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Moroccan Journal of Entrepreneurship, Innovation and Management (MJEIM) ISSN : 2509-0429 Volume 2, numéro 2

Exploration des déterminants des intentions entrepreneuriales


pro-sociales des étudiants en économie et gestion de l’université
Ibn Zohr
Noureddine AÏT ERRAYS
Professeur universitaire
Université Ibn Zohr, Faculté Polydisciplinaire de Taroudant
Adresse : B.P: 271, 83 000, Taroudant, Maroc
E-mail : aiterrays_n@yahoo.fr

Abstract
In this work, our objective is to highlight the factors likely to influence the entrepreneurial intention of the
students in the social. Therefore, we have emphasized empathy and moral judgment as particular aspects of
students' attitudes towards the entrepreneurial act. To achieve this, we conducted a survey of a sample of 176
students in economics and management, from Ibn Zohr University. A PLS analysis was used to verify the effects
of the determinants on entrepreneurial intent and to test our hypothesis. Our empirical results have revealed that
the intention of students to undertake an activity in the social field is determined more by the perceived
desirability of the act than by its perceived feasibility. That is, an intention related to their empathy, their moral
judgment and their surroundings. Unlike self-efficacy, which seems to exert less influence than other
determinants. The implications of the study and future directions for research are discussed at the end of the
article.

Key words: entrepreneurial intention ; social entrepreneurship ; empathy ; moral judgement

Résumé
Dans ce travail, notre objectif est de mettre en exergue les facteurs susceptibles d’influencer l’intention
entrepreneuriale des étudiants dans le social. Ainsi, nous avons mis l'accent sur l’empathie et le jugement moral,
comme aspects particuliers de l’attitude des étudiants envers l’acte entrepreneurial. Pour arriver à cette fin, nous
avons mené une enquête auprès d’un échantillon de 176 étudiants en économie et gestion, de l’université Ibn
Zohr. Une analyse PLS a été utilisée pour vérifier les effets des facteurs déterminants sur l’intention
entrepreneuriale et pour tester nos hypothèses. Nos résultats empiriques nous ont montré que l’intention des
étudiants d’entreprendre une activité dans le domaine social est davantage déterminée par la désirabilité perçue
de l’acte que par sa faisabilité perçue. C'est-à-dire, une intention liée à leur empathie, à leur jugement moral et à
leur entourage. Contrairement à l’auto-efficacité qui semble exercer une influence moins importante que les
autres déterminants. Les implications de l'étude et les orientations futures de la recherche sont discutées en fin
d’article.

Mots clés : entrepreneuriat social, intention entrepreneuriale, empathie, jugement moral


Introduction
Au Maroc, et depuis des années, la promotion de l’entrepreneuriat a représenté́ un vecteur
fondamental dans l’ensemble des politiques de développement économique. L’État ainsi que
l’ensemble des acteurs socio-économiques sont parfaitement conscients de l’importance de la
création des entreprises. Néanmoins, l’expérience marocaine du développement
entrepreneurial est encore jeune. Elle se limite dans quelques initiatives et programmes
publics et privés qui ne couvrent que très partiellement le besoin du pays en matière de
création d’entreprises. Dès lors, il devient indispensable pour le gouvernement marocain de
repenser et de reconsidérer ses politiques et ses programmes de promotion de
l’entrepreneuriat pour se développer.

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La promotion de l’esprit entrepreneurial revêt, ainsi, une grande importance instrumentale.


Dans ce cas, de nombreuses études mettent l’accent sur l’intention entrepreneuriale comme
variable maitresse du processus entrepreneurial, en particulier, des auteurs tels que Krueger
(Krueger et al., 2000), Tounès (Tounès, 2003) ; Aouni (Aouni et Surlemont, 2007) ;
Boissin(Boissin et al., 2007 ; 2009), Liñán (Liñán et Chen, 2006 ; Liñán, 2008) et Fayolle
(Fayolle et Gailly, 2005 ; Fayolle et DeGeorge, 2006) ; Gurel (Gurel et al. (2010) ;Saleh,
(Saleh, 2011) ; Boudabbous, (Boudabbous, 2011 ; Amari et Boudabbous, 2014) ; Maâlej,
(Maâlej, 2013) ; Salhi (Salhi et Boujelbene, 2013) l’ont utilisé pour expliquer le processus de
décision de créer sa propre entreprise. En effet, plusieurs chercheurs se discernent pour dire
que des facteurs personnels, mais aussi environnementaux et économiques, affectent
l’intention de créer une entreprise. La majorité de ces travaux ont été menés auprès des
étudiants, mais rares sont les recherches qui se sont, à notre connaissance, intéressées à
l’entrepreneuriat social, notamment, à décrire et à expliquer la formation de l’intention des
étudiants à entreprendre dans le domaine social.
Aujourd’hui, un grand intérêt est accordé aux entreprises issues de l’économie sociale et
solidaire en tant que voie stratégique de développement des nations (Schmitt et al. 2008).
Elles ne sont non seulement des acteurs économiques importants mais aussi des éléments clés
dans la création de la valeur sociale et sociétale. Dans ce cas, on parle d’un entrepreneuriat
social qu’on peut considérer comme un état d’esprit qui met l’Homme, son territoire et son
environnement au cœur du projet économique (Schmidt et al. 2008). Certains chercheurs le
considèrent comme une solution partielle à certaines défaillances de nos sociétés modernes,
telles que le chômage, les inégalités dans l’accès aux soins et services de santé, l’insalubrité,
la pauvreté, le crime, la privation ou l’exclusion sociale. En outre, un entrepreneur social est
quelqu’un qui oriente son action en faveur de populations souvent marginalisées, qui en
raison de leur faible niveau de solvabilité ne pouvaient être intégrées dans l’espace marchand
(Boutillier, 2010). Pour certains, il s’agit d’une nouvelle façon d’entreprendre, qui place
l’efficacité économique au service de l’intérêt général, faisant du profit un moyen et non une
fin en soi (Defourny et Nyssens (2008). Pour d’autre c’est un autre domaine avec de nouvelles
lois et principes, l’opposant à l’entrepreneuriat « classique » (Robert et Woods, 2005 ;
Schmidt et al. 2008).
Dans cette perspective, nous souhaitons apporter des éclairages nouveaux quant à l’influence
des facteurs personnels et contextuels auprès des étudiants susceptibles d’entreprendre un
projet dans le social. Par conséquent, on peut se demander : quels sont les déterminants qui
permettent la formation de l’intention des étudiants en économie et gestion à entreprendre
dans le domaine social ? L’objectif principal de cette recherche est de décrire et de
comprendre une phase majeure du processus entrepreneurial amont : l’intention
entrepreneuriale. Dans une perspective processuelle, cette dernière prédit l'acte
entrepreneurial susceptible de se concrétiser.
Pour répondre à cette problématique, en appliquant le modèle de Ajzen et celui de Shapero et
Spkol, nous allons essayer de mettre l’accent sur les facteurs qui influent sur l'intention
entrepreneuriale des étudiants à démarrer une affaire dans le domaine social. Nous affirmons
que l'étude de l’entrepreneuriat social, ses antécédents, son processus et ses résultats,
contribuera à une compréhension plus globale de l'entrepreneuriat. Les résultats attendus
permettront de déterminer les facteurs qui influencent négativement ou positivement
l’intention des étudiants à entreprendre dans le social afin de proposer des remèdes pour
développer l’esprit d’entreprendre dans le social et l’enseignement de l’entrepreneuriat social
au Maroc. Plus précisément, nous nous concentrerons sur les facteurs personnels (attitude et
personnalité de l’entrepreneur, la situation familiale et l’âge) et contextuels (la famille, les
amis, les professeurs, les condisciples…). Ces facteurs jouent un rôle important dans

