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G Model

NEPHRO 997 1–6

Néphrologie & Thérapeutique xxx (2017) xxx–xxx

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ScienceDirect
www.sciencedirect.com

Cas clinique

Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans


thyroı̈diens et parathyroı̈diens erronés, à propos de 2 cas
Chronic kidney failure and biotin: A combination inducing unusual results in thyroid
and parathyroid investigations, report of 2 cases
Miora Koloina Ranaivosoa a, Sébastien Ganel b, Arnaud Agin c,d, Sarah Romain a,b,
Xavier Parent b, Nathalie Reix a,*,c,d
a
Laboratoire de biochimie et biologie moléculaire, hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg, France
b
Service de biochimie, hôpitaux civils de Colmar, 39, avenue de la Liberté, 68024 Colmar, France
c
Laboratoire d’hormonologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg, France
d
ICube UMR 7357, université de Strasbourg, CNRS, fédération de médecine translationnelle de Strasbourg (FMTS), 4, rue Kirschleger, 67085 Strasbourg, France

I N F O A R T I C L E R É S U M É

Historique de l’article : En immunoanalyse, certains tests utilisent des anticorps ou des antigènes biotinylés couplés à des
Reçu le 31 octobre 2016 microparticules tapissées de streptavidine. Dans certaines circonstances, une supplémentation en biotine
Accepté le 28 février 2017 peut être à l’origine de résultats erronés. Dans cet article, nous rapportons deux cas cliniques avec des
résultats de thyréostimuline (TSH) et parathormone (PTH) artefactuellement abaissés, et de thyroxine libre
Mots clés : (T4L) artefactuellement élevés liés à la prise de biotine per os dans un contexte clinique d’insuffisance rénale
Biotine chronique. Devant ces interférences franches, nous avons réalisé un travail de surcharge in vitro de sérums
Immunoanalyse
en biotine afin d’évaluer l’interférence en fonction de la concentration en biotine. En prenant la place de
Insuffisance rénale chronique
PTH
l’anticorps ou de l’antigène biotinylé au niveau de la streptavidine, la biotine peut provoquer une baisse du
TSH signal qui apparaı̂t comme une diminution de la concentration de l’analyte pour une méthode sandwich (cas
T4L de la TSH et de la PTH) ou comme une augmentation de l’analyte à doser pour une méthode par compétition
(cas de la thyroxine libre). En conclusion, un défaut d’élimination de biotine, du fait de l’insuffisance rénale,
est, pour plusieurs méthodes de dosage, un facteur facilitant l’obtention et la persistance d’une
Keywords: concentration sérique interférente de biotine sur plus de 48 heures après arrêt de la supplémentation.
C 2017 Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation. Publié par Elsevier Masson SAS.

Biotin
Chronic kidney failure Tous droits réservés.
FT4
Immunoassays
PTH A B S T R A C T
TSH
In clinical chemistry, many immunoassays apply biotin and streptavidin in the assay principle. Presence
of high levels of biotin in patient samples can produce negative or positive interference depending on the
assay format. In this study, we describe 2 clinical cases with chronic kidney failure and with unusual
thyroid and parathyroid function test results due to biotin interference. We studied the impact of biotin
levels on thyroid stimulating hormone (TSH), free thyroxine (T4L) and parathormone (PTH) results with
a pool of sera loaded with several concentrations of biotin. In sandwich assays (TSH and PTH), excess
biotin displaces biotinylated antibodies resulting in apparently low concentration of the analyte. With
competitive immunoassays (T4L), excess biotin competes with biotinylated analog for the binding sites
on streptavidin resulting in low signal and falsely high concentration of the analyte. In conclusion,
chronic kidney failure combined to therapeutic biotin is in favour of high levels of biotin which causes
seriously misleading results in assays using biotin-streptavidin mechanisms.
C 2017 Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation. Published by Elsevier Masson

SAS. All rights reserved.

