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H I S T O I R E

Sous la direction de Frédéric HURLET et Bernard MINEO

Le Principal d'Auguste
Réalités et représentations du pouvoir
Autour de la Res publica restìtuta
Ύ

PRESSES UNIVERSITAIRES DE RENNES


Le Principat d'Auguste
Réalités et représentations du pouvoir
Autour de la Res publica restituta

Actes du colloque
de l'Université de Nantes
er
l -2 juin 2007
Collection « Histoire

Dirigée par Hervé MARTIN et Jacqueline SAINCLIVIER

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Sous la direction de
Frédéric H U R L E T et Bernard MINEO

Le Principat d'Auguste
Réalités et représentations du pouvoir
Autour de la Res publica restituiti,

Collection Histoire
Presses Universitaires de Rennes
2009
© PRESSES UNIVERSITAIRES DE RENNES
UHB Rennes 2 - Campus de La Harpe
2, rue du doyen Denis-Leroy
35044 Rennes Cedex
www.pur-editions.fr

Mise en page : APEX Création (Corps-Nuds)


pour le compte des PUR

e
Dépôt légal: 2 semestre 2009
ISBN: 978-2-7535-0952-8
ISSN: 1255-2364
Les auteurs

CITRONI Mario, Università degli studi di Firenze.


DEREMETZ Alain, Professeur de latin,
Université de Lille I I I , UMR 8164.
DEVILLERS Olivier, Professeur de latin,
Université de Bordeaux I I I , Ausonius (UMR 5607).
FERRARY Jean-Louis, Membre de l'Institut,
EPHE - Centre Gustave-Glotz (UMR 8585).
FREYBURGER-GALLAND Marie-Laure, Professeur de grec,
Université de Haute Alsace, UMR 7044.
GROS Pierre, Professeur Emèrite de latin,
Université d'Aix-Marseille 1.
HURLET Frédéric, Professeur d'histoire romaine,
Université de Nantes, CRHIA (EA 1163).
LE DOZE Philippe, Doctorant en histoire romaine,
Université de Nantes, CRHIA (EA 1163).
MARTIN Paul-Marius, Professeur Emèrite de latin,
Université de Montpellier I I I .
MINEO Bernard, Professeur de latin,
Université de Nantes (TLI-MMA).
Rosso Emmanuelle, Maître de conférences d'histoire romaine,
Université d'Aix-Marseille 1
SAURON Gilles, Professeur d'histoire de l'art romain,
Université de Paris-Sorbonne (Paris-IV).
SCHEIDJohn, Professeur au Collège de France,
EPHE - Centre Gustave-Glotz (UMR 8585).
SPANNAGEL Martin,
Université de Heidelberg.
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

SUSPÈNE Arnaud, Maître de conférences d'histoire romaine,


Université d'Orléans.
TARPIN Michel, Professeur d'archéologie romaine,
Université de Grenoble I I Mendès-France.
VERVAET Frederik, Lecturer in Ancient History,
Université de Melbourne.
Introduction

Res publica restituta


Le pouvoir et ses représentations à Rome
sous le principat d'Auguste

Frédéric HURLET et Bernard M I N E O

Sur le fond, l'affaire semble entendue. I l est communément admis que


la victoire du jeune César à Actium en septembre 31 av. J.-C. précipita
la chute de la République romaine et donna naissance au principat. Ce
changement de régime passe pour avoir mis un terme à la traditionnelle
concurrence entre aristocrates à la tête de l'État et réservé l'exercice du pou­
voir suprême à un seul homme, le princeps, et à sa famille, la domus Augusta,
assimilée à une dynastie. Ce résumé commode, s'il comporte une grande
part de vérité, n'en constitue pas moins par sa concision un raccourci qui
présente l'inconvénient de ne pas prendre suffisamment en compte les mul­
tiples évolutions perceptibles tout au long du principat d'Auguste. Un des
acquis des recherches récentes est en effet d'avoir souligné l'empirisme de
la démarche d'Auguste dans la manière dont il avait défini sa position à la
tête de l'État et cherché à être reconnu comme le princeps par le plus grand
l
nombre . On a pu ainsi établir que non seulement les fondements juridi­
ques du pouvoir impérial différaient selon qu'était prise en considération la
situation des années 20 av. J.-C. ou celle de la première décennie de notre
ère, mais que c'était aussi le regard des Romains sur leur nouveau régime
politique qui se modifia au fur et à mesure de la consolidation du principat.
Une des originalités du principat, reconnue depuis fort longtemps, était de
se présenter à sa création sous l'angle de la continuité avec les pratiques de
la défunte République plus qu'en termes de rupture avec l'ancien régime. Le
prestige de la Res publica (libera) était resté intact, en dépit de ses multiples
soubresauts et des conséquences politiques de la bataille d'Actium, si bien
qu'on a pu parler de « crise sans alternative » pour reprendre la terminologie

1. Pour un bilan de la production scientifique relative à Auguste et parue ces dix dernières années,
cf. H U R L E T Fr„ «Une décennie de recherches sur Auguste. Bilan historiographique (1996-2006) »,
Anabases 6, 2007, p. 187-218.
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

2
utilisée par Christian Meier . I l existait en vérité une alternative, à savoir
donner au nouveau régime, sans aucun doute monarchique dans les faits,
les apparences d'une restauration et inscrire les pouvoirs d'Auguste dans
le prolongement des pratiques républicaines. L'existence de ce qu'on a pu
appeler la façade républicaine du principat ne se discute pas : toute fiction,
3
si elle doit être dénoncée, ne peut être niée . Mais dans le même temps, si
les institutions républicaines servirent toujours de cadre institutionnel au
fonctionnement du nouveau régime (comment en aurait-il pu aller autre­
ment?), l'image que les Romains se faisaient de la République romaine
évolua au fil des années passées par Auguste à la tête de Rome et de l'Em­
pire. « Combien restait-il de gens qui avaient vu la Res publica ? », s'exclame
4
Tacite en décrivant le contexte politique à la fin du principat d'Auguste .
Il faut donc prendre en compte la dimension chronologique qui fit de la
République et de ses pratiques un souvenir estompé au fur et à mesure que
le temps passait et un précédent de moins en moins contraignant. On a
depuis longtemps, et à juste titre, fait remarquer que l'ambiguïté est un trait
inhérent à un nouveau régime qui a toujours refusé de dire ce qu'il était.
Il importe désormais de dépasser ce constat avéré et de partir de l'idée que
cette ambiguïté se manifestait de différentes façons selon la période et les
sources prises en compte. La fiction républicaine exploitée par Auguste pour
mettre en forme le nouveau régime a elle aussi une histoire.
Une étape capitale dans la mise en place du nouveau régime est le
moment où celui que l'on appelait jusqu'alors César (le Jeune) fut amené
à rétablir la paix et la stabilité au sein de l'Empire romain à l'issue de sa
victoire à Actium au terme de plus d'une décennie entrecoupée de conflits
civils. I l a été pendant longtemps admis sans la moindre discussion qu'à
son retour à Rome en 29 av. J.-C, le vainqueur de Marc Antoine et de

2. Sur la notion de «crise sans alternative», cf. M E I E R Ch., Res publica amissa. Studie zu Verfassung
e
und Geschichte der späten römischen Republik, 2 éd., Wiesbaden, 1980 ; sur la solution trouvée par
Auguste, cf. du même auteur, « Augustus. Die Begründung der Monarchie als Wiederherrstellung der
Republik», dans Ohnmacht des allmächtigen Dictators Caesar. Drei biographische Skizzen, Fran
1980, p. 225-287 [traduction italienne dans Cesare. Impotenza e onnipotenza di un dittatore. Tr
profili biografici, Turin, 1995, p. 195-251] et César, trad, française de l'édition allemande de 1982
par J. Feisthauer, Paris, 1989, p. 474-476. Sur la place de cette interprétation dans l'historiographie
actuelle, cf. B R U H N S H., «Crise de la République romaine? Quelle crise?», Fondements et crises
du pouvoir, F R A N C H E T D ' E S P E R E Y S. - F R O M E N T I N V. - G O T T E L A N D S. - R O D D A Z J.-M. (dir.),
Bordeaux, 2003, p. 373-376 qui réévalue positivement, ajuste titre, une notion de crise sans alter­
native peu prise en compte par l'historiographie actuelle et souvent critiquée sans être sérieusement
examinée, mais qui juge sans trop approfondir la question que l'alternative réalisée par Auguste pour
sortir de la crise affaiblit l'ensemble de la théorie (p. 375).
3. Comme l'a rappelé M A G D E L A I N Α., Auctoritas principis, Paris, 1947, p. 75.
4. Ann., I, 3, 7 : quotus quisque reliquus qui Rem publicam vidisset. On traduit généralement Res pu
par « République» (cf. Gcelzer dans la C. U.F. ; Burnouf, Tacite, Annales dans la Collection Garnier-
Flammarion et Grimai, Tacite, Annales, dans la Collection Folio), ce qui revient à adopter une signi­
fication spécifique de Res publica qui n'est apparue qu'à l'époque impériale. Si l'on gardait le sens
traditionnel et neutre de «chose publique», «bien commun» ou «État» (ce que nous entendons par
République se traduit d'ordinaire en latin par Res publica libera ou libertas), il faudrait comprendre
que dans l'esprit de Tacite, il y avait, à lafindu principat d'Auguste, très peu de gens qui avaient
vu l'État romain comme une chose publique ou, si l'on veut, comme un État de droit; la remarque
de l'historien romain n'en serait que plus mordante. Il est difficile de privilégier l'une ou l'autre des
solutions présentées. Cf. aussi, dans le même sens que Tacite, D I O N , LVI, 44, 3-4.

10
INTRODUCTION

Cléopâtre choisit d'apparaître comme le libertatisp(opuli) R(omani) uindex


5
et de présenter le nouvel État sous la forme d'une Res publica restituta .
C'était là un choix judicieux qui se justifiait par la capacité des sociétés
antiques foncièrement conservatrices à maintenir sans pétrification à travers
les changements leur adhésion à leur passé et à une tradition ancestrale
6
qu'elles ne cessaient de réinterpréter au fur et à mesure des évolutions .
L'objet des actes de ce colloque est d'étudier les différentes manifestations
de cette restitutio Reipublicae au moment de sa mise en place dans le cou­
rant des années 20 av. J.-C, puis de suivre son évolution jusqu'à la fin du
principat d'Auguste, voire au-delà lorsqu'une situation de crise conduisit les
vainqueurs à parler à leur tour de restauration (par exemple avec Vespasien,
Nerva ou Septime Sévère). I l est nécessaire au préalable d'étudier les diffé­
rents emplois de Res publica restituta de manière à en définir la signification
et en évaluer la pertinence dans le contexte des années 20 av. J.-C, mais
aussi au-delà de cette décennie. I l y a beaucoup à apprendre de l'enquête
terminologique.
Il est bien connu que la formule Res publica restituta est peu souvent
7
attestée dans les sources . On la trouve à coup sûr dans la Laudatio dite
de Turia, dans un passage qui fait suite à une référence à une pacification
de Worbis terrarum et qui décrit l'état de la Res publica à l'issue de la guerre
8
civile . Un passage des Fastes de Préneste à la date du 13 janvier a été égale­
ment souvent sollicité en ce sens, mais il faut préciser que c'est au prix d'une
restitution qui a été proposée par Mommsen et qui reste loin d'être assurée :
9
[~ quodRempublicam]p(opub) R(omano) restfitjufitj . On y lit à coup sûr
l'abréviation RR. pour p(opulus) R(omanus), mais sans que nous sachions
quel cas doit être utilisé en la circonstance, ainsi que le verbe restituere, mais
l'état de la pierre est tel que nous ne pouvons déterminer à quel temps et
à quel mode il faut le conjuguer. Quant au terme Res publica, il n'apparaît
nulle part dans la partie conservée et doit être entièrement restitué. Toutes
ces incertitudes expliquent qu'après Mommsen, d'autres restitutions plus ou

5. La légende libertatis p(opuli) R(omani) uindex apparaît sur le droit d'un cistophore sur le revers
2
duquel il est fait référence à la Pax (RPC, I, 2203 = RIC, I 79 Augustus Nr. 476) ; cf. aussi dans
ce sens les Res Gestae diui Augusti, 1.1 (on consultera la nouvelle édition et les analyses de J. Scheid
dans la C. U.F., 2007). Les emplois de la formule Res publica restituta sont étudiés dans le paragraphe
suivant.
6. Cf. dans un sens très proche les propos méthodologiques de F I N L E Y M.I., L'invention de la politique,
traduit de l'anglais par J. Carlier, Paris, 1985, p. 53.
7. Comme l'a déjà souligné M I L L A R F., «Triumvirate and Principate »,JRS 63, 1973, p. 63-64 [= Rome,
the Greek World, and the East, vol. I. The Roman Republic and the Augustan Revolution, éd. p
Cotton et C M . Rogers, Chapell-Hill - Londres, 2002, p. 264].
8. II, 1. 25-26 : pacato orbe tenarum, resftitutja re publica, quieta deinde nfobis etfelicia]/tempo
2
gerunt (FIRA, III ,69). On consultera sur ce document l'édition de D U R R Y M., Élogefunèbre d'une
e
matrone romaine (Éloge dite de Turia), Paris, 1950 (2 tirage revu et corrigé par Lancel S., 1992) ;
cf. aussi K I E R D O R F W., Laudatiofunebris. Interpretationen und Untersuchungen zur Entwicklung
römischen Leichenrede, Meisenheim am Glan, 1980, p. 36.
2
9. CIL, I, p. 312 et 384 = CIL, I , p. 231. La restitution de Mommsen a été adoptée par D E G R A S S I ,
7«ίίτ./ί.,ΧΙΠ,2,ρ. 113.

11
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

10
moins convaincantes ont été proposées . Quoi qu il en soit, l'ampleur des
lacunes est telle quii vaut mieux ne fonder aucune conclusion historique
sur un fragment épigraphique aussi mutilé. I l faut ajouter un passage de
Tite-Live où la formule Res publica restituta est utilisée dans le contexte de
réaction des sénateurs à un discours de fermeté prononcé par Cincinnatus
en 460 sans doute par analogie avec la situation politique dans lequel s'ins­
crivait la rédaction de la première décade (dans le courant des années 20,
n
plus précisément au début de cette décennie) . Par la suite, elle est attes­
tée sur la dédicace de l'arc sévérien du forum romain où elle est associée à
l'idée d'agrandissement de l'Empire pour souligner les hauts-faits militaires
accomplis par Septime Sévère à l'occasion des conflits civils et des guerres
12
contre les Parthes . Le (relatif) petit nombre de références de cette formule
n'a pas empêché un grand nombre de savants, depuis Mommsen au moins,
de faire de la Res publica restituta un élément constitutif de la politique
augustéenne dans le courant des années 20, et dans le même temps l'une des
manifestations les plus visibles de l'ambivalence d'un pouvoir qui n'en était
13
pas moins devenu monarchique . Deux interprétations ont été présentées
à ce sujet, qui ont en commun de s'interroger sur la sincérité d'Auguste :
la restauration de la Res publica doit-elle être analysée comme un moyen
formel d'inscrire le principat dans une forme de continuité historique et
érigée au rang de lien manquant entre République et Empire ? ou s'agit-il
d'un simple mensonge, voire d'un artifice qui est à mettre sur le compte

10. Pour une autre proposition de restitution, cf. J U D G E Ε.Α., «'Respublica restituta': A Modern
Illusion», E V A N S J.A.S. (dir.), Polis and Imperium, Toronto, 1974, p. 298: corona querc[ea autem
id est ciuica uti super ianuamjΊAugustiponerfetur quod ciuibus ab eo seruatis ipse]/p(opulus) R
rest[i]tu[i sibi uidebatur eodem s.c. sanctum est] ou pour les deux dernières lignes [— ipsum
p(opulum) R(omanum) rest[i]tu[isse]. Tirant parti de Y aureus de 28 av. J.-C. qui a été récemment
publié et sur lequel nous reviendrons, M I L L A R E , «The First Revolution: Imperator Caesar, 36-
28 BC», La révolution romaine après Ronald Syme: biUns et perspectives, éd. par A. Giovannini
Vandœuvres-Genève, 2000, p. 6-7 a proposé pour les deux dernières lignes une restitution qui
reprend le contenu de la légende de cette monnaie : [quod leges et iura]/p. R. rest[it]u[it]. Il faut
toutefois se demander s'il est justifié d'exploiter une formule utilisée dans le contexte de l'année
28 pour procéder à une restitution à propos d'un événement qui eut lieu l'année suivante, en
27 av. J.-C. La meilleure proposition de restitution est, à notre sens, celle qu'a proposée tout
récemment T O D I S C O E . , «La res publica restituta e i Fasti Praenestini», PANI M. (dir.), Epigrafia e
territorio. Politica e società. Temi di antichità romane, t. Vili, Bari, 2007, p. 353 où le verbe restitu
est conjugué au participe passé passif dans le cadre d'un ablatif absolu : corona querc[ea a senatu,
1
uti super ianuam Imp. Caesarisj /Augusti ponerfetur, decreta quod dues seruauit, re publica
R(omani) rest[itu]t[a] (cf. aussi p. 353, n. 47 où sont présentées diverses variantes qui ne remettent
pas en cause la construction avec l'ablatif absolu). Il est à noter que dans tous les cas sûrs où Res
publica est associé à restituere (cf. les notes suivantes), le verbe est toujours conjugué au passif: on
ne dit pas que quelqu'un a restitué au peuple Romain la Res publica, mais on précise simplement
que la Res publica a été restituta (que ce soit ou non dans le cadre d'un ablatif absolu).
11. Lrv., III, 20, 1 : erecti patres restitutam credebant Rem publicam.
12. CIL, VI, 1033 = 31230 = 36881, cf. p. 4318: ob Rem publicam restitutam imperiumque populi
Romani propagatum.
13. Les premières lignes du chapitre du Staatsrecht de Mommsen consacré au principat et à ses origines
portent sur les événements du 13 janvier 27 av. J.-C. et rappellent qu'à cette date, après avoir mis
fin aux pouvoirs du triumvirat, «le second César... restitua ce pouvoir lui-même au sénat et au
peuple» (DPR, V, p. 1-2). Il enregistre ensuite le 13 janvier 27 au nombre des jours de naissance
du principat, ce qui en dit long sur sa perception d'un nouveau régime qui restaure autant qu'il
innove. Une telle analyse a été prolongée et affinée sans être radicalement remise en question dans
E
un grand nombre d'études publiées au X X siècle (cf. à ce sujet la note suivante).

12
INTRODUCTION

14
de l'hypocrisie du nouveau régime ? Cette question est au cœur de la
problématique du colloque et doit être réexaminée à travers de nouveaux
angles d'approche qui vont être présentés, mais sans que l'on soit en mesure
de percer tous les secrets d'Auguste et de mettre au jour ses pensées les plus
intimes. I l est en revanche possible de scruter avec le maximum de soin les
manifestations formelles du nouveau régime à ses débuts, ainsi que l'image
qui en a résulté pour les contemporains et l'historiographie ultérieure.
L'opinion commune qui a fait de la Res publica restituta le point central
d'un programme politique mis en application à partir de la victoire finale
du jeune César avec plus ou moins de zèle a été remise en cause durant les
e
dernières décennies du xx siècle dans deux études qui ont été consacrées
spécifiquement à cette question, mais qui n'emportent pas la conviction.
En 1974, E.A. Judge a fait de cette notion ce qu'il a appelé «a Modem
15
Illusion ». Un examen des attestations et des différentes significations
du substantif res publica et de son association avec le verbe restituere l'a
conduit à minimiser la portée d'une telle formule et aboutit à deux prin­
cipaux résultats, d'inégale valeur. I l faut tout d'abord le créditer d'avoir
définitivement écarté l'idée selon laquelle Auguste aurait affirmé par un
16
acte solennel avoir rétabli la République en tant que régime politique .
Cette version constitutionnelle de la restitutio Rei publicae est présentée
comme étant hautement invraisemblable pour plusieurs raisons : elle n'est
attestée par aucune source, va à l'encontre d'un examen terminologique
- Res publica désignant d'ordinaire à cette époque ce que nous appelons

14. Sur l'ambivalence de la notion de Res publica restituta et pour un très utile état de la question,
3
cf. K I E N A S T D., Augustus. Prinzeps und Monarch, Darmstadt, 1999 , p. 80-98 où l'on trouvera
les principales références bibliographiques (notamment p. 90, n. 38-39). Pour une analyse repré­
sentative de la première interprétation, on citera deux études de E D E R W., dont les titres sont
révélateurs: « Augustus and the Power of Tradition : The Augustan Principate as Binding Link
between Republic and Empire», R A A F L A U B K.A., T O H E R M. (dir.), Between Republic and Empire.
Interpretations of Augustus and his Principate, Berkeley-Los Angeles-Oxford, 1990, p. 71-122 et
« Augustus and the Power of Tradition», G A L I N S K Y K . (dir.), The Cambridge Companion to the
Age of Augustus, Cambridge, 2005, p. 13-32; cf. aussi B L E I C K E N J., «Prinzipat und Republik.
Überlegungen zum Charakter des römischen Kaisertums», Sitzungsberichte der wissenschaftlichen
Geselhchaft an der Johann Wolfgang Goethe-Universität Frankfurt am Main, t. XXVII 2, Stuttg
1991, p. 80 [= Gesammelte Schriften, t. II, Stuttgart, 1998, p. 802] qui va dans le même sens en
rappelant que le principat est «der Aufbau einer monarchischen Ordnung ab eine Rechtsordnung»
le Recht étant défini par le savant allemand comme le droit public de la République. Pour une
analyse plus représentative de la seconde interprétation (la Res publica restituta comme mensonge
re
ou artifice), il faut citer le nom de S Y M E R., La révolution romaine, Oxford, l éd. en anglais 1939,
e
traduction de R. Stuveras d'après la 2 éd. de 1952, p. 298-299 et 307.
15. « 'Res publica restituta': A Modem Illusion », E V A N S JÄ.S. (dir.), Polis and Imperium, Toronto, 1974,
p. 279-311. L'analyse développée de E A. J U D G E recoupe les intuitions éclairantes exprimées à peu
près au même moment par M I L L A R E, «Triumvirate and Principate» art. cité supra η. 7, p. 63-64
[= Rome, the Greek World, and the East, I, p. 264].
16. Une telle interprétation a reposé uniquement sur le passage des Fastes de Préneste à la date du
13 janvier, dont on a pu supposer qu'il reproduisait une partie du sénatus-consulte adopté en cette
journée décisive de l'année 27 av. J.-C. L'idée que le rédacteur de ce calendrier - en l'occurrence
Verrius Flaccus, un proche d'Auguste - s'inspira d'un document officiel n'est pas en soi invraisem­
blable, mais il faut mettre au crédit de Judge d'avoir démontré de façon persuasive que la restitution
de Mommsen (/— quod Rem publicam] p(opulo) R(omano) rest [it]u[it]) ne s'imposait pas pour
différentes raisons qu'il détaille. Il propose lui-même, en y ajoutant toutes les réserves d'usage, une
autre restitution qui a été reproduite supra, n. 10.

13
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

« le bien commun » ou « l'État » plus que la nature du régime politique - et


repose sur un scénario politique qui est anachronique. Judge est en revanche
moins convaincant lorsqu'il refuse d'attribuer à Auguste la paternité d'un
programme politique qui incluait l'idée de restauration quelles qu'en soient
les formes. C'est une question centrale sur laquelle nous allons revenir très
rapidement. En 1986, N.K. Mackie a affiché à son tour, mais de manière
différente, son scepticisme à l'égard de l'existence d'une Res publica resti-
tuta en la qualifiant dans le titre même de son étude de «Roman Myth»,
la notion de mythe étant jugée plus adaptée que le concept de propagande
17
pour exprimer « des idéaux vagues et intemporels » (p. 305) . Plus diffuse,
son analyse tend à montrer que le thème de restauration de Res publica ren­
voie à deux réalités différentes selon que l'on s'intéresse au discours officiel
élaboré par Auguste ou aux aspects concrets du fonctionnement de l'État
romain et de ses institutions durant les années 20 av. J.-C. Cette diversité
des approches est d'autant plus complexe et difficile à saisir que ces deux
aspects s'interpénétraient, les prétentions du nouveau pouvoir pouvant être
hâtivement assimilées à une réalité institutionnelle. Qu'aux yeux de ses
contemporains et de la postérité, Auguste ait présenté l'État de son temps
comme une Res publica dont il aurait restauré les fondements ne fait pour
Mackie aucun doute. I l ajoute qu'il n'y a aucune réponse, et qu'il n'y en
aura jamais, à la question de savoir si l'État d'Auguste était réellement ou
non une Res publica.
Le doute sur la pertinence du thème de la Res publica restituta tout au
e
long des années 20 av. J.-C. n'a fait que croître à la fin du XX siècle jusqu'à
ce qu'un document nouveau ne réhabilite l'idée d'une «restauration» en
tant que partie intégrante du programme politique élaboré par le jeune
César. La publication récente d'un aureus daté de 28 av. J.-C. et dont le
revers fait explicitement référence à la restitution « au peuple romain des
lois et des droits » (ou à la restitution « des lois et des droits du peuple
Romain ») est venue certifier que ce thème faisait partie du discours offi­
18
ciel délivré par le nouvel État romain . La polysémie du verbe restituere
(restaurer avec le sens de «rétablir, refaire» ou de «rendre, transférer») et
l'emploi d'une abréviation sur la monnaie pour la référence au populus
Romanus dont on ne sait s'il était décliné au datif ou au génitif ont donné
lieu à deux interprétations : ou bien politique, le jeune César passant pour
avoir rendu au peuple Romain ses pouvoirs politiques sous la forme de

17. «Res publica restituta. A Roman Myth», Studies in Latin Literature and Roman History, IV
D E R O U X C . (dir.), Bruxelles, 1986, p. 302-340.
18. Cf. R I C H J . W . , W I L L I A M S J.H.C., « Leges et iura P. R Restituiti a New Aureus of Octavian and the
Settlement of 28-27 BC», NC, 1999, p. 169-213. Cf. aussi M I L L A R F., «The First Revolution»,
art. cité supra η. 10, p. 5-7; R O D D A Z J . - M . , «La métamorphose: d'Octavien à Auguste»,
F R A N C H E T D ' E S P E R E Y S. - F R O M E N T I N V. - G O T T E L A N D S. - R O D D A Z J.-M. (dir.), Fondements
et crises du pouvoir, Bordeaux, 2003, p. 398-402 et B R I N G M A N N Kl., «Von der res publica amissa
zur res publica restituta. Zu zwei Schlagworten aus der Zeit zwischen Republik und Monarchie»,
S P I E L V O G E L J. (dir.), Res publica reperta. Zur Verfassung und Geseüschafi der römischen Republik und
frühen Prinzipats. FestschriftfurJochen Bleicken zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 2002, p. 113-1

14
INTRODUCTION

19
ses lois et de ses droits ; ou bien technique, les lois et les droits du peu­
ple Romain passant pour avoir été rétablis à la suite d'un édit attesté par
Dion Cassius (LUI, 2 5) qui mit fin aux illégalités commises à l'époque
triumvirale en matière de droit privé (les confiscations et les assignations de
20
biens de tous genres) . La question reste pour le moment ouverte.

Figure 1. -Avers et revers de / aureus de 28 av. J.-C. (photo British Museum).

Quel qu'en soit le sens précis, la légende de cette monnaie traduit


parfaitement l'atmosphère de restauration vécue par les Romains en
29-27 après les excès du triumvirat (non mos, non tus, rappelle Tacite, Ann.,
III, 28, 1). À ce titre, son contenu doit être rapproché, plus ou moins
directement selon son sens précis, de deux autres témoignages essentiels. S'il
vaut mieux n'établir aucun lien avec le fragment trop mutilé des Fastes de
Préneste à la date du 13 janvier, elle éclaire tout d'abord le sens à donner au

19. C'est l'interprétation défendue par Rieh et Williams et devenue depuis lors Vopinio communis
(cf. dans ce sens les conclusions de Roddaz, Millar et Bringmann).
20. C'est l'interprétation présentée récemment par M A N T O V A N I D., « Leges et iura p(opuli) R(omani)
restituit. Principe e diritto in un aureo di Ottaviano », Athenaeum 96, 2008, p. 5-54.

15
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

passage allusif de la Laudatio dite de Turia dont il a déjà été question. Elle
conduit ensuite à accorder le plus grand crédit aux affirmations d'Auguste
lui-même dans ses Res Gestae sur le caractère évolutif de la restitutio Rei
publicae: «Pendant mes sixième et septième consulats {i.e. en 28/27), après
avoir éteint les guerres civiles, in emparant de tout pouvoir par le consen­
tement universel, j'ai fait passer la Res publica de ma potestas au pouvoir
21
du Sénat et du peuple Romain . » Tout indique que la restauration de la
Res publica est à analyser comme un processus qui s'étala sur deux années.
Le jeune César renoua tout d'abord à partir de janvier 28 avec un exercice
strictement collégial du consulat, redonna au peuple Romain la plénitude
de ses fonctions électives et abrogea dans le domaine du droit privé les
mesures prises entre 43 et 29, ce qui eut pour effet de rendre toute leur
22
force aux lois et aux droits . Les décisions de 27 relatives à la question du
gouvernement provincial constituèrent la dernière étape du processus de
restitutio Rei publicae entamé l'année précédente. Les journées de janvier 27
(le 13, peut-être le 15, en tout cas le 16) apparaissent assurément comme un
moment fort de cette restauration. La mise en scène qui vit le jeune César
remettre les prérogatives du pouvoir sur les provinces au peuple Romain et
au Sénat, lequel conféra le 16 janvier au prince toute une série d'honneurs,
dont le surnom d'Augustus, fit de cette assemblée la source apparente de
son auctoritas. De fait, le prince affecta ne devoir sa position au sein de
l'État qu'au primat moral que lui reconnurent les autres sénateurs, au rôle
providentiel qui lui aurait permis de rétablir les institutions républicaines et
lui aurait conféré son auctoritas, un privilège de nature morale autant que
politique et purement personnel dont il ne manquait pas de se prévaloir
fièrement dans les Res Gestae: Post idtemfpus ajuctoritate [omnibuspraestiti,
potestjatis auftem njihilo ampliufs habu]i quam cet[eri, qui m]ihi quoque in
25
mafgisjtraftju conlegaeffueruntj .
Il faut nuancer l'analyse de Judge, dont le scepticisme est excessif, et
admettre que le Jeune César afficha bel et bien sa volonté de «restauration»
24
à partir des années 28-27 . On n'ira pas pour autant jusqu'à dire que la
restitutio Rei publicae constitua, dans la réalité, une restauration du gou­
vernement d'avant les guerres civiles, de ce que les modernes appellent la
République en opposant ce régime à la monarchie. Mais on imagine que
le flou entourant une machine institutionnelle encore en évolution, et les
quelques gestes accomplis susceptibles de donner l'impression d'un retour
à la normalité politique, permettaient d'alimenter les espoirs de ceux qui
rêvaient de l'ancienne République. Chacun avait de solides raisons de pen-

21. Res Gestae, 34.1 : in consulate sexto et septimo, postquafm bjelfla ciuiljia exstinxeram, per
sum uniuersorum [pojtens refrujm omfnjium, rem publicam ex mea potestate in senatfus p
R[om]ani fajrbitrium transtuli.
22. D I O N , L U I , 2, 5.
23. Res Gestae, 34, 3.
24. Sur cette atmosphère de restauration et de conservatisme durant les années 28-27, cf. C A R T L E D G E P.,
«The Seconds Thoughts of Augustus on the res publica in 28/27 B.C.», Hermathena 119, 1975,
p. 37-39.

16
INTRODUCTION

ser que les nouveaux dirigeants s'engageaient à garantir un gouvernement


25
«constitutionnel », ce que Ton pourrait appeler aujourd'hui un État de
droit, soit une reconnaissance de la souveraineté populaire et du primat des
26
lois de Rome , une situation politique bien éloignée, par conséquent, de
ce qu'avait été le triumvirat. Telle est donc, selon nous, la vitrine républi­
caine du principat. Ce n'est pas ici le lieu d'analyser ce que fut ou plutôt
ce que devint progressivement le principat, fondé sur l'inviolabilité tribu-
nicienne, sur la maîtrise de Yimperium, sur une auctoritas reconnue dans
27
tout l'Empire , tandis qu'on évita soigneusement le recours aux symboles
28
de la royauté, même si personne n'était dupe d'une réalité qui apparaîtra
29
progressivement sans fard après les années 20 . La question est plutôt de
déterminer ce que la formule Res publica restituta signifiait au moment
de sa conception et au fur et à mesure d'une évolution qui en transforma
progressivement le sens.
Les années qui suivirent la bataille d'Actium de 31 furent à n'en pas
douter décisives pour l'établissement, la mise en forme du principat et son
mode de représentation. L'État romain, passé de fait sous le contrôle d'un
seul homme et de ses proches pour la première fois de façon aussi indis­
cutable dans l'histoire de la République, fut amené à délivrer différents
types de messages destinés à inscrire le nouveau régime en gestation dans

25. Cf. S A L M O N E.T., «The Evolution of Augustus' Principate», Historia 5, 1956, p. 456-478
et F E R R A R Y J.-L., «Respublica restituta et les pouvoirs d'Auguste», F R A N C H E T D ' E S P E R E Y S. -
F R O M E N T I N V. - G O T T E L A N D S. - R O D D A Z J.-M. (dir.), Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux,
2003, p. 421.
26. La notion de res publica devrait être entendue dans ce contexte comme elle l'est dans le De Republica
de Cicéron, à savoir comme un État de droit où se trouvent reconnus le primat des lois romaines et
la souveraineté populaire, à l'inverse de ce qui se passe dans un régime tyrannique. La res publica est
la respopuli, soit la propriété du peuple. Il convient ici de s'appuyer sur la définition que propose
Cicéron dupopulus, dans lequel il reconnaît la réunion d'une masse d'individus réunis en vertu de
l'acceptation commune du droit et par la jouissance collective des avantages que procure cette asso­
ciation (Cic, Rep.y 1.39). Il est du reste remarquable que pour Cicéron, le principe de la souverai­
neté populaire prévalut dès les premiers temps de la période royale : F E R R A R Y J.-L., « L'Archéologie
du De re publica (2,2, 4-37, 63) : Cicéron entre Polybe et Platon », JRS 74, 1984, p. 87-98. Pour
une analyse du sens de res publica dans le De Republica de Cicéron, cf. S C H O F I E L D M., Saving the
City, Londres, 1999, p. 178-194.
27. Bien des indices nous montrent, en effet, que Y auctoritas impériale était reconnue dès les premiers
temps du principat, notamment la fameuse inscription de Kymé qui prouve l'omniprésence et
la promptitude de l'autorité de l'empereur même dans les provinces que le partage de 27 avait
théoriquement affectées au seul Sénat (cf. à ce sujet et en dernier lieu H U R L E T Fr., Le proconsul et
le prince d'Auguste à Dioclétien, Bordeaux, 2006, p. 204-209).
28. Bien des contemporains ne sefirentaucune illusion sur le pouvoir augustéen : cf. C O R N É L I U S
N É P O S , Au., 20, 5; V I T R U V E , I, 1-2; O V I D E , Fastes, I, 531-532; II, 138-144. Cf. à ce sujet
R O D D A Z J.-M., « La métamorphose : d'Octavien à Auguste» [cité supra, n. 18], p. 410.
29. L'instauration du principat ne se limita pas à la restitutio Reipublicae des années autour de 28/27.
Dans les décennies qui suivirent, les pouvoirs du prince furent encore précisés : en 19, Auguste
obtint d'être précédé des douze licteurs consulaires à l'intérieur de la Ville et de siéger sur une
chaise curule entre celles des consuls. L'année suivante, puis en 8 av. J. C. et enfin en 14 ap. J. C,
la censoria potestas fut attribuée à l'empereur lors de la lectio senatus sans qu'il exerçât pour autant
le consulat, dès lors qu'il se trouvait à Rome et qu'il était pourvu d'un imperium consulaire. Dans
le même temps, les pouvoirs du prince en matière de juridiction s'étaient également développés.
Mais ce fut sans doute surtout à partir du moment où le prince commença à afficher son ambition
dynastique en adoptant ses deux petits-fils, Caius et Lucius en 17 av. J.-C, tous deuxfilsd'Agrippa
et de Julie, qu'il cessa de masquer la nature monarchique du pouvoir, laquelle était n'importe
comment devenue depuis longtemps un secret de Polichinelle.

17
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

une continuité institutionnelle et historique. Le paradoxe, qui est souvent


souligné et dont il a déjà été question, voulait que le pouvoir monarchique
d'Auguste se coulât dans le moule des pratiques et des usages républicains.
On comprend parfaitement dans ces conditions le caractère foncièrement
conservateur des messages affichés par le jeune César à la fin des années 30
et au début des années 20. Si l'on y regarde de plus près, les thèmes diffusés
par le pouvoir en place suivirent une évolution nécessaire liée à une mise
en place du régime qui se fit de façon toute progressive. Sans aller jusqu'à
utiliser le terme de propagande, dont l'emploi devient anachronique s'il
30
est trop systématique , les incitations du nouveau pouvoir se firent pres­
santes pour faire diffuser la nouvelle idéologie et sa propre image. Elles
prirent la forme de différents leitmotive dont certains se recoupent et qui
n'étaient pas que de simples slogans. La Res publica passe pour avoir été
«conseruata» - tel était le contenu d'une dédicace à Auguste élevée en 29
en liaison avec la victoire sur Marc Antoine et Cléopâtre et de la légende
31
d'une monnaie de 16 . Il fut également question durant ces années suivant
Actium d'une restauration de la République, idée à laquelle le Jeune César
32
songea à deux reprises si l'on en croit le témoignage de Suétone . On a
pu parler à cette occasion de Res publica redatta. Peu importe de savoir s'il
voulut réellement abandonner le pouvoir : nous sommes condamnés à ne
jamais avoir de réponse assurée à ce sujet. En revanche, l'inclusion d'un tel
projet d'abdication du pouvoir dans l'œuvre du biographe en dit long sur
l'exploitation politique qui a pu être faite de ces velléités. C'est dans le pro­
longement de ces programmes de conseruatio de la Res publica - bel et bien
revendiquée - et de redditio de cette dernière - pour sa part toujours
repoussée - que prit place le programme de la restitutio Reipublicae, attesté
à partir de 28.
Il y a désormais un consensus pour reconnaître que l'utilisation dans
le discours officiel de la formule Res publica restituta ne signifie pas que le
Jeune César ait jamais prétendu avoir restauré la République. I l faut ren­
voyer pour cela à la démonstration de E.A. Judge (cf. supra), à laquelle il
33
n'y a rien à redire sur ce point . Rempublicam reddere n'est pas en effet

30. Au concept de propagande, usé par les abus de langage et une utilisation trop galvaudée, est pré­
férée la notion, en vogue en Allemagne, d'« auto-représentation » ou celle d'apparat (cf. V E Y N E P.,
« Lisibilité des images, propagande et apparat monarchique dans l'Empire romain », RH, 2002, p. 3-
30 [propos repris et amplifiés dans L'Empire gréco-romain, Paris, 2005, p. 379-418] et W E B E R G . et
Z I M M E R M A N N M. (éd.), Propaganda - Selbstdarstellung- Repräsentation im römischen Kaiserräch d
I. Jhs. n. Chr., Stuttgart, 2003). S'il est vrai que ce terme peut paraître excessif en ce qu'il désigne
de nos jours une mise en condition des masses populaires par un régime politique autoritaire,
l'idée selon laquelle Auguste utilisa les potentialités de la machine administrative impériale pour
faire diffuser à Rome et dans l'Empire la nouvelle idéologie et sa propre image n'est pas non plus
sérieusement contestable.
31. CIL, VI, 873, cf. p. 4301 avec les commentaires de G . Alföldy = ILS, 81.
32. S U É T . , Aug., 28.1 : De reddenda Re p. bis cogitauit. Cf. à ce sujet G I R A R D E T KLM., «Das Edikt
des Imperator Caesar Augustus in Suetons Augustusvita 28,2. Politisches Programm und
Publikationszeit», ZPE131,2000, p. 231-243 [= Rom auf dem Weg von der Republik zum Prinzipat
Bonn, 2007, p. 363-384].
33. Dans le même sens que Judge, cf. plus récemment G A L I N S K Y K., Augustan Culture: an Interpretive
Introduction, Princeton, 1996, p. 63-66 et B L E I C K E N J., Augustus. Eine Biographie, Berlin, 1998,

18
INTRODUCTION

l'exact équivalent de Rempublicam restituerez, les seuls pouvoirs «rendus»


à proprement parler par le jeune César étant les pouvoirs triumviraux qu'il
détenait sur les provinces et qu'il transféra au peuple Romain le 13 jan­
35
vier 27 conformément au témoignage des Fastes d'Ovide . Comme l'a
récemment souligné J.-L. Ferrary, la notion de restauration est extrêmement
36
ambiguë et, ajoute-t-il, il n'y a pas de restauration à l'identique . De ce
point de vue, les propos de Velleius Paterculus sur le rétablissement de l'an­
cienne structure de la Res publica (2.89.4 : prisca ilia et antiqua Reipublicae
forma reuocata) contrastent avec le prologue de Vitruve, plus mesuré et
plus fidèle à la réalité, où le retour de la paix et le pouvoir du prince sur
07
le monde entier sont liés au soin avec lequel il réorganisa la Res publica .
Le jeune César se présenta par ailleurs dans un édit daté des années 29 ou
5
28 comme Y optimi status auctor *, ce qui veut bien dire qu'il avait fondé
39
un nouveau régime . Le passé fondant le présent et étant constamment
40
réinterprété à la lumière des évolutions dans une société romaine fixiste ,
le rétablissement d'anciennes pratiques et d'anciennes institutions apparut
comme le seul moyen de garantir la pérennité du changement. Le jeune
César l'a très bien et très vite compris. Il reste à déterminer ce qu'une telle
restitutio implique aussi bien dans le domaine des institutions que dans la
mise en forme du discours officiel délivré à l'initiative du jeune César et

p. 324 et 332; cf. aussi R I C H et W I L L I A M S , «A New Aureus of Octavian» [cité supra, n. 18],
p. 204-213 et G R U E N E., « Augustus and the Making of the Principate», G A L I N S K Y Κ. (dir.),
The Cambridge Companion to the Age of Augustus, Cambridge, 2005, p. 34. Contra C A R T L E D G
«Seconds Thoughts of Augustus on the res publica» [cité supra, η. 24], p. 38 qui n'emporte pas ici
la conviction en écrivant que « it is idle to pretend that there was a significant difference between
« reddo » and « restituo » ».
34. Cf. M I L L A R E, «The First Revolution», art. cité supra, n. 10, p. 6.
35. Ον., Fast., I, 589 : Redatta est omnispopuloprouincia nostro.
36. FERRARY J.-L., «Respublica restituta et les pouvoirs d'Auguste» [cité supra, n. 25], p. 421 qui juge
assez secondaire le fait que la formule Rem publicam populo Romano restituere ait ou non figuré
dans le SC du 13 janvier 27 (et reprise de ce texte par les Fastes de Préneste).
37. V I T R . , I, 1-2: Cum diuina tua mens et numen, Imperator Caesar, imperio potiretur orbis ter
inuictaque uirtute cunctis hostibus stratis triumpho uictoriaque tua dues gloriarentur etge
subactae tuum spectarent nutum populusque romanus etsenatus liberatus timore amplissi
tationibus consiliisquegubernaretur... Cum uero adtenderem te non solum de uita commu
curam publicaeque rei constitutione habere. Sur cette préface, composée aux environs de l'année 2
et renvoyant aux réalités politiques de cette époque, cf. les remarques de N O V A R A Α., Auetor in
bibliotheca. Essai sur les textes préfacieh de « Vitruve» et une philosophie ktine du Livre, Louva
2005, p. 26-34.
38. SUÉT., Aug., 28.2. Sur la question de la datation de cet édit, cf. l'étude de Girardet citée supra,
n. 32.
u
39. Comme l'a souligné B R U N T P.A., « Augustus e la respublica"», Rivoluzione romana inchiesta tra gl
antichisti, Naples, 1982, p. 239.
40. Sur le poids de la tradition sous la République romaine et Auguste, l'importance des exempla et les
modalités de leur fabrication, cf. L I N K E Β. E T S T E M M L E R M. (dir.), Mos maiorum. Untersuchungen
zu den Formen der Identitätsstiftung und Stabilisierung in der römischen Republik, Stuttgart, 2
en particulier l'étude de W. Blösel qui retrace l'histoire du concept de mos maiorum jusqu'à la
naissance du régime impérial et souligne que c'est précisément à partir du moment où Auguste
affirma vouloir donner à la postérité ses propres exempla à imiter que le mos maiorum sefigeadéfi­
nitivement et cessa de faire partie du jeu politique proprement dit pour être confiné dans le milieu
des antiquaires et des spécialistes du droit (« Die Geschichte des Begriffes Mos Maiorum von den
Anfangen bis zu Cicero», p. 88-90).

19
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

dans le regard porté sur le nouveau régime par les contemporains du prince
- poètes et historiens avant tout.
Quatre thèmes principaux seront développés, formant autant de parties.
La première question est celle des modalités de cette restauration, mais aussi
de ses limites. En d'autres termes, il reste à articuler la volonté clairement
affichée par le Jeune César d'un rétablissement d'anciennes pratiques avec
la réalité incontestable que constitue le changement de régime politique.
Plusieurs domaines seront étudiés dans cette perspective.
La première partie étudie la mise en place progressive de la notion de Res
publica restituta. En guise de préambule, M . Spannagel a étudié le contexte
politique antérieur aux années 31 à 27 en montrant dans quelle mesure le
Jeune César chercha à se présenter comme un princeps depuis l'année 44,
du moins de façon rétrospective, avant d'apparaître comme un restaura­
teur de la Res publica. Ce résultat présente l'intérêt de souligner toutes les
ambiguïtés de la restauration augustéenne. Si on se place d'un point de vue
institutionnel, il est bien connu que le Jeune César exploita les potentialités
de la tradition républicaine (le mos maiorum) pour se faire reconnaître après
Actium une primauté qui présentait toutes les assurances de la légalité. On
reviendra dans ces conditions sur la nature des pouvoirs dont le Jeune César
fut investi de 31 à 27 (Fr. Vervaet) et sur cet événement emblématique que
fut la célébration par le vainqueur d'Actium du (triple) triomphe en août
29 (M. Tarpin). La restauration de la Res publica passait également d'un
point de vue social par un rétablissement des structures traditionnelles de
la société romaine. Les sénateurs étaient les premiers concernés. Détenteurs
sous la République du cœur d'un pouvoir qu'ils furent contraints d'aban­
donner à un seul d'entre eux à partir de 31, ils retrouvèrent avec la mise
en place de la Res publica restituta un espace de liberté qu'ils avaient perdu
sous les triumvirs et auquel le jeune César redonna vie en contribuant à
ranimer à la tête de l'Etat une concurrence de nouveau subordonnée à
des règles strictes, mais désormais placée sous son contrôle. La nécessaire
invention d'un mode de relations entre les sénateurs et le prince résulta
d'un processus qui fut loin d'être linéaire et dont i l convient de définir
les formes institutionnelles inévitablement complexes (Fr. Hurlet). Quant
aux chevaliers, leur place dans la Res publica restituta est étudiée à partir du
cas singulier d'un personnage central et emblématique de cette période de
transition, Mécène, dont la place détenue durant les années 30 fut suivie
à partir de 29 par une plus grande discrétion de ses interventions politi­
ques. Le retrait de Mécène de la vie publique, souvent interprété comme
la conséquence d'une «disgrâce» liée à la conspiration de Murena de
23 ou de 22, fait l'objet d'une analyse qui justifie son comportement moins
par un engagement politique quelconque que par un contexte particulier
qui redonna aux sénateurs les premières places dans le nouveau régime et
confina ainsi les chevaliers dans un rôle subalterne, voire dans la recherche
de Yotium (Ph. Le Doze). I l faut enfin traiter de la place de la religion dans

20
INTRODUCTION

le processus de restitutio Rei publicae, importante quand on songe aux liens


intrinsèques entre les manifestations par Auguste de sa piété et la ligne
politique qu'il suivit à partir de 29. Les multiples restaurations religieu­
ses augustéennes répondaient à une stratégie et à une finalité politiques,
notamment parce que le caractère ritualiste, et donc pragmatique, de ce
qu'on appelle la religion romaine permit aux Romains de se représenter le
mode de fonctionnement de la Res publica restituta sous ses aspects les plus
visibles et les plus concrets (J. Scheid).
Le deuxième thème, constitué de quatre articles, traite de la manière
dont le programme de restauration de la Res publica fut présenté, représenté
et diffusé à travers le discours officiel qui émanait du nouveau régime. Un
des vecteurs fondamentaux de diffusion de l'information par le pouvoir,
utilisé à Rome et dans l'Empire, était la monnaie, pour laquelle A. Suspène
présente un bilan argumenté et adapté à la perspective spécifique de ce
livre. L'image et le message politique qu'Auguste voulut transmettre à ses
contemporains à travers le langage de l'urbanisme reçoit un traitement à
part avec une analyse de l'évolution qui fit de la propre résidence du prince
sur le Palatin un véritable ensemble palatial dès le principat d'Auguste
(P. Gros). G. Sauron prend en compte l'enjeu représenté par la statuaire
dans la construction du mythe augustéen. I l étudie en particulier de façon
détaillée l'utilisation politique qui a été faite à l'époque triumvirale du célè­
bre groupe connu sous le nom de « Pasquino » et illustre par de nombreux
exemples la facilité avec laquelle les chefs de l'aristocratie sénatoriale s'assi­
milaient aux héros de tragédie et aux dieux, en particulier à Énée et Apollon
dans le cas d'Octavien-Auguste. L'image officielle du nouveau régime sous
la forme d'une Res publica restituta ne se limita pas aux premières années du
principat d'Auguste, ni au seul principat d'Auguste, et réapparut à plusieurs
reprises dans des situations de crise. La périodeflaviennea été choisie pour
déterminer dans quelle mesure ce qui apparut comme le modèle augustéen
fut exploité en d'autres circonstances, mais aussi réinterprété et dévoyé
(E. Rosso).
Les deux derniers thèmes ont pour ambition de compléter la méthodo­
logie propre aux sciences historiques avec une approche littéraire en faisant
appel à des spécialistes de la poésie latine et de l'historiographie antique.
L'étude de la production littéraire contemporaine de la Res publica restituta
est susceptible d'apporter une aide précieuse à l'historien soucieux de ne
pas se laisser égarer dans son interprétation de ces documents. Les auteurs
dont la production date des premières années du principat d'Auguste, qu'il
s'agisse de Virgile, d'Horace, de Properce et de Tibulle, d'Ovide ou enfin
deTite-Live, furent tous témoins des guerres civiles, pour les uns surtout de
l'affrontement entre César et Pompée, pour les autres de celui qui opposa
le jeune César à Marc Antoine. Leurs ouvrages portent la trace de la ter­
rible épreuve que traversa alors le monde Romain et expriment souvent
la souffrance d'un peuple, introduisent l'inquiétude et un sentiment de

21
LE PRINCIPAT D'AUGUSTE

fragilité au sein de l'espace poétique ou encore posent une nouvelle fois le


problème des valeurs et de l'identité de Rome. Par-dessus tout, le thème du
chaos et celui de l'affrontement fratricide hantent certaines de ces oeuvres
en quête d'unité et d'expiation. Leur rencontre avec les slogans augustéens
évoquant le consensus autour du prince, le retour à la paix et le rétablisse­
ment de la pax deorum peut paraître de ce fait des plus naturelles et n'être
que l'illustration d'une attente collective dont le prince aura su prendre
la mesure. Le contexte de la Res publica restituta ne peut manquer d'être
important pour ces textes et il s'est donc ici agi d'essayer d'en retrouver avec
autant de précision que possible le reflet sur eux et d'en mesurer l'impact
sur leur propre genèse, conceptuellement préparée par une littérature de
la liberté. Ce seront donc des questions classiques que l'on posera : dans
quelle mesure ce contexte historique particulier a-t-il servi de catalyseur ?
Les auteurs se sont-ils simplement inspirés des thèmes du moment pour
alimenter leurs méditations, leurs rêveries, simples reflets de l'air du temps ?
N'y a-t-il pas cependant plus que cela, une prise de conscience de la crise
politique morale et religieuse (M. Citroni) et des interrogations, des prises
de position (P.-M. Martin, B. Mineo), susceptibles au reste d'être nuancées
par la prise en compte des contraintes génériques (A. Deremetz) ? Faut-il
aller encore plus loin et parler dans certains cas de propagande, ce que le
fonctionnement de la communication à cette époque semble rendre quel­
que peu anachronique ? Mais n'y a-t-il pas non plus de la part de certains
le désir de marquer un certain scepticisme, voire de l'incroyance à l'en­
droit du nouveau «catéchisme» qui accompagne la naissance du principat
(P.-M. Martin). Beaucoup a déjà été dit sur le sujet, mais il nous semble que
de nouveaux progrès sont devenus possibles grâce à une meilleure interpré­
tation de ce que fut en réalité la Res publica restituta. Il y a donc le regard du
poète et celui de l'historien sur la période (M. Citroni, B. Mineo). Mais en
même temps, ces textes sont parfois aussi l'occasion privilégiée de deviner
plus largement le regard de l'opinion publique sur la politique suivie par
Auguste et éventuellement les modifications de ce regard.
Plus tard, d'autres historiens se sont aussi penchés sur cette période, qu'il
s'agisse de Tacite (O. Devillers) ou de Dion Cassius (M.-L. Freyburger). Ils
ont eux aussi écrit dans des périodes de crise et ont pu proposer le modèle
augustéen à leurs contemporains. Leur témoignage nous est précieux, car
ils paraissent avoir surtout retenu l'idée d'un principat aux tonalités répu­
blicaines, seul susceptible d'apporter un remède aux maux produits par un
pouvoir tyrannique. En d'autres termes, il semble bien que l'ombre de la
Res publica restituta se soit étendue à l'ensemble du principat, en en occul­
tant les aspects les plus autoritaires et les plus brutaux, pour servir à de
nouvelles fins pacificatrices.

22
Première panie

La Res publica restituta


entre réalité et fiction
Annos undeviginti natus. . .
Die Rückführung yon Augustus' Principat
1
auf die Jahre 44/43 v. Chr.

Martin SPANNAGEL

Résumé

L'emploi actuel du concept de principat pour définir la forme d'État


mise en place avec le nouvel ordre de 28/27 av. J.-C. remonte à Mommsen.
L'objet de cette étude est de montrer au contraire qu'Auguste a prétendu
avoir agi comme princeps depuis le début de sa carrière en 44/43 av. J.-
C. On procédera tout d'abord à un tour d'horizon des sources antiques sur
la durée de son pouvoir. Le chiffre qui revient principalement lui attribue
au moins 56 années d'exercice du pouvoir. Cette durée peut être divisée en
une phase où il exerça le pouvoir avec d'autres et une autre où i l l'exerça
seul. Cela signifie qu'avec ces indications sommaires, il s'agit avant tout non
pas d'une position constitutionnelle, mais d'une position reposant sur une
prééminence personnelle. Que la conception d'une souveraineté d'Auguste
commençant dès 43 av. J.-C. remonte à son époque ressort du rôle que
jouèrent précisément les événements d'alors dans le culte du souverain.
C'est ainsi qu'un lien a été établi avec la prise de Yimperium le 7 janvier et
le commencement du premier consulat le 19 août de cette année lors des
cérémonies religieuses annuelles à Cumes et à Narbonne ou à l'occasion de
la réforme qui donna le nom d'Auguste au mois appelé jusqu'alors Sextilis.
L'accent est mis dans les Res Gestae sur les débuts de la carrière d'Auguste
dans la définition de l'idéologie du principat. Au chapitre 30, Auguste

1. Den Kern der folgenden Überlegungen habe ich bereits skizziert in S P A N N A G E L M., Exempkria
Principis. Untersuchungen zu Entstehung und Ausstattung des Augustusforums, Heidelberg,
337 f. Vorläufige Versionen dieses Vortrags habe ich im Februar 1999 am Seminar für Alte
Geschichte sowie im Mai 2007 am Archäologischen Institut der Universität Heidelberg vorgetra­
gen ; anregende Diskussionsbeiträge verdanke ich Fritz Gschnitzer, Géza Alföldy, Angelos Chaniotis
und Tonio Hölscher. Für die Einladung zum Colloquium in Nantes und für die französische
Übersetzung des Résumés möchte ich Frédéric Hurlet herzlich danken. Großen Dank schulde ich
auch Pierre Assenmaker, Louvain-la-Neuve, der meinen damaligen Text für den Vortrag in Nantes
ins Französische übertragen hat ; aufgrund der zahlreichen späteren Veränderungen konnte diese
Übersetzungfìirdie Publikation leider nicht mehr verwendet werden.

25
MARTIN SPANNAGEL

subordonne clairement des événements des années 30 à son rôle comme


princeps. Puis on peut prendre comme point de départ reconnu du princi­
pat les événements qui sont décrits au chapitre 1 et qui peuvent à eux seuls
justifier la prétention d'Auguste d'être parvenu à la position de princeps bien
longtemps avant qu'il se soit emparé seul du pouvoir. D'ailleurs, la référence
à de tels débuts n'est pas attestée pour la première fois dans les Res Gestae,
mais elle se trouvait plutôt déjà dans la manière dont Auguste se représenta
sa position durant les années 36 et 27 av. J.-C.

Zusammenfassung

Die heutige Verwendung des Begriffs Principat für eine Staatsform,


die mit der Neuordnung von 28/27 v. Chr. geschaffen wurde, geht auf
Theodor Mommsen zurück. Demgegenüber soll hier gezeigt werden, daß
Augustus den Anspruch vertreten hat, seit dem Beginn seiner politischen
Karriere 44/43 v. Chr. als princeps gegolten zu haben. Hierzu wird zunächst
ein Überblick über die antiken Quellen zur Dauer seiner Herrschaft
gegeben. Tatsächlich schreibt ihm deren überwiegende Zahl mindestens
56 Regierungsjahre zu. Gelegentlich kann dieser Zeitraum unterteilt
werden in eine Phase gemeinsam mit anderen und eine allein ausgeübter
Herrschaft; dies deutet darauf, daß es bei der summarischen Angabe primär
nicht um die Verfassungsform, sondern um die persönliche Vorrangstellung
geht. Daß die Vorstellung einer schon 43 v. Chr. beginnenden Herrschaft
des Augustus schon auf seine Zeit zurückgeht, wird sodann an der Rolle
gezeigt, die gerade damalige Ereignisse in der Herrscherverehrung spiel­
ten. So bezog man sich bei alljährlichen Kulthandlungen in Cumae und
Narbo oder bei der Umbenennung des Monats Sextiiis nicht zuletzt auf die
Übernahme des Imperium am 7. Januar und den Antritt des 1. Consulats
am 19. August jenes Jahres. Der Zusammenhang zwischen der Betonung
der Anfänge der Karriere des Augustus und der Principatsideologie wird
an den Res gestae erläutert. Im 30. Kapitel subsumiert Augustus eindeu­
tig schon Vorgänge der 30er Jahre unter seine Rolle als princeps. Dann
aber kann der gemeinte Ausgangspunkt des Principats nur bei den im 1.
Kapitel geschilderten Vorgängen liegen, die allein den Anspruch rechtfer­
tigen können, längst vor der Erlangung der Alleinherrschaft die Stellung
eines princeps erreicht zu haben. Tatsächlich hat sich Augustus auch nicht
erst in den Res gestae auf diese Anfänge berufen ; vielmehr ist er schon in
Selbstdarstellungen der Jahre 36 und 27 v. Chr. von ihnen ausgegangen.

Der Titel unseres Kolloquiums lautet „Res publica restituta. Le pouvoir


et ses représentations à Rome durant le principat d'Auguste". Den zeitli­
chen Rahmen bildet hiernach der Principat des Augustus ; in der ersten
Ankündigung war sogar nur vom Beginn des Principats die Rede, und als
terminus post quem für den zu behandelnden Zeitraum war zugleich das

26
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VONAUGUSTUS'PRINCIPAT...

Jahr 28 v. Chr. angegeben. Doch woher kommt diese Verwendung des


Begriffs Principat für einen zeitlich begrenzten Abschnitt der Herrschaft
des Augustus, und inwieweit entspricht sie eigentlich dem antiken
Sprachgebrauch ?
Tatsächlich geht unsere diesbezügliche Terminologie erst auf Theodor
Mommsen zurück. Er hat mit seinem Römischen Staatsrecht eine streng
systematische Gesamtdarstellung der politischen Institutionen Roms vor­
gelegt; dabei hat er die Stellung des Kaisers in einem eigenen Halbband
behandelt und unter der Bezeichnung Principat in die Besprechung der
2
einzelnen Magistraturen eingereiht . Dadurch wurde dieser Begriff zu einer
quasi staatsrechtlichen Kategorie, ja zugleich auch zur Bezeichnung einer
Epoche, die für Mommsen klar umrissene zeitliche Grenzen hatte. Gleich
am Beginn seiner Darstellung schildert Mommsen die in der Verleihung
des Namens Augustus gipfelnden Vorgänge vom 13. und 16. Januar
27 v. Chr. und schreibt dann : „Dies sind die Geburtstage sowohl des römi­
3
schen Principats selbst wie der Benennung des neuen Herrschers ..." ;
4
als Endpunkt gelten für ihn die diokletianischen Reformen . Von dieser
Chronologie wird in der erwähnten Einladung zwar insofern abgewichen,
als dort bereits das Jahr 28 als terminus post quem angegeben ist ; doch das ist
nur eine geringfügige Korrektur, die an der Verknüpfung des Terminus mit
einer bestimmten Verfassungsform nichts ändert. Sie hat ihre Grundlage
darin, daß Augustus selber im 34. Kapitel der Res gestae seine entscheiden­
5
den Reformen ausdrücklich in beide Jahre setzt ; zudem ist für das Jahr
28 ein Edikt bezeugt, in dem Maßnahmen der Triumviratszeit fur ungültig
6
erklärt wurden , und eine zusätzliche Bestätigung für die Bedeutung des

2. MOMMSEN Th., Römisches Staatsrecht II 2 , Leipzig, 1887. Zu dem von Mommsen unterstellten
magistratischen Charakter der Stellung s. S. VI (= DPR V p. II ; aus dem Vorwort, das Mommsen
seit der 2. Auflage von 1877 diesem Halbband vorangestellt hat, um seine Neuartigkeit zu unter­
streichen), wo er den Principat als ausserordendiche Magistratur (magistrature extraordinaire) sowie
S. 749 (= DPRV p. 6) in margine, wo er ihn einfach als Magistratur bezeichnet.
3. M O M M S E N Th., ibid., 745 f. (= DPRVp. 3) ; ebenso schon in der 1. und 2. Auflage, Leipzig 1875
bzw. 1877, S. 708 bzw. 724. Zu den gemeinten Vorgängen s. besonders RgdA 34 In consulatu sexto et
septimo,postqua[m b]el[la civiltà exstinxeram, perconsensum universorum \po\tens re[ru]m
rem publicam ex mea potestate in senat[us populi]que R[om]ani [a]rbitrium transtuli. Quo
meo senat[us consulto Au]gust[us appe]llatus sum et laureis postes aedium mearum v[est
coronaq]ue dvica super ianuam meamfixaest (Text nach S C H E I D 2007) ; Ov. Fast. I 589-616; D
LUI 2, 7 - 22, 1 ; Inscr. Ital XIII 2, 396-397. 400. Vgl. G U I Z Z I F., //principato tra «respublica» e
potere assoluto, Napoli, 1974, 127ff.; L I E B E S C H U E T Z J . H. W. G., «The Settlement of 27 B. C. »,
D E R O U X C. (Hrsg.), Studies in Latin Literature and Roman History IV, Bruxelles, 1986, 345-365 ;
B L E I C K E N J., «Zwischen Republik und Prinzipat. Zum Charakter des Zweiten Triumvirats», Abh.
d. Ak. d. Wiss. Göttingen, phiL-hist. Kl. 3. F. Nr. 185, Göttingen, 1990, 86ff.; L A C E Y W. K., Augustu
and the Principate. The Evolution of the System, Leeds, 1996, 77-99 ; B L E I C K E N J., Augustus. E
Biographie, Berlin, 1998, 324ff.; K I E N A S T D., Augustus. Prinzips und Monarch, 3. Aufl., Darmstadt
1999, 83ff.;R I C H J. W. - W I L L I A M S J. H. C , « Leges et Iura P. R. Restituii. A New Aureus of
Octavian and the Settlement of 28-27 BC», NC 159, 1999, 169-213:188ff.; T O D I S C O E „ «La res
publica restituta e i Fasti Praenestini», PANI M. (dir.), Epigrafia e territorio. Politica e società. T
antichità romane, t. Vili, Bari, 2007, 341-358.
4. MOMMSEN Th., ibid., 749 (= DPR V p. 6).
5. s. oben Anm. 3.
6. Dio LIU 2, 5 ; TAC. Ann. III 28,2.

27
MARTIN SPANNAGEL

früheren Jahres liefert ein damals geprägter Aureus, der die Restituierung
7
von Gesetzen und Rechten durch den jungen Caesar feiert .
Doch mir geht es nicht um die zeitliche Festlegung der in Mommsens
Staatsrecht als Geburtsstunde des Principats hingestellten Neuordnung,
sondern um die Frage nach den antiken Vorstellungen vom Beginn von
Augustus' Principat bzw., denn hiervon ist der abstrakte Begriffprincipa­
ls ja erst sekundär abgeleitet, vom Beginn seiner Rolle als princeps. Daß
Mommsens Zeitgrenze in der Antike keine besondere Rolle spielte, hat
schon er selber festgestellt. In der 3. Auflage des Staatsrechts von 1887
schrieb er kurz nach der zitierten Stelle : „Indess wurde die Herrschaft des
ersten Monarchen bei seinen Lebzeiten wie später anders datirt", wobei
er im Anschluß die Übernahme des Imperium am 7. Jan. 43 v. Chr., den
Antritt des ersten Consulats am 19. Aug. desselben Jahres sowie - als von
Augustus selber ausschließlich verwendete Zählung — die hier auf den
8
1. Juli 23 v. Chr. festgelegte Übernahme der tribuniciapotestas nannte .
Und in einem bereits 1882 erschienenen Aufsatz über das sog. Feriale
Cumanum hatte er die unterschiedlichen Angaben zum Herrschaftsbeginn
sogar generell unter den Principatsbegriff subsumiert und zudem bereits
den Consulatsantritt als den von Augustus bevorzugten Ausgangspunkt
9
angesehen . Mommsen selber war sich also durchaus der Tatsache bewußt,
daß seine zeitliche Abgrenzung des Principats in den Quellen keinen rech­
ten Rückhalt hat, doch seine eigentliche Darstellung nahm darauf keine
Rücksicht, und unter dem Einfluß dieser Darstellung ist schließlich auch
das Gespür für die Problematik von Mommsens Terminologie verloren
gegangen. Ich möchte daher die Frage, wann der Principat des Augustus
bzw. dessen Rolle als princeps nach antiker Auffassung begonnen hat,
neu aufrollen. Hierzu möchte ich, nach Bemerkungen zu den genann­
ten Termini princeps und principatus und ihrer Anwendung auf Augustus,
zunächst einen Überblick über die antiken Aussagen zu Beginn und Dauer
von dessen Regierung unabhängig von deren jeweiliger Bezeichnung

7. R I C H & W I L L I A M S , «Aureus », op. cit. ; M A N T O V A N I D., « Leges et iura p(opuli) R(omani) restituit.
Principe e diritto in un aureo di Ottaviano», Athenaeum 96, 2008, 5-54.
8. M O M M S E N , ibid., 746 sq. (= DPRVp. 3-4). In den früheren Auflagen werden die von Mommsens
Ansatz abweichenden Datierungen noch nicht im Haupttext, sondern nur in den Anmerkungen
berücksichtigt; zudem werden dort die Belege fur den Herrschaftsbeginn im Jahr 43 v. Chr. - trotz
der Erwähnung der Ara Narbonensis und des Feriale Cumanum (s. unten Anm. 46. 53. 55 f.) -
summarisch allein späteren Historikern zugeschrieben und als willkürlich betrachtet, und überdies
läßt Mommsen, entsprechend seiner von der Frage nach der Rechtsstellung ausgehenden Konzeption,
innerhalb des Jahres 43 allenfalls den Beginn des Triumvirats als für den Herrschaftsbeginn
angemessenen Termin gelten, der allerdings gerade nicht berücksichtigt worden sei.
9. M O M M S E N Th., «Das Augustische Festverzeichniss von Cumae», Hermes 17, 1882, 631-643 =
ders., Gesammelte Schriften IV {= Historische Schriften Γ), Berlin, 1906, 259-270 : 638 bzv. 266.
Ausgehend von der These, das Festjahr in Cumae habe am Jahrestag des Consulatsantritts des Jahres
43 v. Chr. begonnen, schrieb er dort : "Damit ist also durch ein gleichzeitiges und urkundliches
Zeugniss entschieden, dass unter den mancherlei Tagen, welche als Ausgangspunkt des Principats
betrachtet werden konnten und betrachtet worden sind, Augustus selbst den der ersten Uebernahme
der höchsten ordendichen Gewalt als solchen angesehen wissen wollte und Tacitus also diesen mit
Recht als seinen Antrittstag bezeichnet." Zum Feriale Cumanum und Mommsens - in Wahrheit
keineswegs gesicherter - Festlegung des Beginns des dortigen Festjahrs s. unten Anm. 46, zur
Tacitusstelle unten Anm. 24.

28
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS' PRINCIPAT...

geben, sodann möchte ich zeigen, daß die bei weitem am häufigsten
belegte Auffassung hierüber, nämlich die, daß er die Herrschaft: bereits im
Jahr 43 v. Chr. angetreten habe, tatsächlich schon auf seine Zeit zurück­
geht, und erst dann möchte ich, ausgehend von den Res gestae, den
Zusammenhang dieser Auffassung mit dem Principatsbegriff erörtern.
Daß princeps als eigentliche Bezeichnung für Augustus' Stellung in
dem von ihm reformierten Staat gelten konnte, ist gut bezeugt ; so schreibt
Tacitus gleich im ersten Abschnitt der Annalen über ihn : cuncta discordiis
civilibus fessa nomine principis sub Imperium accepit-, etwas später heißt es
im sogenannten Totengericht : non regno tarnen neque dictatura, sedprincipis
10
nomine constitutam rem publicam . Doch ursprünglich war princeps, eine
Bezeichnung, die schon in der Zeit der Republik vielfach auf die fuhrenden
Politiker angewandt wurde, gerade kein staatsrechdich relevanter, an irgend­
ein Amt gebundener Terminus ; vielmehr galt als princeps einer, der auf­
grund seines durch herausragende Leistungen erworbenen Ansehens andere
11
Mitglieder der obersten Führungsschicht überragte . Der Begriff ent­
spricht damit tatsächlich weitgehend dem, was Augustus im 34. Kapitel der
Res gestae im Zusammenhang mit den Verfassungsreformen von 28/27 über
sich schrieb, nämlich daß er in der Folgezeit - post idtempus - an auctoritas
alle übertroffen, an Amtsgewalt, potestas, aber nicht mehr besessen habe als
12
seine jeweiligen Amtscollegen . Trotz der in diesem Satz enthaltenen zeit­
13
lichen Komponente darf man daraus jedoch keine generelle Festlegung
des Beginns der Rolle als princeps ableiten. Denn am Beginn eben dieses
Kapitels schreibt Augustus schon über seine Situation vor den Reformen, er
sei per consensum universorum \po]tens re[ru]m om[n]ium gewesen ; das aber
14
impliziert geradezu ein Höchstmaß an auctoritas . Tatsächlich ist es auch

10. TAC. Ann. 11,1 ; 19, 5 ; s. auch III 28, 2 sowie Ov. Fast. II 142.
11. Zum Sprachgebrauch im politischen Bereich s. W I C K E R T L., REXXll 2 (1954), 1998-2296
s. v. Princeps (civitatis); zum weiteren Wortgebrauch s. S C H W I N D B., Thesaurus Linguae LatinaeX
2 rase. VIII-Di (1995) 1275-1290 s. v.princeps 1995. Vgl. W A G E N V O O R T H. « Princeps», Phibbgus
91,1936,206-221 ; 323-345 (deutscher Text; englisch leicht verändert in ders., Studies in Roman
Literature, Culture and Religion, Leiden, 1956,43-79) ; W E B E R W, Princeps. Studien zur Geschi
des Augustus, Bd. I (mehr nicht erschienen), Stuttgart - Berlin, 1936; P R E M E R S T E I N A . V . , «Vom
Werden und Wesen des Prinzipats »,ABAW"N. F. 15, München, 1937; B É R A N G E R J., Recherches sur
l'aspect idéologique du principat, Bâle, 1953,31ff.; W I C K E R T L., « Princeps », Mélanges d'archéobgie
d'épigraphie et d'histoire offerts à Jérôme Carcopino, Paris, 1966, 979-986; G U I Z Z I F., Principat
op. cit., 34ff.;W I C K E R T L., «Neue Forschungen zum römischen Principat», ANRWll 1, Berlin
- New York, 1974,3-76 ; D R E X L E R H . , « Principes - princeps », Politische Grundbegriffe der Römer,
Darmstadt, 1988, 100-120:107 ff; S T A H L M A N N I., Von der Ideengeschichte zur Ideologiekritik.
Lothar Wickerts Beitrag zum Verständnis des Augusteischen Principats, AAWMNr. 9, Stuttgart
K I E N A S T , Augustus op. cit., 204ff.; S P A N N A G E L M„ Exemplaria Principis op. cit., 326ff.337 ff
348 ff.
12. RgdA 34 Post id tem\pus a]uctoritate [omnibuspraestiti, potest]atis au[tem n]ihib ampliu[
quam cet[eri, qui m] ihi quoque in ma\gis] tra[t] u conlegaef[uerunt].
13. In der griechischen Version fehlt ein Äquivalent zu post id tempus.
14. s. ο. Anm. 3. - Zum consensus universorum vgl. I N S T I N S K Y H. U., « Consensus universorum », He
75, 1940, 265-278 = (mit Ergänzungen) in: O P P E R M A N N (Hrsg.), Römische Wertbegriffe, Wege
der Forschung, Bd XXXIV, Darmstadt, 1967, 209-228 ; W I C K E R T L., RES. V. Princeps (civitatis),
2264-2269 ; P E T Z O L D K.-E. « Die Bedeutung des Jahres 32 fur die Entstehung des Principats »,
Historia 18, 1969, 334-351 = ders., Geschichtsdenken und Geschichtsschreibung. Kleine Schri
zur griechischen und römischen Geschichte, Historia Einzehchriften 126, Stuttgart, 1999, 608-6

29
MARTINSPANNAGEL

kaum sinnvoll anzunehmen, er hätte mit seiner Darstellung sagen wollen,


daß er erst mit den Reformen diese auctoritas erlangt habe, erst mit ihnen
zum princeps geworden sei. Plausibler scheint mir vielmehr, seine Aussage
in dem Sinne zu verstehen, daß er damals, eben weil er längst princeps war
und allgemein als solcher anerkannt wurde, auf seine außerordentlichen
Vollmachten hatte verzichten und sich künftig allein auf seine Rolle als
princeps hatte stützen können.
Grundsätzlichere Unterschiede zum modernen Sprachgebrauch beste­
hen bei principatus: der lateinische Begriff hat in den antiken Quellen nir­
gends eine solche dezidiert staatsrechtliche und zugleich zeitlich übergrei­
fende Bedeutung wie das deutsche Äquivalent bei Mommsen ; vielmehr ist
er im Zusammenhang mit der Kaiserherrschaft immer an eine bestimmte
15
Person geknüpft, meint die Führungsrolle eines Einzelnen . Soweit dabei
die Herrschaft des Augustus gemeint ist und sich überdies Vorstellungen
von deren zeitlicher Abgrenzung erkennen lassen, ergibt sich kein einheit­
liches Bild. Wenn Seneca in de dementia schreibt, Augustus sei ein milder
princeps gewesen, wenn man ihn von seinem principatus aus betrachte,
während der gemeinsamen Herrschaft aber habe er das Schwert gebraucht,
dann versteht er unter principatus offenbar die Zeit der durch den Sieg über
16
die Rivalen in den Bürgerkriegen erlangten Alleinherrschaft . Eine völlig
andere Vorstellung findet sich hingegen in dem um 370 n. Chr. abgefaß­
ten Abriß der römischen Geschichte des Eutrop. Dort heißt es : Ita bellis
toto orbe confectis Octavianus Augustus Romam rediit duodecimo anno quam
consul fuerat. ex eo rem publicam per quadraginta et quattuor annos solus
obtinuit. ante enim duodecim annis cum Antonio et Lepido tenuerat. ita ab
Vl
initio principatus eius usque adfinem quinquaginta et sex anni fuerunt \
Die hier für Augustus' principatus genannten 56 Jahre führen in das Jahr
43 v. Chr. zurück, so daß der Begriff hier nahezu seine gesamte politische

K I E N A S T D., Augustus op. cit., 67-69 ; 78-81 ; 214. 521 ; L O B U R J A , Consensus, Concordia, and th
Formation of Roman Imperial Ideology, New York - London, 2008, 12 ff. ; zum Begriff der auctori­
tas, W I C K E R T L . , RE S. V. Princeps (civitatis), 2287-2290 ; K I E N A S T D., Augustus op. cit., 84 f.
15. Dies zeigt die Dokumentation bei Hajdu, Thesaurus Linguae LatinaeX, 2 fase. DC (1995) 1300-
1305 s. v. principatus. Vgl. B É R A N G E R J . Recherches, op. cit., 55 ff. sowie G R U E N E . S., « Augustus
and the Making of the Principate», G A L I N S K Y K . (dir.), The Cambridge Companion to the Age
of Augustus, Cambridge, 2005, 33 f., der das Fehlen von principatus als Bezeichnung für die
Regierungsform zumindest fur die Zeit des Augustus konstatiert.
16. S E N . Clem. 19, 1 Divus Augustusfuit mitis princeps, si quis illum a principatu suo aestimare inc
in communi quidem rei publicae gkdium movit; vgl. R I C H T E R W., RhM 108, 1965, 146-170, bes.
151 ff. Vgl. auch A U R . V I C T . Epit. 1, 29 nam et in adipiscendo principatu oppressor libertatis es
habitus, et in gerendo, cives sic amavit, ut triduifrumentoin horreis quondam viso, statuisset
mori, si eprovinciis classes interea non venirent, wo man angesichts der vergleichbaren Aussage woh
von einer entsprechenden zeidichen Abgrenzung des principatus ausgehen darf. Bei E U T R . VII 8, 4
wird die milde Phase der Regierung des Augustus explizit mit der 44jährigen, d. h. ab der Schlacht
von Actium gerechneten (s. unten Anm. 19) Alleinherrschaft verbunden : quadraginta [et] quattuor
annis, quibus solus gessit Imperium, civilissime vixit, in cunetos liberalissimus, in amicos fidissimus
quos tantis evexit honoribus, utpaene aequaretfastigio suo ; zu den positiven Charakteristika an d
Stelle s. R A T T I S., Les empereurs romains d'Auguste à Dioclétien dans le Bréviaire dEutrope, Pa
1996, 75 ff. 99 f. 197 f.
17. E U T R . VII 8, 1-3; vgl. auch unten Anm. 43. In der griechischen Übersetzung von Paianios
(ed. H. Droysen, MGH auet. antiquiss. II, 1879, p. 119) fehlt der Satz über die Dauer des
principatus.

