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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice Cette séance va porter sur le préjudice, une des trois conditions dont

Cette séance va porter sur le préjudice, une des trois conditions dont le demandeur doit faire la preuve, avec le fait personnel fautif et le lien de causalité, pour mettre en jeu la responsabilité civile extracontractuelle. Classiquement, l’on traite du fait personnel, du préjudice et du lien de causalité, mais une nouvelle « mode » consiste à traiter du préjudice, d'abord, du lien de causalité, ensuite, et enfin du fait personnel.

Pourquoi ? Car la responsabilité civile suppose, d’abord, un préjudice. C’est devenu en quelque sorte la « première » condition dont la victime doit apporter la preuve pour espérer voir son dommage être réparé ; c'est parce qu'un dommage est survenu qu'il faut réparer, et non plus parce qu’il y a eu une faute, celle-ci tendant, de plus, à être présumée. L’on traite ensuite du lien de causalité et, finalement, de la faute.

Une précision terminologique s'impose, même si la doctrine n'est pas unanime sur l'intérêt d'établir une telle distinction entre le dommage et le préjudice :

- le dommage est « l'atteinte portée à l'intégrité d'une pers ou d'une chose » ; il « relève de l'ordre du fait » 1 ;

- le préjudice correspond aux « conséquences patrimoniales ou extrapatrimoniales (juridiquement réparables)

de cette atteinte » 2 . C'est l' « atteinte juridique » 3 ; le préjudice « relève de l'ordre du droit » 4 . Il apparaît ainsi comme la suite du dommage.

Il s’agit ici d’étudier une série d'arrêts sur les trois caractères requis du préjudice. Puis, une série d'arrêts seront étudié, portant sur les types de préjudice (préjudices extrapatrimoniaux et préjudice par ricochet).

LES CARACTÈRES DU PRÉJUDICE

Sont souvent évoqués les caractères « actuel, direct et certain » du préjudice. Cependant :

- le préjudice doit-il toujours être actuel ? Non, le préjudice futur est réparable, dès lors qu'il apparaît comme

la « prolongation certaine d'un état de choses actuel ». - doit-il toujours être direct ? Cette condition ne concerne peut-être pas le préjudice, mais renvoie à l'exigence d'un lien de causalité direct entre le préjudice et le fait allégué. Cela signifie « personnel » ? Non, car le préjudice par ricochet est indemnisable.

- le préjudice doit toujours être certain et légitime (la lésion d'un intérêt légitime juridiquement protégé est exigé, même si cette notion est controversée).

LE CARACTERE CERTAIN

La matérialité ou l'effectivité du préjudice n’est pas visée ici ; l’on exige un préjudice dont la réalisation n'est pas hypothétique ou éventuelle. Donc un dommage futur pourra être réparable (Document 1).

Document 1 : Cass. civ. 2, 20 juillet 1993

L'arrêt de la première chambre civile du 17 février 1993 (Masson c/ Biheauro et autres) est le premier arrêt qui ait eu à statuer sur la responsabilité civile consécutive à une contamination par le virus du SIDA (VIH). La responsabilité recherchée ici par un hémophile était celle de l'auteur d'un accident de la circulation. Cf. les faits.

Procédure : pour indemniser les personnes contaminées par le virus du Sida à la suite de transfusions sanguines, la jurisprudence (la Cour d‘appel de Paris) a dégagé une nouvelle espèce de dommages ; il s’agit du préjudice personnel de contamination. Et une distinction est élaborée alors entre un préjudice spécifique de séropositivité et un préjudice lié à la déclaration du SIDA (reprise de la définition donnée par le Fonds d'indemnisation créé en 1991).

Cf. la procédure ayant lieu devant le Fonds : une règle tendant à n'allouer aux victimes séropositives que les

1Y. Lambert-Faivre, Droit du dommage corporel, Dalloz, coll. "Précis" , 5 éd., 2004. 2En ce sens, par ex. : N. Dejean de la Bâtie, Appréciation in abstracto et appréciation in concreto en droit civil français, thèse, Paris, LGDJ., 1965. 3J. Larguier Procédure pénale, Paris, Dalloz, 1993. 4Y. Lambert-Faivre, op. cit.

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice 3/4 de l'indemnité représentant l'entier dommage personnel de contamination, le

3/4 de l'indemnité représentant l'entier dommage personnel de contamination, le paiement du dernier 1/4 étant subordonné à la constatation médicale de la maladie déclarée.

