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CONCEPTION ET UTILISATION D'UN SIG POUR L'ÉTUDE DES DONNÉES

(PALÉO-) ENVIRONNEMENTALES ET ARCHÉOLOGIQUES DANS LE


BASSIN VERSANT DE LA HAUTE DEÛLE

Magalie Franchomme, Pierre-Gil Salvador, Claude Kergomard

Association Revue du Nord | « Revue du Nord »

2003/5 n° 353 | pages 35 à 45


ISSN 0035-2624
Article disponible en ligne à l'adresse :
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MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET
CLAUDE KERGOMARD*

Conception et utilisation d’un SIG pour l’étude des données


(paléo-) environnementales et archéologiques dans
le bassin versant de la haute Deûle

INTRODUCTION richesse et l’accessibilité des ressources naturelles3.


En France, les recherches géoarchéologiques étu- En fonction des héritages fluviatiles (paléotracés,
diant, sous un angle interdisciplinaire, les interactions paléoméandres…), de la chronostratigraphie et des
entre les civilisations du passé et les milieux dans les- gisements archéologiques, il est possible de reconsti-
quels elles évoluent se sont multipliées depuis une tuer la paléodynamique fluviale, les paléoenvironne-
quinzaine d’années. Ces recherches ont pour objet ments et de proposer une étude historique de l’occu-
l’analyse des corrélations entre la localisation des pation du sol4. L’approche géographique s’inscrit
gisements archéologiques et les caractéristiques du dans cette démarche, puisqu’elle envisage l’élabora-
paysage passé et actuel, par l’acquisition de connais- tion de documents de synthèse cartographiques,
sances et de méthodes d’étude des sciences de la confrontant les données environnementales à la loca-
Terre1. Les études s’intéressent surtout aux milieux lisation et à l’état de conservation des données archéo-
fluviaux qui sont susceptibles d’enregistrer les varia- logiques.
tions hydrologiques et climatiques passées2. Ces bou- Les systèmes fluviaux et les fonds de vallée
leversements physiques se répercutent sur les pay- humides du Nord de la France représentent des
sages de la plaine alluviale, et par conséquent sur les milieux très favorables pour l’étude des relations entre
activités humaines riveraines, d’autant plus que les l’homme et le milieu et contribuent à la conservation
vallées ont de tout temps attiré les populations par la des gisements archéologiques5. Cependant, la théma-
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*. — Magalie FRANCHOMME, doctorante, UMR 8141 Laboratoire de (moyenne vallée du Rhône, Drôme) au cours de l’Atlantique ancien
Géographie des Milieux Anthropisés, UFR de géographie et d’aména- (8 000-6 000 BP) à partir de l’étude de séquence alluviale d’Espeluche-
gement, Université des Sciences et Technologies de Lille, avenue Lalo », dans J.-P. BRAVARD et M. MAGNY (dir.), Les fleuves ont une his-
P. Langevin, 59655 Villeneuve-d’Ascq CEDEX (courriel : magalie.fran- toire : paléo-environnement des rivières et des lacs français depuis
chomme@ed.univ-lille1.fr) ; Pierre-Gil SALVADOR, maître de confé- 15 000 ans, Éditions Errance, Archéologie d’aujourd’hui, 2002, p. 223-
rences, UMR 8141 Laboratoire de Géographie des Milieux 238.
Anthropisés, UFR de géographie et d’aménagement, Université des 2. — J.-P. BRAVARD et M. MAGNY (dir.), Les fleuves ont une histoire :
Sciences et Technologies de Lille, avenue P. angevin, 59655 paléo-environnement des rivières et des lacs français depuis
Villeneuve-d’Ascq CEDEX ; Claude KERGOMARD, professeur à l’École 15 000 ans, Éditions Errance, Archéologie d’aujourd’hui, 2002, 311 p.
normale supérieure, département de géographie, 48 boulevard Jourdan, 3. — J.-P. WYTTEMAN (dir.), A. CHERRIER, D. CLAUZEL, P. DEMOLON.,
75014 Paris et UMR 8141 Laboratoire de Géographie des Milieux J. DESMULLIEZ, B. LEFEBVRE, Ph. MARCHAND et P. VERMANDER, Le
Anthropisés. Nous tenons à remercier Stéphane Révillion, Philippe Nord de la Préhistoire à nos jours, Éditions Bordessoules, Coll.
Hannois (Direction régionale des Affaires culturelles du Nord/Pas-de- L’histoire par les documents, 1988, 378 p.
Calais, Service régional de l'archéologie), Karl Bouche et Marie- 4. — J.-F. BERGER (coord.), Peuplement et Milieu en bas Dauphiné
Christine Michel (Centre archéologique de Seclin) ; Germaine Leman- (Isle Crémieu) de l’apparition de l’agriculture à l’époque moderne,
Delerive (HALMA UMR 8142) ; les membres de l’association Programme collectif de recherche, Rapport intermédiaire, 2002, 283 p.
HACHDEWEP : Jean-Jacques Dhénin, Richard Hemeryck et Yvon 5. — P. ANTOINE, A.-V. MUNAUT, N. LIMONDIN-LOZOUET, P. PONEL et
Hoogardie ; Dominique Mestressat-Cassou (Agence d’urbanisme de J.-P. FAGNARD, « Réponse des milieux de fond de vallée aux variations
Lille) ; Pierre Dhénin et Christophe Jouveneau (Espace naturel métro- climatiques (Tardiglaciaire et début Holocène) d’après les données du
politain) ; Jérôme Vendeville (Conseil général du Nord) et Conrad bassin de la vallée de la Selle (Nord de la France). Processus et bilan
Rolland (EUROSENSE). sédimentaire », dans J.-P. BRAVARD et M. MAGNY (dir.), Les fleuves ont
1. — J.-F. BERGER, C. DELHON. S. BONTE, S. THIEBAULT, D. PEYRIC, une histoire : paléo-environnement des rivières et des lacs français
A. BEECHING et J. VITAL, « Paléodynamique fluviale, climat, action depuis 15 000 ans, Éditions Errance, Archéologie d’aujourd’hui, 2002,
humaine et évolution des paysages du bassin versant de la Citelle p. 15-27.