30
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

Laufbahn bezeichnet, die dabei eindeutig der zwölf Jahre kürzeren Zeit
seiner Alleinherrschaft gegenübergestellt wird.
Somit stehen sich in den antiken Quellen zwei grundsätzlich verschie­
dene Auffassungen über den zeitlichen Umfang von Augustus' principatus
gegenüber, eine, die diesen mit der Alleinherrschaft verknüpft und damit
seinen Beginn zumindest in eine gewisse zeitliche Nähe bringt zu der für
Mommsens Terminologie ausschlaggebenden Verfassungsreform, und eine,
die von einem 56 Jahre andauernden, somit bereits 43 v. Chr. beginnenden
principatus ausgeht. Freilich entstammt der Beleg für die zweite Auffassung
einer ausgesprochen späten, zudem gerade hier keineswegs korrekten Quelle,
denn die Aufteilung in eine 12 Jahre gemeinsam mit den übrigen Triumvirn
und eine 44 Jahre allein ausgeübte Herrschaft stimmt nur dann, wenn man
die Zeitgrenze nicht wie in Eutrops Text bei der im Jahr 29 v. Chr. erfolgten
18
Rückkehr nach Rom , sondern bei der Schlacht von Actium zwei Jahre
19
zuvor ansetzt . Trotzdem glaube ich, daß die Anwendung des Begriffs
20
principatus auf die insgesamt 56jährige politische Karriere des Augustus
eher dessen Vorstellungen entspricht als die Anwendung auf die kürzere

18. Daß auch im Jahr 29 v. Chr. eine Epochengrenze angesetzt werden konnte, zeigen Dio LH 1, 1
und O R O S . VI 20, 1 f., die beide hier den Beginn der Monarchie ansetzen (bei Dio in Konkurrenz
mit anderen Daten; s. unten Anm. 36. 41) und die Bedeutung des Jahres überdies durch die
ausdrückliche Datierung in das 725. Jahr der Stadt hervorheben ; vgl. M A N U W A L D B., Cassius Dio
und Augustus. Philologische Untersuchungen zu den Büchern 45-56 des dionischen Geschi
Wiesbaden, 1979, 83 Anm. 39. "wahrend es bei Dio dabei primär um die Frage nach der Verfassung
geht, legt Orosius den Fokus auf die mit dem dreifachen Triumph verbundene Rückkehr nach
Rom, die er aber, um den postulierten Zusammenhang zwischen Augustus und Christus zu unter­
streichen, zugleich falschlich auf den 6. Januar - den Tag des christlichen Festes der Epiphanie -
legt und mit Augustus' erstmaliger Schließung des Ianus sowie der Verleihung des Augustusnamens
kombiniert (VI 20, 1-3. 8 ; vgl. I 1, 6 ; VI 22, 1. 5 ; VII 2, 16, wo die Geburt Christi in das Jahr
der dritten Schließung gesetzt wird). - Zur Betonung der Rückkehr aus dem Osten s. auch Veli.
II 89, 1 ff.
19. Vgl. die genauere, ausdrücklich auf Actium bezogene Angabe "44 Jahre weniger 13 Tage" bei
Dio LVI30, 5 (unten Anm. 36). Zur Aufteilung in 12 + 44 Jahre vgl. S U E T . Aug. 8, 3 ; A U R . V I C T .
Epit. 1, 30 (unten Anm. 25 f.) ; zu den 44 Jahren s. auch A U R . V I C T . de Caes. 1, 2 ; zur Schlacht
von Actium als Beginn von Augustus' Monarchie Dio LI 1, 1 f. sowie Hier, chron. 163 c Helm
z. J. 31 v. Chr. (unten Anm. 36 f.). Eutrop hat somit offenkundig die Zahlen aus der auf Actium
als Zeitgrenze bezogenen Überlieferung übernommen (auch die bei Paianios [oben Anm. 17]
eingefügte Nennung von Augustus' 32. Lebensjahr führt in das Jahr der Schlacht) ; die Bemerkung
von H E L L E G O U A R C ' H J., Eutrope, Abrégé d'histoire romaine, CUF, Paris, 1999, 88 Anm. 3, die
44 Jahre seien "approximativement de 29 avant à 14 après J.-C." gerechnet, ergibt keinen Sinn.
Vgl. auch R A T T I , Les empereurs romains op. cit., 190 f.
20. Der Wert von Eutrops Verwendung des Begriffs für das Verständnis der augusteischen
Principatsvorstellung wird sehr unterschiedlich beurteilt. So hat schon A N D E R S E N Η. Α.,
Cassius Dio und die Begründung des Principates, Berlin, 1938, 51 Anm. 148 die Formulierung
- wenn auch mit einer versehentlichen Zuschreibung an Euseb statt Eutrop - hervorgehoben
und in den Zusammenhang eines frühen Ansatzes des Principatsbeginns (s. unten Anm. 91)
gerückt; auch S C H M I T T H E N N E R W., «Octavians militärische Unternehmungen in den Jahren
35-33 v. Chr. », Hutoria7,1958,200 Anm. 1 zitiert die Stelle als Beleg fur einen frühen Principatsbeginn ;
BERANGER, Recherches, op. cit., 28 stellt fest : « Il n'y a donc pas obligatoirement correspondance entre
"principat" et collation des pouvoirs constitutionnels » ; nach R A T T I , Les empereurs romains, op. cit.,
191 hat der Terminus principatus hier, da er eindeutig auf die ganzen 56 Jahre angewandt wird,
„un sens affaibli". Hellegouarc'h {ibid.) läßt diese Verwendung von principatus hingegen unkom­
mentiert, und S I O N - J E N K I S K., Von der Republik zum Prinzipat. UrsachenfiirdenVerfassungswec
in Rom im historischen Denken der Antike, Stuttgart, 2000, 30 bezieht den Ausdruck an dieser Stelle
sogar fälschlich auf die Alleinherrschaft (vgl. auch ebd. 60).

31
MARTIN SPANNAGEL

Zeit seiner Alleinherrschaft, ganz zu schweigen von der noch kürzeren


Spanne ab den Verfassungsreformen von 28/27 v. Chr.
Daß Augustus 56 Jahre oder gar noch länger regiert habe, wird in der
bei weitem überwiegenden Zahl der antiken Äußerungen über die Dauer
21
seiner Herrschaft angegeben . Im Hinblick auf die Frage nach deren
Beginn ist hierbei zunächst Tacitus von Bedeutung. Auch er spricht im
Dialog über die Redner von einer 56jährigen Regierung des Augustus;
dabei fuhrt er unmittelbar zuvor die Consulatsübernahme zusammen mit
22
Q. Pedius an, während der Triumvirat unerwähnt bleibt . So kommt als
Ausgangspunkt für die 56 Jahre hier eigentlich nur der Consulatsantritt
23
am 19. August 43 v. Chr. in Frage . Er war tatsächlich auf den Tag genau
56 Jahre vor dem Tod des Kaisers erfolgt, da dieser, was Tacitus auch in
24
den Annalen hervorhebt, am Jahrestag dieses Ereignisses starb . Auch
Sueton, der freilich nicht diese Summe, sondern nur die beiden auch bei
Eutrop vorkommenden Teilabschnitte von 12 bzw. 44 Jahren nennt, geht
25
von einer insgesamt 56jährigen Regierung aus ; weitere Belege für die
glatte Zahl von 56 Jahren bieten die Epitome de Caesaribus, Tertullian,
26
Ausonius sowie mehrere Chroniken . Ferner gibt es verschiedene, meist
nach Monaten oder sogar Tagen differenzierende Angaben, die die glatte
Zahl von 56 Jahren übersteigen. So berechnen Theophilos von Antiochien,
Clemens Alexandrinus sowie eine Kaiserliste beim Chronographen von
354 n. Chr. die Regierung des Augustus auf 56 Jahre, 4 Monate und 1

21. Übersichten über die verschiedenen Angaben zur Regierungsdauer geben M O M M S E N , Staatsrecht
3
II 2 , 747 (= DPR V p. 3-4) mit Anm. 1 f. (deren Text gegenüber denfrüherenAuflagen verän­
dert ist; vgl. oben Anm. 8) ; B É R A N G E R , Recherches, op. cit., 26; Eusebius Werke VII, Die Chro
des Hieronymus, hrsg. und in zweiter Auflage bearbeitet von R Helm, Berlin, 1956, 389 zu S.
Rom.
22. TAC. Dial. 17, 2-3 nam ut de Cicerone ipso loquar, Hirtio nempe et Pansa consulibus, ut Tiro
eius scribit, septimo idus Decembris occisus est, quo anno divus Augustus in locum Pansae
Q. Pedium consules suffecit. statue sex et quinquaginta annos, quibus mox divus Augustus
rexit.
23. Zum Datum s. Dio LVI30, 5 sowie unten Anm. 44-46 ; zu den Umständen der Wahl B E L L E N H.,
„Cicero und der Aufstieg Oktavians", Gymnasium 92, 1985, 161-189 (= ders., Politik - Recht
- Geseüschaft. Studien zur Alten Geschichte, Historia Einzelschritten 115, Stuttgart, 1997 = 47-70) :
178-187 (= 62-69) ; S U M I G.S., Ceremony and Power. Performing Politics in Rome between Re
and Empire, Ann Arbor, 2005, 181 ; B R I N G M A N N Κ., «Von der res publica amissa zur res publica
restituta. Zu zwei Schlagworten aus der Zeit zwischen Republik und Monarchie », S P I E L V O G E L
J. (dir.), Res publica reperta. Zur Verfassung und Geselhchafi der römischen Republik und des
Prinzipats. Festschriftfur Jochen Bleicken zum 75, Geburtstag, Stuttgart, 2002, 58 f.
24. TAC. ann. I 9, 1 quod idem dies accepti quondam imperii princeps et vitae supremus; Dio LV
5.
25. S U E T . Aug. 8, 3 Atque ab eo tempore exercitibus comparatisprimum cum M. Antonio M.que
deinde tantum cum Antonio per duodecim fere annos, novissime per quattuor et quadragint
p. tenuit; vgl. auch unten Anm. 43.
26. A U R . . V I C T . Epit. 1, 30 imperavit annos quinquaginta et sex, duodecim cum Antonio, quadr
et quattuor solus; Tert. Adv. lud. 8, 10, 5 item adhuc Cleopatra conregnavit Augusto annis
post Cleopatram Augustus aliis annis XL et III imperavit - nam omnes anni imperii Augusti
L et VI; A U S O N . de XII Caes. 3, 2 Augustus post lustra decern sex prorogai annos; Chron.
min. I (= MGHauct. antiquiss. IX, 1892) p. 520 (Polemius Silvius; mit falscher Ausdehnung der
Alleinherrschaft auf die gesamten 56 Jahre) ; II (= MGHauct. antiquiss. XI, 1854) p. 453 (Isidorus
iunior) ; III (= MGHauct. antiquiss. XIII, 1898) p. 419 (Laterculus imperatorum ad Iustinum I).
435 (Laterculus Malalianus; überliefert 55 Jahre, angesichts der Parallelüberlieferung zweifellos
Schreibfehler fur 56).

32
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

27
Tag , was fast genau auf seine erste Imperator-Akklamation am 16. April
28
43 v. Chr. zurückführt ; als weitere, jedoch nicht näher erklärbare
29 30
Summen sind 56 Jahre und 6 Monate , 57 Jahre oder gar 57 Jahre,
31
6 Monate und 2 Tage überliefert. Auch Angaben, die sich nicht eigentlich
auf die Dauer von Augustus* Herrschaft beziehen, können einen Ansatz
von deren Beginn im Jahr 43 v. Chr. implizieren. So endet nach dem
Breviarium des Festus die 467jährige Zeit sub consulibus mit Hirtius und
Pansa, den in bzw. kurz nach der Schlacht von Mutina am 21. bzw. 23.
April 43 v. Chr. gestorbenen ordentlichen Consuln dieses Jahres, worauf
mit Octavianus Caesar Augustus die bis zur Gegenwart des Autors bereits
32
407 Jahre währende Zeit sub imperatoribus beginnt ; die Geburt Christi
aber wird von christlichen Autoren meist, ausgehend von einem Ansatz in
33
unser Jahr 2 v. Chr., in das 42. Regierungsjahr des Augustus gesetzt .
Es gibt also eine Fülle von Quellen, wonach die Herrschaft des Augustus
bereits 43 oder gar schon 44 v. Chr. begonnen hat; der Sieg im Bürgerkrieg
wird hierbei nur insofern berücksichtigt, als in einem Teil von ihnen die
gesamte Regierungszeit in eine Phase gemeinsam mit anderen und eine allein
ausgeübter Herrschaft unterteilt wird. Doch kann auch jene Gesamtzeit
einheitlich als monarchische Herrschaft aufgefaßt werden, vor allem wenn,
wie in nahezu allen Chroniken, nicht Augustus, sondern bereits Caesar als

27. THEOPH. ANTIOCH. adAutol. 3,27 (nach Chryseros, einem Freigelassenen des Marc Aurel) ; C L E M .
ALEX, ström. I 21 § 144, 4 (überliefert sind hier 46 Jahre, was aber nach der Parallelüberlieferung
sicher zu korrigieren ist); Chron. min. I p. 145.
3
28. Cf. M O M M S E N Th., Staatsrecht II 2 , 747 Anm. 1 (= DPR V p. 3 n. 3). - Die Imperator-
Akklamation bezog sich auf den Sieg Octavians sowie der Consuln Hirtius und Pansa über
M.Antonius im Gefecht von Forum Gallorum am 15. (oder 14.; so Ovid, Fast. IV 625
ff.) April; am 20. April traf die Siegesmeldung in Rom ein, am 21. hielt Cicero die XIV.
Philippica, in der er u. a. die Bestätigung des Imperator-Titels, ein fünfzigtägiges Dankfest
sowie ein Monument für die gefallenen Soldaten beantragte. Vgl. dazu Inscr. Ital. XIII 2,
441 f.; B E N G T S O N H., «Untersuchungen zum Mutinensischen Krieg», Kleine Schrifien zur Alten
Geschichte, München, 1974, 479-531 ; B E L L E N , «Cicero » [zit. oben Anm. 23], 173-178 (= 57-
61) ; W O Y T E K B., Arma et Nummi, Forschungen zur römischen Finanzgeschichte und Münzpräg
der Jahre 49-42 v. Chr., Wien, 2003, 353; speziell zur Imperator-Akklamation s. C O M B È S R.,
Recherches sur l emploi et la signification du titre d'Imperator dans la Rome républicaine, Pa
87 f. ; 458 ; zu dem Monument s. S P A N N A G E L M., Exemplaria Principis op. cit., 75. Vgl. auch unten
Anm. 53 zur Berücksichtigung dieser Vorgänge im Feriale Cumanum.
29. Hier. Chron. p. 157 Helm; Chron. min. I p. 405 (ProsperTiro). 638 (Chronica Gallica a. DXI, wo
ann. D/Im. XVI \n ann. V/Im. VI zu korrigieren ist) ; II p. 134. 136 (Cassiodor; die Rückführung
der Angabe auf Aufidius Bassus durch B É R A N G E R , op. cit., 26 nach Peter überzeugt mich nicht).
Nach M O M M S E N (Staatsrecht, II 2\ 747 Anm. 1 = DPRVp. 3 n. 3), ist die Angabe möglicherweise
von Octavians dies imperii am 7. Januar 43 v. Chr. (dazu s. unten Anm. 54) abgeleitet.
30. E U S E B . Hist. eccL 19,2 (unter Berufung auf Iosephus) ; Chron. min. I p. 137, 378 (libergenerationis
/beim Chronographen von 354). Vgl. auch F L O R . Epit. II 14, 7 Marco Antonio Publio Dolabella
consulibus Imperium Romanum iam ad Caesarem transferente fortuna...
31. los. Bell. II 9, 1 § 168 ; Ant. XVIII 2, 2 § 32.
32. F E S T . Brev. 2, 1. 3. 4; vgl. S I O N - J E N K I S , op. cit., 29.
33. O R O S . 11, 6; VII 2, 14 f. (vgl. VII 3, 1: 752. Jahr der Stadt) ; H I P P O L Y T . R O M . , comm. in Daniel.
IV23; Eus. Hist. eccl. I 5, 2; H I E R . Chron. p. 169 c Helm; Chron. min. I p. 194 (liber genealo-
gus : 41. oder 42. Jahr) ; II p. 499 (Chron. Pseudoisidoriana) ; III p. 435 (Laterculus imperatorum
Malalianus). Allein das 41. Regierungsjahr nennt T E R T . C. lud. 8, 11 (mit gleichzeitiger Datierung
in das 28. Jahr nach dem Tod der Cleopatra), das 43. Sync. 315d (597,5). Vgl. H E L M , op. cit.,
395 zu S. 169 c (mit weiteren Belegen).

33
MARTIN SPANNAGEL

34
erster römischer Kaiser gilt . So wird etwa in der Chronik des Hieronymus
das Jahr 44 v. Chr. als das fünfte Regierungsjahr des ab 48 v. Chr. für
4 Jahre und 7 Monate als Romanorum primus herrschenden Caesar gezählt,
das Jahr 43 v. Chr. hingegen als das erste von insgeamt 56 einheitlich
durchlaufenden, bis 13 n. Chr. reichenden Jahren des Octavianus Caesar
35
Augustus ; so erscheint dieser, ungeachtet des tatsächlichen zeitlichen
Abstandes, als unmittelbarer Nachfolger seines ,Vaters.
Daß ein Historiker allein den Beginn der mit dem Sieg im Bürgerkrieg
einsetzenden eigentlichen monarchischen Phase als Ausgangspunkt von
Augustus Herrschaft nennt, ist hingegen selten. Immerhin ist für Cassius
Dio der Tag der Schlacht von Actium das entscheidende Datum, das er nicht
nur nach deren Schilderung, sondern auch in seinem Rückblick anläßlich
36
von Augustus' Tod hervorhebt , und in der Chronik des Hieronymus
findet sich zum Jahr der Entscheidungsschlacht zumindest der Zusatz,
37
daß Einige die Monarchie des Augustus von hier an berechneten . Für
andere Autoren ist dieses Jahr nicht so sehr das erste der Alleinherrschaft
3S
des Augustus als vielmehr das erste der Kaiserherrschaft überhaupt . Doch
eine größere Rolle für die Zeitrechnung spielt die Schlacht von Actium nur
als Ausgangspunkt weitverbreiteter, aber gleichwohl lokal begrenzt verwen­
deter städtischer oder provinzialer Ären im griechischen Osten, die sich
weniger durch allgemeine Erwägungen zur Regierungszeit des Augustus als
vielmehr durch den Wechsel der Herrschaft in den betreffenden Gebieten

34. Als erster Kaiser gilt Caesar in sämtlichen oben Anm. 26 f. 29 f. für eine mindestens 56jäh-
rige Regierung des Augustus angeführten Chroniken außer dem liber generationis I (Anm. 30)
und den laterculi imperatorum ad Iustinum I bzw. Malalianus {Anm. 26) ; außerdem zusätzlich
in der Chronica Pseudoisidoriana attributa Augustino et Hieronymo {Chron. min. II p. 499,)
enge Verbindung zwischen einem Beginn der Kaiserherrschart mit Caesar und einer langen
Regierungszeit des Augustus wird besonders deutlich bei C L E M . A L E X . Strom. I 21 § 144, wo
nacheinander zwei unterschiedliche Listen der römischen Kaiser zitiert werden ; die erste beginnt
mit Augustus, der hiernach 43 Jahre (d. h. ab 30 v. Chr. ; vgl. unten Anm. 40) regierte, die zweite
mit Caesar, wobei die (fehlerhaft überlieferte ; vgl. oben Anm. 27) Angabe der Regierungsjahre des
Augustus vom Jahr 43 v. Chr. ausgeht. Hinzu kommen weitere literarische Belege fur Caesar als
ersten Kaiser : V I T R . I praef. 2 ; P L I N . Ep. V 3, 5 ; T A C . Ann. XIII 3, 1 ff. ; F R O N T O epist. ad Verum
imperatorem II 1, 10 pag. 123 van den Hout; los., AJ, XVIII 2, 2 § 32; 6, 10 § 224; XLX 2, 2
§ 173-174; 2, 3 § 187; Axv.prooem. 6, 22-23; P L U T . Num. 19, 6 ; T H E O P H . Apnoen. AdAutol.
3,27 (nach Chryseros ; vgl. oben Anm. 27) sowie die Aufnahme Caesars in den Biographienzyklus
Suetons, die Epigrammzyklen des Ausonius oder Julians Caesares. Vgl. H Ä U S S L E R R., Tacitus und
das historische Bewußtsein, Heidelberg, 1965, 253 f. ; G E I G E R J., «Zum Bild Julius Caesars in der
römischen Kaiserzeit», Historia 24, 1975, 444-453; D O N I É P., Untersuchungen zum Caesarbild in
der römischen Kaiserzeit, Hamburg, 1996, 95. 152 f. Anm. 18; 158 f. 181. 215 f. 237 f. ; S I O N -
J E N K I S , op. dt., 53 fT. (dort 55 Anm. 254 ist S U E T . Calig. 60 zu streichen) ; K I E N A S T D., « Augustus
und Caesar», Chiron 31, 2001, 1-26, bes. 25.
35. H I E R . Chron. S. 156 f. Helm.
36. Dìo LI 1,1 f. ; LVI30, 5. Vgl. M A N U W A L D B., Cassius Dio und Augustus op. cit., 79; S I O N - J E N K I S ,
op. cit., 61 f.
37. p. 163 c Helm; vgl. ibid. 392 (weitere Belege).
38. A U R . V I C T . de Caes. 1,1; A U R . V I C T . Epit. 1, 1 ; in beiden Abrissen wird der Übergang zur
Kaiserherrschaft in das 722. Jahr der Stadt gesetzt. Nach der varronischen Chronologie wäre dies
32 v. Chr. ; vgl. jedoch die um ein Jahr abweichende Chronologie der Fasti Capitolini, wonach 722
a. u. c. 31 v. Chr. entspricht. Zum Verhältnis der beiden Geschichtsabrisse zueinander s. S C H L U M -
B E R G E R J., Die Epitome de Caesaribus. Untersuchungen zur heidnischen Geschichtsschreibu
Jahrhunderts n. Chr., München, 1974 , 17 ff.

34
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

39
erklären . Dementsprechend geht die Zeitrechnung in Ägypten auch nicht
von Actium, sondern von der Eroberung von Alexandrien am 1. August
40
30 v. Chr. aus .
Noch geringer ist die Rolle, die die für Mommsen so entschei­
dende Neuordnung des Staates nach dem Ende der Bürgerkriege für
die Zeitrechnung spielt. Ausdrückliche Verknüpfungen des Beginns der
Monarchie mit der Verfassungsreform finden sich nur an zwei weiteren
Stellen bei Cassius Dio, nämlich im Zusammenhang mit der 29 v. Chr.
angesetzten, die Vor- und Nachteile der jeweiligen Systeme darlegenden
fiktiven Beratung Octavians mit Agrippa und Maecenas sowie anläßlich
41
der Reformen vom Januar 27 v. Chr. . Daneben ist noch Censorinus zu
nennen, der in seiner Schrift de die natali das Jahr 27, ausgehend von
der Verleihung des Augustusnamens, als erstes in einer Reihe von anni
42
Augustorum zählt .
Soweit der Überblick über die antiken Vorstellungen vom Zeitpunkt
des Beginns der Herrschaft des Augustus. Am häufigsten wird er im Jahr
43 v. Chr. angesetzt. Nirgends außer bei Eutrop findet sich freilich eine
Andeutung, daß dieser Ansatz etwas mit dem Principatsgedanken zu tun
haben könnte. Deutlich wird nur, daß er vom Konzept der Monarchie
zu trennen ist, denn es wird zwar vielfach die gesamte Regierungszeit als
Einheit gesehen und damit der Kaiserherrschaft zugerechnet, doch soweit
ausdrücklich von der Alleinherrschaft des Augustus die Rede ist, wird
- gleich ob mit ihr seine Herrschaft insgesamt oder nur die zweite Phase
seiner mindestens 56jährigen Regierung gemeint ist - deren Beginn frühe­
stens bei der Schlacht von Actium angesetzt. Als Ausgangspunkte fur die
auf einen frühen Herrschaftsbeginn bezogenen Zeitangaben lassen sich der
Antritt des ersten Consulats am 19. August und mit einiger Sicherheit die
erste Imperator-Akklamation am 16. April 43 v. Chr. fassen. Der Triumvirat
hingegen wird zwar berücksichtigt, wo es darum geht, eine Phase gemein­
sam mit Anderen ausgeübter Herrschaft von der monarchischen Phase zu
43
trennen, doch für die Zeitangaben spielt er offenbar keine Rolle . Im

39. L E S C H H O R N W„ Antike Aren. Zeitrechnung, Politik und Geschichte im Schwarzmeerraum un


in Kleinasien nördlich des Tauros, Stuttgart, 1993, 225ff.;K I E N A S T D., Römische Kaisertabelle.
Grundzüge einer römischen Kaiserchronologie, 2. Auflage, Darmstadt, 1996, 14 f.; zu einer
Berechnung nach der aktischen Ära s. auch los. Λ/XVIII, 2, 1 § 26.
40. K I E N A S T , Aren, op. cit., p. 15ff.(mit weiterer Lit. S. 68). Dementsprechend schreiben alexandrini-
sche bzw. von solchen abhängige Autoren dem Augustus 43 Regierungsjahre zu : P H I L O A L E X . leg.
ad Gaium 22 § 148 ; C L E M . A L E X . Strom. 121 £ 144,2 ; Tert. VIII10, 5 ; Chron. min. III p. 448.
451.454 (Kaiserlisten byzantinischer Zeit; zu ihrem alexandrinischen Ursprung s. H. Usener ebd.
p. 439). Vgl. auch C E N S . 21,9 zur Zeitrechnung der Ägypter.
41. Dio LH 1, 1 ; LUI 17, 1 ; vgl. M A N U W A L D B., Cassius Dio und Augustus op. cit., 77-100; S I O N -
J E N K I S , op. cit., 62 f.
42. C E N S . 21, 8; vgl. 22, 16 (s. unten Anm. 45).
43. Der im Vertrag von Bononia Ende Oktober 43 v. Chr. vereinbarte Triumvirat wurde durch
die lex Titta vom 27. November sanktioniert ( F A D I N G E R V., Die Begründung des Prinzipats.
Quellenkritische und staatsrechtliche Untersuchungen zu Cassius Dio und der Parallelüberlie
Berlin, 1969, 31ff.;K I E N A S T D., Augustus op. cit., 37-39) und lief wohl Ende 33 v. Chr. aus
( G I R A R D E T K. M., «Per continuos annos decern [rgdA 7, 1]. Zur Frage nach dem Endtermin des
Triumvirats», Chiron25, 1995,147-161 = ders., Rom auf dem Wegvon der Republik zum Prinzipat,

35
MARTIN SPANNAGEL

übrigen sind die Quellen fur die Dauer bzw. den Beginn der Regierung,
sieht man von den unmittelbar auf den Herrschaftswechsel in den betref­
fenden Regionen bezogenen lokalen Ären ab, durchweg erst nachaugu­
steisch, so daß das deutliche Übergewicht des Ansatzes im Jahr 43 v. Chr.
noch nichts über die Vorstellungen von Augustus' eigener Zeit aussagen
muß. Gleichwohl ist zu fragen, wie die in auffalligem Gegensatz zur neu­
zeitlichen Geschichtsschreibung stehende Tendenz der antiken Autoren,
den Beginn seiner Herrschaft derart früh anzusetzen, zustandekommt, und
ob ihre Wurzeln nicht schon in der augusteischen Zeit liegen. Tatsächlich
wurden auch zu Augustus' Lebzeiten Vorgänge des Jahres 43 in einer Weise
hervorgehoben, die hieran kaum zweifeln läßt.
Zunächst zum Consulatsantritt, der ja den Ausgangspunkt der
56 Regierungsjahre bildet, und dessen Tag von Tacitus später als dies
44
accepti quondam imperii princeps bezeichnet w i r d . Aufschlußreich ist
hier zunächst die im Jahr 8 v. Chr. erfolgte Umbenennung des Monats
Sextiiis zu Ehren des Herrschers. Denn daß man hierfür eben den Sextiiis
wählte und nicht etwa den gleichfalls in Betracht gezogenen September, in
dem Augustus geboren war, hatte zwar primär wohl damit zu tun, daß der
neue Monat Augustus dadurch, anstatt die Reihe der lediglich nach Zahlen
benannten Monate zu unterbrechen, an den nach Caesar benannten Iulius
anschloß, doch die offizielle Begründung in dem durch Macrobius über­
lieferten Dekret des Senats zielte allein auf die Bedeutung des Sextiiis für
die bisherige Laufbahn des Geehrten. Und hierbei wurde an erster Stelle
der Antritt des ersten Consulats im Jahr 43 genannt, sodann - in einer
weder an der Chronologie der Ereignisse noch an der Abfolge der jeweiligen
Jahrestage im Kalender ausgerichteten Aufzählung - die drei Triumphe des
Jahres 29, die wiederum in das Jahr 43 gehörende Herabfuhrung künftig
seinen Auspizien folgender Legionen vom Ianiculus und schließlich die
30 v. Chr. erfolgte Unterwerfung Ägyptens und das damit verbundene
45
Ende der Bürgerkriege . In Cumae war nach dem dort gefundenen

Antiquitas, 1 Bd. 53, Bonn, 2007, 315-332; vgl. die Diskussion bei H U R L E T Fr., «Le passage de
la République à l'Empire: questions anciennes, nouvelles réponses», REA 110, 2008, 215-236:
227-230). Von keinem dieser Daten lassen sich in den Angaben zur Herrschartsdauer Reflexe
fassen ; andererseitsfindensich in Quellen, die die gemeinsame Regierung der Triumvirn von
der Alleinherrschaft des Augustus trennen, Spuren anderer, unmittelbar auf diesen bezogener
Ausgangspunkte. So wird bei Eutrop (s. oben Anm. 17) zunächst der Consulatsantritt genannt,
und bei Sueton (s. oben Anm. 25) bezieht sich das ab eo tempore am Beginn des Satzes auf die
zuvor beschriebene Annahme von Caesars Erbe, die am 8. Mai 44 v. Chr. stattgefunden hatte
( S C H M I T T H E N N E R W., Oktavian und das Testament Caesars. Eine Untersuchung zu den politis
Anfangen des Augustus, 2. Aufl., München, 1972 ; G O T T E R U., Der Dictator ist tot! Politik in Ro
zwischen den Iden des März und der Begründung des zweiten Triumvirats, Stuttgart, 1996, 56-
S C H U M A C H E R L., « Oktavian und das Testament Caesars », ZRG116,1999, p. 49-70), während die
kaum zufallig an RgdA 1 anknüpfende Formulierung exercitibus comparatis zunächst auf Vorgänge
im Herbst desselben Jahres verweist (s. unten Anm. 63 f.).
44. TAC. Ann. 19, 1 ; s. oben Anm. 24.
45. M A C R . Sat. I 12, 35 : cum Imperator Caesar Augustus mense Sextiii etprimum consulatum i
triumphos très in urbem intulerit et ex Ianiculo legiones deductae secutaeque sint eius auspic
sed etAegyptus hoc mense in potestatem populi Romani redacta sitfinisquehoc mense belli
impositus sit atque ob has causas hic mensis huic imperio felicissimus sit ac fuerit, piacere
hic mensis Augustus appelletur. Vgl. auch S U E T . Aug. 31,2 Annum a Divo Tulio ordinatum, se

36
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

spätaugusteischen Festverzeichnis der Jahrestag des Consulatsantritts einer


von zahlreichen an Ereignisse aus dem Leben des Augustus und weiterer
Mitglieder des Kaiserhauses anknüpfenden Terminen für alljährliche
46
Supplicationen . Einen weiteren Beleg für die Hervorhebung von
Augustus* erstem Consulat in augusteischer Zeit bieten die im Jahr 2 v. Chr.
entstandenen Fasti magistrorum vici; sie enthalten eine Liste der Consuln
und Censoren, und diese Liste beginnt im Jahr 43 mit dem Consulat von
Octavian und Q. Pedius, die hier, obwohl in Wahrheit nur für die im
Mutinensischen Krieg gefallenen Consuln Hirtius und Pansa nachgerückt,
fälschlich als ordentliche Consuln hingestellt werden ; so wird Augustus*
erste Übernahme des traditionellen jährlichen Oberamtes geradezu zu einer
47
Epochengrenze stilisiert . Die besondere Bedeutung, die dem damaligen

neglegentia conturbatimi atque confiisum, rursus adpristinam rationem redegit; in cuius


Sextilem mensem e suo cognomine nuncupavit, magis quam Septembrem quo erat natus,
et primus consulates et insignes victoriae optigissent; Dio LV 6, 6 f. ; C E N S . 22, 16 ; L Y D . mens
Vgl. A. D E G R A S S I , Inscr. Ital. XIII2 S. 321 f. ; S P A N N A G E L , op. cit., 50 Anm. 224 ; 189 Anm. 651 ;
338 Anm. 534. - Zum Consulatsantritt s. oben Anm. 23.
2
46. CIL I p. 229 η. X; CILX 8375; ILS 108; Inscr. Ital XIII2 S. 279, Z. 1 : [XlIIIk. Septembres). Eo
die Caesarprt\mum consulatem in[iit. Supplication. Cf. M O M M S E N , «Festverzeichniss» [zit. oben
Anm. 9] ; A L B E R T , R., Das Bild des Augustes auf denfrühen Reichsprägungen. Studien zur Vergöttli
des ersten Prinzeps, Speyer 1981, 96 f. ; zu den Supplicationen vgl. WISSOWA G., Religion und Kulte
der Römer (= HdA IV 5), 2. Aufl, München, 1912, 58 f. 423-426 ; F R E Y B U R G E R G., « La supplica­
tion d'action de grâce sous le Haut-Empire » ANRWll 16,2, Berlin - New York, 1978,1418-1439
y

(hier 1436 zum Feriale Cumanum). - Die fragliche Notiz ist die oberste erhaltene in dem allseitig
fragmentierten Verzeichnis, das zwischen 4 und 14 n. Chr. entstanden sein muß. Ob ihre in der auf
Mommsen zurückgehenden Ergänzung vorausgesetzte Fesdegung auf den 19. August zutrifft, ist
umstritten : da in den beiden folgenden Zeilen die irgendwann nach der Schlacht von Naulochos
erfolgte Unterwerfung des Heeres des Lepidus sowie der Geburtstag des Augustus (am 23. Sept.)
genannt werden, hat sie zur Folge, daß in dem Feriale (in dem, jedenfalls nach Mommsens
Ergänzung, das Gefecht von Forum Gallorum sogar doppelt berücksichtigt war; s. unten Anm.
53) weder die Schlacht von Actium noch die von Naulochos (am 2. bzw. 3. September) genannt
gewesen sein können. Deshalb nahm B O S W O R T H A. B„ « Augustus and August : Some Pitfalls of
1
Historical Fiction» , HSPh 86, 1982, 151-170 an, als Termin des Consulatsantritts hätte hier der 22.
September gegolten, eine Terminvariante, die nur bei Veil. 2, 65, 2 vorkommt und deshalb meist
als Fehler dieses Autors betrachtet wird, von Bosworth aber auf die Autobiographie des Augustus
zurückführt wird. Schon wegen der Rolle des Termins im Sextiiis bei dessen Umbenennung ist
diese Lösung aber kaum plausibel ; zudem fuhrt sie dazu, daß dann im Feriale fur die Unterwerfung
von Lepidus' Heer kein eigener Tag mehr zur Verfugung stünde. - Unklar ist auch, wann das vom
Kalenderjahr abweichende Festjahr in Cumae begonnen hat. Mommsen, der den untersten von
ihm ergänzten Eintrag (in der vorletzten erhaltenen Zeile) auf den Geburtstag Caesars am 12. Juli
bezogen hat, hat angenommen, daß der ihm zufolge am Beginn stehende 19. August zugleich
als lokaler Neujahrstag gegolten hätte, und hat darin einen Beleg für seine Vermutung gesehen,
daß Augustus selber den Consulatsantritt als Ausgangspunkt seines Principats betrachtet hätte
(s. oben Anm. 9). Doch auch die Ergänzung der unteren Zeilen ist unsicher (s. B O R M A N N E.,
AEM19, 1896, 118 f. ; S P A N N A G E L , op. cit., 42 Anm. 170 = AE1999, 28), und so kommen als
Neujahrstag des dortigen Festjahrs ebensogut der 1. Juli (so B O R M A N N a. O. in Analogie zu Pompeji
und Venusia), der 1. August (an ihm traten in Rom die Vicomagistri ihr Amt an: Inscr. Ital.
XIII 1 S. 289 f.; XIII 2 S. 490; N I B B L I N G G., Historia 5, 1956, 323 ff.) oder (gemäß S U E T . Aug.
59 quaedam Italiae civitates diem, quo primum ad se venisset, initium annificerunt)ein aus ö
Gegebenheiten abgeleiteter Tag in Frage.
47. Inscr. Ital. XIII 1 S. 282. 287 Taf. 86. 88 ; Inscr. Ital. XIII 2 S. 93 Taf. 24 f. ; B O D E L J., ZPE105,
1995,283 f. ; R Ü P K E J., Kalender und Öffentlichkeit. Die Geschichte der Repräsentation und religiö
Qualifikation von Zeit in Rom, R G W 40, Berlin - New York 1995, 59 ; allgemein zu den Fasti
ministrorum vici s. auch L O T T J.B., The Neighborhoods of Augustan Rome, Cambridge, 2004, 91 ff.
mit Abb. 7; 194 ff. Nr. 22. Auch weitere mit Kaiendarien kombinierte Consullisten könnten mit
dem 1. Consulat des späteren Augustus begonnen haben, so etwa die der Fasten von Tauromenium
( R U C K B., ZPE 111, 1996, 274), wo die erhaltenen Fragmente der Liste die Jahre 39-34 und 30-

37
MARTIN SPANNAGEL

Consulatsantritt beigemessen wurde, zeigt sich auch an der Nachricht,


4 8
daß hierbei zwölf Geier erschienen seien - ein gleichartiges Vorzeichen
49
soll schon dem Romulus bei der Stadtgründung zuteil geworden sein ;
der Dichter Ennius aber hatte dieses Vorbild, das auch im Giebel des von
Augustus gestifteten, 16 v. Chr. geweihten Neubaus des Quirinustempels zu
50
sehen war , in einem berühmten Vers als augurium augustum bezeichnet,
so daß das im Januar 27 verliehene Cognomen des Princeps nicht nur einen
51
deutlichen Verweis auf Romulus enthielt , sondern indirekt auch auf die
Amtsübernahme des Jahres 43 bezogen werden konnte.
Der Antritt seines ersten Consulats ist jedoch nicht das einzige Ereignis
aus der Anfangszeit der Karriere des Augustus, das auch während seiner
Alleinherrschaft besonders hervorgehoben wurde. Schon im Senatsbeschluß
zur Begründung des neuen Monatsnamens erscheint ja mit der Bemerkung
et ex Ianicub legiones deductae secutaeque sint eius auspicio, ac fidem noch ein
weiterer Vorgang desselben Jahres ; gemeint sind hier die bei Octavians zur
Consulwahl führendem zweitem Marsch auf Rom zu ihm übergelaufenen
52
drei Legionen . Die erste Imperator-Akklamation am 16. April 43, auf
die sich trotz einer geringfügigen Differenz wohl eine der Angaben zur
Herrschaftsdauer beziehen läßt, bildete - vorausgesetzt, die entsprechen­
den Ergänzungen treffen zu - ebenso wie das vorangegangene Gefecht
von Forum Gallorum, das ihr zugrundelag, den Anlaß für jährliche Opfer

28 v. Chr. betreffen, oder die der Fasti Praenestini (Inscr. hai XIII 1, S. 260; erhalten 5-7 und
18-19 n. Chr.). Zur Bedeutung als Epochengrenze vgl. das Breviarium des Festus (oben Anm. 32),
wo die Republik mit Hirtius und Pansa endet.
48. S U E T . Aug. 95 primo autem consulatu et augurium capienti duodecim se vultures utRomub ost
et immoknti omnium victimarum iocinera replicata intrinsecus ab ima fibra paruerunt, nem
torum aliter coiectante quam laetaper haec et magnaportendi; APP. Civ. III 94, 388 ; Dio XLVI
2-3 ; O B S E Q . 69. Vgl. E R K E L L H., Augustus, Felicitas, Fortuna. Lateinische Wortstudien, Götebor
1952, 30-32; S P E Y E R W, RAC9, Stuttgart, 1976, s. v. Geier 1976, 450 f.; S P A N N A G E L , op. cit.,
188 f. mit Anm. 649; S C H E I D J., «Ronald Syme et la religion des Romains», G I O V A N N I N I
A. (Hrsg.), La révolution romaine après Ronald Syme, Entretiens sur l'antiquité classique XLVI
Vandceuvres-Genève 6-10 sept. 1999, Genève, 2000, 39-72: 43-45; H U R L E T Fr., «Les Auspices
d'Octavien/Auguste », CCG 12, 2001, 156; S U M I G.S., Ceremony and Power op. cit., 312 f.
Anm. 59 zu S. 179; E N G E L S D., Das römische Vorzeichenwesen (753-27 v. Chr.). Quellen,
Terminologie, Kommentar, historische Entwicklung, Stuttgart, 2007, 685 f. RVW 350.
49. Cic. Diu 1, 107-108 = Ε Ν Ν . Ann. 72-91 Sk; Lrv. I 5, 4 - 7, 1 ; Ov. Fast. IV 813-818; D I O N .
H A L . Ant. I 86, 1 - 87, 1 ; P L U T . Rom. 9, 5 ff. Vgl. S P E Y E R W, RAC9, 448-450; S P A N N A G E L ,
op. cit., 179 ; D E M A G I S T R I S E., Paestum e Roma Quadrata. Ricerche sullo spazio augurale, Na
2007, 99 ff.; E N G E L S , op. cit., p. 307-309 RVW 11.
50. Bezeugt durch eine vielleicht vom Templum gentis Flaviae stammende Reliefdarstellung:
H O M M E L P., Studien zu den römischen Figurengiebeln der Kaiserzeit, Berlin, 1954, 9-22 Taf. 1 ;
R I T T E R S., Hercules in der römischen Kunst, Archäologie und Geschichte Bd. 5» Heidelberg, 1995,
142-146 Taf. 10, 6; S P A N N A G E L , op. cit., p. 189 mit Anm. 660.
51. Ε Ν Ν . Ann. 155 Sk Augusto augurio postquam incluta condita Roma est (= "VARRÒ Rust. III 1,2 ; S U
Aug. 7, 2, wo der Vers zur Erläuterung des Augustusnamens herangezogen ist). Vgl. S P A N N A G E L ,
op. cit., 179 mit Anm. 585 ; zu den Implikationen des Namens s. auch E R K E L L , op. cit., 9-39;
G U I Z Z I F., Principato op. cit., 137 ff.; S P E Y E R W, «Das Verhältnis des Augustus zur Religion»,
ANRWll 16, 3, Berlin - New York, 1986, 1797; S P A N N A G E L , op. cit., 188 f. mit Anm. 651.
52. A P P . Civ. III 92, 381 ; Dio XLVI 45, 2; vgl. A L F Ö L D I Α., «Der Einmarsch Octavians in Rom,
August 43 v. Chr.», Hermes 86, 1958, 483-486 = ders., Caesariana. Gesammelte Aufsätze zur
Geschichte Caesars und seiner Zeit, Bonn, 1984, 295-316; B O T E R M A N N H., Die Soldaten und die
römische Politik in der Zeit von Caesars Tod bis zur Begründung des Zweiten Triumvirats, Münche
1968, 153. 203; W O Y T E K B., Arma, op. cit., 363 f.

38
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNGVONAUGUSTUS'PRINCIPAT...

53
in Cumae . Noch bedeutsamer ist die Überlieferung zu einem weiteren
Datum des Jahres 43, nämlich zum 7. Januar, an dem Octavian in Spoletium
das ihm fünf Tage zuvor auf Antrag Ciceros vom Senat zuerkannte pro-
54
prätorische Imperium angetreten hatte . Die an diesem Tag in Cumae
veranstalteten Supplicationen, zu deren Erläuterung es im Feriale hieß: [eo
die Caesar] primum fasces sumpsit, galten dem Iuppiter Sempiternus, so daß
55
hier der Gedanke der Ewigkeit mitspielte . Und bei dem 11 n. Chr. von
der Plebs der Narbonensier dem Numen des Augustus gestifteten Altar, wo
dies gleichfalls einer der vorgesehenen jährlichen Opfertermine war, lautete
%
die Begründung : qua die primum imperium orbis terrarum auspicatus est ;
der Tag wurde also mit der Verheißung der Weltherrschaft des Augustus
57
verbunden . Über die damalige Einholung der Auspicien ist sonst nichts
bekannt, doch wird mehrfach von einem besonderen Vorzeichen berichtet,
das sich bei einem anläßlich dieser Kommandoübernahme von Octavian
58
durchgeführten Opfer gezeigt haben soll . Im Bericht hierüber spricht
Plinius vom primo potestatis suae die, und tatsächlich hat Augustus von da
59
an bis an sein Lebensende kontinuierlich über ein imperium verfugt .

53. Inscr. ltd. XIII2 S. 279, Ζ. 15 f. : [XVII k. Mai. Eo die Caesar primum vicit. Suppli]catio Victor
Augustae bzw. [XVI k. Mai. Eo die Caesar primum imperator app]ellatus est. Supplicatio F
Imperi. Zu den Vorgängen s. oben Anm. 28.
54. Zu den Vorgängen s. K I E N A S T D., Augustus op. cit., 31 f.
55. Inscr. Ital. XIII 2 S. 279, Z. 9 : VII idus Ianuar(ias). [Eo die Caesar] primum fasces sumpsi
Supp<l>icatio Iovi Sempiterno] ; zum Tag und einer entsprechenden Eintragung in den Fasti
Praenestini s. auch ebd. S. 392. Als Epiklese des Iuppiter ist Sempiternus nur hier bezeugt;
vgl. K O C H C , «Roma aeterna», Gymnasium 59, 1952, 209 = ders., Religio. Studien zu Kult und
Glauben der Römer, Nürnberg, 1960, 173 = K L E I N R. (Hrsg.), Prinzipat und Freiheit, Wege der
Forschung 135, Darmstadt 1969, 64 Anm. 49. Allgemein zum römischen aeternitas-Gedanken
s. I N S T I N S K Y H.U., «Kaiser und Ewigkeit», Hermes 77, 1942, 313-355 = in: K L O F T H. (Hrsg.),
Ideologie und Herrschaft in der Antike, Wege der Forschung 528, Darmstadt, 1979, 416-472;
weitere Lit. bei A L F Ö L D Y G., Athenaeum 61, 1983, 372 = Anm. 23.
56. CIL XII4333 = ILS 112 = E-J, Nr. 100 Z. 23-28 : VII quoq(ue) idus Ianuar(ias), qua die primum
imperium orbis terrarum auspicatus est, thure vino supplicent et hostias singul(as) inmol
incolisque thus vinum ea diepraestent; zum Kult, vgl. K N E I S S L P., «Entstehung und Bedeutung
der Augustalität. Zur Inschrift der ara Narbonensis (CIL XII 4333) », Chiron 10, 1980, 291-326 ;
A L B E R T R., op. cit., 97 f.; zur Bedeutung des Numen Augusti auch P Ö T S C H E R W, «Numen und
numen Augusti», ANRWll 16, 1, Berlin - New York, 1978, 380 fF., zu den Supplicationen,
F R E Y B U R G E R G., ibid., II 16, 2,1435 f.
57. Zur Formulierung ist die an die Auspizien des Romulus geknüpfte Prophezeiung der Weltherrschaft
Verg. Aen. VI 781 fF. (en huius, nate, auspiciis illa incluta Roma/imperium terris, animos ae
Olympo...) zu vergleichen, zur Bezugnahme auf den orbis terrarum außerdem der Kommentar zum
Geburtstag des Augustus in derselben Inschrift: qua die eum saeculifélicitas orbi terrarum rectorem
edidit. Vgl. VOGT ]., Orbis. Ausgewählte Schriften zur Geschichte des Altertums, Freiburg - Bas
Wien, 1960,151-171 ; M O Y N I H A N R., « Geographical Mythology and Roman Imperial Ideology »,
W I N K E S R. (Hrsg.), The Age of Augustus. Conference held at Brown University Providence, Rhode
Island, 1982, Providence - Louvain-la-Neuve, 1985, 149-162; N I C O L E T C , L'Inventaire du Monde.
Géographie et politique aux origines de l'Empire romain, Paris, 1988, 41 ff. sowie unten Anm. 91
58. O B S E Q . 69 Caesari cum honores decreti essent et imperium adversus Antonium, immolanti d
exta apparuerunt; P L I N . Nat. XI 190 Divo Augusto Spoleti sacrificanti primo potestatis sua
sex victimarum iocinera replicata intrinsecus ab imafibrareperta sunt responsumque dup
intra annum imperium ; Dio XLVI 35, 4 ; vgl. auch S U E T . Aug. 95 (oben Anm. 48), der dasselbe
Vorzeichen auf den Consulatsantritt bezieht. Vgl. E N G E L S , op. cit., 685 RVW 349.
59. G i R A R D E T K. M., « Imperium maius : Politische und verfassungsrechdiche Aspekte. Versuch einer
Klärung», G I O V A N N I N I , Révolution, op. cit. (s. oben Anm. 48), 167-236 = G I R A R D E T , Rom, op. cit.
(s. oben Anm. 43), 461-521.

39
Die Annahme, der in der späteren Geschichtsschreibung dominierende
Ansatz des Beginns der Herrschaft des Augustus in das Jahr 43 v. Chr.
gehe schon auf seine Zeit zurück, findet in diesen Quellen zweifellos eine
Stütze. Freilich haben sie kaum etwas mit der Principatsideologie zu tun.
Denn während diese auf die zivile Stellung des Augustus zielte, implizie­
ren jene Quellen eine geradezu religiöse Überhöhung. Gleichwohl dürften
auch sie auf Vorstellungen des Augustus Bezug genommen haben, schon
deshalb, weil es sowohl bei dem neuen Monatsnamen als auch bei den
Opfern an einzelnen Gedenktagen ja letztlich darum ging, ihn in möglichst
anspruchsvoller Form zu ehren, und hierbei bezog man sich zweifellos
auch auf Erwartungen, die man dem Geehrten selber zuschrieb. So stellt
sich zwangsläufig die Frage, welchen Stellenwert die Vorgänge vom Beginn
seiner politischen Karriere eigentlich für ihn besaßen, und ob sie nicht
wenigstens in seinen Augen mit seiner Rolle als Princeps zu tun hatten, die
er ja als die eigentliche Grundlage seiner Herrschaft hinstellte. Tatsächlich
glaube ich, daß auch er selber schon seinen spektakulären Eintritt in die
Politik durchaus seinem Principat zurechnete. Ich möchte dies anhand
seiner Res gestae zeigen.
Zunächst zur Verwendung des Begriffs princeps. Bekanndich kann keine
Rede davon sein, daß Augustus dessen Anwendung auf sich selbst auf die
Zeit nach den Reformen der Jahre 28/27 beschränken würde. So heißt
es über die dreimalige Schließung des Ianus: [Ianum] Quirin[um... ter
meprinci\pe senat]us claudendum esse censui[t]; der erste der hier erwähn­
ten drei Senatsbeschlüsse aber erfolgte bereits am 11. Januar 29 v. Chr.,
so daß Augustus diesen Tag hier zweifelsfrei der Zeit seiner Stellung als
60
princeps zuordnet . Und eine weitere Stelle bezieht sich schon auf die
Zeit des Triumvirats. Im 30. Kapitel schreibt Augustus, als Einleitung
zu dem Bericht über die Eroberung Pannoniens durch seinen Stiefsohn
Tiberius: Pannoniorum gentes, qua[s d\nte meprincipempopuli Romani
exercitus nunquam adit... ; da aber er selber im Rahmen seiner illyrischen
Unternehmungen in den Jahren 35-33 v. Chr. bereits zu pannonischen
Völkerschaften vorgedrungen war, hat er auch diese Zeit hier offenbar sei­
61
nem Principat zugerechnet .
Wenn nun aber Augustus in den Res gestae schon seine Stellung in der
Mitte der 30er Jahre unter seine Rolle als princeps subsumiert, so zeigt
das unmißverständlich, daß der Begriff in seinen Augen nichts mit der

60. RgdA 13 ; zu den Schließungen unter Augustus s. S Y M E R., History in Ovid, Oxford, 1978, 170 f. ;
K I E N A S T D., Augustus op. cit., 222 f. ; zur Konsequenz im Hinblick auf die zeitliche Ausdehnung
der Rolle als princeps s. A N D E R S E N H.A., op. cit., 51 ; G U I Z Z I E, Principato, op. cit., 35.
61. RgdA 30; zur daraus resultierenden Einbeziehung der entsprechenden Jahre in den Principat
s. A N D E R S E N , op. cit., 51 ; S C H M I T T H E N N E R , « Octavians mil. Untern. » (zit. oben Anm. 20), 200,
Anm. 1 ; G U I Z Z I E, Principato op. cit., 37. W E B E R , op. cit., 211 und I N S T I N S K Y H.U., «Ante me
principem», Hermes 87, 1959, 380 f. (akzeptiert von W I C K E R T L., Neue Forschungen (zit. oben
Anm. 11), 26 ; vgl. auch die widersprüchliche Darstellung von W I C K E R T L . , RES. V. Princeps [civi­
tatis], 2070 f.) haben diese Konsequenz bestritten, doch ohne überzeugende Argumente.

40
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

62
Alleinherrschaft oder gar der ,Principatsverfassung zu tun hat ; vielmehr
geht er offensichtlich von einem früheren Beginn seines Principats aus. Wo
aber ist dieser Beginn dann anzusetzen ? Ich denke, es kommen allein die
Ereignisse in Frage, mit denen Octavians selbständige politische Karriere
einsetzt. In den Res gestae sind jedenfalls allein sie genügend hervorgeho­
ben, um einen solchen Anspruch zu rechtfertigen ; mit ihnen, genauer
mit der noch im Herbst 44 erfolgten Aufstellung eines Heeres, setzt der
Tatenbericht wie mit einem Paukenschlag ein, während die Vorgänge der
30er Jahre nur eher beiläufig an verschiedenen Stellen erwähnt werden.
Betrachten wir dieses erste Kapitel etwas genauer. Zunächst den ersten
Satz. Er lautet : Annos undeviginti natus exercitum privato Consilio et privata
impensa comparavi, per quem rempublicam a dominationefactionis oppressam
60
in libertatem vindicavi .
Der Vorgang, der sich hinter diesem Satz verbirgt - das eigenmächtige
Anwerben von Soldaten für eine gegen den rechtmäßigen Consul
64
M. Antonius gerichtete Privatarmee im Spätherbst 44 v. Chr. - war alles
andere als gesetzlich. Aber indem er als Befreiungstat für den Staat hinges­
65
tellt wird, erscheint er als positive Leistung , wobei die Hinweise auf das

62. Daß er auch von anderen schon vor 27 v. Chr. als princeps angesprochen wurde, zeigt Hör.
carm. I 2, 50 (verfaßt wohl 29/28 v. Chr.) hic ames dici pater atque princeps. V E L L . II 81, 1
bezeichnet Augustus im Zusammenhang mit Ereignissen des Jahres 36 v. Chr. als princeps ;
s. S C H M I T T H E N N E R W. (zit. oben Anm. 20), p. 200 Anm. 1 ; T I M P E D., Untersuchungen zur
Kontinuität desfrühenPrinzipats, Wiesbaden 1962, 21 f.; K I E N A S T D., Augustus op. cit., 205 f.
Anm. 10 ( S C H W I N D , Th. L. L. s. v. princeps, col. 1283,64 wird die Stelle hingegen als Verwendung
per άναχρονισμόν betrachtet). Vgl. auch S I O N - J E N K I S , op. cit., 28 zur Verwendung des Begriffs
princeps bei Florus.
63. RgdA 1 ; vgl. W E B E R , op. cit., 136 ff.; 134* ff.; S K A R D E., «ZU Monumentum Ancyranum < 1 >»,
5031,1955,119-121 ; B R A U N E R T H., «Zum Eingangssatz der res gestae Divi Augusti», Chiron 4,
1974,343-358 = ders., Politik, Recht und Gesehschaftin der griechisch-römischer Antike. Gesamm
Aufsätze und Reden, Stuttgart, 1980, 238-254; E H R H A R D T C , «TWO quotations by Augustus
Caesar», LCM11, 8, 1986, 132 f. ; G A L I N S K Y K„ Augustan Culture. An Interpretive Introduction,
Princeton 1996,42 ff. ; L E H M A N N G A , « Der Beginn der Res gestae des Augustus und das politische
exemplum des Cn. Pompeius Magnus», ZPE148, 2004, 151-162; weitere Lit. bei MATIJEVICÎ Κ.,
Marcus Antonius. Consul-Proconsul-Staatsfeind. Die Politik der Jahre 44 und 43 v. Chr.,
Westf., 2006,189 f. Anm. 293.
64. Vgl. W A L S E R G . , «Der Kaiser als Vindex Libertatis», Historia 4, 1955, 353-367:357 ff.;
B O T E R M A N N H., op. cit. ; A L F Ö L D I Α., Oktavians Aufstieg zur Macht, Bonn 1976, p. 105-116;
B E L L E N , «Cicero» (zit. oben anm. 23), 163-168 (= 49-53) ; G A L I N S K Y K., Augustan Culture, op.
cit., 43 f. ; W o Y T E K , op. cit., 345 ff.
65. Zum hier zugrundeliegenden Konzept des Vindex Libertatis vgl. Weber, op. cit., 137* ff. Anm.
557 ; W I C K E R T , RES. V. Princeps, 2080 ff. ; WULSER, op. cit. ; S T Y L O W A.U., Liberias undLiberalitas.
Untersuchungen zur innenpolitischen Propaganda der Römer, Diss. München 1970, Münche
1972, p. 28 ff.; S C H E E R R., « Vindex Libertatis», Gymnasium 78, 1971, 182-188; W E L W E I K.W.,
« Augustus als vindex libertatis. Freiheitsideologie und Propaganda im frühen Prinzipat», AU
16, 3, 1973, 29-41 = ders., Res publica und Imperium. Kleine Schriften zur römischen Geschich
Stuttgart, 2004, 217-229; M A N N S P E R G E R D., «Apollon gegen Dionysos. Numismatische
Beitrage zu Octavians Rolle als Vindex Libertatis», Gymnasium 80, 1973, 381-404 ; R A M A G E E.S.,
The Nature and Purpose of Augustus Res Gestae, Stuttgart, 1987, 66 ff. ; G A L I N S K Y K., August
Culture, op. dt., 52-57 ; K I E N A S T Ό., Augustus, op. cit., 90 ff. ; R I C H & W I L L I A M S , «Aureus» (zit. oben
Anm. 3), 183 ff. ; SPANNAGEL, op. cit., 338 Anm. 541 f.

41
66 67
jugendliche Lebensalter und die Eigeninitiative die Besonderheit dieser
Leistung noch zusätzlich unterstreichen. Bekanntlich war diese Sicht der
Dinge von Cicero vorgegeben, der den jungen Caesar bereits in den höch­
68
sten Tönen als Befreier des Staates gepriesen hatte . Die Formulierung
der Res gestae knüpft unmittelbar an diese Vorgaben Ciceros an. In der
3. Philippica heißt es etwa : qua peste - gemeint ist die Bedrohung durch den
69
Consul M . Antonius - privato Consilio rem publicam... Caesar liberavit ;
auch sonst finden sich in den orationes Philippicae mehrfach Hinweise auf
Octavians privaten Entschluß, auf den Einsatz seines privaten Erbes und
70
auf die Freiheit des Staates als Ziel seines Handelns . Dabei hat Cicero
es zwar vermieden, den jungen Mann explizit als princeps im Sinne einer
herausragenden Persönlichkeit zu bezeichnen, doch hat er das Wort in
anderen Bedeutungen gleichwohl mehrfach auf ihn angewendet, wenn es
in der V. Philippica einerseits heißt, daß der Senat am 20. Dezember bei
den Ehrungen und Belohnungen derjenigen, die sich um den Staat verdient
gemacht hätten, an erster Stelle - principem - den jungen Caesar genannt
hätte, andererseits, daß dieser persönlich die Einberufung eines Heeres und
die Aufstellung von Schutztruppen veranlaßt hätte - ipse princeps exercitus
11
faciendi etpraesidi comparandi fuit . Es liegt nahe, hierin eine bewußte
71
Anspielung auf eine Stellung als princeps zu sehen . Ganz ähnlich war
Cicero auch in de re publica verfahren, der Schrift, in der er die wichtigsten
73
theoretischen Grundlagen fur den Principatsgedanken gelegt hatte ; dort
hatte er, nachdem er die Befreiungstat des L. Iunius Brutus, des Begründers

66. Zu der - nach traditionellem römischem Verständnis eigentlich ein selbständiges politisches
Agieren verbietenden - Jugend s. Cic. Phil. III 3 ; V 43 fF. ; Dio LUI 5,2 ; LVI36, 5 ; V E L L . II 61,
3 (unten Anm. 83 f.) ; vgl. W E B E R , op. cit., p. 135* Anm. 549a; G A L I N S K Y K., Augustan Culture,
op. cit., 48 f.; R A T T I , Les empereurs romains op. cit., 175 f.; H E L L E G O U A R C ' H J., op. cit., p. 194
Anm. 7 zu S. 84 (zu difFerierenden Angaben zum Alter Octavians) ; S P A N N A G E L , op. dt., p. 136
Anm. 297.
67. Zur Formel privato Consilio s. W E B E R , op. dt., 135* Anm. 550 ; M A G D E L A I N Α., Auctoritas Principis,
Paris, 1947, 22 f.; B É R A N G E R J . , «L'accession d'Auguste et l'Idéologie du Privatus», Palaeologia
7, 1958, 1-11 = ders., Principatus. Études de notions et d'histoire politiques dans l'Antiquité gréc
romaine, Genève, 1973, 243-258; deutsch in: K L O F T , Ideologie (zit. oben Anm. 55), 315-335;
G A L I N S K Y K . , op. cit., 49 fF.
68. W\LSER G., op. cit., 355-357 ; S C H Ä F E R M., « Cicero und der Prinzipat des Augustus », Gymnasium
64, 1957, 310-335, bes. 322-324; W I R S Z U B S K I Ch., Liberias ah politische Idee im Rom der spä­
ter Republik und des früher Prinzipats, Darmstadt, 1967, 124 fF. ; B E L L E N , «Cicero» (zit. oben
Anm. 23) ; R A M A G E , Nature, op. cit., 66 fF. ; G O T T E R , op. cit., 275 f.
69. Cic. Phil. III 5.
70. Cic. Phil. III 3. 14; IV 2.4; V 3. 43 fF.; VII 10; X 23; XI 20. Vgl. O R T M A N N U . , Cicero,
Brutus und Octavian - Republikaner und Caesarianer. Ihr gegenseitiges Verhältnis im Krise
44143 v. Chr., Bonn, 1988, 167 fF.; 200 fF.
71. Cic. Phil. V 28. 44. Vgl. auch Cic. Phil XIV 20, wo Cicero über sich selbst sagt: Memoria tenent
me ante diem XIII. Kalendas Ianuarias principem revocandae libertatis fuisse.
72. M A G D E L A I N Α., Auctoritas Principis, Paris, 1947, 38 und G U I Z Z I F., Principato op. cit., 35 mit
Anm. 74 verstehen die Stellen sogar im Sinne einer Anrede als princeps. Der Auffassung, wonach
es sich zumindest um eine Anspielung auf eine Rolle als princeps handelt, widerspricht auch nicht,
daß Cicero sonst vorwiegend sich selber in der Rolle des princeps civitatis gesehen hat (s. etwa Cic.
Phil. VII 20; XIV 18-20) ; vgl. M A R T I N P.M., «Cicéron Princeps», Latomus 39, 1980, 850-878.
73. Zur Diskussion hierüber s. S C H Ä F E R M., « Cicero », 320 fF. ; S C H M I D T PL., « Cicero "De re publica" :
Die Forschung der letzten fünf Dezennien», in ANRWl 4, Berlin - New York, 1973 262-333, bes.
323-332 ; Drexler, « Principes - princeps » (zit oben Anm. 55), 315-335, bes. 107 fF. ; B O N N E F O N D -
C O U D R Y M., Le Sénat de k République romaine, Rome, 1989, 696 fF.

42
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

der römischen Republik, als Leistung eines Privatmanns gepriesen hatte,


74
den folgenden Satz mit den Worten quo auctore et principe begonnen .
So galt nach H . Wagenvoort, der sich freilich vielfach eher auf die analoge
Verwendung bestimmter Motive als auf explizite Äußerungen stützt, bereits
für Cicero nicht nur dieser Brutus, sondern auch Octavian als princeps, und
auf eben dieses ciceronische Ideal hat sich Augustus ihm zufolge dann mit
75
dem Anfangssatz der Res gestae bezogen . Noch ein weiteres Beispiel ftir
eine solche mit dem Begriff des vindex libertatis verknüpfte ,Befreiungstat'
ist in unserem Zusammenhang bedeutsam. In der Schrift über Caesars
afrikanischen Krieg hält Cato dem jungen Cn. Pompeius, dem Sohn des
Magnus, das Beispiel seines Vaters vor Augen, der einst in demselben Alter
den bedrängten Staat gerettet hätte : istuc aetatis cum esset et animadvertis-
set rem publicam ab nefariis sceleratisque civibus oppressam... privatus atque
adulescentulus paterni exercitus reliquiis collectis paene oppressam Italiam
76
urbemque Romanam in libertatem vindicavit . Es ist kaum Zufall, daß die
Formulierung der Res gestae auch hieran anklingt - Pompeius galt als der
bedeutendste unter den principes der römischen Republik und wurde als
77
solcher auch von Augustus durchaus als Vorläufer betrachtet .
Doch zum pnnceps gehört nicht nur die Leistung, sondern ebenso deren
öffentliche Anerkennung, in der die auctoritas sichtbar zum Ausdruck
78
kommt . Ihr gelten die folgenden Sätze, in denen Augustus zunächst
den Senat, dann das Volk als Subjekt auftreten läßt. Vom Senat heißt es,
er hätte ihn, unter Bezugnahme auf die zuvor geschilderte Leistung, mit
Ehrendekreten in seinen Kreis aufgenommen, und zwar mit einem Sitz
in consularischem Rang, und ihm ein Imperium verliehen ; überdies hätte
er ihn beauftragt, als Propraetor zusammen mit den Consuln dafür zu
sorgen, daß der Staat keinen Schaden nehme. Das Volk aber hätte ihn
noch in demselben Jahr zunächst - nach dem Tod der beiden bisherigen

74. Cic. Rep. II 46 qui cum privatus esset, totam rem publicam sustinuit, primusque in hac civita
in conservanda civium liberiate esse privatum neminem, quo auctore et principe concitata
Vgl. auch Cic. Phil. III 11... a L. Bruto, principe huius maxime conservanti generis et nomini
Cic. Brut. 53 L. Bruto Uli, nobilitatis vestrae principi. Nach " W A G E N V O O R T , « Princeps » (zit.
oben Anm. 11), 328 (= Studies, 61 f.) galt Brutus für Cicero als princeps', dagegen fehlt er in
der Liste republikanischer principes bei "WICKERT, RES. V. Princeps (civitatis), 2016, der derartige
Anspielungen grundsätzlich nicht berücksichtigt.
75. W A G E N V O O R T , «Princeps», 332 f. 341-345 (= Studies 66 f. 75-79)-, zustimmend zitiert von
V O L K M A N N H.,JAW279, 1942, 87, mit anschließender Einschränkung auch von B R A U N E R T ,
«Eingangssatz», 355 f. (= Politik, 250 f.).
76. Bell. Afr. 22, 2 ; im Anschluß daran ist (22, 3) von dem durch diese Taten erworbenen Ansehen
die Rede : Quibus ex rebus, sibi earn dignitatem quae estpergentes clarissima notissimaque
adukcentulusque atque eques Romanus triumphavit.
77. Vgl. SKARD E., «Mon. Anc. » (zit. oben Anm. 63) ; G A L I N S K Y K., Augustan Culture op. cit., 50 f. ;
SPANNAGEL, op. cit., 230; 329; 331 ; L E H M A N N G.A., «Der Beginn der Res gestae des Augustus
und das politische exemplum des Cn. Pompeius Magnus», ZPE148, 2004, 151-162; H U R L E T F.,
«Auguste et Pompée», Athenaeum 94, 2006, 467-485.
78. F L A I G E., Den Kaiser herausfordern. Die Usurpation im Römischen Reich, Frankfurt/M., 1992,
174 ff. spricht hier vom "Akzeptanz-System» ; vgl. H U R L E T F. «Une décennie de recherches sur
Auguste. Bilan historiographique (1996-2006) », Anabases 6, 2007, 187-218: 200 ff.

