Vous êtes sur la page 1sur 24

Ministère de l’enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

Université de Constantine

Département d’Architecture

MODULE : Architecture et développement durable

Thème d'exposé : Gestion du patrimoine durablement

Présenté par :

Melle MENHOUR Asma

Post graduation 2009/2010


Plan de travail

Introduction

1- Qu’est ce que le patrimoine ?

2- Les effets de patrimonialisation.

3- Les différentes visions Entre transformation et conservation :


3-1/Les différentes écoles de pensées
A/La théorie de VIOLLET-LE-DUC
  B/La théorie de JOHN RUSKIN
3-2/ les différentes chartes:
A- La charte d’Athènes
B- La charte de Venise
C- La charte d’Amsterdam
4-La conservation préventive comme outil de préservation d'un centre
historique.
5- Comment Réanimer?
5-1- Réhabiliter l’habitat.
5-2- Développer les équipements collectifs.
5-3- Promouvoir les activités. 
6-Universalisation des patrimoines.
7-Patrimoine et globalisation.
8-L’apport économique du patrimoine.
9-patrimoine en Algérie
10-Mise en valeur du patrimoine pour la promotion du tourisme dans le cadre
d’un développement durable au Mzab :
Conclusion
Introduction:

Le patrimoine et le développement durable, apparaissent aujourd’hui comme


deux notions consensuelles, unanimement utilisées par les décideurs et responsables
locaux. Tout responsable urbain, élu ou technicien, est persuadé qu’une ville qui
valorise ses héritages architecturaux et urbanistiques se donne les moyens de mieux
préparer son avenir (Gravari-Barbas, 2004).

La nécessité de protéger et transmettre le patrimoine, héritage culturel défini comme


« bien commun » (Micoud, 1995) est aujourd’hui une idée largement répandue.

De même, la volonté de proposer des modèles de développement durable,


défini en tant que « développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »,
s’affiche de plus en plus dans les discours des mêmes acteurs.

Selon Cyria Emelianoff, cet intérêt pour la notion de développement durable,


relativement récent s’inscrit de manière privilégiée dans un registre qualitatif et non
pas scientifique comme en Europe du Nord, où sont mises en exergue des notions
telles que la qualité de vie, l’espace public, la requalification urbaine et le patrimoine.
Sur ce dernier point, en interprétant la « ville durable » [la charte d’Aalborg (1994)]
comme contre-pied de la « ville fonctionnaliste » [la charte d’Athènes (1933)], cette
auteur considère que l’un des cinq principes structurant de la pensée urbanistique
consiste précisément en un rejet de la « table rase » au profit d’une intégration des
héritages urbains dans la reconstruction permanente de la ville (Emelianoff, 2004).
Comme vecteur d’identité et support mémoriel, le patrimoine bâti est en effet
considéré comme un moyen privilégié pour assurer la continuité des sociétés.

 Patrimoine et développement durable sont deux notions qui présentent de fait


certaines analogies, qui expriment la même volonté de mieux intégrer la dimension
temporelle, de mieux articuler le passé, le présent et le futur des sociétés, dans une
logique de transmission et de solidarité intergénérationnelle;mais protéger un nombre
croissant d’éléments patrimoniaux ne va-t-il pas à l’encontre de l’un des objectifs
majeurs du développement durable à cette échelle des agglomérations, à savoir la
densification urbaine ? La notion de « ville durable » ne renvoyant pas forcément
à l’idée de « pérennité des formes urbaines » mais à celle de maintien des villes dans
la durée ; c’est bien le processus de reconstruction permanent, exprimé à travers
l’expression de « renouvellement urbain », qui est au cœur de la problématique de la
durabilité, et ce principe de « reconstruire la ville sur la ville » peut entrer en
contradiction avec le souci de conserver une gamme de plus en plus large d’héritages
urbains.

C’est autour de cette contradiction potentielle que sera effectué ce travail de


recherche, qui vise à mettre en perspective deux notions qui sont fréquemment
juxtaposées, sans pour autant faire l’objet d’une véritable articulation; la vallée du
M’zab nous servira d’exemple .

1-Qu’est ce que le patrimoine ?

Le patrimoine est ce qui demeure, ce que la société choisit de mettre « hors du


temps… ». Il est constitué des éléments qu’un groupe humain cherche à transmettre
aux générations futures, en s’assignant comme objectif ne pas en trahir ou subvertir le
sens : des lieux, bâtiments, objets, que l’on tâche d’exclure de la trajectoire des objets
courants (de l’usage au  déchet et finalement à la disparition).