La Cour d’appel de Paris fut saisie de plusieurs dossiers dans lesquels les victimes avaient refusé de telles offres, mais, après avoir décidé que le Fonds devait verser immédiatement la part d'indemnisation du préjudice dérivant de la séropositivité, elle jugea que le paiement d'un complément au titre du préjudice afférent au Sida déclaré était subordonné à la constatation médicale de la maladie, motif pris de ce que la survenance du Sida n'était pas « absolument certaine ». C'est sur ce dernier chef de décision que les arrêts furent attaqués.

Prétentions : Le préjudice futur est immédiatement indemnisable dès qu'il présente un degré de certitude suffisant ; et ils s'appuyèrent sur l'audition du professeur Montagnier, entendu par la CA comme amicus curiae, qui observait que 90 % des personnes séropositives étaient appelées à contracter le Sida dans un délai de douze ans à compter de leur séroconversion. La Cour les rejeta.

Pb de droit : Peut-on considérer comme étant un préjudice « certain » le préjudice lié à la déclaration du Sida (constatation médicale de la maladie, pas ici entier dommage personnel de contamination) pour une personne séropositive au virus HIV ? (déjà depuis 8 ans et situé au stade IV et dernier de la contamination sur l'échelle du CDC) ?

Solution : Non (en revanche, naturellement, et selon les termes mêmes de cette décision, la survenance de la séropositivité est un préjudice réparable).

Les hauts magistrats ont d'abord reproduit les constatations de la CA : de nombreux essais thérapeutiques en cours visaient à retarder, voire à bloquer le passage à la maladie. Puis, ils ont estimé qu'elle pouvait en déduire que le préjudice lié à la déclaration du Sida n'était pas certain chez le séropositif, et subordonner son indemnisation à la constatation médicale de la maladie.

Pb : La Cour de cass. n'a pas exercé ici de ctrle sur la certitude du dommage (normalement si : Civ 2, 20 juin 90), mais l'appréciation de ce caractère en fait dépend bcp des constatations souveraines des juges du fond (certitude = plus une notion de fait !), ce que montre les termes employés : les juges du fond avaient pu déduire de leurs constatations souveraines l'incertitude du préjudice, elle n'a d'ailleurs pas entendu s'engager sur le fond en apportant à la solution un soutien appuyé, tel qu'il résulte de l'emploi d'expression comme « a jugé à bon droit » ou « exactement ».

Cependant, il peut faire l'objet d'une évaluation immédiate = modalité originale d'indemnisation des préjudices futurs (2nd intérêt de l'arrêt) : la réparation du préjudice futur est habituellement soumise à la loi du tout ou rien :

dommage futur incertain, pas indemnisé ; si nouveau dommage, la victime devra saisir à nouveau le juge

dommage futur certain, indemnisé, sauf s'il ne peut être immédiatement évalué

soit, en écartant présentement la demande (dommage futur incertain ou évaluation actuelle impossible), le juge réserve expressément une indemnisation future ou une révision de l'indemnité en cas d'aggravation du dommage ou de préjudice nouveau, lorsque ceux-ci sont envisagés au moins comme possibles (mais faut un nouveau procès)

Ici CA plus audacieuse (et Cass d’accord) : elle a réservé une indemnisation future ET a procédé à une évaluation immédiate de l'indemnité correspondant au préjudice résultant de la déclaration du Sida ! (principe d'une indemnisation conditionnelle en subordonnant le versement de l'indemnité à la constatation médicale de la maladie).

Solution novatrice ! Solution qui montre que la frontière peut être étroite entre le préjudice certain et le

Or, ici, impossible de prouver que certain, mais au

préjudice éventuel, seul le premier étant réparable moins « suffisamment certain ».

Exiger un préjudice « certain » n'est pas contraire alors à l'idée de prendre en compte un préjudice spécifique

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice = le préjudice de la « perte d'une chance », lorsque cette

= le préjudice de la « perte d'une chance », lorsque cette chance apparaît comme suffisamment sérieuse. Pb :

comment définir ce préjudice, et donc la notion de « perte d'une chance » ? Cf. arrêts à commenter (pour le commentaire comparé d’arrêts).

