Vous êtes sur la page 1sur 4

14/02/2018 Delacroix au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Delacroix au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Le Musée du Louvre prête pendant trois mois ce


très grand tableau, objet d'une exposition
temporaire.

Il en est le phare, simplement entouré par deux autres oeuvres, l'une


d'Isidore Pils (Rouget de Lisle chantant la Marseilleise chez Dietrich, maire
de Strasbourg, 1849), appartenant au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg,
l'autre d'Ernest Meissonnier (La Barricade, 1848), aquarelle prêtée à cette
occasion par le Musée d'Orsay.

La Liberté guidant le peuple, de Delacroix au Musée des Beaux-Arts de


Strasbourg

Cet évènement s'nscrit dans la volonté du Ministère de la Culture français de


prêter 22 chef-d'oeuvres dans autant de régions. Curieuse idée ! Ainsi, au
nom de grandes opérations de "démocratisation de la culture", que je ne
conteste pas sur le principe, le pouvoir politique est prêt à faire courir les
plus grands risques aux oeuvres. La Liberté guidant le peuple est un
excellent exemple de fragile vieille dame, aux multiples atteintes du temps,
qui nécessite les soins les plus grands et donc pas les moins coûteux. Est-ce
réellement raisonnable ?

L?intention est louable certes, mais elle traduit également une


méconnaissance profonde des collections conservées dans les musées
régionaux. Le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, en particulier, expose des
collections d'une très grande qualité avec un soin et un raffinement qui
méritent très largement de s'y arrêter. Tous ces musées ont en effet dans
leurs fonds au moins un tableau d'envergure qu'il eut mieux valu mettre en
valeur par ce genre de projet. Le musée et sa région en auraient tiré un
bénéfice considérable, le coût de l'opération en aurait été moindre et
l'économie réalisée aurait permis de consacrer cette somme à des questions
de fond toujours remises à des temps meilleurs. Ce genre d'évènement est
également la conséquence d'un parisianisme démagogique que l'on croyait
révolu. Une certaine croyance, savamment entretenue, veut que les grandes
institutions parisiennes, pour ne pas dire le Louvre, ne prêtent pas (ce qui
est faux) et qu'elles seules conservent des oeuvres dignes d'un intérêt
national! La politique culturelle nous semble avoir cédé la place à la
politique événementielle. La création d'une antenne du Louvre en région
https://www.objectifmag.be/show_archive.php?path=objectifmag-old/objectifart/histoire-art/delacroix.html 1/4
14/02/2018 Delacroix au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

procède du même esprit, de la même méconnaissance, des mêmes objectifs


politiques et de cette même curieuse idée qu'un musée est une entreprise
que l'on doit gérer comme telle, avec d'identiques volontés de rentabilité
économique, auxquelles s?ajoutent des arrière-pensées de rentabilité
politique. Il y a, certes, des principes que l'on pourrait appliquer, mais de là à
calquer la démarche stricto sensu comme on le voit poindre avec force!
Accordons néanmoins à l'actuel Ministre de la Culture d'avoir hérité d'un
dossier trop avancé pour l'arrêter.

Ce même travers existe en Belgique, les moyens en moins, la politisation en


plus, et donne à ce jour un joli blocage des dix institutions fédérales. Ces
maisons vivent presque toutes depuis deux ans avec des directions ad interim
(dont au moins une a déjà dû changer pour cause de départ à la retraite) et
attendent que le pouvoir politique veuille bien procéder aux nominations.
Pendant ce temps, on désigne rapidement les trois nouveaux administrateurs
délégués des entités issues de la (dé)restructuration de la SNCB. Il y a
pourtant, dans ce cas, un véritable parallèle à faire avec le monde de l?
entreprise. Un musée, ou une société, sans direction stable, et certaine, est
une maison dont le processus vital est engagé. Il semble cependant que l'on
ne se rende pas compte qu'il faudra, sur le plan intérieur, dix ans au moins
pour relever nos musées de cette situation et de leur sous financement
chronique. Cinq années supplémentaires seront ensuite nécessaires pour leur
rendre le statut international qui était le leur, à condition, naturellement,
que les fonds promis finissent par être versés et que l'on ne bouleverse pas
leur organisation interne dans le seul but de copier les entreprises. Ce n'est
pas la nouvelle panacée universelle, décanale, a-t-on envie de dire, tant ce
genre de plan ressemble à ces "idées du siècle" qui toutes ont fait long feu,
sans produire les effets escomptés, mais en engloutissant des fortunes qui
eussent été placées dans une saine gestion, avec plus de profit.