ARCHÉOLOGIE DE LA PICARDIE ET DU NORD DE LA FRANCE (REVUE DU NORD, T. 85, 2003, N° 353, P. 35-45)
36 MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET CLAUDE KERGOMARD

tique n’a pas été jusqu’ici développée dans la région 1. DE LA SÉLECTION À L’INTÉGRATION DES DON-
Nord/Pas-de-Calais, alors que le déploiement actuel NÉES : CONCEPTUALISATION D’UN SIG PILOTE SUR
des opérations de sauvetages archéologiques menées LA VALLÉE DE LA HAUTE DEÛLE
dans le cadre de travaux d’aménagement fournit des L’adaptation du SIG à l’analyse géoarchéologique
conditions matérielles et des possibilités d’observa- suppose une réflexion méthodologique préalable sur
tion sans précédent6. la structuration des données et leur phase d’acquisi-
La vallée de la haute Deûle, située au sud-est de tion10. La mise en place d’un cahier des charges d’in-
Lille (Nord, France) a été choisie comme terrain d’ex- tégration, de gestion et de traitement d’informations
périmentation. Le secteur offre un important potentiel archéologiques et environnementales est nécessaire à
archéologique et certaines découvertes renouvellent la conceptualisation du SIG sur la vallée de la haute
nos connaissances sur la fin du Néolithique dans la Deûle.
région7. Néanmoins, la dispersion des résultats des 1.1. Choix du logiciel et des différents paramètres
recherches ponctuelles et la difficulté de croiser des
données de nature différente (archéologiques, histo- La formalisation et l’utilisation d’un SIG exigent
riques, géologiques, géographiques) limitent l’inter- des documents au format numérique et un équipement
prétation environnementale des données archéo- informatique. Le logiciel ArcView version 3.2a de la
logiques. Le recours aux Systèmes d’Information société ESRI a été choisi du fait de la disponibilité du
Géographique (SIG) apparaît comme l’outil le plus produit et des fonctions offertes par le logiciel.
adapté, afin d’intégrer, de gérer et de manipuler spa- Néanmoins, il s’avère nécessaire de passer par
tialement des données archéologiques8. Son utilisa- d’autres logiciels, pour optimiser les différentes opé-
tion permet, par conséquent, une meilleure connais- rations requises par la thématique : transferts de pro-
sance des conditions paysagères régionales, jections cartographiques et de modifications de for-
l’évaluation et la gestion du potentiel archéologique. mats ou de résolutions. Des logiciels de traitement
d’images, de rectification géographique et de statis-
Le présent article fait état des résultats récemment tique ont permis l’intégration de données extérieures
obtenus dans le cadre de la spatialisation des gise- disparates.
ments archéologiques de la vallée de la haute Deûle9.
Ce travail a été réalisé en collaboration avec le Service 1.2. Acquisition des données archéologiques et
régional de l’archéologie (SRA, Direction régionale environnementales
des Affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais), le
La réflexion méthodologique conduit à établir une
Centre archéologique de Seclin, le laboratoire
liste des informations archéologiques et environne-
HALMA CNRS-UMR 8142 (Histoire, Archéologie,
mentales à intégrer, de la disponibilité et de la nature
Littératures des Mondes Anciens), Université de Lille
de ces documents. Du fait de l’aspect novateur du pro-
3 et le Laboratoire de Géographie des Milieux
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jet dans le Nord/Pas-de-Calais, peu de données étaient
Anthropisés (CNRS-UMR 8141, USTL). Ce travail
disponibles et les méthodologies éprouvées, notam-
vise en premier lieu à présenter la méthodologie déve-
ment sur le Rhône11 ou la Loire12, étaient difficilement
loppée en vue de la conception d’un SIG pilote. La
applicables à la vallée de la haute Deûle (faible
démarche implique la création d’un cahier des
encaissement du cours d’eau, paléotracé remanié…).
charges guidant l’acquisition et l’échantillonnage des
données. Nous présenterons ensuite plusieurs Les organismes publics ou privés susceptibles de
exemples de résultats et de cartographies obtenus à disposer de documents exploitables et intégrables au
l’aide du SIG, puis ouvrirons la discussion sur les SIG ont été contactés. Cette démarche a permis d’as-
outils d’analyse spatiale en géoarchéologie. sembler un jeu de données suffisant, tout en étant la