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l'exploitation des opportunités entrepreneuriales (Tounés, 2003 ; Boissin et al. 2009 ; Aouni et
Surlemont, 2007 ; Saleh, 2011 ; Boudabbous, 2011 ; Maâlej, 2013 ; Salhi et Boujelbene,
2013 ; Amari et Boudabbous, 2014).
À cette fin, nous allons essayer, en premier, de comprendre la façon dont les facteurs
personnels et contextuels peuvent influencer l'exploitation des opportunités entrepreneuriales
dans le social. Nous allons identifier et discuter le rôle de l’empathie et du jugement moral
comme deux principaux composants de l’attitude des étudiants. Nous considérons que ces
deux facteurs sont susceptibles de distinguer ceux qui choisissent de lancer une affaire dans le
domaine social. Au terme de cette première phase, un modèle théorique sera présenté. Dans
un deuxième point, nous mettrons l’accent sur notre méthodologie poursuivie. Avant de
terminer, dans une troisième partie par la présentation et la discussion de nos résultats.
1. L’entrepreneuriat social, une nouvelle façon d’agir
Selon Boudabbous (2011), « l’entrepreneuriat est un facteur névralgique dans la société, et
bénéficie d’un intérêt tout particulier de la part des économistes, des sociologues et des
décideurs politiques ». D’un côté, il participe à l’amélioration de la situation individuelle, et
de l’autre côté, il contribue au développement économique dans une économie de marché
(Fayolle 2015). De son côté, Yvon (2014) considère l’entrepreneuriat comme action qui peut
se déclencher par la découverte, l’exploitation d’une opportunité de marché. Dans ce cas, Pare
et Rédis (2011) le voient comme un processus intentionnel où l'identification d'opportunité est
la toute première étape. Hisrich et Peters (1991) définissent aussi l’entrepreneuriat comme un
processus qui consiste à créer quelque chose de différente et possédant une valeur, en lui
consacrant le temps et le travail nécessaires, en assumant les risques financiers,
psychologiques et sociaux correspondants et à en recevoir les fruits sous forme de satisfaction
pécuniaire et personnelle. Pour cette raison, Verstraete et Saporta, (2006), l’entreprenariat le
voient comme un processus cognitif de création d’entreprises conduisant vers des destins
variés en fonction des aspirations personnelles, des aléas de l’environnement et des
possibilités d’action offertes. En effet, la valeur entrepreneuriale d’une opération découle en
grande partie de l’engagement de ses acteurs dans le processus et de leur réelle volonté de
création.
Aujourd’hui, une nouvelle façon d’entreprendre est apparue. Il s’agit de l’entreprenariat
social. Ces derniers temps, l’entrepreneuriat social ne cesse d’attirer l’attention des chercheurs
et des pouvoirs publics (Mair et Noboa, 2003 ; Weerawardena et Mort, 2006 ; Bacq et
Janssen, 2008 ; Schmitt et al., 2008 ; Fayolle, 2015). L’entrepreneuriat social recouvre une
variété de significations et de perspectives en fonction des auteurs et des contextes, ce qui ne
facilite pas une compréhension rapide et surtout consensuelle du concept. Draperi (2010, p
11) définit l’entrepreneuriat social comme étant « est une conception politique de l’entreprise
qui vise à faire des entrepreneurs sociaux les acteurs d’une nouvelle paix sociale ayant pour
finalité la résolution de la pauvreté, de l’exclusion et des atteintes à l’environnement créées
par l’exploitation du travail et des ressources naturelles qui caractérise l’économie
dominante contemporaine ». Dans cette recherche, nous retiendrons la définition proposée par
Zahra et ses collègues, et reprise par Fayolle (2015, p 41), qui stipule que l’entrepreneuriat
social : « englobe les activités et les processus entrepris pour découvrir, définir et exploiter
les opportunités afin d’augmenter la richesse sociale en créant de nouvelles entreprises ou en
gérant les organisations existantes d’une manière innovante ». Selon Draperi (2010), il n’est
pas un ensemble de pratiques, mais un état d’esprit, une manière d’entreprendre différemment
et de penser autrement, qui met l’Homme et la société au centre de ses intérêts. La
caractéristique primordiale de l’entrepreneuriat social, réside dans le fait que le profit n’est
pas qu’un moyen au service de sa finalité principale qui est plutôt la poursuite d’un progrès

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social, de l’amélioration des conditions de vie d’un groupe de personnes, peut prendre des
formes bien différentes (Schmitt, 2008). La recherche d’un changement systémique et profond
pour répondre aux besoins humains basiques d’une manière durable est également une
caractéristique de l’entrepreneuriat social (Mair et Marti, 2006).Pour cela, certains le
considèrent comme une solution partielle à certaines défaillances de nos sociétés modernes,
telles que le chômage, les inégalités dans l’accès aux soins et services de santé, l’insalubrité,
la pauvreté, le crime, la privation ou l’exclusion sociale (Blackburn et Ram, 2006). D’autres
le voient comme une façon de sous-traiter les services publics ou un moyen de les améliorer
sans augmenter le domaine de l’État (Cornelius et al., 2007). Cette pratique entrepreneuriale a
pour mérite de brouiller les frontières traditionnelles entre les secteurs privé et public et de
donner naissance à des modèles d’entreprises hybrides (Schmitt et al., 2008), guidées par des
stratégies de double création de valeur, sociale et économique (Alter, 2006). Ces entreprises,
issues de l’entrepreneuriat social, sont non seulement des acteurs économiques importants
mais aussi des éléments clés dans la création de la valeur sociale et sociétale.
Un certain nombre de chercheurs ont montré que l’entrepreneuriat classique (à but lucratif)
diffère de l’entrepreneuriat social au niveau de la finalité mais aussi de la personnalité des
entrepreneurs, des opportunités et des résultats. Tout d'abord, selon la littérature, les
entrepreneurs sociaux sont motivés par un fort désir de changer la société, parleurs sentiments
altruistes, et par leur besoin d'être socialement responsable (Prabhu, 1999). Deuxièmement,
les entrepreneurs sociaux sont des personnes sensibles à une autre catégorie d'opportunités. Ils
attribuent différents types de valeur aux opportunités. Alors que dans le contexte de
l'entrepreneuriat traditionnel, la valeur de l’opportunité est mesurée par le gain économique
qui pourra en résulter (Eckhardt et Shane, 2003).Dans le contexte de l’entrepreneuriat social,
la valeur d'une opportunité comprend également toutes les autres formes d'avantages sociaux
engendrés par l'initiative, par exemple un niveau de sensibilisation ou d'éducation écologique
élevé. Selon Hibbert, Hogget Quinn (2002), les entrepreneurs sociaux diffèrent des
entrepreneurs à but lucratif en termes d’objectifs poursuivis, alors que les premiers sont
concentrés sur la création d’une valeur sociale, les derniers sont plutôt guidés par la recherche
de la richesse économique. Il se diffère aussi en termes de motivations qui incitent les
entrepreneurs à faire carrière dans le social. C’est ainsi que les entrepreneurs peuvent
contribuer au développement de l’humanité et au progrès social et que l’entrepreneuriat
apparaît comme une méthode singulière qui nous aide à repenser, à reformuler et à résoudre
les problèmes humains dans la voie du progrès social.
2. Fondements théoriques
Le but fondamental de notre travail est de comprendre les conditions à la base des
comportements des entrepreneurs dans le domaine social. Dans la littérature, le comportement
entrepreneurial est généralement considéré comme un comportement intentionnel dirigé vers
une création d'une nouvelle entreprise (Tounes, 2003 ; Linan, 2004 ; Boissin, et al., 2005 ;
Emin, 2006, Fayolle et al., 2006 ; Klapperet Léger-Jarniou, 2006 ; Saleh, 2011). Le lien entre
l’intention et le comportement est très bien expliqué dans la psychologie sociale.Selon
Moreau et Raveleau (2006), « puisque la création d’une entreprise n’est pas le résultat d’un
acte spontané, mais annoncé et organisé, il est possible par l’analyse de l’intention d’une
personne de prédire si elle créera prochainement son entreprise ».Dans cette perspective,
l’intention devient l’axe central de l’approche behaviorisme (Moreau et Raveleau, 2006). Elle
est le seul et le meilleur prédicateur des comportements entrepreneuriaux (Krueger et Reilly,
2000 ; Linan et Rueda-cantuche, 2005 ; Mair et Noboa, 2008 ;Boudabbous, 2011). C’est un
indicateur fiable de la volonté des entrepreneurs à adopter un comportement (Ajzen, 1991).
Par conséquent, connaitre les déterminants de l'intention entrepreneuriale nous permettra

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d’identifier les modèles d’intention qui sont à l’origine de la création des affaires dans le
domaine social.
Toutefois, Moreau et Raveleau (2006) ont montré qu’une intention peut connaître des
évolutions différentes d’une personne à l’autre et « que c’est un état de pensée en mouvement
qui s’étire sur un laps de temps relativement long, et qui peut connaître des fluctuations
rapides d’intensité (en moyenne tous les deux ans) ». Pour cela, l’approche béhavioriste a
largement été critiquée par Schmidt (2015). L’auteur démontre qu’il est nécessaire de laisser
tomber cette approche normative des behavioristes, expliquant les succès ou les échecs des
entrepreneurs par les caractéristiques particulières des entrepreneurs. Schmidt (2015) incite
ainsi les chercheurs à considérer l’entrepreneur comme un acteur qui ne cessent de s’adapter
et qui agit plutôt dans une réalité construite et interprétée, dont il est partie-prenante.
Toutefois, quelle que soit l’approche adoptée, la création d'entreprise reste l’aboutissement
d'un processus organisé et réfléchit. Pour cela, de multiples recherches se sont positionnées en
amont de ce processus, et ont tenté d'expliquer les causes qui amènent les individus à devenir
entrepreneurs. Dans cette perspective, nous considérons que décrire et expliquer l’intention
entrepreneuriale sont primordiales pour comprendre l’acte d’entreprendre.
Dans cette perspective, le modèle de l'événement entrepreneurial (TEE) de Shapero et Sokol
(1982) et la théorie du comportement planifié (TCP) de Ajzen (1991) nous ouvriront des voies
prometteuses pour comprendre les conditions de l’émergence de l’intention entrepreneuriale
(Krueger, 1993 ; Krueger, Reillyet Carsrud, 2000 ; Armitage et Conner, 2001 ; Emin, 2001 ;
Tounes, 2003 ; Boissin et al. 2006 ; Fayolle et al.2006). Dans ce cas, ces deux théories
peuvent être combinés pour proposer un cadre explicatif intégrateur de l’intention
entrepreneuriale dans le domaine social. Elles nous fourniront des lignes directrices générales
pour la conception d'interventions visant à améliorer les intentions et le comportement des
individus qui entreprennent dans le social.
La TCP de Ajzen (1991) confère à l'intention de l'individu une place centrale dans la genèse
du comportement entrepreneurial. Elle postule que l’intention de la personne est le résultat de
trois facteurs. Le premier est l’attitude à l’égard du comportement qui renvoie au degré
d’attraction ou de répulsion que l’individu a envers le comportement auquel il aspire (Ajzen et
Fishbein, 1980). Dans ce cas, l’attitude d’un étudiant envers l’acte entrepreneurial reposera
sur ses valeurs et ses caractéristiques et sur sa vision de l'entrepreneuriat (Tounès, 2006). Le
deuxième est la norme subjective perçue qui se réfère aux pressions sociales exercées sur
l’individu par son entourage le plus proche (famille, amis, …) ou la perception de ce que les
gens importants pour l’individu pensent de la réalisation l’acte d’entreprendre (Emin, 2004).
Le troisième est le contrôle comportemental perçu représentant la capacité d’une personne à
surmonter les défis pour mettre en pratique un comportement étudié (Tounès, 2006). Selon
Ajzen (1991), l’intention ne peut s’exprimer, que si elle est sous le contrôle de la volonté de
l’individu. Ce facteur fait également référence aux connaissances et au degré de contrôle qu’a
un individu de ses propres aptitudes, de ses expériences et de ses obstacles antérieurs, ainsi
qu’aux ressources et aux opportunités nécessaires, en vue de concrétiser le comportement
désiré. Par ailleurs la théorie de Shapero et Sokol (1982) fut parmi les premières à s’intéresser
à l’explication du choix de carrière entrepreneurial (Ilouga et al. 2013). Elle met en exergue
l’émergence du phénomène entrepreneurial, lequel est le résultat de la combinaison de quatre
variables : une situation précipitant l’acte entrepreneurial (déplacements négatifs, positifs ou
situation intermédiaires), les perceptions de désirabilité de l’acte (système de valeurs
individuel), les perceptions de faisabilité de l’acte (accès aux ressources nécessaires
financières, humaines et techniques) issues de l’environnement culturel, politique,
économique et social et une disposition psychologique (propension à l’action). Krueger
(1993) affirme que l’intention est implicite dans le modèle de l’événement entrepreneurial.

