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NOTE AUX LECTEURS ET LECTRICES

Chers lecteurs et lectrices, loué soit Jésus Christ !

Le culte de la Vierge Marie dans l’Eglise Catholique a


suscité 
des débats dans l’histoire. Les discussions continuent encore et
divisent
la chrétienté. Parfois les fidèles catholiques se trouvent coincés
quand
les adeptes des sectes leur demandent de leur expliquer avec
versets bibliques  à l’appui le fondement des dogmes marials :
Immaculée conception, Assomption de la Très Sainte Vierge
Marie, ou tout simplement la raison de la vénération de Marie par
les catholiques.
Ces Eglises affirment volontiers parfois que les catholiques
adorent Marie et laissent de côté le Christ Jésus.
  La doctrine mariale de l’Eglise a connu plusieurs péripéties
qui ont permis d’émonder certaines erreurs. Aujourd’hui le
Concile Vatican II (Lumen gentium, chapitre VIII) demeure  le
point de repère incontournable pour toute réflexion  sur Marie, que
ce soit théologique, dogmatique, spirituelle, biblique ou pastorale.
A la suite et dans le même sillage du Concile, le Magistère
pontifical est revenu expliciter le contenu de la doctrine mariale
telle que voulue par les Pères conciliaires.
Ces catéchèses sont immensément riches de par leurs approches
multiformes qui partent des données de l’Ecriture Sainte en
passant par
la Tradition de l’Eglise (les données historiques,  patristiques, le
sensus fidelium), les réflexions théologiques pour aboutir à des
conclusions spirituelles et pastorales. Voici donc un recueil de ces
catéchèses qui sont à lire attentivement, à méditer car elles  vont
nourrir notre intelligence, notre esprit.

1
Chers lecteurs et lectrices, je vous souhaite bonne lecture et
bonne méditation en compagnie de notre Maman chérie, la Vierge
Marie.

P. Stéphane ATCHONOU

PAPE SAINT
JEAN-PAUL II

2
LA PRESENCE DE MARIE A L'ORIGINE DE L'ÉGLISE1

Cher(e) ami(e)s ,

Je ressens aujourd'hui le besoin de porter le regard sur la Bienheureuse Vierge


Marie, Celle qui en a réalisé la sainteté de façon parfaite et qui en constitue le
modèle.

C'est ce qu'ont fait les Pères du Concile Vatican II : après avoir exposé la
doctrine sur la réalité historique et salvifique du peuple de Dieu, ils ont voulu la
compléter en décrivant le rôle de Marie dans l'œuvre de salut. En effet, le
chapitre VIII de la Constitution conciliaire Lumen gentium a pour objectif non
seulement de souligner la valeur ecclésiologique de la doctrine mariale, mais
également de mettre en lumière la contribution que la figure de la Bienheureuse
Vierge apporte à la compréhension du mystère de l'Église.

Avant d'exposer l'itinéraire marial du Concile, je voudrais porter un regard


contemplatif sur Marie, telle qu'elle est décrite, aux origines de l'Église, dans les
Actes des Apôtres. Au début de cet écrit néotestamentaire qui présente la vie
de la première communauté chrétienne, Luc, après avoir rappelé un par un les
noms des Apôtres, affirme : " Tous d'un même cœur étaient assidus à la prière
avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus, et avec ses frères " (l, 14).

Dans ce cadre, se détache la personne de Marie, la seule qui, en dehors des


Apôtres, est rappelée par son nom : elle représente un visage de l'Église
différent et complémentaire de celui ministériel ou hiérarchique.

En effet, la phrase de Luc relate la présence, au Cénacle, de quelques femmes,


montrant ainsi l'importance de la contribution de la femme à la vie de l'Église,
dès ses débuts. Cette présence est étroitement liée à la persévérance de la
communauté dans la prière et à la concorde. Ces traits expriment parfaitement
deux aspects fondamentaux de la contribution spécifique de la femme à la vie
ecclésiale. Parce qu'ils sont davantage tournés vers l'activité extérieure, les
hommes ont besoin de l'aide des femmes afin d'être ramenés aux relations
1
Audience générale du 6 septembre 1995

3
personnelles et de progresser vers l'union des cœurs. "Bénie entre toutes les
femmes" (Lc 1, 42), Marie assume de façon éminente cette mission de la
femme. Qui, mieux que Marie, encourage chez tous les croyants la
persévérance dans la prière? Qui, mieux qu'elle, peut promouvoir la concorde et
l'amour?

En reconnaissant la mission pastorale confiée par Jésus aux Onze, les femmes
du Cénacle, avec Marie parmi elles, s'unissent à leur prière et témoignent en
même temps de la présence dans l'Église de personnes qui, bien que n'ayant
pas reçu cette mission, sont également membres à part entière de la
communauté rassemblée dans la foi dans le Christ.

La présence de Marie dans la communauté, qui attend en prière l'effusion de


l'Esprit (cf. Ac 1, 14), évoque la part qu'elle prit dans l'incarnation du Fils de
Dieu par l'opération de l'Esprit Saint (cf. Lc 1, 35). Le rôle de la Vierge dans
cette phase initiale et le rôle qu'elle joue maintenant, dans la manifestation de
l'Église à la Pentecôte, sont étroitement liés.

La présence de Marie dans les premiers moments de la vie de l'Église est mise
en évidence de façon particulière lorsqu'on la compare avec la participation très
discrète que Marie eut précédemment, lors de la vie publique de Jésus. Lorsque
le Fils débute sa mission, Marie reste à Nazareth, même si cette séparation
n'exclut pas des contacts importants, comme à Cana, et surtout ne l'empêche
pas de participer au sacrifice du Calvaire.

Dans la première communauté, en revanche, le rôle de Marie est


particulièrement important. Après l'Ascension et dans l'attente de la Pentecôte,
la Mère de Jésus assiste en personne aux tout débuts de l'œuvre commencée
par le Fils.

Les Actes des Apôtres soulignent que Marie se trouvait au Cénacle "avec les
frères de Jésus" (Ac 1,14), c'est-à-dire avec les membres de sa famille, ainsi
que l'a toujours interprété la tradition ecclésiale : il ne s'agit pas tant d'une
réunion de famille, que du fait que, sous la direction de Marie, la famille
naturelle de Jésus fait désormais partie de la famille spirituelle du Christ : "

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Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une soeur et une
mère" (Mc 3, 34).

En relatant la même scène, Luc présente Marie de façon explicite comme "la
Mère de Jésus "(Ac 1, 14), voulant ainsi presque suggérer qu'une part de la
présence du Fils monté au ciel reste dans la présence de la mère. Elle rappelle
aux disciples le visage de Jésus et elle est, par sa présence au milieu de la
communauté, le signe de la fidélité de l'Église au Christ Seigneur.

Dans ce contexte, le titre de "Mère" annonce l'attitude de sollicitude avec


laquelle la Vierge suivra la vie de l'Église. C'est à elle que Marie ouvrira son
cœur pour manifester les merveilles opérées en elle par le Dieu Tout-Puissant
et miséricordieux.

Depuis le début, Marie exerce son rôle de " Mère de l'Église" : son action
favorise l'entente entre les Apôtres, que Luc présente comme vivant dans la
"concorde" et très éloignés des disputes qui avaient parfois surgi entre eux.

Enfin, Marie exerce sa maternité à l'égard de la communauté des croyants, non


seulement en priant afin d'obtenir pour l'Église les dons de l'Esprit Saint,
nécessaires à sa formation et son avenir, mais également en éduquant les
disciples du Seigneur à la communion constante avec Dieu.

Elle devient ainsi éducatrice du peuple chrétien à la prière, à la rencontre avec


Dieu, élément central et indispensable afin que l'oeuvre des pasteurs et des
fidèles trouve toujours son commencement et sa motivation profonde dans le
Seigneur.

De ces brèves considérations, il ressort clairement que la relation entre Marie et


l'Église constitue une comparaison fascinante entre deux mères. Cette relation
nous révèle clairement la mission maternelle de Marie et engage l'Église à
chercher sans cesse sa véritable identité dans la contemplation du visage de la
"Theotokos".

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MARIE DANS L'ÉCRITURE SAINTE ET LA REFLEXION
THEOLOGIQUE2

Cher(e) ami(e)s ,

Dans nos catéchèses précédentes, nous avons vu comment la doctrine de la


maternité de Marie, à partir de sa première formulation, " la Mère de Jésus ", est
passée par la suite à celle, plus complète et plus explicite, de "Mère de Dieu ",
jusqu'à l'affirmation de son implication maternelle dans la rédemption de
l'humanité.

Pour d'autres aspects de la doctrine mariale également, bien des siècles ont été
nécessaires pour parvenir à la définition explicite de vérités révélées,
concernant Marie. Des cas typiques de ce cheminement dans la foi pour
découvrir toujours plus profondément le rôle de Marie dans l'histoire du salut,
sont les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption, proclamés,
comme on le sait, par deux de mes vénérés prédécesseurs, respectivement le
serviteur de Dieu Pie IX en 1854 et le serviteur de Dieu Pie XII au cours du
Jubilé de 1950.

La mariologie est un domaine de recherche particulier : l'amour du peuple


chrétien pour Marie a souvent compris le premier certains aspects du mystère
de la Vierge, attirant sur eux l'attention des théologiens et des pasteurs.

Nous devons reconnaître que, à première vue, les Évangiles ne fournissent que
peu d'informations sur la personne et la vie de Marie. Nous aurions certes
désiré, à cet égard, avoir des indications plus abondantes, qui nous auraient
permis de mieux connaître la Mère de Jésus.

C'est là une attente qui reste inassouvie également de la part des autres écrits
du Nouveau Testament, où manque un développement doctrinal explicite sur
Marie. Même les Lettres de saint Paul, qui nous donnent un riche enseignement

2
Audience générale du 8 novembre 1995

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sur le Christ et son oeuvre, se bornent à dire, dans un passage très significatif,
que Dieu a envoyé son Fils, "né d'une femme" (Ga 4, 4).

On ne nous rapporte que très peu de choses sur la famille de Marie. Si nous
mettons à part les récits de l'enfance, nous ne trouvons dans les Évangiles
synoptiques que deux affirmations qui jettent quelque lumière sur Marie : une à
propos de la tentative des "frères " ou parents qui auraient bien voulu ramener
Jésus à Nazareth (cf. Mc 3, 21 ; Mt 12, 48) ; l'autre, en réponse à l'exclamation
d'une femme sur le bonheur de la Mère de Jésus (Lc 11,27).

Cependant, Luc, dans l'Évangile de l'enfance, avec les épisodes de


l'Annonciation, de la Visitation, de la Naissance de Jésus, de la Présentation de
l'Enfant au temple et de sa découverte parmi les Docteurs à l'âge de 12 ans,
non seulement nous fournit des données importantes, mais présente une sorte
de " protomariologie " d'un intérêt fondamental. Ses données sont complétées
indirectement par Matthieu dans le récit de l'annonce à Joseph (1, 18-25), mais
seulement en rapport avec la conception virginale de Jésus.

Par ailleurs, l'Évangile de Jean approfondit la valeur historico-salvifique du rôle


que joue la Mère de Jésus, quand il signale sa présence au début et à la fin de
sa vie publique. L'intervention de Marie au pied de la Croix est particulièrement
significative, lorsqu'elle reçoit de son Fils mourant la mission de servir de mère
au disciple bien-aimé et, en lui, à tous les chrétiens (cf. Jn 2,1-12 et Jn 19, 25-
27). Enfin, les Actes des Apôtres rappellent expressément la présence de la
Mère de Jésus parmi les femmes de la première communauté en attente de la
Pentecôte (cf. Ac 1,14).

En revanche, en l'absence d'autres témoignages néo-testamentaires et de


données sûres provenant de sources historiques, nous ne savons rien de la vie
de Marie après l'événement de la Pentecôte, ni sur la date et les circonstances
de sa mort. Nous ne pouvons que supposer qu'elle a continué à habiter avec
l'apôtre Jean et qu'elle a été très proche du développement de la première
communauté chrétienne.

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La rareté des données sur la vie terrestre de Marie est compensée par leur
qualité et leur richesse théologique, que l'exégèse actuelle met soigneusement
en relief.

Du reste, il faut rappeler que la perspective des Évangélistes est totalement


christologique et ne veut s'intéresser à la Mère qu'en relation avec la joyeuse
annonce du Fils. Comme l'observait déjà saint Ambroise, en exposant le
mystère de l'Incarnation, l'Évangéliste " a cru bon de ne pas rechercher d'autres
témoignages sur la virginité de Marie, pour ne pas apparaître comme le
défenseur de la Vierge plutôt que le héraut du Mystère " (Exp. in Lucam, 2, 6 PL
15, 1555).

Nous pouvons reconnaître dans ce fait une intention spéciale de l'Esprit Saint,
qui a voulu susciter dans l'Église un effort de recherche qui, tout en conservant
le caractère central du mystère du Christ, ne se perdrait pas dans les détails
concernant la vie de Marie, mais viserait à découvrir surtout son rôle dans
l'œuvre du salut, sa sainteté personnelle et sa mission maternelle dans la vie
chrétienne.

L'Esprit Saint guide l'effort de l'Église, la poussant à prendre les mêmes


attitudes que Marie. Dans le récit de la naissance de Jésus, Luc note comment
sa mère observait toutes choses "en les méditant dans son coeur " (2, 19),
c'est-à-dire qu'elle s'efforçait de "mettre ensemble" (" symballousa "), par un
regard plus profond, tous les événements dont elle avait été le témoin privilégié.

De manière analogue, le Peuple de Dieu est lui aussi poussé par le même
Esprit à comprendre en profondeur tout ce qui a été dit de Marie, pour
progresser dans l'intelligence de sa mission, intimement liée au mystère du
Christ.

Dans le développement de la mariologie, apparaît donc un rôle particulier du


peuple chrétien. Il coopère, par l'affirmation et le témoignage de sa foi, au
progrès de la doctrine mariale qui, normalement, n'est pas la tâche des seuls
théologiens, même si leur tâche demeure indispensable pour
l'approfondissement et la claire exposition du donné de la foi et aussi de
l'expérience chrétienne.

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La foi des gens simples est admirée et louée par Jésus, qui y reconnaît une
manifestation merveilleuse de la bienveillance du Père (cf. Mt 11, 25 ; Lc 10,
21). Elle continue au cours des siècles à proclamer les merveilles de l'histoire
du salut, cachées aux " savants ". Cette foi, en harmonie avec la simplicité de la
Vierge, a fait progresser la reconnaissance de sa sainteté personnelle et de la
valeur transcendante de sa maternité.

Le mystère de Marie invite tout chrétien, en communion avec l'Église, à "


méditer dans son cœur" ce qu'affirme la révélation évangélique au sujet de la
Mère du Christ. Dans la logique du " Magnificat ", chacun fera l'expérience par
lui-même, à la suite de Marie, de l'amour de Dieu, et découvrira, dans les
merveilles accomplies par la Très Sainte Trinité dans celle qui est " pleine de
grâces ", un signe de la tendresse de l'homme pour Dieu.

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LE ROLE DE LA FEMME A LA LUMIERE DE MARIE3

Cher(e) ami(e)s ,

1. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le montrer dans mes précédentes


catéchèses, le rôle confié à Marie dans le dessein divin de salut éclaire la
vocation de la femme dans la vie de l'Eglise et de la société, en définissant sa
différence par rapport à l'homme. Le modèle constitué en Marie montre en effet
clairement ce qui est spécifique à la personnalité féminine.

Dans des temps récents, certains courants du mouvement féministe, dans


l'intention de favoriser l'émancipation de la femme, ont tenté de l'assimiler en
tout à l'homme. Mais l'intention divine manifestée dans la création, tout en
voulant que la femme soit égale à l'homme en dignité et en valeur, affirme dans
le même temps clairement sa diversité et sa spécificité. L'identité de la femme
ne peut consister à être une copie de l'homme, car elle est dotée de qualités et
de prérogatives propres qui lui confèrent sa particularité et son autonomie, que
l'on doit toujours promouvoir et encourager.

Ces prérogatives et ces particularités de la personnalité féminine ont atteint en


Marie leur plein développement. La plénitude de la grâce divine a en effet
favorisé en elle toutes les capacités naturelles qui sont typiques de la femme.

Le rôle de Marie dans l'œuvre du salut est totalement dépendant de celui du


Christ. Il s'agit d'une fonction unique, requise par l'accomplissement du mystère
de l'Incarnation : la maternité de Marie était nécessaire pour donner au monde
le Sauveur, vrai Fils de Dieu, mais aussi parfaitement homme.