43
MARTIN SPANNAGEL

Amtsinhaber - zum Consul und schließlich zum triumvir rei publicae


79
constituendae gewählt .
Ich möchte hier wenigstens die zunächst genannten Ehrenbeschlüsse
näher betrachten. Sie gehen im wesentlichen auf Anträge Ciceros zurück,
80
die dieser am 1. Januar 43 gestellt hatte . Er hat dort für Octavian nicht
nur das propraetorische imperium beantragt, mit dem der Senat die eigen­
mächtig okkupierte Rolle als Heerführer nachträglich sanktionierte, son­
dern auch einen Senatssitz im Rang eines Praetoriers sowie das Recht, sich
81
um ein Amt zu bewerben, als sei er im Jahr zuvor Quaestor gewesen . Die
letzgenannten Anträge wurden durch Zusatzanträge Anderer sogar noch
überboten ; so wurde aus dem Senatssitz in praetorischem ein solcher in
consularischem Rang, was beim damaligen Fehlen der Censur die höchste
Rangklasse war, und das Recht zu vorzeitiger Bewerbung um ein Amt
82
wurde weiter ausgedehnt ; überdies wurde Octavian mit einer vergol­
83
deten Reiterstatue an den Rostra geehrt . Daß all das höchste Ehrungen
84
- summt honores - waren, hat schon Cicero ausdrücklich gesagt . Die
Kooptation in den Senat war sogar etwas völlig Neues, die verfassungsmäßi­
gen Kompetenzen dieses Gremiums eigentlich Überschreitendes; nach den
bisher gültigen Regeln konnte man nur dadurch in den Senat gelangen,
85
daß man vom Volk in ein entsprechendes Amt gewählt wurde . So konnte
diese Ehrung den Anspruch, auch damals schon zum Kreis der principes
gehört zu haben, zweifellos unterstreichen. Aufschlußreich ist in diesem
Zusammenhang eine der Übersetzungen des - in diesem Fall adjektivisch
und im Plural gebrauchten - Wortes princeps in der griechischen Version
der Res gestae: die principes viri, die zusammen mit einem Teil der Praetoren
und Volkstribunen und einem der Consuln dem Augustus 19 ν. Chr. nach
Campanien entgegengesandt wurden, heißen hier οι τάς μεγίστας αρχάς

79. RgdA 1 Eo [nomi]ne senatus decretis honorij[i]cis in ordinem suum m[e adlegit C. Pansa et
consulibus con[sula]rem locum s[ententiae dicendae tribuens eti]mperium mihi dedit. Res
quid detrimenti caperei], me pro praetore simulcum consulibus pro[videre iussit. P\opulus a
anno me consulem, cum [cos. uterqu]e in bel[lo cect\disset, ettriumvirum rei publicae co
creavit]. - Auch Dio LVI 36, 5 (in der Leichenrede des Tiberius auf Augustus; vgl. unten
Anm. 93), wird die (hier generell dem angesprochenen Volk zugeschriebene) Verleihung von
Ämtern mit dem Dank für die Rettung des Staates begründet.
80. Vgl. B E L L E N H., «Cicero» (zit. oben Anm. 23), 163-173 (= 53-57) ; M A T I J E V I C , op. cit., 297 ff.
81. Cic.PM.V45f.
82. Lrv. Per. CXVIII.
83. Cic. Ad Brut. I, 15 (= 23 Sjögren; 16 Kasten), 7; V E L L . II 61, 3; A P P . Civ. III 51, 209; Dio
XLVI 29, 2. Vgl. M A N N S P E R G E R D., «Annos undeviginti natus. Das Münzsymbol für Octavians
Eintritt in die Politik», Praestant Interna. Festschrift fur U. Hausmann, Tübingen, 1982, p. 331-
337; B E R G E M A N N J., Römische Reiterstatuen. Ehrendenkmäler im öffentlichen Bereich, Mainz,
1990, 34; 161-163 Kat. L 25; zur Inschrift s. auch A L F Ö L D Y Α., « Augustus und die Inschriften:
Tradition und Innovation. Die Geburt der imperialen Epigraphik», Gymnasium 98, 1991,
307 f., wonach Augustus sie im Eingangssatz der Res gestae zitiert.
84. Cic. Phil. V 49. In hoc spes libertatis posita est; ab hoc accepta iam salus; huic summt ho
exquiruntur etparati sunt; vgl. auch IV 2.... maximis senatus hudibus ornatus est sowie V E L L . II
3 zur erwähnten Reiterstatue : Eum senatus honoratum equestri statua, quae hodieque in rostri
aetatem eius scriptum indicai, qui honor non alii per trecentos annos quam L. SulUte et Cn
etC. Caesari contigerat.
85. B L E I C H E N J., Lex Publica. Gesetz und Recht in der Römischen Republik, Berlin - New York, 1975
497 f.; id., Augustus. Eine Biographie, Berlin, 1998, 105.

44
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

αρξαντες, sie werden also für die griechischen Leser als die ehemaligen
Inhaber der höchsten Ämter beschrieben, und genau unter solche, die
86
Consulares, wurde Octavian im Januar 43 eingereiht .
So denke ich, daß die Eingangssätze der Res gestae bezweckten, Augustus
von seiner ,Befreiungstat' vom Spätherbst 44 und den daran anknüpfen­
den Ehrungen vom Januar 43 an als princeps erscheinen zu lassen. Die Res
gestae insgesamt wären dann nichts als eine Schilderung seines Principats.
Freilich war der ,Principal der Bürgerkriegszeit, wo Octavian noch
verschiedene Konkurrenten neben sich hatte, etwas anderes als der des
faktischen Alleinherrschers Augustus. Doch die Mehrdeutigkeit des Begriffs
princeps, der sowohl einen alle anderen überragenden Einzelnen wie ein
Glied einer ganzen Gruppe herausragender Persönlichkeiten bezeich­
87
nen konnte , erlaubte es, diesen Gegensatz zu überspielen. So konnte
die gesamte politische Karriere des Augustus von seinen revolutionären
Anfängen an unter seiner Rolle als princeps zusammengefaßt werden, ja
diese Rolle bot im Grunde die einzige Möglichkeit zu einer solchen die
Unterschiede der tatsächlichen Herrschaftsformen bewußt außer acht
lassenden Zusammenfassung, so daß die Vorstellung von einem frühen
Regierungsbeginn nicht von der Principatsidee zu trennen ist.
Dies ist zunächst von Bedeutung für die Beurteilung der oben zusam­
mengestellten Nachrichten zur Regierungsdauer. Denn auch wenn in
ihnen die spezifische Betrachtung als Principat kaum eine Rolle spielt, ist
es doch deutlich, daß diejenigen Quellen, die die Herrschaft des Augustus
43 oder gar schon 44 v. Chr. beginnen lassen, eher seiner Konzeption ent­
sprechen als die, welche den entscheidenden Wendepunkt beim Ende der
Bürgerkriege oder der anschließenden Verfassungsreform ansetzen. Diese
Vorgänge werden vielmehr mit dem Beginn der Monarchie in Verbindung
gebracht, einer Staatsform, die - im Gegensatz zum griechischen Osten,
wo man mit ihr vertraut war — im republikanisch bestimmten Rom weitge­
88
hend abgelehnt wurde . So kann auch die Unterteilung der insgesamt 56
in 12 + 44 Jahre kein genuin augusteisches Konzept sein, und zwar nicht
nur deshalb, weil hier der monarchische Charakter der zweiten Phase der
89
Ideologie der res publica restituta widerspricht . Vielmehr paßt auch die

86. RgdA 12. - Eine ähnlich aufschlußreiche Umschreibung findet sich in der griechischen Übersetzung
von RgdA 7, wo \p]rinceps s[enatus...fai]durchπρώτον αξιώματος τόπον εσχον της συνκλήτου
wiedergegeben wird; hier wird anstelle der titularen Rangbezeichnung, die selbstverständlich auch
den Anspruch auf eine allgemeine Stellung als princeps implizierte (s. S P A N N A G E L , op. cit., 342), das
in der Stellung enthaltene Ansehen betont (zu αξίωμα vgl. RgdA 34, 3, wo es für das lateinische
auctoritas steht).
87. Vgl. D R E X L E R , «Principes - princeps» (zit. oben Anm. 11) ; S P A N N A G E L , op. cit., p. 328 mit Anm.
453.
88. Vgl. M A R T I N P. M., L'idée de royauté à Rome, II. Haine de la royauté et séductions monarchique
Clermont-Ferrand, 1994; S P A N N A G E L , op. cit., 284 mit Anm. 174.
89. Zum Konzept der restitutio reipublicae s. C A S T R I T I U S H . , Der römische Prinzipat ab Republik,
Husum, 1982; M A C K I E N.K., «Respublica restituta: A Roman Myth», in D E R O U X , Studies W
(zit. oben Anm. 3), 302-340 ; R I C H & W I L L I A M S «Aureus» (zit. oben Anm. 3), 204 ff. ; S P A N N A G E L ,
op. cit., 328 Anm. 454; B R I N G M A N N K, « Von der res publica amissa zur res publica restituta. Z
zwei Schlagworten aus der Zeit zwischen Republik und Monarchie», in : S P I E L V O G E L (Hrsg.), Res

45
MARTIN SPANNAGEL

Einbeziehung des Triumvirats, dessen Eckdaten bei der Abgrenzung der


90
12 Jahre gemeinsamer Herrschaft ohnehin keine Rolle spielen , nicht zur
Principatsideologie, bei der es - im Gegensatz zur Betonung der Collegialität
in der Bezeichnung Illvir- gerade auf die Einzigartigkeit des einen princeps
ankam. So handelt es sich bei dieser Unterteilung allem Anschein nach
nur um einen sekundären Versuch, die vom Principatsgedanken abgeleitete
Vorstellung einer 56jährigen Regierungszeit mit der einer durch den Sieg
im Bürgerkrieg entstandenen Monarchie zu vereinbaren.
Doch nicht nur die späteren Vorstellungen vom zeitlichen Umfang
der Herrschaft des Augustus werden leichter verständlich, wenn man
sie vor dem Hintergrund der Principatskonzeption der Res gestae
betrachtet, sondern auch die diversen Bezugnahmen auf Vorgänge des
Jahres 43 v. Chr. in der religiös eingekleideten Herrscherverehrung bereits
91
der späteren augusteischen Zeit . Zumindest zwei der hier berücksich­
tigten Vorgänge, die Verleihung des Imperium und die Wahl zum Consul,
kommen auch im Eingangskapitel des Tatenberichts vor, als Zeugnisse
für die Würdigung von Augustus' Leistung durch Senat und Volk. Im
Zusammenhang mit der kultischen Verehrung wurden diese Vorgänge
freilich in einer Weise überhöht, die der bürgerlichen Attitüde der
Principatsideologie widerspricht, doch dies erklärt sich aus den anders­
artigen Intentionen. Daß man aber überhaupt die Jahrestage gerade die­
ser Ereignisse feierte, dürfte durchaus mit deren Bedeutung innerhalb der
Principatsideologie zu tun haben.
Dies setzt voraus, daß Augustus dieses bereits die Anfänge seiner poli­
tischen Laufbahn einbeziehende Konzept des Principats spätestens zu
Beginn des letzten Jahrzehnts vor der Zeitenwende entwickelt hat. Das für
uns grundlegende Zeugnis, die Res gestae, hat er - jedenfalls nach deren
Schlußsatz - dagegen erst in seinem letzten Lebensjahr abgefaßt ; zudem
92
hat er dafür gesorgt, daß es erst nach seinem Tod bekannt wurde . Und
fast genau in die Zeit dieser Veröffentlichung fällt eine gleichfalls von
den Vorgängen nach Caesars Tod ausgehende Schilderung der Laufbahn
des Augustus, nämlich die in der Fassung des Cassius Dio überlieferte,
bewußt auf sein öffentliches Leben beschränkte Leichenrede, die - als
Gegenstück zu der dem privat-familiären Bereich gewidmeten Rede, die
der jüngere Drusus von den alten Rostra aus vortrug - Tiberius von denen
93
des Divus-Iulius-Tempels aus gehalten hat . Doch ein weiterer Text bei

publica reperta. Zur Verfassung und Gesellschaft der römischen Republik und des frühen Pri
FestschriftfirJochen Bleicken zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 2002, 113-123; T O D I S C O E . , «La r
publica restituta e i Fasti Praenestini, op. cit. », sowie weitere Aufsätze in den Akten des Kolloquium
Nantes, 2007.
90. S. oben Anm. 43.
91. A N D E R S E N H. A, ibid., p. 51 f. hat übrigens bereits die Notiz der ara Narbonensis zum 7. Januar
(s. oben Anm. 56) mit der Vorstellung einesfrühenPrincipatsbeginns in Verbindung gebracht,
diese jedoch primär den Initiatoren der dortigen Kultstiftung zugeschrieben.
92. RgdA 35 ; S U E T . Aug. 101, 4 ; Dio LVI 33,1 ; vgl. S P A N N A G E L , op. cit., 350.
93. Dio LVI 34,4 - 42, 1 ; S U E T . Aug. 100, 3. Vgl. K I E R D O R F W., Laudatio Funebris. Interpretationen
und Untersuchungen zur Entwicklung der römischen Leichenrede, Meisenheim am Glan, 1980, 7

46
A N N O S U N D E V I G I N T I N A T U S . . . DIE RÜCKFÜHRUNG VON AUGUSTUS'PRINCIPAT...

Cassius Dio, in dem als früheste Ereignisse, auf welche Bezug genommen
wird, wiederum jene Vorgänge von 44/43 v. Chr. erscheinen, findet sich
bereits in der Behandlung der Neuordnung des Staates im Januar 27 ; es
ist die Erklärung, mit der der junge Caesar den Verzicht auf seine umfas­
94
sende Vormachtstellung bekanntgab , wobei er Dio zufolge sein einstiges
Eingreifen als die - durch die Notlage des Staates veranlaßte - Übernahme
95
der Herrschaft dargestellt hat, die er nun niederzulegen gedächte . Und
schon in den Reden, die er 36 v. Chr. nach dem Sieg über Sex. Pompeius
vor Senat und Volk gehalten und anschließend publiziert hat, hat er laut
Appian seine Werke und seine Politik vom Beginn bis zur damaligen
96
Zeit aufgezählt ; auch hier dürfte also sein Vorgehen im Herbst 44 den
Ausgangspunkt gebildet haben, von dem er wohl damals schon seinen
Führungsanspruch abgeleitet hat. Wenn dies zutrifft, dann war selbst bei
der Entstehung des 'Principats' im Sinne von Mommsens « Römischem
Staatsrecht» die Vorstellung, daß der Schöpfer dieses neuen Systems schon
seit den Anfängen seiner Karriere die Rolle eines princeps erfüllte, längst
vorbereitet.

78; 113; 146 Nr. 26; 150; 154-158; G I U A Μ. Α., «Augusto nel libro 56 della storia romana
di Cassio Dione », Athenaeum 61, 1983, 439-456; K I E R D O R F W., «Funus und consecratio. Zu
Terminologie und Ablauf der römischen Kaiserapotheose», Chiron 16, 1986, 43-69: 56 f.;
SPANNAGEL, op. cit., 338; 351 Anm. 621 ; SWAN P. M., The Augustan Succession: An Historical
Commentary on Cassius Dio's Roman History, Books 55-56 (9 B.C. - A.D. 14), New York, 200
325-339.
94. Dio LUI 2,7 - 11, 1 ; zur Ausgestaltung durch Dio s. M I L L A R F., A Study of Cassius Dio, Oxford,
1964,101 ; R I C H J. W., Cassius Dio. The Augustan Settlement (Roman History 53-55.9), Warmins
1990, 136; ich sehe jedoch keinen zwingenden Grund, weshalb dieser Text nicht auf dem tat­
sächlichen Inhalt der damaligen Erklärung beruhen sollte. Auch in seiner Autobiographie dürfte
Augustus das Jahr 43 ausführlich behandelt haben ; vgl. D O B E S C H G., «Nikolaos von Damaskos
und die Selbstbiographie des Augustus », GBl, 1978, 91-174: 174 Anm. 256.
95. Dio LUI 5,1-3; zum Motiv der Notlage vgl. C i c Phil. XI20; APP. Civ. III 41, 169; Dio LV 9,
2. Der Triumvirat, der in der modernen Diskussion über Octavians rechtliche Stellung eine so
große Rolle spielt, bleibt in der Rede vom Januar 27 unerwähnt.
96. APP. Civ. V 130, 539; vgl. P A L M E R R. Ε. Α., «Octavians First Attempt to Restore the
Constitution (36 B.C.) », Athenaeum 56, 1978,_315-328: 319 f. 324 ; Y A V E T Z Z., « The Res Gestae
and Augustus' Public Image», F. M I L L A R - E. S E G A L (Hrsg.), Caesar Augustus. Seven Aspects,
Oxford, 1984, 5; S U M I G.S., Ceremony and Power, op. cit., 205 f. (der vermutet, der Bericht
habe mit der Einrichtung des Triumvirats begonnen) ; R I C H J., « Octavian and the Thunderbolt :
the Temple of Apollo Palatinus and Roman Traditions of Temple Building», CQ 56, 2006,
149-168: 150-152; A S S E N M A K E R P., «CAESAR DIVI F et IMP CAESAR. De la difficulté de
dater des émissions monétaires», M O C H A R T E Gh. et al. (Hrsg.), Liber amicorum Tony Hackens,
Louvain-la-Neuve, 2007, 166. - Möglicherweise ist die Reiterfigur auf einem zwischen 36
2
und 27 v. Chr. geprägten Aureus der CAESAR DIVI F-Serie (RIC I 262) auf die 43 v. Chr.
gestiftete Reiterstatue Octavians (s. oben Anm. 83) zu beziehen, doch ist dies umstritten;
vgl. M A N N S P E R G E R D., «Annos undeviginti natus», art. cit., 331-337; B E R G E M A N N J., Römische
Reiterstatuen, op. cit., 161 f. 171 Kat. M26Taf. 90f; A S S E N M A K E R P., art. cit., 175 f.

47
In What Capacity Did Caesar Octavianus
Restitute the Republic ?

Frederik J. VERVAET

Introduction

As disclosed by its title, this paper aims at establishing precisely in what


official capacity Caesar s adopted son and political heir staged the momen­
tous transition from the age of civil discord to the Augustan order that
marked the years 31-27 BCE. This question has again been catapulted to
the forefront ever since John Rich and Jonathan Williams, in their excel­
lent publication of an in every respect magnificent aureus from 28 \ have
conclusively demonstrated that Augustus' statement in Res Gestae 34.1 that
his transfer of the Res Publica took place in his sixth and seventh consulship
2
should be taken at face value . As Rich and Williams rightly point out, this
aureus indeed confirms Tacitus' statement in Ann. I l l , 28, If. that in his
sixth consulship, Caesar Augustus... deditque iura quis pace et principe ute-
remur, whereas Dio Cassius (LIU, 3-10) misrepresents as a single act what
3
was in fact a staged process extending over 28 and part of 27 . Since espe­
cially from his triumphant return from Egypt in 29 up to the momentous
settlements of January 27, Imperator Caesar Diuifilius laid the foundations
of a new order that would last for almost three centuries, the question in
what official capacity he did so indeed acquires tremendous importance.
Before, however, tackling this key issue two preliminary questions require
brief discussion, viz. the official terminal date of the Second Triumvirate
and, next, the precise nature of the official tempora of the extraordinary
magistracies of the Roman Republic.

1. R I C H J.W. & W I L L I A M S J.H.C., « Leges et Ivra RR Restitvit: A New Aureus of Octavian and the
Settlement of 28-27 BC», NC 159, 1999, p. 169-213.
2. In consulate sexto et septimo, pfojstquam bfellaj ciuilia extinxeram, per consensum uniuers
rerufm omjnium, rem publicam ex mea potestate in senates populique Rom[ani] arbitrium
3. R I C H & WILLIAMS, op. cit., p. 197, 201 & 212

49
FREDERIK J. VERVAET

The terminal date of the Second Triumvirate

Depending on different valuations of the relevant evidence from the


sources, the vast majority of scholars argue for either 31 December 33 or
4
31 December 32 BCE as the official end date of the Second Triumvirate .
Two powerful factors have caused this discussion to turn into a seemingly
endless debate, if not a complete stalemate. First, there is the disparate
nature (and often poor quality) of the extant source material. Second, none
other than Caesar Augustus himself famously claimed in his Res Gestae
(7, 1) that he "was Triumvir for the Constitution of the Republic for ten
consecutive years": Tri[umu]i[rum rei pujblicae c[on]s[ti]tuendae fui per
continuos an [nos] decern. Nonetheless, there are strong indications that the
second triumviral quenquennium did indeed end on 31 December 32, and
not precisely one year earlier.
In November of the fateful year 43, M . Aemilius Lepidus {cos. 46),
M . Antonius {cos. 44) and Caesar Octavianus {suffi 43) made the tribune
P. Titius propose and vote a plebiscitum Titium that invested them with the
unprecedented magistracy of triumuir reipublicae constituendae, for five
5
consecutive years and with greatly enhanced consular imperium . Since
the Fasti Colotiani record Lepidus, Antonius and Imp. Caesar as Hluir(i)
r(ei) p(ublicae) c(onstituendae) ex a(nte) d(iem) Vk. Dec. adpr(idie) k. Ian.
6
sext(as), i.e. from 27 November 43 up to and including 31 December 38 ,
it is clear that the three ringleaders of the Caesarian party assumed their
1
new and nigh omnipotent office on the site . Although their first quin­
quennium thus lapsed on 1 January 37, circumstances caused the triumvirs
to regularize their position only at some point towards the end of that
year. In XLVIII, 54, 6, at the very end of his summary of 37, Dio indeed
records that, among other arrangements, Octavianus and Marcus Antonius
"granted themselves the leadership for another five years, since the first
period had elapsed" :έαυτοιςδε τηνήγεμονίαν ες αλλα ετηπέντε, επειδή

4. For a summary of this seemingly endless debate, see, e.g., R E I N H O L D M., From Republic to Principate.
An Historical Commentary on Cassius Dios Roman History Books 49-52 (36-29B. C), Atlanta,
p. 224f. and, esp., G I R A R D E T K.M., « Der Rechtsstatus Oktavians im Jahre 32 V. Chr. », RhMlòò,
1990, p. 324 n. 2 & 4 and 325 n. 6 & 7.
5. A P P I A N Be IV, 2 (καινην δέ αρχήνές διόρθωσιν των εμφυλίων νομοθετηθέναι Λεπίδω τε καί
Άντωνίφκαί Καίσαρι, ην επίπενταετές αυτούς αρχειν, ίσον ίσχύουσανύπάτοις) & 4,7 (ένομο-
θέτεικαινην άρχην επίκαταστάσει τωνπαρόντωνέςπενταετές είναι τριών ανδρών, Λεπΐδου
τεκαί Αντωνίουκαί Καίσαρος, ίσον ίσχύουσανύπάτοις) ; for the magistracy being in quinquen­
nium, see also A P P I A N 5CV,13, 15 & 43 ; D I O XLVI, 55, 3 & Lrw, Per., 120. In Diu. Aug. 26, 1,
S U E T O N I U S , too, hints at the unprecedented nature of this magistracy: Magistratus atque honores et
ante tempus etquosdam novi generis perpetuosque cepit.
6. On the basis of the Fasti Colotiani, M I L L A R F., «Triumvirate and Principate », JRS 63, 1973, p. 51 ;
B R I N G M A N N Kl., « Das zweite Triumvirat. Bemerkungen zu Mommsens Lehre von der ausser­
ordentlichen konstituierenden Gewalt», K N E I S S L P. & L O S E M A N N V. (dir.), Alte Geschichte und
Wissenschaftsgeschichte. Festschrift für Karl Christ zum 65. Geburtstag, Darmstadt, 1988, p.
B L E I C K E N J., Zwischen Republik und Prinzipat: zum Charakter des Zweiten Triumvirats, Göttin
1990, p. 14 & G I R A R D E T , op. cit., p. 329 righdy concluded that 31 December 38 was thefinalday
of thefirsttriumviral quinquennium.
2
7. D E G R A S S I , Inscr. It. 13.1, p. 273 f. (= CIL I p. 64).

50
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

8
τα πρότερα έξεληλύθει, επέτρεψαν . In BC V, 95, Appian, too, relates
that both dynasts renewed their triumvirate for five years, without having
recourse to the People, although he somewhat inaccurately suggests that
their first term "was about expiring" at this time :έπεί δε ό χρόνος αύτοις
έληγε της αρχής, ή τοις τρισίν έψήφιστο άνδράσιν, έτέραν έαυτοις
9
ωριζονπενταετΐαν, ουδέν ετι του δήμου δεηθέντες .
There are, however, several indications that strongly suggest that well
before the expiry of their first statutory quinquennium, Caesar Octavianus
and Marcus Antonius had already decided to stay in office beyond
December 38. Dios observation in XLVI, 55, 3 that the quinquennial
duration of the triumvirate was merely pretence, and that the triumvirs
really intended to stay in power permanently can probably be explained
10
as retrospective insight . In XLVIII, 36, 4f, however, Dio records that at
the pact of Puteoli in 39, Caesar Octavianus and Marcus Antonius conce­
ded that, among other things, Sextus Pompeius "should be chosen consul
and appointed augur... and should govern Sicily, Sardinia and Achaea for
n
five years " . This arrangement virtually proves that already at that time,
12
Caesars chief heirs had decided to cling to the triumvirate after 38 . It is
simply inconceivable that they should have abandoned their office at the
end of 38 whilst leaving their arch-rival in command of a most strategic
province with a formidablefleetand for the next five years.
The two leading triumvirs' decision to appoint the consuls-designate
for several years past 38 is equally revealing of their intent to retain their
plenipotentiary magistracies after the first quinquennium. In XLVIII, 35, 1,
Dio claims that yet before the compact of Puteoli, the triumvirs appointed

8. Although the use of the plusquamperfectum speaks for itself, Dios subsequent clarification (in
XLIX, 1,1) that "all this happened in the winter in which Lucius Gellius and Cocceius Nerva
became consuls" strongly suggests that the summit between Octavianus and Antonius took place
during the second half of 37. In XLIX, 23, If., Dio explicitly indicates that Antonius spent the
entire year 37 in reaching Italy and returning again to Syria. Therefore, B R O U G H T O N T.R.S., The
2
Magistrates of the Roman Republic, Vol. 2 (= MRR 2), Ann Arbor, 1968 , p. 396 wrongly claims
that the meeting at Tarentum took place in the spring of 37, obviously on the basis of A P P I A N ,
BCVy 93. Although Appian indeed writes that Antonius set sail for Italy at the beginning of the
spring of 37, the rest of his account clearly shows Octavianus deliberately caused a protracted delay,
among other reasons because his own warships had to be finishedfirst.Since both Dio (XLVIII,
54,7) and APPIAN (BC V, 95) tell us that Antonius hastened back to Syria after the meeting, and
Dio (XLIX, 23) explains that his return to Italy cost him the opportunity offered by a year of
dynastic struggles in Parthia, Antonius cannot have been back before late in 37, which further
suggests a meeting in the late summer or even autumn of that year.
9. GABBA E., "La datafinaledel secondo triumvirale", RFIC9S, 1970, p. 10 brands Appians use of
the aorist as "una gravissima inesattezza", since thefirstterm had come to an end on 31 December
38. In my opinion, Appian is simply being a bit confused as regards the precise chronology of the
first triumviral quinquennium.
10. Compare Dios similar comment (in XLVIII, 36, 6) on the fact that Octavianus and M. Antonius
granted Sextus Pompeius a quinquennial command in 39 : "They limited him to this period of
time because they wished it to appear that they also were holding a temporary and not a permanent
authority."
11. As praefectus classis et orae maritimae - contra B R O U G H T O N , MRR 2, p. 388 : "Probably Proconsu
of Sicily, Sardinia, and Corsica."
12. APPIAN suggests in BCV, 13 & esp. 15 that the triumvirs were planning on a second quinquenium
as early as 41, before the outbreak of the bellum Perusinum.

51
FREDERIK J. VERVAET

the consuls-designate for no less than eight consecutive years, viz. from 38
up to and including 31. The treaty of Puteoli must have involved a subs­
tantial adjustment of this settlement, since Dio subsequently indicates in
XLVIII, 36, 4f that Sextus Pompeius fetched in a number of magistracies
and priesthoods for his partisans and himself. Finally, in L, 10, 1, at the
very outset of his account of the decisive year 31, Dio calls to mind that
before Marcus Antonius deposition, it had been the original plan for him
and Octavianus to jointly hold this year s consulship, and explains that this
arrangement had been made "at the time when they settled the offices for
13
eight years at once, and this was the last year of the period " . In 5CV, 73,
however, Appian records that on the second day of the Puteoli summit,
άπέφηναν δέ της έπιούσης ύπατους ές τετραετές Άντώνιον μεν και
Λίβωνα πρώτους, αντικαθιστάντος δμα>£ Αντωνίου, δν αν βούλοιτο, ém
δ ^έκεινοις Καίσαρα τε καίΠομπήιον, είτα Άηνόβαρβον καιΣόσιον, ειτ'
αύθις Άντώνιον τε καί Καίσαρα, τρίτον δή τότε μέλλοντας ύπατεύσειν
καί έλπιζομένους τότε και άποδώσειν τφ δήμω πολιτείαν.
"they designated the consuls for the next four years, for the first year
Antonius and Libo, Antonius being privileged to substitute whomever he
liked in his own place ; next Caesar and Pompeius; next Ahenobarbus and
Sosius ; and,finally,Antonius and Caesar again ; and as they would then
be consuls the third time it was expected that they would then restore the
government to the people".
Apart from the apparent contradiction between both accounts, each ver­
sion is problematic in itself. Even though it is obvious that in 39, the trium­
virs were planning on a second quinquennium from 37 up to and including
33, Dio's assertion that they designated the consuls as far ahead as 31,
two years past the expiry of their second term, strains belief. The problem
with Appian is that according to his scheme, the consuls-designate for the
next four years were M . Antonius & L. Scribonius Libo (38), Octavianus
& Sextus Pompeius Magnus Pius (37), Cn. Domitius Ahenobarbus
& C. Sosius (36) and M . Antonius & Octavianus (35), whereas in reality,
the ordinary consulships of these years were held by Ap. Claudius Pulcher
& C. Norbanus Flaccus (38), M . Vipsanius Agrippa & L. Caninius Gallus
(37), L. Gellius Publicola & M . Cocceius Nerva (36) and Sex. Pompeius
& L. Cornificius (35). At any rate, the fact that the consulships of 37
were held by none other than Agrippa and L. Caninius Gallus strongly
suggests that the consulships of 38 and 37 had already been designated
before the pact of Puteoli. Since the first triumviral term would lapse on
January 1,37, Octavianus and M . Antonius had to make sure that the consuls
of that year would be loyal and trustworthy partisans, as an additional pre­
14
cautionary measure . Therefore, it is more likely that the short-lived agree­
ment of Puteoli settled the magistracies for the years 36 up to and including

13. Τότε οτεές τα οκτώέτη τας αρχάςέσάπαξπροκατεστήσαντο,καί τό γε τελευταιον εκείνοήν.


14. See VAL. MAX. IV, 2, 6 for the fact that Caninius Gallus married C. Antonius' daughter in spite of
the fact that he had previously secured his conviction as prosecutor.

52
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

33 and that Appian produces the original list of consuls-designate for these
years. This reconstruction perfectly accounts for Appians valuable notes
{BC V, 72) that Pompeius was granted the privilege to hold his consulship
in absentia, "through any friend he might choose", and that he "should
govern Sardinia, Sicily, and Corsica, and any other islands in his possession,
as long as Antonius and Caesar should hold sway over the other countries".
If we accept that the three peacemakers of Puteoli partitioned consulships
and provincial commands from 36 through 33, then everything makes
perfect sense indeed. The triumvirs were to add another quinquennium to
their tenure, beginning 1 January 37 and conveniently capped by the joint
third consulship of M . Antonius and Octavianus in 33. I f need be, M .
Antonius, who had ambitious plans of his own in the East, could appoint
a suffect consul at his own discretion in 36. Sextus Pompeius, finally, was
to hold his powerful naval command from January 38 till January 33, with
the right to hold the consulship of 35 in absentia. As Appian emphatically
indicates that the triumvirs were expected to abdicate their office during the
third consulship of Antonius and Octavianus, a solemn return to constitu­
tional normality in, perhaps, January of that year would indeed imply that
15
Pompeius had held his command as long as the triumvirs theirs . History,
however, decided otherwise, as the renewal of mortal struggle between
Octavianus and Sextus Pompeius from 38 and M . Antonius' cumbersome
military campaigns and preparations in the East meant that the treaty of
1<s
Puteoli and much of its planning was to remain dead letter .
Although most scholars now believe that the grant of 37 retroactively
renewed the triumvirate from 1 January of that year, which by definition
17
implies that the second term was to lapse on 1 January 32 , there is every
indication that the second quinquennium officially ran from 1 January 36.
First, Appian produces some unequivocal evidence in Ilfyr., 28, where he
records that,
Νουμηνίςι δ ' έτους άρξάμενος ύπατεύειν, και την αρχήν αυτής
ημέρας παραδους Αύτρωνίςρ Παίτφ, ευθύς έξέθορεν αύθις επί τους
Δαλμάτας, άρχων έτι τήν των τριών αρχήν* δύογαρ έλειπεν έτη τή
δευτέρα πενταετία τήσδε τής αρχής, ην επί τή πρότερα σφίσιν αύτοις
έψηφίσαντο καί ό δήμος έπεκεκυρώκει.
"Entering upon his new consulship on the Kalends of January, and deli­
vering the government to Autronius Paetus the same day, he started back
to Dalmatia at once, being still triumvir ; for two years remained of the

15. Contra, e.g., B R O U G H T O N , MRR 2, p. 388, 392, 397, 402 & 408, who systematically terms Sextus
Pompeius "Cos. Desig. 33", which indicates that he believes that Pompeius at Puteoli gained the
consulship of 33, i.e., the year after hisfive-yearcommand, and that A P P I A N in BC V, 73 produces
the names of the consuls of the last four years of the alleged eight-year arrangement of 39. Had
Sextus Pompeius really been appointed consul-designate for 33, thefirstyear after his quinquennial
command, his privilege to hold the consulship in absentia would have made no sense at all.
16. For brief outlines of the most important events of 38 and 37, see B R O U G H T O N , MRR 2, p. 390-392
&396.
17. For what is by now the standard view, see also B R O U G H T O N , MRR 2, p. 396 : "A second term of
five years, counting retroactivelyfromthe end of thefirston December 31, 38."

53
FREDERIK J. VERVAET

second five-year period which the triumvirs themselves had ordained and
the People confirmed."

Appian, who must have paraphrased this unusually precise piece of


chronological information from a well-informed Latin source, clearly
records that at the very outset of 33, two of the secondfive-yearterm
remained and that the triumvirs eventually did take the trouble to have
18
the Comitia legalize their edict, probably at the outset of 36 . As several
scholars have rightly concluded, this means that the second quinquennium
19
ran from January 1, 36 till 31 December 32 . Regardless of the revealing
fact that the relatively quiet year 37 was thus not covered by either of both
20
statutory terms , there is some more indirect yet powerful evidence that
further corroborates Appians clarification.
First, there are the notorious and much-debated Senate meetings of
January 32. During the Senates first meeting on 1 January 32, it was the
consul C. Sosius legendary attack on Octavianus that sparked off a series
of cataclysmic events that ended in the lasting establishment of monarchy
in Rome. In 50.3.5, Dio recounts that after a period of mature delibera­
tion, Octavianus returned to Rome to convene the Senate, took his (cus­
tomary) seat between the consuls upon his sella curulis and, surrounded by
21
his guard of soldiers, vehemendy accused Sosius and Antonius . Although
Octavianus' move is often branded an outright coup d'état, especially as
both consuls secretly fled Rome after Octavianus counterattack, there is
every indication that he acted perfectly within his authority as triumvir.
In BCV, 21, Appian attests that unlike the consuls, the triumvirs were
22
entitled to an armed guard by virtue of their office, δια την αρχήν .
More importantly, however, the right of being seated between the consuls
simply indicates their well-attested superiority over the consuls in the offi­
cial state hierarchy. And last, but not least, the fact that until Antonius

18. Among others, B R I N G M A N N , op. cit., p. 28 & G A B B A , op. cit., p. 10 rightly conclude that the tri­
umvirs* decision to extend their tenure by another quinquennium was ratified by the People. Con
U., « Sui limiti di durata delle magistrature romane », Studi in onore di Vincenzo Arangio- Ruiz
nelXLVanno del suo insegnamento, Napoli, 1953, p. 415 makes the rather implausible suggestion
that only Octavian, "volendo apparire più rispettoso dei limiti costituzionali", bothered to have
the People ratify his second term.
19. G A B B A , op. cit., p. 11, followed by, e.g., A N E L L O P., « Lafinedel secondo triumvirato »,Φιλίας
χάριν - Miscellanea di studi classici in onore di E. Mannt, I, Roma, 1980, p. 109ff. M O M M S E N
3
Th., Römisches Staatsrecht, Leipzig 1887 , p. 718 n. 1 & B L E I C H E N , op. cit., p. 14 n. 28 reject this
evidence from Appian.
20. The year 37 turned out to be a veritable interlude in many respects (comp. Dio XLXI, 23, 1). This
irregular situation not only confused modern scholars, since Appians potentially misleading state­
ment that thefirsttriumviral term was "expiring" (BCV, 95) at the time of the second five-year
grant is at odds with his unambiguous explanation in Illyr., 28 and wrongly creates the impression
that the first triumviral quinquennium ran from January 41 to January 36.
21. In L, 3,2, Dio records that Octavianus again convened the Senate after the departure of the consuls
of 32. See, e.g., G E L L . XIV, 7, 5 for the fact that, extraordinario iure, the triumuiri r.p.c causa had
the ius consulendi senatum.
22. As A P P I A N in BCIV, 7 indicates that Octavianus, Antonius and Lepidus in 43 entered Rome
with their respective praetorian cohorts and one legion each, it is clear that the lex Titia merely
sanctioned a privilege that they had already appropriated for themselves.

54
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

23
formal replacement by M . Valerius Messalla Corvinus early in 3 2 , he
and Octavianus were scheduled to jointly hold the consulship precisely in
31 makes perfect sense only if one takes Appian s note in Illyr., 28 at face
value. In the above, it has been argued that as part of the decision-making
at Puteoli, the consulships as well as other public offices were assigned
for the period 36-33. In XLVIII, 54, 6, Dio records that at Tarentum in
37, Octavianus and Antonius inevitably deprived Sextus Pompeius of his
augurate as well as of the consulship to which he had been appointed.
Since Dio proceeds to tell that this meeting also occasioned the postponed
extension of the triumvirate by another five years (cf. supra), it should not
be doubted that the triumvirs decided on a reshuffle of existing arrange­
ments concerning the years 36 (L. Gellius Publicola & M . Cocceius Nerva),
24
35 (Sex. Pompeius & L. Cornificius), 34 (M. Antonius & L. Scribonius
Libo) and 33 (Octavianus & L. Volcatius Tullus), completed with a series
of additional designations for 32 (Cn. Domitius Ahenobarbus & C. Sosius)
25
and, finally, 31 (M. Antonius & Octavianus) . A considerable change of
the political constellation simply required a comprehensive and expedient
new arrangement. As the second quinquennium was now bound to expire
on January 1,31, Antonius and Octavianus made sure that their long
planned joint consulship should conveniently close their second triumviral
26
term . This projected calendar must have fed the expectation that at long
last, they intended to abdicate their triumvirate and so restore the traditio­
nal political order either at the very end of 32, or, more probably, as consules
tertium on January 1,31.

The precise nature of the triumviral tempos

In 1953, the Italian historian Ugo Coli wrote a brilliant but sorely
ignored paper on the temporal limitation of Roman magistracies in which
he deepens and significandy improves the relevant views of Th. Mommsen.
It is this pioneering study that holds the true key to resolve the question
of Octavianus official position from January 31 to the historic settlement
27
of January 27 .
23. BROUGHTON, MRR 2, p. 4l9f.
24. To my thinking, Sextus Pompeius Magnus Pius* replacement by another Sextus Pompeius was a
deliberate choice that was meant both as a sarcastic insult to the former and a public hint that even
Pompeii were eligible for the hightest honours if loyal and obedient.
25. As APPIAN (BC V, 73) lists Antonius and Libo for 38 (= 36) ; Octavianus and Sextus Pompeius
for 37 (= 35) ; Ahenobarbus and Sosius for 36 (= 34) ; and Antonius and Octavianus for 35
(= 33), all but one of the designations of Puteoli were simply postponed by two years, whereas new
arrangements had to be made for 36 and 35.
26. Dios untenable claim that the triumvirs in 39 assigned the consulships for the next eight years
becomes perfecdy explicable if we assume that he lumps the multi-year designations of 39 and 37
together and mistakenly believes the original arrangement of 39 to include the years 38 and 37,
too.
27. «Sui limiti di durata delle magistrature romane», Studi in onore di Vincenzo Arangio-Ruiz nelXLV
anno del suo insegnamento, Napoli, 1953, p. 395-418. This fundamental paper being published
in a Festschrift rather than in a journal probably accounts for its unfortunate and undeserved
obscurity.

55
FREDERIK J. VERVAET

Coli first points out that, whereas the basic principles of the Republican
polity required all Roman magistracies be ad tempus, some were ad tern-
pus certum, with a well-defined duration, and others ad tempus incertum,
without a fixed term. Given the continuous indispensability of their func­
tions, the consulship and all other permanently recurring magistracies were
limited to one year. Those magistracies, however, that carried exceptional or
unusual responsibilities had inherent temporal limitations, since their raison
d'être ceased to exist from the moment their designated task was fulfilled.
The best know examples of the latter category are the dictatorship, its dif­
ferent causae defining its specific functions, and the censura. Although the
dictatura rei gerundae causa and the censorship were indeed limited to six
and eighteen months respectively, these tempora were meant as maximum
terms for the completion of the set task.
In correlation with this sharp distinction there also existed a fundamen­
tal difference as regards the cessano of both categories of magistracies. Once
their term expired, the magistratus annui lapsed automatically, ipso iure. If
they had not been granted the right to further exercise the potestas of the
magistracy concerned by virtue of explicit prorogation (again ad tempus
certum or incertum), their occupants irreversibly became private citizens.
This form of cessano was termed magistratu abire and was an involuntary
28
act . The magistracies ad tempus incertum, however, could not cease ipso
iure, since their occupants had to abdicate, i.e., to commit the act of uolun-
tate abire magistratu. On the one hand, it was indeed generally expected
that the magistrate concerned should lay down his office as soon as the task
to which he had been appointed was completed. From this very moment,
there no longer was any cause for the magistracy and staying in office
was considered a censurable abuse. On the other hand, these magistrates
nonetheless continued to hold office until formal and explicit abdication.
Against Th. Mommsen, Coli rightly insists that even the tempora of the
dictatura ret gerundae and the censura did not involve automatical termi­
nation, as formal abdication was still required to make these offices cease.
Coli explains that these tempora were purely comminatory, indicating the
29
absolute maximum term for completion of the set task , and continues to
argue that the same was true for the terms of all magistracies that were crea­
ted outside the regular order of the magistratus annui. For this quite diverse
category of magistracies with extraordinary or unusual commissions, like,

28. Contra L A N G E L . , who confounds both procedures, C O L I 404 rightly explains that "il giuramento
in leges e il discorso in contione erano formalità άάΥ abire magistrato, paragonabili alle formalità
dell'aia? magistratum; ma Y abire magistratu, ossia l'uscita dalla carica, poteva aver luogo automati­
camente, per l'arrivo della scadenzafissa,ο volontariamente, per abdicazione. L'abdicazione veniva
fatta dal magistrato che non era soggetto ο non era ancora soggetto a perdere la carica per effetto
della scadenza".
29. C O L I , op. cit., p. 406 : "Essi erano dei termini puramente comminatorii, entro i quali il dittatore
e i censori dovevano assolvere i rispettivi incarichi e abdicare, ma la carica cassava pur sempre con
l'abdicazione e non con lo spirare dei termini" ; comp, also p. 408 : "Il termine Massimo fissato
dalla legge alla durata di queste magistrature non aveva altro scopo se non d'impedire che i loro
titolari impiegassero troppo tempo a esaurire quelle incombenze."

56
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

e.g., the dictatorship and the magisterium equitum, the censura, the IHuiri
00
mensarii, the III/XXuiri agris dandis adsignandis or coloniae deducendae,
de Iluiri aedi dedicandaellocandae and the Iluiri classis ornandae reficien-
daeque, the procedure of abdicare se magistratu was, apart from, of course,
31
the occupants decease or abrogation, the only possible means to end .
It is, at any rate, most important to emphasize that under normal circums­
tances, continuatio of these magistracies was highly unlikely, regardless of
this remarkable common feature. First, there was the unwritten rule that
the occupant should abdicate his magistracy immediately upon execution
of his chief and only task. Secondly, the possible additional definition of
a maximum term of fulfillment necessarily implied the threat of criminal
prosecution in case of continuation past the terminus ante quern without
proper authorization or a generally accepted ratio publica.
Concerning the triumuiratus r.p.c, Coli correctly indicates that the very
fact that the triumvirs stayed in office past 31 December 38 shows that
that the triumviral quinquennium was a comminatory term. As regards the
second triumviral quinquennium, Coli points out that Marcus Antonius
considered himself triumvir until his death in 30, and cautiously suggests
that if Octavianus had not already abdicated at the end of 32, he did so
only in January 27. Therefore, Coli rightly concludes that,
"Comunque è positivo che nè il primo nè il secondo termine avevano
efficacia estintiva di pien diritto e che la magistratura triumvirale poteva
32
cessare solamente con l'abdicazione dei suoi titolari ."

In other words : the triumvirate could normally only end by virtue of


voluntary abdication, the occupant s decease or, of course, formal abroga­
tion, regardless of the statutory definition of two more or less subsequent
00
quinquennia .

30. COLI,op. cit., p. 4l2f., suggests that the constitutive lex Sempronia of 133 provided for the annual
election of IHuiri agris assignandis and that, until its annulment by the lex Thoria (dated by C O L I
to 118), this Gracchan magistracy thus lapsed ipso iure after the expiry of the annual term. In a
forthcoming article, C. J. D A R T , « The Impact of the Gracchan Land Commission and the Dandis
Power of the Triumvirs », Hermes 137, 2009 will demonstrate that, in perfect keeping with tradi­
tion, this land commission, too, was ad tempus incertum.
31. COLI, op. at., p. 397-412. Although C O L I (p. 41 If.) insists "che la distinzione fra magistrature
permanenti e non permanenti non coincide con la distinzione fra magistrature ordinarie ο straor­
dinarie", it is important to ascertain that all non-annual magistracies alike could only end by means
of formal abdication on the part of the occupant, and that the so-called extraordinary magistracies
always belonged to the category of the non-annual magistracies.
32. COLI, op. cit., p. 406 & 415. In case Octavianus had indeed abdicated the triumvirate in December
32, Coli suggests that he at any rate continued to wield the triumuiralispotestas until January 27.
COLI (op. cit., p. 413 & 415) righdy explains that whereas the triumvirate r.p.c. and Sullas dicta­
torship both belonged to the category of magistracies that could only cease to exist by virtue of
abdication, the latter office simply lacked afixed,comminatory term for completion of its specific
task. For a discussion of this and all other constitutional aspects of Sulla's unprecedented dictator­
ship, see VERVAET HJ., «The Lex Valeria and Sullas Empowerment as Dictator*, CCG 15, 2004,
p. 37-84.
33. For Lepidus' deposition, see, e.g., Dio XLLX, 12, 3f. & A P P I A N BC V, 126. For SPQR depriving
M. Antonius of all his official authority in 32, see Dio L, 4, 3. C O L I apparendy overlooks statutory
abrogation as an "external" means to terminate an extraordinary magistracy.

57
FREDERIK J. VERVAET

Only against the background of this correct assessment of precise nature


the triumviral tempus do both content and timing of L. Antonius' statement
in Appian BC V, 43 make perfect sense. In the winter of All AO, shortly
before surrendering to Octavianus, L. Antonius (Pietas) {cos. 41) bitterly
lamented his failure to persuade the triumvirs to revive the magistracies in
accordance with the patrius mos and to achieve this goal during his own
consulship. L. Antonius twice insists that from the very start, the restora­
tion of the ancestral Republic had always constituted the true motive for
his armed struggle against Octavianus. Regardless of the debatable question
of his sincerity, L. Antonius high-flown argument is so interesting for the
further purposes of this paper, too, that it is worthwhile to quote it in its
entirety :
Έγώ τονπρος σέ πόλεμον ήράμην, ούχ ίνα σε καθελών διαδέξω-
μαι την ήγεμονΐαν, άλλ' ίνα την άριστοκρατΐαν αναλάβω τή πατρίδι,
λελυμένην υπό της των τριών αρχής, ως ούδ^ αν αυτός άντείποις' και
γαρ δτε συνΐστασθε αυτήν, όμολογοΰντες είναι παράνομον, ως άνα-
γκαίαν και πρόσκαιρον έτΐθεσθε, Κασσΐου καιΒρούτου περιόντων
έτι και υμών έκείνοις ου δυναμένων συναλλαγήναι. αποθανόντων δέ
εκείνων, οι το τής στάσεως κεφάλαιον ήσαν, καί τών υπολοίπων ει
τινα λείψαντα εστίν, ου τη πολιτεία πολεμούντων, άλλα υμάς δεδιότων,
επί δέ τούτφ καί τής πενταετίας παριούσης, άνακυψαι τάς αρχάς επί
τά πάτρια ήξΐουν, ου προτιμών ουδέ τον άδελφον τής πατρίδος, άλλ'
έλπίζων μέν έπανελθόντα πείσειν έκόντα, έπειγόμενος δέ επί τής έμής
αρχήςγενέσθαι, και ει κατήρξας σύ, μόνος αν και τήν δόξαν είχες, έπεί
δέ δη σε ουκ έπειθον, φμην έλθών επί 'Ρώμηνκαι άναγκάσαι πολίτης
τε ων καίγνώριμος και ύπατος. Αι μέν αίτίαι, δι* ας έπολέμησα, αύται
μόναι,και οΰτεό αδελφός οΰτεΜάνιος οΰτεΦουλβία, οΰτεή κληρουχΐα
τών ενΦιλίπποις πεπολεμηκότων οΰτε έλεος τώνγεωργών τά κλήματα
αφαιρουμένων, έπεί κάγώ τοις του αδελφού τέλεσιν οίκιστάς έδωκα, οι
τά τών γεωργών αφαιρούμενοι τοις στρατευσαμένοις διένεμον. αλλά
με σύ τήνδε τήν διαβολήν αύτοίς διέβαλλες, τήν αιτίαν του πολέμου
μεταφέρων επί την κληρουχΐαν από σαυτού, και τφδε μάλιστα αυτούς
ελών εμού κεκράτηκας' άνεπείσθησαν γάρ πολεμεισθαί τε ύπ' εμού
καί άμύνεσθαί με άδικούντα. Τεχνάζειν μέν δή σε έδει πολεμούντα'
νικήσαντα δέ, εί μέν εχθρός εί τής πατρίδος, κάμε ήείσθαι πολέμιον,
α έδοξα συνοίσειν αύτη, βουληθέντα μέν, ού δυνηθέντα δέ διά λιμόν.
" I undertook this war against you, not in order to succeed to the lea­
dership by destroying you but to restore the Fatherland the aristocratic
government which had been subverted by the triumvirate, as not even
yourself will deny. For when you created the triumvirate you acknowledged
that it was not in accordance with customary practice, but you established
it as something necessary and temporary because Cassius and Brutus were
still alive and you could not be reconciled with them. When they, who had
been the head of the rebellion, were dead, and the remainder, if there were
any left, were bearing arms, not against the state, but because they feared
you, and moreover thefiveyears' term was running out, I demanded that
the magistracies should be revived in accordance with the patrius mos, not
even preferring my brother to my Fatherland, but hoping to persuade him
to assent upon his return and hastening to bring this about during my own

58
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

term of office. If you had begun this reform you alone would have reaped
the glory. Since I was not able to persuade you, I thought to march against
the City and to use force, being a citizen, a nobleman, and a consul. These
are the causes of the war I waged and these alone : not my brother, nor
Manius, nor Fulvia, nor the colonization of those who fought at Philippi,
nor pity for the cultivators who were deprived of their holdings, since
I myself appointed the leaders of colonies to my brothers legions who
deprived the cultivators of their possessions and divided them among the
soldiers. Yet you brought this charge against me before the soldiers, shifting
the cause of the war from yourself to the land distribution, and in this
way chiefly you drew them to your side and overcame me, for they were
persuaded that I was warring against them, and that they were defending
themselves against my wrong-doing. You certainly needed to use artifice
while you were waging war. Now that you have conquered, if you are the
enemy of the Fatherland you must consider me your enemy also, since I
wished what I thought was for her advantage, but was prevented by famine
34
from accomplishing it ."
L. Antonius explains that the destruction of Cassius and Brutus had
been the main cause for the creation of an unprecedented, plenipotenti­
ary magistracy and the temporary suspension of the traditional balance of
power. He next clarifies that after Philippi there was no further reason for
the triumvirate to exist, especially since what at first was an instrument for
restoring order in the Republic now became a source of fear and continued
armed strife. Therefore, Antonius claims, he as consul demanded the resti­
tution of consular supremacy and the traditional order, something which
could, of course, only be realized through the triumvirs formal abdication.
Antonius next insists that he had even hoped for his brother to return to
Rome and make this dream come true during his own consular tenure,
and blames Octavianus for not having induced this glorious return to nor­
malcy by abdicating first on his own initiative. As there were still almost
three years left of the (first) quinquennial tempus at the time of Lucius
capitulation address, this argument becomes perfectly clear only i f one
fully considers the specific nature of the triumviral tempus and that of all
non-annual magistracies alike, regardless of his note that the triumviral
term, too, continued to run out. I f the triumvirate and its term had had the
qualities and characteristics of, for example, the consulship and its tempus,
both the tenor and the timing of these words would be quite nonsensical
indeed.

January 31 to January 27 :
Caesar's discretely clouded continuano

Since almost all scholars believe the triumvirate to have lapsed on either
1 January 32 or 1 January 31, it should not come as a surprise that there
exists a great variety of divergent theories on Octavianus official position

34. APPIAN BCV, 43.

59
FREDERIK J. VERVAET

until the settlement of January 27. For the growing majority of historians
who believe the Second Triumvirate to have ended on 31 December 33,
the year 32 has caused additional headaches. Some scholars think that
Octavianus heavily relied on the consensus uniuersorum mentioned in
RG 34, 1, wrongly lumped together with the oath of 32 (RG 25, 2), to
35
wield discretionary and overriding powers . In a more elaborate attempt
to solve the problem, K.M. Girardet argues that Octavianus ceased to be
triumvir after 33 but continued command his vast prouincia (the Western
provinces plus the war against Egypt) by virtue of the so-called consukre
imperium militine, first pro consule in 32 and from 31 through his succes­
36
sive consulships . J.-M. Roddaz rightly objects, however, that - among
many other problems - this hypothesis requires its adherents to believe
that Octavianus did not cross the pomerium at all in 32 and necessitates a
rather desperate demonstration that all acts of this year in which he played
37
a prominent role actually took place outside the Urbs . J.-M. Roddaz
currently is the chief advocate of the hypothesis that Octavianus simply
continued to exercise his triumviral powers till the arrangements of 28
and 27. Although Roddaz, too, believes "La charge et le titre de trium­
<< ,,
vir" to have lapsed certainement on 31 December 33, he convincingly
demonstrates that both M . Antonius and Octavianus continued to wield
00
the triumuiralispotestas from 32, just like they had already done in 37,

35. Sec, for example, R I C H & W I L L I A M S , op. cit., p. 188 : "The triumvirate, belatedly renewed in 37,
expired at the end of 33. Octavian, however, continued to exercise extensive powers, and his defeat
of Antony in 31-30 made him sole ruler of the Roman world. From 31 he held the consulship
continuously, but his power did not rest on any formal basis. In the Res Gestae (34,1, cited below)
he claimed rather to have been in possession of supreme power by universal consent. This consent
had received symbolic expression in the oath sworn in 32 by the people of Italy and the western
provinces, demanding him as leader in the war which he won at Actium (RG 25, 2)"
36. G I R A R D E T , op. cit., p. 324ff. (comp, also I D . , "Die Entmachtung des Konsulates im Übergang von
der Republik zur Monarchie und die Rechtsgrundlagen des Augusteischen Prinzipats", G Ö R L E R W.
& K O S T E R S. [dir.], Pratum Saraviense, FestgabefirPeter Steinmetz, Stuttgart, 1990, p. 100-104
"Zur Diskussion um das imperium consulare militiae im 1. Jh. v. Chr.", CCG 3, 1992, p. 217);
for a more or less similar argument, see already B E N A R I O H„ "Octavians Status in 32 B.C.",
Chiron 5, 1975, p. 301-309. Girardet's argument is based on his erroneous view {op. cit.
"Entmachtung", p. 96f. ; accepted by R O D D A Z J.-M., "La Métamorphose : d'Octavien à Auguste",
Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux, 2003, p. 403) that the consukre imperium of the tri
umvirs consisted of two distinct components, viz. the (consulare) imperium domi and the (consul-
are) imperium militiae. Inevitably, however, Girardet {op. cit. "Rechtsstatus", p. 347-350) has to
speculate that in 32, on the demand of tota Italia {Res Gestae 25, 2), Senate and People invested
Octavianus with "die prouincia 'Krieg gegen Kleopatra"', and that, "Ganz sicher sind ihm auch
noch - und wieder ohne daß man aus den Res gestae Einzelnes erführe - gewisse Privilegien zuer­
kannt worden, die seine Rechtsstellung angesichts der 'Bedrohung aus dem Osten wohl derjenigen
annäherten, die er bis 33 v. Chr. als IHuir innegehabt hatte", a situation that lasted until the mea­
sures of 28/27. For the view that after 33, the consulship was Octavianus' only public office, see
also M I L L A R F., "The First Revolution : Imperator Caesar, 36-28 BC", La revolution romaine après
Ronald Syme, bilans et perspectives, Fondation Hardt, Genève, 2000, p. 3 : "After the termination
of the Triumvirate, at the end of 33, as is now generally agreed, the only official element which
distinguished him was the successive consulates, current or prospective, of31, 30, 29, 28 and 27"
& p. 22 : in 32, "his only public position was as consul désignants for the third time for 31".
37. R O D D A Z , op.cit., p. 405f. Roddaz (p. 406) righdy observes that Dio L, 2,4 unambiguously shows
that Octavianus had been present in Rome (= intra urbem) at the outset of 32. Roddaz (406f.) also
demolishes the suggestion that from 31 to 27, Octavianus exclusively relied on the consulship as
his legal power base.
38. S E N E C A Dial. XI, 16, 1 : triumuiralispotestas.

60
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

before the grant of the second quinquennium. Therefore, Roddaz conclu­


des, "Le consulat qu'il exerça à partir de 31 ne se substitue donc pas à ses
pouvoirs extraordinaires ; il venait les renforcer parce que, pour des raisons
d'opportunité politique, Octavien avait besoin, pour son image, de revêtir
cette magistrature." Roddaz subsequently explains that,
"Π n'y a pas pour autant de cumul & imperia. De 31 à 27, Octavien
possède un imperium militiae et domi du fait de la continuation de ses
pouvoirs extraordinaires et de sa charge de consul. Lorsqu'il proclame que
pendant son sixième et son septième consulat, il a rendu au peuple ses lois
et son droit et quii a restitué les provinces, il indique quii met un terme
aux pouvoirs exceptionnels qui lui avaient été confiés quinze ans plus tôt
39
par la lex Titia ."
To my thinking, Roddaz argument remains problematic. It still implies
the unlikely assumption that both Antonius and Octavian acted as a sort
of protriumvirs in 32, holding triumviral powers without the magistracy
40
yet retaining the right to enter Rome and conduct business with SPQR .
The suggestion that although the triumvirate itself necessarily lapsed on
31 December 33, lacking its formal (and, given Lepidus resignation, by
now impossible) renewal, "les pouvoirs qui avaient été attribués aux trois
hommes perduraient tant quii ne seraient pas déposés ou remplacés par
d'autres et aucune source ne nous dit qu'ils le furent avant 28-27" is equally
41
implausible . I f the triumviral tempus had had the same effect as the con­
sular tempus, both Antonius and Octavianus would have needed the Senate
to formally decree a prorogatio imperii, and this normally only authorized
further exercise of powers in the provinces.
As is clear from the above analysis of the triumvirate as an extraordi­
nary magistracy and the nature of its tempus in particular, the triumvirs
r.p.c. could only end their office by virtue of voluntary abdication, left
aside abrogation or death. After Lepidus' forced abdication in 36, Antonius
therefore continued to be triumvir either until 32, when SPQR in Rome
42
formally removed him from all his (future) authority , or till his suicide

39. RODDAZ, op.cit., p. 397-418 ; esp. 405-409. In this paper, Roddaz further refines an argument first
developed in a paper from 1992 which was more or less a critical assessment of Girardet's view to
the point.
40. Although R O D D A Z , op.cit., p. 403 rightly explains that "le triumvirat na pas crée un nouvel ordre
constitutionel - tel n'était pas d'ailleurs l'objectif proclamé dans la titulature- mais s'est surimposé
aux institutions républicaines sans toutefois les faire disparaître", he wrongly claims that "il est, en
effet, difficile de concevoir, à cette époque, un commandement dans le domaine provincial autre
qu'un proconsulat avec un imperium militiae consulare et Y imperium triumviral en dehors de l'Italie
était X imperium militiae des consuls qu'ils exerçaient pro consule" - comp, also p. 404 : "La nature
de Ximperium des triumvirs était fondé principalement sur les compétences militiae" and defines
them as "gouvernants pro magistrate". As regards the provincial commanders of the triumviral
era, Roddaz (loc. cit.) draws a distinction between the legati (propr.) and the "autres proconsuls".
Although the triumvirs certainly relied on their vast armies to impose their overriding authority,
it still concerns a magistrates Populi Romani with consulare imperium and a series of prerogatives
domi militiaeque. It would at any rate be a grave mistake to consider the triumvirate as a sort of
unprecedented promagistracy even if only in the militiae sphere.
41. RODDAZ, op. cit., p. 409.
42. Dio, L, 4,3.

61
F RED ERIK J. VERVAET

in Alexandria in August 30, depending on which side one takes. After


Antonius demise, Octavianus remained sole triumvir just as long as he did
not take the trouble of abdicating. It is, unsurprisingly, again Dio Cassius
who happens to record this milestone in quite circumstantial fashion.
In LIII, 2, 7, Dio tells that Octavianus, after having primed his closest
senatorial confederates, entered the Senate in his seventh consulship, i.e.,
right after the pompous restitutio of the leges et iura P.R. of the previous year,
and made a stately speech of tremendous importance. A few key passages
from Dio's meticulous summary of what must have been Augustus own
authorized edition (53, 3-10) unequivocally show that this address was
nothing but his formal abdication speech, first spoken before the Senate
and next before the People, as often happened under the Republic in state
43
affairs of the greatest importance .
First, he warns the senators that some of them might find the deci­
sion he has made incredible as something that none of them would be
willing to do. He immediately emphasizes that his intention does not
concern a crooked promise for the future, but "will be put into effect at
44
once today ". These opening words are clearly meant as a subtle allusion
to Antonius boastful promise from 32 to abdicate in the aftermath of the
45
war , as to contrast the latter's behaviour with his own resolve. Next,
Caesar Octavianus plainly states that it is in his power to rule over the
Romans for life, since the opposition has been liquidated or reconciled, his
own partisans amply rewarded and his army more powerful and loyal than
ever. In other words : who would dare or desire stop him from continuatio
perpetua ? Nonetheless, he magnanimously proclaims his abdication. Now
that Caesar has been avenged and the City itself rescued from a series of
grave threats, his official mission as triumvir is completed. Therefore, there
is absolutely no need for him to maintain his position of supreme power
and be accused of tyranny :
Ού μέντοι καί επί πλειον υμάς έξηγήσομαι, ουδέ έρει τις ώς εγώ της
αύταρχίας ένεκα πάντα τα προκαιτειργασμένα έπραξα* αλλά άφΐημι την
αρχήν άπασαν καί άποδίδωμι ύμιν πάντα απλώς, τα δπλα τους νόμους
τα έθνη, ούχ δπως εκείνα δσα μοι ύμεις έπετρέψατε, αλλά και δσα αυτός
μετά ταΰθ ' ύμιν προσεκτησάμην, ίνα καί εξ αυτών τών έργων καταμά-
θητε τουθ', δτι ούδ' άπ 'αρχής δυναστείας τινός έπεθύμησα, άλλ'δντως
τω τε πατρΐ δεινώς σφαγέντι τιμωρήσαι καί την πόλιν εκ μεγάλων καί
επαλλήλων κακών έξελέσθαι ηθέλησα.
"Despite all this, I shall lead you no longer. No one shall say that I per­
formed all that I have accomplished so far for the sake of supreme power.
I lay down my entire command and return to you absolutely everything :
the army, the laws and the provinces - not only those which you entrusted
to me, but also those which I subsequently acquired for you. I do this so

43. For this speech I have used the excellent translation by R I C H J . , Cassius Dio. The Augustan Settlement
(Roman History 52-55.9), Warminster 1990, slightly modified where necessary.
44. LIII, 3,3 (νυν δ* οπότε ευθύςκαί τήμερον επακολουθήσει τοέργον αύτφ).
45. Dio, L, 7, If.

62
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

that you may learn from my actions themselves that I did not set out from
the start to win a position of power, but genuinely wanted to avenge my
father, who had been foully murdered, and to rescue the City from the great
46
troubles that assailed it one after another ."
Caesar Octavianus proceeds to complain that the job of triumvir r.p.c.
was forced upon him by the Romans themselves, and that the survival of
Rome had always been his only goal. As he has now accomplished his task
of preserving the Republic, he gladly resigns to make way for SPQR to fully
resume their traditional roles and exercise their customary prerogatives :
επειδή δε καλώς ποιούσα ή τύχη καί τήν ειρήνην αδολον καί τήν
δμόνοιαν άστασίαστον δι' έμοΰ ύμιν άποδέδωκεν, απολάβετε καί τήν
έλευθερίαν και τήν δημοκρατίαν, κομίσασθε και τα δπλα και τα εθνη
τα ύπήκοα,και πολιτεύεσθε ωσπερ είώθειτε.
"Since fortune has smiled on you and, through my agency, has restored
to you unsullied peace and undisturbed harmony, receive back freedom and
democracy, take back the armies and the provinces, and govern yourselves
47
as you used to do ."
In return for abdicating his omnipotent magistracy, he shall earn eternal
glory:
αν τεκαι το εύκλεές, ούπερ ένεκα πολλοίκαι πολεμειν και κινδυνεύ-
ειν πολλάκις αίροϋνται, πώς μεν ουκ εύδοξότατόν μοι εσται τηλικαύτης
αρχής άφέσθαι, πώς δ' ούκ εύκλεέστατον εκ τοσούτου ηγεμονίας δγκου
έθελοντΐ ιδιωτεΰσαι; ωστ' εί'τις υμών άπιστει ταΰτ' δντως τινά άλλον
και φρονήσαι έπ' αληθείας και ειπείν δύνασθαι, εμοιγε πιστευσάτω.
"If glory is made the criterion, for whose sake many choose to go to war
and risk their lives, what could be more glorious than for me to give up so
great an office ? What could bring me greater fame than from so exalted a
position of power to become a private citizen of my own free will ? Thus
if there is any of you who does not believe that any one else could really
decide in earnest to do what I am doing and announce it, at least let him
48
believe it of me ."
Although the statement that he had now become a private citizen is
rhetorical to the extent that he was still holding the consulship of 27, it
perfectlyfitsthe procedure of abdicare se magistrate which normally auto­
matically implied the occupant s return to the status of priuatus.
After making the boastful claim that his decision to lay aside his monar­
chical position surpassed "the deeds of all our forefathers in the whole of
our previous history", Caesar Octavianus in quite modest words calls to
mind that the rule that abdication from a non-annual magistracy like the
triumvirate still remained a wholly voluntary act was particularly true in
his case:

46. LIII, 4, esp. LIII, 4, 3f.


47. LIII, 5; esp. LIII, 5, 4.
48. LIII, 6; esp. LIII, 6, 3.

63
FREDERIK J. VERVAET

Τις μενγαρ αν μεγαλοψυχότερος μου, ίνα μή καί τον πατέρα τον


μετηλλαχότα αύθις ειπω, τιςδε δαιμονιώτερος εύρεθείη; δστις, ώ
Ζεΰ καί "Ηρακλες, στρατιώτας τοσούτους και τοιούτους, καί πολί-
τας και συμμάχους, φιλοΰντάς με εχων, καί πάσης μεν της εντός των
Ηρακλείων στηλών θαλάσσης πλην ολίγων κρατών,έν πάσαις δε ταίς
ήπείροιςκαι πόλειςκαι εθνη κεκτημένος, καί μήτ' αλλοφύλου τινός ετι
προσπολεμοϋντός μοι μήτ' οικείου στασιάζοντος, άλλα πάντων υμών
καί ειρηνούντων καίόμονοούντων καί εύθενούντων και το μέγιστον
έθελοντηδον πειθαρχούντων, επειθ' εκούσιος αυτεπάγγελτος καί άρχης
τηλικαύτης άφίσταμαι και ουσίας τοσαύτης άπαλλάττομαι.
"Who might be found who is more magnanimous than I - not to men­
tion again my late father- or who more nearly divine ? These are my
circumstances - let Jupiter and Hercules be my witnesses. I have a huge
number of excellent soldiers, both citizen and allied, who are devoted to
me. I rule almost all the sea up to the Pillars of Hercules. I am the lord of
cities and peoples in every continent. No foreign enemy is still at war with
me and at home no one is stirring up opposition to me. You are all living
in peace and harmony, prospering and, most important, willingly to accept
my rule. Yet of my own free will and on my own initiative I am resigning
49
this formidable command and giving up this vast possession . "

While repeatedly emphasizing that he would rather die a private citizen


than a monarch, he next begs the senators to approve and firmly support
his decision to "restore to you the armies, the provinces, the revenues and
the laws' : άποδΐδωμι ύμινκαι τα όπλακαι τα εθνη τάς τε προσόδουςκαί
50
τους νόμους . The final part of the speech, then, concerns an exhortation
to preserve the established laws and customs, cultivate harmony and avoid
civil strife at all cost. Otherwise, they would cause him to regret his decision
(to abdicate the triumvirate r.p.c. as a guarantee for peace and security) and
51
plunge the City into new wars and dangers . In his funeral speech from
14 CE, Tiberius recalls Augustus abdication of the triumvirate as one of
his most magnimous acts ever, especially since,
δστις πάσας μεν τάς δυνάμεις υμών τηλικαύτας οΰσας εχων, πάντων
δε τών χρημάτων πλείστων δντων κρατών, και μήτε φοβούμενος τινα
μήθ' ύποπτεύων, άλλ' εξόν αύτφ πάντων συνεπαινούντων μόνφ αρχειν,
ουκήξίωσεν, άλλακαι τα δπλακαι τα εθνη καί τα χρήματα ές το μέσον
ύμιν κατέθηκεν ;
"He possessed all your armies, whose numbers you know ; he was master
of all your funds, so vast in amount ; he had no one to fear or suspect, but
might have ruled alone with the approval of all ; yet he saw fit not to do
52
this, but laid the arms, the provinces, and the money at your feet ."

In light of the above, it should not be doubted that Dio here describes
Caesar Octavianus' abdication (speech). Only i f one understands these

49. LIU, 7, 1 &8.1.Ê


50. LIII, 8,7 ; 9, 1 ; 9,3 OC 9, 6 (quotation). In LIII, 9, 5, he again refers to the destruction of Caesars
murderers, the original causa for the establishment of the Triumvirate.
51. Dio LUI, 10, esp. 1 & 8.
52. Dio IVI, 39, esp. 4.

64
IN WHAT CAPACITYDID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

words as Caesar Octavianus' pompous abdication statement does each and


every part of it become perfectly comprehensible.
In Res Gestae 34, 2f., Augustus himself commemorates that it was preci­
sely in reward of his benevolent willingness to abdicate voluntarily at a time
when there was literally no one left to contest his continuation or make
50
him resign, that Senate and People awarded him the nomen Augusti and
a series of unprecedented honours, and that after this act, he (allegedly)
ceased to hold superior potestas vis-à-vis the other magistracies :
Quo pro merito meo senatus consulto AufgustusJ appellatus sum, et lau­
reis postes aedium mearum uestiti fpubljice, coronaque ciuica super ianua
meamfixamest et clufpeusj aureus in curia Iulia positus quem mihi Senatum
[Pop]ulumq[ue Romjanum dare uirtutis clem[ent]iaeque iustitia[e et pietà]tis
causfsa testatujm est per eius clupei inscriptionem. Post id tempus a[uctorita
omnibus praestiti, potestatis autem nihilo amplius hahu[i quam cetjeri qui
mihi quoque in magistratu conlegae [fjuerunt.
However startling its simplicity, the conclusion that Octavianus abdica­
ted his triumvirate only in January 27 immediately elicits the pressing ques­
tion why modern historians have failed to take Dio's account at face value
and fully grasp its true significance. First of all, scholarship has focused
one-sidedly on the singular aspects of the unparalleled triumuiratus r.p.c.
A proper evaluation of the precise nature of the tempora of all extraordi­
nary magistracies of the Republic is vital to a correct understanding of the
tempus of the triumviral college and its termini. The chief blame, however,
lies with none other than Octavianus himself, for it is his very own policy
of concealment and artful delusion, both contemporaneous and after, that
has distorted the true face of history and deceived posterity.
In his most illuminating study on the domestic policy of Imperator
Caesar diui filius from 36 to 28 BCE, Fergus Millar conclusively shows
that it was especially in this crucial age of transition that Caesar's son
either induced or completed a multifaceted range of measures to restore
and aggrandize the traditional Res Publica of the Roman People, the monu­
mental and literary dignity of their shaken City and the glory of their age­
long religious institutions, so creating a powerful semblance of genuine
54
cultural, religious and constitutional revival . In perfect keeping with this
argument, it can be shown that Octavian had already initiated the return
to consular supremacy before his bid for total control and the battle of
Actium. Already in 33 or 32, Octavianus began to shift the emphasis from
his second triumvirate to his nomenclature and consulship, styling himself
55
as Imp. Caesar cos. desig. tert., Illuir r.p.c. iter . In his letters on the privi­
leges of Seleucus of Rhosus, Octavianus ceases to style himself as triumuir

53. Compare OVID, who in his Fasti (I, 589f.) relates that, Redditaque est omnispopuloprouincia nostro
let tuns Augusto nomine d'ictus auus: 'On that day [i.e., on 13, January 27], too, every province w
restored to our people, and thy grandsire received the title of Augustus."
54. M I L L A R , op. cit.

55. /1577.

65
FREDERIK J. VERVAET

from 31, placing the emphasis entirely on his successive imperial salutations
56
and consulships . After defeating Antonius and Cleopatra, he orchestrated
a phased return to normalcy and (temporary) consular supremacy, a process
culminating in the theatrical and momentous acts of 28 and January 27.
During these crucial years, too, Octavianus consistently presented himself
as Imperator Caesar Diui Iuli filius and consul rather than as triumuir: see,
e.g., ILS 79 (31 : cos. Ill) ; ILS 80 (29 : cos. V) ; the famous inscription from
his campsite memorial in Nicopolis (29 : Imperator Caesar diui filius, cos. V
7
& imp. VIP ) ; ILS 81 (29 : Senatus Populusque Romanus Imp. Caesari diui
Iulif. cos. quinct. cos. design, sext., imp. sept., re publica conseruatd) ; a letter
of his to Ephesus (29 BCE: [Αυτοκράτωρ Καίσαρ θε]οΰ υιός, ύπατος
5 8
το ε, αυτοκράτωρ το ζ ) ; and, of course, his remarkable aureus of 28
59
(obv. : IMP-CAESAR- DIVLF>COS-VI) . In sum, Octavianus and, after
his example, the Senate and the People of Rome completely ceased to style
him (self) as triumuir from 31, when the second triumviral quinquennium
had expired. Henceforth the emphasis was invariably placed on the unique
name he had assumed from 38 at the latest, viz. Imperator Caesar diui filius,
on his successive consulships(-elect) and on his cumulative imperatorial
salutations, regardless of the fact that he stuck to his triumvirate and its
vast powers until its grand finale on 13 January 27.
There is every indication that after he had reinvented himself as
Imperator Caesar Augustus and laid the foundations of his New Order
from 27 to 19, Octavianus decided to regularize and correct his past and so
further obscure the truth about his prolonged continuation for all posterity.
In his Res Gestae from 13 C.E., he makes the notorious claim to have held
the triumvirate per continuos annos decern, a highly biased version of history
indiscriminately reproduced by Suetonius in Diu. Aug. 27.1 : Triumuiratum
m
ret p. constituendae per decern annos administrauit . As this term perfectly
corresponds with the triumvirs' two official quinquennial tempora and since
the Fasti Consulares list Lepidus, Antonius and Imperator Caesar as triu­
61
mvirs for the year 37 , there is every reason to believe that Augustus had
the second triumviral term follow directly on the first one, running from
62
1 January 37 to 31 December 33 .

