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DES

C O ~ R SD'EAU
PRESSES UMVERSITAIRES DE FRANCE
108, BOULBVARD
SAIWPGERMAIR~
PPARIS
19?4
INTRODUCTION

Les fleuves, les rivières et les lgcs ne contiennent


que la 5 0000 partie des quantités d'eau disponibles
il la surface du globe et que la l00e partie des quan-
tités totales d'eau douce.
Mers et océans .............. 1 350 000 000 luna
Glaces poiaiuee ..............
......
Fleuves, rivières et lacs
25 000 000
250000
-
-
Nappee souterraines .......... 250 O00 -
Atmosphèe ................. 15 O00 -
Mais les fleuves, les rivières et les lacs constituent
le seul moyen d'approvisionnement normal en eau,
puisqu'on ne peut pas distiller l'eau salée des mers
ni fondre l'eau gelée des pales dans des conditions
de prix de revient sdisamment acceptables pour
l'instant (sauf dans certains centres des zones d6ser-
tiques) malgré l'emploi certainement prochain de
l'énergie nucléaire B cet effet (1)' et puisqu'on ne
peut pas réduire les quantités d'eau du sous-sol ou
de l'atmosphère sans réduire d'autant l'importance
du volant nécessaire au renouvellement des eaux
courantes.
Or ce volant est extrêmement faible, puisqu'il ne
tombe que 500 000 k d d'eau de pluie par an sur
DBpôt 18gal. - 1" édition : 30 trimestre 19136
2' Bdition : 30 trimestre 1974 l'ensemble du globe, dont 100 000 km8 pour 19en-
@ 1965, Prames Univemitaires de Franoe
Tous Mita de traduction, de reproduotion et d'adaptation (1) Iï faut autant de thermies our faire bouillir 1 tonne d'eau
rBaervés pour toua pays h + 100 que pour porter 1 tonne Be &ce fondante h + 100.
INTRODUCTION 7

semble des continents, et puisque l'évaporation en Il ne peut, enfin, pas y avoir de concomitmce
reprend aussitôt la moitié. absolue entre les ressources et les besoins (ne serait- .
Les quantités disponibles pour entretenir la vie ce que pour l'agriculture en saison sèche), et l'on
dans le monde ne dépassent donc pas 50 000 km8 doit faire face Q des besoins très supérieurs à la
d'eau par an, et ce n'est pas grand-choseQ l'échelle du consommation pour certaines catégories d'usages
globe, bien que ce soit l'équivalent d'une lame'd'eau (comme le lavage ou le refroidissement).
d'une centaine de mètres sur l'ensemble de la France. Il n'est donc pas excessif d'admettre que l'huma-
nité doit s'organiser sur la base de 3 m8 d'eau par
personne et par jour, et ceci ne permet pas d'envi-
sager l'existence de plus de 20 milliards d'habitants
sur l'ensemble du globe (soit 5 à 6 fois la population
totale d'aujourd'hui) dans les meilleures conditions
de civilisation actuelles.
Dans le cas plus particulier de la France, celle-ci
reçoit 400 k d d'eau de pluie par an sur les
550 000 k m 2 de son territoire, mais l'évaporation
en reprend plus de la moitié, et l'on n'en retrouve
que 180 dans les cours d'eau ou dans le sol. Or, la
France consomme déjh près de 5 km8 d'eau par an
dans ses réseaux de distribution publique, et l'on
Fig. 1. - Hauteurs moyennes annuelles de pluie dans le Monde
pense qu'elle en consommera 15 autres pour l'agri-
culture, plus 15 autres encore pour l'industrie,
Les végétaux annuels consomment en effet plu- d'ici 10 ans. Soit 35 kmsd'eau (ou 35 milliards de
sieurs dizaines de fois leur poids d'eau, et les végé- mètres cubes) Q très bref délai. La France s'en va
taux pérennes (tels que les arbres) consomment plu- donc vers un manque d'eau qui finira par freiner
sieurs fois leur poids d'eau dans l'année. De sorte que son développement, car on ne peut pas concevoir
l'agriculture consomme déjà près d'un mètre cube
d'eau par personne et par jour sin l'ensemble du
l'existence- -
à la limite d'une nation surpeuplée
sans production agricole, ni verdure, ni rivières,
dobe.
w ni forêts. E t le freinage a déjQ commencé dans les
Les pays occidentaux s'apprêtent d'autre part régions industriellesles plus peuplées qui se trouvent
B vivre sur la base d'un autre mCtre cube d'eau par loin des châteaux d'eau naturels du Massif central,
personne et par jour pour l'ensemble de leurs des Alpes ou des Pyrénées.
besoins d'ordre industriel, familial et social (1). C'est ainsi qu'il devient de plus en plus difficile
(1) L'Allemagne en est dela B lus d'un demi-mbtre cube, et les d'augmenter le potentiel de l'industrie lourde comme
Etats-Unis t~près d'un mètre cde, par ersonne et par jour. Le on le voudrait dans le Nord et dans le Pas-de-Calais,
mmommation personne et par jour Bouble, d'autre part, toua
les 20 am en & L e . qui concentrent 8 % de la population et 10 % de
INTRODUCTION 7

Il ne peut, enfin, pas y avoir de concomitance


absolue entre les ressources et les besoins (ne serait-
ce que pour l'agriculture en saison sèche), et l'on
doit faire face B des besoins très supérieurs B la
consommation pour certaines catégories d'usages
(comme le lavage ou le refroidissement).
Il n'est donc pas excessif d'admettre que l'huma-
nité doit s'organiser sur la base de 3 ma d'eau par
personne et par jour, et ceci ne permet pas d'envi-
sager l'existence de plus de 20 milliards d'habitants
sur l'ensemble du globe (soit 5 il 6 fois la population
totale d'aujourd'hui) dans les meilleures conditions
de civilisation actuelles.
Dans le cas plus particulier de la France, celle-ci
reçoit 400 kms d'eau de pluie par an sur les
550 000 km2 de son territoire, mais l'hvaporation
en reprend plus de la moitié, et l'on n'en retrouve
que 180 dans les cours d'eau ou dans le sol. Or, la
France consomme déjà près de 5 km3 d'eau par an
dans ses réseaux de distribution publique, et l'on
pense qu'elle en consommera 15 autres pour l'agri-
culture, plus 15 autres encore pour l'industrie,
d'ici 10 ans. Soit 35 km8 d'eau (ou 35 milliards de
mètres cubes) B très bref délai. La France s'en va
donc vers un manque d'eau qui finira par freiner
son développement, car on ne peut pas concevoir
l'existence- -
B la limite d'une nation surpeuplée
sans production agricole, ni verdure, ni rivières,
ni forêts. E t le freinage a déjà commencé dans les
rbgions industriellesles plus peuplées qui se trouvent
loin des châteaux d'eau naturels du Massif central,
des Alpes ou des Pyrénées.
C'est ainsi qu'il devient de plus en plus difficile
d'augmenter le potentiel de l'industrie lourde comme
on le voudrait dans le Nord et dans le Pas-de-Calais,
qui concentrent 8 % de la population et 10 % de
INTRODUCTION 9

l'activité industrielle de la France sur 2'3 % de son B la rivibre (production de vapeur, Wgatioqs,
territoire. Et la Beleque, la Hollande ou la Ruhr consommation d'eau des villes...) (1). ,
sont aux prises avec les mêmes difficultés.
Il devient donc de plus en plus nécessaire de 20 Les a déversements n, qui reprhsentent le solde
c o o r d o ~ e l'utilisation
r des ressources et de hiérar- non consommé revenant finalement B la riuiBw.
chiser les besoins. Les pouvoirs publics du Pays, Les ressources, les débits réservés et les besoins
qui s'en préoccupent, mettent dès maintenant les varient, bien entendu, d'une partie de la rivière A
organismes et la législation nécessaires en place l'autre et suivant les saisons.
pour parvenir A ce qu'on appelle 1' « aménagement La confrontation des ressources, des débits réser-
intégré des cours d'eau », dans le cadre plus vaste vés et des besoins permet généralement d'envisager
des projets d'aménagement général du territoire plusieurs possibilités. Mais certains aménagements
et d'action régionale. La loi du 16 décembre 1964, ne modifient pas la qualité des eaux (turbines),
doit notamment permettre d'attribuer les eaux non tandis que d'autres les dégradent ou les polluent
,>
utilisées B l'Etat, ou bien A des concessionnaires, (papeteries, distributions urbaines). On ne peut donc
pour les répartir au mieux et pour les valoriser dans pas considérer tous les mètres cubes comme iden-
l'intérêt public en saison seche. tiques dans le bilan général qui doit servir de base
. La première chose A faire dans ce but, c'est de A l'utilisation des eaux. Et, si l'on doit se resservir
connaître très exactement les ressources en eau, et de la même eau plusieurs fois de suite (moins les
leur répartition dans l'espace et dans le temps, par a consommations nettes D),c'est-A-dire la a recycler a,
de longues séries de mesures et de recherches conve- on ne doit le faire que pour des séries d'usages
nablement agencées. classés par ordre de pollutions croissantes, sans que
La deuxième chose A faire, c'est de fixer les &bits la pollution tolérable soit nécessairement la même
rdservds qu'il faut maintenir dans chaque partie de dans toutes les parties de la rivière.
la rivière pour sauvegarder les intérêts généraux C'est ce qu'on fait notamment sur l'Orne, en
des riverains ou de l'ensemble du pays (nappes Lorraine, dont on reprend les mêmes eaux jus-
phréatiques, navigation, hygibpe, esthétique, di- qu'A 17 fois de suite pendant la saieon sèche, avant
mentation des usines au fil de 1eau...). Ces u débits de les lâcher définitivement dans la Moselle, où l'on
réservés n semblent deyoir être, pour ne citer qu'un s'en sert d'ailleurs B nouveau par la suite (2). C'est
exemple, de l'ordre de 8 A 10 ms/s à Roanne, 20 A ce qu'on fait également dans la Ruhr, où l'on
25 m8/s A Orléans, 240 A 250 mS/s A l'aval d'Angers, (1) Les oertes d'eau correswndantes sont bien souvent de l'ordre
suiv.ant :-
sur la Loire.
La troisième chose A faire, c'est de fixer les besoins,
Pïoduction de vapeur . ....
................
100 %
80 -
c'est-&-dire les « prélèvements n qu'il faut opérer
irrigations
Distributions urbaines...... 30 -
dans la riviére, mais en distinguant soigneusement : La r consommation nette * est pratiquement nulle pour les turbines
hydrauliques, les condenseurs et les canaux de navigation qui
10 Les « consommations nettes »,dont l'eau dis- Ion ent les riviéres.
paraît en cours d'usage et ne revient finalement pas ($ Les r consommations nettes de l'industrie sidérurgique ne
représeqtent en effet gdn6ralement pas 5 % des a prdlèvements c
10 DES COURS D'EAU
L'AMJ~VAGEMENT

réserve même certains cours d'eau à l'évacuation les irrigations et la production d'énergie l'emportent
des eaux polluées. Mais il vaut mieux réduire la généralement sur les autres considérations daas
pollution des eaux par des traitements biologiques la mise au point finale des programmes.
ou chimiques, dans des installations spéciales, avant Leur mise en aeuvre peut demander beaucoup de
de les (( recycler ».E t l'on peut y inciter les usagers, temps, parce qu'elle implique de véritables remode-
comme les Allemands l'ont fait dans la Ruhr, par lages du pays, avec des incidences sociales et poli-
des systèmes de tarification dans lesquels on paye tiques à long terme, qui nécessitent des retouches
l'eau d'aprbs le cube qu'on ne rend pas, puis d'aprés successives d'un plan d'équipement à l'autre. Aussi
la pollution que le solde a subie. faut-il compter parfois par générations plus que
La loi du 16 décembre 1 9 a sur le régime des par ans, et c'est une raison de plus, comme disait
eaux a permis d'organiser la lutte contre la pol- Lyautey,,pyr commencer tout de suite.
lution des eaux par des mesures d'ensemble à C'est d ailleurs une tâche difficile que de concevoir
l'échelle rkgionale ou nationale. Et l'agglomération des aménagements qui se commandent l'un l'autre
parisienne se trouve être l'une des premières à bkné- pour des usages différents, et l'on n'y parvient qu'A
ficier de ces mesures, puisqu'elle ne rejette pas coups de retouches successives sur des séries de
moins de 1000 000 de mètres cubes d'eaux d'kgout projets séparés. Il nous va donc falloir examiner les
non épurkes et de 1000 000 de mètres cubes d'eaux problèmes d'aménagement des cours d'eau, un par
industrielles à la Seine, sur les 3 500 000 ma de un, SOUS chacun de leurs aspects techniques, comme
débit journalier du fleuve en saison sèche (1). s'il était possible d'en éviter la synthèse finale. Et
Mais il n'y a pas de problémes qu'on ne puisse noue ne le ferons que du point de vue du cours
pas aborder de plusieurs façons, et c'est finalement d'eau lui-même, conformément au titre de cet
sur le vu de tout un ensemble de considérations ouvrage, sans aller jusqu'aux problèmes pourtant
d'ordre économique, politique, démographique, sa- passionnants des utilisations de l'eau après qu'eh
nitaire, industriel et financier qu'on établit les pro- ait quitté la rivière (techniquedes distributions d'eau,
grammes d' « aménagement intégré s. des irrigations, des emplois industriels, etc.).
L'harmonisation qu'ils impliquent fait qu'ils coû-
tent généralement moins cher qu'une série d'amé-
nagements séparés, pour les mêmes résultats. E t c'est
ainsi qu'on n'a dépensé que 2 417 000 000 de dollars
pour 1' u aménagement intégré » de la Tennessee
Valley, au lieu des 2 535 000 000 de dollars (soit
4'5 % de plus) qu'aurait coûté l'exécution d'amé-
nagements séparés. Sans se dissimuler toutefois que

(1) L'aggïomOration parisienne traite 20


dans dm stations d'êpuration, et 25 % dana 2 sdechamps
ses eaux d%gout
d%pandags+
L'AM&VAGEMENT DES COURS D'EAU
POUR LA FOURNITURE D'EAU
DANS LES AGGLO~RATIONS

1. - Quantitée d'eau requises


10 La consommation d'eau nette )) du Français
moyen est de l'ordre de 225 P 300 1 par tête d'habi-
tant et par jour dam les conditions actuelles de
logement et de vie. Ce chiffre comprend approxi-
mativement troie parts : 60 % pour les usages
domestiques, 20 % pour,les petits usages profes-
sionnels, 20 % pour les usagea publics.
20 11faut compter, d'autre part, sur des (( consom-
mations nettes )) de l'ordre de 50 1 d'eau par cheval
et par jour, de 50 1 par bovidé, de 20 1 par porc et
de 5 l par mouton.
30 Il faut compter enfin sur des (( consommations
nettes 1) de l'ordre de 20 ma d'eau par tonne de
pétrole dans les raffineries, de 250 ma par tonne
d'acier dans les aciéries, de 900 ma par tonne de
soie artificielle dans les fabriques de ce produit
(bien qu'on soit arrivé à ramener ces consomma-
tions nettes à près du dixième de leur valeur par
une étude attentive de l'utilisation de l'eau au
niveau de chaque industrie, sans réduire la renta-
bilité pour autant).
' LA FOURNITURE D'EAU 15
2
Les centres industriels consomment ainsi jus- grandes quantités, de prélever les eaux n6cessaires
qu'à 4 ou 5 fois plus d'eau que les centres adminis- sur des cours d'eau fort éloignés (Oran), ou d'établir
tratifs ou commerciaux de même population totale, des réseaux distincts de distribution d'eaux indus-
de sorte que l'Allemagne de l'Ouest et l'Angleterre trielles et potables (Paris).
- plus industrialisées - consomment 2 fois plus
d'eau que la France par tête d'habitant. III. - Prises d'eau en rivière
II. - Qaafités d'eau ieqmsee 10 Si le lieu de consommation des eaux doit se
trouver en contrebas du lieu de prélèvement, on se
10 On ne peut pas employer n'importe quelle eau procure les quantités d'eau nécessaires par dériva-
pour répondre aux besoins qui s'expriment, et l'on tion dans une (( prise d'eau n.
ne peut par suite pas la prélever n'importe où sur Ce genre d'ouvrage comporte :
n'importe quel cours d'eau.
L'eau potable doit être exempte de germes patho- - un u basain d'admission », de forme convergente,
gènes, fraîche, limpide, sane odeur et sans saveur, dans lequel les eaux viennent s'entonner avec
apte B la cuisson des légumes et à la dissolution du l'obliquité nécessaire pour Bviter les remous ;
savon. Sinon l'on doit la traiter avant dietribution - et un n pertui~de prise N fermé par des vannes.
par décantation, tamisage, filtrage, floculation, ja-
vellisation, verdunisation, ozonisation, d d e m e n t ,
...,
désacidification, adoucissement, coagulation sui-
vant la nature des défauts constatés.
L'eau pour l'industrie doit être généralement
exem te de calcaire, sous peine d'entartrage des
g
chau ëres et de difficultés ou d'incidents de fabri-
cation, de sorte qu'il faut parfois la traiter (som-
mairement) avant l'emploi. Mais chaque industrie
possede me règles propres 8 cet égard, et l'on rait
le rble particulièrement favorable de certaines qua-
lités d'eau locales dans la fabrication des aciers
tremptki, des laines, des bières ou des whiskies.
L'eau pour l'alimentation des rBseaux de défenee
contre l'incendie ne doit enfin pae être exagbrément A
Prof i l
trouble ni edbe. Pian

Fig. 2. - Prise d'eau en rivihre (&ha)


20 Le coCit souvent élevé du traitement dee eaux
avant l'emploi peut rendre plus intéressant, pour de
1. Rivière. -2. Barrage. -3. Seuil de prise en rivière.
-
cantation. 5. Canal de dégravement,- 6. Convergent.
--
4.
7. Vanne
de prise.
16 L'AMÉNA GEMENT-DES COURS D'EA U I LA FOURNITURE D'EAU 27

On dispose le tout sur une rive concave, puisqu'il


n'y a que là qu'on puinse éviter la formation natu-
IV. - Bamages-résemolle
relle de dépbts de sables et de galets, et l'on place 10 Les consommations d'eau journalières varient
l'entrée B plus d'un mètre au-dessus du fond de la peu dans le cours de l'annde, mais le débit des coure
rivihre pour éviter (ou pour limiter) les rentrées de d'eau dépend beaucoup des saisons.
matériaux. On raccorde même, s'il le faut, le ((bassin On peut donc se trouver conduit à retenir une\
d'admission N à la partie plus aval du cours d'eau partie de l'eau qui s'écoule B la saison des pluies
par une sorte de by-pass, nommé (( canal de dégrave- pour la distribuer par la suite aux usagers en sabon
ment D, pour assurer l'évacuation des dépôts de sèche, concurremment avec l'eau qu'on peut pr6-
sables et de galets par des chasses périodiques (ou, lever encore dans les rivières. C'est le rôle des
le cas échéant, par des dragages). « barrages-réservoirs )) que d'assurer cette régula-
Les dispositions de détail peuvent varier très risation saisonnière, comme le barrage de Roche-
largement d'un site à l'autre, et c'est ainsi qu'on but (sur le Cher) pour la ville de Montluçon.
compléte certaines prises d'eau par un barrage pour 20 Les réserves ainsi constituées sont générale-
pouvoir disposer d'une hauteur d'eau suffisante ment de l'ordre d'un mois de consommation cou-
à l'entrée, tandis qu'on ne le fait pas pour rante pour les agglomérations d'Europe, de plusieurs
d'autres. mois pour celles des pays tropicaux.
Les vitesses dans le canal de prise, à la sgrtie des Le volume de la cuvette à l ' a d r e du barrage
vannes, sont de l'ordre de 0'60 à 1 m/s pour les doit dépasser nettement celui des réserves (on
canaux de faible profondeur, de l'ordre de 1 A admet souvent 25 % de plus) pour que les dépôts
1,60 m/s pour les canaux de profondeur moyenne, de sédiments ne viennent pas colmater trop vite
et de l'ordre de 1'60 à 2,50 m/s pour les canaux de les ouvrages de prise d'eau près du fond.
grande profondeur (disons, pour simplifier, qu'il 30 Les barrages-réservoirs D peuvent débiter
faut autant de mètres par seconde que de mètres directement dans les conduites, ou dans les canaux,
de hauteur d'eau dans le canal). d'alimentation des villes (Saint-Etienne, Marseille,
20 Si l'on doit consommer les eaux plus haut Toulon, Cannes...), ou reverser leurs eaux dans le
qu'on ne les prélève, on se procure les quantités cours d'eau dont ils régularisent le débit (Montlu~o~)
d'eau nécessaires par pompage direct dans les eaux La construction de barrages n'exclut pas, de
de la rivière, ou par pompage indirect dans des toute façon, l'utilisation de réservok secondaims et
batteries de puits filtrants sur la rive. La deuxième de chateaux d'eau pour la régularisation joarna-
solution procure plus facilement des eaux propres, lière des débits et des pressions (réservoirs de
mais elle ne convient qu'à des rives particulièrement Montmartre, de Montsouris, des Lilas... dans l'agglo-
perméables (Blois, Tours, Angers...). mération parisienne).
40 Il n'est pas question d'aborder ici les pm-
blèmes de construction des barrages, qui font l'objet
LA FOURNITURE D'EAU 19

d'un volume spécial (no 1183) dans la présente de gros problémes g4ologiques au départ, phis de
collection. Mais les programmes d'aménagement dea g o s problémes financiers par la ensite, pnisqu'il faut
cours d'eau dépendent du choix de leur implanta- supprimer tout risque d'apparition & nouvstlea
tion, et nous nous devons par suite d'en dire ici lignes de moindre résistance (jusque trés avant
quelques mots. dans la masse) dans la région de l'ancien v . 9 ~
On essaye généralement d'implanter les barrages qa'on veut r6tablir.
11faut se pr6occuper également de l'aepect moral,
économique et financier des disparitions d'habita-
tions, de champs, de forêts, de monuments, d'instal-
lations industrielles et de voies de communication
dans la zone submergée (Assouan, Tignes...).
11faut se préoccuper enfin de l'incidence du relé-
vement (variable) des eaux de surface derrière les
barrages sur le comportement des nappes souter-
raines, et prévoir les mesures techniques nécessaires
pour éviter tout effet nuisible, notamment en
matière de cultures et de puits.
50 La technique des « barrages-résemoirs » est
l'une des plus délicates qui soient, et la moyenne
Fi$. 3. - Implantation du barrage de Serre-Ponçon des accidents s'établit autour d'une rupture de
dans une gorge & l'aval d'un 6kgissernent de vallée
(2 900 ha - 1 200 ma) barrage tous les 5 mois, dans l'ensemble du Monde,
depuis 8 siècles.
dans des resserrements (ou dans des étranglements) Les causes d'accidents se répartissent en moyenne
de vallées qu'on puisse verrouiller facilement, et comme suit :
qui se trouvent juste à l'aval de cuvettes parfai- Mauvaises fondations .................... 40 %
tement étanches de vastes dimensions (ce que la Cmes exceptionnelles .................... 23 -
Nature réaiise d'elle-même dans des lacs comme ...............
Glissemente e t percolations 17 -
....
Défauts de construction ou d'entretien 16 -
le Léman). Séismes et guerres....................... 4-
Mais il n'existe pas beaucoup de sites favorables
de ce type, et l'on a peu de chances d'y tomber sur mais les risques vont en diminuant, puisqu'il n'y a
de bons terrains, puisque les eaux les ont franchis plus qu'une rupture de barrage (avec une cinquan-
jadis par une ligne de moindre résistance la même taine de morts) tous les 15 mois, dans l'ensemble
où l'on voudrait aujourd'hui les barrer. du Monde, depuis 40 ans.
Le choix des implantations de barrages pose donc Le plus haut barrage du monde est un barrage
20 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

de 317 m de hauteur au'Tadzhikistan (U.R.S.S.) :


ce barrage mesure 800 m de longueur en cdte, et
1500 m de largeur A la base.

