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Diamniadio, une petite ville (carrefour en quête d'une nouvelle identité


économique) de la métropole Dakar

Article · March 2014

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Momar Diongue Papa Sakho


Cheikh Anta Diop University, Dakar Cheikh Anta Diop University, Dakar
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Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

Diamniadio, une petite ville (carrefour en quête


d’une nouvelle identité économique) de la
métropole Dakar

Momar DIONGUE
UCAD/ IPDSR – Campus BRGM, avenue Cheikh Anta Diop, B.P : 45 550 - Dakar Fann –
Sénégal
dionguem@hotmail.com

Papa SAKHO
UCAD/ IPDSR – Campus BRGM, avenue Cheikh Anta Diop, B.P : 45 550 - Dakar Fann –
Sénégal
papa.sakho@ucad.edu.sn
Résumé
La fonction des petites villes dans l’armature urbaine nationale ont fait l’objet
nombreux travaux en Afrique de l’Ouest. Toutefois, celles des métropoles ouest
africaines méritent une plus grande attention des géographes. Étudier la petite ville
dans la métropolisation consiste à considérer que les petites, les moyennes et les
grandes villes sont inscrits dans un même processus qui les englobent. L’entrée par la
métropolisation permet de dépasser les deux approches, fonctionnaliste et locale,
dominantes dans l’analyse des petites villes africaines. Notre démarche d’analyse de
la petite ville combine les dynamiques locales et métropolitaines. Dans le Nord, la
petite ville perd ses spécificités et une partie de son emprise sur son environnement
rural proche face à la métropolisation, responsable d’une concurrence entre villes et
espaces de taille et de statut différents. Les petites villes du Sud sont-elles
condamnées au même avenir économique que celles du Nord dans la
métropolisation ? Concernant le Sénégal, peu d’études sont consacrées à cette
problématique, d’où l’intérêt de cette contribution sur Diamniadio. Quelle est la place
de Diamniadio dans la métropolisation dakaroise ? Vers quelle identité économique et
socio-spatiale tend cette petite ville ? L’objectif est d’étudier les dynamiques
économiques de Diamniadio et ses effets sur son urbanisation. L’analyse part de
l’hypothèse que la métropolisation dakaroise confère à Diamniadio des prétentions
économiques auxquelles elle ne pouvait se prévaloir hors de ce contexte. Son
dynamisme économique est porteur de changements sociaux, spatiaux et
administratifs. Il est le fait d’acteurs multiples qui ont chacun, à un moment donné,
influé sur sa dynamique d’évolution économique et socio-spatiale.

Mots clés:
Petite ville, métropolisation, économie locale, environnement rural

Nom Auteur 1
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

Introduction
Le contenu de l’urbain et du rural au Sénégal, et leurs relations ne
cessent d’évoluer au rythme des migrations internes et internationales, du
politique, de l’économie, du religieux et de la mondialisation. Les défis de la
recherche c’est comment renouveler l’approche des petites villes qui sont
aux frontières de l’urbain et du rural dans les sociétés ouest africaines du
21ème ? Quels concepts et outils méthodologiques pour étudier la petite ville
dans ses relations avec son environnement local et les échelles supérieures ?
Les petites villes africaines sont plutôt étudiées à travers deux
approches : fonctionnaliste et locale. L’approche fonctionnaliste centre
l’analyse sur la fonction des petites villes dans le système urbain. Elle met
l’accent sur les réseaux et les armatures urbains pour établir des hiérarchies
fonctionnelles (HAERINGER, 1995). Les petites villes, échelons au bas de
la hiérarchie urbaine, ont pour fonction essentielle celle d’étape
intermédiaire, de simple relais à sens unique entre les niveaux supérieurs de
la hiérarchie et leur arrière pays rural (BERTRAND et DUBRESSON,
1997). Dépourvue de toute vitalité propre, le dynamisme des petites villes
est lié à leur fonction d’encadrement d’un espace rural qu’elles dominent en
y diffusant des valeurs citadines (BRUNON et COURADE, 1983, MAINET
1997). L’approche locale considère les petites villes comme l’un des
supports spatiaux de la promotion idéologique du « développement local »
(BERTRAND et DUBRESSON, 1997), comme la seule alternative à la
macrocéphalie urbaine (GIRAUT, 1997). La petite ville, appréhendée dans
ses relations avec l’environnement rural qu’elle encadre (Pourtier, 1993),
apparait comme une composante du monde rural, et un centre de
modernisation au contact avec l’urbain (GIRAUT, 1997). Ce qui permet de
ressortir les spécificités et les originalités des petites villes. Face au risque
d’idéalisation de la petite ville par cette approche, GIRAUT (1997) propose
une approche qui intègre les dynamiques locales et extérieures dans
l’analyse. Le rôle des petites villes dans l’armature urbaine en Afrique de
l’Ouest est bien étudiée (GIRAUT, 1994). Toutefois, une analyse des petites
villes dans la métropolisation reste à faire alors que ce travail de recherche
est entrepris dans d’autres parties du continent, au Maghreb (KAHLOUN,
2007) et en Afrique Australe (MIRALLES, 2007). Peu d’études sont
consacrées à cette problématique au Sénégal, d’où l’intérêt de cette
contribution sur la petite ville de Diamniadio dans la métropolisation
dakaroise. Quelle est la place de Diamniadio dans le système économique
métropolitain ? Vers quelle identité économique et socio-spatiale tend cette

Diongue et Sakho 2
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

petite ville ? L’objectif de cette contribution est d’étudier les dynamiques


économiques de Diamniadio et ses effets sur son urbanisation. Nous
postulons l’hypothèse que la métropolisation dakaroise confère à
Diamniadio des prétentions économiques auxquelles elle ne pouvait se
prévaloir en dehors de ce processus. Le dynamisme économique de
Diamniadio, lié à la métropolisation, est porteur de changements sociaux,
spatiaux et administratifs. Il est le fait d’acteurs multiples qui ont influé sur
la trajectoire d’évolution économique et socio-spatiale de Diamniadio.
L’entrée par l’économie permet de reconstituer l’évolution socio-spatiale de
Diamniadio et de ses enjeux. Cette évolution correspond à quatre phases qui
correspondent chacune à une étape dans son développement. La première
est l’implantation saisonnière d’un campement agricole. La seconde
concerne les premières sédentarisations. Ensuite, la formation du bourg rural
favorisé par une dynamique d’équipements. Enfin, la dernière est celle de la
consécration au rang de petite ville.

