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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Alberto Burri – Village de Gibellina – Il Cretto – 1984/1989


Arnauld Saint-Clair de Bussierre d’Ortenberg
SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Arnauld Saint-Clair de Bussierre d’Ortenberg


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Arnauld Saint-Clair de Bussierre d’Ortenberg


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1.0 - Tremblements de terre


1.1 – Origines
Les séismes peuvent être déclenchés par des éruptions volcaniques ou par des
effondrements souterrains. Mais, dans leur grande majorité (environ 90% des
enregistrements), les tremblements de terre ont une origine tectonique due au passage
d’ondes sismiques générées par la libération d’efforts accumulés dans la croûte terrestre
lorsque se produit un déplacement au droit d’une faille géologique.
1.2 – Magnitude
La magnitude d’un tremblement de terre est repérée selon l’échelle de Richter par des
séismographes. Elle définit l’énergie totale du tremblement de terre sans considération aux
effets locaux. Cette échelle de magnitude est établie à partir d’un tremblement de terre
standard.
1.3 - Intensité du séisme
L’intensité d’un séisme se mesure d’après l’échelle MSK (de Medveder, Sponheuer et
Karnik) pour les effets locaux sur les gens, les ouvrages de construction et la surface de la
terre. En vue du calcul des ouvrages, des cartes des intensités les plus fréquemment
rencontrées sur des périodes de retour de 100 et même 1000 ans pour les zones sismiques
reconnues ont été établies.

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4 - Amplitude :
En physique classique, on nomme
amplitude la mesure scalaire (une
coordonnée) d’un nombre positif
caractérisant l’ampleur de l’oscillation
d’une onde par rapport à sa valeur
moyenne.

5 – Fréquence
En physique, la fréquence désigne en
général la mesure du nombre de fois qu'un
phénomène périodique se reproduit par unité
de temps, c'est-à-dire le nombre de fois
qu'un phénomène temporel régulier se
reproduit identique à lui-même par intervalle
de temps donné. Ainsi lorsqu'on emploie le
mot fréquence sans précision, on sous-
entend la plupart du temps une fréquence
temporelle. Par extension le terme est
également utilisé lorsque qu'un phénomène
est périodique dans l'espace : on parle alors
de fréquence spatiale.

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2.0 - Les différents types d’ondes :

Lors de la rupture des roches, l’énergie est émise sous forme d’ondes
élastiques qui se propagent à l’intérieur de la terre. On distingue deux types
d’onde :
• les ondes de compression-dilatation et
• les ondes de cisaillement.

Les ondes de compression-dilatation (qui sont longitudinales) sont appelées


ondes P (primaires) car elles sont plus rapides (environ 1.8 fois) que les ondes
de cisaillement (transversales) appelées ondes S (secondaires).

Lorsque le train d’onde arrive au niveau de la surface, il se forme des ondes


qui se propagent parallèlement à la surface libre. Ce sont :

les ondes de Love et de Rayleigh (fig. 2.6). Elles sont, en général, plus
lentes et de plus forte amplitude que les ondes P et S et peuvent provoquer
d’importants dommages.

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3.0 - Types de dégâts


3.1 - Effondrement en galette (pancake)

Évidemment, pour résister aux sollicitations sismiques, la stabilisation latérale de la structure est
primordiale. Elle requiert des éléments verticaux présentant une certaine rigidité et une résistance
suffisante. Ces éléments peuvent être des cadres (portiques), des refends (voiles) ou des
contreventements. Cependant, même dans des régions à forte sismicité, un grand nombre de bâtiments
est doté d’une stabilisation latérale nettement insuffisante, voire inexistante.

La sanction de cette lacune est implacable et se traduit souvent par un effondrement général de la
structure, le fameux « pancake» (fig. ci-contre).

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3.2 - Fissures en croix

Les fissures en croix dans les murs sont caractéristiques des sollicitations
sismiques. En effet, elles mettent en évidence le caractère cyclique ainsi que la
direction principalement horizontale de l’action sismique.

La forme en croix découle du fait que l’action sismique ne s’exerce pas


uniquement dans un seul sens, mais qu’elle s’inverse plusieurs fois durant
l’événement.

Les sollicitations horizontales entraînent des efforts de cisaillement dans les


élément verticaux. Conformément aux principes de base de la mécanique des
solides, selon l’orientation considérée, le cisaillement se traduit par de la
traction. Dès que la résistance à la traction est dépassée, des fissures obliques
peuvent se former. Les fissures en croix dans les éléments en maçonnerie sont
caractéristiques de l’action sismique. Elles naissent des tractions diagonales
perpendiculaires à la compression principale

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Les fissures en croix apparaissent


principalement dans les murs en maçonnerie
car ceux-ci sont généralement peu élancés
et résistent donc essentiellement en
cisaillement.

De plus, la maçonnerie présente une faible


résistance à la traction. Une fois les fissures
en croix formées, l’endommagement va se
poursuivre avec l’ouverture des fissures
jusqu’à la rupture de l’élément et
l’effondrement éventuel de la structure.

De surcroît, les murs en maçonnerie sont


spécialement sensibles aux sollicitations
transversales (hors de leur plan) et les
fissures en croix les fragilisent encore plus
car elles découpent des panneaux qui
s’effondrent fréquemment transversalement.

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3.3 - Étage souple (soft-storey)

L’étage souple ou soft-storey est certainement le dégât sismique le plus répandu car, à
chaque reprise, il est responsable d’une majeure partie des effondrements de bâtiments.
Dans beaucoup de régions du monde, malheureusement souvent fortement exposées
sismiquement, le premier étage des immeubles est traditionnellement réservé à une
affectation commerciale et doit donc offrir un espace maximal. Pour cette raison, il est
libéré d’éléments structuraux encombrants comme les refends qui y sont interrompus et
remplacés par des colonnes. Cette configuration implique un comportement sismique
particulièrement défavorable.
En effet, conformément à l’illustration de la figure 3.2, les déformations globales (en tête)
du bâtiment ne peuvent être produites que par une concentration des déformations
locales à la base et au sommet du premier étage. Dans ces conditions, même des
sollicitations sismiques moyennes vont provoquer des dégâts importants. La suite
inéluctable est constituée par l’effondrement classique du bâtiment sur son premier
étage. Le même phénomène peut intervenir à un autre étage si les éléments de
stabilisation y sont affaiblis ou interrompus

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3.4 - Colonne captive et colonne courte (short column)

Les phénomènes de colonne captive et de colonne courte surviennent


régulièrement causant une part notable des dégâts sismiques.
Ces deux phénomènes sont apparentés et sont souvent réunis sous la
dénomination short column. Comme l’illustre la partie gauche de la figure ci-
après, la colonne (généralement celle d’un cadre) devient captive lorsqu’elle
est entravée sur une partie de sa hauteur dans ses déformations latérales par
un autre élément, souvent un mur en maçonnerie.
Lors d’un fort séisme, les extrémités de la partie libre de la colonne sont
fortement sollicitées en flexion. La flexion est accompagnée d’un effort
tranchant d’autant plus important que la hauteur libre est réduite. Si la
résistance à l’effort tranchant de la colonne est insuffisante, ce qui est
inévitable si elle a été dimensionnée pour un effort tranchant correspondant à
sa hauteur totale, une rupture par cisaillement accompagnée de fissures
caractéristiques à 45° survient.