56. Roman Documentsfromthe Greek East. Senatus Consulta and Epistulae to the
SHERK R . K . ,
of Augustus, Baltimore, 1969, nr. 58 ; see esp. 11. 73f. (31 BCE : imp. VI, cos. III, cos. desig. IV)
& 11. 85f. (30 BCE : imp. VI, cos. IV).
57. For the most recent reconstruction of this inscription, see MURRAY W.M. & PETSAS P.M.,
'Octavians Campsite Memorial for the Actian War", Transactions of the American Philosophical
Society. Vol. 79 Part 4. Philadelphia, The American Philosophical Society, 1989, p. 86.
58. AE1993, 1461 = KNIBBE D., ENGELMANN Η. & IPLIKÇIOGLU Β., "Neue Inschriften aus Ephesos
YirjÖAIGl, 1993, Hauptblatt, p. 113-150, no. 2.
59. R I C H & WILLIAMS, op. cit., p. 169.
60. BLEICKEN, op. cit., p. 13 n. 29 rightly deduces that Suetonius must have used either the Res Gestae
or Augustus' memoirs.
61. DEGRASSI, Inscr. It. XIII, 1, p. 58f.
62. Since Dio records in L, 3, 1-3 that Antonius' divorce of Octavia was one of the reasons for Titius
and Plancus to team up with Octavianus early in 32, it is clear that Livy's epitomator {Per. 132)
believes the second tempus to have lapsed on 31 December 33. Apart from the fact that this suggests

66
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

However, in spite of Augustus' amazingly successful cover up, there still


happens to survive powerful if not conclusive evidence of his uncomfortably
long continuation from 31 to 27. First, there is the generally acknowledged
and well-documented fact that he kept exercising triumviral prerogatives
down to 27. Second, ILS 78, an inscription set up by the local authorities
of Luna in 28, unambiguously attests Imperator Caesar Divi filius as triu­
mvir for that year, since it was dedicated to Imp. Caesari d.f. imp. V, cos. VI,
Illvir. r.p.c. patrono. Whereas the dedicators are obviously mistaken insofar
as Octavian already was imp. VII at that time, they can hardly have been
wrong about his sixth consulship and his triumvirate, especially had he
abdicated this office on 31 December 33 or, at the very latest, 31 December
32. Third, John Rich and Jonathan Williams have conclusively shown that
especially the years 28 and 27 marked the culmination of Octavianus care­
fully spun program to restore constitutional propriety. As an opening to the
grandfinaleof January 27, Imperator Caesar first reinstated the monthly
65
turnus of the consular fasces at the outset of his sixth consulate in 28 . By
sharing the supreme command in the City with his colleague Vipsanius
Agrippa, he officially reasserted the consuls traditional role as the leading
magistrates of the Roman Republic, at least so in Rome and Italy. He thus
manifested his willingness to govern the Republic henceforth as consul and
no longer as triumvir. Among other things, he also issued a magnificent
aureus that portrayed him as sitting on a sella curulis, holding a scroll in his
right hand, with a scrinium on the ground beside him and with the power­
ful inscription that he had now officially restored the Laws and the Rights
64
of the Roman People : LEGES ETIVRA P(opuli) R(omani) RESTITVIT .
Rich and Williams plausibly suggest that this formula derives from a decree
of the Senate that reproduced the contemporaneous, quite remarkable edict
65
recorded by Tacitus and Dio Cassius . In Ann. I l l , 28, Tacitus indicates
that
Sexto demum consuhtu Caesar Augustus, potentiae securus, quae triumui-
ratu iusserat aboleuit deditque iura quis pace et principe uteremur.

At last, in his sixth consulship, Augustus Caesar, feeling his power secure,
cancelled the behests of his triumvirate, and presented us with laws to serve
our needs in peace and under a prince.
Dio further completes Tacitus' summary note in LIII, 2, 5 :
επειδή τε πολλά πάνυ κατά τε τάς στάσεις καν τοις πολέμοις, άλλως
τε καί έν τη του Αντωνίου του τε-Λεπίδου συναρχΐςι, καί άνόμως καί

that Livys account paid lip service to Augustus' representation of history and his biased official
statement on the duration of the triumvirate, this also indicates that, post factum, Augustus has
indeed made the second quinquennium follow immediately upon thefirstone.
63. Dio, LUI, 1,1.
64. As there is no evidence of massive legislation in 28 or 27, on the model of what Sulla had done as
dictator in 81, and since Octavianus in 28 merely annulled all his triumviral acts that ran counter
to existing laws and traditions, 'Populi Romani' is to be preferred over Populo Romano' : contra,
e.g.. RICH & WILLIAMS, op. cit., p. 182.
65. RICH & WILLIAMS, op. cit., p. 186f.

67
FREDERIK J. VERVAET

αδίκως έτετάχει, πάντα αυτά δι'ένος προγράμματος κατελυσεν, δρον


την εκτην αύτοΰ ύπατείαν προθεΐς.
"Since he had put into effect many wrongful and unjust measures during
the period of civil strife and wars, especially in his joint rule with Antony
and Lepidus, he now annulled them all, fixing his sixth consulship as the
limit."
To my thinking, Caesar Octavianus' political course of action in the
immediate aftermath of Actium only acquires its fidi meaning if one accepts
the fact that he was still acting as triumvir reipublicae constituendae. The
reconstitution of the shaken and embattled Republic after years of civil dis­
cord and turmoil, including the so-called restitutio legum et iurum, precisely
was the primary task of the ad hoc magistracy of triumuir reipublicae consti­
tuendae, its very cause and core business. Imperator Caesar s meticulously
prepared abdication of the triumvirate itself on 13 January 27, then, was
no more than the logical, inevitable, and anticipated climax of this carefully
staged road map to constitutional and political normality. In point of fact,
another key passage from Tacitus beautifully confirms this reconstruction.
In Ann. I , 2, Tacitus relates that,
Postquam Bruto et Cassio caesis, nulla iam publica arma, Pompeius apu
Siciliani oppressus, exutoque Lepido, interfecto Antonio, ne Iulianis quidem
partibus nisi Caesar dux reliquus, posito triumuiri nomine, consulem sefere
et ad tuendam plebem tribunicio iure contentum.
"When the killing of Brutus and Cassius had disarmed the Republic ;
when Pompeius had been crushed in Sicily and, with Lepidus thrown aside
and Antonius slain, even the Julian party was leaderless but for Caesar ;
after laying down his triumviral title, he conducted his business as simple a
consul content with tribunician authority to safeguard the commons."
The combination of what Tacitus records in Ann. I l l , 28 (supra) and
this obviously chronological summary of events further corroborates the
conclusion that Caesar Octavianus laid down the nomen triumuiri, i.e. the
66
triumvirate , only after having become sole ruler of the Roman world :
with Brutus and Cassius perished the Republic in 42 ; the Pompeian cause
was lost and Lepidus swept aside in 36 ; Antonius committed suicide in
August 30 ; Caesar, now the only remaining leader of the Caesarian faction,
first normalized political life in Rome during his sixth consulship and next
abdicated the triumvirate in January 27 and next was merely consul until
23, when he received the tribunicia potestas, neatly defined by Tacitus as
67
summi fastigli uocabulum .
Before concluding this discussion, two more pertinent questions need to
be answered. Why did Caesar Octavianus (and, for that matter, Antonius)

66. See Livy III, 33,3 & III, 34, 8 for references to (the fundamental distinction between) the consulum
nomen imperiumque.
67. RODDAZ'S observation {op. cit., p. 402, n. 43) that "cette remarque est éclaircie, en ce qui concerne
la chronologie, par Tacite, Ann., III. 28, et RGDA, 34", which implies that Octavianus laid down
his triumvirate during his sixth consulship, i.e., in 28 BCE, is in contradiction with the rest of his
argument on Octavianus' official position after 31 December 33.

68
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

decide on a second, potentially protracted continuation of what still was a


triumvirate? And why has he done everything in his power to consistently
cover up this continuation from its very start in 31 ? As regards the first
question, a fairly obvious answer offers. At first, the outbreak of a most
serious and decisive war provided both dynasts with the best possible pre­
text for continuation. As long as conflict raged, the triumvirate s chief task
of restoring the Republic to its former glory was unfulfilled by definition.
On the very contrary, the state of emergency fully warranted continuation
reipublicae constituendae causa, especially since dealing with this kind of cri­
sis had been the very reason for its existence and tremendous powers. That
Caesar Octavianus (and Antonius) legitimized their continued tenure of the
triumvirate as being in the interest of the Republic and its survival is clear
from, for example, the former s claim in the Nicopolis campsite memorial
68
that the war against Cleopatra was waged PRO [R]E [-]P[V/BLIC[A] .
And Augustus' own famous testimony in Res Gestae 34, If. shows that
after the conquest of Egypt in 30, he had justified his further continuation
as triumuir sine conlegis as something demanded by all inhabitants of the
Empire alike :
In consulatu sexto et septimo p[o]stquam b[ella] ciuilia exstinxeram, per
consensum uniuersorum potens rer[um omjnium, rem publicam ex mea pote
tate in Senatus Populique RomfaniJ arbitrium transtuli.
"In my sixth and seventh consulships, after I had extinguished civil wars,
and at a time when with universal consent I was in complete control of
affairs, I transferred the Republic from my power to the dominion of the
Senate and the People of Rome."
In reality, however, he still very much needed the triumvirate's wide
powers to realize his version of a Republic and, above all, ensure a flawless
transition to a new and more lasting format for his autocracy. Since as sole
remaining triumvir he now wielded the supreme command, the summum
imperium auspiciumque, indiscriminately over all provinces and armies, he
could be confident that no one should dare tamper with his policies and
projects
Lastly, remains the question why Imperator Caesar Augustus decided
to obscure his twofold continuation of the triumvirate, first in 37 with his
two colleagues, and then, after a quinquennial iteration, again for four more
years from 31. To my thinking, it is again possible to forward a quite sim­
ple answer. First of all, it is important to point out that both continuation
and iteration had always had a bad name in the Republic. Continuation
normally signaled either failure to achieve and incompetence, or, worse,
sheer unwillingness to abdicate. Such conduct was liable to criminal pro­
secution, in particular if the indicative term for completing the set task had
expired. In 363, for example, L. Manlius Capitolinus Imperiosus, who had
been appointed clauifigendi causa, aspired to take command in the war

68. See MURRAY & PETSAS, op. cit., p. 76.

69
FRED ERIK J. VERVAET

against the Hernici, so exceeding his religious function and continuing


his dictatorship past completion of its specific task. When his rigorous
levy met with the unanimous opposition of the tribunes of the plebs, Livy
narrates, "he yielded either to force or to a sense of shame, and resigned
69
his dictatorship ". Valerius Maximus records in V, 4, 3 that in 362, the
tribune of the plebs M . Pomponius summoned him "to trial before the
People for having exceeded the legal term of his command, led thereto
by an opportunity to end the war successfully" : L . Manlio Torquato diem
adpopulum Pomponius tribunus plebis dixerat, quod occasione bene < con
>ficiendibelli inductus legitimum obtinendi imperii tempus excessisset. As the
tempus legitimum of the dictatura c.f.c. was defined by the completion of its
very task, every day of continuation past that moment was deemed unac­
ceptable, as is clear from Cic. Off. I l l , 112: L . Manlio A. f., cum dictator
fiiisset, M. Pomponius tr. pi. diem dixit, quod ispaucos sibi dies ad dictaturam
70
gerendam addidisset . Second, in the war of propaganda that so marked
the triumviral era, both L. Antonius and M . Antonius had repeatedly bla­
med Octavianus for the continuation of discretionary triumviral rule past
completion of the triumvirates official commission to restore peace, law
and order in the Republic. As early as the winter of 41/40, L. Antonius
had accused Octavianus of being unwilling to abdicate in conformity with
customary procedure, regardless of the actual duration of the commina­
71
tory tempora légitima . In light of this accusation, it is most likely that
in January 32, the consul Sosius, too, put the blame for continuing triu­
mviral rule on Octavian. Especially since Octavianus himself had accused
72
Antonius of tyrannous continuation in January 32 and again 31 > he had
every possible personal interest in carefully obscuring his own continuation
of the triumvirate, both before and after the decisive battle of Actium and
the conquest of Egypt.

Conclusion

After the official outbreak of war early in 32 rendered much, i f not all,
previously planned arrangements for 31 (and after) null and void, Caesar
and his confederates concocted a simple plan to maintain and further
consolidate his supremacy in the Roman world, viz. a low profile continua­
tion of the plenipotentiary triumvirate r.p.c. combined with a sustained and

69. Lrw,VII,3,4&VII,3,9.
70. See BROUGHTON, MRR 2, p. 118 for (the sources for) the fact that Manlius Imperiosus was also
accused for raising a levy with too great severity and for mistreatment of his son, who eventually
compelled the tribune to give up the prosecution.
71. Compare also M. Antonius' statements from34 (Dio XLIX, 41,6) and 32 (Dio L, 7, If).
72. Dio L, 2, 3-5 (first Sosius and next Octavian made many accusations against one another at the
outset of 32) & Per. 132. It should not be doubted that Caesar Octavianus accused M. Antonius
of refusing to return to Rome for the purpose of abdicating his triumvirate. Mutatis mutandis,
RODDAZ, op. cit., p. 407 righdy suggests that Vest très probablement l'abandon de ces pouvoirs
que les consuls, et tout particulièrement Sosius, voulurent exiger d'Octavien au début de l'année
32, avec les conséquences et le succès que l'on sait".

70
IN WHAT CAPACITY DID CAESAR OCTAVIANUS RESTITUTE THE REPUBLIC?

much publicized iteration of the consulship. In 32, both Caesar Octavianus


and M . Antonius armed themselves with an unprecedented series of oaths
73
of allegiance . After 32, Octavianus scrupulously avoided to be named
triumvir in public documents, the emphasis now invariably being on his
specious nomenclature, his consecutive consulships and his steadily growing
number of imperatorial acclamations. After suicide had put an end to M .
Antonius' continued tenure as triumvir in the summer of 30, Imperator
Caesar Diui filius unrelentingly clung to the triumvirate until his theatrical
abdication in January 27. It is especially his continuation as sole triumvir
after the capture of Alexandria that reveals his undying will and determi­
nation to keep lording over the Republic and its expanding empire. After
the conquest of Egypt, when his exclusive tenure of the triumvirate had
become uncomfortably awkward, he insisted that his monarchical position
was forced upon him per consensum uniuersorum and that he had none­
74
theless benevolently and voluntarily returned it in January 27 .
Regardless of what Augustus wanted posterity to believe, the unvar­
nished truth is that Imperator Caesar, son of the Diefied Caesar, triumui-
rum reipublicae constituendae fuit per continuos annos circiter quindecim.
Therefore, his claim in the Res Gestae that he had been triumvir "for ten
consecutive years" accounts for just another prime example of Augustan
ambiguity and deceitfulness. The official statement that he had held the
triumvirate for ten consecutive years was surely not a blatant lie since he
had indeed been triumvir for ten consecutive years, but it was most defini­
tely not the whole truth either. Augustus' version of the facts clearly betrays
his anxiety to reconcile history with legitimacy. The fact that he had really
been triumvir for a period of time equivalent to another, unauthorized
quinquennium simply ran counter to constitutional propriety, regardless of
the circumstances of the moment. It was, moreover, in blatant contradic­
tion with the image he had carefully spun ever since 36, that of the absolute
champion of Rome's age-old moral, political and religious traditions.

73. RG 25 & Dio L, 6, 2-6.


74. AG 34,1.

71
L'aristocratie augustéenne
et la Res publica restituta

Frédéric HURLET

Apparue au début du principat d'Auguste, la notion de Res publica res­


tituta est indissociable des attentes de l'aristocratie romaine, à laquelle était
ainsi adressé un message complexe et foncièrement ambigu. Si la restau­
ration de l'État passait par des mesures légales qui reposaient sur une série
d'actes institutionnels déterminés, elle prenait également une dimension
politique et sociale qui n'allait pas sans une définition de la place des élites
romaines dans le nouveau régime. Le retour à un certain ordre fondé sur la
tradition signifiait en particulier qu'il fallait restaurer les sénateurs dans leurs
anciennes prérogatives, quelque peu bafouées à l'occasion des guerres civiles.
On perçoit mieux dans un tel contexte l'ampleur du problème : il s'agissait
d'articuler la primauté exercée désormais par le prince depuis ses succès
militaires avec l'idée selon laquelle la Res publica était un bien commun
auquel les familles sénatoriales de la noblesse avaient contribué tout au
long de l'histoire de Rome. La solution trouvée par Theodor Mommsen et
développée dans son Droit public romain est bien connue. Auguste aurait
instauré une dyarchie, définie comme un « pouvoir divisé une fois pour
toutes entre le Sénat, d'une part, et le prince considéré comme l'homme de
1
confiance du peuple, de l'autre ». Dans cette perspective, la restauration de
la Res publica dans le courant des années 20 av. J.-C. aurait été fondée sur
un partage des tâches entre ce qui apparaissait comme les deux principaux
pôles du pouvoir à Rome et dans l'Empire. L'interprétation de Mommsen
a été très tôt commentée et critiquée, sans d'ailleurs toujours avoir été
comprise. L'historiographie contemporaine a d'ordinaire rejeté l'existence
de la moindre dyarchie en rappelant que la suprématie d'Auguste sur l'État
romain ne se discutait plus après la bataille d'Actium. On a pu malgré tout
exploiter un tel concept pour faire valoir l'idée selon laquelle le principat

1. MOMMSEN DPR, V, p. 5 ; pour d'autres références à la dyarchie dans le Staatsrecht de Mommsen,


cf. DPR, III, p. 100; VII, p. 363-364 et p. 468-505 (chapitre consacré au «Sénat souverain du
principat», où le terme de dyarchie est défini) ; cf. aussi MOMMSEN, Abriss des römischen Staatsrechts,
Leipzig, 1893, p. 270-274 et p. 340-345.

73
FRÉDÉRIC HURLET

était le fruit d'un compromis entre le prince et l'aristocratie sénatoriale ou


pour souligner à quel point le nouveau régime était lié à l'ancienne noblesse
républicaine. I l ne faut toutefois pas prêter à Mommsen des jugements qui
n'étaient pas les siens et qu'il n'a pas pu développer dans le cadre d'une
œuvre aussi spécifique que le Staatsrecht. Son propos était de donner une
définition légale de l'État romain, du principat en particulier, à partir de
ce qui constituait son essence juridique et excluait volontairement de la
discussion tous les aspects plus spécifiquement politiques. La dyarchie a été
en ce sens conçue par son inventeur pour expliquer la présence à la tête de
l'État romain de deux niveaux de pouvoir concurrents et incompatibles qui
coexistèrent et cohabitèrent sans se mélanger. À la place tenue par le Sénat
en tant que garant de l'ordre politique traditionnel se superposa désormais
sans l'effacer une nouvelle autorité illimitée d'un point de vue militaire,
2
mais aussi précaire, celle du prince . C'est au prix de cette clarification que
l'analyse mommsénienne se révèle être un point de départ intéressant pour
une analyse approfondie de la fonction dévolue aux sénateurs dans la Res
publica restituta des années 20 av. J.-C.
Le terme de dyarchie est de nos jours d'un emploi délicat parce que
e
son utilisation a été galvaudée tout au long du xx siècle, mais il reste un
concept opérant à la condition de lui donner une signification plus socia­
le que politique. Si le Sénat avait définitivement cessé d'être le centre du
pouvoir avec la naissance du principat, il continua à être le lieu d'où étaient
issus les magistrats et promagistrats, une partie des administrateurs de l'Em­
pire et un grand nombre de collaborateurs du prince. Il est particulièrement
remarquable qu'en dépit de l'existence dès le principat d'Auguste d'une cour
(Yaula Caesaris) ou, si l'on veut être plus prudent, d'une «proto-cour», le
prestige social continua de reposer sur le statut même de sénateur et l'exer­
cice de magistratures poliades sans jamais avoir été supplanté par le seul
3
fait de la proximité physique avec le prince . La restitutio de la Res publica
passait donc sous Auguste par une restauration des fondements de la société
romaine en tant que société d'ordres telle qu'elle s'était progressivement
formée tout au long de la période républicaine. Le nouveau régime n'eut
dans ces conditions d'autre choix que de s'intégrer au sommet de l'ordre
social existant de manière à ce que le prince devînt le premier des sénateurs
- le primus inter pares. Que l'on aboutisse à une telle conclusion à partir
de la relecture du Staatsrecht de Mommsen peut paraître surprenant tant
nous avons pris l'habitude de dissocier l'examen de ce que nous appelons le
droit public de l'étude des structures sociales. Ce paradoxe n'est en réalité

2. Cf. sur ce point l'analyse récente et éclairante de WINTERLING Α., « Dyarchie in der römischen
Kaiserzeit. Vorschlag zur Wideraufhahme der Diskussion », NIPPEL W, SEIDENSTICKER B. (dir.),
Theodor Mommsens Langer Schatten. Das römische Staatsrecht ab bleibende Herausforderu
Forschung, Hildesheim - Zürich - New York, 2005, p. 177-198 où l'on trouvera un état de la
question complet sur la dyarchie mommsénienne, ainsi que sur les interprétations et les critiques
que cette théorie a suscitées.
3. Cf. à ce sujet en dernier lieu WINTERLING Α., « "Staat", "Gesellschaft" und politische Integration in
der römischen Kaiserzeit», KHo 83, 2001, p. 93-112.

74
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNEETLA RESPUBLICA RESTITUTA

qu'apparent et relève de la difficulté de définir sans anachronisme ce que


nous appelons de façon impavide l'«État d'Auguste», réalité qui prenait
dans l'Antiquité une forme complexe. I l s'agissait non seulement d'une
machinerie institutionnelle faite de règles strictes, mais aussi de pratiques
rituelles et sociales fortement codifiées et fondées sur la traditionnelle voca­
tion des élites à gouverner.
La décennie qui suivit la bataille d'Actium fut décisive en ce qu'elle
coïncida avec la mise en place des relations entre le prince et ce qui finit par
devenir le premier des ordres de Rome, Xordo senatorius. I l fallut inventer
4
un modus vivendi, amené à se prolonger tout au long du Haut-Empire .
Il est d'usage de subordonner la place tenue par les sénateurs à la main­
mise exercée par Auguste sur Rome et son Empire à partir du moment
où ses victoires sur Marc Antoine et Cléopâtre l'avaient rendu maître de
l'armée romaine. Ce jugement n'est pas foncièrement inexact, mais il pré­
sente le défaut d'analyser les rapports entre le prince et les sénateurs sans
prendre en compte les multiples évolutions qui allèrent dans le sens d'un
renforcement du nouveau pouvoir impérial. I l doit donc être nuancé à la
lumière du contexte politique dans lequel s'inscrivaient de telles relations.
S'il est vrai que la suprématie d'Octavien/Auguste ne se discutait pas dès les
années 20 av. J.-C, elle ne s'exprimait pas à cette époque de la même façon
que durant la seconde moitié du principat.
Un des acquis des recherches de ces dernières décennies sur la nais­
sance du principat est précisément d'avoir souligné, mieux que cela
n'avait été fait, l'empirisme de la politique suivie pour la mise en forme
du nouveau régime. I l faut en particulier éviter de chercher à toute force
dans la démarche d'Octavien/Auguste une cohérence qu'une vision
5
rétrospective de l'histoire a sinon créée, du moins amplifiée . Les rela­
tions du princeps avec les sénateurs furent au départ malaisées à défi­
nir non pas tant parce qu'il fallut les inventer que parce que la réus­
site du jeune César aurait pu ne pas durer dans le contexte des années
20 av. J.-C. I l n'avait échappé à personne qu'en dépit de sa plus grande
prudence, le fils de César pouvait subir le même sort que son père adoptif
ou qu'une maladie pouvait rapidement l'emporter étant entendu qu'il était
d'une santé fragile et que l'espérance de vie de l'époque n'était pas compa­
6
rable à la nôtre . Qui aurait pu donc prévoir au lendemain de la bataille

4. Sur la question des relations entre le prince et les sénateurs, l'ouvrage de référence reste la Révolution
re
romaine de R. SYME (l éd. en 1939), complété et amendé par son ouvrage plus récent sur l'aristo­
cratie augustéenne {The Augustan Aristocracyy Oxford, 1986).
5. Cf. dans ce sens MEIER Chr., « Augustus. Die Begründung der Monarchie als Wiederherrstellung
der Republik», Ohnmacht des allmächtigen Dictators Caesar. Drei biographische Skizzen, Francf
1980, p. 268 [traduction italienne dans Cesare. Impotenza e onnipotenza di un dittatore. Tre profil
biografia, Turin, 1995, p. 235] pour qui il est absolument douteux qu'Auguste ait eu dès le départ
un plan pour l'édification successive de son pouvoir.
6. HINARD Fr., «Entre République et principat. Pouvoir et urbanité», HANTOS Th. (dir.), Laurea
internationalis. Festschrift fur Jochen Bleicken zum 75. Geburstag Stuttgart, 2003, p. 334-336
rappelle à juste titre qu'on oublie trop souvent le sentiment de fragilité qu'une espérance de vie
réduite procurait aux acteurs de la vie politique et « qui donc... donnait à chacun de leurs actes une
valeur particulière dans la mesure où ils n'étaient guère assurés de pouvoir en contrôler les effets

75
FRÉDÉRIC HURLET

d'Actium ce qu'il allait advenir du nouveau pouvoir en place à Rome dans


les dix années à venir et comment la situation politique évoluerait ? En
prenant le parti de restaurer officiellement la Res publica et de diffuser un
tel programme politique, Octavien/Auguste donna d'emblée aux sénateurs
le sentiment non seulement que leur participation était requise pour le
(bon) fonctionnement du nouvel État, mais aussi qu'ils n'étaient pas irré­
médiablement écartés du pouvoir suprême. C'était là une garantie pour
7
ceux d'entre eux qui avaient pris le parti du prince ou l'avaient rallié .
À supposer qu'Auguste disparaisse, situation dont i l faut rappeler qu'elle
faillit se produire dans les années 20 (il fut malade à plusieurs reprises,
dont une fois très gravement en 23 av. J.-C), les cartes du jeu politique
auraient été redistribuées et la concurrence se serait ranimée entre les prin­
8
cipaux sénateurs . S'il faut se défier d'une présentation qui imagine ce
qui aurait pu résulter d'un événement qui n'a finalement pas eu lieu, elle
a le mérite de nous mettre en garde contre toute idée de linéarité de l'his­
toire et aide à mieux se représenter ce qu'un sénateur pouvait ressentir au
moment du passage de la République à l'Empire dans le courant des années
20 av. J.-C. Rien n'obligeait alors les Romains à penser qu'Auguste devait
mourir de vieillesse à près de 80 ans avec la satisfaction d'avoir su fonder
de manière durable un nouveau régime. Replacée dans son contexte poli­
tique, la restauration de la Res publica des années 28-27 prend une tout
autre dimension. Du rang de fiction auquel ce projet politique a été relégué
a posteriori par une historiographie accoutumée à projeter sur la Rome des
premiers temps d'Auguste le contexte plus apaisé des décennies suivantes, il
peut désormais passer au statut de réalité vécue dans une mesure et selon des
9
modalités qu'il reste à analyser . Ce n'est que progressivement, au fur et à
mesure que se mit en place une politique dynastique affirmée et résolue, que
les Romains comprirent qu'ils étaient passés d'une république oligarchique
dominée par un petit nombre de familles à une monarchie qui était hérédi­
taire dans les faits - même si l'hérédité du pouvoir ne fut jamais reconnue
dans le droit. Au bout du compte, l'appartenance à la famille d'Auguste

à long ni même à moyen terme». L'idée selon laquelle la disparition d'Auguste pouvait survenir à
tout moment durant les années 20 en raison de ses multiples maladies et plonger Rome dans une
nouvelle crise politique est également très présente dans la synthèse de CROOK J. (« Political History,
2
30 B.C. to A.D. 14», CAH, X . Cambridge, 1996, p. 78-84).
7. Comme le rappelle E C K W., Augustus und seine Zeit, p. 44.
8. G R U E N E . , « Augustus and the Making of the Principate», GALINSKY Κ. (dir.), The Cambridge
Companion to the Age of Augustus, Cambridge, 2005, p. 39 précise en ce sens avec raison qu'une
disparition d'Auguste en 23 aurait pu avoir des conséquences calamiteuses : « ruinous domestic
discord and civil war».
9. Cf. à ce sujet E C K W., « Senatorial Self-Representation : Developments in the Augustan Period »,
MILLAR F. et SEGAL E . (dir.), Caesar Augustus. Seven Aspects, Oxford, 1984, p. 131 où il est précisé
à juste titre que si la notion de Res publica restituta ne dit rien des conditions réelles dans lesquelles
le pouvoir était exercé, elle eut pour quelque temps une signification considérable dans les
formes extérieures de la vie publique ; cf. aussi E D E R W., « Augustus and the Power of Tradition »,
GALINSKY K. (dir.), The Cambrìdge Companion to the Age of Augustus, Cambridge, 2005, p. 25.

76
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

(la domus) et/ou à la cour impériale (Yaula Caesaris) se superposa à Tordre


10
social traditionnel et perturba ainsi les hiérarchies établies .
L'objet de cette étude est de déterminer dans quelle mesure la restaura­
tion de la Res publica, si elle se plaçait sous les auspices d'Octavien/Auguste,
constitua aux yeux des principaux aristocrates qu'étaient les sénateurs une
réalité tangible. Les modalités d'application de ce programme politique
- ou de sa non-application - seront examinées aussi précisément que
possible avec le souci de prendre en compte tout ce que le terme de Res
publica implique : les institutions politiques, dont le fonctionnement est
analysé dans une première partie pour la période qui va de 31 jusqu'en
17 av. J.-C. ; les structures sociales, dont on examine dans une deuxième
partie dans quelle mesure elles furent ou non restaurées. Il reste à voir dans
une troisième partie ce qu'il est advenu de l'un des fondements de la vie
politique à l'époque républicaine : la concurrence que s'étaient livrées les
principales familles de sénateurs et qu'il fallut redéfinir en fonction de la
place occupée par le prince à la tête de l'État.

La restauration des institutions politiques :


entrefictionset réalités

Il ne s'agit pas de revenir ici sur les pouvoirs d'Octavien/Auguste et de


montrer comment ceux-ci s'inscrivaient dans le prolongement des institu­
u
tions tardo-républicaines . Mon propos se veut différent. I l est de montrer
dans quelle mesure les sénateurs étaient et se sentaient eux aussi concernés
par la restauration des institutions politiques traditionnelles. Les témoi­
gnages des Res Gestae, de Tacite, de Dion Cassius et du nouvel aureus de
28 se recoupent pour attester que ce processus fut entamé durant l'année
28 par un édit qui annulait les mesures illégales prises pendant le triumvirat
et prit fin en janvier 27 avec les dispositions relatives au gouvernement des
12
provinces . Les modalités du rétablissement d'anciennes pratiques insti­
tutionnelles sont bien connues. Octavien/Auguste rompit avec la pratique
triumvirale en vertu de laquelle les magistrats et promagistrats romains
avaient été choisis par les triumvirs une ou plusieurs années à l'avance. I l

10. Sur la naissance de la cour impériale et la question de l'articulation de la faveur impériale avec
l'idéal poliade fondé sur l'exercice des magistratures et l'appartenance au Sénat, cf. WINTERLING
A (dir.), Zwischen «Haus» und «Staat» : antike Höft im Vergleich, Munich, 1997, et WINTERLING Α.,
Aula Caesaris. Studien zur Institutionalisierung des römischen Kaiserhofes in der Zeit von August
Commodus (31 ν. Chr. - 192 η. Chr.), Munich, 1999.
11. Sur ce sujet, on renverra à l'étude approfondie de FERRARY J.-L., «À propos des pouvoirs d'Auguste »,
CCG 12, 2001, p. 101-154 et à l'intervention de Fr. Vervaet dans le cadre de ce colloque.
12. Res Gestae, 34, 1 ; Dion, LUI, 1-2; Tac., Ann., III, 28, 1 ; sur Xaureus de 28 av. J.-C, cf. R I C H J.W.
& WILLIAMS J.H.C., * Leges et iura P. R. Restituiti a New Aureus of Octavian and the Setdement
of 28-27 BC», NC, 1999, p. 169-213; BRINGMANN KL, «Von der res publica amissa zur
res publica restituta. Zu zwei Schlagworten aus der Zeit zwischen Republik und Monarchie »,
SPIELVOGEL J. (dir.), Res publica reperta. Zur Verfassung und Geselhchaft der römischen Republik
und des frühen Prinzipats. Festschrift fur Jochen Bleicken zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 2002
p. 113-123 et MANTOVANI D., « Leges et iura p(opuli) R(omani) restituii. Principe e diritto in un
aureo di Ottaviano », Athenaeum 96, 2008, p. 5-54.

77
FRÉDÉRIC HURLET

restaura pour cela les modes de désignation traditionnels : élections par les
comices pour les magistrats à partir de Tannée 28 ; tirage au sort au Sénat
pour les proconsuls à partir de Tannée 27. I l faut ajouter les différentes
mesures datées de 28 qui faisaient partie d'une réforme plus générale redon­
13
nant au Sénat et au peuple Romain le contrôle du trésor . Pour donner
une meilleure idée de la manière dont la Res publica restituta fut perçue et
vécue par les principaux sénateurs, i l est nécessaire d'étudier en détail le
fonctionnement de la magistrature et de la promagistrature qui étaient les
plus élevées dans la hiérarchie traditionnelle et dont les titulaires furent les
figures les plus représentatives de la nouvelle Res publica.

Le consulat

Contrairement à une idée répandue, rien ne permet d'affirmer que la


magistrature ordinaire du sommet du cursus honorum républicain fut pri­
vée par Auguste de la composante militaire de son imperium - pas plus en
14
19/18 comme le pense KLM. Girardet qu'en 27 comme l'ont proposé
15
A. Giovannini et J.-M. Roddaz . Il apparaît au contraire que le consulat ne
16
fut l'objet d'aucune réforme de fond tout au long du principat d'Auguste .
Il faut convenir que le contexte ne se prêtait guère durant la décennie qui
va de 28 à 18 à une modification des principales règles du mos maiorum,
le prince veillant moins à innover qu'à rétablir les pratiques traditionnel­
les mises entre parenthèses durant le triumvirat. Pour ce qui concerne la
magistrature consulaire, sa restauration se traduisit par différentes mesures
significatives. Dans son désir de revenir aux stricts principes républicains,
Octavien mit tout d'abord fin à la pratique, née avec Jules César et diffuse
à l'époque triumvirale, de recourir à un ou plusieurs couples de consuls
suffects. Pour la période qui va de 28 à 5 av. J.-C, on ne compte que des
consuls ordinaires, deux par an, sauf lorsqu'un de ceux-ci disparaissait et
était remplacé par un consul suffect conformément à la règle tradition­
17
nelle . Le retour à un partage des faisceaux constitue un autre élément
de la restitutio Reipublicae. La règle suivie à l'époque républicaine pour les

13. DION, LUI, 2,1-3.


14. Cf. «Die Entmachtung des Konsulates im Übergang von der Republik zur Monarchie und die
Rechtsgrundlagen des augusteischen Prinzipats», GÖRLER W., KOSTER S. (dir.), Pratum Saraviense,
FestschriftfürP. Steinmetz, Stuttgart, 1990, p. 89-126 où il est question d'une «Entmachtung des
Konsulates» et d'un «Entmachtungsgesetz» [article reproduit dans GIRARDET, Rom aufdem Weg
von der Republik zum Prinzipat, Bonn, 2007, p. 385-423].
15. GIOVANNINI Α., Consulare imperium, Bale, 1983, p. 118-119 et 151 ; RODDAZ J.-M., «Imperium:
nature et compétences à lafinde la République et au début de l'Empire», CCG 3, 1992, p. 204-
206.
16. Cf. à ce sujet la démonstration de Ferrary. Cette conclusion a été acceptée dans ses grandes
lignes par RODDAZ J.-M., « La métamorphose : d'Octavien à Auguste», FRANCHET D'ESPEREY S.,
FROMENTIN V., GOTTELAND S, RODDAZ J.-M. (dir.), Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux,
2003, p. 412-414; cf. aussi dans ce sens H U R L E T Fr., «Le passage de la République à l'Empire:
questions anciennes, nouvelles réponses », REA 110,2008, p. 231-232 et « Consulship and consuls
under Augustus », BECK H., DUPLA Α., JEHNE Μ., PINA POLO Fr. (dir.), Consulares, consuhandthe
constitution ofthe Roman Republic, Cambridge University Press (à paraître).
17. Comme l'a précisé BLEICKEN J., Augustus. Eine Biographie, Berlin, 1998, p. 322.

78
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

consuls était une stricte alternance de ces insignia imperii, indissociables


d'une certaine capacité à exercer le pouvoir consulaire. Pour Y Imperium
domi actif à Rome au sein de Γ Vrbs, la périodicité du roulement était men­
suelle : l'un des consuls était accompagné par douze licteurs portant autant
de faisceaux durant le mois de janvier et les autres mois impairs, tandis qu'au
18
second étaient réservés les mois pairs . Le témoignage de Dion Cassius
indique que parmi les pratiques ancestrales auxquelles i l se conforma à
partir de 28, « César (= Octavien) remit à Agrippa, son collègue (en tant
que consul) les faisceaux comme il lui incombait de le faire, pendant quii
19
utilisa l'autre série ». I l faut comprendre que la traditionnelle alternance
des faisceaux avait été suspendue à l'époque triumvirale parce que ceux-ci
er
avaient été monopolisés par les triumvirs. Le 1 janvier 28, Octavien en
revint à l'usage de l'époque pré-triumvirale. Le passage de Dion Cassius
signifie qu'il y avait deux séries de douze faisceaux utilisés alternativement
par Octavien et Agrippa en fonction du mois : à Octavien durent échoir les
mois impairs, les plus importants parce des affaires importantes étaient trai­
tées en janvier et en juillet (par exemple les élections pour l'année suivante),
tandis qu'à Agrippa furent attribués les mois pairs. La restauration de la Res
publica est ainsi définie comme un retour au fonctionnement collégial du
consulat et une condamnation du non-respect de ce principe fondamental
durant le triumvirat. Dion Cassius poursuit la description des mesures
prises en 28 en livrant quelques précisions complémentaires qui vont dans
le même sens : Octavien « se mit à prêter serment conformément à la cou­
tume ancestrale... I l lui (= Agrippa) accorda toutes les fois qu'ils faisaient
campagne d'avoir une tente (= praetorium) semblable à la sienne et le mot
20
d'ordre était donné par tous les deux ». La seconde partie du passage pose
davantage de problème, parce que rien n'indique dans l'état actuel de nos
connaissances qu'Agrippa ait quitté Rome de 28 jusqu'à l'été 23 pour faire
21
usage de son imperium militiae . Deux solutions restent envisageables : ou
bien il faut admettre sur la foi du seul texte de Dion qu'Agrippa était parti
en campagne en 28 ou en 27 en compagnie d'Auguste ; ou bien i l s'agit
là d'une mesure purement symbolique en ce que le champ d'extension de

18. Il est vraisemblable que les consuls étaient toujours escortés tout au long de l'année chacun par
douze licteurs, ce qui faisait qu'il pouvait y avoir vingt-quatre licteurs simultanément à Rome
lorsque les consuls s'y trouvaient tous les deux, mais les faisceaux n'étaient attribués qu'à un seul
consul en fonction du mois. La question des rapports entre les consuls se résolvait lorsqu'un d'entre
eux franchissait le pomerium pour partir en compagne : dans le domaine de Y imperium militiae, il
n'y avait pas de partage des faisceaux, ni de roulement, sauf lorsque deux généraux avaient le même
statut et la même prouincia (ce qui n'est jamais le cas à l'époque augustéenne). Sur ces questions,
cf. la synthèse récente de VERVAET Fr., The Principle ofthe summum imperium auspiciumque und
the Roman Republic, à paraître.
19. DION, Uli, 1,1.
20. DION, LUI, 1, 1 et 2.
21. Bien que W.K. Lacey ait développé l'idée selon laquelle Agrippa aurait été investi dès janvier 27
d'une préfecture maritime qui lui aurait conféré un imperìum sur la Méditerranée et ses côtes à
l'exemple des pouvoirs conférés à Pompée en 67 {Augustus and the Principate. The Evolution ofthe
System, Leeds, 1996, p. 117-131, cf. mes critiques exprimées dans Latomus, 57y 1998, p. 453-454),
il semble toujours préférable dans l'état actuel de notre documentation de continuer de voir en
Agrippa un priuatus au terme de son dernier consulat.

79
FRÉDÉRIC HURLET

V imperium militiae d'Agrippa avait été limité aux environs de Rome sans
qu'il ait été amené à suivre Auguste en dehors de l'Italie. Si aucun argument
définitif ne peut être présenté dans un sens ou dans un autre, c'est cette
dernière solution qui paraît préférable dans la mesure où le prince avait
besoin d'être représenté à Rome par un proche aussi fidèle et compétent
qu'Agrippa pendant qu'il était en mission dans les provinces de l'Empire.
Les fréquentes absences d'Auguste de Rome contribuèrent à renforcer
l'idée selon laquelle les Romains avaient le sentiment de vivre durant les
années 20 dans une Res publica qui pouvait être qualifiée de restituta sans
que ce qualificatif apparaisse comme une contre-vérité trop évidente. On
sait qu'il quittaΓ Vrbs dès mai/juin 27, soit quelques mois à peine après les
mesures décisives de janvier de cette année, pour se rendre en Gaule, puis
dans la péninsule Ibérique pour conduire la campagne contre les Cantabres.
Ce voyage l'éloigna du centre du pouvoir pendant plusieurs années et i l
ne fut de retour à Rome qu'au début de l'année 24. I l partit de nouveau
en 22 pour une longue tournée en Orient qui dura environ quatre années
22
(il revint à Rome le 12 octobre 19) . I l est évident qu'il veilla à faire
défendre ses intérêts et celui du régime qu'il était en train de mettre en
place par ses plus fidèles conseillers, qu'il faut identifier pour cette épo­
que moins avec Mécène que des sénateurs consulaires comme Agrippa ou
T. Statilius Taurus. I l demeure que l'absence physique d'Auguste des réu­
nions du Sénat ou des comices contribua dans une certaine mesure d'un
point de vue formel à faire fonctionner l'État romain sans que la mainmise
d'un seul homme et de sa famille n'apparaisse à Rome comme trop pesante
et ne fasse disparaître des rouages de l'État les principales gentes de l'aristo­
23
cratie romaine . Un seul exemple suffira. L'élection en 25 de M . Iunius
Silanus au consulat, à un moment où Auguste se trouvait en tant que
consul en Espagne, signifia que ce descendant d'une antique famille noble
plébéienne rallié à Auguste après avoir été antonien et promu quelques
années plus tôt au rang de patricien se trouva seul à Rome pour diriger les
affaires civiles. I l convoqua le Sénat et les comices, fixa l'ordre du jour de
ces réunions, présida les élections des consuls et préteurs pour l'année 24 et
fut dans la hiérarchie le plus haut personnage présent dansΓ Vrbs pendant
une année.
L'analyse prosopographique des titulaires du consulat de 28 à 17 est un
dernier élément à prendre en compte pour mieux évaluer les modalités de
la restauration de la Res publica, mais aussi l'évolution et les limites d'un
tel programme politique. Au départ, de 28 à 23, le nombre de nouveaux
consuls fut fortement réduit en raison de la monopolisation du consulat par

22. Sur les déplacements d'Auguste de 27 à 19, cf. HALFMANN H., Itinera principum: Geschichte und
Typologie der Kaiserreisen im römischen Reich, Stuttgart, 1986 et KIENAST D., Römische Kaisertab
2
Darmstadt, 1996 , p. 63.
23. Cf. dans ce sens BLEICKEN, Augustus, p. 354; ANDO Cl., Imperial Ideology and Provincial Loyalty
in the Roman Empire, Berkeley, 2000, p. 139 et RAINER J.M., Römisches Staatsrecht. Republik un
Prinzipat, Darmstadt, 2006, p. 196.

80
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

Auguste et, dans une moindre mesure, par Agrippa et T. Statilius Taurus.
Une telle situation ne manqua pas de poser problème à la fois parce qu'elle
contrevenait à l'interdiction de l'itération du consulat avant un délai de
dix années et qu'elle mécontenta l'aristocratie sénatoriale romaine en la
dépossédant de ce qui restait la magistrature suprême. L'abdication en 23
du consulat au profit de la puissance tribunicienne se justifie d'ailleurs
autant - sinon plus - par la crainte des sénateurs d'être concrètement privés
du gouvernement des provinces consulaires que par les difficultés institu­
tionnelles créées par l'exercice continu d'une magistrature qu'il n'était pas
24
d'usage de détenir aussi longtemps . Cette réforme conduisit à l'élection
de quatorze nouveaux consuls pour la période qui va de 23 à 17. On revien­
dra infra sur la question de leur origine sociale.
Bilan. Au terme d'une évolution qui trouve son point de départ dans
le contexte de l'année 28, la magistrature consulaire retrouva des règles de
fonctionnement qui avaient été perturbées par les pratiques d'époque triu­
mvirale. Élections des consuls par les comices, alternance des faisceaux et
du praetorium, serment prêté en fin de d'année, ces éléments s'inscrivaient
d'autant mieux dans le cadre d'une restauration de la Res publica qu'Auguste
fut fréquemment absent de Rome tout au long des années 20. S'y ajoute
qu'en dépit de diverses analyses récentes, aucune disposition légale n'est à
ce jour connue pour avoir introduit de réforme qui allait dans le sens d'un
affaiblissement des pouvoirs des consuls par rapport à ceux du prince. La
restauration du consulat, si elle est avérée à bien des égards d'un point de
vue formel, ne signifie toutefois pas que rien n'avait évolué dans l'exercice
même de cette magistrature. Le changement le plus important tient dans
le fait qu'à l'exception du prince, tous les consuls restèrent à Rome pendant
les douze mois de l'année sans jamais partir en campagne. I l s'agissait là
d'une déviation par rapport à une norme républicaine bien connue qui
ER
était toujours en vigueur durant la première moitié du I siècle av. J.-C.
Une telle « sédentarisation » des consuls, qui ne fit pas l'objet d'une mesure
législative et relevait plutôt d'une nouvelle pratique de gouvernement, eut
pour conséquence de les priver de facto de l'exercice de X imperium militiae,
composante de X imperium consulaire désormais réservé à Auguste et aux
autres gouverneurs de provinces.

24. Cf. Dion, LUI, 32, 3 qui précise qu'Auguste abandonna le consulat «afin que le plus grand nombre
possible (de sénateurs) puissent devenir consuls» ; cf. déjà dans ce sens MOMMSEN DPR, V, p. 147,
n. 1 ; cf. maintenant CARTLEDGE P., «The Second Thoughts of Augustus on the res publica in
28/7 B.C. », Hermathena, 119, 1975, p. 34 ; BLEICKEN J., Zwischen Republik und Prinzipat. Zum
Charakter des zweiten Triumvirats, Göttingen, 1990, p. 94-95 ; DETTENHOFER M . H . , Herrschaft un
Widerstand im augusteischen Principat. Die Konkurrenz zwischen res publica und domus Augu
Stuttgart, 2000, p. 103; EDER, « Augustus* [cité supra, η. 9], p. 25; GRUEN, « Augustus » [cité
supra, η. 8], p. 36.

81
FRÉDÉRIC HURLET

Les gouvernements provinciaux


L'exercice du pouvoir ne se concevant pas à Rome sans une atten­
tion portée aux provinces où étaient stationnés tous les soldats de Rome
et dont chacune était placée sous l'administration d'un gouverneur, i l
faut analyser en détail les mesures prises à ce sujet dans le courant des
années 20 pour déterminer si l'on peut ou non parler de restauration.
Jusqu'en 52, le gouverneur de province était d'ordinaire soit un magistrat
- consul ou préteur - , soit un promagistrat - d'ordinaire un proconsul
investi pour cette fonction d'un consulare imperium militine. La lexPompeia
de 52 introduisit plusieurs modifications en instaurant un délai quinquen­
nal entre l'exercice de la preture et du consulat et le droit de tirer au sort
une province, en limitant à une année la durée du gouvernement provincial
et en réservant aux consulaires le titre de proconsul et aux prétoriens celui
de propréteur. À l'instar du consulat, le gouvernement des provinces de
l'Empire fut fortement bouleversé à l'époque triumvirale par de nouvelles
pratiques qui visèrent à renforcer la mainmise des triumvirs sur les provinces
et les armées romaines notamment en leur donnant le droit de choisir pour
25
plusieurs années les différents gouverneurs . À l'issue de la guerre civile,
Octavien/Auguste ne pouvait manquer de mettre fin à tous les écarts à la
norme et d'en revenir aux usages proprement républicains, notamment
ceux qui avaient résulté de la lex Pompeia de 52. La légende du revers de
Xaureus de 28 indique que les mesures de janvier 27 constituaient à la fois la
dernière étape de la restauration de la Res publica entamée dès janvier 28 et
la composante militaire d'un tel processus dans la mesure où elles portaient
sur le partage des provinces et les règles d'attribution. On ne s'attardera pas
sur la loi qui investit le prince d'un commandement militaire sur une série
de provinces dites impériales dans la tradition des pouvoirs extraordinaires
26
de la fin de la République . On sait qu'Auguste les fit gouverner par des
délégués choisis parmi les sénateurs - au départ consulaires - et portant le
titre de légat. I l faut seulement rappeler dans le cadre de cette étude que ce
27
mode de gouvernement à distance s'inspira du précédent pompéien . La
loi de 27 sur les pouvoirs d'Auguste fut donc considérée au moment où elle
fut votée moins comme une innovation que comme une restauration de
pratiques qui avaient déjà été expérimentées. Tel était du moins le sentiment
que le régime voulait donner, l'extension des légations impériales dans le
temps et dans l'espace créant au bout du compte une situation nouvelle.
Le prince fit voter en janvier 27 une autre lexlulia relative au gouverne­
ment des autres provinces, celles qui avaient été rendues au peuple Romain
le 13 janvier 27 et qu'on peut qualifier de publiques. Elle est plus intéres­
sante pour notre propos, car elle concerna directement l'élite sénatoriale, à

25. Cf. RODDAZ J.-M., «Les Triumvirs et les provinces», H E R M O N E . (dir.), Pouvoir et imperium
(IIP av. J.-C.-I« ap. J.-C), Naples, 1996, p. 77-96.
26. Je renvoie à ce sujet à l'étude de Ferrary, citée supra, n. 11.
27. Cf. sur cette question H U R L E T Fr., «Auguste et Pompée», Athenaeum 94, 2006, p. 474-476.

82
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

savoir des anciens préteurs et anciens consuls auxquels ces provinces étaient
désormais réservées. Là encore, la condamnation des pratiques triumvirales
fut articulée avec l'imitation du modèle pompéien pour donner toutes les
apparences d'un retour aux normes républicaines. Les similitudes entre la
lex Iulia de 27 et la lex Pompeia de 52 furent en effet si nombreuses que la
prégnance du modèle pompéien passait à l'époque augustéenne pour avoir
été incontestable. Réintroduction du tirage au sort, réinstauration du délai
quinquennal entre l'exercice de la preture ou du consulat et l'admission
au tirage au sort, rétablissement de la durée annuelle du gouvernement
de ces provinces publiques, ces éléments montrent que la restauration de
la Res publica, loin d'être un mensonge, trouvait une traduction dans des
réalités institutionnelles. Les différences constatées entre les deux lois, au
demeurant peu nombreuses (le fait que tout gouverneur de province publi­
que portait depuis 27 le titre de proconsul quelle que fût la magistrature
exercée précédemment ou encore présence dans la lex Iulia d'une clause
qui faisait du mariage et de la paternité des candidats au proconsulat un
critère à prendre en compte pour le tirage au sort), restent très techniques
et s'expliquent par un contexte qui avait bien changé. Elles ne remettent
en tout cas nullement en question l'idée selon laquelle avaient été fixées de
nouveau des règles strictes empruntées à un passé républicain pas si lointain,
mais appliquées à partir de 27 dans un tout autre esprit.
Les gouverneurs des provinces publiques étaient des dignitaires de haut
rang dont le nombre fut comparativement important à l'échelle de l'Empire
romain tel qu'il fut organisé au lendemain de la bataille d'Actium. De
27 à 22, on compte chaque année neuf proconsuls sur un total d'une ving­
taine de gouverneurs. Ce chiffre monte à onze en 22 avec l'intégration de
Chypre et de la Narbonnaise au rang de provinces publiques, puis à douze
sans doute entre 16-13 avec le transfert de la Bétique dans le domaine du
peuple Romain pour retomber à dix lorsque l'Illyrie et la Corse-Sardaigne
devinrent des provinces impériales (respectivement à la fin des années
10 av. J.-C. et en 6 ap. J.-C). Si on se place d'un point de vue formel, la
nouvelle situation issue du partage de janvier 27 ne se laisse pas assimiler
à une simple mainmise d'Auguste sur l'Empire : près de la moitié des pro­
vinces furent gouvernées tout au long du principat d'Auguste par des pro­
consuls dont le pouvoir était entièrement indépendant de celui du prince,
en théorie du moins. S'y ajoute que sur la dizaine de proconsuls désignés
chaque année, trois au moins continuèrent à commander des légions et
furent amenés pour cette raison à faire usage de leur imperium militiae (pro­
28
consuls d'Afrique, de Macédoine et d'Illyrie) . Qui plus est, les proconsuls
d'Afrique étaient des consulaires placés à la tête d'au moins une légion, voire
de plusieurs durant les décennies 20-10, et entourés dans l'exercice de leurs
29
fonctions de douze licteurs portant autant de faisceaux munis des haches .

28. HURLET Fr., Le proconsul et le prince d'Auguste à Dioclétien, Bordeaux, 2006, p. 135-154.
29. HURLET Fr., «Le proconsul d'Afrique d'Auguste à Dioclétien», Pallas 68, 2005, p. 153-154.

83
FRÉDÉRIC HURLET

Deux d'entre eux, L. Sempronius Atratinus et L. Cornelius Balbus, furent


en outre autorisés (par le Sénat et avec l'aval d'Auguste) à célébrer un triom­
phe après et en dépit des mesures de janvier 27, respectivement en octobre
21 et mars 19, ce qui confirme qu'ils furent investis du summum imperium
militiae. L'État augustéen fit donc procéder chaque année au tirage au sort
d'un gouverneur de province doté du même statut qu'Auguste (ils étaient
tous les deux consulaires), du même nombre de faisceaux et du même
consulare imperium militiae. Par son mode de désignation et l'étendue de ses
pouvoirs, le proconsul d'Afrique apparaissait à l'échelon provincial comme
une pièce constitutive et représentative de la Res publica restituta d'Auguste
sans être pour autant l'alter ego du prince ni avoir été considéré comme
tel, ne fût-ce parce que ses fonctions furent limitées à une année et à un
territoire moins vaste.
La restauration de la Res publica constitue une réalité si l'on analyse la
situation à Rome dans le courant des années 20. À l'issue d'un processus
er
qui commença le 1 janvier 28 pour s'achever avec la ou les séance(s) de
janvier 27 relative(s) au gouvernement des provinces, l'État romain redevint
un État de droit qui mit un terme aux pratiques triumvirales et subor­
donna le fonctionnement des institutions politiques au strict respect de
règles d'essence républicaine - qu'elles remontent à Pompée ou aux origines
de la République. Faut-il comprendre que d'un point de vue proprement
institutionnel, la Res publica restituta équivalait à une restauration de la
République ? Non, bien entendu, dans la mesure où la place occupée de
façon continue par Auguste à la tête de l'État avait définitivement per­
turbé les anciens équilibres. La principale modification institutionnelle est
à chercher dans la permanence des pouvoirs civils et militaires détenus par
le prince et dans leur cumul, situation qui se stabilisa avec la réforme de
23 autorisant le prince à passer le pomerium aussi souvent qu'il le voulait
sans être contraint de faire renouveler son imperium à chaque occasion.
Dans le même temps, le consume imperium détenu en même temps par
les consuls et les proconsuls, s'il ne fit l'objet d'aucun réforme de fond, fut
si bien fractionné que les premiers furent amenés à faire usage de la seule
composante civile de leur pouvoir (Yimperium domi) pendant une seule
année, tandis que les seconds ne furent investis que d'un pouvoir militaire
imperium militiae) pour la même durée. Sous l'apparence d'une restau­
ration formelle du fonctionnement de la vie politique, Auguste réussit à
se réserver la première place au sein de la Res publica restituta en se faisant
attribuer des pouvoirs extraordinaires qui comptaient des précédents répu­
blicains, en particulier pompéiens.

84
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

Le rétablissement de Tordre social traditionnel

La restauration de la Res publica n'allait pas sans le rétablissement d'an­


30
ciennes valeurs , mais aussi d'un ordre social déterminé qui était celui de
la République romaine et accordait la primauté aux sénateurs, en particulier
à ceux qui étaient issus de la noblesse romaine et avaient suivi une carrière
31
des honneurs les conduisant aux plus hautes magistratures . Une remise en
ordre des structures traditionnelles de la société romaine fut jugée nécessaire
par Octavien/Auguste pour marquer une rupture avec l'époque triumvirale
caractérisée par une série de dérogations par rapport à la norme. Les années
43-31 furent en effet vécues comme une période de troubles propice à des
carrières exceptionnelles. Des affranchis profitèrent des circonstances pour
remplir au service de l'un ou l'autre triumvir des fonctions centrales dont
ils n'auraient jamais été investis en temps normal. Les sources ne cessent
également de dénoncer l'obscurité des origines de certains aventuriers inté­
grés dans la hiérarchie sociale de Rome à la faveur de leur amitié avec l'un
ou l'autre triumvir. Les critiques adressées à Ventidius Bassus à ce sujet
- il aurait été fournisseur de mulets pour l'armée - , qu'elles soient ou non
fondées, témoignent des réactions suscitées par l'ascension d'un proche de
Marc Antoine qui revêtit tour à tour la même année, en 43, la preture et
32
le consulat au mépris des règles élémentaires . Mais le personnage le plus
emblématique de ce dérèglement social reste Mécène, un chevalier originaire
d'Étrurie, qui fut laissé en 36 à la tête de Rome et de l'Italie en l'absence
d'Octavien et qui y exerça des pouvoirs répressifs même si les fondements
de son autorité sont encore loin d'être clairs. I l obtint une mission identique
de 31 à 29 pendant la présence d'Octavien en Orient, mais le retour de ce
dernier à Rome consacra une rupture dans la carrière de Mécène et coïncida
avec une politique de restauration qui finit par l'écarter des premiers rangs
55
de la vie politique et le confina dans la recherche de Yotium .
Octavien prit très tôt, peu après ses victoires sur Marc Antoine, une série
de mesures d'ordre social qui allèrent dans le même sens et dont l'objectif
était double : faire appliquer de nouveau les règlements traditionnels qui
distinguaient les divers groupes de la société romaine en subordonnant le
passage de l'un à l'autre à des conditions strictes et attribuaient à chacun
d'eux des tâches déterminées en fonction de leur place dans la hiérarchie ;
se donner dans le même temps les moyens d'intervenir dans le processus
de prise de décision qui autorisa un ou plusieurs individus à entrer au
Sénat ou à détenir au sein de celui-cî une position privilégiée. Dès 30,

30. Bien étudié par GALINSKY K . , Augustan Culture: an Interpretative Introduction, Princeton, 1996,
p. 63-64 et p. 80-140.
31. C'est en ce sens que le passage de la République à l'Empire ne s'accompagna d'aucune mutation
sociale et fut caractérisé par Fr. D E MARTINO comme « une révolution manquée » (« Une rivoluzione
mancata», Rivoluzione romana inchiesta tra gli antichisti, Naples, 1982, p. 20-33).
32. Sur les origines de Ventidius Bassus, cf. FERRIES M.-CL, «Nam mulas quifricabat, consulfactus est»,
REA 98,1996, p. 79-90.
33. Cf. à ce sujet l'article de Le Doze Ph. dans ce volume.

85
FRÉDÉRIC HURLET

il se fit reconnaître par la lex Saenia le droit d'augmenter le nombre de


34
patriciens . Ce privilège, exorbitant dans le contexte de l'époque, fut sans
doute diversement commenté, mais il témoignait aussi d'une volonté de
renouvellement d'un patriciat qui avait souffert des guerres civiles et dont
l'existence apparaissait comme indissociable de l'histoire de Rome. En
29-28, il exerça avec Agrippa les fonctions de censeur en vertu d'une censo-
35
ria potestas qui leur fut exceptionnellement accordée . La censure n'avait
plus été revêtue depuis 70 alors que sa périodicité était quinquennale, ce
qui en dit long sur l'atmosphère de restauration vécue par les Romains pré­
sents à Rome en 29-28. La cérémonie du cens fut tout d'abord de nouveau
organisée pour la première fois depuis plus de quarante ans. Elle contribua
à redéfinir la place de chaque citoyen dans la société en fonction du mon­
tant de la somme déclarée et à soumettre par ce biais le statut de sénateur
à une condition censitaire préalable, Octavien n'hésitant pas par ailleurs
à renflouer les fortunes de certaines familles de sénateurs qui n'étaient
pas ou plus en possession de la somme minimale à déclarer - à savoir
400 000 sesterces en 28. Dans le prolongement du recensement des citoyens
et conformément aux règles traditionnelles, Octavien et Agrippa procédè­
rent à une lectio senatus. Cette opération traditionnelle était nécessaire, dans
la mesure où un Sénat déjà largement pléthorique avec Jules César avait
accueilli depuis lors de nouveaux membres, dont certains n'avaient pas les
capacités requises, pour compter environ un millier de membres. Octavien
réussit à limiter le nombre de sénateurs, dont un certain nombre avait été
des partisans de Marc Antoine, mais il lui fallut pour arriver à ce résultat
deux lectionesy qui eurent lieu à dix années d'intervalle. En 28, il exclut du
Sénat 190 sénateurs (50 furent persuadés par Octavien de quitter le Sénat
volontairement, 140 autres y furent contraints). En 18, il révisa de nouveau
les listes pour atteindre le chiffre de 600 sénateurs au terme d'une procé­
36
dure complexe décrite en détail par Dion Cassius , mais sans parvenir à
aller au-delà et atteindre le chiffre de 300 qui avait été en vigueur avant la
dictature de Sylla. Quelles qu'en soient les limites, la restauration sociale du
Sénat fut à l'œuvre durant les années 20 et le début des années 10. Elle se
fit au détriment de plusieurs centaines de sénateurs, qui n'avaient pas tous
été des partisans de Marc Antoine.
La législation augustéenne en matière de moeurs est également inté­
ressante pour notre propos, car elle eut pour objet de remédier aux pro­
blèmes démographiques qui touchaient tout particulièrement les familles
sénatoriales. On connaît la lex Iulia de maritandis ordinibus, votée en
18 av. J.-C. et complétée en 9 ap. J.-C. par la lex Papia Poppaea, mais i l
faut rappeler que la question des privilèges à réserver aux sénateurs mariés
et père d'un ou plusieurs enfants fut débattue dès le retour d'Octavien à

34. Sur la lex Saenia, cf. Dion, L U , 4, 5 ; Res Gestae, 8 et Tac, Ann., X I , 25, 2.
35. Cf. à ce sujet le commentaire de Scheid dans la nouvelle édition des Res Gestae (Paris, CUF, 2007,
p. 39-40).
36. D I O N , LIV, 13-14.

86
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

Rome en 29. C'est ce que laisse entendre un passage de Properce en vertu


duquel Octavien/Auguste songea à introduire une loi matrimoniale dès les
37
années 29-27 ; Dion Cassius précise dans le même sens que les privilèges
attachés au mariage et à la paternité furent pris en compte à partir de 27
38
pour la désignation des proconsuls à la tête des provinces publiques . I l a
été souligné que l'historien grec y faisait référence de manière anticipée à
une mesure qui devrait être plutôt analysée comme une clause de la lexlulia
39
de maritandis ordinibus de 18 . Philippe Moreau a présenté récemment à
ce sujet une nouvelle interprétation qui concilie l'ensemble des sources en
défendant l'idée selon laquelle une première série de mesures aient déjà été
40
prises dans ce sens dès 28/27 . I l faut pour cela admettre que l'opposi­
tion d'un certain nombre de sénateurs au projet initial de 29-27 conduisit
Octavien à retirer la rogano qu'il avait introduite à ce sujet avant d'être
soumise au peuple (tel est le sens de l'expression sublatam legem choisie par
Properce) et à insérer les privilèges liés au mariage et à la paternité dans les
différentes lois votées en 28-27 lors de la mise en application du programme
de restauration. Ce n'est qu'en 18 que de telles dispositions auraient été
regroupées dans une seule loi. Les mesures strictes prises par Auguste en
matière de législation morale étaient inédites, mais elles avaient pour objet
d'accroître le taux de natalité au sein des familles sénatoriales décimées par
les guerres civiles et de reconstituer ainsi un vivier où seraient recrutés les
futurs sénateurs. Elles visaient en tout cas à garantir une certaine forme de
continuité en donnant au Sénat les forces vives dont il aurait besoin pour
fonctionner. I l est remarquable que les innovations introduites à ce sujet
durant les années 20 et au début des années 10 aient finalement servi au
rétablissement d'un ancien ordre social qui plaçait les sénateurs à la tête
de l'État.
Les familles de sénateurs étaient loin de former un groupe homogène
au sortir de la guerre civile qui avait opposé Octavien à Marc Antoine. I l
faut en particulier distinguer l'ancienne noblesse républicaine des élites
italiennes dont Ronald Syme a montré qu'elles furent en général favorables
à la monarchie et qu'elles finirent par prendre le dessus. Cette transfor­
mation du Sénat reste toutefois un processus qui s'étendit sur plusieurs
décennies et dont l'articulation avec le contexte de restauration de la
Res publica des premières années du nouveau régime reste à étudier. Une ana­
lyse de l'origine sociale des consuls en fonction de 29 à 18 montre en parti­
culier qu'un grand nombre d'entre eux continuèrent à être issus des familles
de la noblesse romaine. On y retrouve Sex. Appuleius (cos 29), Potitus

37. PROPERCE, II, 7,1-3.


38. DION, LUI, 13, 2.
39. Cf. dans ce sens BADIAN E., «A Phantom Marriage Law», Philologus 129, 1985, p. 82-98, avec le
rappel de la bibliographie ; plus récemment, M E T T E - D I T T M A N N Α., Die Ehegesetze des Augustus.
Eine Untersuchung im Rahmen der Geselhchafispolitik des Princeps, Stuttgart, 1991, p. 16-17.
40. Cf. MOREAU Ph., «Florentsub Caesare leges. Quelques remarques de technique législative à propos
des lois matrimoniales d'Auguste», RHD 81, 2003, p. 461-477 (avec le rappel de toute la biblio­
graphie sur cette question).

87
FRÉDÉRIC HURLET

Valerius Messalla (cos 29), M . Iunius Silanus (cos 25), C. Norbanus Flaccus
(cos. 24), Cn. Calpurnius Piso (cos 23), M . Claudius Marcellus Aeserninus
(cos 22), Q. Aemilius Lepidus (cos 21) et les deux Cornelii de 18 dont Tun
- Cn. Cornelius Lentulus Marcellinus - était un descendant de Scipion
41
rAfricain . Si on laisse de côté Octavien/Auguste, consul sans interruption
de 31 à 23, on conviendra que seule une minorité de consuls n était pas ori­
ginaire de Rome durant les premières années du nouveau régime. En dépit
de leur importance politique, Agrippa et T. Statilius Taurus représentèrent
l'exception plus que la règle pour ce qui est de l'origine familiale des consuls
de cette époque. L'élargissement de la classe dirigeante aux élites italiennes,
si elle constitua une réalité, ne se manifesta donc que progressivement pour
ce qui touche les consuls. Durant les années 20 et au début des années 10,
le contexte de restauration de la Res publica ne manqua pas d'avantager
l'ancienne noblesse romaine dans les diverses compétitions électorales. Une
telle situation perdura jusqu'en 4 av. J.-C, en tout cas pour le consulat,
voire se renforça, puisque les consuls en fonction de 17 à 4 av. J.-C. étaient
42
presque tous issus de la noblesse .
Il faut enfin s'interroger sur l'attitude adoptée par Octavien/Auguste
dans ses relations avec l'ancienne noblesse républicaine, à laquelle il n'ap­
partenait pas par sa naissance. Son adoption posthume par Jules César fit de
lui un membre à part entière d'une atsgentes proprement romaines, préten­
dant être liée à la fondation même de Rome, même si elle ne fit pas totale­
ment oublier ses origines - du moins au départ. Le retour à un ordre social
traditionnel accentua la volonté d'Auguste, qui était aussi une nécessité, de
renforcer ses liens avec les grandes familles de Rome. Les modalités de cette
stratégie étaient multiples. Son mariage avec Livie n'avait pas été dénué
d'une signification politique qui lui attacha lagern Livia et h gens Claudia.
Une dizaine d'années plus tard, après sa victoire à Actium, il continua à
nouer des liens avec d'autres gentes par le biais d'alliances matrimoniales qui
passèrent par d'autres princesses de la famille impériale. Sa propre fille Julie
fut tout d'abord donnée en mariage à son neveu, M . Claudius Marcellus, le
fils d'Octavie, qui faisait partie d'une branche influente de la gens Chudia,
avant que la mort de ce dernier en 23 ne l'amenât à épouser peu après
Agrippa. Les deux Marcella et Antonia Maior furent elles aussi impliquées
dans des stratégies matrimoniales datées des années 20 et 10 av. J.-C.
Née vers 43, Marcella Maior, qui était la fille d'Octavie et de C. Claudius
Marcellus, fut donnée en mariage à Agrippa, puis à Iullus Antonius après
qu'Agrippa eut divorcé pour épouser Julie en 22-21. Née probablement
en 39, Marcella Minor eut selon toute vraisemblance trois maris, dont le
premier reste inconnu ; le second fut un membre de la noblesse romaine,
M . Valerius Messala Barbatus, un des consuls de 12 av. J.-C. (le mariage

41. Cf. dans ce sens la récente synthèse de ETCHETO H., «La parenté de Cornelia Scriboniaefilia et le
tombeau des Sapions», REA 110,2008, p. 117-125.
42. Pour un état de la question, cf. BIRLEY A.R., «Q. Lucretius Vespillo (cos. ord. 19)», Chiron 30,
2000, p. 722-723, n. 46.

88
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

eut lieu à la fin des années 20 ou durant les années 10) ; à la mort de ce
dernier, elle épousa en troisièmes noces un autre noble issu d'une famille
43
prestigieuse, Paullus Aemilius Lepidus (cos 34 av. J.-C.) . Antonia Maior
fut donnée en mariage à L. Domitius Ahenobarbus, le consul de 16 av.
44
J.-C, également durant les toutes premières années du nouveau régime .
La belle-fille d'Auguste, Cornelia, issue du premier mariage de Scribonia
avec un Cornelius, fut mariée à Paullus Aemilius Lepidus également durant
ces années, tandis que sa cousine germaine Marcia - fille de L. Marcius
Philippus (cos suif 38) et d'Atia Minor - épousa Paullus Fabius Maximus
(cos 11 av. J.-C.) vers le même moment. I l faut ajouter que Sex. Appuleius,
le consul ordinaire de 29, était le neveu du prince en tant que fils de la
demi-sœur d'Auguste, Octavie (Maior). Au total, le prince s'assura dès les
années 20 des alliances avec d'autres puissants personnages issus de grandes
45
gentes . I l s'imbriqua ainsi au sein des grandes familles républicaines, liées
à sa famille par ce que le droit successoral qualifie d'adfinitas, parenté par
alliance. I l devint à ce titre un primus inter pares d'un point de vue non
seulement institutionnel comme i l a déjà été souligné dans la première
partie, mais aussi social grâce à l'étroit réseau d'alliances qu'il sut mettre
en œuvre.

L'aristocratie et le pouvoir à l'époque augustéenne :


une concurrence à réinventer

En dépit de l'appartenance revendiquée d'Octavien/Auguste à l'élite


de la noblesse romaine, sa victoire finale sur Marc Antoine créa une
situation nouvelle qui s'apparenta à la domination sans partage exercée
quinze années auparavant par Jules César pendant un bref laps de temps
(46-44). La question qui se posa à Rome aussi bien en 46-44 qu'en 31-29
fut de savoir comment les deux généraux victorieux comptaient articuler
à leur retour à Rome leur position issue d'un coup de force militaire avec
le traditionnel monopole exercé en politique par une poignée de familles
nobles. Jules César ne s'embarrassa guère pour sa part de précautions, les
sources attestant qu'il n'hésita pas à faire adopter des mesures contraires au
mos maiorum et perturber ainsi les anciens équilibres. Ce faisant, il mit à
mal un des principes sur lesquels avait reposé le fonctionnement de la vie
publique tout au long de l'époque républicaine, à savoir la concurrence que
n'avaient cessé de se livrer les sénateurs au sein d'un régime politique à la

43. Sur les mariages de Marcella Minor, cf. Fusco U. et GREGORI G.-L., «A proposito dei matrimoni
di Marcella Minore e del monumentum dei suoi schiavi e liberti», ZPE 111, 1996, p. 226-232.
44. Antonia Maior futfiancéeà L. Domitius Ahenobarbus alors quelle avait à peine deux ans en 37,
en relation avec les accords de Tarente conclus entre Octavien et Marc Antoine. Le mariage eut
lieu sept années plus tard.
45. Sur ces questions, cf. C O R B I E R M., «La Maison des Césars», BONTÉ P. (dir.), Épouser au plus
proche. Inceste, prohibitions et stratégies matrimoniales autour de la Méditerranée, Paris, 199
p. 243-291, en particulier p. 259-261 pour la multiplicité des alliances pour la période qui va de 43 à
28 av. J.-C.