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L’auteur propose la désirabilité perçue et la faisabilité perçue comme étant deux éléments
explicatifs de l’intention entrepreneuriale. Elles décrivent le degré auquel un individu se sent
attiré par l’acte d’entreprendre (devenir entrepreneur) et capable de le réaliser. Dans cet
article, ces deux facteurs seront particulièrement utilisés pour nous aider à comprendre les
facteurs qui déterminent les intentions entrepreneuriales dans le domaine social.
Dans cette recherche, nous nous sommes intéressées, à décrire et à expliquer l’intention
entrepreneuriale à travers un modèle qui prend en compte la singularité de l’intention
entrepreneuriale dans le domaine social. Nous considérons que l’intention entrepreneuriale
des étudiants universitaires serait le résultat, à la fois, de leur désirabilité perçue et de la
faisabilité perçue de l’acte à entreprendre. Le premier facteur découle de leur attitude envers
l’acte et de la pression exercée par leur entourage. Ce dernier, avec le comportement planifié
renforceront la perception des étudiants de la faisabilité de l’acte entrepreneurial.
3. Hypothèses de la recherche
Dans la littérature, il existe plusieurs études qui explorent l'impact des facteurs individuels et
contextuels sur l'intention entrepreneuriale (Tounés, 2003 ; Boissin et al. 2009 ; Aouni et
Surlemont, 2007 ; Saleh, 2011 ; Boudabbous, 2011 ; Maâlej, 2013 ; Salhi et Boujelbene,
2013 ; Amari et Boudabbous, 2014). En ce qui concerne les facteurs personnels, et sur la base
de notre fondement théorique, nous mettrons l’accent sur un caractère supplémentaire de
l’attitude, à savoir l'empathie. Comme Mair et Noboa (2003), nous croyons que l’empathie
sera utile pour comprendre le processus de formation de l’intention d’entreprendre dans le
domaine social. Les travaux qui ont été consacrés à la notion d’empathie ont régulièrement
signalé qu’elle revêt de nombreuses significations, notamment le fait de réagir à la souffrance
de l’autre (Chlopanetal, 1985).Les auteurs qui sont d'accord avec cette dernière approche se
réfèrent à l'empathie comme étant la capacité d'adopter le point de vue d'autres personnes et la
considèrent comme une exigence fondamentale de tout comportement social ou pro-social
(Williams et al. 2014 ; Jourdheuil et Petit, 2015).
Dans la littérature, les chercheurs reconnaissent le caractère multidimensionnel de l'empathie
et la conçoivent comme quelque chose au-delà de la simple reconnaissance des sentiments de
l'autre (Raboteg-Šarić, 1997 ; Mair et Noboa, 2003). Ils distinguent entre l’empathie
affective(ou émotionnelle) et l’empathie cognitive dont chacune peut avoir des fonctions
différentes dans l’émergence et le développement des comportements pro-sociaux (Jourdheuil
et Petit, 2015).
Selon la définition de l’empathie cognitive, celle-ci renvoie à la situation psychologique dans
laquelle se trouve une personne qui partage l’état émotionnel de quelqu’un d’autre (Glon,
2009). Cependant, cette caractéristique n’est pas suffisante pour éprouver de l’empathie. On
peut se projeter dans une situation future ou imaginaire, sans qu’il en ressorte l’épreuve d’une
captation d’un état émotionnel ou affectif étranger. Pour cela, Eisenberg, et al. (1999), Smith,
(2009) Goutaudier, et al. (2014) ont déclaré que l’empathie cognitive est une condition
préalable pour l'empathie émotionnelle. Avoir de la conscience sociale est une compétence
nécessaire dans le développement de l'empathie émotionnelle, et par conséquent dans le
développement d'un comportement pro-social. Les possibilités de mesure de l’empathie
mettent aussi en évidence la nécessité de distinguer l’empathie dispositionnelle, qui constitue
un trait de caractère relativement stable chez un individu donné, de l’empathie situationnelle,
c’est-à-dire l’empathie telle qu’elle s’exprime dans une situation concrète (Hochmann, 2012 ;
Brunel et Cosnier, 2012). Bien que des recherches antérieures semblent favoriser l'empathie
situationnelle sur l'empathie dispositionnelle, certaines personnes ayant un haut degré
d'empathie dispositionnelle peuvent montrer un comportement plus altruiste que ceux avec un
faible degré (Mair et Nodoa, 2003).

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De manière générale, l’empathie a été largement, ces derniers temps, utilisée pour expliquer
les comportements d'aide, un concept qui est lié à l'esprit de l’entrepreneuriat social (Decety,
2011 ; Jourdheuil et Petit, 2015 ; Malti, et al. 2015). Une liaison entre empathie et
comportement d’aide a été déjà mise en évidence notamment par Barnett, Howard, King et
Dino (1981). Ces chercheurs ont proposé d'expliquer le lien entre l’empathie et le
comportement d’aide en deux étapes : le « bienfaiteur » éventuel doit d'abord « se mettre à la
place » de la personne à aider ; il doit ensuite éprouver une « émotion empathique » qui
constitue la motivation directe à l’aider. De leur côté, Eisenberg et al. (1989) affirment que
l’empathie est un fort antécédent des comportements pro-sociaux. Le comportement pro-
social désigne tous les comportements qu'un individu exécute dans le but d'améliorer la
situation d'autrui. Barnettet al. (1984), Par exemple, ont constaté que la perception des
habilités d’aider (comme l’écoute active) augmente la probabilité que l'empathie déclenche
une action d’aide. S'appuyant su rle fait que l'empathie est positivement associée aux
comportements d’aide (Decety, 2011 ; Jourdheuil et Petit, 2015 ; Malti, et al. 2015), nous
suggérons qu’une personne qui est capable d’identifier et partager les émotions et les
sentiments d'une autre personne développera un désir d'aider les autres et de faire tout ce qui
est nécessaire pour éviter leur souffrance.
Dans le domaine de l’entrepreneuriat social, des recherches indiquent que la sensibilité aux
sentiments des autres motivent les entrepreneurs à créer des entreprises sociales (Prabhu,
1999 ; Mair et Nodoa, 2003). Cela, sans dire que tout entrepreneur qui a la capacité
d'éprouver de l'empathie est un entrepreneur social. Ainsi, Mair et Nodoa (2003) considèrent
l'empathie comme une condition nécessaire mais pas suffisante dans le processus de
l’entrepreneuriat social. Mais, un certain niveau d'empathie est nécessaire afin de déclencher
la désirabilité de l’acte d’entreprendre, qui à son tour conduira à des intentions de démarrer un
projet social. Ils la présentent comme l'un des rares variables discriminantes entre les
entrepreneurs sociaux et ceux à but lucratif.
En résumé, on peut dire que :
- plus l'empathie sera élevée chez les étudiants plus leur désirabilité perçue sera élevée
(Hypothèse 1).
Le jugement moral est un autre un concept supplémentaire qui est souvent utilisé pour
expliquer les comportements d’aide dirigés vers autrui dans le but de lui apporter un avantage
(Kohlberg et Hersh, 1977). Dans ce cas, le jugement moral ne peut être réduit à l’équivalence
d’une implication religieuse ni à une idéologie culturelle. Pour ces derniers, le jugement moral
est un raisonnement qui se développe dans la cognition humaine à travers une série
séquentielle d’étapes permettant aux individus de distinguer la bonté ou la méchanceté de
leurs actions en fonction de leurs conséquences. Mais, ces niveaux du jugement moral
différent avec l’âge, le niveau d’éducation et la classe sociale des individus. Ces variables ont
leurs importances sur les effets observés de l’acte (Leyens et Yzerbyt, 1997).
Par conséquent, le jugement moral est un comportement prosocial et volontaire dans
l'intention de rendre service. Dans l'hypothèse où les normes morales régissent les actions des
individus, Born (2005) affirme que le jugement moral est un bon indicateur de l’explication
que ceux-ci donnent à leurs actes. Pour Mair et Noboa (2003), il s’agit d’un raisonnement
qu'un individu suit pour justifier son /ses actions face à un dilemme moral. Dans ce cas, plus
les capacités du raisonnement moral d’un individu sont élevées, meilleur sera son
comportement.
Ainsi, il ne devrait pas être surprenant de constater que les entrepreneurs sociaux sont des
individus qui affichent un haut niveau de jugement moral. Prabhu (1999) a constaté que les
entrepreneurs sociaux sont motivés par un besoin d'être fidèle à leurs propres principes, et
d'être socialement responsable. Par la même occasion, Johnson (2000)a affirmé que les