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Il faut souligner que, dans la plupart des cas, les colonnes sont entravées par
des éléments non porteurs mis en place après l’intervention de l’ingénieur,
souvent à son insu. A l’instar de la partie droite de la figure ci-dessous, le
problème se retrouve dans le cas de colonnes peu élancées. Alors que le
dimensionnement ne l’a souvent pas prévu, les sections d’extrémités
atteignent leur moment plastique (Mpl) sous les sollicitations sismiques. Plus
la longueur (1) de la colonne est réduite, plus le gradient de moment (donc
l’effort tranchant) est important. La résistance à l’effort tranchant de la colonne
n’est en général pas suffisante face aux sollicitations imposées, entraînant là
aussi une rupture par cisaillement accompagnée de fissures caractéristiques
à 45°.

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3.5 - Détails d’armature

Pour les éléments en béton armé, quelques lacunes récurrentes dans la


conception ou la réalisation des détails d’armature provoquent des dégâts
sismiques typiques. Ces erreurs classiques sont les suivantes :

• ancrage déficient de l’armature transversale,


• espacement excessif de l’armature de stabilisation,
• recouvrement dans les zones sensibles de fortes déformations
plastiques.

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L’armature transversale assume un rôle essentiel dans le comportement du


béton armé lors des fortes déformations plastiques imposées par les
sollicitations sismiques. D’une part, les étriers confinent le béton comprimé,
étendant ainsi sa capacité de déformation. D’autre part, elle constitue un
appui transversal pour l’armature longitudinale l’empêchant de flamber
latéralement lorsque celle-ci est comprimée pendant la phase de fermeture
des fissures juste après avoir été étirée plastiquement (fig. ci-après).

Le danger de flambage latéral est encore accru par le fait qu’à ce stade, le
béton de couverture a généralement déjà éclaté lors des cycles précédents.
L’éclatement du béton de couverture a justement également une incidence
sur l’ancrage des étriers qui, s’il est réalisé, comme c’est souvent le cas,
avec des crochets à 90°, n’est alors plus assuré.

L’ouverture des étriers qui en résulte n’empêche plus le flambage de


l’armature longitudinale ce qui peut conduire à l’effondrement de la structure
(fig. 3.4 à gauche).

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Concernant le flambage de l’armature


longitudinale, l’espacement de l’armature
de stabilisation (étriers et barres de
liaison) joue un rôle primordial. Même
pour les actions traditionnelles, un
resserrement des étriers dans les zones
sensibles (extrémités des colonnes, par
exemple) est préconisé afin d’améliorer
la capacité de déformation.

Hélas cette règle de l’art n’est


fréquemment pas appliquée avec
rigueur, si ce n’est pas totalement
ignorée. Dans le cas de sollicitations
sismiques, en raison des fortes
déformations plastiques imposées, les
conditions d’espacement sont encore
plus draconiennes et un espacement
trop important n’empêche pas le
flambage latéral de l’armature
longitudinale (fig. ci-contre).

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Les recouvrements de l’armature


longitudinale constituent une zone
problématique des éléments en béton
armé. Le passage des efforts d’une
barre à l’autre par l’intermédiaire du
béton s’accommode mal des
sollicitations plastiques et cycliques
imposées par les séismes.

Malheureusement, les recouvrements


sont traditionnellement disposés aux
pires endroits, à la base des refends
par exemple, coïncidant avec les zones
de fortes déformations plastiques.
Souvent doublées d’une déficience
d’armature transversale, les zones de
recouvrement sont sujettes à des
ruptures allant jusqu’à découper la
section au niveau de l’interruption de
l’armature d’attente (fig. ci-contre).

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3.6 – Martèlement

Étant donné que les bâtiments sont


sujets à des déformations horizontales
importantes durant un séisme, deux
bâtiments voisins peuvent entrer en
collision si l’espace qui les sépare est
insuffisant.
Le martèlement (entrechoquement) des
bâtiments constitue un dégât sismique
typique en zone urbaine.

Comme l’illustre la figure ci-dessus, le danger est particulièrement important si


les bâtiments sont de hauteurs différentes car ils n’oscillent pas de concert, en
raison de leur caractéristiques dynamiques différentes (fréquences
fondamentales), augmentant les possibilités de collision.

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De surcroît, à l’instar de la
partie droite de la figure ci-
contre, des hauteurs d’étage
qui ne correspondent pas,
constituent la situation la
plus défavorable car les
dalles percutent alors de
plein fouet les colonnes du
bâtiment voisin. Les dégâts
engendrés par la collision
entraînent souvent dans ce
cas l’effondrement d’un,
voire des deux bâtiments.

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3.7 - Longueur d’appui insuffisante


Les zones d’appui (de liaison) des structures non
monolithiques, tels que les structures en béton
préfabriqué et les ponts constitués d’une suite de
poutres simples par exemple, sont très sensibles
aux sollicitations sismiques qui imposent
d’importantes déformations horizontales.
Dans ces zones, les déplacements entre les
éléments assemblés peuvent être bloqués, par un
goujon par exemple, ou être guidés dans une ou
plusieurs directions. Cependant les appuis fixes ne
résistent généralement pas au caractère dynamique
de l’action sismique qui engendre des efforts
colossaux.

Après leur rupture, l’élément appuyé n’est alors plus


fixé et risque de tomber si les longueurs des zones
d’appui ne sont pas suffisantes pour l’en empêcher,
d’autant que les mouvements sismiques peuvent
conduire à un écartement des appuis

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3.8 - Liquéfaction, perte de portance des fondations

Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un dégât de la structure, la


liquéfaction du sol ou la perte de portance du sous-sol de fondation sont des
phénomènes qui peuvent provoquer, dans certains cas, une large part des
dégâts sismiques. Une couche de terrains meubles en surface peut amplifier
de manière très significative les secousses sismiques (effet de site). En plus,
s’il s’agit de sables fins ou de limons peu compacts et saturés en eau, les
surpressions interstitielles engendrées par les sollicitations sismiques
peuvent conduire à la perte de leur consistance (diminution de la contrainte
effective entre les grains), induisant un comportement momentanément
semblable à celui d’un liquide. Sous l’effet des ébranlements, les grains de
sable ou de limon des dépôts lâches et saturés en eau «veulent» se
compacter et gagner ainsi du volume, mais en se déplaçant pour le
compactage, ils se mettent à flotter. Ce phénomène apparaît en raison de la
faible perméabilité des sables fins et des limons car la pression interstitielle
n’a pas le temps de se résorber entre deux cycles de charge.

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En pente, il en résulte un danger A


accru de glissements de terrain qui
peuvent être encore plus
dévastateurs que les effets directs
du séisme.

En terrain moins accidenté, l’effet


peut provoquer l’affaissement de
zones étendues dans lesquelles la
perte de portance des fondations
entraîne l’enfoncement ou le
B
renversement des bâtiments.
Comme le montre la figure ci-
contre, l’enfoncement (A) et le
renversement (B) sont
accompagnés d’un déplacement
latéral et vertical du terrain sous-
jacent.

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Effondrement en galette Liquéfaction


(pancake)

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4.0 - Classification des dégâts

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5.0 – Conception des bâtiments

5.1 - Introduction

Même si elle ne repose pas directement sur une procédure de calcul bien définie, la conception
constitue l’étape cruciale du projet car c’est à ce stade que les décisions déterminantes pour le
comportement de la structure vont intervenir. L’importance de la conception n’est pas l’apanage
exclusif du génie parasismique, mais elle y est exacerbée en raison du caractère particulier des
sollicitations sismiques et des conséquences dramatiques auxquelles de petites lacunes peuvent
conduire. Dans le génie parasismique, une erreur de conception ne peut pas être rattrapée par
des calculs, aussi sophistiqués soient-ils, et la sanction de la nature est implacable, souvent
catastrophique.