Cantonnée à un nombre fini d’éléments jusqu’au XIXe siècle, essentiellement


limitée aux monuments historiques, la notion de patrimoine a connu, au cours des
dernières décennies du XXe siècle, un élargissement ; du monument historique le
patrimoine devient à la fois plus proche de nous dans le temps, plus étendu
spatialement et plus diversifié thématiquement.

Depuis les années 1970, la notion de patrimoine tend ainsi à couvrir des
espaces de plus en plus vastes, relevant à la fois du monumental et du quotidien,

de l’exceptionnel et de l’ordinaire (Leniaud, 2002). Cet élargissement du champ


patrimonial a inévitablement tendance à entrer en contradiction avec d’autres
utilisations de l’espace, avec des projets de développement, de requalification ou

de réutilisation d’espaces, de lieux et de bâtiments qui tendent à être reconnus comme


patrimoines par certains groupes sociaux.
2-Les effets de patrimonialisation :

En même temps, l’extension du champ patrimonial accentue la crainte de la


transformation des centres-villes en musées et celle de la spécialisation économique
(culture, tourisme, loisirs, commerce haut de gamme…) et sociodémographique à
l’œuvre. Le coût de la mise aux normes de bâtiments de caractère patrimonial  et des
besoins en surface ont poussé les entreprises à rechercher des localisations hors des
espaces « historiques » des villes centres et des faubourgs anciens.

Plusieurs procédures de protection du patrimoine mises en place par l’Etat, tels que
les secteurs sauvegardés, ont eu comme effet, l’expulsion des activités qui y étaient
localisées à l’origine et la gentrification de la population résidente .

Cependant, la situation contemporaine voit se superposer la « prolifération


patrimoniale » et la nécessité d’une ville moins étalée, moins consommatrice
d’espaces et d’énergies. Or ces deux logiques, « faire durer le patrimoine»

et « faire la ville sur la ville » (ce qui implique densification, réutilisation, construction
sur des strates superposées), pourraient s’avérer contradictoires. Cependant
l’approche de la densification est généralement bien différente de la « table rase » des
années de l’après-guerre, avec des interventions plus chirurgicales. Tiraillés par ces
contradictions, les responsables locaux intègrent la notion de patrimoine de manière
variable, en essayant de concilier d’un côté le souci de préserver des traces de plus
en plus importantes numériquement et étendues spatialement et de l’autre, la volonté
que la ville continue à fonctionner, qu’elle ne « se muséifie pas », que l’on ne sacrifie
pas l’avenir à une préservation stérile du passé. L’affirmation de la notion de
développement durable ne pourrait-elle pas faire reculer celle de patrimoine, en
servant d’argument à des opérations de renouvellement urbain moins respectueuses
des héritages ?

3-Les différentes visions Entre transformation et conservation :


Quelques attitudes paradigmatiques majeures par rapport au patrimoine
mettent en évidence les contradictions inhérentes à des visions antagonistes, qui
tentent d’arrêter le temps ou de donner figure au devenir, Quelques positions font
référence:
 3-1/Les différentes écoles de pensées :
A/La théorie de VIOLLET-LE-DUC :
La restauration est l’unique possibilité pour l’édifice pour revivre et de retrouver sa
valeur et sa signification. On peut rétablir l’aspect en reproduisant des parties
manquantes. Ses interventions de restauration se caractérisent donc comme étant
stylistiques et artistiques.
B/La théorie de JOHN RUSKIN :
« Prenez soin de vos monuments et vous n’aurez pas besoin de restaurer (…).,
soutenez-le à l’aide de poutres lorsqu’il s’affaisse, ne vous souciez pas de la laideur
du secours que vous lui apportez : il vaut mieux boiter que de perdre une jambe ».
 Il faut donc éviter de restaurer, car l’édifice court le risque de sortir falsifié.
Pour RUSKIN, la valeur  des monuments réside dans leur authenticité, que l’on ne
peut pas séparer de l’état de décadence dans laquelle se trouve la matière de
l’édifice. Ses interventions de maintenance n’écartaient donc pas l’évolution du
monument dans son ère.
3-2/les différentes chartes: et recommandations promulguées sous l’égide
d’organisations internationales telles que : l’ICOMOS, l’UNESCO, le Conseil de
l’Europe, l’Organisation des pays de la méditerranée,qui ont joué le rôle de régulateur
international en matière de définition théorique et modalité d’application de procédure
juridique en question de patrimoine.
En 1931, la charte d’Athènes a au un grand mérite aux monuments historiques
isolés, La charte d’Athènes incitait à la conservation de l’objet unitaire dans le but de
sa revalorisation dans son contexte global.La charte suivante de restauration de
Venise en 1964(25 au 31 mai), avait élaboré pour la première fois un cadre
institutionnel régissant internationalement la pratique de la conservation et de la
restauration. Plus tard la charte européenne du patrimoine architectural dite
d’Amsterdam, 1975, a intégré la protection du patrimoine architectural dans les
politiques relatives à l’urbanisme et l’aménagement du territoire et a apporté une
méthode nouvelle dénommée conservation intégrée, cette charte a défini les objets
composants le patrimoine architectural européen en intégrant les ensembles urbains
et ruraux qui composent les villes anciennes et les villages traditionnels européens.
Le travail accompli, en termes de la conservation et mise en valeur des monuments
et sites historiques, fut théorisé en termes définitifs en 1975 à l’occasion de cette
année qui fut dédiée au patrimoine architectural. Une « conversion  intégrée » du
centre historique en sa globalité fut le résultat de la conjonction de ces deux éléments:
technique (restauration / sauvegarde) et la recherche de la fonction appropriée qui
assura le maintien et la survie de celui-ci dans l’ensemble des transformations
urbanistique.