Document 3 : Cass. civ. 1, 26 septembre 2007

La CA a fait comme si le mandataire n'avait pas cessé d'être désigné durant les 10 années considérées, et a

fixé le montant par référence aux bénéfices réalisées auparavant ; sans fR aucun calcul de probabilité ; sans

prendre en compte l'aléa de la désignation. Pourtant, ni éventuel, ni futur et certain, le dommage subi relevait

de la perte d'une chance, notion, on le sait, qui suppose la prise en compte de l'aléa.

Pb de droit : Seul le préjudice initial, le préjudice de perte de chance, doit être réparé, ou le préjudice initial ainsi que le préjudice final doivent l'être ?

Solution : Seul « le seul préjudice résultant de la perte de chance peut être réparé » (donc violation des principes régissant la responsabilité de la puissance publique à l'égard de ses collaborateurs). «Le préjudice ne peut être égal à l'avantage qu'aurait procuré cette chance si elle s'était réalisée ». (Cf. note : « ce calcul reposait sur le postulat que les mandataires possèderaient une sorte de droit acquis à

leur désignation, ce qui reviendrait à leur garantir une « rente de situation », évidemment incompatible avec

le principe de liberté du juge de désigner, dans chaque affaire, le mandataire de son choix qui lui paraît le

plus indiqué ».)

Commentaire : déjà, arrêt de pcpe rendu par Civ 1 en 96 (30 janvier) (voir CA Paris, statuant sur renvoi de

Civ 1, 96. Auj, loi 3 janvier 2003 : le tribunal peut, à titre exceptionnel, désigner une personne physique non

inscrite sur la liste établie par la commission nationale, en raison de son expérience ou sa qualification particulière au regard de la nature de l'affaire : un mandataire judiciaire, comme tt collaborateur du service public, peut obtenir de l'Etat réparation de son préjudice si préjudice anormal, spécial et d'une certaine gravité. Dans ce contentieux de la non-désignation (comme ici), pb de la caractérisation concrète du préjudice en ses 3 éléments précités : intérêt ici en plus de cette du montant de la réparation, autrement dit de l'évaluation du préjudice du mandataire.

LE CARACTERE LEGITIME OU LICITE DE L'INTERET LESE

Reconnu par le Droit. Cette exigence est niée par une partie de la doctrine : cf. arrêt Chambre mixte « Dangereux », mais solution toujours vraie : la lésion d'un tel intérêt est exigé :

Document 5 : Cass. civ. 2, 22 février 2007

Faits : Une personne gagne une certaine somme d'argent en jouant aux jeux. L'exploitant des machines refuse cependant de lui remettre son gain car il s'est aperçut qu'il figurait sur la liste des interdits de jeu.

Nb : Cf 1965 du Cc, qui rejette les dettes de jeu hors du monde juridique, pas applicable ici car les machines

sont tenues par un casino dûment aurorisé par l'Administration ;

Nb : Cf décret du 22 décembre 1959 portant réglementation des jeux dans les casinos qui interdit l'accès aux salles de jeux « aux personnes dont le Ministre de l'intérieur a requis l'exclusion » (art. 14 al 1). Le joueur assigne la société du casino en paiement.

Procédure : pour le JP (créé par loi du 9/9/2002), le contrat est nul (pas dit mais 1131 Cc : contrat dépourvu de cause), donc pas de GAIN ; responsabilité 1382 Cc car FAUTE = violation d'une obligation légale (cf. décret du 22 décembre 1959, en vertu duquel obligation pour le casino de ctrler l'identité des joueurs) qui a consisté à s'être abstenu de la faire, donc dommages-intérêts. Pourvoi en cassation (pourquoi pas CA ? Car jugement de proximité quasi-tjrs rendu en dernier ressort que litiges en dessous de 4000 euros depuis loi du 26 janvier 2005 / 1500 avant).

Pb de droit 1) (pas dans le pourvoi) Le Ct de jeu liant un joueur interdit de jeu et un casino trouve sa nullité

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice dans quel fondement ? La cause de l’article 1131du Code civil ou

dans quel fondement ? La cause de l’article 1131du Code civil ou autre chose ?

Solution 1) Rien sur le contrat, la Cour de cassation ne vise que 1382, cadre extracontractuel (ne visant que le dommage) ; elle dit juste ce que le JP a dit (non le contraire), cf. attendu.