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entrepreneurs sociaux ont soif de justice sociale .En revanche, il ne faut pas dire que tout
entrepreneur qui a un haut niveau du jugement moral est un entrepreneur social. Pour cette
raison, comme l'empathie, nous considérons le jugement moral comme une condition
nécessaire mais pas suffisante dans le processus de l’entrepreneur social. Mair et Nobeo
(2003) affirme qu’un seuil minimum du jugement moral est nécessaire afin de déclencher le
désir d’entreprendre induisant par la suite des intentions comportementales.
Dans cette recherche, nous présentons le jugement moral comme deuxième élément de
l’attitude envers l’acte d’entreprendre affectant la formation de l’intention des étudiants
d’entreprendre dans le domaine social à travers son impact sur l’attractivité de l’acte. Mair et
Nobeo (2003) la considèrent également comme une variable supplémentaire pour discriminer
les entrepreneurs classiques (à but lucratif) des entrepreneurs sociaux (à but non lucratif).
Ainsi, nous proposons :
- plus le jugement moral des étudiants est élevé plus leur désirabilité de l’acte sera
élevée (Hypothèse 2) ;
- plus la perception de la désirabilité des étudiants d’entreprendre est élevé plus leur
intention d’entreprendre sera élevée (Hypothèse 3).
En se référant à la TCP, on voit que certains auteurs utilisent le concept de normes sociales
comme un déterminent significatif de l’intention entrepreneuriale via leur influence sur le
désir d’agir (Saleh, 2011).Selon Boissin et al. (2005), la norme sociale correspond à la
pression sociale que le créateur potentiel perçoit et qui le pousse à réaliser ou non une action
donnée. Elle correspond l’opinion du porteur du projet quant au degré avec lequel son
entourage (famille, amis, professeurs...) approuve ou désapprouve le fait qu’il crée son
entreprise (Boissin et al 2009).
Selon Granovetter (1995), on ne peut expliquer le comportement des individus juste en faisant
référence à leurs motivations individuelles ; il est aussi influencé par la structure des relations
sociales dans lesquelles il se trouve. Ainsi, le fait de se focaliser sur un entrepreneur isolé peut
cacher la réalité de création d’entreprise qui est souvent assimilée à une démarche collective.
Dans la même veine, la théorie du capital social s'intéresse aux ressources relationnelles que
des acteurs individuels peuvent mobiliser à travers leurs réseaux de relations sociales. En
adoptant cette perspective, le futur entrepreneur voit son projet selon un réseau de relation et
non une unité économique séparée. Il est sensible à son entourage et ne différencie pas entre
sphère professionnelle et sphère personnelle. Pour cela, Boudabbous (2011) affirme que la
création d’une entreprise est une activité fondamentalement relationnelle.
L’entourage a un poids dominant dans ce processus, compte tenu du temps passé avec les
parents, frères, sœurs et amis (Berger et Luckman, 1967).Kennedy et al. (2003) ont constaté
que les attentes de la famille, les amis et les proches sont les principales variables qui influent
l’intention des élèves. Boudabbous (2011) également affirme que la famille est la première
variable déterminant les comportements d’un individu et lui transmettant les valeurs qu’on
voudrait qu’il partage. Pour lui, c’est dans la famille où le futur entrepreneur trouvera, en plus
du soutien moral, le réconfort affectif, alors que les amis (surtout ceux ayant une expérience
dans le domaine) lui donneront des conseils, des encouragements et raviverons son
enthousiasme. C’est aussi au sein de la famille que chaque individu développe sa propre
conception de la réalité. Il intègre alors des schémas cognitifs qui vont ultérieurement
influencer sa perception et sa façon d'être.
D’après Shapero et Sokol (1982), la perception de désirabilité de l’acte se construit par
l’influence de la famille, des pairs, et des contextes professionnels (collègues) et scolaires
(condisciples). Le lien entre désirabilité perçue et l’entourage a été déjà démontré par des
auteurs tels que Emin (1993) et Arlotto, et al. (2007). Par exemple, avoir dans son entourage
un créateur de projetdans le domaine social modifie l’attrait des étudiants par ce domaine

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(Arlotto, et al. 2007). De façon globale, nous pouvons avancer que la décision de s’engager
dans un comportement donné dépondra de ce qu’un entourage (perçu comme référence par
l’individu) pensera du comportement à adopter par la personne en question. Il est également
intéressant de constater que l’entourage entrepreneurial (par exemple, avoir un parent ou un
proche créateur d’entreprise) modifiera la confiance que l’étudiant porte sur sa capacité à
gérer un processus de création d’activité dans le domaine social. Dans ce sens, Berglann et al.
(2010) soutient que l’entourage du porteur de projet doit non seulement lui être favorable,
mais doit aussi posséder les capacités ou ressources nécessaires pour l’aboutissement du
projet. Par conséquent, l’entourage est un autre facteur qui pourra nous aider à expliquer la
désirabilité perçue et la faisabilité perçue de l’acte entrepreneurial.
Ainsi, nous suggérons que :
- plus la perception de l’entourage des étudiants envers l’entrepreneuriat est positive,
plus leur désirabilité perçue sera forte (hypothèse 4) ;
- plus la perception de l’entourage des étudiants envers l’entrepreneuriat est positive,
plus leur faisabilité perçue sera forte (hypothèse 5).
Le contrôle perçu est un autre déterminant de l’intention et qui peut prédire le comportement
d’un individu. Il traduit la perception qu’une personne a des difficultés à surmonter pour
mettre en pratique un comportement étudié et une perception des ressources et compétences
individuelles nécessaires pour réaliser ce comportement (Tounès, 2006). Les individus
choisissent, généralement, de s’orienter vers des comportements qu’ils pensent pouvoir
contrôler et maîtriser (IndjendjeNdala, 2016). Les croyances de contrôle sont donc fonction de
compétences perçue et ressources personnelles. Ce contrôle comportemental est à rapprocher
du concept d’auto-efficacité de Bandura (2003) qui représente la confiance d’un individu en
sa capacité à mener à bien les actions requises pour arriver à un certain résultat (Bandura,
2003). Ajzen (2002) aussi avait admis une similarité entre les deux notions.
L’auto-efficacité entrepreneuriale perçue représente tout jugement concernant ce qu’une
personne peut faire avec les compétences qu’elle possède (Bandura, 2003) ou tout sentiment
de compétence qui permet de mener à son terme une démarche entrepreneuriale. Il fait
référence au degré avec lequel le porteur de projet pense pouvoir mener à bien les actions
nécessaires pour effectuer une tâche.
Dans cet article, nous proposant la comme une autre variable menant vers l’intention des
étudiants à entreprendre dans le domaine social. Elle nous fournit un outil intéressant pour
expliquer l'émergence et la formation des intentions entrepreneuriale. Markman et Baron
(2003) soulignent qu’un individu sera attiré vers une occupation professionnelle pour laquelle
il considère posséder les compétences nécessaires. L’impact de l’auto-efficacité quant à la
décision ou non de s’engager dans une activité déterminée a été démontré par Bandura (2003).
Pour Heilman (1983), le fait qu’un porteur de projet perçoit un manque de capacité
personnelle pour une activité déterminée, ça peut entraîner chez lui une sous-évaluation de ses
capacités et donc un frein à s’engager dans cette activité.
Shook et Bratianu (2008) ont également conclu que l'auto-efficacité influence le choix des
activités dans lesquelles une personne va s’engager et que les étudiants étaient plus
susceptibles de créer une entreprise quand ils auront cru qu'ils pourraient effectuer les tâches
liées à l'entrepreneuriat. Pour cela, Krueger et Carsrud, (1993) avaient souligné que la
perception de l’auto-efficacité des comportements entrepreneuriaux est un puissant prédicteur
pour la faisabilité perçue de l’acte. En tant que tel, nous proposons :
- La perception des étudiants de leur auto-efficacité est lié positivement à leur
perception de la faisabilité de l’acte d’entreprendre (hypothèse 6).
- La perception des étudiants de la faisabilité de l’acte d’entreprendre est liée
positivement à leur intention d’entreprendre (hypothèse 7).

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Le schéma suivant résume notre système d’hypothèses.