A travers les chartes internationales, on comprend que ce concept est évolué de la


restauration des monuments historiques (charte d’Athènes) à la nécessité de la
conservation et la restauration des monuments et sites historiques (charte de Venise).
Puis avec la convention d’Amsterdam de 1975, on est passé à la notion du «
patrimoine architectural » et celle du « paysage culturel »visant comme objectif la
sensibilisation de l’opinion, partout dans le monde, aux valeurs culturelles, sociales,
économiques irremplaçables des monuments, des ensembles et sites en milieu urbain
et rural hérités du passé. Et à partir des années 1990, une attention particulière est
accordée au patrimoine archéologique (la charte internationale pour la protection et la
gestion du patrimoine archéologique de 1990 (icomos-icamh) et au tourisme culturel
dans la perspective du développement durable. Actuellement, les pensées sur le
patrimoine mettent l’accent sur la question de l’authenticité dans la préservation,
l’interprétation et la présentation au public.

4-La conservation préventive comme outil de préservation d’un centre


historique:
L’architecture traditionnelle des tissus historiques de nos villes est une
architecture courante, vivante parce qu’habitée, préindustrielle et elle est le fruit d’une
tradition.
Au fil du temps, nous pouvons parler aujourd’hui pour la Médina de Tunis d’un essai
d’identification d’une stratégie se caractérisant par une action préventive et qui s’est
développée au cours de quatre décennies et dont les traits se distinguent à plusieurs
niveaux :
a- Au niveau de la gestion réglementaire :
Création de l’Association de Sauvegarde de la Médina par la Municipalité dans le but :
 de Comprendre la structure urbaine de la ville et la composition de sa population
 de Recenser les monuments et les activités économiques
 de Analyser l’état du bâti

Cette radiographie a abouti à la proposition, par la suite, de projets intégrés.


Mais le problème, qui s’est alors posé était l’absence de cadre juridique approuvé
pour les réaliser.

b- Au niveau de la sensibilisation :
La législation, à elle seule, ne peut pas sauver le patrimoine, c’est l’habitant qui est le
premier concerné.
Le deuxième trait de la stratégie était donc de développer un plaidoyer pour la
sauvegarde et la réhabilitation afin de montrer que c’est une démarche culturellement
revalorisant, socialement nécessaire, économiquement avantageuse
et financièrement possible.
c- Au niveau de la formation :
- -la formation et la sensibilisation des jeunes reste un enjeu important pour assurer
la pérennité de toute action de revitalisation et mise en valeur du patrimoine, dans ce
cadre sont organisés:
-des stages pour des étudiants de différentes disciplines et de différentes nationalités.
-des chantiers de bénévolat organisés.
- -la formation de petites entreprises spécialisées en matière de la réhabilitation
et d’une main d’œuvre spécialisée dans la restauration des éléments architectoniques
traditionnels (stuc, peinture artisanale, céramique etc.…)
-- la formation des ingénieurs qui doivent être en mesure de garantir une structure
traditionnelle (planchers et murs porteurs en pierres).
d- Au niveau des actions et des projets réalisés : l’enjeu est dans ce chapitre, de
rechercher un équilibre, entre conserver ce qui le mérite, modifier ce qui doit l’être
et qui est susceptible de s’adapter aux nouveaux usages de chaque époque
répondant ainsi à la réalité évolutive de la cité, oser le curetage nécessaire de tout ce
qui menace ruine et en même temps, construire du neuf là où la ville le demande.
Sur le plan architectural, ces projets constituent des essais de réinterprétation de
typologie traditionnelle à patio et du vocabulaire architectonique de la Médina.
La problématique à ce niveau est d’engager les opérations de réhabilitation en tant
que processus de revitalisation et de régénération du tissu traditionnel tout en
conservant et en promouvant ses valeurs culturelles et patrimoniales, et en
garantissant en même tant son adaptation aux nécessités de la vie contemporaine.
Mais la notion d’adaptation implique l’idée d’un conflit entre l’état actuel du bâtiment
et l’évolution de ses fonctions. Comment y remédier ?
La réhabilitation doit être conçue en tant qu’un processus de transformation lent
et programmé avec des objectifs à moyen et à long terme.