60,La présence de u barrages-réservoirs N sup-


CHAPITRE II
prime tout écoulement des sables et graviers vers
l'aval et raréfie, parfois dangereusement, les possi- L'AMmAGEMENT DES COURS D'EAU
bilités d'approvisionnement des entreprises de tra- POUR LES IRRIGATIONS
vaux publics et de bâtiment à l'aval.
1. - Généralités
10 L'irrigation date de la plus haute antiQ"té,
et 1,011 irrigue maintenant près du double de la sur-
face totale de la France dans l'ensemble du Monde.
L'Inde possède près du tiers de ces surfaces, la Chine
près du quart, les Etats-Unis plus du dixième. Les
autres pays se partagent le dernier tiers, et la France
vient au 40 rang d'entre eux, sur le même plan que
le Mexique, avec 4 % de son territoire irrigué.
On n'irrigue pas, bien entendu, les terrains trop
perméables dans lesquels l'eau disparaîtrait trop
vite, ni les terrains trop imperméables dans lesquels
eue ne pénétrerait pas. Les terrains qui conviennent
le mieux pour les irrigations sont ceux qui peuvent
absorber 50 B 500 1d'eau par hectare et par seconde.
20 Les prélhements » nécessaires sont de l'ordre
suivant, pour les climats secs justiciables des irri-
gations (1) :
Mm .................. 4 800 rnslha et par an
-
BI4 .................... 5 800
Fruits et légnmerr.. ..... 6 000 -
-
Betteraves à sucre
Coton
......
.................
Luzerne ....... .:......
7 600
8 700
10 800
--
La a consommation nette n correspondante est de tiennent :les unes B la physiologie des plantes,
l'ordre de 80 % des a prélèvements D. Mais on peut autres à l'existence d'un optimum économique.
réduire beaucoup les a prélèvements » et les u consom- es irrigations trop copieuses délavent d'autre part
mations nettes » en amenant l'eau sur place dans es terres, et provoquent des remontées de lam nappe
phréatique n, qui peuvent rendre le sol impropre à
la culture. Les programmes d'irrigation doivent
donc faire l'objet d'expérimentations in situ, et
d'études comparatives de rendement nutritif et
financier, avant tout commencement d'exécution.
II. - Systèmes d'arrosage
10 On distingue 5 systèmes d'arrosage, sans parler
, de ceux qui participent de plusieurs systémes Q la fois :
1) l'arrosage a par ruissellement a, dans lequel I'eau
s'écoule sous la forme d'une lame mince d'épais-
seur uniforme sur toute l'étendue des parcelles
à irriguer ;
2) l'arrosage u par submersion », dans lequel l'eau
stagne sur ces parcelles sous quelques centimètres
d'épaisseur jusqu'à complète disparition dans
le sol ;
3) l'arrosage r par infiltration r, dans lequel l'eau
Fig. 4. -Decroissance du d a i t de la Maronne ou Pont des Estourves pénétre horizontalement jusqu'aux racines des
en fonction du nombre de jours conskutifs sans pluie, en 6td
plantes depuis le fond d'un réseau trLa serré de
sillons et rigoles ;
des tuyaux parfaitement étanches, sans aucune perte 4) l'arrosage ccpar aspersion 1)' dans lequel on projette
par 6vaporation ni par infiltration, plutôt que dans l'eau sous forme de pluies artificielles sur le sol;
des canaux en terre ou, même, en béton : tel est 5) l'arrosage « goutte à goutte D,qui n'en est encore
notamment le cas des techniques modernes d'arro- qu'à la pkriode d'essais et de mises au point.
sage r par aspersion n, dont nous parlerons plus loin. Chaque système comporte :
Les tonnages produits augmentent avec les quan-
tités d'eau consommées, et c'est ce qui justifie - une prise d'eau sur un cours d'eau (ou sur un
l'emploi des irrigations sur le double plan démo- lac) (1) ;
paphque et financier. (1) n n'existe pratiquement pas de diffdrence, sur le plan tech-
nique, entre les prises d'eau pour les irrigations et les pifuib &eau
Maie on ne doit pas depasser wrtaines litnites -L
nniir - fourniture
--
- d'eau dans les agglomérations. N o u re~Myon8
donc ici le lecteur au chapitre pr6cMent.
- une u branche morte a, ou a tronc commun n, qui Aussi les pr6fh-t-on de plus en plue aux canaux.
conduit l'eau jusqn'au périmhtre à irriguer ; L'arrosage a par aspersion » necessite l'emplg
- des a canaux principaux a ou a primaires n, qui d'eau sous pression, et de tuyaux qu'on puisse
partent du a tronc commua s pour alimenter déplacer et raccorder facilement entre eux. Les
chacun une a zone n ; autres systèmes d'arrosage nécessitent l'emploi
- des a canaux secondaires n, qui partent des d' a arroseurs » à ciel ouvert.
a canaux primaires » pour alimenter chacun un On complète, de toute façon, les réseaux d'irri-
a secteur n ;, gation par des a réseaux de colatme » (qui compren-
- des a canaux tertiaires », qui partent des a canaux nent, symétriquement, des u fossés », des u drains
secondaires 1) pour alimenter chacun un u quar- primaires s, des a drains secondaires n, des u drains
tier n ; principaux », puis un u collecteur général 1)) pour
- des a arroseurs »u,rigoles »oua conduits d'arrosage)), ramener les eaux non absorbées, .qui pourraient
qui partent des a canaux tertiaires » pour desservir être nuisibles, dans un coure d'eau qui les évacue (1).
les a unités parcellaires d'arrosage » du a quartier a.
20 On effectue les irrigatons d'une façon dis-
continue (sauf pour certaines prairies artificielles et
les rizihes), de façon à permettre l'aération pério-
dique du sol, et de façon Q réduire les pertes d'eau
dans le transport, qui sont proportionnellement
d'autant plus fortes que les débits sont plus faibles.
On prochde donc par a tours »,de l'ordre d'une B
trois semaines, pendant lesquels chacun reçoit B
tour de r81e les a mains d'eau n qui correspondent B
ses propriétés.
Les a mains d'eau » vont généralement de quelques
litres à quelques centaines de litres par seconde,
mais on cherche Q se rapprocher de 30 B 80 lis, car
c'est le meilleur débit que les irrigants puissent
-
-
Fig. 5. Schéma d'un réseau d'irrigation
Irri tion --- Colature
(les numéros 1, 2, F d ~ g n e n tles canaux primaires
conduire et répartir rationnellement sur l e m terres
sans être débordés ni freinés dans leur travail.
secondaires et tertiaires) La valeur de la a main d'eau s fixe la superficie

Les conduites enterrées permettent d'éviter les (1) Nous n'avons s B traiter
d'assainilsement des &es basses,
pertes par infiltration et par évaporation (qui ne un ouvrage qui ne concerne que 1
représentent pas moins de 20 % du volume transit6) mais noits ne croyons pas inutile d
ces probl&masrevhtent dans certain
et de régler presque instantanément les débits. d'ordre techni e avec le problhme
les plaines d&es.
/
26 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU LES IRRIGATIONS 22

de 1' ar mité parcellaire d'arrosage n, qu'on peut baisser le plan d'eau de près d'un m k e par an dans
arroser sans gaspillage Q chaque a tour n, et la durée nos régions, et de plus de 3 m dans les régions
du a tour n fixe la superficie de l'entité plus vaste, partioulibrement torrides comme la Haute-Egypte.
dénomm6e a quartier n, qu'on peut arroser Q tour
de r81e avec une même a main d'eau n. 20 C'est un problbme fort délicat que d'évaluer
le volume d'un (( barrage d'accumulation n, et que
- Amélioration des étiages
III.
Barragea d'accumulation
10 On appelle a débit caractéristique d'étiage n
d'un cour% d'eau le débit qu'il atteint ou qu'il
depasse en moyenne pendant 355 jours par an.
Et l'on appelle a débit absolu d'étiage » le minimum
minimorum des débits constatde, soit 14 mals pour
la Seine Q Paris, 48 ms/s pour la Loire à Nantes.
Le r81e vraiment irremplaçable de l'eau dans la
vie des hommes fait que chaque région, chaque pays
doit s'organiser sur la base de ressources voisines
des a débits d'étiage s. Or, ceux-ci ne permettent
généralement pas d'assurer la totalité des besoins
dans les régions (et pendant les p6riodes) où l'on
pratique l'irrigation, puisqu'il faut près de 1 ma
d'eau par seconde pour 10 kmz de cultures r n d
il ne pleut pas (1). On se trouve donc con ut à
stocker l'eau derriare des a barrages d'accumulation n
(ou a barrages-réservoirs n) pendant les périodes Fig. 6. -
Calcul de la capacit6 de stockage
du barrage-rhservoir d'Artouste
d'abondance pour pouvoir améliorer, le moment pour une r6gularisation triannueiie
venu, les étiages. (En ordomdes : apporta d'eau enmul611)
La régularisation obtenue est a saisonnière » ou
bien a interannuelle n, suivant que l'on peut compter d'en fixer les conditions d'exploitation, sans s'expo-
sur le même débit (variable avec les années) pendant ser au risque de pénuries et de famines, surtout ai
toute la durée de la saison sèche, ou sur le même l'on ne dispose pas de mesures pr6cises de debit sur
débit d'une année sur l'autre (Oued Fodda, Algérie). plusieurs générations.
Mais on va rarement jusqu'h la u régularisation La méthode à suivre n'a pourtant rien de cumpli-
interannuelle n compléte, car l'évaporation fait que : calculer le cube d'eau total que les pl& üt
le cours d'eau barré font entrer dans le rtbrvuh
(1) Dhtiser par 2 pour les cultures les moins exigentes, et muïti- depuis une origine conventionnelle des temps,
plier par 2 pour les dzi6res.
28 L'AMl!%NAGEMENT DES COURS D'EAU

retrancher de là le cube d'eau total qu'on laisse (ou


qu'on fait) surtir du réservoir depuis la même on-
gine, en retrancher également les pertes par évapo-
ration, et prendre le maximum maximonun de la dif-
férence comme volume des réserves à constituer.
On aurait dû stocker ainsi 494 milliards de mètres
cubes d'eau derrière le nouveau barrage d'Assouan,
pour un débit moyen de 93 milliards de mètres
cubes d'eau par an, d'après les mesures de débit L ' ~ N A G E M E N TDES COURS D'EAU
du Nil depuis 90 ans. POUR LA PRODUCTION D'&IERGIE
Mais la méthode ne permet pas d'atteindre l'opti-
mum économique, ni derester toujours au-dessousdu
maximum de volume permis par la topographie des 1. - ]Energie hydraulique
lieux. Elle suppose, d'autre part, qu'on a déjA résolu
le problème, puisqu'elle tient compte des débits de 10 Toute perte d'altitude H d'un débit d'eau Q
sortie reconnus nécessaires pour des irrigations dont développe une puissance GQH, en désignant le
les types de cultures et les surfaces dépendent eux- poids volumique du liquide par G. Cette puissance
mêmes du volume de réserves cherché. Elle suppose disparaît en chaleur dans les cours d'eau naturels,
enfin -dans ses débuts -qu'on opère constamment
en année moyenne, alors qu'il existe de larges fluc-
par turbulence et par frottements aux
Parois.
L'aménagement d'un cours d'eau pour a produc-
tuations de climat et de débit d'une année sur l'autre. tion d'énergie consiste à dériver un débit Q dans
i@ Il faut donc procéder par approximations succes- des conduits relativement lisses pour diminuer les
sives sur des schémas de complication croissante pertes, et B intercaler des machines hydrauliques
qui tiennent compte, d'un grand nombre de varia- sur le circuit pour transformer l'économie réalis6e
bles, et les spécialietes n'aboutissent, de ce fait, sur OQH en énergie mécanique utilisable. Le rende-
jamais très vite à des certitudes suffisantes. On ment de l'opération est de l'ordre de 80 B 85 % dans
n'arrive alors qu'à 70 milliards de mètres cubes de les meilleures installations modernes.
réserves, et 120 milliards de mètres cubes d'emma- \
Les ouvrages qui précèdent les machines portent
gasinement total, pour un débit moyen do 84 mil- le nom d'ouvrages (( de prise n, puis (( d'amenée »,
liards de mètres cubes d'eau par an, derriére le nou- des eaux. Les ouvrages qui les suivent portent le
veau barrage d'Assouan, en comptant 20 milliards nom d'ouvrages (( de restitution n.
de marge pour l'atténuqtion des crues, plus 30 mil- 20 La plupart des aménagements de cours d'eau
liards pour la mise en dépôt des 500 premières années pour la production d'énergie ne servent qu'a fa
d'apports de sédiments. Et ceci nous met très loin production d'énergie électrique. Leur production
des 494 milliards de mètres cubes dont nous avions était de l'ordre de 1050 milliards de kWh p~ l'en-
parle, en première approche, ci-dessus. semble du Monde en 1969, soit 23 % de la produc-
, 30 \ L'AMÉNAGEMENT DES COURS D'EAU
i *

tion totale d'énergie électrique et 2,5 % de la pro- La plus forte u hauteur de chute brute B h
, dùction totale d'énergie de toutes origines (3,3 mil- France est de 1419 m, au lac du Portillon, d m
pliards de %*es d'équivalent charbon sur a). les Pyrénées.
' , La France occupait le 60 rang en 1969, avec 40 On appelle :
53 m i l l i d s de kWh et 5 % de la production mon-
-- &&d26nergiehydraulique, demère les Etats-Unis
- K débit naturel » :le débit du cours d'eau jmmis-
diatement A l'amont des K ouvrages de prise r ;
(24 %), le Canada (14 %), l'U.R.S.S. (11 %), le
J a on (7 %) et la Norvège (5 %).
- « débit aménagé n (ou u débit équipé n) :le débit
maximal dérivé dans l'installation ;
&a part de l'énergie d'origine hydraulique n'ira - coefficient de suréquipement » : le rapport
toutefois plus qu'en décroissant A travers le Monde, entre le K débit aménagé » et le « débit moyen
car on s'est déjii servi des sites naturels les plus annuel n (ou cc module n) da cours d'eau.
avantageux, et les progrès incessants de la technique
diminuent chaque année les prix de revient des Le plus fort u débit aménagé D du Monde est de
énergies concurrentes d'origine thermique ou nu- 29 000 mS/s à Bratsk, sui l'un des affluents de
cléaire plus rapidement que ceux de l'énergie d'ori- 1'Iénisséi (U.R.S.S.). Le plus fort u débit aménagé 1)
gine hydraulique (même compte tenu du renchéris- de France est de 2 490 ms/s, à Beaucaire, sur le
sement brutal des prix du mazout survenu en 1973- Rhône (1).
1974). Le u coefficient de suréquipement » varie générale-
ment de 1'0 à 3,5. Les valeurs supérieures à l ' d
30 On appelle : ont pour objet d'utiliser au mieux la période des
- a hauteur de chute totale » : la valeur maxi- hautes eaux.
male H de la différence de hauteur entre les 50 On appelle :
surfaces libres des deux sections de cours d'eau
reliées par l'aménagement ; - « puissance naturelle » : la puissance totale qui
- u hauteur de chute brute u :la valeur maximale correspond ii la perte de « hauteur brute D du
(( débit naturel » ;
de la différence de hauteur entre les deux extré-
mités de la partie de l'aménagement, qui compor- - u puissance nette n :la puissance totale qui cor-
tent un écoulement u en charge » (1); respond A la perte de « hauteur nette B du a débit
- r hauteur de chute nette » :la valeur maximale
-
aménagé N ;
« puissance disponible » : la valeur maximale de
de la différence de r hauteur piézométrique ))
entre l'entrée et la sortie des machines hydrau- la puissance mécanique qu'on pourrait tirer de
liques (1). la « puissance naturelle » dans l'aménagement ;
La plus forte u hauteur de chute brute n du Monde
- « puissance installée » : la valeur maximale d
la puissance mécanique qu'on pourrait
est de 1771 m, A Reisseck-Kreuseck (Autriche). l'aménagement si toutes les machines ma
(1) Pour la definition de la 4 hauteur pibzom6trique 8 et des
écoulements en c m e D,, volr L'hydraulique, coll. c Que sais-je ? 8 . (1) Les canaux d'amenhe et de restitution de ces usines O
ni I l s , p. 11 et 37. sections du m h e ordre que le canal de Suez.
32 L'AMZNAGEMENT DES CQURS D'EAU LA PRODUCTION D'ÉNERGIE @-

à la fois (non compris les groupes audiaires) ; nateurs), à Krasnoiarsk, sur 1'Iénisséi (U.R.S.S.),
- u puissance de pointe x :la puissance mécanique et va s'élever prochainement à 25,5 milliards de kWh
qu'on peut rdellement atteindre dans les phriodes " (aux bornes des alternateurs) à Sajansk, sur les
de pointe en cours d'utilisation ; contreforts de l'Altaï (U.R.S.S.). La plus forte
- « puissance garantie » : la puissance mécanique
qu'on peut atteindre $ coup sûr pendant les
a énergie productible » de France est de 2,11 mil-
liards de k W h (aux bornes des alternatews) à Bol-
1200 heures les plus chargées de l'année. lène, sur le Rhône.
La production d'énergie hydro-6lectrique de
La plus forte a puissance installée n du Monde est France s'élève $49 milliards de kWh, dont les trois
de 6 000 000 de kVA (aux bomes des alternateurs), quarts dans les centrales d'Electricité de France.
à Krasnoiarsk sur 1"énisséi (U.R.S.S.). La plus forte Cette production représente 33 % de la production
« puissance install6e n de France est de 480 000 kVA
totale d'énergie électrique de France, et se répartit
(aux bornes des altemate-), à La Bâthie-Roselend, approximativement comme suit :
sur le Doron de Beaufort, en Savoie.
La r puissance installée » de l'ensemble des usines Rhône-Alpes : 66 % ; Massif central : 20 % ;
hydrauliques du Monde s'élève à 255 millions Pyrénées : 14 %.
de kW, la France venant au 5e rang avec 15,5 mil- 70 Le débit des cours d'eau varie peu d'une
lions de kW derrière les Etats-Unis, l'U.R.S.S., le heure B l'autre, mais il varie par contre trés large-
Canada et le Japon. ment dans le cours de l'année. C'est pratiquement
60 On appelle : l'inverse pour la consommation, et par suite pour
la production, d'électricité.
- « énergie productible n (ou u productibilité ») :la Il faut donc pouvoir adapter le débit 8 la consom-
valeur maximale de l'énergie mécanique qu'on mation, et c'est l'objet des a réservoirs d'accumu-
pourrait obtenir si l'on utilisait le « débit moyen lation » que d'y parvenir. Ceux-ci permettent de
annuel s (ou a modale n) dans des conditions stocker une partie de l'eau débit6e dans les périodes
d'exploitation iddales ; de faible consommation ou de forte u hydraulicité n,
- a Bnergie produite n (ou « production n) :la valeur et de l'utiliser immédiatement à la demande par -
réelle de l'énergie mécanique produite dans de simples manœuvres de vannes - dane les
l'année ; périodes (ou dans les heures) de forte consommation
- « coefficient d'hydraulicité n : le rapport entre ou de faible u hydraulicité D.
1' a Bnergie productible x de l'année et 1' « énergie
productible n de l'année moyenne, telle qu'elle Mais on ne peut utiliser qu'une partie du réservoir
ressort des statistiques de débit (1921-1942 pour pour la régularisation des débits, parce qu'il faut
Electricité de France). laisser de la marge entre le fond de la cuvette et la
prise d'eau pour la mise en dépôt des transports
La plus forte u énergie productible » du Monde solides (25 % du volume total à Assouan, 25 % 8
est de 20'4 milliards de kWh (aux bornes des alter- Serre-Ponçon, 23 % au Sautet).
J. LARRAS 2
34 L'AM~NAGEMENTDES COURS D'EAU LA PRODUCTION D'ENERGIE 35