L'importance de la coopération de la femme à la venue du Christ est mise en


évidence par l'initiative de Dieu qui, par l'Ange, fait connaître à la Vierge de
Nazareth son dessein de salut, afin qu'elle puisse y coopérer d'une manière
consciente et libre, en exprimant son consentement généreux.

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Audience générale du 6 décembre 1995

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Ici se réalise le modèle le plus élevé de la collaboration responsable de la
femme à la rédemption de l'homme – de tout l'homme – qui constitue la
référence transcendante pour toute affirmation concernant le rôle et la fonction
de la femme dans l'histoire.

2. En réalisant cette forme sublime de coopération, Marie indique aussi le style


qui doit concrétiser la mission de la femme. Devant l'annonce de l'Ange, la
Vierge ne manifeste aucune attitude de revendication orgueilleuse, et ne veut
pas non plus satisfaire des ambitions personnelles. Luc nous la présente
comme seulement désireuse d'offrir son humble service, dans une disponibilité
totale et confiante au dessein divin de salut. C'est là le sens de sa réponse:
"Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc
1, 38).

Il ne s'agit pas en effet d'un accueil purement passif, puisque son consentement
n'est donné qu'après avoir manifesté la difficulté qui naît de son propos de
virginité, inspiré par la volonté d'appartenir plus intégralement au Seigneur.

Après avoir reçu la réponse de l'Ange, Marie exprime immédiatement sa


disponibilité, conservant une attitude d'humble service.

C'est l'humble, le précieux service que tant de femmes, à l'exemple de Marie,


ont rendu et continuent à rendre à l'Église pour le développement du Royaume
du Christ.

3. La figure de Marie rappelle aux femmes d'aujourd'hui la valeur de la


maternité. Dans le monde actuel, on ne donne pas toujours à cette valeur
l'importance qu'elle mérite. Dans certains cas, la nécessité du travail féminin
pour pourvoir aux exigences accrues de la famille et une fausse conception de
la liberté, qui voit dans le soin des enfants un obstacle à l'autonomie et aux
possibilités d'affirmation de la femme, ont obscurci la signification de la
maternité pour le développement de la personnalité féminine. Dans d'autres
cas, au contraire, l'aspect de l'engendrement biologique devient tellement
important qu'il met dans l'ombre les autres possibilités importantes qu'a la
femme pour exprimer sa vocation innée d'être mère.

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En Marie, il nous est donné de comprendre la véritable signification de la
maternité qui, à l'intérieur du dessein divin de salut, atteint sa dimension la plus
élevée. Pour elle, être mère ne donne pas seulement à la personnalité féminine,
fondamentalement orientée vers le don de la vie, son plein développement,
mais constitue par ailleurs une réponse de foi à la vocation qui est celle de la
femme, qui ne revêt sa valeur la plus haute qu'à la lumière de l'Alliance avec
Dieu (cf. Mulieris dignitatem, 19).

4. En regardant attentivement la figure de Marie, nous découvrons également


en elle le modèle de la virginité vécue pour le Royaume.

Vierge par excellence, elle a mûri dans son cœur le désir de vivre dans cet état
pour parvenir à une intimité toujours plus profonde avec Dieu.

Pour les femmes appelées à la chasteté virginale, Marie, en révélant la haute


signification d'une vocation si spéciale, attire l'attention sur la fécondité
spirituelle qu'elle comporte dans le plan divin : une maternité d'ordre supérieur,
une maternité selon l'Esprit (cf. Mulieris dignitatem, 21),

Le cœur maternel de Marie, ouvert à toutes les misères humaines, rappelle


encore aux femmes que le développement de la personnalité féminine requiert
l'engagement de la charité. Plus sensible aux valeurs du cœur, la femme
montre une grande capacité de don personnel.

À tous ceux qui, en notre temps, proposent des modèles égoïstes pour
l'affirmation de la personnalité féminine, la figure lumineuse et sainte de la Mère
du Seigneur montre que c'est seulement en se donnant et en s'oubliant soi-
même pour les autres qu'il est possible de parvenir à une réalisation
authentique du projet divin sur notre vie.

La présence de Marie encourage donc chez les femmes les sentiments de


miséricorde et de solidarité pour les situations humaines douloureuses, et
suscite la volonté d'alléger les peines de ceux qui souffrent : les pauvres, les
malades et tous ceux qui ont besoin de secours.

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En vertu de son lien particulier avec Marie, la femme a souvent représenté, au
cours de l'histoire, la proximité de Dieu aux attentes de bonté et de tendresse
de l'humanité blessée par la haine et le péché, semant dans le monde les
germes d'une civilisation qui sait répondre à la violence par l’amour.

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L'EXPOSITION DE LA DOCTRINE MARIALE4

Cher(e) ami(e)s ,

1. Suivant la Constitution dogmatique Lumen gentium qui, au chapître VIII, a


voulu "mettre soigneusement en lumière d'une part le rôle de la bienheureuse
Vierge Marie dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique et, d'autre
part, les devoirs des hommes rachetés envers la Mère de Dieu", je voudrais
donner dans ces catéchèses une synthèse essentielle de la foi de l'Eglise sur
Marie, tout en réaffirmant avec le Concile que je ne veux pas " proposer une
doctrine exhaustive " ni " trancher des questions que le travail des théologiens
n'a pu encore amener à une lumière totale" (n. 54).

Je voudrais tout d'abord décrire "la fonction de la bienheureuse Vierge dans le


mystère du Verbe incarné et du Corps mystique" (ibid.), en recourant aux
données de l'Ecriture et de la Tradition apostolique, et en tenant compte du
développement doctrinal qui s'est produit dans l'Eglise jusqu'à nos jours.

De plus, puisque le rôle de Marie dans l'histoire du salut est étroitement lié au
mystère du Christ et de l'Eglise, je garderai à l'esprit ces références essentielles
qui, en donnant à la doctrine mariale sa juste place, permettent d'en découvrir la
vaste et inépuisable richesse.

L'exploration du mystère de la Mère du Seigneur est vraiment très vaste et a


mobilisé au cours des siècles de nombreux pasteurs et théologiens. Dans leur
tentative de mettre en relief les aspects centraux de la mariologie, certains en
ont parfois traité en même temps que la christologie ou l'ecclésiologie. Mais,
tout en tenant compte de sa relation avec tous les mystères de la foi, Marie
mérite un traité à part qui mette en évidence sa personne et sa fonction dans
l'histoire du salut, à la lumière de la Bible et de la tradition ecclésiale.

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Audience générale du 3 janvier 1996

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2. Il semble en outre utile, en suivant les indications conciliaires, d'exposer
soigneusement "les devoirs des hommes rachetés envers la Mère de Dieu,
Mère du Christ et Mère des hommes, spécialement des fidèles " (ibid.).

Le rôle assigné à Marie par le dessein divin de salut demande en effet, chez les
chrétiens, non seulement accueil et attention, mais aussi des choix concrets qui
traduisent dans la vie les attitudes évangéliques de celle qui précède l'Église
dans la foi et la sainteté. La Mère du Seigneur est ainsi destinée à exercer une
influence spéciale sur la manière de prier des fidèles. La liturgie elle-même de
l'Église reconnaît sa place singulière dans la dévotion et l'existence de tout
croyant.

Il faut souligner que la doctrine et le culte marials ne sont pas des fruits du
sentimentalisme. Le mystère de Marie est une vérité révélée qui s'impose à
l'intelligence des croyants et exige de ceux qui ont dans l'Eglise la tâche de
l'étude et de l'enseignement une méthode de réflexion doctrinale non moins
rigoureuse que celle que l'on emploie dans toute la théologie.

Du reste, Jésus lui-même a invité ses contemporains à ne pas se laisser mener


par l'enthousiasme dans la contemplation de sa Mère, reconnaissant en Marie
surtout celle qui est bienheureuse parce qu'elle écoute la Parole de Dieu et la
met en pratique (cf. Lc 11, 28).

Ce n'est pas seulement l'affection mais surtout la lumière de l'Esprit qui doit
nous guider pour comprendre la Mère de Jésus et sa contribution à l'œuvre du
salut.

3. Quant à la mesure et à l'équilibre à garder dans la doctrine comme dans le


culte marial, le Concile exhorte chaleureusement les théologiens et les
prédicateurs de la Parole divine à " s'abstenir soigneusement de toute fausse
exagération... " (LG, 67).

Celles-ci viennent de ceux qui adoptent une attitude maximaliste, qui prétend
étendre systématiquement à Marie les prérogatives du Christ et tous les
charismes de l'Eglise.

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Au contraire, il est nécessaire de toujours sauvegarder, dans la doctrine
mariale, la différence infinie qui existe entre la personne humaine de Marie et la
personne divine de Jésus. Attribuer à Marie " le maximum " ne peut pas devenir
une norme de la mariologie, qui doit se référer constamment à ce dont témoigne
la Révélation quant aux dons faits par Dieu à la Vierge en vertu de sa très haute
mission.

De manière analogue, le Concile exhorte les théologiens et les prédicateurs à "


s'abstenir d'une excessive étroitesse d'esprit " (ibid.), c'est-à-dire du danger de
minimalisme qui peut se présenter dans des positions doctrinales, des
interprétations exégétiques et des actes du culte qui tendent à réduire et
comme à évacuer l'importance de Marie dans l'histoire du salut, sa virginité
perpétuelle et sa sainteté.

Il faut toujours éviter ces positions extrêmes en vertu d'une fidélité cohérente et
sincère envers la vérité révélée, telle qu'elle s'exprime dans l'Écriture et la
Tradition apostolique.

4. Le même Concile nous donne un critère qui permet de discerner l'authentique


doctrine mariale : "Dans l'Église, Marie occupe, après le Christ, la place la plus
élevée et la plus proche de nous " (LG, 54).

La place la plus élevée : nous devons découvrir cette grandeur conférée à


Marie dans le mystère du salut. Il s'agit cependant d'une vocation qui est
totalement en référence au Christ.

La place la plus proche de nous : notre vie est profondément influencée par
l'exemple et l'intercession de Marie. Mais nous devons nous interroger sur notre
effort pour être proches d'elle. Toute la pédagogie de l'histoire du salut nous
invite à regarder vers la Vierge. L'ascèse chrétienne de chaque époque nous
invite à penser à elle comme à un modèle d'adhésion parfaite à la volonté du
Seigneur. Modèle choisi de sainteté, Marie guide les pas des croyants sur le
chemin du Paradis.

Parce qu'elle est proche des événements de notre histoire quotidienne, Marie
nous soutient dans les épreuves, nous encourage dans les difficultés, nous

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indiquant toujours le but du salut éternel. Ainsi apparaît toujours plus évident
son rôle de Mère : Mère de son Fils Jésus, Mère tendre et vigilante pour chacun
d'entre nous sur la Croix, le Rédempteur nous l'a confiée pour que nous
l'accueillions comme des enfants dans la foi.

MARIE ET LA VALEUR DE LA FEMME5

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Audience générale du 29 novembre 1995
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Cher(e) ami(e)s ,

1. La doctrine mariale, largement développée au cours de notre siècle dans ses


aspects théologiques et spirituels, a pris récemment une importance nouvelle
sous l'aspect sociologique et pastoral, également pour une meilleure
compréhension du rôle de la femme dans la communauté chrétienne et la
société, comme cela ressort de nombreuses et importantes interventions du
Magistère.

On connaît les paroles du message que, le 8 décembre 1965, à la fin du


Concile, les Pères adressèrent aux femmes du monde entier : "L'heure vient,
l'heure est venue où la vocation de la femme s'accomplit en plénitude, l'heure
où la femme acquiert dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir
jamais atteint jusqu'ici" (AAS 68 [1966], 13).

J'ai repris ces affirmations, quelques années plus tard, dans ma Lettre
apostolique Mulieris dignitatem : "La dignité de la femme et sa vocation – objets
constants de la réflexion humaine et chrétienne – ont pris ces dernières années
un relief tout particulier" (n. 1).

Le rôle et la dignité de la femme ont été particulièrement revendiqués, au cours


de ce siècle, par le mouvement féministe qui a voulu réagir, parfois de manière
énergique, contre tout ce qui, dans le passé et le présent, s'est opposé à la
valorisation et au plein développement de la personnalité féminine, ainsi qu'à sa
participation aux multiples manifestations de la vie sociale et politique.

Il s'agit de requêtes, en grande partie légitimes, qui ont contribué à une vision
plus équilibrée de la question féminine dans le monde contemporain. L'Église,
surtout à une époque récente, a porté une attention particulière à ces requêtes,
encouragée aussi en cela par le fait que la figure de Marie, vue à la lumière de
son itinéraire évangélique, constitue une réponse valable au désir
d'émancipation de la femme : Marie est l'unique personne humaine qui réalise
d'une manière éminente le projet d'amour divin concernant l'humanité.

2. Ce projet se manifeste déjà dans l'Ancien Testament, avec le récit de la


création qui présente le premier couple créé à l'image de Dieu lui-même : "Dieu

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créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les
créa" (Gn 1, 27). La femme, donc, autant que l'homme, porte en elle la
ressemblance avec Dieu. Elle est l'objet, quand elle apparaît sur terre comme
résultat de l'action divine, de cette appréciation d'estime : "Dieu vit tout ce qu'il
avait fait : cela était très bon" (Gn 1, 31). Dans cette perspective, la différence
entre l'homme et la femme n'implique ni infériorité ni inégalité de celle-ci, mais
elle constitue un élément de nouveauté qui enrichit le dessein divin, et qui se
manifeste comme "très bon".

Pourtant, l'intention divine va bien au-delà de ce que révèle le Livre de la


Genèse. En Marie, en effet, Dieu a fait surgir une personnalité féminine qui
dépasse de beaucoup la condition ordinaire de la femme, telle que cette
condition apparaît avec la création d'Ève. L'excellence unique de Marie dans le
monde de la grâce et sa perfection sont le fruit de la particulière bienveillance
divine qui veut élever toute personne, hommes et femmes, à la perfection
morale et à la sainteté qui sont celles des fils adoptifs de Dieu. Marie est celle
qui est "bénie entre toutes les femmes" ; pourtant, toute femme participe d'une
certaine manière à sa dignité sublime dans le plan divin.

3. Le don singulier fait à la Mère du Seigneur ne témoigne pas seulement de ce


que nous pourrions appeler le respect de Dieu pour la femme, mais il met par
ailleurs en évidence la considération profonde du dessein divin pour son rôle
irremplaçable dans l'histoire de l'humanité.

Les femmes ont besoin de découvrir cette estime divine pour prendre toujours
davantage conscience de leur très haute dignité. La situation historique et
sociale qui a provoqué la réaction du féminisme se caractérisait par un manque
d'estime pour la valeur de la femme, souvent contrainte de jouer un rôle de
second plan ou même marginal. Cela ne lui a pas permis d'exprimer pleinement
les richesses d'intelligence et de sagesse que renferme la féminité. Au cours de
l'histoire, en effet, les femmes ont souvent souffert du peu de considération
accordée à leurs capacités et, parfois, même de dédain et de préjugés injustes.
Il s'agit d'un état de choses qui, malgré des changements importants, persiste
malheureusement encore aujourd'hui dans bien des pays et dans de nombreux
milieux dans le monde.

19
4. La figure de Marie manifeste une telle estime pour la femme de la part de
Dieu qu'elle prive de fondement théorétique toute forme de discrimination.

L'œuvre admirable accomplie par le Créateur en Marie offre aux hommes et aux
femmes la possibilité de découvrir des dimensions de leur condition qui
n'avaient pas été suffisamment perçues auparavant. En contemplant la Mère du
Seigneur, les femmes pourront mieux comprendre leur dignité et la grandeur de
leur mission. Mais les hommes également, à la lumière de la Vierge Mère,
pourront avoir une vision plus complète et plus équilibrée de leur identité, de la
famille et de la société.

Une réflexion attentive sur la figure de Marie, telle que nous la présente la
Sainte Écriture lue dans la foi de l'Église, est encore plus nécessaire devant la
dévaluation qui en a parfois été faite par certains courants féministes. La Vierge
de Nazareth a été présentée, en certains cas, comme le symbole de la
personnalité féminine enfermée dans un horizon domestique restreint et étroit.

Marie, au contraire, constitue le modèle du plein développement de la vocation


de la femme car elle a exercé, malgré les limites objectives mises à sa condition
sociale, une influence immense sur le destin de l'humanité et la transformation
de la société.

5. De plus, la doctrine mariale peut mettre en lumière les multiples manières par
lesquelles la vie de la grâce promeut la beauté spirituelle de la femme.