1 La petite ville africaine : problématique et approches


Depuis la décennie 1970, une plus grande attention est accordée aux
petites villes africaines. Ce regain d’intérêt se traduit par un renouvèlement
de la problématique et des approches. Le questionnement est centré sur la
place de la petite ville dans le système urbain. Il s’inscrit dans une approche
fonctionnaliste, qui place l’analyse la petite ville dans les réseaux et les
armatures urbains pour établir des hiérarchies fonctionnelles
(HAERINGER, 1995). Les petites villes africaines apparaissent dans ces
analyses comme de simples échelons au bas de la hiérarchie urbaine. Leur
fonction essentielle est celle d’étape intermédiaire, de simple relais à sens
unique entre les niveaux supérieurs de la hiérarchie urbaine et leur arrière
pays rural. Cette subordination fonctionnelle rend la petite ville dépourvue
de toute vitalité propre et d’urbanité. Leur dynamisme repose surtout sur les
fonctions d’encadrement de l’arrière pays rural qu’elles dominent en y
diffusant de la modernisation et des valeurs citadines (BRUNO et
COURADE, 1983, MAINET, 1997).
L’approche fonctionnaliste des petites villes est remise en question, dès
la décennie 1980, dans un contexte institutionnel et politique marqué par la
crise des États et des grandes villes, mais surtout par l’émergence, au niveau
international, du paradigme de la décentralisation et du développement
local. Les petites et les moyennes villes sont considérées comme l’un des
supports spatiaux de la promotion idéologique du « développement local »
(BERTRAND et DUBRESSON, 1997 :11), comme « la seule alternative au
processus de concentration contre-productive à l’œuvre » (GIRAUT,
1997 :18). Ce qui change leur approche et leur perception. La petite ville est
analysée dans ses relations avec l’environnement rural qu’elle encadre

Diongue et Sakho 3
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

(POURTIER, 1993). Elle est perçue « comme élément constitutif du monde


rural » (GIRAUT, 1997 :19). Cette approche a permis de ressortir les
spécificités et les originalités des petites villes notamment au Sénégal (BA,
2000 ; BA, 2001 ; SAKHO, 1998). Toutefois, elle comporte un risque
d’idéalisation de la petite ville car trop centrée sur le local (GIRAUT, 1997).
Giraut préconise une approche globale des rapports entre la petite ville et
son environnement en prenant en compte le poids des déterminants locaux
et extérieurs dans leur dynamique. Son approche est une synthèse des deux
premières. Elle inscrit l’analyse de la petite ville dans plusieurs échelles,
locale, régionale, nationale voire internationale.
Dans le contexte ouest africain, la place des semis de petites villes dans
l’armature urbaine est bien étudiée (GIRAUT, 1994). Toutefois, les petites
villes situées dans l’aire métropolitaine des grandes villes ouest africaines
où à leurs périphéries méritent une plus grande attention des géographes.

2. La petite ville ouest africaine face à la métropolisation :


méthodes et outils
En Afrique de l’Ouest, l’analyse des petites villes dans la
métropolisation reste à faire alors que ce travail est entrepris dans d’autres
parties du continent et régions du monde. Étudier la petite ville dans la
métropolisation consiste à considérer que les petites et les grandes villes
sont liées dans un processus qui les englobe les unes et les autres
(HAERINGER, 1995). Elles sont de moins en moins antinomiques selon cet
auteur parce que la petite ville a changé de traits notamment ses relations
avec son environnement local, son tissu économique et ses acteurs. La
grande et la petite ville sont l’amont et l’aval d’un même processus, la
métropolisation. Cette dernière métropolisation nous l’entendons au sens
d’ASCHER (2009) et de DIE MÉO (2010). Elle est une vaste aire
géographique de concentration et d’intégration économiques, politiques et
socio-spatiales où cohabitent différents types d’espaces (urbain, périurbain
et rural) et d’établissements humains (grandes et petites villes, bourgs et
villages) dans la complémentarité, la multipolarité, la discontinuité et
l’hétérogénéité. La métropolisation est une grille de lecture des sociétés
contemporaines en apparaissant comme un concept unificateur d’espaces et
d’établissements humains inscrits dans un même processus, mais différents
par leur statut, leur dimension, leur rôle et leur poids.
Dans la littérature du Nord, la petite ville se dilue dans la
métropolisation en perdant ses spécificités (HAERINGER, 1995,
LABORIE, 2005). HAERINGER avance que « la petite ville est morte »
(1995 : 65) dans ce processus parce que le système des petites villes se
banalise en reposant simplement sur l’économie résidentielle (LABORIE,