La tranche d'eau réellement utilisable porte le cumulation r permet de répondre immédiatement


nom de a tranche utile »,et l'on distingue : aux besoins dans les périodes de pointe, joumali8res
- les tt usines au fil del'eau s, dont on pourrait épuiser
ou saieonniibes.
Or, l'on vend l'énergie de pointe beaucoup plus
la a tranche utile n en quelques minutes ou quelques cher que les autres, parce qu'il faut de grosses
heures 8. pleine puissance (Donzère-Mondragon); dépenses d'immobilisations, mal amorties, pour la
- les a usines d'éclusées D.dont on ~ourraité~uiser produire. Il peut donc y avoir financièrement avan-
la (( tranche utile )) en Quelques semaines B Pleine tage se servir des excédents de production d'éner-
puissance (Chastang) ; gie des usines thermiques (ou des a usines au fil de
- et les (( usines de l a c s, dont on ne pourrait l'eau »), lorsqu'il y en a, pour pomper de l'eau
épuiser la (( tranche utile » qu'en quelques mois momentanément sans emploi dans un réservoir plus
(Serre-Ponçon, 960 millions de mètres cubes), ou élevé et pour la réutiliser par la suite, dans des
quelques années à pleine puissance (Boulder Dam, conditions plus rentables, en période de pointe.
37 milliards de mètres cubes, sur le Colorado). C'est ce qu'on appelle faire de 1' (( accumulation
Mais l'élément capital n'est pas tant l'épaisseur par pompage », et c'est ce qu'on fait notamment à
de la (( tranche utile » que son volume et que la la Grande-Dixence, en Suisse, où l'on remonte
a hauteur de chute brute totale B H sous laquelle 300 000 000 de mètres cubes d'eau dans un réservoir
on l'utilisera, puisque le stockage d'un mètre cube à quelques centaines de mètres plus haut, en été,
d'eau représente un stockage d'énergie électrique pour les utiliser sous 1750 m de chute aux heures
H de pointe en hiver.
de l'ordre de - kWh. On peut pratiqber d'ailleurs tout aussi bien 1' a ac-
500
La u capacité de stockage d'énergie N de l'ensemble cumulation par pompage » à l'échelle du jour au
des u r6servoirs d'accumulation N du Monde s'klève lieu de l'année, grâce à l'emploi de groupes-bulbes
8. près de 300 milliards de kWh, soit près de 3 mois ou de pompes réversibles (1) qui permettent de
de production moyenne d'énergie hydraulique. La stocker les excédents nocturnes de production
part de la France s'élhve B 7'95 milliards de kWh d'énergie électrique, sous forme d'énergie poten-
(3 %) et correspond 8. 3 semaines de production tielle hydraulique, dans des cuvettes-réservoirs sur-
moyenne pour une production totale de 53 mil- élevées que l'on vide à nouveau dans la journée
liards de kWh se répartissant comme suit : suivante. Les producteurs d'électricité tendent à
Fil de l'eau : 53 % ;éclusées :25 % ;lacs :22 %. s'orienter de plus en plus vers ce genre d'utilisation
Les deux plus fortes a capacités de stockage de leurs cuvettes-réservoirs, devant la faible renta-
d'énergie » de France sont celles de Tignes (645 mil- bilité de la plupart des usines hydrauliques tradi-
lions de kWh) et de Serre-Ponçon (631 millions). tionnelles que l'on peut encore construire, et devant

80 Le stockage (ou, plus vulgairement, la N miae (1) Voir le chapitre VI11 du volume no !158 (L'hgdraulique) de la
collection * Que sais-je 4 r pour le chour des types de turbines
en bouteille D)d'énergie dana les n réservoirs d'ac- d'après la puissance, la vitesse de rotation et la hauteur de chute.
36 L'AMZNAGEMENT DES COURS D'EAU

la forte rentabilité de la production d'énergie de


pointe. Les décisions à ce sujet doivent relever
d'études économiques particulièrement poussées,
mais il ne faut, d'une façon générale, pas pomper
d'eau à une distance de plus de quatre fois la hau-
teur dont on doit la relever vers la cuvette-réservoir.
En France, l'aménagement du Revin permet
d'emmagasiner une énergie nette de 3'7 milliards
de kWh avec une puissance installée de 780 000 kWh.
90 On a prie l'habitude de classer les usines
hydrauliques en :
- « usines de basse chute D,généralement équipées
de turbines Kaplan sous 2 à 30 m de chute
(Domère-Mondragon, Kembs) ;
- (( usines de moyenne chute D,généralement équi-

pées de turbines Francis sous 30 à 200 m de


chute (Bort, Génissiat) ;
-- « usines de haute chute »,généralement équipées
de turbines Pelton ou de turbines Francis ultra- Fig. 7. - Amhage-
rapides sous 200 à 1700 m de chute (Portillon, ment de basse chute
(Donztb'e-Mondragon).
Roselend).
L'aménagement ne comporte qu'une seule usine,
de grandes dimensions, lorsqu'on n'est pas gêné
pour submerger trés largement les rives (Kariba, 5 usines de Bort-les-Orgues, Marèges, L'Aigle,
1000 000 de kW, sur le Zambèze). Chastang et Argentat sur les 128 km de longueur
L'aménagement comporte par contre plusieurs de la moyenne Dordogne sous 348'50 m de dénivelée.
usines en cascade, dans lesquelles l'eau repasse La Compagnie du Rhône poursuit actuellement la
immédiatement de l'une à l'autre, lorsqu'il faut se constmction d'une chaîne de 12 usines sur les
contenter de submersions limitées. Mais cette &PO- 270 km de longueur du Rhône qui vont de Lyon à
sition en marches d'escalier, qui colle le plus pos- Beaucaire sous 160 m de dénivelée. Mais on peut
sible au terrain, ne permet malheureusement pas construire tout aussi bien la série d'usines sur
de stocker d'aussi grandes quantités d'énergie. une dérivation spéciale de la rivière ou du fleuve
L'Electricité de France a réalisé l'un des premiers (aménagements de la basse Durance et du canal
aménagements de la sorte en France, avec les d'Alsace).
38 L'AMÉNAGEMENTDES COURS D'EAU LA PRODUCTION D'ENERGIE ' 39

dièrement bien Q ce genre de combinaisons, car il


suffit de faibles débits supplémentaires pour bh6-
ficier de surplus d'énergie qui suffisent Q payer le
prix des liaisons souterraines nécessaires. Les ramifi-
cations des aménagements de ce type permettent,
d'autre part, d'utiliser plus complètement d'excel-

2 L'AIGLE

Fig. 9. - Aménagement de haute chute (Roselend)


lents emplacements de cuvettes -réservoirs que
leurs propres bassins versants ne suffiraient pas
B remplir.
Fig. 8. - Amenagrnent de la moyenne Dordogne L'aménagement
" de La Bâthie-Roselend comporte
16 prises d'eau et un réservoir auxiliaire, sur le même
L'aménagement peut ramener enfin les eaux de bassin versant, en plus du u réservoir d'accumula-
plusieurs bassins versants, ou de plusieurs vallées tion )) proprement dit. L'aménagement de la Grande-
d'un même bassin, dans une seule usine qui devient Dixence comporte 36 prises d'eau et 5 réservoirs
alors plus rentable (La Bâthie-Roselend sur le auxiliaires, sur 2 bassins versants distincts, en plus
Doron de Beaufort, en Savoie). On peut rechercher du e réservoir d'accumulation 1) proprement dit.
d'ailleurs tout aussi bien les eaux dans un autre
bassin plus élevé (Montpezat, entre la Loire et 100 On distingue deux sortes de barrages pour
l'Ardèche), ou jusque sous un glacier pour gagner la production d'énergie :
encore sur la dénivelée ( p h sow-glaciaire de - les u barrages fixes B, qui créent une obstniction
M a t ê t e ! près de Chamonix). pratiquement invariable du lit (pour les u neines
Les usines (( de haute chute )) se prêtent parti- de moyenne ou de haute chute 1)) ;
- les u barrages mobiles D, qui permettent de de la Centrale Nucléaire de Chinon, contre 61 m3]e
rbgler l'obstmction en fonction du débit et de pour les 1000 000 de kW de la Centrale Nucléaire
l'effacer complètement en temps de crue (pour de Saint-Laurent-des-Eaux.
les (( usines de basse chute n au fil de l'eau). Les réfrigérants atmosphériques, comme lei,
grands hyperboloïdes qui meublent les paysages
Nous n'aborderons pas plus les problèmes de industriels modernes, ne consomment qu'une cen-
construction des barrages ici qu'au chapitre Ier. taine de litres par groupe de 250 000 kW et par
Disons seulement qu'il faut s'efforcer d'obtenir la seconde. Maie leur installation coûte cher, et c'eat
moindre dépense de premier établissement possible pourquoi l'on en évite le plus possible l'emploi.
par kilowattheure productible ou par mètre cube
d'eau stockée et, pour les barrages en béton, la 20 L'écart de température entre l'eau qu'on pré-
plus forte production annuelle possible par mètre , lève et celle qu'on rend Q la rivière ne doit pae
cube de béton (1000 kWh/m3 de béton B Tignes, dépasser 70, pour limiter les dégâts causés à l'agri-
500 B Bort, 250 B la Grande-Dixence). Sous ré- culture et Q la pêche.
serve, bien entendu, de calculs économiques plus Mais il faut se contenter de moins (20, p,ar exem-
poussés. ple) dans les régions de grande indusrrie, où le
nombre relativement élevé de prises d'eau dans
II. - &ergle nucléaire et thenmique des rivières B faible débit limite considérablement
les possibilités de refroidissement dans l'intepalle
10 Les centrales nucléaires et thermiques consom- entre deux prises.
ment de l'eau pour la production de vapeur, et pour
le refroidissement des condenseurs. 30 Les centrales nucléaires et thermiques consom-
La production de vapeur consomme de l'ordre ment de telles quantités d'eau de refroidissement
de 7 m3 d'eau par groupe de 250000 kW et par qu'on ne peut pratiquement plus constituer d'im-
heure dans les centrales thermiques, de l'ordre portantes réalisations modernes qu'en bordure de
de 10 ma dans les centrales nucléaires. Cette eau la mer, des grands lacs, ou des grands fleuves
&paraît définitivement dans l'atmosphère. (Montereau, Porcheville, Chinon, Saint-Laurent-des-
Le refroidissement des condenseurs consomme de Eaux...).
l'ordre de 9 ma d'eau pai groupe de 250 000 kW et Encore les 58 ou les 61 m3/s des centrales nu-
par seconde (et non plus par heure) dans les cen- cléaires de la Loire surpassent-ils nettement les
trales thermiques, de l'ordre de 15 ma dans les cen- 48 m3/s du débit total du fleuve à son embouchure
trales nucléaires. Cette eau revient intégralement en 1949. E t c'est pourquoi les périodes de forte
B la rivière, sans autre modification qu'un lhger sécheresse ne comportent maintenant pas moins
échauffement. de risques de sous-production d'énergie dans les
Ces chiffres correspondent au dernier cri de la centrales nucléaires et thermiques que dans les
technique, car les centrales moins récentes consom- centrales hydrauliques.
ment nettement plus :58 m3/s pour les 600 000 kW
de la Centrale Nucléaire de Chinon, contre 61 mals
pour les 1000 000 de kW de la Centrale Nuclhaire
de Saint-Laurent-des-Eaux.
Les réfrigérants atmosphériques, comme les
grands hyperboloïdes qui meublent les paysagw
industriels modernes, ne consomment qu'une cen-
taine de litres par groupe de 250 000 kW et par
seconde. Mais leur installation coûte cher, et c'est
pourquoi l'on en évite le plue possible l'emploi.
20 L'écart de température entre l'eau qu'on pré-
lève et celle qu'on rend B la rivière ne doit pas
dépasser 70, pour limiter les dégâts canshs 8 l'agri-
culture et B la pêche.
Mais il faut se contenter de moins (20, par exem-
ple) dans les régions de grande industrie, où le
nombre relativement élevé de prises d'eau dans
des rivières B faible débit limite conaidérablement
les possibilités de refroidissement dans l'intemalle
entre deux prises.
30 Les centrales nucléaires et thermiques consom-
ment de telles quantités d'eau de refroidissement
qu'on ne peut pratiquement plus constituer d'im-
portantes réalisations modernes qu'en bordure de
la mer, des grands lacs, ou des grands fleuves
(Montereau, Porcheville, Chinon, Saint-Laurent-des-
Eaux...).
Encore les 58 ou les 61 m8/s des centrales nu-
cléaires de la Loire snrpassent-ils nettement les
48 mS/s du débit total du fleuve B son embouchure
en 1949. E t c'est pourquoi les périodes de forte
sécheresse ne comportent maintenant pas moins
de risques de sous-production d'énergie dans les
centrales nucléaires et thermiques que dans les
centrales hydrauliques.
CHAPITRE IV

L ' ~ N A G E M E N TDES COURS D'EAU


POUR LA DEFENSE CONTRE LES CRUES

1. - Définitions
10 On appelle :
- a lit moyen )) la partie de la vaiiée que le ooors

d'eau recouvre habituellement ;


- r lit majeur 1) celle qu'il recouvre en t e m p ~de
crue ;
- et (( lit mineur » celle qu'il continue de recouvrir
à l'étiage (1).

Fig. 10. - Profll en travers type d'un wuni d'eau

(1) Pour la d6Mtion de l'Mage, voir chap. II, 8 III.


DEFENSE CONTRE LES CRUES

Le rapport des largeurs du « lit majeur » et du


« lit mineur » varie de l'unité, dans les gorges l'estuaire de la Seine.
abruptes, 2I plus de 10 ou de 20 dans les étendues Le maximum de débit peut aller en croissant vers
très plates.
20 Il existe un point de profondeur maximale
dans chaque profil en travers, et l'on appelle thalweg
la ligne continue que ces points dessinent dans la Mais ce n'est pas toujours vrai, car l'onde de crue
vallée. L'emplacement du thalweg n'est pas fixe, peut se déformer et s'atténuer sur le parcours :
et peut varier d'une saison à l'autre, dans les cours
d'eau à fonds de granulats.
30 On appelle « niveau des plus hautes eaux » le Tours ............ 6 800 -
niveau maximum maximorum des plus grandes
Nantes ........... 6 200 -
crues connues.
La différence avec le niveau minimum minimo-
mm en saison sèche représente la plus forte hauteur
de crue connue (soit 9,07 m pour la Seine, au pont
de la Tournelle, 21 Paris, entre les plus hautes eaux
de 1658 et l'étiage exceptionnel de 1803). Yang-taé-kiang (Ichang) ...... 23
Rhane (Avignon). ............ 31
Rhin (Strasbourg) ............ 38
II. - Dkbit maximal de crue Seine (Paris). ................ 116
Loire (Nantes) ............... 131
, 10 Les cours d'eau roulent des débits considé- Garonne (Toulouse) .......... 354
rables en période de crue : Oueds sahariens. .............
Infini (1)

Seine (Paris, 1910). ................ 2 300 mals Mais elle dépend parfois plus encore du rapport
Agout (Lavaur, 1930) .............. 3 800 -
ntre le débit maximum maximorum de crue et le
Rhin (Strasbourg, 1876) ............ 5 700 -
Garonne (Toulouse, 1875) .......... 7 500 - siodule » ou débit moyen dans l'année :
Loire (Briare, 1866) ................ 9 200 -
Rhane (Avignon, 1956). ............ 10 200 - Mississippi(Ango1a) ........... 3,6
Mékong (Phnom-penh, 1961) ....... 50 000 - R h h e (Avignon) .............
5,4
Volga (Kouibychev, 1926) .......... 67 000 - Loire (Nantes) ............... 6.7
Mississippi (Angola, 1927) .......... 68 O00 - Seine (Paria) ................. 8,5
Yang-taé-kiang (Ichang, 1896) ...... 70 000 - Garonne (Toulouse) ........... 42,5
Congo (Léopoldville, 1961). ......... 80 000 - Agout (Lavaur) ..............
50,7

Le plus fort débit de crue connu s'élève à 330 ou 1) Les déserts constituent paradoxalement, de ce fait, les régions
350 000 mS/s (sur l'Amazone à Obidos), soit 45 fois l'on déplore propoi.tionnellement le plus de morts par noyade.
% L'AMSNAGEMENT DES COURS D'EAU

On organise gén6ralernent la défense cont


inondations sur la base des n crues déc
a centenaires u, sauf lorspu'il y a risque
grand nombre (notamment par rupture

Fig. 11. -Rapport du d6bit(oumoyen mensuel au débit moyen annuel


module)
Fig. 12. - Crue très lente d'un grand fleuve
(Seine, Paris, pont d'Austerlitz, décembre 1923-janvier 1924)

30 La mesure du débit maximal de crue présente où l'on s'équipe alors sur la base des (( crues millé-
de grandes difficultés, parce qu'il faut opérer en naires » voire sentamillénaires )). Certains pays peu
régime variable dans une ambiance de catastrophe riches s'accommodent toutefois de risques supérieurs.
et parce qu'on risque de tomber sur de longues
périodes de tranquillité relative du fleuve (de 1710
B 1910 pour la Seine, de 1866 à nos jours pour le
III. - Méthodes générales de défense
contre les crues
cours de la Loire à l'amont de Tours).
11 faut donc se contenter bien souvent de rem- 10 On peut lutter contre les inondations :
placer les mesures par des évaluations. C'est la
tâche des spécialistes de 1' u hydrologie statistique
- en réduisant les quantités d'eaux de ruisselle-
ment par le reboisement ;
(dont nous n'exposerons pas ici les méthodes) que
de procéder à ces évaluations, qui gardent malgré
- en retenant tout ou partie des eaux dangereuses
derrihre des barrages ;
tout un caractère subjectif. E t l'on appelle (( crues
d6cennales, centenaires, ou miliénaires )), les pIus
- en dérivant ces eaux dans des champs d'inon-
dation spécialement réserv6s ;
fortes crues qu'il existe une probabilité de 1/10,1/100
ou 111000 de voir apparaître dans l'année, dans les
- en acc6lérant 1'6coulement des eaux vere lkvd
par la suppression d'obstacles ;
conditions actuelles de climat, de défrichement, d'or-
ganisation agricole et d'utilisation des eaux du bassin.
- ou bien en isolant les cours d'eau de leurs aborde
par dee digues ou n levées ».
dbit
20 Le reboisement permet de diminuer la fré-
quence des crues les plus dangereuses, puisque les
arbres retiennent chaque fois une partie des eaux, et
le reboisement jouit de ce fait d'une faveur méritée.

Fig. 13. - Crue lente d'un petit cours d'eau


(White Hollow, Tennessee, U.S.A.)

Mais il ne permet pas d'atténuer l'importance des


Fig. 14. - Cnie bru-
tale d'pn petit cours
d'eau (Alrance, Avey-
ron, 8 juillet 1951).

OO
l!d4=IO 20 iieurrs

plu8 fortes crues catastrophiques, pnisqu'il ne peut il faut prendre des mesures pour empêcher alors les
rien contre l'amvée de nouvelles pluies dans des populations locales d'arracher ces plantes, qui cons-
régions déjà complètement saturées. Et c'est pour- tituent généralement le seul combustible $ leur
quoi les ingénieurs forestiers eux-mêmes ne consi- disposition.
dèrent pas toujours le reboisement comme la solu-
tion du problème qui nous occupe. 30 La suppression momentanée des barrages en
Il existe d'autre part, hors d'Europe, des bassins travers du lit facilite 1'6coulement - donc l'abais-
si parfaitement dénudés qu'il ne peut pas être sement - des eaux en temps de crue. C'est surtout
question de les reboiser, même pour une efficacité vrai dans les régions il faibles pentes où le moindre
minime dans un grand nombre d'années. La solution obstacle supplémentaire suffit pour inonder de
consiste alors ii favoriser le développement d'une vastes superficies. C'est donc surtout vrai pour les
végétation de steppe ou de désert, dont les racines barrages de basse chute et pour les barrages de
profondes aient particulièrement besoin d'eau et navigation, qu'on établit d'ailleurs en conséquence.
viennent consolider naturellement les terres. Mais E t l'on dispose d'un choix fort étendu de types de
50 L'AMZNAGEMENT DES COURS D'&AU

barrages qui peuvent s'effacer rapidement, voire 40 Les suppressions g6n6r&s d'obstacles n'
automatiquement, en cas de crue (barrages-vannes, pas les mêmes inconvénients, et permettent
barrages-toits, barrages B aiguilles, barrages B fer- des abaissementsnotables du plan d'eau B peu
mettes, barrages souples...). Il résulte, en effet, de la formule de M
On peut abaisser également le niveau des eaux Striclcler (1) que la hauteur d'eau de l'éço
par suppression, tout au moins partielle, des coudes, 3
des méandres, des bancs ou des dépôts de graviers est pratiquement proportionnelle $ la puissance -
5 du
et de sables, des étranglements, des piles de ponts, coefficient de rugosité, pour un même débit s'écm
des vieux moulins, et des petits barrages fixes qui lant sous la même pente.
freinent l'écoulement, et c'est ainsi qu'on a pu On peut donc réduire les hauteurs d'eau d'un
réduire progressivement le niveau maximal de la bon tiers lorsqu'on ddbarrasse les lits de graviers
Seine de prés d'un demi-métre dans Pans depuis et de sables de la végétation aquatique et des brous-
50 ans. sailles qui les encombrent (sauf B réduire l'ab*
Mais on ne peut pas baisser localement le niveau sement escompté dans le rapport des largears
des eaux sans augmenter la pente de la surface libre moyennes d'encombrement aux largeurs moyennes
B l'amont et sana la réduire B l'aval, puisqu'il faut d'écoulement dans le cas d'encombrement partiel
se raccorder à des niveaux pratiquement inchangés du lit). L'opération porte le nom de a curage n, et l'on
suffisamment au loin. peut lui assimiler dans une certaine mesure l'applica-
On risque donc de rûduire les viteases d'écoule- tion de revêtements lisses sur les berges et sur le fond.
ment à l'aval, et de favoriser du même coup la
formation de dépôts de graviers, sables ou limons 50 L'envoi d'une partie des eaux dans des sones
qui viennent aggraver la situation plus loin. On d'épandage ou dans des champs d'inondation sp&
d'autre part, de creuser beaucoup trop cialement réservés permet d'atténuer l'importance
e ond de la rivière A lkmont et d'y mettre, des crues à l'aval, quand le volume des eaux d e *
du même coup, les constructions riveraines en vées représente une part importante du volume
péril. total des crues (2).
Il ne faut donc procéder à des suppressions locales Il n'est donc pas bon de réduire par trop fee
d'obstacles qu'avec prudence, et c'est ce qu'on a champs d'inondation naturels. E t c'est p o w p d
constaté lorsqu'on a d6barrassd les gorges de la l'on a dû laisser 27 000 km2 d'espaces libres pour
Loire de leurs seuils rocheux à l'amont de Roanne l'épandage naturel des crues du Mississipi (soit
au XVIII~ siècle. On a r6duit du même coup les 5 % de la superficie totale de la France) sur les
possibilités d'atténuation et de freinage des crues 80 000 km8 que le fleuve submergeait autrefois.
dans les gorges, et l'on a dû finalement les rétablir
en partie par la construction du seuil artificiel de 1) Voir L'hydraulique, coll. a Que sais-je ? 8, no 1158, p. 47.
12) Mais la solution devient ina plicable (par suite de la * O i b
Pinay pour 6viter une aggravation excessive des armée des riveraine d'amont qu'eEe coqdamne) lprsqu'mi v%gt ni
crues B l'aval. -- sorte de solution de d6sespoir, par rupture ~010XItab
faire une
de digues, en cas de crise.
Il faut veiller également à l'intégrité des lacs qui n'existe g6néralement pas de commune mssnre
jouent le r6le de zones d'épandage latéral des grands entre le volume des eaux de crue d'un fleuve W.
fleuves en crue, comme le lac Pontchartrain pour d'une rivière et celui des réservoirs qu'on p o d
le Mississipi ou le lac du Tonl6-sap pour le Mékong établir sur son cours (Q supposer qu'on ait l'argextt
(21 milliards de mètres cubes dérivés par an, soit nécessaire pour les construire). Il faut doac ee
5,s % de l'écoulement total annuel du bassin).
Il faut se préoccuper enfin de ramener, plus tard, ORLEANS