89
FRÉDÉRIC HURLET

fois foncièrement aristocratique et compétitif. Arbitrée par le peuple, cette


rivalité entre aristocrates fut assimilée à une saine émulation qui avait fait
de la Rome républicaine une société non figée (des grandes familles pou­
vaient disparaître de la vie politique pendant plusieurs décennies au profit
d'autres gentes avant de réapparaître en réussissant à placer un de ses mem­
bres au sommet du cursus honorum) et qui fonda le consensus sur le rôle
46
central dévolu à une noblesse en perpétuel renouvellement . Jules César
fut assassiné pour avoir entre autres sous-estimé le poids de la concurrence
dans une culture politique aristocratique dont il était pourtant issu. Averti
par le sort réservé à son père adoptif, Octavien eut le choix entre plusieurs
attitudes à l'égard de l'aristocratie sénatoriale à son retour à Rome en 29 :
soit i l lui imposait le nouveau régime, si besoin par la force, à la manière
de Jules César ; soit il négociait avec celle-ci, d'une manière ou d'une autre,
son maintien à la tête de Rome et de l'Empire. De son côté, l'aristocratie
sénatoriale pouvait elle aussi hésiter entre l'opposition et la compromission
ou l'accommodement. Les propos qui suivent ont pour objet de déterminer
la solution retenue par Auguste en ne perdant jamais de vue sa dimension
évolutive et l'empirisme dont il fit toujours preuve lorsqu'il s'est agi de faire
accepter le nouveau régime par les sénateurs.
La nature des relations d'Octavien/Auguste avec les familles d'une
noblesse à laquelle i l appartenait est une question centrale qui a déjà été
traitée par l'historiographie contemporaine et à laquelle plusieurs répon­
ses différentes ont été apportées. Le premier modèle d'explication à avoir
été présenté tient dans l'idée d'un «compromis» qui aurait abouti à un
partage - inégal - du pouvoir accepté par les deux parties : la position iné­
dite du prince à la tête de Rome et de l'Empire aurait été reconnue par
les sénateurs à travers les pouvoirs dont ces derniers l'avaient légalement
investi, mais toujours de façon provisoire et à la condition que l'aristocratie
47
sénatoriale jouisse d'un espace de liberté politique . Un tel arrangement

46. Sur les rapports qui se sont établis dans la Rome républicaine entre le consensus (sur la nature
aristocratique du régime) et la concurrence (entre les aristocrates), cf. HÖLKESKAMP K . - J . ,
Rekonstruktionen einer Republik. Die politische Kultur des antiken Roms und die Forschung d
ten Jahrzente, Munich, 2004 (traduction française : Reconstruire une république, Nantes, 2008) qui
a montré que ces deux concepts souvent opposés l'un à l'autre étaient en réalité complémentaires
sous la République ; cf. aussi tout récemment HÖLKESKAMP, « Images of Power : Memory, Myth and
Monuments in the Roman Republic», SCI24, 2005, p. 249-271 et «Konsens und Konkurrenz.
Die politische Kultur der römischen Republik in neuer Sicht», Klio 88, 2006, p. 360-396.
47. L'idée d'une collaboration entre le prince et le Sénat, voire d'un accord (= Übereinstimmung) était
présente chez MEYER E . , Kaiser Augustus, Kleine Schrifien zur Geschichtstheorie und zur wirtsch
chen und politischen Geschichte des Altertums, 1.1, Halle, 1910, p. 444-449. Sur l'emploi du terme
« compromis », cf. MOMMSEN, DPR, VII, p. 486 ; BLEICKEN J., « Prinzipat und Dominât. Gedanken
zur Periodisierung der römischen Kaiserzeit», Wiesbaden, 1978 (Frankfurter Historiche Vortrage
6), p. 12 [= Gesammelte Schriften, t. II, Stuttgart, 1998, p. 824] ; Verfassungs-und Sozialgeschic
2
des römischen Kaiserreiches, 1.1, Paderborn, 1981 , p. 25 ; Zwischen Republik und Prinzipat, zum
Charakter des zweiten Triumvirats, Göttingen, 1990, p. 7; «Prinzipat und Republik. Überlegungen
zum Charakter des römischen Kaisertums », Sitzungsberichte der wissenschaftlichen Geselbchaft
der Johann Wolfgang Goethe-Universität Frankfurt am Main, t. XXVII 2, Stuttgart, 1991, p. 81
[= Gesammelte Schriften, t. II, Stuttgart, 1998, p. 803] ; Augustus, p. 327; CASTRITIUS H., «Das
römische Kaisertum als Struktur und Prozess», HZ, 230, 1980, p. 92; KIENAST D., Augustus.
Prinzeps und Monarch, Darmstadt, 1999 , p. 90-92 et 153; RICH-WILLIAMS, «A New Aureus of
3

90
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNEETLA RES PUBLICA RESTITUTA

politique se serait achevé durant la ou les séance(s) du Sénat de janvier 27,


lorsque l'Empire fut divisé en provinces impériales et provinces publiques
après qu'Octavien eut rendu le 13 janvier au peuple et au Sénat l'admi­
nistration des provinces qu'il gouvernait encore. Ainsi résumée, une telle
analyse est longtemps restée l'opinion dominante. Elle a été battue récem­
ment en brèche par Maria Helena Dettenhofer dans une monographie
qui retient plutôt l'idée d'une «résistance» durable d'un grand nombre de
48
sénateurs à l'égard d'Octavien/Auguste . Une telle contestation sénatoriale
du nouveau régime aurait été particulièrement active durant les années
20 av. J.-C, en dépit des victoires d'Octavien de la fin des années 30 ; elle
se serait éteinte sur le tard, dans le courant des années 8 à 14 ap. J.-C, à
partir du moment où la Res publica et la domus Augusta se seraient confon­
dues. Dans cette perspective, Auguste aurait été un César qui avait réussi
parce qu'il avait été non seulement plus prudent, mais aussi plus méfiant
que son père adoptif. La thèse de Dettenhofer est stimulante et originale
notamment parce qu'elle retrace l'évolution du principat augustéen à l'aune
des résistances suscitées à Rome par la prise du pouvoir d'Octavien/Auguste
et toutes étouffées. Elle se heurte toutefois à une série d'objections sérieuses
parce qu'elle fait un usage excessif de l'argument a silentio (notamment en
relation avec les Res Gestae) et force l'interprétation de plusieurs sources (de
49
Dion Cassius avant tout) .
Les modèles théoriques du « compromis » ou de la « résistance » ne peu­
vent convenir ni l'un ni l'autre en l'état. L'idée même du compromis de
janvier 27 n'est rien d'autre que la projection sur les premières années du
principat d'Auguste d'une situation qui apparaît plutôt comme le résultat
d'une évolution sur le long terme. Elle est donc anachronique dans le sens
où elle ne fut jamais ressentie comme telle par les Romains des années 20.
S'y ajoute que le sentiment de fragilité des destins humains de l'époque,
en particulier du destin d'Auguste eu égard à la faiblesse de sa constitution
physique comme il a déjà été souligné, interdisait à l'aristocratie sénatoriale
de faire en 27 le pari de la longue durée du principat. Quant à la thèse
de la résistance, outre qu'elle ne repose sur aucune source, elle présente
l'inconvénient d'assimiler les sénateurs concernés par cette attitude à de
farouches opposants qui n'auraient pas compris ou voulu comprendre la
nouvelle distribution des pouvoirs issue de la victoire d'Actium. Or aucun
d'entre eux ne pouvait raisonnablement espérer tirer un profit quelconque
d'une opposition stérile à un homme qui contrôlait une grande partie de
l'armée romaine et dont l'autorité ne cessa de se renforcer. I l est un autre
concept qui apparaît plus efficace pour rendre compte des rapports entre
le prince et l'aristocratie sénatoriale dans toute leur complexité: celui de

Octavian and the Settlement of 28-27 BC» [cité supra, n. 12], p. 203; EDER, « Augustus » [cité
supra, n. 9], p. 25.
48. DETTENHOFER, Herrschaft und Widerstand [η. 24].
49. Pour une critique plus développée des positions de Dettenhofer, cf. mon c.r. dans Latomus, 62,
2003, p. 192-195.

91
FRÉDÉRIC HURLET

concurrence. I l a déjà été utilisé à maintes reprises par Dettenhofer, mais


comme parfait synonyme de résistance de manière à souligner les difficul­
tés rencontrées par le prince pour imposer le nouveau régime à un certain
nombre de sénateurs. I l est une autre manière d'exploiter une telle notion
dans le contexte de l'époque augustéenne. I l faut pour cela distinguer la
concurrence opposant l'aristocratie sénatoriale à Octavien/Auguste et la
concurrence entre les aristocrates. La première variante, si elle ne disparut
jamais complètement, finit très vite par être d'autant moins visible que
l'emprise du prince sur Rome et l'Empire se renforça. La seconde fut au
contraire encouragée par Octavien/Auguste parce que ses manifestations
prolongèrent des pratiques en vigueur sous la République et contribuèrent
ainsi à définir le mode de fonctionnement de la Res publica restituta. Il faut
désormais analyser les modalités de ces différentes formes de concurrence.
L'enjeu est de déterminer dans quelle mesure et comment ce fondement de
la vie politique sous la République s'adapta à la présence à la tête de l'État
d'une autorité prééminente.

La concurrence entre Octavien/Auguste et Varistocratie sénatoriale

Le regard rétrospectif jeté sur la réussite d'Auguste ne doit pas faire


oublier que celui-ci eut à affronter et maîtriser au départ une situation
de concurrence avec la noblesse romaine après et en dépit de sa victoire
50
sur Marc Antoine . La rivalité fut particulièrement vive à son retour
à Rome de 29 à 27 et se manifesta dans différents domaines de la vie
publique et de différentes manières. La permanence des triomphes durant
cette période est un phénomène remarquable. Les Fastes triomphaux enre­
gistrent les noms de six généraux qui ont en commun d'avoir triomphé
en tant que proconsuls à la suite de campagnes menées entre la victoire
à Actium et la réforme provinciale de janvier 27: C. Calvisius Sabinus,
proconsul d'Espagne Citérieure en 29/28, dont le triomphe est daté du
26 mai 28 ; C. Carrinas, proconsul des Gaules en 29/28, qui triompha le
14 juillet 28 ; L. Autronius Paetus, proconsul d'Afrique en 29/28, qui triom­
pha le 16 août 28 ; M . Licinius Crassus, proconsul de Macédoine de 30 à
28, qui célébra son triomphe le 4 juillet 27 ; M . Valerius Messala Corvinus,
proconsul des Gaules en 28/27 et de retour à Rome en triomphateur le
25 septembre 27; Sex. Appuleius, proconsul d'Espagne Citérieure en 28/27,
dont la salutation impériale est attestée {CIL, IX, 2637 = ILS, 894) et qui
triompha le 26 janvier 26. Par la suite, seuls deux proconsuls d'Afrique
triomphèrent à la suite de succès remportés à coup sûr après la réforme
provinciale de janvier 27: en l'occurrence L. Sempronius Atratinus le

50. Sur l'existence dans les années 20 av. J.-C. d'une concurrence entre le prince et un certain nombre
de représentants de familles de la noblesse romaine, cf. l'article de CARTLEDGE, « The Second
Thoughts of Augustus » [cité supra n. 24], p. 30-40.

92
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

51
12 octobre 21 et L. Cornelius Balbus le 27 mars 19 . Il est bien connu que
le triomphe de L. Cornelius Balbus fut le dernier à avoir été célébré par un
général qui ne fut pas membre de la famille impériale, mais on oublie sou­
vent de souligner ce que la permanence d'une concurrence dans le domaine
triomphal durant les années 20 impliquait d'un point de vue politique et
institutionnel. Ce phénomène signifiait que huit généraux romains tous
consulaires et à ce titre issus de l'élite du Sénat reçurent le même honneur
qui avait été décerné à Auguste en août 29. La préséance militaire du prince
ne se discutait pas en raison de l'état des forces militaires en présence,
mais la restauration de la Res publica créa un contexte favorable au départ
au maintien d'autres uiri triumphales. Une attention portée aux interven­
tions dans l'urbanisme de Rome depuis l'époque triumvirale jusqu'aux
années 20 aboutit à une conclusion identique. Elle a conduit François
Hinard à la conclusion qu'Octavien/Auguste, loin d'avoir conçu d'emblée
un véritable projet urbain, partagea le privilège d'imprimer sa marque sur
52
Γ Vrbs avec vingt-quatre autres uiri triumphales entre 43 à 19 . Si le prince
apparaît comme celui qui commandita et finança le plus grand nombre des
constructions « triomphales » de cette période, l'existence assurée de quel­
ques opérations prises en charge par d'autres membres de la noblesse après
Actium invite à ne pas faire remonter aux premières années du nouveau
53
régime le monopole impérial exercé à Rome dans le domaine édilitaire .
L'évolution était en tout cas loin d'être achevée en la matière en 29-27. La
question était à l'époque de savoir jusqu'où pouvait aller une telle rivalité.
L'épisode du refus des dépouilles opimes à M . Licinius Crassus à son
retour à Rome en 28 constitue à n'en pas douter un moment-charnière dans
l'évolution de la concurrence entre le prince et les principaux sénateurs. I l
est bien connu que cet ancien partisan de Marc Antoine rallié à Octavien
à la fin de la guerre civile réclama pour avoir tué de sa propre main le
chef des Bastarnes, Deldo, cet honneur militaire suprême, qui n'avait été
décerné auparavant qu'à trois généraux romains (Romulus selon la tradition,
e
A. Cornelius Cossus à lafindu V siècle et M . Claudius Marcellus en 222)
et qu'Octavien n'avait jamais été en mesure de demander. I l y avait donc
pour le prince un risque réel de voir son prestige militaire amoindri et
contrebalancé par les hauts faits d'un sénateur influent et issu de la vieille
noblesse romaine. Sans entrer dans le détail d'une affaire qui est complexe

51. Sur ces cérémonies triomphales, cf. les Fasti triumphales Capitolini et les Fasti triumphales
2
Barberiniani {CIL, I , p. 50 et 77 = Inscr. It., XIII, 1, p. 568-571). Cf. aussi les exemples de
M. Nonius Gallus et T. Statilius Taurus, qui furent salués tous deux imperator à la suite de succès
militaires remportés en 29 (Dion, LI, 20, 5; CIL, IX, 2642 = ILS, 895; CIL, II, 3556 = ILS,
893; CIL,X, 409 = ILS, 893a).
52. Cf. HINARD, «Entre République et principat» [cité supra, n. 6], p. 336-348.
53. Sur cette question, outre l'étude de Hinard citée à la note précédente, cf. ECK, « Senatorial Self-
Representation » [cité supra, n. 9], p. 139-141. Il ressort que sur les huit proconsuls qui triom­
phèrent après la victoire à Actium, trois d'entre eux sont connus pour être intervenus dans le
financement de constructions triomphales : C. Calvisius Sabinus et M. Valerius Messala Corvinus
pour la restauration de portions de la uia Latina; L. Cornelius Balbus pour la construction du
théâtre qui porte son nom.

93
FRÉDÉRIC HURLET

54
d'un point de vue institutionnel , Crassus n'eut finalement pas gain de
cause, puisqu'il célébra uniquement le triomphe le 4 juillet 27, tardivement,
sans avoir été autorisé à déposer les dépouilles opimes dans le temple de
55
Jupiter Feretrius . Son échec, lié peut-être au fait qu'on n'entendit plus
jamais parler de lui par la suite, montra aux Romains qu'une opposition
frontale au nouveau pouvoir était contre-productive, voire dangereuse.
C'était sans doute le meilleur moyen de faire comprendre que les rivalités
pouvaient continuer à se manifester au sein de l'élite sénatoriale à la condi­
tion expresse de ne pas concurrencer la position du prince. Cette prise de
conscience, qui fut sans nul doute rapide, explique que l'opposition au
prince et à son régime se soit manifestée par d'autres canaux que la voie
légale. Elle fut contrainte dans ces conditions de s'exprimer à travers les
conspirations qui furent au besoin inventées par le prince pour éliminer des
56
rivaux potentiels, en tout cas instrumentalisées par le nouveau régime .
Cette forme d'opposition, attestée dès l'époque triumvirale et peu après la
victoire d'Actium avec les agissements du fils du triumvir Lèpide, réapparaît
à partir de lafindes années 20 avec Murèna (23 ou 22) et L. Egnatius Rufus
(19) en partie parce que l'assassinat du prince fut considéré comme le seul
moyen de mettre fin à sa suprématie. L'évolution de la Res publica restituta
est donc à lier au glissement de sens d'une concurrence qui se déplaça du
centre du pouvoir finalement accepté comme tel par une grande partie
des sénateurs pour se limiter à l'octroi des honores secondaires auxquels les
mêmes sénateurs continuèrent à aspirer.

La concurrence au sein de Varistocratie sénatoriale

Octavien/Auguste comprit très vite qu'il lui fallait trouver à terme de


nouveaux champs de compétition à des sénateurs qui n'ignoraient plus
que la réalité du pouvoir leur échappait au fur et à mesure que le nouveau
57
régime se consolidait . La restauration de la Res publica passa donc par un
nouvel espace de liberté concédé à l'aristocratie sénatoriale par le prince,
mais aussi à terme au service du prince. Le retour au fonctionnement tradi-

54. Cf. en dernier lieu TARPIN M., «M. Licinius Crassus imperator, et les dépouilles opimes de la
République», RPh 77, 2003, p. 275-311.
55. Sur le refus d'octroyer à Crassus les dépouilles opimes, l'étude de R I C H J.W., « Augustus and the
spolia opima», Chiron 26, 1996, p. 85-127, a proposé une nouvelle interprétation en cherchant à
montrer que le prince aurait très bien pu manifester son opposition non pas officiellement, mais
de façon officieuse - « behind the scènes» - et sans avoir eu à intervenir au Sénat.
56. Sur l'instrumentalisation de l'opposition par le nouveau régime, cf. ROHR VIO Fr., Le voci del dis­
senso. Ottaviano Augusto e i suoi oppositori, Padoue, 2000 et COGITORE I., La légitimité dynast
dAuguste à Néron à l'épreuve des conspirations, Rome, 2002.
57. Vu par SYME, RR, p. 395 : «Malgré cela, ils pouvaient prospérer à l'ombre de la monarchie, pour­
suivre leurs vieilles querelles, conclure de nouvelles alliances - bref s'approprier une part non
négligeable du pouvoir et de ses profits»; cf. aussi PANI M., Potere e valori a RomafraAugusto e
e
Traiano, 2 éd., Bari, 1993, p. 29-37 qui montre que les différentes forces sociales de l'époque
julio-claudienne (c'est-à-dire l'ancienne nobilitas républicaine, une partie du nouveau Sénat...)
ne se tapissaient pas dans la Pax Augusta, mais reproduisaient la lutte politique comme à l'époque
républicaine, sous une forme toutefois différente (émeutes populaires, conjurations, révoltes de
palais jusqu'au « style de vie ») et sans remettre en question l'existence même d'un prince.

94
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

tionnel des institutions politiques et à un ordre social fortement hiérarchisé,


s'il n'entendait pas rétablir la République en tant que régime politique,
signifiait tout d'abord que le jeu des rivalités entre familles pouvait se rani­
mer sous le contrôle étroit du nouveau pouvoir. Le seul changement, mais il
était de taille, résida dans la place prééminente que s'était réservée le prince
et à laquelle il ne fallait plus toucher. Si on laisse provisoirement de côté
le statut d'Octavien/Auguste, qui était d'ailleurs plus souvent en tournée
dans l'Empire qu'à Rome de 27 à 17, le résultat des mesures de 28 et de
27 le plus immédiatement perceptible aux yeux des Romains de cette épo­
que fut sans nul doute d'avoir recréé une atmosphère de concurrence entre
sénateurs dans la vie politique. La rupture par rapport à la période triu­
mvirale, au cours de laquelle la répartition des principaux honores comme
les magistratures et promagistratures avait été décidée par les seuls triu­
mvirs, était patente. À partir de 28, tous les magistrats romains dont les
consuls furent non plus désignés à l'avance par quelques hommes, mais
élus par le peuple Romain réuni en comices. Ce retour à la procédure en
vigueur sous la République eut pour conséquence que les élections furent
de nouveau précédées par des campagnes électorales qui étaient menées par
les différents candidats en lice et dont certaines furent mouvementées (en
58
21 et 19) . I l faut comprendre que d'ordinaire, il y eut plus de candidats
59
que de magistrats à élire , situation qui rappelait les pratiques républicai­
nes et était à mettre au crédit du programme de restitutio Reipublicae. Les
assemblées populaires retrouvèrent dans ces conditions la fonction princi­
pale qui avait été la leur à l'époque républicaine : départager les membres
des grandes familles romaines dans leurs luttes constantes pour le pouvoir,
à cette différence essentielle qu'il n'était plus désormais question que d'élec­
tion à des honneurs somme toute secondaires par rapport aux pouvoirs
impériaux. Le prince n'eut besoin du peuple qu'à des fins de ratification de
ses pouvoirs extraordinaires issus d'un coup de force militaire, mais il utilisa
les comices pour l'attribution annuelle des magistratures traditionnelles. I l

58. MILLAR F., «Triumvirate and Principate », JRS 63, 1973, p. 63 [= Rome, the Greek World, and
the East, vol. I. The Roman Republic and the Augustan Revolution, H . M . Cotton et G . M . Rogers
(éd.), Chapell-Hill - Londres, p. 264] a bien vu que le véritable changement en 28-27 était «the
recommencement of genuine competition for election ».
59. C'est la situation qui se produisit en 21 lorsque M . Lollius entra seul en fonction en tant que
consul, après qu'Auguste eut refusé d'être son collègue au consulat en dépit de son élection par
les comices centuriates. Dion 54.6.2-3 rapporte que deux candidats se présentèrent aux élections
consulaires pour occuper la fonction vacante, en l'occurrence Q. Aemilius Lepidus (Barbula; sur
ce personnage et sa carrière, cf. l'étude exhaustive d e T A N S E Y P., « Q . Aemilius Lepidus [Barbula?]
cos. 21 B.C.», Historia 57', 2008, p. 174-207) et L. Silvanus, et que le premier fut finalement
élu au terme une campagne électorale marquée par des troubles (sur ce Silvanus, qu'il faut peut-
1
être analyser comme une erreur d'un copiste et identifier comme un Silanus, cf. PIR I 827 ;
SYME, Augustan Aristocracy [supra, n. 4], p. 191 ; R I C H J.W., Cassius Dio and the Augustan Settl
[Roman History 53-55.9], Warminster, 1990, p. 179; E C K W . , Neue Pauly, 6, 1999, col. 69;
BIRLEYAR., «Q. Lucretius Vespillo [cos. ord. 19] », Chiron 30,2000, p. 715, n. 17). Des circons­
tances presque identiques sont attestées de nouveau au début de l'année 19, si ce n'est qu'un des
candidats, M. Egnatius Rufus, fut écarté par le seul consul en fonction, C. Sentius Saturninus, et
au bout du compte exécuté au motif qu'il avait organisé un complot contre Auguste.

95
FRÉDÉRIC HURLET

déplaça ainsi le champ de la compétition sénatoriale en dehors de ce qui


60
était devenu le cœur du pouvoir .
Le rétablissement du tirage au sort des proconsuls à partir de 27 contri­
bua à son tour à raviver la concurrence au sein de l'élite des sénateurs.
L'enjeu était loin d'être négligeable. I l s'agissait de choisir chaque année
par un tel mode de désignation la dizaine de gouverneurs des provinces
publiques parmi les sénateurs parvenus aux magistratures supérieures du
cursus honorum - anciens consuls pour l'Asie et l'Afrique, anciens préteurs
pour les autres provinces publiques. Les critères d'admission au tirage au
sort étaient très stricts et constituaient un premier filtre qui élimina d'office
un certain nombre de prétoriens et de consulaires, mais une analyse du
déroulement de cette procédure m'a conduit à défendre l'idée que pour la
période qui va de 27 à 17, les candidats pouvaient être plus nombreux que
61
les proconsulats à pourvoir . Même si des zones d'ombre subsistent dans
l'état actuel de nos connaissances sur les questions techniques, la procédure
de la sonino se conforma à l'époque augustéenne à un règlement complexe
qui combina les éléments suivants : délai quinquennal à respecter entre la
magistrature et le proconsulat avec une priorité accordée à ceux qui avaient
été consuls et préteurs précisément cinq années auparavant ; mariage et des­
cendance ou non des candidats ainsi que le nombre des enfants, avec la
possibilité laissée aux consulaires et prétoriens mariés et pères de plusieurs
enfants de devenir proconsuls moins de cinq années après l'exercice de leur
magistrature. Le hasard n'entrait en ligne de compte que si ces critères ne
suffisaient pas à départager tous les candidats admissibles. Une machine à
tirer au sort servait dans ces conditions pour attribuer les proconsulats qui
restaient vacants. La situation fut particulièrement concurrentielle pour
l'attribution des provinces consulaires d'Afrique et d'Asie durant les pre­
mières années qui suivirent la réforme de janvier 27 av. J.-C. parce que
les consuls suffects avaient été particulièrement nombreux à la fin des
années 30 et furent admissibles aux proconsulats consulaires entre 27 et 23.
Après une période (23-18) au cours de laquelle les candidats au proconsulat
vinrent au contraire à manquer en raison de la monopolisation du consulat
par Auguste et dans une moindre mesure Agrippa de 31 à 23, la procédure
se stabilisa dans le sens où les deux seuls consuls ordinaires élus chaque
année suffirent à assurer à partir de 17 un roulement annuel de deux pro­
consuls consulaires. Malgré quelques difficultés initiales, le dispositif mis
en place en 27 avec le rétablissement du tirage au sort eut le mérite de faire
jouer à plein la concurrence parmi les sénateurs les plus en vue tout en ne
mécontentant que peu d'entre eux (dans la loterie des années 27-17, les
numéros perdants furent tout compte fait peu nombreux).

60. SYME, RR, p. 357 a bien vu à propos de l'attribution du consulat durant les premières années du
consulat que « la compétition était intense et violente».
61. Cf. H U R L E T , Le proconsul et le prince [supra, n. 28], p. 36-49 à partir d'une analyse du témoignage
de Dion, LUI, 14, 3.

96
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÉENNEETLA RES PUBLICA RESTITUTA

En dépit de ses fréquentes tournées dans l'Empire, Auguste suivit les


événements de Rome en intervenant directement ou en étant informé par
des proches qui ne quittaient pas YVrbs. Sa position fut celle d'un arbitre
qui intervenait plus ou moins directement dans le jeu politique. I l pouvait
tout d'abord accorder sa recommandation (commendatio) à l'un ou l'autre
candidat aux différentes magistratures. Une telle pratique ne se substitua
pas à l'élection proprement dite et prolongea un usage en vigueur sous la
République sans être contraignante, mais elle conféra sans nul doute au
candidat du prince un avantage sur les autres qui dut être décisif. Une autre
modalité du contrôle exercé par Auguste sur le choix des magistrats aurait
pu être la présidence des élections qui lui revenait en tant que consul et
dont on sait à quel point elle était déterminante à Rome, mais ses fréquentes
absences de Rome le privèrent d'une prérogative qui échut d'ordinaire à
ses différents collègues au consulat. L'abdication par Auguste du consu­
lat durant l'été 23 élargit le champ de la compétition entre sénateurs en
permettant d'accéder chaque année à la magistrature suprême non plus à
un seul, mais deux anciens préteurs - choisis qui plus est non pas néces­
sairement dans l'entourage direct du prince comme ce fut le cas de 28 à
26 avec les homines noui qu'étaient Agrippa et T. Statilius Taurus. Malgré de
multiples pressions populaires notamment dès 22 et 19 av. J.-C, le prince
refusa d'exercer de nouveau le consulat si ce n'est pendant quelques mois
en 5 et en 2 av. J.-C. en liaison avec l'entrée dans la vie politique de ses
fils adoptifs, Caius et Lucius César. A partir de l'année 23, il cessa donc de
présider les élections. Quelles que soient les zones d'ombre qui subsistent
encore sur les mesures de 19 relatives à l'octroi à Auguste d'un imperium
consulaire viager ou du moins des insignia de ce pouvoir, rien ne permet
d'affirmer qu'il ait présidé à partir de cette date les élections ni même qu'il
62
ait légalement exercé un pouvoir de contrôle sur les candidatures . Ce fut
donc un des consuls en fonction qui continua à arbitrer la compétition
électorale que se livrèrent les différents candidats à la magistrature suprême
tout au long du principat d'Auguste. Le prince ne se vit reconnaître en la
matière aucun pouvoir légal, mais la mise à l'écart et l'exécution du candidat
au consulat de 19, L. Egnatius Rufus, témoignent de l'influence informelle
qu'il ne cessa plus d'exercer.
L'intervention du prince ne doit pas non plus être surévaluée en matière
de désignation des proconsuls. Durant les années 20, Auguste se contenta
en général de faire appliquer et respecter la législation qu'il avait lui-même
fait voter à ce sujet en 27. Il pouvait être amené à arbitrer et à faire valoir en
particulier les droits attachés au mariage et à la paternité si l'on retient que
la lexlulia de 18 fut précédée en 28-27 par des mesures législatives allant
dans ce sens ; il pouvait également peser de son autorité morale - son auc-
toritas - pour dissuader les antoniens toujours en vie auxquels il n'avait pas
pardonné de se présenter au tirage au sort même s'ils étaient légalement en

62. Comme l'ajustement souligné FERRARY, «Pouvoirs d'Auguste» [cité supra, n. 11], p. 128.

97
FRÉDÉRIC HURLET

droit de le faire, mais il s'agit là d'une intervention extraconstitutionnelle.


Les seules mesures plus directes qu'il prit ou fit prendre au moment de l'at­
tribution des provinces publiques furent destinées à faire mieux fonctionner
un mode de recrutement qu'il avait fait adopter, mais dont la mise en place
se fit difficilement. Au nombre de celles-ci, il faut compter les prorogations
attestées à deux reprises en Asie au mépris de la règle de l'annalité rétablie
63
en 27 , peut-être aussi Xadlectio inter consulares de L. Cornelius Balbus
pour permettre à un sénateur proche du prince qui n'avait pas exercé le
consulat d'accéder au proconsulat d'Afrique en 21/20. Le seul domaine où
l'intervention d'Auguste fut plus pesante parce que juridiquement contrai­
gnante fut la nomination des sénateurs à la tête de provinces impériales,
les légats propréteurs d'ordinaire de rang consulaire, nomination qui lui
revenait de droit. I l se réserva donc le privilège de promouvoir les sénateurs
en leur confiant sous la forme d'une légation impériale des gouvernements
provinciaux dont certains furent fortement militarisés (par exemple en
Syrie ou dans les Gaules), mais qui restèrent toujours moins prestigieux en
dignité que les proconsulats d'Afrique ou d'Asie.

Epilogue: le devenir de la Res publica restituta

Il n'y eut pas à proprement parler d'acte de décès de la Res publica


restituta. L'État tel qu'il fut restauré par Auguste à la suite de ses victoires
militaires ne cessa de se transformer au fil des années et des décennies
dans le sens d'une plus forte emprise du régime sur les institutions et la
société. On peut citer divers événements datés des années 10 av. J.-C. qui
témoignent de l'évolution des relations de la nouvelle Res publica augus-
téenne avec l'aristocratie sénatoriale. La cérémonie des jeux séculaires de
17 marque une étape importante dans le sens où elle ouvrit une ère nou­
velle, le siècle d'or, qui était placée sous la protection symbolique du dieu
Apollon et dont la continuité était garantie avec l'adoption presque conco­
mitante de Caius et de Lucius par Auguste. L'évolution dynastique du nou­
veau régime, en germe dès la fin des années 30, ne fit désormais plus aucun
doute aux yeux des contemporains d'Auguste. D'un point de vue militaire,
la concurrence entre le prince et les sénateurs perdit de son intensité à partir
de 19 en liaison avec le phénomène avéré de monopolisation impériale
du triomphe. Elle n'eut plus aucune raison d'être à la fin des années 10
lorsque le commandement des légions stationnées en Macédoine fut confié
à un légat nommé par Auguste et que l'Illyrie passa au rang de province
e
impériale. La légion stationnée en Afrique, la I I I Auguste, devint la seule
à être gouvernée par un proconsul durant la seconde moitié du principat
d'Auguste, exception qui dura jusqu'au principat de Caligula. D'un point

63. Cf. les proconsulats d'Asie de Sex. Apuleius (cf. FERRARY J.-L., « Les inscriptions du sanctuaire de
Claros en l'honneur des Romains », BCH124, 2000, p. 331-376 = AB, 2000, 1392) et de Potitus
Valerius Messala (CIL, VI, 37075 et 41061 = ILS, 8964), tous deux datés de lafindes années
20 av. J.-C.

98
L'ARISTOCRATIE AUGUSTÊENNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

de vue social, on signalera que le retour à une hiérarchie traditionnelle


qui plaçait les sénateurs à la tête de l'État déboucha lors de la lectio de
18 ou entre 18 et 13 sur l'institution d'un cens sénatorial qui préfigurait la
64
création proprement dite de l'ordre sénatorial . Cette mesure paracheva
le rétablissement de l'ordre social entamé à partir de 29. On aura compris
qu'il serait malvenu de privilégier une date plutôt qu'une autre pour fixer
le terme de ce qui est à analyser comme un processus. I l n'y eut pas un seul
événement déterminant, mais un faisceau d'événements dont un grand
nombre eut lieu dans le courant des années 10 av. J.-C. Par la suite, si la
Res publica restituta cessa d'être présentée comme un élément constitutif
du programme politique d'Auguste, elle ne disparut pas non plus défini­
tivement et s'articula avec les nouvelles priorités du pouvoir impérial. I l
suffit de penser à l'ensemble architectural du Forum d'Auguste, dont le
temple de Mars Ultor fut dédicacé en mai 2 av. J.-C, pour comprendre
dans quelle mesure le nouveau régime continua à se représenter à la fois
comme l'aboutissement d'une histoire longue de plusieurs siècles et comme
65
un modèle pour les princes à venir . Regards dans le passé et vers l'avenir
se croisaient et se combinaient pour façonner un régime dont le caractère
ambivalent apparaît d'autant plus nettement. Bien entendu, plus le temps
passait, plus la notion même de Res publica restituta apparaissait comme
une image vide de sens. C'était une réalité que Tacite avait bien comprise
lorsqu'il décrit le contexte politique à la fin du principat d'Auguste en se
66
demandant «combien restait-il de gens qui avaient vu la Res publica ». I l
demeure qu'Auguste avait mis en place une formule, assimilée à un mode
de gouvernement, que les dynasties futures exploitèrent à plusieurs reprises
pour sortir d'une situation de crise du pouvoir impérial (par exemple en 68-
69,96 ou encore 192-197). Il sera utile de déterminer comment ce modèle
augustéen fut utilisé, mais aussi détourné et réinterprété en fonction des
67
circonstances et d'un nouveau contexte .

64. Sur la question complexe des étapes conduisant à la création de Tordre sénatorial, cf. N I C O L E T CL,
«Le cens sénatorial sous la République et sous Auguste», JRS 66, 1976, p. 21-38, en particulier
p. 30-32 [republié dans Des ordres à Rome, Paris, 1985, p. 143-174] et « Augustus, Government,
and the Propertied Classes», MILLAR F. et SEGAL E . (dir.) Caesar Augustus. Seven Aspects, Oxford,
1984, p. 90-96; CHASTAGNOL Α., Le Sénat romain à l'époque impériale, Paris, 1992, p. 31-35 ;
SYME R., Augustan Aristocracy [cité supra, n. 4], p. 80, n. 118; E C K W., «La riforma dei gruppi
dirigenti. L'ordine senatorio e l'ordine equestre», Storia di Roma, II (L'impero mediterraneo),
2 (I principi e il mondo), éd. sous la direction de A. Schiavone, Turin, 1991, p. 75-79.
65. Sur ce double message délivré par le Forum d'Auguste, cf. SPANNAGEL M., Exemplaria principis.
Untersuchungen zu Entstehung und Ausstattung des Augustusfbrums, Heidelberg, 1999.
66. Ann. I, 3. Cf aussi dans ce sens DION, LVI, 44, 3-4.
67. On se reportera à ce sujet à la contribution d'Emmanuelle Rosso dans ce volume.

99
Aux origines d'une retraite politique :
Mécène et la Res publica restituta

Philippe LE DOZE

Mécène fut tout à la fois Tun des principaux collaborateurs d'Octavien-


Auguste et Tun des acteurs les plus énigmatiques de cette période. Les
conditions qui firent qu'il dut ou qu'il voulut abandonner ses activités
politiques demeurent encore obscures. Notre objectif est de montrer ici
que ce retrait constitua une des étapes d'un processus plus large, celui
de la Res publica restituta. Pourtant, les explications jusqu'ici proposées
tournent autour de l'hypothèse d'une disgrâce dans les années 23 ou
22 av. J.-C. Celle-ci aurait eu pour fondements deux éléments qui peuvent
être complémentaires : les rivalités entourant la succession d'Auguste et
l'affaire Murena. Nous voudrions, dans un premier temps, reprendre ici suc­
cinctement chacun de ces deux points afin de montrer leur insuffisance.

La question de la disgrâce

Les études récentes présentent encore très régulièrement la disgrâce de


Mécène comme un fait avéré. Pourtant, les travaux de deux universitaires
américains, G. Williams et P. White *, ont largement contribué à infirmer
cette assertion qui repose essentiellement sur un passage suspect de Suétone.
On a parfois cru que ce dernier liait le retrait de Mécène de la scène politi­
que romaine à l'affaire Murena : « [Mécène] avait violé le secret en révélant
2
à son épouse Terentia la découverte de la conjuration de Murena . » En
outre, la question de la disgrâce est liée par certains auteurs non tant à

1. WILLIAMSG., «Did Maecenas "fall from favor" ? Augustan literary patronage», RAAFLAUB ΚΑ. et
ToHER M.(dir.), Between republic and empire: interpretations of Augustus and his principate, B
University of California Press, 1990, p. 258-275; W H I T E P., « Maecenas' retirement », CPh, 86,
1991, p. 130-138.
2. « [Maecenas] secretum de comperta Murenae coniuratione uxori Terentiae prodidisset», Suéton
Aug., 66. Murena, que l'on identifie parfois avec le consul de 23, avait été, avec Caepio, l'un des
principaux meneurs d'une conspiration contre Auguste qu'il est difficile de dater avec précision
(23 ou 22 av. J.-C). Il s'était déjà fait remarquer lors du procès de M. Primus (dont la date est
également sujette à caution) pour avoir critiqué la notion a'auctoritas, pilier du régime augustéen
(DION, U V , 3,4).

101
PHILIPPE LE DOZE

cette affaire qu'au problème de la succession d'Auguste. Dans ce cadre, la


regrettable indiscrétion de Mécène n'aurait fait qu'accélérer un processus
déjà enclenché. En effet, dans les années de la conspiration Murena, un
combat feutré, favorisé par la santé alors fragile d'Auguste, dont les prin­
cipaux protagonistes seraient Livie, Agrippa, Octavie et Mécène, aurait
été mené dans l'entourage du Princeps afin de s'assurer une influence pré­
pondérante et de préparer sa succession. Agrippa aurait fait partie d'une
coterie à laquelle appartenait également Livie soucieuse des intérêts de son
fils Tibère, tandis que Mécène aurait été l'un des soutiens d'Octavie qui
défendait la position de Marcellus. La victoire du camp de Livie sur celui
d'Octavie aurait entraîné la déchéance de Mécène. L'hypothèse, défendue
3
en son temps par Ronald Syme et aujourd'hui par S. Byrne , est pour le
moins fragile : aucune source ne mentionne le rôle de Mécène dans de
pareilles intrigues. C'est pourquoi on a argué d'une hostilité latente entre
le conseiller d'Auguste et Agrippa qui aurait poussé le premier à défendre le
camp opposé afin de voir l'influence du second diminuer et ses ambitions
4
entravées . Jean-Michel Roddaz a largement contribué à rendre cette thèse
5
caduque .
Reste donc l'affaire Murèna. G. Williams et P. White, après avoir mis
en cause la fiabilité du témoignage de Suétone, accumulent les preuves
d'une amitié entre Auguste et son ministre qui dura bien après 23 ou
22 ap. J.-C. : la dédicace des Mémoires d'Auguste à Agrippa et Mécène;
l'anecdote de Sénèque le Rhéteur où l'on voit, en 17 av. J.-C, l'Arétin
intervenir avec tact lors d'une déclamation peu opportune de Porcius Latro ;
Auguste intervenant, en 12 av. J.-C. selon Dion Cassius, dans un tribunal
et interdisant qu'on insulte ses amis, alors que Mécène, présent comme
témoin de moralité, avait été pris à partie; la douleur, évoquée ici encore par
Dion Cassius, d'Auguste à la mort de son ministre et ses regrets, rapportés
par Sénèque, encore persistants en 2 av. J.-C, face aux frasques de Julie:
6
Mécène aurait su modérer sa colère, etc. . Ces travaux sont bien connus
et cette accumulation de faits doit être mise en parallèle avec l'absence de
preuve historique concrète quant à une disgrâce. Le fait que ni Velleius
Paterculus, ni Tacite, ni Dion Cassius ne mentionnent cette disgrâce,
événement qui pourtant aurait été notable compte tenu du rôle joué par
Mécène durant les guerres civiles et de sa proximité avec Octavien/Auguste
pendant de nombreuses années, est un indice important qui hypothèque
sérieusement cette conjecture. D'autant que Suétone lui-même ne parle

3. SYME R., La révolution romaine, Paris, 1967 (traduction française de R. Stuvéras à partir de l'édition
de 1952), p. 323-325 ; BYRNE S., Maecenas, Evanston, Northwestern university, 1996, p. 72-76.
4. Sur l'inimitié entre les deux hommes, cf. MARX R, « M . Agrippa und die zeitgenössische römische
Dichtkunst», RhMlA, 1925, p. 174-194; SYME R., op. cit., p. 324 et 368; REINHOLD M., Marcus
Agrippa, a biography, Rome, 1965, p. 66-68; ANDRE J.-M., Mécène, essai de biographie spiritue
Paris, 1967, p. 97; D E L L A CORTE E, Agrippa e Mecenate, Opuscula 13, Gènes, 1992, p. 119-135;
BYRNE S., op. cit., p. 67-73.
5. RODDAZ J.-M., Marcus Agrippa, Rome, 1984, p. 216-229.
6. SÉNÈQUE LE RHÉTEUR, Controu, II, 4,12-13; DION, LIV, 30,4; LV, 7; SÉNÈQUE, De ben., 6, 32,4.

102
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE : MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

pas de disgrâce : citant ceux qui avaient connu une telle mésaventure, il
ne mentionne que Salvidienus Rufus et Cornelius Gallus. Les autres amis
d'Auguste «connurent jusqu'au terme de leur vie la puissance et la pros­
7
périté ». Ce qui n'empêcha pas des dissensions épisodiques: ce n'est qu'à
ce moment là que l'exemple de Mécène est introduit. Précisons que si ce
dernier avait été disgracié, la punition paraîtrait avoir été bien légère compa­
rativement à la faute : l'aide apportée à un comploteur méritait au moins la
relégation, sinon la déportation. Ovide fut puni bien plus sévèrement pour
une faute qui, pour obscure qu'elle soit, paraît avoir été bien plus bénigne.
Révéler à un factieux que son complot avait été éventé revenait à porter
secours à un camp hostile à Auguste. Cela relevait quasiment du crime de
lèse-majesté. Or on sait qu'Octavien/Auguste savait frapper durement les
8
proches qui le trahissaient .
Par ailleurs, on n'a pas nécessairement pris toute la mesure de l'interven­
9
tion d'Auguste dans un tribunal en faveur de Mécène en 12 av. J.-C. : en
intercédant ainsi, Auguste sacrifiait aux devoirs de l'amitié, valeur essentielle
chez les Romains qui attendaient de leurs amis qu'ils les aident dans tous
les aléas de la vie. En tout état de cause, l'anecdote est très intéressante :
Auguste n'avait pas que de très bons souvenirs de ses interventions, notam­
10
ment comme témoin, dans les tribunaux . Sa prise de parole impromp­
tue, alors qu'il n'était invité par aucune des parties à s'exprimer et qu'il ne
présidait pas le procès, risquait d'apparaître comme un abus de pouvoir
(comme l'avait été sa venue au procès de M . Primus) : en occupant le siège
du préteur et en donnant un ordre aux accusateurs, il se conduisit comme
s'il présidait le procès. L'affaire montre suffisamment la solidité des liens
n
entre Auguste et Mécène .

7. SUÉTONE, Aug., 66.


8. Cornelius Gallus fut condamné à l'exil pour avoir désiré se voir par trop glorifié. Quant à
Salvidienus, autre collaborateur très proche et très précieux d'Octavien, il fut condamné à mort
pour haute trahison (Liv., Per., 127; VELLEIUS PATERCULUS, II, 76; APPIEN, BC V, 66; D I O N ,
y

XLVIII, 33,1-3).
9. DION, LIV, 30,4.
10. Cf. BADEL G, « L'empereur romain, un témoin impossible ? », GARNOT B. (dir.), Les témoins devant
la justice. Une histoire des statuts et des comportements. Rennes, Presses universitaires de Rennes,
2003, p. 33-42. Lors du procès de M. Primus, Auguste était venu témoigner de sa propre initiative,
alors qu'il aurait été nécessaire qu'il fût invité par l'une des deux parties (MOMMSEN T., Le droit
pénal romain, II, Paris, traduction de J. Duquesne, 1907, p. 84-87). Cette présence ne pouvait que
fausser le déroulement du procès, Yauctoritas du Princeps, supérieure à toutes les autres, ne pouvant
que décider de l'issue du jugement. Cet épisode occasionna un fort mécontentement qui, selon
C. Badel, joua un rôle non négligeable dans la naissance de la conspiration de Murèna. En tout état
de cause, en intervenant de nouveau dans un tribunal en 12 av. J.-C, Auguste risquait à nouveau
d'apparaître comme celui qui abusait de son auctoritas. La démarche est donc très significative,
surtout si l'on s'en tient à la conclusion de C. Badel : « L'empereur n'avait pas sa place dans un
procès» (BADEL G , op. cit., p. 38).
11. On pourrait arguer que c'était un homme affaibli, parce que désormais éloigné de la cour, qui
était attaqué en 12 av. J.-G, mais ce n'était pas seulement Mécène qui était ici pris à partie, mais
lui et son collègue Apuleius. Surtout, il n'est pas inutile de rappeler qu'on n'hésitait pas à Rome à
s'attaquer lors de procès à des hommes forts, notamment sous la République, afin de se forger un
nom. Ici, les modalités changent quelque peu, mais l'attaque pouvait avoir une portée politique
non négligeable. Il n'est pas sûr qu'Auguste ait été à ce point craint que l'on n'osât pas insulter
ses proches : encore une fois, en 23 ou en 22, Auguste lui-même, rétabli de sa maladie, se vit

103
PHILIPPE LE DOZE

Deux derniers arguments, parmi d'autres, allant contre la thèse d'une


disgrâce peuvent être avancés : tout d'abord, l'affectueuse mention faite à
son protecteur par Horace dans YOde 4, 11, 17-20, poème qu'il est difficile
y

de dater mais qui fut écrit après la parution des trois premiers livres des
Odes en 23 et qui fut inséré dans le quatrième livre publié probablement
en 13. Horace aurait-il agi ainsi si l'Arétin avait alors été persona non grata
12
à Rome ? On songe aux Tristes d'Ovide où le poète craint de mettre en
difficulté ses amis en les nommant dans ses pièces, rendant ainsi publique
leur amitié pour l'exilé. Enfin, on a, à notre connaissance, négligé jusqu'à
e
ce jour le témoignage de Sénèque. La 19 lettre à Lucilius est une invitation
à Yotium, à la retraite, loin des affaires de la cité et des mondanités, du
stoïcien adressée à son élève. Cette lettre est particulièrement intéressante
pour nous dans la mesure où elle laisse clairement entendre que Mécène a
lui-même effectué cette démarche de se retirer du monde: «Voilà le terme
qui t'attend, si tu ne te décides sur l'heure à plier la voile, et, comme il [ille :

demander vertement lors du procès de M. Primus ce qu'il venait faire là. Suétone mentionne une
autre intervention d'Auguste dans un tribunal : Asprenas Nonius, un de ses familiers, avait été
accusé d'empoisonnement. Le Princeps demanda au Sénat s'il devait paraître au tribunal (mais il
risquait alors d'être accusé d'abuser de son pouvoir) ou s'il devait s'en abstenir (et faillir aux lois de
Yamicitia) : le Sénat lui conseilla de siéger sur un des bancs de la défense, mais sans rien dire. Ce
qu'ilfit(SUÉTONE, Aug., 56). Dans le cas de Mécène, en dépit des risques potentiels, Auguste alla
donc beaucoup plus loin.
12. On a souvent interprété la place restreinte accordée à Mécène dans le livre IV des Odes comme
le signe d'une reprise en main du cercle de Mécène par Auguste. L'idée serait séduisante si, d'une
part, les cercles avaient constitué une réalité augustéenne, ce qui n'est assurément pas le cas, et si,
surtout, Auguste avait eu l'intention de contrôler la république des lettres. Or, même si nous ne
pouvons nous étendre sur la question dans le cadre de cette étude, cette hypothèse apparaît comme
très peu vraisemblable. Quant à dire que si Mécène n'est plus cité qu'une seule fois dans ce livre et,
qui plus est, dans un poème qui n'est pas placé en évidence dans le recueil, c'est parce qu'il a été
disgracié, c'est peut-être aller trop vite en besogne. Quelque chose a effectivement changé, on ne
peut l'ignorer, mais il s'agit moins de la situation de Mécène vis-à-vis d'Auguste que celle d'Horace
à l'égard de son protecteur. Ici encore, nous ne pouvons développer outre mesure la question. Mais
il est plus que probable que c'est à travers les rapports de client à patron qu'il faille envisager la
question. Le système clientélaire est basé sur des relations d'échange, même si les services échangés
n'ont pas la même valeur. Les deux parties doivent y trouver un intérêt. Surtout, et c'est là tout le
paradoxe (paradoxe sur lequel a insisté J.-R Medard, cf. MEDARD J . - R , «le rapport de clientèle»,
Revuefrançaisede science politique, 26, 1, 1976, p. 103-131), le système aboutit à une inégalité
des échanges au bénéfice du client qui reçoit plus qu'il ne donne. Quand Horace se plaint déjà
des exigences de Mécène dans YEpître, 1,7 (qu'il est difficile de dater exactement, mais le premier
livre des Epîtres a probablement été publié avant lafinde l'année 20), cela peut s'entendre dans le
cadre d'une réévaluation des bénéfices qu'il tirait de sa relation avec ce dernier. Horace avait pris
un ascendant moral certain sur son protecteur ; poète à l'honneur lors des Jeux Séculaires, il était
désormais bien installé et reconnu dans la société romaine; il était un proche d'Auguste (dont il
refusait néanmoins d'être le client direct). Sa relation avec Mécène, il la voulait maintenant plus
égalitaire : ce dernier avait autant à gagner, sinon plus, que lui de cette proximité (moralement,
mais également dans la perspective de l'immortalisation de son nom ou du prestige qu'il pouvait
tirer de cette intimité). Se considérant de plus en plus comme l'ami de l'Arétin, plus que le client,
il voulut faire comprendre publiquement que son statut avait changé. La place moindre de Mécène
dans le livre IV des Odes est, par conséquent, plutôt à interpréter comme une revendication et,
dans une certaine mesure, une provocation dont Horace savait qu'elle n'entraînerait pas de rupture
avec son puissant ami. La difficulté du système clientélaire résidait dans le fait que la balance des
échanges et leur valeur étaient difficilement quantifiables. La dimension subjective est évidente.
Le lien de dépendance, en partie symbolisé par la dédicace à Mécène du premier livre du recueil,
n'apparaît légitime que tant que le client pense recevoir plus qu'il ne donne. Or, lors de la parution
du quatrième livre, la contrepartie ne paraît plus à Horace aussi évidente. Mécène n'est, dès lors,
plus cité que comme l'on cite d'autres amis.

104
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE : MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

13
Mécène] l'a voulu trop tard, à raser la rive . » Sénèque établit donc une
analogie entre la démarche du conseiller d'Octavien/Auguste et celle que
doit suivre Lucilius. Or la lettre laisse clairement entendre que ce dernier
ne connaît aucun discrédit : bien au contraire, Sénèque explique un peu
plus haut dans son épître que Lucilius fait une brillante carrière qui l'a
mené jusqu'à la procuratèle de Sicile et qu'il peut s'attendre à des fonctions
14
toujours plus prestigieuses . Mais c'est parce qu'il n'y a rien à attendre
de tous ces honneurs, c'est parce qu'on n'en est jamais rassasié, qu'il invite
Lucilius à se retirer et à devenir un priuatus. D'où l'utilisation du fragment
de Mécène tiré de son Prométhée qui sonne comme une condamnation de
15
l'ambition . Sénèque indique bien que l'Arétin a voulu (uoluit) se retirer
même si, selon lui, il le fit trop tard (car alors, nous apprend-il dans une
16
autre lettre, « l'excès de prospérité lui avait porté à la tête », d'où les excen­
tricités si peu romaines de son mode de vie, et c'est contre cela qu'il met en
garde Lucilius). I l complète ainsi le propos que Tacite prête à Néron: son
trisaïeul Auguste avait autorisé Mécène à prendre du repos après les travaux
17
qu'il avait menés {ptium post labores concessa .

Le rôle politique de Mécène après 29 av. J.-C.

Les éléments sont donc suffisamment nombreux pour affirmer que


rien ne permet de conclure à une disgrâce de Mécène à la fin des années
20 av. J.-C. Or les témoignages ne paraissent pas non plus indiquer qu'après
29 Mécène a joué un quelconque rôle politique, \10de 3, 29 d'Horace a
pu rendre les choses quelque peu confuses car on l'a parfois un peu trop
hâtivement rapprochée de Y Ode 3, 8 qui paraît aborder le même thème:
la nécessité de s'écarter des soucis liés à la vie de la Cité. Elle est, pourtant,
à utiliser avec beaucoup de précautions : si elle prend l'aspect d'une invi­
tation à Mécène (« Pour toi, dans une jarre jamais encore inclinée, un vin
18
doux [...] est chez moi depuis longtemps : arrache-toi à toute entrave »),
19
elle n'est qu'un prétexte à une exhortation morale (critique de la villa de
Mécène sur l'Esquilin et des désirs creux de la ville, éloge de la vie humble à
la campagne) : il s'agit de s'extraire de tout ce qui entrave (morae) la marche
20
vers la sérénité de l'âme . C'est dans ce cadre qu'Horace regrette les soucis
que donne «le bon équilibre de la cité» à son ami. Ce passage est éminem­
ment intéressant dans la mesure où l'ode est parfois datée de 26 ou 25. S'il
s'agit d'une allusion à l'administration de Rome, cela signifie que Mécène a
de nouveau exercé un pouvoir équivalent à celui qui fut le sien entre 31 et

13. SÉNÈQUE, ad L u c . y 19,9.


14. Ibid., 19, 5.
15. Ibid., 19,6 et 19, 9.
16. Ibid., 114,8.
17. TACITE, Ann., XIV, 55, 2 ; cf. également XIV, 53, 3.
18. HORACE, Carm., 3, 29, 1-5.
19. Cf. le commentaire de F. Villeneuve dans l'édition des Belles Lettres, p. 145-146, n. 2.
20. HORACE, Carm., 3, 29, 5.

105
PHILIPPE LE DOZE

29. Néanmoins, i l faut sans doute, eu égard au contexte général du poème


et faute de preuve plus concrète, ne voir ici qu'une allusion à l'intérêt du
conseiller d'Auguste pour les affaires de la cité à un moment où le Principat
naissant demeure fragile. I l èst vraisemblable que Mécène continue plus ou
moins régulièrement à conseiller Octavien-Auguste, même s'il n'occupe plus
de charge officielle. Plus qu'un conseil à l'homme d'État, il y a peut-être
ici une allusion aux affinités du protecteur d'Horace pour la philosophie
épicurienne : Horace lui conseille de jouir du temps présent et d'éviter les
soucis liés à la vie de la Cité dès lors qu'il n'y a plus de danger immédiat. Les
vers 29-32 sont à cet égard très instructifs : « Dans sa prévoyance, la divinité
enveloppe d'une nuit ténébreuse l'issue où aboutit l'avenir, et elle rit si un
21
mortel porte ses inquiétudes plus loin qu'elle ne l'a permis . » Le caractère
inquiet de Mécène ressort d'ailleurs de plusieurs poèmes d'Horace. Mais il y
a plus : alors que dans Y Ode 3, 8, et cela est symptomatique, le poète exhorte
22
son ami à redevenir unpriuatus , on ne trouve plus pareille invitation dans
Y Ode 3, 29, comme si la carrière de Mécène avait déjà connu un tournant.
Il ne paraît pas, par conséquent, que l'ode puisse être utilisée pour arguer
d'une nouvelle expérience de l'Arétin à la tête de Rome et de l'Italie.
\10de 3, 29 constitue pourtant le seul indice qui aurait pu permettre
de suggérer une activité politique de Mécène après 29 et elle souffre de ne
trouver son pendant dans aucune autre source antique : Velleius Paterculus
indique clairement que Mécène eut la charge de l'ordre public à Rome
pendant qu'Octavien mettait fin aux guerres d'Actium et d'Alexandrie;
Tacite rappelle, pour sa part, que Mécène se vit confier l'administration
générale de Rome et de l'Italie durant les guerres civiles ; c'est également
durant les guerre civiles que, selon Pline l'Ancien, Mécène et Agrippa
eurent l'usage de l'anneau sigillaire d'Octavien ; Sénèque lui-même, dans
l'une de ses nombreuses diatribes contre Mécène, lui reproche son style
vestimentaire et son escorte composée d'eunuques alors même qu'il déte­
nait des responsabilités officielles «au moment où grondaient le plus les
23
guerres civiles ». I l demeure les trois allusions de Dion Cassius: dans un
premier passage des Histoires romaines, l'historien grec nous apprend que
Mécène dirigea Rome et l'Italie en 36 et longtemps par la suite, sans plus
2 4
de précision ; dans un second extrait, il précise que Mécène et Agrippa
reçurent le sceau d'Octavien à l'époque d'Actium ; enfin, lorsque Dion
rappelle le chagrin d'Auguste à la mort de son ami, il précise que ce dernier
assura la surveillance de la ville pendant une longue période. Deux époques
sont donc clairement identifiées par Dion Cassius, celle de 36 et celle de
25
31-29 . Demeure par deux fois une imprécision sur la durée de cette

21. Prudens futuris temporis exitum /caliginosa node premi deus/ridetque, si mortalis ultra/fas
HORACE, Carm., 3, 29, 29-32.
22. HORACE, Carm., 3, 8, 26.
23. V E L L E I U S PATERCULUS, I I , 88; TACITE, Ann., V I , 11 ; PLINE, H. Ν., X X X V I I , 10; SÉNÈQUE,
ad Luc, 114, 6.
24. Sur les allusions au rôle de Mécène en 36 à Rome, cf. aussi Appien, BC, V, 10, 99 et V, 11, 112.
25. D I O N , X L I X , 16, 2; L I , 3, 5-6; LV, 7, 1.

106
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE: MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

charge que l'historien présente comme longue. On peut néanmoins préciser


que si Mécène avait réellement eu de nouveau des responsabilités après 29,
Dion Cassius n'aurait pas manqué de le préciser. I l est très vraisemblable
que cette imprécision ne soit que la traduction des précédents témoigna­
ges qui parlent des pouvoirs de Mécène durant les guerres civiles, ce qui
laisse incertaine sa position entre 36 et 31, et notamment lors des guerres
26
menées par Octavien en Illyrie et en Dalmatie . Il faut noter que la plupart
des chercheurs pariant néanmoins sur l'hypothèse d'un Mécène reconduit
dans ses fonctions à la tête de l'Italie avouent qu'ils ne se fondent que sur
une probabilité qu'ils lient aux fréquentes absences de Rome d'Octavien/
27
Auguste à cette époque . Pour notre part, cette thèse nous paraît fort
hasardeuse. Nous pensons plutôt que le contexte politique des années 29
à 27 rendait difficilement tenable la position de Mécène à la tête de l'État
romain au nom d'Octavien, même de manière épisodique, pour des raisons
que nous allons maintenant évoquer.

La singularité des pouvoirs de Mécène


dans les années 30 av. J.-C.

Les années qui vont d'Actium à 27 av. J.-C. sont celles d'une « norma­
lisation » institutionnelle et il était difficile pour Octavien d'octroyer une
nouvelle fois à son ami une mission qui correspondait à un déni flagrant
de ses intentions déclarées. En effet, les pouvoirs de Mécène entre 31 et

26. Certains chercheurs prétendent encore que Mécène gérait seul les affaires de Rome et de l'Italie
pendant les absences d'Octavien entre 36 et 33 av. J.-C, cf. par exemple, MAC N E I L L R., Horace:
image, identity and audience, Baltimore, Johns Hopkins university Press, 2001, p. 98.
27. Parmi les chercheurs supposant une prorogation des pouvoirs de Mécène après 29,
cf. GARDTHAUSEN V., Augustus und seine zeit, Leipzig, Aalen, 1891 (édition de 1964), p. 766;
KAPPELMACHER A. et STEIN Α., «C Maecenas », Real-Encyclopädie, 14,1,1928, col. 212 ; SYME R.,
op. cit., p. 315 (selon lui, Auguste pouvait quitter Rome tranquille, « les principaux membres de son
parti, Agrippa, Taurus et Mécène, étaient là pour prévenir tout désordre ») et 367 ; FOUGNIES Α.,
Mécène, ministre d'Auguste, protecteur des lettres, Bruxelles, 1947, p. 25 et 29 (qui reste cependan
prudent) ; VITUCCI G., Ricerche sullapraefectura urbi in età imperiale (sec. I-III), Rome, 1956, p. 22
(selon lui, Mécène fut préfet de la Ville) ; GRENADE P., Essai sur les origines du principat, Paris,
1961, p. 463-464; A v A L L O N E R., Mecenate, Naples, 1962, p. 18 et p. 228, η. 22 et AVALLONE R.,
«Mecenate: uomo, scrittore, ispiratore», RSA 25, 1995, p. 134; RODDAZ J.-M., op. cit., p. 222-
223,231 et 309-310; GRIMAL P., Rome. La littérature et l'histoire, Paris, 1986, p. 824; COSME P.,
Auguste, Paris, 2005, p. 148. S. Byrne, à la suite de P. White (WHITE P., op. cit.), est quant à elle
plus prudente. Mécène n'occupe plus de fonctions publiques après 29 mais demeure selon elle
très actif durant toutes les années 20 : « Though he held no official position, Maecenas would still
have been an influential presence behind the scene of Rome, keeping an eye on the newly coopted
Senate in the absence of Augustus from 27 to 24 during the latter's visit to Gaul and Cantabrian
war, and ensuring mishaps such as Messalla's abandonment of the praefectura urbis after only
a few days did not diminish the auctoritas of Augustus » (BYRNE S, op. cit., p. 62). La véritable
retraite politique n'interviendra qu'à lafindes années 20 en liaison avec les luttes de succession
et l'affaire Murena (ibid., p. 65-76). C'est aller beaucoup trop loin sans preuve, si ce n'est l'ode 3,
29 dont nous avons vu ce qu'il fallait en penser. J.-M. André voit, pour sa part, Mécène assurer la
responsabilité d'une police occulte après l'échec de la préfecture de la Ville (ANDRE J.-M., op. cit.,
p. 65). A.J.M. Watson, 1994, ne prend en compte dans son étude sur l'administration de Rome
et de l'Italie par Mécène que les périodes 36 et 31-29. Il n'entre pas dans le cadre de son étude
de savoir si Mécène put ou non exercer le même type de pouvoir par la suite (WATSON A.J.M.,
«Maecenas'administration of Rome and Italy», Akroterion 39, 1994, p. 98-103).

107
PHILIPPE LE DOZE

29, plus importants encore à notre sens que ceux quii se vit attribuer en
28
36 av. J.-C. , constituaient une novation qui allait à l'encontre du concept
de Res publica restituta. Jamais un chevalier n avait exercé un tel pouvoir, pas
même C. Oppius et L. Cornelius Balbus au nom de Jules César. Ces deux
29
«chevaliers fameux par le pouvoir», pour reprendre l'expression de Tacite ,
ne pouvaient aucunement constituer un précédent même si nombre d'his­
30
toriens ont vu en eux les maîtres de Rome, les «fondés de pouvoir » de
César. Que les deux hommes aient été en liaison constante avec le dictateur,
31
toute une correspondance en fait f o i . I l s'agissait de tenir le général au
courant de tout ce qui se passait dansΓ Urbs durant ses nombreuses absen­
ces. Mais il semble que les deux hommes ne se contentèrent pas de remplir
le rôle d'une officine d'information. Ils s'occupèrent des relations avec les
32
personnalités les plus en vue de l'État romain, en premier lieu Cicéron .
Nous avons là une première différence avec le rôle joué par Mécène en 36
et en 31-29 : à aucun moment les sources ne laissent entrevoir que l'Arétin
eut pour fonction de rallier des adversaires potentiels à Octavien.
Mais l'essentiel n'est pas là. La principale différence entre Balbus,
Oppius et Mécène réside, selon nous, dans le fait que les deux premiers
ne paraissent pas avoir disposé d'une réelle autorité politique. À aucun
moment on ne les voit investi d'un pouvoir de répression et s'occuper du
maintien de l'ordre. Par ailleurs, les deux hommes ne disposèrent pas des
sceaux du dictateur et ne prirent pas de décisions en son nom. A contrario,
les pouvoirs de Mécène, essentiellement entre 31 et 29, paraissent avoir été

28. Mécène ne paraît avoir eu alors que des pouvoirs policiers.


29. TACITE, Ann., XII, 60.
30. L'expression est de J. Beaujeu (dans son édition de la Correspondance de Cicéron, t. 8, p. 204).
Cf. également MOMMSEN T., Histoire romaine. La monarchie militaire, Paris, 1985 (traduction de
C. A. Alexander à partir de l'édition 1853-1856), p. 380 ; N I C O L E T G , L'ordre équestre à l'époque
e
républicaine (312-43 avant J.-C), Paris, 1966, p. 710; CARCOPINO J., César, Paris, 1968 (5 édi­
tion), p. 491-493 ; L E GLAY M., Grandeur et déclin de la République, Paris, 1990 (édition de 2005),
p. 413 ; ETIENNE R., Jules César, Paris, 1997, p. 168-169. On pourra également consulter R. SYME,
op. cit., p. 67, 77 et 383. Pour cet historien, Balbus exerça à Rome un pouvoir plus grand que la
plupart des sénateurs et il faisait partie, avec Oppius, d'un cabinet entourant César où se prenaient
les vraies décisions de gouvernement.
31. Cf. notamment AULU G E L L E , Ν. Α., XVII, 9,1 : « Il y a des volumes de correspondance de C. César
avec C. Oppius et Cornelius Balbus qui s'occupaient de ses affaires (eius res) en son absence. » On
se reportera également utilement aux nombreuses références dans la Correspondance de Cicéron.
32. D'où la politique de clémence que Jules César présenta à Balbus : «J'agis d'autant plus volontiers
selon votre conseil, que je ne fais, d'ailleurs, que ce que j'ai résolu de moi-même, en me montrant
le plus doux possible, et en travaillant à me réconcilier avec Pompée ; essayons si par ce moyen
nous pouvons rallier tous les coeurs et assurer notre victoire; puisque avant nous la cruauté n'a
jamais fait que produire la haine et abréger la durée du succès, sauf pour L. Sulla seul, que je n'ai
garde d'imiter. Suivons donc cette nouvelle méthode, d'affermir notre victoire par l'humanité et la
générosité» (CICÉRON, adAtt., 9,7 c, 1). Jules César érigea donc la clémence en système de gou­
vernement car il avait compris qu'il valait mieux entretenir de bonnes relations avec les opposants
potentiels plutôt que de les proscrire et les condamner à l'exil. Oppius et Balbus paraissent avoir
été la cheville ouvrière de cette politique. C'est du moins l'impression qui est la nôtre à la lecture
de Cicéron (cf. la suite de la lettre : « Quant aux moyens d'y parvenir, il en est qui me viennent
déjà à l'esprit, et on peut en trouver beaucoup. Réfléchissez-y de votre côté, je vous en prie », ibid.).
Ce dernier faisait du retour des exilés un des critères de la renaissance de la Respublica. Le pardon
était la condition du rétablissement de la concorde sans laquelle la stabilité de l'État ne pouvait être
assurée. Le dictateur n'ignorait rien de ce point de vue, et il savait que le ralliement des principes
serait à ce prix.

108
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE : MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

33
extrêmement importants . Pline l'Ancien et Dion Cassius s'accordent sur
un point: Mécène disposait (avec Agrippa) de l'un des deux sceaux d'Octa-
34
vien représentant un sphinx . Il pouvait recacheter les lettres du vainqueur
d'Actium après les avoir lues et, éventuellement, modifiées. I l était pleine­
ment, avec Agrippa, l'homme de confiance d'Octavien dans la capitale, et
35
l'importance des affaires traitées imposait l'usage d'un code secret . On
sait par ailleurs que Mécène disposait de son propre sceau, figurant une
grenouille, qui lui permettait d'agir officiellement, probablement dès 36 :
«Bien sûr, la grenouille de Mécène était aussi fort redoutée lors des percep­
36
tions d'impôts », nous apprend Pline l'Ancien. I l est symptomatique que
pour certains actes l'Arétin n'ait pas eu recours à l'empreinte d'Octavien.
Un élément, néanmoins, doit retenir notre attention : le sceau de Mécène
paraît avoir été utilisé lors de la perception des impôts, ce qui n'était pas une
fonction régalienne puisque l'État romain se contentait, via les censeurs,
de les affermer à des compagnies de publicains. A priori Mécène n'agissait
donc pas ici au nom d'Octavien. Pourtant, la question est peut-être plus
complexe qu'elle n'y paraît car la phrase est sibylline : que voulait dire Pline ?
de quels impôts s'agissait-il ? Le tributum avait été rétabli en 43, probable­
ment pour 7 ans. Sa perception était faite par les tribuns du Trésor (tribuni
aerarti), sans doute des citoyens désignés pour faire l'avance des sommes
dues. On sait par ailleurs que de 43 jusqu'en 36 et la victoire sur Sextus
3 7
Pompée, voire jusqu'en 3 1 , les Romains sont soumis à un maelstrom
fiscal, les proscriptions ne pouvant suffire à couvrir tous les besoins. Trois
hypothèses s'offrent à nous: soit Mécène était l'un des directeurs (magis-
tri) d'une société de publicains à qui l'État affermait les impôts directs et
indirects (il était bien placé pour emporter de tels contrats, mais on ne voit
pas pourquoi il faisait alors usage de son propre sceau) ; soit il était chargé
de régler les contentieux (et les abus étaient nombreux dans ce système),
mais ils étaient en théorie du ressort des tribunaux; soit il était chargé de
rétablir l'ordre lors d'émeutesfiscales: les triumvirs avaient fait l'expérience
38
de troubles, par exemple en 43, en 40 et juste avant Actium . Lorsque
Pline écrit que la grenouille de Mécène in magno terrore erat, il fait proba­
blement référence à une de ces deux périodes, 43-36 ou 31 (étant entendu
que le spectre de telles contributions ne disparut réellement qu'avec la fin
des guerres). Cette dernière hypothèse a notre préférence car l'usage du

33. Sur les pouvoirs dont avait été investi Mécène, cf. WATSON A.J.M., op. cit., p. 102-103 (il serait
cependant nécessaire de nuancer plus ou moins fortement ses conclusions).
34. PLINE, H. Ν., XXXVII, 10; D I O N , LI, 3, 5-6.
35. DION, LI, 3,7. Sur l'idée, peufiableà notre sens, que Mécène ne partagea pas en 31-29 le pouvoir
avec Agrippa, cf. \GATSON A.J.M, op. cit., p. 101.
36. Quippe etiam Maecenatis rana per collationes pecuniarum in magno terrore erat, PLINE, H
XXXVII, 10.
37. DION, L, 6, 2 et L, 10,4-5.
38. APPIEN, BC, TV, 32-34; V, 67-68; D I O N , L, 10, 4-5.

109
PHILIPPE LE DOZE

terme terror, même si l'impôt ne fut jamais populaire à Rome, ne se justifie


59
vraiment que dans le cas d'une répression .
En 31-29 comme en 36, Mécène disposait donc de pouvoirs poli­
ciers comme en témoigne par ailleurs le règlement de la conjuration de
40
Lépidus . Même s'il demeure difficile de cerner exactement la nature des
pouvoirs du ministre d'Octavien, dont on perçoit néanmoins qu'ils furent
très importants, sa situation ne paraît clairement pas comparable à celle de
Balbus et d'Oppius qui ne purent, dès lors, pas constituer un précédent.
L'influence de ces derniers à Rome fut grande, mais elle s'exerça sur un autre
plan que celle de l'Arétin. Cela n'est d'ailleurs guère étonnant: la situation
politique de César entre 49 et 44 et celle d'Octavien dans les années 30
jusqu'en 29 étaient très différentes. L'un était dictateur, l'autre triumvir (la
dictature n'étant plus, après les Ides de mars 44, envisageable). Le premier
disposait d'un maître de cavalerie qui lui permettait de contrôler Rome et
l'Italie en son absence. I l pouvait, par ailleurs, s'appuyer sur des consuls
(César se réservant la plupart du temps un des consulats) en qui i l avait
toute confiance. Octavien, pour sa part, ne bénéficiait pas d'un maître de
cavalerie susceptible de le seconder. I l paraît avoir souhaité être représenté
dans Y Urbs par des hommes de confiance, même s'il se mettait ainsi en
marge de la légalité. En 31, la victoire sur Marc Antoine ne signifiait pas
la fin des turbulences et des troubles étaient à craindre à Rome et en Italie.
Octavien ne semble pas avoir désiré s'appuyer en cette période charnière
sur de simples consuls, mais plutôt sur ses deux plus fidèles compagnons.
La formule avait par ailleurs l'avantage de pouvoir être prorogée aussi long­
temps qu'il le faudrait, assurant par là même une continuité à la tête de
Y Urbs. C'est pourquoi le rôle d'Oppius et de Balbus ne nous paraît en rien
comparable à celui de Mécène, qui conserve toute son originalité.

