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Hanaut-Cazac

Une méthode de mesure de la productivité du travail dans les


entreprises industrielles
In: Revue d'économie industrielle. Vol. 5. 3e trimestre 1978. pp. 37-55.

Abstract
A. Hanaut - A tool for the measurement of direct labor productivity in industrial firms
This tool requires the implementation of a labor reporting system. Direct labor performances and time standards are combined in
a ratio which is shown to perfectly reflect the direct labor productivity. There is a wide range of applications including improvment
of direct labor performance, optimal machinery replacement and cost projections.

Résumé
A. Hanaut - Une methode de mesure de la productivite du travail dans les entreprises industrielles
Cette méthode de mesure de la productivité du travail s'appuie sur un système de contrôle de la main d'oeuvre. Une telle mesure
permet de décomposer la productivité en deux éléments essentiels : la performance de l'opérateur et la productivité théorique.
Elle a de nombreuses utilisations entre autres pour l'amélioration de la performance de la main d'oeuvre, le choix rationnel des
investissements et la prévisions des coûts.

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Hanaut-Cazac. Une méthode de mesure de la productivité du travail dans les entreprises industrielles. In: Revue d'économie
industrielle. Vol. 5. 3e trimestre 1978. pp. 37-55.

doi : 10.3406/rei.1978.993

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rei_0154-3229_1978_num_5_1_993
Une méthode de mesure
de la productivité du travail
dans les entreprises industrielles

par Anne HANAUT CAZAC


Maître-Assistante à l'Université de Nice

Les objectifs d'une entreprise ne sont pas définis en terme


de productivité. La politique industrielle et commerciale est
dominée par des considérations de rentabilité, de profit ou de
taux de croissance du chiffre d'affaires. Le souci de connaître
et d'accroître la productivité vient ensuite. Se borner à cette
considération aboutit à négliger l'importance des décisions opé
ratoires au profit des décisions stratégiques (1) . Cette distinc
tion va nous permettre de redonner à la mesure de la productivit
é sa juste place parmi les instruments de gestion. Les déci
sions stratégiques sont celles qui ont trait au choix des pro
duits, des marchés, des investissements et des opérations finan
cières. Elles constituent la politique générale de l'entreprise.
Elles interviennent à intervalles irréguliers et sont gouvernées
en partie par des objectifs de rentabilité ou de croissance. Les
décisions opératoires recherchent l'emploi optimal des moyens
disponibles, en vue des objectifs déterminés par la politique
générale. C'est principalement au niveau des décisions opéra
toires, et en particulier en ce qui concerne la gestion de la
production, que la mesure de la productivité joue un rôle. La
productivité du travail, exprimée en unités physiques (2) est la
notion originelle, la première mesurée et la première utilisée.
Des formules plus raffinées ont été élaborées, car la productivité
physique du travail est apparue insuffisante comme critère d'effica
cité. On lui reproche d'être une notion uniquement technique,
puisqu'elle est indépendante des prix, d'être partielle, puis
qu'elle ne prend en compte que le travail.

(1) Cette classification est proposée par Igor H. ANSOFF.


"Stratégie du développement de l'entreprise" - Traduction
Française, Edition Hommes & Techniques, 1970 - p. 14 & suivantes,
(2) Quantité produite par travailleur ou nombre de pièces à l'heure,

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Pour mesurer l'efficacité économique d'une entreprise (ou d'une


