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PROBLÉMATIQUE III TLE D

Publié le 13 Juin 2012 par Barbidoo


PROBLEMATIQUE III :

La vérité, problème de connaissance ou de communication ?

Objectif général : Amener l’élève à appréhender les difficultés liée à la


définition de la vérité.

Introduction générale

Le souci d’échapper à l’erreur, à la croyance, au mensonge et au faux va amener


l’homme à rechercher le critère de la vérité c'est-à-dire ce à quoi on reconnait la
vérité. Il est clair que ce désir de vérité doit s’étendre à tous les champs de
réflexion ou de connaissance. Mais on ne parle de vrai et du faux que lorsqu’on
porte un jugement sur une réalité ou un objet. Or tour jugement est de l’essor du
langage. Ce qui nous conduit à la problématique suivante : La vérité, problème
de connaissance ou de communication ?

La résolution de cette problématique exige l’examen des problèmes suivants :

- Peut-on définir la vérité ?

- La vérité est – elle le privilège du discours scientifique ?

Problème I : Peut-on définir la vérité ?

Contenus : Vérité – Langage et communication

Introduction

Tous sans exception aspirons à la vérité et la recherchons par diverses voies.


Même le menteur doit revendiquer l’existence de la vérité pour que son message
soit crédible. Un tel besoin de vérité est la preuve qu’elle existe. Toutefois si
l’on admet l’existence de la vérité, y a-t-il un critère unique pour l’atteindre sans
courir le risque de se tromper ? Autrement dit : Peut-on définir la vérité ?

I. Différentes approches de la vérité


1) Définition et caractéristique de la vérité

Selon l’étymologie latine vétitas et grecque aletheia, la vérité signifie un


dévoilement, une levée de voile. Cela nous permet de comprendre que de façon
générale la vérité se présente comme le caractère de ce qui est vrai c’est à dire
l’adéquation d’une représentation avec ce qu’elle représente. Il s’agit aussi d’un
jugement correspondant d’une manière adéquate, à ce sur quoi il porte.

On comprend alors que la vérité s’oppose à l’illusion et à l’erreur. En réalité,


on  ne parle de vérité que lorsqu’il ya jugement ou discours sur un fait donné.
Cela revient à dire qu’une réalité n’est ni vraie ni fausse. On ne parle de vrai ou
de faux que lorsqu’il y a un jugement sur cette réalité. Par exemple, cette fille
n’est ni vraie ni fausse, mais l’affirmation « Cette fille est gentille », peut être
vraie ou fausse.

Toutes ces approches ne nous dévoilent pas exactement la nature de la vérité car
celle-ci diffère d’un domaine à un autre. Nous pouvons en conclure qu’il existe
plusieurs approches de la vérité.

2) La vérité dans les sciences

a) La vérité matérielle ou expérimentale

Dans les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie), la vérité se


détermine comme une adéquation de notre pensée avec la réalité. Autrement dit,
ce que je dis est vrai parce qu’il est vérifiable.

b) La vérité formelle

Dans les sciences hypothético-déductives (Mathématique, logique), la vérité se


définit comme la non contradiction au sein d’un système de jugement. Ici, la
vérité est l’accord de l’esprit avec ses propres conventions.

3) D’autres types de vérité

a) La vérité philosophique

Pour le philosophe, la vérité jaillit du doute. Il ne s’agit pas ici d’un doute
sceptique, mais plutôt d’un doute méthodique. En effet, quand la raison
humaine bute sur une difficulté, elle prend du recul pour questionner, interroger
afin d’instaurer une lumière ou une clarté autour d’elle.
b) La vérité religieuse

La vérité religieuse fonde son critère dans la conformité avec la révélation, les
textes sacrés et les dogmes. Autrement dit, dans la religion est vrai tout ce qui a
été révélé même si cela n’est pas expérimentable car ici le savoir se fonde à
partir de la foi.

c) La vérité historique

Elle consiste à reconstituer le passé. Ici, le critère de la vérité réside dans


l’objectivité dans la collecte et l’interprétation des informations.

II. Les critères de la vérité 

Les différentes approches de la vérité nous conduisent au constat suivant : il


existe plusieurs critères de la vérité.