6. — P. ANTOINE, « Modifications des systèmes fluviatiles à la transi- des données (paléo-) environnementales et archéologiques appliqué au
tion Pléniglaciaire – Tardiglaciaire et à l’Holocène ; l’exemple du bas- bassin versant de la Haute-Deûle, Mémoire de DEA, Université des
sin de la Somme (Nord de la France) », Géographie physique et qua- Sciences et Technologies de Lille, 2003, 118 p.
ternaire, vol. 51, n° 1, 1997, p. 93-106. 10. — X. RODIER, « Le système d’information TOTOPI : Topographie
7. — S. RÉVILLION et L. WOZNY, Rapport de prospection – inventaire, de TOurs PréIndustrielle », Les petits cahiers d’Anatole, n° 4, 22-12-
Vallée de la Haute Deûle (non publié), Centre archéologique de Seclin, 2000, 14 p.
1994, 152 p. 11. — J.-F. BERGER (coord.), Peuplement et Milieu…, op. cit.
8. — D. PANTAZIS et J.-P. DONNAY, La conception de SIG : méthode et 12. — N. CARCAUD et M. GARCIN (coord.), Géoarchéologie de la Loire
formalisme, Paris, Hermès, collection Géomatique, 1996, 343 p. moyenne et de ses marges, Synthèse des résultats du PCR 1996-1999,
9. — M. FRANCHOMME, Conception et utilisation d’un SIG pour l’étude 2001, 125 p.
CONCEPTION ET UTILISATION D’UN SIG... 37

FIG. 1. — Nature et format des données collectées.

moins coûteuse en moyens techniques et humains, en - d’homogénéiser les formats et les systèmes de pro-
argent et en temps. Les documents contenant des indi- jection cartographique ;
cations utiles aux reconstitutions paléoenvironnemen-
- de corriger géographiquement et géométriquement
tales et à la cartographie actuelle de la zone d’étude
les documents numériques non référencés (photo-
ont retenu notre attention. Il est alors possible de
graphies aériennes infrarouges et image SPOT).
confronter la présence de gisements archéologiques
avec le plus grand nombre de variables possibles Le contrôle systématique des bases archéologiques
(occupation du sol, topographie, réseau hydrogra- (PATRIARCHE et HACHDEWEP) s’est avéré néces-
phique et réseau viaire). La figure 1 illustre le résultat saire, dans la mesure où la distribution spatiale de ce
de la campagne d’acquisition à laquelle doivent être type d’informations souffre de l’introduction de biais,
ajoutées les données à caractère archéologique issues résultant de la nature aléatoire des découvertes. Ainsi,
du SRA. Ces dernières constituent un corpus de 383 les fiches de prospections et les rapports de fouilles
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indices de sites, dont la chronologie s’étend du ont fait l’objet d’un dépouillement, afin de vérifier le
Paléolithique moyen à l’époque Moderne. La Carte positionnement (nom de commune, coordonnées géo-
Archéologique (PATRIARCHE) réalisée par le SRA graphiques et numéro de parcelles), les circonstances
est différenciée des prospections-inventaires de l’as- de la découverte, la chronologie et la structure des
sociation HACHDEWEP (Histoire et Archéologie des sites.
Communes de la haute DEûle et des WEPpes), dont
les découvertes sont nombreuses, éparses et non inté- La base HACHDEWEP a nécessité une mise en
grées à la Carte Archéologique. conformité par rapport à la Carte Archéologique, du
fait d’une localisation imprécise, voire erronée, des
Les sources et la nature disparates des données entités archéologiques, d’une chronologie absente et
environnementales (cartes, documents IGN, photo- du manque d’indications concernant la structure du
graphies aériennes…) aboutissent à une importante site et le matériel découvert. Une vérification des
hétérogénéité des échelles géographiques, de la préci- coordonnées géographiques et du mobilier archéolo-
sion des données et des formats d’acquisition. gique entreposé au Centre archéologique de Seclin a
été effectuée afin de l’identifier (attribution chrono-
1.3. Validation, correction et intégration des don- culturelle) et de garantir un degré de précision suffi-
nées au SIG sant. Le positionnement des sites a été rectifié par rap-
Des problèmes de cohérence de la base et de super- port au SCAN 25 et aux cadastres numérisés et
position sont engendrés par cette hétérogénéité. Il est l’organisation de la base a totalement été revue pour
donc indispensable : intégrer ces indications. À la suite de ces investiga-
tions, les sites portant un positionnement par lieux-
- de vérifier et de valider les bases archéologiques ; dits, ainsi que les signalisations non renseignées par
38 MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET CLAUDE KERGOMARD