Pb de droit 2) Le joueur qui a pu pénétrer dans un casino alors qu'il était frappé d'une interdiction de jeu et qui gagne peut-il invoquer un préjudice que lui aurait causé le casino en l'ayant fautivement laissé entrer (en dépit de l'interdiction) et demander à en obtenir la réparation sur le fondement de l’article 1382 du Cc ?

Solution 2) // 1382, non, car DOMMAGE illicite : « En vertu de 1382 du Cc, une personne ne peut obtenir la réparation de la perte de ses rémunérations que si celles-ci sont licites », « donc viole cet article, ne tirant pas les conséquences légales qui s'évincent de ses propres constatations, le JP qui décide que le Ct de jeu est nul et que le joueur qui, malgré une interdiction de jeu, avait continué à jouer, devait être débouté de sa demande en paiement de son gain. »

Commentaire : La responsabilité de 1382 écartée : car dommage illicite (visa). POURQUOI avoir parlé alors du contrat ? Elle n’aurait pas dû ! A moins de considérer que c'est parce que le contrat est nul, qu'il ne peut pas avoir de gain, donc qu'il ne peut pas les obtenir sur un autre fondement (terrain DtL)…

En plus, quant à la faute du casino, le demandeur apporte ici la preuve qu'il était dans les parages ces derniers temps, pourquoi ? Pour prouver que le casino a manqué à une de ses obligations, ne découlant pas du Ct (= contrat), mais de la loi, celle de ne pas le laisser entrer. Donc la faute = la violation d'une obligation légale. Mais cette faute est la conséquence de quel dommage ? Le dommage = avoir pu espérer obtenir des gains et les avoir obtenu ? Dommage difficile à déterminer ici, en tout cas ce dommage est illicite !

POURQUOI illicite ? L'obtention d'un avantage (des gains ici) ne doit pas être contraire au droit (ici, infraction à la loi) // si jouissance d'un avantage pas conforme au droit, ce n’est pas grave, dommage réparable, cf « Dangereux », mais ici, contraire au droit ! Donc, pas de réparation de la perte d'un avantage illicite = gain dont la jouissance est prohibée par l'ordre juridique ! On exige un préjudice « licite » pour éviter que soient rétablis des avantages dont l'ordre public prohibe l'obtention !

Nb : Vous connaissez le principe selon lequel « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude » ? Ne croyez-vous pas que c'est ce pcpe qui a guidé ici la solution de la Cour de cass. ? La victime aurait pu demander à ce que soit levée l'interdiction de jeux (elle l'a demandait elle-même), ce que rappelle le jugement. Donc elle ne peut demander la réparation d'un préjudice qui aurait pu être évité par son fait (demander cette levée). De son comportement illicite, résulte un dommage illicite ! On apprécie l'illicéité d'un comportement sur la personne sur laquelle pèse une interdiction (le joueur) et non sur la personne sur laquelle pèse une obligation (le casino) ! Pb : ce pcpe est étranger aux règles de la Rté civile (Civ 1, 22 juin 2004) ; ici, Civ 2 consacre implicitement la solution contraire ? Les solutions jpcL prochaines nous diront si cette tendance se fixera ou non

Nb : D'autre part, pourquoi n'existe t-il pas de sanction du non-respect de l'obligation de contrôler l'entrée du casino ? Pourquoi pas de d-i punitifs comme il en existe ailleurs (Amende civile en Fr. ou en gal aux US) ?

Quant au pcpe : idem exactement déjà dans un arrêt de Civ. 2 (même chambre), 24 janvier 2002 : la perte de revenus tirés d'un travail « au noir » = pas un préjudice réparable. (ici le travailleur demandait des d-i à un tiers non « employeur », pas à l'origine de l'activité illicite (relation à 3) / ici, à 2). (quel comportement est le plus illicite ??). Pcpe semblant calqué alors que pas pertinent en l'espèce !

Cf tte la Jpc sur les voyageurs sans titre de transport qui demandent réparation à la Sncf pour des dommages corporels (ok, justification = dommages « corporels », pas « matériels ».) Bref, arrêt juridiquement critiquable !

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice Document 6 : Cass. civ. 1, 25 juin 1991 Pb de droit

Document 6 : Cass. civ. 1, 25 juin 1991

Pb de droit : La naissance ou la vie (pas la sienne propre ici mais celle d'autrui) peut-elle constituer en elle- même un préjudice réparable ?