branche) , on a inventé le concept de productivité globale des
facteurs (3) qui rapporte la production à l'ensemble des facteurs.
La production et les facteurs y sont mesurés en volumes, c'est-
à-dire les quantités de chaque période sont pondérées par les
prix d'une période de référence. Tenant compte des prix et fai
sant intervenir l'ensemble des facteurs de production, la pro
ductivité globale des facteurs semble, a priori, pallier les i
nsuf isances de la productivité physique du travail. Pratiquement,
la mise en oeuvre de cette mesure repose sur des approximations
théoriques pour la définition des facteurs et sur des conventions
arbitraires pour la dissociation des valeurs en indices de volume
et indices de prix. De plus, toute pondération par les prix a
l'inconvénient de répercuter les distorsions des systèmes de
prix dans la mesure de la productivité. La productivité physique
du travail ne semble donc pas dépassée par des notions plus per
fectionnées si la contrepartie de ce perfectionnement est la
diminution de la clarté et de l'exactitude.
Pour être rigoureuse et utilisable, la mesure de la producti
vité doit satisfaire de nombreux critères, dont les principaux
sont les suivants :
- la mesure de la productivité doit être indépendante des prix,
c'est-à-dire effectuée en unités physiques.
- elle doit être une mesure interne, effectuée régulièrement à
partir de résultats habituellement disponibles dans l'entre
prise .
- la productivité doit être mesurable au niveau le plus élémen
taire, c'est-à-dire au niveau de l'opération.
- on doit pouvoir aussi mesurer la productivité de l'ensemble
de l'atelier, du département et de l'entreprise ; les résul
tats de la mesure de la productivité de chaque opération doi
vent pouvoir être agrégés pour fournir la mesure de la pro
ductivité de l'unité de production dans sa totalité.
- la mesure de la productivité doit permettre de décomposer les
progrès de la productivité, selon leur origine.
- la méthode de mesure doit être simple et compréhensible par
tous, afin que chacun puisse voir l'effet de son travail sur
les résultats.
- la mesure de la productivité doit avoir un caractère suffisam
ment objectif, et les méthodes de mesure doivent être suffisam
ment bien mises au point pour que les résultats aient un carac
tère scientifique et rigoureux.
Cet article (4) a pour objet de montrer qu'il est possible de
concevoir une mesure de la productivité satisfaisant les
critères ci-dessus (I) et que cette mesure constitue un véri
table instrument de gestion (II) .

(3) A. VINCENT "La mesure de la productivité", Paris, Dunod, 1968.


(4) Ce texte est une adaptation résumée d'une partie de ma thèse
de Doctorat d'Etat, intitulée "De la définition à la mesure
de la productivité", et soutenue à Nice, le 21 juin 1974.

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I - LA MISE EN OEUVRE DE LA MESURE DE LA PRODUCTIVITE DU


TRAVAIL EN UNITES PHYSIQUES
La méthode de mesure de la productivité physique du travail,
que nous allons proposer, s'appuie sur un système de contrôle
de la main d'oeuvre directe (1-1). Cette mesure ne pose pas
les mêmes problèmes selon l'importance de l'ensemble considéré.
On envisagera tout à tour trois niveaux :
- L'opération qui peut être définie comme une tâche accomplie
sans interruption sur un même poste de travail, et ayant pour
but de faire passer une pièce d'un état à un autre (1-2) .
- L'atelier fabriquant un seul produit (1-3).
- L'atelier, le département ou l'entreprise fabriquant plusieurs
produits différents (1-4).
1-1 Le SYStème_de_contrôle_de_la_main_d 'oeuvre directe

Ce système a pour objet de comparer les temps réellement mis


pour effectuer une opération à une certaine norme : le temps
standard. On appellera "performance" pour une opération, le rap
port entre le temps théorique et le temps réel.

r:
Performance = Temps
-■*■- théorique
^-~T"^ ,c,
(5)
Temps reel
Le temps théorique est défini comme le temps qui serait néces
saire pour réaliser l'opération si l'opérateur travaillait à
une vitesse correspondant au temps standard (Temps théorique =
nombre de pièces x temps standard) . Le temps réel est le temps
réellement passé à effectuer la même opération. On peut aussi
calculer la performance d'un travailleur, d'une équipe, d'un
département ou d'une entreprise (on verra plus loin les modali
tés de ce calcul) .
Pour obtenir ce résultat, on doit donc saisir les informations
concernant les temps et les volumes de production ; pour chaque
opération, (et éventuellement chaque ouvrier) on doit recenser
chaque jour (6) :
- le nombre de pièces lancées,
- le nombre de pièces bonnes,
- le temps passé (temps réel) ,
- le temps perdu,
- le temps total = temps passé + temps perdu.

(5) Ce rapport est souvent appelé "rendement" dans les entrepris


es françaises. Nous préférons réserver le terme "rendement'
au rapport entre le nombre de pièces bonnes et le nombre de
pièces lancées.
(6) Diverses méthodes sont possibles, cf. Thèse Hanaut Cazac,
p. 132.

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On doit aussi établir le temps standard pour chaque opération.