Diongue et Sakho 4
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

2005 :7). Ce qui se traduit par une perte de leur singularité dans le système
productif. La métropolisation place les petites villes dans une situation de
concurrence de plus en plus intense avec des établissements humains de
rang supérieur, mais aussi avec leur environnement territorial proche. La
petite ville du Nord perd ses spécificités et une partie de son emprise sur son
environnement rural proche dans la métropolisation. Qu’en est-il des petites
villes du Sud ? Les petites villes du Sud sont-elles condamnées au même
avenir économique que celles du Nord dans la métropolisation ?
Dans la métropolisation de Chennai, KAMALA (2010) a identifié deux
types de petites villes dans la périphérie Sud de cette métropole indienne. Il
s’agit, d’une part, de nouvelles petites villes émergentes privées, fermées et
surveillées. Ces petites villes, promues par des entrepreneurs privés et
désignées sous le vocable de « integrated business city », sont issues de la
libéralisation économique, de l’ouverture indienne aux investissements
directs étrangers. D’autre part, des villages sont devenus de petites villes en
s’érigeant en pôle économique grâce aux soutiens des agences régionales
qui sont intervenues dans les acquisitions foncières pour faciliter les
installations des entreprises. La métropolisation de Chennai, contexte d’un
pays émergent du Sud comme l’Inde, loin de banaliser les petites villes, les
inscrit dans des trajectoires socioéconomiques et spatiales différentes.
En Afrique du Nord et Australe, l’analyse met l’accent sur la perte
d’influence des petites villes sur leur environnement rural proche. Cherchant
à savoir si la métropolisation de Nairobi favorise l’établissement de relations
d’un type nouveau entre la ville secondaire de Kiambu et son
environnement rural, MIRALLES (2007) en arrive à la conclusion que la
métropolisation réduit l’emprise de cette ville secondaire sur ses
environnements agricole et rural parce qu’elle est parfois contournée au
profit de la grande ville qui offre plus d’opportunités économiques.
KAHLOUN (2007) constate que la métropolisation réduit le niveau de
polarisation des petites villes du Nord-est tunisien face à la métropolisation
de Tunis.
Pour ce qui concerne l’Ouest africain notamment le Sénégal, peu
d’études sont consacrées à cette problématique, d’où l’intérêt de cette
contribution sur Diamniadio dans la métropolisation dakaroise. Quelle est la
place de Diamniadio dans le système économique métropolitain ? Vers
quelle identité économique et socio-spatiale tend cette petite ville ?
L’objectif est d’étudier les dynamiques économiques de Diamniadio et ses
effets sur son urbanisation. Nous postulons l’hypothèse que la
métropolisation dakaroise confère à Diamniadio des prétentions
économiques auxquelles elle ne pouvait se prévaloir en dehors de ce
processus. Son dynamisme économique, lié à la métropolisation dakaroise,
est porteur de changements sociaux, spatiaux et administratifs. Il est le fait

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Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

d’acteurs multiples qui ont chacun, à un moment donné, influé sur la


trajectoire d’évolution économique et socio-spatiale de Diamniadio.
L’entrée par l’économie permet de reconstituer l’évolution socio-
spatiale de Diamniadio et de ses enjeux. La démarche d’analyse retenue
repose sur une combinaison des échelles locales et métropolitaines parce
que de Diamniadio est à l’interface de ces deux dynamiques. L’étude
économique de Diamniadio permet d’analyser les logiques des acteurs de
l’urbanisation de la petite ville et ses enjeux territoriaux. Les données
mobilisées sont issues d’une enquête quantitative et qualitative de terrain
réalisée en 2009. Les données portant sur le tissu économique ont été
collectées à l’aide d’un questionnaire. Il est centré sur le promoteur
économique, le type d’investissement et l’activité dans l’environnement
local. L’objectif est de déterminer le profil de l’économie de Diamniadio et
les stratégies des entrepreneurs selon leur ancrage territorial dans la petite
ville. Les outils de mesures de l’ancrage territorial sont la résidence, le statut
résidentiel et la perception de la petite ville. Les données ont fait l’objet
d’une analyse descriptive. L’échantillon a concerné 136 entrepreneurs
économiques soit 70% des unités économiques non agricoles dotées d’un
ancrage spatial fixe. Les unités économiques orientées vers la distribution
des produits alimentaires de base (riz, sucre, huile, savon, etc.) comme les
boutiques sont exclues de l’étude. L’enquête qualitative interrogent les
acteurs institutionnels (élus locaux, agents des services municipaux,
responsables de services centraux et déconcentrés de l’État), associatifs
(responsables d’ONG, d’organisations communautaires de base, de
regroupements interprofessionnels) et coutumiers (notables et autorités
coutumières) intervenant dans le développement. Les entretiens ont fait
l’objet d’un traitement thématique. Enfin, un travail d’observation continue,
depuis 2003, du paysage et de la vie socio-économique et spatiale de
Diamniadio accompagne les enquêtes. La démarche d’analyse retenue
repose sur une combinaison des échelles locales et métropolitaines parce
que de Diamniadio est à l’interface de ces deux dynamiques.

3. Diamniadio, une interface dans l’aire métropolitaine


dakaroise
Diamniadio est une interface entre trois pôles urbains de l’espace
métropolitain dakarois, mais aussi entre son arrière pays rural et l’extérieur.

3.1. Diamniadio, un carrefour majeur sur les axes Dakar-Thiès et


Dakar-Mbour
Dakar, d’abord métropole coloniale dont la dynamique repose sur une
logique économique impérialiste de drainage au détriment des villes de
l’intérieur, vient d’entamer une métropolisation d’un type nouveau. Elle

Diongue et Sakho 6
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

repose sur une recomposition des mobilités spatiales quotidiennes,


l’aménagement de grands projets d’infrastructures et de développement
économique et résidentiel (DIONGUE, 2012, SAKHO, 2007). Cette
nouvelle dynamique favorise, d’une part, l’intégration des pôles urbains de
Thiès et de Mbour dans son fonctionnement quotidien, et d’autre part, une
redistribution de ses fonctions surtout économiques dans l’aire
métropolitaine. Celle-ci dépasse le cadre étroit de la presqu’ile du Cap-Vert.
Elle devient interrégionale en formant un triangle dont chaque sommet
correspond à un pôle urbain. Il s’agit d’abord du pôle ouest, capitale
nationale peuplée de 2 557 360 d’habitants en 20131, formée par les villes
de Dakar, de Pikine, de Guédiawaye et de Rufisque. Ensuite, le pôle urbain
de Thiès (293 219hbts), capitale régionale, est à l’Est, et enfin Mbour, ville
secondaire balnéaire de 46 916 habitants, au Sud-est.
L’espace rural compris entre ces trois pôles urbains renferme un semis
de petites villes dynamiques : Sébikhotane (23 953 hbts), Pout (20 693 hbts)
et Diamniadio (14 048 hbts). Les deux premières sont situées sur l’axe
Dakar-Thiès alors que la troisième est au carrefour des axes routiers entre
les 3 pôles. Sébikhotane et Pout ont eu un développement urbain plus
précoce grâce au fort potentiel agricole de leur arrière pays rural. Elles ont
accédé au statut de ville avec leur communalisation dès 1996, et Diamniadio
en 2002. Toutefois, la dynamique actuelle de Diamniadio risque de
bouleverser le rang dans ce semis de petites villes sur le plan économique.
Par rapport à Sebikhotane et Pout, Diamniadio présente une originalité dans
son développement économique et socio-spatial grâce à sa géoéconomie et à
l’intérêt qu’elle suscite auprès de l’Etat central. Diamniadio est à l’interface
des trois pôles urbains de l’espace métropolitain dakarois. Sa position la
place aussi comme interface entre son arrière pays rural et la capitale.

