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LA SPÉCIFICITÉ DE LA CONCURRENCE BANCAIRE

On sait que le Maroc a longtemps vécu sous la loi de l’épargne et du


crédit administrés : taux et conditions fixés par les pouvoirs publics.
Cela a duré jusqu’au milieu des années 1980. Depuis, la
libéralisation du système financier a été enclenchée. Avec comme
finalité l’instauration d’un climat concurrentiel générateur
d’efficacité et d’efficience dans la mobilisation et l’allocation des
ressources.
La concurrence est-elle devenue une réalité dans les
services financiers ? Historiquement, le secteur bancaire a
longtemps été moins ouvert à la concurrence que d’autres secteurs.
D’abord, pour des raisons de sécurité : la sécurité des dépôts, la
nécessité d’éviter des crises de confiance, etc, ont conduit à créer des
systèmes de surveillance et aussi de solidarité entre banques. C’est
sans doute le seul secteur de l’économie où la faillite d’une
entreprise est susceptible de créer de sérieux problèmes à une autre
par le jeu des prêts entre banques, des solidarités de place
financière, etc.
Le secteur bancaire est aussi le véhicule de la politique monétaire,
ce qui aboutit à des concertations de la Banque centrale avec les
professionnels et à des réactions longtemps collectives aux hausses
et baisses des taux directeurs. Et puis le secteur a aussi développé,

pour diminuer les risques, des pratiques de «tour de table», de pool,


etc., qui ne sont pas propices à la concurrence.
Aujourd’hui, bien que ces tendances traditionnelles soient encore
présentes, il semble que le secteur est devenu plus concurrentiel.
Ceci est attribuable à au moins trois grands changements. Bon
nombre des anciennes barrières qui interdisaient aux institutions
financières de se faire concurrence entre elles ont été levées. Des
modifications de la législation et de la réglementation ont assujetti
les banques à de nouvelles règles de gouvernance. Des innovations
technologiques ont permis aux institutions financières d’offrir
plus de produits et de services, par de nouveaux moyens, et ont
suscité l’émergence de nouveaux types de concurrents. Il existe de
nombreux indicateurs qui permettent le degré de concurrentiabilité
du marché bancaire. La mesure de la concentration du système est
la plus usitée, que ce soit à travers les bilans, les emplois ou les
ressources des banques. Ce ne sont pas les indicateurs les plus
significatifs sur le fonctionnement concurrentiel du secteur. C’est le
suivi de la pratique de la concurrence dans le secteur
financier qui renseigne le mieux sur la loyauté des
transactions. Ces indicateurs clés sont la marge des banques,
l’extension des réseaux, la tarification des services et l’accès au
crédit. Les marges d’intérêt sont un indicateur sensible de l’état de la
concurrence : l’écart entre le taux d’intérêt qu’une institution
financière prélève sur les prêts qu’elle consent à ses clients et le taux
d’intérêt qu’elle verse sur les dépôts de ses clients constitue une
excellente mesure de la concurrence du secteur financier. La
concurrence se traduit normalement par une diminution des marges
d’intérêts. D’après quelques études de benchmarking, les marges
d’intérêts au Maroc figurent parmi les plus élevées du Bassin
méditerranéen. Ce qui n’indique pas l’exercice d’une vive
concurrence dans le secteur financier marocain.
La densification des réseaux constitue un autre levier de
concurrence susceptible d’être actionné par les banques. Mais plus
que le développement des agences, c’est la force de frappe
commerciale de la banque, son offre de prestations qui assurent des
gains dans les parts de marché. Sur cette question, l’amélioration du
relationnel – pour satisfaire les besoins professionnels et privés le
regroupement d’expertises dans un même lieu, l’autonomie de
décision de la banque de proximité ne sont pas encore suffisamment
promus comme des vecteurs de pénétration sur les clientèles cibles. 
Pour tirer parti du potentiel des marchés, et en
particulier de celui des PME, les banques doivent être
dynamiques dans les packages dédiés aux professionnels
et y associer des stratégies résolument volontaristes en
matière de tarification. Les marges de manœuvre en termes
d’offre sont bien réelles mais les innovations des banques sur divers
segments sont encore timides. Les relations entre les banques et les
entreprises restent focalisées sur les conditions d’accès au crédit.
Les systèmes de relations personnelles ou de contrôle des banques
par des holdings familiaux  sont si fortement développés que l’on
peut douter que  la simple édiction formelle d’une loi sur la
concurrence changera les pratiques des affaires. De plus, les autres
métiers de la banque qui témoigneraient d’un réel changement de la
pratique bancaire sont encore loin de faire leur chemin. Il s’agit du
métier du rapprochement d’entreprises, des joint-ventures ou des
opérations de fusions et absorptions. Pourtant, le besoin existe
quand on songe à la nécessaire restructuration du système
productif.
La concurrence n’est ni un état de nature ni le résultat d’un équilibre
mécanique, elle est toujours affectée par la stratégie individuelle des
acteurs ; elle ne peut donc être assurée qu’institutionnellement par
des organes professionnels et de surveillance du marché. Le
fonctionnement du GPBM repose sur un paradoxe : agir
collectivement au nom de personnes qui, sur le terrain du marché,
sont supposées être en situation de concurrence, c’est-à-dire de
rivalité permanente.
Derrière la nécessité d’une action collective peuvent néanmoins se
cacher des entraves au libre jeu de la concurrence. La Banque
centrale est censée renforcer le pouvoir régulateur de l’Etat sur le
marché financier. Son indépendance par rapport au pouvoir
politique la conforte dans cette mission.
Mais elle est tenue d’expliciter davantage son processus de prise de
décisions sur le pouvoir de marché et plus généralement sur la
transparence des transactions financières en répondant aux
interpellations du Parlement, de l’opinion et pourquoi pas du
Conseil de la concurrence.

