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Modélisation et comportement des matériaux hétérogène

et aléatoires.
Comportement en traction de mortiers : effet de la microstructure.

Hossam Elaqra — Mohamed R’Mili — Nathalie Godin — Sandrine Maximilien —


Gilbert Fantozzi

Groupe d’Etudes de Métallurgie Physique et de Physique des Matériaux, Institut National des Sciences
Appliquées de Lyon, bâtiment Blaise Pascal, 20 Avenue A. Einstein, 69621 Villeurbanne

Tél.33(0)4 72 43 61 26 / Fax. : 33(0)4 72 43 85 28 / E-mail : Hossam.Elaqra@insa-lyon.fr


Tél.33(0)4 72 43 61 27 / Fax. : 33(0)4 72 43 85 28 / E-mail : Mohamed.Rmili@insa-lyon.fr
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Tél.33(0)4 72 43 61 27 / Fax. : 33(0)4 72 43 85 28 / E-mail : Sandrine.Maximilien@insa-lyon.fr
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RÉSUMÉ. Dans cette étude, nous avons caractérisé en traction le comportement à rupture de quatre mortiers
en faisant varier le taux de granulats (q/c = 1, 2, 3 et 4) avec un rapport eau/ciment de 0,50. L’émission
acoustique (EA) a été mise à contribution pour suivre l’endommagement et pour essayer de comprendre les
mécanismes conduisant à la ruine du matériau en relation avec la microstructure. Il apparaît que l’EA est un
bon indicateur pour suivre l’évolution de l’endommagement en temps réel. Au vu des résultats obtenus, il est
évident que la microstructure contrôle en grande partie les processus d’endommagement.

MOTS-CLÉS :Mortier, traction, microstructure, endommagement et émission acoustique.


1. Introduction

Le mortier est un matériau composite hétérogène. A l’échelle macroscopique, il a une structure composée de
pâte de ciment, d’agrégats de différentes tailles et formes, de pores, de micro fissures et d’une Zone de
Transition Interfaciale localisée autour des agrégats.
Le comportement mécanique en traction des mortiers dépend fortement de sa microstructure, de la qualité de
l’interface matrice granulats et à la fois de la taille, de l’orientation et de la densité des défauts préexistants. Peu
de travaux ont été publiés sur le comportement en traction des matériaux à matrice cimentaire. La résistance en
traction est le plus souvent obtenue à partir d’essais de traction indirects comme l’essai Brésilien, de fendage ou
de flexion. Certains auteurs (Philips, 1993) utilisent des éprouvettes entaillées pour éviter tous les problèmes
d’alignement et de concentration de contraintes au niveau des têtes de l’éprouvette. Ce type d’essai donne accès
à la résistance à 10% près, néanmoins il ne permet pas de décrire les mécanismes d’endommagement intrinsèque
au matériau.
Dans ce cadre nous nous sommes intéressés au suivi de l’endommagement au sein de ce type de matériau.
L’émission acoustique a été mise à contribution, afin d’identifier les différents stades de l’endommagement au
cours du chargement en traction.

2. Procédures expérimentales

Quatre mélanges ont été élaborés en utilisant les composants suivants : Lafarge Portland Ciment (HTS 52,5
PMES), sable normalisé de dimension de grain maximale 2mm, de l’eau distillée. Le pourcentage de chaque
mélange est présenté dans la table 1. Les éprouvettes utilisées sont de type cylindres de dimensions 120x30 mm.

code Ciment (g) Sable (g) Eau (g) Eau/Ciment (e/c) Quartz/Ciment (q/c)
M1 850 850 425 0.50 1
M2 600 1200 410 0.50 2
M3 450 1350 225 0.50 3
M4 388 1552 188* 0.50 4
Table 1. proportion des mélanges utilisés (* ajout d’un superplastifiant dosé à 2% en poids de ciment).

Le démoulage a été effectué 48 heures plus tard et les éprouvettes ont été conservées pendant 28 jours à
la température ambiante dans un milieu à 100% de taux d’humidité. Les essais de traction ont été effectués à
l’aide d’une machine hydraulique de type MTS 810 équipée d’une cellule de force de 100 kN. Un extensomètre
de 60 mm de longueur de jauge permet d’accéder directement à la déformation. Les essais ont été menés à
déplacement imposé de 2 µm/s. L’acquisition et le traitement des signaux d’émission acoustique ont été
effectués à l’aide du système Mistras 2001. Pour la localisation des sources d’E.A, deux capteurs résonnant à
250 kHz ont été disposés sur sa face latérale aux deux extrémités de l’éprouvette.

