissant qu'un vide affreux ? Alors, écoute, je
veux te parler de Celui qui ne te traitera jamais
ainsi.
Tsiba, l'homme à propre justice , apprend au roi
que Jonathan avait encore un fils, blessé aux pieds,
dans la maison de Makir, fils de Hammiel, à Lodé-
bar. « Alors le roi David envoya, et le fit amener.»
Eh ! bien, cet acte de David nous offre une image
frappante de la grâce de Dieu. L'homme témoigne
de la bonté à ceux qui , à son jugement, la méri
tent ; ou bien, il le fait en espérant quelque chose
en retour ; mais il n'en est pas ainsi de Dieu. Méphi-
boseth n'avait rien fait pour mériter la bonté du
roi. Il n'avait pas fait les premiers pas, comme on
dit. Non ! la gkace vint le chercher à Lodébar, au
lieu même où il se trouvait. Et n'est-ce pas précisé
ment là où étaient les pauvres pécheurs, que le Fils
de Dieu est venu? Il est venu les chercher, et il les
a trouvés morts dans leurs fautes et dans leurs pé
chés ; ne s'est-il pas mis volontairement dans leur
position ? n'est-il pas mort, lui juste pour les injus
tes, afin de nous amener à Dieu? Honte et malbeur
à tout orgueilleux pharisien qui, après cela, pour
rait dire encore : « C'est à l'homme de faire les
premiers pas ! »
Méphiboseth était trop boiteux pour faire les pre
miers pas. Il fallait bien qu'on vînt le chercher. Or
celui qui connaît à la fois la totale infirmité de
l'homme, et cette grâce prévenante , a dit : « Nul
ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m'a
envoyé, ne le tire ; et moi , je le ressusciterai au
dernier jour. » Et encore : « Tout ce que le Père me
donne, viendra à moi ; et je ne mettrai point dehors
celui qui vient à moi » (Jean VI, 37, kh). Ah ! n'eùt-
été cette grâce qui nous a cherchés , nous aurions
tous péri dans nos misérables efforts pour nous ca
cher loin de Dieu. « Et quand Méphiboseth . . . . fut
venu vers David, il tomba sur son visage et se pros
terna. » Comme cela peint le respect et la terreur !
Qu'est-ce que le petit-fils de Saùl , de cet homme
qui avait poursuivi la vie de David, pouvait atten
dre de celui-ci ? Si la voix seule de la stricte justice
se fait entendre , elle pourrait immédiatement de
mander sa vie. Nous avons là une image d'un pé
cheur tremblant , amené en la présence de Dieu,
avec un terrible fardeau de transgressions et de
péchés ; il ne connaît pas Dieu — il ne sait pas ce
qu'il doit attendre de lui.
Avant d'en venir aux paroles de David, retour
nons un peu en arrière à l'alliance d'amour, men
tionnée dans 1 Sam. XX, 14-17. Jonathan, le père
de ce jeune homme prosterné aux pieds de David,
parle ainsi dans ce passage : « N'est-il pas ainsi quç,
si je suis encore vivant, tu useras envers moi de la
bonté de l'Eternel, en sorte que je ne meure point ;
et que tu ne retireras point ta bonté de ma maison
à jamais? Jonathan fit encore jurer David par
l'amour qu'il lui portait ; car il l'aimait autant que
son âme. »
Avez-vous jamais visité les lieux où s'est passée
votre enfance, ou vu pour la première fois l'enfant
d'un ami bien cher et décédé? — Alors vous pouvez
vous former une idée de ce que David éprouva quand
il vit Méphiboseth , le fils de Jonathan , prosterné
devant lui. Qui pourrait dire avec quelle tendresse
et quelle douceur de ton, le roi fit sortir du fond de
son cœur ce seul mot : « Méphiboseth ! » — « Voici
ton serviteur, » répond celui-ci en tremblant. Com
bien peu il prévoyait la faveur toute gratuite, qui
allait lui être accordée. « Voici ton serviteur, » c'est
là le plus haut point auquel les pensées de l'homme
tombé puissent s'élever. Il se hasarde à s'offrir lui-
même à Dieu comme serviteur et il espère être à la
fin , sauvé par son service. C'est là la religion du
cœur humain.
Mais écoutons maintenant les paroles de David.
Comme le père, dans la parabole du Fils prodigue,
il ne laisse pas Méphiboseth aller plus loin, il l'in
terrompt en disant : « Ne crains point, car certai
nement je te ferai du bien pour l'amour de Jonathan,
ton père, et je te restituerai toutes les terres de Saùl,
ton père, et tu mangeras toujours du pain à ma ta
ble. » Ah! voilà qui est selon Dieu, point de con
ditions, point de reproches, point de débats. Ce n'est
pas : Si tu fais ceci, si tu ne fais pas cela. Oh ! non ;
ici tout est pure grâce. C'est la bonté de Dieu!
« Certainement je te ferai du bien, » et cela entière
ment à cause ou pour l'amojir d'un tiers. « Et tu
mangeras toujours du pain à ma table. » Dans la
parabole, à laquelle nous venons de faire allusion,
— 9 —
qu'est-ce que Jésus veut montrer sinon la grâce
inconnue ou méconnue , et pourtant illimitée , du
cœur du Père? Y a-t-il de la part de ce père un
seul reproche adressé à son indigne enfant? Y a-t-il
une seule condition à la bonté qu'il va lui témoigner ?
Non, il se jeta à son cou et le baisa (Luc XV). N'est-
ce pas là la bonté de Dieu? Est-ce que je m'abuse
rais en voyant là, avec Jésus, un développement du
vrai caractère de Dieu ? N'est-ce pas ainsi que Dieu
reçoit le pécheur perdu? Ne sont-ce pas là, je le
demande, les paroles qu'il adresse au pécheur misé
rable, tremblant, méritant l'enfer? N'est-ce pas
Dieu qui, montrant la croix du Christ, peut dire :
« Ne crains point, certainement j'userai de bonté
envers toi, » pour l'amour de Jésus? Et tout cela,
de même, sans une seule condition ; tout est pure
grâce, découlant de son cœur qui déborde d'amour.
0 mon cher lecteur, connaissez-vous Dieu de
cette manière ; ou tel que la Parole nous le dépeint
en disant : « Dieu qui est riche en miséricorde , à
cause de son grand amour doijt il nous a aimés,
alors même que nous étions morts dans nos fautes,
nous a vivifiés avec le Christ (vous êtes sauvés par
grâce) , et nous a ressuscités ensemble , et nous a
fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans
le Christ Jésus ; afin qu'il montrât dans les siècles
à venir les immenses richesses de sa grâce, par sa
bonté envers nous dans le Christ Jésus? » (Éphés.
II, 4-7.) Pouvez-vous dire que cette bonté est votre
portion ? Les hommes auraient envoyé un volume
de directions au jeune boiteux, pour lui apprendre
*
— 10 —
comment il devait se repentir, comment il devait
soigner et guérir ses pieds avant d'oser se présenter
devant le roi ; comment il devait faire encore je ne
sais quoi. Mais ici nous n'avons pas un mot sur
toutes ces prétendues exigences préalables. Non,
Méphiboseth vient tel qu'il est , il ne lui est rien
demandé de plus ; et comment n'en serait-il pas
ainsi , puisque le cœur de David était déjà rempli
d'amour pour lui? Par-dessus tout, Satan s'efforcera
de cacher ou de voiler au pécheur cette bonté de
Dieu. Si je connais vraiment Dieu, je n'ai pas besoin
d'un prêtre sur la terre ou d'un saint dans le ciel,
pour apaiser son cœur envers moi. Ce cœur est déjà
rempli d'un amour ineffable. Sentez-vous, mon cher
lecteur, le fardeau du péché? Avez-vous été jeté
dans la perplexité ou l'angoisse par les livres d'hom
mes qui donnent de longues directions sur la ma
nière dont vous devez vous repentir, sur ce que
vous avez à faire pour plaire à Dieu et pour obtenir
qu'il vous sauve ? Peut-être l'un vous recommande
une voie aussi opposée que possible à Col. II, 20 ; il
vous dit que c'est en observant les ordonnances et
les sacrements que vous pouvez espérer d'être sauvé.
Un autre, dont les conseils n'auraient pas au fond
un effet moins pernicieux , vous exhortera à être
profondément affligé de vos péchés (ils ne disent
jamais jusqu'à quel degré de profondeur), à les
abandonner tous, et à aimer Di?u de tout votre
cœur etc. etc. ; et qu'après avoir fait tout cela vous
pourrez vous juger capable de venir à Christ. C'est-
à-dire, au fond, qu'ils s'efforcent de vous persuader,
— 11 —
que vous n'êtes pas si complétement tombé que la
Bible le déclare ; que vous êtes seulement un peu
boiteux et d'un seul pied, et que si vous avez besoin
de Christ, ce n'est que pour vous en faire une sorte
de béquille, et qu'ainsi avec son aide vous irez très-
bien ; en réalité, cela revient à dire, que vous pou
vez mériter le ciel à la fin.
Or si vous avez été ainsi égaré et angoissé, per
mettez-moi de vous inviter à fermer tous vos livres
d'hommes et à laisser de côté toutes leurs directions .
Que votre esprit s'attache à Dieu seul, tel qu'il s'est
révélé en la croix de Christ. Peut-être, tout alarmé,
allez- vous vous écrier : Mais est-ce que vous rejetez
et reniez la repentance comme inutile? Non, je suis
loin, bien loin d'une telle pensée. Il n'est peut-être
pas beaucoup de passages de la parole de Dieu qui
exposent plus clairement que notre chapitre, ce
qu'est la repentance et quelle en est la vraie place,
ou qui montrent, d'une manière plus frappante, ce
qui produit la repentance.
Aussitôt que le courant de la grâce sans condition
a été répandu dans le cœur tremblant de Méphi-
boseth, « il se prosterna, et dit : Qui suis-je, moi,
ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort,
tel que je suis? » C'est ainsi que la bonté de Dieu
conduit à la repentance. Le pécheur est amené en
la présence de la grâce infinie et aussi de l'infinie
sainteté. Le vrai caractère de Dieu lui est révélé en
Christ Jésus. Il entend ces douces paroles de l'amour
divin : « Ne crains point , car certainement j'userai
de bonté envers toi, » El l'effet en est qu'il s'humilie
— 12 —
lui-même dans la poussière , tout pénétré de cette
surabondante grâce. C'est ce changement de dispo
sitions qui s'appelle la repentance. Mais ferais-je
bien de vous dire, mon cher lecteur, que vous devez
vous repentir de cette manière avant d'aller à Christ?
Non, pas plus que je n'aurais l'idée de vous deman
der de commencer à sentir la chaleur avant de vous
approcher du feu, si je vous voyais mourant de froid
au milieu d'une tourmente.
Mais, si je ne me trompe, ce que plusieurs en
tendent par la repentance, c'est un effort orgueilleux
du moi, une réforme extérieure, par le moyen des
quels les pécheurs s'imaginent de changer les dis
positions de Dieu à leur égard, comme si Dieu était
irrité et avait besoin de nos bonnes œuvres pour que
son cœur puisse se tourner vers nous. Est-ce qu'il
était besoin d'un changement de dispositions en Da
vid? Non, son cœur était plein d'amour. Comment
donc pourrait-il être besoin d'un changement de
dispositions en Dieu? Qu'est-ce que la croix, sinon
l'expression de l'amour de Dieu pour des pécheurs
perdus? Or, mon cher lecteur, si vous connaissiez
la bonté de Dieu envers vous — si vous saviez que
rien ne pourrait vous séparer de sa bonté et de son
amour en Jésus-Christ — est-ce que cela ne produi
rait pas à l'instant un total changement de pensées
et de dispositions en vous ? Et plus vous connaîtriez
la gratuité de ce précieux amour, plus aussi vous
seriez humilié jusque dans la poussière devant lui.
Ce que vous tentez vainement d'opérer en vous-
même comme un préliminaire ou comme un titre
9-
— \7> —
au salut, serait produit au moment même où vous
croiriez au merveilleux amour de Dieu.
Remarquez maintenant le contraste que présen
tent ces deux hommes : Tsiba le serviteur ou l'esclave,
Méphiboseth le fils. David appelle Tsiba,et lui donne
des ordres , auxquels il promet de se conformer :
«Ton serviteur fera tout ce que le roi, mon seigneur,
a commandé à son serviteur. » C'est précisément
là ce qu'Israël s'engagea présomptueusement de
faire à Sinaï — c'est précisément là encore ce que
s'engagent de faire de nos jours des milliers de per
sonnes qui ainsi tournent le dos au christianisme et
retournent au judaïsme. Hélas! oui, et il serait
bien possible que, sur dix lecteurs de ces lignes, il
y en a neuf qui sont de la religion du serviteur et
non de celle du fils.
Quel contraste on découvre dans ces paroles de
David au fils, si pleines de pure grâce : «J'ai donné. . .
Méphiboseth mangera toujours du pain à ma table.
Quant à Méphiboseth, il mangera à ma table, comme
un des fils du roi. »
« Et Méphiboseth demeurait à Jérusalem , parce
qu'il mangeait toujours à la table du roi ; et il était
boiteux des deux pieds. » Pas un mot de grâce à
l'esclave, et pas un commandement au fils. Pour
l'un c'est le service de la servitude légale , pour
l'autre c'est le service de l'affection la plus profonde
du cœur.
Qu'elle est heureuse ta position , enfant de la
grâce ! Dieu t'a donné la vie éternelle. Tu n'es plus
un serviteur, mais un fils royal, à la table de ton
Seigneur. Ce n'est pas là un sacrement qui t'aide à
te sauver, mais tu es toujours assis à la table du
Seigneur, rompant et mangeant ce pain, et buvant
de cette coupe, qui te rappellent le corps rompu et
le sang répandu du Christ, par lequel tu es sauvé.
Oui , Dieu t'a donné le pain de vie , dont tu seras
toujours nourri. Comment se fait-il donc que tu
puisses te nourrir continuellement de Jésus? C'est
Dieu qui l'a voulu. C'est Dieu qui l'a dit. et il en sera
ainsi. Si tu es un croyant, ta condition et ta posi
tion ne peuvent absolument pas être celles d'un es
clave; car « à tous ceux qui l'ont reçu [Jésus], il
leur a donné le droit d'être enfants de Dieu ; savoir
à ceux qui croient en son nom. » « Et si nous som
mes enfants, nous sommes aussi héritiers; héritiers
de Dieu, cohéritiers de Christ » (Jean I, 12; Rom.
VIII, 17).
De quelle immense importance n'est-il pas de
comprendre cette miséricordieuse et merveilleuse
relation. Vous devez bien voir qu'il y a une grande
différence entre la relation d'esclave et celle de fils.
Un esclave ne demeure pas dans la maison pour
toujours, le fils y demeure pour toujours. Ainsi la
grâce tire Méphiboseth de sa retraite de peur et
d'inimitié , et lui donne soudain tous les priviléges
de l'adoption, et cela sans une seule condition. Nous
avons vu l'effet que cette grâce produisit sur lui :
une humiliation profonde , un changement total de
dispositions ; nous verrons bientôt que dès lors son
cœur fut donné à'David pour toujours.
La froide incrédulité pourrait dire : « C'était , il
— 15 —
est vrai , un pauvre être boiteux , avant qu'il fût
amené à David et traité comme un fils du roi. Mais
sûrement il ne put jamais jouir du privilége de s'as
seoir à la table royale, s'il continua d'être un pauvre
boiteux . » Car il y a bien des gens qui peuvent ad
mettre que c'est la seule grâce qui amène à Christ
un pauvre pécheur, boiteux et perdu, et qui néan
moins s'imaginent qu'une fois amené à Christ, sa
persévérance et son salut final dépendent, de quel
que manière, de sa propre marche et de son obéis
sance. C'est là une erreur des plus propres à troubler
et à angoisser les âmes. S'il en était ainsi , hélas !
qui pourrait être sauvé? Tout croyant qui connaît
son propre cœur dira : Pas moi. Si, ne fût-ce que
pour une heure, mon salut final dépendait de moi,
je n'oserais pas même espérer d'être sauvé. L'osez-
vous? Mais que voyons-nous dans ce tableau divi
nement inspiré de l'amour de Dieu ? « Méphiboseth
mangeait toujours à la table du roi ; et il était boi
teux des deux pieds. » Précieuse grâce qui nous a
cherchés, qui nous a trouvés, et qui seule peut nous
garder dans la position de faveur où elle nous a
placés.
Le croyant est souvent et cruellement angoissé,
quand il s'aperçoit que, s'il s'agit de force en lui-
même pour demeurer debout à l'heure de la tenta
tion, il est aussi faible maintenant qu'il l'était au
trefois. Et si, un seul instant, il perdait de vue sa
position dans la grâce comme un fils , et se mît à
essayer de marcher comme un esclave , il serait
aussitôt tout préoccupé de ses misérables pieds boi
— 16 —
teux. Trouvant ainsi que , comme un esclave sous
la loi, il ne peut plaire à Dieu, il serait tout prêt à
s'abandonner au désespoir et à renoncer à la foi.
Plus d'un de mes lecteurs peuvent avoir été rude
ment souffletés par l'ennemi, de cette manière. Vous
pouvez avoir regardé à votre pauvre marche boiteuse
jusqu'à en venir à dire dans votre cœur : Je ne suis
certainement pas un enfant de Dieu ! Ah ! vous ne
trouverez jamais la paix en regardant à vos pieds
boiteux. Mettez-les sous la table, et regardez à ce
dont Dieu, dans sa grâce infinie, a couvert cette
table. Il place devant nous le mémorial de Christ.
Tout ce que nous sommes en nous-mêmes, pauvres,
misérables, boiteux, morts, a été jugé et mis à mort
sur la croix. Et Dieu tient notre vieil homme comme
mort et enseveli loin de ses yeux. Il nous voit main
tenant ressuscités avec Christ ; oui, et même assis
en lui dans les lieux célestes.
Oh ! oui, il est parfaitement vrai qu'en lui-même,
le croyant est aussi boiteux après sa conversion
qu'avant. Il a, sans doute, une nouvelle vie, une
nouvelle nature, qu'il n'avait pas auparavant ; il a
le Saint-Esprit habitant en lui. Mais quant à sa
vieille nature, appelée la chair, elle est encore ce
qu'elle a toujours été. Que doit-il donc faire? N'a
voir aucune confiance quelconque en la chair, mais
reconnaître la grâce par laquelle il est devenu enfant
de Dieu et qui le garde pour toujours dans cette re
lation. Tenons donc nos pieds sous la table, et ras
sasions-nous des richesses de la grâce divine, placées
devant nous. Quand nous en avons fini avec toute
— 17 —
confiance en nous-mêmes, avec tous les vœux, avec
toutes nos résolutions — quand nous reconnaissons
réellement que le vieil homme est totalement perdu
— alors il s'ensuit une calme confiance en Christ,
en qui nous commençons à réaliser la puissance de
la résurrection dans une sainte vie. Mais la chair,
remplie de propre justice, aura une rude lutte à
'soutenir avant qu'elle cède et se reconnaisse comme
morte (voir Rom. VII).
Le sujet du chapitre suivant (2 Sam. X) est : la
bonté manifestée et rejetée , avec le jugement qui
en est la conséquence. C'est le péché amenant la con
damnation. La bonté de Dieu envers un monde cou
pable a été manifestée. « Car Dieu a tant aimé le
monde qu'il a donné son Fils unique, afin que qui
conque croit en lui , ne périsse pas, mais qu'il ait
la vie éternelle. » Quelle bonté ! Mais écoutez ces
sérieuses paroles : « Celui qui ne croit pas, est déjà
jugé. » Si vous, lecteur, étiez du nombre de ceux
qui rejettent la bonté de Dieu signalée par le don
de son Fils, pensez, oh! pensez à la condamnation
éternelle qui doit être la conséquence de ce rejet.
Je voudrais maintenant poursuivre , en peu de
mots, l'histoire de ces deux hommes — considérés
comme des types de tous ceux qui , de nos jours,
ou bien, ont trouvé grâce et salut en Dieu, ou bien
s'efforcent de se sauver en gardant les commande
ments du Seigneur.
Dans le chapitre XV, nous avons le récit de la
révolte d'Absalom. David, le vrai roi, est rejeté ; il
sort de Jérusalem et, détail à remarquer, il traverse
— 18 —
le même torrent que Jésus rejeté aussi traversera
plus tard . « Et tout le pays pleurait à grands cris,
et tout le peuple passait plus avant ; puis le roi passa
le torrent de Cédron » (comp. Jean XVIII, 1). Quand
Jésus le traversa, la nuit de sa rejection, les deux
ou trois qui l'accompagnaient, ne purent pas même
veiller une heure avec lui. Et dans le 30me verset,
il est dit : « Et David montait par la montée des
Oliviers et, en montant, il pleurait. » C'est aussi
sur cette montagne que Jésus conduisit ses disciples
quand, après avoir été mis à mort par ce monde et
ressuscité d'entre les morts par la puissance de
Dieu, il monta au ciel — rejeté par le monde, mais
reçu dans la gloire.
Or, c'est quand David, ainsi rejeté, a passé ce
mont des Oliviers, que le caractère de Tsiba, l'es
clave, se dévoile (lisez chap. XVI, 1-4). La pre
mière chose que nous voyons dans ce passage, c'est
un grand étalage de dévouement au roi : des ânes
chargés de pain, de fruits et de vin. « Que veux -tu
faire de cela? » demande le roi. Où est Méphiboseth?
Tsiba répond qu'il est demeuré à Jérusalem, en in
sinuant qu'il cherche à monter sur le trône. Vrai
ment il semble, d'après tout cela, que la meilleure
religion est bien celle de Tsiba, le propre juste. En
effet, quant à l'extérieur seulement , il a toujours
semblé en être ainsi. Mais Dieu connaît les secrets
de tous les cœurs. Selon toutes les apparences exté
rieures, Tsiba paraissait avoir un grand zèle et beau
coup de dévouement : puis il avait un si beau for
mulaire de prières. Mais, au fond, tout cela n'était

•1
— 19 —
qu'hypocrisie. Le jour du retour de David rejeté
vint à la fin (chap. XIX, 24-30), et Méphiboseth
sort pour aller au-devant de lui. Oui, et le jour du
retour de Jésus rejeté viendra promptement ; et tout
enfant de la grâce, qu'il soit endormi dans la pous
sière, ou vivant quand le Seigneur arrivera, sortira
pour être ravi à sa rencontre en l'air (1 Thess. IV,
13-18).
Maintenant se manifeste le vrai caractère des deux
hommes. Méphiboseth « n'a point lavé ses pieds, ni
fait sa barbe, ni lavé ses habits, depuis que le roi
s'en était allé, jusqu'au jour qu'il revint en paix. »
La bonté de David avait gagné son cœur. Ce cœur
était rempli d'affection pour le roi rejeté : et cette
affection était trop profonde pour qu'il pût, sur la
terre , prendre une autre attitude quelconque que
celle d'un homme menant deuil et attendant, dans
la tristesse, le retour de celui qu'il aimait.
Et le Seigneur Jésus ne comptait-il pas sur une
semblable affection, lorsqu'il disait dans la nuit de
sa rejection : « Dans peu de temps vous ne me verrez
pas, et encore un peu de temps et vous me verrez...
En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez
et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ;
et vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse
sera changée en joie. » Hélas! combien peu nous
avons répondu au cœur de notre Seigneur rejeté !
Si notre attitude morale n'est pas la même que celle
de Méphiboseth, oelle d'hommes affligés et dans le
deuil, en attendant le retour de Celui qu'ils aiment,
cela ne peut venir que de l'oubli de Jésus.
— 20 —
Mais qu'en était-il des fruits, du pain et du vin ?
« Pourquoi n'es-tu pas venu avec moi , Méphibo-
seth? » Maintenant la vérité vient au jour ; c'était
de lui que venaient les provisions dont les ânes
étaient chargés. Mais il était boiteux, ce qui avait
permis à Tsiba de le supplanter ; et maintenant il
calomniait Méphiboseth et prenait un masque hypo
crite. Or remarquez ce que peut produire la grâce.
Méphiboseth dit : « Fais donc ce qu'il te semblera
bon ; car quoique tous ceux de la maison de mon
père ne soient que des gens dignes de mort envers
le roi, mon seigneur, cependant tu as mis ton ser-
viteu r entre ceux qui mangeaient à ta table . » Qu'elle
est douce la confiance que donne la grâce ! Avez-
vous, mon lecteur, l'assurance fondée que Dieu vous
a donné, par pure grâce, une place à sa table? Si
vous l'avez, vous pouvez, avec une parfaite joie,
regarder en avant à l'arrivée de Jésus.
« Et le roi lui dit : Pourquoi me parlerais-tu en
core de tes affaires? Je l'ai dit : Toi et Tsiba, parta
gez les terres. » Qu'elle est belle la réponse du fils
de Jonathan : « Qu'il prenne même le tout, puisque
le roi , mon seigneur, est revenu en paix dans sa
maison. » Ce n'étaient pas les terres qu'il lui fallait;
non, son plus ardent désir était maintenant réalisé,
puisqu'il revoyait celui qui lui avait témoigné tant
de bonté.
Et n'en est-il pas de même chez ceux dont la
grâce a réellement gagné le cœur à Christ? Ce ne
sont plus les choses de la terre qu'ils désirent. « Cer
tes, dit l'apôtre , je regarde toutes choses comme
— 21 —
étant une perte à cause de l'excellence de la con
naissance de Christ Jésus, mon Seigneur. » Oh ! plût
à Dieu que nous ressemblassions davantage à Mé-
phiboseth, davantage aux saints de Thessalonique,
qui attendaient « des cieux le Fils de Dieu. » Mé-
phiboseth avait reçu le témoignage de la bonté de
David avec une entière confiance ; malgré ses pieds
boiteux, il n'avait jamais douté de la réalité de l'a
mour de David , et il avait patiemment attendu le
retour de David ; supportant toute espèce d'opprobre,
jusqu'à ce que le temps fût venu. Les Thessaloni-
ciens avaient aussi reçu la bonne nouvelle de la grâce
de Dieu en puissance et dans la vertu de l'Esprit
saint, et en pleine certitude, — aussi enduraient-
ils avec patience, et même avec joie, les injures et
les tribulations de la part de leurs adversaires. Et
quelle était la puissance secrète qui les mettait en
état de le faire? Ils attendaient Jésus des cieux. Les
vrais enfants de Dieu ont. toujours été haïs et calom
niés — et même souvent mis à mort sur les écha-
fauds et les bûchers — par les orgueilleux, cher
chant le salut dans l'observation de la loi.
Mais quel est le jour qui s'approche ! Qui peut
dire avec quelle rapidité peut arriver le Seigneur
que nous attendons? Les tout derniers mots qu'il
nous a adressés, sont ceux-ci : « Oui, je viens bien
tôt, » à quoi, par l'Esprit, l'Eglise répond : « Amen !
viens, Seigneur Jésus ! » David a-t-il pu revenir, et
le Seigneur de David ne reviendra-t-il pas? Oui,
nos yeux le contempleront bientôt. Oh ! glorieuse
et bienheureuse espérance ! Ce n'est pas le millen
— 22 —
nium, ce n'est pas l'accomplissement des prophéties,
que nous attendons proprement, quelque bénis que
soient ces événements à leur place ; mais c'est Jésus
lui-même, que le croyant qui a été lavé dans son
sang, désire de voir.
Ce magnifique type va plus loin encore ; dans le
chapitre XXI, il nous montre le jour du jugement
sur la maison de Saûl. « Or le roi épargna Méphibo-
seth, fils de Jonathan, fils de Saûl, à cause du ser
ment que David et Jonathan, fils de Saûl, avaient
fait entre eux au nom de l'Eternel. » Cela termine
l'histoire de cet enfant de la grâce. Et longtemps
après que Jésus sera revenu , et que son royaume
aura été établi; quand l'Eglise de Dieu jouira, de
puis longtemps déjà, de la gloire céleste de Christ,
et Israël, de la gloire du royaume sur la terre ; oui,
même lorsque le grand trône blanc sera dressé et
que les enfants déchus d'Adam se tiendront devant
. ce trône ; alors même, pas un de ceux qui, selon les
conseils d'éternité , aurait pu faire partie de la fa
mille de la grâce, non, pas même un seul ne sera
perdu. Mais où paraîtront en ce jour-là les pécheurs
insouciants ou même les faiseurs d'œuvres pour le
salut? Trouvez-moi un homme faisant profession
d'être un observateur de la loi, qui ne soit pas un
transgresseur de la loi. Pouvez-vous, mon cher lec
teur, ou puis-je moi-même subsister devant ce trône
sur le fondement de ce que nous avons fait ? Impos
sible. Assurément, l'homme qui prétend être meil
leur que son prochain, doit être un hypocrite; car
Dieu déclare qu'il n'y a point de différence — que
— 23 —
tous ont péché. Non, non, ce n'est pas par des œu
vres qu'un pécheur quelconque peut être sauvé. Si
vous pouvez trouver un homme qui ne soit pas un
pécheur, à la bonne heure, qu'il essaye de ce moyen.
Mais un pêcheur a besoin de pardon. « El sans effu
sion de sang il n'y a point de rémission. » Adorable
Jésus, tu as porté le poids de la colère, de la malé
diction, du jugement qui étaient dus aux péchés de
ton peuple, et maintenant une bonté sans entrave
et une éternelle paix sont l'heureux partage de toute
àme qui se confie en toi. Regarde à la croix, ô mon
lecteur, et prête l'oreille. Du haut de cette croix,
Dieu ne te dit-il pas : « Certainement j'userai de
bonté envers toi? »
Mais ne doit-il point y avoir d'œuvres en retour
de cette bonté? Oh ! oui, un service sincère, réel, cor
dial, dévoué — fruit de la foi qui sauve. Combien
d'œuvres qui apparaissent comme de bonnes œuvres
aux yeux des hommes, ne sont que néant devant
Dieu ! Les hommes s'imposent de pesants fardeaux
d'actes de propre justice; et pourtant, que sont-ils
tous, au fond, sinon le rejet de la bonté toute gra
tuite de Dieu?
Plus sera profondément enracinée ton assurance
de l'immuable bonté de Dieu envers toi, indigne pé
cheur, plus profonde aussi sera ta haine du péché ;
plus entière, la joie que tu éprouveras à servir Christ
d'un cœur vraiment tout dévoué ; et plus ardente,
quoique patiente, ton attente de son retour des cieux.
Traduit de l'anglais de Charles Stanley, auteur
des Incidents de Chemin de fer.
Série de Traités chrétiens i
N° 1. La chute d'Adam ou le pécheur au tribunal
de Dieu. Court examen de Genèse m.
2me édition prix 5 c.
2. La Repentance 10
3. Christ dans l'intérieur du voile et hors du
camp. 2me édition .... 5
4. Le cordon écarlate. 3mc édition . . 10
5. Écoutez, et votre ame vivra ... 5
6. L'École de Dieu ou quelques remarques sur
1 Sam. xvii 10
7. Christ, notre Berger (Luc xv, 1-7) . . 5
8. L'assurance du salut .... 40
9. Le siége de Samarie . . ■ .10
10. Toi et ta maison 35
11. Qu'attendez-vous donc? . ; .10

Incidents de chemins de fer.


1. Quel contraste.
2. Le billet perdu.
3. Juste à temps.
4. Tout brisé.
5. Les menottes.
6. J'ai mon billet.
6 ex. pour 15 c.

Vevey.— Imprimerie Ch.- F. Recordon.


IL Y EN A TROIS QUI RENDENT TÉMOIGNAGE,

L'ESPRIT, L'EAU & LE SANG.

i JEAN V, 7.

VEVEY
LOUIS PRENLELOTJP
1860
Vevey. — Imprimerie de Ch.-F. Recordou.
Il y en a trois qui rendent témoignage,
l'Esprit, l'eau et le sang. — 1 Jean V, 9.

Lisez 1 Jean V, 6-21 .