FIG. 2. — Méthodologie conceptuelle en vue du traitement de données archéologiques et


environnementales.

des coordonnées, ou dont la localisation est erronée, différentes soient-elles du point de vue du format
ont été corrigés ou rejetés de l’étude. Deux modes de d’affichage ou d’enregistrement, soient superpo-
représentations cartographiques sont envisageables au sables. Pour ce faire, toutes les cartes, images et tables
terme de cette conformation : de données spatiales susceptibles d’être exploitées
doivent être correctement géocodées. L’ensemble des
- soit la parcelle prospectée est pointée en tant que
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données thématiques, numériques ou alphanumé-
« surface archéologique » ;
riques est modifié et exporté dans un format utilisable
- soit la parcelle est représentée par un figuré ponctuel dans le logiciel ArcView version 3.2a. Les systèmes de
en son centre. projection cartographique sont harmonisés en projec-
tion Lambert 1 Carto métrique, permettant ainsi la
Le choix s’est porté sur le deuxième mode de repré-
gestion commune, la superposition et le croisement de
sentation, afin de conserver une cohérence sémiolo-
variables archéologiques et environnementales. Les
gique et scalaire avec la Carte Archéologique. La
documents non référencés (photographies aériennes
confrontation des deux bases de données a révélé des
infrarouges et image satellite) sont orthorectifiés par
redondances de sites : ces dernières ont par consé-
l’intermédiaire des SCAN 25 ou des plans cadastraux,
quent été rejetées de la Carte Archéologique. Au total,
afin d’atteindre un niveau de précision fin et une
sur les 321 sites qui composaient les bases de données
faible marge d’erreur.
brutes de la haute Deûle, 160 sont validés et exploi-
tables dans le cadre du projet. La méthodologie conceptuelle développée peut être
résumée par l’organigramme de la fig. 2.
« La conception d’un SIG demande la plus forte
attention pour l’assemblage de l’information sous La démarche souligne l’intérêt d’effectuer un
forme digitale »13 de façon que les données, aussi inventaire préalable des données disponibles afin

13. — C. PITOUT et C. KERGOMARD, « Conception et utilisation pour


l’étude et le suivi de sites industriels pollués », Revue Internationale de
Géomatique, vol. 10, n° 3-4, 2000, p. 299-311.
CONCEPTION ET UTILISATION D’UN SIG... 39

d’apporter la plus grande rigueur à la campagne d’ac- lonnage des valeurs, le lit actuel et les traces de diva-
quisition. Les informations collectées peuvent être gations sont apparents. Leur numérisation et vectori-
séparées en deux familles : la base archéologique et la sation, par analyse des formes, ont été, dans une pre-
base environnementale. Ces dernières subissent une mière étape, effectuées sans distinction entre les
série de traitement en vue de leur formalisation, de formes anciennes et les formes actuelles. En effet, la
leur conformation et de leur intégration à une base de seule utilisation de l’image SPOT ne permet pas leur
données homogène, structurée et géoréférencée. cartographie, du fait de sa résolution spatiale (20 m).
Une confrontation de ce premier résultat avec des
photographies aériennes couleurs et infrarouges
2. APPORTS DES SIG : ANALYSE SPATIALE ET MULTIS-
s’avère nécessaire. La figure 3 reprend la chaîne de
CALAIRE DES DONNÉES (PALÉO-) ENVIRONNEMEN-
traitement mise en place pour la production d’une
TALES ET ARCHÉOLOGIQUES
couche d’informations paléohydrologiques (fig. 3).
La détermination des spécificités géographiques de La haute résolution des photographies aériennes
la vallée de la haute Deûle et leur intégration au sein (50 cm) et les informations fournies par la gamme
d’un SIG autorisent une étude couplant les données infrarouge permettent :
(paléo)environnementales avec les données archéolo-
giques, afin d’analyser les relations passées entre - de différencier le réseau hydrographique actuel
l’homme et le milieu. Malgré de nombreux essais de (canal de la Deûle, canal de Seclin, rigoles d’assè-
reconstitution de l’évolution du cours de la Deûle14, la chement) et les divagations méandreuses de l’ancien
carence de documents rend la réalisation de cartes lit fluvial ;
paléoenvironnementales délicate. La télédétection - de hiérarchiser, grâce à la littérature, l’ancien sys-
contribue à pallier, en partie, cette absence. tème fluvial en deux catégories : les paléotracés
hydrographiques attestés et les paléotracés hypothé-
2.1. Vers une identification du paléotracé fluvial : tiques. Ces derniers, n’ayant pu être avérés, repré-
la télédétection comme outil palliatif sentent généralement l’extension logique de la pre-
Le tracé primitif de la rivière est difficile à appré- mière catégorie. De plus, le cadastre actuel et les
hender à cause de la topographie et de la forte anthro- campagnes de terrain ont permis de s’assurer de la
pisation du bassin versant15. L’imagerie satellitaire est précision du document (fig. 4).
d’un grand intérêt pour le repérage des paléoformes Dans la mesure où ces formes, par leur taille et leur
fluviatiles de surface (anciens méandres). Cette obser- continuité, ont résisté aux transformations imposées
vation repose sur une reconnaissance : par l’action de l’homme, il est aisé de les repérer
- des surfaces en eau libre et du réseau actuel ; visuellement par l’agencement parcellaire et paysa-
ger. En effet, « la forme des parcelles et leur organisa-
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- des traces des réseaux anciens perceptibles par les tion […] sont un excellent facteur d’interprétation »18.
variations d’humidité ou de rugosité des sols nus et Par ailleurs sur le terrain :
les formations végétales associées.
- les caractères pédologiques (compositions minéralo-
L’utilisation d’une scène SPOT 4, datée du 21 avril giques et teneur en matière organique de l’horizon
200216, permet l’extraction, la création et la produc- supérieur des sols) peuvent être révélateurs de l’hy-
tion d’une couche d’informations paléohydrolo- dromorphie des sols ;
giques, intégrable dans la base d’information géogra-
phique existante. L’identification de l’hydrographie - une végétation spécifique hygrophile (boisement
fossile passe par le calcul de ratios17. Plusieurs combi- arbustif, peupleraies, saules) se localise le long des
naisons ont été testées, le rapport entre les canaux 4 et anciens méandres ;
2 est le plus probant. Le calcul de ce type de néoca- - des plans d’eau résiduels ponctuent l’ancien tracé de
naux consolide l’interprétation visuelle. Après rééta- la rivière ;