La conception vise à garantir un bon comportement sismique de la structure. Pour y parvenir, le


maître mot est régularité. En effet, les extravagances dans la forme du bâtiment, ou dans son
système porteur, ont toujours tendance à fortement amplifier les effets des séismes et à entraîner
des concentrations importantes d’efforts.

De plus, l’évaluation de la réponse sismique est d’autant plus incertaine et complexe que la
structure est irrégulière. Au contraire, une forme compacte et un système structurel régulier
assurent un cheminement clair et direct des efforts, donc un comportement favorable face aux
séismes et permet à l’ingénieur de maîtriser la réponse sismique de la structure. Il ne faut tout de
même pas en conclure que seuls les bunkers sont adaptés aux séismes.

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5.2 - Enjeux de la conception :

L’importance prédominante de la conception par rapport à l’analyse de la structure


est bien résumée dans l’adage suivant :

Un bâtiment bien conçu et mal calculé se comportera toujours mieux face


aux séismes qu’un bâtiment bien calculé, mais mal conçu.

Les éléments qui interviennent dans le cadre de la conception parasismique des


bâtiments peuvent être regroupés dans les quatre catégories suivantes :

1. la forme du bâtiment (en plan et en élévation),

2. le système structurel de contreventement,

3. l’insertion des éléments non porteurs,

4. l’implantation du bâtiment.

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5.3 - Forme du bâtiment :

La forme du bâtiment est primordiale car elle influence fortement la réponse d’ensemble de l’édifice
aux sollicitations sismiques.

Pour un bon comportement sismique, il faut tendre vers des formes simples, compactes et
régulières, tant en plan qu’en élévation.

Les formes complexes engendrent :


des vibrations de torsion et
des vibrations localisées
qui vont se traduire par des déformations accentuées et entraîner des concentrations locales
d’efforts.

La fragmentation des formes complexes en plusieurs formes simples par des joints parasismiques
est un remède efficace pour éviter ces dangereuses oscillations perturbatrices.

Il faut également tendre vers une répartition régulière des caractéristiques structurelles sur la
hauteur du bâtiment. Une répartition non uniforme des masses, ou de la rigidité, provoque des
oscillations différentielles qui engendrent des concentrations d’efforts précisément au droit des
changements structuraux.

Les sollicitations supplémentaires dues aux irrégularités de la forme du bâtiment peuvent entraîner
des ruines localisées, voire l’effondrement complet de l’édifice.

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5.3.1 - Forme en plan

Les formes en plan les plus favorables d’un point de vue sismique sont les formes compactes et
régulières. A ce titre, les formes symétriques, comme celles représentées sur la figure ci-
dessous, conviennent particulièrement bien. Étant donné qu’elles possèdent plusieurs axes de
symétrie, les centres de masse (M) et de cisaillement (S) coïncident, évitant les problèmes de
torsion.

Lorsque les centres ne sont pas confondus, le bâtiment subit non seulement une sollicitation
horizontale, mais également un effort de torsion qui entraîne une augmentation des efforts et
des déformations dans les éléments de la structure.

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La figure A ci-contre montre,


deux formes en plan,
symétriques, dans lesquels
une excentricité sépare les
centres de masse (M) et de
cisaillement (S).
A

Comme l’illustre B, lors de


sollicitations sismiques, le
bâtiment subit une torsion qui
augmente les efforts dans les
éléments de construction.
B

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Par ailleurs, il faut prendre garde aux


parties saillantes ou rentrantes ainsi
qu’aux évidements. La partie A de la
figure ci-contre montre deux sections
qui, bien que symétriques, ne sont pas
compactes. Elles comportent des
angles rentrants à la jonction de deux
parties du bâtiment dont la rigidité est
différente. Un tel type de configuration A
engendre des oscillations différentielles
et entraîne des concentrations d’efforts.

La partie B de la figure ci-contre illustre


l’aspect de la déformation de ces
sections sous sollicitation sismique. Les
parties dont la rigidité est plus faible
(qui ont le moins de profondeur suivant
la direction de la sollicitation) se
déforment plus que les parties plus
rigides. Les efforts se concentrent alors
là où les déformations différentielles
apparaissent.
B

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5.3.1a - Fragmentation en formes


simples
Le comportement sismique est
notablement amélioré si une forme
complexe est fragmentée en plusieurs
formes plus compactes par l’introduction
de joints parasismiques. La figure ci-
contre montre comment améliorer
sensiblement le comportement sismique
des formes complexes .

La séparation en formes
compactes permet d’annuler toute
excentricité entre les centres de
cisaillement et les centres de
masse, les sollicitations sismiques
agissant alors au centre de
masse de chaque fragment de
bâtiment. Les joints
parasismiques doivent être
suffisamment larges pour que les
blocs voisins n’entrent pas en
collision au cours de leur
mouvement.

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Les joints parasismiques doivent être plans, mais pas trop inclinés (à
gauche). En tout cas, il ne faut pas introduire de décrochement comme, par
ex., ceux des joints « en baïonnette » (au centre) ou en élévation (à droite).

Les joints doivent couper les éléments le plus perpendiculairement possible


pour éviter des angles trop biais. Par ailleurs, en général les joints
parasismiques ne sont pas prolongés dans les fondations.

OUI NON NON

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Une réflexion similaire concerne les formes


très allongées. Les déplacements dus aux
séismes ne peuvent alors plus être
considérés comme uniformes dans le cas
des longues structures dont le rapport
longueur/largeur (l/b) est supérieur à 3.
A
Comme l’illustre schématiquement la partie
A de la figure ci-contre, une longue
construction peut subir des déplacements
différentiels sur sa longueur. Ces
déplacements différentiels engendrant un
accroissement important des sollicitations, il
est conseillé de fragmenter le bâtiment en
plusieurs parties (dont le rapport
longueur/largeur (l’/b) est inférieur à 3) et de
les séparer au moyen de joints
parasismiques.

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5.3.2 - Forme en élévation

D’une manière générale, les formes en


élévation les plus favorables d’un point
de vue sismique sont les formes
continues et régulières. L’action
sismique agissant au centre de gravité
de la structure, la position de ce dernier
a une forte influence sur l’intensité des
efforts engendrés à la base de la
construction. Dans ce sens, les silos,
les châteaux d’eau et les structures
similaires, avec leur centre de gravité
très haut, sont particulièrement
défavorables d’un point de vue
sismique. Quelques exemples de
constructions concernées sont
schématiquement représentés à les
figure ci contre. Dans le but de
rapprocher le centre de gravité de la
base et ainsi de diminuer les efforts
dans les éléments de structure au pied
de la construction, il est souhaitable,
dans ce cas, d’élargir la base de la
structure ou de diminuer ses
dimensions en direction de son
sommet.

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Toute discontinuité des caractéristiques


structurales sur la hauteur du bâtiment
provoque des oscillations différentielles qui
engendrent des concentrations d’efforts
précisément au droit des discontinuités. Les
schémas ci-contre présentent quelques A
exemples de typologie de bâtiments dont la
forme en élévation est discontinue.