La Liberté guidant le peuple, huile sur toile 260 x 325 cm, 1830, Paris,
Musée du Louvre, photo GW.

https://www.objectifmag.be/show_archive.php?path=objectifmag-old/objectifart/histoire-art/delacroix.html 2/4
14/02/2018 Delacroix au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

Mais cela nous égare, revenons à Delacroix, qui réalise cettevoeuvre, en trois
mois, alors qu'il a trente-deux ans. Nous ne le percevons plus, mais il s'agit là
d'une oeuvre totalement contemporaine, lorsqu'il la présente à Paris, au
Salon de 1831. Delacroix veut illustrer la violence des combats, le courage
des parisiens et rester le plus proche possible des réalités de son époque. Il
souhaite aussi, en exécutant ce tableau, faire oublier le scandale de La Mort
de Sardanapale causé au salon de 1828 et susciter une commande du
nouveau gouvernement que la révolution de 1830 a mis en place (l'Etat est au
XIXe siècle le principal commanditaire).

Ce tableau, qui commémore les journées des 27,28, 29 juillet 1830, a en


commun avec Le Radeau de la Méduse, que Delacroix admirait, une
composition triangulaire, un aspect macabre certain, une opposition de la
mort à la vie triomphante et un grand réalisme. C'est ce qui dérange le plus
les critiques. On lui reproche la nudité sale du torse de La Liberté, en somme
une choquante réalité que l'on perçoit également très bien dans le cadavre
du cuirassier au premier rang à droite. L'oeuvre est néanmoins un succès et
place Delacroix en position de successeur de Gros et Géricault, mais avec une
dimension plus large. Le peintre, doué d'un souffle épique puissant,
transforme l'histoire en épopée. La Liberté, qui résume et conclut la période
romantique de Delacroix, est acquise par l'Etat dès 1831. Elle n'est cependant
pas exposée par crainte des effets de son aspect séditieux. Delacroix la
reprend alors en 1839 et ne la montre ensuite qu'en 1855 à l'Exposition
Universelle de Paris. Il faut encore dix-neuf ans avant qu'elle n'entre au
Musée du Louvre, en 1874, devenant petit à petit une oeuvre mythique,
identifiée dans la plupart des esprits avec l'histoire révolutionnaire française.
Victor Hugo, s'inspire du jeune garçon pour créer Gavroche dans Les
Misérables.

Ne ratez pas l'intéressant, beau et intelligent court métrage, de Thomas Lang


et Joël Danet, diffusé au début de l'exposition. Il montre en neuf minutes les
différentes étapes du voyage de La Liberté, depuis le décrochage au Louvre,
jusqu'à son accrochage à Strasbourg, en passant par les souterrains mythiques
du Louvre.

https://www.objectifmag.be/show_archive.php?path=objectifmag-old/objectifart/histoire-art/delacroix.html 3/4
14/02/2018 Delacroix au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg

L'accrochage de La Liberté guidant le peuple, au Musée des Beaux-Arts


de Strasbourg, photo AW.

Gérard de Wallens

Eugène Delacroix  La Liberté guidant le peuple.


Musée des Beaux-Arts de Strasbourg : 16 septembre - 12 décembre 2004.
2, place du Château   67000 Strasbourg
Tél. : 03 88 52 50 00
www.musees-strasbourg.org
Tous les jours de 10 à 18 h (sauf le mardi, ainsi que les 1er et 11 novembre),
vendredi jusqu?à 21 h.

https://www.objectifmag.be/show_archive.php?path=objectifmag-old/objectifart/histoire-art/delacroix.html 4/4

Vous aimerez peut-être aussi