Devant la honteuse utilisation de l'image de la femme de la part de ceux qui font


parfois d'elle un objet sans dignité, destiné à la satisfaction de passions
abjectes, Marie réaffirme le sens sublime de la beauté féminine, don et reflet de
la beauté de Dieu.

Il est vrai que la perfection de la femme, telle qu'est s'est réalisée en plénitude
chez Marie, peut sembler à première vue un cas exceptionnel, sans possibilité
d'imitation, un modèle trop élevé pour être imité. De fait, la sainteté unique de
celle qui, dès le premier instant, a reçu le privilège de la conception immaculée,
a été parfois considérée comme le signe d'une distance infranchissable.

20
Mais, au contraire, la très haute sainteté de Marie, loin de freiner notre marche
à la suite du Seigneur, est destinée, dans le dessein divin, à encourager tous
les chrétiens à s'ouvrir à la puissance sanctificatrice de la grâce de Dieu, à qui
rien n'est impossible. En Marie, donc, tous sont appelés à une confiance totale
dans la toute-puissance divine qui transforme les cœurs, les conduisant à une
entière disponibilité à son providentiel projet d'amour.

LA PRESENCE DE MARIE AU CONCILE VATICAN II6

Cher(e) ami(e)s ,

1. Je voudrais réfléchir aujourd'hui sur la présence particulière de Marie dans un


événement ecclésial qui est sûrement le plus important de notre siècle : le
Concile œcuménique Vatican II, ouvert par le Pape Jean XXIII le matin du 11
octobre 1962, et conclu par Paul VI le 8 décembre 1965.
6
Audience générale du 13 décembre 1995
21
Une tonalité mariale particulière caractérise en effet les Assises conciliaires dès
leur indiction. Déjà dans sa Lettre apostolique Celebrandi Concilii oecumenici,
mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Jean XXIII, avait demandé que
l'on recoure à la puissante intercession de Marie, "Mère de la grâce et Patronne
céleste du Concile" (11 avril 1961, AAS 53 [1961], 242).

Puis, en 1962, en la fête de la Purification de Marie, le Pape Jean XXIII fixait


l'ouverture du Concile au 11 octobre ; il expliquait qu'il avait choisi cette date en
souvenir du grand Concile d'Éphèse qui, précisément à cette date, avait
proclamé Marie : "Theotokos, Mère de Dieu" (Motu proprio Concilium : AAS 54
[1962], 67-68). Et dans son discours d'ouverture, le Pape confiait le Concile à
celle qui est le "Secours des chrétiens, le Secours des évêques", et il implorait
son assistance maternelle pour un heureux déroulement des travaux
conciliaires (AAS 54 [1962], 795).

C'est également vers Marie que les Pères conciliaires dirigent expressément
leur pensée dans leur Message au monde, à l'ouverture du Concile. Ils affirment
: "Nous, successeurs des Apôtres, tous unis dans la prière avec Marie, la Mère
de Jésus, nous formons un seul Corps apostolique" (Acta synodalia, I, I, 254),
se rattachant ainsi, par cette communion avec Marie, à l'Église des origines qui
attendait l'Esprit Saint (cf. Ac 1, 14).

2. Lors de la seconde session du Concile, on proposa d'introduire l'exposé sur


la Bienheureuse Vierge Marie dans la Constitution sur l'Eglise. Une initiative qui,
bien qu'elle fût expressément recommandée par la Commission théologique,
suscita des opinions divergentes.

Certains, considérant que cette initiative était insuffisante pour souligner la


mission tout à fait spéciale de la Mère de Jésus dans l'Église, soutenaient que
seul un Document à part pouvait exprimer la dignité, la prédominance, la
sainteté exceptionnelle et le rôle singulier de Marie dans la Rédemption
accomplie par son Fils. Plaçant en outre Marie, d'une certaine manière, au-
dessus de l'Église, ils craignaient que ce choix d'insérer la doctrine mariale dans
le traité sur l'Église ne mette pas suffisamment en évidence les privilèges de
Marie, et ramène sa fonction au niveau de celle des autres membres de l'Église
(Acta synodalia, II, III, 338-342).

22
Au contraire, d'autres se prononçaient en faveur de la proposition de la
Commission théologique visant à inclure en un unique Document la doctrine sur
Marie et sur l'Église. Selon ces derniers, ces réalités ne pouvaient être séparées
dans un Concile qui se proposait de redécouvrir l'identité et la mission du
Peuple de Dieu, et qui devait donc montrer leurs liens étroits avec celle qui est
le type et l'exemple de l'Église par sa virginité et sa maternité. En effet, en sa
qualité de membre éminent de la communauté ecclésiale, la Bienheureuse
Vierge occupe une place spéciale dans la doctrine de l'Eglise. De plus, en
mettant l'accent sur le lien existant entre Marie et l'Église, on rendait la doctrine
mariale proposée par le Concile plus compréhensible pour les chrétiens de la
Réforme (Acta synodalia, II, III, 343-345).

En exprimant des positions doctrinales différentes, les Pères conciliaires,


animés d'un même amour pour Marie, tendaient ainsi à privilégier des aspects
différents de sa personne. Les uns contemplaient Marie principalement dans sa
relation au Christ, les autres la considéraient plutôt comme membre de l'Eglise.

3. Après une discussion doctrinalement riche, attentive à la dignité de la Mère


de Dieu et à sa présence particulière dans la vie de l'Eglise, on décida d'inclure
le traité marial dans le Document conciliaire sur l'Église (cf. Acta synodalia, II,
III, 627).

Le nouveau schéma sur la Bienheureuse Vierge Marie, élaboré afin qu'il fût
intégré dans la Constitution dogmatique sur l'Église, manifeste un réel progrès
doctrinal. L'accent mis sur la foi de Marie, ainsi que la préoccupation plus
systématique de fonder la doctrine mariale sur l'Écriture, constituent des
éléments importants et utiles pour enrichir la piété et le respect du peuple
chrétien pour la Bienheureuse Mère de Dieu.

En outre, avec le temps, le danger de "réductionnisme", que redoutaient


certains Pères, s'est avéré sans fondement : la mission et les privilèges de
Marie ont été très largement réaffirmés ; sa coopération au plan divin de salut a
été mise en relief ; l'harmonie de cette coopération avec l'unique médiation du
Christ est devenue plus évidente.

23
De plus, le Magistère conciliaire proposait pour la première fois à l'Eglise un
exposé doctrinal sur le rôle de Marie dans l'œuvre de la Rédemption accomplie
par le Christ et dans la vie de l'Église.

Nous devons donc considérer ce choix des Pères conciliaires, qui s'est révélé
très fécond pour le travail doctrinal qui a suivi, comme une décision vraiment
providentielle.

4. Les sessions conciliaires ont montré le souhait de nombreux Pères d'enrichir


encore la doctrine mariale par d'autres affirmations sur le rôle de Marie dans
l'œuvre du salut. Le contexte particulier dans lequel se déroula le débat
mariologique au Concile Vatican II ne permit pas de répondre à ces vœux –
bien qu'ils fussent argumentés et assez largement partagés – mais l'ensemble
de la réflexion conciliaire sur Marie demeure vigoureux et équilibré, et ces
thèmes, même s'ils n'ont pas été pleinement accueillis, ont occupé une place
importante dans l'ensemble de la réflexion.

Ainsi, les hésitations de certains Pères face au titre de "Médiatrice"' n'ont pas
empêché le Concile d'utiliser une fois ce titre et d'affirmer en d'autres termes la
fonction médiatrice de Marie, de son consentement donné à l'annonce de l'Ange
jusqu'à sa maternité dans l'ordre de la grâce (cf. Lumen gentium, 62). De plus,
le Concile affirme sa "coopération absolument sans pareille" à l'œuvre qui
restaure la vie surnaturelle dans les âmes (LG, 61). Enfin, même s'il évite
d'employer le titre de "Mère de l'Eglise ", le texte de Lumen gentium souligne
clairement la vénération que l'Eglise porte à Marie en tant que Mère très
aimante.

De tout l'exposé du chapitre VIII de la Constitution dogmatique sur l'Eglise, il


ressort clairement que les précautions employées en matière de terminologie
n'ont pas empêché que l'on expose une doctrine fondamentale très riche et très
positive, expression de la foi et de l'amour que l'Eglise porte à celle qu'elle
reconnaît comme Mère et Modèle de sa vie.

Par ailleurs, les différents points de vue des Pères, qui sont apparus au cours
du débat conciliaire, se sont révélés providentiels car, se fondant en une
composition harmonieuse, ils ont donné à la foi et à la dévotion du peuple

24
chrétien, une présentation plus complète et plus équilibrée de l'admirable
identité de la Mère du Seigneur et de son rôle exceptionnel dans l'œuvre de la
Rédemption.

L’IMMACULEE CONCEPTION7

Cher(e) ami(e)s

1. Nous avons vu dans nos catéchèses précédentes que, dans la réflexion


doctrinale de l'Église d'Orient, l'expression "pleine de grâce " fut interprétée dès
le VIe siècle dans le sens d'une sainteté singulière qui saisit Marie dans toute
son existence. Elle inaugure ainsi la création nouvelle.

À côté du récit lucanien de l'Annonciation, la Tradition et le Magistère ont vu


dans ce que l'on appelle le Protévangile (Gn 3, 15) une source scripturaire de la
vérité de l'Immaculée Conception de Marie. Ce texte a inspiré, à partir de

7
Audience générale du 29 mai 1996
25
l'ancienne traduction latine : " Elle t'écrasera la tête ", de nombreuses
représentations de l'Immaculée qui écrase le serpent sous ses pieds.

Nous avons déjà eu l'occasion de rappeler que cette traduction ne correspond


pas au texte hébreu, où ce n'est pas la femme, mais bien sa descendance, qui
écrase la tête du serpent. Ce texte n'attribue donc pas à Marie, mais à son Fils,
la victoire sur Satan. Cependant, puisque la tradition biblique établit une
profonde solidarité entre celle qui engendre et sa descendance, la
représentation de l'Immaculée qui écrase le serpent est cohérente avec le sens
originel du passage : elle le fait non pas par sa propre force mais par grâce de
son Fils.

2. Dans ce même texte biblique, on proclame en outre l'inimitié entre la femme


et sa descendance, d'une part, et le serpent et sa descendance, d'autre part. Il
s'agit d'une hostilité expressément établie par Dieu, qui prend un relief singulier
si nous considérons le problème de la sainteté personnelle de la Vierge. Pour
être l'ennemie inconciliable du serpent et de sa descendance, Marie doit être
exempte de toute domination du péché. Et cela dès le premier moment de son
existence.

À cet égard, l'Encyclique Fulgens corona, publiée par le Pape Pie XII en 1953
pour commémorer le centenaire de la définition du dogme de l'Immaculée
Conception, propose cette argumentation : "Si, à un moment donné, la
Bienheureuse Vierge Marie était restée privée de la grâce divine, parce que
souillée dans sa conception par la tache héréditaire du péché, il y aurait eu
entre elle et le serpent – du moins pendant cet espace de temps, si court qu'il
eût été – non pas l'éternelle inimitié dont il est fait mention depuis la tradition
primitive jusqu'à la définition solennelle de l'Immaculée Conception de la Vierge,
mais bien plutôt un certain asservissement (AAS 45 [1953], 579) (DC 1953, no
1158, col. 1283. NDLR).

L'hostilité absolue établie par Dieu entre la femme et le démon postule donc en
Marie l'Immaculée Conception, c'est-à-dire une absence totale de péché, dès le
début de sa vie. Le Fils de Marie a remporté la victoire définitive sur Satan et en
a fait bénéficier par anticipation sa Mère, la préservant du péché. En
conséquence, le Fils lui a accordé le pouvoir de résister au démon, réalisant

26
ainsi dans le mystère de l'Immaculée Conception l'effet le plus notable de son
œuvre rédemptrice.

3. L'appellation " pleine de grâce " et le Protévangile, en attirant notre attention


sur la sainteté spéciale de Marie et sur sa complète exemption de l'influence de
Satan, nous font comprendre, dans le privilège unique que le Seigneur a
accordé à Marie, qu'un ordre nouveau commence, qui est le fruit de l'amitié
avec Dieu et qui comporte, par conséquent, une inimitié profonde entre le
serpent et les hommes.

Comme témoignage biblique en faveur de l'Immaculée Conception de Marie, on


cite souvent, aussi, le chapitre XII de l'Apocalypse, où l'on parle de " la femme
revêtue de soleil" (12, 1). L'exégèse actuelle est d'accord pour voir en cette
femme la communauté du Peuple de Dieu, qui engendre dans la douleur le
Messie ressuscité. Mais, à côté de cette interprétation collective, le texte
suggère une interprétation individuelle lorsqu'il affirme : "La Femme mit au
monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les
menant avec un sceptre de fer" (12, 5). On admet ainsi, par cette référence à
l'enfantement, une certaine identification de la femme revêtue de soleil avec
Marie, la Femme qui a mis le Messie au monde (" à la lumière "). La femme-
communauté est décrite en effet sous les apparences de la femme-Mère de
Jésus.

Caractérisée par sa maternité, la femme " était enceinte, et elle criait, torturée
par les douleurs de l'enfantement" (12, 2). Cette annotation renvoie à la Mère
de Jésus au pied de la Croix (cf. Jn 19, 25) où elle participe, le cœur transpercé
par une épée (cf. Lc 2, 35), au travail de l'enfantement de la communauté des
disciples. Malgré ses souffrances, elle est " revêtue de soleil " – c'est-à-dire
qu'elle porte le reflet de la splendeur divine – et elle apparaît comme un " signe
grandiose" du rapport sponsal de Dieu avec son peuple.

Même si elles n'indiquent pas directement le privilège de l'Immaculée


Conception, ces images peuvent être interprétées comme des expressions de
l'amour du Père qui entoure Marie de la grâce du Christ et de la splendeur de
l'Esprit.

27
Enfin, l'Apocalypse invite à reconnaître plus particulièrement la dimension
ecclésiale de la personnalité de Marie : la femme revêtue de soleil représente la
sainteté de l'Église, qui se réalise pleinement dans la Sainte Vierge, en vertu
d'une grâce singulière.

4. À ces affirmations scripturaires auxquelles se réfèrent la Tradition et le


Magistère pour fonder la doctrine de l'Immaculée Conception, paraissent
s'opposer les textes bibliques qui affirment l'universalité du péché.

L'Ancien Testament parle d'une contagion due au péché qui touche tout " petit
né d'une femme " (Ps 50, 7 ; Jb 14, 2). Dans le Nouveau Testament, Paul
déclare que, à la suite de la faute d'Adam, "tous ont péché " et que "la faute
commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation " (Rm 5, 12.
18). Donc, comme le rappelle le Catéchisme de l'Eglise catholique, le péché
originel "affecte la nature humaine" qui se trouve ainsi " dans un état déchu ".
Aussi le péché est-il transmis "par propagation à toute l'humanité, c'est-à-dire
par la transmission d'une nature humaine privée de la sainteté et de la justice
originelles" (n. 404). Paul admet cependant une exception à cette loi
universelle : le Christ, celui " qui n'a pas connu le péché " (2 Co 5, 21) et qui a
pu ainsi faire surabonder la grâce " là où le péché a abondé " (Rm 5, 20).

Ces affirmations ne portent pas nécessairement à la conclusion que Marie a été


impliquée dans l'humanité pécheresse. Le parallèle, établi par Paul, entre Adam
et le Christ, est complété par celui qui existe entre Ève et Marie : le rôle,
important, de la femme dans le drame du péché, l'est aussi dans la rédemption
de l'humanité.

Saint Irénée présente Marie comme la nouvelle Ève qui, par sa foi et son
obéissance, a fait contrepoids à l'incrédulité et à la désobéissance d'Ève. Un tel
rôle dans l'économie du salut requiert l'absence de péché. Il convenait que
comme le Christ, nouvel Adam, Marie, nouvelle Ève, n'eût pas connu le péché
et qu'elle fût ainsi plus apte à coopérer à la rédemption.

Le péché qui traverse l'humanité comme un torrent, s'arrête devant le


Rédempteur et sa fidèle Collaboratrice. Avec une différence substantielle : le
Christ est totalement saint en vertu de la grâce qui, dans son humanité, découle

28
de la personne divine ; Marie est toute sainte en vertu de la grâce reçue par les
mérites du Sauveur.