Plusieurs méthodes sont utilisées, elles peuvent se ramener à
deux types : le chronométrage ou le système des temps prédéter
minés (7). Seuls les termes standards obtenus au moyen d'un sys
tème de temps prédéterminé sont suffisamment objectifs et univer
sels pour l'usage que nous en ferons. (8)
Le contrôle, tel qu'il est décrit, ne s'applique qu'à la main-
d'oeuvre directe, c'est-à-dire à l'ensemble des travailleurs
qui exécutent du travail direct. Le travail direct peut être
défini comme tout travail accroissant immédiatement la valeur
d'un produit habituellement vendu par l'entreprise. Par opposi
tion, est qualifié d'indirect tout travail nécessaire à la bonne
marche de l'entreprise, mais qui n'ajoute pas une valeur immé
diate à un produit (par exemple les travaux d'entretien et de
réglage) .
A partir des informations recueillies grâce au système de
contrôle de la main-d'oeuvre directe, il est possible de cons
truire une mesure de la productivité rigoureuse.

I-2 La_mesure_de_la_productivité_au_niveau_de_l^orjération

En appliquant la définition même de la productivité brute du


travail direct, la productivité '» pour une opération est :
.

_ Production en nombre de pièces _ n\ _ n\ R^ . -,


Nb . d'heures de travail direct t- t-
.

n. est la quantité de pièces' lancées pour l'opération 0.


n1 . est la quantité de pièces bonnes obtenues à l'opération 0.
t. est le temps passé par la main-d'oeuvre directe sur l'opé
ration O .
R. est le rendement de l'opération 0. (R-= < 1)

Dans un premier temps, pour simplifier, nous mettrons de


côté le problème des rejets, et utiliserons :

" i =
^ 12]
.

(7) Pour plus de détails sur les temps standards, voir :


- Hanaut Cazac, thèse citée
- Elwood S. Buffa "Modem production managment" (3e ëdit.)
John Wiley & Sons Inc. 1969, p. 437
(8) II existe plusieurs systèmes de temps prédéterminés. Les
plus couramment utilisés sont :
- le MT M (Method Time Measurement)
- le Basic MTS (Motion Time Study)
- le Work Factor : ce dernier étant le plus récent et le
plus perfectionné.

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La relation [ 2 ] peut s'exprimer en fonction de la performance


et du standard :

n. n. s. i
_ i _ i i „ _L r 3 i
t fc b

Cette formule peut être aussi représentée sous la forme :

n 1 = performance x temps standard


1

puisque n.S. est le temps théorique.


Finalement, la formule peut être exprimée à partir d'une pro
ductivité théorique :

ir - i i i _ temps théorique Nbre de pièces


i t. n.S. temps réel temps théorique

PRODUCTIVITE = PERFORMANCE x PRODUCTIVITE THEORIQUE

L'intérêt de cette formulation est principalement de décomposer


la productivité en deux composantes essentielles :
- la part de l'opérateur : la performance,
- la part de la technique : la productivité théorique
Les accroissements de productivité théorique peuvent être provo
quéspar les investissements (il s'agit alors du progrès techni
que incorporé) , ou par des changements de méthodes non liés à
des investissements (on est alors en présence de progrès techni
que non incorporé). Par contre, l'amélioration de la performance
ne peut être due qu'à l'accroissement de l'habileté et du savoir-
faire des ouvriers. Or, en moyenne, il n'y a pas de raison pour
que l'habileté d'un groupe s'accroisse, sauf sous l'effet de
l'apprentissage par la pratique. Le progrès de la performance
reflétera donc principalement l'effet d'apprentissage, c'est-
à-dire le progrès technique induit par l'accroissement de la
production. On voit sur le graphique I les évolutions simultanées
de la productivité réelle et de la productivité théorique d'une
opération.
Ce que l'on vient de dire n'est valable qu'à la condition que
le standard reflète la technique employée de façon objective et
universelle. C'est le cas pour les standards calculés par la mé
thode des temps élémentaires prédéterminés.

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1-3 La_mesure_de_la_prgductivité_au_niveau_d^un_atelier

La fabrication d'un produit consiste à faire passer des ma


tières premières par une suite d'opérations 0., 02, ... 0,.
Si l'on considère un cas très simple :
- les opérations ont toutes un rendement égal à 1 (il n'y a pas
de rejets)
- il n'y a pas de stocks entre chaque opération, ou du moins le
volume de ces stocks reste constant (on dira alors que l'ate
lier fonctionne en régime stationnaire) .
L'atelier de fabrication d'un produit peut alors être représent
é par le schéma suivant :

ru1 n, - n9 >= = n. nk
°1 °2

Nombre
à l1de heure
pièce

Tempn

Evolution de la productivité théorique (1/standard)


Evolution de la productivité réelle de l'opération
FIGURE 1

Le nombre de pièces fabriquées est égal au nombre de pièces


lancées. La productivité de l'atelier est égale à :

[5 ]

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Cette productivité peut aussi s'exprimer en fonction des produc


tivités des différentes opérations. Le temps nécessaire pour ef
fectuer une pièce est égal à la somme des temps nécessaires à
chaque opération ; on a donc :

[ 6

.
ni

puisque :
n'1, — nn
"2 = k

et où . désigne la productivité de l'opération i.