les eaux dérivées dans le cours d'eau dont elles


proviennent, et ceci conduit à l'installation de
u réversoirs )) manœuvrables dans les points bas des
champs d'inondation spécialement réservés.
On peut rapprocher des méthodes précédentes l'en-
voi préférentiel des eaux dans certains bras (convena-
blement choisis) de la riviére, à l'aide de a partiteurs »
réglables situés aux points de bifurcation.
60 On parle quelquefois de draguer le fond des
rivières pour abaisser le niveau supérieur des eaux
et pour mettre les riverains A l'abri des inondations.
C'est, à vrai dire, une erreur. Le niveau des eaux
dépend, en effet, beaucoup plus de l'allure générale Fip. 15. - Propagation des crues dans le cours moyen de la L o b
du profil en long et de la nature des fonds que des
variations locales de profondeur, et l'opération
n'est dès lors profitable qu'au prix d'un abaissement contenter de n'absorber qu'une partie des eaux
complet du lit sur d'énormes longueurs. Elle ne dangereuses, et d'atténuer (ou, comme on dit,
peut, en outre, rien sur l'écoulement des eaux dans d' (( écrêter a) les crues dommageables.
les champs d'inondation de part et d'autre du lit, et 20 Première condition : les (( réservoirs d'écrbte-
l'on a tout à recommencer dès que la rivière a recomblé ment des crues )) ne doivent pas être déjB compléte-
- généralement assez vite - les fosses draguées. ment pleins quand les crues passent par leur maxi-
mum de débit. Sinon les réservoirs ne servent B riall,
IV. - Réservoire d'écrêtement des crues puisqu'ils laissent passer autant d'eau qu'il en vient
lorsqu'on en arrive A la phase la plus dangereuse
10 Il va de soi qu'on supprimerait les inondations de la crue. Il faut donc retarder la montée de l'eh
si l'on pouvait disposer de réservoirs susceptibles d e d r e ce genre d'ouvrages jusqu'8 ce qu'on àt.-
d'absorber la totalité des eaux des plus fortes crues teigne le (( débit critique 1) qui constitue 18
pour les restituer petit à petit par la suite. Mais il supérieure tolérable pour les populations d k &
54 LIQMENAGEMENT DES COURS D'EAU

Le volume accumulé par la suite correspond B 40 Troisiéme condition :les u réservoirs dY6c
la difference entre le débit réel (variable) qu'on ment des crues >) ne doivent pas modifier 1%
reçoit de l'amont et le débit critique (constant) ment à contretemps.
qu'on continue d'évacuer par l'aval.
Le problème est que la différence ne dépasse
jamais la capacité d'emmagasinement du réservoir.
C'est généralement poesible pour les crues très
lentes et pour les crues de faible importance ou
d'importance moyenne, qu'on écrête ainsi parfaite-
ment. C'est beaucoup moins sûr pour les crues trés
rapides, pour les crues très puissantes, et pour les
crues répétées qui se suivent avant qu'on ait vidé
complètement les eaux de la première.
Il faut donc munir les (( réservoirs d'écrêtement
des crues r de déversoirs (ou de galeries d'évacua-
tion) susceptibles de laisser passer le maximum
maximorum de débit des plus grandes crues prévi-
sibks. E t les ouvrages de ce type permettent beau-
coup plus d'éviter ou d'atténuer les crues domma-
geables du type le plus fréquent que d'éviter (ou,
même, d'attbnuer) les crues les plus dangereuses
voisines du maximum prévisible.
30 Deuxiéme condition :les « réservoirs d'écrête-
ment des crues » ne doivent pas se trouver trop A Fig. 16. -Bassin versant du barrage de Serre+'onçon sur la DutanCa
l'amont des r6gions h protéger. Sinon ces ouvrages
n'ont qu'une efficacité réduite, puisqu'ils ne peuvent
rien sur les eaux de pluie qui tombent B l'aval.
Temps de parcours de l'eau pour m v e r au barrage
en cas d'averse ghnkrale sur le bassin
-
Les crues ne constituent d'autre part que d'hnor- Les crues des affluents progressent généralement
mes a ondes progressives D,et celles-ci vont générale- plus vite que la crue du cours d'eau principal (dont
ment en s'atténuant vers l'aval, surtout quand le le maximum n'atteint, dès lors, pas la somme des
débit s'accroit au passage des apports d'affluents maxima partiels de chaque affluent) (1)et les rése+
qui ne sont pas eux-mêmes en crue. C'est une raison '
1) Les crues les du Rh8ne ne depassent pas 12 000 mie
de plus p o u ne pas éloigner les a r6sewoirs d'&&te- $eauCaire, a l o z l a coïncidence par@te des crues maxhlbâ
ment des crues P des régions B prosger, si le relief de t'Byriom de
de la région le permet, + + -
du Rhbne (avant Lyon), de la Sa6116 de -'1
I'Ardkhe et de la Durance domerait 4 200 f 4 300 f 2 900
3 000 7 500 6 000 27 900 mals an @me point1
*
sa L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

v& qui retardent leur arrivée au codiuent riaquent


par suite d'aggraver les choses plue loin.
Il ne faut donc pas se tromper dans le choix des
affluents Q barrer, ni dans les manœuvres d'ouver-
ture et de fermeture, car on peut tomber sur des
répartitions exceptionnelles de pluies qui pans-
forment l'avance habituelle en retard. E t c'est
pourquoi l'on se contente généralement de réser-
voirs a Q pertuis constamment ouvert », dont on ne
risque pas de manœuvrer les vannes Q contretemps, , V. - Digues et levées de d6feme
pukqu'ils n'en comportent pas (ce qui ne veut
d'ailleurs pas dire que l'écoulement automatique 10 Il va de soi qu'on exclut toute possibilité
par un (( pertuis constamment ouvert )) ne risque d'inondation lorsqu'on isole complétement les coure
pas d'agir, lui non plus, Q contretemps). d'eau de leurs abords par des digues ou a: levées s.
Les populations d'aval préfarent d'ailleurs géné- C'est ce qu'on a fait, notamment, pour la majeure
ralement les (( pertuis constamment ouverts »,parce partie de la Loire B l'aval de Gien, sur tout le corn
qu'ils leur évitent l'impression de fausse sécurité du Mississipi, et dans la majeure partie de la
provenant d'une amputation trop compléte - et
par suite d'une vieualisation trop tardive - des Mais c'est plus difficile qu'il n'y paraît (sans
têtes de crues. parler ici des problémes de financement), car les
Le laminage )) automatique des crues par les eaux montent d'autant plus haut qu'elles peuvent
réservoirs (( B pertuis constamment ouvert )) limite moins s'étaler de chaque bord, et l'on doit araser
pratiquement les débits 9 1300 mS/s Q l'entrée du les digues au-dessus des plus hautes eaux futures
Cher canalhé, 3 000 mS/s au barrage de Nahr- apras construction, ce qui pose des problhmes de
Ouassel sur le Chélif (Algérie), 5 500 d i s Q la prévision délicats (qu'on résout maintenant par
digue de Pinay sur la Loire. Les lacs naturels des calculs d'hydraulique, mais qu'il a fallu ré-
jouent un rôle analogue, comme les Grands Lacs soudre par tâtonnements successifs pendant des
pour le Saint-Laurent ou le lac Léman pour le
Rhône.
50 11 faut un volume de réservoirs plus grand
pour obtenir le même écrêtement des crues A l'aval,
lorsqu'on utilise plusieurs réservoirs au lieu d'un
seul. (1) C'est ainsi que le Rhin met 15 heures pour franchir ks 130 lori
de Bâle & Strasbourg en basses eaux et 45 heures en hautes eaux.
TWs ce n'est vrai que si les eaux f&ent sS6talerde &que W :
60 Les (( réservoirs d'écrêtement des crues D ne '
les cours d'eau que l'on maintien v d s entre des digue* Csuïüu@
la Loire. s'6coulent d'autant plus vite que le NVeaU des eaux est
dispensent pas d'établir des digues et levées de plus haut.
58 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU 59
LA DÉFENSE CONTRE LES CRUES

voir en III, 40 ci-desane, que ce n'est pas toujours


sans danger. On peut Bviter ces causes de rupture :
Il faut compter enfin avec les risques de rupture, - par un dimensionnement correct des ouvrages ;
et ceux-ci peuvent aller très loin, car les populations - par un choix convenable des matériaux qui
mises B l'abri se complaisent généralement dans les constituent ;
une fausse sécurité qui leur fait négliger la surveil- - par l'emploi de parafouilles, de perrés ou de
lance et l'entretien des ouvrages. revêtements protecteurs ;
Les cours d'eau n'ont notamment pas de direction
fixe au sommet des canes de déjection, et la rupture - et par la destruction des rats musqués et lapins
d'une digue en l'un de ces pointe peut les amener qui font des trous dans les digues.
à suivre une nouvelle ligne de plus grande pente Mais on peut éviter aussi l'affouillement des talus
sur des centaines de kilom8tres, comme c'est arrivé en éloignant le courant du pied des digues pour
pour le Huang-no en 2279 et 602 avant Jésus- qu'elles ne courent plus le danger d'une attaque
Christ, puis en 11, 1048, 1194, 1493 et 1853 aprLs directe. On y parvient par un systhme d'épis plon-
Jésus-ChRst . geants qu'on enracine suffisamment haut dans les
talus intérieurs. 11faut orienter ces épis vers l'amont,
20 Il existe quatre causes principales de rupture de façon B ramener les eaux (qui auraient tendance
des digues et levées (1) : à les franchir de front) vers l'axe de l'endiguement.
1) L'eau ravine le pied des talus intérieurs, ou ces Il faut les rapprocher en outre suffisamment pour
talue eux-mêmes, jusqu'8 ce qu'ils s'éboulent que le thalweg ne puisse pas divaguer jusqu'ii venir
en constituant une brèche. tangenter les talus dans l'intervalle entre deux
épis.
2) L'eau passe par-dessus la cr&e et ravine les Les têtes d'épis doivent se correspondre de part
talus extérieurs, qu'elle amincit jusqul mpture et d'autre du thalweg, de façon à constituer de
complhte de l'ouvrage. véritables chevrons en travers du lit. Il faut donc
3) L'eau s'infiltre dans le corps de la digue, qui les défendre très solidement par des fascinages ou
finit par manquer de cohésion et par céder sous par des enrochements, pour les mettre parfaitement
la pression des eaux endiguées. à l'abri des érosions. E t l'on doit construire le corps
4) L'eau s'infiltre sous le corps de la digue, pour des épis suivant un relief fort doux, de façon qu'on
ressortir plus loin comme le ferait une nappe puisse les revêtir de simples gazonnements et limiter
artésienne. ainsi le plus possible l'emploi de perrés coûteux.
La cote d'arasement des digues et « levees » doit
tenir compte, bien entendu, de la rhduction des
(1) Nous e x c l u o ~bien
, entendu, 1s car oti l'homme suscite volon- sections d'écoulement et de l'exhaussement d-
tahrmaent la formation de brèches ur provoquer un abairsement
dm eaux qui muiagera d'autres &es (8 la demaode ou, plus latif des eaux qui résultent de la mise en place des
!réqueinment, contre l'accorà des autorités constituées),
épis.
ao L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU LA DÉFENSE CONTRE LES CRUES 61 - ,

30 Il faut construire les digues en descendant les pompes et les vannes nécessaires pour évacuer
vers l'aval à partir d'un point de passage oblig6, lee eaux de pluie des zones s6parées du fleuve par
tel qu'une gorge étroite, Q l'amont. Il faut éviter les digues et levées.
aussi d'y laisser des lacunes ou des points bas. Car
il ne servirait à rien de construire des digues suscep-
tibles de résister aux plus fortes crues si l'on n'empê- VI. - Cas des eaux fortement limoneuee~
chait pas le cours d'eau de les court-circuiter un 10 La teneur des eaux de rivière en limon s'ac-
jour en s'échappant, à l'amont, par un autre tracé. croit très rapidement avec la vitesse.
Il faut construire, par contre, les épis plongeants Il suffit donc de quelques grosses crues dans
en remontant vers l'amont à partir, là aussi, d'un l'année pour passer à des teneurs d'un tout autre
point de passage obligé. Car il ne servirait Q rien ordre que d'habitude :jusqu'à 500 g de sédiments
d'éloigner le courant du pied des digues (pour les par litre d'eau dans le Yang-tsé-kiang, et jusqu'à
mettre à l'abri des érosions), si l'on devait les près de 700 dans le Rio Puereo du Nouveau-
exposer plus dangereusement à l'aval par suite des Mexique, contre 0'5 g dans la Seine, 1,5 g dans
changements de tracé du lit moyen dans l'espace le Nil, au plus fort de leurs périodes limoneuses !
reste libre entre les digues.
Les crues majeures fournissent ainsi le quart,
40 Le remplissage de cet espace libre par les le tiers ou la moitié des apports annuels de sédi-
eaux de crue diminue d'autant le volume des eaux ments (60 % du total pour le Yang-tsé-kiang au
qu'on reçoit à l'aval pendant la montée, et cette mois d'aoGt), et l'on estime ces apports annuels
rétention ne représente pas moins de 2 milliards de à 500 000 mS par an dans la Loire, 100 fois plus
mètres cubes (ou 4 jours de débit à plein bord) pour dans le Nil, 1000 fois plus dans le Yang-tsé-kiang.
certaines crues du Pô. On a même relevé des apports de 110 000 000 de
L'espace libre entre les digues agit donc comme mètres cubes de sédiments par jour pendant 5 jours
a réservoir d'écrêtement des crues D,et l'on a par de suite, sur le King Ho, en août 1933 ; de quoi
suite tout avantage à laisser le plus de largeur combler l'un des a barrages-réservoirs » dont la
possible entre les digues quand la situation des France est légitimement fière, en quelques heures
lieux le permet : 800 m de largeur moyenne pour ou quelques jours ! Il y a donc des mesures parti-
la Loire à l'amont de Tours, 2 250 m pour le Pa culières à prendre dans le cas des eaux fortement
dans la région de Plaisance, 4 500 m pour le Pô limoneuses.
dans la région de Crémone, et 9 500 m p o u le
Mississipi sur les 1800 km de son cours endigué. 20 Les eaux vont moins vite, et déposent par
suite de plus grandes masses de sédiments, dans les
50 Il faut cloisonner les zones éventuellement r6servoirs fermés par un barrage que dans les
inondables par des digues transversales pour limiter champs d'inondation situés de part et d'autre du
l'étendue du désastre en cas de rupture d'un des lit. Il est, d'autre part, plus délicat et plus co.btenx
ouvrages longitudinaux. 11 faiit prévoir, en outre, d'exhausser les (( barrages-réservoirs 1) partiellement
62 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

colmatés que d'exhausser les digues de clature


d'un champ d'inondation, ou que d'en reconstruire
d'autres plus loin.
II vaut donc mieux atténuer les crues par l'envoi
d'une partie des eaux dans des champs d'inondation
spécialement réservés, lorsqu'on se trouve aux
prises avec des eaux fortement limoneuses.
30 Mais il faut chercher surtout iî réduire l'éro-
sion des terres à l'amont.
On peut chercher B renforcer la végétation quand
les terres ne sont pas trop stériles, et quand les
pentes ne sont pas trop abruptes ni trop ébouleuses.
On peut établir également des séries de petits bar-
ragee (ou n siuils n) de quelques mètres de hauteur faire place aux no
en travers des rivières et torrents pour retenir une
partie des terres, pour ralentir l'écoulement des
eaux, et pour les concentrer dans des cascades
parfaitement localisées dont on peut réduire l'éro-
sion plus facilement. Ce sont la des moyens très
actifs, dont les actions se renforcent mutuellement,
et qui améliorent petit à petit l'agriculture dans les
régions traitbes. Maia ce n'est qu'en opérant sur
d'énormes échelles qu'on peut obtenir des résultats
appréciables.
40 Le système chinois (( des fossés )) peut donner
également d'excellents résultats. Chaque paysan
consacre le neuvième de ses terres l'emmagasine-
ment des eaux, et cela ne lui coûte qu'un peu de
main-d'œuvre familiale, tout en lui donnant plus
de récolte pour le même champ. Mais l'ensemble du
pays y trouve le bénéfice de réductions appréciables
des crues par la rétention des eaux de pluie, et de
(1) Les deltas sont généralement le fait des mers calmes et SR
réductions appr6ciables des transports solides vers mar6es. parce que la mer y a moins de puissance pour di
l'aval par suite de la décantation d'une partie des
liions dans les fossés.
les apports (NU,Rhlne). Mais il peut s'en former tout su=
-
dans les mers fortes marées pour de plus gros débits solider,(Hoan
ho : 3,20 m de marée ; Gange-Brahmapoutre : 5,50 m de,-%
64 L'AMÉNAGEMENT DES COURS D'EAU

L'exhaussement est de l'ordre de 1'60 m par


siècle pour le Hoang-ho, et retient près de 2 % du
cube d'alluvions qui devraient parvenir au delta.
Il est de près de 1 m par siècle pour le Pô, dont les
eaux ont fini par dominer la plaine entre deux files
de digues sur 170 km de long. 11 est i peine besoin
de dire combien de telles situations peuvent être L ' ~ N A G E M E N TDES COURS D'EAU
dangereuses pour les riverains, dont la vigüance POUR LA NAVIGATION FLUVIALE
finit en outre par s'émousser avec le temps.
1. - Transports par eau. Dimenriiom des bateaux
10 Les transports par eau sont lents en toute
saison, et peu sûrs l'hiver. Mais ce n'est pas spécia-
lement gênant pour les matières premières en vrac
et pour les produits semi-finis qu'ils permettent
de transporter dans des conditions exceptionnelles
de bon marché : 4 fois moins cher que pay fer,
15 fois moins que par camion, aux Etats-Unis.
Aussi la France confie-t-elle une part relative-
ment importante de ses transports de marchandises /

à la voie d'eau : 11 % en tonnage kilométrique


(contre 52 % par route et 37 % par voie ferrée),
6 % en tonnage (contre 81 % par route et 13 %
par voie ferrée). L'activité de ces transports par
eau porte essentiellement sur les agrégats et les
matériaux de construction (37 %), les produits
pétroliers (20 %), les céréales et les f o u ~ a g e (20
s %),
cette dernière catégorie de marchandises prenant
de plus en plus la place, jadis prépondérante, du
charbon (7 %). Mais les 14 milliards de tonnes kilo-
métriques et les 110 millions de tennes de nos trans-
ports annuels par voie d'eau sont loin d'égaler les
48 milliards de tonnes kilométriques et les 230
lions de tonnes de l'Allemagne de 1'
n'assure pas moins de 35 % de ses transp
chandises par voie d'eau (en tkm) et d
J . LARRAS
66 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

de voies navigables est tout à la fois plus moderne pendent elles-mêmes des hauteurs d'eau gar
et plus court que le nôtre (4 415 km contre 7 619 km de la vitesse maximale du courant. Les.
chez nous). ns généralement admises sont de 95,50 m
La majorité des transports s'effectuent d'autre 185 m de long et de 10,lO m de large (1po
part le long d'un petit nombre d'axes, et c'est ainsi +
ur 4 ou 8 barges accolées deux deux).
qu'il ne passe pas moins de 110 000 000 de tonnes acité de transport s'éléve alors B 1350 t pour
de marchandises par an sur le Rhin, prés de la i européen 1) de 95,50 m et 3 000 t pom
frontière hollandaise, soit l'équivalent des deux de 185 m.
tiers de tout ce qui entre e t de tout ce qui sort des chiffres sont légérement supérieure pour la
ports de mer français pendant le même temps. e et pour le Rhin français. Mais on a dkjà
Ces conditions très particulières de transport it passer des convois de 8 600 t sur le Rhin alle-
permettent d'amortir facilement les dépenses d'amé- mand. Les Américains utilisent d'autre part des
nagement des cours d'eau les plus fréquentés, et convois de 20 000 t sur un grand nombre de fleuves,
celles-ci s'avèrent (d'après l'exemple tout récent de la et de 50 000 t sur le cours inférieur du Mississippi.
Moselle) du même ordre de grandeur que les dépenses
de construction du même kilométrage d'autoroutes, II. -Gabarits de navigation. Dimensions des éclrieee
pour des capacités de transport bien supérieures.
10 Les dimensions précédentes fixent par contre-
20 Il est d'usage de classer les aménagements coup les dimensions minimales du (( gabarit de naviga-
pour la navigation d'aprés les caractéristiques tion s, ou K rectangle de navigation n, qu'il faut laisser
maximales des automoteurs, des péniches remor- toujours parfaitement libre pour la circulation et pour
quées et des barges poussées qu'on peut faire le croisement des bateaux (notamment sousles ponts).
naviguer sur la rivière, dans le cadre du système de Ces dimensions minimales dépendent des facilités
voies navigables dont elle fait partie. -
d'évolution donc des sinuosités et du courant- Sur
Ces caractéristiques sont actuellement les sui- la riviére. Elles sont généralement de l'ordre suivant
vantes pour le réseau français : pour les cours d'eau peu rapides et bien aménagés :
Longueur
- Largeur
-
Fret
- Largeur ..... .... 40 m (à 2'90 m au-dessus des plns
hautes eaux navigables) ;
38'50 m5,05 m 350 t Tirant d'air .. .. . 5,25 - (au-dessus des plus hautes eaux
navigables) ;
76,50 m
10,10 m (1) 1350 t (1)
Mais on peut accoupler les barges et péniches en
Mouiliage .... ... 2'50 - à 3 m suivant les rivières (an-
dessous des plns basses eaux
convois poussés. navigables) ;
Les dimensions de ces convois dépendent de et de l'ordre suivant pour le RhGne :
celles des barges et de celles des pousseurs, qui
.
Largeur ... . . . . 60 m (ou 45 m en sens unique)
Tirant d'air.. . . 7 -
11,40 m et 1 600 t (pour 76,50 m de long) sur la Moselle et +