3.2. Diamniadio, un intermédiaire de terroirs ruraux


Dans sa trajectoire socioéconomique, Diamniadio présente une
originalité dans son arrière pays rural. Diamniadio n’est pas un terroir au
sens d’un espace approprié par un groupe social issu d’un lignage ou d’une
famille qui se reconnaît autour d’un ancêtre commun, qui y a projeté ses
valeurs et son organisation socio-spatiale. Il n’est pas un terroir. C’est un
établissement humain récent qui tire une partie de sa dynamique de sa
position d’interconnexion de plusieurs terroirs qu’il polarise. Il s’agit des
terroirs lébou de Dène et sérère de Dougar situés respectivement au Nord et
au Sud-est. Ce qui fait de cette petite ville un intermédiaire de terroirs
ruraux, leur principal point de contact avec le territoire national. La localité

1
Population en 2013 d’après les projections démographiques de l’Agence Nationale de la
Statistique et de la Démographique à partir du RGPH III pour les villes de Dakar, Thiès,
Mbour, Sébikhotane, Pout et Diamniadio

Diongue et Sakho 7
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

s’appuie sur un vaste arrière pays rural dont la plupart des villages sont semi
enclavés. Ces terroirs ruraux sont devenus des satellites de Diamniadio qui
les a intégrés dans son territoire communal dont ils sont devenus des
quartiers. Diamniadio est une petite ville doté d’un centre urbain qui
organise des quartiers-terroirs périphériques situés dans un rayon moyen de
1,5 km de son centre. La position d’interface à l’entrée de l’agglomération
dakaroise et la polarisation d’un vaste arrière pays rural ont fortement
influencé l’évolution économique, démographique, administrative et spatiale
de Diamniadio.

4. Diamniadio, du hameau à la petite ville : un demi-siècle de


sauts qualitatifs
L’évolution de Diamniadio correspond à quatre phases qui
correspondent chacune à une étape dans son développement. La première
est l’implantation saisonnière d’un campement agricole. La seconde
concerne les premières sédentarisations. Ensuite, la formation du bourg rural
favorisée par une dynamique d’équipements. Enfin, la dernière est celle de
la consécration au rang de petite ville.

4.1. Le campement agricole saisonnier


Avant 1945, il s’agit d’un campement agricole initié par des populations
d’ethnie lébou en provenance de la ville de Rufisque. Ce peuplement était
organisé autour de l’activité agricole, culture du mil et de l’arachide, durant
la saison des pluies. Un village hivernal se forme car ce mouvement
concerne des familles entières. Les habitations sont faites de cases compte
tenu du caractère saisonnier de ce peuplement. Un lieu de vie et d’exercice
d’une activité agricole se crée. En fin de saison, le village se désemplit et les
cases servent de greniers. Les cimetières de Diamniadio datent de cette
époque. Cependant, l’installation de la traite de l’arachide à Rufisque a
retenu ces populations lébous puisqu’ils y ont trouvé une seconde activité
leur permettant de compenser leurs ressources en saison des pluies voire sur
toute l’année. Ce qui aura pour effet le déclin du campement agricole en
1945.

4.2. Du hameau à la cohabitation de deux villages (1952-1989)


Une nouvelle phase de peuplement est entamée en 1952. L’achèvement
de l’aménagement des axes routiers Dakar-Mbour (RN1) et Dakar-Thiès
(RN2) (1952) fait de Diamniadio un carrefour. L’aménagement d’une
station de services au niveau du carrefour, consacre le début d’un
peuplement permanent. Diamniadio prend l’allure d’un hameau d’une
dizaine de concessions dont 8 habitations en dur situées au Sud de la RN1
(5) et entre les deux nationales (3). Ces populations, attirées par les

Diongue et Sakho 8
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

opportunités commerciales du carrefour, proviennent de l’intérieur du pays.


A partir de 1964, Diamniadio vît l’arrivée massive de populations des
terroirs lébous limitrophes. Les villages de Mbanda et de Deny Ndiarkhathie
sont désertés par leur population dont l’essentiel a migré vers Rufisque et
Dakar. Ceux qui ne sont pas partis en ville ont décidé de se rapprocher du
carrefour2. Ce lotissement porte l’appellation d’un des villages originels,
Deny Ndiarkhathie. De 1964 jusqu'à la fin des années 1980, deux villages
distincts, Deny Ndiarkhathie et Diamniadio, différents par leur peuplement,
cohabitent autour du carrefour. Le premier est formé d’un noyau lébou
installé à proximité de son terroir. L’autre est habité par des populations
venues de divers endroits du pays, d’où une grande diversité ethnique. En
1988, Deny Ndiarkhathie compte 1274 habitants et Diamniadio 851 (DPS,
1988).
Figure 1 : L’occupation de l’espace du carrefour de Diamniadio

Source : Cadastre de Rufisque, carte améliorée par M. Diongue, 2013

4.3. Le bourg, centre économique de transit (1989-2001)


Dans la décennie la 1990, les deux villages se rattachent et forment une
seule entité spatiale. Diamniadio bénéficie d’une desserte par les réseaux
électrique, d’eau potable et téléphonique, et se dote d’équipements
marchands (1989), d’un centre hospitalier (1996) et d’une brigade de
Gendarmerie. Il devient un bourg grâce à une dynamique d’équipements qui
renforce son attractivité économique, commerciale et résidentielle.