14. — L. DESCHODT, « Ebauche d’une cartographie au 1/10 000 des for- 17. — « Combinaison de plusieurs bandes spectrales destinées à mettre
mations superficielles de Lille », Les Cahiers de Préhistoire du Nord, en évidence les particularités radiométriques d’une surface donnée »,
n° 21-22, 1999, 208 p. définition de M. ROBIN, La télédétection…, op. cit., p. 291.
15. — J. SOMMÉ, Les plaines du Nord de la France et leur bordure. 18. — M.-C. GIRARD et C.-M. GIRARD, Télédétection appliquée, zones
Etude géomorphologique, t. I, Thèse d’État, Université de Paris I, 1977, tempérées et intertropicales, Masson, 1989, 259 p.
810 p.
16. — Données SPOT / Programme ISIS, © CNES (2002), distribution
Spot Image S.A.
40 MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET CLAUDE KERGOMARD

FIG. 3. — Chaîne de traitement d’identification des paléoformes fluviales.

- la microtopographie se manifeste par des inflexions


héritées de l’ancien système fluvial ;
- les toponymes sont marqués par l’histoire de la
rivière.
2.2. Exploitation du SIG : exemple des périodes
néolithique et antique
Les outils d’analyse spatiale (croisement de
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couches, interception de thèmes, analyse statistique,
requêtes thématiques et spatiales) permettent une
étude exhaustive de la répartition des gisements
archéologiques et de leurs relations avec les condi-
tions environnementales. La figure 5 synthétise l’in-
formation sous la forme d’une carte de localisation
des gisements archéologiques et des contraintes géo-
graphiques (topographie, limite de la zone alluviale,
hydrographie passée et actuelle). Les sites archéolo-
giques sont étudiés en tant qu’entités ponctuelles sans
distinction chronologique, afin d’émettre, tester et
valider des hypothèses de stratégies d’occupation du
sol.

Source : LMCU, 2001. Cartographie : FRANCHOMME M., 2003.


L’analyse de la carte permet d’identifier trois zones
Paléoformes hydrographiques : Cadastre numérisé :
géographiques singularisées par une concentration de
Paléotracé hydrographique attesté sites différentielle :
Limites parcellaires
Paléotracé hydrographique hypothétique
- les plateaux sont peu représentés, puisqu’ils sont
situés en périphérie de la zone d’étude. Par ailleurs,
FIG. 4. — Corrélation entre les paléoformes et le postulat selon lequel les plateaux sont moins pro-
l’organisation parcellaire. pices à la découverte archéologique se confirme par
CONCEPTION ET UTILISATION D’UN SIG... 41
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FIG. 5. — Répartition spatiale des sites archéologiques de la vallée de la haute Deûle.

une faible concentration des gisements19. Néan- détruire, déplacer ou masquer les traces anciennes
moins, quelques sites disparates sont situés soit sur en milieu de versants20 ;
des limons de plateau (pays de Weppes), soit sur la
- la zone alluviale, circonscrite sous la cote altitudi-
surface crayeuse du Mélantois. Ces zones de 30 et
nale des 21 m, rassemble 57,5 % des sites. La zone
46 m d’altitude sont caractérisées par une pente
alluviale se caractérise par une surreprésentation des
faible ;
gisements archéologiques. La principale raison est
- l’essentiel des sites archéologiques est localisé en probablement l’attrait (richesse et accessibilité des
haut et en bas de versant sur les zones aux pentes ressources naturelles faunistiques et floristiques)
inférieures à 1 %. A contrario, les versants aux qu’exerce ce territoire sur les sociétés humaines pas-
pentes supérieures à 3 % sont délaissés, mais les sées.
processus d’érosion ou de sédimentation ont pu

