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Outre-mers

Moutlleau (Elisabeth), Fonctionnaires de la République et artisans


de l'Empire. Le cas des Contrôleurs civils en Tunisie (1881-1956)
Bernard Droz

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Droz Bernard. Moutlleau (Elisabeth), Fonctionnaires de la République et artisans de l'Empire. Le cas des Contrôleurs civils en
Tunisie (1881-1956). In: Outre-mers, tome 88, n°332-333, 2e semestre 2001. collectes et collections ethnologiques : une
histoire d'hommes et d'institutions. pp. 443-444;

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COMPTES RENDUS 443

griots sont astreints. Ensuite leurs fonctions sont à la fois de charmer par leur art de
conter, et de transmettre une narration sans erreur.
L'auteur conclut que l'épopée de Soundjata racontée par les griots de Kéla et
constestée par les rois de Kangaba, présente une vie sociale idéalisée : celle de la
perspective royale, ancrée tant dans le passé, que dans les structures de la

Cette épopée est un ensemble de récits et de généalogies qui permettent de


variantes et des adaptations régionales, véritable narration et reflet de la situation
contemporaine. Car, à travers l'épopée, on peut toujours présenter ses revendications.
A travers l'épopée, les communautés se reconnaissent ainsi que leur statut, même
quand le contexte subit des modifications. Le narrateur sélectionne les thèmes de
l'épopée au moment de la récitation en fonction de l'occasion ce qui lui garantit une
valeur particulière : lien intime entre les structures du passé et celles du présent.
Le livre s'achève par la transcription de la version de l'épopée de l'épopée de
Soundjata d'après Lansiné Diabaté, principal informateur de l'auteur.

Musée de l'Homme, Paris Josette RIVALLAIN

Afrique du Nord

MOUTLLEAU (Elisabeth), Fonctionnaires de la République et artisans de


l'Empire. Le cas des Contrôleurs civils en Tunisie (1881-1956). Paris,
L'Harmattan, 2000, 432 pages, 21 cm.

Dans cet ouvrage qui reprend et résume une thèse de Doctorat soutenue en 1998,
Elisabeth MOUILLEAU aborde un sujet vaste et neuf : la place et le rôle des
civils dans l'histoire du protectorat français en Tunisie.
Outre le dépouillement systématique des archives françaises et tunisiennes, des
correspondances et de la presse, l'auteur a bénéficié du précieux témoignage oral de
Pierre Bardin qui lui a fait partager le souvenir de ses fonctions de contrôleur à Gafsa
et à Souk-el-Arba.
Par défiance du pouvoir militaire qui, au lendemain du traité du Bardo, avait établi
un régime d'administration directe en Tunisie, le Résident général, Paul Cambon
obtint de Jules Ferry la création d'un corps civil d'administrateurs locaux. Le décret
du 4 octobre 1884, complété par les instruction ministérielles de 1887 et 1888 énumè-
rent les fonctions d'un administrateur sans administration et qui, comme tel,
pas mais n'en détient pas moins de larges compétences : renseignement (un
rapport trimestriel sur l'état des populations doit être remis au Résident général),
contrôle des chefs et des administrateurs indigènes, tranquillité et sécurité publiques,
émulation économique, état civil des Européens. Six contrôleurs furent institués en
1885, sept autres suivirent, chaque contrôle correspondant à un petit département et
coiffant deux ou trois caïdats. Un statut leur est accordé en 1897 qui règle la
l'avancement, les traitements du corps des contrôleurs, sans pour autant le
départir de son caractère hybride initial : agent de l'autorité coloniale française, il
n'est pas pour autant un fonctionnaire métropolitain, et s'il dépend du Quai d'Orsay,
il n'appartient pas à ces cadres. Il émarge au budget du gouvernement tunisien mais il
est l'homme à tout faire du Résident général.
RFHOM, T. 88, N° 332-333 (2001)
444 COMPTES RENDUS

L'auteur articule son propos selon un plan logique dont la périodisation épouse
celle du protectorat. Jusqu'à la fin des années 1890, c'est la phase de mise en place, de
tâtonnements où priment le renseignement et le contrôle de populations mal
avec un recrutement hétéroclite (agents consulaires, anciens militaires), de
contrôleurs recrutés sur place. C'est ensuite, et jusqu'à la seconde guerre mondiale,
l'apogée d'un corps consolidé dans sa fonction comme dans son statut, qui devient
avant tout l'auxiliaire privilégié de la colonisation et des intérêts économiques
sans ignorer les indigènes qu'il doit protéger et secourir. Contradiction majeure,
qui est celle-là même du colonialisme, et que les Contrôleurs civils ont résolu ou
contourné selon leur tempérament personnel et les directives venues d'en haut. Au
seuil des années 30, les effets conjugués de la crise économique et du nationalisme de
masse conduisent peu ou prou le contrôle civil à des tâches d'administration directe
qu'encourage vivement le Résident général Peyrouton et qui se traduisent par un
renforcement de ses pouvoirs budgétaires et de police.
Après s'être adapté tant bien que mal aux orientations successives des régimes issus
de la défaite de 1940, le contrôle civil doit faire face à partir de 1947, et plus encore
dans les années 1952-1954, à l'exigence prioritaire du maintien de l'ordre dans
l'épreuve de la décolonisation, au moment où ses cadres désormais recrutés par
l'ENA auraient pu apporter un sang neuf à l'administration du protectorat. Avec
l'indépendance en mars 1956, les contrôleurs sont reclassés, non sans drames
au Quai d'Orsay ou dans d'autres ministères.
Dans le cadre de cette trame évolutive, l'auteur a privilégié quelques figures qui
sont autant de facettes de l'administration coloniale française, celle-ci ayant côtoyé
comme on sait le meilleur et le pire. Il y a les contrôleurs assoiffés d'honneurs, de
gratifications et de décorations, voire quelque peu prévaricateurs (Désiré Bordier), les
obsédés de la répression (Emile Nullet, en fin de période), mais aussi les idéologues de
la colonisation (comme Charles Monchicourt, érudit et arabisant, inspirateur des
réformes de Lucien Saint) des tenants de la politique du « paysanat », soucieux du sort
des indigènes (Paul Penet, Pierre Bardin), les pragmatiques sachant jouer de leurs
relations maçonniques (Pierre Bertholle). Pour autant, on regrette que l'auteur s'en
soit tenu à cette typologie un peu floue. Une approche prosopographique sur l'origine,
la formation, les réseaux d'influence des 174 contrôleurs qu'a compté le protectorat
eut été bienvenue.
On tiendra pour vénielles certaines orthographes (général « Delattre », p. 265) ou
affirmations (Peyrouton « collaborateur » de l'Allemagne, p. 270, n. 2) fantaisistes
pour retenir l'intérêt soutenu que suscite la lecture de cet ouvrage bien conduit,
vivant et solidement étayé.
I.E.P. Paris Bernard DROZ

Amériques — Caraïbes

ADELAÏDE-MERLANDE (Jacques) : Les origines du mouvement ouvrier en


Martinique 1870-1900. Paris, Karthala, 2000, 236 p., 21,5 cm (tableaux,
cartes).

A l'occasion du centenaire de la grève de février 1900, marquée par l'épisode


tragique de la fusillade du François, Jacques Adélaïde-Merlande publie son diplôme