2
34 familles soit 289 personnes, se sont installées le même jour dans un nouveau
lotissement en avril 1964. Ce lotissement, à l’ouest du carrefour, entre la voie ferrée et la
RN1, se trouve sur le titre foncier N°1241/R. L’acquisition définitive de la parcelle était
fixée à 25 000 F.CFA par le propriétaire.

Diongue et Sakho 9
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Diamniadio devient chef lieu d’arrondissement3 des communautés rurales de


Sangalkam et de Yène en mars 1997. Le bourg enregistre l’arrivée de
nouvelles populations. En 1998, 67% de la population de Diamniadio sont
nés hors de la localité (SONED-AFRIQUE, 1998). Diamniadio a une forte
diversité ethnique : Peulh, Wolof, Sérères, Diola, Manjack et Maures. Les
Peulh (42%) et les Wolof (40%) y sont majoritaires. Les diolas et les sérères
viennent ensuite et enfin, les Manjacks et les maures, groupes ethniques
minoritaires.
Cette phase constitue un tournant économique dans l’évolution de
Diamniadio qui va devenir un point nodal dans l’organisation du transport
national. L’accessibilité est au cœur de son dynamisme économique et
démographique.

4.4. La petite ville carrefour (à partir de 2002)


Diamniadio accède au statut de petite ville en 2002. Cette promotion
coïncide avec le positionnement du pouvoir central dans son
développement. La ville de Diamniadio est atypique dans la mesure où elle
est constituée de quartiers éloignés les uns des autres. Diamniadio Nord,
Diamniadio Sud et Déni Ndiarkhathie forment le centre de la petite
agglomération qui polarise les six quartiers Nord4 de Dène et ceux du Sud-
est de Dougar5 au nombre de neuf. Diamniadio compte 12 208 habitants en
2002.
En un demi-siècle, 1952-2002, Diamniadio a réalisé des transitions
qualitatives majeures en devenant successivement campement agricole,
village, bourg et petite ville. Ces sauts qualitatifs sont favorisés par son
attractivité économique. A Diamniadio, l’activité économique a précédé
celle résidentielle. Les dynamiques socio-spatiales à l’œuvre s’appuient sur
l’économie.

5. Une économie de transit


L’artisanat, le commerce, les services et l’industrie sont la base du tissu
économique non agricole de Diamniadio. Mis à part l’industrie, cette
économie tire principalement son dynamisme de la fonction de transit. Les
flux supportés par la RN1 et la RN2 structurent l’économie locale.

3
L’arrondissement une circonscription administrative antérieure aux collectivités locales
que sont les communautés rurales
4
Deny Babacar Diop, Deny Demba Codou, Deny Malick Gueye, Deny Youssou, de
Ndoyène I et de Sébi-Ponty.
5
Dougar Lossa, Dougar Aithié, Dougar Dabathié, Dougar Ouest, Dougar Peulh, Poutou,
Mbounka Bambara, Ndoukhoura Peulh et Yam.

Diongue et Sakho 10
Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

5.1. Diamniadio : un carrefour commercial et de services en voie


d’industrialisation
Les différentes branches d’activités de l’économie de Diamniadio ont
des dynamiques différentes liées à leur processus de développement.
L’artisanat de production (28%) et de services (25%) est l’activité la plus
importante en termes d’unités. Il est suivi par le commerce6, soit 22.8%.
Enfin, les services (12.5%) et l’industrie (11.7%) sont cependant les secteurs
d’activité les plus dynamiques.
Tableau 1: Répartition par secteur des activités économiques

Secteur d’activité Nombre %


d’unités
Commerce 31 22.8
Artisanat de production 38 28
Artisanat de services 34 25
Services 17 12.5
Industrie 16 11.7
Total 136 100
Source: enquête de terrain 2009

Dans le commerce, les fruits et légumes dominent le secteur. Cette


activité commerciale et celle autour de l’automobile reflètent le mieux la
fonction d’économie de transit du carrefour. Diamniadio est un centre
commercial de fruits et légumes. Ce commerce repose sur un réseau
d’approvisionnement et de distribution. La production provient directement
des zones de production. L’aire d’approvisionnement de ce réseau s’élargit
progressivement : d’abord auprès des producteurs de l’arrière pays rural
proche (haricot, melon, mangue et pastèque), ensuite à la région du fleuve
Sénégal (tomate), puis le Sénégal oriental (banane) et enfin le Maroc par
l’intermédiaire de la Mauritanie (clémentine). Une véritable filière
d’approvisionnement et de commercialisation des fruits et des légumes se
constitue à Diamniadio. Sa position de carrefour a favorisé la présence de
grossistes (six) qui approvisionnent les détaillants de la localité, de
l’agglomération dakaroise et dans autres localités des axes de Thiès et de
Mbour. La fonction d’insertion socioéconomique de cette activité est d’une
importance capitale surtout pour les femmes de Diamniadio, de l’espace
rural proche et les nouvelles migrantes.
L’artisanat est l’une des activités marquantes à Diamniadio. L’artisanat
de services est dominé par la réparation automobile (plus de 80% des unités)

6
Les unités commercialisant les fruits et des légumes en détails ne sont pas pris en compte.

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et celui de production par la menuiserie. La réparation automobile est le


moteur de l’artisanat. Cette activité a accompagné l’expansion spatiale de
Diamniadio comme en témoigne sa forte empreinte physique sur le paysage
urbain du carrefour. Sa clientèle est constituée surtout des gros porteurs qui
connectent Dakar aux autres régions du pays et à la sous-région.
L’industrie et les services enregistrent, à présent, le plus
d’investissement. L’offre de services commerciaux s’est diversifiée grâce
aux nouvelles créations (assurance, banque et micro crédit, mini
supermarchés, restauration, multimédia, etc.) pour satisfaire la demande.
Diamniadio abrite deux zones industrielles. De nouvelles unités industrielles
s’installent. C’est le cas d’une nouvelle minoterie du groupe Olam, une
multinationale asiatique. Le tissu industriel est dispersé dans la ville et
participe à l’expansion de l’économie locale.
L’identité économique et socio-spatiale de Diamniadio se construit
autour de sa position de carrefour. Une forme d’urbanisation linéaire le long
des deux principaux axes structurants caractérise l’occupation spatiale.
Diamniadio cumule les fonctions économiques de marché agricole
périurbain, de zone de transit et de redistribution au niveau national et sous
régional et d’espace de déploiement d’unités industrielles dévoreuses
d’espaces.
Figure 2 : Les activités économiques non agricoles à Diamniadio