19. — N. CARCAUD et M. GARCIN (coord.), Géoarchéologie de la 20. — A. G. BROWN, Alluvial Geoarchaeology : Floodplain
Loire…, op. cit. Archaeology and Environmental Change, Cambridge University Press,
1997, 377 p.
42 MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET CLAUDE KERGOMARD

Néanmoins, la répartition spatiale des gisements se sollicitées, traduisant la recherche d’une insolation
caractérise par une forte anisotropie, d’autres facteurs assez élevée et une protection contre les vents. Les
interviennent, telle la proximité du cours d’eau21. Afin abords immédiats des zones marécageuses semblent
de vérifier la validité de cette hypothèse, un calcul de moins attractifs, mais la proximité de l’eau est tou-
distance par rapport aux paléochenaux est réalisé. Il jours recherchée, même si l’homme maîtrise les sys-
en ressort que, sur les 92 sites compris dans la zone tèmes d’adduction d’eau. Cependant, on note une
alluviale, 35 sont à moins de 250 m de l’ancien cours augmentation et une dispersion des sites sur la zone
d’eau, notamment en rive gauche au niveau du paléo- d’étude, caractéristiques de l’emprise au sol de la
méandre de Santes - Wavrin. société gallo-romaine et de la mise en valeur du terri-
toire (cultures, réseau terrestre).
Une étude de la chronologie des sites archéolo-
giques révèle que les périodes néolithique et gallo-
romaine sont les plus représentées (respectivement 3. RÉFLEXION SUR LE POTENTIEL DES SIG DÉVELOP-
18 % et 38 % des gisements de la vallée de la haute PÉS EN GÉOARCHÉOLOGIE
Deûle). Une analyse de ces périodes est envisagée sur
3.1. Des hypothèses à relativiser par l’étude des
les communes de Santes, Wavrin et Houplin-Ancoisne
biais
(fig. 6).
La prise en compte des biais de prospection s’avère
2.2.1. Le Néolithique : l’attrait du cours d’eau
nécessaire, dans la mesure où les hypothèses sont
Le Néolithique prédomine au sein de la période influencées par les méthodes de prospection24. La
préhistorique. La majorité des sites est circonscrite à prospection au sol est une approche extensive suscep-
la plaine alluviale actuelle, à l’intérieur de laquelle ils tible de donner une vision historique générale d’un
se dispersent. Non seulement les marais sont coloni- terroir. Cependant, la nature de l’occupation du sol
sés, mais certains sites se développent auprès de la actuelle limite les recherches. Dans la mesure où le
rivière. Ce type d’occupation illustre le rapport de SIG permet de travailler sur plusieurs variables et de
proximité qu’entretient l’homme avec le cours d’eau les confronter, il est possible d’estimer l’influence des
et indique probablement l’exploitation des zones conditions d’investigation sur la découverte et la loca-
humides. M. Gillings22 en Hongrie ainsi que M. Kuna lisation des sites. Plusieurs constatations découlent de
et D. Adelsbergerovå23 en République Tchèque notent la confrontation de l’information archéologique avec
une corrélation d’une part entre les cours d’eau et la les modes d’occupation du sol actuel.
localisation des sociétés du Néolithique et d’autre part
3.1.1. La surreprésentation des surfaces agricoles :
entre les plaines alluviales et ces mêmes sociétés.
terres arables et zones agricoles hétérogènes
Cependant, l’éloignement par rapport au cours d’eau
s’amorce dès le Néolithique final. Ce mouvement se L’analyse de la répartition des sites par rapport à
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confirme aux époques protohistorique et gallo- l’occupation du sol montre que 64,4 % des observa-
romaine. En effet, les sites postérieurs au Néolithique tions ont été faites dans des surfaces agricoles. En
et antérieurs au Moyen Âge sont majoritairement effet, la facilité d’accès et la faible couverture végé-
situés au-delà d’une distance de 400 m autour du tale au sol (tout au moins une partie de l’année)
paléochenal de Santes – Wavrin. concourent au fait que les terres cultivées soient les
plus prospectées par les bénévoles. Le mobilier et les
2.2.2. L’époque antique : la maîtrise du milieu
matériaux des gisements archéologiques sub-affleu-
L’analyse de la répartition des sites gallo-romains rants sont couramment mis au jour par les travaux de
montre que les zones sans exposition dominante labours. En cas de sites stratifiés, seules les parties les
ou orientées sud-est, aux pentes faibles, sont les plus plus hautes, donc les plus récentes sont détectées25.