Parmi les principes pour la réussite des opérations de revitalisation, on peut


citer :
- L’intégration de l’espace traditionnel ou du centre historique à une échelle
plus large de son territoire afin d’y être inséré et de s’y articuler dans la perspective de
sa singularité historique et non de lui tourner le dos et d’être dans une enclave isolée.
- La concertation entre les différents acteurs en développant une action
participative.
L’intervention en centre ancien est nécessairement confrontée au triple souci :
* de protéger le patrimoine
* de moderniser l’habitat et les équipements existants
* d’ouvrir le tissu urbain à un tourisme culturel et aux opportunités du
développement durable
e-Les matériaux traditionnels (nécessités et limites) :
L’enjeu est de concilier le souci de l’authenticité et la limitation par la technique.
Le recours aux matériaux et techniques traditionnels, ou plutôt aux mêmes procédures
que celles de l’édifice existant, reste obligatoire dans toute intervention de réfection
et de réhabilitation.
La difficulté de l’exécution et la pénurie des matériaux traditionnels, amène souvent
à la mise en œuvre de techniques mixtes contemporaines
et traditionnelles moins onéreuses.
Les réflexions menées sur le thème de l’authenticité plus récemment, privilégient
l’usage des savoir faire traditionnels à l’utilisation des matériaux anciens.
C’est l’authenticité du savoir faire.
f-La mise en valeur du patrimoine monumental :
Les projets de restauration des monuments historiques visent leur insertion
dans le processus de développement en essayant de concilier entre les nécessités
de sauvegarde et les impératifs de l’époque et ce, grâce à des affectations
contemporaines respectueuses de leur cachet spécifique. Ces opérations de
restauration sont menées dans un but de sauver ce riche patrimoine et de l’adapter
à son usage contemporain.
Le défi consiste de trouver des astuces pour adapter un édifice traditionnel organisé
autour d’un patio en fonction des nouveaux besoins.
Comment le réaffecter à des usages compatibles avec sa typologie ?

4-Comment Réanimer ?
Ce n’est que lorsque le monument ou l’ensemble historique sera réintégré
économiquement et socialement, lorsque par l’attribution d’une fonction nouvelle,
sa présence sera rendue indispensable à la satisfaction des besoins de notre
civilisation, que la conservation et son existence future seront garanties.
Cependant il faudrait éviter la récupération spontanée, quant à l’exploitation
des édifices historiques par l’exercice d’activités.
La charte de Venise énonçait en, 1964, que « la conservation des monuments
est toujours favorisée par l’affectation de ceux-ci à une fonction utile à la société ;…».
De nombreuses précautions doivent donc guider :
-le choix de la nouvelle affectation.
-l’adaptation du monument à cette affectation et, réciproquement, l’adaptation
de la fonction aux exigences de la conservation.
-à quelles conditions doit répondre la réanimation ; l’affectation nouvelle doit être
étudiée en fonction des capacités techniques du monument ou de l’ensemble : pour ce
dernier en particulier, il s’agira de tenir compte du potentiel réceptif du tissu urbain.
-  la fonction nouvelle doit pouvoir s’insérer dans la structure de l’édifice ancien.
-L’affectation nouvelle doit être en accord avec la vocation primitive du patrimoine
architectural.
-La fonction nouvelle doit être durable :
Sachant qu’après une période de prospérité certaines activités contemporaines
connaissent souvent une période de régression, il est souhaitable d’envisager, dès
l’origine du projet de restauration, une diversité d’affectations possibles et une
souplesse d’adaptation du patrimoine à ces multiples fonctions.
Réanimer quoi ?
4-1- Réhabiliter l’habitat:
-Rendre l’habitat ancien décent, et lutter contre les taudis.
-Intégrer la réhabilitation des logements anciens à la politique communale de
construction de logements neufs.
-Adapter les règlements de la construction neuve à la réhabilitation.
-Réhabiliter le goût de l’habitat ancien auprès de l’opinion publique.

Source: AREHN, 2006 - www.arehn.asso.fr


Le propriétaire de cette maison rénovée a été lauréat
du Prix du Patrimoine Seine-Eure 2005 dans la catégorie
« personnes privées ».