LA PARFAITE SAINTETE DE MARIE8

Lc 11, 27-28

Cher(e) ami(e)s ,

1. La définition du dogme de l'Immaculée Conception ne concerne directement


que le premier moment de l'existence de Marie, à partir duquel elle a été
"préservée intacte de toute souillure due au péché originel". Le Magistère
pontifical a voulu ainsi ne définir que la vérité qui avait fait l'objet de
controverses au cours des siècles : la préservation du péché originel, sans se
préoccuper de définir la sainteté permanente de la Vierge Mère du Seigneur.
8
Audience générale du 15 mai 1996
29
Cette vérité appartient déjà au sentiment commun du peuple chrétien. Celui-ci
atteste en effet que Marie, exempte du péché originel, a été également
préservée de tout péché actuel et que sa sainteté initiale lui a été accordée afin
qu'elle remplisse toute son existence.

2. L'Église a constamment reconnu que Marie était sainte et exempte de tout


péché ou imperfection morale. Le Concile de Trente exprime cette conviction en
affirmant que personne "ne peut éviter, durant toute sa vie, tout péché, même
véniel, à moins d'un privilège spécial de Dieu, comme l'Église le tient pour la
Vierge Marie" (DS, 1573). La possibilité de pécher n'épargne pas le chrétien
transformé et renouvelé par la grâce. En effet, celle-ci ne préserve pas de tout
péché durant toute la vie, à moins que, comme l'affirme le Concile de Trente, un
privilège spécial assure cette immunité du péché. C'est ce qui s'est passé pour
Marie.

Le Concile de Trente n'a pas voulu définir ce privilège mais il a déclaré que
l'Eglise l'affirme avec vigueur: "Tenet" (Elle le tient), c'est-à-dire elle le retient
fermement. Il s'agit d'un choix qui, loin de reléguer cette vérité parmi les
croyances pieuses ou les opinions dévotionnelles, en confirme le caractère de
doctrine solide, bien présente dans la foi du Peuple de Dieu. Du reste, cette
conviction se fonde sur la grâce attribuée à Marie par l'ange, au moment de
l'Annonciation. En l'appelant "pleine de grâce" (" kecharitoméne "), l'ange
reconnaît en elle la femme dotée d'une perfection permanente et d'une
plénitude de sainteté, sans l'ombre d'une faute ou d'une imperfection d'ordre
moral ou spirituel.

3. Certains Pères de l'Église des premiers siècles, qui n'avaient pas encore
acquis la conviction de sa parfaite sainteté, ont attribué à Marie des
imperfections ou des défauts moraux. Même des auteurs récents ont faite leur
cette position. Mais les textes évangéliques cités pour justifier ces opinions ne
permettent absolument pas de fonder l'attribution d'un péché, ou même
seulement d'une imperfection morale, à la Mère du Rédempteur.

La réponse de Jésus à sa Mère, alors qu'il avait 12 ans: " Pourquoi me


cherchiez-vous? Ne le saviez-vous pas? C'est chez mon Père que je dois être"
(Lc 2, 49), a été parfois interprétée comme un reproche voilé. Une lecture

30
attentive de l'épisode fait comprendre au contraire que Jésus n'a pas reproché à
sa Mère et à Joseph de le chercher, puisqu'ils avaient la responsabilité de
veiller sur lui.

Rencontrant Jésus après une recherche tourmentée, Marie se borne à lui


demander seulement le "pourquoi" de son comportement : "Mon enfant,
pourquoi nous as-tu fait cela?" (Lc 2, 48). Et Jésus répond par un autre
"pourquoi", s'abstenant de tout reproche et faisant allusion au mystère de sa
filiation divine.

Les paroles prononcées à Cana : "Femme, que me veux-tu? Mon heure n'est
pas encore venue" (Jn 2, 4), ne peuvent pas, elles non plus, être interprétées
comme un reproche. Devant le probable souci qu'aurait provoqué chez les
époux le manque de vin, Marie s'adresse à Jésus avec simplicité, en lui confiant
le problème. Tout en étant conscient d'être le Messie tenu de n'obéir qu'à la
volonté de son Père, Jésus accède à la demande implicite de sa Mère. Surtout,
il répond à la foi de la Vierge et commence ainsi ses miracles, manifestant sa
gloire.

4. Certains ont interprété de manière négative la déclaration de Jésus lorsque,


au début de sa vie publique, Marie et ses parents demandent à le voir. En nous
rapportant la réponse de Jésus à qui lui disait : "Ta mère et tes frères sont là
dehors, qui veulent te voir", l'évangéliste Luc nous donne la clef de lecture du
récit, que l'on doit comprendre à partir des dispositions intérieures de Marie,
bien différentes de celles des "frères" (cf. Jn 7, 5). Jésus répond : "Ma mère et
mes frères sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en
pratique" (Lc 8, 21). Dans le récit de l'Annonciation, Luc a montré en effet
comment Marie a été le modèle de l'écoute de la Parole de Dieu et de la docilité
généreuse. Interprété dans cette perspective, l'épisode propose un grand éloge
de Marie, qui a accompli parfaitement dans sa vie le dessein divin. Les paroles
de Jésus, tout en s'opposant à la tentative de ses frères, exaltent la fidélité de
Marie à la volonté de Dieu et la grandeur de sa maternité, qu'elle a vécue non
seulement physiquement mais aussi spirituellement.

En lui décernant cette louange indirecte, Jésus use d'une méthode particulière :
il met en évidence la noblesse du comportement de Marie, à la lumière

31
d'affirmations de portée plus générale, et montre mieux la solidarité et la
proximité de la Vierge avec l'humanité dans le difficile chemin de la sainteté.

Enfin, les paroles : "Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la
mettent en pratique" (Lc 11, 28), prononcées par Jésus pour répondre à la
femme qui déclarait sa Mère bienheureuse, loin de mettre en doute la perfection
personnelle de Marie, mettent en relief son accomplissement fidèle de la Parole
de Dieu : c'est ainsi que l'Église les a comprises, en insérant cette expression
dans les célébrations liturgiques en l'honneur de Marie.

Le texte évangélique suggère en effet que, par cette déclaration, Jésus a voulu
révéler que c'est bien dans l'union intime avec Dieu et l'adhésion parfaite à la
Parole de Dieu que se trouve le motif le plus grand de la "béatitude" de sa Mère.

5. Le privilège spécial accordé par Dieu à la "Toute Sainte " nous conduit à
admirer les merveilles réalisées dans sa vie par la grâce. Il nous rappelle de
plus que Marie a toujours et totalement appartenu au Seigneur, et qu'aucune
imperfection n'a compromis la parfaite harmonie entre elle et Dieu.

Son histoire terrestre est donc caractérisée par le développement constant et


sublime de la foi, de l'espérance et de la charité. Aussi Marie est-elle pour les
croyants le signe lumineux de la Miséricorde divine et le guide sûr vers les
hautes cimes de la perfection évangélique et de la sainteté.

32
LA VIRGINITE DE MARIE, VERITE DE FOI9
Mt 1, 20-23

Cher(e) ami(e)s ,

1. L'Église a constamment tenu que la virginité de Marie était une vérité de foi,
accueillant ainsi et approfondissant le témoignage des Évangiles de Luc, de
Matthieu et, probablement, de Jean. Dans l'épisode de l'Annonciation,
l'évangéliste Luc appelle Marie "vierge ", faisant allusion aussi bien à son
intention de persévérer dans la virginité qu'au dessein divin qui concilie ce
propos avec sa maternité prodigieuse. L'affirmation de la conception virginale,
due à l'action de l'Esprit Saint, exclut toute hypothèse de parthénogénèse
naturelle comme aussi les tentatives d'expliquer le récit lucanien comme une
explicitation d'un thème hébraïque ou un écho d'une légende mythologique
païenne.

9
Audience générale du 10 juillet 1996
33
La structure du texte lucanien (cf. Lc 1, 26-38 ; 2, 19. 51) résiste à toute
interprétation réductrice. Sa cohérence ne permet pas de soutenir valablement
des mutilations des termes ou des expressions qui affirment la conception
virginale opérée par le Saint-Esprit.

2. L'évangéliste Matthieu, rapportant l'annonce de l'ange à Joseph, affirme tout


comme Luc la conception opérée " par l'Esprit Saint ", à l'exclusion de toute
relation conjugale.

En outre, la conception virginale de Jésus est communiquée à Joseph en un


second moment : il ne s'agit pas pour lui d'une invitation à donner un
consentement préalable à la conception du Fils de Marie, fruit de l'intervention
surnaturelle de l'Esprit Saint et de la coopération de la seule mère. Il est
seulement appelé à accepter librement son rôle d'époux de la Vierge et une
mission paternelle à l'égard de l'enfant.

Matthieu présente l'origine virginale de Jésus comme l'accomplissement de la


prophétie d'Isaïe : "Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils,
auquel on donnera le nom d'Emmanuel, qui se traduit : "Dieu avec nous" " (Mt
1, 23 ; cf. Is 7,14) Ainsi Matthieu nous amène à penser que la conception
virginale de Jésus a été objet de réflexion dans la première communauté
chrétienne, qui a compris sa conformité avec le dessein divin de salut et son
lien avec l'identité de Jésus, "Dieu avec nous ".

3. A la différence de Luc et de Matthieu, l'Évangile de Marc ne parle pas de la


conception et de la naissance de Jésus. Pourtant, il est remarquable que Marc
ne mentionne jamais le nom de Joseph, époux de Marie. Jésus est appelé " le
fils de Marie ", originaire de Nazareth, ou bien, dans un autre contexte, à
plusieurs reprises," le Fils de Dieu " (3 ; 11 ; 5, 7 ; cf. 1, 1. 11 ; 9, 7 ; 14, 61. 62 ;
15, 29). Ces données sont en harmonie avec la foi dans le mystère de sa
génération virginale. Cette vérité, selon une découverte exégétique récente,
serait également contenue au verset 13 du Prologue de l'Évangile de Jean, que
certains auteurs anciens (par exemple Irénée et Tertullien) présentent, non pas
sous sa forme plurielle habituelle mais au singulier : " Il n'est pas né de la chair
et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : il est né de
Dieu ". Cette version au singulier ferait du Prologue de Jean une des

34
attestations majeures de la génération virginale de Jésus, inscrite dans le
contexte du mystère de l'Incarnation.

L'affirmation paradoxale de Paul : " Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a
envoyé son Fils. Il est né d'une femme... pour faire de nous des fils" (Ga 4, 4-5),
ouvre la voie à l'interrogation sur la personnalité de ce Fils et donc sur sa
naissance virginale.

Ce témoignage uniforme des Évangiles atteste combien la foi en la conception


virginale de Jésus a été solidement enracinée dans divers milieux de l'Église
primitive. Et cela prive de tout fondement certaines interprétations récentes qui
comprennent la conception virginale dans un sens non pas physique ou
biologique, mais seulement dans un sens symbolique ou métaphorique : elle
désignerait Jésus comme un don de Dieu à l'humanité. On doit dire la même
chose de l'opinion avancée par d'autres, selon lesquels le récit de la conception
virginale serait au contraire un " theologoumenon ", c'est-à-dire une manière
d'exprimer une doctrine théologique, celle de la filiation divine de Jésus, ou
serait sa représentation mythologique.

Comme nous l'avons vu, les Évangiles contiennent l'affirmation explicite d'une
conception virginale d'ordre biologique, opérée par le Saint-Esprit, et l'Église a
fait sienne cette vérité dès les premières formulations de la foi (cf. Catéchisme
de l'Église catholique, 496).

4. La foi exprimée dans les Évangiles est confirmée, sans interruption, par la
tradition postérieure. Les formules de foi des premiers auteurs chrétiens
postulent l'affirmation de la naissance virginale : Aristide, Justin, Irénée,
Tertullien sont en accord avec saint Ignace d'Antioche qui proclame Jésus "
vraiment né d'une vierge" (Aux Smyrn., 1, 2). Ces auteurs veulent parler d'une
génération virginale de Jésus réelle et authentique, et ils sont loin de n'affirmer
qu'une virginité seulement morale ou un vague don de grâce manifesté par la
naissance de l'enfant.

Les définitions solennelles de foi des Conciles œcuméniques et du Magistère


pontifical qui font suite aux premières formules de foi, sont en parfaite
consonance avec cette vérité. Le Concile de Chalcédoine (451), dans sa

35
profession de foi rédigée avec un très grand soin et au contenu défini de
manière infaillible, affirme que le Christ a été " engendré... selon l'humanité, en
ces derniers jours, pour nous et pour notre salut, de la Vierge Marie, Mère de
Dieu " (DS, 301). Pareillement, le troisième Concile de Constantinople (681)
proclame que Jésus-Christ a été " engendré... selon l'humanité, de l'Esprit Saint
et de la Vierge Marie, elle qui est proprement et en toute vérité la Mère de Dieu"
(DS, 555). D'autres Conciles œcuméniques (IIe de Constantinople, IVe du
Latran, IIe de Lyon) déclarent Marie " toujours vierge ", soulignant sa virginité
perpétuelle (DS, 423, 801, 852). Ces affirmations ont été reprises par le Concile
Vatican II, mettant en évidence le fait que Marie " par sa foi et son obéissance...
engendra sur terre le Fils même du Père, sans connaître d'homme, mais sous
l'ombre de l'Esprit Saint" (LG, 63).

Il faut ajouter aux définitions conciliaires celles du Magistère pontifical relatives


à la conception immaculée de la " Bienheureuse Vierge Marie" (DS, 2803) et à
l'Assomption de la "Mère immaculée de Dieu, toujours vierge " (DS, 3903).

5. Même si les définitions du Magistère, à l'exception du Concile du Latran de


649, voulu par le Pape Martin 1er, ne précisent pas le sens de l'appellation "
vierge ", il est clair que ce terme est employé dans son sens habituel :
l'abstention volontaire d'actes sexuels et la préservation de l'intégrité corporelle.
En tout cas, l'intégrité physique est retenue comme essentielle à la vérité de foi
de la conception virginale de Jésus (cf. Catéchisme de l'Église catholique, 496).

La désignation de Marie comme " sainte, toujours vierge, immaculée ", attire
l'attention sur le lien entre sainteté et virginité. Marie a voulu une vie virginale,
parce qu'elle était animée par le désir de donner tout son cœur à Dieu.

L'expression employée dans la définition de l'Assomption, "l'Immaculée Mère de


Dieu, toujours Vierge ", suggère aussi le lien existant entre la virginité et la
maternité de Marie : deux prérogatives miraculeusement unies dans
l'engendrement de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Ainsi la virginité de Marie
est-elle intimement liée à sa divine maternité et à sa parfaite sainteté.

36
MARIE ET LA NAISSANCE DE JESUS
Lecture : Lc 2, 6-7 10
Cher(e) ami(e)s ,

1. Dans son récit de la naissance de Jésus, l'évangéliste Luc rapporte certains


faits qui aident à mieux comprendre la signification de l'événement.

Il rappelle tout d'abord le recensement ordonné par l'empereur Auguste, qui


oblige Joseph, " de la Maison de David ", et Marie son épouse, à se rendre
"dans la ville de David, appelée Bethléem" (Lc 2, 4).

Quand il nous informe sur les circonstances qui furent celles du voyage et de
l'enfantement, l'Evangéliste nous présente une situation de gêne et de pauvreté,
qui fait entrevoir certaines caractéristiques fondamentales du Royaume
messianique : un Royaume sans honneurs ni pouvoirs terrestres, qui appartient

10
Audience générale du 20 novembre 1996
37
à Celui qui, dans sa vie publique, dira de lui-même : "Le Fils de l'homme n'a pas
où reposer la tête " (Lc 9, 58).

2. Le récit de Luc présente certaines annotations qui, en apparence, ne


semblent pas très importantes, dans l'intention de stimuler chez le lecteur une
meilleure compréhension du mystère de la Nativité et des sentiments de Celle
qui engendre le Fils de Dieu.

La description de l'événement de l'enfantement, raconté très simplement, nous


montre que Marie participe intensément à ce qui s'accomplit en elle : "Elle mit
au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une
mangeoire... " (Lc 2, 7). L'action de la Vierge est le résultat de sa pleine
disponibilité à coopérer au dessein de Dieu ; elle l'avait déjà manifestée lors de
l'Annonciation en disant : "Que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc 1,
38).

Marie vit l'expérience de l'enfantement dans une extrême pauvreté : elle ne peut
même pas donner au Fils de Dieu ce que les mères ont coutume de donner à
un nouveau-né ; elle doit, au contraire, le déposer dans une mangeoire ", un
berceau improvisé qui contraste avec la dignité du " Fils du Très-Haut ".