Ce cas est assez théorique ; dans la réalité, les rendements
de chaque opération sont toujours inférieurs à 1. D'autre part,
il y a toujours des pièces en cours de fabrication entre les
différentes opérations (sauf dans le cas de la production à la
chaîne, qui n'est pas envisagé ici) . Les formules [ 5 ] et [6
ne sont plus valables. Dans la réalité, le schéma d'un atelier
se présente sous la forme suivante :

rejets = nn - n' n-, - n

St'ock =

On va chercher une formule permettant de mesurer la producti


vité d'un atelier dans le cas général. La notion de performance
peut facilement s'agréger. On définit ainsi la performance d'un
atelier par la formule :

n .S
i =l
P = --- Temps total théorique
Temps total réel

Pour définir la productivité de l'atelier par une formule sem


blable à [3 ] , il faut calculer un temps standard pour l'ate
lier. Ce temps standard sera assez naturellement considéré comme

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égal au temps théorique total nécessaire à la fabrication com


plète d'un produit. Il s'obtient en ajoutant les temps qu'il
faut théoriquement passer à chaque opération. Le temps qu'il
faut théoriquement passer à l'opération 0^ est égal au temps
standard de 0¿ multiplié par le nombre de pièces devant passer
en Oi pour que l'on obtienne une pièce bonne en fin de fabrica
tion.Le nombre de pièces devant passer par une opération Oi
pour que l'on obtienne une pièce bonne en fin de processus de
fabrication dépend du rendement de l'opération 0¿ et des opéra
tions suivantes. On appellera ce nombre facteur correctif de
l'opération 0j_ :
k
_ H i
i\ i. X R.î+l, • • . • XK,k n — 1 x\.3
.
Ce facteur correctif est toujours supérieur à 1 . Le temps stan
dard pour un atelier est alors :

S = _• E -i f i. x S.

On peut donc adopter comme mesure de la productivité d'un ate


lier :

E n.S .
,=1 X 1 x _J i 7 ]
ER
ï f.S.
.

Cette formule est valable pour un atelier où le niveau des


stocks varie. Si l'on suppose, au contraire, que l'atelier est
en régime stationnaire , c'est-à-dire que :
- le niveau des stocks intermédiaires reste constant, et donc
que n . = n ' ( i-1 )
- les rendements sont réellement constants pendant la période,
c'est-à-dire n' . = n. x R.

On va montrer que cette expression [ 7 J se ramène à la formule


plus simple :
PRODUCTIVITE = PRODUCTION
TEMPS PASSE

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On a en effet :

_ ü+ii =
R. R. X

Ri x

ni = fi x n'k

Donc, avec l'hypothèse de stationnarité de la fabrication, la


formule [ 7 ] devient :

E f 1.n'.k S.

k
E f .S.

f .S.

ce gui est bien la définition de la productivité brute du tra


vail, mesurée en unités physiques, puisque n ' ^ est la production
de l'atelier, et Etj_ le temps de travail total de l'atelier. La
formulation [ 7 1 de la productivité est donc compatible avec
la formulation [8 ] mais plus générale, et surtout plus exacte
dans le cas d'un atelier en régime non stationnaire (9). On peut
en effet montrer par un exemple extrême que [ 8 ] est inaccep
tabledans le cas d'un régime non stationnaire. Prenons par exem
ple le cas d'une période où la dernière opération n'aurait pas

(9) Cette méthode de mesure de la productivité est évidemment réa


lisable concrètement. Nous l'avons nous-même mise en oeuvre
dans une usine fabriquant des composants électroniques, cf.
les résultats dans la thèse citée, p. 244 à 259.

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pu être effectuée, la machine correspondante étant en panne,


on aurait alors :

nk = n'k = 0
d'après [8] on aurait = 0
ce qui est très loin de la réalité, puisqu'il suffira ensuite
d'un travail minime pour obtenir une production très importante.
La formulation [7] qui représente mieux la réalité, aurait
donné une productivité non nulle.