Source: DAT, Google Earth 2013, enquête de terrain, M. Diongue

5.2. L’économie locale, les facteurs favorables à son dynamisme


La position de carrefour à l’entrée de la capitale, la disponibilité
foncière, la proximité entre lieux de travail et de résidence, le relèvement du
niveau d’équipements marchands et les opportunités économiques liées aux
projets étatiques sont les principaux facteurs favorables à l’économie locale.

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Parmi ces facteurs, l’accessibilité est le plus déterminant. La position de


carrefour routier est le premier motif d’implantation des unités
économiques. Diamniadio bénéficie d’un déploiement d’unités économiques
de la métropole pour des contraintes spatiales ou pour des exigences de
localisation sur un point stratégique. C’est le cas de nombreuses unités
industrielles et d’entreprises de BTP, de transports et logistiques. La plus
grande disponibilité et accessibilité du foncier y favorise les installations. La
plupart des unités industrielles présentes à Diamniadio l’ont choisi pour des
raisons de disponibilité foncière et/ou de desserte. Le siège social est à
Dakar et l’unité de production à Diamniadio. Ce qui favorise une
complémentarité fonctionnelle entre la grande et la petite ville. Biogen, une
entreprise spécialisée dans la production de fertilisant naturel a adopté cette
stratégie de même que Nell Steel, une entreprise ayant unité industrielle de
production et de commercialisation du fer et de l’acier. Les trois fabrique de
glace localisées à Diamniadio sont aussi dans une stratégie de
positionnement leur permettant de capter les marchés des principaux centres
artisanaux de pêche du Sénégal : Kayar, Saint-Louis, Mbour et Joal. Ces
choix de localisation expliquent le caractère hétéroclite du tissu industriel
qui repose sur deux profils d’industries. Le premier type concerne les unités
industrielles dont la localisation à Diamniadio est d’ordre géostratégique. Il
s’agit pour elles de d’être sur ce carrefour pour avoir un accès facile vers les
autres régions du Sénégal. Le second profil caractérise les unités de
production dont l’installation est liée à l’exploitation d’une ressource locale.
Il s’agit d’entreprises spécialisées dans l’exploitation du sous- sol (carrières
marno-calcaires du plateau de Bargny) ou du potentiel agricole, les agro-
industries.
Les projets étatiques autour du carrefour sont perçus comme une
opportunité économique. Des entrepreneurs s’installent pour les anticiper.
Le relèvement du niveau d’équipements marchands, a un effet positif sur le
rythme de création des unités économiques surtout commerciales.
Ces atouts dynamisent l’économie du carrefour. Celle-ci est le fait
d’acteurs multiples qui ont chacun, à un moment donné, influé sur son
développement.

6. Les acteurs de l’économie de Diamniadio


Les entrepreneurs et les pouvoirs publics locaux sont les acteurs
dominants jusqu'à la formation du bourg. L’intervention étatique prend plus
d’importance sous l’ère de la petite ville.

6.1. Les entrepreneurs, un faible ancrage residentiel


Diamniadio est attractive pour celui qui veut entreprendre. Elle l’est
moins lorsqu’il s’agit de l’ancrage résidentiel. Son accessibilité y est pour

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beaucoup. Des acteurs économiques surtout de l’informel sont en quête


d’une proximité géographique entre leurs lieux de résidence et d’activité
pour pouvoir faire les navettes quotidiennes. Diamniadio, bien desservie par
les transports collectifs, leur offre cette possibilité. Cette option concerne
tous les secteurs d’activités. Après avoir longtemps exercé à Dakar, des
entrepreneurs choisissent de se rapprocher de leur lieu de résidence, un
semi-repli dans la petite ville. Plus de la majorité des entrepreneurs
économiques (53.6 %) ne résident pas à Diamniadio. Ils résident
principalement dans les départements de Rufisque, de Thiès et de Mbour,
surtout le long des RN1 et RN2.
Tableau 2: Statut résidentiel des entrepreneurs à Diamniadio

Situation résidentielle Nombre %


d’unités
Non résident 60 53.6
Resident permanent° 40 35.7
Resident temporaire 12 10.7
Total 112 100
Source: enquête de terrain 2009

Ce faible ancrage résidentiel des entrepreneurs n’est pas étranger aux


représentations construites autour de Diamniadio. Pour ces entrepreneurs,
l’attractivité de Diamniadio se limite à ses atouts économiques. C’est un lieu
d’insertion économique. Ces entrepreneurs non résidents développent
principalement deux stratégies : la prospection du potentiel économique du
carrefour et l’anticipation. Dans la première, l’entrepreneur est attiré par
l’image économique construite autour du carrefour. Nombreux sont les
entrepreneurs d’unités commerciales, artisanales et de services attirés par la
situation de Diamniadio. Ils viennent prospecter d’où un choix d’ancrage
spatial provisoire. Ils sont tous des locataires de leurs unités. Les unités
localisées le long des deux principaux axes routiers ont toute une durée de
vie inférieure à 10 ans à Diamniadio. Cette stratégie entrepreneuriale
explique les nombreuses fermetures et réouvertures des unités économiques.
L’anticipation est le fait d’entrepreneurs s’activant surtout dans les services.
Ils se positionnent très tôt en se projetant sur le moyen et long terme.
L’objectif à court terme consiste à pérenniser l’activité. Ce type
d’entrepreneuriat est formel. Il favorise le relèvement de la structure de
l’économie locale, et y favorise l’emploi. Pour ces entrepreneurs,
Diamniadio est une localité prometteuse parce qu’il y a une dynamique
économique. Diamniadio est une « zone d’avenir » pour 30 entrepreneurs
parmi les 113 qui ont donné leur perception sur son économie.