4-2-Développer les équipements collectifs


-les espaces verts
-Les équipements d’infrastructures et de superstructures
4-3-promouvoir les activités :
Traditionnelles, ainsi que contemporaines (commerce, industrie, tourisme, hôtellerie...)

Source: AREHN, 2006 - www.arehn.asso.fr


La commune de la Haye-Malherbe a restauré,
avec l’aide de deux associations, un four
à pain intégré à un projet d’urbanisme.

4-3- Faciliter l’accessibilité et les déplacements.


5-Universalisation des patrimoines :
Ils appartiennent non seulement à la planète entière mais aux générations
futures, d’où l’instauration de mécanismes de protection au niveau international ex.
Sommet de Rio en 1992 ou Kyoto 1997 qui débouche sur des protocoles engageant
les pays signataires à accorder leur développement avec la protection de
l’environnement des générations présentes et futures. Autre ex. création en 1972,
sous l’égide de l’UNESCO, de la notion de patrimoine mondial de l’humanité,
nécessité de préserver certains sites de la destruction plus le souci de l’essor de
l’industrie touristique (risque de fragiliser les richesses patrimoniales mondiales) ex.
Concret : protection de l’antarctique- sauvetage d’abu Simbel lors de la construction
du barrage d’Assouan en 1956.
6-Patrimoine et globalisation :
L’universalisation du patrimoine a été initiée quatre décennies par l’UNESCO
(1972). Le contexte de la globalisation engage l’humanité dans une nouvelle
dynamique et la place devant de multiples enjeux imposants de société, d’économie
et d’environnement.
Ces mutations s’articulent autour de phénomènes tels que l’émergence d’une pensée
universelle (standardisation), la forte mobilité des biens, de personnes, de capitaux,
de services, de pensées, d’art et de techniques, l’intense compétition à laquelle se
livrent les économies du monde, la négation de la territorialité,…
Le patrimoine est questionné à son tour dans une logique de globalisation:
 Est-ce que le patrimoine a la capacité à la fois d’incarner l’identité locale et de
promouvoir l’humanisme universel ?
De quelle façon peut il être engagé dans cette dynamique et contribuer au
progrès humain ?
Le principal défi s’articule autour des modalités d’inscription du patrimoine dans la
dynamique du développement durable dans un contexte de globalisation, pour cela
trois voies s’imposent :
1. La mobilisation de toutes les ressources en vue d’une meilleure optimisation
des effets positifs que génère la libre circulation de l’information.
2. La mise en valeur et le développement des ressources et valeurs locales en
qualité d’atouts pour un développement durable.
3.L’engagement du patrimoine et de diversité culturelle dans la logique du
dialogue au service du progrès humain.
Le patrimoine et diversité culturelle, outil de dialogue :
Il faut considérer la diversité culturelle comme richesse et source de progrès humain.
Promouvoir la diversité culturelle pour faire de la culture une ressource renouvelable
dans une logique de développement durable ; on doit passer par le développement
de la culture de dialogue à travers une action éducative .
De là, il faut parvenir à intégrer la dynamique patrimoniale à travers :
-L’intégration du patrimoine dans les programme d’enseignement avec une approche
favorable, à fin de développer chez l’enfant et l’individu de façon générale, la fierté de
l’histoire locale, et l’acceptation de l’autre et l’humanisme universel.
- la promotion du dialogue entre les cultures et les générations.
-l’établissement du dialogue entre le local et l’universel.
La rencontre du Corbusier et du Cheikh Aboul-Abbas Ahmed (auteur du Taksim al
aradine-code d’urbanisme-) ; à travers le patrimoine du M’zab illustre un bel exemple
de dialogue entre les cultures.
Le patrimoine vecteur de lutte contre la pauvreté :
Réussir à impliquer le patrimoine dans la dynamique du développement durable
et de lutte contre la pauvreté, englobe trois volets : l’écotourisme, le tourisme
culturel, et l’industrie de la restauration et de la conservation.
Le tourisme culturel et l’écotourisme :
Il faut encourager un tourisme respectueux des principes du développement durable
et de l’environnement et sans excès de tourisme au risque de nuire au patrimoine et à
l’environnement. il doit favoriser la conservation du patrimoine naturel et culturel, le
tourisme crée des ressources utilisables pour cette conservation à condition qu’il soit
géré avec équilibre.
L’industrie de la restauration :
L’industrie de restauration et la conservation peuvent offrir des opportunités de
développement et d’investissement aussi importantes que celles du marché de la
construction .au delà de l’impact sur le patrimoine et la culture en général par la
réhabilitation des métiers d’art, il génère de l’emploi, dynamise l’économie
et contribue à la lutte contre la pauvreté,
Cette industrie dynamise plusieurs secteurs : les métiers, la formation, les matériaux,
l’expertise et la conservation, tous contribuent à la reconnaissance et à la transmission