1) L’évidence

Pour les philosophes rationalistes, le vrai se reconnait par ses caractères


intrinsèques c'est-à-dire par son évidence. Autrement dit, tout ce qui est clair et
distinct est vrai parce qu’il s’impose à l’esprit. Comme le souligne Descartes,
« Une idée claire, distincte, voire évidente est une idée vraie et il n’ya plus rien à
chercher au-delà ».

2) L’unanimité

Lorsque tout le monde ou la majorité est en phase avec une idée alors celle-ci
apparait comme vraie. C’est le cas par exemple de l’adoption des lois à
l’assemblée nationale ou encore les lois scientifiques qui ont un caractère
universel.

3) Le succès ou la réussite

Ce critère de la vérité tire sa source de la philosophie utilitariste ou


pragmatisme. Pour cette philosophie, l’idée vraie est celle qui a le plus de
rendement c’est à dire la plus efficace. Comme le souligne William James,
« Ce qui est vrai, c’est ce qui est avantageux de n’importe quelle manière ».

d) La falsifiabilité
Ce terme est de Karl Popper pour qui toute vérité est relative ou provisoire. Une
théorie vraie n’est pas une théorie qui a été vérifiée mais une théorie qui a résisté
à tous les procédés expérimentaux qui auraient put montrer sa fausseté c'est-à-
dire la falsifier.

III. Les théories de la vérité

Les différentes approches de la vérité vont donner naissance à plusieurs théories


sur la vérité.

1) Le scepticisme

Inspirée de Pyrrhon d’Elis, le scepticisme est la doctrine selon laquelle l’esprit


humain ne peut atteindre avec certitude aucune vérité. Les sceptiques
encouragent donc la suspension du jugement au profit du doute, car pour eux
tout ce qui tend à être vrai est corrompu par le temps.

2) Le dogmatisme

C’est une doctrine qui affirme que l’esprit humain a la capacité d’atteindre des
vérités certaines et absolues. Disons que pour les dogmatiques, il existe
desdogmes c'est-à-dire des vérités indiscutables et incontestables.

3) Le relativisme

Selon cette doctrine, la vérité est perçue différemment selon les consciences.
Dans ces conditions, tous les discours qui prétendent au vrai se valent car nul ne
possède la vérité absolue. C’est en ce sens que Protagoras affirme que
« L’homme est la mesure de toute chose ». Disons que pour les relativistes, « A
chacun sa vérité ».

IV. Langage et communication

1) Approches définitionnelles

a)Le langage

Au sens le plus large du terme, on entend par langage tout système de signe ou
d’expression qui permet de communiquer. Il sert donc de moyen d’information,
de liaison et de correspondance entre les membres d’une collectivité donnée.
Mais au sens strict, le langage est la faculté qui permet communiquer la pensée.
b) La communication

Dans son acception la plus générale, la communication désigne tout processus


d’échange d’information entre un transmetteur et un récepteur qui peuvent être
aussi bien animaux qu’humains. Le concept de communication couvre ainsi un
domaine très vaste, allant des chants des oiseaux à l’information télévisée en
passant par les gestes et les tambours parleurs.

2) Le problème de la communication animale

Dans son ouvrage, Vie et mœurs des abeilles, l’entomologiste Karl Von Frisch a
montré que les abeilles possèdent un système de communication. Celle-ci repose
essentiellement sur une danse en forme de 8 qui permet aux abeilles de donner
des informations sur la distance, le lieu et la quantité d’un butin. Karl Von
Frisch en déduit que les animaux possèdent un système de communication.
Mais cette communication animale mérite-t-elle le titre de langage ?

Bien qu’extraordinaire la communication des abeilles et de tous les autres


animaux ne mérite pas le titre de langage. Ainsi, pour Emile Benveniste, la
communication animale n’est plus ni moins qu’un code de signaux. C’est dire
que l’animal communique mais ne possède pas de langage.

La communication animale est faite de signes naturels et de réactions


instinctives. Elle se caractérise par sa fixité, son invariabilité, sa
nature indécomposable et sa transmission unilatérale. Toutefois, il fait signaler
que le trait distinctif majeur qui sépare le langage humain et la communication
animale est que le langage humain est accompagné par la conscience alors que
celui des animaux est d’ordre instinctif. On ne peut donc pas sérieusement parler
de langage animal. Comme le souligne Marx Müller, « Le langage est le
Rubicon qu’aucun animal ne franchira jamais ».