Des éléments comme les stratégies de différenciation des banques,


notamment en matière de couverture spatiale et d'accessibilité digitale,
témoignent d’une concurrence accrue entre les banques pour être
davantage à proximité des clients.

 
Le secteur bancaire marocain affiche une concurrence
monopolistique, à l’instar de plusieurs pays développés et émergents. C’est ce
qui ressort des travaux de recherche de deux économistes
chercheurs à Bank Al Maghrib, rendus publics ce jeudi.

Pour évaluer la concurrence dans le secteur, les économistes Sara


Benazzi et Imane Rouiessi reviennent, entre autres, sur le rôle des
stratégies de différenciation déployées par les banques: "Les
banques diffèrent les unes des autres par leur réputation, la gamme
de leurs produits ou encore l’étendue et la configuration
géographique de leur réseau d’agences", expliquent-elles.

En effet, les réseaux d’agences sont reconnus pour leur importance


dans le cadre de l’évaluation de la concurrence entre les institutions
bancaires: "Plusieurs études montrent que l’intensification des
réseaux d’agences bancaires pourrait améliorer la concurrence",
continuent-elles.

Au Maroc, l’analyse de la distribution du réseau des agences en plus


de la densité bancaire concluent à une progression considérable de
la couverture spatiale des services bancaires, ce qui témoigne d’une
concurrence accrue entre les banques pour être davantage à
proximité des clients.

Cette amélioration reflète le progrès notable constaté au niveau du


taux de bancarisation, qui est passé de 37% en 2006 à 68% en 2015:
"La stratégie de proximité des banques marocaines à travers
l’ouverture d’agences dans différentes régions et la conquête de
nouveaux clients ne peut que stimuler la concurrence entre ces
banques", peut-on lire sur le document de recherche.

Toutefois, celui-ci attire l’attention sur le fait que le nombre de


guichets ouverts annuellement par les banques a été divisé par deux
comparativement à une dizaine d’années auparavant, dans un
contexte d’accélération du processus de digitalisation des banques
qui permettra de renforcer la concurrence et d’élargir l’accès aux
services bancaires, particulièrement dans les zones rurales qui sont
mal desservies.

D’une autre part, les économistes rapportent que l’analyse de


l’évolution des performances occupe une place importante dans
l’évaluation de la concurrence dans le secteur bancaire: "Une forte
concurrence entraîne une réduction de la rentabilité des actifs
(ROA), de la rentabilité des fonds propres (ROE) et de la marge
nette d’intérêt. Des spécialistes estiment qu’une marge nette
d’intérêt élevée est généralement associée à des banques disposant
d’un pouvoir de marché plus important", indiquent les deux
économistes

L’analyse de l’évolution des performances du secteur bancaire


marocain sur la période 2000-2015 montre une baisse sensible de la
marge nette d’intérêt. Cette dernière est passée de 6,17% en 2000 à
3,78% en 2015.
De même, cette diminution de la marge nette d’intérêt s’est
accompagnée à partir de 2007 par une baisse de la rentabilité à la
fois des actifs et des fonds propres: "Ces évolutions reflètent une
décélération du crédit, enregistrée depuis l’avènement de la crise de
2007 qui aurait induit une relative amélioration de la concurrence
dans le secteur bancaire".

En définitive, les auteurs indiquent que l’ouverture des banques


marocaines sur le continent africain, la mise en place de la place
financière de Casablanca, l’arrivée des banques participatives, et
l’émergence de nouveaux établissements de paiement représentent
de nouveaux défis pour le secteur bancaire qui devraient l’inciter à
être plus concurrentiel.

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