3. L'Évangile note qu'il " n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune"
(Lc 2, 7). Il s'agit d'une affirmation qui, rappelant le texte du Prologue de Jean :
"Les siens ne l'ont pas reçu " (1, 11), préfigure les nombreux refus que Jésus
subira au cours de sa vie terrestre. L'expression "pour eux" unit le Fils et la
Mère, et montre combien Marie est déjà associée au destin de souffrance de
son Fils et rendue participante de sa mission rédemptrice.

Récusé par "les siens ", Jésus est accueilli par des bergers, des hommes
frustes et qui ne jouissent pas d'une bonne réputation, mais qui sont choisis par
Dieu pour être les premiers destinataires de la bonne nouvelle de la naissance
du Sauveur. Le message que l'ange leur adresse est une invitation à se réjouir :
"Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie

38
pour tout le peuple " (Lc 2, 10) ; ce message s'accompagne d'une invitation à
surmonter toute peur : "Ne craignez pas !".

En effet, comme pour Marie au moment de l'Annonciation, la nouvelle de la


naissance de Jésus représente pour eux le grand signe de la bienveillance
divine à l'égard des hommes. Dans le divin Rédempteur, contemplé dans la
pauvreté de la grotte de Bethléem, on peut trouver une invitation à s'approcher
avec confiance de Celui qui est l'espérance de l'humanité.

Le cantique des anges " Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre
aux hommes qu'il aime ", que l'on peut aussi traduire par "aux hommes de la
bienveillance" (Lc 2,14), révèle aux bergers ce que Marie avait exprimé dans
son " Magnificat " : la naissance de Jésus est le signe de l'amour miséricordieux
de Dieu, qui se manifeste spécialement aux humbles et aux pauvres.

4. Les bergers répondent à l'invitation de l'ange avec enthousiasme et


empressement " Allons jusqu'à Bethléem pour voir ce qui est arrivé et que le
Seigneur nous a fait connaître " (Lc 2, 15).

Leur recherche n'est pas infructueuse : " Ils découvrirent Marie et Joseph, avec
le nouveau-né" (Lc 2,16). Comme nous le rappelle le Concile : "La Mère de Dieu
leur montra, heureuse... son Fils premier-né " (LG, 57). C'est l'élément
déterminant de leur vie.

Le désir spontané des bergers de raconter " ce qui leur avait été annoncé au
sujet de cet enfant" (Lc 2, 17), après l'extraordinaire expérience de la rencontre
de la Mère et de son Fils, suggère aux évangélisateurs de tous les temps
l'importance, et plus encore, la nécessité, d'entretenir un profond rapport
spirituel avec Marie, afin de mieux connaître Jésus et de devenir de joyeux
annonciateurs de son Évangile de salut.

Devant ces événements extraordinaires, Luc nous dit que Marie " retenait tous
ces événements et les méditait dans son cœur" (Lc 2,19). Alors que les bergers
passent d'une grande peur à l'admiration et à la louange, la Vierge, grâce à sa
foi, garde vivant le souvenir des événements concernant son Fils et les
approfondit en les repassant dans son cœur, c'est-à-dire au plus intime d'elle-

39
même. Elle suggère ainsi à une autre Mère, l'Église, de privilégier le don et
l'effort de la contemplation et de la réflexion théologique, pour pouvoir accueillir
le mystère du salut, le comprendre encore mieux et l'annoncer avec un élan
renouvelé aux hommes de chaque époque.

MARIE TOUJOURS VIERGE ("AEIPARTHENOS")11


Lecture : Lc 2, 4-7
Cher(e) ami(e)s ,
1. L'Eglise a toujours manifesté sa foi dans la virginité permanente de Marie.
Les textes les plus anciens, lorsqu'ils se réfèrent à la conception de Jésus, la
nomment tout simplement "Vierge", laissant toutefois entendre qu'ils
considéraient cette qualité comme un fait permanent, se rapportant à son
existence tout entière.

Les chrétiens des premiers siècles exprimèrent cette conviction de foi à travers
le terme grec "aeiparthenos" – "toujours vierge" créé pour qualifier de façon
unique et efficace la personne de Marie, et exprimer en une seule parole la foi
de l'Église dans sa virginité permanente. Nous le trouvons employé dans le
second symbole de foi de saint Epiphane, en 374, en relation avec
l'Incarnation : le Fils de Dieu "s'est incarné c'est-à-dire a été engendré

11
Audience générale du 28 août 1996
40
parfaitement de sainte Marie, la toujours vierge, par le Saint-Esprit" (Ancoratus,
119, 5 ; DS 44).

L'expression "toujours Vierge" est utilisée à nouveau par le IIe Concile de


Constantinople (553), qui affirme : "le Verbe de Dieu, s'étant incarné dans la
sainte et glorieuse Mère de Dieu et toujours Vierge Marie est né d'elle" (DS
422). Cette doctrine est confirmée par deux autres Conciles oecuméniques, le
Concile de Latran IV (1215) (DS 801) et le IIe Concile de Lyon (1274) (DS 852),
ainsi que par le texte de la définition du dogme de l'Assomption (1950) (DS
3903), où la virginité permanente de Marie est comptée au nombre des raisons
de son élévation, corps et âme, à la gloire céleste.

2. D'une manière synthétique, la tradition de l'Église a présenté Marie comme


"Vierge avant la naissance, au cours de la naissance, après la naissance",
affirmant, à travers l'indication de ces trois moments, qu'Elle n'a jamais cessé
d'être vierge.

De ces trois affirmations, celle de la virginité "avant la naissance" est, sans


aucun doute, la plus importante car elle fait référence à la conception de Jésus
et touche directement au mystère même de l'Incarnation. Dès le début, elle est
constamment présente dans la foi de l'Eglise.

La virginité "au cours de la naissance" et "après la naissance", bien qu'elle soit


implicitement contenue dans le titre de vierge, qui était déjà attribué à Marie à
l'aube de l'Église, devint l'objet d'un approfondissement doctrinal lorsque
certains commencèrent explicitement à la mettre en doute. Le Pape Hormisdas
précise que "le fils de Dieu est devenu Fils de l'homme, né dans le temps à la
façon d'un homme, ouvrant le sein de sa mère à sa naissance (cf. Lc 2, 23) et,
par la puissance de Dieu, n'ôtant pas la virginité de sa mère" (DS 368). La
doctrine est confirmée par le Concile Vatican II où l'on affirme que le Fils
premier-né de Marie a eu pour effet "non la perte mais la consécration de son
intégrité virginale" (LG, n. 57). Quant à la virginité après la naissance, il faut tout
d'abord remarquer qu'il n'y a pas de raison de penser que la volonté de rester

41
vierge, manifestée par Marie au moment de l'Annonciation (Lc 1, 34), ait changé
par la suite. En outre, le sens immédiat des paroles : "Femme, voici ton fils ", "
Voici ta mère " (Jn 19,26), que Jésus adresse de la croix à Marie et au disciple
préféré laisse supposer une situation qui exclut la présence d'autres enfants nés
de Marie.

Les détracteurs de la virginité après la naissance ont pensé avoir trouvé un


argument probant dans le terme " premier-né ", attribué à Jésus dans l'Évangile
(Lc 2,7) comme si cette expression laissait supposer que Marie ait engendré
d'autres enfants après Jésus. Mais la parole " premier-né " signifie littéralement
" enfant qui n'est pas précédé par un autre " et en soi, fait abstraction de l
"existence d'autres enfants. En outre, l'évangéliste souligne cette caractéristique
de l'Enfant, car la naissance du premier-né était accompagnée de plusieurs
célébrations importantes propres à la loi judaïque, indépendamment du fait que
la mère ait eu d'autres enfants. Chaque fils unique était donc l'objet de ces
obligations, car il était le " premier-né " (cf. Lc 2,23).

3. Selon certain, la virginité de Marie après la naissance serait niés par les
textes évangéliques qui rappellent l'existence de quatre " frères de Jésus " :
Jacques, Joseph, Simon et Juda (Mt 13, 55-56 ; Mc 6, 3) et de plusieurs sœurs.

Il faut rappeler que en hébreu comme en araméen, il n'existe pas de mot


particulier pour exprimer la parole " cousin ", et que les termes " frère " et " sœur
" avaient une signification très large, qui comprenaient plusieurs degrés de
parenté. En réalité, le terme " frère de Jésus " indique " les fils " d'une Marie
disciple du Christ (cf Mt 27,56), qui est désignée de façon significative comme "
l'autre Marie " (Mt 28,1). Il s'agit de proches parents de Jésus, selon une
expression parfois utilisées dans l'Ancien Testament (CCC, n.500).

La Très Sainte Vierge est donc la " toujours Vierge ". Cette prérogative est la
conséquence de la maternité divine, qui l'a totalement consacrée à la mission
rédemptrice du Christ.

42
43
MARIE, LA " NOUVELLE EVE "
Lecture : Lc 1, 35-3812

Cher(e) ami(e)s ,

1. Commentant l'épisode de l'Annonciation, le Concile Vatican II souligne tout


spécialement la valeur du consentement de Marie aux paroles du messager
divin. A l'inverse de ce qui se passe dans des récits bibliques analogues, l'ange
attend expressément ce consentement : " Le Père des miséricordes a voulu que
l'Incarnation fut précédée par une acceptation de la part de cette Mère
prédestinée, en sorte que, une femme ayant contribué à l'œuvre de mort, de
même une femme contribuât aussi à la vie " (LG, 56).

Lumen gentium rappelle le contraste entre le comportement d'Ève et celui de


Marie, que saint Irénée illustre en ces termes : "Comme celle-là - c'est-à-dire
Ève - avait été séduite par le discours d'un ange, de sorte qu'elle en vint à fuir
Dieu en trahissant sa parole, de même celle-ci - c'est-à-dire Marie - reçut la
bonne nouvelle d'un discours de l'Ange, en sorte qu'elle portât Dieu, obéissant à
sa parole. Et comme celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu,
celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu. Et ainsi la Vierge Marie devint
l'avocate de la vierge Ève. Et comme le genre humain avait été assujetti à la
mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge. Ainsi la désobéissance d'une
vierge a été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge" (Adv. Haer., 5, 19.
1).

2. En prononçant son " oui " total au projet divin, Marie est pleinement libre
devant Dieu. Dans le même temps, elle se sent personnellement responsable à
l'égard de l'humanité, dont l'avenir est lié à sa réponse.

Dieu remet entre les mains d'une jeune femme le destin de tous. Le "oui " de
Marie pose les prémices pour que se réalise le dessein que, dans son amour,
Dieu a prédisposé pour le salut du monde.

12
Audience générale du 18 septembre 1996
44
Le Catéchisme de l'Église catholique résume de manière synthétique et efficace
la valeur décisive pour toute l'humanité du libre consentement de Marie au plan
divin du salut : "La Vierge Marie a "coopéré au salut des hommes avec sa foi et
son obéissance libres". Elle a prononcé son oui "au nom de toute la nature
humaine". Par son obéissance, elle est devenue la nouvelle Ève, mère des
vivants " (n. 511).

3. Par son comportement, Marie rappelle donc à chacun d'entre nous la grave
responsabilité d'accueillir le projet divin sur notre vie. En obéissant sans réserve
à la volonté salvifique de Dieu manifestée par la parole de l'Ange, elle devient
un modèle pour ceux que le Seigneur proclame heureux parce qu'ils " écoutent
la Parole de Dieu et la mettent en pratique " (Lc 11, 28). En réponse à la femme
qui, dans la foule, proclame sa mère bienheureuse, Jésus montre le vrai motif
de la béatitude de Marie : l'adhésion à la volonté de Dieu qui l'a conduite à
l'acceptation de la maternité divine.

Dans mon Encyclique Redemptoris Mater, j'ai souligné que la nouvelle


maternité spirituelle dont parle Jésus, la concerne en tout premier lieu. En effet,
" Marie n'est-elle pas la première de ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la
mettent en pratique? Dans ces conditions, la bénédiction prononcée par Jésus
en réponse aux paroles de la femme anonyme ne la concerne-t-elle pas avant
tout? " (n. 20). Marie est ainsi, en un certain sens, proclamée première disciple
de son Fils (cf. ibid.) et, par son exemple, elle invite tous les croyants à
répondre généreusement à la grâce du Seigneur.

4. Le Concile Vatican II décrit dans un passage la consécration totale de Marie


à la personne et à l'œuvre du Christ : " Elle se livra elle-même intégralement,
comme la servante du Seigneur, à la personne et à l'œuvre de son Fils, pour
servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce du Dieu tout-puissant, au
service de la Rédemption " (LG, 56).

45
La consécration à la personne et à l'œuvre de Jésus signifie pour Marie l'union
intime avec son Fils, l'engagement maternel à promouvoir sa croissance
humaine et la coopération à son œuvre de salut.

Marie exerce ce dernier aspect de sa consécration à Jésus " sous Lui ", c'est-à-
dire dans une condition de subordination qui est le fruit de la grâce. Mais il s'agit
d'une véritable coopération car elle se réalise " avec Lui" et comporte, à partir
de l'Annonciation, une participation active à l'œuvre rédemptrice. "C'est donc à
juste titre - observe le Concile Vatican II - que les saints Pères considèrent
Marie comme apportant au salut des hommes non pas simplement la
coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi
et de son obéissance. En effet, comme dit saint Irénée, "par son obéissance,
elle est devenue pour elle [Ève] et pour tout le genre humain, cause de salut" "
(LG, 56).

Associée à la victoire du Christ sur le péché de nos premiers parents, Marie


apparaît comme la vraie "Mère des vivants" (ibid.). Sa maternité, librement
acceptée dans l'obéissance au dessein divin, devient source de vie pour toute
l'humanité.

46
LE TITRE DE MARIE, MERE DE DIEU 13
Lecture : Jn 20,28

Cher(e) ami(e)s ,

1. La contemplation du mystère de la naissance du Sauveur a conduit le peuple


chrétien à se tourner vers la Vierge sainte, non seulement en tant que Mère de
Jésus mais aussi à la reconnaître Mère de Dieu. Cette vérité a été approfondie et
comprise comme partie intégrante du patrimoine de la foi de l'Église dès les
premiers siècles de l'ère chrétienne, avant d'être solennellement proclamée par le
Concile d'Éphèse en 431.

Dans la première communauté chrétienne, au moment où les disciples prennent de


plus en plus conscience que Jésus est le Fils de Dieu, il devient évident que Marie
est la Theotokos, la Mère de Dieu. C'est un titre qui n'apparaît pas explicitement
dans les textes évangéliques, bien qu'on y trouve "la Mère de Jésus" et qu'on y
affirme qu'Il est Dieu (Jn 20, 28 ; cf. 5,18 ; 10, 30.33). Quoi qu'il en soit, Marie est
présentée comme Mère de l'Emmanuel, qui signifie " Dieu avec nous " (cf. Mt 1, 22-
23).

Dès le IIIe siècle, selon un ancien témoignage écrit, les chrétiens d'Egypte
s'adressaient à Marie avec cette prière " Sous ta protection nous cherchons refuge,
sainte Mère de Dieu ne méprise pas nos supplications, nous qui sommes dans
l'épreuve, et épargne nous tout danger, ô Vierge glorieuse et bénie " (Liturgie des
Heures). Dans ce témoignage ancien, l'expression Theotokos, " Mère de Dieu ",
apparaît pour la première fois de manière explicite.

Dans la mythologie païenne, il arrivait souvent qu'une déesse fût présentée comme
la mère d'un dieu. Zeus, par exemple, le dieu suprême, avait pour mère la déesse
Rea. Ce contexte a peut-être facilité chez les chrétiens l'usage du titre " Theotokos
", " Mère de Dieu " pour la mère de Jésus. Il faut remarquer cependant que ce titre
n'existait pas, mais qu'il a été créé par les chrétiens pour exprimer une foi qui

13
Audience générale du 27 novembre 1996
47
n'avait rien à voir avec la mythologie païenne, la foi dans la conception virginale,
dans le sein de Marie, de Celui qui était depuis toujours le Verbe éternel de Dieu.

2. Au IVe siècle, l'expression Theotokos est désormais fréquemment utilisée en


Orient et en Occident. La piété et la théologie font toujours davantage référence à
cette expression qui est entrée maintenant dans le patrimoine de la foi de l'Église.

On peut donc comprendre le grand mouvement de protestation qui se créa au Ve


siècle, quand Nestorius remit en question la légitimité du titre de " Mère de Dieu ".
En effet, étant enclin à ne considérer Marie que comme Mère de l'homme Jésus, il
soutenait que seule l'expression "Mère du Christ " était doctrinalement exacte.
Nestorius était tombé dans cette erreur à cause de sa difficulté à reconnaître l'unité
de la personne du Christ et à cause de sa fausse interprétation de la distinction
entre les deux natures -divine et humaine - qui Lui sont propres.