3) Rapport entre langage et pensée

Il existe une corrélation entre le langage et la pensée de sorte que Ferdinand de


Saussure compare ces deux réalités au recto et au verso d’une feuille de papier.
Dans la même veine, Merleau Ponty écrit que « La parole et la pensée sont
enveloppées l’une dans l’autre ».

Il en découle que pensée et langage ne sauraient être dissociées. Ainsi, le


langage est la pensée intériorisée et par le canal du langage l’homme extériorise
sa pensée, la communique aux autres. Hegel a donc raison de dire que « C’est
dans les mots que nous pensons ». Autrement dit, sans les mots la pensée
n’existerait pas.

De ce point de vue le langage traduit fidèlement la pensée. C’est d’ailleurs la


raison pour laquelle Boileau affirme que « Tout ce qui se conçoit bien s’énonce
clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Cela revient à dire que
bien penser c’est bien parler car la pensée et la parole sont liées.

Mais le langage est-il toujours fidèle à la pensée ?

Le langage et la pensée sont deux réalités différentes car très souvent nous
cherchons les mots pour habiller notre pensée. Malheureusement les mots du
langage très souvent sont insuffisants pour exprimer nos pensées et sentiments.
C’est ce qui nous pousse souvent à dire « Les mots me manquent ». Diderot
dans la même veine affirme que : « Les mots ne suffisent presque jamais pour
rendre compte de ce que l’on ressent ».

Pour Henry Bergson, le langage trahit souvent la pensée. Cette trahison relève


de ce que d’une part, les mots sont limités en nombre et d’autre part, de leur
banalité vis-à-vis de l’originalité et de la profondeur de la pensée. Il affirme en
ce sens que : « La pensée est incommensurable au langage ». Autrement dit pour
Bergson, la richesse de la pensée déborde la capacité du langage. Ainsi, le
langage est lacunaire et ne peut traduire toute la richesse de la pensée.

V. Le langage dans la recherche de la vérité

 La connaissance est essentiellement une relation entre un sujet et un objet. On


comprend alors que la science elle-même ne se présente pas comme une
contemplation mais comme une tentative intelligible de décrire le monde avec
des concepts. Non seulement ces concepts sont élaborés dans le langage mais
c’est également par le langage qu’on arrive à les communiquer.

Le langage joue ainsi, un rôle important dans l’information, la formation et


l’éducation. En effet, si le destinataire arrive à percevoir le message de
l’émetteur et si par la même occasion l’émetteur tire satisfaction de son
information c’est que la communication a fonctionné. En tant qu’héritage
culturel, le langage apparait comme la clé qui permet d’accéder à toute culture
mais aussi la condition de toute réalisation.

Le langage a aussi pour fonction de dire la vérité or nous le savons « Toute


vérité n’est pas bonne à dire ». D’ailleurs chacun d’entre nous connait des
moments où nous trouvons plus facile et plus intéressant de négliger la vérité ou
de la cacher. Cette possibilité du mensonge, de la dissimulation nous conduit à
une interrogation : si nous pouvons nous passer de la vérité alors quel besoin
avons-nous d’elle ?

C’est parce que nous avons besoin de certitude pour vivre. En effet, sans la
vérité la connaissance n’est pas possible car comme l’a montré Platon, la vérité
est une invitation à parfaire nos connaissances par la remise en cause des
incertitudes. Et aussi parce que la vérité maintient un accord entre les hommes.
En cherchant la vérité, on cherche par la même à abolir la tromperie, l’illusion,
le mensonge et à mettre un terme à la séparation entre ceux qui trompent et ceux
qui sont trompés.

La vérité a donc de la valeur en tant que seul modèle de vie et d’existence digne
de l’homme. C’est pourquoi, il faut rechercher et dire la vérité dans toutes les
circonstances. Si pour une raison ou une autre on ne peut dire la vérité, alors
vaut mieux garder le silence car cette noble faculté qu’est le langage ne doit être
en aucun cas le lit du mensonge. Il appartient ainsi à chaque homme de faire un
bon usage du langage dans la quête et la diffusion de la vérité.