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : nathalie.reix@chru-strasbourg.fr (N. Reix).

http://dx.doi.org/10.1016/j.nephro.2017.02.016
1769-7255/ C 2017 Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
parathyroı̈diens erronés, à propos de 2 cas. Néphrol ther (2017), http://dx.doi.org/10.1016/j.nephro.2017.02.016
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1. Introduction biologiste, face à la faible prévalence des cas de sécrétion


inappropriée de TSH (hyperthyroı̈die d’origine centrale, syndrome
Le rein joue un rôle important dans le métabolisme des de résistance aux hormones thyroı̈diennes, sécrétion ectopique. . .)
hormones thyroı̈diennes (dégradation et excrétion). Ainsi, l’insuf- et en l’absence de dosages antérieurs chez cette patiente, fait
fisance rénale chronique (IRC) affecte la fonction thyroı̈dienne procéder à des contrôles de ces deux dosages hormonaux.
[1]. Les données épidémiologiques ont d’ailleurs démontré une Les résultats des tests menés sont synthétisés dans le Tableau 1
augmentation de la fréquence de l’hypothyroı̈die chez les patients et détaillé ci-dessous :
avec une IRC [2]. Les diverses présentations cliniques des
dysfonctionnements thyroı̈diens rendent parfois difficile l’éta-  la TSH vérifiée par une technique différente utilisant d’autres
blissement d’un diagnostic uniquement sur le contexte clinique. Et anticorps (méthode Cobas e 601, Roche Diagnostic) est à
ceci d’autant plus que l’hypothyroı̈die présente de nombreux 5,50 mUI/L. Ce résultat diffère nettement de celui sur DXI et
signes cliniques communs avec la maladie rénale chronique tels signe la présence d’une interférence analytique. La T4L est dosée
que la frilosité, l’apparence bouffie, la fatigabilité et la constipation avec deux autres méthodes qui donnent comme résultat une T4L
[2]. Les tests biologiques de dosages de la TSH et des hormones abaissée concordante avec une TSH élevée : T4L < 2,44 pmol/L
thyroı̈diennes libres sont cependant suffisamment sensibles pour sur Cobas et 2,06 pmol/L par méthode de radio-immunoanalyse
être un recours non négligeable d’aide au diagnostic. (RIA) (Diasorin). Cette dernière méthode par RIA est une
Au cours de l’évolution de l’IRC, la carence en vitamine D et méthode en deux étapes, moins sujette aux interférences,
en calcitriol deviennent très fréquentes et participent à l’apparition notamment aux interférences dues aux anticorps hétérophiles
d’une hyperparathyroı̈die secondaire [3,4]. Afin de maı̂triser au [5] susceptibles de fausser les résultats ;
mieux l’équilibre phosphocalcique des dialysés, la parathormone  les anticorps hétérophiles sont des anticorps humains produits
(PTH) est dosée conjointement avec le calcium sanguin pour suivre contre d’autres espèces animales, présents chez 40 % de la
les anomalies du métabolisme phosphocalcique et l’efficacité du population et responsable de moins de 1 % des interférences sur
traitement de l’hyperparathyroı̈die secondaire à l’insuffisance les dosages par immunoanalyse [6]. La présence d’anticorps
rénale chronique. Toutefois, cliniciens et biologistes peuvent se hétérophiles est donc évaluée par le dosage de la TSH et de la T4L
trouver confrontés à des résultats clinico-biologiques incohérents après incubation du sérum dans un tube bloquant les anticorps
lors d’investigations du fonctionnement de la thyroı̈de et des concernés (heterophilic blocking tube, tube HBT, Scantibodies).
parathyroı̈des. L’existence d’un problème analytique doit alors être Les résultats avec et sans traitement par tube HBT étant
soupçonnée. similaires (Tableau 1), il est peu vraisemblable que ces anticorps
Dans cet article, nous rapportons deux cas cliniques avec des soient présents. D’autres anticorps potentiellement interférents
résultats de thyréostimuline (TSH), thyroxine libre (T4L) et PTH tels que les anticorps anti-T4 et anti-T3 sont dosés selon les
erronés liés à la prise de biotine per os dans un contexte clinique méthodes décrites par Sapin et al. [7] et se révèlent être négatifs ;
d’IRC.  des tests de dilution sont également réalisés. La dilution d’un
échantillon permet aussi de diluer la quantité de molécules
interférentes dans le milieu réactionnel du dosage et ainsi de
2. Cas cliniques modifier, voire d’annuler, l’impact sur le résultat. La TSH diluée
au 1/10e et dosée par DXI confirme le résultat obtenu
2.1. Premier cas initialement. En revanche, la dilution de la TSH dosée sur Cobas
est en discordance avec le résultat pur (pur à 5,50 mUI/L et dilué
Une patiente âgée de 57 ans est suivie en néphrologie depuis à 161,80 mUI/L, Tableau 1). Le résultat Cobas de TSH diluée
2008 pour une insuffisance rénale subséquente à une amylose AL. conforterait donc le résultat DXI. La T4L étant une hormone libre,
Depuis 2012, la patiente présente une insuffisance rénale il n’est pas possible de la diluer sans perturber l’équilibre entre la
terminale et est en hémodialyse périodique trois fois par semaine. forme libre et la forme liée aux protéines de transport.
Un bilan thyroı̈dien est prescrit en prédialyse. La concentration
sérique de TSH est de 140 mUI/L (intervalle de référence [réf] : Ces tests suggèrent donc une biologie d’hypothyroı̈die. De plus,
0,34 à 5,60 mUI/L) (Beckman Coulter, DXI) et celle de T4L est de le traitement de la patiente est consulté et nous apprend
55,80 pmol/L (réf : 7,86 à 14,41 pmol/L) (Beckman Coulter, DXI). Le qu’une supplémentation orale en biotine (vitamine B8, trois fois

