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15 juin 2018 – 12h00-14h30

L'image des migrants véhiculée


par les médias

Avec Daniel Bonvoisin, Média-Animation

Portefeuille de lecture
L’intervenant :
Daniel Bonvoisin, ancien journaliste en relations internationales et rédacteur en chef d’une revue
consacrée aux relations Nord/Sud, travaille depuis 2006 à Média Animation. Il y est responsable de
l’équipe d’éducation permanente. Détenteur d’un master en relations internationales, il est également
formateur d’enseignants et professeur invité à la haute école de communication IHECS pour les
matières relatives aux enjeux des nouveaux médias et aux usages contemporains du jeu. Ses domaines
privilégiés sont les dimensions politiques de la culture populaire à travers la fiction (en particulier le
cinéma et les jeux), les enjeux des nouveaux médias, les représentations de l’actualité internationale
et les questions interculturelles. Il intervient régulièrement sur ces questions lors d’ateliers, de
formations ou en contribuant à des recherches et des publications.

Sommaire des articles :


1. « Invasion de migrants » : un millier de plaintes contre Sudpresse,
http://www.levif.be/actualite/belgique/invasion-de-migrants-un-millier-de-plaintes-contre-
sudpresse/article-normal-476579.html

Cet article met en évidence que l’influence des termes utilisés, surtout dans des gros titres, peut
renforcer les préjugés de manière forte.

2. « Ange blond : les médias et les stéréotypes sur les Roms », Daniel Bonvoisin,
https://media-animation.be/Ange-blond-les-medias-et-les-stereotypes-sur-les-Roms.html

Cet article dénonce et analyse comment d’une rumeur médiatique, au départ d’une couleur de
cheveu, traitée différemment par quelques pays européens, on passe à un drame humain.

3. « Médias et migrations dans l’espace euro-méditerranéen », Tristan Mattelart, Médias et


migrations dans l’espace euro-méditerranéen, Revue européenne des migrations
internationales [En ligne], vol. 32 - n°3 et 4 | 2016, mis en ligne le 01 décembre 2016, consulté
le 28 mai 2018. URL : http://journals.openedition.org/remi/7891

Fruit d’une recherche collective, cette analyse expose le rôle des médias en amont et en aval de la
migration.

4. « Revoir les mythes médiatiques à propos des réfugiés et des migrants »,


https://fr.unesco.org/news/revoir-mythes-mediatiques-propos-refugies-migrants-0

L’unesco démonte ici 7 mythes créés par de la désinformation de la part des médias.

5. « Copiées d’un pays à l’autre, comment les intox fabriquent des stéréotypes racistes sur les
migrants », http://observers.france24.com/fr/20171229-intox-stereotypes-racistes-
migrants-international
La rédaction des Observateurs de France 24 a recensé et classé des fausses informations ou images
manipulées. Elle livre ici ses conclusions.

6. « La couverture médiatique de la crise migratoire en Europe : un discours confus et


polarisé »,
http://www.iemed.org/observatori/arees-danalisi/arxius-
adjunts/anuari/med.2017/french/IEMed_MedYearbook2017fr_couverture_mediatique_crise
_migratoire_matar.pdf

L’objectif de cet article est d’examiner les tendances générales qui se dégagent des nombreuses
études et interprétations publiées sur cette question.

/ ! \ l'article n'est pas présent dans ce dossier mais bien en ligne et en téléchargement en annexe
"Invasion de migrants": un millier de
plaintes contre Sudpresse
Le Vif

http://www.levif.be/actualite/belgique/invasion-de-migrants-un-millier-de-plaintes-contre-
sudpresse/article-normal-476579.html

Source: Belga

Le Conseil de déontologie journalistique a reçu à ce jour un millier de plaintes visant une 'Une' du
groupe Sudpresse, portant le titre "Invasion de migrants: la Côte belge menacée! ", datant du 24
février.

Ces plaintes proviennent quasi exclusivement de particuliers. On trouve toutefois parmi les plaignants
huit centres régionaux d'intégration en Wallonie. Le journal parodique Nordpresse a, pour sa part,
déposé plainte à la police pour incitation à la haine et au racisme.

"Dans un climat largement alimenté par des fantasmes et des allégations souvent mensongères sur les
faits et gestes des populations étrangères, qu'elles soient primo-arrivantes ou non d'ailleurs, Sudpresse
entretient voire intensifie la peur irrationnelle actuelle", dénoncent les huit centres d'intégration, dans
un communiqué commun. "Sudpresse en agissant de la sorte crée un amalgame qui laisse à penser
que tous les demandeurs d'asile, voire tous les étrangers sont des dangers potentiels et des
envahisseurs", déplorent-ils.

Les centres régionaux expliquent qu'ils sont en charge du soutien de l'intégration des populations
étrangères notamment via le parcours d'intégration mais aussi de la lutte contre la discrimination via
des actions de sensibilisation de la société d'accueil.

Le journal parodique Nordpresse indique sur son site Internet, PV à l'appui, avoir déposé plainte à la
police fin février pour incitation à la haine et au racisme et incite ses lecteurs à l'imiter. "Les plaintes
au conseil de déontologie n'ont pour sanction qu'une publication sans la moindre peine. Ce n'est plus
qu'une question de déontologie mais bien un crime condamnable au pénal", se justifie-t-il.

La secrétaire générale de l'Association des journalistes professionnels (AJP), Martine Simonis, a


demandé quant à elle, après la diffusion de la 'Une' litigieuse, au ministre francophone des Médias
Jean-Claude Marcourt, de vérifier si Sudpresse remplissait les conditions d'octroi des aides à la presse.
Elle rappelait que le respect de la déontologie était l'un des critères d'octroi de ces aides.

Du côté de Sudpresse, on estime qu'une réflexion est nécessaire en interne et avec le CDJ sur le rôle
d'un journal populaire, qui ne doit pas basculer dans le populisme tout en conservant sa particularité.
La direction du groupe tient toutefois à placer ces plaintes dans leur contexte. Ainsi, 90% des plaintes
sont liées à celle de Nordpresse, affirme-t-elle, regrettant que le CDJ omet cette précision et sort ainsi
de son rôle, selon elle. Sudpresse a lui-même déposé plainte au CDJ et au pénal contre Nordpresse,
avec qui les relations sont tendues depuis la diffusion de cette 'Une' à propos des migrants et du père
d'un des auteurs des attentats de Paris qui tient un commerce à Liège.
Au sujet du titre sur les migrants, la direction reconnaît qu'il était "peut-être maladroit", tout en
ajoutant que ce sera aux juristes de trancher. Elle convient qu'il faut se montrer prudent dans le choix
des titres "en période délicate sur le plan social". Quant à l'AJP, Sudpresse souligne que les rapports
avec l'organisation professionnelle sont difficiles sur le plan syndical et que celle-ci n'est donc pas
objective dans ce dossier. Le délai moyen du traitement d'une plainte au Conseil de déontologie
journalistique est de cinq mois.
Ange blond : les médias et les stéréotypes sur les
Roms
https://media-animation.be/Ange-blond-les-medias-et-les-stereotypes-sur-les-Roms.html

En octobre 2013, le visage d’une fillette fait la


une des médias européens. Elle s’appelle Maria,
elle a des cheveux blonds et vit au sein d’un
campement de Roms. Que fait-elle parmi eux ?
Sans doute a-t-elle été enlevée. Sans retenue, une
grande partie de la presse européenne souscrit à
cette hypothèse et aux préjugés qui la fondent.
Cette européanisation pourrait indiquer que les
Roms jouissent du triste privilège d’être pareillement considéré à travers tout le continent où ils
vivent depuis des siècles. Cependant, si le stéréotype semble généralisé, au diapason d’un
discours politique qui s’est singulièrement durci à l’encontre de ces minorités ces dernières
années, son usage varie d’un pays à l’autre, comme le montre la comparaison de la presse
anglaise, française et irlandaise lors de l’affaire de « l’Ange blond ».

Le 16 octobre 2013, lors d’une opération dans un campement rom, des policiers grecs « repèrent »
une fillette aux cheveux blonds et aux yeux clairs. S’inquiétant de sa dissemblance physique d’avec
ceux qui revendiquent être ses parents, ils la soustraient à son foyer et la confient à des services
sociaux. Pensant avoir mis la main sur une enfant enlevée, les autorités diffusent des
communiqués de presse et des photos de la fillette dans l’espoir de l’identifier [1] . L’évènement
anime d’abord la presse grecque, puis est répercuté par les agences de presse (AFP, AP,
Reuters…) et finit par susciter l’intérêt d’une grande partie des médias européens, et même au-
delà. Le 19 octobre, la photo de la jeune Maria, désormais connue comme « l’Ange blond », est
visible partout
La séquence médiatique dure une dizaine de jours et suscite une série d’évènements à l’ampleur
étonnante. Le 21 octobre, la police irlandaise signale aux services sociaux (HSE, Health Service
Executive) la présence de deux enfants blonds dans deux familles roms différentes. A leur tour, les
enfants sont séparés de leur foyer afin de procéder à des tests génétiques et d’établir leur
identité [2] . En Serbie, ce sont des skinheads qui tentent de soustraire un garçon blond aux Roms
auprès desquels ils l’ont vu [3] . A Chypre, un jeune homme aux cheveux clairs, préalablement
signalé par des internautes sur base de vidéos amateurs, se présente à la police et déclare qu’il
pense être Ben Needham, un bébé britannique
disparu en Grèce en 1991, blond lui aussi [4] .
Toutes ces affaires se concluent de la même
manière : les enfants sont Roms, ils n’ont pas
été enlevés. Quant à la petite Maria, elle aurait
été confiée bébé par sa mère, une Rom
bulgare, à ses parents adoptifs grecs, une
explication que ces derniers soutenaient à la
police depuis le premier jour [5] . Les soupçons d’enlèvement d’enfants largement partagés par la
police grecque et les médias sont démentis, l’intérêt médiatique s’éteint. Désormais placée dans
un foyer et séparée de ses deux familles (adoptive et biologique), Maria disparait de l’actualité
début novembre, retournant à un anonymat peut-être définitif.