Conclusion partielle

A travers cette analyse il se révèle d’une part que le langage a une nature
polysémique. D’autre part, le langage qui est censé véhiculer la vérité comporte
aussi beaucoup de lacunes. Nous retiendrons pour notre part que malgré ces
lacunes langage et vérité sont liées et indissociables. En effet, le propre de toute
vérité est d’être révélé et cela n’est possible qu’à travers le langage. C’est sans
doute la raison pour laquelle le statut de la vérité demeure une
préoccupation fondamentale dans la recherche scientifique.

Problème II : La vérité est-elle le privilège du discours scientifique ?

Contenus : Perception - Idée de science - Théorie et Expérience - Logique et


Mathématiques - La connaissance du vivant - La vérité - Les sciences de
l’homme

Introduction

De toutes les disciplines qui se sont données pour finalité la recherche de la


connaissance, la vérité des choses, la science semble se positionner comme la
discipline la plus crédible. Cette crédibilité dont jouie la science semble reposer
sur la rigueur méthodologique dont elle fait preuve dans l’établissement de ses
vérités. D’où le problème suivant : La vérité est elle le privilège du discours
scientifique ?

I. Les différents types de connaissances

I.1 La connaissance vulgaire

La connaissance vulgaire est la connaissance courante ou quotidienne, c'est-à-


dire celle du sens commun. Selon Auguste Comte, elle est le premier niveau de
la connaissance. Elle est préscientifique et dominée par les sens. La
connaissance dite vulgaire est la connaissance de tout le monde et en tant que
telle, elle est fondée sur la doxa (l’opinion). Or nous savons avec Gaston
Bachelard que « L’opinion pense mal, elle ne pense pas ».

En effet, dans la connaissance vulgaire l’explication des faits ou des


phénomènes na                                           turels est incertaine, naïve et non
fondée. Retenons que la connaissance vulgaire se caractérise par son aspect
versatile (changeant), aisément malléable, partisan et passionné.

I.2 La connaissance philosophique  

A l’opposé de la connaissance vulgaire, la connaissance philosophique est une


connaissance critique qui exige une méthode et une disposition de l’esprit
humain. C’est pourquoi la philosophie adopte comme démarche le doute
philosophique en vue d’organiser ses recherches puis la dialectique qui
consiste en un dépassement des savoirs acquis.  

On peut dire en ce sens que la philosophie est un savoir rationnel parce que


fondé sur la raison. Mais la philosophie n’est pas seulement une forme de
connaissance. Elle constitue aussi un art de vivre basé sur la recherche du bien et
de la justice.

I.3 La connaissance scientifique

On appelle science, toute discipline de connaissance qui cherche à montrer la


structure réelle des phénomènes naturels en établissant des relations générales,
nécessaires et objectives qui expliquent l’état et l’évolution de ces phénomènes.
En clair, la science se conçoit généralement comme une connaissance certaine
des choses ou des phénomènes par des causes qui les déterminent et les
expliquent.
Ainsi, la connaissance scientifique n’est ni une connaissance spontanée encore
moins une connaissance basée sur le hasard. C’est une connaissance
systématisée qui porte sur des raisons générales et dont les résultats sont des
conclusions approuvées par des preuves. C’est donc une connaissance
construite. Comme le souligne Bachelard, « L’esprit scientifique n’est pas
quelque chose de tout fait et de donnée, mais il se forme lui-même au fur et à
mesure que la connaissance se purifie ».

Comme on peut le remarquer, le concept de science renvoie à une connaissance


rationnelle, objective, exacte, et universelle. En tant que telle la connaissance
scientifique se distingue de la connaissance philosophique (subjective, incertaine
et contradictoire), de la connaissance religieuse (dogmatique) et de la
connaissance vulgaire (fondée sur les préjugés et l’opinion).

II. Elaboration de la connaissance scientifique

La connaissance scientifique s’élabore selon les différents domaines


scientifiques : les sciences de la nature, les sciences logico-
mathématiques etles sciences de l’homme.