Tableau 1
Bilan des investigations biologiques menées pour le premier cas clinique sur des prélèvements pendant le traitement à la biotine et huit jours après l’arrêt de celui-ci.

DXI (Beckman) Cobas e 601 (Roche) RIA

Pur 1/10e Pur 1/10e HBT

Traitement en cours
TSH 140 140 5,50 161,8 5,53
(mUI/L) (réf : 0,34–5,6) (réf : 0,27–4,2)
T4L 55,8 < 2,44 < 2,44 2,06
(pmol/L) (réf : 7,8–14,3) (réf : 12,2–23,2) (réf : 12,2–24,5)
AcTSH Négatifs
AcT4 Négatifs
AcT3 Négatifs
8 jours après arrêt du traitement
TSH 127,4 > 100 163
(mUI/L) (réf : 0,34–5,6) (réf : 0,27–4,2)
T4L < 3,2 < 2,44
(pmol/L) (réf : 7,8–14,3) (réf : 12,2–23,2)

HBT : heterophilic blocking tube ; RIA : radio-immunoanalyse.

Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
parathyroı̈diens erronés, à propos de 2 cas. Néphrol ther (2017), http://dx.doi.org/10.1016/j.nephro.2017.02.016
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5 mg/jour) en traitement d’appoint d’une alopécie a été instaurée le calcitriol est diminué. Les patients en insuffisance rénale
depuis un mois. chronique développant une hyperparathyroı̈die secondaire due à
Deux jours après ce premier prélèvement avec discordance la rétention des phosphates et au défaut de production de calcitriol
clinico-biologique, la patiente est hospitalisée pour une fracture du (ce défaut de production de calcitriol est secondaire à l’atteinte du
fémur gauche. La biotine est alors interrompue. Un nouveau bilan parenchyme rénal, les cellules tubulaires n’étant plus aptes à
thyroı̈dien est demandé deux et huit jours après l’hospitalisation, synthétiser du calcitriol et à l’action du FGF23 dont la production
dont les résultats sont présentés dans le Tableau 2. Au huitième est accrue en raison de la rétention phosphatée), une interférence
jour, la TSH est à 127,40 mUI/L et la T4L est cette fois-ci inférieure à analytique négative sur la PTH est envisagée. La valeur de T4L
3,20 pmol/L sur DXI (Tableau 1). Ce nouveau bilan thyroı̈dien incohérente avec la TSH et avec la clinique laisse également penser
réalisé huit jours après arrêt des prises de biotine est alors contrôlé à une perturbation de cette méthode de dosage.
par la méthode Cobas. Cette fois, le bilan thyroı̈dien est comparable Les investigations habituelles pour les interférences, c’est-à-
avec les deux méthodes (Tableau 1) et confirme l’hypothyroı̈die. La dire doser les analytes par une autre méthode et/ou procéder à des
biotine plasmatique dosée pendant le traitement était supérieure à dilutions lorsque cela est possible, sont menées pour ces trois
82 nmol/L (réf : 0,5 à 3,3 nmol/L) et à 60 nmol/L huit jours après paramètres (Tableau 3). Avec la méthode Cobas, la TSH est abaissée
l’arrêt des prises quotidiennes de biotine. Il est à noter que deux (0,032 mUI/L), mais la dilution au 1/10e met en évidence une
jours après l’arrêt du traitement, le bilan sur DXI est toujours sujet interférence analytique puisque la TSH est à 2,38 mUI/L, en
à interférence (Tableau 2). Chez cette patiente, une substitution par adéquation avec la TSH sur DXI. La T4L sur Cobas est dans
lévothyroxine a été mise en place et l’insuffisance thyroı̈dienne a l’intervalle de référence de la méthode. Le résultat élevé de PTH
ainsi été corrigée. bio-intacte sur Cobas après dilution n’est pas cohérent avec ceux
obtenus sans dilution. La patiente présente ainsi un tableau