Figure1. Modèle théorique de l’intention entrepreneuriale dans le domaine social

4. Méthodologie de recherche et échelles de mesure


Cette partie porte sur le choix et la description de notre échantillon étudié, la construction du
questionnaire et sur la méthode d’analyse.
4.1. Choix de l’échantillon
Au regard de vérifier nos hypothèses et atteindre nos objectifs, nous avons mené une enquête
auprès d’un échantillon représentatif des étudiants en dernière année de leur formation en
économie et gestion, qui ont suivis un cours en entrepreneuriat. L’enquête a été menée au
cours de l'année universitaire 2016-2017.Un échantillon d’étudiants est très souvent utilisé
dans la recherche en entrepreneuriat (Amari et Boudabbous, 2014 ; Salhi et Boujelbene,
2013 ; Maâlej, 2013 ; Saleh, 2011 ; Boudabbous, 2011 ; Boissin et al. 2008 ; 2009 ; Vecianaet
al, 2005 ; Fayolle et Gailly2005 ; Krueger et al2000 ; Tkachev et Kolvereid, 1999 ;
Kolvereid1996). Son utilisation est pertinente dans les recherches sur l’intention
d’entreprendre, dans lesquelles ces étudiants sont souvent présentés comme des entrepreneurs
potentiels. Et une intention particulière est accordée aux diplômés de l’enseignement
supérieur qui, suivant une formation en matière d’entrepreneuriat, peuvent développer leur
potentiel d’initiative et de créativité. Notre échantillon comprend 176 étudiants. Pour notre
recherche nous avons utilisé une méthode d’échantillonnage non probabiliste. Cette méthode
consiste à choisir les individus les plus accessibles et les plus disponibles. Le niveau d’étude
n’a pas d’influence globalement sauf sur la capacité des étudiants. Les questionnaires étant
auto-administrés aucun contrôle sur l’identification des étudiants n’a pu être effectué (les
étudiants avaient le choix d’inscrire leur nom sur le questionnaire ou de garder leur
anonymat).
Afin de vérifier la sensibilité des étudiants de notre échantillon à l’acte entrepreneurial, nous
leur avons posé la question s’ils devaient choisir entre créer leur entreprise et être salarié,
qu’est-ce qu’ils préfèrent, ceci sans leur préciser que le domaine d’action est le social. Les
réponses nous ont révélées que 62,8% préfèrent créer leur entreprise plutôt qu’être salarié. En

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même temps, la majorité des étudiants, 82,1%, citent l’échec financier comme principal
obstacle auquel ils peuvent faire face s’ils décident de démarrer une affaire et l’échec
personnel comme deuxième source d’obstacle.
L’âge moyen des étudiants interviewés est 22ans. Nos résultats ont montré que 84,8%ont un
âge compris en 21 et 23 an, 10,7 % supérieur à 23 an et seulement 4,5% inférieur à 21 an. La
parité entre les sexes a été respectée puisque 42.1% de notre échantillon sont des étudiants et
57,9% des étudiantes. Pour leur formation, 66,3% d’eux sont inscrits en licence
professionnelle et 33,7% en licence fondamentale. Ensuite, 56,1% estiment avoir un membre
de la famille entrepreneur, alors que 29,5% affirment avoir des amis entrepreneurs. En plus,
53,3% des étudiants de notre échantillon déclarent avoir déjà eu une expérience en domaine
social en tant que bénévole dans des associations ou dans des clubs des étudiants.
4.2. Échelles de mesure et méthodologie d’analyse
Notre enquête a été menée à l'aide d'un questionnaire. Ce dernier a été administré aux
étudiants au cours d'une session de cours, avec l'autorisation préalable du professeur. Le
travail de terraina été réalisé en Avril et Mai2017. Nunnally (1978) suggère que les échelles à
items multiples sont plus fiables que celles d'un seul objet. Les items utilisés ont été
développés à partir de la littérature sur l’intention entrepreneuriale (Denoble et al, 1999 ;
Armitage et Conner, 2001 ; Liñán et Chen, 2006 ; Liñán et Santos, 2007 ; Boissin et al 2007 ;
Liñán 2008). Certains items ont été traduits de l’anglais en français selon la méthode de la
traduction inversée. Les items de mesure ont été dispersés au hasard dans le questionnaire.
Certains items ont été même inversés.
Le questionnaire final a été divisé en huit sections. Les sept premières sections correspondent
aux différentes variables de notre modèle théorique, la huitième concerne les données
personnelles des répondants. Cette dernière ne s’avère importante mais elle pourrait être très
utile pour identifier leurs effets sur la perception des autres variables indépendantes.
Dans les recherches antérieures, l’utilisation d’un seul item pour mesurer l’intention
entrepreneuriale a été largement utilisé (Krueger et al., 2000 ; Peterman et Kennedy, 2003 ;
Veciana et al., 2005). Au moment où, Armitage et Conner(2001) ont identifié trois types
distincts de mesures de l'intention: le désir (je veux...), l'auto-prédiction (Comment est-il
probable...) et l'intention comportementale (j'ai l’intention de ...). Ce dernier type de mesure
semble donner des résultats légèrement meilleurs dans la prédiction du comportement
(Armitage et Conner, 2001). Dans ce sens, Liñán et Chen (2006) ont utilisé un mélange
d’items mesurant à la fois l'auto-prédiction et l’intention pure. Dans ce travail, 7 items adaptés
du travail de Liñán et Chen (2006) et de Liñán (2008) ont été utilisés pour mesurer l’intention
entrepreneuriale des étudiants. Ce sont des phrases générales indiquant les différents aspects
de l'intention et mesurées sur une échelle de type Likert à cinq éléments (allant de "Pas du
tout d’accord" à "Tout à fait d’accord").En plus de l'échelle utilisée, nous avons ajouté une
autre question dichotomique à réponse oui / non. La réponse à cette question n'a pas été
utilisée pour valider le questionnaire, mais pourrait nous être utile à des fins de comparaison.
Pour mesurer l’empathie, une échelle de 7 items décrivant les deux facettes de l’empathie,
affective et cognitive, adaptés de Zoll et Enz (2010), ont été sélectionnées. 3 items pour
mesurer l’empathie affective et 4 items pour mesurer l’empathie cognitive. Conformément
aux préconisations de ces auteurs, il a été demandé aux répondants d’exprimer, sur une
échelle de 1 à 5 (allant de "Pas du tout d’accord" à "Tout à fait d’accord"), leur degré d’accord
avec chaque proposition.
Le jugement moral a été mesuré par 7 items décrivant les trois dimensions du jugement moral.
Ces items ont été développés et adaptés du travail de Dickes (2010) et de Leleux (2011). Pour
chaque affirmation l’étudiant est invité à se positionner sur une échelle de 1 à 5 (allant de "Pas
du tout d’accord" à "Tout à fait d’accord") et de dire dans quelle mesure est-il d’accord.
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Pour l’entourage, nous avons utilisé une échelle, de 7 items, comprenant trois groupes
d’influence, souvent utilisés dans la littérature (Emin, 2003 ; Boissin, et al, 2008, 2009),
appartenant à l’environnement social des étudiants : la famille, les amis, les professeurs et les
condisciples. Dans ce cas, les étudiants devaient préciser l’opinion que ce groupe aurait, selon
eux, envers leur engagement dans une création d'entreprise. Pour chaque affirmation, il devait
se positionner sur une échelle allant de "Pas du tout d’accord" à "Tout à fait d’accord".
Quant à l'auto-efficacité, celle-ci a souvent été mesurée soit dans son ensemble, soit par
rapport à des tâches ou des comportements précis (on parle d’une auto-efficacité spécifique)
(DeNoble et al, 1999 ; Liñán et Chen, 2006). Selon Bandura (1994), l’auto-efficacité d’un
individu se réfère à la présence ou à l'absence de ressources nécessaires. Sur la base de ces
constats, il nous a semblé pertinent, pour mesurer ce concept, d’identifier la perception qu’ont
les étudiants de leur capacité à surmonter les obstacles. Pour cette raison, une échelle en 4
items a été retenue pour ce concept, auxquels nous avons ajouté deux questions « Comment
vous évalueriez-vous vos compétences à résoudre les problèmes ? » et « Comment vous
évalueriez-vous vos compétences établir des contacts professionnels et constituer des réseaux
d’affaires ? ». Les six items ont été utilisés et adaptés de l’échelle de Liñán et Chen (2006), de
Liñán (2008) et celle de Delanoe et brulhart (2011). L'ensemble des items pour ces variables
était mesuré sur des échelles de Likert graduées de 1 à 5 (allant de "Pas du tout capable" à
"Tout à fait capable").
La variable « faisabilité perçue »a été mesurée en utilisant l'échelle, en 3 items, développée
sur la base de l’échelle de Liñán et Chen (2006), de Liñán (2008) et celle de Delanoe et
brulhart (2011). Cet instrument fait référence au degré avec lequel un étudiant pense avoir la
capacité de créer un projet dans le domaine social. Pour chaque affirmation l’interviewé est
invité à se positionner sur une échelle de 1 à 5 (allant de "Pas du tout capable" à "Tout à fait
capable").
Enfin, pour la variable « désirabilité perçue » et sur la base de ce que nous avons trouvé dans
la littérature, 3 items, adaptés des travaux de Maâlej (2013) et de Saleh (2011), ont été
développés mesurant le degré d’attrait qu'un étudiant ressent envers le choix de faire carrière
dans le social. L'ensemble des items pour ces variables était mesuré sur des échelles graduées
de 1 à 5 (allant de "pas du tout attractive " à "Tout à fait attractive ").
Nous avons ensuite mené une analyse confirmatoire consistant à tester notre modèle global
théorique en utilisant la méthode des équations structurelles et en particulier celle de PLS
(Partial Least Squares, moindres carrés partiels). Ce choix trouve sa justification dans
plusieurs raisons : D’abord, PLS se veut une méthode plus robuste et dont l’application ne
nécessite pa²s une grande taille au niveau de l’échantillon et supporte, à la fois, un faible
nombre d’échelles de mesure et de distribution de résidus minimales (Fernandes, 2012). A ces
avantages, s’ajoute celui de la pertinence d’application de cette méthode en phase initiale de
développement et de vérification des théories (Roussel et al., 2002).
À travers les paramètres estimés sous PLS, notre modèle a été analysé et interprété à travers
deux étapes : la répartition de la fiabilité et la validité du modèle de mesure en premier, suivie
par la répartition du modèle structurel. Le suivi de cette séquence rassure le chercheur sur la
disponibilité d’indicateurs de mesure fiables et sur la validité des construits avant le passage
aux conclusions sur la nature des relations entre les construits (Hulland J. 1999).
5. Présentation des résultats
Avant de procéder au test de nos hypothèses, nous avons examiné, d’une part, les liens entre
les indicateurs de mesures et les construits et, d’autre part, les liens entre les différents
construits. Le suivi de cette séquence nous rassurera quant à la fiabilité et la validité des