Dieu avait envoyé son Fils au monde et avait ainsi


mis le monde à l'épreuve : le Fils de Dieu avait paru
dans le monde et il avait été crucifié dans le monde et
par le monde ; et le monde par cet acte, avait rendu
désormais impossible toute association entre lui et Dieu.
Jésus anticipant ce moment, avait dit : « Père juste,
le monde ne t'a pas connu » (Jean XVII, 25). La croix
à laquelle le monde a cloué le Fils de Dieu, a fixé défi
nitivement la position du monde devant Dieu , et le
monde est devenu pour les saints une chose qu'ils ont
à vaincre. C'est pourquoi Jean pose cette question :
« Qui est celui qui est victorieux du monde...? » Mais
ensuite, ayant répondu que .celui qui est victorieux du
monde, c'est « celui qui croit que Jésus est le Fils de
Dieu, )) Jean ajoute : « C'est lui qui est venu par l'eau
et par le sang, » nous présentant ainsi le caractère et
la valeur de la croix. « Il est venu par l'eau et par le
sang ; )> l'eau et le sang sont comme un « témoin de
Dieu » ou un « témoignage » que Dieu donne.
Or « c'est ici le témoignage, que Dieu nous a donné
la vie éternelle ; et celte vie est dans son Fils. » Ici.,
c'est la chose attestée par le témoignage. La vie n'est
pas dans le premier Adam, mais dans « son Fils; » elle
n'est pas dans l'homme, ni par les œuvres de l'homme
ou par aucun moyen quelconque , mais elle est le don
de Dieu (Rom. VI, 23). Dieu nous a donné la vie éter
nelle, mais cette vie est dans son Fils; bien que nous
possédions la vie, elle n'est pas intrinsèquement en
nous ; — elle est dans son Fils. Lorsque nous avons
été vivifiés, la vie n'est pas considérée comme étant en
nous ; car Jésus dit : « Parce que je vis, vous aussi vous
vivrez » (Jean XIV, 19).
Si la vie de Christ peut être annulée ou anéantie, la
vie en nous peut l'être également ; si Christ peut mou
rir, nous pouvons perdre aussi la vie ; mais si la mort
n'a plus d'empire sur lui, elle n'en a plus non plus sur
nous. La source de la vie est en Christ, et c'est là ce
qui donne à cette vie son immense valeur et son pré
cieux caractère. « Il a été donné au Fils aussi, d'avoir
la vie en lui-même » (Jean V, 26) : par la grâce il de
vient notre vie ; et comme le doigt ou la main ont vie,
et sont pénétrés par la vie, sans qu'ils aient la vie en
eux-mêmes ou qu'ils soient le siége de la vie, — le siège
delà vie aussi n'est pas en nous, mais en Christ. « Notre
vie est cachée avec Christ en Dieu » (Col. III, o), elle
est aussi immuable que lui-même.
Le caractère tout entier de la vie et toute communion
découlent de cette précieuse vérité, que la vîe est « dans
son Fils; » le caractère de cette vie, c'est la proximité
de Dieu. — Christ lui-même est notre vie (Col. III, 4) ;
et il est de IS plus haute importance polir l'affermisse
— S —
ment et la consolation de nos âmes, pour toute joie en
Dieu, de bien comprendre ce qu'est cette vie, car nos
pensées sur la régénération sont nécessairement tout à
fait imparfaites, aussi longtemps que nous n'avons pas
compris que la vie que nous possédons est une vie réelle ,
une vie qui nous associe au Fils de Dieu, une vie que
nous ne possédions pas auparavant, et en vertu de la
quelle maintenant nous avons communion avec le Père
qui nous a donné la vie éternelle, non pas en nous-
mêmes, mais « dans son Fils. »
La Parole nous apprend par des témoignages divers,
ce que Christ est pour nous. Ainsi , dans la première
épitre aux Corinthiens, Paul, en parlant des plus vils
pécheurs, dit : « Et quelques-uns de vous , vous étiez
tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanc
tifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur
Jésus et par l'Esprit de notre Dieu » (i Cor. VI, 9-1 1).
A ce témoignage correspondent les trois témoins, dont
il est fait mention ici : teau, le sang et l'esprit.
Jean rapporte que « l'un des soldats perça avec sa
lance le côté de Jésus ; et aussitôt il en sortit du sang et
de l'eau » (Jean XIX, 34). Le sang et l'eau jaillirent
d'un Christ mort; et ainsi nous est manifesté d'une ma
nière frappante que le lien qui pourrait exister entre
1 homme naturel et Dieu, est désormais et pour toujours
brisé ! « Car en ce qu'il est mort, il est mort une fois
pour toutes au péché » (Rom VI, 10). Tout ce que Christ
eût pu bénir dans l'état de nature, tout cela, mainte
nant, est à jamais perdu, et s'il doit y avoir encore une
bénédiction quelconque , s'il doit y avoir une relation
ou une association avec Dieu, ce doit être dans une
nouvelle nature et par le moyen d'un Christ mort. Qu'il
s'agisse d'expiation, de pureté, de vie, — rien ne peut
s'obtenir que par un Christ mort.
Jusqu'à la mort de Christ , Dieu s'occupait de la na
ture et la mettait à l'épreuve, afin de voir ou plutôt de
nous apprendre à nous-mêmes , — car lui savait ce
qu'était cette nature — s'il était possible qu'elle produi
sît une fois quelque chose de bon. La croix mit fin à
cette épreuve ; le Fils de Dieu , rejeté de ce monde,
montra l'entière et complète incapacité de la nature ;
l'homme, dès lors, n'est plus simplement un pécheur
chassé du paradis, comme fut Adam ; mais son état, au
lieu de n'être que le résultat de son éloignement de la
présence de Dieu à cause du péché, est le fruit de la vo
lonté et de l'énergie de sa nature mauvaise qui a rejeté
Dieu hors de son propre héritage.
La croix, je le répète, est la démonstration manifeste
de l'entière impossibilité de restaurer ou de corriger la
nature de l'homme par quelque moyen que ce soit. C'est
là une vérité bien humiliante, mais pleine de bénédic
tion cependant. Le ciel et la terre sont impuissants ; la
loi est impuissante ; — j'ai encore mon Fils unique dans
le ciel, dit Dieu : je l'enverrai ; — peut-être, quand ils
le verront, ils respecteront mon Fils. — Mais non, le
propos arrêté de l'homme, c'est qu'il veut posséder le
monde sans Dieu : voilà ce qu'il lui faut ; il ne veut de
Dieu en aucune manière : la mesure de l'iniquité de
l'homme est venue ici à son comble , et telle sera la
chrétienté dans sa plus affreuse manifestation.
Si vous cherchez le plaisir dans ce monde, vous savez
vous-même que là vous n'avez que faire de Dieu , et
que si vous l'y rencontriez, sa présence changerait toute
la scène. C'est pourquoi vous dites dans votre esprit :
— 7 —
« Voici l'héritier, tuons-le, et l'héritage sera à nous ! »
Vous n'avez pas levé vos mains contre le Fils de Dieu
pour le crucifier, dites-vous ; non, mais vous l'avez
chassé de votre cœur. Le jour qui approche verra se
développer plus que jamais toutes les capacités de l'hom
me ; il les verra réunies dans un commun effort pour
faire marcher le monde parfaitement bien sans Dieu.
Le monde a-t-il jamais été plus prospère que mainte
nant, comme disent les hommes? Y a-t-il jamais eu
autant d'unité parmi les nations , et celles-ci ont-elles
jamais montré une plus grande abondance de ressources
de toute sorte ? On crie de toutes parts : « Paix, paix ! »
et on cherche la paix par l'énergie et le travail de la
volonté de l'homme, sans Dieu ; on recherche le progrès
dans la philosophie, dans la politique, dans le commerce
et le bien-être de ce monde ; et en même temps, cepen
dant, le cœur de l'homme est effrayé en entrevoyant les
conséquences de ce progrès 'de la propre volonté. Ce
qui pourrait paraître un paradoxe, dans l'Écriture, s'ac
complit ainsi : Le cri de « paix » se mêle à une frayeur
qui fait que « les hommes sont comme rendant l'âme
de peur et à cause de l'attente des choses qui vont arri
ver » (Luc XXI, 26). La contradiction qui semble se
trouver dans ces paroles, n'est en effet qu'apparente,
car tandis que les hommes s'adonnent au commerce,
aux arts et aux sciences dans l'énergie de la propre
volonté, qui d'entre eux voudrait répondre de l'état
d'une nation quelconque pour « trois ans » seulement
ou même pour un temps plus limité? L'homme est ef
frayé de l'action de la propre volonté dans ses sembla
bles, bien qu'il aime lui-même à faire sa volonté; —
mais le chrétien a appris que la réjection de Christ a
fixé la position du monde devant Dieu.
Une fois que le Christ est rejeté , c'en est fait du
monde et de l'homme en lui-même , car l'homme ne
s'est pas seulement fait chasser du paradis, mais le Fils
de Dieu étant venu, l'homme est devenu son meurtrier.
Alors entre la grâce ; et le chrétien sort du monde pour
trouver dans le Fils de Dieu rejeté, la vie qu'on ne peut
avoir qu'en lui seul. C'est ici le témoignage de Dieu,
« que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie
est dans son Fils. » Au milieu de tout le bruit et de
toute l'agitation de ce monde, l'âme qui soupirait après
la paix, a vu Christ percé, et elle a trouvé en lui ce
qui expie et purifie.
Tout ceci n'est pas une théorie, n'est pas une doctrine
seulement, mais une réalité ; car dès que ma conscience
s'éveille, je reconnais que, par nature, je suis séparé
de Dieu, que la pensée de ma chair est inimitié contre
Dieu, et que ce n'est pas seulement le monde qui cru
cifia le Fils de Dieu , mais que mes péchés l'ont percé :
c'est ici une affaire individuelle , c'est le chemin qui
amène une âme à la bénédiction. Si j'ai réellement foi
en ce que la Parole de Dieu déclare quant au mal qui
est en moi, la question : Que dois-je faire? s'élèvera
aussitôt dans mon âme accablée. Tout ce qui me con
stitue un homme moral seulement, me dit que dans cet
état, je ne puis avoir affaire à Dieu ; mais par un Christ
percé, j'obtiens trois témoins, attestant que je puis en
trer en relation avec Dieu et avoir communication avec
lui. L'acte le plus criminel contre Dieu dont l'insolence
de l'homme ait été capable , fit jaillir ce qui ôtait le
péché, savoir le sang et l'eau découlant du côté percé
— 9 —
de Jésus. Supposez que ce soit hier seulement que j'ai
levé la lance contre le Fils de Dieu, l'acte même qui a
été la manifestation de mon inimitié, a fait couler aussi
ce qui l'ôté. Et ce n'est qu'alors, quand j'ai vu l'eau et
le sang découlant du côté percé de Christ, et ôtant le
péché, — ce n'est qu'alors que je puis estimer le péché
à sa juste valeur. Mais pour en venir là, il faut que je
sois amené à la conscience que, en esprit, moi, j'étais
au pied de la croix, que moi j'étais inimitié contre Dieu,
que moi j'ai levé la main contre le Fils de Dieu et que
ce sont mes péchés qui l'ont percé. N'est-ce pas ainsi
que Dieu reproche aux Juifs d'avoir tué l'héritier ? Car
ceux auxquels Pierre s'adresse (Act. II) en leur disant :
« Vous l'avez pris et mis en croix, et vous l'avez fait
périr par des mains iniques, » n'avaient pas porté eux-
mêmes leurs mains sur le Prince de la vie ; mais leurs
cœurs avaient consenti à sa mort ; ils n'avaient pas levé
une lance contre lui, plus que vous ou moi ; mais dans
le même esprit, ils avaient refusé à Christ une place
dans leurs cœurs. N'est-ce pas de la même manière en
core que Dieu agit envers le monde? — Comme il avait
demandé à Caïn : « Où est. Abel, ton frère? » de même
il dit au monde : Qu'avez-vous fait de mon Fils ? — et
la seule réponse qu'ils puissent donner, c'est : Nous
l'avons mis à mort !
Du moment où le Messie fut rejeté, dès ce moment-là
les Juifs perdirent tout droit aux promesses : toute es
pérance de salut, tout en un mot est perdu pour eux
comme peuple ; et si maintenant ils veulent être bénis,
il faut qu'ils s'approchent comme des pécheurs, il faut
que leur péché soit ôté par le sang qui jaillit du côté
percé de leur Messie. Quand l'homme a perdu tout droit
— 10 —
à quoi que ce soit, alors Dieu donne la vie éternelle :
Dieu ne veut pas que l'homme tourne encore ses regards
sur lui-même, à moins qu'il ne s'agisse pour lui d'être
amené à la conscience de son état de péché ; mais Dieu
place Christ devant le cœur de l'homme. Ai -je estimé
que mon propre péché avait cloué Christ à la croix?
Alors le sang a effacé le péché, car le sang a lavé l'hom
me qui tenait la lance et qui perça Jésus. Nous ne som
mes que péché, — eh bien ! Christ a été fait péché pour
nous ; et par un Christ mort, le sang devient pour nous
un témoignage déclarant que nos péchés sont effacés,
le sang étant un témoignage de la parfaite expiation de
tout péché — Christ a aboli le péché par le sacrifice de
lui-même (Héb. IX, 26). — Sans doute, si nous regar
dions à la part que l'homme a prise dans ce sacrifice,
nous y trouverions un autre témoignage, mais Dieu
dirige nos regards vers ce qui a amené Christ dans le
monde et sur ce que Christ y a accompli.
Cependant la Parole ne nous parle pas seulement du
sang, mais aussi de l'eau. — L'eau nettoie, comme le
sang expie, ainsi qu'il est écrit : « afin qu'il la sanctifiât
en la purifiant par le lavage d'eau par la parole » (Eph.
V, 26). Le sang expie, je le répète ; l'eau purifie. L'eau
rend témoignage à la même puissance vivifiante : —
« Si quelqu'un n'est né d'eau et de l'Esprit, il ne peut
entrer dans le royaume de Dieu » (Jean III, 5). L'Esprit
de Dieu est la source de la vie et la puissance de la Pa
role, et il vivifie. En pratique, la Parole est l'instrument
par le moyen duquel il opère, elle est « la semence in
corruptible, « elle est aussi le juge des pensées et des
intentions du cœur, et c'est par elle que Dieu nous com-
nfunique ses pensées. — C'est du côté percé de Christ
i

— 11 —
que découlent ces témoignages de Dieu , inscrivant la
sentence de mort sur la nature et tout ce qu'elle peut
produire ; car la croix ne vient pas introduire une mo
dification de la nature existante , mais elle tient pour
mort tout ce qui est en dehors de Christ, attendu qu'il
n'y a ni pensée, ni convoitise, ni désir se rapportant au
monde , que Christ n'ait pas frappé d'une sentence de
mort ; et c'est ainsi que de nouvelles affections sont for
mées en nous qui sommes « morts au péché, mais vi
vants à Dieu » par la vie qui est dans son Fils. Le vrai
caractère de cette purification est dans la sentence de
mort qu'elle prononce sur tout ce qui ne découle pas de
cette source de vie, — Christ percé. L'eau est la puri
fication, mais la purification s'opère par un Christ mort.
Christ fut dans .tout le cours de sa vie, le modèle, dans
un homme, de ce que l'homme devrait être, mais nous
ne pouvons y participer que par la purification de sa
mort.
Nous n'avons pas seulement le témoignage du sang
qui fait expiation, et de l'eau qui purifie, et par lesquels
nous sommes morts au péché ; mais Jésus a obtenu pour
nous l'Esprit, — la présence du Saint-Esprit comme
puissance de la Parole. — Quelqu'un dira peut-être :
je ne me trouve pas ainsi, de fait, mort au péché. —
Mais vous haïssez le péché : ce qui est une preuve que
vous êtes mort au péché. La Parole ne dit-elle pas : « Ce
que Christ est mort, il est mort une fois pour toutes au
péché ; vous aussi tout de même, tenez-tows vous-
mêmes pour morts au péché » (Rom. VI, 10-11), car
Dieu nous traite toujours selon ce qu'il nous a réellement
donné, agissant envers nous comme si nous l'avions
pleinement réalisé. Ainsi le Seigneur dit à ses disciples :
1

— 12 —
« Et vous savez où je vais, et vous en savez le chemin »
(Jean XIV, h); parce qu'ils le connaissaient, lui qui
était véritablement le chemin pour aller au Père ; mais
Thomas pouvait répondre avec vérité cependant : « Nous
ne savons où tu vas , et comment pouvons-nous [en]
savoir le chemin, » parce que ni lui, ni les autres dis
ciples n'avaient jamais réalisé ce dont le Seigneur leur
parlait. Dès que je crois en Jésus, je suis appelé à me
tenir moi-môme pour mort, — jamais, à mourir. Dieu
veut que je mortifie mes membres qui sont sur la terre
(Colos. III, S), mais il ne me dit pas de mourir. Un
homme sous la loi fera tous ses efforts pour mourir, sans
que jamais il puisse réussir ; un chrétien est mort et a
sa vie cachée avec Christ en Dieu ; c'est pourquoi il
mortifie ses membres qui sont sur la terre, comme vi
vant dans la puissance de la vie qu'il possède dans le
Fils de Dieu.
Remarquez bien que dans le passage de l'épître aux
Colossiens, auquel je viens de faire allusion, l'Écriture
ne parle point de nous comme si notre vie était sur la
terre, car cette vie est en haut avec Christ en Dieu ; —
mais elle nous considère comme des gens morts, et qui
ont à" mortifier leurs membres qui sont sur la terre.
Dieu ne nous dit jamais de nous tuer nous-mêmes, mais
la foi reçoit le témoignage de Dieu comme véritable ;
c'est pourquoi je dis : « je suis mort; » et parce que je
suis mort, j'ai à mortifier mes membres, étant aussi
mort à la terre que Christ l'a été, parce que Dieu me dit
que, en croyant, je suis mort. Je ne cherche pas à mou
rir, car je sais où se trouve la puissance et je me tiens
moi-même pour mort. — Quant à la vie pratique de
chaque jour, il y a, au sujet de l'eau, une difficulté :
— 13 —
comment puis-je dire que je suis lavé, si je me trouve
encore souillé ? — Toutefois je puis dire que je suis
mort en Christ, car jamais je ne réussirai à me faire
mourir moi-même. Dès que j'ai cru en Christ, tout ce
qu'il a accompli comme Sauveur m'appartient, et Dieu
me l'approprie et me l'applique. Je puis avoir manqué
à le réaliser ; — mais le trésor a été mis en ma posses
sion.
Quelqu'un dira peut-être : je crois à toute la valeur
et à toute la puissance efficace de l'œuvre de Christ,
mais je ne puis pas me les appliquer. Qui donc vous le
demande? — C'est Dieu qui en fait l'application, et il
vous en a fait l'application si vous croyez à la valeur et
à l'efficacité de cette œuvre. Dès que nous croyons en
Christ, nous possédons le Saint-Esprit comme rendant
témoignage : « il prendra du mien et vous l'annoncera »
(Jean XVI, 14). Comme le Fils est venu dans le monde
pour faire la volonté de Celui qui l'avait envoyé, et qu'il
est ensuite remonté au ciel, ainsi après l'ascension du
Fils, le Saint-Esprit est descendu comme personne di
vine , ici-bas sur la terre : il est toujours parlé de lui
comme étant sur la terre, et sa présence ici-bas donne
i l'Eglise de Dieu son caractère véritable et particulier.
C'est l'Esprit de vérité , descendu sur la terre , qui
est le troisième témoin. Dès que je crois, je suis scellé
du Saint-Esprit de la promesse, et tout ce que je puis
produire comme chrétien, en fruits de Dieu, est la con
séquence de ce fait que je suis scellé de l'Esprit saint.
La rédemption étant parfaitement accomplie, le Saint-
Esprit descend en personne sur la terre , de sorte que
l'Eglise sur la terre est placée entre la rédemption ac
complie et la gloire à venir, comme le Saint-Esprit
— 14 —
descend ici-bas dans l'intervalle qui sépare la rédemp
tion de l'Église de la gloire de l'Église. — La connais
sance du fait que je suis mort avec Christ, me donne un
cœur pur, étant moi-même mort à la nature, au péché,
au monde et à la loi. Par le sang, j'acquiers une paix
parfaite et une bonne conscience ; . et alors le Saint-
Esprit vient de la part de Dieu : notre paix a ainsi pour
elle le témoignage de Dieu lui-même. Toute la scène
au milieu de laquelle je vivais, a passé ; j'en ai fini avec
la nature tout entière ; tous mes péchés ont disparu,
lavés dans le sang ; je suis désormais mort au péché, et
vivant à Dieu. La croix, les blessures de Christ sont la
porte par laquelle je suis entré, et la présence du Saint-
Esprit est la puissance par laquelle j'en savoure les
fruits.
Comme nous l'avons vu, « il y en a trois qui rendent
témoignage, l'Esprit, et l'eau, et le sang, et les trois
sont [d'accord] pour un [même témoignage]. » Le cœur
de l'homme recherche toujours un témoignage de la
part de Dieu quant à lui-même, mais Dieu rend témoi
gnage à son Fils , et non pas à ce que nous sommes
nous-mêmes. Si Dieu avait un témoignage à rendre à
notre sujet, il faudrait que ce fût au sujet de notre péché
et de l'incrédulité de nos cœurs ; mais , non, et il est
bien important de le comprendre dans ces jours d'in
crédulité, si Dieu rend un témoignage, ce témoignage
concerne son Fils et ce que lui est pour le pécheur. La
foi à ce témoignage donne la paix . Si je cherche à me
faire devant Dieu une position fondée sur ma sainteté,
c'est de la propre justice, et alors il va sans dire que je
ne puis attendre de Dieu un témoignage en ma faveur ;
mais si mon âme se place devant Dieu appuyée sur le
— 15 —
témoignage que Dieu a rendu à son Fils, alors j'ai le
témoignage en moi-même : quand j'ai cette foi, je pos
sède dans mon propre cœur l'objet de cette foi. C'est là
ce qui permettait à Paul de dire devant Agrippa : « Plût
à Dieu, que non-seulement toi, mais aussi tous ceux qui
m'entendent aujourd'hui, devinssent de toutes manières
tels que je suis, hormis ces liens » (Actes XXVI, 29).
Paul était si pénétré du sentiment que le Christ qui était
en lui, était le Christ qui est dans le ciel, et il était si
heureux dans cette assurance , qu'il désirait que tous
ceux qui l'entendaient fussent tels que lui, hormis ses
liens, et qu'ainsi, eux aussi, ils eussent Christ comme
une fontaine jaillissante au dedans d'eux-mêmes. C'est
là aussi ce qui fait du ciel un ciel pour le croyant. Il
trouve dans le ciel le même Christ qu'il possède dans
sa propre âme ; et toutes les subtilités de l'incrédulité
ne peuvent atteindre quiconque possède ainsi Christ au
dedans de lui. Tous les raisonnements des incrédules
sont impuissants pour renverser mon assurance , si je
suis heureux en Christ ; et si quelqu'un venait à moi
pour me démontrer qu'il n'y a point de Christ, si je suis
heureux en lui, je ne le croirai pas. Il n'est pas besoin
pour moi de démonstrations ou de preuves logiques ; il
y aura, jusqu'à un certain point, un témoignage moral
dans le bonheur de mon âme et l'intensité de mes affec
tions concentrées en Christ. J'ai souvent éprouvé com
bien avait de puissance aupfts d'hommes de toute con
dition, l'assurance que j'étais parfaitement heureux en
Christ et assuré d'entrer au ciel. — Vous êtes heureux,
me disait-on , et nous voudrions pouvoir dire comme
vous ! Sans doute mon bonheur ne sera pas une preuve
pour un incrédule, mais ce bonheur va au cœur de
— 16 —
l'homme, parce qu'il y a dans le cœur de l'homme une
aspiration qui ne peut être satisfaite que par la posses
sion deChristlui-inême, et que, quoi que l'homme puisse
dire, il n'est jamais heureux sans Christ.
« Mais celui qui ne croit pas Dieu, l'a fait menteur. »
Le péché des hommes consiste en ce qu'ils font Dieu
menteur, lorsqu'ils ne croient pas au témoignage que
Dieu a rendu à son Fils. Ne contestent-ils pas avec vous
quand vous leur dites que vous êtes sauvés? Ne vous
demandent - ils pas comment vous pouvez savoir que
vous êtes sauvés? — ce qui revient à dire que Dieu est
incapable de communiquer aucune bénédiction à l'hom
me.. On met ainsi en question la sagesse et la puissance
de Dieu dans le témoignage de sa miséricorde et de sa
grâce, et là est proprement le fond de la grande ques
tion touchant la Bible. Ce n'est pas tant le droit pour
chacun de lire la Bible, qui est mis en question, mais
bien le droit de Dieu à la donner ; et le crime , c'est
qu'on relient le message de Dieu loin de ses serviteurs.
Il ne s'agit pas seulement , je le répète , du droit des
serviteurs à posséder ce message, mais du droit de Dieu
à le communiquer et à faire connaître ses pensées dans
sa Parole. Quand Dieu donne une révélation, l'homme
doit la recevoir : Il a donné un témoignage dans lequel
il révèle la gloire de son Fils , et si l'homme met en
question cette parole, il conteste avec Dieu dans le té
moignage de sa grâce quant à ce qu'il est.
Qui , — sans Christ , — expliquera l'énigme de ce
monde misérable ? Entrez dans les rues et les carrefours
de nos cités ; contemplez la misère et la dégradation des
contrées même les plus civilisées, et apprenez là ce que
produit le péché. Dans un salon, vous pourrez disputer
— 47 —
sur le péché, mais ce n'est pas dans un salon que vous
apprendrez ce qu'est le monde. Mais quand vous me
dites que ce fut à cause de tout ce péché et de toute
cette dégradation que le Fils de Dieu vint dans ce monde,
afin qu'il ôtât le péché, alors je vous comprendrai : et
Dieu donne la vie éternelle, non pas une vie d'un mo
ment, ou une vie que nous puissions perdre par le péché
comme Adam, mais la vie éternelle qui est au-dessus
et au delà du péché tout ensemble, — car elle est « dans
son Fils, )> et par conséquent aussi près de Dieu qu'il
est possible. « Cette vie est dans son Fils » qui fut tou
jours l'objet des délices de son Père et au sujet duquel,
quand il était ici-bas, le Père ne put taire sa joie, di
sant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » (Luc III, 22 ;
IX, 35).
Dieu nous a donné la vie éternelle , et cette vie est
dans son Fils : en nous donnant la vie éternelle, Dieu
nous a donné aussi une nature capable de jouir de lui
éternellement. Nous sommes mis en rapport et en com
munication avec Dieu, et nous jtuissons de Dieu d'une
manière inconnue aux anges , bien qu'ils soient saints
et glorieux par leur nature. « Nous sommes approchés,!)
afin « que nous connaissions l'amour de Christ qui sur
passe toute connaissance, pour que nous soyons remplis
jusqu'à la toute plénitude de Dieu » (Eph. III, 19).
Quelle position merveilleuse que celle que Dieu nous
a faite ! Si seulement nous pouvions être purifiés, — je
ne parle pas ici des péchés grossiers, — mais de la va
nité et de la mondanité qui remplissent nos cœurs, pour
entrer dans toute la bénédiction de notre association
avec Dieu, qui est celle de Christ lui-même. Il a porté
la colère de Dieu pour notre péché, afin que cette pleine
coupe de bénédiction pût nous être donnée. Dans toutes
ces choses Dieu recherche la simplicité de cœur : un
homme pourra parler de beaucoup de choses, mais la
connaissance, en dehors de Christ, ne profitera jamais ;
mais si nous possédons Christ au dedans de nous, Satan
ne pourra jamais nous toucher , et s'il s'approche , il
se trouvera en face de Christ qui l'a vaincu, et « celui
qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le
monde » (1 Jean IV, k). C'est une chose douce et pré
cieuse, que tout croyant, ne fût-il né que d'hier, pos
sède en Christ tout ce que possède un chrétien déjà
avancé dans sa carrière ; et si quelqu'un pensait qu'il
est un pécheur trop grand pour avoir part à ces choses,
Dieu lui dit que le sang a ôté ses péchés et a vidé cette
question pour toujours.
« Et c'est ici la confiance que nous avons en lui, que
si nous demandons quelque chose selon sa volonté , il
nous écoute. » Il y a une confiance en Dieu qui s'appli
que à toutes les circonstances de la vie par lesquelles
nous pouvons être appelés à passer. Nous avons cette
confiance en lui, que « quoi que nous demandions, nous
avons les choses que nous lui avons demandées, » lors
que nous demandons quelque chose selon sa volonté,
parce que son oreille est toujours ouverte pour nous.
Quelle chose merveilleuse que Dieu incline toujours son
oreille vers nous , car certainement nous ne voudrons
rien demander qui soit contraire à sa volonté. Si nous
avons réellement à cœur de faire la volonté de Dieu, —
de prêcher sa parole, par exemple, — et qu'il y ait
des difficultés sur notre route, que Satan soit sur notre,
chemin , nous n'avons qu'à demander, et nous avons
toute la puissance de Dieu à notre disposition, son oreille
étant ouverte pour nous. Si vous savez ce que c'est que
d'être dans le combat et au milieu des difficultés, quelle
bénédiction pour vous dans cette assurance que l'oreille
de Dieu est toujours ouverte pour vous, et que si vous
êtes occupés de faire la volonté de Dieu, vous réussirez
toujours à l'accomplir.
« Il y a un péché à la mort ; je ne dis pas qu'il de
mande pour ce péché là. » L'apôtre parle ici de la mort
temporelle comme châtiment dans les voies gouverne
mentales de Dieu. « Il y a tel péché qui n'est pas à la
mort ; » et s'il y a une véritable intercession, Dieu par
donnera (voyez Jacq. V, 14-1S). Mais, dira-t-on, quel
est ce péché à la mort? — Ce peut être tout péché quel
conque ; ce peut être un mensonge comme celui d'Ana-
nias et de Sapphira, — Pierre en effet ne prie pas pour
eux. N'est-il pas écrit aussi dans l'épître aux Corinth. :
« C'est pour cela que plusieurs sont faibles et malades
parmi vous , et qu'un assez grand nombre dorment »
(l Cor. XI, 30)? L'affreux état de confusion de l'Église
fait que Dieu prend plus directement en main le gou
vernement, et l'incapacité de l'homme à marcher dans
la puissance de l'Esprit rejette les saints davantage
vers Dieu dont la fidélité ne laissera pas passer nos pé
chés sans qu'ils soient jugés. « Il ne détourne pas ses
yeux de dessus les justes. »
Puissions-nous marcher de telle sorte, dans la puis
sance de la sainteté, que, au lieu de dépenser notre vie
en luttes contre le péché et sous la discipline de Dieu,
nous marchions dans la pleine communion de sa grâce !
Amen.
LA BRANCHE D IF.

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«; ' , \ SECONDE EDITION

- En ces jours-là et en ce temps-là, je ferai germer


à David la Branche de Justice. »
Jérém. XXXIH. (S.

Près de vingt ans se sont écoulés depuis mon entre


vue avec le vieux François — et cependant son récit
est resté gravé dans ma mémoire avec autant de fraî
cheur que s'il ne datait que de hier. Je vais vous en
faire part, cher lecteur; souvenez-vous que ce que
vous allez lire est réellement arrivé. Je n'y change ab
solument rien, à la seule exception du nom de celui que
je vais mettre en scène, que je ne me crois pas autorisé
à faire connaître.
Un jour donc, le vieux François vint chez moi, dans
le but de me remettre quelques sous pour les chrétiens
pauvres d'une ville éloignée. On avait exposé leur état
de dénuement dans une réunion religieuse, à laquelle
le vieux François assistait depuis quelque temps. Pau
vre agriculteur lui-même, il avait été touché des souf
frances de ces frères et il donnait avec joie et de bon
cœur tout ce qu'il pouvait donner pour les soulager.
Je reçus avec émotion et reconnaissance la pite de ce
vieillard déjà courbé par l'âge et par les infirmités. Je
le fis asseoir et nous nous entretînmes des choses de
Dieu. Bientôt je vis de grosses larmes sillonner ses joues
ridées. — « Ah ! Monsieur, me dit-il, mon cœur est si
léger que j'en suis effrayé. Et pourtant que de motifs
n'ai-je pas d'être sérieux ! sans parler de mon âge, j'ai
eu là (en se frappant la poitrine) un bien pesant far
deau qui, pendant de longues années, m'oppressait et
me tourmentait continuellement. » Alors il me raconta
ce qui lui était arrivé dans une campagne qu'il avait
faite jadis comme sous-officier. Je me bornerai à dire
qu'il s'agissait d'un acte, répugnant beaucoup à sa con
science, et qu'il n'avait commis que par obéissance à
son capitaine, qui l'avait exigé avec menaces. « J'aurais
dû m'y refuser, ajoutait-il, et déclarer que j'aimais
mieux être fusillé que de faire une telle action. » C'était
là ce qui l'avait troublé pendant si longtemps ; mainte
nant il croyait pourtant que Celui qui avait reçu en grâce
le brigand sur la croix , lui avait aussi pardonné son
péché et toutes ses autres transgressions ; mais il avait
des épreuves et des misères qui l'affligeaient beaucoup.
— Tout chrétien comprendra aisément ce que put être
ma réponse à ces communications. Je rappelai à ce
vieillard angoissé les promesses de l'Evangile et les
compassions de son Dieu. Je lui répétai, de la part du
Sauveur, les paroles qu'il adresse à tous ceux qui sont
travaillés et chargés : « Venez à moi ; et je vous don
nerai du repos. » En un mot, je l'adressai au Seigneur
qui lui avait déjà fait connaître sa miséricorde et je
l'exhortai à se confier en lui. — « Ah ! Monsieur, répli-
qua-t-il, je sais bien que je dois et que je puis me con
fier en Dieu. Personne, peut-être, n'a plus que moi
sujet de le faire. Si vous saviez combien de fois ce Dieu
de bonté m'a fait échapper à des dangers imminents,
combien de délivrances signalées il m'a accordées ! Dans
les campagnes que j'ai faites , je me suis trouvé plus
d'une fois seul entouré d'ennemis qui ne faisaient point
3
de quartier, et je m'en suis toujours tiré. Oh ! je serais
Lien malheureux si, après tant de preuves de la puis
sance et de la bonté du Seigneur, je n'avais pas appris
à me confier en lui. Il est une de ces délivrances dont
j'afsurtout été frappé, je veux vous la raconter :
« Il y a dix ou douze ans, j'avais, de concert avec
mon beau-frère, acheté quelques toises d'un terrain
communal, couvert de broussailles et de ronces. Ce
terrain fort incliné était situé entre une route et un
précipice formé par des rochers, au pied desquels, à
quarante ou cinquante pieds de profondeur, coule un
torrent. A force de peines et de sueurs, nous parvînmes
à défricher ce sol ingrat. En y travaillant, j'avais dé
couvert une belle plante d'if, qui sortait d'une fissure
du rocher à un ou deux pieds en dessous du sol et s'é
tendait horizontalement au-dessus de l'abîme. Je me
mis à la couper pour en faire des fagots ; mais, soit à
cause du danger de cette opération , soit en raison de
la dureté particulière de ce bois, je dus à mon grand
regret , après beaucoup d'efforts inutiles , renoncer à
détacher la plus grande branche qui resta seule à sa
place. Je dois rappeler aussi que , pour empêcher la
terre de glisser dans la rivière, j'avais construit au bas
du champ, directement au sommet du rocher, une petite
élévation de gazon en guise de mur. Tout cela fait, nous
semâmes du blé dans nos sillons, et au bout de quelques
mois nous pûmes dire, avec le cantique, que ma petite-
fille a appris à la Salle d'Asile :
« Ces blés , Dieu les a bénis,
« Son soleil les a jaunis. »
» Par une belle matinée de l'été suivant, nous vînmes
donc tout joyeux pour moissonner notre beau froment.
Or, en commençant par le bas de ce champ fort en pente,
j'avais un pied appuyé contre mon parapet de gazon,
i
qui avec le temps avait pris toutes les apparences de la
solidité et ressemblait à un mur véritable. Comme je
me baissais pour me mettre à ma besogne , mon faux
appui, trop fortement pressé, cède, je glisse et je
tombe en m'écriant : « Mon Dieu ! aie pitié de moi, je
suis un homme perdu, s Mon beau-frère accourt tout
effrayé, croyant me voir meurtri et brisé sur les grosses
pierres qui obstruaient le lit du torrent. Quelle ne fut
pas sa surprise et sa joie de me trouver retenu, comme
à cheval, sur la branche d'if, que j'avais en vain essayé
de couper l'année précédente et que Dieu avait mise
là pour être l'instrument de mon salut ! Mon compa
gnon n'eut qu'à me tendre la main pour me remettre
sur pied et hors de danger. C'est ainsi que le Seigneur
m'a délivré d'une mort inévitable, moi qui alors ne le
connaissais pas. »
Tel fut le récit du vieux François que, par suite de
diverses circonstances , je perdis de vue plus tard. Il
est mort dès lors, et j'aime à croire qu'il s'est endormi
dans la paix de Jésus, en se confiant au Dieu de toute
délivrance. Au reste, tout en espérant que ce qui pré
cède pourra, avec la bénédiction d'en haut, intéresser,
édifier quelqu'un de mes lecteurs et l'exciter à la con
fiance en Dieu, — je n'ai point l'intention de les entre
tenir plus longuement de ce pauvre vieillard; ce n'est
point l'histoire de sa conversion qui m'occupe : mon
dessein est plutôt de considérer le fait remarquable qu'il
me raconta, comme une espèce de parabole, dont les
divers détails peuvent donner lieu à des applications
intéressantes, que j'adresserai à la conscience de ceux
de mes lecteurs qui ne connaissent pas encore le Sei
gneur et sa précieuse grâce.
Ce monde est aussi un « champ » (Malth. XIII, 38),
champ aride, rocailleux, couvert de ronces et d'épines.
Le Seigneur a pris beaucoup de peines pour défricher
ce sol ingrat, ou pour amollir, convertir et purifier le
cœur de l'homme. Jésus, qui est lui-même le grain de
froment, tombé du ciel sur la terre (Jean XII, 24), a
dû mourir pour s'acquérir une famille et devenir le
premier-né entre beaucoup de frères. C'est au prix du
travail de son âme, qu'il peut, avec espoir de quelque
succès, répandre de bonne semence dans le champ qui
est le monde. C'est lui qui a commencé ces semailles
( Matth. XIII, 37 ), et maintenant encore il veille soi
gneusement à leur continuation , en poussant des ou
vriers fidèles et dévoués dans le vaste champ de sa
moisson. Partout où parvient la parole de Dieu; partout
où l'Evangile est annoncé ; partout où un chrétien parle,
selon la vérité, du Seigneur Jésus à un de ses sembla
bles; partout où un petit livre, comme ,celui-ci , ren
dant témoignage à la grâce salutaire, est lu par quel
qu'un : c'est, au fond, le Seigneur qui sème , dans le
champ, la bonne semence, à laquelle, seul, il peut don
ner l'accroissement. — Mais autant Jésus est fidèle dans
l'accomplissement de cette œuvre d'amour, autant l'en
nemi, Satan, est infatigable à semer, de son côté et dans
le même champ , de l'ivraie qui a une fausse ressem
blance avec le froment et qui pourtant n'est bonne qu'à
être brûlée. Ce mélange d'ivraie et de blé doit demeurer
dans le monde jusqu'à la moisson. La moisson , c'est
l'achèvement du siècle, la fin de cette économie de
grâce, de ce jour du salut, pendant lequel la bonne
nouvelle est prêchée aux pauvres pécheurs. Alors aura
lieu le triage solennel de la bonne semence et de l'i
vraie, la séparation éternelle des fils du royaume et des
fils du méchant. « Comme donc on recueille l'ivraie et
qu'on la brûle entièrement au feu, il en sera de même
à l'achèvement de ce siècle. Le Fils de l'homme enverra
G
ses anges, et ils recueilleront hors de son royaume fous
les scandales et ceux qui pratiquent l'iniquité, et ils les
jetteront dans la fournaise de feu ; là seront les pleurs
et les grincements de dents. Alors les justes brilleront
comme le soleil, dans le royaume de leur Père. » C'est
alors aussi que Jésus qui « a son van à la main , net
toiera parfaitement son aire , qu'il amassera son blé
dans le grenier, et brûlera la paille au feu qui ne s'é
teint point» (Matth. XIII, 40-43; III, 12).
Dans un sens restreint, on peut dire que la moisson
arrive pour tout homme au moment de la mort, en
tant que la mort est aussi pour lui l'achèvement du siè
cle et que, d'un autre côté, elle décide de son sort pour
l'éternité. L'arbre reste à jamais du côté où il est tom
bé. L'âme de celui qui s'est endormi au Seigneur, est
introduite dans le paradis de Jésus, pour y attendre,
dans le repos, le matin de la résurrection de vie, qui la
réunira à un corps glorifié, portant l'image du second
Adam ou de l'homme céleste. Alors aussi l'âme de l'in
crédule et du pécheur va attendre en son lieu, loin de
la face du Seigneur, le jour de la redoutable résurrec
tion de jugement, où elle ne sera réunie à un corps que
-pour être précipitée avec lui dans le lac ardent de feu
et de soufre. Ainsi à l'heure de la mort déjà, commen
cent les séparations éternelles entre les enfants de Dieu
et les ouvriers d'iniquité.
Eh bien ! mon cher lecteur, de quelque manière que
vienne pour toi le jour infaillible de la moisson , qui,
dans tous les cas, est bien rapproché — es-tu prêt pour
ce grand jour ? Peux-tu le saluer d'avance avec bon
heur, ou du moins le voir venir sans crainte et y penser
souvent sans inquiétude et sans trouble ? En d'autres
termes, sur quoi reposent tes espérances pour ce grand
jour? Sur quoi t'appuies-tu pour paraître devant Dieu
et pour pouvoir subsister devant Celui qui a les yeux
trop purs pour voir le mal et avec lequel tu vas avoir
affaire? — Ne crains point d'examiner sérieusement
cette question que je t'adresse de la part de Dieu , et
d'y répondre comme étant en la présence de ce Dieu
trois fois saint qui sonde les reins et les cœurs? La plu
part des hommes ont la prétention de bâtir eux-mêmes
l'édifice de leur salut éternel ; d'autres , en bien petit
nombre, acceptent, par la foi, le salut parfaitement ac
compli par Jésus-Christ. Les premiers posent le fonde
ment de leur maison sur le sable mouvant des idées,
des opinions, des traditions, des principes et de la re
ligion du présent siècle; les autres le font reposer sur
le rocher inébranlable , qui est Christ crucifié et res
suscité (Ps. XVIII, 2; XIX, 14; 1 Cor.X,4). Tant que
la moisson est encore éloignée ou qu'on la suppose telle
(car, en réalité, elle est toujours proche), tant que le
soleil brille sur l'horizon , que le ciel est serein , que
tout chemine paisiblement, que la vie est douce et pros
père, un observateur superficiel peut ne voir pas grande
différence entre les deux édifices. Et même parfois celui
qui repose sur le sable peut lui paraître, à certains
égards, plus beau, mieux bâti et plus confortable. Mais
attendons la fin voici venir la pluie qui tombe, les
torrents qui se débordent, les vents impétueux qui souf
flent contre ces deux maisons — ou, en d'autres termes,
les tentations, les épreuves, les tribulations, les persé
cutions, la mort qui surviennent et atteignent ces deux
hommes. Puis, quand la tourmente a cessé, quand on
a pu en contempler les effets, qu'a-t-on vu? La maison
sur le roc est demeurée intacte et ferme ; l'autre est
tombée et là ruine en a été grande. Aussi l'un des bâ
tisseurs est , par Jésus lui-même , appelé un homme
prudent, tandis que l'autre est déclare fou et insensé.
8
Le vieux François avait aussi élevé avec soin un rem
part de gazon, qui avait fini par présenter l'aspect d'un
bon mur et pouvait passer pour bien solide, tant qu'on
n'avait pas occasion de s'y appuyer. Mais quand mon
vieil" ami voulut y arrêter fermement son pied, le pré
tendu mur dévoila sa faiblesse ; il glissa dans le gouffre
en y entraînant l'imprudent qui avait osé compter sur
cet appui trompeur. — Eh bien ! chers amis, c'est une
imprudence toute semblable qui, aujourd'hui comme
toujours, est cause de la ruine éternelle d'une multitude
d'âmes. C'est pourquoi je répète ma question et je l'a
dresse à celui qui lit ces lignes : Sur quoi vous appuyez-
vous? sur quoi faites-vous reposer vos espérances pour
l'éternité ? Est-ce sur quelque chose que vous ayez con
struit de vos mains, c'est-à-dire sur quelque chose qui
vienne de vous, qui soit le produit de votre volonté, de
vos efforts, de vos pensées ou de vos œuvres ? Prenez
garde, ce soi-disant mur n'est que du gazon superposé
et fragile. « Nulle chair, en effet, ne sera justifiée de
vant Dieu par des œuvres de loi. Tous ceux qui sont des
œuvres de loi, sont sous la malédiction ; car nous som
mes sauvés par la grâce.... non point par des œuvres,
afin que personne ne se glorifie » (Rom. III, 20; Galat.
III, 10; Ephés. II, 8).
Comment pourriez-vous croire que ce qui provient
de vous puisse garantir vos âmes devant Dieu , après
que Dieu lui-même a porté ce jugement sur la nature
humaine ou sur votre nature et votre cœur, tels que le
péché les a faits : « Toute l'imagination des pensées
du cœur de l'homme n'est que mal en tout temps? »
(Comp. Gen. VI, 5 et VIII, 21.) Et ailleurs : « Il n'y a
point de juste, non pas même un seul. Il n'y a personne
qui ait de l'intelligence ; il n'y a personne qui recherche
Dieu. Ils se sont tous égarés, ils se sont tous ensemble
9
rendus inutiles ; il n'y en a aucun qui fasse le bien, non
pas même un seul Il n'y a nulle différence, vu que
tous ont péché, et qu'ils sont entièrement privés de la
gloire de Dieu. » Et encore : « L'affection de la chair
(c'est-à-dire la nature humaine ou l'état naturel de
l'homme) est inimitié contre Dieu ; car elle ne s'assu
jettit point à la loi de Dieu, et aussi ne le peut-elle point.
C'est pourquoi ceux qui sont en la chair ne peuvent
point plaire à Dieu. » Et enfin, pour ne pas multiplier
davantage ces déclarations, Jésus a dit : « Du cœur vien
nent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères,
les fornications , les larcins , les faux témoignages , les
blasphèmes. Ce sont ces choses qui souillent l'homme »
(Rom. III, 9-12, 22; VIII, 7, 8; Matth. XV, 19, 20).
Mais, direz-vous peut-être, ce n'est point sur mes
œuvres mauvaises , sur mes péchés que je m'appuie ;
au contraire, je les reconnais et je m'en repens. Cette
repentance n'est-elle donc rien devant Dieu? Et mes
bonnes intentions, et mes prières, et mes aumônes, et
mes lectures de la Bible , et mon attention à ne faire
tort à personne , à remplir exactement mes devoirs
religieux; et mon baptême, et l'instruction chrétienne
que j'ai reçue, et ma confirmation, et ma participation
à la Cène, et ma profession de christianisme : tout cela
n'aurait-il aucune valeur? — Voilà sur quoi je m'ap
puie. — Prenez garde , vous répondrai-je , ce n'est là
qu'un mur de gazon. Ce n'est là non plus qu'un roseau
brisé, qui perce la main de l'imprudent qui veut s'en
faire un appui. Ces avantages ou privilèges purement
extérieurs, pour la plupart, peuvent être de bonnes
choses quand on les laisse à leur place , quand on en
use comme de moyens que Dieu peut bénir; et sous ce
rapport je suis loin de les méconnaître ou de les dépré
cier. Mais si vous en faites le but, mais si vous les met
10
lez à la place du Christ, tous ces privilèges deviennent
pour vous une véritable perte.
En effet, votre repentance peut-elle effacer vos péchés
précédents? Autant vaudrait dire qu'en me repentant
d'une dernière dette que je contracte , je paie par là-
même toutes mes dettes anciennes et celle-là. De bon
nes intentions ! ah ! ne savez-vous donc pas encore que,
comme on l'a dit souvent, la route de l'enfer en est
pavée? Vous priez! dites-vous, mais pouvez-vous réel
lement invoquer Celui en qui vous n'avez pas cru? Des
aumônes peuvent-elles justifier le pécheur? Où est-il
écrit : Donne aux pauvres et tes iniquités seront par-
données? Vous lisez la Bible! tant mieux si cette lec
ture vous amène à Jésus, en vous faisant comprendre
que «ces choses sont écrites, afin que vous croyiez
que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant
vous ayez la vie par son nom» (Jean XX, 31). Tant
pis, si la Bible vous laisse dans votre incrédulité, puis
qu'elle ne serait, dans ce cas, qu'un nouveau témoin
à charge contre vous. Vous ne faites tort à personne !
Je veux bien l'admettre, tout invraisemblable que soit
celte assertion; mais ne faites-vous pas tort à Dieu en
lui dérobant votre cœur? et à vous-mêmes en refusant
de croire pour le salut de votre âme? Quant à votre
baptême, à votre confirmation, à votre nom de chré
tien et à vos communions, écoutez ce que le Seigneur
Jésus disait aux Juifs qui , comme vous et plus que
vous , jouissaient aussi d'avantages correspondants ;
qui, comme vous, avaient aussi des formes de piété,
tout en en reniant la puissance : « Efforcez-vous d'en
trer par la porte étroite ; car il y en a beaucoup, je vous
le dis, qui chercheront à entrer, et qui ne le pourront.
Après que le maître de la maison se sera levé, et aura
fermé la porte, et qu'étant dehors, vous commencerez
H
à heurter à la porte , en disant: Seigneur, Seigneur,
ouvre-nous, et que répondant, il vous dira : Je ne sais
d'où vous êtes; alors vous vous mettrez à dire : Nous
avons mangé et bu avec toi, et tu as enseigné dans nos
rues. Et il dira : Je vous le dis , je ne sais d'où vous
êtes ; retirez-vous de moi, vous tous ouvriers d'injus
tice » (Luc XIII, 24-27). Prenez donc garde que ces
paroles ne se réalisent pas pour vous, non plus que .
celles-ci de Rildad, Suhite : « Comme l'herbe des marais
se flétrit, même avant toute autre herbe, bien qu'elle
soit encore en sa verdure et qu'on ne la cueille point, il
en sera ainsi des voies de tous ceux qui oublient Dieu ;
et l'espérance de l'hypocrite périra. Son espérance sera
frustrée ; et sa confiance sera comme une toile d'arai
gnée. Il s'appuiera sur sa maison, et elle n'aura point
de fermeté ; il la saisira de la main, et elle ne demeu
rera point debout» (Job VIII, H-15).
Avant sa conversion , Saul avait des privilèges de
tout genre et très-précieux selon la loi. Ecoutez ce qu'il
en dit ensuite : « Bien que j'aie aussi de quoi me confier
en la chair. Si quelque autre pense avoir de quoi se
confier en la chair, je le puis encore plus ; moi, circon
cis le huitième jour; de la race d'Israël; de la tribu de
Benjamin ; Hébreu né d'Hébreux ; quant à la loi, pha
risien ; quant au zèle; persécutant l'Eglise ; quant à la
justice qui est dans la loi, étant sans reproche. Mais les
choses qui m'étaient un gain , je les ai estimées une
perte à cause du Christ. Bien plus, j'estime même que
toutes choses sont une perte à cause de l'excellence de
la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, à cause
duquel j'ai fait la perte de toutes choses ; et je les estime
comme du fumier, afin que je gagne Christ, et que je
sois trouvé en lui, ayant non pas ma justice, celle qui
vient de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ,
1