Un changement brusque de la section du


bâtiment, créé pour engendrer un volume qui
diffère du reste de l’édifice, est une
discontinuité. L’excroissance ainsi créée
possède des caractéristiques vibratoires B
distinctes de celles du reste de la structure.
Par conséquent, dans ce type de bâtiments,
les ensembles structuraux ont des modes
d’oscillations différents qui entraînent des
concentrations d’efforts lors des sollicitations
sismiques, donc des dommages
supplémentaires, au droit des discontinuités.
C

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Une variation progressive A


de la section sur la
hauteur du bâtiment est
nettement préférable du
point de vue sismique (fig.
A ci-contre ).

La fragmentation de la
forme discontinue en
plusieurs formes
B
continues au moyen de
joints parasismiques est
assurément la meilleure
solution (fig. B ci-contre).

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La figure ci-dessous présente des exemples d’autres types de configurations


défavorables du point de vue sismique. A côté de la variation brusque de section (A),
le décalage des niveaux est particulièrement défavorable pour les sollicitations des
éléments de la jonction (B). Même si la forme extérieure est parfaitement continue, il
faut prendre garde aux discontinuités internes comme une répartition inégale des
masses ou des rigidités, par exemple. Ces discontinuités internes vont perturber les
oscillations de la structure (C).

A B C

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5.3.2 a - Hauteurs d’étage irrégulières


La figure ci-dessous présente des exemples de bâtiments avec des hauteurs d’étage
irrégulières. Une hauteur d’étage inhabituellement grande (fig. A) ou petite (fig. B) conduit
à des variations brusques de la rigidité au droit de la discontinuité et y engendrent des
concentrations de sollicitations.
Une variation progressive de la hauteur d’un étage, comme dans le cas d’un bâtiment
implanté sur une pente (fig. C), n’est pas plus favorable car les efforts vont alors se
concentrer dans les éléments les plus courts de l’étage irrégulier.

A B C

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5.3.2b - Discontinuité des contreventements

En dehors de la forme en élévation de l’enveloppe du bâtiment, il faut


également veiller à la régularité et à la continuité de la stabilisation latérale.
Bien que le système de contreventement ne ressorte pas toujours clairement
de la forme du bâtiment, c’est pourtant lui qui va déterminer la réponse
sismique de l’édifice.

Dans ce sens, toute discontinuité de la stabilisation latérale est défavorable du


point de vue sismique.

Les 3 figures suivantes présentent quelques exemples de discontinuité du


système de contreventement dans le cas où celui-ci est assuré par des refends
(voiles).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

L’interruption des refends au rez-de-


chaussée (fig. ci-contre) est le cas
typique de discontinuité de la
stabilisation latérale. Les dégâts
sismiques fréquemment constatés
montrent que cette disposition
conduit inexorablement à l’étage
souple car les sollicitations se
concentrent alors sur les quelques
éléments restants au rez-de-
chaussée.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Un phénomène analogue se produit si


l’interruption intervient à un autre
étage; qu’il s’agisse d’un refend ou
d’une colonne (fig. A ci-contre).

Le décalage des éléments de stabilisation


est particulièrement défavorable (fig. B ci-
contre). Bien qu’admis dans le cas
statique, le cheminement tortueux des
charges qui lui est associé n’est pas
compatible avec des sollicitations
cycliques, plastiques et dynamiques. Par
conséquent, le comportement sismique
des contreventements décalés n’est pas
satisfaisant. B

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.3.2 c - Variations brusques

Les trois figures ci-après présentent des


exemples de changements brusques,
des sauts des caractéristiques du
bâtiment.

La réduction abrupte de rigidité introduite


au deuxième étage du bâtiment ci-contre
provoquera une concentration des efforts
à cet étage, pouvant conduire à
l’effondrement de celui-ci.

Une variation progressive de la rigidité


est nettement préférable, du moins si
elle s’opère avec une diminution vers le
sommet. Une variation, même
progressive, avec augmentation vers le
haut est à éviter.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Le bâtiment de la figure A souffre


d’un changement de système de
stabilisation horizontale avec
brusque changement de rigidité.
Les refends des étages supérieurs
sont interrompus au rez-de-
chaussée et remplacés par des
cadres. Étant donné la différence
de rigidité, les efforts vont se
concentrer sur les cadres du rez- A
de-chaussée et le comportement
sismique s’apparentera alors à
celui de l’étage souple.

Dans le bâtiment de la figure B,


les dalles ne peuvent plus faire
office de diaphragme et répartir
ainsi les charges horizontales à
cause des grandes ouvertures
dont elles sont percées.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4 - Système de contreventement

A côté de la forme du bâtiment, le choix du système de stabilisation


horizontale influence de manière prépondérante la réponse sismique de
l’édifice.

D’une manière générale, il est préférable d’opter pour un système porteur qui
possède une certaine redondance (hyperstaticité) de façon à répartir plus
favorablement les sollicitations sismiques et à éviter l’effondrement complet de
la structure lorsqu’une défaillance locale survient.

Etant donné qu’il s’agit de résister à des sollicitations horizontales, les


systèmes de contreventement habituels peuvent être envisagés pour la
stabilisation parasismique. Ces principaux systèmes sont les suivants :

• les refends (également appelés voiles),

• les cadres (également appelés portiques),

• les contreventements triangulés.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Certains de ces systèmes de contreventement sont parfaitement adaptés


aux sollicitations sismiques, d’autres doivent être renforcés (au sens
parasismique du terme) par des dispositions constructives, d’autres, enfin,
ne sont pas recommandés. Cependant, pour distinguer leurs performances
sismiques, il faut absolument les considérer en relation avec les matériaux
de construction dont ils sont constitués.

Ainsi pour les refends, par exemple, ceux en béton armé constituent une
solution optimale alors que les refends en maçonnerie non armée ne sont
pas bien adaptés.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les systèmes porteurs spéciaux comme les systèmes en coque, en arcs,


suspendus, etc., peuvent également être utilisés pour la stabilisation
parasismique. Ils ne sont pas traités ici car ils doivent faire l’objet
d’investigations particulières qui sortent du cadre de ce cours. Il faut encore
noter la possibilité d’utiliser des structures préfabriquées.

Du point de vue sismique, le problème des constructions préfabriquées se


situe au niveau de leurs liaisons. Ces structures sont souvent constituées
d’éléments supportés par un appui fixe et un appui mobile. Il faut alors veiller
à munir :

les appuis fixes d’un nombre suffisant de goujons et


les appuis mobiles, d’une longueur d’assise suffisante.

Aussi, il faut éviter le renversement latéral d’éléments horizontaux


préfabriqués (par des dispositifs constructifs adéquats).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.1 - Refends (voiles)

La stabilisation latérale des bâtiments par des murs porteurs (refends, voiles)
découle naturellement de l’utilisation des éléments de façade et de
cloisonnement pour la résistance horizontale.
Les systèmes correspondants sont relativement rigides, ce qui a l’avantage
de limiter les déformations. Les refends sont habituellement en béton armé
ou en maçonnerie. Ils peuvent également être en bois, très rarement en acier.
Idéalement, les refends ne devraient pas comporter d’ouvertures. Etant
donné que les ouvertures sont indispensables à l’utilisation des bâtiments, il
faut absolument les proscrire dans les zones de fortes déformations
plastiques, comme la base des refends en béton armé, et les disposer dans
les zones qui resteront dans l’état élastique.
L’alignement vertical des ouvertures, comme les fenêtres par exemple,
améliore le comportement sismique car il permet d’éviter les irrégularités des
refends sur la hauteur du bâtiment.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.1a - Refends (voiles) en


béton armé

Les refends en béton armé


sont très bien adaptés aux
sollicitations sismiques (fig.
ci-contre). En effet, de
nombreuses observations
post-sismiques ont relevé la
très bonne tenue des
bâtiments avec des refends
en béton armé. Même sans
précautions particulières, les
refends en béton armé sont
efficaces car ils possèdent
une certaine ductilité et leur
rigidité limite les
déformations du bâtiment.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Par ailleurs, ces éléments


peuvent aisément être conçus de
manière ductile, les déformations
plastiques se concentrant à la
base du refend. Pour cela, il faut
favoriser un comportement
contrôlé par la flexion avec un
élancement suffisant (fig. A).
A
Il faut surtout, éviter toute rupture
non ductile comme celle contrôlée
par l’effort tranchant (fig. B).
En général, deux refends élancés
en béton armé par direction
suffisent à garantir la stabilisation
latérale des bâtiments.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.1b - Refends (voiles) en maçonnerie

Bien que la maçonnerie soit certainement le matériau de construction le plus


répandu dans le monde, non armée elle n’est pas un matériau adapté à de
fortes sollicitations sismiques car elle associe une grande rigidité à une faible
ductilité.

