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11/5/2016 Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes...

" - Le Point - Page 2

Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont


autant été traitées de putes et de salopes..."
- Page 2
Nouvelle figure du conservatisme tendance catholique, la journaliste
s'en prend, dans un livre polémique, aux contradictions du
"néoféminisme". Entretien. - Page 2
PROPOS RECUEILLIS THOMAS MAHLER
Modifié le 11/05/2016 à 12:02 - Publié le 11/05/2016 à 11:25 | Le Point.fr

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Justement, comment voyez-vous la scission au sein du féminisme sur la


question du voile ?

J'essaye de me tenir à distance de deux écueils. D'un côté, il y a une espèce


d'universalisme laïque, un peu impérialiste, à la Badinter, qui se contente de mépriser
le fait religieux en mésestimant l'importance de son retour. De l'autre, il y a le
relativisme d'une certaine gauche qui se plaît dans une victimisation des musulmanes
et les voit comme les nouvelles damnées de la Terre. Je pense qu'il faut prendre le
voile au sérieux. Pourquoi, quarante ans après la révolution féministe, autant de
femmes se saisissent d'un objet rétrograde ? Qu'est-ce que ça dit de notre société ?
Je pense que certaines femmes musulmanes le font par choix, et que ce choix nous
interroge. C'est un geste qui peut être pris du point de vue religieux, identitaire, ou alors
de celui de la pudeur, qui est un rejet de l'ultra-libéralisme sexuel et d'une
consommation du corps féminin. Le problème, c'est que plus on dira « le voile, c'est
pas bien », plus elles s'en saisiront pour montrer leur opposition à la société française
et toute volonté d'intégration. Je ne crois pas que ce soit la solution de sans cesse
parler du voile.
Mais que fait-on alors ?
Il faut prendre le voile pour ce qu'il est. On peut le déplorer, mais on ne dévoilera pas
les musulmanes. Cela ne va pas dé-islamiser les gens si on leur enlève le voile. Je
suis ainsi opposée à l'interdiction du voile à l'université, car beaucoup de femmes
voilées, en fréquentant le savoir, peuvent faire le geste de se dévoiler. Si on leur
interdit, elles iront dans des universités islamiques et on les ghettoïse. Personne ne
songerait d'ailleurs à interdire les femmes de ménage voilées dans les entreprises du
CAC 40 qui viennent à 5 heures du matin... En revanche, je suis contre le voile à
l'école, car elles sont trop jeunes. Je trouve ça triste que des femmes portent le voile,
mais il faut être lucide sur ce que l'on peut faire. En le stigmatisant trop, on va en faire
un symbole de révolte de plus en plus répandu.
Vous attaquez la désormais fameuse « idéologie du genre ». Mais quel mal y a-
t-il à questionner les stéréotypes ? Surtout que vous confessez avoir été un
garçon manqué dans une famille « d'indécrottables » catholiques et
http://www.lepoint.fr/societe/eugenie-bastie-jamais-les-filles-n-ont-autant-ete-traitees-de-putes-et-de-salopes-page-2-11-05-2016-2038452_23.php#xtatc=IN… 1/6
11/5/2016 Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes..." - Le Point - Page 2
garçon manqué dans une famille « d'indécrottables » catholiques et
traditionalistes...
Ce qui me gêne, c'est que la déconstruction soit enseignée comme geste fondamental
de tout savoir. Avant même d'engranger un savoir, on apprend aux enfants de primaire,
comme avec les ABCD de l'égalité, le geste critique. Peut-être faudrait-il attendre la
terminale. Derrière cette idéologie, on instrumentalise les sciences sociales à des fins
politiques. On ne peut pas dire que Judith Butler soit juste une scientifique. Elle a un
projet politique de société, avec une interchangeabilité des rôles masculins et féminins
et la fin de l'hégémonie de l'hétérosexualité. Ce n'est pas neutre ! Enfin, on n'a pas
attendu Judith Butler pour savoir qu'il existe des stéréotypes et des rôles sociaux. Tout
est déjà décrit, par exemple dans Balzac, et en plus c'est merveilleusement bien écrit !
Ce qui me dérange, c'est que l'on doive impérativement passer du « c'est construit »
au « il faut déconstruire ». Et les rapports hommes-femmes sont beaucoup plus
complexes que la prétention objectivante des sciences sociales. Dans les familles les
plus traditionalistes, les mères sont parfois très autoritaires et les pères complètement
effacés. Or, on veut toujours ramener ça à un prisme de domination.