12
la justice qui vient de Dieu pour la foi » (Philip. III,
1-9). Oh ! si vous pouviez raisonner comme l'apôtre
Paul et apprécier les choses comme lui le faisait !
S'il n'en est pas ainsi, si vous continuez à juger selon
l'apparence et selon la chair, votre rempart de bonnes
œuvres , de pratiques religieuses et de propre-justice
pourra, avec le temps, vous paraître aussi ferme que
le fondement de Dieu. Mais quand le cri de minuit se
fera entendre : « Voici, l'Epoux vient, sortez à sa ren
contre » (Matth. XXV, 6) ; quand viendra le moment où
vous sentirez avec effroi que le terrain manque sous vos
pieds ; quand vous verrez avec terreur l'abîme prêt à
vous engloutir, alors vous expérimenterez trop tard
toute la fragilité des appuis que vous vous étiez faits à
vous-même. Dès l'instant que vous voudrez sérieuse
ment vous en servir, vous les sentirez glisser, crouler
sous vos pas et tomber avec vous dans le gouffre sans
fond.
Ah ! que Dieu veuille qu'il n'en soit pas ainsi de
vous, cher lecteur! Dieu veuille, pendant qu'il en est
temps encore, vous faire connaître et comprendre que
vos péchés vous placent sous la condamnation, et que
toutes vos œuvres et vos actes de dévotion sont complè
tement incapables de vous en garantir ! Dieu veuille
réveiller votre conscience par sa Parole et vous donner
une conviction sincère de péché fct de perdition ! Alors,
bienheureux serez-vous si, à la vue de l'abîme éternel
au bord duquel vous êtes, et sentant le néant de tous
vos précédents appuis, vous vous écriez comme le vieux
François : « 0 mon Dieu! aie pitié de moi, je suis. un
homme perdu ! » ou comme les disciples, au milieu de
la tempête, alors que leur nacelle commençait à s'em
plir : «Seigneur! sauve-nous, car nous périssons.»
Oui, heureux êtes-vous si, du fond d'un cœur angoissé
13
par le sentiment de vos péchés et par la crainte de tom
ber entre les mains d'un Dieu saint et juste, s'échappe
ce cri de détresse et d'invocation à Celui qui seul peut
secourir, délivrer, sauver une âme dans cet état ! Heu
reux êtes-vous, si vous invoquez le nom du Seigneur,
car voici une des bonnes paroles de notre Dieu : « Qui
conque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »
Oui, heureux, mille fois heureux, éternellement heu
reux est celui qui croit; car toutes les choses qui lui
sont dites, toutes les promesses qui lui sont faites auront
leur accomplissement. Au moment où il voit crouler
tout ce sur quoi il s'appuyait précédemment , tout ce
qui faisait sa confiance, la croix de Christ est là, au-
dessus du précipice, comme la branche d'if du vieux
François, pour le retenir, le soutenir, le délivrer, le
sauver. Jésus est le chemin, la vérité et la vie : nul ne
va au Père que par lui ; il est le seul pont placé sur l'a
bîme creusé par le péché entre l'homme et Dieu; c'est
lui qui, à la fois vrai Dieu et vrai homme, réalise admi
rablement l'échelle mystérieuse que Jacob vit en songe,
dont l'une des extrémités reposait sur la terre, tandis
que l'autre s'élevait jusqu'au ciel. Jésus est la branche,
ou le surgeon sorti du tronc d'Isaï (EsaïeXI, 1). Il est
« la branche * de l'Eternel , pleine de noblesse et de
gloire » (Esaïe IV, 2).
Cette Branche de Dieu, de tout temps on s'est efforcé
de la détruire. Quand Jésus apparut sur la terre, Satan,
les Juifs et les Gentils, Hërode et Ponce Pilate se liguè
rent et réunirent leurs efforts contre ,lui. «Ote, ôte,
crucifîe-le , » criait un malheureux peuple excité par

* Nous croyons pouvoir, dans ce passage et dans d'autres


que nous allons citer, traduire par "Bronche, avec la version
anglaise, le mot que nos versions ont rendu par Germe.
14
ses chefs, instruments du Diable. Mais dans leur aveu
glement et dans leur haine, ils ne faisaient, au fond,
qu'accomplir les conseils de Dieu qui, voulant amener
beaucoup de fils à la gloire, devait consommer le Prince
de leur salut par les souffrances (Hébr. II, 10). Aussi
Pierre pouvait dire aux Juifs quelques semaines après
leur crime : « Ce Jésus, livré par le conseil déterminé
et par la préconnaissance de Dieu , vous l'avez pris,
vous l'avez tué , l'ayant cloué par des mains iniques.
Mais Dieu l'a ressuscité.... Que toute la maison d'Israël
sache donc avec certitude, que Dieu l'a fait Seigneur et
Christ, ce Jésus que vous avez crucifié. » Et ailleurs :
« Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez
tué de vos mains en le pendant au bois ; c'est lui que
Dieu a élevé par sa droite Prince et Sauveur, pour don
ner à Israël la repentance et le pardon des péchés »
(Act. II, 23, 36; V, 30, 31). Ce Jésus qu'ils avaient
rejeté et mis à mort leur est prêché comme Sauveur et
devient le Sauveur de milliers d'entre eux. Cette Bran
che qu'ils avaient voulu et cru retrancher, est demeu
rée, par la puissance de Dieu, toujours verte et toujours
ferme, au-dessus de l'abîme, pour empêcher de périr
tous ceux qui se confient en elle. C'est ce qu'elle sera
encore pour Israël dans les derniers jours, selon qu'il
est écrit : « Voici, les jours viennent, dit l'Eternel, que
je ferai lever à David une Branche juste , qui régnera
comme roi ; il prospérera, et exercera le jugement et
la justice sur la terre. En ses jours, Juda sera sauvé,
et Israël habitera en assurance ; et c'est ici le nom du
quel on l'appellera : L'Eternel notre Justice » (Jérém.
XXIII, 5; XXXIII, 15).
Et dès lors combien de malheureux incrédules se sont
efforcés de couper cette branche, ou d'exterminer tous
ceux qui, par la foi, étaient devenus une même plante
15
avec elle — et qui plus tard ont trouvé aussi un appui
pour leur âme en cette plante que le Père a plantée et
qui, par conséquent, ne peut être déracinée. Voyez ce
jeune homme ardent qui consentait à la mort du pre
mier des martyrs de Jésus, croyant ainsi rendre service
à Dieu. Il ne respirait que menaces et que meurtres
contre les disciples du Seigneur ; il ravageait l'Eglise,
entrant dans les maisons et traînant hommes et femmes
en prison ; dans so'n zèle sans connaissance, il croyait
devoir tout faire contre le nom de Jésus le Nazaréen,
dont il persécutait la dectrine jusqu'à la mort. Eh bien !
peu de temps après, ce même jeune homme, nommé
Saul, renversé par le Seigneur dans sa carrière de haine
féroce contre Jésus, trouvait dans ce Jésus son Sauveur
et son Dieu, la Branche du salut pour son âme. L'ar
dent persécuteur devint non-seulement un disciple heu
reux et béni, un serviteur dévoué de Celui, de la part
duquel il désirait naguère être anathème, mais encore
le grand docteur des nations, l'Apôtre zélé et infatiga
ble, une lumière brillante dans l'Eglise, et un témoin
jusqu'à la mort de cette vérité qu'il avait voulu extirper
de la terre. « Cette parole est certaine, disait-il, et di
gne d'être entièrement reçue, que Jésus-Christ est venu
dans le monde pour sauver des pécheurs dont je suis le
premier» (1 Tir*. I, 15). Combien d'autres après lui
ont fait les mêmes expériences !
Encore une fois, cher lecteur, que tu sois du nombre
de ceux qui ont persécuté Jésus en haïssant ou persé
cutant ses disciples (Act. IX, 4, 5), ou que tu n'aies jus
qu'à présent éprouvé que de l'indifférence pour le Sau
veur et pour son Evangile, heureux seras-tu désormais
si tu t'appuies sur cette Branche de l'Eternel, si tu te
confies au Seigneur, si tu lui remets ton dépôt, c'est-à-
dire ton âme, si tu crois en Jésus. Oui, pour certain,
16
dit la Parole de Dieu, car elle déclare que celui qui croit
en lui ne sera point confus; qu'il ne périra jamais;
qu'il n'y a plus de condamnation , plus d'abîme , plus
d'enfer pour lui ; qu'il a la vie éternelle !
C.-F. R.

VÏVKY. — IMPRIMERIE DE CH. -F. RECOROOM.


LE SONGE ,

En 4814 , trois sœurs vivaient ensemble à Londres,


elles appartenaient à la haute classe de la société. Deux
de ces sœurs étaient très-pieuses, mais la troisième était
tout le contraire. Elles n'étaient plus jeunes, ce qui
n'empêchait pas cette dernière d'aimer encore beaucoup
le monde. Les observations qu'elle entendait à ce sujet
la contrariaient au point de lui donner quelquefois de
l'irritation. Elle haïssait la piété de ses sœurs, et la
blâmait d'un ton plein de dépit , quoiqu'elles missent
tous leurs soins à lui être agréables, et à lui rendre aussi
peu sensible que possible la différence qui existait entre
elles.
Vers la fin de 1814, elle revint une nuit très-tard d'un
bal ; le lendemain matin à déjeuner elle était si changée
dans ses manières que ses sœurs craignirent qu'elle ne
fût malade , ou qu'il ne lui fût arrivé quelque malheur
qui l'affectait vivement. Au lieu de parler, comme à l'or
dinaire , de toutes les personnes et de toutes les choses
qu'elle avait vues , et de tout ce qui s'était passé , elle
demeurait triste , silencieuse , et comme absorbée dans
I

2
ses réflexions. On voyait, empreinte sur son front, l'ex
pression de la mauvaise humeur et du chagrin. Tout en
elle respirait la peine et l'angoisse. Comme elle ne man
geait rien , sa sœur aînée lui demanda si elle était ma
lade. — Elle répondit que non. — Qu'avez-vous donc?
— Rien. — Ses sœurs ayant insisté pour savoir si quel
que chose lui avait causé de la peine , .elle dit : « Je ne '
puis supporter que les gens se mêlent de ce qui ne les
regarde pas. » — Elle passa toute la matinée seule dans
sa chambre , et à dîner ce fut comme au déjeuner. Elle
ne mangea presque rien , ne parla pas du tout , excepté
pour répondre sèchement aux questions qu'on lui faisait,
et cela avec un air d'abattement, de dépit et de tristesse,
qui répandait comme de sombres nuages sur la gaîté de
ses compagnes.
C'est ainsi que j'ai vu gémir les vents furieux, comme
s'ils pleuraient la dévastation dont ils étaient cause ;
néanmoins ils continuaient à souffler avec une violence
croissante à mesure que cette dévastation croissait elle-
même et devenait plus universelle.
Anna (ainsi s'appelait celle dont nous parlons) se retira
de bonne heure , et de l'air d'une personne qui ne s'at
tend à goûter dans le sommeil ni repos, ni soulagement.
Le lendemain matin elle ne déjeuna presque pas , et pa
rut aussi abattue et malheureuse que la journée précé
dente. Une de ses sœurs lui dit encore : « Anna, vous
n'êtes sûrement pas bien ; — avez-vous mal à la tête? »
Elle répondit : « Je me porte bien ; je n'ai point mal. »
— « Dans ce cas vous avez quelque chose qui vous pèse
sur l'esprit , — ne voulez-vous pas nous le dire ? ne vous
aimons-nous pas? Ce n'est que votre bien que nous
cherchons , en désirant partager vos peines. » — « Oh !
vous avez déjà assez de superstition , sans qu'on vienne
y ajouter. Je ne vous dirai point ce que j'ai ; ainsi ne
me tourmentez pas davantage. Je ne doute pas que vous
seriez bien contentes de tout savoir, car vous appelleriez
cela un prodige spirituel , et vous en triompheriez. Mais
je me moque de ces choses-là. Je ne suis pas encore
assez vieille pour croire aux songes et aux visions. » —
« Mais , Anna , nous ne nous nourrissons pas de rêves
et de visions. » — « Non , — et ce n'est pas non plus
mon intention de vous en nourrir. »
Les deux sœurs se regardèrent l'une l'autre et ren
trèrent dans le silence. Le reste de la journée se passa
comme la veille. Anna continuait à être triste et sombre,
et ses sœurs, émues de compassion et remplies d'anxiété,
souffraient à cause d'elle. Le matin du troisième jour,
elle était comme quelqu'un qui, fatigué de vivre, haïrait
même la lumière , n'entrevoyant dans l'éternité ni paix
ni espérance. Ses sœurs la regardant avec tristesse,
l'une d'elles lui dit tout d'un coup : « Anna , quel était
votre rêve ?» — Elle tressaillit , et se mit à rire d'une
manière forcée. « Ah ! quel était mon rêve ! vous don
neriez tout pour le savoir, n'est-ce pas ? Mais je ne vous
en dirai rien. Je croyais que vous n'aviez pas foi aux vi
sions et aux rêves. » — « Pour la plupart, ils sont l'effet
des préoccupations de nos journées , ou le fruit de l'ac
tivité incessante de l'imagination , d'autres proviennent
d'une santé dérangée. Ils ne sont alors que des images
fantastiques , des idées vagues et confuses, qui accusent
4
le sommeil de l'intelligence et dont le souvenir s'efface
dès que nous nous livrons de nouveau à nos occupations
habituelles. Mais il est aussi des songes qui nous sont
envoyés de Dieu, aussi bien que les épreuves ou tout au
tre avertissement. La Bible nous dit que Dieu parle aux
hommes « par des songes, par des visions de nuit, quand
un profond sommeil tombe sur les hommes, et lorsqu'ils
dorment dans leur lit » (Job. xxxm, 15).
Anna se mit à rire de nouveau , et dit : « Vous trou
vez dans la Bible un verset pour tout ce qui vous con
vient ; mais je ne veux pas ainsi être enseignée par vous ;
d'ailleurs je ne doute pas que, dans un jour ou deux,
j'aurai oublié tout cela.»—« Nous vous supplions, Anna,
de nous le raconter. Si , réellement , vous avez eu un
songe du Ciel, vous ne désireriez sûrement pas l'oublier ;
et s'il ne vient point de Dieu , nous en rirons nous-mê
mes avec vous.» — Elle répondit avec humeur : « Si vous
voulez absolument l'entendre, soit. — Je le regarderais
comme l'effet du bal d'où je sortais, si ce n'était que ja
mais je ne vis nulle part quelque chose de semblable ; et
vous-mêmes ne croyez pas être en état de le comprendre,
car vous n'avez jamais vu rien de pareil, et vous ne pou
vez vous en faire aucune idée.
« Il me semblait que je me promenais dans la rue large
d'une grande cité. — Beaucoup de personnes s'y prome
naient avec moi ; il y avait dans leur air quelque chose
qui me frappait : elles paraissaient sérieuses quoique
heureuses , ne s'occupant ni de gaîté ni d'affaires , mais
jouissant d'une paix et d'une pureté que je ne vis jamais
empreintes sur le front d'un homme mortel. La lumière
5
qui éclairait la-cité me paraissait étrange : — Ce n'était
pas le soleil , car elle n'éblouissait pas ; — ce n'était pas
la lune , car il faisait jour comme en plein midi : Elle
ressemblait à une atmosphère lumineuse , calme , belle,
invariable et sans mélange. Je contemplai les bâtiments
de la ville ; chacun d'eux était un palais , mais ne res
semblant point à ceux de la terre. Le pavé sur lequel je
marchais , et les murs des maisons étaient d'or pur, res
plendissant et transparent comme le cristal. Les fenêtres,
grandes et brillantes , étaient comme des arcs-en-ciel
divisés, et ne donnaient passage qu'à une lumière rayon-
- nante de bonheur. C'était, en réalité , le séjour de l'es
pérance et de l'amour. Je ne pouvais m'empêcher de
m'écrier en passant : Voici sans doute les demeures de
la justice, de la vérité et de la paix. — Tout y était d'une
parfaite beauté , je ne savais ce qui pouvait y manquer
pour me faire désirer de passer l'éternité dans un pareil
lieu ; et toutefois sa pureté même oppressait mon cœur.
Je ne pouvais participer à la félicité de ce séjour, quoi
que des regards pleins de bienveillance et de charité ren
contrassent partout les miens. Je n'éprouvais pas les sen
timents partagés par les êtres qui m'entouraient , et au
4 milieu de cette assemblée de bienheureux, je poursuivis
mon chemin, seule, triste, accablée et haletante.
Après être sortie de ce lieu de paisibles délices , j'a
perçus une immense foule de personnes qui se dirigeaient
du même côté. Étonnée de l'empressement de tant de
gens, et curieuse d'en connaître le motif , je les suivis,
et à la fin je les vis tous s'approcher d'un édifice plus
grand et plus beau que les autres. Ils en montaient les
6
degrés massifs et entraient par une large porte. Je n'é
prouvais aucun désir de les suivre , seulement je m'ap
prochai par curiosité jusqu'au pied de l'escalier. Je vi§
entrer des individus habillés de toutes les couleurs et
dans les costumes de toutes les nations ; mais en entrant,
ils étaient tous revêtus de magnifiques vêtements blancs.
Je les vis s'enfoncer dans l'intérieur, et puis traverser
une grande salle très-richement ornée. Oh! si seule
ment je pouvais vous donner une idée de cette salle !
Elle était éblouissante d'un éclat qu'on ne peut compa
rer à celui du cristal , du marbre ou de l'or ; une pure
lumière l'éclairait ; c'était comme la lumière de la lune,
mais sans sa froideur ; comme celle du soleil, mais sans
ses rayons trop vifs. Au dedans de cette salle je décou
vris un escalier lumineux et je vis les pieds et les habil
lements blancs et sans tache de ceux qui montaient ; c'é
tait, en vérité, beau à voir, mais pour moi je ne pouvais
que frissonner et détourner mes regards. — En ce mo
ment un de ceux qui étaient sur la première marche de
l'escalier, me regarda avec un intérêt si profond , d'un
air si rempli de bienveillance que je m'arrêtai pour savoir
ce qu'il avait à me dire. — Sa voix était comme une douce
mélodie. — Il me dit : « Pourquoi vous détournez-vous ?
Y ^i-t-il du plaisir dans le chemin des ténèbres ? » Je de
meurai dans le silence. — Il me supplia d'entrer, mais
je ne répondis rien , et restai immobile. Cette personne
disparut alors tout d'un coup et une autre prit sa place,
ayant la même attitude et le même air. Je désirais l'évi
ter et toutefois je demeurai comme clouée à l'endroit où
je me trouvais. Elle me dit : « Êtes-vous venue jusqu'ici,
7
et voulez-vous maintenant perdre le fruit de votre travail ?
Dépouillez-vous de vos propres habillements et revêtez-
vous de l'habillement blanc. » Elle continua à me parler,
jusqu'à ce que , fatiguée , je lui répondis : « Je ne veux
pas entrer. — Je n'aime pas votre livrée blanche , son
éclat affecte ma vue et oppresse mon cœur. » Elle sou
pira, et s'en alla. Plusieurs me regardaient avec un mé
lange de compassion et d'inquiétude. — Un de ces bien
heureux , me priant d'entrer , m'offrait la main pour
m'aider à monter l'escalier, mais je rejetai toutes leurs
offres , et demeurai triste et inquiète. A la fin un jeune
messager m'approcha , et me supplia d'entrer avec un
accent auquel je ne pus résister : « Ne vous détournez
pas, me dit-il, où voulez-vous aller? Ne tardez plus, car
pourquoi vous fatiguer pour néant? Entrez, et goûtez le
bonheur. L'accès est ouvert à tout le monde. — On ne
rejette personne. — On reçoit dans cette salle des hom
mes de toutes langues , de toute nation , et de toutes les
couleurs. — Tous sont habillés et consolés. »
» Là-dessus il me donna la main , et j'entrai dans la
salle avec lui : Là1 on répandit sur moi de l'eau pure, on
me revêtit d'un vêtement blanc , et , sans savoir com
ment , je montai l'escalier avec mon guide. Quand je fus
parvenue en haut , oh ! quelle lumière resplendit à mes
yeux ! Mais l'imagination d'un mortel ne pouvant la con
cevoir, comment ses paroles sauraient-elles la décrire !
Où sont les saphirs , où sont les étoiles qui ressemblent
à l'éclatante splendeur dont je fus environnée ! Où voit-
on les formes célestes , les regards d'amour de ces êtres
divins qui m'entouraient ? . Je succombai , confuse et
8
comme anéantie ; je me glissai dans un coin où j'essayai
de me cacher, car je vis que je n'avais rien de commun
avec les bienheureux qui habitaient ce séjour. — Ils dan
saient en cadence aux. sons d'une musique toute céleste.
Mon guide alla se joindre à eux et je demeurai seule. Je
regardais ces personnages beaux et purs ; leurs chants
et leurs regards exprimaient une vive reconnaissance et
un bonheur ineffable. J'en aperçus un surtout qui était
plus grand que les autres , plus beau de toutes les ma
nières , plein de dignité, d'une grâce qui surpasse toute
imagination. Tous les yeux se tournaient vers lui , et
semblaient se réjouir dans les siens. Les chants et la
danse étaient en son honneur, et chacun paraissait tirer
de lui sa vie et sa joie. Comme je continuais à contem
pler cette scène dans un étonnement muet , un de ces
êtres m'aperçut , quitta la compagnie et vint à l'endroit
où je me tenais. Il me dit : « Pourquoi êtes-vous retirée
ici , silencieuse ? Venez vite , — joignez-vous à la danse,
et prenez part au chant. » — Je sentis dans mon cœur
une colère subite, et je répondis : « Je ne veux pas pren
dre part à votre chant, et je ne puis pas me joindre à la
danse, car je n'en connais pas la mesure. » — Il soupira,
et alla reprendre sa place , en tournant vers moi un re
gard de compassion qui m'humiliait. Un moment après,
j'en vois un autre abandonner l'assemblée de ses glorieux
compagnons , et se diriger de mon côté. — Il s'adressa
à moi avec douceur, pour m'engager à le suivre , mais
je m'y refusai. Il paraissait ressentir une angoisse pro
fonde en me quittant pour aller reprendre sa place parmi
9
les autres. Je ne sais ce qui pouvait occasionner l'humeur
que je ressentais dans mon cœur.
A la fin le seigneur de cette céleste société , de ces
êtres resplendissants de lumière et de vie , le seigneur,
en l'honneur de qui étaient les chants de triomphe , la
douce mélodie , le Roi de gloire , devant lequel tous se
prosternaient, s'approcha de moi. Je tressaillis dans tous
mes membres , je sentis mon sang se glacer, mes chairs
trembler, et malgré cela mon cœur s'endurcit encore
davantage , et ma voix fut plus hardie. Il parla , et sa
voix fut comme une musique majestueuse : « Pourquoi
te tiens-tu à part , solitaire et triste , tandis que tout ce
qui t'environne se réjouit ? Joins ta voix au chant , car
j'ai triomphé ; réunis-toi à la danse , car mon peuple
règne. » — Telle fut son affectueuse invitation. — Quel
amour inexprimable ses yeux respiraient en se fixant sur
moi ! Un regard si tendre amollirait un cœur de pierre.
Je le sentis, mais je n'en fus point émue : je le contemplai
un instant, puis je répondis : « Je ne veux pas m'unir au
chant , car je n'en connais pas l'air ; je ne puis pas non
plus me joindre à la danse , car je n'en connais pas la
mesure. » — La création tout entière se serait enfuie au
changement de son regard : c'était comme l'éclair, et,
d'une voix plus forte que le tonnerre , il me dit : « Que
fais-tu donc ici ?» — A ces mots le pavé s'ouvre sous
mes pieds , et se referme après m'avoir engloutie ; je me
trouve au milieu des flammes et des tourments , et la
frayeur terrible que je ressens me réveille. »
Un silence de quelques instants succéda à ce récit.
— Les deux sœurs étaient surprises d'étonnement et sai
10
sies d'effroi. Elles ne jugèrent pas que le songe et la
vive impression qu'il avait faite sur l'esprit léger de leur
sœur fussent l'effet de causes naturelles. « Anna, lui
dirent-elles , nous ne pouvons vous aider à oublier un
rêve pareil. — Nous croyons qu'il vient de Dieu , et il
peut être béni pour votre âme si vous le désirez. — La
salle magnifique que vous avez vue est semblable à la
description que nous donne la Bible de la sainte cité de
Dieu , car nous trouvons dans l'Apocalypse à peu près le
même tableau. « La ville n'a besoin ni de soleil ni de lune
pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'éclairé et l'Agneau
est son flambeau . » Tous ceux qui entrent doivent déposer
leurs robes souillées et leur propre justice ; ils doivent
être revêtus de fin lin pur et éclatant, qui désigne la jus
tice dont les saints sont couverts par la foi en Jésus-Christ.
Ceux qui se promènent dans le saint temple sont ceux
<( qui sont venus de la grande tribulation, et qui ont lavé
leurs robes, et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau,
— c'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu , et ils
le servent jour et nuit dans son temple ; ils chantent un
cantique nouveau que personne ne peut apprendre si non
ceux qui ont été rachetés de la terre ; — c'est le canti
que de Moïse et de l'Agneau. Et la Sagesse se tient cha
que jour aux portes pour inviter les fils des hommes à
entrer dans le temple. Le peuple de Dieu s'efforce aussi
de les persuader d'entrer. Les serviteurs de Christ sont
surtout chargés de veiller sur les âmes , et de chercher,
par tous les moyens , à en sauver quelques-unes. — Oh!
Anna, vous connaissez le chemin; — renoncez, nous
vous en supplions , à votre propre volonté , et écoutez
Il
cet avertissement terrible. Venez avec nous, et appre
nez la route du ciel et les chants de Sion. » —
Le front d'Anna s'obscurcit de nouveau , et elle répli
qua : « Je n'ai pas besoin d'être exhortée par vous — Je
veux agir comme il me plaît. » — Elle continua dans ce
triste état jusqu'à la fin de la semaine , qu'on la trouva
dans sa chambre ; elle n'était plus qu'un cadavre.
Personne ne connut la cause de sa mort. — Elle mou
rut sans maladie du corps , et selon toute apparence,
sans changement dans son âme.

Les faits que vous venez de lire sont entièrement exacts ;


les deux sœurs de la malheureuse Anna vivent encore.
Lecteurs ! qui cherchez dans le monde et ses vaines joies,
ne fût-ce qu'une partie de votre bonheur, et qui ignorez
les joies que produit le St-Esprit dans une âme , en la
scellant pour le grand jour de la rédemption , oh ! rece
vez instruction de cette lecture ! Ouvrez les yeux sur vo
tre position et sur votre danger, allez à Jésus qui parlera
de paix à vos âmes, et, par lui, au Père, qui vous adop
tera comme ses enfants et ses héritiers. Ne résistez pas
aux appels que le Seigneur vous adresse dans son amour,
à celui qu'il vient de vous adresser encore par cet écrit.
— Allez à lui sans retard de peur que ne s'accomplissent
pour vous ces redoutables déclarations de la Vérité éter
nelle : Si vous ne vous convertissez , vous périrez tous sem-
12
blablement. — Quand ils diront : Nous sommes en paix et
en sûreté, alors il leur surviendra une subite destruction
et ils n'échapperont point.. . . Et toi, jeune homme, réjouis-
toi en ton jeune âge, et que ton cœur te rende gai aux jours
de ta jeunesse , et marche comme ton cœur te mène , et selon
le regard de tes yeux, mais sache que pour toutes ces
CHOSES DIEU T'AMÈNERA EN JUGEMENT. •

FIN.