Le Concile d'Éphèse, en 431, condamne ses thèses et, affirmant la subsistance de


la nature divine et de la nature humaine dans l'unique personne du Fils, il proclama
Marie Mère de Dieu.

3. Les difficultés et les objections de Nestorius nous donnent une bonne occasion
de réfléchir pour comprendre et interpréter correctement ce titre. L'expression
Theotokos, qui signifie littéralement " celle qui a engendré Dieu ", peut surprendre à
première vue ; en effet, on peut se poser la question de savoir comment une
créature humaine engendre Dieu. La réponse de la foi de l'Église est claire : la
maternité divine de Marie se réfère uniquement à la génération humaine du Fils de
Dieu et non, à l'inverse, à sa génération divine. Le Fils de Dieu a été, depuis
toujours, engendré par Dieu le Père et il lui est consubstantiel. Dans cette
génération éternelle, Marie n'a évidemment aucun rôle. Cependant, le Fils de Dieu,
il y a 2 000 ans, a pris notre nature humaine et il a été alors conçu et enfanté par
Marie.

En proclamant Marie " Mère de Dieu ", l'Église veut, ainsi, affirmer qu'elle est la "
Mère du Verbe incarné, qui est Dieu ". Sa maternité, pourtant, ne concerne pas
toute la Trinité, mais uniquement la seconde Personne, le Fils qui, en s'incarnant, a
pris d'elle la nature humaine.
48
La maternité est une relation de personne à personne : une mère n'est pas
seulement mère du corps ou de la créature physique sortie de son sein, mais de la
personne qu'elle enfante. Marie, ayant donc engendré selon la nature humaine la
personne de Jésus, qui est une personne divine, est Mère de Dieu.

4. En proclamant Marie " Mère de Dieu ", l'Église professe dans une même
expression sa foi au sujet du Fils et de la Mère. Cette union apparaît déjà au
Concile d'Ephèse ; avec la définition de la maternité divine de Marie, les Pères ont
voulu mettre en évidence leur foi en la divinité du Christ. Malgré les objections,
anciennes et récentes, sur l'opportunité de reconnaître à Marie ce titre, les
chrétiens de tous les temps, en interprétant correctement la signification de cette
maternité, en ont fait une expression privilégiée de leur foi en la divinité du Christ et
de leur amour pour la Vierge.

Dans la Theotokos, l'Église reconnaît, d'une part, la garantie de la réalité de


l'Incarnation, car, comme l'affirme saint Augustin " Si la maternité n'est pas réelle, la
chair n'est pas réelle non plus... ni les plaies lors de la Résurrection " (Tract. in Ev.
bannis, 8, 6-7). D'autre part, elle contemple avec étonnement et elle célèbre avec
vénération l'immense grandeur que confère à Marie Celui qui a voulu être son fils.
L'expression " Mère de Dieu" s'adresse au Verbe de Dieu, qui, par l'Incarnation, a
accepté l'humilité de la condition humaine pour élever l'homme à la filiation divine.
Mais ce titre, à la lumière de la sublime dignité conférée à la Vierge de Nazareth,
proclame cependant la noblesse de la femme et sa très haute vocation. En effet,
Dieu considère Marie comme une personne libre et responsable et il ne réalise pas
l'Incarnation de son Fils sans avoir obtenu au préalable son consentement.

Suivant l'exemple des premiers chrétiens de l'Égypte, les fidèles se confient à Celle
qui, étant Mère de Dieu, peut obtenir de son divin Fils la grâce d'être libérés des
dangers et d'accéder au salut éternel.

49
PAPE EMERITE
BENOIT XVI

50
BENOIT XVI COMMENTE LE « MAGNIFICAT » 14
Lc 1, 46-50.54-5

46. Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, 47. mon esprit exulte en
Dieu mon Sauveur 48.Il s'est penché sur son humble servante; désormais tous
les âges me diront bienheureuse. 49. Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom ! 50. Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le
craignent. 51. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. 52. Il
renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. 53. Il comble de
bien les affamés, renvoie les riches les mains vides. 54. Il relève Israël son
serviteur, il se souvient de son amour, 55. de la promesse faite à nos pères, en
faveur d'Abraham et de sa race à jamais. »

Chers frères et sœurs,

1. Nous sommes désormais parvenus au terme du long itinéraire commencé il y


a précisément cinq ans, au printemps 2001, par mon bien-aimé prédécesseur,
l'inoubliable pape Jean-Paul II. En effet, le grand pape avait voulu parcourir
dans ses catéchèses toute la séquence des Psaumes et des Cantiques qui
constituent le tissu de prière fondamental de la liturgie des Laudes et des
Vêpres. Désormais parvenus à la fin de ce pèlerinage à travers les textes,
semblable à un voyage dans le jardin fleuri de la louange, de l'invocation, de la
prière et de la contemplation, nous laissons à présent la place à ce Cantique qui
scelle de manière idéale chaque célébration des Vêpres, le Magnificat (Lc 1, 46-
55).

C'est un chant qui révèle en filigrane la spiritualité des anawim bibliques, c'est-
à-dire de ces fidèles qui se reconnaissaient « pauvres » non seulement en vertu
de leur détachement de toute idolâtrie de la richesse et du pouvoir, mais
également en vertu de l'humilité profonde de leur cœur, dépouillé de la tentation
de l'orgueil, ouvert à l'irruption de la grâce divine salvatrice. En effet, tout le
Magnificat que nous venons d'entendre, interprété par la Chapelle Sixtine, est
marqué par cette « humilité », en grec tapeinosis, qui indique une situation
concrète de pauvreté et d'humilité.

14
Audience générale du Mercredi 15 février 2006
51
2. Le premier mouvement du cantique marial (cf. Lc 1, 46-50) est une sorte de
voix soliste qui s'élève vers le ciel pour atteindre le Seigneur. On peut en effet
noter la répétition constante de la première personne: «Mon âme... mon esprit...
mon Sauveur... me diront bienheureuse... fit pour moi des merveilles...». L'âme
de la prière est donc la célébration de la grâce divine qui a fait irruption dans le
cœur et l'existence de Marie, faisant d'elle la Mère du Seigneur. Nous
entendons vraiment la voix de la Madone, qui parle ainsi de son Sauveur, qui a
fait de grandes choses dans son âme et dans son corps.

La structure profonde de son chant de prière est donc la louange, l'action de


grâce, la joie reconnaissante. Mais ce témoignage personnel n'est pas solitaire
et intimiste, purement individualiste, car la Vierge Marie est consciente d'avoir
une mission à accomplir pour l'humanité et son histoire s'inscrit à l'intérieur de
l'histoire du salut. Et ainsi, elle peut dire: « Son amour s'étend d'âge en âge sur
ceux qui le craignent » (v. 50). Avec cette louange du Seigneur, la Madone
donne voix à toutes les créatures rachetées qui, dans son Fiat, et ainsi dans la
figure de Jésus né de la Vierge, trouvent la miséricorde de Dieu.

3. C'est là que se déroule le deuxième mouvement poétique et spirituel du


Magnificat (cf. vv. 51-55). Celui-ci fait davantage penser à un chœur, comme si,
à la voix de Marie, s'associait celle de toute la communauté des fidèles qui
célèbrent les choix surprenants de Dieu. Dans l'original grec de l'Evangile de
Luc, on trouve sept verbes à l'aoriste, qui indiquent tout autant d'actions que le
Seigneur accomplit de manière permanente dans l'histoire: « Déployant la force
de son bras... il disperse les superbes... il renverse les puissants... il élève les
humbles... il comble de biens les affamés... renvoie les riches... il relève Israël ».

Dans ces sept œuvres divines, le « style » dont s'inspire le comportement du


Seigneur de l'histoire est évident: il se range du côté des derniers. Il possède un
projet qui est souvent caché sous l'apparence terne des événements humains,
qui voient triompher « les superbes, les puissants et les riches ». Et pourtant, sa
force secrète est destinée à se révéler à la fin, pour montrer qui sont les
véritables préférés de Dieu: « Ceux qui le craignent », fidèles à sa parole; « les
humbles, les affamés, Israël son serviteur », c'est-à-dire la communauté du
Peuple de Dieu qui, comme Marie, est constituée par ceux qui sont « pauvres »,
purs et simples de cœur. C'est ce « petit troupeau » qui est invité à ne pas avoir

52
peur, car le Père a trouvé bon de lui donner son royaume (cf. Lc 12, 32). Et
ainsi, ce chant nous invite à nous associer à ce petit troupeau, à être réellement
membres du Peuple de Dieu, dans la pureté et dans la simplicité du cœur, dans
l'amour de Dieu.

4. Recueillons alors l'invitation que saint Ambroise nous adresse dans son
commentaire au texte du Magnificat. Le grand docteur de l'Eglise dit: « Qu'en
chacun ce soit l'âme de Marie qui exalte le Seigneur, qu'en chacun ce soit
l'esprit de Marie qui exulte en Dieu ; si, selon la chair, la mère du Christ est
unique, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ; chacune, en effet,
accueille en elle le Verbe de Dieu... L'âme de Marie exalte le Seigneur, et son
esprit exulte en Dieu, car, consacrée en âme et en esprit au Père et au Fils,
celle-ci adore avec une pieuse affection un seul Dieu, dont tout provient, et un
seul Seigneur, en vertu duquel existent toutes les choses » (Discours sur
l'Evangile selon Luc, 2, 26-27: SAEMO, XI, Milan-Rome 1978, p. 169). Dans ce
merveilleux commentaire du Magnificat de saint Ambroise, cette phrase
surprenante me touche toujours de façon particulière: « Si, selon la chair, la
mère du Christ est unique, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ;
chacune, en effet, accueille en elle le Verbe de Dieu ». Ainsi, le saint Docteur,
interprétant la parole de la Madone elle-même, nous invite à faire en sorte que
dans notre âme et dans notre vie, le Seigneur trouve une demeure. Nous ne
devons pas seulement le porter dans le cœur, mais nous devons l'apporter au
monde, afin que nous aussi nous puissions engendrer le Christ pour notre
temps. Prions le Seigneur afin qu'il nous aide à l'exalter avec l'esprit et l'âme de
Marie, et à apporter à nouveau le Christ à notre monde.

53
LA SOLENNITE DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE
VIERGE MARIE15

Chers frères et sœurs,

Notre traditionnel rendez-vous hebdomadaire du mercredi se déroule


aujourd'hui encore dans le climat de la solennité de l'Assomption de la
Bienheureuse Vierge Marie. Je voudrais donc vous inviter à tourner le regard
une fois de plus vers notre Mère céleste, que la Liturgie d’hier nous a fait
contempler triomphante avec le Christ au Ciel. Cette fête a toujours été très
importante pour le peuple chrétien, dès les premiers siècles du christianisme;
comme on le sait, elle célèbre la glorification également corporelle de la
créature que Dieu s'est choisie comme Mère et que Jésus sur la Croix a donnée
comme Mère à toute l'humanité. L'Assomption évoque un mystère qui concerne
chacun de nous car, comme l'affirme le Concile Vatican II, Marie « brille déjà
comme un signe d'espérance assurée et de consolation devant le Peuple de
Dieu en pèlerinage » (Lumen Gentium, n. 68). Mais nous sommes tellement pris
par les événements de tous les jours que nous oublions parfois cette réalité
spirituelle réconfortante, qui constitue une importante vérité de foi.

Comment faire en sorte alors que ce signe lumineux d'espérance soit perçu
toujours davantage par nous tous, et par la société d'aujourd'hui? Aujourd'hui, il
y a des personnes qui vivent comme si elles ne devaient jamais mourir ou
comme si tout devait finir avec la mort; certains agissent en pensant que
l'homme est l'unique artisan de leur destin, comme si Dieu n'existait pas, en
allant parfois même jusqu’à nier le fait qu’il y ait une place pour Lui dans notre
monde. Les grandes victoires de la technique et de la science, qui ont
considérablement amélioré la condition de l'humanité, laissent toutefois sans
solution les interrogations les plus profondes de l'âme humaine. Seule
l'ouverture au mystère de Dieu, qui est Amour, peut étancher la soif de vérité et
de bonheur de notre cœur; seule la perspective de l'éternité peut conférer une

15
Castel Gandolfo, 16 août 2006
54
valeur authentique aux événements historiques et surtout au mystère de la
fragilité humaine, de la souffrance et de la mort.

En contemplant Marie dans la gloire céleste, nous comprenons que la terre


n'est pas pour nous non plus la patrie définitive et que si nous vivons tournés
vers les biens éternels, nous partagerons un jour sa gloire, et la terre également
deviendra plus belle. C'est pour cette raison que, même au cœur des
nombreuses difficultés quotidiennes, nous ne devons pas perdre la sérénité et
la paix. Le signe lumineux de la Vierge élevée au ciel resplendit encore
davantage lorsque semblent s'accumuler à l'horizon des ombres tristes de
douleur et de violence. Nous en sommes certains: d'en haut, Marie suit nos pas
avec une douce préoccupation, elle nous réconforte à l'heure des ténèbres et
de la tempête, elle nous rassure de sa main maternelle. Soutenus par cette
conscience, nous poursuivons avec confiance notre chemin d'engagement
chrétien là où la Providence nous conduit. Allons de l'avant, sous la direction de
Marie, dans notre vie. Merci.

55
2008 SOUS LE SIGNE DE MARIE, MERE DE DIEU ET NOTRE
MERE16

Chers frères et sœurs !

Une ancienne formule de bénédiction, rapportée dans le Livre des Nombres,


nous dit : « Que le Seigneur te bénisse et qu'il te garde. Que le Seigneur fasse
luire sa face sur toi, et qu'il t'accorde sa grâce ! Que le Seigneur tourne sa face
vers toi, et qu'il te donne la paix ! » (Nm 6.24-26). Avec ces mots que la liturgie
nous a fait réécouter hier, premier jour de l'année, je voudrais formuler des
souhaits cordiaux à vous, ici présents, et à ceux qui, en ces fêtes de Noël, m'ont
fait parvenir des témoignages de proximité spirituelle affectueuse.

Hier, nous avons célébré la fête solennelle de Marie, Mère de Dieu. « Mère de
Dieu », Theotokos, est le titre attribué officiellement à Marie au Vè siècle,
exactement lors du concile d’Éphèse de 431, mais qui s'est affirmé dans la
dévotion du peuple chrétien déjà à partir du IIIè siècle, dans le contexte de vives
discussions de cette période sur la personne du Christ. On soulignait, par ce
titre, que le Christ est Dieu et est réellement né comme homme, de Marie : son
unité de vrai Dieu et de vrai homme était ainsi préservée. En vérité, bien que le
débat semblait porter sur Marie, il concernait essentiellement le Fils. En voulant
sauvegarder la pleine humanité de Jésus, quelques Pères suggéraient un terme
plus atténué : au lieu du titre de Theotokos, ils proposaient celui de
Christotokos, « Mère du Christ » ; cependant cela fut considéré comme une
menace à la doctrine de la pleine unité de la divinité avec l'humanité du Christ.
Donc, après de vastes discussions, lors du concile d’Éphèse de 431, comme je
l'ai dit, d'une part, l'unité des deux natures en la personne du Fils de Dieu fut
confirmée solennellement, la divine et l'humaine (cfr DS, n. 250) mais, d'autre
part, la légitimité de l'attribution à la Vierge du titre de T heotokos, Mère de Dieu
(ibid., n. 251).

Après ce Concile, on enregistra une véritable explosion de la dévotion mariale


et de nombreuses églises consacrées à la Mère de Dieu, furent construites.
Parmi lesquelles, la Basilique de Sainte Marie Majeure, ici à Rome. La doctrine
concernant Marie, Mère de Dieu, trouva de plus, une nouvelle confirmation lors
16
02 janvier 2008
56
du Concile de Calcédoine (451) lors duquel le Christ fut déclaré « vrai Dieu et
vrai homme (…) né pour nous et pour notre salut de Marie, de la Vierge et Mère
de Dieu, dans son humanité » (DS, n. 301). Comme cela est bien connu, le
Concile Vatican II reprend dans le huitième chapitre de la Constitution
dogmatique sur l'Église Lumen Gentium, la doctrine sur Marie, en réaffirmant la
divine maternité. Le chapitre s'intitule : « Bienheureuse Vierge Marie, Mère de
Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Église ».

