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Systèmes d'information, informatique et forêt méditerranéenne

SIG, définitions et
contraintes de Dlise en place

par Michel DESHAYES * et Jean-Pierre CHERY *

L' information géographique 1 peut simple présente un SIG comme un " on va s ' e n fai re u ne abstrac t i o n .
être représentée sous forme de cartes, système pour collecter, stocker, véri­ Abstraction, Acqui sition, Archivage,
de plans, mais aussi de photographies fier, manipuler, analyser et restituer Analyse et Affichage, ces caractéris­
aériennes ou d'i mages satellitales. des données spatialement référencées tiques d'un SIG sont souvent commo­
Jusqu'à l' apparition des SIG, les cartes à la surface de la Terre (DoE, 1 987).
" dément agrégées s o u s le s i g l e
possédaient des inconvénients impor­ Dans le même registre, un SIG est un " " 5 A " 5:
tants, qui devenaient de plus en plus Système informatique permettant, à
lourds dans le contexte de l' augmenta­ partir de diverses sources, de rassem­
tion du nombre d'information et leur bler et d'organiser, de gérer et de com­ L'abstraction
renouvellement de plus en plus rapide biner, d'élaborer et de représenter des L'abstraction est nécess ai re pour
: fabrication longue et coûteuse, limi­ informations localisées géographique­ rendre le monde modéli sable. Par
tation de l ' i nformation mob i l i sée, ment contribuant notamment à la ges­ exemple le relief peut être représenté
impossibilité de réactualiser le docu­ tion de l ' espace " . (SFPT, Strasbourg par des courbes de niveau, ou par un
ment directement, difficulté de combi­ 1 9 89) . Enfin, signalons l'existence modèle numérique de terrain* . D'une
ner des cartes entre elles . . . Dans le d'un quasi synonyme, SIRS 4 (Système manière générale, cette abstraction
cadre du développement des systèmes d' Information à Référence Spatiale), dépend du but poursuivi. Elle se traduit
d ' information 2 (SI), les SIG offrent terme dominant au Québec, qui met par le choix des données à prendre en
une réponse technique et méthodolo­ l ' accent s u r l ' a s p e c t S y s tème compte, par leur définition et leur struc­
gique à ce changement de contexte. d' Information (SI), avec ses aspects turation. Des classes d'objet sont défi­
structuration des données, organisation nies (ex . " rue"), avec leurs attributs
des moyens et ressources humaines, (attribut de "rue" : son "nom"), mais
développement d'outils, sans référence aussi avec leurs relations de composi­
Le SIG et ses à une thématique particulière. Enfin tion (telle "rue" est composé de tel et tel
"tronçon de rue" ) et de construction
précisons que les SIG permettent de
différentes travailler sur trois catégories d'objets (tel "tronçon de rue", objet linéaire, va
de tel "carrefour" à tel " carrefour " ,
géographiques (points, lignes, poly­
définitions gones) et sur leur sémantique (attributs objets ponctuels). L'ensemble objets­
attributs-relations constitue le Schéma
associés à chaque objet).
Une constatation fréquente est la
difficulté que l ' on rencontre à définir
un S y stème d ' i nfo rmation géogra­ 1 - I nformation géographique : toute
information relative à un point ou à
phique 3. Il n'y a pas véritablement de Les ensemble de points spatialement réfé­
définition officielle. En fait, le vocable
rencés à la surface de la terre ( J . - M .
SIG désigne à la fois : caractéristiques Robbez Masson, 1 996) .
- le concept de chaîne de traitement 2 - Système d'i nformation : système
numérique de l ' information géogra­ des SIG : les 5 A de com munication permettant de com­
phique ; muniquer et traiter l'i nformation [norme
- les outils informatiques qui per­ Pour pouvoir réaliser les différentes internationale ISO 5 1 27-1 - 1 983]
mettent de l'instrumenter ; opérations que l'on attend de lui, le 3 - Tuffery C h . , 1 997, Les S I G dans
- et les appl i c at i o n s q u i s o n t systèmes d'information géographique les entreprises, Hermès, Coll.
construites avec cet outil. possède différentes fonctionnalités, Géomatique, 1 28 p.
4 - S. Labbé, C. Rouzet, 1 997, SIG en
Les définitions sont donc relative­ Acquisition, Archivage, Analyse et
" m u lti-partenariat " , mobiliser les
ment générales pour ne pas perdre ce Affichage. Mais avant de réaliser ces
acteurs et partager les données, in
caractère polysémique. Une définition opérations, il faut décider du type d'in­ Revue I nternationale de Géomatique,
formations qui seront utiles, c'est à vol . 7, n03-3 /1 997, pp. 279-295
* LCT ENGREF Cemagref dire de la manière dont on va se repré­ 5 - Denèg re J. et Salgé F . , 1 996. Les ·
Rue J . F . Breton BP 5093 senter ou modéliser l'espace géogra­ systèmes d'i nformation géographique,
34033 Montpellier Cedex phique sur lequel on va travailler, dont PUF, Col l . Que sais-je, 1 28 p .