1-4 La_me sure _de_ la _p_roductivi té_dans_une_ unit é_de_ produc


tion_gui_fabr igue_plus ieurs _ types _de_produits_di fièrent s

Le problème de la mesure de la productivité se pose de la


même façon, que ce soit pour un atelier, un département, ou
l'ensemble de l'entreprise à partir du moment où la production
est hétérogène. Il faut trouver des coefficients de pondération
afin d'obtenir un indice global d'une production hétérogène.
La base de pondération que nous proposons est le temps standard.
Un produit aura d'autant plus de poids dans l'indice de la pro
duction que le temps standard nécessaire à sa production sera
important.
Nous traiterons d'abord le cas de la fabrication stationnaire ;
nous pouvons alors considérer le nombre d'unités du produit i
produites, c'est-à-dire sorties de la dernière opération.
Soit, pour la période t :
N. le nombre d'unités du produit i sortant de la der
nière opération
S. le temps standard

n. le nombre d'unités du produit i passant à l'opération j

S. le temps standard de l'opération j pour le produit i

t. le temps réel passé sur l'opération j par le produit i


T. le temps réel total passé sur le produit i
T ET

(S.) o le temps standard de l'opération j pour le produit i


à la période de référence
(S.) Q le temps standard du produit i , à la période de ré
férence .
Si l'on pondère à chaque période, les quantités produites par
les standards de la période même, on obtiendra :
Production = E N S
i i i
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Or, le temps théorique est déjà égal à ZNS


¿ i i . La productivité
théorique, définie comme le rapport entre la production et le
temps théorique nécessaire pour effectuer cette production,
sera donc toujours égale à 1 : y
Productivité théorique = —i= NiSi = 1
.i N.S.
ii

La productivité, qui est égale à la performance multipliée par


la productivité théorique, sera donc dans ce cas toujours égale
à la performance. On aboutit alors à une simplification abusive.
On a vu, en effet, que la productivité pouvait croître, à per
formance égale, du fait d'un investissement ou d'une modifica
tion dans les méthodes, qui aurait provoqué une diminution du
standard. L'évolution de la productivité est donc différente
de l'évolution de la performance. Une bonne mesure de la pro
ductivité doit montrer cet aspect de la réalité. Pour éviter
cette assimilation de la productivité à la performance, on
pondérera les quantités produites non par les temps standards
de la période considérée, mais par les temps standards d'une
période de base. La productivité est alors mesurée par :

Cette formulation est très simple, mais elle n'est valable que
dans le cas de fabrications stationnaires.
Dans le cas général, en utilisant les informations élémentai
res dont nous avons précisé les modalités d'obtention, la pro
ductivité est :

E E n{ (sj) E E n¡ (sj)
1T - i _J _ i 1

Il est toujours possible de calculer la performance par la for


mule :

p = J-
T

La productivité peut donc s'écrire :

E E nf (S¿)0 E E nJ g j
A j x i J i i
I ]4 4

ir = PRODUCTIVITE THEORIQUE x PERFORMANCE

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D'après le paragraphe précédent, pour des fabrications station-


naires on a :

ni = fî Ni

s. = z f I sj
D

avec f^ facteur correctif de l'opération j pour le produit i.


La formule générale devient donc :

1 Z n? (s?) O
ii = i 1 i i
T

T
E N. Z f^(s^) O

Ce qui est bien notre formule simplifiée. On peut remarquer


que c'est une mesure relative, car elle dépend de la période
de base retenue. Cette restriction n'est pas grave, parce que
la plupart du temps, on s'intéresse aux variations de produc
tivité dans le temps plus qu'au niveau absolu de la producti
vité.

II - VALEUR ET UTILITE DE CETTE MESURE DE LA PRODUCTIVITE

II-l Valeur_et_limites

La mesure de la productivité, dont on vient de décrire les


modalités, est une mesure de la productivité du travail en
unités physiques puisque, selon les cas, elle est représentée
par un nombre de pièces ou bien un nombre de pièces pondéré
par des coefficients absolument indépendants des prix. Le d
énominateur est aussi mesuré en unités physiques, puisqu'il
s'agit du travail mesuré en nombre d'heures. Celles-ci peuvent
être additionnées puisqu'on se limite à la main-d'oeuvre directe,
catégorie qui peut être considérée comme homogène.