Une rumeur continentale


L’affaire de « l’Ange blond » prend source dans une rumeur : des enfants non-Roms, ce que
démontreraient leur couleur de cheveux et d’yeux, auraient été enlevés par des Roms,
éventuellement dans le cadre d’un vaste trafic. Le fait remarquable dans cette rumeur n’est pas
tant son contenu [6] que l’ampleur exceptionnelle du traitement médiatique qui lui a été accordée
pour un fait divers impliquant les minorités roms. En plus de reproduire massivement les dépêches
de presse consacrées à l’affaire, les médias européens, et tout particulièrement la presse écrite,
lui ont consacré de nombreuses informations « maison » [7] . A ce titre, l’affaire de « l’Ange blond »
constitue un moment privilégié et particulièrement dense pour observer les discours médiatiques
tenus au sujet de ces minorités. Si les médias ont largement reproduit les clichés populaires
associés à ces populations, et tout particulièrement le mythe des voleurs d’enfants, certains
journaux ont préféré mettre l’accent sur les préjugés dont elles sont victimes et dénoncer la
dimension raciste ou à tout le moins raciale, tant des faits policiers que de la séquence médiatique
elle-même [8] .
Au-delà de cette répartition des articles entre ceux qui stigmatisent les Roms et ceux qui prennent
leur défense, l’affaire dévoile deux visages du traitement de l’information, à première vue
paradoxaux. D’une part, il est remarquable qu’un fait divers, voire une anecdote sociale, ait réussi
à susciter l’intérêt presque unanime des médias du continent. Une rapide revue de presse révèle
sans peine que le traitement opéré par la plupart des titres de presse est à la fois relativement
simpliste, beaucoup se contentent de reproduire ou de réécrire les dépêches des agences, et
repose sur une narration prémâchée par les clichés sur les Roms : une petite fille blonde a été
enlevée par des Roms d’Europe de l’Est dont c’est un commerce habituel. Cette convergence
médiatique autour d’un discours relativement uniforme est en soi indicatrice d’une généralisation
d’une certaine image des Roms, devenus des personnages repoussoirs à l’échelle européenne.
Les Roms, un thème politique européen
Cette généralisation ne peut être envisagée indépendamment d’un discours politique qui s’est lui-
même généralisé et qu’on retrouve dans la bouche d’un grand nombre de décideurs européens.
Depuis plusieurs années, les minorités Roms sont les sujets de mesures particulières et
contraignantes, visant notamment leurs campements ou leur rapatriement dans les pays dont ils
proviennent s’ils ne sont pas natifs du territoire national, essentiellement d’Europe centrale et
orientale : Bulgarie, Kosovo, Roumanie,… Dans les années 2000, l’Allemagne, la France et l’Italie
se distinguent particulièrement par des mesures de ce type [9] . C’est sans doute en 2010 que les
tensions s’exacerbent à l’occasion des expulsions massives pratiquées par le gouvernement de
Sarkozy qui illustraient crument les discriminations que subissent les Roms [10] .
Le nœud de la situation réside dans l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’UE qui
a « transformé » les Roms issus de ces pays, jusqu’alors migrants, souvent clandestins, en
citoyens à part entière de l’UE sensés pouvoir jouir de la libre-circulation des personnes qui est au
principe de l’Union [11] . Ces tensions se sont encore exacerbées en 2013 avec la perspective de
la fin prévue pour 2014 des restrictions qui pèsent sur le Roumanie et la Bulgarie quant à leur
intégration inconditionnelle à l’espace Schengen. Si l’argument premier des méfiances à leur égard
a trait à la capacité de ces Etats à contrôler leurs frontières et donc les flux migratoires extra-
européens, la circulation des Roms de ces pays est prétexte aux inquiétudes exprimées
publiquement comme l’illustre un article caricatural du Daily Mail selon lequel, la moitié d’un village
roumain, peuplé de Roms, attendait le 1er janvier 2014 pour déménager en Grande-Bretagne [12] .
Cette perspective migratoire sur les Roms correspond aux nombreux discours politiques tenus à
leur égard, dès lors qu’il s’agit de soutenir des politiques de contrôle ou de justifier des mesures,
et elle se conjugue volontiers aux préjugés qui ont cours au sujet de cette minorité. A travers
l’Europe, les discours qui parlent explicitement des Roms ou qui les évoquent se démultiplient. Si
l’extrême-droite est coutumière du thème, à l’image des interventions de Jean-Marie Le Pen qui
fantasment sur le déferlement de 12 millions de Roms ou des déclarations violentes du journaliste
hongrois Ferenc Szaniszlo qui compare les Roms à des animaux (ce qui ne l’empêche pas d’être
récompensé pour son travail par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán [13] ), les dirigeants
européens l’exploitent avec de moins de moins de retenue.
En novembre 2013, dans une tribune, David Cameron déclare son opposition à la libre circulation
des travailleurs Bulgares et Roumains au nom des inquiétudes que cela suscite : « I know many
people are deeply concerned about the impact that could have on our country. I share those
concerns. », et plus loin : « if people are not here to work - if they are begging or sleeping rough -
they will be removed [14] . » Pour Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur et s’exprimant le 24
septembre 2013 au sujet de démantèlements : « Ces populations [les Roms] ont des modes de vie
extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation, il faut tenir compte de
cela, cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie [15] ».
Malgré la différence des contextes (l’un s’exprime sur l’ouverture des frontières, l’autre sur des
opérations de police), ces deux discours partagent le même cliché sur l’incompatibilité des modes
de vie entre les Roms et la société « d’accueil » qui semble acquis au sens commun.
Les politiques ne sont pas les seuls à reproduire la caricature des Roms, à l’occasion de l’affaire
de « l’Ange blond », les médias ont abondamment répercuté une intervention d’Interpol qui
accréditait ouvertement la thèse d’une culture du trafic d’enfant propre aux Roms : « this problem,
of children going missing and falling into gypsy hands, is a problem throughout the continent [16] . »
Confortés par cette ambiance sans nuance, la presse européenne s’est largement fait l’écho de la
rumeur de la fillette blonde « tombée dans les mains des tsiganes » et semble avoir ainsi parlé
d’une même voix.

Les particularismes locaux du traitement médiatique


Un examen plus attentif des différents angles par lesquels l’histoire de Maria a été traitée montre
que si les stéréotypes sur les Roms sont identiques d’un pays à l’autre, ils ne sont pas mobilisés
pour les mêmes raisons. Le contexte national joue un rôle important sur l’orientation des aspects
par lesquels l’histoire prend du sens comme l’illustre la comparaison entre la Grande-Bretagne, la
France et l’Irlande.

Les tabloïds britanniques

Le rôle des tabloïds britannique dans la notoriété qu’a connu l’affaire a été important. Pendant une
semaine, les plus gros tirages que sont The Sun, The Daily Mail, The Daily Mirror ou The Daily
Telegraph ont chacun publié des dizaines d’articles en insistant, tabloïd oblige, sur les photos de
Maria et consacrant le drame que sa blondeur devait incarner. Bien que la minorité rom reste faible
en comparaison des 60 millions de Britanniques [17] , elle est régulièrement évoquée dans les
médias et généralement négativement [18] . En 2013, l’imminence de l’entrée complète de la
Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen a inspiré de nombreux articles et discours
politiques aux accents parfois ouvertement xénophobes [19] .
Les journaux britanniques ont largement présenté l’affaire de « l’Ange blond » sous l’angle de
l’enlèvement d’enfant, adhérant à la rumeur selon laquelle Maria serait une enfant volée. Mais cette
perspective n’est pas uniquement alimentée par le mythe du Gitan voleur d’enfants. Elle s’inscrit
surtout dans la lignée des nombreux dossiers d’enfants disparus qui entretiennent régulièrement
l’attention médiatique britannique, à l’instar de la disparition de la petite Maddie MacCann survenue
au Portugal en 2007 et qui a constitué (et constitue encore) un ressort de l’audience, et donc un
élément commercial des médias britanniques et tout particulièrement des tabloïds [20] .
Rapidement, les médias ont entretenu l’hypothèse que Maria pourrait être une de ces enfants
disparus. La presse britannique a aussi beaucoup évoqué la disparition en Grèce du petit Ben
Needham en 1991 [21] . Ce cas prendra une tournure singulière puisque le 27 octobre 2013, suite
à la diffusion d’images prises de lui, un jeune Rom aux cheveux clairs se présente à la police
chypriote en soupçonnant être lui-même le petit Ben, ce qui s’avérera inexact. Dominé par l’angle
de l’enlèvement d’enfant et la mauvaise réputation des Roms d’Europe de l’est, les quotidiens
britanniques n’ont pas laissé beaucoup de place à une réflexion critique. Ils ont souvent préféré,
comme The Sun, laisser ses « envoyés spéciaux » décrire avec répulsion les conditions de vie
dont a été « sauvée » Maria : « Unkempt children played in the street waving sticks at strangers.
Old motorbikes and car parts littered the neighbourhood, while stray dogs rummaged through piles
of rubbish [22] . », entretenant ainsi l’image de clochards nuisibles qui convient bien aux postures
politiques hostiles aux ressortissants des pays de l’est. Ce n’est qu’auprès des médias à moindre
tirage, comme The Guardian, qu’on peut trouver des analyses critiques de l’emballement
médiatique et une dénonciation des narrations stéréotypées qui ont entretenu l’évènement : « An
angel kidnapped by Gypsies ? In the absence of all the facts, age-old libels are being
replayed [23] », titre le quotidien de gauche.