 « On peut choisir jusqu’à son sexe. C’est l’application


du libéralisme à la vie sociale »

Les « réacs » sont, selon vous, disqualifiés en étant traités de phobiques


(homophobes, xénophobes... ). Vous ironisez même sur une nouvelle phobie,
la transphobie, vu que le trans serait devenu « la dernière icône de la pop
culture »...
Il faut s'assurer que des personnelles transsexuelles ne souffrent pas de leur identité.
Mais dans la conquête absolue du progrès qui doit toujours trouver une nouvelle victime
à libérer, il y a d'abord eu le noir américain, la femme, l'homosexuel, et maintenant le
trans. Du coup, on nous présente le trans comme l'apôtre des temps nouveau, symbole
d'une identité indéterminée et fluctuante.
En quoi cela vous gêne-t-il que l'on puisse se réinventer ?
C'est l'idée d'une indétermination totale de l'homme qui serait son propre créateur. On
peut tout choisir, jusqu'à sa sexualité et son sexe. C'est l'application du libéralisme
économique à toutes les strates de la vie sociale, y compris l'intimité la plus profonde.
Ce qui n'est pas choisi n'a plus de validité. Cela créé une nouvelle norme extrêmement
coercitive pour les individus.
Pourquoi des normes ? C'est plutôt une libération, non ?
Prenez la dictature des étiquettes extrêmement précises LGBTQ. On sort du placard
pour entrer dans une case. On se libère des normes de la sexualité bourgeoise
dominante, mais finalement on retrouve un communautarisme exacerbé dans ses
codes. Ce ne sont pas des codes d'une culture sédimentée mais d'une micro-
communauté qui peuvent à mon avis être aussi très coercitifs pour l'individu. Ce n'est
pas forcément une libération totale. C'est la tyrannie du choix individuel.

 200 000 avortements quarante ans après la loi Veil, c’est


un problème

En parlant de choix, vous vous dites « pro-choix » en matière d'avortement.


N'est-ce pas hypocrite ?
Ceux qu'on nomme les « pro-choix » n'en défendent en réalité qu'un seul, qui est celui
de l'avortement. Personne ne défend l'aide à la grossesse aux mères en difficulté ou en
état de précarité. Moi, je pense que l'avortement est un drame. 200 000 avortements
quarante ans après la loi Veil, c'est un problème. Ne pourrait-on pas faire de la baisse
des avortements un objectif de politique publique, en créant des alternatives pour les
mères ?
Mais vous soutenez les programmes éduquant les jeunes à la contraception ?
C'est plus compliqué que ça. Trois IVG sur quatre concernent des femmes sous
contraception. La « mentalité contraceptive » introduit l'idée que l'enfant est toujours un
accident, un risque, une charge. Il faut construire une société où l'attente d'un enfant soit
dédramatisée. C'est vers cela qu'il faut tendre. La généralisation de la contraception ne
résoudra rien.
Vous en appelez les féministes à se dissocier de la cause homosexuelle.
Pourquoi ?
Il y a eu une alliance de circonstances dans les années 1970 entre les homosexuels et
les femmes contre le patriarcat. Mais aujourd'hui, on voit très bien que ça pose
problème, notamment sur la GPA. Les couples homosexuels masculins qui la
réclament veulent instrumentaliser le corps des femmes. Les intérêts sont très
divergents. Plus profondément, Marie-Jo Bonnet, féministe lesbienne et qui a écrit
http://www.lepoint.fr/societe/eugenie-bastie-jamais-les-filles-n-ont-autant-ete-traitees-de-putes-et-de-salopes-page-2-11-05-2016-2038452_23.php#xtatc=IN… 2/6
11/5/2016 Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes..." - Le Point - Page 2
divergents. Plus profondément, Marie-Jo Bonnet, féministe lesbienne et qui a écrit
Adieu les rebelles !, explique qu'il y a eu une prise de pouvoir, à l'intérieur du
mouvement LGBT, des hommes sur les femmes. Or il y a une culture beaucoup plus
libérale et consumériste chez les hommes. Cette historienne réintroduit ainsi la
différence des sexes au sein de l'homosexualité.
Malgré le fait que l'on soit de plus en plus attentif aux stéréotypes sur les
sexes, vous soulignez non sans justesse que les jouets n'ont jamais été
« genrés ». Comment l'expliquez-vous?
Je suis effondrée quand je vais dans un magasin de jouets de voir du rose et du bleu.
C'est moche et c'est du plastique. C'est tout le paradoxe : après 30 ou 40 ans de lutte
féministe, jamais les jouets n'ont été aussi stéréotypés. Je regardais Bambi avec mes
soeurs et mon frère. Aujourd'hui, c'est La Reine des neiges pour les filles, et Star Wars
et les super-héros pour les garçons. Ça n'a jamais été aussi cloisonné. Parce que le
marketing segmente le marché pour pouvoir deux fois plus plaire aux parents. Au lieu
de vendre un vélo, ils en vendent un rose et un bleu. Le problème n'est pas le patriarcat,
mais la marchandisation de l'enfant, ainsi qu'un marketing mondialisé. Ça m'a d'ailleurs
amusé quand les féministes se sont plaintes que les rasoirs roses étaient deux fois
plus chers que les rasoirs bleus. Mais il faut être stupide pour acheter un rasoir rose si
c'est exactement la même chose !