II.1 Les sciences exactes ou sciences logico-mathématiques

On appelle science exacte les sciences qui sont constituées de propositions


exactes. C’est par exemple le cas de la logique définie comme la science du
raisonnement correct et de la mathématique en tant que la science qui étudie les
propriétés des êtres abstraits (les nombres, les figures géométriques).

La vérité logique et la vérité mathématique sont des vérités formelles parce que
sans rapport avec le monde expérimental ou sensible. Disons que dans ces
sciences le raisonnement est généralement une démonstration c’est à dire un
processus intellectuel qui consiste à prouver la vérité de la conclusion d’un
système en s’appuyant sur des prémisses reconnues et admises comme vraies.
C’est pour cette raison qu’on les nomme les sciences hypothético-déductives.

Exemples : Tous les hommes sont mortels

                  Or Socrate est un homme

                  Donc Socrate est mortel

Ou
Deux droites parallèles ne se touchent jamais

Or D // D’

Donc D et D’ ne se touchent jamais

Comme nous pouvons le constater, dans les sciences exactes la vérité repose sur
la rigueur et la cohérence du raisonnement. Ainsi en mathématiques et en
logique toute proposition cohérente et non contradictoire est vraie car ce qui
compte ce n’est pas le contenu du discours ou sa conformité avec l’expérience
mais sa cohérence formelle et logique.

C’est pour cette raison que la logique et les mathématiques sont liées car tout ce
qui est logiquement vrai l’est aussi mathématiquement. C’est au nom de la
garantie qu’offre cette démarche que la pensée logico-mathématique se présente
comme utile pour les autres domaines de connaissances. Tantôt elle leur sert
d’archétype, voire de modèle et tantôt elle leur fournit de véritables instruments
théoriques.

Ainsi l’aspect pratique et opératoire des mathématiques intervient aussi bien


dans la vie quotidienne que dans les autres domaines de savoir. Même la
philosophie au cours de son évolution a bénéficié des mathématiques. C’est
pourquoi Galilée écrit que « La philosophie est écrite dans ce vaste livre
constamment ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers. Et on ne peut le
comprendre si d’abord on apprend à connaitre la langue et les caractères dans
lesquels il est écrit. Or, il est écrit en langue mathématique ; ses caractères sont
le triangle, le cercle et autres figures géométriques sans lesquelles il est
impossible de comprendre un mot ».

Dans la même veine, Platon avait fait écrire sur le fronton de son temple que :
« Nul n’entre ici s’il n’est géomètre ». A ses yeux, les mathématiques et
notamment la géométrie constituent l’indispensable propédeutique à la
connaissance.

II.2 Les sciences expérimentales ou sciences de la nature

Les sciences expérimentales regroupent la physique, la chimie, la biologie et


l’ensemble des sciences qu’on nomme aujourd’hui science de la vie et de la
terre. Ces sciences s’élaborent selon la méthode expérimentale ou démarche
expérimentale. Cette méthode vient mettre fin à la querelle
entre empiristes etrationalistes.
En effet, selon l’empirisme la connaissance dans les sciences de la nature
découle uniquement des sens. C’est pour exprimer cette idée que David
Humeaffirme que « Rien n’est dans l’esprit qui ne soit déjà dans les sens » ou
encore « Toutes les lois de la nature sans exception se connaissent seulement par
l’expérience ». Dans la même veine John Locke affirme que « Toutes nos
connaissances proviennent de l’expérience ». Autrement dit, ce sont nos organes
de sens qui nous procurent toutes nos connaissances à partir de l’observation.

Pour le rationalisme dogmatique, seule la raison est au fondement de la


connaissance car comme le souligne Descartes «  Nos sens nous trompent
souvent ». Autrement dit, on ne peut se fier à nos sens pour étudier et
comprendre les phénomènes naturels.

Contrairement à ces deux écoles qui s’affrontent, la démarche expérimentale


affirme que la connaissance exige l’union entre l’expérience cet la raison. En
effet, selon cette méthode le bon savant est à la fois observateur et
expérimentateur. Ainsi pour le rationalisme scientifique, la démarche
expérimentale comporte trois étapes :

-l’observation : ici, le savant observe un phénomène ;

-l’hypothèse : pour comprendre le phénomène le savant émet une idée qui n’est
qu’une supposition qui a besoin d’être vérifiée ;

-l’expérimentation : c’est la phase de vérification de l’hypothèse. Si l’hypothèse


est infirmée par l’expérience on la rejette mais si elle est vérifiée par
l’expérience alors on parle de loi ou théorie scientifique.