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Chez les entrepreneurs résidents, il y a des temporaires et des


permanents. Les premiers résident seul à Diamniadio sans leur ménage ou
parents proches qu’ils rejoignent qu’en fin de semaine, du mois, à l’occasion
de fêtes, d’évènements imprévus. Ils sont 12 à opter pour ce choix
résidentiel. L’éloignement du lieu de résidence principale et/ou d’origine les
y contraint souvent. Ces résidents temporaires ont soit le statut de locataire
(9) soit celui d’hébergés (3). Quant aux résidents permanents, 57 % logent
dans la maison familiale ou conjugale et 26 % sont locataires de leur
logement. Seuls 11 % des résidents permanents sont propriétaires de leur
logement. Les résidents permanents sont ceux pour lesquels la résidence
principale est dans la commune. Des entrepreneurs résidents ont réalisé des
investissements novateurs qui s’inscrivent dans une stratégie de promotion
de soi et de son environnement social. Ce type d’entrepreneuriat favorise le
relèvement de l’offre de services marchands grâce à un investissement plus
ambitieux tant sur le plan immobilier qu’économique.
Toutefois, chez la plupart des entrepreneurs de l’informel, résidents
comme non résidents, l’entrepreneuriale s’inscrit dans des stratégies de
survie. Diamniadio souffre des faibles investissements immobiliers de ses
entrepreneurs. Sur 112 entrepreneurs seuls 39 (34.8%) y ont réalisé un
investissement immobilier. Cette situation est liée au faible ancrage
résidentiel acteurs économiques, mais aussi à l’exclusion de la plupart
d’entre eux des attributions foncières des pouvoirs publics.

6.2. Les pouvoirs publics locaux : les promoteurs d’équipements


marchands
Les édiles locaux ont fait preuve d’une volonté d’aménagement de
Diamniadio en réalisant des infrastructures économiques pour consolider ses
fonctions commerciales et de transport, et organiser son développement
spatial. Le Conseil rural de Sebikhotane crée un centre commercial
regroupant une gare routière et un marché en 1989. Pour mieux organiser
son développement, ce Conseil initie un lotissement à Diamniadio Sud en
1994. Trois ans plus tard, le Conseil rural de Yène7 entreprend un nouveau
lotissement de 12 000 parcelles toujours à Diamniadio Sud (KHOUMA,
2007). La commune a étendu le marché pour accroître ses ressources
fiscales et accompagner son développement.
Toutefois, l’organisation des activités économiques informelles est
problématique dans le centre ville. La commune peine à réguler l’économie
locale. Elle n’a pas une politique d’installation durable, sur des espaces
sécurisés, des activités artisanales et commerciales de fruits et légumes.
L’encadrement municipal a montré ses limites à accompagner le
développement de la petite ville en aménageant des infrastructures.

7
Diamniadio y est rattachée car Sebikhotane devient une commune en 1996

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Diamniadio n’est pas en mesure d’encadrer seule sa transition du rural vers


l’urbain. L’intervention étatique est de ce fait salutaire.

6.3. Les pouvoirs publics centraux et la petite ville


Le développement spatial rapide de Diamniadio inquiète l’Etat central8
qui a des ambitions pour ce carrefour stratégique. L’État a réagi en dotant
Diamniadio d’un plan d’urbanisme de détail (PUD), et en le choisissant en
2002 comme territoire test de sa politique de promotion des villes
secondaires stratégiques9. Celle-ci vise à promouvoir des pôles urbains
secondaires capables de limiter l’effet polarisateur des chefs lieux de région
et de département. Le pouvoir central veut élever Diamniadio au rang de
pôle secondaire en créant les conditions d’un basculement vers la hiérarchie
supérieure, mais comment ?

6.3.1. Comment faire de Diamniadio un pôle économique secondaire ?

L’État veut ériger Diamniadio en un pôle par la promotion


administrative et économique. Sur le plan administratif, Diamniadio devient
sous-préfecture (1997) et commune (2002). Le découpage du territoire
communal se fonde sur une logique d’aménagement d’un pôle urbain.
Diamniadio est doté d’un vaste territoire (30 km2) créée de toute pièce sans
tenir compte des réalités de ses terroirs. La seule préoccupation de l’Etat
consiste à lui doter d’un périmètre suffisant. L’État central se positionne
comme un des acteurs majeurs de l’évolution socioéconomique et spatiale
de Diamniadio.
Le PUD traduit une volonté de structurer l’espace communal autour
d’un pole urbain secondaire. Les fonctions industrielles, commerciales et de
transport dominent l’organisation de l’espace communal encadré par un
PUD approuvé en 2000. En juin 2002, l’État créé une ZAC de 2500 hectares
à l’intérieur du PUD pour promouvoir un pôle économique. En mars 2005,
un projet, plus ambitieux, de plateforme industrielle tertiaire est annoncé
dans l’espoir d’un financement des Etats-Unis, le Millenium Challenge
Corporation. Après plusieurs études, le pouvoir central renonce à la
plateforme. C’est le retour aux projets du PUD de 2000 réactualisé en 2005.
Seuls des projets inscrits dans le PUD connaissent des avancées.
L’autoroute à péage Dakar-Diamniadio est fonctionnelle depuis août 2013.

8
Le Conseil interministériel de l’Urbanisme et de l’Habitat du 26 novembre 1998 a
exprimé ses craintes liées au développement spatial rapide de Diamniadio compte tenu du
de sa position stratégique et de l’importance des réserves foncières. Il a exprimé l’urgence
de le doter d’un plan d’urbanisme de détail.
9
Il s’agit de Diamniadio, Diaobé, Mbour, Mboro, Cap Skiring, Rosso, Matam-Ourossogui
et Dahra.