Solution : La réponse est non. « L'existence de l'enfant qu'elle a conçu ne peut, à elle seule, constituer pour sa mère un préjudice juridiquement réparable, même si la naissance est survenue après une intervention pratiquée sans succès en vue de l'interruption de la grossesse. »

Mettre en parallèle avec l’affaire Perruche qui contredit cette décision et la loi anti-Perruche qui confirme cette décision : art. 1 er de la loi du 4 mars 2002 : la naissance, quand bien même elle serait handicapée, n'est pas un préjudice indemnisable (1er alinéa : « Nul ne peut se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa naissance. »). Interdiction à toute personne de se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa naissance ! Caractère général de la formule, mais cela sous-entend, « du seul fait de sa naissance « handicapée ». Il n'existe pas un « préjudice personnel d'être né ».

Document 7 : Cass. AP, 17 novembre 2000, « Perruche »

Procédure : 13 janvier 92 : TGI d 'Evry : le docteur et le labo ont commis une faute en ce qui concerne l'analyse de contrôle du premier prélèvement du 12 mai 82, qui était en réalité négative alors qu'elle avait été présentée comme positive : "responsables de l'état de santé" de l'enfant, condamnés in solidum. Il sursoit à statuer jusqu'au résultat d'une expertise en ce qui concerne le préjudice de la mère (double préjudice).

Appel de ce jugement par le docteur : le laboratoire est le seul responsable de l'erreur. Le 17 décembre 93, la CA de Paris décide que le docteur a bien commis une faute « dans l'exécution de son obligation contractuel de moyens » (devoir d'information des praticiens envers les parents); il doit en réparer les conséquences dommageables pour la mère dès lors « qu'elle lui avait fait connaître sa volonté et celle de son mari d'interrompre la grossesse en cas de rubéole ».

Elle confirme alors le jugement en ce qui concerne le préjudice des parents ; ces fautes ont privé la mère de la possibilité d'interrompre sa grossesse). Mais la CA le réforme pour le surplus (préjudice de l’enfant) : « le préjudice de l'enfant n'est pas en relation de causalité avec les fautes commises » et les sommes versées en exécution du jugement doivent être remboursées. En effet, deux pb :

- pb de préjudice : le fait pour l'enfant de devoir supporter les conséquences de la rubéole faute pour la mère d'avoir décidé une interruption de grossesse ne peut, à lui seul, constituer pour l'enfant un préjudice réparable;

- pb de causalité : cause des séquelles = la rubéole que lui a transmise in utero sa mère caractère irréversible est inhérente à la personne de l'enfant, pas les fautes !

1er pourvoi en cassation des parents : y a un lien de causalité entre le préjudice de leur enfant et les fautes car « les parents avaient marqué leur volonté en cas de rubéole de recourir à un avortement, la faute de diagnostic du médecin et d'analyse du laboratoire avait faussement induit les parents dans la croyance que la mère était immunisée contre la rubéole, il en résultait qu'il existait un lien de causalité entre les fautes du médecin et du laboratoire et la perte d'une chance pour l'enfant d'éviter de supporter les conséquences de la rubéole contractée par la même en début de grossesse , si bien que la cour d'appel n'a pas justifié légalement sa décision au regard de l'article 1147 du code civil ».

cette infection au

Civ. 1, 26 mars 1996 : elle est d’accord, elle casse : seule sera examinée la question du L de C entre les fautes commises et le préjudice personnel de l'enfant handicapé et au remboursement des provisions allouées par le TGI.

5 février 99, Cour dappel d'Orléans, cour de renvoi : l'enfant ne subit pas de préjudice indemnisable en relation de causalité avec les fautes commises par le laboratoire de biologie médicale et le docteur, ordonne le remboursement des sommes allouées par le TGI d' Evry = Arrêt de "rébellion".

2ème pourvoi en cassation des parents, le 14 avril 1999 (/ la CPAM de l'Yonne a déposé un mémoire en

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice défense et formé un pourvoi incident : toujours la même question du

défense et formé un pourvoi incident : toujours la même question du préjudice personnel de l'enfant handicapé lorsque son handicap a été contracté in utero.

Pb de droit : Est-ce qu'une vie humaine handicapée, qui aurait pu être interrompue avant la naissance, est pour l'individu lui-même un préjudice réparable dans les termes du droit commun ?