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— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

Ensuite, cette mesure de la productivité satisfait les cri


tères d'une bonne mesure de la productivité énumérés plus haut.
- C'est bien une mesure interne, puisqu'elle est effectuée à
partir des résultats obtenus par le contrôle de la main-
d'oeuvre directe, c'est-à-dire des résultats habituellement
et régulièrement disponibles dans l'entreprise.
- La productivité est mesurable au niveau de l'opération, parce
que seul le travail direct a été retenu. En effet, seul le
travail direct peut être associé de façon certaine à une opé
ration (et aussi à un produit) , à condition de disposer d'un
système de contrôle de la main-d'oeuvre directe efficace. On
peut calculer aussi la productivité d'un département ou d'une
entreprise même avec des productions diversifiées.
- Dans tous les cas, la productivité peut être exprimée sous
la forme :
PRODUCTIVITE = PERFORMANCE x PRODUCTIVITE THEORIQUE
Cette décomposition permet d'attribuer une part des progrès de
productivité à l'effort, l'habileté ou l'expérience des travail
leurs, et l'autre part au changement dans les techniques de f
abrication. Pour pouvoir décomposer le progrès de productivité
en progrès technique incorporé et non incorporé, il faudrait
pouvoir chiffrer parmi les progrès de productivité théorique (d
iminution du temps standard) ceux qui sont dus aux investissements
et ceux qui sont dus au progrès de méthode sans investissement.

- La mesure de la productivité est simple et compréhensible


par tous, en particulier par tous les travailleurs directs
qui sont les premiers concernés par un système de contrôle
de la main-d'oeuvre directe. Des notions comme le nombre de
pièces, le temps passé, le temps standard, etc ..., sont des
notions qui font partie de leur travail quotidien, et qui
sont beaucoup plus faciles à appréhender que les catégories
d'un compte d'exploitation par exemple, ou qu'un calcul de
rentabilité.
- Cette mesure de la productivité sera admise par tous et peu
contestée si le système de contrôle de la main-d'oeuvre est
admis et peu contesté. La principale condition à remplir
pour atteindre ce but est d'utiliser des standards présentant
un caractère objectif et scientifique. Le standard ne doit
pas apparaître comme une cible qui peut être avancée ou recu
lée au gré des circonstances et des pressions. Cette condi
tion est fondamentale pour que la mesure de la productivité
rende vraiment les services que l'on peut en attendre, mais
elle n'est cependant pas toujours réalisée.
Ainsi, la mesure de la productivité que nous avons proposée
paraît satisfaisante au vu des critères établis a priori.
De plus, en utilisant les informations rassemblées par un
système de contrôle de la main-d'oeuvre directe, on est assuré
de l'homogénéité du numérateur et du dénominateur entre eux,

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— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

c'est-à-dire on évite l'erreur fréquente de rapporter une pro


duction à un travail qui ne correspond pas exactement à celui
qui a été effectué pour réaliser cette production. En effet,
le nombre de pièces ouvrées et le temps passé à une opération
sont recensés simultanément, et aucun temps de travail de la
main-d'oeuvre directe n'échappe au contrôle, si le système
fonctionne dans de bonnes conditions.
Malgré les qualités que l'on vient de lui reconnaître, la me
sure de la productivité envisagée donne prise à la critique. On
peut lui reprocher d'être partielle, car elle ne mesure que la
productivité du travail direct. Ce caractère partiel est la
contrepartie de la recherche d'une certaine rigueur dans deux
directions :
- D'abord, comme on l'a vu, à propos de la mesure du travail,
il est délicat d'additionner les heures de travail présentant
un caractère très hétérogène, et les rares systèmes de pondé
ration utilisés sont fondés sur des conventions très discuta
bles.On en déduit que seule la mesure du travail réduite au
travail direct est satisfaisante.
- Ensuite, on ne peut mesurer correctement la productivité d'une
opération en considérant le travail total, sauf à trouver un
critère de répartition du travail indirect qui ne soit pas
arbitraire.
Cependant, il faut se demander si la restriction au travail
direct ne nuit pas de façon trop importante à la signification
et à l'utilité de la mesure de la productivité. Sa signification
ne peut être jugée que par rapport aux objectifs visés. Si c'est
un indicateur de l'efficacité générale de l'entreprise qui est
recherché, la mesure de la productivité de la main-d'oeuvre di
recte ne sera pas pertinente, car une amélioration de la produc
tivité du travail direct peut être accompagnée d'un accroisse
ment très rapide du personnel indirect ; dans ce cas, l'effica
cité générale de l'entreprise mesurée par la valeur ajoutée rap
portée à l'effectif, ou par le surplus de productivité globale,
ne peut pas être améliorée. La productivité de la main-d'oeuvre
directe est, par contre, significative pour mesurer l'efficacité
de la production proprement dite. De même qu'il n'est pas gênant,
dans ce cas, de ne pas tenir compte des prix relatifs des biens
produits, parce que le choix des articles à produire a été fait
en amont de la production par un calcul économique qui tenait
compte des prix ; de même, les responsables de la production ne
sont pas responsables de l'accroissement du personnel indirect
de l'ensemble de l'entreprise. L'efficacité du service chargé
de la production doit être jugée séparément, de même qu'on juge
l'efficacité d'un service de recherche ou d'un service de vente
au moyen d'indicateurs spécialisés.
Il est cependant possible de modifier la formule pour tenir
compte de l'importance du travail direct par rapport au travail
total, et de fournir ainsi un indicateur de la productivité du
travail total de l'entreprise.