Mécène et la Res publica restituta

La singularité du positionnement de Mécène, l'anomalie institution­


nelle qu'il constituait, sont à nos yeux fondamentales. Après la victoire
d'Actium et la guerre d'Alexandrie, l'État romain entra dans une phase
de normalisation institutionnelle, du moins en façade. La légitimité du
triumvirat résidait dans la promesse d'une restauration de la Res publica.
Les triumvirs eux-mêmes, qui théoriquement pouvaient agir comme bon
41
leur semblait sans recourir aux organes traditionnels de la République ,

39. Les excès de l'imposition ont donc provoqué un fort mécontentement. Cela peut, peut-être, contri­
buer à expliquer le retrait de Mécène, mais cela ne saurait suffire. La décision de créer les nouveaux
impôts ne lui appartenait certainement pas et le nom du véritable responsable était évident pour
tous. D'ailleurs, nous le verrons, il y avait pour les hommes les plus influents de Rome des raisons
plus profondes et moins circonstancielles pour souhaiter le départ de l'ami d'Octavien.
40. V E L L E I U S PATERCULUS, II, 88; APPIEN, BC, IV, 50; Lrv., Per., 133, 3 et SUÉTONE, Aug., 19.
Cf. également COGITORE I., La légitimité dynastique d'Auguste à Néron à l'épreuve des conspiration
Rome, 2002, p. 55 sq.
41. Prérogative qu'ils devaient à la lex Titia, cf. DION, XLVI, 55, 3. Ils ne se gênèrent d'ailleurs pas
pour user de ce droit, cf. LAFFI U., «Poteri triumvirati e organi repubblicani», FORABOSCHI D . et

110
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE: MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

avaient, en plusieurs occasions, été soucieux d'obtenir l'assentiment du


Sénat et des Comices. On perçoit ici le souci qu'avaient les triumvirs de
42
renforcer leur cause et leur légitimité . Par ailleurs, l'épisode de 32 sur les
donations d'Alexandrie, qui mit aux prises Octavien avec les deux consuls
Sosius et Domitius Ahenobarbus, montre suffisamment que les consuls
43
conservèrent leurs prérogatives et leur influence . Les triumvirs ont donc
par eux-mêmes su limiter leur arbitraire et ménager, en certaines occasions
au moins, les institutions en place (étant entendu qu'on en demeurait à un
44
«respect de façade du jeu républicain »). Une fois seul à la tête de l'État
romain, Octavien devait s'inscrire dans une continuité. La Res publica resti-
tuta impliquait donc le retrait de Mécène de la vie politique car l'anomalie
institutionnelle qu'il représentait constituait une rupture tropflagranteavec
le mos maiorum. Son positionnement était incertain, à mi-chemin entre
Octavien et les organes traditionnels de l'État. Lorsqu'en 28 Octavien abolit
45
les mesures prises sous le triumvirat , revenant ainsi sur les actes illégaux et
les injustices les plus flagrantes, il va de soi qu'il ne pouvait laisser en place
un acteur officieux à l'influence si grande qu'il incarnait l'ambiguïté d'une
46
période désormais révolue, celle du non mos, non ius .
Dans le cadre d'une « normalisation » institutionnelle, Mécène ne pou­
vait, par conséquent, trouver sa place. Or c'est précisément quand les sour­
ces cessent d'évoquer le rôle politique de celui-ci qu Octavien multiplie les
mesures allant dans le sens de la restitutio Rei publicae. Les faits attestent
qu'entre 28 et 27, les choses évoluent au niveau de l'État romain : outre
l'abolition citée précédemment des mesures prises par le triumvirat, le Sénat
est épuré {lectio senatus de 28) afin de rendre tout son lustre à la principale
4 7
institution de la Res publica, celle qui est le symbole de la légalité ; le
consulat est partagé avec Agrippa à égalité de potestas et alternance men­
suelle du port des. faisceaux, ce qui indique assez la volonté de rétablir la
tradition républicaine, le serment de fin d'année est remis en vigueur (on
jurait alors n'avoir enfreint aucune loi durant la magistrature), les pouvoirs

GARA A. (dir.), Il triumvirato constituante allafinedella Repubblica romana, Come, 1993, p. 42-4
Plus largement, sur les pouvoirs des triumvirs, cf. APPIEN, BC, IV, 2, 5-12.
42. Sur la permanence de l'activité des Comices et du Sénat, cf. M I L L A R F., «Triumvirate and
Principate»,yZ?S63, 1973, p. 52-54; LAFFI U., op. cit., p. 47-55; RODDAZ J.-M., «Les triumvirs
e
et les provinces», HERMON E. (dir.), Pouvoir et Imperium (III s. av. J.-C.-I" s. ap. J.-C), Naples,
1996, p. 88-91 et p. 95.
43. DION, XLLX, 41, 4-5. Marc Antoine voulut faire ratifier ces donations par le peuple. Les deux
consuls, alliés du triumvir, craignant les réactions hostiles, refusèrent prudemment une lecture
publique, malgré l'insistance d'Octavien.
44. RODDAZ J.-M., op. cit., p. 91.
45. TACITE, Ann., III, 28, 2; D I O N , LUI, 2, 5.
46. TACITE, Ann., III, 28.
47. Sur cette lectio, cf. DION, XLVIII, 34 et LU, 42 : la guerre civile avait permis de faire entrer à la
Curie nombre de chevaliers, desfilsd'affranchis voire des fantassins. Aussi le Sénat était-il désormais
composé de mille membres. Cf. également SUÉTONE, Aug., 35, qui parle d'un Sénat peuplé de
toute une foule mêlée et sans prestige (numerum deformi et incondita turba). Octavien décida par
conséquent de le ramener au chiffre d'autrefois afin, dit Suétone, de restaurer son antique éclat.
Velleius Paterculus confirme que l'action du nouvel homme fort de l'État romain avait permis de
rendre sa majesté au Sénat (senatui maiestas, II, 89).

111
PHILIPPE LE DOZE

triumviraux sont remis au Sénat et aux Comices. Tout se passe comme si


48
une période d'exception prenait fin . I l est très vraisemblable que le préa­
lable à ces décisions ait été une modification de l'organisation au sommet
de l'État et le retrait de Mécène.
La mise à l'écart de Mécène du devant de la scène romaine s'explique
donc par le fait que Mécène, qui était un rouage essentiel dans le triomphe
d'Octavien dans les années 30, ne pouvait plus inscrire son action dans le
cadre de la Res publica restituta prônée par Auguste. Mais il y a plus : l'un
des objectifs fondamentaux du maître de Rome était alors le rétablissement
49
de la concorde civile . Or celle-ci ne pouvait exister si le cadre social tradi­
tionnel était perturbé par une hiérarchie bouleversée. Il y avait à Rome une
sorte de division des fonctions sociales. Les chevaliers n'étaient pas appelés
à jouer un rôle politique de premier plan. On pense ici à la République de
Platon dont l'esprit devait être pregnant chez nombre d'hommes cultivés
de l'époque, à l'image deTite-Live. Or, précise B. Mineo, «la justice pla­
tonicienne consiste précisément à ce que chaque classe effectue son devoir
50
sans chercher à usurper le rôle d'une autre ». I l est symptomatique que
chez Tite-Live, contemporain de Mécène, la tyrannie commence préci­
51
sément avec le refus d'une juste répartition des rôles . La position de
Mécène, simple chevalier, dominant les magistrats, le Sénat et les Comices
par la volonté d'un seul, entravait le fonctionnement harmonieux de l'État
romain. I l est notable que les sources rappellent régulièrement le statut
équestre de Mécène, preuve de la position peu ordinaire par lui acquise
dans l'État romain du point de vue de la tradition. Dion Cassius rappelle
sa qualité de chevalier (ίππενς) avec insistance. L'historien grec précise
qu'Octavien craignit justement que ce statut ne soit source de mépris pour
son ami et que son auctoritas en souffre. Dans le même ordre d'idées, il est
significatif que les Élégies à Mécène « oublient » de mentionner la qualité de
chevalier du défunt dont elles prennent la défense et font l'éloge. Si Tacite
qualifie également le ministre d'Octavien deques, d'autres s'empressent de
rappeler son illustre origine et son sang royal, comme pour pallier une
anomalie difficilement acceptable par un esprit romain traditionnel : ainsi

48. Pour officiel qu'il fut, le triumvirat constitua une magistrature extraordinaire. Velleius Paterculus
note clairement cette volonté de revenir à une situation normalisée (VELLEIUS PATERCULUS, I I ,
89).
49. Sur la nécessaire recherche du consensus, un des moteurs de la vie politique romaine, cf. HURLET Fr.,
ER E
«le consensus et la concordia en Occident (I -III siècles après J.-C). Réflexion sur la diffusion de
l'idéologie impériale», INGLEBERT H . (dir.), Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain:
hommage à Claude Lepelley, Paris, 2002, p. 163-178. Cf. également, les considérations sur cette
question dans H U R L E T Fr., « Une décennie de recherches sur Auguste. Bilan historiographique
(1996-2006) », Anabases 6, 2007, p. 187-218, et notamment la critique de la position de E. Flaig.
Remarquons simplement ici que la concorde était déjà l'objectif d'Enée, du moins dans l'esprit de
Virgile : «Je ne réclamerai pas pour moi la royauté : que les deux nations invaincues s'unissent sous
des lois égales, inaugurant une alliance éternelle» (Virgile,^«., 12, 190-191).
50. MINEO B., Tite-Live et l'histoire de Rome, Paris, 2006, p. 58-59.
51. Ibid., p. 64. L'auteur écrit également que «les tâches doivent être harmonieusement réparties au
sein de la cité afin d'y favoriser la concorde qui seule peut garantir la bonne santé de l'orga­
nisme civique» (ibid., p. 338). Sur le fait que chaque ordre doit conserver son rang, cf. également
SYME R., op. cit., p. 334.

112
AUX ORIGINES DVNE RETRAITE POLITIQUE: MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

Velleius Paterculus parle-t-il de lui comme d'un equestri sedsplendido genere


natus\ Properce qualifie, pour sa part, Mécène deques Etrusco de sanguine
regum. Horace utilise parfois aussi le terme deques mais rappelle à l'occasion
52
l'origine royale de son ami et protecteur .
Parallèlement, la lectio senatus de 28 constitua un élément fondamental,
où les arrière-pensées ne manquèrent naturellement pas, de la restitutio Rei
publicae: la valorisation du rôle de la Curie constituait une étape d'impor­
tance : son prestige demeurait intact à la fin des guerres civiles, comme en
témoignent les événements de 31 : « Il [Octavien] rassembla à Brindes [...]
tous ceux des sénateurs et des chevaliers qui avaient de l'influence [...]. I l
voulait surtout montrer au monde qu'il était soutenu par la majorité des
53
Romains et les plus puissants d'entre eux . » Les Res Gestae accréditent
54
l'idée que le soutien du Sénat renforçait la légitimité du maître de l'État .
Confirmer le rôle de cette institution, l'ériger en principale collaboratrice du
Princeps, permettait, en quelque sorte, « de prouver la nature républicaine
55
du régime », point fondamental pour notre étude. La lectio senatus de 28,
l'abrogation de la décision de Jules César de rendre public les débats de cette
56
institution afin de la libérer du contrôle de la plèbe urbaine , l'abdication
du consulat en 23 qui permettait à davantage de sénateurs d'atteindre le
sommet du cursus honorum sont autant de marques de bonne volonté don­
nées à l'ordre sénatorial. Mais la révision de Xalbum commandait probable­
ment que l'on donnât des gages supplémentaires à ce dernier.
L'épuration du Sénat en 28 avait donc été menée en parallèle à une
réévaluation du rôle de Îordo equester dans l'État. Ségolène Demougin a
insisté sur le fait qu'Octavien/Auguste avait voulu renforcer la dignitas de
l'ordre sénatorial et avait pour cela établi une séparation nette entre cet
ordre et celui des chevaliers : « Reprendre en mains les ordres supérieurs,
mettrefinau désordre qui régnait dans leur recrutement, reconstituer leurs
forces, conserver leur rang dans la hiérarchie socio-politique : on pourrait
57
ainsi définir l'action d'Auguste . » La réévaluation du rôle de Mécène entre

52. DION, XLIX, 16, 2; LI, 3, 5 ; LV, 7, 1 ; TACITE, Ann., VI, 11 ; V E L L E I U S PATERCULUS, II, 88 ;
PROPERCE, EL, 3, 9, 1 ; HORACE, Carm., 1, 1, 1 ; 1, 20, 5 ; 3, 16, 20 et 3, 29, 1. Dans la première
ode, le terme de chevalier est utilisé essentiellement pour faire sentir l'honneur insigne qu'avait reçu
Mécène en étant applaudi au théâtre par la foule. La seconde a un caractère personnel. Cependant,
le poète utilise le plus souvent des qualificatifs à valeur morale quand il parle de Mécène.
Cf. également Carm., 1, 1, 1 («Mécène, issu d'aïeux royaux») et Carm., 3, 29, 1-2. L'allusion
à cette prestigieuse ascendance est plus discrète dans la satire, 1, 6, 1-4, mais immédiatement
compréhensible par tous les lecteurs. Sur cette ascendance royale, cf. aussi El. Maec, 1, 13;
MARTIAL, XII, 4,2 ; SILIUS ITALICUS, X, 40 (« Les sceptres étrusques »).
53. DION, L, 11,5.
54. Res Gestae, 4, 8,12, 13, 34.
55. BADEL G, La noblesse de l'empire romain. Les masques et la vertu, Seyssel, Champ-Vallon, 2005
p. 59.
56. SUÉTONE, Aug., 36.
57. DEMOUGIN S., L'ordre équestre sous les Julio-Claudiens, Rome, 1988, p. 135 et 169. L'idée d'une
stratégie de rééquilibrage entre les ordres se trouve également chez CRESCI G., « Maecenas, equitum
decus», RSA 25,1995, p. 174-175 (l'objectif de ce rééquilibrage tel qu'il est présenté ici nous paraît
néanmoins erroné: selon l'auteur, Octavien/Auguste aurait songé à faire jouer un rôle nouveau à
l'ordre équestre par le biais d'un cursus séparé, afin de contrebalancer la puissance de la nobilitas
tout en la ménageant. Mécène aurait alors symbolisé le prestige de l'ordre des chevaliers et aurait

113
PHILIPPE LE DOZE

dans ce cadre : si Ton considère que chaque ordo était chargé d'une mission
précise au sein de la cité, il avait amplement outrepassé ses prérogatives.
Mécène pouvait symboliser les prétentions illégitimes de cet ordre dans
l'État au regard de la tradition. Nous avons rappelé plus haut qu'Octa-
vien décida, lors de sa censure avec Agrippa, de revenir à une situation
plus orthodoxe. Mais, plutôt que d'effacer autoritairement de Valbum les
chevaliers qui y avaient pénétré sans en avoir les titres, il les engagea à se
retirer d'eux-mêmes. Cinquante d'entre eux, nombre relativement limité,
58
s'exécutèrent sur le champ . I l est vraisemblable que le retrait volontaire
de Mécène de ses fonctions ait été un préalable et qu'il ait eu pour objectif,
entre autres, d'influencer la décision de ses collègues de l'ordre équestre.
Dès lors que l'on admet que Y Ode 3, 8 constitue le dernier indice d'un
pouvoir exercé par Mécène et que celle-ci date de 29 av. J.-C. ; qu'aucune
allusion n'est plus faite chez aucun historien antique d'une quelconque
gestion de Rome et de l'Italie par Mécène après 29 ; que la Res publica res­
tituta impliquait un retour à une gestion plus orthodoxe de la péninsule ;
que la lectio senatus de 28 entraînait une réévaluation parallèle de la place
de l'ordre équestre afin d'atténuer certaines résistances, il apparaît comme
plus que vraisemblable que Mécène perdit toute responsabilité politique
durant l'année 29, peu avant ou peu après l'été au cours duquel fut fêté le
triple triomphe d'Auguste.

L'image de Mécène dans la tradition littéraire:


le reflet des attaques des tenants d'un ordre traditionnel?

Le lien qui peut être établi entre le retrait de Mécène et la remise en


ordre institutionnelle et sociale peut expliquer en partie l'image assez néga­
tive de celui-ci laissée par la tradition, essentiellement depuis Sénèque. La
vieille aristocratie supportait probablement assez mal de voir, en 36 et en
31-29 av. J.-C, les hiérarchies bousculées au profit de ce simple chevalier.
Les Elégies à Mécène font d'ailleurs le lien entre l'activité politique de l'Aré­
tin et l'image qu'il dégageait: «Envieux, quel mal t'ont fait les tuniques
flottantes, quel mal t'ont fait les plis de toge livrés au vent ? En était-il
59
moins le gardien de la Ville et le gage laissé par César ? » On a donc, très

incarné la faveur impériale à l'égard de ce dernier). C. Nicolet écrit également qu'Octavien/Auguste


avait voulu confirmer la hiérarchie entre les deux « ordres », et que l'augmentation progressive du
montant du cens pour briguer les magistratures et entrer au Sénat visait à renforcer la différence
entre chevaliers et sénateurs (NICOLET C , op. cit., p. 229 et 239). Dans un autre domaine, l'anec­
dote rapportée par Suétone dans Auguste, 14, confirme l'importance portée par Octavien/Auguste
au respect du rang (ici, au sein d'un théâtre) ; cf. également SUÉTONE, Aug., 74, 1. On rappellera
aussi utilement les propos tenus par HORACE dans YEpode 4 : le poète s'en prend à un parvenu, un
ancien esclave, qui s'était élevé bien plus haut qu'il ne l'aurait dû. Mais, précise Horace, sa fortune
était impuissante à le laver de sa naissance. Sa réussite n'allait pas, d'ailleurs, sans indigner les
passants (v. 7-10).
58. Cf. D I O N , LU, 42.
59. El. Maec, 25-27. Sur la validité du témoignage des Elégies à Mécène, voir la préface de J. Amat
rédigée pour l'édition du poème aux Belles Lettres (1997). Cf. également NICASTRI L., «Sul
Maecenas pseudovirgiliano», Vichiana 9, 1980, p. 258-298, et NIGRO M.-A., « La prima elegia a

114
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE: MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

tôt, voulu décrédibiliser son action politique en mettant en exergue son


excentricité. À l'origine de ces attaques, il y a les « envieux» cités par l'auteur
anonyme. I l est tentant d'y reconnaître les attaques des tenants d'un ordre
social traditionnel, d'autant que le De cultu suo de Mécène est généralement
perçu par les spécialistes comme une réponse aux critiques auxquelles le
fidèle d'Octavien avait dû faire face et qui servirent vraisemblablement de
60
sources à Sénèque . Jacques Heurgon avait, d'ailleurs, remarqué en son
temps que les griefs portés contre lui étaient des poncifs des Grecs et des
61
Romains contre les Etrusques . Les attaques ad hominem étaient classiques
à Rome et elles permettaient d'atteindre la grauitas et la dignitas attendue
des dirigeants. Cette dernière correspond à « l'attitude et aux sentiments
62
qui conviennent à un homme en fonction de sa situation ». C'est pour­
quoi les accointances de Mécène avec la philosophie épicurienne prêtaient
le flanc à la diffamation : les allusions chez Velleius Paterculus et, surtout,
chez Sénèque, à son tempérament mou, nonchalant, efféminé, constituent
65
des reproches classiques adressés aux disciples du Jardin . Tout épicurien
pouvait redevenir odieux si besoin était : Pison en fit l'amère expérience
quand il eut mécontenté l'injuste Cicéron. Le Contre Pison est un exemple
de portrait caricatural sciemment constitué où l'épicurisme de « l'accusé »
est largement mis en avant. De la même manière, Suétone nous dit de
M. Pompilius Andronicus, un grammairien, qu'il « devait à son attachement
à l'épicurisme la réputation d'exercer son métier de grammairien avec trop
6 4
de nonchalance et d'être peu apte à tenir une école ». Epicure étant perçu
par certains comme l'adepte de toutes les dépravations, il n'était pas difficile
de réactiver aux moments opportuns les contresens touchant traditionnel­
lement la secte du Jardin.
Mécène eut à faire face à des attaques plus traditionnelles que celles tou­
chant à son « étrusquité » et à son épicurisme, notamment celles concernant
Mecenate: apologia di un ministro e propaganda di regime», AC 67, 1998, p. 137-148. Pour un
avis contraire, cf. SHOONHOVEN H„ Elegiae in Maecenatem : prolegomena, text and commentary,
Groningen, 1980 et SHOONHOVEN H., «The Elegiae in Maecenatem», ANRWll, 30, 3, 1983,
o. 1788-1811.
60. Àtitred'exemples: GARDTHAUSEN V., op. cit., p. 774; LUCOT R., «Vertumne et Mécène», Pallas,
1953, p. 77; BARDON H., La littérature latine inconnue, T. II, Paris, Klincksieck, 1956, p. 16-17;
NICASTRI P., op. cit., p. 297; AIGNER FORESTI L., «L'uomo Mecenate», RSA 26, 1996, p. 10. Se
défendre à travers un petit traité était fréquent : Auguste lui-même répondit avec soin aux pam­
phlets dirigés contre lui (SUÉTONE, Aug., 55). Marc Antoinefitde même avec son De sua ebrietate
(PLINE, H.N., XIV, 148).
61. HEURGON J., La vie quotidienne des Etrusques, Paris, 1961 (édition de 1989), p. 321-322. D'une
certaine manière, Tite-Live témoigne de l'étendue de tels préjugés (cf. M I N E O B., op. cit., p. 186).
On notera que si on lit Velleius Paterculus, Mécène était tout et son contraire, tout comme le dieu
Vertumne, dieu étrusque, qui se caractérisait essentiellement par sa mobilité (PROPERCE, El, 4, 1 ;
OVIDE, Met., 14, 641-653).
62. HELLEGOUARC'H J., Le vocabulaire latin des relations et des partis politiques sous k république, Pa
1972, p. 391. Cf. aussi p. 404.
63. Cf. VELLEIUS PATERCULUS, II, 88: « [...] sitôt qu'il pouvait relâcher quelque peu ses activités, il
se laissait aller à une molle oisiveté et à une molle indolence qui dépassaient presque celles d'une
femme». SÉNÈQUE, De Prou, 3-10 (on y voit Mécène, «pourri de plaisirs», esclave d'une femme,
Terentia) ; son manque de virilité est noté dans SÉNÈQUE, ad LUC, 19, 9; 101, 10-13; allusions à
sa tenue vestimentaire: SÉNÈQUE, ad Luc, 92, 35 et 114, 4-8.
64. SUÉTONE, De gram., 8,1.

115
PHILIPPE LE DOZE

sa tenue vestimentaire. Les propos de Sénèque sur la tenue de Mécène, et


notamment le fait qu'il se soit promené dans les rues de Rome sans cein­
65
ture , sont un procédé classique, un topos, qui contribuait à dénigrer une
personnalité: le port de la toge contribuait à donner la dignitas et lagratii-
tas nécessaire à tout dirigeant. Tout comme le style littéraire, le désordre
66
vestimentaire était souvent perçu comme le miroir de l'âme . On peut
comparer cette méthode aux propos de Sylla sur César que nous rapporte
67
Suétone . I l en va de même, à en croire Pierre Grimai, de Pétrone quand
68
il dépeint Trimalcion . Scipion l'Africain, en son temps, avait fait lui-
même les frais d'un comportement qui s'écartait des normes traditionnelles.
L'originalité était incompatible avec la fonction de chef: c'est pourquoi une
69
commission fut dépêchée en Sicile pour enquêter sur son attitude . Tout
écart à la norme était facilement utilisable par les adversaires. Marc Antoine
70
vit également son mode de vie caricaturé . Ces attaques démontrent en

65. SÉNÈQUE, ad Luc, 114, 4 et 6. Les Elégies à Mécène, en évoquant la tenue vestimentaire de ce
dernier, prouvent qu'il fut aussi attaqué par ses contemporains sur ce point.
66. Dans Salluste, par exemple, la mise de Catilina traduit son désordre intérieur (Cat,, 15).
67. SUÉTONE, Caes., 45. La toge était considérée comme le symbole de Rome : cf., par exemple, Y Ode,
3, 5, 1 d'Horace où le poète déplore que des soldats de Crassus, aient pu accepter de vivre sous le
joug du vainqueur parthe, acceptant des épouses barbares, oublieux « du nom romain, de la toge, de
l'éternelle Vesta» (v. 10-11). Cf. également Lrv., XXLX, 19 et VIRGILE, Aen., 1,282. La toge était si
caractéristique de la romanité que Cicéron, plutôt que de la Gaule Cisalpine, parle de la Gaule en
toge, afin de mieux l'opposer à la Gaule Chevelue (Phil, 8, 27). Lorsque l'Arpinate attaque Marc
Antoine, il déclare porter la toge et les chaussures (calceis et toga), alors que l'on a vu son adversaire
avec des sandales gauloises et portant la cape. La tenue vestimentaire était à ce point importante que
le grand orateur Hortensius dut lui-même faire face aux sarcasmes et aux injures en raison de son
élégance (AULU G E L L E , N.A.,l, 5, 2-3). Scipion reproche également à Sulpicius Galus de porter
des tuniques descendant jusqu'à la naissance des mains, presque jusqu'aux doigts, ce qui était,
selon lui, déshonorant pour un Romain (AULU G E L L E , Ν. Α., VI, 12). Cette question de la tenue
vestimentaire revient d'ailleurs fréquemment chez Aulu Gelle (cf. aussi XIII, 22). Pour une des
rares études sur le rôle politique du vêtement à Rome, cf. FREYBURGER-GALLAND M.-L., « Le rôle
politique des vêtements dans l'histoire romaine de Dion Cassius », Latomus 52, 1993, p. 117-128.
Elle précise notamment que lorsqu'une personnalité arborait une tenue «grecque» ou fantaisiste,
cela entraînait systématiquement la réprobation de Dion. Dans cette société très hiérarchisée, le
costume avait une valeur symbolique évidente et il constituait un signe d'appartenance à un ordo.
Le respect du code vestimentaire constituait un devoir et tout écart ne manquait pas d'entraîner la
réprobation des pairs (à moins, comme le montre l'étude, qu'un changement de tenue, un magistrat
s'habillant comme un sénateur ou un sénateur comme un chevalier, ne soit légitimé par une bonne
raison : le deuil, la colère, etc.). À ces critiques d'ordre vestimentaire, il faudrait ajouter la noncha­
lance reprochée à Mécène. Curieusement, ces attaques rappellent les critiques touchant le jeune
Scipion Emilien, perçu par ses concitoyens comme apathique et endormi. Epaulé par Polybe, il
allait s'attacher à corriger cette fâcheuse réputation avant de se lancer dans la vie politique (POLYBE,
31, D, 1,23-24). Ces propos sont à mettre en parallèle avec ceux de VELLEIUS PATERCULUS, II, 88,
concernant Mécène (portrait positif mais qui signale bien la singularité de cet individu) : certains
comportements étaient la marque d'une incapacité à gouverner.
68. GRIMAL P., « Une intention possible de Pétrone dans le Satiricon », GRIMAL P., Voyage à Rome, Paris,
2004, p. 549-550.
69. Lrv., XXIX, 19-20.
70. L'image que nous avons conservée de Marc Antoine doit certainement beaucoup à sa liaison avec
la reine d'Egypte et à sa fascination pour l'Orient. Ces deux éléments donnaient à ses adversaires
des armes facilement exploitables. Ils venaient renforcer le portrait plus que négatif (mais finale­
ment très conventionnel dans le cadre de telles rivalités) dressé par Cicéron dans les Philippiques.
N'oublions pas non plus qu'il fallut légitimer la guerre d'Actium, la présenter comme une guerre
juste, menée au nom du peuple Romain. Montrer, par une propagande active sinon subtile, que
Marc Antoine était un débauché, buveur invétéré, prisonnier de la volupté et manipulé par une
reine étrangère à la beauté ensorceleuse dont il s'était rendu l'esclave, servait la cause d'Octavien.

116
AUX ORIGINES D'UNE RETRAITE POLITIQUE: MÉCÈNE ET LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A

tout état de cause que la position de Mécène était difficilement tenable dans
la perspective d'un retour apparent vers un fonctionnement normalisé de
l'État. I l est peu probable qu'elles aient touché un simple priuatus. I l est
vraisemblable que c'est lors de ses fonctions à la tête de Rome et de l'Italie
71
que l'on a forgé un portrait dont Sénèque a assuré la survivance . Ce
portrait témoigne selon nous du malaise créé par la position d'un chevalier
72
au sommet de l'État . C'est pourquoi, loin d'avoir été une disgrâce, la
retraite politique de Mécène en 29 av. J.-C. constituait le premier jalon
d'une stratégie politique. Les privilèges des nobiles étaient en quelque sorte
un palladium. Les fouler au pied trop ouvertement revenait à contredire la
prétention à restaurer la Res publica et risquer de subir l'accusation d'aspi­
rer à un nouveau regnum. Rien ne permet de penser que Mécène n'ait pas
pleinement accepté cette stratégie.

Pour se défendre, il dut écrire un petit ouvrage, le De sua ebrietate, peu avant Actium (PLINE,
ÄJV..XTV, 148).
71. H est plus que probable que le stoïcien tire ses informations d'une tradition « giàformatae orientata»
(NiCASTRi, op. cit., p. 298).
72. À titre de comparaison, les nobiles n'ont jamais admis la position privilégiée dans l'État de l'obs­
cur Agrippa qui faisaitfigurede parvenu. Il fut proche d'accéder au pouvoir suprême puisque
l'attribution, successivement, de la tribunicia potestas, puis de Y imperium proconsular faisaient de
lui le successeur officieux d'Auguste. On se rappelle également que c'est à lui que le Princeps avait
remis son sceau en 23, de préférence à Marcellus (DION, LUI, 30, 1-2). Le mécontentement de
l'aristocratie s'exprima de façon éclatante lorsqu'ils refusèrent d'assister à ses funérailles. Sur ces
dernières, cf. FRASCHETTI Α . , Rome et le prince, Paris, 1994 (traduction française de V. Jolivet à
partir de l'édition de 1990), p. 293 sq. On imagine que leur état d'esprit n'était guère mieux disposé
à l'encontre de Mécène.

117
Les restaurations religieuses
d'Octavien /Auguste

John SCHEID

Les restaurations religieuses dOctavien-Auguste ont toujours été mal


comprises. Pour certains historiens, comme Franz Cumont, par exemple,
elles traduisaient «l'alliance du trône et de l'autel», pour d'autres, comme
1
André Piganiol , Auguste fut touché par la «mystique apollinienne»,
parut comme un sauveur, et avait des préoccupations morales et philoso­
phiques, qui inspiraient davantage son oeuvre religieuse que le formalisme
traditionnel qu'on souligne trop souvent. Parmi ceux qui insistaient sur le
2
formalisme, on trouve par exemple Wolfgang Speyer qui en donna dans
un ouvrage de grande diffusion une description réunissant tous les lieux
communs que l'on peut trouver sur le sujet. D'après cet auteur, Auguste,
comme César avant lui, aurait coupé toute relation avec la piété populaire
des Romains, autrement dit, aurait séparé la religion du sacré, et en bon
aristocrate, aurait mis la religion au service de ses intérêts politiques. En
manipulant les mythes pour glorifier ses entreprises, il aurait hâté le déclin
de la mythologie et de la foi dans les dieux.
Même si de nos jours personne ne jugerait plus les initiatives religieuses
d'Auguste de cette manière, puisque la majorité des historiens ont compris
qu'à Rome la religion et la piété sont nécessairement liés à la politique, i l
reste que l'on est gêné lorsqu'il s'agit de décrire ces restaurations dans leur
ensemble et d'y voir une unité qui les expliquerait. On se rend compte
qu'elles sont rarement toutes réunies dans une même étude. D'autre part,
tous les auteurs citent le passage des Res Gestae sur les reconstructions, les
éloges et les commentaires de poètesr-les arvales ou les féciaux, le flaminat
de Jupiter ou les Vestales, comme s'il s'agissait de la même série de restau­
rations faites sous le principat d'Auguste, alors qu'elles étaient séparées de
plus de quinze ans et que les décisions les plus importantes furent prises

1. PIGANIOL Α., Histoire de Rome, Paris, 1939, p. 228-230.


2. SPEYER W., «Das Verhältnis des Augustus zur Religion», ANRW2, 16, 3, Berlin-New York,
1986, p. 1777-1805; cf. aussi BERGEMANN C , Politik und Religion im spätrepublikanischen Rom
(Palingenesia vol. 38), Stuttgart, 1992.

119
JOHN SCHEID

alors q u i i était encore triumvir. Une série impressionnante d'initiatives


remontent en effet aux années 36-27 av. J.-C, et une deuxième série, plus
3
restreinte, reprend en 12 av. J.-C. . Quelques faits marquants, comme la
célébration des Jeux séculaires ou la réforme du calendrier eurent lieu res­
pectivement en 17 et 8 av. J.-C.
Si Ton dresse la liste de ces initiatives, on constate que dans un pre­
mier temps, Octavien a soit restauré de très vieilles prêtrises, soit réparé,
reconstruit ou construit des temples. À l'extérieur de Rome, il a confirmé
les privilèges de grands lieux de culte, leur a restitué les biens dont les avait
privés son ennemi, Marc Antoine, ou bien il a transformé ces sanctuaires
4
en colonies romaines, ou du moins i l les a attribués à des colonies . La
deuxième série d'initiatives concernait les flaminats, les Vestales, les cultes
des quartiers de Rome célébrés aux carrefours, et enfin le calendrier.
Le premier bloc d'initiatives restauratrices me paraît former un tout. La
restauration des prêtrises archaïques a un côté royal qui me paraît renvoyer
à un même projet. Il s'agit de quatre initiatives, datant presque toutes de la
même époque. La mise en oeuvre de ce projet commença lors de la décla­
ration de la guerre à l'Egypte. Cette initiative ne visait pas seulement la
célébration de tous les actes formels liés à l'annonce de l'état de guerre, mais
préludait sans doute à un triomphe «à l'antique», peut-être inspiré par des
5
projets et des privilèges qui avaient été accordés à César . En même temps
qu'Octavien rappela à la vie le sacerdoce fecial, qui avait sombré dans l'obs­
e
curité à la fin du II s. av. J.-C, Auguste a fait restaurer le temple de Jupiter
6
Feretrius qui était le siège traditionnel des féciaux . Or, étant donné le
privilège accordé à César, de pouvoir y déposer des dépouilles opimes, et la
naissance au début du Principat, des Caeninenses, une prêtrise équestre de
7
haut rang , qui était certainement en rapport avec Caenina, la cité conquise
par Romulus, on peut supposer qu'Octavien préparait un triomphe à la
romuléenne, en ramenant comme lui des dépouilles opimes au temple de
Jupiter Feretrius. Les Caeninenses devaient célébrer les cultes de Caenina,
peut-être en rapport avec ce triomphe mythique, à l'instar des Laurentes
Lavinates. Féciaux et Caeninenses représentaient en quelque sorte les

3. Voir SCHEID J., «Auguste et le grand pontificat. Politique et droit sacré au début du Principat»,
RHD 77y 1999, p. 1-19; ID., «Ronald Syme et la religion romaine», GIOVANNINI A. (dir.), La
Révolution romaine après Ronald Syme. Bilans et perspectives (Entretiens sur l'antiquité classique
vol. 46), Vandoeuvres-Genève, 2000, p. 39-72.
4. RGDA 24, 1 : In templis omnium ciuitatium proufincijae Asiae uictor ornamenta reposui, q
liatis temfplis is], cum quo bellum gesseram, priuatim possederai. Auguste a, par exemple, resta
revenus sacrés d'Artémis d'Éphèse (IEphesos la, n° 18b). Pour les temples-cités, BROUGHTON T.R.S.,
«New Evidence on Temple Estates in Asia Minor», Studies in Roman Economic and social History,
in Honour of A. C.Johnson, Princeton, 1951, p. 236-250.
5. D I O N XLIV, 4, 3 : σκΰλά τέ τινα όπιμα ές τον τουΔιός του Φερετρίου νεών άναθειναί οι
ωσπερ τινάπολέμιον αύτοστράτηγον αυτοχειρίαπεφονευκότι.
6. Voir pour tout ceci Lrv., I, 10, 5; IV, 20, 7; NEP. ATT. 20, 3; cf. 4, 20, 7; D I O N . HAL. II, 34,
3 suiv. ; PROP. 4, 10; PAUL. FEST. p. 189 L; FLOWER H . , «The Tradition of the Spolia Opima:
M. Claudius Marcellus and Augustus », Class. Ant. 19, 2000, p. 34-64, avant tout p. 46, n. 75.
7. GRANINO C E C E R E M. Gr., in GRANINO C E C E R E M. Gr., SCHEID J., « Les sacerdoces publics éques­
tres», DEMOUGIN S., DEVIJVER H . , RÄP&ET-CHARLIER M. 1h. (dir.), Ordo equester. Histoire dune
aristocratie, Rome 1999, p. 79-113, surtout p. 99 suiv.

120
LES RESTAURATIONS RELIGIEUSES DOCTAVIEN'/AUGUSTE

prêtrises les plus anciennes de Rome, puisque, d'après l'initiative du trium­


vir, le temple de Feretrius et sans doute les prêtres qui étaient attachés à son
culte, existaient au moment du triomphe de Romulus sur le roi Acron. Le
même mélange de mythes et de rites anciens, à moitié disparus, se retrouve
avec les deux autres sacerdoces «royaux», les frères arvales et les so dales
Titti. Les arvales furent recréés entre 31 et 28 av. J.-C, des sodales on ne
connaît pas la date de création, mais leur côté romuléen pointe vers la même
période. Des arvales un nom était conservé, peut-être quelques prières, mais
8
on peut imaginer qu'on n'en savait rien d'autre . Un aition composé à
l'époque augustéenne ou déjà plus ancien reliait les arvales à Romulus.
Octavien en fit un culte public bien doté et de haut rang, qui célébrait, par
le biais de l'agriculture trahie par son nom, la perfection morale des arvales.
La fondation de la confrérie paraît également avoir marqué le retour aux
activités de la paix, et avoir oeuvré pour la réconciliation de l'élite. À côté
du sacerdoce célébrant le souvenir du premier roi et la cité soumise par lui,
Octavien créa aussi les sodales Titti, qui furent mis en relation avec le collè­
gue sabin du premier roi, comme l'atteste la traduction grecque du titre de
9
ces prêtres . Manquait dans ces restaurations inspirées par des mythes la
ranimation du lieu de culte de Lavinium. Mais à ce jour nous ne disposons
toujours pas d'indices en faveur de la restauration des cultes de Lavinium
10
sous le principat d'Auguste . La raison pourrait en être que Lavinium ne
renvoyait pas, comme les sacerdoces romuléens, à la fondation de Rome,
mais à l'origine de l'histoire des Romains, célébrée par Virgile. En tout cas,
les quatre autres prêtrises réinstituaient dans la Rome de la fin des Guerres
civiles des institutions de fondation, et faisaient inévitablement penser à la
refondation de la Ville par Octavien.
À côté de ces innovations qui inventaient des sacerdoces et des cultes
en fonction de mythes étiologiques, Octavien s'occupait également des
temples de Rome qui avaient eu à souffrir de l'époque des guerres civiles.
La ville entière devait résonner du bruit des chantiers de reconstruction
ou de réparation de temples. Et parallèlement le nombre des membres des
grands sacerdoces publics fut légèrement augmenté, sans doute dans le
cadre d'une reprise de la loi Julia sur les sacerdoces, et leurs privilèges furent
H
accrus . Le vieux rite de Yaugurium salutis fut célébré en 29, et le Janus
fut fermé. A l'extérieur de Rome, Auguste continuait les mêmes initiatives
de réparation et de reaffirmation des privilèges. I l reconnut les privilèges
12 13
de Diane Tifatine à Capoue , déduisit une colonie à Lucus Feroniae , à

8. Cf. SCHEID J., «Les frères arvales, où comment construire une étiologie pour une restauration
religieuse», CHASSIGNET M. (dir.), L'étiologie dans la pensée antique, Tournai, 2008, p. 293-303.
9. Α£Ί997,1425 :... ιερέα σακερδωτίουΤατίου...
10. Seul le viens Augustanus, situé à côté du site-sanctuaire pourrait renvoyer à un intérêt d'Auguste
pour le site.
11. SUÉTONE, Aug. 31, 3: sacerdotum et numerum et dignitatem sed et commoda auxit, praecip
Vestalium.
12. /ZS251 : Imp. Caesar/Vespasianus/Aug., cos. VIII (= 77),/fines agrorum/dicatorum/Dianae
Cornelio Sulla/exformaDiuilAug. restituit.
13. K E P P I E L . , Colonisations and Veteran Settlement in Italy, 47 BC-14 AD, Rome, 1983, p. 169.

121
JOHN SCHEID

14
Hispellum, qui était peut-être un grand sanctuaire ombrien , et attribua
15
à la nouvelle colonie le sanctuaire des sources du Clitumne . Une autre
colonie paraît avoir été fondée à Fanum Fortunae, qui ne semble avoir été
16
qu'un temple à l'époque de César .
En Asie Mineure, Auguste fit restituer aux temples les objets volés par
17
Marc Antoine . Et puis le silence retomba, jusqu'en 18 av. J.-C, quand
d'après la doctrine officielle i l restaura la vieille cérémonie des Jeux sécu­
laires. Lorsqu'on lit les récits des historiens et les protocoles des quindé-
cemvirs, on se rend compte que cette restauration aussi fut en grande partie
18
une invention à partir de quelques traditions plus anciennes . Enfin, en
12 av. J.-C, après son élection commepontifex maximus, un certain nom­
bre d'autres institutions religieuses furent prises. Un flamine de Jupiter fut
19
investi de sa fonction, peut-être même un flamine de Mars . De même le
nombre régulier des Vestales fut rétabli. Dans les quartiers de Rome, les uici
eurent le droit de disposer de magistri, qui célébreraient les jeux des compi-
20 e r
talia , interdits après les désordres du milieu du I s. av. J.-C. I l fait aussi
commencer une vérification, qui aboutit en 8 av. J.-C. à la correction du
21
calendrier fondé par César, et conféra le nom d'Augustus au mois Sextilis .
Restent un certain nombre de nouveaux cultes qui célébraient les vertus
d'Auguste et les effets de son action, dont certaines connurent une longue
postérité : Fortuna redux, Pax Augusta, dementia, Iustitia, etc.
Tout cela est bien connu, mais moins bien compris. Même si personne
ne parle plus de décadence ou de cynisme, comment interpréter toutes
ces initiatives ? Était-ce simplement de la propagande ? Octavien-Auguste
e
aurait-il gouverné, comme les Führer ou Duce du XX siècle, grâce à la pro­
pagande organisée ? I l faut souligner que les Anciens n'ont jamais mis en
22
doute sa sincérité. On a critiqué, à sa mort, sa divinisation , mais on n'a
jamais moqué sa piété, on n'a jamais prétendu que c'était de la propagande

14. COARELLI F., «Il rescritto di Spello e il santuario "etnico" degli Umbri», Umbria cristiana. Dalla
diffusione del culto al culto dei santi (sec. IV-X). Atti del XV Congresso internazionale di studi
sull'alto medioevo (2000), Spolète, 2001, p. 39-52.
15. PLINE, Ep. Vili, 8, 6.
16. CESAR, BC, I, 11 : Erat iniqua condicio postulare ut Caesar Arimino excederet atque in proui
reuerteretur ipsum [...]. 4. Itaque ab Arimino M. Antonium cum cohortibus VArretium mit
Arimini cum duabus [legionibus] subsistit ibi que dilectum habere instituit Pisaurum Fanum
singulis cohortibus occupât. Cf. CHAMPEAUX ]., Fortuna. Recherches sur le eulte de la Fortune à R
et dans le monde romain des origines à la mort de César. I. Fortuna dans la religion romaine
Rome 1982, p. 190 et n. 220; 454.
17. Cf.n.4.
18. WEISS P., « Die Säkularspiele der Republik - eine annalistische Fiktion ? Ein Beitrag zum Verständnis
der kaiserzeidichen Ludi saeculares», MDAIR 80, 1973, 205-217; SCHEID J., «Dell' importanza
di scegliere bene le fonti. L'esempio dei Ludi secolari», Scienze dellAntichità; Storia Archeologia
Antropologia 10, 2000, p. 645-657.
19. D I O N , LIV, 36,1 et T A C , Ann. III, 58 ; IV, 16, 4. Voir SCHEID 2000 pour la date précise. D'après
la datation de la monnaie de L. Cornelius Lentulus par GIARD J.-B., Catalogue des monnaies de
2
l'Empire romain. I. Auguste, Paris, 1988 , 115 n° 555- n° 559, leflaminede Mars semble avoir été
pris en 12. Voir pour les autres hypothèses PHP s.v. Cornelius n° 1384.
20. FRASCHETTI Α., Roma e il principe, Rome 1990 (tr.fr.1994), p. 250 sq.
21. Pour les détails, voir SCHEID J., «Auguste et le grand pontificat art. cité», p. 1-19.
22. TAC, Ann. I, 10,6.

122
LES RESTAURATIONS RELIGIEUSES D'OCTAVIEN/AUGUSTE

creuse. La propagande n'était d'ailleurs pas un concept qui s'applique à


23
Auguste et à l'Antiquité . Ces réformes, jointes à ses autres initiatives
religieuse comme la construction des temples d'Apollon et de Mars ultor
le faisaient effectivement paraître à leurs yeux comme un homme d'une
piété exemplaire. Et c'est en tant que tel qu'il fut imité par ses successeurs
en quête de légitimité, Vespasien ou Septime Sévère par exemple.
Apparemment Auguste n'était pas bigot. Ce n'était donc pas à ce genre
de conduite mais bien aux initiatives publiques que j'ai décrites que les
Romains attribuaient sa piété. Toutefois il a fait davantage que remplir ses
obligations religieuses qui consistaient à célébrer les cultes prescrits comme
ses prédécesseurs, ce qui aurait suffi pour le faire qualifier de pieux. Qu'est-
ce qui l'incitait donc à se lancer dans ces reconstitutions historiques, à la
ranimation de sacerdoces dont Rome se passait depuis longtemps ? C'est
sans doute par cette question que nous pouvons espérer comprendre la
logique de son activité restauratrice.
Si nous considérons que l'essentiel de ces restaurations s'est fait entre 36
et 27 et autour de 12 av. J.-C, avec le moment intermédiaire des Jeux sécu­
laires, nous pouvons identifier les raisons de ces initiatives et comprendre
qu'il s'agit d'un élément d'une stratégie politique plus générale. I l est pos­
sible que les mesures datant de la guerre civile soient encore liées à César et
à la recherche d'un pouvoir monarchique à la romaine. Je préfère toutefois
considérer qu'il s'agit essentiellement de la réparation de ce qui est présenté
comme un tort, comme une négligence. I l faut bien comprendre que rien
n'obligeait Octavien/Auguste à ces restaurations. La religion romaine avait
E
sans cesse évolué depuis le V siècle av. J.-C. I l était sans doute scandaleux
que le dernier flamine de Jupiter remonte à l'époque de Sylla, mais suivant
les principes ritualistes de la religion romaine, il suffisait que les pontifes
accomplissent ses devoirs à sa place pour que la piété soit préservée. Et
davantage encore, il n'y avait aucune nécessité de recréer des prêtrises qui
étaient de purs noms. Pourquoi donc Octavien s'est-il lancé, dès 32, dans
cette activité ?

Nul n'ignore — et ignorait à l'époque - que le pouvoir d'Octavien et des


collègues triumvirs était fondé sur un coup d'Etat. Même si toutes les déci­
sions prises par les chefs de guerre avaient été sanctionnées par des lois, et
sans même évoquer le spectre des proscriptions qui entachaient la fonction
triumvirale, il ne fait aucun doute que ces lois ont été votées sous la menace
de la violence. Le scénario mis au point l'hiver 28/27 consistait à remettre
tout le pouvoir au peuple et à gérer désormais la république avec lui. Cette
mise en scène suscitait encore naguère beaucoup d'ironie. L'incrédulité
était en partie due au fait que l'on ne comprenait pas bien la nature des

23. WEBER Gr. et ZIMMERMANN M., « Propaganda, Selbstdarstellung und Repräsentation. Die Leitbegriffe
des Kolloquiums in der Forschung zur frühen Kaiserzeit», WEBER Gr. et ZIMMERMANN M. (dir.),
Propaganda, Selbstdarstellung und Repräsentation im römischen Kaiserreich des I. Jhs. n. Chr.,
2003, p. 11-41.

123
JOHN SCHEID

pouvoirs dont Octavien jouissait à ce moment. Depuis les travaux de Kl.


24
Girardet et de J.-L. Ferrary , avant tout, il est apparu quOctavien possé­
dait désormais un pouvoir légal, le consulat, suffisamment vaste pour que
la remise des pouvoirs exceptionnels fût possible et crédible. A ces analyses
s'ajoute le nouveau fragment des Res Gestae qui permet d'éliminer « le coup
2 5
d'État» de 3 1 . Deux aurei sont depuis venus confirmer que le scénario
défini par Auguste lui-même dans les Res Gestae et longuement décrit par
26
Dion Cassius méritait la confiance. J'ai pu régulièrement constater que les
Res Gestae disaient généralement la vérité. Elles interprètent, certes, les faits,
mais elles ne les inventent pas. Les faits qu'elles rapportent correspondent à
la réalité. Au terme de l'affrontement avec Marc Antoine, un nouvel équi­
libre institutionnel fut mis en place, qui ramenait, d'une certaine manière,
les institutions d'antan et fondait en même temps un nouveau régime. Je
propose de considérer que les initiatives religieuses d'Octavien-Auguste sont
un élément important du dispositif de la remise des pouvoirs d'exception et
la gestion plus traditionnelle de la république après janvier 27.
Les autorités publiques, les magistrats, les prêtres et le Sénat, avaient la
charge des obligations du peuple Romain. Par conséquent ils portaient la
responsabilité du dysfonctionnement de la vie religieuse publique. Pour un
Romain, cette négligence était aussi grave, aussi criminelle que la violence
politique et l'entrave au fonctionnement normal des institutions. Pointer les
négligences en les corrigeant met en évidence l'impiété criminelle des prédé­
cesseurs. Restaurer des devoirs religieux négligés était donc une manière de
ramener la situation antérieure. En outre, les initiatives religieuses avaient
l'avantage d'être tout de suite visibles, elles étaient spectaculaires. Autrement
dit, si le slogan iura et leges P(opulo) R(omano) restituii avait une portée
réelle, elle pouvait se voir immédiatement sur le plan religieux.
Après deux générations et davantage encore, des obligations vénérables
qui étaient négligées ou abandonnées furent identifiées et restaurées. Tout
ce que les prédécesseurs d'Octavien avaient négligé, tous les droits des dieux

24. GIRARDET Kl. M., «Der Rechtsstatus Oktavians im Jahre 32 ν. Chr.», RhM 133, 1990, p. 322-
350, notamment p. 326-329 [= GIRARDET, Rom auf der Weg von der Republik zum Prinzipat,
Bonn, 2007, p. 333-362] ; GIRARDET, « Die Entmachtung des Konsulates im Übergang von
der Republik zur Monarchie und die Rechtsgrundlagen des augusteischen Prinzipats », Pratum
Saraviense. Festgabefur P. Steinmetz (Palingenesia vol. 30), Stuttgart 1990, p. 89-120 [= GIRARDET,
Rom aufder Weg von der Republik zum Prinzipat, Bonn, 2007, p. 385-423] ; GIRARDET, « Per con-
tinuos annos decern {res gesta divi Augusti 7,1). Zur Frage nach dem Endtermin des Triumvirats»,
Chiron 25, 1995, p. 147-161 [= GIRARDET, Rom auf der Weg von der Republik zum Prinzipat,
Bonn, 2007, p. 315-332] ; ID., «.Imperium "maius". Politische und verfassungsrechdiche Aspekte.
Versuch einer Klärung», Giovannini A. (dir.), La révolution romaine après Ronald Syme. Bilans
et perspectives (Entretiens sur l'Antiquité classique, vol. 46), Vandoeuvres-Genève, 2000, 167-
237 [= GIRARDET, Rom auf der Weg von der Republik zum Prinzipat, Bonn, 2007, p. 461-521] ;
FERRARY J.-L., «À propos des pouvoirs d'Auguste», CCG 12, 2001, p. 101-154; ID., «Respublica
restituta et les pouvoirs d'Auguste», FRANCHET D'ESPÈREY S., FROMENTIN V., GOTTELAND S.,
RODDAZ J.-M. (dir.), Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux, 2003, p. 419-428.
25. BOTTERI P., « L'integrazione mommseniana a Res Gestae Divi Augusti 34, 1 "potitus rerum omnium
e il testo greco», ZPE 144, 2003, p. 261-267; DREW-BEAR Ih. et S C H E I D J., «La copie des
Res Gestae d'Antioche de Pisidie», ZPE 154, 2005, p. 217-260.
26. D I O N , LUI, 1, 1; 3-18.

124
LES RESTAURATIONS RELIGIEUSES D'OCTAVIEN/AUGUSTE

romains qui avaient été oubliés, tous leurs biens qui étaient tombés en
ruines et gisaient abandonnés, tout cela Octavien le restaura après en avoir
dressé l'inventaire. Le fait que la plupart des restaurations aient été réalisées
entre 32 et 27 prouve qu'elles faisaient partie de la stratégie politique que
le triumvir entendait appliquer dès sa victoire. I l ne s'agit pas d'improvisa­
tions, mais d'une stratégie mûrement réfléchie et préparée, qui aboutit en
même temps que la restitution des droits et des lois au peuple Romain.
Ne serait-ce pas en fin de compte de la politique malgré tout?
Certainement, mais pas dans le sens où les propagandistes des états totali­
taires la mettaient en œuvre. Les initiatives d'Octavien correspondaient à
ce qui était annoncé. I l ne s'agissait pas de paroles grandiloquentes gonflant
les projets ou certains aspects de l'action du prince, mais d'actes réels. Et ces
actes correspondaient à ce que les Romains attendaient de la piété. Dans le
culte public, ce qui était en cause, ce n'était pas la piété au sens moderne,
chrétien, du terme qui était en cause. Il ne s'agissait pas de piété intériorisée,
qui contemplait son lien avec l'ineffable, mais d'actes matériels qui plaçaient
ou replaçaient les dieux au centre de la vie sociale romaine. Ne pas faire cela
correspondait à tolérer une éthique sociale dévoyée, propre aux temps de
guerre civile. Et Octavien ne se contentait pas seulement de distribuer des
subventions aux prêtres et aux lieux de culte. Les restaurations d'Octavien
entraînaient également une implication profonde des élites, des sénateurs et
des chevaliers jusqu'aux habitants libres, affranchis ou esclaves des quartiers
de Rome. Tous devaient désormais donner de leur temps et de leurs moyens
pour maintenir ces obligations rituelles, plus riches que jamais, qu'Octavien
a (re)construites entre 32 et 27. I l faut se rappeler qu'un frère arvale, par
exemple, devait consacrer un minimum cinq à six jours complets par an
à la célébration du culte, et rapidement davantage. En outre, quand son
tour venait d'être «supérieur» annuel de la confrérie (magister), il devait
gérer le bois sacré et le temple de la déesse, avec l'aide de son appariteur,
des esclaves publics du collège et de son propre personnel. Pendant l'année
de cette charge, sa maison contenait même une chapelle publique de Dea
Dia. Et ce n'était là qu'une des fonctions religieuses du frère arvale. Il était
aussi père de famille, magistrat, et souvent membre d'autres collèges sacer­
dotaux, ce qui permet de multiplier le temps et les moyens investis dans le
culte public et privé. Le peuple Romain avait droit à ce service car c'était
la charge des sénateurs et des chevaliers de rendre en son nom le culte aux
dieux, comme magistrats, et/ou comme prêtres. Le peuple ne pouvait qu'en
bénéficier, et en revanche la négligence des élites pouvait entraîner l'ire des
dieux, qui risquait de provoquer des catastrophes. Remplir à la perfection
ses devoirs religieux était une obligation politique, comme les autres attri­
butions d'un magistrat supérieur. C'était un geste politique parce que cette
activité faisait partie des activités de gouvernement. Le faire mieux que
personne auparavant était cependant une qualité politique remarquable qui
attirait forcément l'attention.

125
JOHNSCHEID

Pour comprendre que la restauration de la vie religieuse ordonnée - c'est


ainsi qu'il faut l'appeler - visait les adversaires d'Octavien, il suffit de consi­
dérer ce qui se passa après 32. Son ennemi Lèpide était pontifex maximus.
27
Auguste a toujours refusé de le dépouiller de cette charge , même s'il
considérait que la fonction lui revenait à titre héréditaire et que Lèpide
s'en était emparé à la faveur des désordres consécutifs au 15 mars 44. Ce
refus était lui-même un signe de piété, car la fonction eminente du grand-
pontife était accordée à titre viager. Et puisque les comices sacerdotaux de
44 avaient élu Lèpide, il fallait respecter ce choix. Mais Auguste alla plus
loin. I l exploita la situation ainsi créée qui témoignait à chaque instant de
sa piété et de l'impiété foncière de Lèpide. Celui-ci avait obtenu par des
manoeuvres politiques malhonnêtes une charge qui était due à Octavien.
Auguste respectait le vote des comices. En empêchant toutefois Lèpide
de jouer un rôle religieux quelconque après son arrestation en 36, c'est-à-
dire en bloquant toutes les initiatives que seul le pontifex maximus pouvait
prendre, Auguste apportait la démonstration de l'illégitimité de ce dernier,
et prolongeait en quelque sorte la négligence qui avait été celle de Lèpide
entre 44 et 36, quand i l n'avait rien fait pour remédier à la négligence des
obligations religieuses. Une négligence qui avait toutefois aussi été celle de
César et de ses prédécesseurs, même s'il pouvait dire que César avait été
empêché d'agir. En tout cas, le grand-pontife exilé devenait le symbole de
tous les puissants qui depuis un demi-siècle avaient laissé les institutions
religieuses aller à vau-l'eau.
On ne peut manquer de penser ici aux autels de Vulcain, construits
par Domitien en 86, aux emplacements où s'était arrêté le grand incendie
28
de 64. Sur la dédicace , Domitien rappelait que l'aire de l'autel avait
« été dédiée par l'Empereur César Domitien Auguste Germanique, en
acquittement du vœu formulé et longtemps négligé sans être acquitté, afin
d'écarter les incendies, quand la ville brûla pendant neuf jours au temps
de Néron». L'acquittement du vœu de 64 servait donc à l'empereur pour
prouver son sérieux par opposition au tyran Néron, mais également par
rapport à son père et à son frère, qui n'avaient rien fait non plus pour
honorer le vœu. I l est clair que la réparation de cette dangereuse négligence
légitimait Domitien par rapport à Vespasien et Titus, glorieux militaires.
Et comme dans le cas d'Auguste, son initiative était spectaculaire. Plusieurs
autels furent dédiés le même jour, et chaque année, des sacrifices y étaient
célébrés. Et à l'arrière-plan le grand incendie néronien, qui prenait peu à
peu la forme d'un mythe.
Auguste agissait de même avec Lèpide. Et dès que ce dernier fut décédé,
il répara spectaculairement les négligences de ce dernier en faisant occuper
les prêtrises inoccupées et corriger le calendrier. Toutes ces tâches étaient
propres aux pontifes et au pontifex maximus. On comprend aisément
27. RGDA 10, 2 : Pontifjex maximus nefieremin uiui fcjonlefgae mei IJocum, [populo id sacejrd
deferente mihi, quod pater meu[s habuer]at r[ecusaui.
28. C/ZVI, 826 = 30837b (ILS, 4914).

126
LES RESTAURATIONS RELIGIEUSES D'OCTAVIEN/AUGUSTE

qu'Auguste, qui était lui-même pontife, et ses partisans avaient empêché le


collège pontifical et le grand pontife d'agir pendant les 26 ans de captivité
de ce dernier. C'était aussi en ce sens que la conduite d'Octavien-Auguste
après 30 était politique, mais sans risquer de choquer par son cynisme.
Octavien savait que les services religieux desflamineset des Vestales étaient
célébrées de toute façon, et donc la temporisation pour raisons politiques
n'était pas scandaleuse.
Quel fut alors le rôle des Jeux séculaires ? Ils confirment cette interpré­
tation. Ils occupent une position stratégique, dix ans après la cérémonie
de la reddition des pouvoirs d'exception. La mise en scène prouvait que
tout n'allait pas encore bien, puisqu'un ou des prodiges furent exploités
pour engager la consultation des Livres Sibyllins, qui révélèrent un autre
oubli, celui de la célébration de la « vieille » cérémonie des Jeux séculaires.
L'initiative de cette procédure fut prise par Auguste et Agrippa, en vertu
de leur puissance tribunicienne. Les pontifes et le grand-pontife n'y parti­
cipèrent pas en tant que tels. On dirait que dix ans après l'aménagement
nouveau des pouvoirs, souligné par une restauration spectaculaire de tous
les devoirs du peuple Romain à l'égard des dieux, Auguste rappelait que
tout n'était pas encore parfait, et en mettant en perspective les nouvelles
initiatives le jour où il serait, enfin, grand-pontife. Nous avons vu que c'est
effectivement ce qu'il fit dès 12 av. J.-C.
Les restaurations religieuses répondaient donc bien à une stratégie poli­
tique. Ce n'était cependant pas de la propagande, comme nous l'avons
29
souligné. Ce n'est toutefois pas non plus, comme le pense Armin Eich la
fonction, la justification de la fonction du prince qui était en cause, mais
simplement son institution. Eich a tout à fait raison de considérer que les
pouvoirs et la fonction d'Auguste n'avaient rien de choquant, puisqu'elles
consistaient en fait en pouvoirs qui existaient déjà avant lui. Ceci toutefois
est vrai après 27, pas avant. Avant cette date, Octavien possédait des pou­
voirs d'exception et le hasard militaire l'avait rendu seul détenteur de ce
pouvoir exceptionnel. À ce moment il y avait certainement une hésitation
de la plupart des Romains, qui l'avaient connu comme triumvir et qui se
demandaient ce que serait son régime, maintenant qu'il détenait la totalité
du pouvoir. Avant 27, il s'agissait donc bien de la fonction qui s'annonçait,
de son gouvernement traditionnel au moyen du consulat, et en s'appuyant
sur le reste des institutions traditionnelles. Ce n'est qu'après 27, quand
le nouvel équilibre des pouvoirs avait été défini, que c'était davantage la
personne d'Auguste qui était en cause que la fonction de princeps. C'était
de l'acceptation de sa personne et de sa sincérité qu'il s'agissait. Pouvait-on
vraiment lui faire confiance après tout ce qu'il avait fait auparavant ? Certes,
il s'agissait aussi d'une opération de communication, qui visait à établir la

29. EICH Α., « Die Idealtypen "Propaganda" und "Repräsentation" als heuristische Mittel bei der
Bestimmung gesellschaftlicher Konvergenzen und Divergenzen von Moderne und römischer
Kaiserzeit», WEBER Gr. et ZIMMERMANN M. (dir.), Propaganda, Selbstdarstellung und Repräsentation
im römischen Kaiserreich des I. Jhs. n. Chr., Stuttgart, 2003, p. 41-8$.

127
JOHNSCHEID

fonction de princeps, et à diffuser sa «représentation» comme Gr. Weber


30
et M . Zimmermann le proposent.
Quel était en fin de compte le rôle des restaurations religieuses
d'Octavien-Auguste dans le processus d'apaisement et de représentation ?
Contrairement à d'autres lignes politiques, la religion donnait des résultats
immédiats. On pouvait voir quotidiennement lesritesancestraux accompa­
gnant la vie publique, on pouvait voir et entendre les maçons et charpentiers
réparant et reconstruisant les vieux temples. Manifestement les Romains y
tenaient. La piété d'Auguste, restaurateur des obligations religieuses et du
respect des partenaires divins du peuple Romain, répondait aux attentes
du public. Ce n'était pas un message abstrait, sans garantie, mais l'accom­
plissement immédiat des attentes des Romains qui était en cause. C'est en
partie par ce biais qu'Octavien a pu réaliser, après 30 av. J.-C, le consensus
omnium derrière le pouvoir absolu qui était le sien. Après 27, la poursuite
paradoxale de cette conduite, qui consistait plutôt à ne pas agir pour com­
pléter les restaurations, pour respecter spectaculairement le caractère viager
de la fonction de Lèpide, devait rassurer ceux qui doutaient de lui.

30. WEBER Gr. et ZIMMERMANN M., « Propaganda, Selbstdarstellung und Repräsentation. Die Leitbegriffe
des Kolloquiums in der Forschung zur frühen Kaiserzeit », WEBER Gr. et ZIMMERMANN M. (dir.),
Propaganda, Selbstdarstellung und Repräsentation im römischen Kaiserreich des I. Jhs. n. Chr.
2003, p. 11-41.

128
Le triomphe d'Auguste :
héritage de la République ou révolution?

Michel TARPIN

À la rubrique des institutions qu'Auguste aurait restaurées pour les uns,


réinventées pour les autres, le triomphe occupe une place plus qu honora­
ble. Tous les travaux qui portent sur cette cérémonie se heurtent d'emblée
à la question préalable de la valeur des sources qui nous renseignent sur
le triomphe républicain, voire sur un «triomphe primitif», le doute qui
pèse sur celui-ci atteignant parfois celui-là. En un sens, la question de la
validité des sources et de la continuité ou de la rupture dans la pratique du
triomphe entre la République et l'Empire est plus fondamentale que les
problématiques habituellement développées autour de la signification du
cortège et de sa mise en scène. Nous pouvons aujourd'hui prendre comme
point de départ la thèse fort récente de Tanja Itgenshorst {Tota ilhpompa.
Der Triumph in der römischen Republik, Göttingen, 2005), qui aborde la
question sous un angle hypercritique. Dans sa condamnation des sour­
ces « impériales » — qui comprennent Tite-Live, contemporain d'Auguste-,
T. Itgenshorst est beaucoup plus radicale, par exemple, qu'E. Künzl {Der
römische Triump. Siegesfeiern im antiken Rom, Munich, 1988), qui prend
pour point de départ de son travail le triomphe juif de 71. Je n'entends pas
faire ici une critique du livre, fort utile, de T. Itgenshorst, mais simplement
y puiser les éléments qui nous permettront de poser la question sur des
bases aussi stables que possible. En effet, T. Itgenshorst a le grand mérite,
comme le reconnaît M . Coudry dans un compte rendu à paraître, d'isoler
les sources purement républicaines pour tenter d'identifier des éléments
incontestablement républicains dans le déroulement de la cérémonie.
Nous laisserons de côté les questions que pose T. Itgenshorst à pro­
pos de Plaute, dont les comédie, à mon sens, ont essentiellement pour
personnages des mercenaires grecs qui ne sauraient être représentatifs du
«soldat romain». Je n'accorderai pas non plus d'attention aux faiblesses
relevées par ce travail dans les descriptions des triomphes primitifs chez
les auteurs impériaux: c'est plutôt lorsque ces récits sont trop précis qu'ils

129
MICHEL TARPIN

1
nous semblent suspects . Enfin, la question de l'origine du cortège, fête
de Jupiter, cérémonie de purification, imitation de cortèges dionysiaques,
est sans intérêt pour notre propos, pour autant même qu'elle ait un intérêt
historique. La question du triomphe républicain, dans une lecture hyper-
critique est d'autant plus délicate que les triomphes sont devenus rares sous
l'Empire (BARINι C , Triumphalia. Imprese ed onori militari durante l'impero
Romano, Turin, 1952) et que la cérémonie n'est que très rarement décrite.
Paradoxalement, s'il est aisé de dire que le rituel impérial a contaminé les
récits des triomphes républicains, il est plus délicat de définir un triomphe
«impérial», qui se singulariserait à l'égard du triomphe républicain. Nous
nous intéresserons donc ici plus particulièrement à ce moment charnière
que représente le triple triomphe de 29 av. J.-C, chronologiquement encore
républicain, mais censé être un moment de basculement de la cérémonie.

Que sait-on du triomphe républicain?

Un des mérites du travail de T. Itgenshorst, je l'ai relevé, est d'avoir su


isoler les sources par phases chronologiques. De toute évidence, l'auteur
purement républicain chez qui nous trouvons les renseignements les plus
significatifs est Polybe, dont le vocabulaire nous ouvre d'intéressantes pers­
E
pectives sur la notion de triomphe vers le milieu du I I siècle av. J.-C. On
peut ainsi identifier des clés de fonctionnement de la cérémonie, que l'on
peut d'autre part comparer aux triomphes impériaux. Polybe consacre peu
de place au triomphe en général - c'est un rituel qu'il ne décrit pas en détail,
au contraire d'Appien, par exemple - et s'attarde rarement sur des triom­
phes précis. Mais les notices sont assez homogènes. Il y a peu à attendre
en revanche de Cicéron, qui n'accorde qu'un intérêt limité à la procédure
2
même du triomphe . Je ne le citerai donc que lorsque son propos interfère
avec celui de Polybe.
Dans la définition générale de l'Achéen, le triomphe sert à exposer au
yeux du public les exploits du général (VI, 15, 7-8 ; ci-dessous). En ce sens,
la présentation de la cérémonie est cohérente avec les autres aspects de la
société romaine exposés dans ce même livre six, en particulier le célèbre
passage sur les funérailles aristocratiques, qui rappelle, justement, que les
ancêtres qui ont eu droit au triomphe défilent dans le cortège funéraire
en tenue de triomphateurs. On peut soupçonner ici que Polybe, en bon
sophiste, a extrait de la pratique triomphale les éléments qui servaient un

1. Je tiens ici à me démarquer d'une attitude fréquente dans la littérature hypercritique ; pratique qui
consiste à refuser dans les récits des périodes anciennes tout ce qui paraît crédible au nom même
d'une crédibilité qui est jugée comme une preuve de fabrication. On peut se tromper autant par
scepticisme que par naïveté.
2. Il donne cependant un détail technique : on doit conserver en vie le chef ennemi pour l'exécuter
le jour même du triomphe. Cic, 2 Vert., 5, (30), 77 : At etiam qui triumphant eoque diutius uiuos
hostium duces reseruant ut his per triumphum duetts pukherrimum spectaculumfructumqueu
populus Romanus percipere possit, tarnen cum deforo in Capitolium currusflectereincipiunt,
in carcerem iubent, idemque dies et uictoribus imperii et uictis uitae finemfacit.

130
LE TRIOMPHE D'AUGUSTE: HÉRITAGE DE LA RÉPUBLIQUE OU RÉVOLUTION?

propos politique et social. L'exposition de la gloire du général et de sa


famille était cependant très certainement une des fonctions essentielles du
triomphe de son temps. L'exposition de ce général sur un char tiré par qua­
tre chevaux blancs, le sceptre à la main, entouré d'un apparat exceptionnel,
3
suffit à la rappeler .
Les notices polybiennes nous donnent en revanche des indices fonda­
mentaux pour une définition du triomphe républicain. Passons les rapide­
ment en revue. T. Itgenshorst inscrit dans la liste le « pseudo triomphe » car­
thaginois célébré en 238 après la guerre des Mercenaires (I, 88, 6-7). Certes,
on sait que l'on trouve occasionnellement chez Tite-Live des mentions de
pseudo triomphes, ou plus exactement de cortèges à forte connotation
triomphale célébrés dans des villes autres que Rome. C'est par exemple le
cas du retournement de procédure appliqué par les Capouans au lende­
main des Fourches Caudines pour créer l'illusion d'un retour triomphal
de l'armée romaine défaite (VAL. MAX., V, 1, ext. 5). C'est aussi le cas du
célèbre «triomphe» de Sempronius Gracchus à Bénévent, avec son armée
de uolones, dont i l savait qu'on ne la laisserait jamais triompher à Rome
(Lrv., XXIV, 15). Cependant, le cortège de Carthage n'a rien d'un triom­
phe : il ne prend pas place à Rome, il n'est pas fait mention d'un retour de
l'armée conduite par son général et il n'y a pas d'exposition du butin. Le
seul point commun, à bien y regarder, est que l'on fit subir toutes sortes
de supplices aux captifs, comme on le faisait à Rome pour le chef vaincu
sur le chemin du Tullianum. Mais, même ici, le parallèle n'est que partiel
et l'on doit considérer fautive la traduction de P. Pédech. Ce θρίαμβος est
un cortège de jeunes Carthaginois, qui font parcourir la ville aux vaincus
avant de les exécuter.
Le triomphe de L. Aemilius Papus est décrit en peu de mots, mais ils
sont parfaitement limpides, et la séquence paraît bien organisée en fonc­
tion du temps (je cite la traduction de P. Pédech) : I I , 31 : (3) Le consul
romain ramassa les dépouilles et les envoya à Rome; il rendit le butin aux
propriétaires légitimes. (4) Puis, à la tête de ses légions, traversant la Ligurie,
il se jeta sur le pays des Boïens. Quand il eut satisfait l'appétit du pillage
chez ses soldats, il arriva en quelques jours à Rome avec son armée; (5) il
décora le Capitole avec les enseignes et les torques [...], (6) et le reste des
dépouilles et les prisonniers lui servirent à orner son entrée dans la ville et
son triomphe (τοις δέλοιποίς σκύλοις και τοις αιχμαλώτοις προς τήν
είσοδον έχρήσατο την εαυτού καιπρος τήν του θριάμβου διακόμησιν).
La séquence comporte donc le retour à Rome (mais sans doute pas dans

3. L'archétype de la cérémonie est à rechercher non tant dans l'entrée cérémonieuse de Romulus
porteur des dépouilles d'Acron, que dans les triomphes du dernier siècle de la monarchie et du
E
début du V siècle. Pour Tite Live (I, 38, 3), suivi par Eutrope (1, 6, 1), le premier triompha­
teur est Tarquin l'Ancien, ce qui suppose une perception historicisée de l'évolution de la guerre :
Romulus pratique encore un combat « homérique ». Pour Eutrope (II, 2,2), Cincinnatus est le troi­
sième triomphateur, mais le premier pour lequel le triomphe est «decretus». Denys d'Halicarnasse
(II, 34,3), en revanche, attribue à Romulus d'emblée un triomphe déjà complètement formé, avec
une séquence du cortège qui est celle que nous connaissons pour lafinde la République.