d’un savoir faire.Il faut aussi prendre conscience de l’importance de l’entretien pour
épargner le patrimoine restauré des menaces de dégradation.
Le renouvellement urbain:
Le renouvellement urbain concerne les modalités de récupération du patrimoine
foncier et bâti existant vacant et en dysfonctionnement (cadre bâti vétuste et dégradé,
anciennes friches industrielles, berges portuaires,…) pour l’implantation de projets de
développement urbain dans une logique de développement durable en protégeant les
ressources naturelles et foncières, rationalisant l’occupation du sol, minimisant les
coûts de déplacement et des effets.
7-L’apport économique du patrimoine
Le patrimoine culturel et naturel constitue une richesse dont la protection, la
conservation et la mise en valeur font de ce patrimoine un facteur déterminant de
développement et non un frein à ce développement ; La protection, la conservation
et la mise en valeur de ce patrimoine culturel et naturel devraient être envisagées
comme l’un des aspects fondamentaux de l’aménagement du territoire et de la
planification au niveau national, régional ou local. 
P.Collarossi définit les principales valeurs attribuées ou attribuables aux biens
naturels ou culturels, comme la valeur scientifique, la valeur monumentale, la valeur
esthétique, la valeur d’évocation et la valeur pédagogique, la valeur de consistance,
la valeur ludique et la valeur d’usage.
Organigramme ; développement durable et actions culturelles
Parmi les actions culturelles dans le cadre du développement durable on a la création
paysagère durable pour inventer la ville durable, des projets participatifs pour une
nouvelle économie culturelle, …
Le patrimoine peut exercer des effets de levier sur le développement économique
à quatre niveaux :
1. Il stimule la créativité des entreprises ; produit des compétences, contribue
à la gestion des ressources humaines, et anime les lieux de consommation.
2. Le développement des activités artistiques au profit de la création, conduit à
réorganiser les institutions culturelles classiques, des musées se mobilisent
et considèrent que la conservation des produits et des modèles est essentielle ;
des musées sont transformés en pôles d’économie du patrimoine en associant des
entreprises de porcelaine et de magasins de vente de produits d’artisanat.
3. A ce versant économique s’ajoute un versant social, les activités
patrimoniales sont considérées comme moyen de renforcer l’identité culturelle
et peuvent créer des liens sociaux et améliorer le cadre de vie.
4. Le développement des activités culturelles permet aux communautés de
s’intégrer aux cultures variées, ce qui permet de développer de nouveaux projets,
inscrire ainsi les communes dans une économie globale.
9-patrimoine en Algérie
L’Algérie dispose d’un riche héritage culturel et naturel exceptionnel par sa
portée historique et symbolique témoignant le passage de plusieurs civilisations,
cependant l’identification des sites à classer reste une lourde charge en raison des
valeurs pouvant être à l’origine de ce classement, entre autres la valeur historique
dont l’appréciation peut se faire par les grades de permanence que revêt le site, qu’il
s’agisse d’un monument ou du tissu urbain. Une autre valeur celle qui concerne la
valeur artistique mais aussi la valeur d’usage. Il se trouve cependant plus de 500 sites
classés patrimoine national, avec 07 classés patrimoine mondial : le Tassili,Tipaza,
Djamila,Qualàa des Beni Hammad, Vallée du M’zab et Casbah d’Alger.
Actuellement, pour combler le vide juridique pour assurer la protection et la mise
en valeur du patrimoine, des textes de loi sont apparus précisant les conditions
d’intervention sur des sites et monuments historiques, en l’occurrence la loi d04-98 du
15/06/1998 relative à la protection du patrimoine culturel, suivie par des textes
complémentaires : le décret exécutif N°03-324 du 05/10/2003 portant modalité des
plans permanents de sauvegarde et de mise en valeur : des secteurs sauvegardés
(PPSMVSS), des zones archéologiques(PPSMVZA) ; Ce PPSMV est un instrument
de protection spécialisé.
Il y a eu lieu également d’examiner le bien-fondé des critères d’évaluation de notre
patrimoine ; s’agit il pour l’Algérie de retenir les critères universels de l’UNESCO ou
bien faudrait il en créer d’autres qui correspondent mieux à notre contexte particulier,
ou créer une sorte de jurisprudence algérienne en matière de critères d’évaluation,
traitement cas par cas ou bien affiner encore un peu mieux les critères (critères plus
harmonieux, judicieux) ?
10-Mise en valeur du patrimoine pour la promotion du tourisme dans le cadre
d’un développement durable au Mzab :

L’Algérie possède toutes les potentialités, naturelles, architecturales et culturelles ;


pour figurer parmi les meilleures destinations touristiques du bassin méditerranéen,
cependant il reste beaucoup à faire pour amorcer le développement et atteindre le but
souhaité. Particulièrement au sud, cette immensité territoriale doit être perçue comme
l’espérance d’un demain meilleur.