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forêt métlilerlBRéeRRe t. XXI, n ° l , mars 2000
Conceptuel de Données ou SCD*. En leur intégration dans le SIG. Les coûts d ' i ntersection et de p r o x i m i t é .
fait ce schéma peut être globalement de mise à j our des données doi vent Cependant ces opérateurs n e suffisent
décomposé en un volet " données également être considérés pour l ' éva­ en général pas à répondre à toutes les
sémantiques" (alphanumériques), et un luation du coût du SIG. questions d'ordre spatial. Par exemple
volet " données géographiques" (gra­ la recherche de régularités et de dis­
phiques). Dans sa mise en œuvre infor­ continuités dans l' espace nécessite des
matique, on constate de même qu'un L'archivage méthodes et outils qui sont rarement
SIG est une intégration d'un SGBD* et Un archivage efficace , qui permet jusqu'à présent intégrés dans les SIG.
d'un système cartographique, le SGBD* d'accéder rapidement à une informa­ En conséquence, il convient en général
prenant en charge les données séman­ tion, suppose une organisation de l'in­ de leur associer des outils complémen­
tiques tandis que le système cartogra­ formation. Cette organisation se fera taires, venant des domaines des statis­
phique fait de même avec les données s e l o n le S c héma C o nceptuel d e tiques (descriptives et spatiales), de la
géographiques. Au niveau du logiciel de Données o u SCD * . S ignalons q u e 2 morphologie mathématique, de l a
S IG , chaque donnée va faire l 'objet options existent pour manipuler les reconnaissance de forme, etc.
d'une fiche, qui rassemblera les infor­ données géographiques. Certains logi­
mations sur cette donnée, encore appe­ ciels travaillent directement avec les 3
lée méta-données * , ou données sur les types d'objets géographiques (point, L'affichage
données. Cette fiche précisera les attri­ segment, polygone) tandis que d'autres La restitution de l ' information spa­
buts de la donnée, dont ceux communs travaillent en mode tramé, c'est-à-dire tialisée, sélectionnée et analysée, est
avec une autre donnée (ce qui indiquera q u ' i l s d i v i sent l ' espace en u n e une grande force des SIG. En effet,
la présence d'une relation entre ces 2 ensemble d e cellules é lémentaires par rapport à la cartographie classique,
données, mais non sa nature), mais j o i n t i v e s , par exemple c arrées ou ceux-ci permettent de varier les resti­
aussi le format, propre au S IG, sous hexagonales, et que chaque entité géo­ tutions cartographiques en les adaptant
lequel la donnée s era stockée. graphique, point, segment, ou poly­ à la demande. Celles-ci s ' effectuent
L'ensemble de ces fiches de données gone, est repérée selon ce référentiel. par les procédures de cartographie qui
constitue alors le "dictionnaire de don­ L ' accès à l ' information passe par relèvent de la sémiologie graphique
nées"*. l' opération de sélection. On choisit de classique ou qui appartiennent à un
mettre en évidence telle ou telle infor­ champ nouveau de la c artographie,
mation par des sélections sémantiques, celui offert par l ' interface Internet, qui