3. Résultats et discussion

L’ensemble des essais ont été réalisés à l’aide d’un équipage de traction sur éprouvette lisse. Cet
équipage articulé aux deux extrémités permet à la fois une installation rapide de l’éprouvette et de palier tous les
problèmes liés aux défauts d’alignement du système de traction. Des essais préliminaires (supérieur à 10 essais)
instrumentés avec trois jauges de déformation placées à 120° sur la face latérale de l’éprouvette, montrent que la
traction est de type uni-axiale et que les flexions parasites sont quasi nulles.
Les mesures du module d’élasticité par la méthode dite dynamique (Spinner, 1961) montrent (figure 1)
que l’augmentation du rapport q/c conduit à une augmentation globalement linéaire du module du matériau. Ce
résultat semble en accord avec la loi des mélanges. En effet, le module des granulats est largement supérieur (87
GPa) à celle du ciment hydraté (15-35 GPa), (Velez, 1999) et (Boumiz, 1995).
La figure 2, montre l’évolution de la résistance en fonction du rapport q/c. On peut noter sur cette figure
que la contrainte à rupture passe par un maximum correspondant à un rapport q/c = 3. Cette augmentation est
due à la contribution des granulats conduisant ainsi à l’augmentation de l’énergie unitaire de propagation
(Philips, 1993). Au delà d’un certains taux de granulats (q/c>3), on assiste à une chute de la résistance.

E (GPa) 55 σ (MPa) 8

50 7

45 6

5
40

4
35
3
30 q/c
q/c 2
25 0 1 2 3 4 5
0 1 2 3 4 5

Figure 1. Evolution du module dynamique en fonction Figure 2. Evolution de la résistance en fonction


du rapport q/c. du rapport q/c.

Une étude comparative des paramètres d’EA (localisation, nombre d’événements et amplitude) en
fonction du taux de granulats montre :
i) que l’augmentation du taux de granulats conduit à une augmentation du nombre d’événements
localisés (figures 3a et b)
ii) que l’activité acoustique présente deux stades qui sont parfaitement définis par l’amplitude des
événements associés (figures 3 c). Le premier stade est caractérisé par une amplitude de l’ordre de
40 dB et qui s’étale jusqu’à 70% de la contrainte à rupture. Le second stade est caractérisé par des
amplitudes qui varient de 60 à 400 dB.
Au vu de ces résultats, il semble que le premier stade correspond à la rupture partielle ou totale de l’interface
granulats - pâte de ciment. Ce mécanisme conduit à une rupture différée et par la même occasion à une
augmentation de la résistance tant que l’endommagement reste confiné autour des granulats. Pour des taux de
granulats supérieur à 3, la rupture du matériau est probablement accélérée, par une interconnexion prématurée
des fissures qui se propagent d’une façon instable d’un granulat à son proche voisin.

4. Conclusion

Il est clair que l’émission acoustique constitue un outil et un indicateur bien adapté pour suivre l’évolution de
l’endommagement. Pour comprendre et pour mieux décrire les mécanismes conduisant à la ruine de ce type de
matériaux, il est important de faire appel à des techniques complémentaires comme la microscopie, la
tomographie X et la spectroscopie électrique.

5. Bibliographie

Boumiz Abdellatif, « Etude des évolution mécaniques et chimiques des pâtes de ciment et mortier à très jeune
âge », Université Paris 7, 1995.
Philips D. V. and Zhang Binsheng, « Direct tension tests on notched and un-notched plain concrete specimens »,
Magazine of Concrete Research, 1993, 45, No. 162, Mar 25-35.
Spinner S. and Teffet W. E. « A method for determination mechanical resonance frequencie and calculating
moduli from these frequencies, on mechanical resonance frequencies and elastic moduli », ASTM 61 1221, p
1220-1235, 1961.
Velez Karine, « Mesure du module d’élasticité et de la dureté des phases élémentaires des produits cimentaire
par la technique de micro et nanoindentation », GEMPPM-INSA de Lyon, 1999.
M1 M3

(a)
localisation : position (mm) des sources d’EA en fonction du temps (s).

(b)
Nombre d’événements localisés en fonction du temps (s).

(c)
Amplitude (dB) des événements localisés en fonction du temps (s).

Figure 3. Evolution de quelques paramètres d’EA en fonction du temps (s).