Ses performances sismiques peuvent être notablement améliorées par


l’adjonction d’une armature. Constructivement, il faut disposer une armature
horizontale dans les lits et une armature verticale renforcée aux extrémités.

Une telle armature permet d’éviter les glissements entre les joints d’assise et
d’assurer une certaine ductilité. Idéalement, et conformément aux prescriptions
de la plupart des normes parasismiques, seule la maçonnerie armée devrait être
utilisée dans les régions sismiquement exposées mais, malheureusement en
pratique, ce n’est pas la règle générale.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les murs porteurs en maçonnerie utilisés pour la stabilisation latérale des


bâtiments se comportent comme des refends (fig. ci-dessous).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Essentiellement en fonction de leur élancement et de leur taux d’effort normal, les refends en maçonnerie
non armée sont susceptibles de présenter, dans leur plan, un des trois modes de rupture représentés
schématiquement ci-dessous.

• le balancement (rocking),
• le glissement le long des joints (sliding) et
• le cisaillement (shear) accompagné des fissures caractéristiques à 45°.

Ces modes de rupture peuvent parfois apparaître ensemble sur le même élément. Il faut encore relever
une particularité importante des éléments en maçonnerie qui tient à leur nature même (briques
superposées, liées par du mortier); il s’agit de leur grande vulnérabilité aux sollicitations hors de leur plan.

A B C

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.2 - Cadres (portiques)


Les systèmes de cadres sont bien adaptés pour la stabilisation horizontale des
ouvrages De par le monde, ce sont de loin les systèmes structuraux les plus
utilisés pour la stabilisation parasismique. D’une manière générale, les cadres
sont des systèmes redondants, plutôt flexibles face aux efforts latéraux, ce qui
est souvent un avantage pour le comportement sismique.
Cependant il sont sujet à de grandes déformations. Il faut alors que les
éléments non porteurs et leurs fixations (façades, cloisons, etc.) soient
suffisamment déformables pour suivre les déformations imposées par la
structure.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Avec les systèmes de cadres, il faut être extrêmement attentif aux colonnes
captives ou colonnes courtes. A chaque reprise, le phénomène de colonne
courte est responsable d’une bonne partie des dommages sismiques. Les
déformations latérales des colonnes peuvent être entravées par la structure
elle-même (poutres larges et rigides, constructions sur terrain en pente,
poteaux sur vide sanitaire, etc.), par une structure indépendante accolée, un
élément de structure secondaire (escalier, mezzanine) mais surtout, par des
élément non porteurs souvent mis en place après le gros œuvre et sans
consultation préalable des ingénieurs structure

Les cadres peuvent être en acier, en béton armé et en bois. Dans le


comportement parasismique, il faut considérer deux familles :

1 - Les cadres en acier et en béton armé


2 - Les cadres en bois

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.2 a - Cadres (portiques) en béton A


armé ou en acier

Les cadres en béton armé ou en acier peuvent


aisément être conçus de manière ductile pour
autant que les zones de déformations
plastiques soient situées dans les poutres
plutôt que dans les colonnes (fig. A).

Il faut relever que ce n’est généralement pas


le cas pour les bâtiments existants où l’action
sismique a été ignorée et dans lesquels les
colonnes sont moins résistantes que les
poutres. Comme le montre la partie droite de B
la figure B, cette situation fréquente conduit à
un comportement sismique défavorable en
raison de la forte concentration des
déformations plastiques aux extrémités des
colonnes du premier étage (manque de
ductilité globale de la structure).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Un autre élément important conditionnant le comportement sismique des


cadres réside dans la conception et la réalisation des noeuds.

Dans le cas du béton armé, il s’agit de l’ancrage et de la stabilisation des


barres d’armature et,

dans le cas de l’acier, il s’agit des phénomènes d’instabilité (flambage,


voilement, etc.) ou des ruptures locales non ductiles (soudures, par exemple).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.2 a - Cadres (portiques) en bois

Les cadres en bois sont bien adaptés aux sollicitations sismiques. Leur
utilisation est toutefois limitée aux bâtiments de faible hauteur.

Les cadres en bois peuvent être conçus de manière ductile pour autant que
les zones de déformations plastiques soient situées dans les assemblages.
En effet, les éléments en bois sont sujets à des ruptures fragiles lorsqu’ils
sont sollicités dans le sens des fibres, comme dans les poteaux et les
poutres.

De même, les éléments assemblés par collage ne présentent pas de


ductilité. En revanche, les assemblages à broches, les assemblages cloués
ou vissés sont ductiles. Il faut toutefois veiller à la possible migration des
éléments d’assemblage lors des sollicitations cycliques. Pour l’éviter, il faut
ajouter des boulons aux assemblages à broches ou augmenter la
pénétration dans le cas des assemblages cloués ou vissés. Les nœuds des
cadres ductiles en bois peuvent également être réalisés avec des
assemblages mécaniques.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.3 - Contreventements triangulés

Couramment utilisés pour la stabilisation latérale des structures face aux


actions traditionnelles (vent, par exemple), les contreventements
triangulés peuvent également être utilisés pour les sollicitations
sismiques.

Ces contreventements peuvent être en béton armé ou en bois, mais sont


le plus souvent en acier.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.3 a - Contreventements triangulés en acier


La figure ci-dessous schématise les principaux types de contreventements triangulés en
acier. Malgré le fait que l’acier soit le matériau ductile par excellence, tous les
contreventements triangulés usuels en acier ne peuvent pas être considérés comme bien
adaptés aux sollicitations sismiques. Par exemple, les contreventements diagonaux (fig. A)
n’offrent pas une dissipation d’énergie suffisante si les diagonales sont trop élancées car
elles flambent dès l’inversion du cycle sans se plastifier en compression. Leur
comportement n’est alors pas véritablement favorable du point de vue sismique. Il en va
de même pour d’autres types de contreventements triangulés comme ceux en V (fig. B)
ou, pire encore, les contreventements en K (fig. C) qui ne sont pas particulièrement
adaptés au cas sismique car ils doivent impérativement rester dans l’état élastique .