2.2. Deuxième cas biologique d’euthyroı̈die conforme au tableau clinique et une
hyperparathyroı̈die en adéquation avec son insuffisance rénale.
Il s’agit d’une patiente âgée de 25 ans, cliniquement euthyroı̈- Nous apprenons que la patiente vient de terminer le jour même des
dienne et sous dialyse péritonéale depuis 14 années. dosages un traitement de biotine de trois mois. La biotine
Lors d’un bilan thyroı̈dien de contrôle, les résultats suivants ont plasmatique est dosée supérieure à 82 nmol/L (réf : 0,5 à
été obtenus : TSH à 2,63 mUI/L (réf : 0,34 à 5,60 mUI/L, antériorité 3,3 nmol/L). La PTH redosée un mois après l’arrêt du traitement
normale, méthode DXI), T4L > 80,5 pmol/L (réf : 7,86 à 14,41 pmol/ est à 324 ng/L (Tableau 3).
L, antériorité normale, DXI) (Tableau 3). La PTH bio-intacte est à
32 ng/L (réf : 14,9 à 56,9 ng/L, Roche, Modular E 170) avec une 3. Investigations de l’interférence par la biotine
antériorité à 456 ng/L trois mois auparavant. De plus, chez cette
patiente, la calcémie est diminuée, la phosphatémie augmentée, et Les tests d’immunoanalyse utilisés pour la quantification
d’hormones telles que la TSH, T4L et PTH reposent sur deux
méthodes de dosage : immunométrique (ou sandwich) (Fig. 1A) et
Tableau 2
Évolution de l’interférence par la biotine sur les dosages de TSH et T4L chez une par compétition (Fig. 1C). Les tests immunométriques sont
patiente en insuffisance rénale après arrêt de la prise per os de biotine (premier cas). employés lorsque la molécule à doser présente une taille suffisante
Au bout de huit jours d’arrêt de traitement, l’interférence est levée. pour être liée par deux anticorps (cas de la TSH et de la PTH), sinon
Jours après arrêt
la méthode par compétition est utilisée (cas des hormones
du traitement thyroı̈diennes).
Analyte Pendant le traitement 2 8
3.1. Cas des tests immunométriques de TSH et PTH
TSH (mUI/L) 140 123 127,4
(réf : 0,34–5,6)
Technique DXI Les tests immunométriques utilisent deux anticorps différents
T4L (pmol/L) 55,8 27,8 < 3,2 qui vont reconnaı̂tre la molécule à doser et ainsi former un
(réf : 7,8–14,3) complexe sandwich (Fig. 1A). L’un de ces deux anticorps porte un
Technique DXI marqueur qui émet un signal quantifiable par un détecteur.
Biotine (nmol/L) > 82 > 82 60
L’intensité du signal émis lors d’une réaction est proportionnelle à
(réf : 0,5–3,3)
Immuno-enzymologie la quantité de complexes formés. La quantification du signal sera
fiable à condition d’éliminer les anticorps porteurs de ce marqueur

Tableau 3
Bilan des investigations biologiques menées pour le second cas clinique mettant en évidence des interférences analytiques dues à la biotine sur les dosages de TSH, T4L et PTH.

DXI Cobas e 601 Modular E 170

Pur Pur 1/10e Pur

Avant traitement
PTH bio-intacte 456
(ng/L) (réf : 14,9–56,9)
Traitement en cours
TSH 2,63 0,032 2,38
(mUI/L) (réf : 0,34–5,6) (réf : 0,27–4,2)
T4L > 80,5 21,2
(pmol/L) (réf : 7,8–14,3) (réf : 12,2–23,2)
PTH bio-intacte 20 329 32
(ng/L) (réf : 12–65) (réf : 14,9–56,9)
1 mois après arrêt du traitement
PTH bio-intacte 324
(ng/L)

Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
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Fig. 1. Schéma présentant les principes de dosages sandwich (A) et par compétition (C) en l’absence d’interférence, et lors d’une interférence due à la biotine pour une
méthode sandwich (B) et par compétition (D). La biotine est représentée par un rond vert.