Mouillage .. .. .. 3 -
(1) q

le Rhin.
Mais il faut réduire la profondeur garantie, qu'on Les plus os axes de trafic sont la bas
appelle le u mouillage n, d'une marge de 20 à 40 cm
pour obtenir le tirant d'eau maximal dm bateaux,
(25 %),le 2 avec le Grand Canal d'Alsac
in
et l'Oise canalisée (10 %).
qu'on appelle 1' a enfoncement ».
20 Les dimensions maximales des bateaux fixent
III. - Méthodes générales d'aménagement
également les dimensions minimales &a Bcluses 10 L'aménagement des cours d'eau pour la
qu'ils franchissent. ation consiste à majorer les profondeurs
On distingue 4 types d'écluses dans les programmes que la nature les a faites, le long d'un chen
actuels de développement de la navigation française : le tracé permette la circulation facile des ba
(En mètree) 20 L'aménagement u B courant Libre 1) cons
- se servir de l'écoulement des eaux pour creuser -
Longueurs.. . ..... 176 100 92 40
pour maintenir - le chenal à la profondeur voul
Largeurs ......... 12 12 6 6
...
Mouillages. .. .. 3,50 , 3,50 3 3 en dirigeant - puis maintenant - cet écoule
Mais on construit également des écluses plus dans la direction optimale par des ouvrages
igues (longitudinales) ou
larges et plus longues pour le passage simultané
de plusieurs bateaux ou de plusieurs convois. thode progressive et peu chére
mence donc généralement
30 Les dimensions maximales des bateaux et leur
vitesse, qui dépend elle-même du courant, fixent elle ne permet pas d'aller bien loin, car les CO
enfin les rayons de courbure minimaux des chenaux n'ont qu'une action limitée, et c'est ainsi
qu'ils frBquentent. Ces rayons vont de quelques peut pas compter sur plus de 1'80 m de profondeur
centaines de m h e s pour les bons cours d'eau peu dans les parties les plus gênantes en basses eaux sur
rapides B 800 m pour le Rhône. le Rhône, plus de 2 m sur le Rhin Gançais.
30 L'aménagement u par canalisation » consiste
4O La France dispose de 7 629 km de voies d'eau h remplacer les cours d'eau par des marches d'esca-
fréquentées par la navigation commerciale, dont lier successives (ou u biefs 1)) entre 2 files de digues
3 175 km de fleuves et rivières et 4 454 kni de ou de berges, avec des écluses pour passer d'une
canaux. A quoi l'on doit ajouter 5 202 km de fleuves marche à l'autre. Les eaux de la rivière, et plus
et rivières et 4 788 km de canaux sur lesquels on spécialement les eaux de crue, passent alors par-
pourrait reprendre en principe l'ancienne navigation dessus des déversoirs, qu'on appelle des u barrages
disparue. Mais les voies navigables accessibles aux de navigation n, et qu'on accole généralement aux
convois poussés de 95,50 m et de 172 m ne dépassent, écluses. La Seine, l'Escaut et la Tamise sont cana-
pour l'instant, pas 20 % de l'ensemble des voies lisés depuis longtemps jusqu'à la limite de la
navigables effectivement fréquentées. marée. Le Rhône l'est déjai presque entièrement
LA NAVIGATION FLUVIALE

à l'aval de Lyon, et le Rhin doit I'atre bien- Il ne faut toucher à rien sur le cours d'eau sana
tôt dans toute la partie française à l'amont de se préoccuper des répercussions que cela risque
Strasbourg. d'avoir en d'autres points. Il faut donc veiller à l&
40 L'aménagement par (( canal latéral 1) consiste à continuité simukanée du tracé en plan, du profil
doubler certaines parties du cours d'eau par un en travers et du profil en long des chenaux.
canal qui le rejoint aux deux bouts, comme le 30 La troisième règle à suivre est celle de l'unité
canal latéral à la Loire sur les 200 km de Digoin à du chnul (sauf dans le cas des îles qu'on a des
Briare ou le canal lateral à la Garonne sur les raisons de maintenir, et des passages trop étroits
193 km de Toulouse à Castets. L'aménagement cc par eous les ponts pour pouvoir se croiser). Cela conduit
canal latéral » représente donc moins un aménage- à supprimer les dérivations du chenal principal,
ment de cours d'eau que la construction d'un canal lorsqu'il se dédouble de part et d'autre d'une île
distinct. ou d'un banc pour reprendre un cours unique
50 L'aménagement u par dragage » consiste : plus loin. La meilleure solution consiste à rétréck,
soit à diriger l'action érosive du courant au mieux puis à fermer, l'une des branches pour concentrer
par l'exécution de dragages aux bons endroits dans progressivement les courants dans l'autre, jusqu'd
l'aménagement « à courant libre D, soit à majorer ce qu'il n'y ait plus qu'un seul chenal bien calibre?
la profondeur utile des « biefs )) dans l'aménagement
«parcanalisation ». C'est donc plus un procédé d'exé-
cution qu'une véritable méthode d'aménagement.

IV. - Am6nagement « à courant libre D


10 La première règle à suivre est celle de la continuit6.
Il ne faut pas d'étranglements du lit ni de varia-
tions brusques de direction ou de profondeur. Les
sinuosités ne doivent pas être trop courtes ni trop
longues (de l'ordre, généralement, de 8 fois la lar-
geur du [( lit moyen D)(1)' et leur courbure doit
varier d'une façon continue entre points d'inflexion
et sommets. Le chenal doit être enfin plu& large
aux sommets des courbes qu'aux points d'inflexion.
20 La deuxiame règle à suivre est celle de la
solidarité.
la dbtlnition du ( Ut moyen *.
voir au d6but du chapitre Fig. 17. - Cours du Rhane avant et a,prhs concentration des eaux
dans un lit unique
72 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

d'un bout B l'autre de la partie primitivement conditionne la stabilité des ouvrages riveraias M*$~
dédoublée. On y arrive généralement par l'accumu- l'écoulement des crues.
lation progressive de produits de dragages, s'ap-
puyant ou non sur des barrages noyés. 50 La méthode de Girardon (1894)
inconvénients. Elle consiste A CO
40 La régle de l'unité du chenal n'est cependant génbrale (tout au moins qualitat
pas suffisante pour assurer des conditions convena- Fargue par des actions locales
bles de navigation ;le Rhi3ne ne présentait en effet travers, de façon qu'ils ne dépe
pas moins de 74 seuils, dont 19 obligeaient B réduire pas dù débit et qu'ils ne comport
1' (( enfoncement D, sur les 105 km de son chenal trop étroits en contrepartie de
unique entre Lyon et Valence. Car les profondeurs dé- fortes.
pendent directement du tracé des berges, suivant des Cela se traduit par la mise en place de a
lois physiques quantitatives qu'on appelle les lois de ou d'épis submersibles n, d' N Epis
Fargue et qu'il n'est au pouvoir de persa-ne d'éluder :
<r) Les profondeurs dans l'axe d* n li: noyen N sont
d'autant plus élevées que la courbure est plus forte ;
b) Les profondeurs maximales (ou a mouilles D)
se trouvent B proximité de la rive concave, et légé-
rement A l'aval des points de courbure maximale ;
C) Les minimales (ou (( maigres »)
se trouvent dans l'axe du (( lit moyen n, et légéPement
B l'aval des points d'inflexion (1).
Ces lois o i t permis d9am61ior&'considérablement
la u régularisation N (ou (( correction ») de rivières
comme la Garonne (1872)' *par des implantations
de digues ou d'épis qui modifiaient leur tracé. Mais
elles ne permettent pas d'agir sur la répartition des Tholwrg
rofondeurs et des vitesses dans le profil en travers ;
Es pos~ibilitésde navigation dépendent beaucoup Fig. 18. - Epis, digues et tenons
(Les ordonnées du profil en travers ont étb multiplibes par
plus du u lit mineur D que du (( lit moyen s ; et l'on
n'est pas maître du profil en long de la rivière, qui
d' (( kpis noyés n et de (( seuils de fond r, pour
cher les profils en travers de s'écarter un
(1) Ii existe g&n&alementune reiation du 3- de@, mais diffé-
rente pour chaque rivf&re, entre l'inverse du rayon de courbure R des gabarits souhaitables. E t l'on s'kas
et la profondeur maximale h de la 4 mouil18 8 pour le débit moyen : profils que la Nature r6alise d'elle-même
bonnes parties de la rivihe, pour tracer ces
74 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU

limites en laissant l'érosion faire le reste à l'intérieur. 10 x 111O00 = 1/100 en hauteur, pour une rd
Les « seuils de fond » constituent, d'autre part, des tion du 111000 en plan).
points de passage obligés du profil en long. Les granulats qui constituent les fonds m
La méthode peut évidemment surprendre, puis- doivent être plus légers et plus gros sur m
qu'elle vise à l'amélioration du chenal en le bar- qu'en vraie grandeur, et l'on doit renforcer bien
rant et l'encombrant. Mais les ouvrages qu'elle souvent leur rugosité par l'introduction de plots,
introduit font un excellent ménage avec le fleuve, de herses ou de grillages sur le fond.
et n'exigent qu'un entretien réduit, lorsqu'on opère Il faut s'assurer enfin de l'exactitude du modèle
d'une façon suffisamment douce et progressive par un « tarage préalable » avant de s'en servir. La
d'après les meilleurs modèles que le fleuve propose méthode consiste à régler progressivement les carac-
lui-même en certains points. téristiques du modèle et de l'alimentation en maté-
Le Rhône et le Rhin constituent de bons exemples riaux jusqu'd ce qu'on retrouve sur modèle ceux
d'aménagement (ou de a correction n) par la méthode des phénomènes qu'on connaît déjà en vraie gran-
de Girardon, et les profondeurs obtenues tendent deur (pourvu qu'il ne s'agisse pas de phénoménes
même à s'améliorer lentement avec les ans. physiquement inévitables ou quantitativement im-
précis). L'opération porte le nom de (( tarage par la
60 L'aménagement « à courant libre 1) ne peut méthode historique »,lorsqu'on cherche B retrouver
être envisagé pour une navigation moderne que
sur des sections de rivière à grand débit d'étiage
et faible pente. E t l'on ne doit pas, en tout état de
une suite connue de modifications déjà survenues,
depuis le même nombre d'années -pour le moins
qu'on veut tirer d'enseignements du modèle pour
-
cause, se lancer dans l'exécution de travaux coûteux un nombre d'années donné dans l'avenir.
tant qu'on ne peut pas savoir comment ils agiront, 70 Les méthodes d'aménagement des cours d'eau
ni pendant combien de temps, sur la navigation. « B courant libre » en vue de leur utilisation comme
11 n'y a donc généralement pas d'autre moyen voies navigables valent tout aussi bien pour leur
d'évaluer les résultats probables d'un projet d"amé- aménagement en vue d'un meilleur écoulement dee
nagement N à courant libre » que d'étudier ce projet crues ou d'une meilleure stabilité du thalweg et
sur modèle réduit (1)' et les modèles distordus à des berges à travers les propriétés riveraines.
fonds mobiles sont les seuls à pouvoir fournir des
réponses suffisantes aux questions posées. V. - AmBnagement << par canalieation »
La dilatation des échelles dans le sens verti-
cal, ou « distorsion »,doit être de l'ordre de la 10 L'aménagement « à courant libre a ne permet
racine cubique du dénominateur de l'échelle des pas toujours d'augmenter les profondeurs, ni de
dimensions en plan (distorsion 10, et réduction du réduire les vitesses d'écoulement, comme 19int€r9t
de la navigation l'exigerait. L'aménagement a par
canalisation » permet, tout au contraire, de relevarl:
(1) Voir L'hgdrauliquc, no 1158, COU. 4 Que sais-je ? r, p. 99. les niveaux e t de réduire les vitesses d'écoulement*
LA NAVIGATION FLUVIALE

minimal à toute époque en tout point


Les barrages n'ont généralement pas
à 5 m de haut. Mais la diffhrence de nive
écluse à l'autre peut dépasser notablemen
chiffres, car la retenue des eaux provoque
exhaussement décroissant du profil en long de
rivihre (ou (( remous D)jusqu'à plus de 2 500 fois
hauteur du barrage sur le Rhône à Valeno
000 fois sur la Loire à Orléans, 7 000 fois sur
à Karlsruhe, 10 000 fois sur la Seine à
1).On arrive ainsi, sans trop de répercus
s propriétés riveraines et sur le niveau
100 - nappe phréatique 1) à l'amont, à :
Moyenne Moselle ....................... 6.50 m
- haut Rhin .................... 10 -
- Rh6ne Lyon-Tarascon .......... 13,50 -
- Tennessee ..................... 17 -
bas Rhône (sur canal latéral) ... 23 -
PROFIL El1 LONG
On tend, d'autre part, à réduire le nombre
Fig. 19. - Canalisation de ia Moselle d'écluses pour une même dénivellation totale, afin
d'accélérer le trafic, comme sur la Seine où l'on
et des écluses coûtent cher, l'exhaussement des remplace actuellement les séries de 3 (( biefs 1) et
rives également, les barrages peuvent devenir gê- de 3 écluses par des séries de deux.
nants en cas de crues ou d'embâcles, et l'immobilité
relative des eaux favorise la formation de glaces 30 Les (( barrages de navigation )) doivent pré-
en hiver ou de dépôts limoneux (qu'il faut draguer) senter des largeurs telles qu'ils puissent livrer pas-
à toute époque de l'année.
sage aux plus fortes crues sans aggraver notable
ment la situation des propriétés riveraines à l'amont
Il y a donc chaque fois des études économiques (0'10 m B 0,30 m de relèvement maximal).
à faire, et l'aménagement par canalisation a ne On n'y parvient généralement qu'au moyen de
convient finalement qu'à de forts trafics pour lesquels
(( barrages mobiles N, susceptibles de s'effacer (am
la réduction des frais de transport par tonne l'em- commande, ou bien automatiquement) pendant lm
porte sur la valeur correspondante des charges fixes.
+

périodes de crues où l'on ne peut plus naviguer :bar-


20 Les (( barrages de navigation s doivent retenir rages à vannes, à vannes levantes, à poutrelles, à d-
les eaux sur des hauteurs telles que le nouveau profil
en long de la surface libre garantisse 1' ((enfoncement» (1) Pour la determination prkcise du profil en long de ia s11pfqW
libre, voir L'hydraulique, no 1158, coll. < Que sais-je ? r, p. 58.
78 L'AMJ~NAGEMENTDES COURS D'EAU LA NAVIGATION FLUVIALE 79
,

guiUes, àfermettes, à hausses, à cylindres, à segments,


barrages souples, barrages-clapets, barrages-toits ...
Mais il peut se faire qu'on puisse continuer B
naviguer sur le reste de la rivière, lorsqu'on a
complètement effacé les barrages. On passe alors
d'un « bief » à l'autre par des u passes navigables n
spéciales, pour éviter les pertes de temps aux
écluses et les risques d'échouement sur les barrages
abattus. Ces passes doivent être plus larges que les
écluses, puisque les bateaux doivent les franchir à
la pleine vitesse du courant.
40 Les « barrages de navigation >) doivent s'ap-
puyer (comme tous les barrages) sur des fondations
imperméables, inaffouillables et suffisamment résis-
tantes. Ce n'est pas toujours facile dans les lits d'al-
luvions, de graviers et de sables, ou dans les lits
composites qui comportent des amas de granulata sur
des terrains remaniés ou fracturés. Il convient donc
d'être particulièrement circonspect dans le choix des
emplacements de barrages, et de prendre toutes me-
sures techniquesnécessaires pour faire face aux diffi- Fig. 20. - Fonctionnement schbmatique d'une
cultés de fondation quand on ne peut pas y échapper.
50 Les écluses permettent de passer tranquille-
cations avec l'aval derrière eux, on ouvre les v a n p ~
ment d'un (( bief n à l'autre, par de simples ma- d'amont pour que l'eau monte - avec le@
nœuvres de vannes et de portes. On ouvre la porte teaux - jusqu'au niveau d'amont, et l'on ouw
d'amont (en laissant la porte d'aval fermée) pour enfin la porte d'amont pour laisser sortir les batmzx.
laisser entrer les « bateaux avalants n ou descen- Chacune de ces manœuvres consomme pudp~i~
dants, on referme les communications avec l'amont centaines ou quelques milliers de mètres cuba dbd>
derrière eux, on ouvre les vannes d'aval pour que qui passent à l'aval, mais il n'en résulte de vr& p ~ 0 -
l'eau descende - avec les bateaux - jusqu'au blèmes que sur les rivières très passantes en eajaOn
niveau d'aval, et l'on ouvre enfui la porte d'aval sèche, comme la Seine dont les ((éclusées»repré-ent
pour laisser sortir les bateaux. parfois l'essentiel des écoulements vers l'aval en*@.
En sens inverse, on ouvre la porte d'aval (en
laissant la porte d'amont fermée) pour laisser entrer 60 On peut accoler les écluses aux barrages direc-
les bateaux montants, on referme les communi- tement sur le cours d'eau. On peut les implanter
LA NAVIGATION FLUVIALE 81

seul coup, qu'à l'aide d'écluses : ascenseurs à


, bateaux, pentes d'eau, etc. Mais nous n'en parlerons
pas ici car on n'a jamais utilisé ce genre d'appareils
ou de systèmes que sur les canaux, à l'exclusion des
T i t e am1
cours d'eau qui constituent l'objet du présent
ouvrage.
VI. - Balisage
'
10 On améliore la sécurité de la navigation en
facilitant le repérage des limites du chenal. On
ouverte utilise à cet effet des bouées de couleur qui défi&-
sent les bords (ou l'un des bords) du chenal, et des
repères à terre qui définissent les alignements à
suivre. On fait toujours en sorte qu'on puisse voir
toujours deux bouées 8,la fois, et que les bateaux
ne risquent rien si l'une d'entre elles disparaissait
à la suite d'une crue ou d'un accident.
20 On peut améliorer les prix de revient de la
navigation en naviguant par tous les temps et de
Fig. 21. - Dispositions schématiques d'une écluse nuit, au lieu de naviguer - comme on le fait géné-
ralement - par temps clair et de jour. On « réflec-
torise D alors les bouées, pour les rendre plus visibles
La possibilité de dénivellations importantes entre quand le bateau éclaire sa route au projecteur, et
les extrémités des canaux de dérivation permet de l'on établit des réflecteurs analogues sur les parties
réaber des écluses de hauteurs notablement supé- des berges les plus difficiles à discerner (voire des
rieures B celles qu'on obtiendrait par accolement réflecteurs radar comme sur la Moselle canalisée).
direct au barrage. Mais il faut pouvoir mettre ces
écluses - ne fût-ce que partiellement - hors d'eau
par des « barrages de garde » distincts dans le cas
de réparations ou de crues, et les ouvrages de garde
doivent comporter des « passes navigables D,si l'on
ne veut pas interrompre la navigation pendant les
réparations.
70 il existe toute une série de methodes modernes
pour franchir de plus fortes dénivellations, d'un
La concentration des activités humaines dans les
plaines conduit B l'établissement de p n d s ports
dans l'abri naturel de la partie maritime des fleuves
(Londres, Bordeaux, Calcutta...). L'aménagement
de ces fleuves pour la navigation maritime consiste
B majorer leurs profondeurs, telles que la nature
les a faites, le long de chenaux dont le tracé per-
mette la circulation facile des navires entre les
ports et la mer.
On essaye généralement d'utiliser les courants de
remplissage et de vidange par la marée p o u meuser
- -
et pour maintenir les chenaux B la profondeur
vouiue, car c'est le meilleur moyen de réduire les
dépenses. Cela mnduit B diriger, puis B maintenir,
1'6codement des eaux dans la direction optimale
par des ouvrages fixes tels que des digues (longitu-
dinales) ou des épia (transversaux). Mais il faut
compléter, ou remplacer, l'action des ouvrages
fixes par des dragages, lorsque la construction de
digues ou d'6pis ne permet pas d'obtenir des eou-
rants assee forts ou lorsqu'elle s'avère trop onéreuse.
-
84 L ~ A M ~ N A G E M E NDES
T COURS D'EAU LA N A V I GATION MARITIME