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construits avant de passer aux conclusions sur la nature des relations entre les construits
(Hulland, 1999).
En utilisant la méthode PLS « Partial Least Squares », appelée méthode des « moindres carrés
partiels », la fiabilité des items est examinée par les « loadings » (ou une simple corrélation)
des indicateurs de mesures en respectant leurs construits théoriques. En se référant à Chin
(1998), "les loadings standardisés doivent être supérieurs à 0,707", autrement dit, il y a un peu
plus de variance partagée entre le construit et ses items qu’entre la variance des erreurs
(Carmines and Zeller, 1979). La méthode PLS est largement utilisée dans la recherche sur
l’entrepreneuriat (Liñán et Chen, 2006 ; Liñán et Santos, 2007 ; Liñán, 2008 ; Koubaa et
Sahibeddine, 2012). Pour l'ensemble des construits, tous les items possèdent un seuil de
loadings raisonnable supérieur à 0,780. Dans ce cas, la fiabilité est démontrée. En plus, la
fiabilité de chaque construit était validées par, respectivement, un haut niveau de communalité
"communality" estimé (dépassent 0,700) et par un alpha de Cronbach élevé. Le tableau ci-
dessous explique cela.
Tableau 1. Résultat de l’analyse statistique de la fiabilité
Construits Items Loadings Communality Cronbach’s Alpha
Empath1 0,966502
Empath2 0,816832
Empath3 0,866338
Empathie Empath4 0,921391 0,88723 0,978751
Empath5 0,797307
Empath6 0,945948
Empath7 0,927858
JugMo1 0,908885
JugMo2 0,960003
JugMo3 0,914237
Jugement moral JugMo4 0,911603 0,833549 0,966646
JugMo5 0,898347
JugMo6 0,899152
JugMo7 0,897113
Entour1 0,959802
Entour2 0,959802
Entourage Entour3 0,937039 0,796678 0,896709
Entour4 0,859802
Entour5 0,954021
Désir1 0,838433
Désirabilité perçue Désir2 0,942269 0,859835 0,907605
Désir3 0,886865
Faisab1 0,956422
Faisabilité perçue Faisab2 0,801004 0,822683 0,867854
Faisab3 0,966797
Intent1 0,966797
Intention Intent2 0,911004
0,906472 0,96576
entrepreneuriale Intent3 0,870078
Intent4 0,893388

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Intent5 0,837985
auto-eff1 0,921367
auto-eff2 0,871529
Auto-efficacité 0,849312 0,921511
auto-eff3 0,870078
auto-eff4 0,947019

Ensuite, nous avons calculé la validité convergente des construits consistant à calculer la
variance moyenne partagée entre un construit et ses items. Nunnally (1978) a considéré le
seuil de 0,7 comme un record pour une fiabilité composée "modeste" (composite reliability)
appliquée dans les stades de recherche antérieure. En calculant la consistance interne des
construits, nous nous focalisons sur les valeurs de fiabilité composée développée par Werts et
al. (1974). À partir du tableau ci-dessous, la validité convergente de chaque facteur utilisée
dans ce modèle semble être acceptable. En effet, l'ensemble des construits présentent une
forte cohérence interne avec une fiabilité composée supérieure à 0,85 pour chaque construit.
Nous avons complété cette analyse par le calcul de la validité discriminante des construits.
Pour appliquer la validité discriminante, Fornell et Larcker (1981) suggèrent l'utilisation de
"Average Variance Extracted" (la variance moyenne partagée entre le construit et ses
indicateurs de mesure). La comparaison entre l'AVE et la racine carrée de l'AVE, démontrée
dans le tableau ci-dessus, montre que la validité discriminante de nos construits est vérifiée et
que les indicateurs de mesure n'expliquent que les variables latentes auxquelles ils étaient
attribués. Les résultats sont illustrés dans le tableau ci-dessous.
Tableau 2. Résultat statistique de la validité
Composite
Construits AVE
Reliability
empathie 0,887 0,978751
jug moral 0,834 0,972251
entourage 0,847 0,896709
désirabilité perçue 0,905 0,807605
faisabilité perçue 0,831 0,876854
intention entrepreneuriale 0,865 0,96576
auto-eff 0,859 0,972
5.1. Test des hypothèses
Dans un premier temps, nous avons procédés aux tests de nos hypothèses en utilisant le
modèle à équations structurelles et selon la méthode des Moindres Carrés Partiels (PLS). Les
hypothèses ont été vérifiées grâce au coefficient de causalité (tableau suivant). Dans cette
partie, nous nous contentant de vérifier le lien entre deux variables (deux par deux) sans
prendre en compte les liens susceptibles d’exister entre toutes les variables de notre modèle
théorique.
Tableau 3. Les coefficients de causalité
Désirabilité Faisabilité Intention
R Square
perçue perçue entrepreneuriale
empathie 0,623364
jug moral 0,407157
entourage 0,429109 0,006029
auto-eff 0,395091

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désirabilité 0,424951
0,529911
perçue
faisabilité 0,392618
0,256097
perçue
Intention
0,688053
entrepreneuriale

Comme il est montré dans le tableau ci-dessus, l’hypothèse que l’empathie affecte
positivement la perception de la désirabilité de l’acte entrepreneurial est confirmée avec un
coefficient gamma significatif en valeur absolu égal à (γ = 0,623364) (H1 validée).Ceci
confirme ce qui a été déjà avancé, que les étudiants qui ont un sens d’empathie exprimeront
un fort désir d’entreprendre. Également pour le jugement moral, l’hypothèse que le jugement
moral affecte la perception de la désirabilité est aussi confirmée par un coefficient de causalité
significatif en valeur absolue (γ = 0,407157) (H2 Validée). Ceci confirme l’idée que les
étudiants qui valorisent la justice sociale et qui cherchent à être fidèle à leurs propres
principes, percevront que leur désire à démarrer un projet social est élevé. De son côté,
l’entourage a un effet positif sur la désirabilité de l’acte entrepreneurial perçue par les
étudiants avec un coefficient gamma significative (γ = 0,429109). L’hypothèse que
l’entourage affecte positivement la désirabilité perçue est donc confirmée (H4 validée). Ce
résultat est identique à celui de Boissin et al. (2007). Tandis que la variable « entourage »
exerce une influence non significative sur la faisabilité perçue de l’acte avec un coefficient de
causalité négligé (γ = 0,006029). Parla suite, cette hypothèse a été rejetée et par conséquent,
nous considérons que l’hypothèse est non valide (H5 non validée). L’ensemble de ces
variables indépendantes explique 53% de la variance de la variable désirabilité perçue de
l’acte d’entreprendre.
Quant à l’auto-efficacité, exprimée en termes du degré avec lequel les étudiants pensent
pouvoir mener à bien les actions nécessaires pour réaliser leur acte d’entreprendre, est aussi
importante pour le développement de la perception de la faisabilité de l’acte entrepreneurial
chez les étudiants. Ceci confirme ce que nous avons trouvé dans les recherches antérieures.
Ainsi, l’hypothèse que l’auto-efficacité affecte la faisabilité de l’acte est confirmée par un
coefficient de causalité significatif en valeur absolue (γ= 0,395091) (H6 Validée).
De leurs côtés la "désirabilité perçue" et la "faisabilité perçue" expliquent une portion
significative de la variance de la variable "intention entrepreneuriale" (avec un R²=0.688).
Avec un effet plus important en faveur de la désirabilité perçue par rapport à la faisabilité
perçue. L’hypothèse que la désirabilité perçue affecte l’intention entrepreneuriale est
confirmée par un coefficient de causalité significatif en valeur absolue (γ= 0,424951) (H3
Validée). L’hypothèse que la faisabilité perçue affecte l’intention entrepreneuriale est aussi
confirmée par un coefficient de causalité significatif en valeur absolue (γ = 0,392618) (H7
Validée).
Dans un deuxième temps, nous avons examiné d’autres liens significatifs entre les différentes
variables de notre modèle théorique. L’objectif de cette analyse est d’essayer de dégager un
modèle empirique restituant le plus d’information sur l’intention entrepreneuriale des
étudiants. Pour cela, nous avons considéré que toutes les variables du modèle s’inter-
influencent et nous avons procédé par l’élimination des liens non significatifs jusqu'à ce que
nous sommes arrivés à un modèle plus consistant et expliquant le plus la variance de la
variable intention entrepreneuriale. Au final, nous sommes arrivés à un modèle qui nous
montre que le jugement moral peut aussi exercer un effet direct sur l’intention des étudiants à
lancer une affaire dans le domaine social avec un coefficient de causalité significatif en valeur
absolu égal (γ = 0,214).En même temps, il continue à exercer, avec les variables "empathie, et