Solution de Perruche : apparemment, oui :

« Dès lors que les fautes commises par le médecin et le laboratoire dans l’exécution des contrats formés avec Mme X avaient empêché celle-ci d’exercer son choix d’interrompre sa grossesse afin d’éviter la naissance d’un enfant atteint d’un handicap, ce dernier peut demander la réparation du préjudice résultant de ce handicap et causé par les fautes retenues ». « ces fautes étaient génératrices du dommage subi par l'enfant du fait de la rubéole de la mère » « ce dernier (l'enfant) peut demander la réparation du préjudice résultant de ce handicap et causé par les fautes retenues » : : non, pas de dommage ici causé par les fautes, donc pas de lien de causalité (I) ! à moins de considérer que préjudice = naissance handicapée, mais pas possible, donc pas de préjudice réparable (II) !

Commentaire : Revirement ou non ? Non, car cette solution avait été admise dans la même espèce, sur le

fondement de la responsabilité contractuelle, par un arrêt de la première chambre du 26 mars 1996. Oui, car cette solution (indemnisation intégrale du préjudice moral et matériel d’un enfant né gravement handicapé en raison d’une erreur de diagnostic prénatal qui avait empêché la mère d’avoir recours à l’avortement ainsi que l’indemnisation des parents) renaît sous le double visa cette fois des articles 1165 et 1382, d’où une dimension nouvelle (l'enfant n'a pas participé à l'échange des consentements entre le médecin / labo et les parents, mais il peut être considéré comme un tiers au Ct, fondé à invoquer l'exécution défectueuse de celui-

ci = extension des effets du Ct).

Nb : Si la naissance de l'enfant est le résultat de la faute professionnelle, celle-ci n'a aucun lien causal avec le handicap qui est dû "à l'infection maternelle, au désordre génétique ou aux troubles du développement". (avis d'ailleurs du Comité consultatif national d'éthique 29 mai 2001)

Comment considérer qu'un handicap incurable a été causé par une faute consistant précisément à ne pas déceler ce handicap (par des écho) ?

« Dans nos espèces, si l'on remonte la chaîne de causalité, et si on prend pour point de départ les fautes médicales en faisant application de la théorie de la causalité adéquate, force est de constater que ces fautes n'ont contribué qu'à la naissance de l'enfant handicapé ou plus exactement sa survie, à supposer que son élimination, à la demande de sa mère, eut été inéluctable. »

Toutes les tentatives de justification concernant la causalité aboutissent au même résultat : « on doit bien en déduire que c'est la naissance qui est le dommage causé à l'enfant car, même informée, la mère n'aurait pas pu empêcher le handicap mais aurait seulement pu empêcher la naissance, ce qui par l'absurde pourrait-on dire aurait empêché le handicap ! Il était consubstantiel à la personne de l'enfant, la tentative était forte de fR l'amalgame entre la naissance et le handicap ! » Si dommage = handicap, alors faut une faute qui l'a entraîné, or ici, c'est pas le cas !

Si

dommage = vie handicapée, ok, c'est bien la faute qui a entraîné la vie handicapée car elle n'a pas entraîné

le

handicap !!! Cass. répare la vie handicapée (causée par la faute) mais il est impossible de dire que la faute

a commis le handicap !!! Mais elle ne pouvait quand même pas dire « j'indemnise une vie handicapée » !

Nb : A moins de considérer que c'est en réalité le préjudice consécutif au fait d'être né handicapé (préjudice

matériel

)

qui est indemnisé ici par AP, confirmant la position de Civ. 1….

Je vous conseille de lire les conclusions de M. Jerry Sainte-Rose et le rapport de M. Pierre Sargos, conseiller

rapporteur, non suivis ici par Cass.

Cf. loi du 4 mars 2002 mettant fin à la Jpc Perruche.