21. — G. Y. CSÅKI, E. JEREM et F. REDÖ, « Data recording and GIS Bohemia, the Czech Republic », dans G. LOCK et Z. STANC± IC± (ed.),
applications in landscape and intra-site analysis : case studies in pro- Archaeology and Geographical Information Systems : A European
gress at the Archaeological Institute of the Hungarian Academy of Perspective, Taylor and Francis, 1995, p. 117-131.
Sciences », dans G. LOCK et Z. STANC± IC± (ed.), Archaeology and 24. — D. GUILLOT et G. LEROY, « The use of GIS for archaeological
Geographical Information Systems : A European Perspective, Taylor ressource management in France : the SCALA project, with a case
and Francis, 1995, p. 85-99. study in Picardie », dans G. LOCK et Z. STANC± IC± (ed.), Archaeology
22. — M. GILLINGS, « Flood dynamics and settlement in the Tisza val- and Geographical Information Systems : A European Perspective,
ley of north-east Hungary : GIS and the Upper Tisza project », dans Taylor and Francis, 1995, p. 15-26.
G. LOCK et Z. STANC± IC± (ed.), Archaeology and Geographical 25. — A. FERDIÈRE, « Les prospections au sol », dans M. DABAS,
Information Systems : A European Perspective, Taylor and Francis, H. DELETANG, A. FERDIÈRE, C. JUNG et W. H. ZIMMERMANN, La pros-
1995, p. 67-84. pection, Éditions Errance, collection « Archéologiques », 1998, p. 9-
23. — M. KUNA et D. ADELSBERGEROVÅ, « Prehistoric location prefe- 89.
rences : an application of GIS to the Vinor±sky ;Potok project,
CONCEPTION ET UTILISATION D’UN SIG... 43

3.1.2. Importance des zones urbaines et industrielles site, l’occupation historique de la région, les interrela-
tions entre les unités stratigraphiques et les conditions
Les entités archéologiques en zone densément peu-
d’occupation, d’autant plus que les SIG sont adaptés
plée sont, à court terme, les plus menacées26. Les tra-
aux calculs de distances et de surfaces de phénomènes
vaux d’aménagement, tels que la viabilisation urbaine
géoréférencés en relation avec des caractéristiques
(routes et réseau d’assainissement) et les construc-
géographiques spécifiques (éloignement par rapport
tions résidentielles individuelles ou collectives, sont à
aux cours d’eau et aux marais). On peut alors utiliser
l’origine de découvertes fortuites. L’exemple de
le SIG comme outil de recherche pour la spatialisation
construction d’une galerie captante de la nappe phréa-
des données archéologiques, afin de répondre à des
tique de la craie passant par Houplin-Ancoisne et
problématiques d’analyse spatiale. Outre la localisa-
Emmerin illustre les relations existantes entre les
tion des indices archéologiques (entités, gisements et
gisements archéologiques et l’aménagement du terri-
indices de site), le SIG contribue à apporter des élé-
toire. En effet, à une distance de 100 m autour de la
ments de réponses concernant les stratégies d’occupa-
galerie, onze sites ont été mis au jour durant les tra-
tion ; il aide à définir « les zones archéologiques sen-
vaux.
sibles », à les individualiser et à les protéger des
3.1.3. Des zones moins soumises à la prospection projets d’aménagements. Une réflexion est également
engagée sur l’usage des SIG dans l’évaluation du
Les forêts et les prairies sont des zones déficitaires,
potentiel archéologique29. L’outil informatique offre
les découvertes y restent discrètes et éparses. Le haut
deux avantages fondamentaux pour les applications
niveau de recouvrement du sol par la végétation et la
archéologiques :
faible pression foncière sur ces espaces généralement
« renaturés » expliquent en grande partie la faible - le traitement d’un nombre très élevé de données
concentration des découvertes27. intégrant des paramètres archéologiques et environ-
nementaux ;
3.2. Le SIG comme outil informatif
- la prise en compte globale du territoire comme une
L’adoption du SIG en archéologie remonte au début
entité archéologique, de manière à pouvoir juger du
des années 1980. Il est très vite devenu un outil stan-
poids réel des paramètres environnementaux et
dard de la manipulation spatiale de données archéolo-
sociaux dans la localisation des gisements30.
giques. D’après K. L. Kvamme28, le SIG tend à pro-
mouvoir la recherche inductive en archéologie par Dans ce raisonnement, le SIG permet de tester des
l’étude de données empiriques, alors que jusqu’à pré- hypothèses, d’affiner des résultats et de mettre en évi-
sent, l’archéologie procédait de manière déductive. La dence des phénomènes importants ou marginaux. En
modélisation inductive s’appuie sur des phénomènes aucun cas, l’outil ne se substitue au raisonnement, ni
connus, alors que la modélisation déductive permet de ne remplace l’interprétation, mais il permet de cons-
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privilégier certaines couches environnementales, afin truire des hypothèses de travail sur le traitement de
d’obtenir un modèle plus proche de la réalité. l’ensemble des données brutes31.
L’utilisation d’un SIG permet une meilleure connais-
sance des conditions paysagères régionales, par l’in- CONCLUSION
troduction dans la base de données des caractéris-
La démarche déployée offre des résultats pouvant
tiques physiques actuelles de la région (forme et
être considérés comme concluants. Cette approche
organisation des paysages, nature des sols, végétation,
repose sur des méthodes de structuration et d’intégra-
hydrographie, relief et pentes).
tion des données provenant de l’acquisition et de
Cette perception offre aux archéologues de nou- la création de couches d’informations thématiques
velles perspectives de réflexion sur la structure du et géographiques diverses. L’étude de faisabilité