C’est ce qui pousse Claude Bernard à affirmer que « On expérimente avec la
raison » et Bachelard d’ajouter « Si le savant expérimente, l’instant d’après il
raisonne. Et quand il raisonne, l’instant d’après raisonne ». Dans la même
veinele rationalisme critique de Kant avait prôné la réconciliation entre
empirisme et rationalisme. C’est en ce sens qu’il a écrit que « Si nos
connaissances débutent avec l’expérience, elles ne dérivent pas toutes de
l’expérience ». Alors il en conclu pour dire que « Les concepts sans intuitions
sont vides et les intuitions sans concepts sont aveugles ».

II.3 Les sciences humaines ou sciences de l’homme

Les sciences de l’homme sont constituées de l’ensemble des disciplines qui ont
pour objet d’étude l’homme. Il s’agit entre autre de l’histoire, la sociologie, la
psychologie, la philosophie, etc. Ces sciences se donnent pour objectif
d’appréhender l’homme caractérisé par sa liberté d’action et sa conduite
imprévisible. Autrement dit, les sciences de l’homme tentent de comprendre et
d’expliquer les conduites et comportements de l’homme dans la société et dans
le temps.

Il faut souligner qu’il se pose un certain nombre de difficultés au niveau des


sciences. D’abord, il y a un problème d’objectivité car l’homme objet d’étude de
ces sciences ne peut pas être étudié comme les objets inanimés ou les autres
êtres vivants. Ensuite, il y a des considérations d’ordre culturel, métaphysique,
religieux et éthique qui restent rattachés à l’étude de l’homme. Enfin,  il y a la
complexité de l’homme lui-même en tant qu’un être multidimensionnel.

La méthode de sciences repose sur la compréhension et l’explication ce qui


laisse une grande place à la subjectivité de l’homme de science. Malgré ces
difficultés il faut souligner le mérite de ces sciences dans leur effort de saisir la
complexité de la nature humaine. D’ailleurs dans leur approche des faits
humains elles empruntent de plus en plus aux sciences de la nature leur
méthode. Ce qui les rend plus rationnelles et diminuent considérablement leur
subjectivité.

III. Les limites de la vérité scientifique

L’histoire des sciences est une révolution permanente à travers laquelle l’on voit
le dynamisme des vérités ou théories scientifiques. Ainsi, une théorie nait, se
maintient et disparait. Une nouvelle théorie est donc toujours le dépassement
d’une ancienne théorie.

C’est ainsi qu’avant le XIXe siècle on pensait que le système géométrique


d’Euclide était le seul possible de sorte que la vérité mathématique était
considéré comme absolue. Mais depuis la découverte des géométries non
euclidiennes avec Lobatchevski et Riemann nous savons que la vérité
mathématique est relative au système qui l’énonce. Nous pouvons donc en
conclure que les vérités scientifiques sont provisoires, approximatives et
asymptotiques.

De même, la vérité dans les sciences de la nature n’est jamais définitive car
l’histoire des sciences est jalonnée de vérités qui se sont retrouvées des erreurs.
Ainsi, on est passé du géocentrisme à l’héliocentrisme, de la physique
classique à la physique quantique. Dans les sciences humaines également
l’objectivité à laquelle aspire l’homme de science est une illusion. C’est par le
cas par exemple de l’historien qui ne peut se défaire totalement des préjugés et
des influences de son époque, sa culture, son courant de pensée, etc. Nous
pouvons donc affirmer avec Claude Bernard que « Les théories sont des vérités
partielles et provisoires ».

IV. La possibilité d’une connaissance du vivant

Le vivant est par définition un être doué de vie c'est-à-dire un être disposant
d’un organisme autonome lui permettant de tirer du milieu extérieur les
substances nutritives indispensables à sa croissance et à sa conservation. Il est
composé alors de l’ensemble des végétaux et des espèces animales. La science
qui l’étudie est la biologie (terme créé au XIXe siècle par Lamarck) en tant que
la science qui étudie la forme, le fonctionnement, la reproduction, la diversité
des êtres vivants ainsi que les relations qu’ils établissent entre eux et leur
environnement.