La presse française

La « question rom » est un thème récurrent de l’actualité française. Outre les expulsions massives
et les démantèlements de camps pratiqués par les gouvernements de Sarkozy puis par celui de
Hollande, des faits divers impliquant des Roms font régulièrement les choux gras de la presse
populaire et inspirent des déclarations outrancières de politiciens locaux. En juillet 2013, un élu
UDI (centre) se distinguait par une ironie nauséabonde : « Hitler n’en n’a peut-être pas tué
assez [24] », largement reprise dans les médias (et conduisant à son expulsion du parti). Le même
mois, sur un mode à peine moins extrémiste, le député UMP Christian Estrosi vantait ses méthodes
pour « mater » les Roms en situation irrégulière [25] . L’ambiance hostile culmine sans doute avec
le lynchage d’un jeune homme en juin 2014 [26] . Mais c’est en octobre 2013 que l’attention
médiatique sur cette minorité est à son comble lorsque les titres sont occupés par l’expulsion vers
le Kosovo de la famille de la jeune Leonarda, arrêtée lors d’une sortie scolaire [27] .
C’est dans ce contexte que surviennent les informations au sujet de « l’Ange blond » qui s’offrent
donc à des médias déjà polarisés entre ceux qui semblent souscrire à la perspective du
gouvernement sur un « problème rom » et ceux qui privilégient un traitement antiraciste et critique.
Ainsi, le Figaro, conservateur, n’hésite pas à reproduire la parole d’élus grecs qui parlent des
camps roms en des termes que ne renieraient pas certains maires de France : « Ces ghettos font
peur. Ils concentrent trop de monde, un policier ne peut s’y aventurer seul. C’est dangereux. Il faut
les disperser. Sinon, ils continueront à voler, à écouler de la drogue ou à enlever des enfants [28] ».
En revanche, Le Monde et Libération, après avoir publié les dépêches initiales, préféreront insister
sur les préjugés racistes qui animent l’affaire : « Eh bien oui, les Roms peuvent être blonds [29] ! »
titre le premier, « Qui sont les voleurs d’enfants [30] ? » s’interroge le second, retournant
l’accusation contre les services sociaux.
La presse irlandaise

A priori, rien ne semblait devoir faire de l’Irlande un lieu où l’affaire de « l’Ange blond » rebondirait,
provoquant un brusque changement dans la manière dont les médias de l’île ont couvert l’affaire.
Dans les premiers jours, les quotidiens suivent leurs confrères européens et couvrent l’histoire de
la petite Maria sans questionner la pertinence des communiqués de presse et de police sur la thèse
de l’enlèvement. En Irlande, les Roms constituent une petite minorité : ils seraient 37 500 pour une
population totale de près de 4,2 millions d’habitants [31] . Démographique, cette discrétion est aussi
médiatique. Contrairement à la Grande-Bretagne, la minorité rom n’apparait que très
occasionnellement dans l’actualité et les faits divers [32] . Mais si la thématique rom n’exerce pas
d’influence particulière sur la sensibilité médiatique de l’Irlande, il en va autrement des questions
liées à la maltraitance des enfants et aux actes des services sociaux dans ce domaine. Les années
1990 et 2000 ont été marquées par de régulières révélations en matière de maltraitance d’enfants
dans des institutions publiques, souvent encadrées par des religieux catholiques [33] . En 2009, le
rapport d’une commission spéciale du Parlement irlandais détaille ces affaires et suscite l’émotion
pour l’étendue des abus qui y sont révélés ou confirmés [34] .
Ce contexte singulier explique sans doute les réactions suscitées par l’affaire de « l’Ange blond »
dans les médias irlandais lorsqu’inspirés par l’histoire de Maria, la police et les services sociaux
retirent deux enfants roms et blonds à leur famille respective pour vérifier leur identité. La situation
est paradoxale : c’est la couverture médiatique de l’affaire grecque qui contribue à la propagation
de la rumeur et du fantasme des Roms voleurs d’enfants, mais lorsque la police y souscrit,
l’approche médiatique change du tout au tout. Dès le 22 octobre, les quotidiens, comme l’Irish
Times et The Independent, consacreront jusqu’à la fin du mois des dizaines d’articles à l’affaire qui
dénoncent ouvertement les préjugés dont sont victimes les Roms et les abus des services sociaux
accusés d’avoir fait du profilage racial. Ainsi, si le 19 octobre The Irish Times reproduit une dépêche
intitulée « Interpol search for parents of girl found in Roma camp [35] », une semaine plus tard, il
dénonce les préjugés : « Roma incidents highlight attitudes to the marginalised [36] ». Les articles
de ce genre se démultiplient rapidement et dramatisent non plus l’enlèvement supposé d’un enfant
mais le drame familial d’une séparation : « Our son woke up crying, says dad of boy taken by
gardai [37] [la police irlandaise] » et le dérapage des services publics : « Authorities red-faced after
’rush to judgment’ [38] ». Echaudés par l’épisode grotesque irlandais, les quotidiens relisent l’affaire
grecque et y soulignent les mêmes travers : « ‘Maria’ case reveals Greek bureaucracy close to
collapse [39] ».
La représentation des Roms comme moteur du récit médiatique
La clé de voûte du battage médiatique consacré aux enfants blonds en octobre 2013 est le
stéréotype du Rom. D’une part, il est largement activé, par les polices grecques ou irlandaises et
par les médias, pour donner du sens à ce qui semble une anomalie capillaire. A priori, avoir des
cheveux blonds ne constitue pas une raison pour écrire des histoires, à moins, de toute évidence,
d’être rom. L’enthousiasme médiatique pour Maria révèle donc d’abord l’arrière-fond racial, au sens
de l’apparence physique, qui structure l’imaginaire sur les Roms (qui, en effet, sont les autres d’un
ange blond sinon de sombres démons ?). Dans un même temps, cette anomalie est exorcisée par
un autre cliché, tout aussi raciste, qui consiste à l’expliquer par l’évidence qui veut que les Roms
enlèvent les enfants des non-Roms.
Ce double stigmate n’a pas convaincu tous les commentateurs. Beaucoup de médias ont donné la
parole à des institutions, comme le Conseil de l’Europe, ou des associations engagées aux côtés
de ces minorités pour qu’elles dénoncent cette stigmatisation. Toutefois, ce faisant, c’est toujours
le cliché qui est au cœur de la narration bien qu’il s’agisse de le déconstruire. Finalement, les Roms
n’ont pas médiatiquement existé sous un autre regard que celui conditionné par un discours
politique et médiatique européen largement soupçonneux à leur égard. Lorsque l’affaire de « l’Ange
blond » survient, soit, comme en Grande-Bretagne et en France, elle alimente une présence
médiatique déjà nourrie par l’idée qu’il y ait un « problème », soit elle éclaire une minorité
jusqu’alors transparente, comme c’était plus ou moins le cas en Irlande.

Mais c’est également en Irlande que ce ressort narratif du cliché versus la déconstruction du cliché
a trouvé ses limites. En effet, pour dramatiser l’histoire des deux enfants séparés de leurs familles
par la police irlandaise, il fallait non plus puiser dans l’imaginaire de l’enlèvement d’enfant et de la
marginalité des Roms, mais solliciter les valeurs familiales. Le scandale relevait d’abord d’une
atteinte à l’intégrité des familles et à la quiétude des enfants. Soudain, les Roms n’étaient plus
seulement affligés par la stéréotypie mais accédaient au rang de citoyens « normaux » et de
parents. Comme le titrait The Irish Independent : « Every parent’s worst nightmare suddenly
springs to horrifying life [40] ».
L’affaire de « l’Ange blond » ne restera sans doute pas un évènement mémorable et il est peu
probable que les médias se soucient à l’avenir de ce que deviendra Maria. L’épisode reste
cependant remarquable parce qu’il dévoile à quel point l’imaginaire sur une minorité combiné à un
climat politique spécifique envers elle est susceptible d’animer le travail des médias. Certes,
l’hypothèse du trafic d’enfants était du vent, mais il a soufflé fort. Au risque, dont peu de médias se
sont souciés, d’agiter un peu plus les fantasmes qui recouvrent les minorités les plus marginalisées
d’Europe.

Daniel Bonvoisin

Média Animation, Novembre 2014

[1] VANTIGHEM, Vincent, « Tout comprendre sur l’affaire de « l’Ange blond », 22 octobre 2013, Site Web de 20 minutes,

http://www.20minutes.fr/societe/1240101-20131022-grece-tout-comprendre-laffaire-lange-blond (17 avril 2014)

[2] SPENCER, Ben, Now blonde girl found at a Roma home in Ireland : Blue-eyed child of seven is led away by police and

social workers, The Daily Mail, 21 octobre 2013, http://www.dailymail.co.uk/news/article-2470998/Blonde-Angel-Maria-

Mystery-child-bought-850.html

[3] « Serbie : « "l’ange blond" de Novi Sad était bien rom », trad. ALIGRUDIC, Persa, Le Courrier des Balkans, 23 octobre

2013, balkans.courriers.info/article23470.html
[4] OWENS, Nick, THORNTON, Lucy, Is this Ben Needham ? Picture of Roma man suspected of being British tot missing

for 22 years, The Daily Mirror, 27 octobre 2013, http://www.mirror.co.uk/news/world-news/ben-needham-picture-roma-

man-2643982

[5] REBILLAT, Clémentine, « Le mystère de "l’Ange Blond" résolu », 26 octobre 2013, Site web de Paris Match,

http://www.parismatch.com/Actu/Faits-divers/Le-mystere-de-l-ange-blond-resolu-534556

[6] Dont deux aspects, l’enlèvement et l’orientation raciste, rappellent celle d’Orléans analysée par une équipe dirigée par

Edgard Morin MORIN, Edgar, La rumeur d’Orléans, Paris, Seuil, 1969, 256 p.