 On est dans une machine médiatique dans laquelle la


subtilité est difficilement audible

Était-ce vraiment nécessaire d'écrire « les filles sont libres, oui [...]. Libres d'être
livrées par leur petit ami à ses potes lors de tournantes qui sont cools » ?
Sincèrement...
C'est peut-être un peu caricatural. Mais je me suis inspirée de la sexologue Thérèse
Hargot, qui travaille en collège et qui a observé une résurgence de la femme objet, une
hypersexualisation dès le plus jeune âge avec des filles de 12 ans qui font
des fellations dans les toilettes pour un portable, et des petits garçons qui commencent
le porno à 11 ans. C'est une réalité. Jamais les filles n'ont été autant traitées de
« putes » et de « salopes » dans les cours de récré. Je ne suis pas sûre que ce soit
très libérateur pour elles.
Comment réagissez-vous quand on vous range vous-même dans la case
catho réac à serre-tête ?
Je suis aussi victime des stéréotypes ! Ce que j'essaye de faire, c'est de me battre
contre le fait de vouloir mettre des gens dans des cases, que ce soit pour les
diaboliser ou en faire des icônes. Mais on est dans une machine médiatique dans
laquelle la subtilité est difficilement audible.
Jacques Attali vous a qualifiée de « petite Zemmour, en pire »...
Je suis en désaccord profond avec Éric Zemmour sur la question du féminisme. Lui a
une vision donjuanesque du féminisme. Sa thèse sur la féminisation de la société me
paraît fausse. Au contraire, il y a une désexualisation de la société. J'ai écrit un article
dans Le Figaro hors-série sur Houellebecq et les femmes. Dans son œuvre, on voit le
contraire d'une féminisation. Il a exploré la prostitution, le tourisme sexuel, le
libéralisme. Il décrit la disparition de la femme aimante, de la mère. Houellebecq
raconte dans son œuvre la perte du désir dans la société occidentale sous le couvert
d'exacerbation de la sexualité et de libération des mœurs. À l'inverse, les sociétés plus
puritaines, comme dans l'islam, sont des sociétés à la libido si exacerbée qu'il fallait
une morale puritaine pour la canaliser. Dans Soumission, l'islam devient ainsi un
moyen fantasmé pour réveiller le désir chez les Occidentaux. Après, pour en revenir à
Éric Zemmour, il a permis, dans On n'est pas couché, d'offrir une parole à l'époque
iconoclaste...
*« Adieu mademoiselle. La défaite des femmes », d'Eugénie Bastié (Cerf, 219 p., 19 €).