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— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

it Wt Productivité du travail total


il Wd = Productivité du travail direct
P = Production
W = Travail total
Wd = Travail direct
Wi = Travail indirect

On a " wt = wF

Wd = ~~—
Wd

Wt ~ Wd" X Wt

et Wt = Wd + Wi
On en déduit
1
ir Wt = v Wd x 1 + Wi/Wd

Donc, il suffit d'avoir une mesure du travail indirect, pour


obtenir la productivité physique du travail total.
Cependant, cette mesure de la productivité physique du tra
vail est rarement effectuée, bien que dans la quasi-totalité
des entreprises de production, il existe des systèmes de con
trôle de la main-d'oeuvre directe. Ces systèmes de contrôle
de la main-d'oeuvre sont différents de celui qui a été décrit.
Ils sont conçus uniquement dans le but de calculer la perfor
mance (ou le rendement) , et ne permettent pas de mesurer la
productivité avec exactitude. De plus, les temps standards
(ou alloués) manquent souvent de rigueur pouf être utilisés
en particulier comme bases de pondération des produits.

II -2 ytilité_de_la_mesure_de_la_produçtivité_phYsique_du
travail

Si la mesure de la productivité physique du travail, telle


que nous venons de la décrire, est rarement effectuée, c'est
parce que son utilité est sous-estimée . On pense calculer la
productivité quand on calcule des ratios comme chiffre d'affai
res/effectifs, ou encore valeur ajoutée/masse des salaires
(quelquefois même des rapports encore plus éloignés de la
notion de productivité). L'utilité de ces ratios est effecti
vement limitée, alors que la productivité physique de la main-

— 51 —
— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

d'oeuvre constitue un instrument indispensable pour la gestion


rationnelle d'une entreprise de production dans laquelle la
main-d'oeuvre directe représente la part la plus importante
du personnel.
Nous allons successivement mentionner les différents champs
d'application de la mesure de la productivité physique de la
main-d ' oeuvre .
a) Amélioration de la performance de la main-d'oeuvre directe
II faut bien citer pour commencer la première application qui
a été faite des systèmes de contrôle de la main-d'oeuvre pour
"l'organisation scientifique du travail". Cette utilisation
"productiviste" visait avant tout à améliorer les cadences sans
forcément distinguer la part demandée à l'opérateur et celle
attendue de telle ou telle amélioration de méthode. Notre d
écomposition de la productivité en performance et productivité
théorique permet de mettre en évidence la part des différents
facteurs de production. Il devient alors possible d'abandonner
les notions périmées de salaire aux pièces, pour se tourner
vers des situations où la fixation d'objectifs de performance
par les travailleurs devient possible et réaliste.
b) Aide au choix rationnel des investissements
II est classique, pour calculer la rentabilité d'un investis
sement, de bâtir des comptes d'exploitation prévisionnels. Lors
que l'investissement est fait dans un but d'amélioration de la
productivité de la main-d'oeuvre, il est important de pouvoir
prévoir avec précision l'évolution dans le temps de cette pro
ductivité, avec ou sans investissement. Notre formulation, qui
met clairement en évidence l'impact de l'investissement, permet
de répondre à cette question d'une manière objective. (Figure II)