IV.1 Les caractéristiques du vivant

Par opposition aux corps inertes, le vivant est ce qui vit, bouge et tant que tel il
se distingue par des caractéristiques qui lui sont propres :

-la cellule : tous les êtres vivants sont constitués de cellules qui constituent la
plus petite unité structurelle et fonctionnelle de l’organisme vivant.

-la respiration : chez chaque être vivant, il y a des échanges gazeux qui
permettent à la cellule de consommer de l’oxygène et de rejeter du gaz
carbonique. La respiration fournit à la cellule l’énergie dont la cellule a besoin.

-la reproduction : les êtres vivants ont le pouvoir de se reproduire grâce à la


fusion de certaines cellules spéciales (les gamètes).

-l’irritabilité : les êtres vivants sont sensibles aux changements qui s’opèrent
dans leur environnement.

Il faut ajouter à ces différentes caractéristiques certains facteurs comme :

-l’auto-genèse : les êtres vivants sont capables de se construisent et de réparer


eux-mêmes selon un programme interne et autonome.

-l’invariance reproductrice : c’est la transmission du même code génétique


d’un individu à sa progéniture.

-l’assimilation : les êtres vivants sont capables par des opérations de dégradation
et de synthèse de transformer des substances et de les intégrer.
IV.2 Les théories explicatives du vivant

Malgré l’effort de la biologie, l’on n’est pas parvenu à la saisie totale du vivant
qui se présente comme une réalité très complexe alliant à la fois des
considérations scientifiques, métaphysiques et philosophiques. Ce qui va nous
conduire à plusieurs théories sur la connaissance du vivant.

a)Le finalisme

C’est une doctrine théologico-métaphysique qui prétend que toute vie  a une
finalité. La nature elle-même obéirait à un plan qui expliquerait sa structure par
les fonctions qu’elle à a remplir. A ce sujet, Aristote écrit que « Ce n’est pas le
hasard, mais la finalité qui règne dans les œuvres de la nature et à un haut
degré ». Autrement dit, la nature ne fait rien en vain. Exemple, les yeux sont
faits pour voir, les ailes de l’oiseau sont faites pour voler, etc.

b) Le mécanisme

C’est une doctrine philosophique et scientifique qui pense que l’univers et tous
les phénomènes qui s’y déroulent peuvent et doivent s’expliquer par les lois des
mouvements matériels. Pour cette théorie, le vivant en tant que corps doit
s’expliquer de la même manière que les autres phénomènes de la nature c'est-à-
dire à travers les lois mathématiques et physico-chimiques. C’est pourquoi
Descartes écrit que « Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une nature ou
une machine de terre (…) Dieu met au-dedans toutes les pièces qui sont requises
pour faire qu’elle mange, qu’elle respire ».

c) Le vitalisme

Les insuffisances du finalisme et du mécanisme vont nous conduire au vitalisme


qui est une doctrine qui stipule qu’il existe en tout individu un principe vital
distinct de l’âme et du corps. Les êtres vivants manifestent l’existence
d’uneforce vitale échappant à toute saisie expérimentale. Dès lors, le vivant ne
saurait être réduit à une machine car il y a chez le vivant quelque chose
derebelle et cela sous l’action d’une force mystérieuse.

Conclusion partielle

La vérité du discours scientifique révèle un caractère universel car elle évoque la


rigueur de la démonstration et la preuve de l’expérimentation. Mais cela ne fait
nullement de la vérité scientifique une vérité absolue car comme toutes les
vérités, la vérité scientifique a aussi ses limites. N’est-ce pas d’ailleurs ces
limites qui sont à la base du progrès scientifique ?

Conclusion générale

Ce cours nous a permis de comprendre d’une part que la vérité est une notion
polysémique et qu’il n’existe aucun modèle de vérité absolue. D’autre part, il
existe divers formes de connaissances. Des lors, la science dans sa tentative de
démythification et de démystification doit savoir s’incliner devant certaines
réalités. Il revient donc à l’homme de prendre conscience de l’importance de la
vérité et de chercher les moyens de la communiquer pour le développement et
l’épanouissement de l’humanité.