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 10 COMMENTAIRES

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Par Statler&Waldorf le 11/05/2016 à 13:44

Son nom ?
Son nom n'a peut être rien à voir avec Maryse Bastié l'aviatrice, si cela était je dirai
que "Bon sang ne saurait mentir".
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Par adonis le 11/05/2016 à 13:41

Eugénie Bastié
''Conservatrice et catholique'' (mais ce pourrait être musulmane, juive, hindoue ou
n'importe quelle autre religion), mais que fait-elle à travailler, sa place n'est-elle pas au
foyer, à s'occuper du ménage et des enfants ? Elle n'a sans doute pas de compte en
banque, ne doit pas voter, s'en remettre à son mari pour toutes les décisions. Bref elle
doit rêver d'une société dominée par les hommes (qui peuvent pour certains se
comporter comme des goujats) comme l'Arabie Saoudite par exemple, c'est un choix
? Bon heureusement il y encore ici des gens libres, féministes, ouverts avec lesquels
on peut vivre et respirer en dehors des vieux carcans, malheureusement il y des pays
où les femmes n'ont pas le choix.
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Par loreloue le 11/05/2016 à 13:39

QUI ? ... Fait monter... " LA TEMPÉRATURE " ?


La mode...
La pub...
Les blagounettes...
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11/5/2016 Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes..." - Le Point - Page 2
Les blagounettes...

Ce qui peut faire rire en privé... Doit " rester privé " !
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Par Greenwolf le 11/05/2016 à 13:36

Beaucoup de choses très justes


Et surtout rationnelles notamment entre la différence homme et femme. Et
heureusement qu'elle existe car c'est l'origine même du monde. Et enfin, les mentalités
doivent changer de chaque côté enfin de laisser un monde plus inspiré à nos enfants.
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Par Statler&Waldorf le 11/05/2016 à 13:34

Religion catholique ?
Mlle Bastié est catholique ? Quelle honte y a-t-il a avoir de cette religion ? Si elle était
musulmane dans certains pays elle aurait juste le droit de ne pas exister. Qui dans
notre pays laïque est encore capable de douter de la morale de notre religion
chrétienne. Sommes-nous arrivés dans notre pays à stigmatiser les chrétiens et à
oublier la Loi de 1905 ? Continuez Mademoiselle, faites la leçon à nos idéologues
prêts à nous faire la morale, qui ne sont que des imbéciles athées.
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Par Ambroudiane le 11/05/2016 à 13:14

Le bon sens existe encore


Cela fait du bien...
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Par Statler&Waldorf le 11/05/2016 à 13:11

Voilà une jeunesse intéressante. ...


On va pas la mettre sous le tapis cette jeunette. Elle parle comme Mme Simone Veil.
Peut être est ce là le renouveau de notre politique. En tout cas elle est très sensée.
Merci Mademoiselle, (je pense) vos prises de position sur la féminité et sa vision
idéologique de certains passéistes politicards me vont droit au coeur. Signé : Un
homme âgé respectueux des femmes en toutes circonstances.
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Par indra le 11/05/2016 à 11:55

Voilà une voix qui détone


Dans le concert de la bien-pensance gauchiste et qui dit des choses sensées. À suivre
!...
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Par claro le 11/05/2016 à 11:51

POURQUOI
Être stigmatisée de droite parce que l'on est catholique ? D'autres sont juives,
hindoues, musulmanes. De droite ou de gauche.
Si on pouvait arrêter de parler de religion quand on parle d'une personne.
Son livre est plus centré sur la place des femmes dans la société que sur les problèmes
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11/5/2016 Eugénie Bastié : "Jamais les filles n'ont autant été traitées de putes et de salopes..." - Le Point - Page 2
Son livre est plus centré sur la place des femmes dans la société que sur les problèmes
purement religieux.
Et ce qu'elle dit n'est pas parole d'évangile. C'est ce qu'elle pense en temps que
femme. Et nous pouvons être d'accord ou non.
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Par noir désir le 11/05/2016 à 11:37

Enfin
Quelqu'un qui prône des valeurs égalitaires sans que cela soit un tissu d’inepties issu
d'idéologie dangereuses (ex : théorie du genre et autre inepties bobo en vogue)
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