II. -R générales
- lemaximum
maximum de vitesse du jusant n d
de vitesse du flot ;
n

"9'ee
d'amBnqpment es fleuves il marée
n 1)
- et le ((jusanta dure plus longtemps que le
10 L'aménagement des fleuves à marée doit ré-
Il vaut donc mieux tracer et dimensionner le
pondre aux mêmes règles de continuité, de solidarit6 chenal pour qu'il soit creusé par le a jusant n plut8t
et d'unité du chenal que n'importe quel autre aména- que par le « flot D.
gement dans la partie non maritime du flewe (1). La primauté n'est toutefois pas l'exclusivité,. Et,
si l'on doit chercher à favoriser l'action du <(jusqnt »,
l'on doit éviter de renforcer corrélativement les
actions traversières défavorables du « flot » (telles
que l'apport de sédiments du large), lorsqu'on ne
peut pas respecter complhtement la régle de l'unité
du chenal.
20 On s'est fixé longtemps comme condition
d'introduire le maximum de volume (ou de a puis-
sance hydraulique ))) de la marée dans l'estuaire.
L'aménagement de la Seine maritime à l'aval de
Rouen a coitncidé, de fait, avec le doublement de
la « puissance hydraulique » du fleuve depuis un
>t
siècle. Mais ce n'est pas forcément bon, puisqn'on
augmente les apports de sédiments du large dans
Mais il doit répondre aussi à la règle, spéciale la même proportion que les arrivées d'eau de même
anx fle~vesA mari%, de la primaut6 d'action du origine, et tout dépend de la part relative des apports
jusant. d'eau trouble dans l'ensemble des mouvements
d'eau du fleuve. C'est ainsi que l'approfondissement
C'est qu'en effet, dans la plupart des cas : de l'Elbe maritime A l'aval de Hambourg s'est ac-
- la vitesae moyenne du courant de vidange du compagné d'une réduction de a puissance hydrau-
lique » de 4'5 % depuis un siécle, et que les profon-
fleuve à marke descendante, qu'on appelle le
«jusant », dépasse la vitesse moyenne du courant deurs n'ont pas augmenté ni diminué dans l'estuaire
inverse de remplissage à marée montante, qu'on de la Lune (Angleterre) depuis un siécle bien que
appelle le a flot n ; le fleuve ait perdu 47 %.de sa « puissance hydrau-
lique 1) pendant le même temps.
(1) Bien qu'on ne puisse plus pwler des lois de Fargue et de 30 On s'est fixé longtemps aussi comme condition
Girardon sur le plan quantitatif, puisque la m e modifie wmplb
tement le caractère uniforme de 1'6coulement. Pour les lois de
d'augmenter la hauteur de la marée (ou a marnage a)
Fargue et de Girardon. se reporter au chapitre pr6c6dent. dans le cours du fleuve à l'amont. E t c'est an fait
86 L'AM~NAGEMENT DES COURS D'EAU ) ld NAVIGATION MARITIME 87
$

que certains aménagements se sont accompagn6e que les matériaux du fond sont plas gms. Mais elle
d'augmentations de a marnage n spectaculaires A montre bien pourquoi l'on trouve g6n&alement du
l'amont : sable dans les chenaux, et des mat6riaux plus fine
Avant Après
- - de part et d'autre des chenaux ou sur lee îies et sur

...............
Hambourg (snr l'Elbe) 1 m 2,50 m les bancs (avec des proportions de vase d'-tant
Brême (sur la Weser) 0,45 - 3,30 - plus fortes que les profondeurs sont plus faibles).
Elle montre également pourquoi l'on retrouve pra-
Ma& il n'y
a pas de rbgle absolue, comme on l'a tiquement toujours le même tirant d'eau maximal
constaté dans certaines études sur modéle : dam les fleuves non aménagés, pour telle ou telle
Avant Après nature de fonds, malgré les changements de tracé
- -
GIaegow (sur la Clyde) ....... 3,90 m 4 m
des chenaux dans le cours du temps. Elle montre
enfin pourquoi l'on peut trouver des chenaux de
et l'on ne peut, y
suite, pas toujours fonder la grande profondeur B la sortie d'!un fleuve sur des
recherche de l'amenagement optimal sur la notion côtes limoneuses trés plates, qui correspondent à
de maximum de (( marnage n B l'amont. de trés faibles valeurs de i, malgré de faibles débite
L'augmentation de (( marnage n risque d'ailleurs d'eau douce et de faibles (( marnages n (Escaut,
parfois de réduire le tirant d'eau disponible A basse prés d'Anvers).
mer, malgré l'abaissement corrélatif des fonds, et
de réduire du même coup le nombre d'heures de 50 La notion de constance approximative du pro-
navigation dans le fleuve pour les navires d'un duit hi dans l'ensemble du fleuve pour chaque
tirant d'eau donné. nature de matériaux du fond peut donc servir de
guide pour l'aménagement des fleuves à marée.
40 Il vaut finalement mieux faire en sorte que le Mais on ne peut pas modifier la nature des fonds,
p d u i t hi reste approximativement constant sur et l'on ne peut jouer par suite que sur les pentes i
toute la partie fluvio-maritime du fleuve p o u de la surface libre, au maximum local du a jusant n,
cha e nature de matériaux du fond, en désignant pour augmenter les hauteurs d'eau h dans le fleuve.
R"
par la hauteur d'eau locale et par i la pente locale
de la surface libre des eaux, au maximumulocaldu
L'aménagement des fleuves B marée s'avére de
ce fait une opération délicate, et l'on n'a que deux
((jusant n dans chaque cas. 8 moyens d'éviter les inégalités locales de profondeur
L'idée résulte d'une extension, A vrai dire assez - réduisent le tirant d'eau disponible :
qui
libre, de la notion de a force tractrice critique 1) qui - ramener l'ensemble des pentes de la surface
constitue l'une des bases de l'hydraulique des libre B leur valeur moyenne dans le sens de
entraînements de matériaux (1) et qui conduit A la longueur ;
dire que le produit hi doit 4tre d'autant plus élevé - ou bien ramener l'ensemble des pentes de la
surface libre B leur valeur moyenne dans le sens
(1) Voir L'iquf1~1uliquc,ne 1158, COU. 4 Que wais-Je ? 8, p. 81. de la largeur,
86 L'AM~NAGEMENT DES COURS D'EAU LA NAVIGATION M A R I T H E 87

que certains aménagements se sont a c c o m p a ~ que les matériaux fond sont p h g m . Mais elle
d'augmentations de u marnage n spectaculaires Q montre bisa pourquoi l'on trouve génhlement du
l'amont : sable dans les chenaux, et des matériaux plus fins
Avant
- -
Après de part et d'autre des chenaux ou sur les îles et sur

...............
Hambourg (sur 1Tlbe) 1 m 2,50 m les bancs (avec des proportions de vase d'autant
Brême (sur la Weser) 0,45 -
3,30 - plus fortes que les profondeurs sont plus faibles).
Elle montre également pourquoi l'on retrouve pra-
Mais il n'y a pas de règle absolue, comme on l'a tiquement toujours le même tirant d'eau maximal
constaté dans certaines études sur modèle : dans les fleuves non aménagés, pour telle ou telle
Avant Après nature de fonds, malgré les changements de tracé
-
Glasgow (sur la Clyde) ....... 3,90 m 4 m
des chenaux dans le cours du temps. Elle montre
enfin pourquoi l'on peut trouver des chenaux de
et l'on ne peut, par suite, pas toujours fonder la grande profondeur B la sortie d'un fleuve sur des
recherche de l'aménagement optimal sur la notion c6tes limoneuses très plates, qui correspondent B
de maximum de u marnage D Q l'amont. de très faibles valeurs de i, malgré de faibles débits
L'augmentation de u marnage D risque d'ailleurs d'eau douce et de faibles « marnages » (Escaut,
parfois de réduire le tirant d'eau dis onible B basse prhs d'Anvers).
mer, malgré l'abaissement codlati!?des fonds, et
de réduire du même coup le nombre d'heures de 50 La notion de constance approximative du pro-
navigation dans le fleuve pour les navires d'un duit hi dans l'ensemble du fleuve pour chaque
tirant d'eau donné. nature de matériaux du fond peut donc servir de
guide pour l'aménagement des fleuves B marée.
40 il vaut finalement mieux faire en sorte que le Mais on ne peut pas modifier la nature des fonds,
produit hi reste approximativement constant sur et l'on ne peut jouer par suite que sur les pentes i
toute la partie fluvio-maritime du fleuve pour de la surface libre, au maximum local du u jusant D,
cha e nature de matériaux du fond, en d6signant pour augmenter les hauteurs d'eau h dans le fleuve.
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par la hauteur d'eau locale et par i la pente locale
de la surface libre des eaux, au maximumMlocal du
L'aménagement des fleuves B marée s'avère de
ce fait une opération délicate, et l'on n'a que deux
((jusant» dans chaque cas. moyens d'éviter les inégalités locales de profondeur
L'idée réeulte d'une extension, B vrai dire assez qui réduisent le tirant d'eau disponible :
libre, de la notion de a force tractrice critique » qui - ramener l'ensemble des pentes de la surface
constitue l'une des bases de l'hydraulique des libre leur valeur moyenne dans le sens de
entraînements de matériaux (1) et qui conduit B la longueur ;
due que le produit iri doit 6tre d'autant plue éievd - ou bien ramener l'ensemble des pentes de la
surface libre B leur valeur moyenne d m le sens
de la largeur,
L

88 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU L A NAVIGATION MARITIME 89

tout en respectant les règles de continuité, de sdi- tielles de largeur avec la distance. Mais il est bien
darité, d'unité du chenal, et de primauté d'action évident qu'un fleuve n'a pas du tout la même
du u jusant P,dont nous avons parlé précédemment. allure pour 100 ou pour 1000 m de largeur an
60 La première mbthode consiste à remplacer le départ, avec le même taux d'augmentation kilo-
fleuve et son estuaire par un émissaire de largeur métrique plus loin.
constante pour certains états (ou pour tous les Tout dépend donc de l'importance qu'on décide
états) de la marée, h l'aide d'épis ou de digues, d'accorder au débit de la marée par rapport au
jusqu'à des profondeurs telles - en pleine mer - débit du fleuve. Et l'on doit réduire les communi-
cations avec le large lorsque l'essentiel des apports
que les dépôts de sédiments d'origine fluviale ou
m a ~ ne e risquent pas de les réduire à l'extrémité de sédiments dans la partie maritime du fleuve
(Orne, Mississippi, Mersey. ..). en provient, pour se montrer moins strict lorsque
C'est la méthode la plus stire, lorsqu'on l'applique l'essentiel des apports n'en vient pas. Mais tout
correctement. Mais le coût facilement élevé des cela dans les limites compatibles avec :
travaux et l'opposition des riverains peuvent en - les hauteurs de marée qu'on veut maintenir (ou
déconseiller l'emploi, car elle revient à prolonger qu'on veut obtenir) en tel ou tel point du fleuve ;
le fleuve d'une section supplémentaire et supprimer - le débit des eaux fluviales qu'on doit évacuer
pratiquement l'estuaire. en toute hypothèse a la mer ;
70 La deuxième méthode consiste à modifier les - l'étendue des zones de dépôt qu'on veut (ou
profils en travers du fleuve et de l'estuaire pour qu'on peut) laisser ae colmater entre le chenal
certains états (ou pour tous les états) de la marée, à et la rive;
l'aide d'épis ou de digues, jusqu'h ce qu'on obtienne - les conditions de navigation dont on veut pou-
pratiquement le même tirant d'eau dans toute la voir disposer le long du fleuve et dans l'estuaire.
largeur de toutes les sections aménagées (Loire,
Seine, Gironde, Weser...). 80 Les méthodes d'aménagement précédentes ne
Mais l'expérience montre que les fleuves non permettent as de répondre à toutes les questions,
aménagés où l'on bénéficie de chenaux faciles et 1
et l'on ne oit pas se lancer dans l'exécution de
travaux coûteux tant qu'on ne peut pas savoir
de profondeurs réguliéres s'évasent tous vers le
large, et que l'augmentation relative de largeur par comment ils agiront, ni pendant combien de temps,
kilomètre est plus grande h l'aval qn'h l'amont, à sur les conditions de navigation dans le fleuve.
pleine mer qu'à basse mer. Il est donc bon d'en Il n'y a donc généralement pas d'autre moyen de
faire autant pour les fleuves aménagks, et c'est ce préciser les projets d'aménagement des fleuves à
qu'on appelle la règle de l'évasement progtessij du marée que par des études sur modèles réduits. E t
chenal. l'on doit veiller tout spécialement à bien tarer le
Certains calculs donnent à penser que l'optimum modèle dans ce cas par la c méthode historique 1).
pourrait correspondre à des variations exponen- On peut utiliser également les remarques sui-
LA NAVIGATION MARITIME 91

vantes, bien qu'elles ne constituent pas des règles La distribution des largeurs entre digues ne
absolues, pour aboutir plus vite à des solutions dépend, en effet, que de la distribution des débits
acceptables : et des vitesses pour une distribution de profondextrs
a) Les chenaux de u jusant )) ne sont générale- donnée (le long du fleuve, aux divers Qtats de
ment pas stables dans l'alignement entre deux marée). Or la distribution des vitesses ne dépend,
digues rectilignes trop espacées ;
b) Les chenaux de u jusant )) sont généralement
plus stables (et les profondeurs plus réguli8res)
lorsqu'on fixe le profil en travers du chenal de
u jusant )) par des épis, par des digues hautes, ou
par les deux à la fois (plutôt que par de simples
digues basses) au droit des points d'inflexion du
tracé (1).

III. -
Am6nagement des fleuves
par construction de digues on d'épis Fig. 23. -Travaux d'am6nagement de l'embouchure de la Seine
par digues et 6pis
10 On est théoriquement libre d'adopter l'un ou
l'autre des deux systèmes d'aménagement suivants : pratiquement, que de la nature des fonds ponr m e
- un lit mineur de u jusant D,bordé de digues distribution des profondeurs et des pentes super-
basses submersibles, à l'intérieur d'un lit majeur ficielles donnée, c'est-à-dire pour un projet d'am&
de u flot 1) bordé de digues hautes, ou de rives nagement donné (1).
naturelles, insubmersibles (aménagement à la La distribution des largeurs entre digues ne
Franzius) ; dépend donc, pratiquement, que de la distribution
- ou bien un seul et même lit de u jusant )) et de des débits (le long du fleuve, aux divers états de
(( flot n, bordé de digues hautes insubmersibles marée) pour un projet d'aménagement donné. E t
(aménagement B la Bourdelles). le profil en travers du chenal (à la F r d w ou bien
à la Bourdelles) ne dépend finalement que de la
20 Le choix dépend pratiquement de l'importance largeur du débouché en mer ouverte par où le débit
qu'il convient d'accorder au débit de la marée par de la marée passe et repasse, pour un débit du
rapport au débit du fleuve, dans la partie terminale, fleuve donné.
pour les raisons que nous avons déjà dites en II,
70 ci-dessue. 30 Les épis n'engagent pas autant l'avenir que
les digues, puisqu'on peut toujom les allonger ou
(1) Le calibrage du lit doit B t r e en eRet, toutes choses &gales
d'ailieurs, plus strict dans les fleuves h renverses de courant r6pbtees
que dans les fleuves qui vont toujours dans le même sens. (1) Voir L'hydraulique, ne 1158, cou. 4 Que sais-je ? n, p. 42.
LA NAVIGATION MARITIME 93

d'épis. Mais il vaut mieux draguer lorsqu'on ne


veut pas engager irrémédiablement l'avenir. Et l'on
doit même se contenter de draguer lorsque les
questions de dépense ou d'intérêts locaux l'empor-
tent sur les considérations techniques :soit dans les
pays trop vieux où l'on ne peut plus modifier'la
configuration des rives à son gré, soit dans les pays
trop jeunes où l'on ne peut pas engager de trop
gosses dépenses d'immobilisations d'un seul coup.
mité des ouvrages. Ces remous ne permettent,
d'autre part, pas de fixer la limite des dépbts d t é - 30 Il est d'usage de distinguer les u dragages de
rieurs de sédiments avec autant de pr6clion que
régime n, qui servent à modifier l'état de choses
pour les digues. existant, et les u dragages d'entretien r qui servent
P Ce sont souvent des questions de dépense q 8 maintenir cet &at de choses. par la suite (1).
fixent le choix définitif entre les digues et les épi Le cube dragué s'accroît très vite avec le mpp14-
Mais on peut combiner tout aussi bien les de ment de tirant d'eau qu'on veut atteindre par
pour fixer - par exemple - le lit mineur rapport aux profondeurs d'équilibre naturelles, et
u jusant u par des épis pis l'intérieur d'un lit majeu les dépenses de dragage vont de ce fait largement
de (( flot D délimité par des digues. en croissant dans le monde -par suite de l'augmen-
tation de tirant d'eau des navires -depuis quelques
IV. - Am6nagemmt des fleuves p dngge années. Ce n'est pas bien grave si le trafic commer-
cial le justifie, mais l'expérience montre qu'on ne
10 Les dragages permettent de supprimer les peut pas draguer plus d'un métre cube de déblais
obstacles que les courants n'auraient pas la force .par tonne de marchandises entrant ou sortant, sans
de réd&e, ou qu'ils ne pourraient pas réduire assez peser trop lourdement sur l'économie gén6rale du
"te. Les dragages constituent donc souvent le pays.
complément des.travaux d'aménagement par cons-
truction de digues ou d'épis, et leur action doit V. -Fogses d'attente
s'inscrire étroitement dans la ligne générale des Les plus grands navires ne peuvent utiliser la
méthodes d'aménagement que nous venons d'ex- partie maritime des fleuves qu'8 marée haute. Ils
porrer* ont donc les courants de marée pour eux quand ils
éles réduits, comme
indiquer la meilleure (1) Citons ici quel es ordres de grandeur :43 000 000 de mètres
er, chaque fois, les
,
cubes de * dragages g r 6 me dam l'une des dernihs tranches de
travaux d'am6nagement (ge la Seine maritime (Rouen), 10 000 000 de
mètrns cubes de r dragages d'entrehen a par an pour l'embouchure
gage et de construction de digues ou ~~

de la Mersey (~iverpo&:
se dirigent vers l'intérieur des terres, et contre eux
quand ils se dirigent vers le large. D'où cette consé-
quence, peu connue des profanes, qu'il faut plue
de temps pour descendre les fleuves A marée que
pour les remonter. Et, si les navires n'ont pas le
- -
temps de descendre le fleuve trop long pendant L'MNAGEMENT DES COURS D'EAU
le bref passage de l'onde de marée qui vient A leur POUR LA DBENSE CONTRE LES POLLUTIONS
rencontre, il faut leur ménager des N fosses d'at-
tente D en certains points du fleuve pour leur per-
mettre d'attendre la marée suivante, A l'ancre, 1. - Pollution par les eaux réeidaallea
sans s'échouer. 10 Nul n'ignore le danger que l'envoi d'eau
On utilise généralement le8 surprofondeurs dans d'égout dans les rivières constitue pour l'hygiène
les courbes A cet effet, en les améliorant s'il le faut publique. Mais il n'existe pas moins de 450 types
par dragage, et la distance d'une fosse à l'autre d'eaux résiduaires, qui risquent de provoquer aussi
fixe le minimum de vitesse admissible pour les l'altération des eaux naturelles. La législation fran-
navires appelés A fréquenter le fleuve. çaise fixe donc des conditions très précises pour
l'envoi des eaux résiduaires de l'industrie et des
villes dans les cours d'eau. Il ne faut notamment
pas rejeter d'eaux trop chaudes (plus de 300)' ni
trop acides (pH < 5'5)' ni trop basiques (pH > 8'5
ou 9'5). Il ne faut pas rejeter non plus de composés
cycliques hydroxylés, ni de dérivés halogénés de
ces produits. Et l'on ne doit pas rejeter, d'une façon
plus générale, de substances de nature A favoriser
la manifestation d'odeurs, de saveurs ou de colo-
rations anormales dans les eaux naturelles qu'on
doit utiliser pour l'alimentation des hommes.
20 Le débit des eaux pollnées qu'on jette à la
rivière ne doit pas dépasser le 1/150, ou - mieux
encore -
le 1/300, du débit de la rivière lorsqu'on
répartit les déversements sur 24 heures par jour, et
la moitié de ces chiffres lorsp'on les répartit sur 10.
Les eaux rejetées ne doivent pas contenir plus
-
de 50 ou de 100 mg de sédiments niplus de 30 ou
de 60 mg d'azote total -par litre, suivant les débits
LA DEFENSE CONTRE LES POLLUTIONS 97

respectifs des eaux propres et des eaux résiduaires ;et


même moins lorsque le% eaux polluées risquent d'at-
teindre des prises d'eau pour les villes, des plages, des
bancs de coquillages, ou des réserves B salmonidés en
moins de 5 jours pendant la période des basses eaux.
Ces chiffres ne valent toutefois que pour l'envoi
d'eaux moyennement polluées dans des eaux d'une
teneur moyenne en oxygène (1). Mais ils suffisent
&ô$ pour montrer l'intérêt, voire la nécessité, d'un traite-
TARARE ment préalable des effluents avant leur envoi dans la
rivière (traitement biologique, physique ou chimique).
3 O Certaines im~uretésne dis~araissentjamais.
comme le chloruri de sodium Ou la plup& dei
détergents, et c'est leur extrême dilution jointe -
B leur départ vers la mer - qui fait qu'elles ne sont
pas encore trop nocives pour l'instant. D'autres
disparaissent par réaction chimique au contact des
matériaux du lit, comme certaine acides minéraux.
Mais la plupart des impuretés disparaissent par l'ac-
tion biologique naturelle des plantes, des animaux
et des bactéries quand l'eau contient de l'oxygéne en
excès :qu'il s'agisse d'impuretés d'origine organique
ou de produits industriels comme le savon, le benzol
et cert-ains détergents de conception récente.
L'épuration n'est jamais instantanée, et l'on ne
peut même la considérer comme acquise qu'après
5 jours de descente des impuretés vers l'aval, dans
les meilleures conditions de dilution en Dériode de
basses eaux. Les eaux qu'on jette B laLrivière ne
doivent, de toute façon, pas dépasser un degré de
pollution tel qu'il faille plus de 100 ou 200 mg
Fig. 24. - Points de pollution des eaux de la région lyonnaise d'oxygéne par litre d'eau polluée pour les épurer
+ Points de pollution A Stations d'épuration
(1) Voir, pour plus amples détails, l'Instruction du ministre du
Commerce du 6 juin 1953, sur le rejet des eaux résiduaires (en cours
de révision).
98 GEMENT DES COURS D'EAU
L*AMJ%NA LA DÉFENSE CONTRE LES POLLUTIONS 99

par la suite. Ces eaux ne doivent, en outre, pas 15 ans), ne font qu'accroître la pollution des r i v i h
renfermer de substances capables d'entraîner la de jour en jour. Certains coure d'eau ne sont d'ail-
deetnxction des poissons à l'aval, ni de rhduire leur leu- pratiquement déj* plus que des égouts à ciel
ration d'oxyghe au-dessous de 5 mg d'oxygène ouvert en saison sèche, wmme dans le Nord, la
par litre d'eau propre pour les cyprinidés, de 7 mg Lorraine et le Bassin parisien. Il est donc de plus en
panr les salmonid6s. plne nhcessaire de renforcer et de coordonner la
Le chlore, les sels de fer, de cuivre, d'arsenic ou défense des rivières contre la pollution des eaux.
de chrome, les produite désinfectants retardent L'Administration n'a pas manqué d'y veilier, le
116puration naturelle, et la préeence simultanée de Parlement a voté la loi du 16 décembre 1964
plusieurs impuretés peut la compliquer beaucoup B cet effet, et l'on évalue A 30 milliards de francs
(chlore et phénol, par exemple). (3 000 milliards d'anciens francs) le montant des
40 Les eaux d'égout contiennent prhs de 50 g de investissements nécessaires ~ o u rassurer l'é~ura-
sédiments par habitant et par jour, et leur épuration tion de l'ensemble des efflueits actuels non encore
consomme un peu plus de 50 g d'oxygène dans les traités.
mêmes conditions (chiffres moyens, bien entendu). Il s'agit là d'un travail de longue haleine (de
Cela fait près de 2 000 t de sédiments par ville l'ordre de 25 à 30 ans) au cours duquel il faudra
de 100 000 habitants et par an, et la totalité de lutter contre toute nouvelle aggravation résultant
l'oxygène nécessaire $ la vie des truites dans un de l'expansion industrielle du pays, et dont les
vivier de 300 000 mS. actions d'ensemble s'appuyeront sur les deux élé-
ments essentiels suivants :
50 Les fabriques de coloranta au soufre, les lave-
ries de laine, les tanneries, les dietilleries, les bras- 1) l'inventaire (actuellement en cours) des pollu-
...,
series polluent bien plus encore les rivières. Mais
oe sont lee eaux résiduaires de la fabrication de
tions existantes ;
2) les « objectifs de qualité » fixant les maximums
cellulose aux sulfites qui les polluent le plus. La de pollution admissibles dans chaque cours d'eau
fabrication d'une tonne de cellulose dégage, en en fonction de la situation et des projets d'amé-
effet, plus d'une tonne de matières en suspension nagement ou de d6vdoppement des régions
dans l'eau, et l'épuration des eaux résiduaires cor- traversées.
respondantes consomme autant d'oxygène par tonne
de cellulose que les eaux d'égout d'une ville de 3 II. - Poilution pai l'eau dée
ou 4 000 habitants en un jour. 10 On appelle u limite supérieure (ou limite
60 Le développement spectaculaire de la consom- amont) des eaux saléea » le point le plus Bloigné de
mation de produits chimiques, de détergents, d'in- la mer que les eaux salées peuvent atteindre à la
secticides et d'engrais (qu'on finit par retrouver surface d'un fleuve aux étiages de vives eaux.
dans les rivières) et l'expansiion des industries ou La distance correspondante n'a rien à voir avec
des d i e s (dont les besoins doivent doubler d'ici celle que les variations de niveau de la marée peu-
%