Cf. TGI de Reims, 19 juillet 2005 : Faits : Cette fois, les parents réclament une indemnisation pour leurs trois

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Séance 3. Le préjudice

enfants, en agissant en qualité d’administrateurs légaux. Ils souhaitent que soit reconnu le préjudice subi par l'un d'eux (Catalina) du fait de son handicap d’une part, et d’autre part, que des dommages et intérêts soient versés à ses deux frères durablement affectés par cette naissance.

ses deux frères durablement affectés par cette naissance. LE CARACTERE PERSONNEL A celui qui l'invoque. Mais
ses deux frères durablement affectés par cette naissance. LE CARACTERE PERSONNEL A celui qui l'invoque. Mais
ses deux frères durablement affectés par cette naissance. LE CARACTERE PERSONNEL A celui qui l'invoque. Mais

LE CARACTERE PERSONNEL

A celui qui l'invoque. Mais cf la défense des intérêts d'une collectivité d'individus, nota ds le cadre d'une action en Rté civile, par une pers morale, une assoc, par ex., et surtout, qd défense d'intérêts collectifs qui ne sont pas la somme d'intérêts individuels, alors notion de préjudice collectif à reconnaître ! On relativise la condition de caractère personnel alors du préjudice

CAPACITE DE LA PERSONNE A SE REPRESENTER LE DOMMAGE ?

= Prise en compte ou non des préjudices extrapatrimoniaux de la victime en état d'inconscience ?

= Faut minimiser la réparation sur la base d'une considération tenant à un état particulier, pourtant provoqué

justement par le Rble / ou indemnisation sans limites car toute personne a un intérêt à bénéficier des agréments d'une vie normale ? Ok, la victime en état végétatif demeur eun sujet de droits dont il faut protéger les intérêts !

Document 9 : Cass. civ. 2, 22 février 1995

Pb de droit : Le préjudice personnel doit-il être réparé intégralement lorsque la personne est dans l'incapacité de se représenter le dommage, étant dans un état végétatif ? Solution : « Vu 1382 Cc, l'auteur d'un délit ou d'un quasi-délit est tenu à la réparation intégrale du dommage

qu'il a causé ». « Donc viole cet article une CA qui

». La réponse est positive.

Commentaire : Cf note : « Etat végétatif : la deuxième chambre civile lève l'ambiguïté et se rallie à la position de la chambre criminelle » : un préjudice certain né de l'état végétatif de la victime (conception objective du dommage.

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice LES TYPES DE PREJUDICE LES PREJUDICES EXTRAPATRIMONIAUX Document 10 : Cass. civ.,

LES TYPES DE PREJUDICE

LES PREJUDICES EXTRAPATRIMONIAUX

Document 10 : Cass. civ., 13 février 1923

Cf. GAJC Dommage moral reconnu depuis Ch. Réunies, 25 juin 1833, mais très spécifique ici : préjudice d'affection, qui est reconnu ici = douleur morale que causes la disparition d'un être cher ou la constatation de sa déchéance physique ou morale à ses proches.

Ici, « douleur éprouvée par les enfants d'une personne, morte victime d'un accident ».

Pb de droit : Le préjudice d'affection doit-il être réparé sans exiger d'autre condition que l'existence d'un lien d'affection entre la victime et le demandeur ?

Nb : pas la 1ère fois : cf Crim. 22 mars 1877, donc dès fin 19ème, principe consacré de la réparation de ce préjudice spécifique. Mais solution affirmée bien plus nettement ici, et sans aucune limite : recevabilité de l’action non subordonnée (comme avant) à la présence d'une obligation alimentaire entre la victime et le

ou à un « intérêt d'affection né du lien de

parenté ou d'alliance qui unissait la victime du fait dommageable à celui de ses ayants droit qui en demandait réparation » (Req 2 février 1931) . On peut indemniser : frère, sœur, beau ou belle, neveu, nièce, conjoint mais pas fiancé ou personne non parente. Puis, extérieurs à la famille ok, si preuve du caractère réel de l'affection (situation pré ou para familial : fiancé, mère de fait, pupille, enfant adultérin dont la filiation n'est pas établie, concubine ? Non, jusqu'à l’arrêt Dangereux (infra). Enfin, on indemnise le proprio d'un animal de la douleur morale que lui cause sa mort :

demandeur (pas ici cette référence, bien que enfants concernés

),

Document 11 : Cass. civ. 1, 16 janvier 1962

Pb de droit : La perte d'un animal est-elle un préjudice moral indemnisable ?