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Elle constitue un potentiel de renforcement de fonctions économiques


secondaires et tertiaires de Diamniadio. L’Agence pour la Promotion des
Sites Industriels (APROSI) y aménage une zone industrielle de 92 ha pour
les PME. La première tranche de 25 hectares est en cours d’aménagement
depuis 2004. Toutefois, l’aménagement du site et le rythme d’installation
des unités industrielles sont encore lents. L’APROSI a peu de moyens pour
aménager ses sites. En décembre 2013, seules quatre unités industrielles et
deux unités de transports et logistiques y sont en activité. L’unité
industrielle la plus importante est spécialisée dans la fabrication de sauts de
poubelles. Cet aménagement de sites industriels est au stade embryonnaire à
Diamniadio. De grandes ambitions, ville nouvelle10, ville secondaire
stratégique, plateforme industrielle et tertiaires, mais Diamniadio peine à se
doter d’une nouvelle identité économique centrée sur la production.

6.3.2. Vers une économie des services métropolitains ?

Après avoir fait preuve d’une volonté ferme d’aménagement de l’espace


de Diamniadio11, l’Etat y a-t-il renoncé à ses ambitions ou changé
d’orientation économique ? Diamniadio est désormais concurrencé par la
communauté rurale de Ndiass, territoire d’accueil du nouvel aéroport
international Blaise Diagne. Cet aéroport, à 7 km au Sud-est de Diamniadio,
devrait être fonctionnel vers la fin 2014. Depuis 2007, tout le périmètre
autour de cet aéroport est érigé en une zone économique spéciale intégrée
pilotée par l’APIX12. Le pôle économique secondaire est-il en train de
déménager vers la future zone aéroportuaire de Ndiass ?
Dans la pratique, l’Etat semble s’orienter vers l’aménagement
d’infrastructures de services métropolitains à Diamniadio. Une université est
en chantier au Nord de la Commune. Les travaux sont bien avancés avant
d’être stoppés en 2009. Parmi les nouveaux projets figurent la deuxième
Université de Dakar, l’université virtuelle du Sénégal et des centres de
formations notamment l’agro-industrie et le BTP. Le centre de formation
professionnelle aux métiers du BTP (CFPBT), fruit d’un partenariat avec
l’Agence Française de Développement, est fonctionnel depuis 2011.

10
L’Etat a annoncé divers projets à Diamniadio (Marché d’Intérêt National, Centre
artisanal, plateforme industriel et tertiaire, gare de gros porteurs, collège universitaire
régional, etc.) qui n’ont pas encore pu se concrétiser.
11
Entre 2005 et 2008, l’Etat a interdit toute construction nouvelle autour du carrefour, dans
un périmètre de 2620 hectares déclaré d’utilité publique. Toute construction est soumise à
l’autorisation de l’agence chargée de l’aménagement de la plateforme de Diamniadio.
12
L’Agence pour la Promotion des Investissements et des Grands Travaux est le promoteur
de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio qui va, à court terme, se prolonger vers
l’aéroport.

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Diamniadio abrite une nouvelle infrastructure hospitalière pédiatrique en


activité depuis août 2012 grâce à la coopération chinoise. En novembre
2014, Diamniadio devrait abriter les travaux du 15ème sommet de la
Francophonie dans un tout nouveau centre international de conférence13. Les
travaux sont lancés en novembre 2013. Diamniadio s’oriente-t-elle vers un
pôle urbain secondaire de services métropolitains en devenant « un maillon
essentiel dans la promotion du tourisme d’affaires14 » ?

Conclusion
La métropolisation dakaroise a favorisé le développement de
Diamniadio en l’inscrivant non pas dans une économie résidentielle, mais
bien dans une dynamique économique et d’équipements à laquelle cette
petite ville carrefour ne pourrait prévaloir hors de ce contexte. Diamniadio
continue à polariser son arrière pays rural par ses activités de transport et
commerciales. Mieux la localité a élargi son arrière pays rural en profitant
de sa géoéconomie pour développer des réseaux d’échanges commerciaux
interrégionaux. L’économie de Diamniadio est à la croisée de dynamiques
locales et métropolitaines. Les dynamiques locales ont donné lieu à une
économie de transit promue par les acteurs de l’informel et les Conseil
ruraux à l’époque du bourg. Sous l’ère de la petite ville, un lent processus
d’industrialisation et de déploiement d’infrastructures métropolitaines se
met en place.
Diamniadio n’a pas encore perdu ses spécificités face à la
métropolisation dakaroise. Elles reposent sur le croisement de flux humains,
économiques, matériels et de services dans une interface, intermédiaire de
terroirs et de pôles métropolitains. Toutefois, l’Etat et les privés
métropolitains sont les acteurs majeurs au détriment des acteurs locaux. Ces
derniers ont une moindre prise sur l’évolution actuelle de la petite ville.
Celle-ci a acquis son statut dans l’aire métropolitaine, mais sa nouvelle
identité économique est encore incertaine quoiqu’elle s’oriente vers les
services. Diamniadio n’a pas encore atteint un niveau de développement
économique lui permettant de réaliser ce saut qualitatif, le passage d’une
économie de transit à un pôle économique secondaire. De nombreux défis
gestionnaires sont à relever. Il s’agit, entre autres, de l’organisation des
activités économiques surtout informelles, d’une forte pression foncière
(KHOUMA, 2007, DIONGUE 2010) responsables de conflits territoriaux et

13
L’investissement est de 40 milliards de F.CFA soit environ 61 millions d’euro.
14
Propos du Chef de l’Etat lors de la pose de la première pierre du centre international de
conférence de Diamniadio, le 5 novembre 2013

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sociaux, mais aussi une plus grande implication des acteurs locaux dans la
promotion économique.
Cette problématique est à approfondir en élargissant la recherche à
l’ensemble des petites villes de l’aire métropolitaine dakaroise. Ce qui
permettrait de se prononcer sur les spécificités des petites villes sénégalaises
d’abord ouest africaines ensuite, d’une manière générale du face à la
métropolisation Sud.

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Aux frontières de l’urbain Avignon, du 22 au 24 janvier 2014

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