et qui ne sont pas impliqués dans la formation de complexes. Une place des anticorps biotinylés du dosage sur la streptavidine des
étape de rinçage est donc nécessaire, mais afin de ne pas éliminer microparticules, ce qui provoque une baisse du signal (Fig. 1B). Cette
les complexes sandwich, certains tests utilisent des anticorps diminution de signal est alors faussement interprétée comme une
couplés à de la biotine. La biotine ainsi fixée à ces anticorps se lie à diminution de la concentration de l’analyte.
la streptavidine, elle-même fixée à des microparticules aimantées Suite aux interférences franches que nous avons rencontrées
(reconnaissance spécifique entre la streptavidine et la biotine ; dans les deux cas cliniques précédents, nous avons réalisé des tests
Fig. 1A). L’activation temporaire d’un aimant retient les micro- de surcharge avec de la biotine afin de déterminer à partir de
particules sur une électrode afin de conserver les complexes quelles concentrations en biotine les résultats étaient faussés. Pour
anticorps biotinylé-molécule à doser-anticorps porteur du ce faire, un pool de sérums a été constitué et surchargé avec des
marqueur ; les anticorps non liés et porteurs du marqueur sont concentrations en biotine allant de 0 à 2000 nmol/L (Biotine1
éliminés lors du rinçage. Au final, plus il y a de signal, plus il y a de Bayer 5 mg/mL solution injectable). TSH et PTH ont été dosées pour
complexes. chaque surcharge en biotine (Fig. 2A et C). Nous avons considéré
On comprend donc qu’une supplémentation en biotine peut être que le résultat avec surcharge était sujet à interférence lorsqu’il
à l’origine de résultats erronés, la biotine exogène prenant alors la était modifié de 7 % par rapport au résultat initial sans surcharge

Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
parathyroı̈diens erronés, à propos de 2 cas. Néphrol ther (2017), http://dx.doi.org/10.1016/j.nephro.2017.02.016
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Fig. 2. Effet de la surcharge en biotine sur les quantifications de TSH (A), T4L (B) et PTH (C) par les méthodes DXI (Beckman Coulter), Cobas e 601 (Roche Diagnostic) et
Modular E 170 (Roche Diagnostic). Les pointillés indiquent la zone de variation tolérée par rapport au résultat initial sans biotine.