131
MICHEL TARPIN

le pomerium malgré la préposition εις, la sélection des dépouilles, l'entrée


formelle dans la ville et le cortège. D'emblée, on peut noter que l'appel­
lation «triomphe» en français est excessive pour θρίαμβος, qui désigne
distinctement le cortège proprement dit. Polybe distingue bien l'entrée
dans la ville et le cortège, qui, ensemble, constituent ce que nous appelons
le «triomphe».
Dans la première notice consacrée au triomphe d'Aemilius Paullus en
219, notice fort brève, Polybe fait du θρίαμβος un élément du triomphe,
associé à la gloire (III, 19, 12) : μετά ταΰτα ληγούσης ήδη της θερείας
εις την 'Ρώμην επανήλθε, καί την είσοδον έποιήσατο μετά θριάμβου
καί της απάσης ευδοξίας. Mais on remarque surtout que 1'είσοδος est
l'élément principal de ce que nous nommons « triomphe » : leθρίαμβος est
ce qui accompagne l'entrée dans la ville. Dans la seconde notice, Polybe
regroupe les deux mots (IV, 66, 8) : Κατά δε τον καιρόν τούτον Αιμίλιος
έκ της Ίλλυρίδος εισήγε λαμπρώς εις την 'Ρώμην τον θρΐαμβον.
La redondance εισήγε [...] εις, courante en grec, rappelle l'importance du
franchissement de la muraille par l'armée en ordre de bataille.
Le triomphe de Scipion au lendemain de Zama nous fournit la notice
la plus détaillée de Polybe, sans doute du fait des liens qu'il entretenait avec
les Cornelii Scipiones (XVI, 23, 5) :ώςδεκαι τον θρίαμβον εισήγε, τότε
και μάλλον ετιδια τής των εισαγομένων ενεργείας μιμνησκόμενοι των
προγεγονότων κινδύνων, έκπαθεις έγίνοντο κατά τε τηνπρος θεούς
ευχαριστίαν καί κατά τηνπρος τον αίτιον τής τηλικαύτης μεταβολής
εΰνοΐαν. À nouveau on rencontre deux éléments, l'entrée et le cortège.
Polybe attribue au cortège triomphal une qualité particulière, Γένεργεία,
qui semble être l'effet émotif provoqué par la mise en scène du cortège.
Le triomphe de l'Asiatique, que Polybe présente comme un triomphe
des deux frères, est rapidement résumé en une phrase qui insiste sur la
double composante du triomphe (XXI, 24,17) : οίκαι μετά τινας ημέρας
είσελθόντες εις την 'Ρώμηνήγον θριάμβους. Le pluriel est ici surprenant,
mais sous-entend peut-être que la gloire est partagée entre les deux frères. I l
est à mon sens plus important de noter qu'à nouveau la traduction «célé­
brer un triomphe» est un peu rapide. En effet, la première composante, la
plus importante me semble-t-il, est l'entrée dans la ville, la seconde est la
conduite du cortège.
La rareté des notices, liées de surcroît aux seuls Aemilii et Cornelii
Scipiones, trahit le peu d'intérêt de Polybe pour cette cérémonie, qui ne
devait pas revêtir à ses yeux une grande importance politique. Ce point
peut aussi expliquer l'absence totale d'allusion au triomphe sur le mont
Albain ou à ïouatio, pour autant que ce ne soit pas une simple consé­
quence de la perte de la plus grande partie de l'œuvre. L'homogénéité des
notices est cependant intéressante. Comme nous l'avons vu, on ne saurait
conclure avec T. Itgenshorst que θρίαμβος désigne l'entrée du général dans
la ville. Θρίαμβος est clairement le cortège proprement dit. L'emploi de

132
LE TRIOMPHE D'AUGUSTE: HÉRITAGE DE LA RÉPUBLIQUE OU RÉVOLUTION?

verbes comme άγεΐν rappelle que le général conduit devant lui le butin et
les captifs. L'absence de comparaison avec un rituel grec précis me laisse
penser que Polybe n'a pas en tête un cortège précis, comme la pompé
dionysiaque, par exemple. On peut ajouter ici un élément qui vient, ce
me semble, confirmer notre propos. On sait qu'en 205 av. J.-C. Scipion
avait peut-être espéré un triomphe, mais n'avait pas insisté face aux réserves
du sénat. Dépourvu de véritable magistrature, il ne pouvait pas forcer la
main aux pères. Or Polybe dit de lui (XI, 33,7) : κάλλιστονθρίαμβονκαι
καλλίστην νίκην τή πατρίδι κατάγων. En effet, on sait pas ailleurs que
Scipion avait pris la précaution de ramener un butin exceptionnel et de
nombreux captifs. Tout ce qu'il fallait pour un beau triomphe, en somme.
Mais privé d'une entrée solennelle dans la ville, il se contenta de faire por­
4
ter en grande pompe le produit de ses victoires au trésor . Autrement dit,
Scipion, qui n'a pas triomphé, a eu quand même unθρίαμβος ; le triomphe
proprement dit, pour Polybe, qui n'a pas de mot pour le désigner, est donc
ailleurs que dans le cortège. L'acte que représente l'entrée dans la Ville est
en effet fondamental, au point que Cicéron, pourra se moquer de Gabinius,
5
entré en cachette et de nuit dans la ville, comme un envahisseur . Cicéron
6
paraît d'un avis différent à propos de Pison , mais, là encore, il insiste,
indépendamment de la question de l'exposition du butin, sur la manière
7
d'entrer dans Rome . On se rappelle que le premier triomphe prétorien,
0
celui de Purpureo, en 200, était dépourvu de pompa . Sa situation était
donc l'antithèse de celle de Scipion. Ce dernier avait eu un cortège glorieux,
mais pas de triomphe, le premier eut l'entrée solennelle mais pas de cortège.
Pour la tradition, seul Purpureo avait «triomphé».
Cette remarque de fond nous permet de passer à un historien volontiers
décrié par les hypercritiques, et qui, pourtant, a connu la République en ses
dernières années. Tite-Live est l'auteur antique à qui nous devons le plus
de notices triomphales. Or, sans même en faire l'inventaire exhaustif - qui
serait sans doute révélateur - , on peut noter que nombre de ses notices

4. Lrv., XXVIII, 38,4 : Ob has resgestas magis temptata est triumphi spes quam petita pertinaci
neminem ad earn diem triumphasse qui sine magistratu res gessisset constabat. (5) Senatu
est ingressus, argenti queprae se in aerarium tulit quattuordecim milia pondo trecenta quad
etsignati argenti magnum numerum [...].
5. Cic., Q_.fr-, 3,2,2: Cognosce nunc hominis audaciam et aliquid in re publica perdita delecta
Gabinius, quacumque ueniebat, triumphum se postulare dixisset subitoque bonus imperat
urbem hostium plane inuasisset, in senatum se non committebat.
6. O c , Pis., 25, 60: Vertes te ad alteram scholam; disseres de triumpho : «quid tandem habet ist
quid uincti ante currum duces, quid simulacra oppidorum, quidaurum, quid argentum, quid
equis et tribuni, quid clamor militum, quid tota illa pompa ì Inania sunt ista, mihi crede, del
paenepuerorum, captare plausus, uehi per urbem, conspici uelle. »
7. Ibid., 61: Quin tu me uides qui, ex qua prouincia T. Fkmininus, L . Paulus, Q. Metellus,
T. Didius, innumerabiles alti Imitate et cupiditate commoti triumpharunt, ex ea sic redii u
Esquilinam Macedonicam lauream concukarim, ipse cum hominibus quindecim male uestit
Caelimontanam sitiens peruenerim; quo infocomihi libertus praeclaro imperatori domum
biduo ante conduxerat; quae uacua si nonfuisset, in campo Marno mihi tabernaculum con
8. Lrv., XXXI, 49, 2 : Triumphauit de Gallis in magistratu L. Furiuspraetor et in aerarium tulit tre
uiginti milia aeris, argenti centum septuaginta milia mille quingentos. (3) Neque captiui
currum ducti neque spolia praelata neque milites secuti : omnia praeter uictoriam penes co
apparebat.

133
MICHEL TARPIN

comportent des tournures stéréotypées, comme triumphans in Romam rediit


(I, 38, 3) ; I I , 20,13 ; IV, 10, 7; IV, 20,1 ; V, 49,7 ; V I , 4,1), triumphans in
urbem inuehitur (IV, 29, 4), triumphans in urbem inire (III, 24, 8 ; V I I , 13,
10) triumphans inuectus urbem (IV, 29, 4), Romam reuertit triumphans (VI,
29, 8), triumphans Romam reduxit(scil exercitum) (IV, 34, 4). L'expression
triumphum egit n'exclut absolument pas la double composante du triom­
phe. Simplement, il semble que Tite-Live, plus que Polybe, insiste sur le
cortège, ce qui est très net à propos du triomphe de Paul Emile, peut-être
parce que cela permet d'accentuer le rôle du sénat, dont les membres avan­
cent en tête de cortège ou font compagnie au triomphateur. Tite-Live, au
contraire de Polybe, donne systématiquement les masses de métal précieux
et de monnaies portées à Xaeranum-, une donnée qui est sans doute aussi
d'origine sénatoriale. L'expression n'est d'ailleurs pas une invention de l'histo­
rien, puisqu'elle figure sur l'inscription de Sempronius Tuditanus, cos. 129 à
Aquilée : [ita Romaje egit triumpu[m] {CIL, X, 3 ; ILS, 8885 ; ILLRP, 334).
Faute d'attestation claire chez les auteurs purement républicains, je me
permettrais ici d'introduire le lexique deTite Live, chez qui le général entre
en Ville en portant ou conduisant devant lui le butin et les captifs. Par
exemple, à propos du triomphe de M . Geganius (IV, 10, 7) : Consul trium­
phans in urbem redit Cluilio duce Volscorum ante currum ducto praehtisque
spoliis, quibus dearmatum exercitum hostium sub iugum miserat Tite-Live ne
dit en général rien de l'armée qui accompagne le triomphateur : son récit est
donc l'exacte complément de celui de Polybe. Le premier se concentre sur
le butin, les captifs et le vainqueur (l'avant du cortège), tandis que le second
insiste sur le rôle du chef qui ramène l'armée à Rome (la deuxième partie
du cortège). Ce sont là des choix historiques cohérents avec les intentions
des historiens : il serait vain de chercher dans cette nuance une erreur systé­
matique de la part de Tite-Live. En outre, Tite-Live a connu les somptueux
triomphes de la République finissante, riches d'or et d'objets de prix, mais
souvent dépourvus de soldats-citoyens du fait des délais d'attente.
Enfin, i l faut noter que Polybe laisse planer une certaine incertitude
quant aux compétences du sénat en matière de triomphe. L'historien précise
certes que le sénat peut faire obstruction à un triomphe, voire l'empêcher
complètement, mais on oublie trop souvent l'explication qu'il donne : le
pouvoir d'obstruction du sénat repose sur sa capacité à refuser les fonds
9
nécessaires à la cérémonie . Dans son lexique, tel que nous l'avons vu,
le choix de ne parler ici que du θρίαμβος, c'est à dire du cortège, dont
l'apparat est évidemment fort coûteux, est révélateur. Les mésaventure de
Scipion Nasica, qui avait oublié de conserver par devers lui une somme
assez importante pour célébrer les jeux qu'il avait voués, rappelle que le
sénat se pose en bon gestionnaire et n'apprécie pas qu'on lui demande

9. POLYB., VI, 15, 8 : τους γαρπροσαγορευομένους παρ' αύτοίςθριάμβους, δι'ωνύπο τηνδψιν


άγεται τοίςπολιταις υπό των στρατηγών η τωνκατειργασμενωνπραγμάτων ενάργεια, τούτους
ου δύνανται χειρίζειν ωςπρέπει, ποτέ δέ τοπαράπαν ουδέ συντελείν, εάν μη το συνέδριον
συγκαταθηται καιδω την εις ταύταδαπάνην.

134
LE TRIOMPHE D'AUGUSTE: HÉRITAGE DE LA RÉPUBLIQUE OU RÉVOLUTION?

10
de l'argent a posteriori . Pour le reste, ni le texte de Polybe ni les notices
liviennes, pourtant souvent sénatoriales, n'indiquent que l'accord du sénat
n
soit obligatoire pour triompher au sens moderne du m o t . On ne manque
pas d'épisodes dans lesquels des généraux triomphent de leur seule volonté.
Et ce même Nasica, après sa victoire sur les Boïens, aurait licencié son armée
en lui donnant rendez-vous pour le triomphe sans même attendre un avis
du sénat. La recherche des «critères» d'attribution du triomphe est donc
passablement vaine, pour la simple raison que le pouvoir du sénat en ce
domaine est un pouvoir d'obstruction, qui va croissant avec le temps, et
12
non une obligation légale . Il n'y a d'ailleurs pratiquement pas de mention
de texte normatif, si ce n'est la loi, très discutée, qui limiterait la capacité
à triompher en fonction du nombre d'ennemis tués (5 000 au minimum),
pour éviter que n'importe qui ne puisse triompher (VAL. MAX., I I , 8, 1 ;
OROS., V, 4, 7). Mais, là encore, les sources ne précisent pas si la loi porte
sur l'entrée cérémonielle de l'armée dans la ville ou sur le cortège.
En bonne logique, l'application de la loi est du ressort des magistrats,
ce qui peut expliquer que le scandaleux triomphe d'Ap. Claudius Pulcher
en 143 se soit heurté au veto d'un tribun de la plèbe et que le consul ait dû
13
prendre sa sœur, vestale, sur son char, pour bénéficier de son immunité .
Le sénat paraît avoir été impuissant. Mais surtout, il faut tenir compte
de la modification du statut des triomphateurs pour mieux comprendre
l'écart entre Polybe et Tite-Live sans avoir à rechercher une manipulation
er
historique de la part du second: les triomphes du I siècle sont le fait de
promagistrats, qui ne peuvent légalement entrer dans la ville devant leur
armée que s'ils sont revêtus d'un imperium compétent; et cet imperium
doit justement être voté sous la forme d'une lex. L'exemple bien connu du
scandaleux triomphe de Pomptinus, en 54 éclaire parfaitement la situation :
Cicéron le rappelle, la loi avait été votée avant l'aube - ce qui l'invalidait
d'office - et par une poigné d'amis de l'impétrant, conduits par Servius
Galba, qui avait été son légat durant la campagne. Il avait fallu acheter, et
fort cher, des témoins (Cic., Att., 4,18). \1 imperium voté, la seule opposi­
tion possible est la force: plusieurs magistrats, dont l'inévitable Caton, alors
préteur, tentent de bloquer le cortège à la porta triumphalis. Des magistrats
de plus haut rang, comme le consul Ap. Claudius Pulcher, et des consulaires

10. Cf. ABERSON M., Temples votifs et butin de guerre dans k Rome républicaine, Rome, 1994,
p. 22-26. Liv., XXXVI, 36,2 : Nouum atque iniquumpostukre est uisus; censuerunt ergo quos l
+ sine consultu senatus + ex sua unius sententia uouisset, eos uel de manubiis, si quam pecu
reseruasset, uel sua ipse impensafaceret.
11. Si Ton admet, comme je le fais, queθρίαμβος/triumphus désigne le cortège proprement dit, et
non la procédure d'entrée de l'armée dans la ville, la mention d'un triomphe «décrété» pour
Cincinnatus ne fait pas problème : le sénat peut décider definancerle cortège (et le coût important
des victimes) en faveur du héros, dont on doit supposer qu'il n'aura presque pas écorné les finances
publiques qui lui ont été confiées pour la guerre, puisqu'elle n'a duré que vingt jours (EVTROP.,
II, 2, 2 : Quae omnia ab eo gesta sunt uiginti diebus, triumphusque ipsi decretus). Le Sénat
comme un général face à un héros: il paie la récompense.
12. On ne saurait opposer l'exemple de Scipion, cité ci-dessus. Son imperium de priuatus ne lui donnait
aucune autorité pour pénétrer en armes dans YVrbs.
13. Cic, Pro Caelio, 14,34 ; VAL. MAX., V, 4, 6 ; SVET., Tib., 2, 9 ; OROS., V, 4, 7.

135
MICHEL TARPIN

influents comme Cicéron, encadrent le char pour le protéger. L'affaire se


termine en émeute. Mais, il faut insister, Pomptinus n'est que promagis­
trat; en aucun cas il n'est mentionné la possibilité d'empêcher légalement
un magistrat en fonction d'entrer dans la ville à la tête de son armée. Or
er
les triomphes républicains les mieux documentés sont ceux du I siècle et
14
ne sont presque jamais le fait de magistrats en fonction . Une exception
cependant: le triple triomphe d'Octavien. Consul sans interruption de 31 à
23, il était triumvir durant la campagne d'Illyrie. Quoi qu'il en soit, et avant
même de voir ce que disent les sources de son triomphe, il faut donc noter
qu'il est le seul consul triomphant de la période. Son triomphe s'apparente
e e
donc à ceux des grands généraux du 111 et du II siècles. Je rappelle aussi
pour mémoire que le triomphe de 29 ne ferme pas la porte aux triomphes
des promagistrats. Ce n'est qu'en 19 que s'arrêtent les triomphes accordés
à des promagistrats qui ne sont pas issus de la famille impériale. En outre,
15
comme je l'ai rappelé, le triomphe se raréfie globalement sous l'Empire .

Le triomphe d'août 29 :
rituel révolutionnaire ou triomphe républicain?

Le triple triomphe d'Octavien, en août 29, ne nous est paradoxalement


pas si bien connu. Pourtant, l'importance de ce moment dans la formation
du nouveau régime paraît bien réelle, et le faste de la cérémonie a certaine­
ment marqué les esprits. Dion Cassius affirme qu'il y eut tellement d'argent
distribué que le taux de l'emprunt chuta au tiers du taux habituel. Et il faut
penser que l'on présenta aussi les trésors d'Alexandrie qui permirent d'orner
la ville, de restaurer quelque quatre-vingts temple et de construire le forum
d'Auguste. Le texte de Dion, qui constitue le témoignage indirect le plus
complet ne dit en fait pas grand chose. Suétone se contente de plagier les
16
Res Gestae en séparant les deux ovations et les trois triomphes curules . La
17
periocha 135 de Tite-Live est encore plus brève. Pour D i o n la séquence
est la suivante :
Lorsque parvient à Rome la nouvelle de la victoire d'Actium (certaine­
ment encore en 31), on prit un train de mesures honorifiques. La première

14. Si Ton suit les tableaux de T. ITGENSHORST, ont triomphé comme consuls: Cn. Pompeius Sex.
f. Cn. n. Strabo co(n)s(ul) de Asculaneis Picentibus (89); Q. Fabius Q.f Q. n. Maximus co(n)s
ex Hispania (45) ; L. Antonius M. f. M. n. co(n)s(ul) exAlpibus (41) ; L. Marcius L.f. C. n. Cen
rinus co(n)s(ul) ex Macedonia (39). Il faut y ajouter César, comme dictateur en 46 et 45, ainsi que
le triomphe de 40, célébré par Marc Antoine et Octavien pour avoir fait la paix. À l'exception
du triomphe de Pompeius Strabo, tous les autres sont des triomphes des guerres civiles. Et le
précédent triomphe consulaire datait de 129: C. Semfpjronius Cf. C. n. Tuditan(us) co(n)s(ul)
de Iapudibus.
15. Près d'un quart des mentions de triomphes chez Suétone se trouvent dans la vie de César.
16. S VET., Aug., 22, 1 : Bis ouans ingressus est urbem, post Philippense et rursus post Siculum
Curulis triumphos tris egit, Delmaticum, Actiacum, Alexandrinum continuo triduo omnes
17. Le texte de Dion est en effet le principal document. La mention du triomphe de 29 chez Velleius
(II, 89) n'apporte strictement rien.

136
LE TRIOMPHE D'AUGUSTE: HÉRITAGE DE LA RÉPUBLIQUE OU RÉVOLUTION?

18
mentionnée (LI, 19, 1) est le vote de νικητήρια en l'honneur d'Octavien .
Le mot n'est guère employé pour désigner le triomphe. À Athènes, il cor­
respond à une fête mal connue du mois de Boedromion, peut-être ajustée
sur la célébration de la victoire de Platée. I l est aussi décidé que le Vestales,
le sénat et le peuple iraient l'attendre hors de Rome, rôle normalement
19
dévolu aux proches du magistrat vainqueur (LI, 19, 2). Cet honneur fut
décliné (LI, 20, 4). L'été suivant, à l'annonce de la mort de Marc Antoine
(LI, 19, 4-5), on vota de nouveaux honneurs, dont des couronnes, des
20
supplications d'action de grâce et des επινίκια . Le mot, qui est le titre
donné aux poèmes de Pindare, est sans doute ici synonyme de νικητήρια.
La traduction de M.-L. Freyburger et de J.-M. Roddaz adopte pour les
deux termes la traduction « triomphe ». Cependant ce vote intervient avant
er
la validation des actes du consul, qui ne prit place que le 1 janvier 29
(LI, 20, 1). D'ordinaire, la ratification des actes, sur rapport du magistrat
intervient avant la délibération sur le triomphe. Cependant, on peut sup­
poser que fut reproduit de précédent de Cincinnatus, c'est-à-dire la décision
de financer une pompé pour célébrer la victoire sur Cléopâtre, puis sur
l'Egypte. Le verbe αγαγείν rappelle justement la distinction que j'ai relevée
plus haut entre l'entrée en ville de l'armée et le cortège.
Dès le premier janvier du cinquième consulat d'Octavien (29 av. J.-C),
21
ses actes furent ratifiés en bloc , ce qui ramenait le jeune homme à la posi­
tion normale d'un magistrat s'apprêtant à triompher.
Octavien rentre en Ville (LI, 2 1 , 1 : και αυτού ές την πόλιν έσελθόντος
οιτε άλλοι αθυσαν). L'expression désigne très certainement l'aggloméra­
tion et non le pomerium. À cette occasion, Potitus, le consul sufFect, offre
des sacrifices d'action de grâce au nom du peuple et du sénat, ce qui, dit
22
Dion, ne s'était jamais produit auparavant . Octavien félicite ses officiers
et les décore, en même temps qu'il fait une distribution à ses hommes.
Cela correspond à une contio classique. Nous en avons mention surtout
sur le champ de bataille, le lendemain de la victoire, mais il est plus que
probable que les contiones pré-triomphales étaient de norme, même si
25
nous n'en avons que de rares mentions . Octavien procéda aussi à une

18. DION, LI, 19, 1: τάτε γαρ νικητήρια αύτω,ωςκαι της Κλεοπάτρας,και αψίδα τροπαιοφόρον
εν τε τω Βρεντεσίωκαιέτέραν εν τη 'Ρωμαία άγοραέδωκαν.
19. On pressent ici révolution qui conduira Auguste à se poser au centre de son forum, entouré des
summi uiri comme un patricien au milieu de ses ancêtres:Γ identification de l'État comme famille
du futur Auguste est déjà en cours après Actium.
20. DION, LI, 19, 5 : και προσεψηφισαντο τω Καισαρικαι στεφάνουςκαι ιερομηνίαςπολλάς,και
αύτωκαιέτερα επινίκιαως καί των Αιγυπτίων αγαγείν εδοσαν.
21. D I O N , LI, 20, 1 : τότε μεν δη ταΰτ'έγνώσθη, ύπατεύοντος δ' αυτού το πέμπτον μετάΣέξτου
Άπουλειου τά τεπραχβένταύπ' αυτούπάντα εν αύτη τη τοΰ Ιανουαρίου νουμηνία ορκοις
έβεβαιώσαντο.
22. D I O N , LI, 21, 2: ούτος (ΠοτΓΐος) ούν δημοσίακαι αυτόςυπέρ τε τοΰ δήμου καιυπέρ της
βουλής επί τη τοΰ Καίσαρος άφΰξει έβουθύτησεν' δ μήπω πρότερον επί μηδενός άλλου
έγεγόνει.
23. PINA POLO Fr., Las contiones civiles y militares en Roma, Saragosse 1989, p. 199-208; PINA POLO,
«Procédures and functions of civil and military "condones" in Rome», Klio 77, 1995, p. 203-
216, p. 214-215 ; DAVID J.-M., «Les "contiones"militaires des colonnes trajane et aurélienne: les
nécessités de l'adhésion », SCHEID J. et H U E T V. (dir.), Autour de h cohnne aurélienne, Turnhout

137
MICHEL TARPIN

remise de dettes et refusa toutes les couronnes votées par les cités italiennes
(LI, 2 1 , 4). Cela se place forcément avant le triomphe, puisque les couron­
nes sont normalement destinées à y être présentées.
Dion enchaîne directement sur le triomphe proprement dit, qui est très
brièvement décrit: premier jour: victoires de 3 5 / 4 sur les Pannoniens, les
Dalmates, les Iapyges, quelques Gaulois et Germains (LI, 2 1 , 5). Octavien
exploite sans doute son autorité sur Caius Carrinas, qui avait remporté
24
des victoires en Gaule . Mais les Fastes semblent indiquer que Carrinas a
triomphé en 28. Deuxième jour: victoire d'Actium; troisième jour : victoire
d'Alexandrie (LI, 2 1 , 7 ) . Dion précise cependant que le butin d'Egypte
25
servit aux trois triomphes , ce qui est bien probable, les victoires, d'ailleurs
discutables, de Pannonie n'ayant sans doute pas donné grand chose de spec­
taculaire. La célèbre mention de la statue de Cléopâtre, remplaçant la reine
qu'Octavien n'avait pu prendre vivante, en position de suicide n'a rien pour
surprendre (LI, 2 1 , 8) : elle figure dans le cortège, en avant du char, ce qui
est la place des captifs (μετά τε των άλλων αιχμαλώτων), comme l'indique
par ailleurs la présence de ses enfants. Pompée avait déjà fait figurer dans
son cortège l'image de Mithridate se suicidant, ainsi que celles des membres
de sa familles qui l'avaient suivi dans la mort. Bien auparavant, Scipion
avait fait figurer dans son cortège un tableau représentant Hannibal en fuite
(SILIVS, 17, 6 4 3 - 6 4 4 ) . En effet, le général punique n'avait pas été capturé.
Dion précise, lorsqu'il arrive à la position d'Octavien, que ce der­
nier avait suivi précisément la tradition (LI, 2 1 , 9 : τα μεν αλλα κατά το
νομιζόμενον έπραξε). La suite met en évidence ce qui est pour Dion une
anomalie dans ce triomphe: le second consul, ainsi que les sénateurs sui­
26
vaient le char, au lieu de le précéder, comme le voudrait la coutume . Là
s'arrête la description du triomphe. Celui-ci achevé, Octavien s'occupa des
jeux, des dédicaces et des temples.
Si nous tentons maintenant de comparer les éléments du rituel répu­
blicain, au sens où l'entend T. Itgenshorst, et cette brève description du
triomphe de 29, il est difficile d'identifier des différences vraiment notables.
Le retour à Rome, accompagné au moins d'une partie de l'armée est parfai­
tement naturel. Le refus de l'or coronaire et la remise des dettes ne peuvent
prendre place qu'en amont du triomphe, et ne constituent donc pas une
révolution dans la pratique du triomphe. En revanche, le sacrifice d'ac-

2000, p. 213-226. Fulvius Nobilior tint une contio dans le cirque de Flaminius avant d'entrer en
ville (Lrv. XXXLX, 5, 17). On rencontre même la mention d'une contio le lendemain du triomphe,
ce qui est surprenant, puisque le général a alors déposé son imperium: Lrv., XXXVI, 40, 14.
24. Cf. Lrv., Per., 131, 2 : Caesar seditionem ueteranorum cum magnapernicie motam inhibuit, Iapyd
et Dalmatas et Pannonios subegit.
25. Dio, LI, 21,7 : επιφανείς μενδη καί αί αλλαιπομπαίδια τα άπ' αυτής (seil. Αιγύπτου)λάφυρα
έγένοντο (τοσαΰτα γάρ ήθροίσθη ωστε πάσαις έπαρκέσαι), πολυτελέστατη δ' ούν καί
αξιοπρεπέστατη αΰτηή Αιγύπτια.
26. Dio, LI, 21,9:Μετάδε δη τοΰτο ο Καίσαρέφ' απασιν αύτοίςέσελάσας τα μεν αλλακατά
το νομιζόμενονέπραξε, τονδε δη συνύπατον τους τε λοιπούς άρχονταςπεριείδε παρά το
καθεστηκοςέπισπομενους οί μετά τωνλοιπώνβουλευτών τών συννενικηκότων* είωθεσαν
γαρ οι μενήγείσθαι οιδεέφέπεσθαι.

138
L E T R I O M P H E D ' A U G U S T E : HÉRITAGE D E L A RÉPUBLIQUE O U RÉVOLUTION?

tion de grâce célébré par le consul suffect Potitus est tout-à-fait nouveau,
selon Dion. La pratique de Taction de grâce est cependant bien attestée à
Rome (HALKIN L., Les supplications d'actions de grâce chez les Romains, Paris,
1953 ; FREYBURGER G., «La supplication d'action de grâces sous le Haut
Empire», ANRW, I I . 1 6 . 2 , 1 9 7 8 , p. 1 4 1 8 - 1 4 3 9 ) . La nouveauté peut être
cherchée dans le thème du sacrifice, réalisé en vue du retour d'Octavien.
Les actions de grâce traditionnelles visent à remercier les dieux pour leur
action positive en faveur de Rome (cf., par exemple, Lrv., XXXVI, 2). Ici,
on voit poindre les vœux impériaux, liés à la santé, au voyage ou au retour
du Prince. L'expression adoptée par Dion n'exclut d'ailleurs pas que la pro­
cédure se soit reproduite par la suite, voire soit devenue rituelle, à l'occasion
de Xaduentus. Il n'est peut-être pas indifférent que Dion ait choisi de placer
le récit du triomphe immédiatement après les honneurs divins acceptés par
Octavien en Orient, et après la remarque que seuls les mauvais empereurs
avaient accepté des sanctuaires à leur noms en Italie.

Figure 1. — Légende à venir.

L'autre étrangeté, bien relevée comme telle par Dion, est la position des
sénateurs, qui suivent le cortège au lieu de le précéder. En effet, la tradi­
tion, bien représentée par Tite-Live, mais aussi par Denys d'Halicarnasse,
veut que la population de la ville, sénat en tête, accueille le vainqueur et le
guide en quelque sorte dans la ville. C'est en somme la vision développée
de la scène iïaduentus des reliefs de la Chancellerie : on y voit Domitien,
encadré par le Sénat et le Peuple romain, accueillir Vespasien, couronné
par la Victoire (fig. 1). Rien n'indique que l'ordre adopté par Octavien ait

139
M I C H E L T A R P I N

été suivi par les empereurs postérieurs. Le récit de Flavius Josephe (VII, 5,
4-5) ignore autant les sénateurs que les soldats. Les petites frises de Tare de
Titus et de l'arc de Trajan à Bénévent ne donnent pas non plus d'indica­
tion directe. On pourrait à la rigueur supposer que les deux personnages
acéphales qui accompagnent Titus sur le relief intérieur nord de l'arc de
la voie sacré soient le peuple et le sénat (plutôt quHonos et Virtus), ce qui
indiquerait l'adoption définitive de la procédure augustéenne (fig. 2).

Figure 2. — Légende à venir.

On retiendra donc la remarque de Dion, à savoir que cette disposition


était contraire à la tradition. Reste donc à l'expliquer. À mon sens, la raison
la plus simple est que le triomphe conclut une guerre pour laquelle toute
l'Italie avait prêté serment à Octavien. Ce dernier précise d'ailleurs, dans ses
27
Res Gestae, que plus de 700 sénateurs ont combattu sous ses enseignes .
Autrement dit, le serment les mettait en position de soldats et non plus
de représentants de l'autorité civile accueillant le vainqueur dans leur
Ville. L'exception relevée par Dion se comprend ainsi mieux, car elle se
justifie par une situation très particulière, qui était contraire à la pratique
républicaine.
Ces deux points mis à part, que nous reste-t-il pour tenter de montrer
que le triomphe d'Octavien n'était pas dans la tradition républicaine ? Peu
de choses en fait. I l est indéniable que la pratique du triomphe, et plus

27. RGDA, 25 : lurauit in mea uerba tota Italia sponte sua, et me belli quo uici ad Actium ducem depo-
poscit; iurauerunt in eadem uerba prouinciae Galliae, Hispaniae, Africa, Sicilia, Sardinia. Qui sub
signis mets tum militauerintfuerunt senatoresplures quam DCC, in iis qui uelantea uelpostea consul
facti sunt ad eum diem quo scripta sunt haec LXXXLII, sacerdotes circiter CLXX.

140
LE TRIOMPHE D'AUGUSTE: HÉRITAGE DE LA RÉPUBLIQUE OU RÉVOLUTION?

encore la manière de le raconter est en train de changer et que les récits


impériaux sont souvent ramenés à très peu de choses. Mais cela ne signifie
en rien qu'Octavien aurait changé d'un seul coup un rituel aussi bien ancré
dans les mentalités romaines et tellement caractéristique de Rome qu'on
ne parvient pas à lui trouver un véritable ancêtre hors d'Italie, voire hors
de Rome.

Le triomphe républicain et les sources impériales

Pour résumer l'évolution, on peut prendre comme point d'appui la


forme des notices triomphales. La thèse de T. Itgenshorst, comme l'ensem­
ble des travaux marqués par une démarche hypercritique, pose en a priori
la confusion ou la malhonnêteté des sources post-augustéennes, y compris
Tite-Live : le triomphe qu'ils décrivent serait celui de l'Empire et non celui
de la République. I l faut pourtant considérer que le triomphe n'est pas
une cérémonie figée : l'évolution des rapports entre magistrats et sénat,
l'amplification des butins et l'éloignement des champs de bataille suffisent
er e
à expliquer que le triomphe du I siècle ne soit plus celui du IV siècle. On
sait comment Florus faisait du triomphe sur Pyrrhus le début d'une certaine
28
décadence . De fait, l'évolution la plus importante est sans doute l'impor­
tance nouvelle accordée à la présentation du butin, qui devient l'élément
significatif du triomphe. On sait assez le soin que l'on prit dès les Guerres
Puniques pour donner au triomphe un apparat digne d'émouvoir. On pense
évidemment aux effets voulus par Paul Emile, qui avait pris soin d'emmener
un peintre athénien pour le décor de son triomphe. La mention par Polybe
deΓένεργεία du cortège — un concept sans doute emprunté aux péripaté-
ticiens ou aux stoïciens — montre que la notion d'impact du spectacle sur
e
le public était déjà bien assumée au II siècle. L'évolution se sent parfaite­
ment chez des auteurs comme Suétone, mais aussi chez Tite-Live parfois,
qui usent du verbe triumphare au lieu de la tournure composée qu'adopte
Polybe, et souvent Tite-Live lui-même ; tournure qui indique que l'on entre
en ville «triumphans». Cette forme n'est pas pour autant perdue. Appien,
dont T. Itgenshorst suppose qu'il décrit, à propos de Scipion, un triom­
phe impérial générique, utilise la forme polybienne (Punica, 9,65) : οδέ
Σκιπΐών ταύτα συνθεμένος εκ Λιβύης ές την Ίταλΐαν παντΐ τω στρατω
διεπλει, καιές την 'Ρώμηνέσήλαυνε θριαμβεύων (...)
En effet, il est clair que, très rapidement, certains éléments clés du
triomphe deviennent incompris. L'exemple le plus manifeste est la notion
de manubiae, directement liée à la victoire. Le long développement d'Aulu
Gelle, qui se cautionne de Favorinus d'Arles, montre bien que, de son

28. Ante hune diem nihil praeter pecora Volscorum, greges Sabinorum, carp
FLORVS, I , 13, 2 6 :
Gallorum,fractaSamnitium arma uidisses: tum si captiuos aspiceres, Molossi, Thessali, M
Bruttius, Apulus atque Lucanus; sipompam, aurum, purpura, signa tabuke Tarentinaeque
Sed nihil libentius populus Romanus asp exit quam illas, quam timuerat cum turribus suis b
non sine sensu captiuitatis submissis ceruicibus uictores equos sequebantur.

141
MICHEL TARPIN

temps, on ne parvenait plus à comprendre le sens de ce mot. Qui plus


est, les définitions qu'il va chercher dans les libri ueteres sont parfaitement
confuses, alors que ce mot correspond par force à un concept juridique
précis. Il paraît même probable que les inscriptions du forum de Trajan qui
suscitent cette discussion n'ont été faites que par imitation d'inscriptions
républicaines. En effet, les questions liées au partage du butin n'ont plus de
sens sous l'Empire, alors que toutes les guerres se font sous le même impe­
rium, que l'armée est professionnelle et que les butins, à de rares exceptions
29
près, ne sont plus vraiment spectaculaires .
En outre, deux grandes innovations viennent vider le triomphe de son
sens. D'une part, l'amplification de la cérémonie de départ et de retour de
l'empereur ôte tout son sens au retour formalisé du magistrat vainqueur
dans le cadre du triomphe. On notera d'ailleurs que le Prince, comme le
magistrat républicain, peut refuser cette grande manifestation, comme le fait
Auguste en 13, en choisissant de rentrer en Ville discrètement. I l y a donc
30
une claire rupture entre Yaduentus et la pompé . D'autre part, l'invention
des ornamenta dispense le général vainqueur d'un coûteux cortège, que le
sénat républicain ne finançait - s'il le faisait - qu'au prorata des sommes
déposées par le général dans Yaerarium. Les butins obtenus sur des petites
peuplades marginales ou dans des régions froides peu urbanisées ne cou­
vrant sans doute guère les frais de la guerre, il était sans doute préférable de
limiter les dépenses. Vespasien et Trajan, ramenant d'importantes quantités
d'argent, ont pu tout simplement réactiver une procédure spectaculaire.
En somme, rien ne montre qu'Auguste ait eu l'intention de révolutionner
le triomphe. Il me semble même que celui de 29 s'inscrit assez bien dans une
tradition déjà malmenée par les scandales de la République finissante. Ce
n'est certainement pas son action volontaire qui a conduit les auteurs impé­
riaux à modifier leur lexique et à donner parfois une vision un peu biaisée
du triomphe républicain, mais plutôt l'évolution interne du régime et d'une
cérémonie qui basculait, depuis Scipion, Flamininus et autres Manlius Vulso,
dans la théâtralisation du butin. Le fait que l'on puisse retrouver encore chez
Appien des tournures identiques à celles de Polybe suffit à montrer que,
comme on pouvait s'y attendre, le mode de description dépend tout simple­
ment des sources consultées et du travail de réécriture de chaque historien,
cherchant, comme le veut la discipline, une cohérence dans les informations
lacunaires dont il dispose. Pour le reste, il faut plutôt penser que le triomphe
est une cérémonie ancienne qui a beaucoup évolué sous la République,
avant de se figer dans un rituel archéologique sous l'Empire. Constance I I ,
adoptant la procédure du triomphe lors de son aduentus en 356 (AMMIAN,
XVI, 10, 1-12), n'avait sans doute même plus conscience qu'il singeait un
rituel déjà figé par des gens qui ne le comprenaient plus qu'à moitié.

29. G E L L . , XIII, 25. Cf. TARPIN M., Manubiae, à paraître.


30. On pourrait relever qu'en choisissant de privilégier l'entrée en ville comme élément sacralisant de la
fonction impériale, Auguste et ses successeurs évoquaient Pacte primordial du triomphe : le retour
en ville du magistrat et de son armée.

142
Deuxième partie

La Res publica restituta


dans le discours officiel
Aspects numismatiques de la
1
Res publica restituta augustéenne

Arnaud SUSPÈNE

C'est en partie à une découverte numismatique que nous devons le


regain d'intérêt dont bénéficient depuis quelques années le règlement
augustéen et plus particulièrement le thème de la Res publica restituta, dont
on aurait pu penser pourtant tout savoir et avoir tout dit. En 1992 en effet,
le marché numismatique a vu apparaître le bel aureus de 28 av. J.-C. publié
2
dans le Numismatic Chronicle en 1999 et représenté sur l'affiche de notre
colloque. Signalons au passage qu'un deuxième exemplaire a récemment
3
été identifié dans les collections du musée de Blackburn où i l figurait
depuis longtemps sans avoir été repéré. Cette découverte lève tous les doutes
sur l'authenticité de la monnaie publiée par Rieh et Williams et confirme
l'importance des sources numismatiques, que nous sommes encore loin de
maîtriser complètement, en particulier pour la période augustéenne.
Cet étonnant aureus pose de nombreux problèmes. Le lieu même de sa
frappe n'est pas sans surprendre : le traitement du portrait au droit comme
la titulature le rapprochent de cistophores frappés en Orient au même
moment (ils portent aussi la mention du sixième consulat d'Octavien),
4
presque certainement à Ephèse . Sa légende et son type de revers ne se
comprennent pourtant que dans un contexte très romain. Octavien (plutôt
qu'un magistrat) y est représenté en toge, tenant à la main un volumen et
5
siégeant sur un siège curule . La légende mentionne les lois et les droits ou

1. Je remercie M. Michel Amandry, M. Jean-Louis Ferrary et M. John Scheid qui ont bien voulu lire
une version antérieure de cet article, et M. Dario Mantovani qui a généreusement accepté de me
communiquer avant sa publication dans Athenaeum l'article fondamental qu'il a consacré à Yaureus
de 28.
2. RICH J.W. et WILLIAMS J.H.C., « Leges et iura p.R. restituiti A New Aureus of Octavian and the
Setdement of 28-27 B.C. », NC 159, 1999, 169-213 (fig. I).
3. ABDY R. et HARLING N., «Two Important New Roman Coins», NC 164, 2005, 175-178. La
monnaiefiguraitdans la collection Hart, entrée au musée de Blackburn en 1946. Quoiqu'un peu
abîmée, elle reste parfaitement lisible, pèse un peu plus lourd que la monnaie publiée en 1999
(8,03 g contre 7,95 g) et a été frappée avec les mêmes coins.
4. Cf. RICH et WILLIAMS, « New Aureus », art. cit.
5. Pour une analyse de la scène, voir aussi ZEHNACKER H., « Quelques remarques sur le nouvel aureus
d'Octavien (28 av. J.-C.)», BSFN7003, p. 1-3.

145
ARNAUD SUSPÈNE

6
les pouvoirs du peuple romain : leges et iura PR restituii . On ne s'attendait
guère à ce qu'une pareille thématique se déploie sur une émission frappée
7
en Orient, fût-elle destinée à l'armée . I l faut probablement faire preuve
de prudence sur les conditions de production de ces monnaies, bien que
les parentés relevées par Rieh et Williams avec les cistophores soient incon­
testables : peut-être des graveurs avaient-ils suivi Octavien en Occident,
peut-être n'y a-t-il là qu'inspiration commune ou imitation. I l faut garder
en mémoire que rien n'est vraiment assuré à propos des ateliers monétaires
augustéens, surtout dans la première partie du principat, et il faut se défier
de l'aspect imposant des catalogues des grandes collections, comme du RIC
lui-même, qui présentent comme sûres des attributions qui sont de simples
8
(et souvent de fragiles) hypothèses .
La typologie de cet aureus intéresse de près le thème idéologique de
la Res publica restituta. Selon Rieh et Williams, la scène et la légende de
revers renvoient à l'abolition par Octavien d'un certain nombre de pratiques
abusives de l'époque triumvirale dans le domaine juridique, mais aussi, de
manière plus générale, au procédé graduel par lequel Octavien-Auguste, en
28 et en 27, revint à un fonctionnement traditionnel des institutions (par
exemple selon eux, le rétablissement des élections). En choisissant une inter­
prétation large, Rieh et Williams soulignent qu'Octavien-Auguste a pris
certaines mesures destinées à remettre à l'honneur la légalité républicaine
et à refaire de l'État romain ce que nous appellerions un État de droit.
Pourtant, leurs conclusions restent très prudentes sur l'utilisation du thème
de la Res publica restituta par Octavien-Auguste lui-même, en quoi ils tien­
9
nent compte des mises en garde de Miliar et de Judge .
Depuis la parution de l'article de Rieh et Williams, D . Mantovani a
suggéré de se montrer plus prudent encore en plaidant pour une inter­
prétation plus restrictive et plus technique du revers de Xaureus', il serait
simplement question du droit privé romain, que le Prince aurait remis à
neuf en le débarrassant des « superstructures » qui lui avaient été imposées

6. C'est à partir de cette légende que MILLAR F. («The First Revolution: Imperator Caesar, 36-28
BC », A. Giovannini (dir.), La Révolution Romaine après R Syme, Bilans et Perspectives, Vandœuvre
Genève, 2000, p. 1-31) suggère de rétablir [quod leges et iura]/p. R. restfijtufitj dans l'inscription
Inscrit., XIII, 2, p. 113.
7. La surprise est d'autant plus grande qu'à cette période même sont probablement frappées à Rome ou
dans ses environs des monnaies de campagne certes un peu en retrait par rapport à l'iconographie
triumvirale, mais dont les types sont nettement moins civiques que Y aureus oriental : e.g. la victoire
sur l'Egypte sur les deniers RIC 275b (fig. 8).
8. Cf. B U R N E T T Α., «Catalogues, coins and mints », JRS 1978, 173-178 (voir aussi RN 2002,
p. 426). Pour une présentation générale des hypothèses, voir WOLTERS R., «Die Organization der
Münzprägung in iulisch-claudischer Zeit», NZ 1999, 75-89; Nummi Signati. Untersuchungen zu
römischen Münzprägung und Geldwirtschafi. Vestigia 49, Munich, 1999, p. 115-144. Dans la préface
donnée en 2001 à la nouvelle édition de son catalogue, J.-B. Giard suggère qu'une refonte complète
serait nécessaire {Catalogue des Monnaies de L'Empire romain I. Auguste, Bibliothèque Nationa
France, Paris, 2001, p. ix).
9. MILLAR F., «Triumvirate and Principate»,JRS63, 1974, p. 50-67; JUDGE E A , «Respublica restituta.
A Modern Illusion ?», Polis and Imperium. Studies in Honour ofE. T. Salmon, Toronto, 1974, 279-
311.

146
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÊENNE

10
à l'époque triumvirale . I l n'y aurait donc aucune allusion à l'élection
des magistrats ni à une quelconque mesure concernant le droit public ou
les institutions, même implicitement : la mesure serait juridique et non
politique. Son raisonnement repose sur un certain nombre de parallèles
avec des usages de restituere (notamment dans les domaines de la santé et
n
de la construction ) et avec des occurrences de leges et iura en contexte
juridique, où cette expression désigne les normes définissant le droit objec­
tif romain, c'est-à-dire d'abord le droit privé. Mantovani propose aussi un
développement des lettres PR au génitif et non au datif, car le choix du datif
signifierait qu'Auguste aurait rendu ses lois au peuple romain selon une
formule utilisée pour une communauté vaincue ayant fait acte de deditio
et que le vainqueur souhaite rétablir dans une forme (très relative) d'auto­
nomie : une interprétation peu vraisemblable dans le contexte de 28-27, si
12
on en croit Dion et les Res gestae .
Que l'on suive Rieh et Williams ou Mantovani, i l est de toute façon
clair que Xaureus renvoie bien au rétablissement par Auguste d'une partie au
moins de la légalité traditionnelle dès 28 (ce qui confirme la chronologie des
RGDA et infirme celle de Dion), mais qu'il ne prouve ni qu'Auguste ait voulu
restaurer la République, c'est-à-dire le régime oligarchique lui-même, ce que
presque personne ne croit aujourd'hui, ni même qu'il ait prétendu le faire,
13
ce sur quoi les avis sont plus partagés ; et il faut reconnaître que Xaureus de
14
28 ne fait pas la moindre allusion à la Res publica en tant que telle .
Mais le nouvel aureus n'épuise pas les enseignements que la numis­
matique peut apporter à ce sujet. En effet, il existe plusieurs autres mon­
naies augustéennes dont les types et l'épigraphie évoquent explicitement la
Res publica.
C'est le cas en particulier de deux séries d'un triumvir monétaire de l'an­
née 16 av. J.-C, L. Mescinius Rufus, un des rares triumvirs dont l'activité
soit précisément datée (par la mention de la huitième puissance tribuni-
15
cienne d'Auguste sur un de ses aurei ). Ces séries sont connues de longue
date mais elles ne bénéficient pas toujours de l'attention souhaitée.

10. MANTOVANI D., « Leges et Iura P(opuli) R(omani) Restituii. Principe e diritto in un aureo di
Ottaviano», Athenaeum 96, 2008, p. 5-54.
11. Ajoutons une occurrence augustéenne de restituere presque contemporaine de Yaureus: la lettre
de L. Vinicius, proconsul d'Asie, ordonnant quefigurerincription Imp. Caesar Deiuei f. Augustus
restituii sur la chapelle du thiase de Kymé en vertu d'un édit consulaire de 27 (SEG, 18, 555;
RDGE61,1. 9). Sur les mots restituere/restitutio, voir les remarques de D. Mantovani, mais aussi les
analyses de RICH et WILLIAMS, «New Aureus », art. cit. ; KOMNICK H., Die Restitutionsmünzen der
frühen Kaiserzeit: Aspekte der Kaiserlegitimation, Berlin, 2001, p. 3-8; STROTHMANN M., August
- Vater der res publica. Zur Funktion der drei Begriffe restitutio - saeculum - pater patriae im augu
steischen Principat, Stuttgart, 2000, passim.
12. À cet argument, qui me semble décisif, D. Mantovani ajoute une série de parallèles tirés de l'usage
latin confirmant sa lecture.
13. Qu'Auguste ait fait preuve sur ce point d'une hypocrisie calculatrice est une idée que l'on trouve
fréquemment chez les auteurs modernes et quifiguredéjà dans Macrobe : itaque inter amicos dixit
duos habere sefiliasdelicatas, quas necesse haberetferre, rem publicam etluliam {Sat. II. 4. 2
14. C'est aussi pour cette raison que la démonstration de D. Mantovani, dont je n'ai mentionné plus
haut qu'une partie des arguments, me semble devoir emporter la conviction.
15. RIC550.

147
ARNAUD SUSPÈNE

La première série (RIC356; fig. 2) est composée uniquement de deniers


dont on ne connaît qu'un tout petit nombre d'exemplaires. Elle figure
très discrètement dans les grands catalogues et elle n'est jamais citée dans
les articles récents consacrés à la Res publica restituta. Elle a pourtant un
grand intérêt : les monnaies portent au droit le buste d'Auguste de face, sur
un bouclier rond entouré d'une couronne de feuillages (c'est la première
16
attestation, sur une monnaie, d'une forme à!imago clipeata promise à
une grande fortune dans l'iconographie impériale). La légende qui court
le long du bouclier est très difficile à lire, mais en combinant les exem­
plaires, on parvient à restituer: S(ENATVS) C(ONSVLTO) OB R(EM)
P(VBLICAM) CVMSALVT(E) IMP(ERATORIS) CAESAR(IS) AVGVS(TI)
17
CONS(ERVATAM) . Au revers figure Mars casqué debout de face, regar­
dant à gauche, sur un cippe, tenant une haste et un parazonium. Sur le cippe
on lit S(ENATVS)P(OPVLVS)Q_(VE)R(OMANVS) V(OTA) P(VBLICA)/
S(VSCEPTA) PR(0) S(ALVTE) ET/RED(ITV) AVGÇVSTI). L'allusion est
double: le droit fait référence à un SC correspondant à l'acquittement de
18
vœux publics pour le Salut du Prince . Ces vœux avaient été vraisem­
blablement pris par Octavien en 32, avant son départ pour la campagne
contre Cléopâtre, et ils furent régulièrement acquittés tous les 4 ans par la
19 20
célébration de Jeux . En 16 av. J.-C, un triumvirat monétaire avait pour
la première fois l'occasion de les rappeler sur une émission: lors des éditions
précédentes (28, 24 et 20), l'atelier de Rome ne fonctionnait pas ou bien
21
se limitait à des émissions de bronze, à la typologie limitée . L'insistance
sur ces vœux tient peut-être aussi à des complots auxquels le Prince aurait

16. Sur les imagines clipeatae, voir SAURON G., Quis deum ? L'expression plastique des idéologies pol
et religieuses à Rome à lafinde la République et au début du principat, Rome, 1994, p. 62-78. Sur
l'insertion a'imagines dans les enseignes militaires, voir COSME P., «L'image de l'empereur dans
les camps romains», MOLIN M. (dir.), Images et représentations du pouvoir et de l'ordre social da
l'Antiquité, Paris, 2001, p. 261-268.
17. C'est le mot CONS(eruatam) qui est le plus difficile à lire. Mais j'ai pu vérifier le texte sans doute
possible sur l'exemplaire BNC 343, grâce à l'obligeance de Dominique Hollard.
18. RGDA 9, 1; cf. S C H E I D J., «Les vœux pour le salut d'Octavien de 32 av. J.-Chr.
(RGDA 9, 1) », HANTOS Th. (dir.), Laurea internationalis. Festschrifi fur Jochen Bleichen zum 7
Geburstag, Stuttgart, 2003, p. 359-365. Ces vœux sont à distinguer des vœux annuels pour le
salut de la Res publica et du Sénat, auquel le Prince fut associé au moins depuis 30 av. J.-C.
(cf. SCHEID J., Romulus et sesfrères.Le collège desfrèresarvales, modèle du culte public romain d
k Rome des empereurs, Rome, 1990, p. 299-316).
19. On ne sait pas quelle était exactement la teneur de ces vœux. On avait quelques années plus tôt
décidé de célébrer des vœux annuels pro salute en l'honneur de César (sans doute conjointement
avec les vœux annuels pour la République et le Sénat) et peut-être ces vœux avaient-ils été aussi
prononcés pour les successeurs de Césars (cf. SCHEID J., Romulus et sesfrères,ibid.)', il y avait
eu aussi des vœux extraordinaires pour le Salut d'Hirtius en 43 (Cic. Phil. 7, 12; 10, 16). Un
précédent (mais dans le cadre italien et non romain) existait enfin en faveur de Pompée en 50
( C I C . Att. 8.16.1 ; VELLEIUS II, 48; D I O N XLI, 6, 3-4; cf. DALY L.W., Vota publica pro salute ali-
cuius, TAPha 81, 1950, p. 164-168). C'est peut-être en relation avec ces vœux que le monétaire
Mn. Acilius frappe la même année des monnaies évoquant au droit Salus, au revers Valetudo
(RRC442), une association intéressante puisque, comme le rappelle John SCHEID («Vœux», art. cit.,
p. 363), les Romains ne confondent jamais des vœux pour la Salus et des vœux pour la Valetudo.
20. L'existence d'émissions «espagnoles» (RIC57) commémorant ces vœux montre bien que les triu­
mvirs choisissaient leurs types en accord avec le Prince, dans le cadre d'un programme iconogra­
phique cohérent.
21. Voir infra.

148
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

récemment échappé (Dion mentionne qu'après l'octroi de la puissance tri-


bunicienne à Agrippa, plusieurs conspirations contre Auguste et lui furent
22
déjouées en 18 et après ). Le revers des monnaies de Mescinius Rufus
renvoie à une deuxième série de vœux pris pour assurer le retour du Prince
23
sain et sauf de la grande expédition qu'il s'apprêtait à conduire en Gaule .
Ajoutons enfin qu'il y eut aussi en 16 des vœux pour la santé d'Auguste,
24
attestés par l'émission d'un autre monétaire, Antistius Vêtus .
Ce qui est important pour nous est le lien explicitement établi par la
légende de droit entre le salut du Prince et la « conservation » de la Res
25
publica , au prix d'une formulation qui paraît assez inhabituelle. Notons
que le mot Res publica ne peut pas désigner ici une forme constitutionnelle,
mais plutôt Rome tout entière. L'iconographie de ce denier est également
très spectaculaire : un buste de face est chose rarissime et le pourtour du
bouclier sur lequel ce buste figure paraît orné avec un grand soin. Faut-il y
voir la trace d'un honneur supplémentaire en l'honneur d'Auguste à l'oc­
casion de l'acquittement des vœux en 16 ?
Toujours en 16 av. J.-C, le même monétaire a fait réaliser une autre
série de deniers qui a bénéficié d'un peu plus d'attention (RIC 358; fig. 4).
Rich et Williams la citent en note et Judge y fait une allusion en passant.
Les monnaies, qui sont également très rares, portent presque exclusive­
ment des textes épigraphiques, une habitude en vogue dans les années 17 à
15 et dont L. Mescinius Rufus semble s'être fait une spécialité. Le droit
est particulièrement saisissant : à l'intérieur d'une couronne <le chêne, on

22. D I O N L I V , 15, 1.
23. Sur une variante (RIC 357;fig.3), le revers porte un cippe encadré des lettres SC où se lit le texte
suivant: IMP/CAES/AVGV/COMM/CONS. La mention COMM CONS est souvent interprétée
communi consensu, mais on ne saurait exclure non plus communi conservatori, à cause des rapport
que ce titre aurait avec la légende de droit (cf. "WALLACE-HADRILL Α., « Image and authority in the
Coinage of Augustus », JRS 76, 1986, p. 66-87, n. 73 ; voir aussi la légende de RIC 99 : parenti
consumatori ì) suo et VITR., I., 1-2 : cum uero adtenderem te non solum de uita communi omnium
curam publicaeque rei constitutione habere). Ce revers se retrouve aussi, cependant, sur des mon­
naies qui ne portent pas la légende ob rem republicam conservatam où il paraît même plus fréquent
(RIC 358). Aussi ne faut-il peut-être pas chercher à mettre en rapport les légendes de droit et de
revers de la variante RIC 357. En faveur d'une interprétation communi consensu, avec d'intéressants
parallèles, cf. H U R L E T Fr., « Une décennie de recherches sur Auguste. Bilan historiographique »,
Anabases 6, 2007, p. 202.
24. Les émissions d'Antistius, qui sont réalisées avec beaucoup de soin (voir par exemple les aurei RIC
369, qui sont une des plus belles réussites de l'art monétaire augustéen), sont la seule référence
à la santé physique du Prince attestée entre 19 et 16, période pour laquelle Dion ne mentionne
aucune maladie. Il faut donc penser ou bien que le récit de Dion omet de signaler une rechute du
Prince en 16 (c'était l'hypothèse de Mattinglydans le BMCRE), ou bien que ces vœux sont liés
au souvenir du précédent voyage d'Auguste en Gaule, voyage au cours duquel le Prince avait été
très souffrant (cf. H E I N E N cité par Scheid, «Vœux», art. cit., p. 363). Enfin, il pourrait aussi s'agir
de la commémoration anniversaire d'un retour à la santé d'Auguste (cf. HORACE, Od. 2, 13 ; 3, 8
pour des parallèles).
25. L'expression Res publica conservata est connue aussi par une inscription ordinairement attribuée à
un arc honorifique en l'honneur d'Auguste et datée de 29 [CIL VI 873). L'inscription, aujourd'hui
disparue, mentionne simplement SENATVS POPVLVSQVE ROMANVS/IMP. CAESARI DIVI
NU F COS QVINCT/COS DESIGN SEXTIMP SEP/REPVBLICA CONSERVATA. Aucun lien
n'est établi entre le salut du Prince et la conservation de la République, mais le rapprochement avec
la légende de 16 incite à considérer que l'allusion n'est pas à une action ou à une mesure d'Octavien
mais au fait qu'il est sain et sauf, ce qui garantit la paix civile et les succès à l'extérieur.

149
ARNAUD SUSPÈNE

lit très facilement une dédicace à Jupiter Optimus Maximus qui doit se
développer comme suit: I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) S(ENATVS)
P(OPVLVS)Q(VE) R(OMANVS) V(OTA) S(VSCEPTA) PR(0) S(ALVTE)
IMP(ERATORIS) CAE(SARIS) QVOD PER EV(M) R(ES) P(VBLICA) IN
AMP(LIORE) ATÇtfVE) TRAN(QVILLIORE) S(TATV) E(ST). Le revers
porte le même type que sur une variante de rémission précédemment citée:
un cippe encadré des lettres SC et où Ton peut lire IMP/CAES/AVGVI
COMMICONS.
Ces monnaies renvoient également aux vœux pris en 32 et cette fois,
l'action du Prince sur la Res publica est évoquée en détail. Grâce à cette
monnaie, on a une idée plus claire de ce qu'Auguste a pu prétendre appor­
ter à la Res publica, et de ce que le Sénat et le peuple Romain ont souhaité
approuver de façon très solennelle à l'occasion de l'acquittement pério­
dique des vœux pris pour le salut du Prince : une nouvelle extension et
la paix (in ampliore atque tranquilliore statu). L'extension territoriale doit
faire allusion à la conquête de l'Egypte et de l'Arménie, la paix est un des
thèmes constants de la communication augustéenne, depuis les cistophores
d'Ephèse jusqu'à YAra Pacis.
Le texte épigraphique figurant sur la monnaie relève très certainement
du sénatus-consulte correspondant aux jeux de 16. Sa formulation fait pen­
ser à un texte de Valére Maxime rapportant une altération que Scipion
Emilien aurait introduite dans la prière des censeurs lors de sa censure de
142. Selon Valére Maxime, la prière habituelle était adressée aux di immor-
tales « utpopuli Romani res meliores amplioresque facerent». Mais Scipion, à
l'issue de sa censure, aurait déclaré: « satis bonae et magnae sunt: ita precor
ut easperpetuo incolumis seruent» et il aurait modifié le texte de la prière en
conséquence. La parenté entre le SC de la monnaie de 16 et la prière des
censeurs avant la modification supposée de Scipion est indubitable (amplior
par exemple ne se trouve que dans ces deux textes).
Il faut sans doute penser que le texte traditionnel de cette prière n'avait
26
pas été altéré par Scipion, contrairement à ce qu'affirme Valére Maxime , et
qu'Octavien-Auguste et le Sénat ont pu s'en inspirer ou bien dès 32, lors de
la prise des vœux correspondant à la campagne d'Egypte, ou bien en 30, ou
encore lors de la célébration des jeux en accomplissement de ces vœux.
Bien que la similitude générale entre les deux textes soit claire, il y a aussi
des différences notables. Tout d'abord, il ne s'agit pas du même contexte
rituel. D'autre part, l'action du Prince est directement mentionnée dans

26. C'est ce que pensait Astin en se fondant sur les travaux de ses prédécesseurs : la version de Valére
Maxime contredit une information de Cicéron, selon qui ce n'est pas Scipion mais son collègue qui
aurait prononcé la prière, et paraît invraisemblable aussi bien pour des raisons religieuses (pouvait-
on ainsi modifier une prière traditionnelle?), qu'historiques (la situation en 142 ne se prêtait pas
à une semblable autosatisfaction) ou politiques (les adversaires de Scipion n'auraient pas manqué
de lui reprocher une attitude si désinvolte). Pour toutes ces raisons, Astin pensait que l'anecdote
livrée par Valére Maxime avait été forgée sous Tibère au moment où l'on recherchait des cautions
pour renoncer à une politique d'expansion territoriale (ASTIN A.E., Scipio Aemilianus, Oxford,
1967, p. 325-331).

150
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

27
l'épigraphie monétaire au moyen de l'expression per eum , alors que la
prière des censeurs, de portée générale, n'était liée à l'action d'aucun magis­
trat en particulier. Le formulaire enfin comporte des écarts importants :
amplior est passé en première position et melior a laissé la place à tranquil-
lior, et à l'expression populi Romani res (au pluriel) a succédé Res publica
au singulier. Ces décalages, à l'intérieur d'une similitude globale, montrent
qu'un véritable travail de réécriture a été réalisé.
La prière des censeurs n'était au demeurant pas le seul modèle dispo­
nible : le texte de Tite-Live fournit un certain nombre de parallèles inté­
ressants. A plusieurs reprises dans le récit, notamment lors de la deuxième
guerre punique, des vœux sont pris pour que la République soit maintenue
28
à l'identique (in eodem statu esse/permanerei stare) sur une période fixe . Ce
sont des vœux à caractère défensif pris dans une situation de danger que
l'on soit en Italie ou dans une campagne lointaine (après Trasimène, avant
la campagne contre Persée, etc.).
Si d'après le témoignage de Tite-Live le formulaire traditionnel de prise
ponctuelle de vœux pour la préservation de la Res publica lors de circonstan­
29
ces particulièrement graves était plus modéré que la prière des censeurs ,
les vœux de 32 s'affirmaient comme une création très originale à l'inspi­
ration variée. Sans reproduire les vœux traditionnels pris par un magistrat
au moment de marcher à l'ennemi, ni reprendre strictement la prière des
censeurs, ces vœux s'ancraient dans la plus lointaine antiquité en même
temps qu'ils soulignaient l'importance inédite de la campagne de 32. Lors
de l'acquittement de ces vœux en 16 (et sans doute déjà en 28, 24 et 20),
on reconnut à Octavien-Auguste une influence déterminante sur le destin
30
impérial de Rome : sur ce point la présence du per eum est éloquente .
On peut sans doute être plus précis encore sur le sens de la légende
monétaire de 16: les adjectifs utilisés dans le formulaire renvoient certes à
l'expansion territoriale de Rome, mais aussi à la paix intérieure. L'adjectif
tranquillus en particulier est nouveau dans ce contexte et il sous-entend que

27. Cette expression est mal gravée sur un certain nombre de monnaies (GIARD, BNC345 par exemple),
signe quelle devait être inhabituelle et peut-être difficile à comprendre.
28. Lrv. 21.62.10 (en 218, à la suite de présages inouïs) : C. Atilius Serranuspraetor vota suscipere iussus
si in decern annos res publica eodem stetisset statu; Lrv. 22.9.10 (en 217, après consultation des libr
sibyllins, vœux de plus grande ampleur) si bellatum prospere esset res publica in eodem quo ante
bellum fuisset statupermansisset; Liv. 23.24.2 (en 208, vœux du dictateur T. Manlius Torquatus)
in quintum annum si eodem statu res publica staret (confirmé en Liv. 30.27.11) ; Lrv. 42.28.9
(en 172, vœux pour la guerre contre Persée) : Eodem die decreuit senatus C. Popilius consul ludospe
dies decern Ioni optimo maximofieriuoueret donaque circa omnia puluinaria dari, si res pub
annos in eodem statu fuisset. Dans tous les cas il s'agit de décisions officielles (sénatus-consultes ou
décision du dictateur; en 172, le grand pontife dicte la formule des vœux).
29. C'est ce formulaire qui a pu inspirer Valère-Maxime ou ses sources au moment de l'invention du
dictum de Scipion Emilien.
30. Quelques années plus tard, les Jeux Séculaires virent se développer d'autres formules adaptées au
projet d'expansion impériale mis en avant par Octavien. Voir SCHNEGG-KÖHLER B., Die augusteis­
chen Säkularspiele, Leipzig, 2002, lignes 96 et 129 (mais le texte est restitué d'après les documents
épigraphiques sévériens) : remquep(ublicam) populi R(omani) [Quiritium saluam seruetis maior
que faxitis...]; remquepublifcam p(opuli) R(omani) Quiritium saluam serues maioremque f

151
ARNAUD SUSPÈNE

31
la situation générale est stable et que la paix règne désormais . L'adjectif
amplus renvoie certainement à une extension territoriale mais il comporte
32
aussi une idée d'enrichissement et d'embellissement . L'expression Res
publica possède une riche polysémie (comme en témoignent les catégories
de sens isolées par Judge), bien plus que les res Populi romani de la prière
des censeurs, et renvoie peut-être à une forme de restauration légaliste que
33
le terme status peut également évoquer .
Assurément le SC correspondant aux vœux pro salute acquittés en 16,
et dont nous avons deux échos sur les monnaies de Mescinius Rufus, avait
34
été composé avec soin : il incorporait des éléments anciens empruntés à
la religion publique, reprenait et concluait l'impérialisme traditionnel et
caractérisait, sans entrer dans le détail et en restant à un niveau de généralité
qui pouvait tout laisser entendre, l'action bienfaisante du Prince sur une
Res publica dont il était désormais inséparable. Les jeux périodiques étaient
ainsi l'occasion pour le Sénat, au moyen de SC appropriés, de réaffirmer
solennellement l'indissoluble solidarité du Prince et de la Res publica, comme
les consuls et les prêtres le faisaient chaque début d'année au moins depuis
30 av. J.-C. à l'occasion des vœux annuels pour le salut de la République
35
et du Prince .
Enfin, une quatrième et dernière monnaie, tout aussi spectaculaire que
la monnaie de 28, touche directement à notre sujet, à la fois par sa typolo­
gie et par sa légende. I l s'agit là encore d'un aureus, probablement frappé à
Rome en 12 av. J.-C. par le triumvir monétaire Cossus Cornelius Lentulus
qui est sans doute le consul de 1 av. J.-C. La monnaie est connue par un
36
exemplaire unique, publié en I960 dans une revue italienne et appar-

31. Le seul point de comparaison livien ne laisse guère de doutes. Il s'agit du débat sur le sort des
Tarentins en 208 : Senatus consultum in sententiam M'. Acili factum est ut oppidum praesidio
diretur, Tarentinique omnes intra moenia continerentur, res integra postea referretur, cu
status Italiae esset (Lrv. 25.27.2).
32. Il me semble qu'on retrouve ces deux aspects, l'expansion et le renouvellement intérieur, sur l'ins­
cription sévérienne CIL VI 10333 = 31230 = 36881 (ob rem publicam restitutam imperiumque
populi Romani propagatum).
33. Cf. l'édit de date inconnue rapporté par Suétone « ita mihi saluam ac sospitem rem publicam in
sua sede liceat atque eius reifructum percipere, quem peto, ut optimi status auctor dicar et
feram mecum spem, mansura in uestigio suofondamentareipublicae quae iecero» (SUET. Aug.
Le mot status est commun aux deux textes ; dans Suétone, il a incontestablement un sens institu­
tionnel. Signalons que le texte de l'édit semble en contradiction avec une réflexion d'Auguste à
propos de Caton rapportée par Macrobe : quisquispraesentem statum ciuitatis commutari non u
etciuis et uir bonus est (Sat. II. 4. 18, cité par CARTLEDGE P., «The Second Thoughts of Augustus
on Res Publica in 28/27 B.C.», Hermathena 119, 1975, p. 30-40). Sur le texte de cet édit, qui
prouve qu'Auguste n'a pas caché qu'il avait modifié la Res publica, voir FERRARY J.-L., « Res publica
restituta et les pouvoirs d'Auguste», S. FRANCHET D'ESPEREY, V. FROMENTIN, S. GOTTELAND,
J.-M. RODDAZ (dir.), Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux, 2003, p. 419-428 ; pour sa date et
sa publication, voir GIRARDET Kl., « Das Edikt des Imperator Caesar in Suetons Augustusvita 28,
2. Politisches Programm und Publikationszeit», ZPE131, 2000, p. 231-243 (= Rom auf dem Weg
von der Republik zum Prinzipat, Bonn, 2007, p. 363-384).
34. SUTHERLAND C.H.V., Coinage in Roman Imperial Policy (31 B.C.-A.D. 68), Londres, 1951, p. 51
attribuait cette légende à un proche du régime et suggérait Tarius Rufus, alors consul et qui aurait
pu animer le Sénat.
35. SCHEID, Romulus et ses frères, op. cit., p. 299-301.
36. VERMEULE C , «Un aureo augusteo del magistrato monetario Cossus Lentulus», Numismatica,
1960, p. 5-11.

152
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÊENNE

tenant à une collection privée. Elle a néanmoins été enregistrée dans le


57
RICsoxis le numéro 413 (fig. 5) .
La pièce porte au droit le portrait d'Auguste tête nue à droite, avec la
légende AVGVSTVS DIVI F, et au revers une figure féminine agenouillée
à droite et donnant la main à un personnage en toge debout à droite, qui
semble faire le geste de la relever. Des légendes identifient les deux pro­
tagonistes: RES PVB à l'exergue et AVGVST verticalement. Le nom du
monétaire complète le revers. Ce type de représentation est bien connu
dans l'iconographie numismatique postérieure (pas sous les Julio-Claudiens
38
cependant ), comme aussi dans la sculpture. Il semble que nous ayons avec
39
cette monnaie le prototype de cette tradition figurative : les antécédents
républicains possibles ne correspondent pas exactement. Le plus proche
équivalent est une monnaie d'Aquillius où un soldat semble porter secours
à la Sicile agenouillée (fig. 7): c'est une allusion à la répression menée contre
les révoltes serviles du deuxième siècle av. J.-C. Cette monnaie, frappée en
40 41
70 av. J.-C. , a précisément fait l'objet d'une sorte de restauration par
un L. Aquillius Florus, sans doute en 19 av. J.-C. Il est difficile de voir dans
la monnaie de Cossus Lentulus autre chose qu'une illustration sous une
forme ou sous une autre du thème de la Res publica restituta, bien que nul
verbe ne vienne caractériser l'action d'Auguste. Il est cependant impossible
d'en donner une interprétation plus précise : là encore l'action bienfaisante
d'Auguste est présentée dans sa globalité. Comme la Sicile au deuxième
siècle, la République a été débarrassée des dangers qui la menaçaient, tirée
42
d'un triste état et rendue à la prospérité . Cela peut impliquer ou non un
retour à la légalité constitutionnelle républicaine. Avec cette monnaie se clôt
la série des émissions romaines mentionnant explicitement les rapports du
Prince et de la République ou le thème de la restitutio. Qu'en conclure ?
Un premier résultat est que le nouvel aureus n'est pas le document le
plus explicite dont nous disposions pour envisager les aspects numismati-

37. Cette monnaie est depuis passée en vente chez Leu (vente 54, 28 avril 1992, n° 216). Je remercie
M. Michel Amandry qui m'a fourni cette information.
38. Voir cependant le sesterce de Tibère pour les cités d'Asie, seule attestation d'une restitutio à l'époque
julio-claudienne {RIC4S).
39. VERMEULE, «aureo», art. cit., p. 9. Dans les représentations postérieures, la scène est souvent une
scène de restitutio et la légende le précise régulièrement. Sur les occurrencesflaviennesde cette
scène, voir la communication d'Emmanuelle Rosso dans ce même volume. L'exacte correspondance
de la typologie confirme l'authenticité de Vaureus RIC 413 et incite à considérer son type de revers
comme une scène de restitutio.
40. RRC 401/1. M. Crawford voit dans cette scène une allusion aux beneficia reçus par la Sicile. On
pourrait aussi citer une très rare monnaie d'un partisan de Sextus Pompée {RRC510/Ì). Crawford
évoque enfin les reliefs sculptés représentant César et Oikouménè (DION, XLIII, 15, 6 et 21, 1),
mais on ne sait pas quelle était exactement la nature de la scène. Les monnaies de Turpilianus (RIC
292) et d'Aquillius (RIC 306) portant Armenia capta citées par Vermeule comme un des modèles
possibles me semblent très différentes : l'Arménie (ou plutôt un Arménien) est en position de
suppliante et il n'y a personne pour recevoir sa reddition ou la relever.
41. Restauration partielle puisqu'elle ne concerne qu'une face de la monnaie (cf. K O M N I C K ,
Restitutionsmünzen, op. cit., p. 3-8), l'autre étant occupée par le portrait d'Auguste.
42. C'est plutôt ainsi qu'il faut comprendre la scène : la province n'est pas soumise, mais au contraire
restaurée (pace ZANKER P., The Power of Images in the Age of Augustus, Ann Arbor, 1988, p. 91, selon
qui \'aureus de Cossus Lentulus fait au contraire penser à l'humiliation des provinces).

153
ARNAUD SUSPÈNE

ques de la Res publica restituta: d'autres émissions font plus directement


référence à la République, soit dans l'épigraphie monétaire seule, soit dans
le texte épigraphique et dans le type. Ces émissions soulignent qu'Auguste
est indispensable à la République dont la conservation dépend de son exis­
tence {RIC356), qu'il l'a agrandie et pacifiée (RIC358) et enfin, au moyen
d'une scène dont le sens général est très clair, mais qui ne dit rien de précis,
43
qu'il l'a «relevée», «remise sur pied » (RIC413) : je ne crois pas qu'on ait
profit à sortir de la métaphore.
Un second résultat est que ces monnaies se répartissent sur un écart
chronologique assez important : les dates de 28 et de 16 av. J.-C. sont assu­
rées, et celle de 12 av. J.-C. très probable. Cette dernière date est d'ailleurs
significative: il s'agit là de la toute dernière émission d'or frappée à Rome.
À partir de 12, toutes les monnaies précieuses d'Occident sont frappées à
Lyon, avec une typologie beaucoup plus rigide obéissant à des intentions
très différentes. Cette dispersion chronologique prouve que la question des
rapports d'Auguste et de la Res publica, et plus particulièrement l'action
bienfaisante du Prince sur cette dernière, reste un thème important dans le
discours officiel romain au moins jusqu'en 12 avant et ne se limite pas aux
années cruciales 28 et 27 av. J.-C.
Un troisième résultat est peut-être plus important : la Res publica n'est
jamais évoquée seule et ne bénéficie jamais d'un traitement autonome sur les
monnaies. Elle est toujours l'objet de l'action d'Auguste. Ce qui compte dans
la Res publica restituta, c'estfinalementla restitutio plus que la République,
c'est l'action plus que le résultat. C'est là un moyen de reconnaître la place
centrale du sujet de l'action, le Prince, dans la vie politique romaine et son
influence décisive sur le destin collectif. De fait, toutes ces monnaies se révè­
lent d'une parfaite unité thématique : le droit et le revers ne se partagent pas,
comme il arrive parfois à cette époque, en un thème inspiré par le monétaire
et un thème plus directement augustéen. Le Prince est même représenté
44
personnellement sur les deux faces des aurei, ce qui est très significatif .
La présence de la Res publica sur les monnaies augustéennes est finalement
l'occasion de mettre en oeuvre une dialectique dont le vrai bénéficiaire est
le Prince. Ultime élément important : le rôle du Sénat, par la mention des
SC honorifiques surtout, et via l'action des triumvirs monétaires, qui relè­
45
vent du Sénat , est essentiel dans la célébration de l'action bénéfique du

43. C'est d'ailleurs un des sens de « restituera».


44. Cf. R I C H et WILLIAMS, «New Aureus», art. cit., p. 180 et les remarques de D . Mantovani, art. cit.
45. Je ne crois pas que les triumvirs monétaires aient pu être nommés par les consuls à une quel­
conque époque : ils me semblent relever d'une élection sous la République comme sous Auguste
(cf. MATTINGLY H . B . , «The management of the Roman Republican Mint», AHN29, 1982,
p. 9-46; SUSPÈNE A. «Sur la loi monétaire de c.212 [?]», CCG 13, 2002, p. 33-43; contra
BURNETT Α., «The Authority to Coin in the Late Republic and Early Empire», NC 17, 1977,
p. 37-63, p. 40). Il est de toute manière clair que les magistrats étaient élus au moins entre
23 et 13 av. J.-C. : une réforme intervenue cette année-là spécifie qu'ils étaient auparavant auto­
risés à entrer au Sénat après leur année de charge (DION, LIV, 26, 5-6; cf. BURNETT, « Authority
to coin», art. cit., p. 38, qui fait remonter l'instauration de la procédure électorale à une réforme
césarienne).