La vallée du M’zab doit figurer en tête de liste des potentialités touristiques de la


région de par son originalité exceptionnelle et sa spécificité architecturale, culturelle

et ethnique.

Malheureusement aujourd’hui son patrimoine est exposé à la dégradation et l’abandon


ce qui menace le développement et favorise le déclin de toute activité touristique.

Cependant, la sauvegarde de ce patrimoine riche et diversifié passe nécessairement


par la relance et la promotion du tourisme dans le cadre du développement durable.

Le potentiel touristique de la vallée du M'zab

Le besoin au tourisme et au dépaysement a changé le monde, il a fait de cette activité


un propulseur du développement très important pour plusieurs pays qui disposent de
potentialités naturelles, architecturales et culturelles, l’Algérie n’en manque pas,elle a
de quoi assurer et satisfaire le tourisme le plus exigent durant toute l’année ;
cependant l’économie de notre pays est basée essentiellement sur le pétrole, mais
jusqu’à quand ?

Le pactole pétrolier n’est il pas tarissable dans le temps ? Il est vrai que notre sud
renferme sous son ERG et sous son REG d’énormes gisements de pétrole, de gaz

et même de minerais rares ; mais il ne faut pas perdre de vue que notre sud possède
aussi des Ksour, des palmeraies, des dunes et des paysages féeriques qui une fois
réhabilités, mis en valeur peuvent constituer le déclic d’une relance économique
(hors pétrole) sûre solide et durable.

M. ZOUHIR BALLALOU, 2006

Vue sur la palmeraie

L’ingéniosité humaine associée à l’aridité du lieu et le besoin de sécurité ont crée la


vallée du M’Zab ; un établissement humain possédant un cachet spécifique

et particulier modelé par le savoir faire des générations qui ont vécu. La vallée est
donc un patrimoine hautement qualifié par ses valeurs sociales et sa qualité
architecturale et urbaine. C’est le résultat parfait de l’adaptation de la forme au lieu,

à savoir « LE KSAR ».

M. ZOUHIR BALLALOU,2006

Ksar Bounouara
Malheureusement les Ksour qui faisaient la fierté et le bonheur de leurs habitants d’hier sont

menacés aujourd’hui de dégradation et d’abandon.

Quelles sont les causes de dégradation du patrimoine ksourien ?

Les causes sont multiples mais citons pour l’essentiel:


Chaque Ksar disparaît sous un fond de poteau électrique, des murs percés par de
grandes ouvertures, l’installation des climatiseurs et des cheminées de chauffage
modifiant complètement l’aspect extérieur ainsi que le microclimat des ruelles
ombragées sans énumérer les réseaux d’assainissement à ciel ouvert et sans parler
de l’intérieur des maisons qui est partiellement et parfois même complètement modifié
avec le changement de mode de vie des habitants.

© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005 © Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Etat du cadre bâti dans la vallée, dans le circuit touristique de la ville

L’explosion démographique et urbaine due à la sédentarisation des nomades,


l’exode des habitants des différents coins du pays en quête d’emploi, l’aspiration des
habitants de la vallée au développement sur tous les plans et à la modernité sont les
principaux facteurs du changement du mode de vie et par conséquent du mode
d’habiter des mozabites qui ont commencé à adopter des comportements étrangers

et non adaptés à un environnement aussi fragile que l’oasis.


M. ZOUHIR BALLALOU,2006 © Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Les fils électriques envahissent tous les ksour de la vallée (Beni Izguen)

Tous les ksour de la pentapole sont étouffés par la rapide et anarchique extension dite
« extra–muros », autrement dit tous les espaces inter-ksouriens qui dominent
actuellement sont couverts par des constructions de différents usages dont
l’inadaptation au lieu est remarquable et frappante et n’a rien de commun avec le
cachet ancestral caractérisant les cités de Ghardaïa, Beni Isguen, Melika et Bounoura
qui émergent, malgré tout, comme des entités ponctuelles.

Peut-on faire de ce patrimoine un facteur de développement tout en lui assurant


la durabilité ?