L'acquisition permet des représentati o n s multi­
au sein d ' une hiérarchie, ou par des
C'est la collecte de l'information, pre­ échelles et dynamiques.
sélections sur localisation spatiale, qui
mière étape une fois le modèle de don­
constitue une caractéristique originale
nées choisi. Les contraintes d' acquisi­
des SIG. On accède donc à une infor­
tion de l ' information sont liées à la
mation spécifique par des requêtes
nature et à l ' organisation des sources
d ' information . Les données géogra­
plus ou moins complexes, qui répon­ L'information
dent à des question du type " où est tel
phiques peuvent être soient numérisées
et géoréférencées, soit importées d'autres
type d' obj et ? ", " Que trouve-t-on géographique et
dans cette zone ? ". Le langage le plus
systèmes non i ntégrés ( traitement
d'image de télédétection, lever de ter­
courant pour structurer les requêtes l 'organisation du
d' accès à l'information sémantique est
rain . . . ). Pour les informations pré-exis­
tantes, elles doivent comporter des préci­
le langage S QL ( d e l ' a ng l a i s travail
Structured Query Language, langage
sions sur leur production (date, origine, Les SIG participent et sont actuelle­
d'interrogation structuré).
mode de calcul, etc.), qui permettront ment portés par les évolutions rapides
d'évaluer leur qualité et leur pertinence de la société de l'information. Mais
d'utilisation, tandis que pour les infor­ L'analyse spatiale lorsqu'une organisation s'est convain­
mations créées dans le cadre de l'appli­ L' accès à l ' information rend pos­ cue de l'intérêt d'utiliser un SIG, elle
cation, ce sont les procédures de leur sible des traitements spécifiques sur doit avoir conscience que sa mise en
constitution qui en définiront la qualité. les objets sélectionnés. Certains de ces place devra être menée avec méthode
Dans la constitution d'un SIG, les traitements se font directement sur la et précaution. De plus, celle-ci va
données représentent 60 à 80 % de son base de données, sans utiliser les attri­ entraîn e r u n certain n o mbre de
coût. Il importe donc de bien spécifier buts de localisation. Mais l'originalité contraintes dans l' organisation du tra­
les besoins afin d'optimiser les inves­ des SIG est de permettre des traite­ vail. Enfin lorsque, et c'est le cas géné-
tissements. Les spécifications doivent ments sur la dimension géographique,
suivre les exigences de préci sion et. par exemple " Quels autres objets sont
6 - E n fait, certains logiciels SIG d ' e n­
disponibilité des données. La montée en liaison topologique (par contiguïté, trée de gamme ne possèdent pas c e
en c h arge i m p l i que la s a i s i e , l e d i s t ance o u c he m i n ) avec cet · type de fonctionnalité. Semblables a u x
contrôle e t l a validation des données et objet ? " 6. L'analyse spatiale qu'il faut logiciels de CAO/DAO, i l conviendrait
alors mettre en œuvre repose sur les de les distinguer en les appelant s i m­
* Cf . glossaire p. 1 35 relations topologiques d'inclusion, plement « logiciels cartographiques » .