? L A DÉFENSE CONTRE LES POLLUTIONS 101

vent atteindre dans les mêmes conditions (Missis- salé n, on n'a pas d'autres moyens que de faciliter
sipi :ealure 240 km, marée 400 km). La distance de la dilution des eaux :
remontée des eaux salées varie d'ailleurs constam- - en majorant les apports d'eau douce par l'exé-
ment avec le débit du fleuve et la hauteur de la cution de travaux qui majorent le débit minimal
marée (Mississipi : 244 km pour un débit de du fleuve ;
2 800 mals, O km pour un débit de 22 400 m8/s, - en réduisant les apports d'eau salée par l'exé-
en période de vives eaux). cution de travaux qui réduisent le volume de la
marée montante (resserrement dulit, comblement
20 Les mouvements d'eau salée jouent souvent des champs d'inondation, coupure des bras..) ;
un grand r61e dans la vie des populations Q proxi- - en évitant de laisser l'eau salée pénétrer dans
mité des embouchures. Il y a notamment des régions les canaux adjacents, par des jeux de vannes
où l'on ne pourrait plus habiter ni faire de l'élevage malencontreux, aux époques de grandes marées
et de la culture si l'on n'empêchait pas les eaux de qui coïncident avec de faibles dBbits d'amont.
dépasser un certain degré de salure, à l'amont de
certains points. Les Hollandais, pour qui c'est positivement vital,
Il faut veiller alors Ql'étanchéitédes berges, et s'abs- ont acquis, comme on le sait, une grande expérience
tenir d'augmenter les appels d'eau de mer dans la de ces questions.
((nappephréatique )) des terrains voisins par des prélè-
vements excessifs d'eau douce. Sinon l'on doit traiter
la totalité des eaux de consommation et d'arrosage
par voie chimique dans des conditions fort co6-
teuses. Mais on peut éviter d'en arriver là par les
moyens d'ordre purement hydraulique que nous
allons indiquer.

30 Par faible débit du fleuve et par faible marée,


l'eau de mer forme un coin pratiquement immobile
(qu'on appelle le « coin salé D), directement au
contact du fond et l'eau douce, plus légère, glisse
jusqu'au large par-dessus.
On peut empêcher alors la salure de remonter à
l'amont par un barrage provisoire sur le fond
(comme aux embouchures du Nil en été).

40 Lorsqu'on n'est pas suffisamment sûr de la


persistance (tout au moins saisonnihe) d'un a coin
L'AMI!%JAGEMENTDES COURS D'EAU
POUR LES SPORTS ET LOISIRS

Les cours d'eau tiennent de plus en plus de place


dans l'organisation générale des sports et loisirs :
tourisme, baignades, ski nautique, motonautisme,
voile, aviron, pêche (1). Mais il est difficile d'ad-
mettre plusiem de ces activités sur le même plan
d'eau sans risques de troubles et, même, d'acci-
dents. On se trmve donc conduit de plus en plus
B créer, ou délimiter, des plans d'eau distincts pour
chaque genre d'activités.

II. - Plane d'eau nrtifkieia


10 Il suffit, bien souvent, de relever le plan d'eau
d'un métre pour disposer d'agréables baignades sur
de petits cours d'eau. Mais il faut relever le8 eaux
beaucoup plus pour les activités qui s'exercent sur
de grandes étendues (telles que le ski nautique, le
motonautisme, la voile ou l'aviron), et c'est ainsi
qu'il a fallu relever l'Allier de 4,20 m pour obtenir
(1) Les 650 000 km de cours d'eau de France produisent plus
de 40 000 t de poisson par an (c'est-&-dire1 b-6de poisson de rivibre
par habitant et par an et 65 kg pnr km de nvibre et par an).
104 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU LES SPORTS ET LOISIRS 105

les 28 ha du plan d'eau sportif et touristique de d'eau. E t ceci ne facilite pas l'implantation de ce
Vichy (4 600 m de long, dont 2 400 m pour le plan genre de barrages dans les régions de tourisme que
d'eau olympique d'aviron). les inondations ne menacent pas directement.
Les barrages correspondants doivent être d'ins-
tallation peu coQteuse et d'entretien facile, s'inscrire 30 Les considérations d'hygiéne jouent néces-
agréablement dans le paysage, et pouvoir s'effacer sairement leur r61e dans l'aménagement des cours
rapidement (voire automatiquement) en cas de crue. d'eau pour les baignades publiques.
D'où la tendance actuelle aux vannes souples (cons- C'est pourquoi I'on abandonne de plus en plus
tituées d'un boudin de caoutchouc gonflé d'eau) les bains dans les rivières mêmes pour des bains en
pour les retenues de 1 à 2 m, et aux a barrages piscine le long des berges, dans des eaux de rivière
amovibles )) - du même genre que les a barrages de convenablement purifides.
navigation )) - pour les retenues de 2 à 5 m. Les
barrages ainsi constitués peuvent servir, le cas III. - Protection de la pêche
échéant, de volants journaliers pour les irrigations.
10 Le poisson est fort sensible à la pollution des
20 Les lacs artificiels des grandes installations de eaux, et I'on doit veiller tout particuli8rement à la
production d'énergie électrique présentent le plus pureté de son habitat dans les régions réputées pour
vif intérêt pour le tourisme (Serre-Ponçon, Cham- la pêche. Nous renvoyons au chapitre précédent
bon ...) et pour la distraction des citadins (Grangent, là-dessus. Le poisson est également fort sensible
prés de Saint-Etienne). Les intérêts de la production aux variations de niveau des eaux pendant la
concordent alors avec ceux du tourisme pour laisser période de frai, et l'on doit y veiller dans l'exploi-
la cuvette parfaitement pleine pendant tout l'été, tation des barrages à cette époque. Mais il est des
jusqu'aux périodes de grosse consommation d'au- poissons migrateurs, comme le saumon pour qui
tomne et d'hiver. le frai consiste à remonter de la mer jusqu'au fin
Mais il n'en est pas de même des réservoirs d'irri- fond de l'Auvergne ou du Pays Basque (1)' et l'on
gation et de relévement des étiages, qu'il faut vider doit leur laisser le passage dans l'intérêt de la
pendant 1'6th et dont des traces de boue fort inesthé- pêche, tout en coupant le fleuve ou la rivière par
tiques peuvent déparer les zones progressivement des barrages pour d'autres intérêts. On échappe à
émergées. La solution consiste alors à doubler le la contradiction par l'établissement d'ouvrages de
grand barrage par un (ou par des) petits barrages franchissement spéciaux, que le poisson peut em-
auxiliaires pour les besoins du tourisme et des sports prunter dans les deux sens.
dans les vallées affluentes, ou bien B l'origine amont
de la cuvette. 20 Les ouvrages les plue répandus sont les
Le problème n'est pas non plus le même pour les a échelles B poissons »,dans lesquelles le poisson
barrages de défense contre les inondations, qu'il
faut laisser constamment vides sans le moindre plan truite est un )poisson semi-migrateur.
..
(1) Autres poissons migrateurs : alose, lamproie, esturgeon. La
--
-
rn I
LLe à poissas
EchelLe à poissas

Réservoirs en cascade

Ecluse à poissons

2 5 . -Dispositifs de franchissement des barrages par les poissons

(par ses propres forces) un canal 2I 3, 4


de pente, muni de murets transversaux qui
la vitesse d'écoulement, Ce dispositif
beaucoup d'eau et ne convient qu'à des
e quelques mètres de haut.
LES SPORTS ET LOISIRS

-
30 Les (( réservoirs en cascade » comportent des
suites de chambres de l'ordre de 5 m sur 3, et le
ooisson nasse du haut de l'une au bas de l'autre
par un Qeuil déversant ou par un petit tunnel de
l'ordre de 70 cm de diamètre.
Ce dispositif consomme également beaucoup
d'eau, mais il permet de plus grandes hauteurs de
franchissement, puisque le poisson peut se reposer
en route. Certaines stations écossaises de ce type
sont munies d'appareils automatiques de comptage,
et même de photographie, des poissons qui les
franchissent.

de temps fixes, de grands réservoirs d'eau avec


les poissons qui s'y sont aventurés. Ce dispositif
consomme fort peu d'eau, mais il consomme par
contre de l'énergie.
50 Les u écluses 21 poissons )) comportent deux
chambres, d'amont et d'aval, fermées par des
portes et reliées par une galerie inclinée. On y
écluse les poissons par le même genre de manœuvres
que pour les bateaux dans les écluses de navigation,
mais en s'aidant de légers courants d'eau pour
107

40 Les (< ascenseurs à oiss sons )) assurent le trans-


L

port mécanique automatique, à des intervalles

inciter les poissons à passer (lentement) des environs


d'une porte A l'autre. Ce dispositif consomme peu
d'eau, ne coûte pas trop cher, et convient à de
fortes différences de niveau.
60 On développe parfois de faibles champs élec-
triques dans l'eau pour amener les poissons B se
détourner de la zone d'appel des eaux vers les
turbines qui les broyeraient.
L9~AGEMENT DES COURS D'EAU
POUR L'URBANISME

1. - Teeiaine à bâtir
Les cours d'eau sont 1( des chemins qui marchent »,
et les transports par eau précédent généralement
le développement des routes dans la marche de la
civilisation :il n'y a d'ailleurs pas trois sihlesqu'il
était normal d'aller de Paris à Fontainebleau par
le coche d'eau. Ces facilités de communications et
d'échanges ont favorisé la création des villes, A
partir d'une île (Paris, Strasbourg), d'une pres-
qu'île (Lyon, Tours), ou d'une des rives (Avignon,
Bordeaux). Mais,s'il est des villes qui se sont déve-
loppées dans le respect du cours d'eau primitif,
d'autres n'ont eu de cesse de s'htendre à ses dépens
et d'en réduire le domaine.
La lutte a commencé, et se poursuit encore, par
la suppression progressive des bras secondaires, des
marais et des champs d'inondation, et les vieux
noms du Marais ou de la Grange-Batelière sont là
pour nous le rappeler à Paris. On va même jusqu'8
brûler les 6tapea en construisant tout de suite dans
lee rones réguli&rementinondables, et la plupart des
inondations spectaculaires n'ont pas d'autre cause.
La phase suivante consiste A rétrBcir le lit par des
digues, dont on profite pour construire des prome-
L'URBANISME 111

nades ou des boulevards (comme le Mail à Blois ou de sable, et dont 40 000 000 de tonnes transportées
1'Embankment à Londres), puis à réduire encore par voie d'eau.
ce lit déjà rétréci par des quais de déchargement des Les materiaux d'origine fluviale (et notamment
bateaux dont on fait à leur tour de nouveaux boule- les sables) proviennent du lit même des rivières,
vards (comme les nouvelles voies sur berges 4 Paris). ou de gravières et de sablières situées dans l'ancien
La phase ultime consiste à recouvrir tout ou lit. Mais la construction de (( barrages-réservoirs »
partie du cours d'eau, pi traverse alors la ville en supprime tout écoulement des sables et graviers
souterrain (comme l'Erdre à Nantes, le Paillon à vers l'aval, et la construction d'ouvrages de régu-
Nice, ou la Nihvre à Nevers), et le joli cours d'eau larisation diminue la puissance d'entraînement des
dont les poètes avaient vante les charmes finit ses eaux. L'extraction finit donc par dépasser les pos-
jours dans le rôle peu glorieux d'émissaire mal- sibilités de reconstitution des stocks dans certaines
propre, puis d'égout (comme la Bièvre à Paris). régions, et le déficit s'étend progressivement de
Tout concourt à cette évolution fâcheuse : la l'amont vers l'aval, avec les conséquences - BOU-
recherche de nouveaux terrains B bâtir, de facilités
de circulation le long des rives, de facilités de com-
-
vent mal comprises d'ordre économique et démo-
graphique que cela comporte.
munication d'une rive à l'autre, ou d'une meilleure
hygihe. Mais il est rare qu'on n'aggrave pas la 20 On peut extraire les matériaux : soit à la
situation, et qu'on ne finisse pas par des drames drague (doublée de chalands porteurs) directement
d'autant plus violents qy'ils seront plus rares, si sur l'eau, soit B la benne à câble depuis la terre.
l'on ne s'en tient pas aux règles les plus sûres Cela comporte, pour l'aménagement du cours d'eau :
de l'hydraulique et de l'hydrologie. Celles-ci per- des ports de transbordement des matériaux et de
mettent d'ailleurs de compenser parfois le retr6cisse- garage du matériel dans le premier cas (Paris,
ment(ou même la couverture) du lit par de meilieura Nantes), des tours de manœuvre des câbles et des
tracée dee lignes d'écoulement, et de gagner de dépôts de matériaux à terre dans le second (Blois).
nouveaux terrains à bâtir s u les champs d'inon- On extrait généralement les matériaux là où ça
dation, sans modifier le niveau des cnies maximales peut favoriser le passage des bateaux et l'écoule-
(comme on l'a fait dernièrement pour le Cher dans ment des crues, par l'approfondissement corres-
la traversée de Tours). pondant du lit. Mais on peut combiner l'approvi-
sionnement en matériaux avec des opérations plus
II. - Matériaux de construction vastes, comme la coupure d'une des bouches de
l'Isère à 16 km à l'amont de Grenoble, en 1968, qui
10 Les travaux publics, l'urbanisme et le bâti-
a permis d'améliorer l'écoulement des crues et de
ment consomment plus de 150 000 000 de tonnes de faciliter le drainage et l'assainissement de la plaine
sables et graviers par an (l),dont près de 40 % du Graisivaudan, tout en procurant 370 000 m3 de
(1) ChiIire approximatif susceptible d'erreurs d'apprédation de gravier tout-venant pour les travaux routiers.
i'ordrc de 20 :/, en plus ou en motus.
LES BARRAGES ET LES SYST~MES
DE BARRAGES A FINS MULTIPLES

1. - Barragea à fins multiples


10 On peut utiliser les barrages pour l'alimenta-
tion des villes, pour les irrigations, pour la produc-
tion d'énergie, pour l'alimentation des ouvrages de
navigation, pour la défense contre les crues... Mais
on peut s'en servir aussipour plusieurs usages ii la fois.
20 Les utilisations peuvent être simultan6es,
comme c'est le cas pour les barrages de la Compa-
gnie Nationale du Rhône (sur le Rhône), qui servent
à la production d'énergie, la navigation fluviale et
aux irrigations.
L'utilisation peut varier tout au contraire suivant
les saisons, comme c'est le cas pour le barrage de
la haute Seine (sur la Seine), qui est venu renforcer
l'alimentation de la ville de Paris en eau potable
depuis 1966 et protéger la ville contre les pollutions
en été, la défendre contre les crues en hiver. Mais
chaque barrage a son usage principal, qui commande
son mode d'exploitation et dont les autres ne cons-
tituent que d'utiles (( sous-produits ».
La production d'énergie constitue notamment
l'objet principal des barrages d'alimentation dea
n b e s 2e pointe dont on utilise l'eau en hiver, et
114 L'AMENAGEMENT DES COURS D'EAU BARRAGES A FINS MULTIPLES 11s

l'un des sous-produits s (moins rémunérateur) des seule et même masse B l'amère du barrage et les be=
barrages d'irrigation dont on utilise l'eau en été.
Il faut se fixer en tout cas l'utilisation principale
-
soins-surtout les besoins secondaires n'étant pas
toujours rigoureusement gchelonnés dans le temps.
dès avant la construction, car elle commande la
position et le débit des ouvrages de prise ou d'éva-
cuation des eaux, qu'il est généralement plus écono-
mique d'incorporer dans la masse du barrage. E t
l'on se doit pas oublier, pour l'avenir, que :choisir,
c'est renoncer tout le reste.
30 L'exploitation des barrages à fins multiples
au fil de l'eau 1) ne pose pas de problèmes, puisqu'il
((

suffit de pmdm l'eau quand eue vient, comme elle


vient. Tout au lus, faut-il s'occu er de répartir les
P
dêbits d'aprhs S ! es besoins les p us kmédiats de
chaque utilisation prévue.
- fi-
4Q L'r'ezeploitatioa dsa (t barragee~r6servoirsD à
fine multiples pose des pwbl8mss plw délicab,
dont nous avons déjà fait ressortir la complexité
- dans un cas particslier - au chapitre VIII. La Pig. 26. - Aménagement intégré de la Moselle à TrBve~
eolution consiste B d6couper les réservoirs par
tranches, La tranche la plus basse, et la plus facile ii 50 Il faut laisser, de toute façon, un débit suffi-
remplir pendant la saison des pluies, correspond aux sant dans la rivi&re$ l'aval pour les besoins perma*
usages qu'il faut assurer en toutes circonstances (1). nents de l'agriculture, de l'hygiène et de la pêche
La tranche la plus élevée reete normalement vide dans la région. Ce débit porte le nom de u d&it
pour I'écrêtemënt des crues (lorsqu'on utilise, même réeervé n, comme nous l'avons vu dans l'introduc-
occasionnellement, le barrage A cet effet). La tranche tion. On l'obtient en maintenant des ouveitares
intema&3iaire, qu'il n'est pas toujours poseible de constamment b6antes dans le barrage, aa bien en
mm lir B csnp a h , correspond aux usages secondaires construisant des (( réservoirs de compeneation B
9
qu est moins nCcessaVe d'assurer.
Tels sont du moins les principes, car il est bien évi-
(comme le PBservoir de Seyssel à l'aval du barrage
de Génissiat, sur le Rhône).
dent qu'on ne peut pas utiliser lhne des tranches indé- La retenue variable de ces réservoirs permet
p e n d k e n t des autres, l'eau ne constituant qu'une d'absorber à tout instant la différence entre les
apports d'eau très irréguliers qui proviennent de
a)
Naun ne bien enteMlu, que de b tranche la plus l'exploitation du barrage principal et ceux, relative-
bnsw au4 sua de La rise d'eau La tranche au-dessoua ne peut
swvb en ehgat qu.8 ia d>écrintatlon'dessédiments. ment constants, qu'il faut fournir & l'aval (le volant
BARRAGES A FINS MULTIPLES 117

eet d'un peu plusde 2 heures de marche du barrage


' Les enquêtes d'utilité publique, la recherche opé-
principal, B pleine puissance, pour le (( réservoir de rationnelle et les calculs économiques ne sont géné-
pompe~wationn de Seyssel). ralement pas de trop pour définir l'équipement
On profite généralement de l'écoulement continu optimal en pareil cas, et la réalisation de cet équipe-
& or débit réservé n pour produire de l'énergie en ment s'étend souvent sur plusieurs générations.
faisant passer les eaux dans des turbines de moyenne
chute B régime relativement constant, ou dans des 20 L'un des équipements les plus connus dans le
turbines de basse chvte à larges variations de charge genre est celui de la Tennessee Valiey Authority
(45 000 kW inst46s B Seyssel). (U.S.A.), dans le quadruple but de la protection
contre les crues, de la lutte contre la malaria, de la
navigation fluviale et de la production d'énergie,
11. - Équipements de vallées ,
avec 9 barrages, sur 1000 km de rivière et 155 m
à fins mnltiplee
de dénivellation, pour une productibilité de 10 mil-
10 Les problémes d'éclusage ne permettent pas liards de k W h par an.
toujours d'atteindre les hauteurs de barrages qu'on Citons encore :
pourrait souhaiter pour d'autres motifs sur les
cours d'eau servant A la navigation (1). - Faménagement de la Volga (U.R.S.S.) pour la
Les problèmes humains et les problèmes agricoles navigation fluviale et pour la ~roductiond'éner-
ne permettent pas non plus d'atteindre toujours gie, avec 13 barrages sur 3 700 km de fleuve
l'optimum (comme le barrage de 30 m de hauteur et 260 m de dénivellation, pour une producti-
et d'un milliard de métres cubes qu'on aurait pu bilité de 40 milliards de kWh par an ;
construire B Donzère-Mondragon s'il n'avait pas - l'aménagement de la Columbia River (U.S.A.),
coupé toute une partie de la France, par la vallée pour la navigation fluviale et maritime et pour
du Rhône, en deux). la production d'énergie, avec une productibilité
Il faut donc composer et faire, 1B aussi, son choix. de 45 milliards de kWh par an ;
Cela conduit généralement B construire plusieurs - l'aménagement du Saint-Laurent (U.S.A.-Ca-
barrages en escalier dans la même vallée, de façon nada), pour la navigation fluviale et maritime
que chaque plan d'eau parte immédiatement du et pour la production d'énergie, avec une produc-
pied du barrage précédent. Mais on ne dispose plus tibilité de 20 milliards de kWh par an.
alors que d'une faible fraction de la capacité totale 30 Le plus gros équipement de vallée qu'on réalise
d'emmagasinement de la vallée, et l'on perd sur les actuellement en France est celui de la Compagnie
durées totales d'éclusage d'un bout B l'autre du Nationale du RhSne, avec 20 barrages sur 455 km
cours d'eau. On ne perd, par contre, pas grand- de fleuve et 327 m de dénivellation, pour une produc-
chose sur l'énergie produite. tibilité de 16 milliards de kWh par an. Il a pour
(1 Bien qu'on n'ait pas craint de prévoir le franchissement
objets la production d'énergie, la grande navigation
des 27 ni du barrage de Génissiat par ies bateaux. fluviale (prolongée peut-être jusqu'au Rhin) et
BARRAGES A FINS MULTIPLES 119
118 L'AM&VAGEMENT DES COURS D'EAU

l'irrigation des terres. La centrale de Domére- ...,


la Vodzie, de VAvre, du Loing dans 17agglom6-
Mondra on en a constitué le premier maillon. ration parisienne. Mais ces eaux de source relative-
9,
L'am agement, presque complètement achevé, ment pures ne couvrent plus que 22 % des besoins,
dee vallées de la Durance et du Verdon, comporte
la construction de 22 usines hydro-électriques sur
780 m de dénivellation, pour une productibilité
d'un peu plus de 6 milliards de kWh par an, et
l'irrigation de 60 000 ha de cultures nouvelles en
plus des 100 000 ha déjà desservis. L'aménagement
se termine, à l'aval, par un énorme canal qui dkrive
plus de la moitié des eaux de la Durance vers leur
ancienne embouchure quaternaire de l'étang de
Berre tandis que le reste continue d'aller vers le
Rhône près d'Avignon.