26. — E. POIRSON, J.-F. BERGER, G. DAVTIAN et R. ROYET, « Élabora- Z. STANC± IC± (ed.), Archaeology and Geographical Information
tion d’un modèle prédictif en haute vallée du Rhône (Isle Crémieu) : de Systems : A European Perspective, Taylor and Francis, 1995, p. 1-14.
l’Antiquité à la période moderne », dans J.-F. BERGER (coord.), 29. — P. VERHAGEN et J.-F. BERGER, « The Hidden reserve : predictive
Peuplement et Milieu en bas Dauphiné (Isle Crémieu) de l’apparition modelling of buried archeological sites in the Tricastin-Valdaine
de l’agriculture à l’époque moderne, Programme collectif de Region (Middle Rhone Valley, France) », Cépam (Centre d’étude, pré-
recherche, Rapport intermédiaire, 2002, p. 180-249. histoire, antiquité, Moyen Âge), CNRS, documents de formation, com-
27. — C. BATARDI, O. BUCHSENSCHUTZ et F. DUMASY, « Le Berry pléments, 2001, p. 219-231.
Antique, Atlas 2000 », Revue archéologique du centre de la France, 30. — ARCHAEOMEDES, Des oppida aux métropoles. Archéologues
supplément n° 21, 2001, 189 p. et géographes en vallée du Rhône, Anthropos, collection Villes, 1998,
28. — K. L. Kvamme, « A view from across the water : the North 280 p.
American experience in archaeological GIS », dans G. LOCK et 31. — X. RODIER, « Le système d’information TOTOPI… », op. cit.
44 MAGALIE FRANCHOMME, PIERRE-GIL SALVADOR ET CLAUDE KERGOMARD
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FIG. 6. — Répartition spatiale des sites néolithiques et antiques de


la vallée de la haute Deûle.
CONCEPTION ET UTILISATION D’UN SIG... 45

préalable à la conception du SIG a permis l’inventaire, ment rectifiés géographiquement et géométriquement.


la vérification et la validation des données. Cette Une fois ces opérations effectuées, leur traitement et
étape est indispensable, puisqu’elle souligne les spé- leur interprétation favorisent la détection du cours
cificités de l’information relative aux sites archéolo- passé de la rivière.
giques. En effet, l’imprécision, voire l’absence, du
Les fonctions d’analyse spatiale offertes par les
référencement géographique s’ajoutent à l’hétérogé-
SIG ont permis d’appréhender les relations entre les
néité manifeste des renseignements collectés. À la
sociétés humaines passées et leur environnement dans
suite de ces constatations, les données archéologiques
la vallée de la haute Deûle. Ainsi, la répartition forte-
ont été examinées et rectifiées, grâce aux archives du
ment anisotrope des sites archéologiques est influen-
SRA et aux entretiens avec les prospecteurs. De
cée par les contraintes environnementales, notamment
même, la méthodologie a permis d’estimer la valeur
la topographie (plateau, versant et plaine alluviale) et
de chaque document environnemental : disponibilité,
est fonction de la distance par rapport au cours d’eau.
précision, échelle et pertinence.
En effet, l’historique du peuplement de la vallée de la
La conception d’un SIG passe par l’intégration des haute Deûle est fortement lié aux modifications
données dans un système de projection cartogra- paléoenvironnementales et anthropiques du cours
phique commun, autorisant la superposition des d’eau. Cependant, la représentation cartographique
couches d’information. La structuration de l’informa- des sites archéologiques doit être améliorée pour
tion au sein d’une base de données relationnelle est rendre compte de leur emprise au sol réelle.
obligatoire pour administrer, gérer et manipuler L’élargissement de la méthode développée à d’autres
conjointement des variables décrites par des attributs vallées du Nord de la France (Scarpe, Sensée, Escaut,
différents. Cependant, la création de nouvelles don- Lys, Aa…) est à envisager, afin de confirmer ou d’in-
nées s’avère nécessaire, afin de pallier le manque firmer les hypothèses émises au cours de ce travail.
d’informations relatives à la limite de la plaine allu-
viale et aux divagations des paléoméandres. Le
recours à la télédétection satellitaire et aérienne cou- Mots-clés : géoarchéologie, SIG, télédétection, ana-
leur et infrarouge enrichit les connaissances environ- lyse spatiale, vallée de la haute Deûle.
nementales. Ces documents doivent être préalable-
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