A B C

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les liaisons ont une influence prépondérante pour le comportement sismique car des
ruptures non ductiles peuvent intervenir dans ces zones délicates. Le comportement
sismique est nettement meilleur si l’élancement des diagonales des contreventements
est réduit ou, mieux encore, avec des contreventements à liaisons excentrées. Il s’agit
là de systèmes spécialement développés pour des sollicitations sismiques élevées où
l’énergie est dissipée dans des rotules plastiques travaillant en flexion et en
cisaillement dans les zones d’excentricité, le reste du contreventement restant dans
l’état élastique (fig. ci-dessous).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.4 - Systèmes mixtes

D’une manière générale, les systèmes mixtes, composés de systèmes


au comportement dynamique différent, ne sont pas recommandés. En
effet, leur incompatibilité dynamique génère des dommages sismiques
localisés à leur interface. Toutefois, l’association de deux systèmes
permet dans certains cas, comme celui des bâtiments en maçonnerie, de
pallier la grande vulnérabilité sismique de l’un d’eux.

Il faut relever qu’un bâtiment peut être stabilisé dans les deux directions
principales par différents systèmes porteurs, par exemple des cadres en
béton armé dans le sens transversal et des refends en maçonnerie dans
le sens longitudinal. Il ne s’agit pas, dans ce cas, à proprement parler de
système mixte mais il en résulte des comportements sismiques différents
dans chaque sens et, souvent, une direction particulièrement sensible
aux sollicitations sismiques.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.4 a - Bâtiments en maçonnerie renforcés par des refends en béton armé

Le comportement sismique de bâtiments en maçonnerie peut être


notablement amélioré par l’adjonction de quelques refends en béton armé.

Pour cela, il faut s’assurer que les refends en béton armé soient
suffisamment rigides afin de limiter les déformations pour ne pas dépasser
la faible capacité de déformation de la maçonnerie.

Les refends en béton armé doivent donc être dimensionnés de manière à


ne pas quitter le domaine élastique. Il faut encore relever ici
l’incompatibilité en déformation des refends en béton armé et des refends
en maçonnerie. En effet, les premiers travaillent essentiellement en flexion
alors que les seconds travaillent en cisaillement.

Les deux systèmes doivent donc être bien séparés par des joints
adéquats pour que leurs déformations ne soient pas entravées.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.4 b - Systèmes mixtes formés de refends en maçonnerie et de cadres en béton


armé

Les systèmes porteurs mixtes composés de cadres en béton armé et de


refends en maçonnerie ne sont pas adaptés aux sollicitations sismiques,
même s’ils sont fréquemment utilisés (fig. ci-dessous).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

En effet, même avec des cadres massifs, les efforts sismiques se reportent
pratiquement intégralement sur les refends qui sont bien plus rigides. Si
les refends en maçonnerie s’effondrent sous l’effet des efforts sismiques,
ils ne participent plus à la reprise des charges verticales ce qui conduit le
plus souvent à un effondrement total de la structure (fig. ci-dessous).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.4.4 b - Cadres remplis avec de la maçonnerie


Dans de nombreuses régions, particulièrement en Europe méridionale, la
construction traditionnelle de bâtiments est constituée de cadres en béton
armé dont les vides sont ensuite remplis de panneaux en maçonnerie (fig.
ci-dessous).
D’un point de vue sismique, il s’agit d’une combinaison défavorable de
deux types de construction au comportement très différent.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

En effet, les cadres sont souples et,


en général, plutôt ductiles alors que
la maçonnerie est rigide et peu
ductile. Les incompatibilités de
déformations accentuent les efforts
obliques dans les panneaux de
maçonnerie qui sont déjà peu
résistants en raison de leur faible
taux de compression (fig. ci-contre).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Si le panneau subit un glissement,


il peut également cisailler les
colonnes du cadre (fig. ci-contre
droite).

Il faut encore relever qu’il arrive


fréquemment que, le remplissage
ne soit pas effectué au rez-de-
chaus­sée, mais seulement au
niveau des étages supérieurs qui
sont ainsi rigidifiés. Ce cas
constitue un exemple type d’étage
souple (soft-storey) conduisant
inexorablement à un effondrement
du bâtiment sur son premier étage.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.5 - Disposition des éléments de contreventement


D’une manière générale, les éléments de contreventement doivent être disposés de
façon à conférer à la construction une grande rigidité à la torsion. Il faut donc tendre
vers un arrangement aussi symétrique que possible et privilégier les emplacements à
la périphérie, en façade ou près des façades, pour profiter d’un grand bras de levier
(fig. ci-dessous). La translation des éléments suivant leur axe n’affectant ni la position
du centre de cisaillement ni la rigidité à la torsion, d’autres critères peuvent intervenir
dans le choix de leur emplacement.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Dans le cas habituel de dalles de plancher en béton armé, il convient, par


exemple, de considérer les effets différés (retrait et fluage). Les éléments de
stabilisation créant des points fixes, il est préférable de les disposer en
regard l’un de l’autre pour limiter l’entrave aux déformations des dalles (fig.
ci-dessous) et éviter ainsi la formation de fissures de retrait.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Dans le cas fréquent de deux éléments perpendiculaires en contact, il n’est


en général pas judicieux de les lier (fig. ci-dessous). La section ainsi formée
possède une rigidité importante qui va attirer vers elle le centre de
cisaillement et engendrer des problèmes de torsion. Par ailleurs, d’un point
de vue mécanique, dans le cas de la maçonnerie, la transmission de l’effort
rasant à la jonction est difficile et, dans le cas du béton armé, la ductilité de
la section est significativement amoindrie par une table de compression
réduite (pénétration démesurée de l’axe neutre dans la section).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.5.1 - Résistance à la torsion

Les éléments de stabilisation


doivent être disposés de manière
symétrique et à la périphérie,
conférant ainsi une grande rigidité
à la torsion du bâtiments

Une disposition asymétrique


engendre une torsion néfaste

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Plus les éléments sont regroupés


vers le centre plus le bâtiment est
vulnérable par rapport aux
phénomènes de torsion

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.5.1 - Noyaux et cages d’escalier

Les noyaux et les cages d’escalier sont issus de la concentration des


circulations verticales (escaliers, ascenseurs, gaines techniques, etc.) dans
le bâtiment. De ce fait, ils couvrent habituellement toute la hauteur du
bâtiment de manière ininterrompue, propriété bénéfique du point de vue
sismique.

Généralement constitués de parois rigides en béton armé ou en


maçonnerie, ils conviennent à la stabilisation horizontale. Il faut cependant
s’assurer qu’ils ne comportent pas trop de percements qui limiteraient leur
efficacité.

Il faut également relever le cas fréquent où le noyau ne forme pas une


section fermée mais plutôt une section ouverte en forme de C ou de L. Ces
sections peuvent être utilisées, mais elles présentent une faible ductilité
dans le sens de leur axe faible (table de compression réduite). Un
renforcement d’extrémité des ailes permet d’améliorer la ductilité de ce type
de section en limitant la pénétration de l’axe neutre dans la section.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Concernant la torsion du bâtiment,


comme l’illustre la figure ci-contre, il
faut respecter les règles générales
énoncées ci-dessus. Ainsi, un petit
noyau central n’assure pas une
assez grande rigidité à la torsion.

Par ailleurs, il faut prendre garde aux


noyaux excentrés car, en raison de
leur rigidité importante, ils vont attirer
le centre de cisaillement et
engendrer une excentricité avec le
centre de masse (fig. ci-contre).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les cages d’escalier externes sont


déconseillées car leur connexion avec les
dalles de plancher sont difficiles à réaliser
en raison des longueurs de contact
limitées (fig. ci-contre).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.6 – Diaphragmes

Le rôle des diaphragmes est de transmettre les charges horizontales aux


éléments verticaux de contreventement, de stabiliser les refends (surtout en
maçonnerie) hors de leur plan et de raidir le bâtiment.