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FIGURE II

— 52 —
REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

c) Prévision des coûts


Dans les fabrications où la part de main-d'oeuvre est impor
tante, la prévision des coûts passe par une bonne évaluation de
la productivité de la main-d'oeuvre. Pour le court - moyen terme
(un à deux ans) , une prévision analytique des améliorations de
performance et de productivité théorique permettra d'obtenir
une excellente précision. Pour le plus long terme, il sera dif
ficile de prévoir avec précision les différentes ruptures cor
respondant aux changements de méthodes ou aux investissements.
Une autre méthode pourra alors être employée : c'est celle dite
des courbes d'apprentissage.
Le principe de l'effet d'apprentissage est que le travail di
rect nécessaire pour exécuter un produit décroît au fur et à me
sure que. la production augmente. Cet effet est suffisamment ré
gulier pour s'exprimer de la façon suivante :

1-a

i .= productivité lorsque la xième unité est produite


■n = productivité lorsque la 1ère unité est produite
a = coefficient d'autant plus élevé que l'effet
d'apprentissage est fort.

Pratiquement, le coefficient a sera déterminé à partir de


l'historique. On constate d'ailleurs que l'adoption d'une courbe
d'apprentissage consiste à approximer la courbe donnant la pro
ductivité en fonction des quantités cumulées par une relation
de la forme (Fig. Ill) (v. page suivante) :

Les applications que nous venons de mentionner ne doivent pas


nous faire ignorer les limites de l'utilisation de la producti
vité de la main-d'oeuvre directe.
Io- On peut tout d'abord penser que le coût de réalisation d'un
système de contrôle de la main-d'oeuvre est un obstacle
pratique à la mesure de la productivité. Il existe dans la
plupart des entreprises un système de contrôle de la main-
d'oeuvre, mais en général peu satisfaisant pour l'utilisa
tion que nous voulons en faire. Transformer un système
existant en un système plus perfectionné peut n'avoir qu'un
coût négligeable, compte tenu des nombreuses applications
de la mesure de la productivité, en tant qu'instrument de
gestion. Nous avons signalé cependant qu'il était difficile
de chiffrer l'avantage procuré par l'amélioration de la ges
tion. Finalement, ce problème de coût aura une solution
différente selon les cas particuliers ; il ne peut pas être
considéré comme un obstacle général à la méthode de mesure
de la productivité que nous avons proposée.

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— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

LOO ir

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Productivité Vo ^ '

LCR X
FIGURE III

2°- La méthode de mesure a été élaborée pour l'industrie. Il


semble difficile a priori de l'appliquer à l'agriculture
ou aux services.
Le système de contrôle de la main-d'oeuvre directe, sur
lequel s'appuie la méthode de mesure de la productivité,
est adapté à un travail répétitif et effectué en série
comme on en rencontre couramment dans l'industrie (en
particulier les industries mécaniques, électriques, élec
troniques, textiles, ...). Par contre, pour certaines
branches comme le bâtiment, les industries extractives
ou les branches de l'énergie (le pétrole par exemple) ,
la méthode décrite ne peut être applicable directement,
parce que les tâches sont peu répétitives iu qu'il ne
s'agit pas de fabrication en série, ou bien parce que
le travail direct ne représente pas une part importante
de la valeur ajoutée de cette activité. La méthode n
écessitera alors des adaptations, mais il ne faut pas
conclure à une impossibilité a priori sur ce point.
3°- II faut enfin préciser que la mesure de la productivité
obtenue est une mesure relative et non absolue, à partir
du moment où on mesure la productivité d'une unité de
production qui fabrique plusieurs produits, puisqu'elle
dépend de la base choisie pour le temps standard qui sert
à pondérer les quantités de produits. Pour effectuer des
comparaisons, il faudra donc vérifier que les temps stan
dards utilisés sont bien ceux d'une même période de base.
Les limites signalées ne sont pas absolues, elles peuvent
toutes être franchies. De plus, l'intérêt de la mesure de la
productivité physique du travail n'est pas limité à la gestion
des entreprises ; elle possède des prolongements importants.
Il est possible, en effet, de calculer la productivité d'un
groupe d'entreprises. On pourra donc, sous certaines conditions,
calculer la productivité d'une branche.
— REVUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE —

Enfin, il faut souligner l'intérêt particulier que présente


une mesure de la productivité du travail réalisée uniquement au
moyen d'unités physiques, donc absolument indépendante de tout
système de prix et de salaire. Elle est très importante en
économie internationale, car elle permet de distinguer, dans
les comparaisons internationales entre pays qui possèdent des
systèmes de prix différents, les différences qui ont pour ori
gine des disparités physiques de celles qui ont pour origine
des disparités de prix.

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