[7] La presse non européenne a également été prolixe sur le sujet comme en témoigne cet article du New York Times :

BILEFSKY, Dan, « Roma, Feared as Kidnappers, See Their Own Children at Risk », The New York Times, 25 octobre

2013, www.nytimes.com/2013/10/26/world/europe/for-the-roma-fears-of-kidnapping-in-europe-only-mirror-their-

own.html?_r=0

[8] Comme l’illustre cet article d’une anthropologue paru à Libération et qui entre parfait dans le concept de « l’anti-mythe

de dissuasion » proposé par Edgard Morin comme discours « constitué par la conjonction des plaintes en justice, des

interventions de personnalités, d’associations, d’autorités, des articles parus dans la presse » (MORIN, Edgar, ibidem. P.

68). : CONDEMI, Silvana, Ange blond et noirs démons, Libération, 3 novembre 2013,

www.liberation.fr/monde/2013/11/03/ange-blond-et-noirs-demons_944264

[9] CAHN, Claude, « Racial Preference, Racial Exclusion : Administrative Efforts to Enforce the Separation of Rom and

Non-Roma in Europe Through Migration Controls », European Journal of Migration and Law, no.5, 2004, pp 479-490

[10] SIGONA, Nando, op. cit.

[11] Ibid, p.214

[12] « Comment le Daily Mail invente une information sur l’invasion des Roumains », Presseeurop.eu, 12 novembre 2013,

www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/4311861-comment-le-daily-mail-invente-une-information-sur-l-invasion-des-

roumains

[13] . «A Nice, Jean-Marie Le Pen dérape sur les Roms », AFP via Libération, 4 juillet 2013,

www.liberation.fr/societe/2013/07/04/a-nice-jean-marie-le-pen-derape-sur-les-roms_916116. ; THEDREL, Arielle,

« Hongrie : Viktor Orban met l’extrême droite à l’honneur », Le Figaro, 18 mars 2013,

www.lefigaro.fr/international/2013/03/18/01003-20130318ARTFIG00412-hongrie-viktor-orban-met-l-extreme-droite-a-l-

honneur.php

[14] CAMERON, David, « Free movement within Europe needs to be less free », Financial Times, 27 novembre 2013

[15] BEAUDOUX, Clara, « Selon Manuel Valls, une minorité de roms veulent s’intégrer », France Info, 24 septembre 2013,

www.franceinfo.fr/politique/actu/article/selon-manuel-valls-une-minorite-de-roms-veulent-s-integrer-285659

[16] PETTIFOR, Tom, « Kate and Gerry’s "great hope" : Mystery blonde girl found living with gypsies gives boost to

Madeleine McCann’s parents », The Daily Mirror, 18 octobre 2013, http://www.mirror.co.uk/news/uk-news/madeleine-

mccann-kate-gerrys-great-2467765

[17] Une étude parue dans les médias britanniques en novembre 2013 estime à près de 200 000 migrants le nombre de

Roms récemment arrivés de l’Est de l’Europe : KEELEY, Amie, « UK has one of largest Roma populations in Western

Europe with 200,000 living here », The Daily Mail, 31 octobre 2013, www.dailymail.co.uk/news/article-2480751/UK-

largest-Roma-populations-Western-Europe-200-000-living-here.html
[18] Comme dans cet exemple : BIRD, Steve, « The Roma gipsy beggars of Park Lane : 30 Romanians camp out with

soiled duvets and cardboard boxes in exclusive London street », The Daily Mail, 24 mai 2013,

www.dailymail.co.uk/news/article-2330542/The-Roma-gipsy-beggars-Park-Lane-30-Romanians-camp-soiled-duvets-

cardboard-boxes-exclusive-London-street.html

[19] Comme l’illustre cette polémique entre porte-paroles partisans : LYONS, James, « "Ugly and stupid" : Lib Dem chief

Tim Farron’s blast at Tories over attacks on immigration », The Daily Mirror, 1er janvier 2014, www.mirror.co.uk/news/uk-

news/ugly-stupid-lib-dem-chief-2976662

[20] MOREAS, Georges, « La disparition de la petite Maddie tourne au mélo », Blog de Georges Moréas, Le Monde.fr, 17

octobre 2013, moreas.blog.lemonde.fr/2013/10/17/la-disparition-de-la-petite-maddie-tourne-au-melo

[21] MURPHY, Simon, « Was missing Ben Needham at the same gypsy camp as ’Maria’ ? Police probe claims that

abducted British boy was seen at site where blonde girl, four, was found », The Daily Mail, 20 octobre 2013,

www.dailymail.co.uk/news/article-2468431/Police-probe-claims-Ben-Needham-spotted-gypsy-camp-Maria.html

[22] PARRY, Ryan, « Faked », The Sun, 24 October 2013,

http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/5219850/pictures-of-missing-girl-maria-room-staged-to-protect-gypsy-

community.html

[23] DOUGHTY, Louise, « An angel kidnapped by Gypsies ? In the absence of all the facts, age-old libels are being

replayed », The Guardian, 22 octobre 2013, www.theguardian.com/commentisfree/2013/oct/22/angel-kidnapped-by-

gypsies-libel-replayed

[24] MEDIONI, David, « Roms / Hitler : le dérapage du maire UDI était enregistré », @rrêt sur images, 22 juillet 2013,

www.arretsurimages.net/breves/2013-07-22/Roms-Hitler-le-derapage-du-maire-UDI-etait-enregistre-id15914

[25] « Estrosi dit "mater" les Roms », Le Figaro, 7 juillet 2013, www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/07/07/97001-

20130707FILWWW00060-estrosi-dit-mater-les-roms.php

[26] MOUILLARD, Sylvain, TOURANCHEAU, Patricia, LE DEVIN, Willy, « Darius, jeune Rom lynché à Pierrefitte », 17 juin

2014, Libération, www.liberation.fr/societe/2014/06/17/darius-jeune-rom-lynche-a-pierrefitte_1043854

[27] L’article dédié à l’affaire sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Leonarda

[28] KEFALAS, Alexia , « "L’ange blond" déclenche un débat sur les Roms en Grèce », Le Figaro, 25 octobre 2013,

www.lefigaro.fr/international/2013/10/22/01003-20131022ARTFIG00606-l-ange-blond-declenche-un-debat-sur-les-roms-

en-grece.php

[29] SALLES, Alain, « Eh bien oui, les Roms peuvent être blonds ! », 31 octobre 2013, Le Monde,

http://www.lemonde.fr/cgi-

bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1248624&xtmc=eh_bien_oui_les_ro

ms_peuvent_etre_blonds&xtcr=1

[30] BORDIGONI, Marc, PIASERE, Leonardo, « Qui sont les voleurs d’enfants ? », 3 novembre 2013, Libération,

http://www.liberation.fr/monde/2013/11/03/qui-sont-les-voleurs-d-enfants_944259

[31] « Statistiques, Roms et Gens du voyage », op. cit.

[32] Comme par exemple en novembre 2012 lorsqu’une mendiante rom est la première à subir une nouvelle législation en

matière de mendicité, CUSAK Jim, « Roma gypsy first to be convicted for begging », The Irish Independent, 30 novembre

2012, www.independent.ie/irish-news/courts/roma-gypsy-first-to-be-convicted-for-begging-26737314.html, où lorsque


deux « clans » sont au cœur d’une affaire de mœurs, « Two richest Roma clans at centre of child rape », The Irish

Independent, 25 novembre 2012, www.independent.ie/irish-news/two-richest-roma-clans-at-centre-of-child-rape-

26321843.html

[33] Le cas des couvents des Sœurs Magdalène constitue le volet le plus célèbre de ces affaires, GORDON, Mary, « How

Ireland Hid Its Own Dirty Laundry », The New York Times, www.nytimes.com/2003/08/03/movies/how-ireland-hid-its-own-

dirty-laundry.html?pagewanted=all&src=pm

[34] Commission to Inquire into Child Abuse, 2009, http://www.childabusecommission.com

[35] REUTERS, « Interpol search for parents of girl found in Roma camp », 19 octobre 2013, The Irish Times,

http://www.irishtimes.com/news/world/europe/interpol-search-for-parents-of-girl-found-in-roma-camp-1.1566962

[36] O’BRIEN, Breda, « Roma incidents highlight attitudes to the marginalised », 26 octobre 2013, The Irish Times,

http://www.irishtimes.com/news/social-affairs/incidents-involving-roma-children-highlight-our-attitude-to-the-

dispossessed-1.1573680

[37] HOGAN, Louise, « Our son woke up crying, says dad of boy taken by gardai », 25 octobre 2013, Irish Independent,

http://www.independent.ie/irish-news/our-son-woke-up-crying-says-dad-of-boy-taken-by-gardai-29699019.html

[38] « Authorities red-faced after ’rush to judgment’ », 24 octobre 2013, Irish Independent,

http://www.independent.ie/opinion/editorial/authorities-redfaced-after-rush-to-judgment-29696191.html