Vevey. — Imprimerie de Ch.-F. Recordoo.


Pauvre Pécheur, viens!

« Venez à moi, dit Jésus-Christ, vous tous qui vous


fatiguez et qui êtes chargés , et je vous donnerai du repos.-»
Matth. xi , 28.

Avez-vous des péchés, ou n'en avez-vous point? —


Si vous en avez, à qui iriez-vous, si ce n'est à « l'Agneau
de Dieu , qui ôte le péché du monde ? »
Avez-vous une âme , ou n'en avez-vous point ? — Si
vous en avez une, à qui iriez-vous, si ce n'est au Sauveur
des âmes?
Y a-t-il une vie à venir , ou n'y en a-t-il point ? —
S'il y en a une, à qui iriez-vous, si ce n'est à Celui qui
seul a les paroles de la vie éternelle?
Y a-t-il une colère à venir, ou n'y en a-t-il point? —
S'il y en a une, à qui iriez-vous, si ce n'est à Celui qui
seul peut délivrer de la colère à venir ? — Ne vous rece
vrait-il pas? S'il s'est livré lui-même aux mains de ceux
qui cherchaient sa vie , pourrait-il se dérober aux cœurs
de ceux qui cherchent sa miséricorde ? S'il a consenti à
se laisser prendre par les mains de la violence, ne con-
sentira-t-il pas beaucoup plus volontiers à se laisser
saisir par les mains de !a foi ?
Oh ! venez, venez, venez ! Je vous somme de venir —
je vous conjure de venir. — Venez , et II vous donnera
la vie. Venez, et II vous donnera du repos. — Venez, et
Il vous recevra. Heurtez, et II vous ouvrira. — Regar
dez à Lui , et II vous sauvera.
Est-ce que jamais un malade vint à Lui pour être
guéri , et s'en alla sans être guéri ?
2
Ta voudrais, pauvre Pécheur, trouver en toi quelque
chose de bon ; mais tu n'y trouves rien que ee dont ta
as raison d'avoir honte. Eh bien ! que cela ne t'empêche
pas d'aller à Jésus, mais au contraire que cela te pousse
d'autant plus à y aller.
Viens , tel que tu es ; viens avec ta pauvreté , viens
avec tes besoins, viens avec ta nudité, viens avec ton
néant, viens avec ta misère. Seulement viens, crois
seulement. Le cœur de Jésus est toujours accessible, ses
bras sont toujours ouverts : c'est sa joie et sa couronne
que de recevoir un pécheur. Si tu es disposé, Lui l'a
toujours été.
Oh ! si seulement nous nous connaissions nous-mêmes,
et si nou3 connaissions le Sauveur ! — Nous sommes
pauvres, mais II est riche; nous sommes morts, mais II
est la vie ; nous ne sommes que péché, mais II est justice;
nous sommes coupables, mais II est grâce ; nous sommes
misérables , mais II est miséricorde ; nous sommes per
dus, mais II est le salut. — Si seulement nous voulions,
Lui veut toujours.
Il vit à jamais, il aime à jamais , il a toujours pitié,
il appelle toujours. Il aime jusqu'à la fin , et il sauve
entièrement tous ceux qui s'approchent de Dieu par Lui.
Rien n'afflige Dieu davantage que de voir son amour
méprisé , — rien ne lui est plus agréable que de voir
son amour accepté et apprécié.
« Cette parole est certaine et digne d'être entièrement
reçue , que Christ Jésus est venu dans le monde pour
sauver des pécheurs. » (1 Timoth. i, 1S.)
»-»>S)S<-«-»
En vente chez R. Eymann , libraire-éditeur à Vevey.
Ve>ey. — Imprimerie de Ch.-F. Hecordon.
à une personne qui cherche sérieusement le Seigneur.

Vous dites que vous ne savez pas si vous irez jamais


au ciel. Si vous étiez un incrédule, je comprendrais vos
doutes à cet égard. Mais vous dites que vous croyez au
Seigneur Jésus-Christ, comme au seul Sauveur. Or il dit
lui-même : « Je ne mettrai point dehors celui qui viendra
à moi. » Eh bien, si cela est vrai, vous devez être sauvé
et, par conséquent, vous devez aller.au ciel.
Vous dites encore, que vous n'irez pas au ciel, parce
que vous ne sentez pas que vous aimiez le Seigneur
comme vous le devriez. Je crois que vous avez raison
quant à ces derniers mots. Mais espérez-vous être jamais
ici-bas en état de dire : « Maintenant j'aime Jésus comme
je le dois. » Ah ! je douterais que vous l'aimassiez du
tout, si vous pouviez vous montrer satisfait de votre
degré d'amour pour lui.
Vous demandez encore avec angoisse : Comment serai-
je donc sauvé ? Ecoutez sa douce voix qui vous dit :
« Venez à moi , et je vous donnerai du repos. » Venez
à moi, et je vous donnerai « la vie éternelle. » Qu'avez-
vous donc à faire quand le Sauveur parle ainsi, sinon à
tressaillir de joie et à vous écrier comme Thomas : « Mon
Seigneur et mon Dieu ? » J'étais perdu , mais tu m'as
sauvé.
Mais vous dites : « Je ne sens pas que je sois sauvé. »
Ah ! je vois que vous voulez être sauvé par le sentiment;
mais cela ne se fera jamais. Il est écrit : « Le juste vivra
2
par la foi, » et non pas par le sentiment. Vous ne pouvez
changer cela ; il faut vous y soumettre. Il faut que vous
soyez sauvé par Christ , par la foi — et cela ne vient
point de vous : c'est le don de Dieu.
Vous dites encore , que vous ne sentez pas suffisam
ment vos péchés , que vous ne vous repentez pas assez.
—■ Vraiment! Et quand pensez -vous pouvoir dire :
« Maintenant je me repens assez ? » Quelle idée ! Est-ce
que peut-être votre Sauveur s'appelle la Repentance?
J'ai toujours cru que son nom était Jésus. N'allez pas
vous imaginer que votre Sauveur est une chose, un sen
timent ou une disposition en vous. Votre Sauveur est une
personne en dehors de vous. Allez à cette Personne , je
vous en supplie, et saisissez avec empressement tout ce
qu'elle donne si cordialement et si gratuitement : le ciel,
tous ses trésors et toutes ses joies, que Jésus a rachetés
pour les pécheurs au prix de son propre sang. — Est-ce
qu'un médecin compatissant dira à son malade : « Je ne
veux pas vous traiter parce que vous ne sentez pas assez
la gravité de votre maladie. » Non, au contraire, plus
cette maladie sera grave, plus il mettra de sollicitude à la
combattre ; il lui administrera son remède infaillible, il le
guérira — et alors seulement le patient comprendra que
son mal était tout autre chose qu'une légère indisposition,
comme il se le figurait peut-être au commencement.
« Je vous ai écrit ces choses, à vous qui croyez au nom
du Fils de Dieu , afin que vous sachiez que vous avez la
vie éternelle. »
—o-o-0-0<3®&oo«-
En vente chez R. Eymann, libraire-éditeur à Vevey.
IMPRIMERIE DE CH.-F. RECORDON A VEVEY.
La Question des Questions.

« Que çous semble-t-il du Christ? » Matth. xxii, 42.

Oui, cher Lecteur, «que vous semble-t-il du Christ?»


que pensez-vous de Jésus ? — C'est là une question bien
sérieuse, la question la plus importante pour vous? Il
suffit de la poser pour mettre aussitôt à l'épreuve et votre
état moral, et votre position devant Dieu. Selon ce que
vous pensez de Jésus, selon qu'il est, ou non, l'objet de
votre confiance et de votre amour, Dieu est pour vous ou
contre vous, sa grâce ou sa colère est votre lot.
Quelques-uns , qui ont encore la prétention de se dire
chrétiens, ne voient en Jésus qu'une créature, le plus
excellent des hommes ou le premier des anges. Ah 1 ils
n'ont donc pas encore le sentiment de leurs péchés , la
conviction de leur totale misère ; ils ne se reconnaissent
pas comme sans force , morts et perdus ; sinon , ils com
prendraient que Dieu seul pouvait les sauver , et que
nous ne pouvons ni nous confier pleinement en l'efficace
du sang du Rédempteur, ni nous reposer en sécurité sur
son œuvre et sur son amour, à moins que nous ne soyons
assurés qu'il est Dieu.
Quelques-uns l'appellent Sauveur, de leur bouche,
mais ils prétendent mêler leurs propres œuvres avec son
œuvre parfaite; leurs pratiques ou leurs résolutions avec
son précieux sang. Ils se flattent eux-mêmes en espérant
que, quand ils auront fait tout ce qu'ils peuvent faire,
Jésus fera le reste ; que si leurs actes sont démontrés trop
légers (ils conviennent bien qu'ils peuvent faillir) ils s'i
maginent qu'ils compléteront le poids en jetant le nom de
Jésus dans la balance. Ce sont là encore des pensées pré
somptueuses de la part de l'homme , et injurieuses pour
2
Jésus qui n'esl pas un aide , mais un Sauveur et un Sau
veur qui sauve parfaitement et en plein.
Quelques-uns encore font profession d'apprécier Jésus,
de voir en Lui la seule source du bonheur, le seul auteur
du salut — et en même temps ils se repaissent de folies
et de vanités, ils vivent dans le péché et sont attachés au
monde et à ses joies. Semblables à Judas, ils trahissent
le Sauveur en lui donnant un baiser. Oh ! à quoi pour
raient servir de telles pensées , une telle profession dans
le jour redoutable de la colère de l'Agneau !
Quoique mes pensées soient bien misérables , cepen
dant , si l'on me demandait ce que je pense de Jésus, par
la grâce de mon Dieu , je pourrais répondre : Jésus est
ma vie , ma sagesse , ma justice , ma sanctification , ma
délivrance ; Jésus est ma force, mon secours, ma confi
ance, mon Ami, mon Berger, mon Avocat, mon Sauveur
du péché et de la mort ; Jésus est mon espérance du com
mencement à la fin ; il est pour moi le Dieu véritable et
la vie éternelle ; il est ma part, mon Seigneur et mon tout.
Lecteur, pouvez-vous répondre de même à cette ques
tion : « Que vous semble-t-il du Christ ?» — Est-il votre
Sauveur? c'est-à-dire, vous a-t-il sauvé? car s'il ne vous
a pas sauvé , il n'est pas votre Sauveur, quoiqu'il soit le
Sauveur d'autres personnes. Si Christ ne vous a pas sau
vé , vous êtes perdu , et si vous êtes appelé devant Dieu
dans cet état , vous serez perdu pour toujours — vous
n'entrerez jamais dans le ciel. Alors ce qui vous cause
rait l'angoisse la plus poignante, ce qui aggraverait votre
condamnation, c'est que vous auriez rejeté le message
de miséricorde, qui vous est encore annoncé maintenant;
c'est que , en refusant de recevoir Christ , vous auriez
refusé le salut.

En vente chez R. Eymann , libraire-éditeur à Vevey.


Vevcy. — Imprimerie de Ch.- F Hceordnu.
Le Capitaine de vaisseau et le quadrant.

Un homme pieux, patron d'un bâtiment américain,


étant en voyage sur mer, se vit pendant plusieurs jours
enveloppé d'un épais brouillard, au point qu'il commen
çait à s'inquiéter sur la sûreté de son navire. Il descendit
à sa cabine et pria. Puis, il fut frappé de l'idée que, s'il
avait pu remettre avec assurance son âme à Dieu , il
pouvait, avec assurance aussi, lui remettre le soin de
son vaisseau ; en conséquence il confia tout aux mains
de son Dieu , et se sentit alors en parfaite paix. Il pria
encore, demandant au Seigneur de vouloir bien, ne fût-
ce que pour un moment, lui accorder un ciel sans nuage
à l'heure de midi, parce qu'il désirait, comme on dit en
termes de marine, prendre hauteur, c'est-à-dire observer
l'élévation du soleil, afin de s'assurer de la position réelle
du bâtiment et de savoir s'il naviguait dans la bonne
direction. Il devait pour cela se servir d'un instrument,
appelé quart-de-cercle ou quadrant.
Il monta sur le pont à onze heures, avec son quadrant
sous le bras. Le brouillard était toujours très-dense et
accompagné de bruine, aussi les gens de l'équipage furent
fort surpris de le voir avec son i s rument. Il redesce dit
. à sa cabine, pria et remonta. Il n'y avait aucune appa
rence d'exaucement. Il descendit de nouveau et pria, et
il apparut encore sur le pont avec son quadrant à la main .
Il était alors midi moins dix minutes , et toujours rien
qui annonçât le moindre changement : néanmoins il se
tenait sur le tillac, s'attendant au Seigneur, lorsque, en
quelques minutes, le brouillard parut être ployé en rou
-2
leau par une main toute-puissante et invisible, et le soleil
se montra resplendissant dans la voûte azurée. L'homme
de prière était là debout, son quadrant à la main ; mais
il se sentait tellement saisi, ce lieu lui paraissait si « ef
frayant, » qu'il put à peine profiter de la réponse à sa
prière. Cependant il réussit, quoique avec des mains
tremblantes, à prendre hauteur, et, à sa grande joie, il
s'assura que tout allait bien. Mais il n'eut pas plus tôt
achevé son opération, que le brouillard reprit sa place,
couvrit de nouveau tout le ciel et qu'il recommença à
bruiner comme auparavant.
Ce fait a été raconté par le brave capitaine Crossby,
qui s'employa si utilement à l'œuvre du récent réveil en
Amérique, et qui était lui-même l'homme qui pria et qui
s'attendit au Seigneur avec son quadrant à la main.
« La prière du juste, faite avec ferveur, est de grande
efficace. Elie était un homme sujet à de semblables in
firmités que nous, et cependant ayant prié avec de gran
des instances qu'il ne plût point, il ne tomba point de
pluie sur la terre durant trois ans et six mois. Et ayant
encore prié , le ciel donna de la pluie , et la terre pro
duisit son fruit. » Jacq. V, 16-18.
Que Dieu veuille, cher lecteur, vous faire la grâce de
comprendre ou d'apprécier toujours mieux l'importance
et l'efficacité de la prière de la foi , non pas seulement
pour des délivrances temporelles, mais encore et surtout
pour toutes les bénédictions en rapport avec le salut
éternel de votre âme.

En vente chez R. Eymann, libraire-éditeur à Vevey.


VEVEY. IMPRIMERIE DE CH.-FR. RECORDON.
LE SERPENT D'AIRAIN.

NOMBRES XXI, 4-9. JEAN III, 14, 15.


Comme Moïse éleva le serpent au désert , ainsi il faut que le Fils de l'homme soit élevé,
afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle.

Dieu avait promis aux Israélites la terre de Canaan, cette terre


fertile , abondant en oliviers et en vignes et découlant de lait et
de miel. Pour s'y rendre, ils devaient traverser un désert aride,
et quoique Dieu satisfit à leurs besoins pendant leur voyage , ils
murmurèrent contre lui et allèrent jusqu'à mépriser les bénédic
tions dont il les comblait. Pour les punir de leur ingratitude , le
Seigneur envoya parmi eux des serpents brûlants qui mordirent
le peuple, de sorte qu'un grand nombre d'entre eux mourut. Les
Israélites repentants vinrent à Moïse , conducteur que leur avait
donné l'Éternel ; ils lui confessèrent le péché qu'ils avaient com
mis en se laissant aller au murmure et le prièrent d'intercéder
pour eux, afin que les serpents fussent retirés. Moïse donc pria
pour le peuple et le Seigneur lui dit : « Fais un serpent d'airain
semblable à un de ceux qui ont mordu le peuple , et mets-le sur
une perche, et il arrivera que quiconque sera mordu et le regar
dera sera guéri. »
Lecteur, qui que vous soyez, vous êtes précisément dans le
môme état que l'Israélite qui avait été mordu par les serpents
brûlants ; le péché habite en vous , vous souffrez de sa morsure,
riche ou pauvre, vieux ou jeune, respecté ou méprisé, vous êtes
pécheur ; vous avez au dedans de vous les effets de la morsure du
péché et de Satan , et ces effets sont : la mort. Le poison opère
dans votre cœur qui , comme le dit la parole de Dieu , est déses
pérément malin. Il vous est impossible de vous guérir vous-même
— vous ne pouvez, de quelque manière que ce soit, éviter la mort,
qui est la conséquence du péché qui habite en vous. Toute la science
des médecins ne peut l'éloigner, et eussiez-vous toutes les richesses
de la terre , vous ne pourriez l'engager à se tenir loin de vous.
Même pendant que vous lisez ces paroles, vous vous avancez vers
f
2
elle. Et pourquoi vous est-il ordonné ainsi qu'à tous les hommes
de mourir une fois, si ce n'est parce que tous ont péché? Tel est
donc votre état ! le noir poison du péché opère en vous, en silence
peut-être et en secret , mais continuellement et avec efficace , et
l'effet de cette opération est la mort !
Or, comme le serpent d'airain fut élevé sur une perche, afin que
les pauvres Israélites mourants pussent fixer les yeux sur lui et
ainsi être guéris, de même Jésus a été élevé sur la croix, afin que
tout pécheur qui croit en lui ait la vie éternelle. L'Israélite n'avait
autre chose à faire qu'à regarder, et vous n'avez qu'à croire. Vous
me demanderez peut-être : « Comment la simple foi en Jésus peut-
elle me sauver de mes péchés, cela est-il possible? je ne le com
prends pas. » Les Israélites auraient pu tenir le même langage.
Ils auraient pu dire à Moïse : « Comment la vue de ce serpent d'ai
rain peut-elle nous guériï de nos douloureuses plaies ? » Quelle
eût été la réponse du serviteur de Dieu? « Regardez, essayez,
croyez à ma parole ou plutôt à la parole de votre Dieu. Ne jetez
sur ce serpent qu'un faible regard, un regard mourant, et vous
vivrez. Ah ! si vous sentez les douleurs que cause ce venin qui
coule dans vos veines , si vous connaissez les terribles agonies de
la mort, suite de cette terrible morsure, vous cesserez de raisonner,
vous croirez que ce que je vous dis est vrai, parce que vous désirez
qu'il en soit ainsi, parce que vous voulez être sauvé. » C'est ainsi
qu'aurait parlé Moïse, et c'est aussi de cette manière que je vou
drais vous répondre. Croyez que Jésus est le Sauveur proclamé
aux pécheurs , le Sauveur crucifié pour le péché. Vous périssez,
ne vaut-il pas la peine d'essayer ce remède ? N'est-ce pas une de
mande bien simple que vous fait le Seigneur, de croire et d'être
sauvé ? Ce n'est pas ma parole, c'est celle de Dieu même. Ce n'est
pas mon message de Salut, c'est Dieu qui le proclame ! Il sait que
vous ne pouvez vous sauver, il sait que toutes vos prières, toutes
vos larmes ne peuvent effacer un seul péché, et il sait qu'à moins
qu'ils ne soient tous lavés, tous pardonnés et effacés, vous ne pou
vez échapper aux justes conséquences du péché, la mort éternelle.
Dieu donc, dans son insondable amour, fait dépendre le salut de
l'homme de l'œuvre de Jésus, et non de ce que peut faire le pé
cheur, ou pour mieux dire, de ce qu'il ne peut faire.
Regardez à Jésus , croyez que Dieu a fait péché celui qui n'a
point connu le péché, croyez que son seul but en devenant sem
3
blable à l'homme pécheur était de nous sauver ; que la raison pour
laquelle il fut mis en croix était afin de porter le péché et son
affreux châtiment au lieu du pécheur. Jetez sur lui le regard de la
foi et vous serez sauvé. L'Israélite, s'il croyait les paroles de Moïse,
regardait le serpent, quelque éloigné qu'il en fût ; les yeux peut-
être déjà ternis par les approches de la mort, respirant à peine , un
coup d'oeil languissant jeté sur le serpent suffisait. Il se levait, pour
ainsi dire, un nouvel homme ; le venin du serpent brûlant perdait
soudain sa force, et celui qui était naguère sur le point de mourir,
recouvrait en un instant la vigueur et la santé, se sentait capable
de continuer sa marche et de combattre les ennemis du Seigneur.
Il en sera de même de vous, si vous ne jetez sur Jésus qu'un seul
regard, un regard accompagné de foi, si vous mettez, dans ce qu'il
a fait pour votre âme, une simple confiance, telle que la confiance
d'un petit enfant, si vous croyez le témoignage de Dieu, vous êtes
éternellement sauvé, — éternellement racheté, il n'y a plus pour
vous de coudamnation, non, mais la joie, la paix, la gloire seront
votre portion.
Peut-être direz-vous : Comment puis-je savoir si j'ai le droit de
regarder ainsi à Jésus? J'ai été un grand pécheur, ne dois-je pas
d'abord m'amender avant de pouvoir espérer qu'il me pardonne ?
Ne dois-je pas mener une vie plus sainte avant d'oser me confier
en lui et croire que mes péchés me sont remis ? Je vous deman
derai aussi — Pour qui le Serpent d'airain était-il élevé ? Qui avait
le droit de jeter les yeux sur lui et d'être guéri? N'était-ce pas le
pauvre Israélite qui périssait? N'était-ce pas parce qu'il se mourait
qu'il avait le droit de regarder le serpent ? N'était-ce pas pour lui
seul qu'il avait été élevé ? Moïse lui disait-il d'essayer de se guérir
avant de le regarder ? N'était-ce pas en le regardant qu'il se gué
rissait? Il en est de même de vous. Ce sont vos péchés qui vous
donnent le droit de regarder à Jésus. Votre seul droit au salut qui
est en lui est que vous périssez. Si vous sentez que vos péchés sont
nombreux, qu'ils sont pour vous un pesant fardeau, que cela fasse
naître la confiance dans votre cœur. Ce sont ceux.qui sont tels que
vous qui ont besoin de lui. Vous êtes perdu. Jésus est venu cher
cher et sauver ce qui était perdu. Ce ne sont que les pauvres pé
cheurs perdus qui ont besoin d'un Sauveur. Ce ne sont que ceux
qui périssent qui ont le droit d'aller à lui. 11 est leur véritable ami ;
c'est pour eux seuls qu'il a quitté sa gloire. C'est pour eux qu'il
a voulu être ici-bas étranger et voyageur, c'est pour eux qu'il a
répandu son sang. Il n'a rien à faire avec les bons et les justes.
Regardez donc à lui parce que vous êtes pécheur. Que vos péchés
vous convainquent que vous avez droit à son salut. Que votre misère
soit ce qui vous fasse accepter sa paix et sa gloire. Ceux qui sont
en santé n'ont pas besoin de médecin , mais ceux qui se portent
mal. Pensez-vous que le pauvre mourant avant de prendre le re
mède qui doit calmer ses douleurs, dirait : il faut que j'attende que
je me porte mieux, ou s'amuserait-il à raisonner avec son médecin
sur la qualité du remède qu'il lui présente? Non, il le saisirait avec
empressement, le boirait jusqu'à la dernière goutte, parce qu'on
l'assure que cela lui fera du bien. Il aurait de l'espérance , de la
confiance dans le remède, désirant ardemment être soulagé, il re
jetterait tous ses doutes. Et vous, si vous désirez être sauvé, si vous
sentez que vous périssez, ne perdez pas de temps à raisonner ou à
chercher à vous rendre meilleur, mais prenez, prenez le remède
efficace, le parfait remède. Croyez, confiez-vous dans l'œuvre de
Jésus. Son sang précieux purifie de tout péché. Le salut vous est
gratuitement offert. Croyez que ce sang a le pouvoir de guérir et
de purifier. Croyez qu'il a été répandu et offert à Dieu comme le
sacrifice pour le péché pour toujours , et tout est accompli, vous
êtes sauvé !
Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin
que quiconque croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la vie
éternelle (Jean III, 16).

Rien , ô Jésus ! que ta grâce,


Rien que ton sang précieux,
Qui seul mes péchés efface,
Ne me rend saint, juste, heureux !
Mon âme , en paix , se repose
Sur toi, bien-aimé Sauveur,
L'auteur, la source , la cause
De mon éternel bonheur.

En vente chez R. Eymann, libraire à Vevey.

KMPRllIF.KIE 11F. Cil . T. RKCOHSON.


« Tu ne prendras point le Nom de ton Dieu EN VAIN,
car l'Eternel NE TIENDRA POINT POUR INNOCENT
celui qui aura pris son nom en vain. »
(Exode xx, 7.)

Cher lecteur.
En vous adressant quelques observations solennelles et affec
tueuses sur ce commandement de Dieu, ce qui me frappe dès l'a
bord, c'est cette longanimité du Seigneur qui supporte patiemment
les méchants, selon les richesses de sa douceur; ne voulant point
qu'aucun périsse, mais que tous*se repentent". Oui, cher lecteur,
si celui qui prend le nom de Dieu en vain, n'est pas tenu de Dieu
pour innocent, quoi qu'en pense le pécheur à cause de la légèreté
de son cœur, la seule raison pour laquelle ce péché n'est pas puni
immédiatement, est que Dieu est tardif à colère, et toutefois il ne
tient pas le coupable pour innocent, quoi qu'il en soit de sa longue
patience (Exode XXXIV, 6, 7). Le jour du jugement avance, à pas
lents il est vrai, selon la miséricorde de Dieu, car « s'il tarde, c'est
parce qu'il est patient envers nous , » mais ce jour ne tardera pas
d'arriver, selon la justice de Dieu, afin qu'il revendique les droits
de son saint nom.
Oui ! celui qui prend en vain le grand et glorieux nom de Je-
hovah b, n'est pas innocent, mais coupable à tous les égards, car
c'est profaner le nom de notre Père qui est aux cieux que de l'as
socier légèrement à toutes nos paroles, que de le faire intervenir,
à tout propos , dans les plus vulgaires détails de la vie , foulant
ainsi aux pieds la sainteté, la gloire et la majesté de ce nom. Pé
cheur, c'est parce que tu ne connais pas la gloire de Dieu, que tu
agis si légèrement à l'égard de son nom, et que lu attires ainsi sur
ta tête le courroux d'un Dieu trois fois saint. Apprends donc com
ment les Séraphims, ces anges si puissants en force donnent gloire
Rom. II, 4. ; 2 Pier. III, 9. — 6 Mal. 1 , 14 ; Ezéch. XXXVI, 23.
2
à Dieu et à Jésus-Christ (comp. Esaïe VI, 1-10 avec Jean XII,
39-41). « Les Séraphims se tenaient au-dessus de lui et chacun
d'eux avait six ailes ; de deux ils couvraient leur lace, et de deux
ils couvraient leurs pieds , et de deux ils volaient ; et ils criaient
Vun à l'autre et disaient : Saint, saint, saint est l'Eternel des ar
mées, tout ce qui est dans toute la terre est sa gloire. » Avec deux
ils couvrent leur face, avec deux ils couvrent leurs pieds, avec deux
seulement ils volent. Il leur faut plus d'énergie pour reconnaître
les droits de la sainteté de Dieu en se couvrant, que pour faire sa
volonté d'une manière active en volant. Aussi la Prière dominicale
nous enseigne à sanctifier le nom de notre Père qui est aux cieux,
avant de demander que sa volonté soit faite sur la terre comme au
ciel. Et toi, vermisseau de terre, tu ne respecterais pas ce nom
glorieux et terrible, et dans ton ignorance coupable tu l'associerais
à toutes tes vaines paroles, à ton irritation, à ta colère, à tes cou
pables désirs de vengeance et à tes imprécations. Ah ! sache que
tu n'es pas tenu pour innocent à cet égard par Jehovah , et que
chaque fois que tu emploies ainsi son nom, tu t'amasses la colère
pour le jour de ta colère (Rom. II, 5).
Si nous avions un ami que nous aimerions tendrement, et pour
lequel nous aurions un grand respect, croyez-vous, cher lecteur,
que nous pourrions supporter d'entendre à tout instant le nom de
cet ami associé à toutes les paroles indifférentes , légères ou cou
pables de nos alentours ? Non certainement ! Ce nom aurait trop
de prix à nos yeux pour que nous pussions le tolérer un seul ins
tant. Nous dirions dans ce cas à ceux qui nous entourent : « Ne
parlez pas ainsi ! Ayez du respect pour ce nom, ne le traînez pas
dans la boue, car le caractère et la personne de mon ami me sont
trop précieux pour que je le souffre en ma présence. » Et le nom
de Dieu, le nom de notre Créateur, de notre Rédempteur, ce nom
mystérieux et grand, seul puissant, seul digne, seul bon; ce nom
nous l'avilirions comme bon nous semble ! Vous me trouvez peut-
être bien hardi, cher lecteur, d'oser vous parler ainsi, et moi je
me trouve souvent bien lâche , oui ! j'ai honte de moi-même de
3
ce que j'ai si peu de vrai courage pour revendiquer les droits et
la gloire du nom de mon Dieu, de mon Sauveur.
La loi dit que tu n'es pas innocent à cet égard, et notre Seigneur
Jésus dit qu'il n'est pas venu pour anéantir la loi , et que ce qui
dépasse le oui ! oui ! le non ! non ! vient du mal. L'apôtre Jaques
dit que celui qui jure par le ciel ou par la terre ou par quelque
autre serment, tombe dans la condamnation.
Le récit suivant est un terrible exemple de la vérité de ce que
déclare l'Apôtre Jaques. J'emprunte ce fait au Recueil Evangéli-
que (Evangelical Magazine) ouvrage religieux paraissant périodi
quement en Angleterre. « T. G., vivant à Sedgley, près de Wol-
verhampton, ayant perdu une somme considérable en pariant dans
des combats de coqs, jura, en blasphémant de la manière la plus
affreuse, qu'il ne ferait plus de pareilles gageures et il demanda à
Dieu de damner son âme à toute éternité , s'il refaisait jamais de
semblables paris, ajoutant avec de terribles imprécations qu'il dé
sirait que le diable le prît, s'il y cédait encore. Cette résolution
prise de cette manière impie fut observée pendant quelque temps ;
mais environ deux ans après, Satan, qu'il continuait à servir, le
remplit d'un désir violent d'assister à un combat de coqs à Wol-
verhampton, et il céda à la tentation. Arrivé sur le lieu du combat
il se leva et dit : « Je parie quatre contre trois en faveur de tel ou
tel coq. » « Quatre quoi? » demanda un de ses compagnons d'ini
quité. « Quatre shillings, » répondit-il. Le pari étant accepté, T. G.
mit sa main dans sa poche pour prendre son argent, mais au mo
ment même il tomba mort comme foudroyé. »
Si tous ne tombent pas dans la condamnation de la même ma
nière, maintenant, il n'est pas moins vrai, comme nous le dit
notre Seigneur, que nous serons justifiés par nos paroles, et con
damnés par nos paroles, aussi bien que par nos actions. Les hom
mes rendront compte de toute parole oiseuse au jour du jugement,
combien plus de leurs paroles impies (voyez Matth. XII, 36, 37)!
Bannissons donc de nos lèvres des expressions comme celles-ci :
« mon Dieu, mon Père, ma foi , » sans parler d'autres plus mau
4
vaises encore. Hélas! quelques personnes dont nous espérons
qu'elles sont à Christ par la foi du cœur, les emploient encore par
une coupable habitude. Mais il faut dépouiller le vieil homme. Priez
Dieu, mes frères, sur vos genoux, de vous délivrer de ce péché. Il
vous le pardonnera, il vous en purifiera.
Pour vous, chers lecteurs, qui n'auriez pas encore reconnu les
droits de la sainteté de Dieu, écoutez-moi encore un instant. J'ai
dit, selon les Ecritures, que « Dieu est tardif à colère » (Exode
XXXIV, 6), et la raison en est, que selon ces mêmes Ecritures, le
jugement est « son œuvre étrangère, son travail non accoutumé »
(Esaïe XXVIII, 17-23). Parmi toutes les glorieuses révélations du
nom de Dieu, je me prosterne avec adoration devant celle-ci : le
jugement est « son œuvre étrangère. » Oui ! Dieu est amour. « Ce
n'est pas volontiers qu'il afflige les fils des hommes, » mais le péché
est une terrible réalité, et la condamnation, par conséquent, est
une terrible nécessité. « Dieu ne peut pas se renier lui-même fl, »
et si tu ne changes pas, pécheur, sache que Dieu ne peut pas chan
ger. Mais sache aussi que la bonté de Dieu te convie à la repentance
et à la conversion.
Le jugement est « son œuvre étrangère. » Oh! amour de notre
Dieu, ne l'écouterons-nous pas! Oui! Dieu est tardif à colère, «ti
t'attend , pécheur, pour te faire grâce * . » Il a lui-même pourvu
aux exigences de sa justice par les souffrances expiatoires du « mé
diateur, Jésus-Christ homme» (1 Tim. II, 5, 6). « afin qu'il soit
juste, et justifiant celui qui est de la foi de Jésus » (Rom. III, 25).
Il est patient envers nous, envers toi, envers tous. Oh ! écoute-le,
pécheur, pendant quHl en est temps, invoque-le tandis qu'il est
près. (Esaïe LV, 6) Allez tous à Jésus. Mais si tune changes pas,
si tu ne crains pas Dieu, sache que Dieu ne tiendra pas pour
innocent celui qui aura pris son nom en vain.
• 2 Tim. II, 13. — 6 Esaïe XXX, 18.

En vente chez R. Eymann libraire, à Vevey.


IMPRIMERIE DE CH.- F. REC0RD0N A VEVEY.
LA

RÉDEMPTION.

Exode XV.