La transmission doit être la plus uniforme possible pour ne pas surcharger un


élément en particulier et l’amener à la rupture.

Dans ce but, le diaphragme doit être :


dans son plan, plus rigide que les éléments verticaux de la stabilisation
et, une bonne liaison doit être assurée entre eux.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les diaphragmes sont des éléments plans, rigides, horizontaux ou inclinés,


tels que les dalles, planchers, toitures, etc.

La rigidité du diaphragme dépend principalement du matériau dont il est


constitué et de sa forme. Une dalle en béton armé est préférable car elle est
nettement plus rigide dans son plan qu’un plancher en bois, par exemple.

Des diaphragmes longs et étroits ainsi que des diaphragmes percés de


grandes ouvertures sont à éviter car ils sont trop flexibles.

Dans le cas de diaphragmes constitués d’éléments préfabriqués, il faut


prêter une attention particulière à l’ancrage et à la solidarisation des
éléments constitutifs, par exemple à l’aide d’une armature appropriée
(longueur d’ancrage majorée, armature de continuité, etc.).

L’effondrement de ce type de plancher par perte d’appui est un dommage


sismique fréquemment constaté.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Distribution de l’effort horizontal du diaphragme aux contreventement verticaux

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.7 - Fondations

La conception parasismique d’un ouvrage doit s’étendre à celle de


ses fondations. D’une manière générale, les fondations doivent
transmettre les efforts de la structure porteuse au sous-sol sans subir
de plastification.

Dans ce but, il faut privilégier un système de fondation homogène.

Par ailleurs, étant donné que les sollicitations sismiques proviennent


du sol, la solidarisation des points d’appui de la structure est
indispensable pour s’opposer à leur déplacement relatif dans le plan
horizontal.

Cette solidarisation peut être assurée par des longrines, des


semelles filantes ou un radier, voire par le plancher d’un vide sanitaire.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Dans le cas de sols de mauvaise qualité, une amélioration préalable de


leurs caractéristiques peut être nécessaire.
Dans les nombreux traitements possibles que l’ingénieur a à disposition, il y
a, entre autres :
• les injections,
• la consolidation dynamique,
• le compactage par vibroflottation,
• les colonnes ballastées, etc.;
Il faut prêter une attention particulière aux sols liquéfiables. Bien qu’il soit
envisageable de traiter ce type de sols, une fondation profonde sur pieux est
préférable, mais il vaut encore mieux éviter ces sous-sols délicats.
Les fondations peuvent être classées en deux catégories : les fondations
superficielles et profondes.
Évidemment, quel que soit le type de fondation, il faut garantir une bonne
liaison entre la structure porteuse et les éléments de fondation.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.7.1 - Fondations superficielles


Comme l’illustre schématiquement la figure ci-après, les fondations
superficielles comprennent :
• les semelles isolées (sous les poteaux),
• les semelles filantes (sous les murs),
• les radiers.
Ce type de fondation est indiqué uniquement en présence de sols de bonne
qualité, compacts et homogènes. Un radier général permet d’éviter les
problèmes de tassements différentiels.
Néanmoins, si la nature et les caractéristiques du sol varient fortement sous
l’étendue du bâtiment, il peut être avantageux d’opter pour une
fragmentation du bâtiment (par des joints parasismiques) avec des blocs de
fondation distincts. Dans le cas de semelles isolées ou de semelles filantes,
il importe que les éléments de fondation soient solidaires pour résister aux
actions sismiques. La solidarisation est généralement réalisée à l’aide de
longrines.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

A - Les éléments de fondation


superficielle (semelles isolées)
A

B - semelles filantes doivent


être solidarisés par des
longrines pour résister aux
actions sismiques B

C - Un radier général permet


d’éviter les tassements
différentiels.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.7.2 - Fondations profondes

Les pieux et les micropieux constituent les fondations profondes les plus
courantes. Les parois moulées peuvent parfois offrir une solution pour les
cas difficiles. Ce type de fondation s’impose lorsque les couches supérieures
du terrain sont de qualité médiocre.

Les pieux appuyés en pointe sont parfaitement indiqués pour les


sollicitations sismiques.

En revanche, les pieux flottants doivent être évités car des défaillances
sismiques allant jusqu’à leur arrachement ont souvent été constatées.
Toutefois, si les charges verticales ne posent pas de problème, les pieux
présentent une faible résistance aux charges horizontales. Par conséquent, il
convient d’encastrer le bâtiment dans le sol pour limiter les déformations
horizontales des têtes de pieux.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.7.3 - Isolation sismique

L’isolation sismique représente l’option extrême dans laquelle la structure est


séparée du sol afin de la préserver des mouvements sismiques. Cette solution
présente l’avantage de limiter drastiquement les dommages que la structure
subira lors d’un séisme. D’une manière générale, elle peut être envisagée pour
des ouvrages spéciaux et vulnérables comme les monuments historiques, par
exemple, ou pour garantir l’utilisation de bâtiments importants après un séisme
(hôpitaux, bâtiments des services du feu, postes de police, etc.).

Concrètement, l’isolation sismique consiste à introduire des appareils d’appui


dont la rigidité horizontale est nettement plus faible que celle de la structure
sus-jacente. Les appuis sont généralement placés entre les fondations et la
superstructure, entre le sous-sol et le rez-de-chaussée ou encore, entre le rez-
de-chaussée et le premier étage. Les déplacements induits par le tremblement
de terre se concentrent au niveau de ces appuis, conçus pour pouvoir
absorber d’importants déplacements, et la structure se déplace d’un bloc (il
faut s’assurer qu’elle soit bien rigide).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Ce système permet d’améliorer substantiellement le comportement


sismique des bâtiments. Étant donné que la structure n’est plus que
faiblement sollicitée par les mouvements induits par le séisme, non
seulement les restrictions sur les formes en plan et en élévation ne sont plus
aussi strictes, mais le dimensionnement en est aussi largement simplifié.
Cependant, vu l’importance des déplacements de l’ensemble de la
structure, il faut dimensionner les ouvrages annexes et installations reliant la
structure à l’espace extérieur, comme des escaliers, des conduites de gaz,
etc., en conséquence. Par ailleurs, si plusieurs bâtiments isolés
sismiquement se côtoient, il faut s’assurer qu’ils ne s’entrechoquent pas
sous l’effet de grands déplacements.
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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.8 - Éléments non porteurs

Bien entendu, les dégâts sismiques concernent également les éléments


non porteurs. Ces dégâts représentent même la majorité, sinon la totalité,
des pertes financières dans le cas d’événements modérés. Il s’agit par
conséquent d’accorder une attention particulière à ces éléments dans le
cadre de la conception parasismique. D’autant plus que la mise en place
malencontreuse d’éléments non porteurs peut conduire à l’effondrement de
la construction (remplissage partiel de cadre conduisant au phénomène de
colonne captive, par exemple) et que, même si la structure reste intacte,
leur défaillance peut mettre des vies en péril (chute de faux plafonds, par
exemple).

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

Les éléments non porteurs sont les éléments qui, bien qu’indispensables à
l’exploitation de l’ouvrage, ne participent pas à la résistance de la structure.
Ils délimitent les espaces à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment (façades,
cloisons). Ainsi, ils permettent son utilisation et contribuent à son confort
(isolation, revêtement, faux plafonds, etc.). Il faut distinguer deux types
d’éléments non porteurs: ceux qui par leur nature même ne contribuent pas
à la résistance (installations, corps d’éclairage, revêtement, etc.) et ceux
dont la faible résistance n’est pas considérée pour la sécurité de l’ouvrage
(façades, cloisons, colonnes, etc.). Dans le cadre sismique, la stabilisation
horizontale est primordiale; par conséquent, le terme non porteur s’applique
principalement à cette direction. Ainsi, des colonnes admises bi-articulées
sont considérées comme non porteuses dans le sens horizontal alors
qu’elles transmettent une grande partie des charges verticales.