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Systèmes d'information , informatique et forêt méditerranéenne

raI hors les SIG urbains, le territoire de traitement de type bureautique, qui Sur le plan financier, il faut aussi
est animé par plusieurs c atégories rendront l'accès et le traitement de l'in­ avoir conscience qu'il va se passer une
d'acteurs et que le projet dépend d'une formation géographique plus simples, première phase, plus ou moins longue,
coopération entre plusieurs organisa­ diminuant d'autant le besoin de recou­ où il y aura augmentation des
tions, la mise en place suppose une rir à des sociétés de service intermé­ dépenses sans retour immédiat et que
démarche particulière afin de garantir diaires. De même Internet va boule­ le retour sur investissement peut tar­
la réussite de l'opération. verser profondément le rapport entre der. Citons l'exemple de la ville de
fournisseur et usager de l' Information Toulouse, où une étude a montré qu'il
géographique, avec l ' apparition de a fallu 3 ans pour percevoir les pre­
services en ligne pour le traitement de miers avantages, 8 ans pour que les
Le contexte de la société l ' information, sans avoir la nécessité économies équilibrent les dépenses, et
de l'information. d' acheter en amont un logiciel ou des que par contre au bout de 1 5 ans il
données. était possible de situer le ratio avan­
Les premiers SIG ont émergé en tages/coûts entre 2,4 et 3, selon les
France au début des années 70, et leur hypothèses 8 .
diffusion a explosé à partir de la fin
des années 80. La demande en infor­ Des contraintes dans
mation géographique est croissante
depuis cette époque 7 . Elle est d' abord l'organisation du travail SIG en multi-partenariat
exprimée au ni veau de l ' É tat et des et gestion des territoires
c o l l e c t i v i t é s l o c a l e s ( 7 0 % de l a La mise en place d'un SIG dans une
demande e n 1 995). Les applications à institution peut avoir des implications
fortes sur son organisation et son fonc­ Un territoire constitue un espace
l'échelle locale représentent 58% du
tionnement. Elle peut entraîner un géograph i q u e o ù i n teragi s sent en
total, et celles à l ' échelle régionale
bouleversement des méthodes de tra­ général plusieurs acteurs, ayant cha­
27%. Ce développement se situe dans
vail et une réorganisation des services, cun leurs propres informations sur ce
un contexte où il est de plus en plus
avec redistribution des responsabilités. territoire. Du fait du prix des données,
question de développement durable, et
Le passage à l ' informatique ou à son et du temps nécessaire au développe­
où l'information géographique devient
plus grand usage peut peser sur les ment du SIG, l'intérêt d'une constitu­
un enj e u important du fai t q u ' elle
savoir faire et les profils des métiers tion d'un SIG commun, ou du moins à
constitue un outil primordial de ges­
recherchés dans les services affectés. noyau commun, apparaît rapidement.
tion des territoires, et de l'équilibre
Les compétences techniques recher­ Le projet va permettre des économies,
entre la société et l' environnement.
chées se modifient et une certai ne soit en partageant le coût d'achat de
Des évolutions fondamentales ont données extérieures, par un achat
crainte, source de blocages, peut émer­
concerné l ' Information géographique groupé auprès de l'IGN par exemple,
ger. Par exemple, pour réali ser des
depuis le milieu des années 80 : diffu­ ou soit en échangeant des données
cartes, on n'a plus besoin de dessina­
sion des SIG, programmes de numéri­ entre partenaires du projet. Ce schéma
teurs . . . La gestion des bases de don­
sation des données, données satelli­ idéal va dépendre des relations entre
nées peut aussi poser problème : d'un
tales, avec irruption récente de acteurs, et peut se heurter à des
côté, cette gestion peut être s ource
données haute résolution, à précision réflexes de crainte se traduisant par
d'un travail répétitif et démobilisateur;
métrique. Celles-ci ainsi que les nou­ des refus de mettre à disposition cer­
de l'autre, la mise en place de la base
velles images aériennes obtenues par taines informations. Enfin, la mobili­
va éviter les doubles saisies, raccourcir
capteurs numériques permettent s at i o n d ' i n formation de sources
les délais et assurer une cohérence qui
d' envisager des applications locales, diverses est aussi confrontée au pro­
n'existait pas auparavant. Par contre,
avec une information géographique blème de l 'hétérogénéité des représen­
de nouveaux métiers apparaissent. Un
métrique ou infra-métrique. Une autre tations et nécessite la définition d'uni­
système d ' i nformation nécessite, au
technique d'origine spatiale, le posi­ tés spatiales de référence communes
sein d' une organi sation, l ' utilisation
tionnement de type GPS (Cf. encadré aux acteurs du projet.
d'un serveur informatique qui relie les
p. 76), apporte sa contribution en per­
différents postes de travail pour inté­
mettant de réduire notablement les
grer chacune des opérations réali sées
coûts d ' accès au positionnement géo­
et modifier alors la base de données.
graphique, et de mise à jour de l ' infor­
Ainsi, des administrateurs-réseau, des
mation géographique.
spécialistes de méta-données sont •
Enfin il faut noter une tenda_nce vers requis. D'une manière générale, dans
le développement de logiciels simples un projet de mise en place d'un SIG,
un des enjeux consistera donc à mobi­
7 - AFIGEO, 1 998, L'information géo­
liser les individus en conciliant un pro­
graphique française dans la société de jet d'organisation et la prise en compte 8 - Didier M . , 1 990. Util ité et valeur de
l'information, Etat des lieux et proposi­ effective des attentes et des besoins l'information géographique, Paris,
tions d'action, l ivre blanc, 26 p. des individus. Economica.

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