31
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entourage", un effet indirect sur l’intention entrepreneuriale à travers la désirabilité perçue de


l’acte. Ensuite, nous avons aussi examiné l’interaction pouvant existée entre l’empathie et le
jugement moral. Cette relation nous parait évidente vu le caractère attitudinal des deux
variables. Le résultat a montré que la variation de l’empathie influence positivement la
variation du jugement moral avec un coefficient de causalité égal à (γ = 0,552). Ce résultat
confirme ce qu’a été déjà dit part Lópezet al. (1994) et repris plus tard par Mair et Noboa
(2003). Hogan (1969), par exemple, définit l'empathie comme un quotidien "disposé à adopter
un point de vue moral Mair et Noboa (2003). Enfin, nous avons découvert une influence
significative de l’entourage sur l’auto-efficacité avec un coefficient de causalité significatif
égal à (γ = 0,213) au moment où son effet sut la faisabilité est resté non insignifiant avec
coefficient gamma égal à (γ = 0,012).
Le modèle proposé restitue 78,3% de l’information sur la variance de l’intention
entrepreneuriale à travers l’effet joint de la désirabilité perçue, de la faisabilité perçue et du
jugement moral. Ceci avec un avantage en faveur de la désirabilité perçue, suivie par le
jugement moral et enfin la faisabilité perçue. Seule l’auto-efficacité explique 25,6% de la
variance faisabilité perçue de tandis que les autres variables indépendantes de notre modèle
expliquent 43,1% de la variance de la désirabilité perçue de l’acte.
5.2. Discussion
Dans cet article, nous avons essayé de mettre l’accent sur les déterminants de l’intention
entrepreneuriale des étudiants dans le domaine social. Pour cela, nous avons mené une
enquête à l’aide d’un questionnaire auprès de 176 étudiants de l’université Ibn Zohr. Les
résultats de cette enquête ont montré qu’une grande partie de ces étudiants ont exprimé leur
préférence à mener une carrière entrepreneuriale plutôt que devenir salarié et parmi ceux-là
86,7% ont l’intention de se lancer dans le social. Ce qui montre le haut degré de maturité des
étudiants enquêtés et leur conscience de l’importance de toute action sociale. Ce résultat
corrobore avec ce que nous avons trouvé dans le rapport « Doing Business » de la banque
mondial (2017). Ce dernier révèle que la région Souss-Massa a atteint les meilleurs scores
par rapport à la moyenne nationale en termes de dynamique entrepreneuriale. Nous pouvons
également rapprocher ce résultat avec les efforts déployés depuis une dizaine d’année par
l’université Ibn Zohr pour développer l’esprit entrepreneurial chez ses étudiants et contribuer
à faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs issus de l’enseignement supérieur en
mettant en place des ateliers de métiers d’avenir, de simulation et d’élaboration de business
plan destinés aux porteurs de projets. Ceci à travers l’événement « Parés pour l’avenir » qui
connait une grande attractivité (entre 2010 et 2016, le nombre de participants au concours de
« projets innovants » est passé de 15 à 210).
Dans cet article, nous avons considéré que l’intention de créer une entreprise dans le social
dépend de deux éléments : la désirabilité perçue et la faisabilité perçue. Suite aux résultats de
notre enquête, l’attrait que représentent l’acte entrepreneurial dans le domaine social (la
désirabilité) et la perception de l’aptitude à le mener à bien (la faisabilité) sont deux éléments
indispensables à la formation des intentions entrepreneuriales des étudiants. Nos résultats
confirment ainsi les résultats de Krueger (1993). Toutefois, dans le contexte de notre
recherche, nous avons trouvé que le degré de désirabilité de l’acte contribue davantage à la
détermination de l’intention entrepreneuriale dans le social que les perceptions de faisabilité.
La désirabilité, a un effet plus important dans l’explication de l’intention entrepreneuriale. Ce
résultat n’est pas conforme à celui déjà obtenu en France par Aouni et Surlemont (2007) et en
Liban par Saleh (2011) sur une population des étudiants.
Les résultats de notre enquête ont révélé également que l’empathie est un fort prédicateur de
la désirabilité de l’acte d’entreprendre dans le social, qui à son tour conduit à des intentions de

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démarrer un projet social. Ce résultat est similaire à celui déjà trouvé par les chercheurs qui
associent l’empathie à diverses formes de comportements prosociaux, en majorité les
comportements d’aide et de partage (Hammond et Brownell, 2015 ; Jourdheuil et Petit, 2015 ;
Malti et Krettenauer, 2013 et Mair et al. 2005). Cela veut dire que les étudiants capables de
partager les sentiments et les émotions d’autrui ont un fort désir de les aider et éventuellement
de faire carrière dans le domaine social. Toutefois, le fait de limiter notre enquête à une
catégorie précise d’individus, à savoir les étudiants ayant presque le même âge, ce résultat
risque de masquer une réalité plus complexe. Cette réalité est particulièrement apparente à
l’échelle temporelle de la vie entière (Jourdheuil et Petit, 2015 ; Malti et Krettenauer, 2013) :
lorsque le comportement prosocial est étudié au fil des années, on observe des changements
dans ses motifs, sa structure, son cadre temporel et ses bénéficiaires. Par exemple, le
comportement prosocial de l’adolescent diffère de celui de l’enfant et de l’adulte. De plus, le
comportement prosocial d’un même individu peut ne pas être motivé chaque fois par les
mêmes raisons. Sur toute sa durée de vie, on peut remarquer que la nature humaine est guidée
par des considérations sociales (les interactions avec les autres), mais pas toujours par la
morale (Hammond et Brownell, 2015). Il est possible que ce soit à travers les expériences de
vie, avec le travail assidu, la réflexion et l’engagement, qu’elle prenne réellement sa forme
morale. Dans ce cas, elle parait comme un déterminant de l’attitude des porteurs de projet
envers l’acte d’entreprendre dans le domaine social. Ce qui peut rendre la personnalité de tout
porteur de projet social distincte de celle des entrepreneurs classiques.
Le jugement moral est aussi un autre trait distinctif de la personnalité des étudiants enquêtés
qui comptent se lancer dans le social. Le désir des étudiants à mener un acte entrepreneurial
dans le domaine social dépond du raisonnement que ces futurs entrepreneurs poursuivent pour
justifier leur acte. Ceci est identique à celui déjà trouvé dans la littérature (Lehalle, et al.
2009 ; Mair et al. 2005). En effet, on a le sentiment que lorsque les étudiants doivent juger des
actes, ils chercheront à éviter d’avoir une réputation négative. Dans ce cas, ils justifieront
leurs comportements par les conséquences que cela entraîne en espérant donner une image
d’eux positive. Selon Cannard, (2015), des comportements qui risquent de disparaître
lorsqu’il s’agit de projets prosociaux, car ces derniers ont une réputation positive et
impliquent obligatoirement une identité morale positive. On peut conclure de ça que le
jugement moral est aussi un autre indicateur expliquant l’attitude d’un porteur de projet
susceptible de distinguer entre un entrepreneur social et entrepreneur non-social. D’une part,
il intervient au début du processus entrepreneurial en déclenchant leur désire à créer une
affaire sociale, et d’autre part, il intervient dans des étapes ultérieures du processus
entrepreneurial comme facteur décisif renforçant la propension des étudiants à démarrer leur
affaire (Mair, et al. 2005).
Un autre facteur expliquant la désirabilité envers l’acte entrepreneurial est le degré
d’incitation à entreprendre que l’étudiant reçoit en provenance de son entourage. Cette
variable telle que nous l’avons fondée est une variable composite construite à partir d’une
somme de quatre dimensions : famille, amis, professeurs et condisciples. À cet effet, les
résultats de notre investigation empirique nous ont révélé qu’un fort soutien de cet entourage
renforcera le désir de l’étudiant d’agir et de lancer un projet dans le domaine social.Ce résultat
confirme ce qu’a été trouvé par plusieurs chercheurs (Boudabbous, 2011 ; Berglann et al.
2010 ; Arlotto, et al. 2007 ; Kennedy et al. 2003). Toutefois, étant donnée l’hétérogénéité de
cet entourage, il faut prendre ce résultat avec préconscient. Car, plusieurs recherches menaient
auprès d’une population d’étudiants se sont allés plus loin dans leurs analyses. Par exemple,
Arlotto, et al. (2007) avaient trouvé que les étudiants attachent plus d’importance à l’opinion
de leurs familles qu’à celle de leurs amis ou professeurs. Dans la même veine, Ilouga, et a.
(2013) considéraient la famille comme étant le premier milieu dans lequel l’intention