[39] SMITH, Helena, « ‘Maria’ case reveals Greek bureaucracy close to collapse », 26 octobre 2013, The Irish Times,

http://www.irishtimes.com/news/world/europe/maria-case-reveals-greek-bureaucracy-close-to-collapse-1.1573895

[40] DONOHOE, Miriam, « Every parent’s worst nightmare suddenly springs to horrifying life », Irish Independent, 23

octobre 2013, http://www.independent.ie/opinion/columnists/miriam-donohoe/every-parents-worst-nightmare-suddenly-

springs-to-horrifying-life-29688066
Mattelart Tristan

Médias et migrations dans l’espace euro-


méditerranéen
Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 32
- n°3 et 4 | 2016, mis en ligne le 01 décembre 2016, consulté le 28
mai 2018.
URL : http://journals.openedition.org/remi/7891

Cet ouvrage est le fruit d’un projet de recherche collectif sur « Médias et migrations dans l’espace
euro-méditerranéen » (Mediamigraterra) financé par l’ANR de 2009 à 2012. Il entend analyser le rôle
des médias en amont et en aval de la migration, c’est-à-dire comprendre la façon dont ceux-ci
impactent la dynamique migratoire avant le départ, autant que la dynamique d’intégration lors de
l’installation. Remarquable de par sa densité et la richesse de ses contenus, l’ouvrage de près de
600 pages, composé de seize chapitres, est organisé autour de cinq grands axes qui ont également
servi de fil conducteur au programme de recherche : le rôle joué par les médias, dans les pays du
Maghreb, dans le désir de partir ; les dispositifs médiatiques mis en place par les États du Maghreb à
destination de leurs émigrés ; la mise en place, ou pas, de politiques d’insertion médiatique des
populations issues de l’immigration dans les pays d’accueil en Europe du Sud (France, Espagne, Italie) ;
les usages des médias et des technologies dans les foyers issus de l’immigration maghrébine en France.

• 1 À ce sujet, voir le film du réalisateur kurde d’Irak Hiner Saleem (1998) Vive la mariée et la
libér (...)

2La première partie interroge le lien entre médias et émigration. Il se garde toutefois de défendre une
vision fonctionnaliste qui postulerait l’idée selon laquelle les médias font l’immigration – en présentant
notamment les pays européens comme un Eldorado et en attisant les désirs de consommation – et qui
négligerait les facteurs sociaux, économiques et politiques dont on connaît bien le poids. Ainsi, le texte
de Ratiba Hadj-Moussa s’intéresse à la façon dont l’usage des télévisions par satellite contribue depuis
les années 1990 à une transformation de l’espace public, rendant possible l’expression de critiques à
l’égard des gouvernements. D’autre part, elle montre que les images occidentales ne sont plus les
seules à séduire au Maghreb, notamment parmi les jeunes générations, et que le discours identitaire
sur l’« arabité-islamité » des chaînes panarabes vient contrebalancer les représentations de
l’immigration, des musulmans et de l’Islam parfois distordues et simplistes véhiculées par les médias
occidentaux. Le texte de Tarik Sabry porte sur les liens existants entre les usages d’Internet,
notamment des réseaux sociaux, et les projets migratoires des jeunes Marocains. Dans ses travaux
précédents des années 2000, l’auteur avait pris à bras-le-corps la question de la relation entre les
programmes télévisuels des grandes chaînes occidentales et le désir des Marocains « d’émigrer vers
l’Ouest ». Toutefois, loin de se cantonner à l’émigration physique, il évoquait surtout l’importance de
« l’émigration mentale » et « symbolique ». Dans la même veine, il interroge d’une part dans cet article
les effets des usages des médias sur les stratégies de mise en œuvre du projet migratoire : récolte et
échange d’informations pratiques, mais aussi recherche d’une relation amicale ou amoureuse avec
une personne déjà installée en Europe, comme les jeunes générations précédentes le faisaient déjà à
travers la presse magazine dans les années 1980 ou les cassettes vidéo dans les années 19901. D’autre
part, Tarik Sabry traite également d’un aspect plus méconnu et moins attendu : celui des usages des
réseaux sociaux, en particulier de Facebook, non pas pour communiquer avec l’Occident, mais avec
d’autres Marocains à l’intérieur du Maroc. Dans le prolongement de ces réflexions, on pourrait
s’interroger sur les possibles effets produits et/ou induits par les relations parfois tendues entre Beurs
et Blédards, comme l’a démontré Claire Schiff dans des enquêtes portant sur l’analyse de contenu de
forums de discussion en ligne dédiés à la communauté maghrébine en France (Schiff, 2015).

3La deuxième partie de l’ouvrage s’inscrit volontairement en porte à faux avec la vision d’Appadurai
selon laquelle le monde contemporain serait composé de flux et de circulations, au détriment des
organisations stables qui s’en trouveraient de ce fait fragilisées. Les quatre textes qui la composent
montrent au contraire la force des États du Maghreb, qui utilisent depuis longtemps les médias comme
moyen de gestion des migrations, dans une perspective de maintien des liens communautaires, à la
fois en diffusant leur version du récit national et en incitant les émigrés à réinvestir une partie de leurs
revenus dans l’économie nationale. Yvan Gastaut montre, avec l’œil de l’historien, la façon dont l’État
algérien s’est servi depuis l’indépendance de tous les moyens disponibles pour communiquer avec ses
ressortissants à l’étranger, et ce bien avant la popularisation des télévisions satellitaires et d’Internet,
avec un journal comme L’Algérien en Europe. Il souligne toutefois les difficultés auxquelles est
confronté l’État algérien, dès lors que l’immigration de travail se transforme en immigration de
peuplement à partir des années 1980. Dans le prolongement, Mohamed-Ali Adraoui analyse la manière
dont Alger se sert de la télévision par satellite, d’abord grâce à Canal Algérie, pour communiquer avec
ses émigrés dans les années 1990, à un moment où, parallèlement, chaînes occidentales, surtout
françaises, et chaînes arabophones entrent également en concurrence dans le paysage satellitaire au
Maghreb. Dans une offre de plus en plus diversifiée, il s’agit aussi de combattre l’apparition des chaînes
berbérophones. Là aussi, d’intéressants parallèles pourraient être soumis à la discussion avec la
situation turque et le développement de la chaîne satellitaire TRT-International qui entendait,
également dans les années 1990, à la fois maintenir les liens politiques et économiques avec les
populations turcophones à l’étranger, mais aussi alimenter l’imaginaire national contre l’émergence
médiatique d’identités concurrentielles au premier rang desquelles l’identité kurde, elle-même
traversée par différents courants politiques et religieux (Rigoni, 2001 ; de Tapia et al., 1997). Mais c’est
sur le Maroc que porte l’article suivant, rédigé par Abdelfettah Benchenna, l’un des États d’émigration
ayant certainement mis le plus de moyens institutionnels dans le maintien de ses liens, voire de son
contrôle, à l’égard de ses ressortissants et de leurs descendants à l’étranger qui, tous, sont considérés
comme des « sujets du roi ». Comme Canal Algérie, Al Maghribiya, destinée aux émigrés d’Amérique
du Nord, est fortement dépendante du pouvoir politique marocain et même longtemps condamnée à
rediffuser une sélection de programmes émanant des deux chaînes généralistes Al Aoula et 2M.
Aujourd’hui toutefois, le gouvernement marocain réfléchit à la façon dont il pourrait se servir de cet
outil pour augmenter son influence dans le paysage audiovisuel international sans que cela ne lui coûte
trop cher en termes de liberté. L’article suivant se focalise pour sa part sur les chaînes panarabes reçues
en Europe, la façon dont elles représentent les émigrés d’origine arabe et traitent des questions
relatives à l’immigration. Naomi Sakr montre tout d’abord qu’à l’inverse des chaînes satellitaires
étroitement contrôlées par les États maghrébins, les chaînes panarabes ne s’intéressent pas
prioritairement aux publics d’origine arabe. En revanche, lorsqu’elles s’intéressent aux émigrés arabes,
et c’est notamment le cas d’Al Jazeera et d’Al Jazeera Children, ceux-ci sont dépeints tour à tour
comme des figures de la réussite – ce qui contrebalance avec l’image véhiculée par les médias
occidentaux – et comme des citoyens rendus amers par la situation économique, mais aussi par les
contraintes politiques qui leur sont imposées par les gouvernements des pays du Maghreb – ce qui
contraste fortement avec le positionnement des médias maghrébins.

• 2 L’article de Navarro et al. (2011) portait déjà sur cette dimension entre les mêmes trois pays.