Le titre de Mère de Dieu, ainsi profondément lié aux fêtes de Noël, est par
conséquent l'appellation fondamentale avec laquelle la Communauté des
croyants honore toujours, pourrions-nous dire, la Vierge Sainte. Il exprime bien
la mission de Marie dans l'histoire du salut. Tous les autres titres attribués à la
Vierge trouvent leur fondement dans sa vocation à être la Mère du Rédempteur,
la créature humaine choisie de Dieu pour réaliser le plan du salut, centré sur le
grand mystère de l'incarnation du Verbe divin. En ces jours de fête, nous nous
sommes arrêtés à contempler la représentation de la Nativité dans la crèche.
Au centre de cette scène, nous trouvons la Vierge Mère qui offre Jésus Enfant à
la contemplation de celui qui vient adorer le Sauveur : les bergers, les gens
pauvres de Bethléem, les Mages venus de l'Orient. Plus tard, dans la fête de la
« Présentation du Seigneur », que nous célébrerons le 2 février, ce seront les
vieux Siméon et la prophétesse Anne qui recevront des mains de la Mère, le
petit Enfant, pour l'adorer. La dévotion du peuple chrétien a toujours considéré
la naissance de Jésus et la maternité divine de Marie comme deux aspects du
même mystère de l'incarnation du Verbe divin et donc, n'a jamais considéré la
Nativité comme une chose du passé. Nous sommes « contemporains » des
bergers, des mages, de Siméon et d'Anne, et en avançant avec eux, nous
sommes remplis de joie, parce que Dieu a voulu être un Dieu avec nous et il a
une mère, qui est notre mère.

De ce titre de « Mère de Dieu », dérivent ensuite tous les autres titres avec
lesquels l'Église honore la Vierge, et ceci est fondamental. Nous pensons au
privilège de l' « Immaculée Conception », c'est-à-dire, à l'être exempt du péché
depuis sa conception : Marie fut préservée de chaque tache du péché parce
qu'elle devait être la Mère du Rédempteur. La même chose est valable pour le
titre de « Vierge de l'Assomption » : Celle qui avait engendré le Sauveur ne
pouvait pas être sujette à la corruption dérivant du péché originel. Et nous

57
savons que tous ces privilèges ne sont pas accordés pour éloigner Marie de
nous, mais au contraire pour la rendre proche ; en effet, en étant totalement
avec Dieu, cette Femme est très proche de nous et nous aide comme mère et
comme sœur. La place unique que Marie occupe dans la Communauté des
croyants, résulte de sa vocation fondamentale à être la Mère du Rédempteur.
C'est précisément pour cela, que Marie est aussi la Mère du Corps Mystique du
Christ, qui est l'Église. Par conséquent, pendant le Concile Vatican II, le 21
novembre 1964, Paul VI attribua solennellement à Marie, le titre de « Mère de
l'Église ».

Parce que la Vierge, Mère de l'Église, est aussi Mère de chacun de nous, nous
sommes des membres du Corps mystique du Christ. De la Croix, Jésus a confié
sa Mère à son disciple et, en même temps, a confié son disciple à l'amour de sa
Mère. L'évangéliste Jean conclut le bref et suggestif récit avec les paroles : « Et,
dès ce moment, le disciple la prit chez lui. » (Jn 19.27). La traduction italienne
du texte grec est  ainsi : »  il l'accueillit dans sa propre réalité, dans son être.
Donc, à l'instant suprême de l'accomplissement de la mission messianique,
Jésus laisse à chacun de ses disciples, sa propre Mère, la Vierge Marie,
comme héritage précieux.

Chers frères et sœurs, en ces premiers jours de l'an, nous sommes invités à
considérer attentivement l'importance de la présence de Marie dans la vie de
l'Église et dans notre existence personnelle. Confions-nous à Elle pour qu'Elle
guide nos pas dans cette nouvelle période du temps que le Seigneur nous offre
à vivre, et nous aide à être des amis authentiques de son Fils et ainsi des
auteurs courageux de son Royaume dans le monde, Royaume de la lumière et
de la vérité. Bonne Année à tous ! C'est le souhait que je désire vous adresser à
vous ici présents et aux personnes qui vous sont chères en cette première
Audience générale de 2008. Que la nouvelle année, commencée sous le signe
de la Vierge Marie, nous fasse sentir plus vivement sa présence maternelle,
ainsi que, soutenus et réconfortés de la protection de la Vierge, nous puissions
contempler avec des yeux renouvelés, le visage de son Fils Jésus et avancer
plus rapidement sur la voie du bien !

Encore une fois, Bonne Année à tous !

58
LA VIERGE MARIE : ICONE DE LA FOI OBEISSANTE17

Chers frères et sœurs,

Sur le chemin de l’Avent, la Vierge Marie occupe une place particulière comme
celle qui, de façon unique, a attendu la réalisation des promesses de Dieu, en
accueillant dans la foi et dans la chair Jésus, le Fils de Dieu, en pleine
obéissance à la volonté divine. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir brièvement
avec vous sur la foi de Marie à partir du grand mystère de l’Annonciation.

« Chaîre kecharitomene, ho Kyrios meta sou » , « Réjouis-toi, comblée de grâce,


le Seigneur est avec toi » ( Lc 1, 28). Telles sont les paroles — rapportées par
l’évangéliste Luc — par lesquelles l’archange Gabriel s’adresse à Marie. À
première vue, le terme chaîre, « réjouis-toi », semble une salutation normale,
habituelle dans le contexte grec, mais s’il est lu dans le cadre de la tradition
biblique, ce mot acquiert une signification beaucoup plus profonde. Ce même
terme est présent quatre fois dans la version grecque de l’Ancien Testament et
toujours comme une annonce de joie pour la venue du Messie (cf. So 3, 14 ; Jl
2, 21 ; Za 9, 9 ; Lm 4, 21). Le salut de l’ange à Marie est donc une invitation à la
joie, à une joie profonde, il annonce la fin de la tristesse qu’il y a dans le monde
face à la limite de la vie, à la souffrance, à la mort, à la méchanceté, aux
ténèbres du mal qui semblent obscurcir la lumière de la bonté divine. C’est un
salut qui marque le début de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle.

Mais pourquoi Marie est-elle invitée à se réjouir de cette façon ? La réponse se


trouve dans la deuxième partie du salut :  «Le Seigneur est avec toi ». Ici aussi,
pour bien comprendre le sens de l’expression, nous devons nous tourner vers
l’Ancien Testament. Dans le Livre de Sophonie, nous trouvons cette
expression : « Pousse des cris de joie, fille de Sion... Le Seigneur est roi d'Israël
au milieu de toi... Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur » (3,
17
Audience Générale du mercredi 19 décembre 2012
59
14-17). Dans ces paroles, il y a une double promesse faite à Israël, à la fille de
Sion : Dieu viendra comme sauveur et habitera précisément au milieu de son
peuple, dans le sein de la fille de Sion. Dans le dialogue entre l’ange et Marie se
réalise exactement cette promesse : Marie est identifiée avec le peuple épousé
par Dieu, elle est véritablement la Fille de Sion en personne; en elle s’accomplit
l’attente de la venue définitive de Dieu, en elle habite le Dieu vivant.

Dans le salut de l’ange, Marie est appelée « pleine de grâce » ; en grec, le


terme « grâce », charis, a la même racine linguistique que le terme « joie ».
Dans cette expression également est éclaircie ultérieurement la source de la
joie de Marie : la joie provient de la grâce, c’est-à-dire qu’elle provient de la
communion avec Dieu, du fait d’avoir une relation si vitale avec Lui, du fait
d’être demeure de l’Esprit Saint, entièrement formée par l’action de Dieu. Marie
est la créature qui de façon unique a ouvert toute grande la porte à son
Créateur, elle s’est placée entre ses mains, sans limite. Elle vit entièrement de
la et dans la relation avec le Seigneur ; elle est dans une attitude d’écoute,
attentive à saisir les signes de Dieu sur le chemin de son peuple ; elle est
insérée dans une histoire de foi et d’espérance dans les promesses de Dieu, qui
constitue le tissu de son existence. Et elle se soumet librement à la parole
reçue, à la volonté divine dans l’obéissance de la foi.

L’évangéliste Luc raconte l’histoire de Marie à travers un subtil parallélisme


avec l’histoire d’Abraham. Comme le grand Patriarche est le père des croyants,
qui a répondu à l’appel de Dieu à quitter la terre où il vivait, ses certitudes, pour
entamer le chemin vers une terre inconnue et possédée uniquement dans la
promesse divine, de même Marie s’en remet avec une totale confiance à la
parole que lui a annoncée le messager de Dieu et devient modèle et mère de
tous les croyants.

Je voudrais souligner un autre aspect important : l’ouverture de l’âme à Dieu et


à son action dans la foi inclut aussi l’élément de l’obscurité. La relation de l’être
humain avec Dieu n’efface pas la distance entre le Créateur et la créature,

60
n’élimine pas ce qu’affirme l’apôtre Paul face aux profondeurs de la sagesse de
Dieu : « Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! »
(Rm 11, 33). Mais justement celui qui — comme Marie — est ouvert de façon
totale à Dieu, parvient à accepter le vouloir divin, même s’il est mystérieux,
même si souvent il ne correspond pas à notre propre volonté et qu’il est une
épée qui transperce l’âme, comme le dira prophétiquement le vieux Syméon à
Marie, au moment où Jésus est présenté au Temple (cf. Lc 2, 35). Le chemin de
foi d’Abraham comprend le moment de joie pour le don de son fils Isaac, mais
aussi le moment de l’obscurité, lorsqu’il doit monter sur le mont Moriah pour
accomplir un geste paradoxal : Dieu lui demande de sacrifier le fils qu’il vient de
lui donner. Sur le mont, l’ange lui ordonne : « N’étends pas la main contre
l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne
m’as pas refusé ton fils, ton unique » ( Gn 22, 12) ; la pleine confiance
d’Abraham dans le Dieu fidèle aux promesses ne manque pas non plus lorsque
sa parole est mystérieuse et difficile, presque impossible à accueillir. Ainsi en
est-il pour Marie, sa foi vit la joie de l’Annonciation mais passe aussi à travers
l’obscurité de la crucifixion de son Fils, pour pouvoir atteindre la lumière de la
Résurrection.

Il en est de même aussi pour le chemin de foi de chacun de nous: nous


rencontrons des moments de lumière, mais nous rencontrons aussi des
passages où Dieu semble absent, son silence pèse dans notre cœur et sa
volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous
nous ouvrons à Dieu, plus nous accueillons le don de la foi, plus nous plaçons
totalement en Lui notre confiance — comme Abraham et comme Marie — alors
plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre toute situation de la vie
dans la paix et dans la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela
signifie sortir de soi et de nos projets, afin que la Parole de Dieu soit la lampe
qui guide nos pensées et nos actions.

Je voudrais m’arrêter encore sur un aspect qui émerge des récits sur l’Enfance
de Jésus raconté par saint Luc. Marie et Joseph portent leur fils à Jérusalem, au

61
Temple, pour le présenter et le consacrer au Seigneur comme le prescrit la loi
de Moïse : «Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur » (cf. Lc 2, 22-
24). Ce geste de la Sainte Famille acquiert un sens encore plus profond si nous
le lisons à la lumière de la science évangélique de Jésus à douze ans qui, après
trois jours de recherche, est retrouvé au Temple en train de discuter parmi les
docteurs. Aux paroles pleines d’inquiétude de Marie et Joseph : « Mon enfant,
pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons,
angoissés », correspond la mystérieuse réponse de Jésus : « Pourquoi donc
me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de
mon Père ? » (Lc 2, 48-49). C’est-à-dire dans la propriété du Père, dans la
maison du Père, comme l’est un fils. Marie doit renouveler la foi profonde avec
laquelle elle a dit « oui » lors de l’Annonciation ; elle doit accepter que la priorité
soit donnée au Père véritable et propre de Jésus ; elle doit savoir laisser libre ce
Fils qu’elle a engendré pour qu’il suive sa mission. Et le « oui » de Marie à la
volonté de Dieu, dans l’obéissance de la foi, se répète tout au long de sa vie,
jusqu’au moment le plus difficile, celui de la Croix.

Face à tout cela, nous pouvons nous demander : comment Marie a-t-elle pu
vivre ce chemin aux côtés de son Fils avec une foi aussi solide, même dans
l’obscurité, sans perdre la pleine confiance dans l’action de Dieu ? Il existe une
attitude de fond que Marie prend face à ce qui se passe dans sa vie. Lors de
l’Annonciation, elle est troublée en écoutant les paroles de l’Ange — c’est la
crainte que l’homme éprouve lorsqu’il est touché par la proximité de Dieu —,
mais ce n’est pas l’attitude de celui qui a peur devant ce que Dieu peut
demander. Marie réfléchit, elle s’interroge sur la signification de ce salut (cf. Lc
1, 29). Le terme grec utilisé dans l’Évangile pour définir cette « réflexion », «
dielogizeto », rappelle la racine de la parole « dialogue ». Cela signifie que
Marie entre dans un dialogue intime avec la Parole de Dieu qui lui a été
annoncée, elle ne la considère pas superficiellement, mais elle s’arrête, elle la
laisse pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le
Seigneur veut d’elle, le sens de l’annonce. Nous trouvons une autre mention de
l’attitude intérieure de Marie face à l’action de Dieu, toujours dans l’Évangile de

62
saint Luc, au moment de la naissance de Jésus, après l’adoration des bergers.
Il y est affirmé que Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans
son cœur » (Lc 2, 19) ; en grec le terme est symballon, nous pourrions dire
qu’Elle « retenait ensemble », qu’elle « mettait ensemble » dans son cœur tous
les événements qui lui arrivaient ; elle plaçait chaque événement particulier,
chaque parole, chaque fait à l’intérieur du tout et elle le confrontait, elle le
conservait, reconnaissant que tout provient de la volonté de Dieu. Marie ne
s’arrête pas à une première compréhension superficielle de ce qui se passe
dans sa vie, mais elle sait regarder en profondeur, elle se laisse interpeller par
les événements, elle les élabore, elle les discerne et acquiert cette
compréhension que seule la foi peut garantir. C’est l’humilité profonde de la foi
obéissante de Marie, qui accueille en elle également ce qu’elle ne comprend
pas dans l’action de Dieu, en laissant Dieu ouvrir son esprit et son cœur. «
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de
la part du Seigneur » ( Lc 1, 44), s’exclame sa parente Élisabeth. C’est
précisément en raison de sa foi que toutes les générations l’appelleront
bienheureuse.

Chers amis, la solennité du Noël du Seigneur que nous célébrerons d’ici peu,
nous invite à vivre cette même humilité et obéissance de foi. La gloire de Dieu
ne se manifeste pas dans le triomphe et dans le pouvoir d’un roi, elle ne
resplendit pas dans une ville célèbre, dans un palais somptueux, mais elle
prend sa demeure dans le sein d’une vierge, elle se révèle dans la pauvreté
d’un enfant. La toute-puissance de Dieu, même dans notre vie, agit avec la
force, souvent silencieuse, de la vérité et de l’amour. La foi nous dit alors que la
puissance sans défense de cet Enfant vainc le bruit des puissances du monde.

63
« A L'ECOLE DE LA PRIERE DE MARIE »18

Chers frères et sœurs,

Avec la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais commencer à parler de la prière


dans les Actes des Apôtres et dans les Lettres de saint Paul. Saint Luc nous a
remis, comme nous le savons, l’un des quatre Evangiles, consacré à la vie
terrestre de Jésus, mais il nous a également laissé ce qui a été défini comme le
premier livre sur l’histoire de l’Eglise, c’est-à-dire les Actes des Apôtres. Dans
ces deux livres, l’un des éléments récurrents est précisément la prière, de celle
de Jésus à celle de Marie, des disciples, des femmes et de la communauté
chrétienne. Le chemin initial de l’Eglise est rythmé avant tout par l’action de
l’Esprit Saint, qui transforme les Apôtres en témoins du Ressuscité jusqu’à
l’effusion de sang, et par la rapide diffusion de la Parole de Dieu vers l’Orient et
l’Occident. Toutefois, avant que l’annonce de l’Evangile ne se diffuse, Luc
rapporte l’épisode de l’Ascension du Ressuscité (cf. Ac 1, 6-9). Le Seigneur
remet aux disciples le programme de leur existence vouée à l’évangélisation et
dit : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous.
Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie,
et jusqu'aux extrémités de la terre » ( Ac 1, 8). A Jérusalem, les apôtres,
demeurés au nombre de Onze après la trahison de Judas Iscariote, sont réunis
dans la maison pour prier, et c’est précisément dans la prière qu’ils attendent le
don promis par le Christ Ressuscité, l’Esprit Saint.