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entrepreneuriale est cultivée et transmise. Par contre, Tounès (2003) avait remarqué que ce
sont les amis qui attirent le plus les étudiants vers les chemins de l’entrepreneuriat. Nous
avons aussi découvert que l’entourage affecte positivement l’auto-efficacité des étudiants,
c'est-à-dire leur confiance en leur capacité à réussir l’acte entrepreneurial. L’entourage semble
donc influencer directement le désire perçu des étudiants à créer ou démarrer une affaire
sociale et indirectement leur perception de la faisabilité de cet acte à travers le renforcement
de leur auto-efficacité. Ceci est dû probablement à la nature spécifique de ce genre de
variable. D’une part, l’entourage est le milieu dans lequel les valeurs économiques et sociales,
capables d'influencer et d'inciter ses membres vers les voies de l’entreprise, sont transmises et
d’autre part, il constitue un important générateur de ressource et de support de tout porteur de
projet. Ce résultat vient confirmer le fait que l’entourage est un fort prédicateur de l’intention
entrepreneuriale à travers, d’une part, le renforcement de la désirabilité perçues de l’acte
d’entreprendre et ceci est similaire au résultat trouvé par Liñán et Santos 2007). Et en
exerçant une influence directe sur l’auto-efficacité des étudiants, d’autre part, un résultat est
similaire à celui auquel est parvenu Saleh (2011).
Vu la relation étroite entre l’auto-efficacité et la confiance ou croyance des étudiants en leur
capacité à lancer et gérer un processus entrepreneurial, cette variable a été mesurée par une
liste de capacités et habilités qui paraissent importantes pour tout porteur de projet. Les
résultats de notre enquête ont montré que cette variable est un fort prédicateur de la faisabilité
perçue de l’acte entrepreneurial. Cela veut dire que les étudiants ayant un niveau de confiance
élevé en leurs compétences et capacités à réussir leur processus entrepreneurial perçoivent
que l’acte d’entreprendre est quelque chose de faisable. Elle joue aussi un rôle médiateur entre
l’entourage et l’impression des étudiants que démarrer une affaire dans le social est faisable.
Ceci est d’autant vrai que 53,3% des étudiants enquêtés avaient déjà une expérience dans le
domaine social. Ceci est en accord avec ce que nous avons trouvé dans la littérature (Krueger
et Carsrud, 1993 ; Wei-LoonKoe et al (2012), Sommer et Haug, 2011 ; Paço et al. 2011 et
Morano et al. 2011 ; Shook et Bratianu, 2008).
En résumé, on peut dire que l’intention des étudiants à entreprendre dans le domaine social
dépond de la façon dont les étudiants appréhendent la réalité et la transforment en perceptions
favorable à l’acte d'entrepreneuriat. Dans ce cas, l’empathie, le jugement moral et l’entourage
seraient de forts déterminants de cette intention influençant la perception de l'attractivité de
l’acte entrepreneurial. On peut comprendre derrière ça que les personnes qui choisissent de
faire carrière dans le domaine social se distinguent des porteurs de projet classiques par leurs
traits de personnalité particulière les rendant des personnes spéciales sensibles aux besoins
des autres et conscients que leur acte et leur volonté délibérée à agir est une obligation morale
envers la société.
Conclusion
Dans cet article, notre objectif était d’essayer de fournir un éclairage sur les déterminants de
l'intention des étudiants à démarrer une affaire dans le domaine social. Nos résultats
pourraient servir de tremplin pour une meilleure compréhension de la façon dont le
gouvernement marocain peut élaborer des programmes efficaces de promotion de l’esprit
entrepreneurial prosocial.
Les résultats de notre recherche ont indiqué que l’intention des étudiants à entreprendre dans
le domaine social dépond de la façon dont les étudiants appréhendent la réalité et la
transforment en perceptions favorable à l’acte d'entrepreneuriat. En ce qui concerne
l'influence significative sur l'intention des constructions de désirabilité et de la faisabilité, les
résultats obtenus ont montré que le degré de désirabilité de l’acte contribue davantage à la
détermination de l’intention de lancer une affaire dans le social que les perceptions de

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faisabilité. Les résultats ont révélé également que l’empathie est un fort prédicateur de la
désirabilité de l’acte d’entreprendre. Dans ce cas, elle parait comme un déterminant de
l’attitude des étudiants envers l’acte d’entreprendre dans le domaine social. Le jugement
moral est aussi un autre indicateur expliquant l’attitude des étudiants enquêtés, mais avec
moins d’importance. Le degré d’incitation à entreprendre que l’étudiant reçoit en provenance
de son entourage est également un autre facteur expliquant la désirabilité envers l’acte
entrepreneurial. Par ailleurs, la faisabilité de l’acte est déterminée par la confiance que les
étudiants ont en leurs compétences et capacités à réussir leur processus entrepreneurial.
Notre recherche s’avère intéressante à plus d’un titre. Sa contribution se situe à deux niveaux :
théorique et managérial. Au niveau théorique, notre recherche a mis en exergue le rôle
important des facteurs émotionnels dans la formation des intentions entrepreneuriales
prosociales. L’intention d’entreprendre dans le social est étudié sous l’angle de la conjonction
de facteurs sociaux, cognitifs et affectif. Notre étude a permis d’enrichir, dans le contexte
marocain et dans le cadre particulier des étudiants, la modélisation de Shapero proposée par
Krueger et la théorie du comportement planifié, en essayant de les valider dans le contexte
particulier de l’entrepreneuriat social. Nous avons montré également, que dans le contexte
particulier des étudiants, le degré de désirabilité contribue davantage à la prédiction de
l’intention entrepreneuriale dans le domaine social que des perceptions de faisabilité. Ceci est
dû surtout au rôle important de leur empathie et de leur jugement moral. Sur le plan
managérial, nos apports sont de nature à consolider les orientations adoptées par les différents
organismes publics ou privés dans la mise en place de programmes et de formations de
spécialisation et d’accompagnement à la création de projet à caractère social. Par ailleurs,
certes l’attrait est le facteur principal, mais il ne faut pas négliger pour autant le rôle de la
faisabilité dans l’explication de l’intention. Une importante implication pour l’enseignement
de l’entrepreneuriat social est d’insister dans les formations sur le développement de
comportement responsable chez les étudiants en les sensibilisant aux différentes
problématiques sociales et sociétales.
Néanmoins, nous sommes bien conscients que notre travail n'est pas exempt de limites. D’une
part, nous avons adopté dès le départ l'hypothèse que les intentions conduisent presque
automatiquement au comportement et que le comportement est raisonné et planifié, mais sans
que notre recherche ne soit inscrite dans une perspective longitudinale, qui aurait permis de
mieux comprendre la dynamique et l’évolution de l’intention entrepreneuriale dans le temps.
Notre recherche rend compte du processus entrepreneurial à un moment donné (quelques
mois avant l’obtention de leur diplôme) et dans un contexte précis. Ceci est important vu que
l’intention est une notion évolutive. Selon les circonstances, des facteurs contingents sont
susceptibles de la modifier.
D’autre part et contrairement aux études précédentes, nous n'avons pas utilisé les variables
situationnelles qui agissent comme des facilitateurs et des catalyseurs d'intentions
entrepreneuriales. Il est important aussi de noter que les variables choisies ne sont nullement
exhaustives pour expliquer l’intention entrepreneuriale dans le domaine social.
Il faut reconnaître que cette recherche n'est qu'une première étape dans l'analyse des
déterminants de l’intention à entreprendre dans le domaine social. Des recherches futures
pourraient être mises au point pour confirmer nos conclusions. D’abord s’imposera une étude
longitudinale afin de vérifier la stabilité de l’intention dans le temps.
Ensuite, cette recherche pourrait être enrichit en la répliquant sur un échantillon plus large
d’étudiants de régions différentes pour voir le rôle potentiel que pourra jouer le contexte
social dans la formation des intentions entrepreneuriale dans le domaine social. Ces résultats
peuvent également être contrôlés en intégrant la variable âge pour voir l’impact potentiel de
l’âge sur la décision de faire carrière dans le social.

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Notre travail s’enrichirait également en faisant une comparaison de la population des


étudiantes femme avec celle des étudiants homme. Une telle étude permettrait de faire le point
sur les différences et les ressemblances de l’intention des deux sexes à faire carrière dans le
social.
Au terme de ce travail, il est essentiel de reconnaitre que l’entrepreneuriat social est un
domaine encore nouveau. Des efforts doivent encore être menés pour expliquer et diffuser de
manière à légitimer le phénomène et encourager la création d’initiatives entrepreneuriales
dans le domaine social. En ce sens, les universités peuvent participer à cela en se dotant d’un
centre de recherche et d’enseignement uniquement dédié à l’entrepreneuriat social. Une telle
initiative permettrait par ailleurs de mieux adapter le concept d’entrepreneuriat social aux
réalités marocaines.
Le phénomène étant en pleine émergence, il est également dans l’intérêt de l’État de créer des
programmes de soutien pour les porteurs de projet sociaux. Une première forme de soutien
peut consister à offrir des services et de l’expertise aux entreprises sociales avant, pendant et
après le démarrage. Le gouvernement pourrait également prévoir la création d’une forme
d’accréditation des entreprises sociales. Une telle initiative permettrait entre autres de certifier
qu’une entreprise remplit les critères propres à l’entrepreneuriat social, lui donnant ainsi la
reconnaissance et la crédibilité recherchées.
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