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5.8.1 - Cloisons souples

Les cloisons souples sont généralement constituées de matériaux légers


et peu rigides comme le plâtre, par exemple. De masse modeste et
n’entravant pas les déformations de la structure porteuse, les cloisons
souples sont bien adaptées aux sollicitations sismiques. Il faut cependant
veiller à leur renversement lors d’un séisme et, par conséquent, les
assurer latéralement avec des cornières métalliques, par exemple.

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5.8.2 Cloisons rigides


Les cloisons rigides et fragiles comme celles en maçonnerie ne sont pas véritablement
bien adaptées aux sollicitations sismiques. En particulier, si la structure porteuse est plus
souple que les cloisons, ces dernières vont subir d’importants dommages.
En revanche, si la rigidité de la structure porteuse est du même ordre de grandeur que
celle de ce type de cloison, les problèmes de compatibilité des déformations sont moins
aigus. C’est le cas avec un système de contreventement formé de refends (voiles) en
béton armé, qui sont assez rigides pour limiter les déformations induites par les séismes.
Cependant le comportement des refends est dominé par la flexion alors que celui de la
maçonnerie est dominé par le cisaillement, entraînant des incompatibilités de
déformation si les éléments de nature différente ne sont pas séparés. Par conséquent,
afin d’éviter l’endommagement de la structure porteuse et des parties en maçonnerie, il
est toujours conseillé de disposer des joints le long des refends et des colonnes. Ces
joints devront être en matériau souple, compressible et insonorisant (caoutchouc, laine
de roche tendre, etc.). Leur épaisseur dépendra de l’intensité du séisme de
dimensionnement, du degré de protection souhaité et de la rigidité des éléments de
structure.

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5.8.3 - Façades

Lors d’un tremblement de terre, la chute de pans


de façade peut provoquer d’importants
dommages de toutes natures. Par conséquent,
les éléments de façade doivent non seulement
être fixés verticalement, mais aussi dans les deux
directions horizontales afin de pouvoir encaisser
les déformations dues aux séismes. Dans le cas
de structures flexibles comme les cadres (en
acier ou en béton armé), des façades légères et
déformables sont indiquées. Ces façades
peuvent être constituées par des éléments de
protection et d’isolation thermique fixés à la
structure porteuse. Ces éléments peuvent être
composés de bardages verticaux ou horizontaux
en tôles ondulées, des parements en béton ou de
plaques en verre et d’un système d’isolation
thermique.

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5.8.4 – Faux plafonds et corps d’éclairage

Les faux-plafonds et les corps


d’éclairage doivent être bien arrimés
aux éléments de structure pour qu’ils
ne s’écroulent pas lors d’un
tremblement de terre en mettant la
vie des occupants en danger. La
conception des fixations doit tenir
compte des efforts engendrés par les
accélérations et les oscillations tant
verticales (soulèvement)
qu’horizontales. En particulier, il faut
prévoir des longueurs d’appui
suffisantes pour les éléments
appuyés.

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5.8.5 – Installations internes et équipements

Les installations internes et


équipements sont, par exemple,
les conduites, les systèmes de
protection contre l’incendie, etc,
doivent faire l’objet d’une attention
particulière.

A titre d’exemple, l’introduction de


cols de cygne dans les conduites
permet d’absorber les
déformations (à droite).

Tout élément sujet à renversement


doit être arrimé à la structure
porteuse

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

5.9 - Implantation de l’ouvrage

En amont de la conception de la structure, des considérations


parasismiques peuvent déjà intervenir dans le choix de l’implantation
de la construction. Ces considérations concernent d’une part le sous-
sol et, d’autre part, l’environnement construit à proximité de l’édifice
projeté.

5.9.1 - Sous-sol

Pour le sous-sol, en premier lieu, il faut éviter d’implanter l’ouvrage sur une
faille ou dans ses alentours immédiats. A côté du risque lié à la rupture d’une
faille en surface, il faut éviter les emplacements potentiellement instables en
cas de secousses sismiques. Parmi les conditions dangereuses, il faut citer:
les terrains en pente susceptibles de subir des glissements, les talus
instables, les bords de falaises, les pieds de falaises pouvant subir des
éboulements et, bien sûr, les terrains meubles saturés sujets à la liquéfaction.

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5.9.2 - Environnement construit


Si les règles de conception traitées jusqu’ici ont pour objectif de conférer à
l’édifice concerné un bon comportement sismique, il faut également considérer
le problème dans sa globalité et tenir compte des autres constructions à
proximité. En effet, la nouvelle construction n’est généralement pas isolée et
son intégrité peut être mise à mal par l’effondrement d’un bâtiment voisin
vulnérable ou bien par l’entrechoquement avec des bâtiments limitrophes.
D’une manière générale, un bâtiment neuf ne doit pas avoir de mur commun
avec une construction existante. Si le bâtiment projeté est proche de bâtiments
existants, il faut les séparer par un joint parasismique. Dans le cas où des
bâtiments manifestement vulnérables se situent à proximité, il convient de
renforcer le mur limitrophe pour résister aux chocs.
L’accessibilité et les réseaux utilitaires sont également des éléments qui
entrent en ligne de compte dans la considération de l’environnement de
l’ouvrage. Des voies d’accès et des réseaux vulnérables ne sont pas
acceptables pour les bâtiments classés comme vitaux après un événement
sismique (hôpitaux, centres de secours, etc.).

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5.10 - Exemple de conception parasismique

Un exemple fictif de
bâtiment permet de mettre
en pratique les principes
fondamentaux énoncés
précédemment. La
première esquisse du
bâtiment, présentée ci-
contre, comporte plusieurs
défauts :

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

• La forme en plan n’est pas compacte.

• Les deux portions de bâtiment comportent un nombre d’étages différent.

• La disposition des contreventements n’est pas symétrique.

• Certains refends ne sont pas continus sur la hauteur du bâtiment.

• Certains refends ont des formes (L, T) ou des dimensions incompatibles


avec un comportement ductile.

• La cage d’escalier externe ne peut pas être utilisée dans le


contreventement.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

L’application des principes fondamentaux de la conception permet


d’améliorer notablement le comportement sismique de ce bâtiment.

Tout d’abord, pour éviter les oscillations différentielles et les problèmes de


torsion, il faut fragmenter le bâtiment en deux parties par un joint
parasismique.

Un radier général sous les deux parties permet d’éviter les tassements
différentiels et d’avoir le même nombre d’étages, donc des comportements
dynamiques similaires.

Les contreventements sont simplifiés et re disposés de manière symétrique.

La cage d’escalier externe est séparée du bâtiment et n’intervient pas dans


le contreventement.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

La conception améliorée
présentée figure ci-contre est
nettement plus favorable du
point de vue sismique. Le
système de contreventement,
bien que simplifié, est plus
performant car il assure un
cheminement clair et direct
des efforts jusqu’aux
fondations. Il faut noter que
l’application des principes
fondamentaux de la
conception parasismique
conduit à un bâtiment plus
simple sans pour autant nuire
à sa fonctionnalité.

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SÉISMES & MESURES PARASISMIQUES

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