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Nous lisons au chapitre XIV de l'Exode (vers. 8-11)


que les Israélites étant sortis d'Egypte, furent poursui
vis par les Egyptiens, par Pharaon, ses chars, ses gens
de cheval et toute son armée. « Et lorsque Pharaon se
fut approché, les enfants d'Israël levèrent leurs yeux,
et voici , les Égyptiens marchaient après eux ; et les
enfants d'Israël eurent une fort grande peur et crièrent
à Jehovah, et dirent à Moïse : Est-ce qu'il n'y avait pas
de sépulcres en Egypte que tu nous aies amenés pour
mourir au désert ? »
On comprend facilement la détresse des Israélites,
arrêtés par la mer et serrés de près par Pharaon et
toute son armée ; on comprend le cri d'angoisse que le
peuple fait monter vers Dieu ; mais on voit en même
temps bien clairement que si les Israélites crient à Dieu,
leurs cœurs ne savent pas compter sur Dieu et sur sa
délivrance. Nous aussi, quand nous sommes éprouvés,
quand nous sommes environnés de toutes sortes de dif
ficultés, et que nous nous voyons comme enfermés de
toute part dans l'affliction, nous nous trouvons comme
2
ensevelis sous le poids douloureux de la vie , au lieu
que nous sachions compter sur Dieu pour être délivrés.
Nous avons peut-être entendu et reçu l'évangile avec
joie ; nous nous sommes réjouis dans le sentiment de la
rémission de nos péchés, nous avons discerné la beauté
de Christ, et nos cœurs l'ont recherché..., et cependant
lorsque la tentation est venue , toute notre joie s'est
évanouie, et nous avons été renversés par terre, parce
que la rédemption n'était pas le fondement de notre joie
et que nous ne savions pas ce que c'est que d'avoir passé
la mer Rouge a pied sec (Ex. XIV, 29).
Dans la Pâque , Dieu s'était fait connaître à Israël
comme un Dieu de jugement : c'est pourquoi il fallait
le sang sur le linteau des portes pour mettre le peuple
à l'abri du jugement. Le sang arrêtait Dieu ; et Dieu
passait par-dessus (Ex. XII, 12, 13). S'il lût entré dans
les demeures des Israélites comme Dieu de jugement,
Dieu eût frappé le peuple aussi bien que les Égyptiens,
car ayant plus de connaissance que ceux-ci, les Israé
lites étaient aussi plus coupables que leurs oppresseurs.
Mais à la mer Rouge, il s'agit de tout autre chose : Dieu
intervient dans sa puissance comme « un vaillant guer
rier, » comme le salut de son peuple. La Pâque avait
délivré les enfants d'Israël du jugement de Dieu; la
mer Rouge les délivre de leurs ennemis. Dès qu'ils sont
en danger devant Pharaon et son armée, Dieu intervient
« dans la grandeur de sa majesté, » et ensevelit dans
la mer toutes les forces de l'Égypte : par la mort, il
délivre de la mort. Ainsi Christ descend dans la forte
resse de l'Ennemi, sous la puissance de la mort, et par
sa résurrection d'entre les morts, il nous délivre, nous
qui, par la crainte de la mort, étions assujettis toute
3
notre vie à la servitude (Hébr. II, 14-15). Depuis la
mer Rouge , Israël n'à plus à faire avec l'Egypte , le
pouvoir de Pharaon est définitivement brisé, le peuple
racheté hors d'Egypte , et Dieu lui-même son salut :
Celui qu'à juste titre les enfants d'Israël avaient craint
comme juge; — celui-là est maintenant leur salut; ils
sont rachetés et n'ont plus maintenant à espérer la mi
séricorde. Il en est de même pour nous, quand, par la
foi, nous sommes entrés dans les effets bénis de la mort
de Christ ; nous ne sommes pas seulement à l'abri du
jugement, mais Dieu que nous craignions est notre Sau
veur. (voyez Ex. XIV, 30-31).
Le passage de la mer Rouge et la Pâque sont donc
deux événements bien distincts dans l'histoire d'Israël,
et la joie d'une âme qui se réjouit simplement de ce
qu'elle est à l'abri du jugement — ou la Pâque en Egyp
te, n'est pas la même que celle de Moïse et des enfants
d'Israël chantant à Jehovah, parce qu'il a entièrement
racheté son peuple hors d'Égypte et de la mer Rouge,
et qu'il l'a amené par sa puissance à la demeure de sa
sainteté. Israël, après le passage de la mer, peut se ré
jouir de ce que le jugement est passé, de ce que Pha
raon et toute sa puissance « a été enfoncé comme du
plomb dans les eaux magnifiques; » il peut chanter à
Jehovah, parce qu'il a amené son peuple, par sa force,
à la demeure de sa sainteté, à lui-même, parce qu'il l'a
fait passer d'entre les morts , à la lumière de sa pré
sence, qu'il l'a mis dans la lumière comme lui est dans
la lumière.
Les Israélites sont ainsi amenés à Dieu, dans la lu
mière comme Dieu est dans la lumière, avant qu'ils
aient fait un seul pas dans le désert; aussi ne peut-on
pas lutter avant qu'on ait conscience de la rédemption.
Toute la question pour les Israélites, serrés de près par
Pharaon et son armée , c'est de savoir comment 1I3
échapperont aux mains de l'ennemi : ils n'essayent pas
même de combattre. En Egypte ils avaient gémi sous
le joug de Pharaon , mais ils n'avaient pas combattu
contre lui, et comment l'eussent-ils fait? Avant tout,
je le répète, il faut que le peuple soit délivré, et qu'il
soit amené auprès de Dieu : avant de pouvoir combattre
les ennemis de Dieu ou les siens propres, il faut qu'il
soit fait « l'armée de Dieu. » On n'a aucune puissance
contre Satan aussi longtemps qu'on est son esclave ; il
ne peut pas y avoir de lutte dans les chaînes. On peut
bien gémir sous le joug du maître et soupirer après la
délivrance, mais avant qu'on puisse élever le bras con
tre l'oppresseur, il faut que les chaînes soient brisées,
il faut qu'on possède une rédemption parfaite et qu'on
en jouisse.
Après le passage de la mer Rouge, les Israélites ne
se réjouissent pas seulement d'avoir échappé à leurs
persécuteurs, mais ils se sentent placés dans une position
toute nouvelle par cette délivrance et par la manifesta
tion publique que Dieu est pour eux et avec eux ; ils
ont conscience de leur délivrance, d'une rédemption
parfaite et ainsi ils savent qu'ils peuvent désormais
compter sur Dieu et sur sa puissance à tout autre égard.
Ils peuvent dire maintenant : « Les peuples entendront,
et ils en trembleront ; la douleur saisira tous les habi
tants de la Palestine. Alors les princes d'Edom seront
troublés et le tremblement saisira les forts de Moab :
tous les habitants de Canaan se fondront » (vers. 14-
16); et Rahab confirmera ce témoignage, quand elle
s
dira aux espions : « Dès que nous avons entendu ces
choses , notre cœur s'est fondu ; et depuis lors aucun
homme n'a plus eu de courage à cause de vous , car
Jehovah votre Dieu est le Dieu des cieux en haut et de
la terre en bas » (Jos. II, 11). La joie des enfants d'Is
raël ne consiste pas à ne point avoir d'ennemis ; elle
consiste en ce que Dieu a pris en main leur cause et
qu'il les a amenés dans sa présence.
Il y a plus encore : nous lisons au verset 17 : « Tu
les introduiras et les planteras sur la montagne de ton
héritage, au lieu que tu as préparé pour ta demeure, ô
Jehovah , au sanctuaire que tes mains ont établi. » —
Israël, maintenant, était déjà avec Dieu dans sa sainte
demeure ; — et nous pareillement nous sommes dans la
présence de Dieu — mais non pas encore « au lieu que
tes mains ont établi, » « à la montagne de ton héritage,»
— de l'héritage de Dieu et non pas d'Israël. Ainsi aussi,
Paul demande pour les saints qui étaient à Éphèse, qu'ils
connaissent « quelle est l'espérance de leur vocation et
quelles sont les richesses de la gloire de son héritage
dans les saints » (Éphés. I, 18). Israël devait habiter
le pays de Dieu, — et la maison du Père est notre de
meure : Lui-même veut nous y introduire, en sorte que
nous n'avons rien à craindre des ennemis qui peuvent
se trouver sur le chemin : pour la foi ils sont impuis
sants. Une assurance pleine et entière est le privilége
de la rédemption.
Mais si Dieu a racheté son peuple, s'il veut l'intro
duire dans le pays de Canaan , il faut qu'Israël passe
par l'épreuve, et c'est « suivant le commandement de Je
hovah ».... que les enfants d'Israël campèrent en Ré-
phidim , « où il n'y avait point d'eau à boire pour le
6
peuple » (Ex. XVII, 1). Toutefois remarquons bien ici
que, jusqu'au pied du Sinaï, Dieu usa d'une grâce en
tière et parfaite dans toutes ses voies envers son peuple,
quels qu'aient été d'ailleurs les murmures de celui-ci.
Quand ils s'élèvent contre Moïse et Aaron au désert de
Sin, parce qu'ils n'ont pas de chair à manger, Dieu leur
donne des cailles , sans leur rien reprocher ; il leur
donne « le soir de la chair à manger, et au matin du
pain en abondance ; » et quand ils s'en viennent en
Rcphidim, où il n'y avait point d'eau, Dieu fait jaillir
pour eux de l'eau du rocher (Ex. XVI et XVII). Tout
est grâce , afin qu'Israël comprenne que Dieu voulait
bénir son peuple, quelque méchant que fût celui-ci.
Mais plus tard les Israélites, qui auraient dû savoir
qu'ils ne pourraient pas garder la loi , se sont placés
follement sous la loi, alors, quand ils sont de nouveau
épris de convoitise et disent : « Qui nous fera manger
de la chair?... » nous lisons que « quand la chair était
encore entre leurs dents, avant qu'elle fût mâchée, la
colère de Jehovah s'embrasa contre le peuple » (Nombr.
XI).
Une fois qu'ils ont passé la mer, Moïse conduit les
Israélites vers le désert de Sur : « et ayant marché trois
jours par le désert, ils ne trouvèrent point d'eau.» Trois
jours dans le désert sans eau , c'était une souffrance
presque insupportable! Mais la délivrance est-elle moins
sûre? — Non certainement, en aucune manière. C'était
cependant une chose affreuse que de se trouver sans
eau : — c'était la mort, une mort certaine, dans une
pareille contrée. Et quand enfin on trouve de l'eau,
« elle était amère » : — « de là ils vinrent à Mara, mais
ils ne pouvaient point boire des eaux de Mara , parce
7
qu'elles étaient amères » (vers. 23). L'épreuve était
dure, mais c'était pour cela même que Dieu avait amené
son peuple au désert : « afin de t'humilier, de t'éprouver
et de manifester ce qu'il y a dans ton cœur » (Deut.
VIII, 2). Les « eaux amères » ne montraient pas ce
qu'il y avait dans le cœur de Dieu , mais elles étaient
un moyen pour éprouver et mettre à découvert le cœur
du peuple : et sous ce rapport que de choses à mani
fester et à corriger ! Israël était racheté pour jamais et
Dieu avait manifesté son cœur dans « la rédemption, »
mais l'effet même de cette rédemption était d'amener
le peuple dans un lieu où il n'y avait pas une goutte
d'eau à boire, et où ensuite, quand on trouve de l'eau,
elle était amère , en sorte qu'on ne pouvait la boire :
mais tout cela, c'était afin qu'Israël s'abreuvât dans la
puissance de la mort. Et alors Dieu rendit douces les
eaux (vers 25). — On n'apprend pas ces choses en
Egypte ; — elles sont l'expérience du désert. En Egypte
il n'y avait point eu de Mara pour Israël. — Avant que
le peuple soit amené aux « eaux amères, » il faut qu'il
soit racheté et que la rédemption soit connue : l'effet
qu'elle produira sera la mort au péché, à l'égoïsme, à
la volonté propre. L'âme passe ainsi par un travail pro
fondément pénible, mais c'est précisément ce que Dieu
a voulu, afin de mettre à nu ce qu'il y a dans nos cœurs
et de nous en dépouiller. Quelqu'un pensera peut-être
que ces épreuves viennent Sur lui parce qu'il n'est pas
racheté , mais tout au contraire , elles nous sont dis
pensées parce que nous sommes rachetés.
Nous pouvons chercher à éviter ces eaux amères de
Mara, mais Dieu nous y amènera parce qu'il veut nous
dépouiller de tout ce qui est du vieil homme en nous.
8
En son propre temps , sans doute , il introduira dans
notre épreuve ce qui rend douces les eaux ; mais parce
qu'il nous a rachetés et nous a amenés à lui , il juge
toutes choses en nous, amour du monde, orgueil, volonté
propre, tout ce qui trouble notre communion avec lui-
même. Je le répète, il introduira ce qui rend douces les
eaux : mais, « bien-aimés, ne trouvez pas étrange l'ar
deur du feu qui est allumé au milieu de vous, et qui est
venu sur vous pour votre épreuve , comme s'il vous
arrivait quelque chose d'extraordinaire » (1 Pierre IV,
12), car aussi certainement que vous êtes rachetés, Dieu
brisera et soumettra vos pensées et vos volontés ; Dieu
vous abreuvera de cela même par quoi vous avez été
rachetés.
Ainsi donc Israël, dans le désert, s'avance avec Dieu,
et Dieu s'occupe de son peuple ; il lui donne des statuts,
il l'éprouve de toute manière et le forme pour lui-même
("25-26; comp. Deut. VIII, 2, 3). — Dieu n'avait pas
agi ainsi avant qu'il eût racheté son peuple. En Egypte
Israël avait été dans l'angoisse à cause de Pharaon ;
mais maintenant, au désert, c'est la main de Dieu qui
s'appesantit sur lui : Israël a affaire avec Dieu , et il
apprend à connaître Dieu sous un nouveau caractère,
comme « Jehovah qui te guérit » (26). Dieu, d'abord,
éprouve son peuple, il lui propose une ordonnance et
une loi : « Si tu écoutes attentivement , si tu fais ce
qui est droit...., si tu prêtes l'oreille à ses commande
ments et que tu gardes ses ordonnances...., je ne ferai
venir sur toi aucune des infirmités que j'ai fait venir
sur l'Egypte ; » mais si Dieu éprouve ainsi, c'est afin
de se faire connaître comme « Celui qui te guérit, » et
pour jouir de ce privilége, il faut que le cœur tout en
9
tier soit mis à découvert devant un Dieu de grâce. Alors
seulement on le connaît comme « Celui qui guérit. » —
Dieu qui est fidèle dirigera toutes les circonstances de
notre vie en vue de ce but (comp. Deut. VIII, 15, 16) :
nous n'y échapperons pas, dussions-nous être humiliés
devant les hommes, ce qui est une chose très-doulou
reuse, en vérité, « une eau très-amère ; » — mais n'é
tait-ce pas que nous cherchions à nous glorifier nous-
mêmes?
Dès que « le bois, » c'est-à-dire la croix, est dans les
eaux , elles désaltèrent l'âme. On a joui d'abord de la
joie de la rédemption ; après, vient la joie dans les tri
bulations, et puis la joie dans la guérison. Dieu d'abord
nous fait chanter dans la conscience de la rédemption ;
mais si nous devons jouir de l'effet pratique de la ré
demption , c'est-à-dire jouir de Dieu dans nos âmes (ce
qui est impossible à la chair), il faut nécessairement que
notre propre volonté, la mondanité, et toute une armée
de choses qui sont en nous et qui viennent se placer en
travers de notre joie, soient touchées du doigt de Dieu
et brisées. Dieu connaissait tout ce qu'il y avait dans
nos coeurs, mais il veut nous le faire voir à nous aussi,
qu'il a rachetés ; et alors nous le connaîtrons comme
« Celui qui guérit » .
« Puis ils vinrent à Élim, où il y avait douze fontaines
d'eau et soixante et dix palmiers ; et ils campèrent au
près des eaux (27) . Maintenant le peuple fait l'expérience
des conséquences nécessaires du fait qu'il est avec Dieu :
dès qu'il est réellement humilié , il campe auprès des
eaux rafraîchissantes. Si Élim était venu plus tôt, y
aurait-il eu le même sentiment d'une entière dépendance
de Dieu pour toutes choses? — Israël n'ayant pas passé
10
par la lutte qui produit la dépendance, et la dépendance
qui produit la communion , la chair et tout son train
n'eussent pas été brisés. — Voilà pourquoi Dieu tarde,
car sa joie est de bénir son peuple.
Les nombres 12 et 70 que nous trouvons ici sont des
figures différentes de la perfection d'un abri parfait.
« Le soleil ne donnera point sur toi de jour, ni la lune
de nuit » (Ps. CXXI, 6). — « Ils campèrent près des
eaux » (27). Tout cela est donné dans le désert, et le
peuple se repose là : mais il faut qu'Israël ait été éprouvé
à Mara pour qu'il puisse jouir de Dieu parfaitement à
Elim. La rédemption l'avait amené auprès de Dieu;
maintenant il se réjouit en Dieu. Nous ne pouvons pas
jouir de ces eaux qui jaillissent de Dieu lui-même pour
abreuver nos âmes , sans que notre chair soit brisée ;
mais alors quelle que soit d'ailleurs la nature de notre
épreuve, quelque grand que puisse être le trouble de
notre âme, — lors même que nous eussions à boire la
mort même qui nous a rachetés — si seulement nous
savons y voir la main de Dieu, y discerner la croix de
Christ.— nous jouissons de ce qui rend douces les eaux,
dans la conscience de la pensée et du propos de Dieu en
toutes ces choses : « Non pas que la discipline paraisse
pour le présent un sujet de joie, mais de tristesse ; mais
plus tard elle rend le fruit paisible de la justice à ceux
qui sont exercés par ce moyen » (Hébr. XII, 11). La
chair n'est pas la foi, et qui plus est, nous ne pouvons
pas, sans foi, marcher dans le chemin de la foi : il faut
donc que nous passions par l'épreuve. Si nous perdons
pour un seul moment notré confiance en Dieu, la chair
agit sous une forme ou sous une autre ; dès que nous
sommes dans l'embarras ou en perplexité quant à ce que
11
nous avons à faire, notre œil n'est pas net , nous ne
jouissons pas de la communion de Dieu, car autrement
nous saurions ce que nous devons faire. Si notre œil
était net, tout notre corps serait rempli de lumière, mais
s'il n'en ést pas ainsi, il y a donc en nous quelque chose
à découvrir que nous n'avons pas encore discerné. Ce
ne sera peut-être pas un péché volontaire, mais cepen
dant quelque chose au sujet de quoi Dieu exercera notre
cœur et se manifestera comme « Jehovah qui guérit. »
Ainsi dans l'épître aux Romains, on trouve d'abord la
joie dans les tribulations, et ensuite la joie en Dieu
(Rom. V, 1-11). Nous ne sommes pas seulement sau
vés, mais nous sommes abreuvés dans le désert par le
Dieu qui nous racheta. Ne regardons donc pas comme
une chose étrange si nous sommes comme dans une
fournaise pour notre épreuve.

LMMUMEKlt CH.'F. RKCOSCO.N * TEVET.


17, mL

V 82?

LA CHUTE D'ADAM

ou

LE PÉCHEUR AU TRIBUNAL DE DIEU

COURT EXAMEN DE GENÈSE III.

SERIE DE

TRAITÉS CHRÉTIENS.

VEVEY || NYON
l. prexleloip, rueduLac, 16 eue vetlaw, placedu CIlàtWH

1855
VEVKY. — Imprimerie de la Société typographique.
LA
CHUTE D'ADAM
ou
LE PÉCHEUR AU TRIBUNAL DE DIEU.

Court examen de Genèse III.

Cher lecteur,
Le chapitre que vous avez sous les yeux met cm
évidence cette vérité , qu'il faut que le pécheur ait.
affaire avec Dieu, qu'il faut absolument que la ques
tion de son péché soit réglée. Qu'importe que l'hom
me n'y pense pas? Dieu y pense, Lui , et l'homme
ne peut échapper à Dieu ; et quand même le pécheur
passerait sa vie entière sans s'en occuper, néanmoins
il faudra tôt ou tard se trouver devant Lui , si ce
n'est ici-bas ce sera après la mort , car il est ordon
né aux hommes de mourir une fois , après quoi , le
jugement.
Dans le chapitre qui précède celui que nous ve
nons de lire , il n'est pas question de jugement ou de
compte à régler, car l'affreux péché n'existait pas
encore. Là, le cœur se repose en contemplant «n
inonde parfait où tout répond à l'intention du Créa
teur. L'homme innocent , placé dans un jardin de
délices et en relation avec le Dieu bienheureux , vit-
vait dans l'atmosphère du bonheur de Dieu et jouis
sait de son doux repos. La paix la plus profonde
inondait ce séjour plein de charmes et remplissait
— h —
le cœur de l'homme. La beauté du lieu , les fleuves
qui l'arrosaient , la fraîcheur des bois , le parfum des
fleurs et des fruits, la docilité des animaux , la voûte
des cieux que parcourt le beau soleil qui encore nous
éclaire , tout avait une voix pour dire à Adam que
le Dieu-Puissant et heureux qui l'avait si généreu
sement établi Seigneur des œuvres de ses mains était
son ami. Mais dans notre chapitre la scène change,
le tableau s'assombrit et tout prend un aspect de
désolation : — Satan s'approche et l'homme tombe
dans la désobéissance. Dépouillé de son innocence,
il s'aperçoit qu'il est nu. Il essaie de parer aux in
convénients de la chute en se faisant une ceinture
de feuilles de figuier, frêles habits qui ne servent
qu'à révéler cette disposition précoce , qu'une fois
que l'homme a eu abandonné Dieu , il a cherché à
se suffire à lui-même , loin de Dieu, sans idée d'hu
miliation devant son péché, sans aucune intelligence
de ce qu'il a perdu. Mais Dieu a tout vu. Rien ne
lui est échappé. Il a aussi vu tout ce que vous avez
fait et pensé jusqu'à ce jour, cher lecteur, et bien
que la plupart de vos péchés soient loin de votre mé
moire, Dieu se les rappelle tous. Au grand jour du
jugement , il montrera que pensées , paroles et œu
vres, tout est présent devant Lui comme au moment
où elles se sont produites. Quelle journée que celle
où la vie entière d'un pécheur sera mise en évidence
dans la pure lumière ! Nous en avons ici un échan
tillon bien propre à rendre sérieux. —
« Adam et Ève ouïrent au vent du jour la voix de
l'Eternel Dieu , qui se promenait parmi les arbres du
jardin et ils se cachèrent de devant l'Éternel Dieu.»

J
La voix de Dieu , naguère si agréable à entendre,
ne produit plus maintenant que l'effroi. Et pourquoi
cet effroi seulement à présent que la voix de Dieu
se fait entendre? Parce que, loin de la face de Dieu,
le pécheur peut être plus ou moins tranquille , mais
quand Dieu s'approche le péché se découvre , sa
gravité et ses vraies dimensions se produisent au tri
bunal de la conscience. La ceinture de feuilles de
figuier ne les rassure pas , parce qu'elle ne voile pas
leur péché. Tels sont les efforts de l'homme ; il es
saie bien quelquefois de faire une chose , puis une
autre ; il veut bien avoir une religion , certaines pra
tiques ; mais tout cela ne cache pas le péché aux
yeux de Dieu : quels que soient les moyens dont un
homme dispose , il n'est toujours qu'un pauvre pé
cheur, et son péché demeure si la grâce ne vient à
son secours.
Ils fuient vers les arbres du jardin pour s'y cacher,
mais ils éprouvent la vérité de ces paroles : « Où
irai-je loin de ton Esprit, et où fuirai-je loin de ta
face ? Si je monte aux cieux , tu y es ; si je me cou
che dans le sépulcre , t'y voilà. Si je prends les ailes
de l'aube du jour, et que je me loge au bout de la
mer, là même ta main me conduira et ta droite me
saisira. Si je dis : Au moins les ténèbres me couvri
ront , la nuit même sera une lumière autour de moi.
Même les ténèbres ne me cacheront point et la nuit
resplendira comme le jour , et les ténèbres comme
la lumière. » Ps. CXXXIX, 7-12.
Les arbres du jardin n'étaient pas une retraite
impénétrable à la justice de Dieu. —
« Mais Dieu appela Adam et lui dit : Où es-tu ? »
— 6 —
La voix de Dieu est irrésistible , il faut qu'Adam
comparaisse avec son péché , il ne peut se soustraire
au jugement et là Dieu lui montre qu'il a tout vu.
Avcz-vous pensé , lecteur, qu'à votre tour vous se
rez sommé de rendre compte et que comme Adam
vous serez jugé selon vos œuvres? A moins que vous
n'ayez un Sauveur, le temps vient où Dieu vous ap
pellera aussi par votre nom et , à sa voix irrésisti
ble , il faudra aussi vous approcher tel que vous êtes
et chargé de vos péchés. Avez-vous pensé à ce mo
ment et à ce tribunal ? Peut-être vous tranquillisez-
vous en vous efforçant de croire qu'il n'en sera rien,
que , quand le corps est mort tout est mort. Mais
Dieu a pensé autrement , Lui , et ce n'est pas ce que
vous pensez qui s'accomplira, mais ce que Dieu a
pensé et dit , soyez en sûr. Dieu est au-dessus de
vous et au-dessus de tout. Et fussiez-vous mort de
puis longtemps, il a la puissance de vous faire revi
vre pour vous juger, et il le fera. Au reste la mort
est la preuve que vous ne pouvez échapper à Dieu,
car c'est lui qui a infligé cette peine , et par là
voyez ce que vaut une parole de Dieu. Il y a en
viron six mille ans qu'il a dit : « Au jour que tu
pécheras , tu mourras » et depuis ce moment , cette
parole s'est réalisée , nul n'a pu s'y soustraire.
« Puis Dieu dit à Adam : Parce que tu as obéi à
la parole de ta femme et que tu as mangé du fruit
de l'arbre duquel je t'avais commandé en disant :
Tu n'en mangeras point , la terre sera maudite à
cause de toi ; tu en mangeras les fruits en travail,
tous les jours de ta vie ; elle te produira des épines
et des chardons, et tu mangeras l'herbe des champs.
Tu mangeras le pain à la sueur de ton visage , jus
qu'à ce que tu retournes en la terre , car tu en as
été pris ; parce que tu es poudre tu retourneras aussi
en poudre. »
Ce qui sort et sortira toujours du tribunal de Dieu,
c'est la condamnation du péché , parce que Dieu se
doit à lui-même et à sa sainteté de punir toute dé
sobéissance. Il est juge juste et suprême, et nul ne
peut appeler du jugement de Dieu. Toute excuse est
écartée. Adam a essayé d'en alléguer une en reje
tant la faute sur sa femme , mais ayant péché lui-
même , et son péché étant là , sa bouche a été fer
mée. Il aurait de même été inutile de dire : J'ai été
fidèle hier, avant-hier, dans telle ou telle circons
tance, — la réponse à tout raisonnement aurait été :
N'as-tu pas mangé du fruit de l'arbre duquel je t'a
vais commandé en disant : Tu n'en mangeras point ?
Et vous, lecteur, ètes-vous pécheur ? Avez-vous
transgressé quelqu'un des commandements de Dieu'!1
Avez-vous menti , dit des injures , pris le nom de
Dieu en vain , outragé vos parents ? Avez-vous eu
des convoitises, de mauvaises pensées? Si vous avez
fait cela , Dieu â tout vu , tout entendu, et .vos pé
chés ont été inscrits en sa présence , dans son livre
qui s'ouvrira devant le grand trône blanc au grand
jour du jugement. Vous répondrez peut-être : Tout
le monde a fait cela. Mais est-ce que le péché des
autres efface le vôtre? Parce que Ève avait péché,
Adam a-t-il été justifié ? Si vous mourez dans votre
péché , quel malheur pour vous ! vous aurez à ren
dre compte ; oui , il le faudra.
Nous pouvons aussi conclure de ce qui est arrivé
— 8 —
à Adam , que Dieu ne peut pardonner le péché. Il
faut absolument qu'il soit puni, Ainsi, lecteur, il
faut que vos péchés reçoivent leur juste salaire. Si
ce n'est pas Jésus qui en a porté la peine , ce sera
Vous-même qui la porterez ; mais alors c'est la dam
nation éternelle. Que c'est solennel! La justice de Dieu
est inflexible, Adam en a fait la triste expérience. Le
travail , la douleur et la mort sont infligés à Adam
par Celui qui, tout en étant amour, a été forcé d'être
juge à cause du péché de l'homme. Et dès lors quelle
pénible existence ! Que de larmes répandues ! que
de liens puissants brisés par le glaive de la mort !
Le dernier verset de notre chapitre dit tout ce
qu'il y a d'affreux dans la position que le péché a
faite à l'homme : « Ainsi il chassa l'homme.»
«Ainsi II chassa l'homme. » Et d'où l'a-t-il chassé?
Hélas ! de sa présence et hors du lieu de délices où
l'homme savourait la douceur d'être en paix avec le
Dieu bienheureux. Ainsi chassé, l'homme a engen
dré une postérité loin de Dieu. Et en effet, lecteur,
ni vous ni moi ne sommes nés dans le paradis. Vous
n'y êtes jamais rentré. Une mère^donne naissance
à ses enfants dans le lieu où elle se trouve ; et où
était Ève quand elle a mis ses enfants au monde?
Sous la puissance de la mort , hors du Paradis , loin
de Dieu , là où régnent le péché et le prince de la
mort, loin de tout bonheur. Ainsi, être chassé loin
de Dieu , par Dieu lui-même, prouve bien qu'il ne
peut voir le péché et que la présence de l'homme
dégradé lui est insupportable. Dieu doit à sa dignité
de ne pas admettre le péché en sa présence.
Voilà votre condition , lecteur, et par le péché
d'Adam et par votre péché, à moins que vous n'ayez
été rapproché par le sang de Christ. —
Puis, dit encore ce verset : « Il mit des chérubins
à l'orient du jardin d'Eden avec une lame d'épée qui
se tournait çà et là pour garder le chemin de l'arbre
de la vie. »
Depuis que le péché est entré , voilà ce qu'il y a
entre Dieu et le pécheur : l'épée du jugement. Étant
dans la mort , il ne peut plus toucher à la vie , il n'a
aucun droit à la vie , et si, sans médiateur, il veut
tenter d'arriver jusqu'à Dieu , il rencontre le juge
ment, il y entre et y demeure. Ainsi l'homme ne
pouvait regarder du côté de Dieu sans voir l'épée
flamboyer à ses yeux. Impossible d'approcher avant
que l'épée disparaisse , mais pour que l'épée dispa
raisse , il faut que le péché disparaisse. Où sera le
péché , là fondra l'épée du jugement. Nous pouvons
conclure que l'homme est perdu et sans ressource en
lui-même pour échapper à la perdition , car il faut
que le péché soit puni. — Depuis que Adam a péché
l'homme s'est-il amélioré au point que le péché ne
soit plus? Qu'en dites-vous pour vous-même, lec
teur ? Êtes-vous sans péché ? Vous n'oseriez le dire,
à moins que vous ne soyez sans conscience. Peut-
être pensez-vous faire mieux. Hélas! vous avez bien
assez fait , vous n'avez que trop fait jusqu'à présent.
Vous avez fait le mal , vous ne pouvez le contester ;
et croyez-vous que Dieu soit content du mal que vous
avez fait ? Pensez-vous pouvoir faire mieux à l'ave
nir? — Mais à supposer que dès aujourd'hui vous
parvinssiez à ne plus pécher, toujours serait-il que
le mal que vous avez fait jusqu'à ce jour demeurerait,
— 10 —
et qu'en feriez-vous? Supposez que Adam eût marché
sans pécher depuis sa condamnation , sa marche ac
tuelle n'aurait pas annulé sa marche précédente. II
était déjà condamné , il était chassé de la présence
de Dieu ; il était dans la mort ; l'épée du jugement
était entre lui et Dieu , tournée contre lui. Il était
perdu . Êtes-vous dans une position meilleure? Certes,
vous n'êtes pas dans le paradis , et en bons rapports
avec Dieu. — Supposé que vous alliez chez votre
fournisseur lui dire : Je vous dois , il est vrai , tout
ce que vous m'avez fourni jusqu'à maintenant, mais
dès aujourd'hui je vous paierai comptant. Il pour
rait bien vous répondre : Mais cela n'acquitte
pas votre compte précédent. Et le vieux , qui le
paiera? 11 en est ainsi de l'homme. Il est ruiné , il
ne peut payer à moins de recevoir le salaire de son
péché , mais quel salaire ! la mort éternelle , le feu
préparé pour le Diable et pour ses anges. —
Représentez-vous , lecteur, le moment où ceux
qui sont morts dans leurs péchés se relèveront de la
poussière de la mort pour paraître ensemble devant
le grand trône blanc. Devant Celui qui y siége s'en
fuient le ciel et la terre. Près de Lui sont ses rache
tés , autrefois perdus , mais maintenant sans nulle
tache. Sur un autre plan , toutes les intelligences
célestes. Puis enfin , à la barre du tribunal , les cou
pables , ces milliers de milliers qui ont vécu sans
Dieu , sans frein , se jouant pour la plupart des cho
ses les plus sérieuses , s'amusant des choses les plus
honteuses , ces pécheurs endurcis qui se sont mo
qués de tout , de Dieu lui-même. Un solennel si
lence règne. Les livres s'ouvrent. Tout est inscrit :
— Il —
pensées , paroles , œuvres, depuis le premier jour
de l'existence jusqu'au moment de la mort. Votre
tour vient: Toute votre histoire est reproduite, votre
cœur est dévoilé, chaque repli en est mis à découvert;
tout arrive au grand jour. Quelle scène ! Vous fûtes
habile à cacher vos péchés ; mais , là , Dieu les dé
voile sans qu'il en reste un seul dans l'ombre. La
condamnation est prononcée , il n'y a pas un mot à
répliquer, parce que le péché est là et vous ne pou
vez le nier. Mais ce n'est pas tout. Il y a un lende
main au jugement , le feu éternel où sont jetés les
coupables. Quel lendemain !
Adam fut mis hors du paradis et chassé de la pré
sence de Dieu ; mais Dieu avait laissé une espérance,
fait entrevoir une porte pour sortir de cet état , ce
que nous examinerons bientôt ; mais là plus d'espoir.
C'est être chassé de la présence de Dieu sans retour
possible , c'est I'Eternité , une éternité de souffran
ces , une affreuse éternité. Si dans ce lieu de tour
ments , une voix se fait entendre ce sera : Pour
toujours ici , pour toujours !
Ah ! si ces formidables vérités atteignent la con
science, c'est bien alors que le besoin profond d'un
Sauveur se fait sentir,— oui , d'un Sauveur qui ait pris
sur lui le péché pour l'abolir. N'avoir plus de péché,
voilà ce qu'il faut. Et béni soit Dieu ! il y a pourvu.
Déjà dans notre chapitre cette idée est en saillie.
Tout en étant obligé de condamner les coupables,
Dieu s'occupe d'eux en grâce. Et d'abord , dans la
condamnation du serpent ancien , il annonce qu'un
libérateur sortirait de la semence de la femme. —
Puis il revêt Adam et Ève de peaux d'animaux, et
— 12 —
ainsi les coupables sont revêtus de la dépouille d'une
innocente victime. La mort d'autrui avait dû inter
venir , le sang avait coulé , type sans doute d'un
sang plus excellent , le sang de l'Agneau déjà préor
donné avant la fondation du monde. En effet, « Celui
qui n'avait pas connu le péché , Dieu l'a fait péché
pour nous , afin que nous devinssions justice de Dieu
en lui. » Mais pour cela il a fallu que Celui qui ha
bitait la gloire descendît sur la terre et s'anéantît en
prenant la forme de serviteur. Et parce que le pé
cheur ne pouvait s'approcher de Dieu . Lui s'est ap
proché du pécheur. Lui non plus n'est pas né dans
le paradis , il n'y aurait pas trouvé l'homme , il a
dù le chercher où il était , perdu , loin de Dieu , dans
la misère profonde. Il est venu reluire à ceux qui
étaient assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la
mort , pour conduire leurs pas au chemin de la paix.
Ainsi son amour immense et ses profondes compas
sions l'ont amené sur cette scène de douleurs , bien
décidé d'en sortir le pécheur et de réaliser, coûte
que coûte , cette vérité : « Le Fils de l'homme est
venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Lui,
le Saint et le Juste , est entré dans la condition où
le pécheur se trouvait devant Dieu, pour en assumer
sur lui toute la responsabilité. La majesté de Dieu
avait été outragée parle péché, il a dû la réhabiliter;
sa justice avait des droits et il a dû les satisfaire.
Il s'est donc présenté comme caution responsable
devant les justes droits de Dieu, à la place de ceux
qui étaient ruinés, pour les sauver en payant leur
dette ; chaque péché lui a été compté et il en a porté
le poids énorme. Il est entré sur la scène du juge
— 13 —
ment pour avoir affaire avec la justice de Dieu, pour
la solder, et chargé du péché , il s'est avancé seul
devant l'épée dégainée et il en a été transpercé. Le
salaire dû au péché , c'est la mort , et Jésus a laissé
sa vie sur la croix. Qu'il était solennel pour lui de
rendre compte devant le tribunal du Dieu saint de
l'affreux péché que l'homme commet avec tant de
légèreté ! N'avez-vous jamais entendu un homme se
vanter d'avoir fait des choses honteuses et en amu
ser ses voisins ? Hélas ! combien le Fils de Dieu en
jugeait différemment en Gethsémané , quand il était
dans l'agonie et qu'il suait des grumeaux de sang,
ou quand il s'écriait sur la croix : « Mon Dieu ! mon
Dieu ! pourquoi m'as-tu abandonné ? » Le mauvais
riche ne riait pas du péché quand , dans le lieu du
tourment , il disait : « Père Abraham ! envoie Laza
re , afin qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt
et vienne rafraîchir ma langue , car je suis cruelle
ment tourmenté dans cette flamme. »
Remarquez , avant d'aller plus loin , que Dieu ne
peut pardonner les péchés sans les punir. S'il l'avait
pu , il l'aurait certainement fait quand ils étaient sur
son Fils , Lui qui fut parfait dans toutes ses voies et
qui pouvait'dire : « Je fais toujours ce que le Père
m'a commandé. » Or si le Fils , toujours obéissant
et sans péché quant à Lui , n'a pu échapper à la jus
tice divine , parce qu'il était le représentant des pé
cheurs, comment échapperait un pauvre descendant
d'Adam , qui n'est qu'un misérable pécheur s'il va
avec son péché devant le tribunal de Dieu ? Adam
n'a pu échapper, Dieu a su le trouver parmi les ar
bres du jardin , où , dans sa folie , il avait voulu se
soustraire aux regards de Dieu. — '
Mais si Dieu n'a pu pardonner le péché , quand il
était imputé au Fils , la dette a été payée , le péché
est aboli , et l'épée est rentrée dans le fourreau. Un
créancier juste ne se fait pas payer deux fois la mê
me dette. Or Dieu est juste et Christ a payé. La jus
tice n'a plus rien à exiger , elle est satisfaite . Or voilà ce
qui donne la paix au pécheur, c'est d'apprendre que
le péché n'est plus, que Dieu a su trouver, au fond
de son amour et dans sa sagesse , le moyen de l'a
néantir pour jamais. Si la conscience qui a bonne
mémoire quand elle est réveillée , force le pécheur
de s'approcher de Dieu pour lui confesser ses péchés,
en courbant le front devant lui dans l'angoisse et
s'écriant : Hélas! que ferai -je de mes iniquités?
Dieu peut lui répondre et lui répond en effet : Christ,
mon Fils , a souffert pour ces péchés , son sang les
a ôtés de devant mes yeux , » et je ne me souvien
drai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités.» C'est
là la bonne nouvelle que l'Évangile annonce. Il pu
blie que le Fils de Dieu a réglé la question du péché,
qu'il s'est laissé juger, Lui , afin que le pécheur ne
fût pas jugé , et qu'il a souffert, Lui juste, pour des
injustes , afin qu'il nous amenât à Dieu. Et quand
est-ce que cela a été fait, lecteur? SurGolgotha, il
y a 1800 ans. Il y a donc longtemps que le salut
est fait , et s'il n'était pas fait, il ne se ferait jamais,
vu que le Christ ressuscité des morts ne meurt plus
et que la mort n'a point d'empire sur Lui. Ainsi il
y a un Sauveur ; un salut est fait et c'est le Fils de
Dieu qui l'a fait. Il n'y a qu'à le croire. Car remar
quez que vous ne pouvez rien faire pour ce salut ,
vu qu'il est fait depuis longtemps. Il n'y a pour vous
— 15 —
que ces deux alternatives ': ou Christ a porté la peine
de vos péchés , et vous êtes sauvé ; ou , vous la por
terez vous-même en enfer pendant l'éternité. Si au
jourd'hui le pécheur n'est pas sauvé, il ne le sera
jamais. Ainsi, cher lecteur, si votre péché vous
effraie , si votre conscience en est troublée , appre
nez « qu'en la consommation des siècles , Christ a
paru une seule fois pour Vabolition du péché par le
sacrifice de lui-même, » Héb. IX, 26. — Vous com
prenez ce mot abolir, et c'est Dieu qui dit cela. Cer
tes il sait bien si la mort de son Fils a aboli le péché.
De plus , voici ce qu'il vous dit et qu'il veut
que vous sachiez : « IDieu a tant aimé le monde
qu'il a donné son Fils unique , afin que quiconque
croit en lui ne périsse point,mais qu'il ait la vie éter
nelle. Celui qui croit a la vie éternelle , il ne vient
point en jugement , mais il est passé de la mort à la
Vie. Jean III. Ainsi Dieu a voulu sauver, c'est pour
quoi il a donné son Fils. — Le Fils a voulu sauver,
et il a livré son ame à la mort. Vous n'avez donc
qu'à croire ce qui est fait et que l'Evangile vous an
nonce être fait. Que pourriez-vous ajouter à l'œuvre
parfaite du Fils de Dieu , « lui qui a fait par lui-
même la purification de nos péchés? » Héb. ï. Rien.
C'est ce qui était perdu qu'il est venu chercher et
sauver, oui , ce qui était égaré loin de Dieu. Main
tenant voyez les effets de la mort du Sauveur. L'é-
pée du jugement, qui était dirigée contre le pécheur,
est rentrée dans le fourreau , et la main qui la tenait
tient maintenant le pardon et l'offre à tout pécheur.
Celui qui avait dû chasser l'homme de sa présence,
s'est lui-même approché de l'homme et il l'invite
aujourd'hui à s'approcher de Dieu et à se jeter dans
ses bras en toute confiance. A la place de la lugubre
sentence qui condamne , c'est la voix de la grâce qui
se fait entendre d'un bout du monde à l'autre bout.
Celui qui avait dû bannir l'homme d'Eden, lui a
ouvert le Ciel. Le trône de Dieu était et ne pouvait
être qu'un trône de jugement , et maintenant il est
un trône de grâce , duquel nous sommes invités à
nous approcher avec l'assurance que nous y trouve
rons grâce et miséricorde. La mort était la part du
pécheur, mais la mort a été détruite , et la vie éter
nelle a été manifestée , elle est la part du croyant.
Oh ! cher lecteur, s'il en est ainsi , pourquoi reste -
riez-vous perdu , puisqu'il y a un Sauveur et un sa
lut tout fait? Et pourquoi iriez-vous en enfer, puis
que le Ciel est ouvert et que , du haut de son trône,
le Dieu glorieux et bienheureux vous crie d'aller vous
asseoir au banquet des élus. Venez aux noces, tout
est prêt. Oh ! que cetie voix de la grâce soit assez
puissante pour gagner votre cœur, et que bientôt,
quand le Fils de Dieu sera apparu, vous et moi, nous
nous rencontrions dans le séjour des bienheureux,
célébrant sur nos harpes d'or l'amour immense de
Celui qui fut livré à cause de nos offenses et qui res
suscita à cause de notre justification.
ou

QUELQUES REMARQUES

SUR

1 SAMUEL, XVII

Nouvelle Édition

Y EVE Y

1856
VRVK\ — H'.riUMRRIT. liF. CH.-F. AfCORIW
L'ÉCOLE DE DIEU.
II forme mes mains au combat cl mes
doigts à la bataille I'» MUT, t.