4La troisième partie de l’ouvrage porte la focale sur la rive nord de la Méditerranée en s’intéressant à
la façon dont les médias du sud de l’Europe traitent des questions migratoires. Les auteurs montrent
l’impact des différentes politiques d’intégration sur la façon dont les médias parlent de l’immigration
et s’adressent aux immigrés. En filigrane, on perçoit, pour chacun des États, les liaisons entre les
fondements philosophiques de la nation, les modèles politiques d’intégration auxquels correspondent
différents traitements juridiques des populations minoritaires, et le discours médiatique2. Tristan
Mattelart revient d’abord sur la genèse des politiques dites de « diversité » en France, depuis le
programme télévisé « Mosaïque », créé dans les années 1970 à destination des immigrés, jusqu’aux
plus récentes mesures en faveur d’une meilleure représentation télévisuelle des minorités (Frachon et
Sassoon, 2008 ; Rigoni, 2007). Il y est également question de l’« intégration médiatique » des
populations de religion musulmane, pour lesquelles l’auteur postule que les politiques publiques à leur
égard ne servent pas tant le discours politique sur la « cohésion nationale » que des objectifs
pragmatiques en matière de défense des intérêts de la sécurité nationale. Dans le second chapitre,
Laura Navarro Garcia met en lumière le cas de l’État fédéral espagnol, dont la temporalité et les
modalités des politiques visant à améliorer la représentation des populations issues de l’immigration
sont très différentes de celles de la France. L’auteure examine la manière dont cette question a été
mise sur l’agenda politique catalan à partir des années 1990, en particulier grâce à des acteurs
associatifs et institutionnels supranationaux. Elle souligne par là même le décalage avec les autorités
nationales qui accordent peu d’intérêt à cette question, comme l’indique la Loi générale de la
communication audiovisuelle de 2010. En Italie, Eugénie Saitta décrit une situation encore plus
inquiétante, avec l’inexistence de politiques publiques de représentation médiatique qu’elle explique
par deux facteurs principaux, celui de la « commercialisation » accrue du secteur télévisuel qui a
contribué à « entraver la mission éducative et de service de la télévision publique italienne », et celui
de l’influence politique de la Ligue du Nord qui a imposé un discours sécuritaire. Pour autant, le
paysage n’est pas complètement sombre, les deux auteures modérant leur analyse en relayant
quelques initiatives émanant de la société civile ainsi que des journalistes en faveur d’une meilleure
image des immigrés et d’une « information non raciste ».

• 3 L’équipe Minority Media a recensé en 2007 plus de 5 000 médias dans huit pays européens
(programme (...)

5La quatrième partie de l’ouvrage est consacrée à une catégorie de médias longtemps oubliée tant des
journalistes que des universitaires : les médias issus de l’immigration. Forts de plusieurs milliers de
titres dans les démocraties occidentales3, les médias des minorités ethniques représentent pourtant
un phénomène important et historiquement ancré, contemporain des grandes vagues migratoires.
Dans les années 1990, les chercheurs anglo-saxons et scandinaves sont les premiers à utiliser les
termes d’« ethnic media » ou d’« ethnic minority media » pour les qualifier. Plus récemment, la
multiplication des médias électroniques a toutefois alimenté de plus en plus de recherches,
notamment au sud et à l’est de l’Europe, sur ces productions médiatiques ethniques, dont la REMI et
e-migrinter se sont notamment fait l’écho (Cossée et al., 2013 ; Rigoni et al., 2010 ; Rigoni, 2010). Dans
cette partie, le texte introductif d’Eugénie Saitta rappelle à juste titre que le propos n’est pas
d’« uniformiser » l’ensemble constitué par ces médias ni de « durcir artificiellement l’opposition »
entre eux et les médias dominants, comme le soulignait déjà l’ouvrage que nous avions coordonné en
2012 (Rigoni et Saitta, 2012). L’auteure poursuit son analyse en prenant le cas de deux mensuels
produits en Italie : Yalla Italia, issu du milieu associatif et consacré aux jeunes d’origine arabe et/ou
musulmane, mais s’adressant en italien à un public plus large, et Al Maghrebiya, consacré à la même
population, mais rédigé uniquement en arabe et dépendant d’un groupe de presse commercial.
Utilisant les outils de la sociologie du journalisme, elle s’interroge à la fois sur leurs discours et sur les
modalités d’accès à ces médias des personnes qui s’y expriment. Dans la même veine, en s’appuyant
sur les « médias nés des migrations marocaines en Espagne », Laura Navarro Garcia aborde les tensions
entre le rôle alternatif que disent tenir nombre de ces médias et les logiques économiques et politiques
qui contraignent leur action. Surtout, grâce à la perspective socio-historique présente tout au long de
son article, l’auteure nous permet de comprendre le processus de création de ces médias dès les
années 1970 dans ce jeune pays d’immigration, ainsi que ses développements ultérieurs liés aux
influences de plusieurs types de militantisme et aux tentatives d’influence du royaume chérifien. Les
deux chapitres suivants, rédigés par Karima Aoudia et consacrés à Radio Beur/Beur FM et à Radio
Orient, se font également l’écho à ces réseaux d’influence des États dont sont originaires les
populations immigrées, bien décrites par ailleurs dans la sociologie de l’immigration consacrée aux
réseaux associatifs immigrés. En dépit des différences de ces deux radios sur leurs origines et leur
fonctionnement, l’auteure met également en exergue des points communs parmi lesquels leurs
tentatives de gagner un auditoire au-delà de l’Hexagone, élargi aux populations du Maghreb. Le
dernier texte de cette partie traite lui aussi des velléités transnationalistes de certains médias
minoritaires. En s’appuyant sur l’exemple du portail Yabiladi.com, Abdelfettah Benchenna analyse la
force de ce type de dispositif réticulaire en matière de (re)construction de réseaux transnationaux et
de stratégies d’influence de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée.

6La dernière partie de l’ouvrage accorde la part belle aux audiences en s’intéressant aux expériences
médiatiques et communicationnelles des publics issus de l’immigration. La question de la réception
télévisée au sein des foyers de l’immigration, depuis le développement des antennes paraboliques
jusqu’à celui des chaînes d’information arabophones, a suscité au cours de ces dernières décennies en
France, des craintes nourries par des questions liées tant aux événements internationaux qu’à la
politique intérieure. Plus récemment, la question de l’accès potentiel à des sites islamistes radicaux a
contribué à alimenter le débat tout en le déplaçant vers un traitement politique global toujours plus
sécuritaire. Les crispations étant moins affirmées en Espagne et en Italie, c’est sur la France que se
focalisent les deux textes de ce chapitre, écrits par Tristan Mattelart, Elyamine Settoul et Karima
Aouidia. Dans la continuité de travaux antérieurs, ils soulignent la grande hétérogénéité des pratiques
communicationnelles et informationnelles au sein des foyers issus de l’immigration. Le facteur
générationnel est avancé comme l’un de ceux permettant le mieux d’expliquer la différenciation de
ces pratiques. À ce titre, le premier chapitre décrit l’élaboration de complexes négociations, au sein du
foyer, pour l’accès aux programmes télévisuels préférés et comment les ordinateurs constituent une
ressource pour les jeunes. Les auteurs s’attachent également à déconstruire les analyses avancées par
d’autres chercheurs sur l’impact des chaînes satellitaires, notamment panarabes, dans l’« économie
des pratiques communicationnelles », en soulignant le rôle joué par les médias du pays de résidence
en matière de consommation médiatique. Enfin, le dernier chapitre déconstruit quant à lui le caractère
novateur d’Internet, en rappelant les multiples pratiques de mise en contact à distance des familles
séparées, que d’aucuns nomment aujourd’hui transnationales. Si là aussi, un pan de la sociologie des
migrations s’y était déjà attaché depuis la fin des années 1990, ce texte a pour intérêt de confirmer
l’existence, depuis des décennies, d’une économie de la mise en relation transnationale qui s’est
successivement appuyée sur différents supports médiatiques.

7Les textes réunis dans cet ouvrage dirigé par Tristan Mattelart, articulés autour des flux migratoires
et médiatiques traversant un cadre spatial centré sur le pourtour méditerranéen comme le résume
Alec Hargreaves dans sa postface, aident à comprendre l’actualité des migrations et des
communications médiatiques tout en ancrant les questions qui leur sont liées dans une perspective
historique contemporaine. Migrations et médias connaissent des mutations importantes depuis ces
trois dernières décennies, renouvelant les conditions dans lesquelles s’élaborent les projets et se
déroulent les expériences migratoires dans les pays de départ ainsi que les processus d’inclusion
sociale dans les pays d’accueil. De multiples facteurs sont traités, allant des mutations politiques et
sociales sur les deux rives de la Méditerranée, aux mutations technologiques qui ont pu confirmer
certains processus de production et de consommation médiatiques en cours. Toutefois, si les flux
migratoires tout autant que les flux communicationnels s’inscrivent dans une perspective de facto
transnationale, cet ouvrage nous invite plus que jamais à prendre la mesure de l’importance des
contextes locaux et des interactions localisées.
Bibliographie

Notes

1 À ce sujet, voir le film du réalisateur kurde d’Irak Hiner Saleem (1998) Vive la mariée et la libération
du Kurdistan.