III. - &pipemente de baseine h fins multiples


Le bassin de la Seine constitue l'un des meilleurs
exemples de la façon dont on peut rbaliser 1' u amé-
nagement intégr6 >) non plus d'une vall6e, mais
-
s
. Navigation maritirna
-----.
Navigation fluviile
Canaux da navigation
........ Adductions d'eau
@ Barrage riservoir
@ üarrape projet6
d'un bassin.
Il existe actuellement 900 km de cours d'eau
couramment utilisés par la navigation fluviale dans
le bassin de la Seine (1)' 105 h de fleuve couram-
ment utilisés par la navigation maritime, et plus Fig. 27. - Ainbagement intagr6 du bassin de la Seine
de 500 lm de canaux de liaison avec d'autres cours
d'eau du bassin ou des bassins voisins. L'en- et l'on doit pomper le reste dans la Seine, dam la
semble permet d'assurer le transport de plus de Marne ou dans l'Oise pour répondre aux besoins
10 000 000 de tonnes de marchandises par an dans constamment croissants de l'agglomération (Seine,
la partie maritime de la Seine, et de plus de 46 %; Marne, 30 %; Oise, 2 %). Or l'on pompe
25 000 000 de tonnes de marchandises par an dans déjà 27 mals B l'heure actuelle, et l'on pense +il
le mate du bassin. faudra en pomper 44 d'ici 10 ans, alors que le debit
11 existe, d'antre part, plus de 300 km d'ouvrages
d'adduction des eaux de la Dhuys, de la Vanne, de
naturel de la Seine - grossie de la Marne ne -
dépasse par 35 m3/s à l'étiage. Encore n'avona-nous
pas parlé des débits de pointe et n'avons-nous pas
.
(1) Saiw, 437 km; Marne, 187 km. Yonne 108 km Oise,104 km
Alma, t17 km (70 barragea de navigation et 80 kluseÉ), parlé non plue des 2 milliards 125 millione de mètrea
BARRAGES A FINS MULTIPLES 121

cubes d'eau que l'E.D.F. doit emprunter B la Seine , tés d'eau supplémentaires pour augmenter les pom-
chaque année pour assurer le refroidissement des pages en rivière de 19 ms/s, et pour relever les
centrales thermiques de la région parisienne, avec étiages de 36 ms/s de façon que la Seine (dont l'étiage
0,5 % de pertes au passage. Ç'aurait donc été passera de 18à 54 ms/s) ne devienne plus une sorte
l'asphyxie prochaine si l'on ne s'était pas préoc- d'égout aux eaux diluées, mais stagnantes, l'été.
cupé de 1' (( aménagement intégré )) du bassin dés Les 6 (( barrages-réservoirs 1) du programme
l'année 1925, et si l'on n'en avait pas réalisé le actuel permettront également d'abaisser les crues
premier élément dès l'année 1931. maximales de plus d'un métre à Paris, et d'y
Cet aménagement comprend 6 (( barrages-réser- ramener le niveau des crues centenaires B celui
voirs D, soit :6 actuellement en exploitation (4 dans des crues qui reviennent actuellement, en moyenne,
la Champagne humide et le Morvan, 130 000 000 de tous les 20 ans (les deux tiers du bénéfice prove-
mètres cubes), le barrage (( Seine 1) près de Troyes, nant du barrage (( Marne n près de Saint-Dizier).
(205 000 000 de mètres cubes) et le barrage Ceci sana préjudice des opérations locales d'endi-
(( Marne )) près de Saint-Dizier, qui est entré guement des rives et d'amélioration des bras de
en service en 1974 (350 000 000 de mètres cubes). la Seine ou de la Marne, qui ont déjà permis
Total : 685 000 000 de mètres cubes. Mais on compte d'abaisser le niveau des crues centenaires d'un
doubler cet amknagement par la suite, puisqu'on a demi-mètre depuis 50 ans à Paris.
reconnu plus de 40 autres sites de barrages dans le Les 6 barrages-réservoirs N du programme
havt bassin de la Seine, et puisqu'il est probable actuel permettront, d'autre part, de produire quel-
qu'on portera l'effort, pour commencer, sur les que chose comme 125 000 000 de kWh d'énergie
9 n barrages-réservoirs )) suivants : Brienne (Aube), hydro-électrique par an pour une puissance ins-
170 000 000 de mètres cubes ;Villiers-le-Sec(Haute- tallée de l'ordre de 60 000 kVA (dont la moitié
Marne), 100 000 000 de mètres cubes ; Frémoy et déjà en s e ~ i c eau barrage de Crescent). L'électri-
Beauregard (Côte-d'Or), 73 000 000 de mètres cubes ; cité ne sera donc qu'un bien modeste sous-produit
Dun-les-Places (Nièvre), 70 000 000 de mètres de 1' u aménagement intégré n, puisqu'on produit
cubes ;Marcenay (Côte-d'Or), 65 000 000 de mètres déjh 300 fois plus d'énergie hydro-électrique en
cubes ; Athie (Côte-d'Or), 50 000 000 de mètres France qu'on n'en produira jamais dans le bassin.
cubes ; Cussy-les-Forges (Yonne), 48 000 000 de Les sports et loisirs bénéficieront enfin de 1' (( amé-
mètres cubes ; Bussières (Yonne), 30 000 000 de nagement intégré s du bassin : par la construction
mètres cubes. Total : 606 000 000 de mètres cubes. de nouvelles plages (dont il existe déjà plus de 15 à
Les 6 n barrages-réservoirs » du programme moins de 50 km de Paris), dans des eaux plus abon-
actuel permettront de porter l'étiage de la Seine ' dantes et plus propres l'été, et par le développement
de 23 à 43 m8/s et celui de la Marne de 12 à 47 m8/s du tourisme autour des nouveaux (( barrages-réser-
pendant tout l'été, juste B l'amont de Paris (la moi- voirs r, comme au lac des Settons ou bien au plan
tié du supplément provenant du barrage « Marne » d'eau de Pannesière dans le Morvan.
pr4s de Saint-Dizier). On profitera de ces quanti- t

!
122 L'AM~AGEMENTDES COURS D'EAU BARRAGES A FIN MULTIPLES 123

IV. - Loi du 16 décembre 1 W d'dtablissernente publics administratifs dotés de la


personnalité civile, sous la haute direction de conseils
10 L'aménagement intégré d'un bassin ou d'un d'administration qui comprennent 8 représentants
cours d'eau constitue l'une des mesures destinées B de l'Etat, 4 représentants des collectivités, et 4 repr6-
a satisfaire ou concilier les exigences de l'alimenta- sentants dm différentes catégories d'usagers.
tion en eau potable des populations et de la santé Les budgets des agences financières sont de l'ordre
publique, de l'agriculture, de l'industrie, des trans- de quelques dizaines de millions de francs (quelques
ports et de toutes autres activités humaines d'intérêt milliards d'anciens francs) par agence. La plus
général, de la vie biologique du milieu récepteur et grosse partie de ces fonds sert à financer les pro-
spécialementde la faune piscicole ainsi que des loisim, grammes de lutte contre la pollution des eaux par
des sports nautiques et de la protection des sites, de rivières ou par sous-bassins successifs.
la conservation et de l'écoulement des eaux 1).
C'est aux fins ainsi définies que la loi du 16 dé- 20 Il existe, par ailleurs, dans chaque bassin,
cembre 1964 et les textes d'application correspon- un comité de bassin qui comprend des représen-
dants ont créé 6 agences financières de bassin tants des collectivités locales, des représentants des
réparties comme suit dans l'ensemble du pays : différentes catégories d'usagers, et des représen-
Artois-Picardie (à Lille), Rhin-Meuse (à Mbtz), tants de l'Administration, par parts égales voisines
Seine-Normandie (à Paris), Loire-Bretagne (à Or- de la vingtaine pour chaque catégorie.
léans), Adour-Garonne (à Toulouse), et Rhône- Ces comités ont pour mission de donner leur avis,
Méditerranée-Corse (à Lyon). Ces agences jouissent à titre consultatif, sur les plans généraux d'aména-
de l'autonomie financière, et perçoivent des u rede- gement des bassins, sur l'opportunité des travaux
vances sur les personnes publiques ou privées qui et des aménagements d'intérêt commun que l'on
rendent l'intervention de l'agence nécessaire ou envisage d'entreprendre dans le bassin, et plus
utile, soit qu'elles contribuent à la détérioration généralement, sur toutes les questions qui font
de la qualité de l'eau, soit qu'elles effectuent des l'objet de la loi du 16 décembre 1964. Les comités
prélèvements sur la ressource en eau, soit qu'elles de bassin sont appelés à donner, en outre, leur
modifient le régime des eaux dans tout ou partie avis, avec droit de renvoi en deuxième lecture, sur
du bassin D, soit, enfin, qu'elles u bénéficient de l'assiette et le taux des redevances que le conseil
travaux ou d'ouvrages exécutés avec le concours d'administration de l'agence financière envisage
de l'agence N. Ces ressources permettent aux agences de percevoir dans tout ou partie du bassin.
financières de contribuer (( à l'exécution d'études,
de recherches et d'ouvrages d'intérêt commun n et 30 Les agencesfinancières de bassin ne contribuent
d'attribuer a des subventions et des prêts aux per- qu'au financement des études et des travaux d'amé-
sonnes publiques et privées pour l'exécution de tra- nagement intégré, et c'est i l'administration tradi-
vaux d'intérêt commun... directement effectués par tionnelle qu'il appartient de concevoir, d'approuver
elles D.Les agences jouissent à cet effet du statut et de mettre en route ces études ou ces opérations.
124 L'AM~NAGEMENT DES V U R S D'EAU

Chacun des 21 préfets de région de France métro-


politaine dispose à cet effet d'un comité technique
de I'eau, qui réunit périodiquement 1'6nsernble des
services susceptibles de planifier, de susciter, de
coordonner, de suivre ou d'intensifier les études et
travaux d'aménagements intégrés au niveau de la BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
région.
Plus au-dessus, les secrétaires généraux des comi- AUBERT, Barrages et canalisations, Paris, Dunod, 1949.
tés techniques se retrouvent périodiquement, avec Bavzn, Traité d'irrigation. Paris, Eyroiies, 1952.
de hauts fonctionnaires ayant compétence tem- BONNET,Trait4 pratique des distributions d'eau et des égouts, Paris,
Ch. Béranger, 1942.
toriale sui l'ensemble du bassin, dans des missions BOUCHER et FOURREY, Cours de navigation inférieure, Paris, Eyroiies,
déléguées de bassin qui ont des attributions fort 1954.
analogues au niveau du bassin, et qui constituent BOWARD,Barrages mobfla et prises d'eau en rivière, Paris, Eyroiies,
1960.
les organismes consultatifs d'animation et de concer- GINOCCHIO. Aménagements hydro-électriques. Paris, Eyrolles, 1959.
tation dont le pouvoir central a besoin pour pouvoir GUYOT, L'hydrologie, Paris, Presses Universitaires de France.
con. + Que sais-je 7 a, no 884, 1960.
se prononcer sur les projets d'aménagements intégrés Iruiom. Manuel de l'assainissement urbain, Paris, Dunod, 1947.
en pleine connaissance de cause. JOUANNIQUE e t MORICE, La navigation inférieure en France. Paris.
Presses Universitaires de France, WU. a Que sais-je ? r, no 494,
1951.
40 L'animation et la coordination de l'ensemble KOCH.Alimentation en eau des agglomérations, Paris, Dunod, 1960.
des organismes des 21 régions et des 6 bassins sont LAJOUE,Equipement hydro-61ectrique, Paris, Quillet, 1952.
assurées à l'échelon national par : L m s , Embouchures, estuaires, lagunes et deüas, Paris, Eyroiies,
1964.
a) un secrétariat permanent pour l'étude des pro- LARIUS.Prévision el réd détermination des étiages ef des crues, Paris,
blèmes de I'eau, p i est un organisme adminis- Eyrofies, 1972.
LELUVSKY, M i s d'hydraulique fluviale, Paris, Dunod, 1961.
tratif relevant du ministre chargé de la protec- MARY, Les barrages, Paris, Presses Univeraitaires de France,
tion de la nature et de l'environnement ; coii. a Que sus-je ? r, no 1183, 1965.
6 ) un comité national de I'eau qui comprend 20 re- P o n u b e t OLLIER, Irrigation, Paris. Eyrolles, 1957.
présentants de l'Etat, 20 représentants des QUESNEL, Cours d'eau non navigables, Paris, Eyrolles, 1963.
R E ~ N I E R A S L'hydrologie
, de l'ingénieur, Paris, Eyroiies, 1960.
conseils généraux et des conseils municipaux, THALLER, La houille bjanche, Paris, Presses Universitaires de
20 représentants des usagers, et qui a des attri- France, coll. Que sais-je 7 8 , no 540, 1952.
butions du même genre, à l'échelon national, VARLET, Usines hydrauliques, Paris, Eyrolles, 1958,1959,1962,1964.

que celles des comités de bassin dans leurs bassins


respectifs ;
c) une mission interministérielle déléguée, qui a
des attributions du même genre, à l'échelon
national, que celles des missions déléguées de
bassin dans chacun des 6 bassins.
TABLE DES MATIÈRES

CELWITRE PREMIER. - L'am6nagement des coure d'eau


pom 1.fwrniftire d'eau dans les agglodrations. .... 13
requises, 14. -
1. Quantités d'eau requises, 13. - II. Qualités d'eau
-
III. Prises d'eau en riviére, 15. N. Barrages-
r é s e ~ o h ,17.
CXAPITREII.
les imgitions..
- ................................
L'aménagement dea murs d'eau pom
21
1. Gén&ralités, 21. -II. Systémes d'arrosage, 23. -
III. Améiioration des étiages. Barrages d'accumulation, 26.
C ~ P I T R E III. - L'aménagement dee cours d'eau pour
la production d'énergie .......................... 29
1. Energie hydraulique, 29.
mique, 40.
- II. Energie nucléaire et ther-
CH~LPITRE IV. - L9am6nagement des cours d'eau pour
k d6fense contre las cm-. ...................... 43
1. Définitions, 43. - II. Débit maximal de crue, 44. -
III. Méthodes générales de défense contre les crues. 47. -
W. Réservoirs d'écretement des crues, 52. - V. Digues et
levées de défense, 57.
neuses, 61.
-
VI. Cas des eaux fortement limo-

CHAPITRE V. - L'aménagement dea coma d'eau pour


la navigation fluviale ........................... 65
1. Transports par eau. Dimensions des bateaux, 65. -
II. Gabarits de .navigation. Dimensions des écluses, 67. -
III. Méthodes générales d'amenagement, 69. - IV. Aména-
gement courant libre 8, 70. -V. Amenagement a par
canalisation B, 75. - VI. Balisage, 81.
CHAPITRE VI. - L'aménagement des mure d'eau pour
la navigation maritime .......................... 83
1. Généralités, 83. - II. Régles générales d'aménagement
des h v e s Q marée. 84. - III. Aménagement des fleuves par
comtnictkm de digues ou d'épis, 90. - ïV. Am6nagement
des fleuves par dragage, 92. - V. Fosses d'attente, 93.
/

1
128 L'AMENAGEMErv J? DES COURS D'EAU

CHAPITRE VII. - L'aménagement des coura d'eau pour


la défenec~contre les pollutions. ...................
1. Pollution par les eaux rbsiduaires. 95.
par l'eau salée, 99.
- II. Poilution
CEAPITEE VIII. - L'aménagement des mura d'eau poni' Ce livre doit étre rendu avant la
les spom et loieirs .............................. date ci-dessous
I.'~ntroductiofi,103. - II. Plans @eau artificiels, 103. -
111. Protection de la p&che,105. \
IX. - L'am6nagment dea coura d'eau pour
WITRE
l'urbanisme ....................................
1. Terrains à batir, 109.
tion, 110.
- II. Matériaux de construc-

CHAPITRE X. - Lee barragea et les systèmes de barrages


A fius multiples.. ...............................
1. J3an'ages B fins multiples, 113. - II. Equipements de
vaîI6es à ftns multiples, 116.
tins multiples, 118. - -
III. Equipements de bassins h
IV. Loi du 16 d6cembre 1964, 122.

1974. - Imprimerie des Presses Univemitsires de Franoe. - Vendôme (Franee)


$DIT. No 33 348 EN FRANCE MP. No 24 081
---q
:$

LECTION ENCYCLOPÉDIQUE
A

fondée et dirigée par Paul Angoalvent

D m i $ r s titres parus
1530. le nombre d'or (M. CLEYET-
NIOHAUD).
1558. L'alimentation par les plantea
GABLES).
.;
1531. Le Tchad (J. CABOTet Ch. BOU- 1559. La n a t a t h (R. TEO~~VLB
et S. T'ai
QUET). ' LET). '
532. Le romantl6me allemand (J.-F. AN- 1560. Orammaire de l'allemand p.Par-
GELLOZ). tIP4.
1533. Histoire du Br4sil (fi.ndeum). 1561. Photocopie et reprographie (B.
1534. La musique italienne (N. BEIDG- LEP.MI~~IONet A. Luons).
MAN). 1562. Les langues romanes (Oh.OAW
635. La postare et 1'4guüibration (A.
G B I B E Net~J. Cmom).
136. Li3J$mplreTout@ (J.-M. ENGEL).
637. Le $alliaanisme
dna~l
(&-o. Mqn-
6?38. Les WUW (J. DOWLETet O. PAS-
SANOVA).
1568. ~k taa as et ses appiiwtiona (T
'
LAcENm).
rm9. Le wwde (P. M Q ~ N ) .
1570. Le seaond âge nuol6sire (Cl. DE
-1
1571. LeJ probabUlt6s (A. J ~ B Q u A ~ ) ,
1572. YinsBaarftB europ6eqne (Oh. ZOB~
TEN). Brn.a).
043. Les postas irsnpa-s d*aufonrdnhui 1573. physique des matkiaux (P. PE-
(P. de BOIED-). am).
1544. La boxe (M. R U D E T ~ ) . 1574. Le vocabulaire anglais (P. BAC- a
1545. Le qai6tisme (J.-R. ARXOGAW). QUET).
1546. ~'6crit et b wmmunioation 1576. L'audio-visuel (J.-J. NAM).
(R. ESOARP~). 1576. L'aWgorie (A. NASSON).
1547. Les institutions am&iDafnes (F. 1.577. sooiologie de Iltalie (D. S ~ E N A
I~UWESS).
1548. les s ü ~ s ( ~ ~ 0 U ~06EGt i. TE e ) .
L649. Histoire du Laoa (P. L W ) .
1550. Le mareh6 monbtaipe (P. B E ~ E B ) .
1551. le CfamBTOüU (J. I~~BEBT).
1552. oulture individuelle et euitiue da
masse (L. DOLLOT).
1553. Hisk5h de 1'AualS d de h se-
tonge (J.-lf. DEVEAU).
1554. La WS gl'8phEhes (A. &@Pb
1555. La poIlptio.'des (6. BEP
LAN ot J%. HE%@.
1556. La oomptab1biùt6analytique(H.
CUL-
m l .
1557. h s Templiers (R. PERNOUD).

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