Un trait qui est commun a tous ceux que Dieu a


formés pour son service , c'est qu'«7s ont eu affaire
à lui en secret , avant qu'ils se soient signalés aux
yeux des hommes. Le caractère inverse de celui-là,
c'est l'impatience de la chair , qui cherche à attirer
l'attention avant que l'ame ait reçu cette discipline
nécessaire. On court sans être envoyé , et l'on est
ainsi forcé de s'instruire soi-même par de cruelles
chutes. Si Paul est un vase choisi de Dieu pour
porter son nom , c'est qu'il est élevé à l'école de
l'épreuve. «Je lui montrerai, » disait Jésus, « com-
hien il faut qu'il souffre pour mon nom. » C'est
ainsi que Dieu a des moyens que lui seul connaît,
de préparer des ames pour son œuvre. Il l'a montré
à l'égard de son serviteur parfait , son Fils bien-
aimé. Il en a usé de même avec David , comme
nous le lisons au 1er livre de Samuel, au chap, xvn.
Le chapitre précédent nous montre David dans
la plus grande obscurité ; ses frères , et même son
père, ne font aucun cas de lui ; il est éloigné de sa
famille, gardant les brebis ; on ne le- croit pas digne
d'être invité à se trouver au sacrifice.
4
Cependant il était l'élu du Seigneur ; dans le
désert il n'avait point été seul ni sans direction : il
avait eu Dieu pour docteur ; il avait été préparé
pour le ministère public par Celui qui ne juge point
sur l'apparence, et qui ne regarde point à ce à quoi
l'homme regarde. Il faut qu'il en soit ainsi de nous.
Il faut que nous marchions avec le Seigneur , que
nous vivions devant lui. A moins que notre ame
ne soit exercée sous son regard , il ne nous em
ploiera pas comme des instruments dans son œuvre.
Nous pouvons croire le contraire , mais il n'en sera
rien. Dieu a toujours à dire quelque chose en secret
à celui qu'il a l'intention d'employer à un ministère
quelconque. La parfaite sagesse de notre liieu à cet
égard . se montre clairement dans l'histoire de plu
sieurs de ses plus éminents serviteurs . Ils paraissent à
l'heure du besoin, se tenant prêts à faire ce que les
circonstances demanderont. On les trouve calmes,
sages et patients , lorsque tous ceux qui les entou
rent sont dans la crainte ou dans la perplexité-
Tout ce qu'ils disent et tout ce qu'ils font nous
montrent qu'ils ont été préparés pour leur œuvre.
Ces caractères qui ont vécu en secret devant le
Dieu vivant, peuvent librement aller en avant à
travers la confusion el la discorde où s'agitent les
hommes. Ils ont appris à se tenir à la brèche devant
Israël effrayé, ils savent affronter le géant philistin.
Leur apprentissage a été leur vie cachée devant
Celui qui est infiniment plus grand que tous : — le
Dieu-Fort !
Tel a été David. C'est dans le désert qu'il a
appris à connaître les ressources que la foi possède
en Dieu, et maintenant il va devenir le champion
de Dieu contre le champion des incirconcis. Il a
déjà terrassé l'ours et le lion sans avoir été vu des
hommes ; et le voilà maintenant qui va triompher
de Goliath à la vue des armées d'Israël et des
Philistins. *
Quel ennemi terrible que ce Goliath pour Israël !
Matin et soir il défiait leur armée , et son défi de
meurait sans réponse, car le découragement et
l'effroi s'emparaient de tous. Saûl avait beau « ran
ger ses troupes en bataille, » (xvn, 19-21) « voici
que le Philistin de Gath se présentait entre les deux
armées, s'avançait et prononçait les mêmes discours
qu'il avait tenus auparavant , et tous ceux d'Israël
voyant cet homme, s'enfuyaient de devant lui, et
avaient une grande peur » (v. 23, 24). Ceci se
passait au moment où David , arrivant au camp,
entendit le défi de Goliath (v. 23), et vit l'outrage
fait à Israël, et son désespoir. Les « grands cris , »
signal du combat , avaient cessé , et tout le peuple
était dans la terreur ; mais David était le seul qui
fût calme et sans peur, lui, ce petit garçon, comme
on l'appelait , que ses frères méprisaient et dont ils
parlaient avec légèreté dans la méchanceté de leur
cœur, lui, enfin, que le Philistin dédaigna et maudit.
Or, il est impossible d'apercevoir pour quelle raison
David se mettait en avant pour aller combattre le
Philistin , lorsque nul autre n'en avait le courage.
Bien loin de discerner en lui quelque puissance d'ac
tion, ceux qui ne jugeaient que sur l'apparence, y
voyaient tout le contraire. La chair voyait bien
cette sorte de puissance « dans l'armée , » dans
6
« cette multitude » et dans les armes, ou même dans
ce redoutable Goliath , mais pouvait-elle en voir
dans ce jeune garçon qui revenait de garder son
« petit troupeau de brebis dans le désert ! »
Chers amis, remarquez ceci. David avait été avec
le Dieu vivant dans la retraite, maintenant il voit
que la gloire de l'Éternel est intéressée dans ce
qui se passe. Israël regardait aux forces d'Israël, et
qu'étaient-elles comparées à celles des Philistins !
mais voici un homme qui avait la pensée de Dieu,
et qui estime les ressources qui sont dans le Dieu
vivant. Ce n'est pas que David eût plus de courage
naturel que Saùl , mais David avait de la foi ; il
avait vécu, il est vrai, dans l'obscurité au milieu du
désert, mais là il avait appris à être en communion
avec Dieu, et maintenant le voici sortant tout fraî
chement, si l'on peut dire , d'auprès de son Dieu et
jugeant aussi selon Dieu les circonstances du mo
ment. En un mot , ce qu'il a appris dans cette
intimité , David le fait servir , à cette heure , à la
gloire de son Dieu. C'est là le secret de sa force et
de sa victoire. Il a bien considéré l'événement, il
en a bien pesé les difficultés et les dangers, mais sa
foi y fait intervenir le Seigneur ; il agit dans cette
conjoncture avec une sagesse et avec une puissance
qui viennent d'en haut ; c'est dans cet esprit qu'il
considère tout ce qui l'entoure : l'armée d'Israël est
pour lui celle du Dieu vivant ; il la voit à la lumière
de Celui qu'il vient de prier en secret (v. 26).
Je demande donc si ce n'est pas en ceci que se
montrent nos infidélités : que nous n'avons pas con
versé en secret avec le Dieu vivant. C'est cependant
7
la chose vraiment essentielle. Estimons-nous la
communion avec Dieu notre plus grand privilége ?
Attachons-nous plus de prix à vivre avec Dieu qu'à
vivre devant les saints et avec les saints ? Je crois
que nous préférons cette dernière manière de vivre.
Nous trouvons de la consolation à être entourés des
saints, mais notre force est de marcher dans la com
munion du 'Dieu vivant, sachant que nous devons
souffrir comme voyant Celui qui est invisible. La
chair aussi recherche ce qui lui est propre , et le
trouve même parmi les fidèles-, mais elle se dessèche,
« elle est vraiment comme ['herbe dans la présence
de Dieu. »
C'est pourquoi c'est notre sûreté aussi bien que
notre joie de demeurer par la foi « dans le sanctuaire
du Tout-Puissant , » et d'en sortir pour son service
avec la force que nous y aurons puisée. Alors nous
pourrons regarder tout ennemi en face , comme
David le fait à fégard de Goliath : « Car, dit-il, qui
est ce Philistin , cet incirconcis pour déshonorer
ainsi les batailles rangées du Dieu vivant ? »
Mais le langage de la foi irrite la chair à l'instant
même. Il en fut ainsi lorsque Joseph raeontait ses
songes à ses frères. U en est de même de David par
rapport à ses frères, témoin ees paroles que lui
adresse Éliab : « Je connais ton orgueil et la mali
gnité de ton eœur. » Du moment que la chair dé
couvre une puissance supérieure à la sienne, et c'est
ici le cas d'Eliab par rapport à David, tout ce qu'elle
peut faire , c'est de l'attribuer à l'orgueil. Or, Éliab
était le fils aîné , et il se présente ici dans cet état
d'élévation que la chair aime et recherche toujours.
8
C'était un homme distingué par ses avantages exté
rieurs , mais quelque beau que fut son visage ou sa
stature, Dieu « l'avait rejeté » (chap. xvi, 6,7).
L'oint du Seigneur n'était point celui que l'homme
appréciait. Et que de fois il nous est donné dans
l'Écriture, cet enseignement, que Dieu rejette l'aîné
et choisit le cadet. Ainsi Eliab représente, comme
Ismaël ou Ésaû , les titres naturels de la chair , et
c'est en vertu de ces titres qu'il repousse David avec
tant de mépris . Mais David parlait selon une sagesse,
et par l'effet d'une puissance qu'Eliab ne connaissait
pas : David parlait le langage de la foi. Le Dieu vivant,
le Dieu des armées d'Israël était devant ses yeux,
et c'est à cette mesure qu'il mesurait les Philistins
et leur champion. Eliab n'en avait pas une sembla
ble devant lui ; il sentait et parlait comme un homme;
aussi le langage de la foi était-il pour lui « de l'or
gueil et de la malignité de cœur. »
C'est ainsi que la chair se trompe toujours à l'é
gard de la foi. « C'est de l'orgueil, » réplique-t-elle
aussitôt avec colère, toutes les fois qu'on parle de
confiance dans le Seigneur. Cependant cette con
fiance n'est que de l'humilité , car quoi de plus pro
fondément humble que de s'oublier, soi , pour faire
place à Dieu ! Dans toute cette affaire , David s'ou
blie pour ne voir que l'Eternel et ses armées. C'est
le privilége et la vertu de la foi de mettre entière
ment de côté le moi , pour que Dieu occupe seul ses
regards. « Nulle chair ne se glorifiera devant lui ;
que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. «
Voilà ce que David avait appris , et montrait dans
cette occasion , mais c'est cela qu'Eliab appelle de
l'orgueil. La vérité est que c'est la chair qui est
orgueilleuse. J'espère que nous le sentons tous , et
que nous comprenons que c'est la foi qui fait que
nous nous oublions nous-mêmes , puisqu'elle reçoit
toute chose comme de Dieu. Oui , chers amis, elle
reçoit Dieu lui-même comme la plus grande béné
diction qu'il puisse donner.
« David , à son tour , dit à Eliab : Qu'ai-je fait
maintenant? n'y a-t-il pas de quoi? » David assu
rément ne se glorifiait pas lui-même. Mais n'y avait-
il pas un motif qui le portât à parler de la sorte ?
Oui , sans doute , il y en a toujours un dès que le
nom du Dieu vivant est mis en cause. Le vrai but
pour lequel nous sommes laissés dans ce monde, c'est
que nous confessions le nom de Jésu3 devant les hom
mes et mettions le nôtre de côté. Oh ! pourquoi les
cœurs de tous les saints de Dieu ne s'unissent-ils
pas dans cet unique but , de confesser le nom du
Seigneur Jésus !
Mais suivons David lorsque , après avoir été avec
Eliab , il se trouve en présence de Saul. Quelle di
gnité ! comme il se possède ! « Il dit à Saul : Que
le cœur ne défaille à personne à cause de celui-là ;
ton serviteur ira et combattra contre ce Philistin
(v. 32). » Tandis que toute l'armée d'Israël tremble,
un jeune garçon est devant le roi , et lui dit : « Que
le cœur ne défaille à personne. » Oui , il y a dans la
foi cette possession de nous-mêmes , qui non-seule
ment nous communique, mais encore nous rend ca
pables de communiquer à d'autres de la consolation
et de la confiance au milieu des plus grandes épreu
ves. La foi a des ressources qui ne sont pas atteintes
10
par les circonstances; c'est pourquoi, au lieu d'être
accablée par l'affliction, elle est au contraire en état,
comme le dit l'apôtre , « de consoler ceux qui sont
en quelque tribulation que ce soit , au moyen de la
consolation par laquelle nous sommes nous-mêmes
consolés de Dieu (2 Cor. i , h). » David avait déjà
passé par les tribulations , et avait déjà éprouvé ce
Dieu en qui il se confiait. Il savait en qui il avait
cru ; il s'était vu dans le péril et il en était sorti vain
queur. C'est pourquoi il est maintenant plein de
confiance. Dieu avait parlé à son ame dans le désert,
et lui avait dit , à ce qu'il paraît, des choses dont
personne n'avait eu connaissance jusqu'alors (v. 34-
37). 0 chers amis , où est-ce que les saints appren
nent véritàblement à remporter la victoire ? Je crois
que c'est là où aucun œil ne nous voit excepté celui
de Dieu. Renoncer de tout son cœur à soi-même,
porter sa croix en secret, reconnaître , dans la soli
tude de notre chambre, le moyen d'abattre toute
imagination ou toute autre chose qui s'élève contre
la connaissance de Dieu , voilà nos plus grands ex
ploits. Le cabinet est le grand champ de bataille de
la foi. Que l'ennemi s'y présente, et qu'il y soit
vaincu ; alors nous pourrons demeurer fermes nous-
mêmes , en consoler et en édifier d'autres aussi à
l'heure du combat au dehors. Celui qui avait déjà
tué le lion et l'ours dans le désert , est le seul qui
reste sans crainte devant Goliath dans la vallée d'E-
lah ou du chêne.
Comme cela nous découvre le vrai secret de la
force de David , c'est-à-dire la vraie puissance de la
foi ! A présent nous comprenons le sens de ces mot»
il
de l'apôtre : « Je suis insensé. » C'est qu'il était
obligé de parler de lui, et c'était là sa folie. Son
énergie dans le ministère , cette patience avec la
quelle il supportait tant de choses pénibles de la part
de ses frères, s'expliquent par les relations qui
avaient eu lieu entre le Seigneur et son ame, et qui
n'avaient pour témoins que lui et son Dieu. C'est
aussi pourquoi David peut dire* à Saul : « Que le cœur
ne défaille.à personne à cause de cet homme. »
« Et Saul dit à David : Tu ne saurais aller contre
ce Philistin , pour combattre contre lui. » Saul re
garde David , puis Goliath , et , comme homme , il
avait raison de s'exprimer ainsi qu'il venait de le
faire. Mais il ne connaissait pas le secret de Dieu
que David avait appris ; il ne savait pas ce que David
allait dire. Si Eliab avait fait les mêmes exploits que
lui , il n'en eût pas gardé le secret un seul jour.
David avait été à une autre école , à une école où il
avait appris à ne pas faire grand cas de lui , mais
oui bien du Dieu vivant. Il paraît, d'après le silence
de l'Écriture, que David ne s'était jamais vanté de
sa victoire ; mais lorsque l'occasion le demande , il
se met en avant et raconte la bonté du Seigneur à
son égard. L'apôtre Paul agit de même : « Je con
nais, dit-il, un homme en Christ, qui, il y a qua
torze ans. . . » Pendant quatorze ans, à ce qu'il paraît,
personne n'avait jamais su qu'il eût été transporté
au troisième ciel ; mais lorsqu'une occasion se pré
sente de le publier, non pour sa propre gloire, mais
pour celle de son Maître, alors il en profite. Il se
passait entre le Seigneur et Paul bien d'autres cho
ses que personne ne savait. Il en était ainsi de Da
12
vid. Qui est-ce qui savait ce qu'avait déjà fait ce
jeune garçon ? Qui est-ce qui connaissait la victoire
merveilleuse qu'il avait déjà remportée? Savait-on
qu'il avait délivré un agneau de son troupeau de la
gueule du lion , et que le lion et l'ours avaient péri
par ses mains? Eliab l'ignorait, Saùl aussi. Il est
possible que ces faits n'eussent pas échappé à l'œil
pénétrant de la foi de tel ou tel (1 Sam. xvi, 18),
mais c'est tout ce qu'on peut dire. Chers amis, soyez
assurés que , si vous voulez être vraiment forts , il
faut que votre vie soit cachée en Dieu. La raison
pour laquelle nous sommes tous si faibles , c'est que
nous faisons trop peu de prix de cette vie secrète
devant Dieu. Nous sommes prompts à courir à l'œu
vre pour être vus des hommes , mais estimons-nous
la communion avec Dieu et sa discipline invisible
plus que toutes choses ? Soyez sûrs que , si vous ne
tuez pas le lion et l'ours en secret, vous ne parvien
drez jamais à terrasser Goliath en public ; il n'y
aura ni efficace , nisagesse, dans votre service exté
rieur.
Ceci doit nous amener à comprendre ce petit mot,
« prendre sa croix chaque jour. » On peut s'imagi
ner que l'on prend sa croix dans quelque grande
occasion ; mais ce n'est pas là porter sa croix chaque
jour, renoncer à soi chaque jour , haïr et laisser sa
vie dans ce monde chaque jour. Dieu a toujours l'œil
sur nous ; c'est notre privilége de marcher toujours
devant Dieu , et nous avons ainsi, à chaque instant,
l'occasion de porter la croix devant lui , en confes
sant Jésus et en renonçant à nous-mêmes.
« David dit encore : L'Eternel qui m'a délivré de
13
la griffe du lion et de la patte de l'ours , lui-même
me délivrera de la main de ee Philistin (v. 37). » Il
savait que l'un était aussi facile à Dieu que l'autre.
Quand nous sommes en communion avec Dieu, nous
ne comparons pas difficulté à difficulté , car y en
a-t-il pour Dieu ? La foi mesure tous les obstacles à
la mesure de la puissance de Dieu , et alors la mon
tagne devient comme une plaine. Trop souvent,
chers amis, nous pensons que, dans les petites cho
ses, nous n'avons pas absolument besoin de la toute-
puissance de Dieu, et c'est alors que nous bronchons.
N'avons-nous pas vu des fidèles dévoués et zélés
faillir pour un rien? La raison en est qu'ils n'avaient
pas pensé à faire intervenir Dieu dans toutes leurs
voies. Abraham quitta sa famille et la maison de son
père, et partit à l'appel de Dieu sans savoir où il
allait ; mais du moment qu'il rencontre une difficulté
qui paraissait telle à sa propre sagesse et qu'il va en
Egypte, que devient-il? Il faillit à chaque instant
dans de petites choses. Une fois dans une mauvaise
position , celle que nous avons choisie , oh ! comme
nous sommes faibles ! La foi ne connaît pas de pe
tites choses , elle discerne si clairement notre fai
blesse , qu'elle voit qu'il ne faut rien moins que le
pouvoir de Dieu pour nous donner la force de vain
cre en toutes circonstances. Aussi ne tient-elle pas
pour indifférent le danger , car elle sait ce que nous
sommes, tout comme, d'un autre côté , elle ne fai
blit pas au moment du péril , parce qu'elle sait aussi
ce que Dieu est. Cette juste appréciation de notre
faiblesse et de notre danger donne toujours une sage
mesure à la confiance de la foi.
ik
Que paraissons-nous quand nous nous comparons
à nos ennemis ? « Ce n'est pas contre le sang et la
chair qu'est notre lutte , mais contre les principau
tés, contre les autorités, contre les dominateurs
universels des ténèbres de ce siècle , contre les mé
chancetés spirituelles dans les lieux célestes (Éphés.
vi). » Qu'est notre force à côté de la leur? que som
mes-nous devant eux? Ce qu'étaient les Israélites
auprès des Hanakins — « comme des sauterelles »
(Nombr. xm, 34). « C'est pourquoi prenez l'armure
complète de Dieu. » Ainsi la foi découvre la réalité
de notre faiblesse , tandis qu'elle s'assure dans la
puissance du Seigneur ; ainsi la foi sait ce qu'est la
chair , quoique la chair ne se connaisse pas elle-
même ; et par conséquent celui qui est le plus fort
dans la foi , est précisément celui qui se glorifiera le
moins en lui-même. « C'est quand je suis faible
qu'alors je suis fort , » disait Paul.
Tel était aussi David. Il savait bien qu'il ne pou
vait pas s'égaler à Goliath ; il n'agissait pas non plus
dans l'orgueil de son cœur, et loin de se fier à sa
propre force lorsqu'il vit le terrible géant , il se sentit
au contraire inférieur à ce qu'Eliab , ou Saûl , ou
Goliath pensaient de lui. C'est cependant avec une
parfaite confiance qu'il se présenta, parce qu'il était
sûr de sa délivrance. C'est de la faiblesse que sortit
sa force.
« Et Saûl dit à David : Va , et que l'Éternel soit
avec toi. » Ayant dit cela, Saûl fit armer David de
ses armes ; « il lui mit son casque d'airain sur la
tête , et le fit armer d'une cuirasse. » Saul pouvait
dire : Que l'Éternel soit avec toi , » mais il ne savait
♦8
pas , comme David , ce que c'était que de se confier
en Dieu. Il chercha à armer David de la même
manière que Goliath , en le revêtant de ses propres
armes charnelles. Mais celles-ci ne peuvent conve
nir au soldat de la foi , car, dès que David en est
chargé , il sent qu'il ne peut se mouvoir ; tout de
vient gênant , embarrassé pour lui .Or, chers amis,
il n'y a rien de pareil dans la foi. Dès que nous
agissons en dehors de la foi , dès que nous voulons
outre-passer la foi , nous sentons que c'est forcé , et
nous devenons maladroits. Tandis que, lorsque c'est
avec une foi simple dans le Seigneur que les saints
agissent , nous les voyons marcher tranquillement,
aisément, sans encombre, et, on peut le dire, d'une
manière victorieuse. Il est , dans le service de la
foi , une heureuse liberté que ni adresse, ni effort de
la chair ne sauraient donner ; et faisons attention de
ne pas prendre pour la foi un pénible effort. Il y a
plusieurs manières de commettre cette méprise pour
imiter la foi d'autrui ; c'en est une , par exemple,
que de faire des sacrifices parce qu'un autre en a
fait. Tout cela n'est pas sans quelque danger. En
un mot , là où est une véritable force de la part du
Seigneur , on agit avec aisance et avec calme, sans
vouloir d'autres expédients que ceux que l'on a ap
pris sous la croix.
« Et David ditàSaul : Je ne saurais marcher avec
ces armes, car je n'y suis pas accoutumé. » Il ne
craignait pas d'aller, le Seigneur étant avec lui, comme
Saûl l'avait dit ; mais il ne pouvait pas aller non
plus avec ces armes. La foi ne se confie pas en partie
en Dieu , et en partie en l'homme. David n'avait ni
16
casque d'airain , ni cuirasse à écailles , lorsqu'il tua
le lion et l'ours. Ainsi donc, il alla, l'Éternel seul
étant sa force, et, comme il l'avait dit, « le Seigneur
le délivra. » De même que Paul qui disait : « Per
sonne ne fut avec moi , tous m'abandonnèrent
Mais le Seigneur se tint près de moi .... et je fus dé
livré de la gueule du lion (2 Tim. iv, 16, 17), » de
même David avait bien éprouvé que le bras du
Seigneur est fidèle , mais il n'avait jamais essayé
l'armure de Saûl.
Combien de fois ne nous sommes-nous pas chargés
et laissé charger de cet attirail sans nous apercevoir
aussitôt , comme David , de son inconvénient , et
sans le rejeter loin de nous ? Ne l'avons-nous pas
traîné souvent avec complaisance? Ne sommes-nous
pas allés jusqu'à vouloir combattre avec cela ? N'a
vons-nous pas souvent agi comme si l'œuvre de Dieu
avait besoin d'un pouvoir humain de telle ou telle
forme, comme si ce qui était commencé par l'Esprit
pouvait être achevé par la chair? C'est pourquoi,
pour comprendre notre folie et notre incrédulité , il
a fallu que nous vissions toute l'étendue de notre
ruine ; mais ce n'est pas ici le cas de David. Il re
connaît tout de suite que l'armure polie et travaillée
de Saûl ne va pas au soldat de la foi. Les paroles
qu'avait dites Saûl étaient bonnes, mais elles étaient
démenties par la manière dont il voulait armer Da
vid ; et je crois que ceux avec qui Dieu agit beau
coup en secret , seront ici comme David , ils discer
neront promptement, intuitivement, les avances fai
tes par la chair, et les rejetteront ; ils distingueront
ainsi entre la chose précieuse et la chose méprisa
17
ble ; ils auront un tact spirituel , une délicatesse de
sentiment (Phil. i, 9), qui ne peut s'acquérir que
dans une communion intime avec Dieu ; et si , du
milieu des piéges et des ruses de l'ennemi , je ne
sais quel futile objet vient à passer devant l'œil de
leur foi , ils en sentiront la fausseté sans même qu'ils
la voient. C'est le cas de David. Il se met à revêtir
l'armure de Saûl tout entière , mais au moment où
Saùl le croit prêt au combat, David se sent enchaîné
et chargé. Les plus habiles secours du monde sont
les plus sûres entraves de la foi .
« David ôta ces armes de dessus lui. » C'est ainsi
que la foi se dépouille de toute arme charnelle , car
toute sa force doit dépendre de Dieu. Or, c'est là
souvent , pour nous , la partie la plus difficile de
notre leçon , celle que nous apprenons le plus lente
ment , et que nous oublions le plus vite. Mais si
nous connaissions mieux cette vie cachée avec Christ
en Dieu , nous nous débarrasserions beaucoup plus
promptement de ces armes matérielles. L'ame qui,
comme celle de David , a été beaucoup exercée en
secret devant Dieu , sait que tout est vain , excepté
la vertu de Dieu. Dès lors , elle se hâte de rejeter
les choses que la chair estime tant comme aides, et
se sent mise en liberté par leur absence. Combien la
communion intime avec Dieu est le meilleur moyen
d'apprendre à connaître la chair et à y renoncer !
Hors de là , nous avons à l'apprendre par une dis
cipline bien dure , et après de nombreuses erreurs ?
et ce qu'il y a de plus difficile, c'est de nous dépouil
ler des choses que, par habitude ou par éducation,
nous avons crues nécessaires , de nous garder de
18
certaines manières de faire dans lesquelles on allie
ensemble, comme Saûl , le nom du Seigneur et l'au
torité ou la sagesse de l'homme. Ces combinaisons,
que l'on considère souvent comme judicieuses et
utiles , sont trompeuses et pleines de danger. Com
ment se fait-il que nous voyions l'apôtre , pour l'a
mour de Christ , regarder joyeusement comme une
perte toutes les choses que les hommes estiment?
Est-ce que ce n'était pas pénible pour lui? Comment
pouvait-il ainsi renoncer à ces avantages? C'est
qu'il avait appris à se réjouir en Jésus-Christ , à se
« fortifier dans le Seigneur et dans le pouvoir de sa
force. )> . .
Souvenez-vous donc , chers amis , que celui qui
est beaucoup avec Dieu en particulier , ne peut pas
employer des armes charnelles. Et assurément cela
devrait nous montrer l'importance de ne nous pré
senter pour son service que lorsque nous venons de
nous entretenir avec lui , afin que nous soyons ainsi
préparés à découvrir et à mortifier toutes les pré
tentions et toutes les avances de la chair ; car il est
triste, en vérité, de voir un fidèle , à défaut de cette
préparation , essayer de combattre au nom du Sei
gneur, tout revêtu qu'il est de l'armure du monde.
Ainsi le monde obtient une place dans l'Eglise ; ses
principes et sa puissance sont reconnus là même où
Dieu a dit : « N'aimez point le monde ; » « tout ce
qui est dans le monde ne vient pas du Père ? »
« L'affection pour le monde est de l'inimitié pour
Dieu! » (1 Jean n , 13 , 16 ; Jaq. iv, k.)
C'est ce qu'on voit souvent pratiqué dans la con
troverse. On répond à un argument humain par un
19
argument humain, au lieu de faire simplement usage
de la Parole du Seigneur. Le casque et la cuirasse
de Saul, au lieu de la fronde, de la pierre et du bras
de la foi , voilà ce qu'on oppose à l'airain et aux
écailles de la cuirasse de Goliath. Combien il arrive
souvent que le Seigneur justifie sa Parole quand elle
est employée par la foi, en la faisant aller avec une
efficace divine, droit au cœur. Et que de fois il nous
humilie en nous montrant que nos plus forts rai
sonnements ne servent qu'à exciter l'aigreur et la
discorde. Le Seigneur veuille nous rendre plus
simples !
Cependant David ne s'avance pas au combat sans
être armé , bien qu'il rejette l'armure de Saùl. Il
prit son bâton en sa main , cinq cailloux polis dans
sa panetière , et sa fronde. Ainsi armé , il s'appro
cha du Philistin (v. 40). Il n'avait donc fait que
changer d'armure pour en prendre une autre ; mais
que celle-ci est simple! Si David, ainsi équipé,
triomphe de Goliath , la victoire vient certainement
du Seigneur. Une pareille armure ne fut jamais le
produit de l'art et du génie humain ; en effet, c'était
le cours d'un torrent qui avait poli les cailloux.
Oui, et la foi est toujours armée de cette façon,
aussi son armure paraît toujours faible et insensée
aux yeux des hommes. Les plus grandes victoires
de Dieu ont été remportées par des instruments que
l'homme a le plus méprisés. La folie de la prédica
tion (car c'est une folie pour le monde , et le' sujet
en paraît insensé , — Christ crucifié), l'homme la
traite avec dédain ; c'est cependant « la puissance
de Dieu et la sagesse de Dieu. » La prédication a
20
toujours été un aussi chétif, un aussi simple moyen
que la fronde de David ; mais ce qu'il nous faut, c'est
de cette simplicité en une beaucoup plus grande
mesure, nous rappelant que nous avons à présenter
la vérité de Dieu à la conscience des hommes. Nous
avons des armes « puissantes par la vertu de Dieu ; »
si seulement nous avions une foi simple pour nous
confier en elles seules en rejetant celles de la sagesse,
de la force et de l'autorité humaines.
« Et le Philistin vint et s'approcha de David (v.
4-1), » et méprisant David et son armure, Goliath
lui dit : « Suis-je un chien , que tu viennes contre
moi avec des bâtons ? » Souvenez- vous de ceci, chers
amis , que la chair se croit toujours insultée , parce
que nos armes ne sont pas celles qu'elle emploie. La
chair aime à voir épée contre épée , casque contre
casque ; elle n'aime que ce qui est matériel comme
elle. David répondit : « Tu viens contre moi avec
l'épée , la hallebarde et le bouclier ; mais , moi , je
viens contre toi au nom de l'Éternel des armées, du
Dieu des batailles rangées d'Israël , que tu as ou
tragé, m C'est ainsi que David place la question sur
son véritable terrain ; comme on le voit, le différend
est simplement entre le Seigneur des armées et le
Philistin. David se met tout à fait hors de cause, et
fait intervenir Dieu lui-même comme antagoniste de
Goliath. C'est là ce que nous devrions toujours faire.
Que sommes-nous ? Quel est l'ennemi ? Qu'importe
ce que nous sommes ou quelle est la force de l'en
nemi ? Qu'importe que l'un soit puissant et l'autre
faible? Dieu ne défendra-t-il pas son nom? David
s'avance au nom du Dieu des armées ; Dieu ne sera-t
21
il pas jaloux de son nom ? Permettra-t-il que le Phi
listin déshonore ce nom ? Jamais ! Telle est donc la
puissance de la foi. Elle fait constamment appel à
la toute-puissance de Dieu. « Si Dieu est pour nous,
qui sera contre nous ? » Voilà ce qu'elle dit sans
cesse.
David, avons-nous dit, n'aurait jamais tenu ferme
en ce moment , s'il n'eût appris à connaître Dieu
comme son Dieu , en secret. Voilà pourquoi il pou
vait dire : « Que personne ne perde courage. » Voilà
pourquoi il pouvait ainsi marcher contre Goliath.
Le nom du Seigneur doit être notre force contre tout
mal, soit au dehors, soit au dedans. Supposez ce
qu'il y a de pire , le péché commis par un chrétien
(car nous devons tous savoir que le péché dans un
chrétien est bien pire que dans un autre homme),
quel est son refuge? Il s'écriera : « Pour l'amour de
ton nom, ô Etemel ! pardonne mon iniquité, car elle
est grande ! (Ps. xxv, 11). » Vous n'avez qu'à rap
peler à Dieu son grand nom , et il sera jaloux de ce
nom. Ainsi la foi peut toujours employer le nom du
Seigneur comme sa force contre tout adversaire.
En sorte que , bien loin qu'il y eût alors de l'orgueil
dans le cœur de David , cet homme s'annulait , se
faisait lui rien , en faisant Dieu tout. Les paroles
qui, chez lui , montrent le plus de confiance, sont
celles qui expriment le plus d'humilité. Et n'est-ce
pas le nom de Jésus que nous devons opposer à toute
tentation, à toute angoisse, à tout mal quelconque?
N'est-ce pas ce que Dieu enseigne en secret à beau
coup d'ames , les amenant à reconnaître en elles un
état de souillure et de faiblesse qu'elles avaient jus
22
que-là ignoré , les faisant passer par une épreuve
dont elles ne s'étaient jamais doutées, afin qu'elles
connaissent la valeur de ce qu'elles possèdent dans
la croix ? Non pas comme si elles ne possédaient pas
déjà tout en Jésus-Christ, mais pour leur faire sentir
que c'est bien une réalité , et pour les unir étroite
ment entre elles. Plusieurs comprcrment par expé
rience ce qu'est la rédemption, parce qu'il leur est
donné de sentir la nécessité d'un ami tout-puissant
tel qu'est notre Dieu. Dieu enseigne maintenant de
cette secrète manière à bien des ames la valeur de la
croix. Et pourquoi? Afin qu'elles puissent être
fortes à l'heure du combat.
Cette vie cachée avec Dieu nous fera toujours
agir d'une manière aggressive, si je puis m'exprimer
ainsi , telle qu'on la voit dans David. Il dit (v. 46,
48) : « Aujourd'hui l'Éternel te livrera entre mes
mains ; je te frapperai, et je fêterai la tête de dessus
loi.... et toute la terre saura qu Israël a un Dieu.
Et comme le Philistin marchait contre David , et
s'approchait , David courut à lui pour le combattre. »
.Sans s'arrêter, ni hésiter, David employa à l'instant
même ses simples armes, et terrassa son ennemi
(v. 49). « Ainsi David, avec une fronde et une pierre,
fut plus fort que le Philistin : et il frappa le Philistin,
et le tua ; or David n'avait point d'épée en m mai»
(v. 50, 51). »
Ainsi donc David n'attendit pas simplement d'être
attaqué, mais il se hâta et courut pour combattre le
Philistin. Nous confessons le nom du Seigneur avec
plus de puissance lorsque nous avons appris de lui
la valeurdc ce nom. Alors la grâce et la sagesse
23
nous sont souvent données, même pour prendre
l'offensive contre le mal. Mais sûrement nous avons
appris combien il faut de grâce , combien il faut pos
séder la pensée de Christ pour protester, témoigner
contre le mal. Combien, à cet égard, nous man
quons, faute d'avoir cultivé davantage la communion
avec Dieu ! Remarquez avec quelle sagesse, avec
quel calme , quoique avec promptitude , David prit
la pierre. Point d'effort , il fit cela comme s'il l'eût
fait seul dans le désert sans qu'aucun œil le vît, ex
cepté celui de Dieu. Et le Seigneur dirigea cette
pierre de la même manière qu'il avait conduit le
bras qui avait vaincu le lion et l'ours. Ainsi David
fut le plus fort, et c'est ainsi que la foi est toujours
victorieuse.
Je crois le moment actuel très-opportun pour ce
même déploiement de foi ; mais la force pour cela,
je le répète, nous devons la chercher dans une vie
secrète en la présence de Dieu. Alors, quoi que ce
soit que notre main trouve à faire , nous pourrons
l'accomplir dans la vertu de Dieu. Quand un chré
tien est abondamment béni du Seigneur en-public,
nous pouvons être sûrs que Dieu a agi avec lui en
secret, d'une façon à laquelle nous n'avions pas
pensé. Mais combien souvent , après qu'un chrétien
a été employé à son service d'une manière distin
guée , ne le voyons-nous pas faillir même dans les
plus petites choses. Cela vient de l'oubli du précepte :
« Prie ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père
qui voit dans le secret, — te récompensera lui-même
en public. »
Série de Traités chrétiens
N° 1. La Chute d'Adam . ■ 5c.
2. La Repentance . • • 10
3. Christ dans l'intérieur du voile et hors du
camp .... S
4. Le cordon écarlate ; .. . 10
5. Écoutez, et votre ame vivra . . S
y iij

CHRIST

L INTÉRIEUR DU VOILE
ET

HORS DU CAMP.