2 L’article de Navarro et al. (2011) portait déjà sur cette dimension entre les mêmes trois pays.

3 L’équipe Minority Media a recensé en 2007 plus de 5 000 médias dans huit pays européens
(programme européen, FP6, 2006-10). Aux États-Unis, The American Newspaper Publishers Association
estimait en 1990 que les minorités ethniques composaient 18 % de l’industrie de presse et 16 % de la
force de travail.
Revoir les mythes médiatiques à propos des
réfugiés et des migrants
05 Juillet 2017-

https://fr.unesco.org/news/revoir-mythes-mediatiques-propos-refugies-migrants-0

© UNESCO
Aujourd’hui le monde accueille le plus
grand nombre de personnes
déplacées qu’à aucune autre époque
de l’histoire. Cette situation engendre
des défis complexes pour beaucoup
de pays qui tentent de gérer cet afflux
et d’accueillir avec succès les
nouveaux citoyens.
Ces défis sont d’autant plus difficiles qu’il
y a un manque d’information exacte et
accessible dans les médias, où les
mythes et la désinformation règnent.
Dans le meilleur des cas, les médias traitent les réfugiés comme des victimes et se focalisent sur
les problèmes humanitaires. Dans le pire des cas, ils mettent l’accent sur les problèmes et la
menace imaginaire d’un soudain afflux d’étrangers. La couverture médiatique fait presque
complètement l’impasse sur les nombreux avantages pour les pays d’accueil et sur les histoires
personnelles d’individus, ayant souvent un haut niveau d’études et désireux de travailler, qui
cherchent un nouveau départ et souhaitent s’investir positivement dans leur nouvelle société.
L’UNESCO a mis au point un programme destiné aux écoles de journalisme sur le Traitement de
la migration axé sur les réfugiés. Le programme met l’accent sur la promotion de partenariats pour
donner une vision plus impartiale de la situation.
Voici quelques-uns des mythes médiatiques les plus répandus et pernicieux autour de la question
des réfugiés :

MYTHE : Les réfugiés sont un problème européen


En réalité, l’Europe n’accueille que 6 % des réfugiés dans le monde, contre 39 % au Moyen-Orient
et en Afrique du Nord et 29 % dans le reste de l’Afrique. Parmi les réfugiés syriens, la grande
majorité se trouve dans les pays voisins : Turquie, Liban, Jordanie et Iraq. Alors qu’un million de
réfugiés sont arrivés en Europe par la mer en 2015, ce chiffre représente seulement 0,3 % de la
population totale du continent. (Source (link is external))

MYTHE : Les réfugiés ne sont pas désespérés, ils choisissent de migrer


Par définition, les réfugiés fuient à l’étranger pour échapper à un conflit violent ou à des
persécutions. Ils utilisent leur droit d’asile, comme le stipule la Déclaration universelle des droits
de l’homme, un droit dont nous disposons tous si nous devions en avoir besoin dans l’avenir. Les
risques énormes que prennent les réfugiés témoignent de la gravité de la situation dans laquelle
ils se trouvent.
Les migrants sont une catégorie plus large qui inclut les personnes qui migrent pour des raisons
économiques, mais également pour fuir des catastrophes environnementales et la famine.(Source
(link is external))
MYTHE : La plupart des réfugiés sont des hommes jeunes et valides
En fait, d’après l’UNHCR, plus de 75 % des réfugiés syriens sont des femmes et des enfants. Parmi
les réfugiés qui arrivent en Europe, plus de la moitié sont des femmes et des enfants. (Source 1
(link is external), Source 2 (link is external))

MYTHE : Les réfugiés volent le travail dans les pays d’accueil


Les réfugiés créent de l’emploi. Selon les recherches de l’OCDE, les réfugiés développent le
marché intérieur et créent un emploi par emploi occupé. Dans certains pays, on leur doit près d’un
tiers de la croissance économique entre 2007 et 2013. (Source 1 (link is external), Source 2 (link
is external))

MYTHE : Les réfugiés fraudent le système social


La plupart des réfugiés versent plus d’argent au denier public qu’ils n’en touchent. Des recherches
menées au Royaume-Uni, au Canada, en Allemagne, en Grèce, au Portugal et en Espagne
montrent que les réfugiés sont moins dépendants des fonds publics ou aussi dépendants que la
population locale. (Source (link is external))

MYTHE : Les réfugiés et les migrants engendrent le terrorisme


La majorité des grandes attaques terroristes perpétrées ces dernières années l’ont été par des
citoyens nés dans le pays concerné. Comme le dit le Haut Commissaire des Nations Unies pour
les réfugiés António Guterres, « ce n’est pas l’exode de réfugiés qui engendre le terrorisme, c’est
le terrorisme, la tyrannie et la guerre qui engendrent les réfugiés ». Créer des divisions entre les
gens et promouvoir la haine entre les groupes fait partie de la stratégie du terrorisme. (Source (link
is external))

MYTHE : Les pays développés sont surpeuplés et ne peuvent accueillir plus


de monde
La croissance de la population est en déclin dans la plupart des pays développés, un problème
que la migration peut contribuer à résoudre. Les réfugiés et les migrants peuvent soutenir les
niveaux de population et fournir une base de population active permettant de soutenir le nombre
croissant de retraités. (Source (link is external))
Pour en savoir plus sur la conférence de l’UNESCO « Migration pour le développement durable :
les transformations sociales, les récits médiatiques et l’éducation », qui a eu lieu mercredi 6 juillet
2016 au Siège de l’UNESCO à Paris, veuillez visiter le 29/12/2017

http://observers.france24.com/fr/20171229-intox-stereotypes-racistes-migrants-international
Copiées d'un pays à l'autre, comment les intox
fabriquent des stéréotypes racistes sur les migrants

Observateurs
Sur les réseaux sociaux, certains blogs ou dans la bouche des politiciens, les migrants sont
régulièrement associés à la criminalité, à l’assistanat ou aux activités terroristes. Ces raccourcis
s’appuient sur de fausses informations, souvent illustrées par des images manipulées, qui sont
massivement partagées sur les réseaux sociaux. La rédaction des Observateurs de France 24 s’est
associée à un projet de recensement et de classification de ces fausses nouvelles, dont nous livrons
les premières conclusions.

La journaliste turque Gülin Çavuş, du site de vérification Teyit.org, a lancé un projet journalistique avec
l’International Fact-Checking Network (IFCN), un collectif mondial de médias de vérification, autour de
la désinformation sur les migrants, pour recenser les fausses informations à leur sujet et les articles les
corrigeant.

Pour le mener à bien, elle a passé deux semaines à Paris pour travailler avec les journalistes des
Observateurs de France 24 et rendre visite aux journalistes des journaux Le Monde et Libération
spécialistes de la vérification des fausses informations.

L’objectif principal ? Montrer les similitudes et les différences entre les mécanismes de désinformation
de plusieurs pays européens, notamment la France et la Turquie. Les situations y sont très différentes :
en 2016, la France accueillait 304 507 migrants, contre 2 869 379 pour la Turquie.

Cette étude n’est pas exhaustive, mais ses résultats sont voués à être complétés à l’avenir.
"L’objectif est de créer une base de données sur la désinformation au sujet des migrants, que
l’ensemble des médias membres de l’IFCN puissent l'alimenter et que le public y ait accès via un site
construit comme un moteur de recherche", détaille Gülin Çavuş.
Au cours de cette courte étude, nous avons pu recenser 162 intox – tweets, publications Facebook,
déclarations de politiques ou articles de presse mensongers – qui forment 81 thèmes de
désinformation sur les migrants. Ces thèmes sont répartis en neuf catégories, les plus fréquentes étant
les actes criminels (30 %), l’aide sociale (20 %) et l’invasion (19 %).
Toutes ont été démenties par au moins un média fiable. Certaines existent en plusieurs versions, parce
qu’elles ont circulé sous différentes formes dans plusieurs pays.

Voici une sélection des exemples les plus frappants.


Le point de départ de l’étude : une vidéo russe reprise en France, en Turquie et en Espagne
Les intox sont reprises et adaptées d’un pays à l’autre et alimentent la rhétorique xénophobe de
plusieurs groupes politisés. L’exemple marquant le plus récent, qui a servi de point de départ à cette
étude, montre bien les ressorts de ce mécanisme.
Vidéo publiée sur YouTube, le 23 février 2017. Lien d'archivage ici.
Cette vidéo, publiée le 23 février 2017, montre un homme en train de frapper plusieurs infirmières
dans un hôpital en Russie, dans la ville de Novgorod. Mais elle a été détournée dans au moins trois
pays.
En France, des pages proches de l’extrême-droite ont affirmé à partir du 18 mars 2017 qu’il s’agissait
d’un migrant agressant des infirmières dans un hôpital français.

En Turquie, une page laïque a ensuite prétendu qu’il s’agissait d’un Syrien attaquant une femme
médecin dans un hôpital, sous-entendant que celui-ci se trouverait en Turquie.
En Espagne, des internautes ont quant à eux affirmé sur Twitter que la scène montrait un musulman
dans un centre de santé espagnol.

Il est difficile de savoir de quelle manière les pages se sont influencées les unes les autres, et où elles
ont trouvé la vidéo.
Dans ces trois pays, le vocabulaire vient véhiculer des messages différents : en France, on s’attaque à
l’étranger migrant, en Turquie, au
Syrien – qui y jouit d’un statut
administratif de réfugié particulier –
et en Espagne, à l’identité religieuse
du migrant, musulman. Pour les
propagateurs de ces mensonges,
l’idée est d’associer ces groupes à un
comportement violent et à une
forme d’ingratitude à l’égard des
"avantages sociaux" dont ils
profiteraient.

Le migrant "terroriste"

Cette photo serait une "preuve" que de nombreux terroristes se trouvent parmi les migrants arrivant
en Europe ["migrants de l'État islamique" (sic), selon certains internautes], qu’ils s’attaquent à la police
allemande et qu’ils brandissent des drapeaux de l’organisation jihadiste État islamique en pleine rue.

Elle a été massivement partagée sur les réseaux sociaux dans au moins six pays : la France, le Royaume-
Uni, les États-Unis, la Suède, la République tchèque et la Macédoine, entre les mois de septembre et
d’octobre 2015, alors que la chancelière allemande Angela Merkel venait d’annoncer vouloir
débloquer 6 millions d’euros pour accueillir 800 000 demandeurs d’asile.

La photo a clairement été prise en Allemagne, mais elle a été sortie de son contexte. Elle montre des
manifestants islamistes qui s’opposaient en 2012, soit bien avant le début de la crise migratoire, à un
défilé de l’extrême droite près de Düsseldorf, en Allemagne, précisent nos confrères de Libération
Désintox.