Dans ce contexte d’attente, situé entre l’Ascension et la Pentecôte, saint Luc


mentionne pour la dernière fois Marie, la Mère de Jésus, et sa famille (v. 14). Il
a consacré à Marie les débuts de son Evangile, de l’annonce de l’Ange à la
naissance et à l’enfance du Fils de Dieu fait homme. Avec Marie commence la
vie terrestre de Jésus et avec Marie commencent également les premiers pas
de l’Eglise ; dans les deux moments, le climat est celui de l’écoute de Dieu, du
recueillement. C’est pourquoi je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur cette
présence orante de la Vierge dans le groupe des disciples qui seront la
première Eglise naissante. Marie a suivi avec discrétion tout le chemin de son
Fils au cours de sa vie publique jusqu’aux pieds de la croix, et elle continue à
18
AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre, Mercredi 14 mars 2012 série de
catéchèses sur la prière dans les Actes des apôtres et les Lettres de saint Paul
64
présent de suivre, avec une prière silencieuse, le chemin de l’Eglise. Lors de
l’Annonciation, dans la maison de Nazareth, Marie reçoit l’Ange de Dieu, elle est
attentive à ses paroles, elle les accueille et répond au projet divin, en
manifestant sa pleine disponibilité : « Voici la servante du Seigneur; que tout se
passe pour moi selon ta volonté » (cf. Lc 1, 38). Marie, précisément en raison
de l’attitude intérieure d’écoute, est capable de lire son histoire, en
reconnaissant avec humilité que c’est le Seigneur qui agit. En rendant visite à
sa parente Elisabeth, Elle se lance dans une prière de louange et de joie, de
célébration de la grâce divine, qui a empli son cœur et sa vie, en faisant d’elle la
Mère du Seigneur (cf. Lc 1, 46-55). Louange, action de grâce, joie: dans le
cantique du Magnificat, Marie ne regarde pas seulement ce que Dieu a opéré
en Elle, mais également ce qu’il a accompli et accomplit continuellement dans
l’histoire. Saint Ambroise, dans un célèbre commentaire au Magnificat, invite à
avoir le même esprit dans la prière et écrit : « Qu’en tous réside l’âme de Marie
pour glorifier le Seigneur ; qu’en tous réside l’esprit de Marie pour exulter en
Dieu » (Expositio Evangelii secundum Lucam, 2, 26 : PL 15, 1561).

Elle est aussi présente au Cénacle, à Jérusalem, dans « la chambre haute où


se tenaient habituellement » les disciples de Jésus (cf. Ac 1, 13), dans un climat
d’écoute et de prière, avant que ne s’ouvrent les portes et que ces derniers ne
commencent à annoncer le Christ Seigneur à tous les peuples, enseignant à
observer tout ce qu’Il avait commandé (cf. Mt 28, 19-20). Les étapes du chemin
de Marie, de la maison de Nazareth à celle de Jérusalem, à travers la Croix où
son Fils lui confie l’apôtre Jean, sont marquées par la capacité de conserver un
climat de recueillement persévérant, pour méditer chaque événement dans le
silence de son cœur, devant Dieu (cf. Lc 2, 19-51) et, dans la méditation devant
Dieu, de comprendre également la volonté de Dieu et devenir capables de
l’accepter intérieurement. La présence de la Mère de Dieu avec les Onze, après
l’Ascension, n’est donc pas une simple annotation historique d’une chose du
passé, mais elle prend une signification d’une grande valeur, parce qu’Elle
partage avec eux ce qu’il y a de plus précieux : la mémoire vivante de Jésus,
dans la prière ; elle partage cette mission de Jésus: conserver la mémoire de
Jésus et conserver ainsi sa présence.

La dernière mention de Marie dans les deux écrits de saint Luc se situe le jour
du samedi : le jour du repos de Dieu après la Création, le jour du silence après

65
la mort de Jésus et de l’attente de sa Résurrection. Et c’est sur cet épisode que
s’enracine la tradition de la sainte Vierge au samedi. Entre l’Ascension du
Ressuscité et la première Pentecôte chrétienne, les apôtres et l’Eglise se
rassemblent avec Marie pour attendre avec Elle le don de l’Esprit Saint, sans
lequel on ne peut pas devenir des témoins. Elle qui l’a déjà reçu pour engendrer
le Verbe incarné, partage avec toute l’Eglise l’attente du même don, pour que
dans le cœur de chaque croyant « le Christ soit formé » (cf. Ga 4, 19). S’il n’y a
pas d’Eglise sans Pentecôte, il n’y a pas non plus de Pentecôte sans la Mère de
Jésus, car Elle a vécu de manière unique ce dont l’Eglise fait l’expérience
chaque jour sous l’action de l’Esprit Saint. Saint Chromace d’Aquilée commente
ainsi l’annotation des Actes des Apôtres : « L’Eglise se rassembla donc dans la
pièce à l’étage supérieur avec Marie, la Mère de Jésus, et avec ses frères. On
ne peut donc pas parler d’Eglise si Marie, la Mère du Seigneur, n’est pas
présente... L’Eglise du Christ est là où est prêchée l’Incarnation du Christ par la
Vierge, et où prêchent les apôtres, qui sont les frères du Seigneur, là on écoute
l’Evangile » (Sermo 30, 1 : SC 164, 135).

Le CONCILE VATICAN II a voulu souligner de manière particulière ce lien qui se


manifeste de manière visible dans la prière en commun de Marie et des
Apôtres, dans le même lieu, dans l’attente de l’Esprit Saint. La constitution
dogmatique Lumen gentium affirme : « Dieu ayant voulu que le mystère du salut
des hommes ne se manifestât ouvertement qu’à l’heure où il répandrait l’Esprit
promis par le Christ, on voit les Apôtres, avant le jour de Pentecôte,
“persévérant d’un même cœur dans la prière avec quelques femmes dont
Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères” ( Ac 1, 14); et l’on voit Marie appelant
elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait déjà elle-
même prise sous son ombre » (n. 59). La place privilégiée de Marie est l’Eglise
où elle est « saluée comme un membre suréminent et absolument unique…
modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité »
(ibid., n. 53).

Vénérer la Mère de Jésus dans l’Eglise signifie alors apprendre d’Elle à être une
communauté qui prie : telle est l’une des observations essentielles de la
première description de la communauté chrétienne définie dans les Actes des
Apôtres (cf. 2, 42). Souvent, la prière est dictée par des situations de difficulté,
par des problèmes personnels qui conduisent à s’adresser au Seigneur pour

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trouver une lumière, un réconfort et une aide. Marie invite à ouvrir les
dimensions de la prière, à se tourner vers Dieu non seulement dans le besoin et
non seulement pour soi-même, mais de façon unanime, persévérante, fidèle,
avec « un seul cœur et une seule âme » (cf. Ac 4, 32).

Chers amis, la vie humaine traverse différentes phases de passage, souvent


difficiles et exigeantes, qui exigent des choix imprescriptibles, des
renoncements et des sacrifices. La Mère de Jésus a été placée par le Seigneur
à des moments décisifs de l’histoire du salut et elle a su répondre toujours avec
une pleine disponibilité, fruit d’un lien profond avec Dieu mûri dans la prière
assidue et intense. Entre le vendredi de la Passion et le dimanche de la
Résurrection, c’est à elle qu’a été confié le disciple bien-aimé et avec lui toute la
communauté des disciples (cf. Jn 19, 26). Entre l’Ascension et la Pentecôte, elle
se trouve avec et dans l’Eglise en prière (cf. Ac 1, 14). Mère de Dieu et Mère de
l’Eglise, Marie exerce cette maternité jusqu’à la fin de l’histoire. Confions-lui
chaque étape de notre existence personnelle et ecclésiale, à commencer par
celle de notre départ final. Marie nous enseigne la nécessité de la prière et nous
indique que ce n’est qu’à travers un lien constant, intime, plein d’amour avec
son Fils que nous pouvons sortir de « notre maison », de nous-mêmes, avec
courage, pour atteindre les confins du monde et annoncer partout le Seigneur
Jésus, Sauveur du monde. Merci.

67
PAPE
FRANÇOIS

68
MARIE COMME IMAGE ET MODELE DE L’ÉGLISE19

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur l’Église, je voudrais aujourd’hui tourner mon


regard vers Marie comme image et modèle de l’Église. Je le fais en reprenant
une expression du CONCILE VATICAN II. La constitution Lumen gentium dit : « De
l’Église, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle
dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (n. 63).

1. Partons du premier aspect. Marie comme modèle de foi. De quelle manière


Marie représente-t-elle un modèle pour la foi de l’Église ? Pensons à qui était la
Vierge Marie : une jeune fille juive, qui attendait de tout son cœur la rédemption
de son peuple. Mais dans ce cœur de jeune fille d’Israël, il y avait un secret
qu’elle-même ne connaissait pas encore : dans le dessein d’amour de Dieu, elle
était destinée à devenir la Mère du Rédempteur. Dans l’Annonciation, le
Messager de Dieu l’appelle « pleine de grâce » et lui révèle ce projet. Marie
répond « oui » et à partir de ce moment-là, la foi de Marie reçoit une lumière
nouvelle : elle se concentre sur Jésus, le Fils de Dieu né de sa chair et dans
lequel s’accomplissent les promesses de toute l’histoire du salut. La foi de Marie
est l’accomplissement de la foi d’Israël, en elle est vraiment concentré tout le
chemin, toute la route de ce peuple qui attendait la rédemption, et en ce sens
elle est le modèle de la foi de l’Église, qui a comme centre le Christ, incarnation
de l’amour infini de Dieu.

Comment Marie a-t-elle vécu cette foi ? Elle l’a vécue dans la simplicité des
mille occupations et préoccupations quotidiennes de toute maman, comment
s’occuper de la nourriture, des vêtements, du soin de la maison... C’est
précisément cette existence normale de la Vierge qui fut le terrain où se
développa une relation singulière et un dialogue profond entre elle et Dieu,
entre elle et son Fils. Le « oui » de Marie, déjà parfait au commencement, a
grandi jusqu’à l’heure de la Croix. Là, sa maternité s’est élargie pour embrasser
chacun de nous, notre vie, pour nous conduire à son Fils. Marie a vécu toujours
plongée dans le mystère du Dieu fait homme, comme sa première et parfaite

19
AUDIENCE GÉNÉRALE Place Saint-Pierre, Mercredi 23 octobre 2013
69
disciple, en méditant toute chose dans son cœur à la lumière du Saint-Esprit,
pour comprendre et mettre en pratique toute la volonté de Dieu.

Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi
de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien pensons-nous qu’elle est lointaine, trop
différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité,
tournons notre regard vers elle comme vers un modèle de confiance en Dieu,
qui veut toujours et uniquement notre bien ? Pensons à cela, peut-être cela
nous fera-t-il du bien de retrouver Marie comme modèle et figure de l’Église
dans cette foi qu’elle avait !

2. Venons au deuxième aspect : Marie modèle de charité. De quelle manière


Marie est-elle pour l’Église un exemple vivant d’amour ? Pensons à sa
disponibilité à l’égard de sa parente Élisabeth. En lui rendant visite, la Vierge
Marie lui a aussi apporté une aide matérielle, mais pas seulement, elle lui a
apporté Jésus, qui vivait déjà dans son sein. Apporter Jésus dans cette maison
voulait dire apporter la joie, la pleine joie. Élisabeth et Zacharie étaient heureux
pour la grossesse qui semblait impossible à leur âge, mais c’est la jeune Marie
qui leur apporte la pleine joie, celle qui vient de Jésus et de l’Esprit Saint et
s’exprime dans la charité gratuite, dans le partage, dans l’aide mutuelle, dans la
compréhension réciproque.

La Vierge veut nous apporter à nous aussi, à nous tous, le grand don qu’est
Jésus ; et avec Lui, elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. Ainsi, l’Église
est comme Marie : l’Église n’est pas un magasin, ce n’est pas une agence
humanitaire, l’Église n’est pas une ONG, l’Église est envoyée pour apporter à
tous le Christ et son Évangile ; elle ne s’apporte pas elle-même — qu’elle soit
petite, qu’elle soit grande, qu’elle soit forte, qu’elle soit faible, l’Église apporte
Jésus et doit être comme Marie quand elle est allée rendre visite à Élisabeth.
Que lui apportait Marie ? Jésus. L’Église apporte Jésus : tel est le centre de
l’Église, apporter Jésus ! Si, par hypothèse, il arrivait une fois que l’Église
n’apporte pas Jésus, ce serait une Église morte ! L’Église doit apporter la
charité de Jésus, l’amour de Jésus, la charité de Jésus.

Nous avons parlé de Marie, de Jésus. Et nous ? Nous qui sommes l’Église ?
Quel est l’amour que nous portons aux autres ? C’est l’amour de Jésus, qui

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partage, qui pardonne, qui accompagne, ou bien est-ce un amour dilué, comme
lorsqu’on allonge du vin qui semble devenir de l’eau ? Est-ce un amour fort, ou
faible au point de suivre les sympathies, qui recherche une contre-partie, un
amour intéressé ? Une autre question : Jésus aime-t-il l’amour intéressé ? Non,
il ne l’aime pas, car l’amour doit être gratuit, comme le sien. Comment sont les
rapports dans nos paroisses, dans nos communautés ? Nous traitons-nous en
frères et sœurs ? Nous jugeons-nous, parlons-nous mal les uns des autres,
nous occupons-nous chacun de notre « petit jardin », ou bien avons-nous soin
l’un de l’autre ? Ce sont des questions de charité !

3. Et abordons brièvement un autre aspect : Marie modèle d’union avec le


Christ. La vie de la Sainte Vierge a été la vie d’une femme de son peuple :
Marie priait, travaillait, allait à la synagogue... Mais chaque action était toujours
accomplie en union parfaite avec Jésus. Cette union atteint son sommet sur le
Calvaire : là, Marie s’unit à son Fils dans le martyre du cœur et dans l’offrande
de la vie au Père pour le salut de l’humanité. La Vierge a fait sienne la douleur
de son Fils et a accepté avec Lui la volonté du Père, dans cette obéissance qui
porte du fruit, qui donne la véritable victoire sur le mal et sur la mort.

Cette réalité que Marie nous enseigne est très belle : être toujours unis à Jésus.
Nous pouvons nous demander : nous rappelons-nous de Jésus seulement
quand quelque chose ne va pas et que nous avons besoin, où avons-nous une
relation constante, une amitié profonde, même quand il s’agit de le suivre sur le
chemin de la croix ?

Demandons au Seigneur qu’il nous donne sa grâce, sa force, afin que dans
notre vie et dans la vie de chaque communauté ecclésiale se reflète le modèle
de Marie, Mère de l’Église. Ainsi soit-il !

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Table des matières
PAPE SAINT JEAN-PAUL II.................................................................................2
LA PRESENCE DE MARIE A L'ORIGINE DE L'ÉGLISE........................................3
MARIE DANS L'ÉCRITURE SAINTE ET LA REFLEXION THEOLOGIQUE.............6
LE ROLE DE LA FEMME A LA LUMIERE DE MARIE.......................................10
L'EXPOSITION DE LA DOCTRINE MARIALE..................................................14
MARIE ET LA VALEUR DE LA FEMME..........................................................18
LA PRESENCE DE MARIE AU CONCILE VATICAN II.......................................22
L’IMMACULEE CONCEPTION.......................................................................26
LA PARFAITE SAINTETE DE MARIE..............................................................30
LA VIRGINITE DE MARIE, VERITE DE FOI.....................................................34
MARIE ET LA NAISSANCE DE JESUS.............................................................38
MARIE TOUJOURS VIERGE ("AEIPARTHENOS")...........................................41
MARIE, LA " NOUVELLE EVE ".....................................................................44
LE TITRE DE MARIE, MERE DE DIEU............................................................47
PAPE EMERITE BENOIT XVI.............................................................................50
BENOIT XVI COMMENTE LE « MAGNIFICAT ».............................................51
LA SOLENNITE DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE. .54
2008 SOUS LE SIGNE DE MARIE, MERE DE DIEU ET NOTRE MERE..............56
LA VIERGE MARIE : ICONE DE LA FOI OBEISSANTE.....................................59
« A L'ECOLE DE LA PRIERE DE MARIE »..........................................64
PAPE FRANÇOIS..............................................................................................68
MARIE COMME IMAGE ET MODELE DE L’ÉGLISE........................................69

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