(Un mot sur Hébr. X, 9-17.)

VEVEY
IMPRIMERIE DE LA SOCIÉTÉ TYPOGRAPHIQUE.
1850
Christ dans l'intérieur du voile et hors du camp.
(Uii mot sur Héb. X, 9-17.)

« Alors il a dit : Voici je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté :


il ôte le premier, afin d'établir le second. C'est par cette
volonté que nous sommes sanctifiés, au moyen de l'offrande •
du corps de Jésus-Christ , faite une seule fois.
« Et tandis que tout sacrificateur se tient debout chaque jour,
en exerçant son ministère et en offrant plusieurs fois les
mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés,
eelui-ci, après avoir offert pour les péchés un seul sacri
fice, s'est assis à perpétuité à la droite de Dieu , attendant
désormais que ses ennemis soient mis pour marchepied de
ses pieds. Car, par une seule offrande , il a consommé à
perpétuité ceux qui sont sanctifiés. Et le Saint-Esprit
aussi nous en rend témoignage ; car, après avoir dit au
paravant : « Voici l'alliance que je ferai en leur faveur
après ces jours-là , dit le Seigneur : en mettant mes lois
dans leur cœur, je les écrirai aussi dans leurs entende
ments; et je ne me souviendrai plus de leurs iniquités ».

Afin de pouvoir marcher en chrétiens dans ce


monde , il faut que nous connaissions , par le Saint-
Esprit , que dans toutes nos voies , nous sommes un
avec Christ et membres de son corps. Étant donc
placés dans le monde pour manifester Christ , notre
force dans la marche ne consiste pas seulement à
savoir que nous possédons , par son précieux sang,
le salut et une conscience purifiée. Ce qui distingue
le témoignage du chrétien , c'est qu'il marche sur
les traces de Christ : « Car pour moi , vivre c'est
Christ 1 » ; et encore : « Je suis crucifié avec Christ,
et je vis , non plus moi , mais Christ vit en moi ; et
quant à ce que je vis maintenant en la chair, je vis
par la foi ( c'est-à-dire ) par la foi au Fils de Dieu
1) Phil. i, 21.
(littéralement : par celle du Fils de Dieu), qui m'a
aimé et qui s'est livré lui-même pour moi1 ». Ce qui
signifie que la même foi par laquelle Jésus a marché
dans le monde, est aussi celle par laquelle nous
sommes appelés à vivre. C'est précisément aussi ce
qui nous rend responsables de notre marche , de nos
habitudes , de nos dispositions et de notre but. Réa
lisons-nous cette responsabilité : Vivre pour Christ?
L'Église de Dieu est placée dans le monde, afin
qu'elle y soit l'expression de Christ pendant son ab-.
sence. La conscience de bien des chrétiens se con
tente souvent de présenter l'Écriture sainte à un
homme inconverti pour qu'il puisse y lire ce que
Christ était. Mais tel n'est pas le but pour lequel
Christ nous a laissés ici-bas après lui. « Vous êtes
notre lettre connue et lue de tous les hommes ....
une lettre de Christ . . * » . Sommes-nous une telle
lettre, bien lisible? Il ne s'agit pas, pour cela, qu'on
vienne à moi avec la question : Quelle est ta pro
fession de foi? Quelles sont tes vues? ou autres ques
tions semblables. Si je ne suis pas l'expression de la
pensée et de la marche de Christ , je suis une pierre
d'achoppement plus que toute autre chose. Le chré
tien doit être la vivante expression de Christ ; l'ex
pression de ses motifs , de ses dispositions , de l'a
mabilité de son caractère. Mais, hélas! le christia
nisme consiste , en majeure partie , dans le genre et
la manière de penser ; l'on est apprécié d'après ses
opinions , d'après les formes auxquelles on est assu
jetti. Et cependant nous sommes appelés à vivre
pour Christ auquel nous croyons. Nous sommes un
avec Lui , et appelés à manifester ce qu'il est . Or
1) Gai. ii,. 20. 2) 2. Cor., iii, 2. 3.
— s —
toute la puissance, par laquelle j'agis et par laquelle
je dois manifester Christ , gît dans l'intelligence de
ce fait , que je suis un avec Lui.
Les deux grands points d'appui de la marche de
Christ et de celle du croyant , en tant que un avec
Lui , nous sont présentés dans l'épître aux Hébreux.
Le premier de ces points est là où l'ame est intro
duite, « dans le sanctuaire.» Le Saint-Esprit la con
duit là et nous fait prendre place dans ce lieu béni :
« Ayant donc , frères , assurance pour entrer dans
le sanctuaire par le sang de Jésus, chemin nouveau
et vivant qu'il nous a inauguré au travers du voile,
c'est-à-dire de sa chair *...».
La puissance de notre service raisonnable envers
Dieu est l'intelligence de la parfaite purification de
notre conscience. Plusieurs, ne comprenant pas ce
ci , s'efforcent d'atteindre à cette purification ; mais
c'est là renverser l'ordre de Dieu de fond en comble.
J'ai une conscience purifiée ou pure ; et maintenant
je vais en avant , non pas pour l'obtenir, mais parce
que je l'ai obtenue. Mais comment reçois -je une
conscience pure ? Ce n'est pas par quelque chose
que j'aie fait; ni par mes dispositions et ma conduite,
comme s'il s'agissait de quelque chose qu'il fallût
atteindre ou trouver, — le Saint-Esprit nous ensei
gne que c'est par le sang de Christ. Il révèle la
gloire de la personne de Christ , plus distinguée que
celle des anges et de Moïse ; la gloire de sa sacrifi-
cature , plus excellente que celle des sacrifices sous
la Loi. La conséquence de tout cela, c'est que nous
avons une conscience purifiée et qu'il nous a fait
prendre place dans son sanctuaire. La conscience'
1) Hébr. x, 19. 20..
•M»
purifiée n'est pas une chose qu'un chrétien possède,
tandis qu'un autre doit chercher à l'obtenir; mais
c'est une grâce commune à tous les chrétiens ; tous
ont une conscience purifiée. Quelques-uns pensent
que le sang de Christ expie ceux de nos péchés qui
ont été commis avant la conversion , et que les pé
chés commis depuis la conversion doivent être ré
parés par la Sacrificature de Christ. Mais c'est ce
que le Saint-Esprit ne dit pas ; non , l'un et l'autre
ont lieu par le sang de Christ. Nous sommes dans le
sanctuaire avec une bonne conscience; nous n'avons
plus aucune conscience de péchés. Il est bien digne
du sacrifice de Christ , que je possède une complète
propitiation pour mes péchés et non une propitiation
partielle. Le plus simple croyant est à jamais placé
là où le souverain sacrificateur de l'ancienne alliance
ne pouvait entrer qu'une fois l'année.
Lorsqu'on s'occupe un peu des ames , on expéri
mente combien elles éprouvent de doute , d'obscu
rités , de crainte et d'angoisse et l'on voit ce qui les
attriste. Si le sang de Christ fait quelque chose pour
nous , c'est ceci : il nous fait prendre place , sans
taches ni rides, dans le sanctuaire : « Ayant donc,
frères , assurance pour entrer dans le sanctuaire,
par le sang de Jésus , . . . . entrons donc1 ...» Il
n'y a ici aucune différence entre les apôtres et les
autres croyants ; l'apôtre Paul et le brigand sur la
croix , tous , en un mot , ont de la même manière
une place commune au delà du voile. Mais la sacri
ficature de Christ opère pour intervenir pratiquement
en ma faveur là où le sang de Christ m'a placé, com
me cela nous est révélé dans l'épître de Jean : « Si
1) Héb. x, 19-22.
— 7 —
quelqu'un a péché nous avons un défenseur auprès
du Père, Jésus-Christ le Juste (Jésus-Christ à la droi
te de Dieu est le seul fondement de la justification).
Et il est la propitiation ( trône de grâce ) pour nos
péchés1.» Depuis que le sacrifice de Christ a été ac
compli , et que le Saint-Esprit est sur la terre , il
ne nous est jamais dit, dans le Nouveau Testament,
que nous devions prier pour demander le pardon ; il
n'y a rien de semblable pour le chrétien; non, mais:
« si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste
pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de
toute injustice2 ». Or, cette différence n'est point
sans importance. Il est beaucoup plus facile pour
un enfant en faute, de demander pardon que de con
fesser la faute. Nous pouvons demander pardon pour
tel ou tel péché , mais nous ne trouvons dans l'Écri
ture aucune raison solide pour savoir s'il est ôté ;
tandis que , si nous le confessons , c'est selon 1 Jean
i, 9, une affaire de foi que de savoir qu'il est ôté. Je
parle ici des croyants ; quant à l'inconverti , il faut
lui présenter la nécessité du sang de Christ : « Dieu
est fidèle et juste (pas seulement clément et miséri
cordieux) pour nous pardonner les péchés. » Aussi
tôt que, pour ce qui me concerne , j'ai condamné
ou confessé le péché , je dois savoir avec certitude
qu'il est ôté. Admirable position , dans laquelle se
trouve placé le disciple , dès qu'il est disciple ! —
Entièrement lavé de ses péchés, avec une conscience
purifiée et placé dans la lumière devant la face de
Dieu , sans éprouver la moindre crainte ! Mais quoi !
en restera-t-il là ? Non ', c'est ici le fondement sur
lequel est établie la piété , pour y être édifiée. Le
1) i Jean ii, i. 2) 1 Jean i, 9.
légal et l'antinomien combattent tous deux ces
vérités. Que dira le légalisme ? Tu dois faire en
sorte de parvenir à l'adoption. L'Évangile dit:
Christ m'y a amené. Jamais je n'y aurais pu par
venir ; la loi l'a prouvé. Lorsque Dieu donna la
loi, qu'est -ce qui fut manifesté? « Tu feras ceci,
tu ne feras pas cela ; » — le cœur humain fut
manifesté pour ce qu'il est. Il était impossible que
l'homme fit ce que Dieu lui disait qu'il devait faire
— et impossible qu'il ne fut pas ce que Dieu lui
disait qu'il ne devait pas être : « Car tous ceux
qui sont des œuvres de loi , sont sous la malédic
tion 1 » . Par les œuvres de la Loi , je ne peux abso
lument jamais entrer dans le sanctuaire. J'y suis,
en conséquence de ce que Christ a accompli sur la
croix. Or, c'est précisément ce qui est écrit au com
mencement de l'épître aux Hébreux, chap. 1,3:
«... après avoir fait par soi-même la purification
de nos péchés — il s'est assis à la droite de la Ma
jesté dans les lieux hauts. » Pourquoi la Parole dit-
elle , « il s'est assis » ? Pour attester de la manière
là plus formelle que l'œuvre est parfaitement accom
plie. Aaron ne s'asseyait jamais; il n'y avait point
de siége pour le sacrificateur, ni dans le tabernacle
ni dans le temple.
Que dit aux hommes l'antinomien ou le contemp
teur de la Loi (l'autre erreur) : « J'ai, je possède
tout en Christ ; » puis il s'en tient là. Mais il n'en est
point ainsi! L'Évangile me place là, pour que je par
coure la bienheureuse carrière qui m'est proposée,
ayant dans l'ame un ardent et sérieux désir de de
venir conforme à Christ.
1) Gai. iii, 10.
Je suis d'abord placé dans le sanctuaire ; puis hors
du camp. S'agit-il demaconscieuce? je trouve Christ
dans l'intérieur du voile ; s'agit-il de mon cœur? je
le trouve hors du camp.
Il ne nous convient pas de nous contenter de pui
ser de la consolation dans la certitude que Christ est
au delà du voile ; je dois chercher à m'identifier ou
à m'unir pratiquement avec Lui , hors du camp.
Christ dans l'intérieur du voile apaise ma conscience;
Christ hors du camp vivifie et fortifie mon ame, afin
que , dévoué pour Lui , je parcoure la carrière qui
est devant moi : « Car quant aux animaux dont le
sang est apporté au sujet du péché dans le sanc
tuaire par le souverain sacrificateur, leurs corps sont
consumés hors du camp ; c'est pourquoi aussi Jésus,
afin qu'il sanctifiât le peuple par son propre sang,
a souffert hors de la porte. Ainsi donc sortons vers
lui hors du camp, en portant son opprobre 1 » .
Au point de vue moral, il n'y a pas deux endroits
plus éloignés l'un de l'autre que «dans le sanctuaire»
et « hors du camp » ; cependant ils sont ici rappro
chés. Dans l'intérieur du voile habitait la Schéchi-
nah de la gloire de Dieu ; hors du camp on brûlait
le sacrifice pour le péché. Aucun autre lieu n'offre
l'image de l'éloignement de Dieu autant que ce der
nier. Bienheureux sommes -nous de savoir que le
Saint-Esprit nous montre Jésus comme Celui qui
remplit tout l'intervalle qui existe entre ces deux
points. Nous n'avons , pour ainsi dire, rien à faire
avec le camp. Le camp d'Israël, ainsi que la ville
de Jérusalem son antitype , était l'endroit de la pro
fession extérieure. C'est pourquoi aussi Jésus a souf-
1) Hébr. xiii, H-13.
— 10 —
fert hors de la porte , pour montrer que l'ordre de
la profession extérieure d'Israël était mis de côté.
Nous devons avoir compris que l'œuvre de Christ
pour nous a eu lieu (et Dieu veuille empêcher que
quoi que ce soit obscurcisse pour nous cette béné
diction); nous devons encore avoir compris que notre
conscience est purifiée; mais le repos de la conscience
est-il la seule chose dont j'aie besoin? N'y a-t-il point
de devoir? Ne devons-nous prêter l'oreille qu'à la
voix de Christ, nous parvenant de l'intérieur du voi
le, et faire peu de cas de la voix qui nous appelle
hors du camp! Si l'on pèse exactement tout, on trou
vera que la joie, la paix, la liberté qui découlent de
l'attention que nous prêtons à la voix de Christ au
dedans du voile, se lient d'une manière très-intime à
notre obéissance à sa voix hors du camp. Ceux qui
sont le plus exercés à souffrir avec Christ et à porter
son opprobre seront aussi ceux qui connaîtront le
plus de la bénédiction de sa position dans l'intérieur
du voile. Notre train de vie, notre chemin à travers
le désert ; bref, tout doit être mis à l'épreuve par le
moyen de Christ : Christ serait-il là ? Christ ferait-
il cela? Le Saint-Esprit est nécessairement contristé
lorsqu'un saint suit une autre voie que celle que
Christ aurait suivie , et si un saint fait cela , il faut
que son ame soit languissante et asséchée. Si le
Saint-Esprit est contristé , comment témoignerait-il
de Christ? Comment pourrait-il gratifier l'ame de la
puissance , de la joie et de la paix du témoignage
qu'il rend au sujet de Christ? Quel est celui qui pour
rait avoir la jouissance de Christ sans marcher avec
Lui? Nous savons bien que nous ne pouvons pas
jouir de la communion de quelqu'un, sans être là où
— 44 —
il est. Où donc est Christ ? Hors du camp ! Sortons
donc vers Lui , hors du camp , en portant son oppro
bre. Ce n'est pas là sortir vers des hommes , vers
des opinions , vers un parti ecclésiastique , vers des
symboles. Non , c'est sortir vers Christ. Nous ne
sommes pas du monde ; et pourquoi? Parce que
Christ n'est pas du monde. La mesure de la sépara
tion de Christ d'avec le monde est aussi la mesure
de notre séparation d'avec le monde : « Car nous
n'avons point ici une cité permanente. » Nos cœurs
cherchent-ils, ici-bas, une telle cité, un état de choses
durable, ou quoi que ce soit de pareil? Cherchons-
nous quelque chose pour nous y attacher ? Disons-
nous comme Lot, qui contestait avec Dieu , devant
Tsoar : « Vois donc , cette ville est proche pour m'y
enfuir, et elle est petite ; je te prie , que je m'y sau
ve : n'est-elle pas petite ? et mon ame vivra 1 » . S'il
en est ainsi , notre cœur, comme celui de Lot , est
encore lié à quelque chose dans le monde. Lorsque
le cœur est plein de Christ , il peut abandonner le
monde et n'y trouve plus, alors, aucune difficulté. Il
ne sert de rien de dire simplement, à quelqu'un qui
aime le monde : Laisse ceci ou cela ! ce que j'ai à faire
c'est de présenter Christ à une telle ame.
Je suis hors du camp, cherchant une cité à venir
et attendant Celui qui vient. Dans cette position hors
du monde et de son système, je me trouve dans deux
relations : l'une avec Dieu, l'autre avec les hommes.
Premièrement : « Offrons donc continuellement à
Dieu par son moyen un sacrifice de louange , c'est-
à-dire le fruit de lèvres qui bénissent son nom 1 » .
Secondement : L'aimable description tracée par l'Es-
, 1) Gen. xix, 20. 2) Héb. xiii, 15.
— 12 —
prit, de l'exercice de la bienveillance : «Et n'oubliez
pas la bienfaisance et la communication de vos biens ;
car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices. »
Je suis avec Christ dans l'intérieur du voile et hors
du camp, dans le monde , « portant son opprobre »;
et ainsi, affranchi de la profession qui m'entoure, je
m'occupe d'adorer et de faire du bien à tous.
Quant à mon attente , elle ne consiste point , com
me on a coutume de le dire , « en ce qui concerne
la doctrine de la secondesvenue » ; mais j'attends
des cicux le Fils de Dieu. Ce n'est point une ques
tion morte et vaine. Si nous attendons, en effet, le
Fils de Dieu venant des deux , nous serons détachés
du monde. *s
J'ai Christ pour les besoins de njjon ame et j'at
tends maintenant, uniquement, le Fils de Dieu venant
des cieux ; j'attends seulement que Christ vienne
du ciel pour prendre à Lui son Église , afin que là
où II est , nous y soyons aussi ; et cela peut déjà
arriver ce soir même. Je ne m'inquiète pas de l'an-
tichrist , des signes du teirips , des agitations des
peuples, mais seulement dp- la bienheureuse arrivée
du Fils de Dieu venant des cieux. Oh! puissions-
nous ne pa| lutter contre nous - mêmes pour saisir
Christ d'une main , tout en retenant le monde de
l'autre. Si nous reconnaissons notre position « dans
l'intérieur du voile», il faut que nous la connaissions
aussi « hors du camp » . Fussions-nous même mé
prisés , haïs et déshonorés par tous ceux qui ne sont
pas hors du camp, nous n'en sommes pas moins
dans la joie de la communion avec Lui. Ainsi « lors
que le Christ , notre vie , sera manifesté , alors vous
serez aussi manifestés avec Lui , en gloire 1 » .
1) Col. iii, U.
«J333CCCI.
LES TRACES

DU

MISSIONNAIRE.

RECUEIL
dédié
AUX JEUNES GENS DU CANTON DE VAU»

PAR
l ; « : i. j
S. P. J.

VEVEY
IMPRIMERIE DE LA SOCIÉTÉ TYPOGRAPHIQUE
1856
.1 -J ' A .
I.

A. D. 60—1500. Travaux anciens.

« C'est par la foi que les anciens pères ont reçu un bon
témoignage. » Hébr. XI, 2.

Vous vous rappelez sans doute que le nom d'A


pôtre signifie littéralement Missionnaire ; et tous les
Apôtres s'occupaient plus ou moins des missions
évangéliques , quoique leurs premiers efforts fus
sent dirigés envers les Juifs. On n'aurait pas pu
fonder des églises chrétiennes au milieu d'une po
pulation païenne, sans que celle-ci eût senti l'in
fluence de la lumière qui se répandait dans son alen
tour ; et c'est cela effectivement, qui avait lieu dans
tous les endroits où l'Evangile fut prêché. Toute
fois il serait difficile de constater, avec quelque pré
cision , quel fut le champ de travail de chacun des
apôtres en particulier. Qu'il suffise de citer un ver
set de l'épître de St. Paul aux. Colossiens , (la der
nière qu'il a écrite) « que la Parole de vérité avait
parcouru toute la terre» (savoir, l'empire Romain) ;
et qu'elle avait déjà vaincu les distinctions de natio
nalité entre les Juifs , les Grecs et les Scythes ; c'est-
à-dire entre les races Sémitique , Teutonique et
Slave. En effet, St. Paul est lui-même le vrai
modèle du missionnaire , aussi bien que du pasteur
— homme qui, d'une ardeur insatiable, avait porté
la bonne nouvelle en Syrie , en Phénicie , en Asie-
Mineure , en Macédoine , en Grèce , en Italie , et
peut-être encore plus loin ; qui avait été en voya
_ 4 —
ges souvent , en périls des fleuves , en périls des
brigands , en périls de sa nation , en périls des Gen
tils , en périls dans les villes , en périls dans les
déserts , en périls en mer, en périls parmi de faux
frères , en peine , en travail et en souci pour toutes
les Églises ; « et qui même ne faisait pas cas de sa
vie , pourvu qu'avec joie il achevât sa course , et le
ministère qu'il avait reçu du Seigneur Jésus. »
Dans le deuxième et le troisième siècle , la lu
mière évangélique fit des progrès très -rapides en
France , en Espagne , en Angleterre , parmi les
peuples de la Germanie, et (selon Eusèbe) même
dans l'Inde : c'était cependant, plutôt par l'influence
des colons militaires , que le christianisme se répan
dit , que par des efforts immédiatement missionnai
res. — En A. D. 312, Constantin-le-Grand accorda
aux Chrétiens, pleine liberté de conscience, se ran
gea lui-même sous la bannière du Sauveur, et en
couragea ses sujets à suivre son exemple ; nous
n'examinerons pas ici , si l'Empereur a agi par des
motifs entièrement purs , ou bien si la politique et
la prudence mondaine y ont eu leur part ; quoi qu'il
en soit, Christ fut toujours annoncé ; et c'est de quoi
nous nous réjouissons. Bientôt l'idolâtrie perdit de
plus en plus ses adhérents dans l'Empire ; la Perse,
la Géorgie et l'Abyssinie accueillirent avec empres
sement les messagers de paix ; et dans cette der
nière province, l'église fondée par Fromentius (con
sacré évêque par Athanase), s'est conservée jusqu'à
nos jours.
Les nations Gothiques reçurent à cette époque une
traduction des quatre Évangiles, faite par Ulphilas,
dans leur langue originaire. Martin de Tours mérita
le titre d'apôtre des Gaulois à cause de ses travaux
missionnaires ; lors de sa naissance , l'idolâtrie pré
valait presque partout en France ; mais tel fut l'effet
de sa prédication , que bientôt la plupart des Gau
lois renonça à ses superstitions , démolit les tem
ples , et accueillit les évangélistes , qu'il éduquait à
'fours au nombre de 80. 11 mourut en 400.
Dans le 5me et le 6me siècle on remarqua la con
version des habitants du Mont Liban et de plusieurs
contrées de l'Arabie , celle des Malabares et d'un
grand nombre de Juifs dans l'île de Crête. Dans le
7me siècle , les partisans de Nestorius répandaient
l'Evangile jusqu'au fond de l'Asie, et même en
Chine , dont les provinces septentrionales , si l'on
en croit la tradition , étaient déjà entièrement ha
bitées par des chrétiens. Il paraît, malgré les calom
nies de ses ennemis , que ce Nestorius (qui a fondé
l'Eglise Nestorienne en Palestine) fut un homme
doué d'un esprit large et d'un cœur plein de zèle
pour l'avancement du règne de Dieu. A peine le
christianisme avait-il été généralement reçu dans
la Grande-Bretagne e); l'Irlande , que des pasteurs
(Je ces pays s'empressèrent de propager sa lumière
en Suisse, (e.p. S'. Colomban établit une église à
Château-d'OEx,) dans les Pays-Bas et dans le nord
de l'Allemagne ; ( Bobert , évêque de Worms , la
fit briller en Bavière.) Plus tard les Danois et les Sué
dois cédèrent à l'influence du christianisme. Il se
rait fort intéressant de suivre l'histoire du progrès
que fit l'Évangile peu à peu en Europe durant les
siècles suivants ; mais le temps , aussi bien que les
matériaux, nous manquent. Au milieu des ténèbres
qui couvrirent la chrétienté et le monde païen depuis
le 6™* au 16me siècle, nous ne trouvons que des
rayons épars de la lumière évangélique , surtout
parmi les Vaudois et les Bohémiens. Cependant ce
ne fut qu'au 9me siècle que la nation des Slaves em
brassa le christianisme en masse , au moyen de la
prédication de Cyrille et de Méthodius , hommes
pieux et instruits , qui avaient été envoyés dans ce
but par l'Église de Constantinople , à l'invitation de
la sœur du roi. On dit que c'est Cyrille qui est l'au
teur de la traduction de la Bible en langue slavonne.
De la Moravie le christianisme se répandit bientôt
en Bohème, non sans y occasionner des persécutions
longues et cruelles. Au 12me siècle , les Vaudois,
dispersés par de nouvelles persécutions , s'enfuirent
en Bohème , et se réunirent aux Frères Moraves :
et pendant deux-cents ans ces églises envoyaient
sans éclat des ministres pris d'entre eux, pour ac
tiver l'œuvre de Dieu en Angleterre , en Hongrie,
dans les provinces de Brandenbourg et de Poméra-
nie , etc. Plus tard un seul fait éclate d'entre l'obs
curité presque universelle. En 1474, les Frères
envoyèrent quatre députés, en Grèce, en Scythie,en
Thrace et en Palestine et Egypte , pour tenter s'ils
ne pourraient découvrir des Chrétiens auxquels ils
pussent se joindre. Ces voyageurs revinrent avec la
triste nouvelle, qu'ils avaient trouvé, il est vrai,
partout des chrétiens de nom , mais partout dans la
plus profonde dégradation.
Je terminerai cette section en vous donnant quel
ques paroles d'un vieux missionnaire de Bâle ; afin
d'engager votre sympathie personnelle en faveur de
ceux qui travaillent dans l'étranger pour l'avance
ment du règne de Dieu. Il dit : « J'étais moi-même
triste souvent et souvent abattu , seul et comme
abandonné , faible et plein du sentiment de ma fai
blesse. Où déposer l'ennui qui m'accablait? Point
de frère avec qui m'entretenir : point de temple où
rafraîchir mon ame oppressée. Il y a dans ces ré
gions comme une atmosphère pesante et maligne
qui vous presse , et dont on ne se fait aucune idée
dans les pays où l'Évangile exerce sa divine influen
ce. Tout parait désert , et par moments tout vous
abat et vous décourage. Dans ces moments , on
prie sans que le cœur soit ému ; on lit , et bientôt
on pose son livre et l'on se met à pleurer. 0 mon
Sauveur, le souvenir de tes souffrances et la pensée
de tes compassions , voilà le remède pour l'esclave
et pour le missionnaire;" et ce remède a toujours,
toujours produit son effet. Le nom de Jésus m'a
rendu tout mon courage. A l'ouïe de ce nom sacré,
nos amis les païens ont voulu avoir des temples ;
ils ont , de loin à la ronde , sans y être contraints,
au temps de leur repos, apporté péniblement du
bois et des pierres pour bâtir la maison de Dieu ; ils
ont ensuite élevé des écoles ; et dans peu , le tem
ple et les écoles — tout était trop petit. Alors nous
avons béni le Seigneur, et le Seigneur nous a ren
du au delà de toutes nos bénédictions. Mais , chers
frères , souvenez-vous de vos missionnaires , quand
ils seront loin; priez le grand consolateur pour nous;
car la tâche est grande , et les ouvriers sont faibles
au delà de toute idée. Quitter parents, amis, pa
trie , une patrie telle que la nôtre , des parents et
des amis tels que ceux qui nous ont accompagnés
si longtemps — aller chez des peuples dont nous
ignorons la langue , les mœurs , les coutumes , chez
— 8 —
des peuples qui nous recevront peut-être comme
des ennemis, et sûrement comme des étrangers dont
ils n'ont rien à faire — être en exemple au milieu
de la génération perverse et corrompue — prêcher
en temps et hors de temps la folie de la croix —
mon Dieu ! qui est suffisant pour de telles choses ?
— Mes frères , priez , priez pour nous ; recomman
dez-nous par vos prières à Celui qui est le meilleur
des maîtres ; à Celui qui a semé de joie la carrière
où l'on marche après Lui ; à Celui qui , du haut des
cieux , nous montre des palmes , des couronnes ,
avec gloire immortelle.

Seigneur ! tu vois que dans ce monde


Tes saints décrets sont méconnus,
Que dans l'erreur la plus profonde
Bien des peuples sont retenus.
0 Roi puissant ! Toute la terre
Acceptera ta douce loi ;
Car c'est ici la volonté du Père,
Que tout genou fléchisse devant toi .

Pourquoi donc différer encore


D'accomplir tout ton bon plaisir?
Oh ! fais nous voir la sainte aurore
Du grand jour où tu dois venir.
0 Roi puissant ! etc.
IL
1840—1640. Missions coloniales.
« Étoile du matin ! lève^toi sur leurs tôtes ;
« Tu nous as éclairés — augmente tes conquêtes ! »
(Clottu.)

Nous arrivons maintenant à un chapitre très-


fâcheux dans l'histoire des missions ; je parle d'une
expédition au Brésil , entreprise en 1355 , sous la
protection de l'amiral Coligny. Il paraît que cet
homme , si noble et si sincère lui-même , mais trop
crédule à l'égard d'autrui, s'était laissé tromper par
un certain Villegagnon, qui lui avait proposé d'éta
blir une colonie française au Brésil , sous le double
prétexte d'évangéliser les Indiens de ce pays et de
donner un refuge à ceux qui étaient persécutés à
cause de leur religion, en France. Villegagnon,
ayant obtenu du roi deux beaux navires , sous un
prétexte tout différent, (celui d'y fonder une colonie
commerciale) arriva au Brésil en 1555, et s'y étant
emparé d'une petite île , il y bâtit un fort , qu'il
nomma le fort Coligny. — Ne perdant pas de vue
son dessein d'attirer des colons dans son nouvel éta
blissement, lorsque les navires furent prêts à être
réexpédiés , il mit à bord de l'un d'eux un homme
de confiance , chargé d'une lettre pour l'Église de
Genève , par laquelle il la priait de lui envoyer des
prédicateurs de la Parole de Dieu et d'autres per
sonnes bien instruites, pour, disait-il., « mieux ré
former lui et ses gens , et même pour attirer les
sauvages à la connaissance de leur salut. ^> « L'é
glise de Genève », dit Léry, «ayant reçu ces lettres-.
— 10 —
rendit premièrement grâces à Dieu de l'amplifica
tion du règne de Jésus-Christ en pays si lointain,
même en terre si étrange. » Deux ministres et quel
ques artisans promirent au sieur du Pont de l'accom
pagner. L'expédition était commandée par Bois-Ie-
Comte , neveu de Villegagnon , qui avait obtenu du
roi trois navires fournis d'artillerie et d'autres mu
nitions de guerre. Villegagnon leur fit bon accueil,
il leur dit même : « Je veux que notre église ait la
réputation d'être mieux réformée que toutes les
autres, etc. » Puis levant les yeux au ciel et joi
gnant les mains, il ajouta : « Seigneur Dieu, je te
rends grâces de m'avoir envoyé ce que depuis si
longtemps je te demande avec tant d'ardeur. Mes
enfants, continua-t-il , ( car je veux être votre père)
comme Jésus-Christ étant en ce monde n'a rien faif
pour lui , mais tout ce qu'il a fait a été pour nous :
de même tout ce que je prétends faire ici est pour
vous et pour tous ceux qui viendront dans les mê
mes intentions. J'ai l'intention d'y assurer une re
traite aux pauvres fidèles qui seront persécutés en
France, en Espagne et ailleurs. » Il nous faut
omettre les détails que nous a donné le pieux Léry.
un des colons, qui avait été envoyé par Coligny.
Mais enfin qu'est devenu ce Villegagnon? Il faut
dire la vérité, quoiqu'elle soit profondément triste.
Il s'est montré trompeur, hypocrite , papiste , des
pote et persécuteur. Heureusement une partie des
émigrés retourna plus tard en France ; mais les
cinq missionnaires se décidèrent de rester au Brésil.
Villegagnon , inquiet de leur présence et agité par
les accusations d'une mauvaise conscience , s'ima
gina que ces malheureux étaient des espions et des
— il —
traîtres; et suivant l'édit de Henri II contre les
protestants , il résolut de les faire mourir. Après
leur avoir demandé d'écrire leur confession de foi,
il les fit jeter tous à la mer, excepté un qu'il empri
sonna dans la forteresse. L'histoire de ces martyrs
se trouve plus détaillée par Crespin , dans son his
toire des martyrs français. Ainsi finit cette mission
commencée sous des auspices bien différents. Es
pérons que le vœu exprimé dans le recueil de Crespin
ne tardera pas à s'accomplir : «La distance des lieux
n'a pu cacher une chose si digne de mémoire , de
laquelle cette terre barbare , tout étonnée d'avoir
vu mourir les martyrs de notre Seigneur Jésus-
Christ, produira un jour les fruits qu'un sang si pré
cieux a de tout temps accoutumé de produire.» Oui.
c'est dans notre temps que ces exemples exercent
leur influence. Disons aussi que l'ouvrage de Léry
contient une quantité prodigieuse de remarques sur
l'histoire naturelle , les langues , les mœurs et la
géographie du Brésil ; ces remarques , vu leur jus
tesse et leur exactitude seront d'une grande impor
tances aux futurs missionnaires.
Vers 1602 , les Hollandais aidèrent les habitants
deCeylan, particulièrement les Candiens , à s'af
franchir de la domination Portugaise. Cependant
ces derniers avaient eu tant à souffrir de leurs op
presseurs catholiques, que, tout en leur préférant
les étrangers protestants, à qui ils étaient redevables
de leur délivrance , ils ne leur laissèrent prendre
qu'une autorité très-bornée dans le pays ; aussi les
efforts des Hollandais pour introduire dans l'île la
religion réformée , furent-ils nécessairement res
treints au littoral qui leur avait été cédé en propre
— 12 —
Ils s'appliquèrent avec beaucoup de zèle , mais il
faut le dire avec un zèle qui ne fut pas toujours con
forme à la sagesse , à faire abjurer aux peuples le
catholicisme et le paganisme auxquels ils étaient
adonnés. On fit venir des ministres protestants , on
ouvrit des écoles , on imprima , on distribua gratui
tement les Saintes-Écritures; mais, entraîné par
l'exemple du système d'intolérance qu'avaient établi
les Portugais , on exigea pour tous les emplois dé
pendants du gouvernement une profession de foi
formelle , et on imposa des punitions aux parents
qui n'envoyaient pas leurs enfants aux écoles. Quoi
qu'il en soit, on parvint à faire observer un système
régulier de discipline , et l'instruction de la jeunesse
fut l'objet des plus louables efforts. Le territoire fut
divisé en deux-cent quarante paroisses , à chacune
desquelles était attachée une école protestante — il
y avait des catéchistes , des proposants , etc, —
aussi bien qu'un séminaire pour l'instruction des
jeunes Ceylanais à qui l'on reconnaissait le plus de
dispositions. Outre ces moyens il y avait dans l'île
douze ou quinze pasteurs, qui prêchaient et répan
daient la Bible en langue tamule et en chingulais.
En 1621, une église protestante fut ouverte à Bata
via , et en 1631 , M. Junius fut envoyé par le Sénat
des Provinces-Unies , à l'île de Formose : pendant
plusieurs années de son séjour, il baptisa jusqu'à
3,900 adultes sans compter leurs enfants ; il choisit
une cinquantaine d'individus parmi les convertis,
qu'il préparait pour être instituteurs. Les Hollandais
établirent aussi de semblables stations, plus ou moins
importantes à Amboine , Sumatra, Timor, Célèbe,
Banda et Ternate.
— 13 —
Vers le milieu du 17me siècle , plusieurs tentati
ves furent faites en Angleterre et ailleurs en faveur
de l'établissement de missions , mais avec peu de
succès. Cromwell avait formé le projet d'une union
générale des protestants , pour la propagation de
l'Évangile. Il faut aussi mentionner le nom du Baron
de Weltz qui , à la môme époque , faisait des démar
ches auprès de ses frères de la communion d'Augs-
bourg , pour obtenir l'établissement d'une Société
missionnaire. Il avait lui-même consacré à cet ob
jet une somme de 60,000 fr. Il fonda des séminai
res pour l'enseignement des langues étrangères.
Malheureusement il ne trouva pas en Allemagne la
coopération dont il s'était flatté. Il visita la Hollan
de, mais y éprouva une opposition plus forte encore.
Mais il ne se laissa pas abattre , et se consacrant au
saint ministère, il partit pour les Indes Occidentales,
annonça l'Évangile aux malheureux idolâtres , et
mourut au milieu de ses œuvres de charité.
111.