L’objectif des propagateurs de fausses nouvelles d’autres pays est de dénoncer la politique d’accueil
engagée par l’Allemagne et de pointer du doigt les prétendus "risques" qu’il y aurait à accueillir des
migrants. Bref, de créer un amalgame entre demandeurs d’asile et membres de l’organisation État
islamique, et de faire de l’Allemagne un pays laxiste, où ces derniers pourraient manifester en toute
tranquillité.

Le migrant "violeur d'Européennes"

Ce photomontage montre 16 personnes qui auraient prétendument été violées et agressées par des
migrants en Europe. Il a été massivement partagé dans six pays différents : Allemagne, Grèce, Italie,
Pays-Bas, Royaume-Uni et France.

Cette fausse information s’inscrit dans une catégorie plus large qui associe les migrants à la criminalité.
Environ 30 % des 162 intox étudiées relèvent de cette
thématique, avec de faux faits divers relatant viols et
meurtres, visant essentiellement des femmes
européennes, voire des fillettes.

Aucune de ces 16 femmes n’est allemande ou n’a été


agressée en Allemagne, précise le site de vérification
autrichien Mimikama, qui a retrouvé la source originale
de ces photos. La plupart viennent en fait du Royaume-
Uni ou des États-Unis, où ces femmes ont subi
violences conjugales, policières ou des agressions. Par
ailleurs, la photo sur la troisième ligne à droite ne
montre pas une femme, mais un homme anglais
attaqué dans sa maison en 2014.

Le migrant musulman, qui "refuse l'aide alimentaire


non halal"

Les migrants, dans les 162 intox étudiées, sont désignés en tant que "musulmans" dans près de 20 %
des cas. Après la dénomination simple de "migrant" ou "réfugié" (59 % des intox), c’est le premier
adjectif employé par les adeptes de la désinformation.

À la logique xénophobe s’ajoutent donc des ressorts islamophobes, venant appuyer "l’incompatibilité"
de ces populations avec la "culture européenne". Plusieurs intox prétendent ainsi que des "migrants
musulmans" ont dégradé et souillé des églises en Suède, ou qu’ils se sont attaqués à un sapin de Noël
dans un centre commercial aux États-Unis, ou qu’ils ont manifesté à Londres pour demander
l’application de la charia. Tous ces faits divers sont bien sûr faux, et les images qui les accompagnent
sont anciennes et sorties de leur contexte.

Vidéo publiée sur YouTube le 22 août 2015, lien d'archivage ici.


C’est aussi le cas de cette vidéo, présentée dans huit pays comme montrant des migrants musulmans
à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, qui refusent l’aide alimentaire de la Croix-Rouge parce
qu’elle ne serait pas "halal", ou parce qu’il y aurait une croix sur l’emballage.
En fait, ces migrants refusent de prendre la nourriture, distribuée par la police, pour protester contre
la fermeture de la frontière et les mauvaises conditions dans lesquelles ils sont forcés d’attendre,
précisent nos confrères italiens d'Il Post, qui ont pu s'entretenir avec les acteurs humanitaires présents
sur place et le journaliste auteur de la vidéo.

Le migrant qui "envahit" l'Europe et viendra bientôt "remplacer" les Européens

Cette série de photos a été la plus


utilisée pour illustrer la théorie
conspirationniste du "grand
remplacement", selon laquelle les
migrants, originaires du Maghreb
ou d’Afrique subsaharienne, vont
venir remplacer les Européens,
aussi bien démographiquement que
culturellement et/ou
religieusement, entraînant une
défaite de la "civilisation
occidentale". Le thème de l’invasion
est régulièrement repris dans les 162 intox étudiées, à hauteur d’environ 20 %.

Largement reprises sur des sites d’extrême droite comme Riposte laïque en France, elles ont
également été partagées par des partis politiques "traditionnels" comme le Mouvement réformateur
en Belgique, dont le Premier ministre Charles Michel est membre. Aux États-Unis, les internautes
affirment que ces images montrent des foules de migrants en Libye, en partance pour l’Italie. En Italie,
c’est le vice-président du Sénat qui publie cette photo assortie des mêmes mensonges.

Ces images n’ont pourtant rien à voir avec l’arrivée de migrants maghrébins ou africains en Europe ces
dernières années. Elles ont été prises en 1991, alors que des milliers d’Albanais fuyaient leur pays, en
proie à des affrontements armés et des pénuries de nourriture, pour rejoindre l’Italie.

Le migrant "fort et musclé" qui "vient faire la guerre"

Après l’immense émotion suscitée par


la photo du petit Aylan, jeune garçon
syrien retrouvé mort sur une plage de
Turquie, les internautes ont tenté par
plusieurs moyens de déconstruire
l’image du migrant en danger, en
proie à la faim et au froid, qui fuit son
pays en guerre. L’objectif ? Stopper
les élans de solidarité, alors légion.

La première tentative a été d’accuser


les médias d’avoir falsifié et manipulé
l'histoire de ce jeune garçon syrien, mort lors de la traversée de la Méditerranée, parce que les médias
seraient "partisans" et "complices des instigateurs du grand remplacement", selon des sites anti-
immigration. Des pages conspirationnistes ont par exemple affirmé que le corps d’Aylan avait été
déplacé par les journalistes qui voulaient faire une photo "plus touchante". Ce qui est faux, comme
l’expliquent ici nos confrères des Décodeurs, du journal Le Monde.

Photos publiées en 2013 sur un blog australien.

Ces photos sont un autre exemple de manipulation visant


à semer le doute dans l’esprit des internautes. En Italie, en
Pologne, aux États-Unis et au Royaume-Uni, des
internautes ont publié ces images en expliquant que les
migrants ou les Syriens n’étaient pas "en train de mourir
de faim", qu’ils étaient des "soldats" qui "viennent faire
leur guerre plus ou moins sainte". L’objectif de cette
désinformation est de véhiculer une image menaçante
des migrants prétendument prêts au combat et pouvant à
tout moment se retourner contre leurs pays d’accueil.

Mais ces hommes musclés ne sont pas des migrants


arrivés en Europe récemment. Ces photos ont en fait été
prises en Australie, sur l’île Christmas, en 2013, et ont
ensuite été publiées sur ce blog, mais l’identité de ces
individus arrêtés par la police australienne n’a pas été clairement établie.
Le migrant "assisté", qui vit avec les aides sociales

Cette catégorie regroupe les fausses informations concernant les aides sociales perçues par les
migrants. En Turquie comme en France, des groupes antimigrants et des personnalités politiques
proches de l’extrême droite ont prétendu que les réfugiés avaient droit à une carte bancaire créditée
chaque mois de plusieurs centaines d’euros. En France, des membres du Front national ont répandu
ce mensonge, photo à l’appui.

Capture d'écran de la page Facebook de Bernard


Monot, député européen du Front national.

Si l’allocation pour demandeur d’asile existe bien


en France, elle s’élève à 6,80 euros par jour et par
personne, complétée de 4,20 euros si la
personne n’a pas accès à une place
d’hébergement, explique L'Obs. Pour atteindre le
chiffre de 40 euros mis en avant par ce membre
du Front national, il faudrait une famille de
10 personnes, qui toucheraient précisément un
forfait de 37,40 euros par jour.

“À gauche, des Syriens attendent de recevoir leur


salaire devant la Poste … À droite, des citoyens de
mon pays qui vendent des fruits et légumes pour
quelques sous”, peut-on lire sur cette capture
d’écran d’un tweet publié le 23 février 2017.

En Turquie, on retrouve le même mécanisme.


Plusieurs publications, partagées massivement, ont affirmé que les réfugiés syriens recevaient un
salaire via la PTT, l’entreprise publique postale turque. Pour appuyer ce propos mensonger, plusieurs
images de Syriens faisant la queue devant les postes turques les accompagnaient.

Si ces personnes venaient effectivement chercher une aide sociale, il ne s’agissait pas d’un salaire mais
d’une carte de débit émise une fois, pour l’hiver, par le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations
unies (UNHCR), détaille le site de vérification turc Teyit. Près de 50 000 cartes de ce type ont été
distribuées, créditées de 600 à 900 livres turques (130 à 200 euros environ).

Conclusions préliminaires de l’étude

Exemple de visualisation du projet, à partir de données encore incomplètes.

- Sur les 162 intox étudiées, on remarque deux pics, à l’été 2015 et en octobre 2016, deux périodes
de forte concentration médiatique sur les migrants avec le début de la crise migratoire en Europe et
le démantèlement de la jungle de Calais, simultanément à la campagne présidentielle américaine.
- Les intox ont été les plus partagées aux États-Unis, en France, en Turquie et en Suède, mais elles
faisaient principalement référence aux pays suivants Allemagne, France et Suède.
- En Turquie, les intox font surtout référence aux Syriens, alors qu’aux États-Unis elles font surtout
référence aux musulmans.
- Les catégories les plus importantes sont, dans l’ordre : les actes criminels, l’aide sociale et la
thématique de l’invasion.

Méthodologie employée :
Nous avons recensé de nombreux articles de vérification et sommes retournés à la source de la
fausse information démentie. Nous avons ensuite essayé de voir si elle s’était propagée dans d’autres
pays, en regardant d’abord si d’autres articles de vérification avaient été écrits, ou si les images
utilisées avaient circulé dans d’autres pays ou d’autres langues.

Pour ce faire, nous avons utilisés plusieurs outils de recherche inversée comme InVid et Google
images.

Nos remerciements à Adrien Sénécat, du Monde, et à Pauline Moullot, de Libération, pour leur aide
dans la réalisation de cette étude.
http://www.iemed.org/observatori/arees-danalisi/arxius-
adjunts/anuari/med.2017/french/IEMed_MedYearbook2017fr_couverture_mediatique_crise_migrat
oire_matar.pdf

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