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Bernard Sichère contre la culture de

mort
« LE SAINT est celui qui se rend imperceptible », disait Paul Valéry... Ce qu'il y a de
fâcheux chez certains convertis c'est le soupçon d'exhibitionnisme qui s'attache parfois à
leur démarche. Rien d...

Par PAUL FRANÇOIS PAOLI


Publié le 1 mars 2007 à 06:00, mis à jour le 15 octobre 2007 à 04:12

« LE SAINT est celui qui se rend imperceptible », disait Paul Valéry... Ce qu'il y a de
fâcheux chez certains convertis c'est le soupçon d'exhibitionnisme qui s'attache parfois à
leur démarche. Rien de tel chez Bernard Sichère, essayiste qui a fort peu le goût de la
mise en scène de soi. Auteur d'une quinzaine de livres, l'ancien normalien devenu
professeur de philosophie a pour ambition d'affronter la question qui taraude la raison
occidentale depuis Platon : la dignité de l'homme est-elle pensable hors d'une
exigence universelle de Vérité ? Un platonisme qui l'amènera à refuser le relativisme
nietzschéen, et, pour partager le sort des plus pauvres, à s'engager dans un groupe
maoïste après mai 68. Rompant par la suite avec la doxa communiste et critiquant avec
virulence la consécration libertaire du désir, héritée d'un certain gauchisme, Bernard
Sichère consacrera plusieurs livres à des sujets aussi bien littéraires que philosophiques,
notamment dans Le moment lacanien, Le Dieu des écrivains ou Histoires du mal.
Avec pour maîtres Lacan et Bataille, Sichère va opérer un retour paradoxal vers le
christianisme dans un livre paru en 2003, Le Jour est proche, la révolution selon saint
Paul. Prenant le contre-pied de l'hégéliano-maoïste Alain Badiou ou de Jean-Claude
Milner, autre philosophe « revenu » au judaïsme, et pour qui le christianisme procède
d'un « universalisme facile », Bernard Sichère veut croire en l'éternelle actualité de la
révélation chrétienne. Pour lui, la pensée de Paul de Tarse sur la résurrection de la chair,
sans laquelle « notre foi est vaine » est fondamentale. Elle implique une nouvelle
relation au corps, libérée de toute tentation de maîtrise et débarrassée de l'esprit de
mortification, où se complurent souvent les chrétiens.
Plus généralement, c'est toute « une culture de mort » (Jean-Paul II) que le philosophe
voit à l'oeuvre dans notre époque marquée par la banalisation du racisme, la tentation
eugénique, le refus du politique ou la tyrannie débilitante du divertissement. Face à cette
désolation, la tradition catholique, enracinée dans le logos grec et la tradition mosaïque,
est le meilleur contre pouvoir (1). « Disons-le sans détours écrit Sichère, le spectre qui
hante désormais l'Europe, ce n'est pas le retour du religieux, même celui du bon vieux
Dieu, mais le nihilisme, religion féroce de ceux qui ne croient rien et qui voudraient
même empêcher qu'on croit »...
(1) Catholique, de Bernard Sichère, Desclée de Brouwer, 160 p., 19 €.

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