La réponse passe par le tourisme (plus précisément le tourisme durable

et l’écotourisme) qui constituent une entrée en devises fortes et une source de


richesse pour permettre la revalorisation de la vallée, la protection de son patrimoine
(bâti, naturel et culturel) la sauvegarde de son identité et le maintien de l’équilibre de
son écosystème fragile.

Afin de promouvoir le tourisme il faut aussi assurer un hébergement suffisant et de


qualité, car actuellement l’insuffisance affichée de l’hôtellerie dans la vallée, constitue
un sérieux handicap; entre autres, réaliser de grandes infrastructures d’accueil n’est
pas souhaité et rend contradictoire la notion de développement durable puisqu’elles
sont génératrices de pollution et grandes consommatrices d’énergie, d’eau, etc.…

une autre formule d’accueil doit être envisagée.


Les ksour une fois restaurés peuvent devenir des centres d’accueil des touristes, mais
il faut noter que cela ne peut pas être le cas dans la vallée du M’zab puisqu’elle est
habitée dans sa totalité d’une part et ses habitants refusent que le visiteur ou
l’étranger passe la nuit au sein du ksar d’autre part.

Parmi les principales actions menées concrètement sur le terrain, on peut citer:
 La célébration du millénaire du ksar d’El-atteuf et de la Vallée du M’Zab en 1996.
L’élaboration de six plans de sauvegarde et de
 La mise en valeur des ksour de Ghardaia, El-Atteuf, Bounoura, Beni-izguen, Melika
et Berriane .
 Restauration des monuments historiques depuis 1989 à ce jour (bordjs,
remparts, puits urbains, mosquées, mausolées, ouvrages hydrauliques des

palmeraies, etc.)

 Restauration et réhabilitation des maisons des ksour en faisant appel à contribution


des propriétaires et des occupants dans le processus de restauration, ceci par un
montage financier spécifique, faisant aussi appel à l’expérience des maîtres
maçons locaux.
 Organisation des chantiers écoles dans les ksour aux profits des jeunes.
 Implication dans les chantiers à travers les ksour (restauration des monuments,
habitations, réhabilitation de la voirie et des réseaux divers, etc.) les communautés
locales afin de créer une dynamique économique locale.
 Restauration des fonts des ksour de Bounoura et de Melika (2001–2005).
© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005 © Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Logement chez l'habitant à la palmeraie d’El Atteuf

Cependant il existe un autre type d’hébergement qui n’est pas recensé par la direction
du tourisme c’est la location chez le particulier, généralement se sont des maisons
dans la palmeraie destinées à l’hébergement temporaire touristique.

© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Logement chez l'habitant à la palmeraie d’El Atteuf


Conclusion :

Enfin l’épanouissement ou le déclin du tourisme dépend essentiellement de


l’état du patrimoine, du mode de vie de ses habitants ainsi que la prépondérance
d’une infrastructure d’accueil adaptée.

Compte tenu de ce qui précède, les opérations de préservation et de réhabilitation des


ksour sont très attendues et constituent une action salvatrice de grande importance
non seulement pour la sauvegarde du patrimoine qui est en péril mais aussi pour
l’intégration, de la vallée dans le processus du développement durable.

Pour conclure ; le patrimoine peut être considéré comme une ressource non
renouvelable, qu’il s’agirait de sauvegarder, d’économiser et de valoriser. (Lazzarotti,
2003). Le patrimoine est une ressource symbolique, étroitement liée à la question de
la mémoire et de l’identité, volontiers utilisée par les élus locaux. Mais également une
ressource économique, sous l’angle notamment touristique, la patrimonialisation
représentant un mode de valorisation d’un espace « désaffecté ».
Bibliographie:

1-M. ZOUHIR BALLALOU , 2006, Revitalisation urbaine pour la sauvegarde du

patrimoine -Cas de la Vallée du M’zab_

2- Isabelle Garat, Maria Gravari-Barbas et Vincent Veschambre, 2005, Angers

agglomération, Plan local d’urbanisme, Rapport de présentation (échelle du PLU

centre), 110 p.

3 – AREHN, 2006, Le développement durable, c’est possible!

4-Yassine Ouagueni, 2002 , ICOMOS World Report on Monuments and Sites

in Danger Heritage @ Risk.htm

5-Colloque de l’Observatoire universitaire de la Ville et du Développement

durable; « Développement urbain durable, gestion des ressources et

gouvernance ». 21-23 septembre 2005, Université de Lausanne.

Revues:

Vies de villes N°05, 2006

Vies de villes n°09, 2008

Vies de villes, Février, 2007 (N° HS 01)

sites :

-www.arehn.asso.fr

-www.archimag.com, Algérie : SOS Patrimoine en danger ,par Semmar


Abderrahmane; juin 2007

Vous aimerez peut-être aussi