pour la TSH et de 8 % pour la PTH (CV de la Société française de L’apport alimentaire de biotine n’est pas responsable d’inter-
biologie clinique, SFBC [8]). La TSH sur DXI n’est pas impactée par la férence sur les immunodosages [10]. Ce n’est que lors de
présence de biotine car ce test n’utilise pas de biotine dans sa supplémentations thérapeutiques que des interférences ont été
méthode de dosage (Fig. 2A). En revanche, la TSH sur Cobas varie décrites dans la littérature sur différents immunodosages utilisant
négativement de 11 % lorsque le sérum est surchargé avec 50 et le couple streptavidine-biotine [10–14]. Les contextes de ces
100 nmol/L de biotine. Le fournisseur indique sur la notice une interférences sont divers :
interférence dès 100 nmol/L. La PTH est nettement diminuée de
plus de 17 % lorsque la surcharge en biotine est supérieure ou égale  apport de biotine lors d’acidémie propionique [10] ;
à 300 nmol/L (donnée fournisseur : 200 nmol/L) (Fig. 2C).  apport de 10 à 30 mg de biotine par jour chez des enfants
souffrant d’acidose lactique [11,12] ;
3.2. Cas des tests par compétition (T4L)  prise de 10 mg/jour de biotine pour un syndrome des jambes
sans repos chez une patiente de 64 ans atteinte d’insuffisance
Lorsque le dosage est réalisé avec une méthode par compéti- rénale terminale [13] ;
tion, les tests utilisent un anticorps anti-T4 marqué et un analogue  prise de 300 mg/jour de biotine lors de protocoles cliniques
de la T4L couplé à de la biotine. L’analogue biotinylé et la T4L du d’étude de l’utilité de doses élevées de biotine dans le traitement
patient entrent alors en compétition pour se lier avec l’anticorps de la sclérose en plaques [14].
anti-T4 (Fig. 1C). Plus le patient aura de T4L, plus il y aura de
complexes T4L-anticorps que de complexes analogue-anticorps. En termes de cinétique, une interférence maximale sur un
Ainsi, plus la quantité de T4L du patient est importante, plus le dosage de T4L a été décrite deux heures après une prise unique de
signal est faible (Fig. 1C). 30 mg de biotine, l’interférence persistait au-delà de 24 heures
Lorsqu’il y a de la biotine en quantité importante dans le sérum [13]. Roche recommande de pratiquer les immunodosages au
du patient, celle-ci prend la place des complexes anticorps- moins huit heures après la dernière prise chez les personnes ainsi
marqueur, ce qui diminue la luminescence et entraı̂ne une supplémentées (d’après la notice fournisseur des kits de dosage).
surestimation de la concentration en T4L (Fig. 1D). Cependant, pour les deux cas présentés dans cet article, il est
Un test de surcharge a été réalisé comme précédemment pour apparu qu’un défaut d’élimination de la biotine, du fait de
vérifier l’impact de la biotine sur les résultats de T4L produits par l’insuffisance rénale associée à une dose de biotine qui n’a pas
DXI et Cobas. Nous avons considéré que le résultat avec surcharge été adaptée à l’IRC, est un facteur facilitant :
était sujet à interférence lorsqu’il était supérieur ou inférieur de 10 %
pour la T4L (CV SFBC [8]). La T4L sur DXI est augmentée de plus de  l’obtention d’une concentration sérique interférente de biotine ;
10 % dès une surcharge de 100 nmol/L (Fig. 2B). La T4L sur Cobas est  la persistance de cette interférence plus de 48 heures après arrêt
beaucoup plus robuste car aucune modification significative du de la supplémentation.
résultat n’a été observée jusqu’à 2000 nmol/L de biotine (Fig. 2B).
Les dosages de biotine plasmatique réalisés chez les deux
patientes en cours de traitement ont révélé des taux très élevés
4. Discussion (> 82 nmol/L). Les résultats des tests de surcharge pratiqués ont en
effet montré qu’à de telles concentrations plasmatiques en biotine,
La biotine (vitamine B8) est répandue en quantité infime dans certaines méthodes de dosages produisent inévitablement des
l’alimentation d’origine animale et végétale. L’apport journalier est résultats modifiés.
estimé entre 35 et 75 mg/jour (143–287 nmol/jour) dans la Le biologiste a été alerté grâce à l’ensemble des bilans
population occidentale [9]. La biotine est absorbée au niveau de biologiques, grâce aux antériorités, au lien entre pathologies
l’intestin grêle. On la retrouve en quantité plus importante dans le thyroı̈diennes, parathyroı̈diennes et IRC, et également grâce à la
foie, le cerveau et la peau. Au niveau physiologique, la biotine est connaissance des limites des méthodes d’immunoanalyse et des
une coenzyme de carboxylases, ce qui lui confère un rôle important interférences auxquelles ces méthodes sont sujettes. Il est
dans différents processus métaboliques tels que le cycle de Krebs, important pour le clinicien et le biologiste de savoir que la prise
la synthèse des acides gras ou encore le métabolisme des acides de biotine chez les patients en général peut ne pas être sans
aminés. Son élimination est essentiellement rénale. La supplé- conséquence importante sur tous les dosages d’immunoanalyse
mentation en biotine est utilisée dans le traitement d’appoint des utilisant de la biotine (hormones, marqueurs tumoraux, mar-
alopécies, des neuropathies périphériques, et dans certains queurs cardiaques. . .). En cas d’IRC, il apparaı̂t donc important de
désordres métaboliques rares comme le déficit en biotinidase ou respecter un délai de huit jours entre l’arrêt de la prise de biotine et
l’acidémie propionique. Elle entre également dans la composition les immunodosages, comme démontré par l’étude des deux cas
de solutés de nutrition parentérale [10]. cliniques présentés ici.

Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
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5. Conclusion [4] Danese B, Belozeroff V, Smirnakis K, Rothman KJ. Consistent control of mineral
and bone disorder in incident hemodialysis patients. Clin J Am Soc Nephrol
2008;3:1423–9.
La prise de biotine par un patient ayant une IRC est propice aux [5] Sapin R, Schlienger JL. Dosages de thyroxine (T4) et tri-iodothyronine (T3) :
bilans thyroı̈diens et parathyroı̈diens erronés. La cause est une techniques et place dans le bilan thyroı̈dien fonctionnel. Ann Biol Clin
2003;61:411–20.
déficience d’élimination du fait de l’insuffisance rénale qui [6] Valat C, Sapin R. Problèmes et pièges en immunoanalyse. In: Massart C, editor.
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Pour citer cet article : Ranaivosoa MK, et al. Insuffisance rénale chronique et biotine : un duo propice aux bilans thyroı̈diens et
parathyroı̈diens erronés, à propos de 2 cas. Néphrol ther (2017), http://dx.doi.org/10.1016/j.nephro.2017.02.016