1040— 1800. Missions Moraves et Individuelles.

« Tel l'individu , tel le monde »


MICHELET.

Nous allons donner avee plus de détail les bio


graphies suivantes , parce qu'elles renferment les
principes qui devraient animer tous les missionnai
res, en quel pays , ou en quel temps que ce soit.
En 1640, Jean Eliot, pasteur d'un ville de la
nouvelle Angleterre (colonie alors récemment fon
dée par des ames pieuses , qui avaient été mal
heureusement exilées de leur patrie) — Jean Eliot
commença à visiter les Indiens de son voisinage;
et bientôt il les engagea à bâtir un village , où ils
pussent recevoir l'instruction religieuse , et ap
prendre les métiers les plus utiles. Il traduisit la
Bible et d'autres livres dans la langue indienne, dont
il composa une grammaire. Il organisa des écoles,
ouvrit un collége indien , et prêcha dans tout l'alen-
tour, nonobstant l'inimitié des chefs ou sachems.
La colonie se composait plus tard de 14 villages;
Eliot appelait les Indiens qui y appartenaient , « les
Indiens adonnés à la prière. » Parmi ces brebis re
tirées du désert, Eliot continua à prêcher aussi long
temps que sa santé le lui permit , mais pendant les
deux dernières années de sa vie, il se borna à en
seigner les petits enfants, disant que ce serait faire
tort aux ames plus avancées que de vouloir les uv
— 15 —
struire, puisque un autre le ferait mieux que lui.
On lui a donné le titre bien mérité d'apôtre des
Indiens. De plus, les Indiens des Etats-unis du nord
étaient évangélisés par la famille Mayhew durant
cinq générations, jusques à 1800, époque à laquelle
ils avaient presque tous disparu.
Allons maintenant visiter pour un petit moment
les fiords glacés de la Norvège. Au milieu des forêts
sombres de sapins, voilà la chaumière modeste du
pasteur. Autour de la large cheminée se sont ran
gés sa femme et ses enfants ; le jeune ministre lit
en [silence l'histoire de sa patrie , là il trouve qu'au
commencement du llme siècle le Grœnland fut dé
couvert par les Norvégiens , qui y transportèrent
des colons , qui y bâtirent des églises , et y éta
blirent des évèques pendant trois siècles. Mais dès
lors on ne sait plus rien des habitants de cette région
glaciale ; seulement on dit que les pêcheurs y ont
trouvé une race inconnue , sauvage et cruelle.
— Qui sont ces nouveaux habitants ? n'ont-ils ja
mais entendu parler de Jésus-Christ? — Et le jeune
norvégien se sentit poussé à faire une tentative
pour leur porter une seconde fois la bonne nouvelle
de salut. Mais les obstacles étaient innombrables.
Il était pauvre — sa famille , ses amis s'opposèrent
à lui — l'église chrétienne n'était pas préparée pour
une telle entreprise. Enfin il gagna sa femme , qui
devint plus tard une missionnaire aussi dévouée que
son époux. Mais durant dix longues années sa foi
fut encore mise à l'épreuve, il employa tous les
moyens concevables — à Bergen , à Copenhague ,
— auprès des évèques, des négociants, des pasteurs,
des troupeaux et même de la cour, afin de les enga
— 16-
ger à l'envoyer en missionnaire au Grœnland. Ce
fut le roi de Danemarc qui entreprit en définitive
l'établissement de cette mission : d'autres souscrivi
rent une somme de 50,000 fr. pour acheter un vais
seau, que l'on nomma l'Espérance. Et maintenant
il se vit transporter avec sa famille et une colonie
norvégienne,aux bords du pays si longtemps désiré;
et pendant quinze années d'épreuves et de difficultés
extraordinaires , il travaillait avec une ardeur et
une persévérance que rien ne pouvait abattre. Si
vous me demandez, mes amis, quels furent les fruits
de tant de travaux, je signalerai Neuherrnhut et
d'autres stations florissantes des frères Moraves,
dont il fut le précurseur ; et si vous vouliez voir un
des plus beaux commentaires sur ces paroles : « Ne
nous relâchons point en faisant le bien , » lisez la
vie de Jean Egède.
C'est ici la place de vous rappeler cette église des
frères de Bohême et de Moravie, que nous avons vue
comme le seul luminaire qui existait en Europe à la fin
du 1 5°" siècle. Divisés dès lors par des persécutions in
cessantes, il n'en resta que quelques fidèles person
nes dans le royaume de Pologne et ailleurs ; mais
c'étaient des ames vivantes,et Dieu trouva bon de les
réunir encore une fois par le moyen du comte Zin-
zendorf , non pour former une église pure et évan-
gélique en Europe ; mais pour donner l'unique mo
dèle d'une église missionnaire , dont la patrie est le
monde. C'est pourquoi Dieu dirigea ses pas vers Co
penhague, la seule ville où l'esprit missionnaire
s'était réveillé en 1738 ; et là il entendit parler des
malheureux nègres des Antilles. Aussitôt de retour
en Silésie , il communiqua son projet à l'église de
— 17 —
Herrnhut ; deux jeunes hommes s'offrent pour aller
porter aux nègres les consolations de l'Évangile.
Quelques années plus tard , deux autres frères se
sentent poussés d'aller au Groenland ; et en général
les missions Moraves se trouvent placées dans les
endroits où la vie est la plus pénible et les dangers
les plus grands. Les noms de Dober et de Martin
sont encore cités comme des types d'activité mis
sionnaire ; mais dans toutes les stations Moraves,
on trouve le même renoncement , la même dépen
dance absolue de la volonté de Dieu , la même sim
plicité dans les succès , et la même persévérance dans
les privations et dans les souffrances. Bientôt leurs
stations se répandirent partout dans les Antilles da
noises et hollandaises , — en Guyane , — au cap de
Bonne-Espérance , — à Astrakan et dans l'Asie
centrale. Toutes ces missions durent encore de nos
jours , et le plus beau témoignage que je puis citer
en leur faveur, c'est : que leurs missionnaires sont
en grande partie maintenus par les contributions
de toutes les églises protestantes en Angleterre.
L'église Catholique romaine avait également ses
missions depuis l'an 1 S40 ; entre autres celle de Fran
çois Xavier,homme d'un zèle vraiment évangélique;
malheureusement il ne donna pas la Bible aux In-
dous qui périssaient dans leur ignorance , et par con
séquent ses travaux s'effacèrent bientôt , comme
une inscription sur le sable. De nos jours les envoyés
de la Propagande se trouvent presque partout;
quelquefois ils ont introduit la civilisation parmi
des peuples nomades , comme à Mozambique et au
Canada ; mais trop souvent , comme au Brésil et
dans le Mexique , leurs traces ont été marquées par
la cruauté et par l'oppression.
— 18 —
Maintenant je vous conduirai dans une des forêts
majestueuses de l'Amérique du Nord. C'est environ
l'an 1750. Voyez ce jeune homme qui se retire à
l'écart pour prier. Son ame est en angoisse à cause
de sa propre faiblesse et des superstitions de ses
pauvres voisins, les Peaux rouges. Il dit : « Je me
trouvai extraordinairement au large et en liberté
dans cet exercice; et j'avais prié avec tant d'im-
portunité , que quand je me levai j'étais tellement
faible , que je pouvais à peine marcher. Il me serait
impossible de rendre ce que j'éprouvais alors. Toutes
les choses terrestres avaient disparu pour moi ; rien
ne me paraissait important dans ce monde , si ce
n'est mes progrès dans la sanctification , et la con
version des païens à Dieu. J'en appelai à Lui avec
la plus grande liberté , le prenant à témoin que je
l'avais choisi pour ma seule portion dans ce monde
et dans l'éternité. » Ensuite vient l'histoire d'un des
plus beaux réveils que le monde ait jamais vus , et
qui ne se passa pas comme un songe ; mais se re
nouvela de temps en temps d'une manière que l'on
ne pourrait mieux décrire que par les paroles de
Zacharie xii , 10. Ce jeune missionnaire , nommé
Brainerd, mourut à l'âge de 29 ans ; voici quelques-
unes de ses dernières pensées : « Si le royaume de
Christ pouvait être établi et avancé , je serais prêt
à passer ma vie dans les abîmes de la terre. Oh !
qu'il me paraissait cruel d'être obligé de consumer
dans le sommeil une portion considérable d'une vie
si courte et si précieuse ! J'aurais voulu être une
flamme de feu, continuellement ardente dans le
service de Dieu , et travailler sans interruption jus-
ques au dernier moment de ma vie à étendre le rè
gne de Jésus-Christ.
— 19 —
Transportons-nous à présent de l'Amérique aux
régions tropicales de l'ancien monde. Les premières
tentatives faites pour la propagation de l'Évangile
dans l'Inde , sont dues à Frédéric IV, roi de Dane-
marc; qui, à l'instigation du Dr. Lutkens, envoya
en 1705 sur la côte de Coromandel deux mission
naires , Ziegenbalz et Plutcho. Mais le gouverneur
danois, méprisant les ordres de son souverain, s'op
posa constamment à eux ; et enfin il fit mettre Zie
genbalz en prison pendant quatre mois. Souvent les
missionnaires manquèrent d'argent et même de pain
pour leurs familles ; toutefois ils poursuivirent leurs
pieux travaux sans relâche , et cinq ans plus tard
ils furent pris sous la protection de la Société an
glaise de la connaissance chrétienne , qui venait de
se former à Londres. Celle-ci n'est pas précisément
une société missionnaire ; mais durant le 18me siècle
elle aida aux missions individuelles dans les colonies
britanniques , et plusieurs traductions de la Bible
sont dues à ses soins. Ensuite d'autres stations fu
rent formées , et d'iiutres évangélistes suivirent ,
tels que Grundler, Schulz , Sartorius à Madras et
Kiermander à Calcutta. C'est en 1762 que nous
voyons paraître sur la scène un homme , dont le
souvenir restera longtemps en vénération dans l'É
glise : Christian-Frédéric Schwarz. Sa conversion
et son départ pour l'Inde sont dus au pieux Franke,
de Halle ; mais , arrivé à Madras , il se plaça sous la
Société de la connaissance chrétienne, et il reçut
beaucoup d'assistance de la part d'officiers de l'ar
mée anglaise en Indoustan. C'est ici la vie d'un
homme entièrement dévoué à sa grande œuvre, qui
pendant cinquante ans ne quitta jamais le champ de
— 20 —
ses travaux, qui ne se relâcha point dans son ardeur,
qui épuisa tous les moyens pour l'évangélisation des
païens et qui , par suite d'une si grande persévé
rance , a laissé un monument plus beau et plus du
rable que le monument de marbre , que le gouver
nement de l'Inde a consacré à sa mémoire. L'in
fluence qu'il avait gagnée partout était vraiment
merveilleuse. Si la garnison a besoin d'une église,
c'est Schwarz qui l'entreprendra. — Si le général
anglais veut envoyer une ambassade privée auprès
du terrible Hyder Ali , c'est Schwarz qui seul est
capable de l'accomplir, et qui vit pendant trois mois
comme un ami à la cour de ce redoutable guerrier.
— Si la ville de Tanjore souffre toutes les horreurs
de la guerre et de la famine , c'est Schwarz qui seul
peut procurer des vivres par la confiance dont il
jouissait. Même pendant toute la guerre, Hyder
Ali avait donné ordre à tous ses officiers de « laisser
circuler le vénérable père Schwarz dans tout le pays,
et de lui témoigner toute sorte de respect ; car c'est
un saint homme , qui ne veut aucun mal à mon gou
vernement. »Si on me demande quel fut le secret de
cette influence , je réponds que c'était son désinté
ressement. Le Rajah de Tanjore , où demeurait
Schwarz, voulait lui confier son fils adoptif, et le
revêtir de l'autorité souveraine durant la minorité
du jeune prince; mais le missionnaire sut refuser
un royaume et des richesses immenses , quand il vit
que ces choses nuiraient à sa mission céleste. Dans
les dernières années de sa vie , il eut le bonheur de
voir se réaliser ses plans pour l'établissement d'éco
les provinciales pour l'enseignement de l'anglais et
des sciences européennes. Avant sa mort , il fut ai-
— 21 —
dé par le célèbre Jaënicke et d'autres missionnaires
des sociétés anglaises et danoises. Mais nous abor
dons l'époque où nous verrons naître une nouvelle
armée de sociétés destinées à l'avancement du règne
de Dieu.
Une seconde Réformation commençait en Angle
terre. La clarté d'une nouvelle aurore s'était levée
sur les églises ; et cette lumière allait devenir la vie
du monde. Il est vrai que depuis quelque temps,
une société Episcopale s'était formée sous les aus
pices du gouvernement , pour la propagation de l'É
vangile dans les colonies britanniques. Mais ici,
comme en Hollande et en Danemarc, Dieu ne trouva
pas à propos de laisser avancer son règne par des
rois et des princes , sans la coopération des églises
chrétiennes ; il lui sembla bon de choisir ses hérauts
d'entre les menuisiers , mineurs , boulangers et fer
miers , et de leur donner pour aides des bandes de
simples croyants adonnés à la prière ; afin que nulle
chair ne se vante en sa présence. Il fallait que cha
que communauté chrétienne , pour employer les
paroles du grand duc de Wellington , « obéît aux
ordres de son Capitaine : Allez dans tout le monde,
et prêchez l'Evangile à toute créature. » Whitfield
et Wesley avaient donné le modèle des missionnaires
dans leur pays ; leurs disciples allaient propager la
foi à l'étranger. La Société des missions wesleyen-
nes dirigea ses premiers efforts vers l'Etat de
Géorgie , Wesley ayant fait la connaissance du
comte de Zinzendorf en Géorgie et en Pennsylvanie.
A présent elle occupe des stations très-éparses , dont
les plus intéressantes sont celles des îles Fidji. Les
Baptistes suivirent bientôt dans le même champ,
— 22 —
aussi bien que dans les Indes Orientales. Les mis
sions polynésiennes et la Société de Londres , sont
dues au zèle d'un chapelain épiscopal en Australie ;
à l'heure qu'il est , cette institution est dirigée par
les églises indépendantes d'Angleterre, et a fait beau
coup de bien au sud de l'Afrique , dans l'Indoustan
et en Chine. L'église anglicane fut conduite , par
l'abolition de l'esclavage , à entreprendre l'évangé-
lisation des Africains dans leur patrie ; et , par ses
antécédents , elle fut appelée également à donner le
christianisme aux millions des Indous. Sa mission
la plus merveilleuse est celle de la Nouvelle-Zélande.
Il y en a aussi dans l'Amérique du Nord et "du Sud .
Les églises presbytériennes d'Ecosse et d'Irlande,
ont aussi leurs stations étrangères, surtout dans
l'Orient et parmi les Juifs ; mais la principale mis
sion parmi les Israélites a été confiée à l'église an
glicane. Le revenu annuel de ces sociétés monte,
tout ensemble, au chiffre deL. 500,000; cependant,
si l'Angleterre fournit l'argent , l'Allemagne a sou
vent donné les hommes. ISO missionnaires sont
provenus pendant cinquante ans du seul royaume
de Wurtemberg. L'exemple de l'Angleterre donna
une impulsion à des œuvres missionnaires, partout;
nous n'avons qu'à signaler les sociétés de Paris , de
Berlin , du Rhin , de Bâle et d'autres , qui existent
en Europe depuis 1820. Ajoutons que dans les Etats-
Unis , il y a de pareilles sociétés , aussi nombreuses
et aussi importantes que celles de l'Angleterre.
Mais que vous dirai-je de plus, mes amis? car le
temps me manquerait , si je voulais vous parler de
Martin , de Carey, de Marshman , de Marsden , de
Williams, deKnibb, de Morrison, de Gutzlaff, de
Rhénius, de Weitbrecht, deSerjeant, deJudson,
et de tant de centaines d'évangélistes missionnaires,
soit hommes, soit femmes, desquels le monde n'était
pas digne , — qui ont bravé les dangers de la mer,
du désert , des villes éloignées , des hommes barba
res , des bêtes sauvages , des climats inhospitaliers ;
— qui ont subi la pauvreté , la famine, l'isolement,
le mépris , la haine et l'ingratitude ; — qui ont dé
posé leurs restes mortels sous la glace du Labrador
ou le sable de l'Afrique , dans les rivières de l'In-
doustan ou du Birmah, sur les côtes de la Chine ou
de l'Amérique du Sud , dans les îles de la Polynésie
ou dans les profondeurs du Grand Océan! Un mot
pour finir. Ces travaux n'ont jamais été en vain ; et
s'il y a de belles paroles dans la Bible, ce sont celles-
ci : « Il en viendra aussi d'Orient et d'Occident , et
du Septentrion , et du Midi , qui seront à table dans
le royaume de Dieu. » Oui , le Chinois sera là , —
le Malais sera là , — le Peau rouge sera là , — l'Es
quimau sera là , — le blanc sera là , — et le nègre
sera là aussi. — Serons-nous là? moi , serai-je là?
toi , mon frère , seras-tu là ? — Oh ! s'il y a de ter
ribles paroles dans la Bible , ce sont celles-ci : « Là,
il y aura des pleurs et des grincements de dents ;
quand vous verrez Abraham , Isaac et Jacob , et
tous les prophètes dans le royaume de Dieu , et que
vous serez jetés dehors ! » « Que celui qui a des
oreilles, écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises. »
ECOUTEZ

ET

VOTRE AME VIVRA

VEVEY
L. Prenleloup , rue du Lac, iè
1856
1 -ii- -
SE TROUVE AUSSI :
à LAUSANNE, chez Mme DURET-CORBAZ .
à NEUCHATEL, chez M. LEIDECKER.
à s', agrève , (Ardêche) , chez dan. rével.
ÉCOUTEZ,
ET

VOTRE AME VIVRA

Ces paroles , tirées de la prophétie d'Ésaïe , 1 se


rapportent évidemment, par anticipation, au temps
où notre Seigneur Jésus-Christ était sur cette terre,
prêchant la bonne nouvelle du royaume de Dieu.
Si les Juifs l'eussent reçue , cette nouvelle aurait
précisément produit sur eux l'effet annoncé dans ces
paroles ; car , s'ils eussent « écouté » , leurs ames
auraient trouvé la vie. Mais ils ne voulurent pas
« écouter » . Ils rejetèrent le Roi qui leur avait été
promis , et qu'ils attendaient depuis longtemps , et
se joignirent aux Gentils , leurs gouverneurs , pour
le mettre à mort. Cependant ce crime horrible
servit, par un effet de la merveilleuse grâce de Dieu,
à manifester des profondeurs de compassion et
d'amour envers les pauvres pécheurs, telles que
nulle ame d'homme n'eût pu en concevoir l'idée.
Christ « ayant été livré par le conseil déterminé et
par la préconnaissance de Dieu , » les Juifs « l'ont
tué , l'ayant cloué par des mains iniques. * » Mais
pourquoi fut-il livré par le conseil déterminé et par
i) ÉsaïeLV,3. 2) Actes 11,23.
— fi
la, préconnaissance de Dieu ? Il <e fut livré à cause
de nos offenses , et il se réveilla à cause de notre
justification. 1 » Dieu « n'épargna point son propre
Fils, mais il le livra pour nous tous.*» Le sang
versé par les mains iniques des hommes devint ainsi,
suivant le conseil déterminé et la préconnaissance
de Dieu , la source qui lave leurs péchés.
Un effet particulièrement important de ce mer
veilleux événement , c'est que , avant la mort du
Christ , ce n'était qu'aux seuls Juifs qu'il était dit :
« Écoutez , et vos ames vivront; » tandis que, lors
qu'ils l'eurent crucifié et que Dieu l'eut ressuscité
d'entre les morts , cet appel ne fut plus limité aux
Juifs ou à Israël seulement ; mais il fut adressé à
tous les hommes indistinctement. En effet , voici ce
que Jésus lui-même dit à ses disciples après sa résur
rection : « C'est ainsi qu'il est écrit ; et c'est ainsi
qu'il fallait que le Christ souffrît et qu'il se relevât
d'entre les morts, le troisième jour, et qu'on prêchât
en son nom la repentance et le pardon des péchés
parmi toutes les nations , en commençant par Jéru
salem. 3 » Quelle merveille de grâce est déployée
dans ces dernières paroles ! Ainsi la première pro
clamation du pardon et de la paix par l'effusion du
sang du saint Agneau de Dieu devait être faite dans
la cité même où ce sang venait d'être répandu par
des mains iniques. Mais quoique cette grâce fût of
ferte ,en premier lieu , à Israël , elle ne pouvait plus
désormais être restreinte à Jérusalem ou aux Juifs.
« La repentance et le pardon des péchés devaient
être prêchés parmi toutes les nations. » Le Fils de
)) Rom. iv, 28. 2) Rom. vin, 32. 3) Lucxxrv, 46
l'homme avait été glorifié , et il avait dit lui-même:
« Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, je
tirerai tous les hommes à moi. 1 »
C'est ainsi , cher lecteur , que la bonne nouvelle
est parvenue jusqu'à vous et jusqu'à moi. C'est ainsi
que moi , pécheur d'entre les Gentils , j'ai l'occasion
et le privilége de vous rappeler , à vous , autre pé
cheur d'entre les Gentils , cette bonne nouvelle ,
« que Dieu était dans le Christ , réconciliant le
monde avec soi , ne leur portant point en compte
leurs offenses. 2 » C'est ainsi que vous avez le pri
vilége d'entendre cette déclaration : « Quiconque
croit, est justifié par lui (Jésus) de toutes les choses
dont vous n'avez pu être justifiés par la loi de Moï
se. 3 » Et si, pendant que vous entendez ou que vous
lisez ces paroles , votre cœur s'ouvre pour les rece
voir, alors cette autre déclaration devient une réalité
relativement à vous : « Etant justifié par la foi ,
vous avez la paix auprès de Dieu par le moyen de
notre Seigneur Jésus-Christ. *»
Mais qu'est-ce donc que cette foi par laquelle je
dois être justifié , et que dois-je faire pour l'obtenir?
demanderez-vous peut-être. Le but de ce petit traité
est de répondre aux difficultés exprimées en pareils
termes par bien des gens. Le Seigneur veuille , par
son Esprit , faire servir ce que nous allons dire à
éclairer votre ame et à lui procurer la paix !
Il y a, dans le Nouveau Testament, deux passages
qui mettent le sujet impliqué dans votre question
sous le jour le plus évident possible. Le premier se
() Jean xii, 32. 2) 2 Cor. v, 19. 3) Actes xm, 39.
4) Rom. v, i.
— 6 —
trouve dans l'Épitreaux Galates, chap. m , vers. 2,
où l'Apôtre dit : « Je voudrais seulement apprendre
ceci de vous : est-ce par des œuvres de loi ou par
l'ouïe de la foi que vous reçûtes l'Esprit? » C'est
sur cette dernière expression « l'ouïe de la foi » que
nous attirons particulièrement votre attention. L'au
tre passage est dans l'EpUre aux Romains, chap. x.
vers. 17 : «Sans doute la foi vient de ce qu'on en
tend, et l'on entend au moyen de la parole de Dieu. »
Combien les pensées suggérées par ces passages sont
différentes de celles qu'exprime votre question !
Votre question suppose que la prédication de
l'Evangile a pour but d'amener les hommes à sen
tir qu'ils ont besoin de salut , ou qu'ils ont besoin
de la foi à laquelle le salut est attaché ; mais qu'ils
ont ensuite quelque chose à faire pour obtenir cette
foi et par elle le salut. Or, sur ce dernier point, vous
êtes entièrement dans l'erreur. L'Evangile déclare
positivement que vous , que moi , que tous les hom
mes, sommes pécheurs et perdus , et que nous som
mes tous incapables de nous sauver par nous-mêmes
en aucune manière. Mais il nous dit aussi que, « lors
que nous étions encore sans force, Christ mourut
en son temps pour des impies. 1 » Il nous déclare que
celui qui mourut ainsi , lui juste pour des injustes,
fut relevé d'entre les morts et qu'il est maintenant
assis , en haut, à la droite de Dieu. Il nous déclare
encore qu'ainsi Christ a fait pour nous ce que nous
n'aurions jamais pu faire : que son sang a fait pro-
pitiation pour le péché ; qu'il a fait la paix par le
sang de sa croix ; et , qui plus est , que quiconque
1) Rom. v, 6.
croitcela, est pardonné; est justifié, est reçu en grâce;
qu'il a la vie éternelle et qu'il ne viendra point en
jugement , mais qu'il est passé de la mort à la vie.
Eh bien! mon cher lecteur, « la foi vient de ce qu'on
entend. » Ce n'est pas proprement la conviction de
péché qui vient de ce qu'on entend : ce n'est pas
simplement le sentiment du besoin que nous avons
de la foi qui est enseigné , et le désir de la foi qui
est produit par l'ouïe ; non , c'est la foi , la foi elle-
même qui vient de ce qu'on entend ; et l'on entend
par le moyen de la parole de Dieu. C'est par la parole
de Dieu que l'Esprit produit la foi en ceux qui l'écou-
tent , même pendant qu'ils l'écoutent ( ou , ce qui
revient au même, qu'ils la lisent ). Vous venez de
lire ce que Dieu déclare touchant son Fils Jésus-
Christ , savoir qu'il mourut pour nos péchés , selon
les Écritures , qu'il fut enseveli , et qu'il ressuscita
d'entre les morts le troisième jour , selon les Écri
tures; et que tout cela eut lieu afin que nous, pécheurs
perdus sans ressource , nous crussions , et qu'en
croyant nous eussions la vie par son nom . Maintenant
si , tandis que vous lisiez ces lignes , votre cœur a
été ouvert , et si vous avez dit : « C'est justement le
Sauveur qu'il me faut ; je crois que ce ne sont ni
mes œuvres , ni mes efforts , ni mes désirs , ni mes
résolutions qui peuvent me sauver , mais que Jésus
mourut et ressuscita pour des pécheurs tels que moi,
et c'est en lui et uniquement en lui que je me confie
pour mon salut ; »—si tel est réellement le langage
de votre cœur , alors vous croyez , la foi est venue
par l'ouïe , comme l'ouïe par la parole de Dieu. Par
« l'ouïe de la foi » vous avez reçu l'Esprit ; et ce que
ce Saint-Esprit témoigne dans toute la parole de
Dieu , c'est que , par Jésus , vous avez le pardon de
vos péchés ; que , par lui , vous êtes justifié. Alors ,
au lieu de vous tourmenter à rechercher ce que
c'est que la foi et comment vous pouvez vous la
procurer , vous avez l'heureux privilége de vous
réjouir de ce que Jésus a fait pour vous , lorsque
vous ne pouviez rien faire ni pour obtenir le salut ,
ni pour obtenir la foi. Dieu vous a annoncé la paix
par Jésus-Christ et cette promesse n'a pas été en
parole seulement, mais en puissance et avec le Saint-
Esprit , et vous avez cru. Vous avez été amené à dis
cerner en ce Jésus crucifié , puis ressuscité et glori
fié , celui que Dieu a présenté aux pauvres pécheurs
pour qu'ils missent en lui leur confiance ; vous avez
le droit de vous reposer sur lui , et vous le faites.
C'est là la foi. Et celui qui croit ainsi ne vient point
en jugement. Celui en qui vous croyez ainsi a été
condamné à votre place ; tout ce qui pouvait vous
condamner , il s'en est fait lui-même — et Dieu l'en
afait — responsable; et c'est pour cela qu'il est mort.
« Celui (Christ) qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a
fait être péché pour nous, afin que nous, nous de
venions justice de Dieu en lui. 1 »
«Et la foi est-elle donc quelque chose d'aussi sim
ple? Avoir la foi, est-ce simplement croire de tout
son cœur ce que Dieu déclare touchant son Fils bien-
aimé ? »—Certainement , c'est là la foi , et « c'est
pourquoi ce fut par la foi , afin que ce fût selon la
grâce. 2 » Ce n'est pas que la foi soit quelque chose
en elle-même ; c'est en Christ , le divin objet de la
1)2Gor. v,2l. 2) Rom. iv, 16.
foi et dans le glorieux témoignage que Dieu rend à
son Fils , que réside toute la vertu salutaire. « Tous
les prophètes lui rendent témoignage, que tout hom
me qui croit en lui reçoit le pardon des péchés par
son nom. 1 » Tout homme qui croit en lui a part à la
grâce; non, pourtant, que l'acte de croire soit
quelque chose en soi-même; il n'est ce qu'il est qu'à
cause de Celui en qui l'on croit. C'est à lui que tous
les prophètes rendent témoignage , et c'est par son
nom que le croyant reçoit la rémission de ses péchés.
Et , cher lecteur , si l'on s'est efforcé , dans ce qui
précède , de montrer clairement ce que c'est que la
foi, ce n'est pas pour que vous la cherchiez en vous-
même , mais pour que vous regardiez avec confiance
à Jésus , l'objet béni du bon plaisir de Dieu , et de
la foi du pauvre pécheur. Tournez les yeux vers
Lui; contemplez l'Agneau de Dieu. De quelle hauteur
infinie de gloire n'est-il pas descendu ! à quelles pro
fondeurs d'humiliation, d'ignominie etd angoisse ne
s'est-il pas soumis ! Qu'il était doux et humble de
cœur! quelle sainteté, quelle obéissance dans sa
marche! Il ne connaissait point le péché, et cepen
dant il a été fait péché pour nous. Voyez-le souffrir.
Quelle patience , quelle résignation d'agneau ! Nul
murmure n'échappe de ses lèvres ; il n'a pas même
un regard de reproche pour ses tièdes disciples ni
pour ses ennemis meurtriers. Au contraire, lorsque
ces derniers le clouent à la croix, sa prière est: «Père,
pardonne-leur , car ils ne savent ce qu'ils font. » Il
crie à son Dieu , il est vrai ; mais quel cri ! <c Mon
Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'as-tu abandonné ? »
1) Actes x, 43.
— 10 —
Oui, pourquoi, mon cher compagnon de péché? Pour
quoi le Sauveur fut-il ainsi abandonné à l'heure de
sa mort ? À cela il ne peut y avoir qu'une réponse :
« Il a été navré pour nos forfaits , et froissé pour nos
iniquités ; l'amende qui nous apporte la paix a été
sur lui , et par sa meurtrissure nous avons la gué-
rison. Nous avons tous été errants comme des brebis;
nous nous sommes détournés , chacun en suivant son
propre chemin , et l'Éternel a fait venir sur lui l'ini
quité de nous tous. 1 » Et cependant , bien qu'il fût
ainsi humilié , ainsi meurtri , ainsi abandonné , il
avait en lui-même la conscience de ce qu'il était ;
et même tandis qu'il était suspendu au bois , il fut
le point de mire de la foi pour un pauvre pécheur
mourant: « Seigneur, » s'écria le malfaiteur, « sou
viens-toi de moi quand tu seras entré dans ton rè
gne. * » Et le Seigneur lui répond immédiatement :
« Tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis." »
Lecteur , si , du fond de ton cœur , tu peux l'appeler
Seigneur , comme le fit ce brigand qui mourait ; si,
de même que le brigand , tu regardes à lui comme
à ton unique espérance , ne te tourmente pas sur la
question de savoir si tu as la vraie espèce de foi ou
non , mais lève avec toute assurance les yeux sur
Jésus et vois quel parfait Seigneur , quel charitable
Sauveur tu as en lui ; écoute-le dire, en rendant l'es
prit : « C'est accompli . » Au sujet de tout ce qui était
nécessaire pour le salut de ce pauvre malfaiteur
mourant, pour ton propre salut, pour le mien, pour
le salut de tout autre pauvre pécheur quelconque ,
qui croit en lui , au sujet de tout cela il prononce
1) Ésaïe un, b, 6. 2) Luc xxm, 42. 3) Luc xxm, 43.
— Il —
ces mots : « C'est accompli ; » puis il rend l'esprit.
Ses paroles dernières « C'est accompli » sont , pour
ainsi dire , répétées du haut du ciel , le matin du
troisième jour ; car ce fut alors que Dieu le releva
d'entre les morts. Alors Dieu dit : « C'est accompli. »
De plus, Dieu l'éleva et le fit asseoir à sa droite dans
les cieux ; et c'est de là que , par le Saint-Esprit
envoyé du ciel, il nous prêche la paix, à nous Gentils
qui étions loin , tout comme aux Juifs qui étaient
près : —la paix avec Dieu , non une paix que nous
ayons à faire , ni même une paix qu'il ait encore
à faire ; mais une paix qu'il a faite par le sang de
sa croix. C'est cette paix qu'il proclame comme
étant le partage de tous ceux qui croient en lui.
Que Dieu le Saint-Esprit , cher lecteur , amène tes
yeux et ton cœur à se reposer sur Jésus , le crucifié,
le ressuscité , le glorifié ; et puisse ton ame être
tellement remplie de lui , tellement ravie de ce que
tu contemples en lui , que tu n'aies de loisir et de
cœur pour rien autre , sinon pour adorer et servir
Celui qui t'a aimé et qui s'est donné lui-même pour
toi!
i

om nom AUX MÊMES

Série de Traités chrétiens t


N° 1 . La chute d'Adam ou le pécheur au tribunal
de Dieu. Court examen de Genèse m.
2me édition prix 5 c.
2. La Repentance 10
3. Christ dans l'intérieur du voile et hors du
camp. 2me édition 5
4. Le cordon écarlate. 3me édition. . .10

VSTBT — DE CH.-F- UOORBON

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