Solution : oui, principe de l'indemnisation du préjudice moral lié à la perte de l'animal affirmé ici ! L'importance prise par l'animal de compagnie dans la société contemporaine amène désormais le juge à prendre plus souvent en compte les liens affectifs qui l'unissent à son propriétaire et donc à rejeter l'application pure et simple du Cc., pour qui animal = chose. Les espèces les plus fréquemment soumises aux tribunaux se réfèrent :

à la décision à prendre, en matière de divorce, pour l'attribution de la garde de l'animal domestique du couple, cet animal étant souvent un chie ;

à l'indemnisation du préjudice affectif subi par le propriétaire d'un animal à la suite de la mort de celui-ci dans des conditions entraînant l'application des règles de la responsabilité civil.

Arrêt Lunus, le plus connu en cette matière car position de principe novatrice à l'époque : La Cour de Bordeaux, statuant en matière de responsabilité civile, avait, en 56, indemnisé le propriétaire d'un cheval de course, nommé Lunus, pour le préjudice moral résultant de la mort accidentelle de cet animal. La Cour de cassation a confirmé cette disposition de l'arrêt en décidant « qu'indépendamment du préjudice matériel qu'elle entraîne, la mort d'un animal peut être pour son propriétaire la cause d'un préjudice d'ordre subjectif et affectif susceptible de donner lieu à réparation ».

Position de principe qui a donné lieu à de nombreux commentaires.

Position confirmée la même année par le Tgi de Caen (30 oct. 1962) : d-i aux proprio d'une chienne, morte à la suite de morsures infligées par un autre chien.

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Séance 3. Le préjudice

Séance 3. Le préjudice Document 12 : Cass. civ. 1, 5 novembre 1996 Ici, le problème

Document 12 : Cass. civ. 1, 5 novembre 1996

Ici, le problème n'était pas véritablement de savoir s'il y avait eu ou non atteinte à la vie privée. En l'absence d'autorisation de l'intéressée, l'atteinte à la vie privée est ici caractérisée.

Pb de droit : Comment définir le fondement même de l'action en réparation du préjudice subi ?

obtenir réparation, la victime doit-elle prouver l'existence d'un dommage et la faute commise par l'auteur de la publication litigieuse, ou est-ce que ces atteintes échappent au droit commun de la responsabilité, la simple constatation de l'atteinte à la vie privée ouvrant droit à réparation » ?

Solution : Pour la première fois, la Cour de cassation prend position sur la relation entre la reconnaissance du droit au respect de la vie privée (article 9 du Cc) et la mise en œuvre de la responsabilité civile délictuelle de l'auteur d'une violation de ce droit ; le seul constat de l'atteinte « à la vie privée ou au droit sur l'image » ouvre droit à réparation (Civ. 1, 5 novembre 1996, Bull. n 378, p. 265). Il n’est pas nécessaire de prouver une quelconque faute de l'auteur de l'atteinte. Le préjudice est induit (présumé), automatiquement ici, de la violation de ce droit subjectif (justification : objet singulier de l'action de la victime en ce domaine = faire cesser l'atteinte portée à ses droits). Indépendance de l'art. 9 c. civ. : « selon l'art., la seule constatation de l'atteinte à la vie privée ouvre droit à réparation ».

« Pour

Document 13 : Cass. ch. Mixte, 27 février 1970, « Dangereux »

Pb de droit : Le préjudice d'affection (de la concubine) doit-il être réparé alors qu'il n'existe aucun lien de droit entre la victime et le demandeur (ou cette réparation serait-elle contraire à l'exigence de la lésion d'un intérêt lésé) ?

Commentaire : fin du caractère légitime ou licite de l'intérêt lésé. Cette exigence d'un caractère légitime de l'intérêt lésé est niée par une partie des auteurs qui interprète cet arrêt ainsi : la Jpc n'écarte pas (plus ! = revirement) les prétentions de la concubine, victime par ricochet du dommage causé à son concubin (mort), alors qu'elle n'a aucun intérêt lésé juridiquement protégé : abandon de cette exigence !

Fin, selon certains, de l'exigence d'un lien de droit (parenté, alliance) entre la victime par ricochet et la victime immédiate. La Cour ne veut plus écarter les demandes en réparation du préjudice par ricochet subi par des victimes qui ne peuvent pas se prévaloir d'un lien de droit (de parenté ou d'alliance) avec la victime immédiate : ici, une concubine, suite au décès accidentel de son concubin. (dès 59, crim. voulait plus écarter ce genre de prétentions). La lésion d'un intérêt suffit à constituer le dommage.

par I. Chivoret

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