154
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

Prince sur la Res publica (mis à part sur Yaureus de 28, qui relève des mon­
nayages de campagne dans lesquels il était par définition impossible que le
Sénat intervînt, et à une date où de toute façon l'atelier de Rome n'était pas
en fonction). Le Sénat est donc au centre du processus d'élaboration du dis­
46
cours officiel . Dans une certaine mesure, ceci conduit à nuancer fortement
le célèbre passage des RGDA 34.1 par lequel Auguste évoque le transfert de
47
la République de son pouvoir à Yarbitrium du peuple et du Sénat : le Sénat
est certes en position de fonctionner normalement, en coopérant avec des
magistrats subalternes et en passant des SC. Mais il n'est pas le dépositaire
des intérêts de la République et il ne paraît pas en position de la diriger :
cela relève du Prince et les émissions monétaires évoquant la Res publica
sont très explicites sur ce point. L'on pourrait même dire qu'en célébrant les
mérites du Prince, le Sénat assure la continuité entre l'ancien régime et la
forme nouvelle qui lui a été conférée par Octavien-Auguste, dont il garantit
la légitimité. Je ne crois pas en tout cas que ces monnaies expriment une
nostalgie sénatoriale, ni qu'elles procèdent d'une tentative pour inspirer au
Prince un plus grand «républicanisme»: d'une part il y a une cohérence
entre les types de ces monnaies et Yaureus de 28, qui relève entièrement
d'Octavien-Auguste, ou les émissions d'Espagne qui dépendent de son légat;
d'autre part les monétaires sont très probablement d'ardents collaborateurs
du nouveau régime. Ainsi Mescinius Rufus exalte dans l'ensemble de son
monnayage tous les actes d'Auguste (dont, sur des aurei, les Jeux séculaires
accomplis par le Prince comme XVvir et la distribution des suffimenta à
laquelle il avait alors procédé) avec un zèle presque trop scrupuleux: on
connaît peu de coins par types, ce qui trahit probablement une volonté très
affirmée de varier la typologie afin de développer un discours complet, très
48
impérial dans le ton , plus même que les émissions des autres triumvirs de
16 dont la typologie fait parfois une certaine place à des thèmes personnels.
Quant à Cossus Cornelius Lentulus, le monétaire de 12 av. J.-C, c'est pro­
49
bablement un des grands proconsuls du principat d'Auguste .

46. Sur la question de la formation du discours numismatique, discours adressé au Prince par des
aristocrates, mais discours conçu en parfaite cohérence avec ses intentions, et en tenant compte
des attentes du peuple romain, voir la position équilibrée de WALLACE-HADRILL, « Image and
authority », art. cit., n. p. 68, et de LEVICK B., « Messages on the Roman coinage : types and inscrip­
tions», G.M. PAUL et M. IERARDI, Roman coins and Public Life under the Empire, Ann Arbor, 1999,
p. 41-60.
47. Rempublicam ex meapotestate in senatfuspopulique Rom]ani fajrbitrium transtuli (RGDA
48. Voir les remarques de SUTHERLAND C. H. V, «The senatorial gold and silver coinage of 16. BC »,
ÌVC3, 1943, p. 40-49. Il faut toutefois rester prudent sur la taille et l'organisation de l'émission,
en l'absence d'une étude détaillée sur le nombre "de coins et le rapport entre coins et exemplaires
conservés qui seule permettrait de conclure. Notons enfin que Mescinius est un des premiers
monétaires à ne pas faire systématiquementfigurerson titre de triumvir sur ses monnaies.
49. Sur ce personnage, voir en dernier lieu HURLET Fr., Le proconsul et le prince dAuguste à Dioclétien,
Bordeaux, 2006. Cossus Lentulus est le premier monétaire à ne jamais mentionner son titre sur ses
monnaies (Q. Rustius est un cas à part : on ne sait s'il s'agit d'un monétaire ou d'un représentant
du Prince, légat ou préfet, cf. Wallace-Hadrill, «Image and Authority », art. cit., p. 73, n. 63). Sur
l'appartenance des monétaires aux grandes familles de l'aristocratie augustéenne, voir WALLACE-
HADRILL, « Image and authority, art. cit. », p. 86 : on trouve un Statilius Taurus, un Calpurnius
Pison, un Asinius Gallus, un Rubellius Blandus, un Valerius Messala, etc. On rappellera que le triu­
mvirat monétaire devint ensuite une promesse d'avancement rapide dans la carrière sénatoriale.

155
ARNAUD SUSPÈNE

De l'analyse du petit corpus de monnaies augustéennes qui évoquent


explicitement la Res publica, il apparaît que même s'il n'avait nullement
l'intention de s'effacer, ni de perdre le contrôle du jeu politique après 27,
Octavien-Auguste a bien souhaité rendre à ses contemporains la jouissance
de la Res publica et à celle-ci son lustre ancien et une nouvelle prospérité:
les monnaies l'affirment clairement et confirment les autres sources dispo­
nibles. Pour donner crédit à cette volonté affichée, dont la réalisation fonde
50
les honneurs dont bénéficie le Prince , i l fallait bien que subsistent des
éléments reconnaissables de l'ancienne tradition politique. C'est ainsi que
des procédures (les élections) et des institutions (les magistratures) ont fait
leur retour dans un système qui comportait pourtant de profondes inno­
51
vations . Mais ce n'est pas seulement dans les institutions politiques qu'il
fallait pouvoir reconnaître l'Ancien Régime, la tradition, le mos. Ce serait
une erreur que de limiter l'œuvre d'Auguste au bénéfice de la Res publica
à la seule sphère politique et institutionnelle. La richesse sémantique du
52
mot indique au contraire une action beaucoup plus large et la restaura­
tion augustéenne devait aussi porter sur des éléments plus concrets, plus
tangibles de la vieille république : on pourrait citer les temples, la famille, la
morale... l'on trouverait pour chaque champ d'application de cette oeuvre
53
de restauration une illustration numismatique . Et il faudrait aussi inclure
dans la liste la monnaie elle-même.
À vrai dire, la chose est logique : la monnaie est un des plus forts sym­
54
boles de l'identité, de la prospérité et de la souveraineté communes . Elle
pouvait difficilement échapper à la refondation augustéenne, d'autant
55
moins que l'œuvre monétaire de Marc Antoine avait été considérable .
Il convient donc, après avoir parlé de quelques monnaies significatives,
d'élargir l'enquête à la monnaie en général.

50. Ainsi dans SUET. Aug. 23 comme dans les RGDA 34.1, les allusions à l'action d'Auguste au bénéfice
de la Res publica sont immédiatement suivies de la mention des honneurs qui lui ont été conférés
par le Sénat, dont on sait qu'ils constituaient une grande partie de son auctoritas.
51. Sur cette double nature du regime augustéen, cf. FERRARY, «Respublica restituta», art. cit.
52. H. M. Cotton et A. Yakobson ont aussi fait observer que le discours d'Auguste pouvait varier
considérablement et receler de nombreuses ambiguïtés, voire des contradictions lorsque le Prince
y trouvait avantage: rien ne l'obligeait après tout à être toujours cohérent et il arrivait aussi bien à
Auguste de faire très clairement sentir son pouvoir (COTTON H . M. et YAKOBSON, Α., «Arcanum
imperii: the Powers of Augustus », CLARK G. et RAJAKT. (dir.), Philosophy andPowerin the Graeco-
Roman World. Essays in Honour ofM. Griffin, Oxford, 2002, p. 193-209).
53. Citons exempli gratia la restauration des routes (RIC 360), l'édification d'une nouvelle curie (RIC
266), le retour des enseignes parthes et des prisonniers de Carrhes (RIC 131), la construction des
temples de Jupiter Tonans (RIC 64) et de Mars Ultor (RIC 72), les allusions possibles à l'âge d'or
(cf. DESNIER J.-L., « Ob dues servatos», RSN72, 1993, p. 113-131, etc.).
54. La notion de souveraineté reste commode, bien qu'elle doive être maniée avec prudence ; le décret de
Sestos prouve au moins que les monnaies permettent une promotion de l'image et du prestige de la
cité, assurément liée à une affirmation politique, et le discours de Mécène chez Dion atteste la valeur
de la monnaie comme marque d'identité, là encore dans une perspective politique (voir BURNETT Α.,
«The Roman West and the Roman East», HOWGEGO Α., HEUCHERT V. et BURNETT A (dir.), Coinage
and Identity in the Roman Provinces, Oxford, 2005, 171-180, p. 174).
55. Marc Antoine avait lancé de grands programmes de frappes pour ses légions, dont d'innombrables
exemplaires circulaient toujours (cf. SAURON G., L'Histoire végétalisée. Ornement et politique à Rome
Paris, 2001, p. 103), il avait conduit d'astucieuses réformes sur le bronze et il avait naturellement
frappé avec Cléopâtre.

156
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

De fait, la période augustéenne est un moment de transformation pro­


fonde de la monnaie de Rome, transformation rendue nécessaire par les
troubles précédents qui avaient vu l'ancien système, une monnaie civique
56
réalisée à Rome sous le contrôle de magistrats subalternes , éclater en
autant de monnayages de campagne supervisés par les proconsuls, les triu­
57
mvirs ou leurs représentants .
Octavien lui-même avait contribué au détournement de la monnaie
civique: les derniers triumvirs monétaires disparaissent au début des
années 30 et à partir de cette date Octavien frappe en son nom propre
sur le territoire même de l'Italie, en toute irrégularité. I l poursuivit ses
frappes de campagne sans interruption, tout le long de son principat : les
58
ateliers d'Orient d'abord, puis d'Espagne (?) et enfin de Lyon équivalent
59
techniquement à des monnayages de campagne et ce n'est pas un hasard
si ces ateliers, comme les armées qui sont les principales destinataires des
monnaies, se trouvent dans les provinces confiées au Prince. Des nécessités
pratiques expliquent en partie cet état de fait; mais on ne peut s'empêcher
de penser qu'il y a aussi une volonté délibérée du Prince de se réserver le
contrôle de la monnaie, surtout à partir de 12 av. J.-C. où, en Occident du
moins, le seul atelier actif pour les métaux précieux est très probablement
l'atelier de Lyon. La monnaie touche de trop près aux questions militaires
pour que le Prince prenne un quelconque risque. Pourtant il semble bien
qu'à certains moments de son principat, Octavien-Auguste ait souhaité
utiliser le potentiel symbolique de la monnaie pour rendre crédible la res­
tauration de la Res publica.
Si l'on observe tout d'abord le rythme, la localisation et l'apparence
de ses frappes, on remarque qu'après Actium, Auguste a très vite cherché
60 61
à s'écarter des habitudes triumvirales pour ses émissions italiennes : il
commence par frapper en mentionnant ses consulats jusqu'en 27, ce qui est
une forme de retour à la légalité par rapport aux frappes triumvirales, puis

56. Je me concentrerai ici sur la monnaie proprement romaine, à l'exclusion des monnayages pro­
vinciaux. Certes l'œuvre monétaire d'Octavien-Auguste portait également sur les monnayages
provinciaux (voir par exemple le diorthôma thessalien IG, IX, 2, 415), mais la question de la
Res publica restituta doit être abordée à partir du monnayage propre à la République romaine,
monnayage civique contrôlé par le Sénat et par des magistrats spécifiques.
57. SUTHERLAND C. H. V., The Emperor and the Coinage, Julio-Claudian Essays, Londres, 1976,
p. 10-11.
58. Sur les problèmes posés par ces ateliers « espagnols », voir VOLK T. R., « Hispania and the gold and
silver coinage of Augustus », La moneda en temps dAugust. Curs d'Història monetària d'Hispania
Gabinet Numismatic de Catalunya, Museu Nacional d'art de Catalunya, Barcelone 1997, p. 59-
90.
59. GIARD, CBN, p. 5 ; Le monnayage de l'atelier de Lyon. Des origines au règne de Caligula (43 avan
J.-CAl après J.-C), Wetteren, 1983, p. 18.
60. Les séries IMP CAES et DIVI F étaient de ce point de vue un cas extrême : elles ne mention­
naient pas même le titre de triumvir RPC, contrairement à l'immense majorité du monnayage de
Marc Antoine lui-même, et portaient au droit un portrait anonyme, représentation habituelle­
ment réservée aux Dieux (sur ces séries, voir notamment Gurval, p. 52-3). Mannsperger remarque
que ces monnaies substituent au nom du monétaire le nom d'Auguste sous ses deux variantes
(MANNSPERGER D., « Die Münzprägung des Augustus », G. BINDER [dir.], Saeculum Augustum III,
Darmstadt, 1991, p. 348-399).
61. MANNSPERGER, «Münzprägung», art. cit., p. 376.

157
ARNAUD SUSPÈNE

à partir de cette date s'abstient de toute activité monétaire en Italie pour


plusieurs années. Les guerres ultérieures seront financées à l'aide d'émis­
sions réalisées en province. I l n'y aura plus jamais de frappes de campagne
en métal précieux sur le sol de l'Italie pendant le principat d'Auguste. En
23, une nouvelle étape est franchie: c'est de cette année qu'il faut très
probablement dater la réouverture de l'atelier de Rome et la réapparition
62
des triumvirs monétaires , qui réaliseront pendant 4 ans des monnayages
de bronze où l'autorité du Sénat en même temps que leur propre nom
s'afficheront largement. La réapparition d'un numéraire signé par des triu­
mvirs monétaires contrastait avec les monnaies de campagne d'Octavien
et surtout avec les monnaies antoniennes encore en circulation qui ren­
voyaient à un autre triumvirat, le triumvirat Rei Publicae Constituendae et y

ce contraste à lui seul devait immédiatement faire penser à une restitution


de la légalité traditionnelle : l'on observe une très forte insistance sur le titre
des monétaires pendant les premières années d'activité de l'atelier (jusqu'en
16 av. J.-C). Pratiquement toutes les monnaies portent Illvir, voire Illvir
AAAFF. Les triumvirs augustéens se présentaient comme les successeurs des
magistrats républicains et la continuité était d'autant plus aisée à percevoir
que de nombreuses monnaies républicaines portant la signature des triu­
mvirs circulaient encore à l'époque impériale.
Les premières émissions de l'atelier de Rome sont à mettre à l'actif d'un
triumvirat monétaire dont le magistrat principal est sans doute Calpurnius
Pison, probablement le futur consul de 7 av. J.-C. Des monnaies, mal­
63
heureusement assez douteuses , associent alors Auguste et Numa (fig. 6),
peut-être pour souligner qu'Auguste réitère l'œuvre fondatrice de Numa,
64
souvent présenté comme le père de la monnaie romaine . Il a fallu assuré­
ment une décision du Prince, avec la collaboration du Sénat, pour rétablir
65
le triumvirat monétaire .

62. Je me rallie pour la chronologie à l'arrangement proposé par Mattingly dans le BMCRE, qui reste
le plus vraisemblable malgré les solutions différentes proposées par Kraft et adoptées par Giard
(cf. l'exposé de BURNETT, « Authority to coin», art. cit.).
63. BURNETT, « Authority to coin, art. cit. », p. 51-2. Il y a aussi des monnaies à l'effigie de Numa et
de César dont l'authenticité paraît plus assurée (voir sur ces monnaies KIENAST D., « Augustus und
Caesar», Chiron 31, 2001, p. 1-26, p. 20).
64. P L I N E Λ/7/34.1 avec WALLACE-HADRILL, «Image and authority », art. cit., p. 82 et KIENAST,
« Augustus », art. cit., p. 21. Wallace-Hadrill postule un SC proposé par le consul de 23, lui aussi
un Calpurnius Pison (qui est peut-être le monétaire pompéien qui déjà frappait à l'effigie de Numa,
cf. RRC 446).
65. Une décision dont on a souligné le côté délibéré et spectaculaire, cf. PANVINI-ROSATI R, « Le emis­
sioni in oro e argento dei Tresuiri monetales di Augusto », Arch. Class. 3, 1951, p. 66-85, p. 67. Nul
besoin de penser, au contraire, que cette décision lui a été «arrachée» {contra LEVICK, «Message,
art. cit. », p. 54). Auguste savait qu'il ne risquait pas grand-chose à rétablir les monétaires : en
44 av. J.-C. déjà, et à nouveau au moment de la période triumvirale, les monétaires s'étaient mis au
service d'un pouvoir monarchique avec une très grande efficacité (pour 44, voir RRC 4&0 ; pour la
période triumvirale, voir RRC 494). Sur les modalités de cette coopération à l'époque impériale,
voir WOLTERS R . , «Die Geschwindigkeit der Zeit und die Gefahr der Bilder: Münzbilder und
Münzpropaganda in der römischen Kaiserzeit», Gr. WEBER et M. ZIMMERMANN (dir.), Propaganda
- Selbstdarstellung - Repräsentation im römischen Kaiserzeit des I.Jhs. n. Chr.> Stuttgart, 2003
p. 175-204.

158
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÊENNE

En 19, une nouvelle étape est franchie: les triumvirs monétaires frappent
de l'or et de l'argent et continueront à le faire jusqu'en 12. Dans le même
temps, on voit apparaître des types parlants (Florus par exemple), des types
familiaux (le denier des Aquillii), des jeux d'énigme et d'allusions dont
66
on sait combien ils étaient appréciés de l'aristocratie romaine , bref une
prolifération kaléidoscopique qui rappelle le foisonnement des types répu­
67
blicains . Parallèlement, le Sénat est très présent sur les types monétaires,
68
en particulier sur les monnaies de bronze . Dans les premières années du
principat d'Auguste, la monnaie romaine renaît et la chronologie de cette
renaissance est très parlante: 27, 23, 19. On retrouve les grandes dates de
l'action du Prince sur les institutions et il est donc probable que cette action
avait un volet monétaire.
Cette renaissance pourtant devait être de courte durée. Dès 15 av. J.-C,
69
les monétaires deviennent de plus en discrets sur eux-mêmes et de plus
en plus volubiles sur les mérites du Prince puis, à partir de 13, sur les
membres de sa famille : Agrippa, Julie, Caius et Lucius font leur apparition
70
sur le monnayage de Rome . À vrai dire, ce n'est là qu'un développement
de ce qui se trouvait en germe sur les premières monnaies : en effet, si les
premières émissions augustéennes de l'atelier de Rome rappelaient irrésisti­
blement la période républicaine par de nombreux aspects, en un contraste
marqué avec la période triumvirale, elles n'oubliaient pas dans le même
temps de rendre au Prince un hommage appuyé. Auguste est présent sur
chaque pièce frappée à partir de 23, sur le monnayage précieux comme sur
le monnayage vil, que ce soit par son nom, par ses honneurs ou par son
71
portrait . Une monnaie qui ne ferait pas mention du Prince n'était plus
envisageable. La restauration de la monnaie républicaine s'accompagnait
d'une promotion systématique de l'image du Prince. Et si la monnaie de
Rome n'avait jamais été si brillante (on frappait désormais les trois métaux,

66. Sur les possibilités offertes à ce moment aux jeunes aristocrates, ZANKER, Power, op. cit., p. 160 ;
WALLACE-HADRILL, «Image and authority*, art. cit., p. 79 et de manière générale, E C K W,
«Sénatorial self-representation: Developments in the Augustan period », F. MILLAR et E . SEGAL
(dir.), Caesar Augustus - Seven Aspects, Oxford, 1984, p. 129-167.
67. Les monétaires augustéens surpassent même, dans la variété typologique, leurs prédécesseurs répu­
blicains. Le collège composé de P. Petronius Turpilianus, L. Aquillius Florus et M. Durmius, qui
inaugure le monnayage précieux des triumvirs, fait ainsi réaliser plus de quarante variétés de mon­
1
naies, un chiffre sans équivalent (cf. SUTHERLAND, RIC , p. 32). Le bronze reste plus stéréotypé,
comme à la période républicaine (cf. MANNSPERGER, «Münzprägung», art. cit., p. 386). Pour une
interprétation suggestive de la typologie, voir DESNIER, « ob dues servatos», art. cit.
68. Sur les nombreuses allusions sénatoriales sur le monnayage des triumvirs, WALLACE-HADRILL,
«Image and authority », art. cit., p. 78. Je n'entre pas dans la question complexe de l'éventuel par­
tage des responsabilités de la frappe entre le Sénat et le Prince en fonction du métal utilisé. Voir sur
ces questions, avec la bibliographie précédente, WOLTERS, Nummi signati, op. cit., p. 115-144.
69. Wallace-Hadrill a bien mis en évidence cette tendance irréversible à l'anonymat (Image and
Authority, art. cit., p. 78-9).
70. Voir par exemple RIC'207 (fig. 9). Sur ces questions, cf. FULLERTON M., «The Domus Augusta in
imperial iconography of 13-12 BC», AJA 89, 1985, 473-483 ; MLASOWSKY Α., «Nomini acfortu­
me Caesarum proximi. Die Sukzessionspropaganda der römischen Kaiser von Augustus bis Nero
im Spiegel der Reichsprägung und der archäologischen Quellen », JDAI111, 1996, p. 249-388,
p. 272-294.
71. Cf. WUXACE-HADRILL, « Image and authority », art. cit., p. 71. César n'était pas allé aussi loin.

159
ARNAUD SUSPÈNE

72
ce qui ne s'était jamais produit , et l'on disposait d'un système complexe
avec des numéraires convertibles), c'était un effet de son charisme aussi bien
que la conséquence des versements importants qu'il consentait à Vaerarium
sur sa fortune personnelle. Au fond, on retrouve un schéma familier : la
consolidation institutionnelle de la position du Prince allait de pair avec
des concessions apparentes aux vieux symboles de la République, réinvestis
d'une charge symbolique nouvelle.
Progressivement, les thèmes centraux du pouvoir impérial s'écartèrent
de la tradition républicaine : les honneurs du Prince eux-mêmes, dont la
73
représentation monétaire avait encore des précédents républicains , furent
moins souvent évoqués et la monnaie devint de plus en plus un lieu d'ex­
pression du discours dynastique. Les monnaies qui annoncent l'avènement
74
de Tibère à partir de 13 ap. J.-C. parachèvent le processus . Maintenir
l'atelier de Rome avait dès lors de moins en moins de sens : au fond il
fallait mieux rapprocher les monnaies de ceux à qui elles devaient être
distribuées et qui étaient aussi les premiers destinataires de leur message
75
idéologique, c'est-à-dire les soldats . La centralisation globale que l'on
7 6
observe en matière monétaire pendant le principat d'Auguste amena le
Prince à ne plus laisser à Rome que des frappes de bronze, qui elles-mêmes
s'interrompirent en 4 av. J.-C, et à confier à l'atelier de Lyon toutes les
frappes en métal précieux.
Il convient donc de distinguer deux moments dans l'œuvre monétaire
77
d'Auguste , une oeuvre qui reste empirique et dont il ne faut pas s'exagérer

72. L'or n'était frappé massivement que depuis César et le bronze avait disparu à Rome depuis Sylla.
Pour le rétablir, Auguste s'était inspiré des tentatives de la période triumvirale, les siennes et celles
de Marc Antoine (cf. AMANDRY M., « La genèse de la réforme monétaire d'Auguste en Occident »,
Cercle d'études numismatiques, Bulletin, 23, 1986, p. 21-34; sur la situation à l'époque triumvirale,
voir BUTTREYT.V., « Halved coins, the Augustan Reform and Horace Odes l.ò», AJA 76, 1972,
31-48). Ce monnayage de bronze était particulièrement spectaculaire: les as et les sextans étaient
rouge vif et les dupondii, sesterces et semisses dorés. Le nouvel éclat de la monnaie romaine était
perceptible à chaque instant pour tous les Romains. Notons également que c'est à cette période
que les triumvirs auro aere argentoflandoferiundo eurent pour la première fois l'occasion de mériter
leur nom. C'est donc d'une certaine façon l'apogée du triumvirat monétaire.
73. ZANKER, Power, op. cit. p. 92.
74. RIC 226 par exemple.
75. KUNISZ Α., Recherches sur le monnayage et la circulation monétaire sous le règne d'Auguste, W
1976, p. 27.
76. SUTHERLAND, The Emperor and the Coinage, op. cit., p. 49.
77. Sur l'implication d'Auguste dans les réformes monétaires, citons KUNISZ, Recherches, op. cit.,
p. 119 : « En ce qui concerne la réforme monétaire, c'est à Auguste et à son entourage le plus proche
qu'en revient principalement l'initiative. Ce n'est pas par hasard que les plus grands changements
dans le monnayage avaient toujours lieu là où Auguste se trouvait à ce moment. On pourrait citer
à l'appui de nombreux exemples. Le long séjour d'Octavien en Orient après sa victoire sur Marc
Antoine, a apporté une abondante émission à'aurei et de deniers dans les ateliers de là-bas ; sa
seconde venue en Asie a amené une notable augmentation des émissions de monnaies impériales
sur ces territoires. Le séjour d'Auguste en Espagne, lors des combats qui y eurent lieu, est à la base
du monnayage impérial en métal précieux qui prit une grande extension dans plusieurs ateliers
espagnols. De même lorsque l'empereur revient d'Orient en 19 av. J.-C, l'atelier romain com­
mença à émettre des pièces d'or et d'argent. Il semble qu'Auguste ait surveillé personnellement
l'organisation de l'atelier impérial de Lyon lorsqu'il visitait la Gaule. »

160
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

78
la portée ni le caractère systématique : entre 27 et 12 av. J.-C, un temps
de restauration de la monnaie civique, gérée par des magistrats de la Cité,
7 9
renouvelés annuellement, avec des émissions qui semblent modestes ; à
partir de 15 et surtout de 12 av. J.-C, un temps de création d'une nouvelle
monnaie, impériale et centralisée, mais frappée loin de Rome, dans une
province du Prince, selon un rythme qui n est plus annuel mais ponctuel et
qui échappe donc au rythme civique, marqué par la rotation des triumvirs,
pour se modeler sur la vie de l'Empire tout entier.
Peut-être cependant ne faut-il pas forcer l'opposition. La monnaie civi­
que voisinait déjà avec des frappes de type impérial héritées de la période
triumvirale et comprenait de toute façon une référence constante au Prince:
la Res publica restituta en matière monétaire se heurtait aux mêmes limites
que dans le domaine institutionnel. La monnaie de Lyon, d'autre part, est
plutôt la relève que l'antithèse des monnayages républicains, avec qui elle
cohabite toujours dans les trésors, où les monnaies républicaines sont même
les plus nombreuses au moins jusqu'à la période flavienne, ce qui montre
80
bien qu'elles s'échangeaient sans problème dans la circulation courante .
Il se pourrait même que certaines phases du monnayage lyonnais aient été
des tentatives pour réaliser une sorte de synthèse: je pense à l'imposant
monnayage d'or et d'argent à l'effigie de Caius et Lucius réalisé à partir de
2-1 av. J.-C. et jusqu'à une date qu'il est à l'heure actuelle impossible de pré­
81
ciser . En effet, on dispose avec ces monnaies d'un numéraire particulier qui
en rappelle peut-être un autre et sur lequel il n'est pas inutile de revenir.
Les monnaies en l'honneur des Césars relèvent clairement du mon­
nayage impérial : frappées selon toute vraisemblance à Lyon, au cœur d'une
province impériale, et supervisées par le Prince, peut-être via le légat de
Lyonnaise, elles portent au droit le buste d'Auguste, avec une titulature
classique et le titre tout récent de Père de la Patrie (fig. 10). Au revers figu­
rent Caius et Lucius, les héritiers annoncés. La représentation des Césars
en qualité de Princes de la Jeunesse, chargés d'animer la Iuventus de Γ Vrbs,
relève d'une incontestable volonté d'identification avec un autre couple fra­
ternel d'ascendance divine, qui a souvent été relevée : les Dioscures, figures

78. Voir les mises en garde de WUXACE-HADRILL, « Image and authority », art. cit., p. 70 ; GIARD, BNC,
p. 9 ; MANNSPERGER, «Münzprägung», art. cit., p. 391.
79. Les émissions portant le nom des monétaires jouaient un rôle bien moindre dans la circulation
monétaire que les monnaies émises à Lyon à partir de 2 av. J.-C. : ils n'apparaissent qu'en très petites
quantités dans les trésors, y compris en Italie (cf. KUNISZ, Recherches, op. cit., p. 105).
80. Sur la nature des numéraires en circulation en Occident à l'époque julio-claudienne, voir
AMANDRY M. et AUBIN G., «Le trésor d'aurei augustéens de la Gaumont/Saint-Martin à Angers
(Maine-et-Loire)», 1991, Trésors Monétaires XX, 2001-2002, p. 43-56; ESTIOT S. et AYMAR L,
«Le trésor de Meussia (Jura) : 399 monnaies d'argent et d'or d'époques républicaine et julio-
claudienne», Trésors Monétaires XX, 2001-2002, p. 69-160.
81. Les dates couramment proposées pour ce monnayage varient entre 2-1 av. J.-C. pour l'inter­
valle le plus court (interprétation qui repose sur le consulat désigné des Césars), et 2 av. J.-G-
14 av. J.-C. pour les arcs les plus larges. Sur la nécessité de travaux complémentaires sur ce mon­
nayage, voir les remarques d'AMANDRY, «Trésor», art. cit. (avec la bibliographie antérieure), et
l'article récent de WOLTERS R., « Gaius und Lucius Caesar als designierte Konsuln und principes
2
iuventutis. Die lex Valeria Cornelia und RIC l 205 ff», Chiron 32, 2002, p. 297-323.

161
ARNAUD SUSPÈNE

82
tutélaires de l'aristocratie équestre . La monarchie augustéenne est pré­
sente sur ces monnaies jusque dans son arrangement dynastique. Pourtant,
l'allure générale des monnaies renvoie également à des modèles civiques.
On y repère tout d'abord des éléments traditionnels faisant allusion à
la citoyenneté romaine (la toge), aux magistratures (le consulat désigné) et
aux prêtrises (les emblèmes de l'augurât et du pontificat). D'autre part, les
armes dont sont affublés les Princes de la Jeunesse sont les armes d'honneur,
83
lance et bouclier d'argent, dont les sénateurs leur ont fait l'hommage .
Mais surtout l'iconographie des Césars en Dioscures me semble renvoyer à
des modèles numismatiques familiers aux Romains.
De fait, une monnaie de la fin de la République montre les Dioscures
84
dans une attitude qui annonce celle des Césars (fig. 11) . Mais c'est sur­
tout à une autre série de monnaies que le type des monnaies aux Césars
fait penser : entre la seconde guerre punique et le milieu du deuxième
siècle av. J.-C, les deniers républicains portaient le type immuable de Castor
et Pollux armés d'une lance et chargeant un ennemi invisible (fig. 12). Ces
monnaies ont circulé abondamment dans le bassin méditerranéen et on les
trouve encore en nombre significatif dans les trésors d'époque impériale:
85
cela suffit à prouver qu'elles n'étaient pas oubliées et leur prestige devait
être considérable.

82. Pour les contributions les plus récentes, voir SAURON G., Histoire végétalisée, op. cit, p. 65-
80; SPANNAGEL M., Exemplaria principis. Untersuchungen zur Entstehung und Ausstattung d
Augustusforums, Heidelberg, 1999, p. 28-34 et surtout LA ROCCA E., «Memore di Castore:
Principi come Dioscuri », Castores. L'immagine dei Dioscuri a Roma, a cura di L. Nista, Rome,
1994, p. 73-90. Sur le choix d'un système à deux héritiers, dont la théorisation la plus poussée
reste le «Doppelnachfolge» de E. Kornemann, voir le bilan critique de H U R L E T Fr., Les Collègues
du prince sous Auguste et Tibère. De la légalité républicaine à la légitimité dynastique, Rome, 199
p. 374-380. Notons que d'autres couples fraternelsfigurentsur le monnayage républicain, qui
ont pu servir d'inspiration complémentaire : Romulus et Rémus naturellement, sur les premiers
didrachmes à caractère nettement romain (RRC 20), puis à nouveau de manière sporadique
(RRC2S7) ou encore les frères de Catane, modèle de piétéfiliale(RRC 511/3a). À la période
augustéenne elle-même, Tibère et Drususfigurenttrès probablement sur les premières monnaies
de l'atelier de Lyon (RIC 164-165). Il est donc aussi envisageable qu'Auguste et les Césars aient
souhaité oblitérer le souvenir de ce premier couple fraternel du Principat, désormais importun. Sur
la rivalité entre claudiens et juliens et l'utilisation du culte des Dioscures par les deux partis, voir
POULSEN B., « Ideologia, Mito e Culto dei Castori a Roma: dall'età repubblicana al tardo-antico»,
Castores. L'immagine dei Dioscuri a Roma, a cura di L. Nista, Rome, 1994, p. 91-100 et SUSPÈNE Α
«Tiberius Claudianus contre Agrippa Postumus: autour de la dédicace du temple des Castors»,
RPh 75.1, 2001, p. 99-124. Le destin tragique de Caius et Lucius enfin contribuait à renforcer
l'assimilation : les deux frères semblaient refuser d'être séparés par la mort (sur les particularités
de leur statut posthume, voir H U R L E T Fr., «Le statut posthume de Caius et de Lucius César»,
M. CHRISTOL, D. DARDE [dir.], L'expression du pouvoir au début de l'Empire. Autour de la Maiso
Carrée à Nîmes. Actes du Colloque de Nîmes du 20-22 octobre 2005, Paris, 2009, p. 75-82).
83. Grâce à cet équipement martial, les Césars reprennent à leur compte les promesses de victoire (voir
également l'émission RIC 198-9 en faveur de Caius César seul datée de 8 av. J.-C.), mais ils
sont aussi sensiblement plus pacifiques: ils sont en toge et ne chargent pas. Ils traduisent bien la
promesse augustéenne : une continuité dans la suprématie militaire, mais aussi un âge de paix et
d'épanouissement civique.
84. RRC 515/2. On notera que cette émission comprenait aussi des aurei portant au droit les têtes
accolées des Dioscures. Ce bimétallisme est encore un point commun avec lesfrappesen l'honneur
de Caius et Lucius.
85. On ne cessa jamais de frapper à l'image des Dioscures pendant la période républicaine, y compris
après la diversification typologique de lafindu deuxième siècle (voir le bilan détaillé de VALIMAA J.,
«I Dioscuri nei tipi monetali della Roma repubblicana», STEINBY E. M. (dir.), Lacus Iuturnae I,

162
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

Je me demande si ce monnayage massif en l'honneur des Césars qui


ouvrait la voie à un monnayage global, techniquement plus avancé que
les monnayages antérieurs parce que réalisé à la fois en or et en argent et
selon une nouvelle échelle (comme l'atteste la présence massive de ces mon­
naies dans les trésors contemporains), et valable au moins pour l'Occident
(la répartition de ces monnaies au moins en Gaule et en Italie se fait de
façon très harmonieuse, alors que des émissions lyonnaises antérieures se
86
trouvent plutôt en Germanie ou plutôt en Aquitaine) , n'avait pas aussi
pour objectif, par sa typologie, de compenser la disparition de la monnaie
civique. Le destin cruel des Césars a conduit le Prince à infléchir son pro­
jet, en acceptant à la fin de son principat des types en l'honneur de Tibère,
mais cela ne doit pas conduire à sous-estimer son intention initiale. On
peut probablement parler d'une tentative de refondation de la monnaie
romaine, qui tout en comprenant d'importantes innovations techniques et
idéologiques renoue avec des influences très anciennes du monnayage répu­
blicain. L'effort particulier en matière monétaire qui caractérise le tournant
du millénaire constitue bien un aspect méconnu de l'œuvre d'Auguste.
Le Prince semble donc avoir porté un grand intérêt aux questions moné­
taires. Le plus intéressant est qu'il se soit soucié non seulement de la fonc­
tion économique de la monnaie romaine, ce qui allait de soi, mais égale­
ment des aspects symboliques de l'institution : la monnaie elle aussi a servi
87
à donner du corps au « mythe » de la restauration de la Res publica, en
88
l'illustrant bien sûr, mais aussi de manière plus directe . On a pu consta­
ter que la rénovation conservatrice de la monnaie avait été conduite avec
détermination entre 23 et 15 av. J.-C. De plus, lorsque la monnaie de
Rome a progressivement laissé la place à une monnaie d'Empire, celle-ci
ne rompit pas non plus avec les phases antérieures du monnayage romain,
dont certaines firent au contraire un surprenant retour.

Rome, 1989, p. 110-126). D'autre part, l'iconographie des Dioscures faisait partie du répertoire
figuratif familier à tout citoyen romain, les monnaies n'étant qu'un support parmi d'autres.
86. L'importance de la typologie pour les usagers des monnaies antiques a souvent été mise en dou­
te (voir le point sur ce débat dans LEVICK, « Messages, art. cit. », avec la bibliographie). Mais il est
évident que les Anciens accordaient toute l'attention nécessaire au métal dans lequel était frappée
la monnaie! Auguste et les Césars devaient être liés dans l'esprit des Romains à un monnayage
de masse en or et en argent, de bonne facture globalement: ce monnayage d'or et d'argent avait
sans nul doute un aspect plus brillant que le vieux monnayage républicain, frappé entièrement en
argent et en bronze. Le contraste entre les espèces de la vieille république, très usées mais toujours
présentes dans l'usage quotidien, et qui attirait même parfois une sorte de curiosité erudite et
superstitieuse (cf. O V I D E , Fast. I, 227-246), et les monnaies aux Césars devait produire un effet
puissant.
87. Mackie parle d'un «mythe», c'est-à-dire non pas une illusion, comme le voulait Judge, mais un récit
structurant qui s'apparente à un fait et repose en partie sur des faits (MACKIE N.K., «Res Publica
Restituta: a Roman myth», C. DEROUX (dir.), Studies in Latin Literature and Roman History, 4
Bruxelles, 1986, p. 302-340).
88. Il n est pas exclu que le Prince ait également mis en valeur le temple de Junon Moneta et l'atelier
monétaire qui en dépendait (voir par exemple l'article deTucci PL., «The «Tabularium» and the
temple of Juno Moneta »,JRA 18, 2005, p. 6-33). Il convient cependant de rester très prudent sur
l'utilisation de l'atelier lui-même comme lieu symbolique: cf. BURNETT Α., «The invisibility of
Roman Imperial Mints », / Luoghi della moneta. Le sedi delle zecche dall'antichità all'età modern
Atti del Convegno Internazionale, Milano 22-23 ottobre 1999, Milan, 2001, p. 41-48.

163
ARNAUD SUSPÈNE

La monnaie de Rome était bien un monument de la République et


Auguste Ta traitée comme telle: il Ta rénovée et y a apposé sa marque. À la
fin de son principat, la monnaie avait évolué et s'était considérablement écar­
tée de sa forme républicaine, mais sans complètement abolir une continuité
que la circulation monétaire et certaines reprises et citations se chargeaient
de souligner. Cet aspect particulier de l'œuvre d'Auguste n'avait pas échappé
à ses contemporains : on trouve dans les Fastes d'Ovide deux mentions qui
89
font écho à la transformation de la monnaie romaine . C'est un indice
supplémentaire de l'ampleur de la restauration augustéenne, que l'on aurait
décidément tort de ramener à une simple question de droit public.

Figure 2.

89. O V I D E , Fastes, I, 221-223; 227-246. Les écrits historiques, pour des raisons de genre littéraire,
sont plus discrets sur les questions de cet ordre, qui ne correspondent pas à l'idée que les Anciens
se faisaient de l'écriture de l'histoire. Le témoignage d'Ovide doit donc être considéré comme
particulièrement significatif.

164
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LA R E S P U B L I C A R E S T I T U T A AUGUSTÉENNE

Figure

Figure 6.

165
ARNAUD SUSPÈNE

Figure 10.

166
ASPECTS NUMISMATIQUES DE LAKES PUBLICA RESTITUTA AUGUSTÉENNE

Figure 12.

Échelles variées.

167
Les limites d'un compromis historique :
de la domus vitruvienne
à la maison augustéenne du Palatin

Pierre GROS

Il peut sembler vain ou présomptueux de reprendre l'examen du


domaine augustéen du Palatin après les nombreuses études de topogra­
phie, d'architecture et d'iconographie qui en ont, au cours de ces dernières
décennies, analysé les composantes, en se donnant pour tâche principale
1
d'en dégager la portée idéologique . Certes, plusieurs questions restent
ouvertes, et non des moindres, comme celles de la localisation, de l'ex­
2
tension et de l'ordonnance du Portique des Danaïdes , de la situation du
Tetrastylum, de la nature de l'édifice de plan cruciforme que la Forma Urbis
5
sévérienne place au centre de l'area Apollinis , ou encore de la façon dont
4
le culte de Vesta s'y est matérialisé . Notre propos n'est pas de rouvrir
ces débats, au demeurant passionnants, mais plutôt d'essayer, à la lumière
des investigations qui se poursuivent actuellement sur le site, d'essayer de
repérer, à chacune des étapes de l'élaboration du complexe, les différents

1. Pour nous en tenir aux études les plus importantes de ces dernières années, citons SAURON G., Quis
deum ? L'expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rome à hfindelà Répub
au début du Principat, BEFAR 285, Rome, 1994,p. 577-592; IACOPI I., article Domus : Augustus
(Paktium), dans Lexicum topographicum Urbis Romae, II, 1995, p. 46-48; ROYO M., Domus imp
ratoriae. Topographie, formation et imaginaire des palais impérìaux du Palatin, BEFAR 303, R
1999, p. 119-172 ; MAR R., El Palati. La formacio dehpalaus imperiales a Roma, Tarragone, 2005
p. 76-104 ; GROS P., L'Architecture romaine du début du IHème s. av. J.-C. à lafindu Haut-Empi
e
2, Maisons, palais, villas et tombeaux, 2 éd., Paris, 2006, p. 233-240.
2. Voir par exemple sur la localisation et l'aspect de ce portique, outre les études citées ci-des­
sus, STRAZZULA M . J., // Principato di Augusto. Mito e propaganda nelle lastre campane del te
pio di Apollo Palatino, Rome, 1990; BALENSIEFEN L., «Überlegungen zu Aufbau und Lage der
Danaidenhalle auf dem Palatin», RM 102, 1995, p. 189-209; PENSABENE P., «Elementi architet­
tonici della casa di Augusto sul Palatino», RM 104, 1997, p. 149-172; MAR R., op. cit., p. 84-95 ;
Q u E N E M O E N C.K., «The Portico of the Danaids: A new Reconstruction», AJA 110, 2006,
p. 229-250.
3. Pour un état de ces questions, voir notre article Apollo Palatinus du Lexicon topographicum Urbis
Romae,l, 1993, p. 54-57.
4. La meilleure synthèse sur cette difficile question, qui a donné lieu naguère à des controverses
passionnées, est celle de CECAMORE Cl., Palatium. Topografia storica del Palatino tra III sec. A. C.
I sec. D. C, Rome, 2002, p. 155-159. Sur la portée idéologique de l'intégration du temple de Vesta,
FRASCHETTI A, Roma e il Principe, Rome, Bari, 1990, p. 342-360.

169
PIERRE GROS

genres d'habitats pour lesquels Octave et ses architectes ont opté entre
42 et 28 av. J.-C, afin de mieux cerner, en suivant les phases d'une opé­
ration qui fut rapide en termes de chronologie, mais singulièrement syn­
copée dans sa progression, l'évolution de l'idée que le Princeps s'est faite
de sa propre résidence au cours d'une période cruciale, et la façon dont,
finalement, mais non sans remords ni hésitations, il a fini par élaborer un
véritable ensemble palatial. Cet essai de déchiffrement, à partir des éléments
dont nous disposons aujourd'hui, est de ceux qui, croyons-nous, peuvent
restituer sous sa forme la plus concrète le cheminement d'un projet poli­
tique dont l'inscription sur le terrain, compte tenu de la puissance sym­
bolique des lieux investis et des formes retenues, constitue une illustration
5
assez claire . Et dans cette démarche, nous disposerons d'un témoignage
dont l'importance a souvent été oubliée, celle des notices du livre VI du
De Architectures sur la maison des responsables politiques, dont l'actualité,
comme celle de plusieurs autres passages du traité, n'a pas été toujours
6
appréciée à sa juste valeur . Sans aller, comme le suggère Sh. Haies, jus­
qu'à établir d'étroites correspondances entre la domus sénatoriale, telle que
la conçoit le théoricien, et la « description » de la demeure du Palatin par
Suétone, on ne peut qu'être frappé par certaines similitudes qui ne sont
7
assurément pas le fait du hasard . En d'autres termes, nous allons tenter,
sans méconnaître les difficultés inhérentes à l'état des sources et des vestiges,
une lecture typologique des maisons successives d'Auguste.
On connaît par les textes les étapes de l'implantation d'Octave, et un
article de Mireille Corbier a restitué avec précision les conditions dans
lesquelles la première domus, celle de Q. Hortensius, fils aîné et héritier de
l'orateur, mort à la bataille de Philippes dans l'armée des Césaricides, a été
8 9
confisquée en 42 . C'est encore une maison modeste au dire de Suétone ,
mais elle présente pour le futur Auguste l'avantage insigne, Dion Cassius
ne s'y trompe pas, de se trouver à proximité de l'endroit où la tradition
10
situe la casa Romuli . Peu de temps après, en 36, au retour de la campagne
victorieuse de Sicile, plusieurs autres demeures sont acquises par l'intermé-

5. Les modalités et les étapes du cheminement du Princeps dans l'élaboration d'un nouveau régime
et les ambiguïtés de la « restitution » de la légalité républicaine ont encore fait récemment l'objet
d'études inégales qui témoignent des difficultés d'une approche purement politique. Voir
SPIELVOGEL J., Res publica reperta. Zur Verfassung und Gesellschaft der römischen Republik und de
frühen Prinzipats, Festschrift fur Jochen Bleichen zum 75. Geburtstag, Stuttgart, 2002 et SCHÄFE
Th., Augustus und die Begründung des römischen Kaisertums, Berlin, 2002.
6. Sur VITRUVE, VI, 5, 2 nous disposons maintenant des excellentes éditions commentées de
CORSO Α., dans Vitruvio. De Architettura, II (a cura di GROS P.), Turin, 1997, p. 844 et p. 947-951
et de CALLEBAT L., Vitruve. De VArchitecture livre VI, Paris, CUF, 2004, p. 21 et p. 179-185.
7. HALES Sh., The Roman House and Social Identity, Cambridge, 2003, p. 28.
8. CORBIER M., « De la maison d'Hortensius à la curia sur le Palatin», MEFRA 104, 1992, p. 871-
916. Voir aussi maintenant GUILHEMBET J.-P., «Acquérir, louer ou négocier des biens immobiliers
de prestige à Rome à lafinde la République et aux premiers siècles de l'Empire», Cahiers de la
Maison de la recherche en Sciences humaines, Caen, 46, 2006, p. 100-101.
9. SUÉTONE, Aug., 72, 1. Les termes employés par cet auteur sont intéressants en ce qu'ils tendent à
évoquer une demeure dépourvue des caractéristiques essentielles de la belle domus selon Vitruve,
à savoir l'espace (laxitas) et les grands portiques (porticus breves).
10. DION, XLIX, 15, 5. Voir aussi VARRON, De lingua latina, V, 54, 1 et PLUTARQUE, Rom., 20, 4.

170
L E S L I M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E .

diaire de mandataires, qui agrandissent notablement l'espace disponible ;


au nombre de celles-ci se trouve la luxueuse maison de A. Lutatius Catulus,
11
voisine des scalae Caci . Ainsi se constitue un véritable quartier augustéen
12
que Suétone désignera d'une façon significative comme la domuspahtina .
Là-dessus, un coup de foudre opportun permet à Octave de revendiquer, au
cœur de la Roma Quadrata, une place pour Apollon, auquel il aurait, selon
Velleius Paterculus, promis de consacrer un temple au moment de la bataille
13 14
de Nauloque . On sait que l'édifice ne sera dédié que le 9 octobre 28 . Et
de fait c'est seulement après Actium que le projet définitif se réalise, pour
2
déboucher sur un chantier de près de 12 000 m . Tout cela est bien connu.
Mais ce qui nous a paru digne de considération, c'est le contraste qui s'éta­
blit, pour peu qu'on suive dans leur détail les modalités de l'occupation du
terrain, entre, d'une part, la volonté, qui s'affirme dès le début d'investir les
lieux les plus chargés d'histoire liés à la légende romuléenne et même aux
souvenirs de la primitive occupation arcadienne, et d'autre part l'apparent
bricolage qui a présidé à la réalisation de l'ensemble.
Contrairement en effet à ce qui a parfois été affirmé, le domaine augus­
téen ne s'est pas constitué d'une façon linéaire, par accumulation progressive
d'éléments complémentaires, prévus dans une vision globale dont la mise
en place n'aurait été différée que par la difficulté de conquérir les espaces
nécessaires sur un terrain encore encombré par un habitat très dense. I l s'est
formé selon une procédure dont la cohérence nous échappe, puisqu'elle a
consisté à détruire, à mesure qu'elles se construisaient, des structures qui à
chaque étape, semblent avoir voulu se suffire à elles-mêmes. Il est ainsi pos­
sible de mesurer l'amplification progressive des ambitions du futur Auguste
dans le domaine résidentiel, et le moins qu'on puisse dire est qu'elles se sont
en quelques décennies radicalement modifiées.
La publication des dernières recherches conduites sur le site par I . Iacopi
et G. Tedone permet, avec d'inévitables incertitudes rémanentes, de res­
15
tituer les grandes lignes de cette démarche un peu étrange . Les acquis
essentiels de leurs travaux ont consisté à établir que les énormes remblais
qui ont ennoyé la terrasse inférieure ne résultaient pas d'une restructuration
complète due à Domitien, mais dataient de la troisième phase de l'amé­
nagement augustéen, et d'autre part à établir que les bibliothèques latine
et grecque que les textes mettent en relation avec le temple d'Apollon ne
devaient pas être restituées sous la forme de deux salles jumelles et adjacen­
tes, mais plutôt, selon toute probabilité, sous celle d'un seul local, dont le
plan et l'organisation internes restent lisibles sous les constructions de la fin
ER
du I siècle ap. J.-C. Il y a là des observations qui bouleversent la vision que
nous avions jusqu'ici de la formation de la domus du Princeps.

11. VELLEIUS PATERCULUS, I I , 81.


12. SUÉTONE, Aug., 29,4; 57,4.
13. VELLEIUS PATERCULUS, I I , 81, 3. SUÉTONE, Aug., 29,4; D I O N , X L I X , 15, 5.
14. DION, LUI, 1,3. Fasti ArvaL, Amit., Ant. Min., CIL I , p. 214, 245, 249.
2

15. IACOPI I., TEDONE G., « Bibliotheca et Porticus ad Apollinis », RM 112, 2005-2006, p. 351-378.

171
PIERRE GROS

Dans un premier temps, la maison d'Hortensius récupérée par Octave


s ordonna autour d'un petit péristyle, qui n'occupait que la partie occiden­
16
tale du futur complexe (fig. 1 ) . Ce qui en a été retrouvé sur sa limite
s'avère bien modeste, puisqu'il s'agit d'un portique composé de colonnes
de tuf pourvues selon toute vraisemblance d'un entablement de bois, der­
rière lequel s'ouvrait un œcus tétrastyle, dont la capacité d'accueil, si l'on en
excepte le vestibule, se révèle inférieure à celui de la maison des Noces d'Ar­
gent de Pompei. Le « studiolo » qui le flanquait à l'est s'ouvrait au niveau
supérieur et il était longé à l'ouest par la trop célèbre « rampe» qui mettait
la terrasse inférieure de la maison en relation avec la terrasse du dessus, mais
non pas, comme on s'est plu à le répéter, avec le temple d'Apollon, lequel
n'était même pas projeté à l'époque. Des vestiges de pavements de mosaïque
ont été observés dans l'angle sud-est du péristyle, qui donnent à penser que
d'autres pièces de réception ou d'habitation complétaient l'aménagement;
on peut d'autre part sans grand risque d'erreur restituer l'angle sud-ouest
du quadriportique bien que toute trace en ait été abolie. Cette partie de la
première domus s'apparente donc, sans faste particulier et sur une superficie
relativement restreinte, aux schémas pompéiens de la fin de la République.
Dans les villes du Vésuve, les belles demeures sont du reste, pour la même
période, nettement plus élaborées, du moins dans le secteur le plus recher­
ché de l'habitation, celui du jardin-péristyle, puisqu'on y rencontre plus
souvent la version développée du salon tétrastyle, Y œcus corinthien, dont
la colonnade interne peut comporter dix supports, comme à la maison du
17
Labyrinthe, voire douze comme dans celle du Méléagre . Ostensiblement,
Octave semble avoir voulu se garder, à ce stade, des raffinements des nou­
veaux riches, et s'il retient tout de même, parmi les pièces de réception,
le type à la mode de Y œcus dont Vitruve nous donne la description et la
18
nomenclature , rendant compte pour une fois de la situation contempo­
19
raine de celle où sont compilées les fiches de son traité , il reste plutôt
modéré dans ses choix, à moins qu'il n'ait cherché la singularité, le salon
tétrastyle relevant d'un parti peu usité, ou du moins peu représenté dans
les domus de cette période. I l n'est pas sans intérêt de noter que les phases
tardo-républicaines des demeures du versant du Palatin vers le Forum, c'est-
à-dire en principe des quartiers les plus recherchés par l'aristocratie, explo­
rées par l'équipe de Andrea Carandini, n'ont livré aucune trace de ce genre
20
de salle de réception . On notera néanmoins que peu d'efforts ont été faits
dans ces premiers aménagements du site pour le compte d'Octave pour

16. Ibid., pl. 6, p. 368-369.


e
17. Sur les oeci vitruviens dan les domus de Pompei, voir notre Architecture romaine, 2, 2 éd., Paris,
2006, p. 60-67. Sur la rareté de Y œcus tétrastyle dans les maisons des villes du Vésuve, PESANDO F,
« Domus ». Edilizia privata e società pompeianafraIII e I secolo a. C., Rome, 1997, p. 68.
18. VITRUVE,VI,3,8-10.
19. Voir sur ce point COARELLI E, «La casa dell'aristocrazia romana secondo Vitruvio», Munus non
ingratum, Suppl. 2 au BABesch, 1989, p. 178-187.
20. PAPI E., dans CARANDINI A. et PAPI E., Palatium e sacra via II. L'età tardo-repubblicana e la prim
età imperiale, Bollettino di Archeologia, 59-60, Rome, 1999, p. 199-224.

172
L E S L I M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E . . .

Figure 1. - Le péristyle initial du complexe augustéen, d'après I. Iacopi et G. Tedone.

accroître la cohérence de la composition, puisque la vasque quadrangulaire


qui anime la partie dégagée du péristyle n a jamais été alignée sur Taxe de
ïœcusy bien qu elle ait subi au moins une modification : pour des raisons que

173
PIERRE GROS

nous ignorons, sans cloute liées aux contraintes d'une installation antérieure
21
au changement de propriétaire, elle reste décalée vers le nord-est .
L'acquisition, en 36, des habitations limitrophes eut pour conséquence
immédiate l'extension de ces modicae aedes Hortensianae, puisqu'un second
péristyle, symétrique du premier, fut édifié à l'est de celui-ci. Cette recher­
che d'un amplum laxamentum, première exigence de l'exhibition sociale,
qui devait aboutir au doublement de la surface antérieurement construite,
et satisfaire, chez le futur Princeps, cet attrait pour lapukhritudo iungendisi
répandu dans la classe dirigeante de cette fin de la République, impliquait
une refonte complète des installations antérieures : les anciens portiques de
la cour occidentale furent en effet reconstruits en travertin et munis d'archi­
traves de tuf, sur le modèle de ceux qui furent alors mis en place autour de la
cour orientale, communément désignée, à tort dans cette deuxième phase,
comme le «cortile delle biblioteche» (fig. 2). Pour assurer la cohérence de
ces deux unités contiguës une galerie couverte en voûte régnait sur leur face
sud-ouest, vers la vallée, sur laquelle fut percée une grande entrée, imposant
corridor situé entre les péristyles, dont la présence eut pour résultat d'inter­
rompre et probablement de rendre définitivement impraticable la rampe
22
transversale ci-dessus désignée, voisine du salon tétrastyle . Cette ordon­
23
nance relativement ambitieuse , assortie d'une tentative d'unification des
structures au moyen d'un accès axial, ne devait jamais être conduite à son
terme, et la plupart des pièces qui auraient dû s'ouvrir derrière les portiques,
anciens ou nouveaux, ne furent pas achevées. Un tel changement de parti,
après les efforts déjà considérables pour doter la domus de ce luxe des deux
peristylia, et des commodités qu'il offrait en principe pour la modulation
des activités d'accueil et de représentation témoigne du fait, à nos yeux
capital pour la compréhension des comportements augustéens, que le vain­
queur de Nauloque est désormais convaincu du fait qu'il n'a rien à attendre
24
d'une vaine rivalité avec les riches propriétaires du Palatin ou d'ailleurs ,
et que sa résidence devrait se signaler par d'autres éléments, sans rapport
direct avec les poncifs de la belle demeure patricienne, et d'abord par une
confusion savamment entretenue entre espaces privés et lieux publics, entre
aires profanes et aires sacrées, selon le programme défini en termes généraux
dès 36, qui promettait de réserver sa maison et ses dépendances publicis
25
usibus . Si l'on s'arrête toutefois un instant sur ce projet non abouti,
quelques observations s'imposent, qui donnent une idée de la pression des
modèles dominants, et plus encore des innovations qui, sur la colline du
ER
Palatin, se multiplient dans la seconde moitié du I siècle av. J.-C. : les

21. IACOPI L, TEDONE G., «Bibliotheca et Porticus ad Apollinis», art. cit., p. 363 etfig.5 p. 365.
22. Ibid., pl. 7, p. 372-373.
23. Cette démarche correspond à la procédure normale d'extension de la domus patricienne, souvent
vérifiée dans les maisons pompéiennes, par l'acquisition de propriétés adjacentes et l'ouverture de
péristyles supplémentaires (Vitruve, VI, 5, 2: peristylia amplissima).
24. IACOPI L, T E D O N E G., « Bibliotheca et Porticus ad Apollinis », art. cit., p. 367-375.
25. VELLEIUS PATERCULUS, II, 81, 3 : publicis se usibus destinareprofessus est. Voir aussi DION, LIV, 27,
3 et LV, 12, 5.

174
L E S U M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E . . .

Xu^i.ML i

Figure 2. - L'élargissement du domaine augustéen à partir de 36 av. J.-C.,


d'après I. Iacopi et G. Tedone.

exemples ne manquent pas à Pompei des maisons qui à la suite de l'inté­


gration des parcelles adjacentes se dotent de nouveaux péristyles, et cela
déjà à date haute. F. Pesando a pu montrer que l'expansion de la maison
du Cithariste, généralement attribuée aux années postérieures au séisme
de 62 ap. J.-C, remontait en réalité à l'époque syllanienne; dès lors cette
singulière demeure disposera de trois cours à portiques disposées en bat­
terie, si l'on peut dire, ce qui lui confère un caractère exceptionnel, mais

175
PIERRE GROS

er
nombreux sont les cas où Ton observe, tout au long du I siècle av. J.-C, la
duplication des péristyles par la monumentalisation de Xhortus ou Tachât
26
de propriétés voisines . Mais, comme Ta récemment souligné E. Papi dans
la publication du quartier qui entre Palatin et Velia domine la via Sacra,
les transformations qui affectent les résidences de ce secteur au cours des
dernières décennies républicaines sont pour la plupart dictées par la mise en
oeuvre de solutions inédites dans la disposition des pièces et leur utilisation:
les disponibilités financières des propriétaires, leurs goûts et leur culture, la
recherche effrénée de l'inédit ou au contraire l'affectation d'un traditiona­
lisme archaïsant contribuent à la création d'unités où l'on éprouve beaucoup
27
de peine à retrouver les schémas éprouvés au cours de siècles précédents .
C'est dans ce climat d'émulation où toute une classe politique rivalise d'in­
géniosité sur les lieux les plus emblématiques de Γ Urbs qu'il convient de
replacer les moments successifs de l'aménagement de la maison d'Auguste,
et particulièrement de cette deuxième phase. Evidemment ce qu'il en sub­
siste, puisqu'elle est, nous l'avons dit, seulement ébauchée ne permet pas
des analyses approfondies, mais on peut comprendre qu elle participe, avec
les contraintes spécifiques d'un terrain difficile en raison des dénivellations
qu'il comporte, de la seule constante identifiable dans les autres domus
contemporaines de la colline, à savoir la promotion des péristyles et des jar­
dins portiques au rang d'espaces centraux de la vie domestique et de tous ses
rituels sociaux. Déjà la demeure de Clodius, dans sa phase de plus grande
extension, c'est-à-dire pendant les mois d'exil de Cicéron, avait donné le
ton : le peristylium amplissimum qui sur l'emplacement probable de la domus
de Seius et de la porticus Catuli faisait plus que doubler la superficie de son
habitation initiale, et plus encore Yambulatio qui longeait l'ensemble sur la
pente septentrionale du Palatin, comparable, toutes proportions gardées,
à la galerie sus-mentionnée de la maison d'Auguste, définissaient avec une
redoutable efficacité les objectifs vers lesquels s'orienteraient désormais, avec
28
de multiples variantes, les résidences patriciennes (fig. 3). Certes l'ouver­
ture d'aires de détente ou de promenade dans les demeures urbaines de
cette zone avait toujours été l'un des signes les plus patents de la richesse et
de la puissance du propriétaire: Cicéron parle en 59, c'est-à-dire avant que
sa maison ne soit détruite par Clodius, d'une palaestra, et il ne manquera
pas, au moment de sa reconstruction, après être rentré dans ses droits en
55, de mentionner la promenade arborée qui en fait le charme, célébrant,
l'année suivante avec son frère, l'agrément de ses horti, pourvus d'un pra-
29
tulum . Mais les efforts déployés ensuite pour gagner sur les pentes ou sur
les propriétés adjacentes des aires aplanies où se déploieront des portiques
semblent avoir pris des proportions auparavant inusitées.

26. PESANDO E , op. cit., p. 27-34.


27. loc. cit., supra, n. 20.
PAPI E . ,
28. CICÉRON, De domo sua, 114-115. Voir Rovo M., op. cit., p. 94-100 et MAR R., op. cit., p. 70-75.
29. CICÉRON, Ad Attic, II, 4, 7 ; IV, 10, 2. Ad Quintumfr.III, 4. Voir GRIMAL P., Les jardins romains,
e
3 éd., Paris, 1984, p. 135.

176
L E S L I M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E . . .

Figure 3.- La domus Clodii et ses annexes lors de sa plus grande extension,
en 58-57av. J.-C. Plan schématique d'après R. Mar.

La seconde particularité caractéristique des habitations palatines de cette


période est assurément l'utilisation des dénivellations pour l'aménagement
de structures en sous-œuvre, partiellement ou totalement enterrées, réser­
vées le plus souvent aux services ou au logement des esclaves, mais aussi,
dans certains cas, à des balnea où l'on installait volontiers les systèmes de
chauffage les plus perfectionnés. Si l'état dans lequel a été retrouvée cette
deuxième version de la maison d'Octave ne permet pas de postuler la pré­
sence de niveaux souterrains très développés, nous aurons à nous souvenir
de cette utilisation domestique des substructions pour la dernière phase.
Celle-ci revêt d'emblée une forme radicale : soudain les travaux de res­
tructuration et d'agrandissement de la demeure sont interrompus au profit
d'un apport de remblais qui affecte toute la zone, son épaisseur atteignant
sept mètres dans les parties les plus basses. Les données stratigraphiques
récemment observées ne laissent aucun doute sur la période à laquelle
eut lieu cette singulière opération : elle ne peut se situer que sous le règne
d'Auguste. La seule question qui en principe reste ouverte est celle de savoir
si elle doit être mise en relation avec l'incendie de 3 ap. J.-C, dont on sait
30
qu'il affecta cette portion de la colline . Mais l'absence de toute trace d'élé­
ments brûlés dans les niveaux de terrass~ement autorise les fouilleurs à dater
31
ceux-ci des décennies antérieures, peu après Actium . Et de fait la notice
de Suétone qui relate la réfection de la domus palatina après la catastrophe
donne à penser que c'est le programme complet déjà achevé qui dut être
32
reconstruit ou restauré à cette occasion (fig. 4).

30. VALÉRE MAXIME, I , 8, 2. L'incendie affecta aussi le temple de Cybèle.


31. IACOPI L , TEDONE G . , loc. cit., p. 3 7 0 - 3 7 5 .
32. SUÉTONE, Aug., 57, 4 : In restitutionem Palatinae domus incendio absumptae...

177
PIERRE GROS

Figure 4 . - Restitution hypothétique de la partie orientale du complexe augustéen


dans sa dernière phase, d'après I. Iacopi et G. Tedone.

La conséquence la plus tangible de cette troisième phase fut l'élimi­


nation des aménagements privés de la terrasse inférieure et le transfert de
l'ensemble de l'habitation au niveau supérieur, sur l'aire adjacente au temple
d'Apollon, qui désormais constitue la structure dominante du complexe.
Même si des espaces furent préservés en sous-œuvre, dont certains devaient
être accessibles depuis les scalae Caci, ils se trouvèrent déclassés, car réservés,

178
LES UMITES D'UN COMPROMIS HISTORIQUE..

comme dans certaines domus de la colline déjà citées, à des usages subalter­
nes. Dans le même temps, de puissants murs périmétraux dont subsistent
des traces en fondation englobèrent l'essentiel des constructions attribuées
à la «maison de Livie», celui qui longe la plate-forme du temple à l'ouest
de ce dernier marquant la limite entre le secteur public et le secteur privé.
Si l'on ajoute que le même projet comportait la création de la bibliothèque
latine et grecque, dont il semble établi maintenant qu'à la différence de ce
que suggère la Forma Urbis sévérienne, qui donne évidemment l'état domi-
tianique de la zone, elle ne comportait initialement qu'une grande salle à
abside semi-circulaire centrée sur l'axe longitudinal du vaste quadriportique
qui occupe dès lors sans solution de continuité, et à une cote nettement
33
supérieure, la superficie des deux péristyles antérieurs , on obtient une
image d'ensemble sensiblement différente de celle à laquelle nous nous
étions accoutumés.
Cette démonstration bouleversante mais convaincante, due encore une
fois à I . Iacopi et à G. Tedone, et dans le détail de laquelle il n'est pas utile
d'entrer ici, autorise une lecture précise du complexe dans sa version défi­
nitive, et permet d'en proposer une interprétation plus cohérente. Après
les premières implantations, marquées par la volonté de suivre, tout en s'en
démarquant autant que possible, les tendances principales de l'évolution
de la résidence de prestige, telle qu'elle s'affirmait alors dans le voisinage
immédiat du domaine d'Octave, la nouvelle composition rassemble dans
un système d'une rare efficacité, et qui transcende toutes les tentatives
antérieures des imperatores ou des membres de l'oligarchie sénatoriale, les
formes et les messages nécessaires à l'affirmation d'un pouvoir sacralisé.
L'unité constituée par le temple apollinien, la porticus de Suétone et de
34 35
Velleius Paterculus ,l'aurea Phoebiporticus de Properce ou l'enclos sacré
36
(«téménisma») de Dion Cassius et la ou les bibliothèques, selon qu'on
évoque le monument lui-même ou ses deux sections, unité restituée pour
la première fois dans son extension sur la base d'observations archéologi­
ques, peut être dès lors mieux comprise dans son organisation syntaxique.
L'axialité impérieuse du temple par rapport au quadriportique, sur lequel
son escalier frontal empiète en interrompant la galerie nord, traduit sur le
57
terrain la formule de Properce : medium claro surgebat marmore templum .
Cette centralité était encore accentuée par la présence probable, au cœur
même de l'aire libre du péristyle, de l'autel monumental qui faisait partie
intégrante du sanctuaire, si du moins on admet l'hypothèse que j'avais
émise naguère selon laquelle la structure quadrangulaire munie sur deux
de ses faces d'un emmarchement formant escalier dont la Forma Urbis

33. IACOPI L , T E D O N E G., «Bibliotheca et Porticus ad Apollinis», art. cit., p. 352-355 et pl. 3,
p. 360-361.
34. SUÉTONE, Aug., 29,4. VELLEIUS PATERCULUS, I I , 81, 3.
35. PROPERCE, 11,31,1-2.
36. DION, LUI, 1,3.
37. PROPERCE, II, 31,9.

179
PIERRE GROS

nous a conservé l'image sur 1 'area Apollinis n'était autre que cette ara, dont
Properce précise qu'elle était entourée des agmenta Myronis, les fameuses
statues de Myron représentant des bovins, image pétrifiée et sublimée des
38
animaux sacrificiels . La présence d'une structure de ce genre paraît de
toute façon confirmée par les puissantes substructions retrouvées au centre
du téménos, au point de convergence des deux médianes perpendiculaires.
Ce point focal de toute l'ordonnance en exprime la sacralité globale, celle-
ci valant pour la bibliothèque dont l'unicité monumentale et la situation
elle aussi dominante, mais cette fois par rapport à l'axe longitudinal du
péristyle, vient d'être démontrée par les mêmes recherches récentes sur le
terrain.
Cette bibliothèque mérite, dans l'état où elle apparaît aujourd'hui, un
réexamen attentif, et les textes anciens qui la mentionnent en lui attribuant
des fonctions parfois inattendues prennent dans cette perspective un relief
particulier. Conservée seulement en fondation, mais d'une façon suffisam­
ment explicite pour qu'une restitution en soit proposée, cette salle, orien­
tée nord-ouest/sud-est, et parfaitement centrée sur le petit côté oriental du
péristyle, longue de près de 25 m et large de 20 hors tout et de 18 m sur
15 pour l'espace utile interne, présentait des dimensions sensiblement équi­
valentes à celles qui sont attribuées à la curia Iulia. L'aula était semble-t-il
divisée intérieurement en un secteur central dallé d'un opus sedile de mar­
bres colorés et deux secteurs latéraux relativement étroits, probablement
animés par une colonnade qui longeait les murs nord et sud et se retournait
devant l'abside, selon un schéma que l'on pourrait dire pseudo-basilical.
Dans l'abside fut identifiée la sous-base d'un podium puissant, destiné sans
39
doute à supporter une statue . Ces caractères structurels, joints à la posi­
tion de l'édifice, évidemment conçu pour faire partie du même ensemble
que le temple lui-même, rendent plus que probable son identification à
la bibliotheca ad Apollinis, dont D.L. Thompson avait dès 1981 postulé la
40
parenté avec la nouvelle curie césarienne . La connexion entre l'édifice
cultuel et la bibliothèque était du reste suggérée par le caractère elliptique
de la description périégétique de l'Ovide des Tristes, qui passe directement
des candida tempia dei aux lieux « où sont offertes au lecteur les créations
des doctes esprits, tant anciens que modernes», le passage des uns aux autres
41
s'effectuant à travers le Portique des Danaïdes : tout se passe comme si le
voisinage topographique se doublait d'une correspondance fonctionnelle,
les deux monuments s'avérant étroitement complémentaires. La subdivision
entre section latine et section grecque, suggérée par Suétone, mais surtout la

38. GROS P., article Apollo Palatinus, dans Lexicon topographicum Urbis Romae, I, Rome, 1993, p.
PROP., I I , 31, 7-8.
39. IACOPI I. TEDONE G . , « Bibliotheca et Porticus ad Apollinis », art. cit., p. 353 sq.
40. THOMPSON D.L., «The meetings of the Roman Senate on the Palatine», AJA 85,1981, p. 335-339.
Sur cette question, voir maintenant BONNEFOND-COUDRY M., Le Sénat de la République romaine
de la Guerre d'Hannibal à Auguste, BEFAR 273, Rome, 1989, p. 179-182 et PALOMBI D., article
Curia in Palatio, dans Lexicon topographicum Urbis Romae, I, Rome, 1993, p. 334.
41. O V I D E , Tristes, I I I , 1, 59-64.

180
LES UMITES D'UN COMPROMIS HISTORIQUE..

présence d'une statue d'Auguste habitu ac statu Apollinis, selon les commen­
42
taires du Pseudo Acron et de Servius , statue en situation de domination
par rapport à l'espace interne, selon toute vraisemblance donc dans l'abside
sus-mentionnée, comme un véritable simulacrum, c'est du reste le terme

employé dans la Tabula Hebana , confirment, s'il en était besoin, le carac­
tère religieux sinon cultuel de la bibliothèque, qui n'est pas seulement « près
du temple d'Apollon», mais également, et pleinement, «apollinienne» ; la
niche architecturée qui servait d'écrin à cette statue, surmontée d'un fronton,
44
fastigium, confirme la signification de cette mise en scène .
L'ambiguïté entretenue sur la définition de cette curieuse bibliothèque se
retrouve dans les diverses dénominations et fonctions que lui confèrent les
textes antiques. C'est faute d'avoir pris la mesure de sa dimension véritable
que plusieurs auteurs anciens ou récents ont proposé le temple d'Apollon
lui-même comme lieu périodique de réunions du Sénat, sous Auguste ou
les premiers Julio-Claudiens. En fait, inaugurée comme la curia Iulia, cette
bibliotheca, désignée comme une curie par Tacite et comme un templum
par la Tabula Hebana ou la Tabula Siarensis, où du reste elle est présentée
comme une composante intégrée au quadriportique qui constitue le témé-
nos du temple (in porticu(m) quae est ad Apollinis), elle présente toutes les
caractéristiques d'une aedes sive curia, comme l'a bien démontré avec de
nouveaux arguments Mireille Corbier, bien qu'elle fût encore tributaire de
45
l'hypothèse des salles jumelées . Les assemblées sénatoriales convoquées
au Palatin se sont vraisemblablement toutes déroulées, contrairement à ce
que j'ai pu dire moi-même naguère, dans cette curia in Palatio, qui n'était
autre que la bibliothèque, et non pas la «bibliothèque latine». Et de fait on
comprend mieux, en passant en revue les diverses fonctions impliquées dans
ces définitions à la fois larges et précises, que ce type d'édifice aurait perdu
l'essentiel de sa puissance et de sa signification tant fonctionnelle que sym­
bolique s'il avait revêtu l'aspect, qu'on lui reconnaissait jusqu'à présent, de
deux salles accolées, identiques certes, mais pourvues d'entrées différentes :
comment l'une d'elles aurait-elle pu être un templum rituellement inauguré
et pas l'autre? Et inversement comment concevoir l'inauguration de deux
salles contiguës dont l'une seulement aurait contenu l'équivalent d'une
statue cultuelle? La découverte archéologique de l'unicité de la bibliothè­
que du Palatin constitue en ce sens, et ce n'est pas le moindre de ses titres
à la crédibilité, une mise au point et une pleine confirmation des données
textuelles. Nous n'ignorons pas que Dion Cassius évoque des bibliothèques
46
lorsqu'il parle de la dédicace du complexe apollinien , mais outre que ce
pluriel peut s'expliquer par la présence de deux sections à l'intérieur d'un

42. Schol. Hor. Epist. 1, 37, 17; SERVIUS, Georg. 4, 10.


43. NSc 1947, 53, tab. I, 1, 1-4.
44. Sur l'ordonnance et la signification de cette bibliothèque, voir SAURON G., op. cit. p. 75-76.
45. Le dossier textuel et épigraphique a été remarquablement rassemblé et étudié par CORBIER M.,
«De la maison d'Hortensius à la curia», art. cit., p. 893-901.
46. DION, LUI, 1, 3.

181
PIERRE GROS

même édifice, on ne peut exclure le fait que l'image du complexe ait été
pour lui largement informée et donc altérée par celle qu'il avait sous les yeux
e
au début du 111 siècle, et qui remontait, au mieux, à la refonte complète du
temps de Domitien, dont nous savons qu'elle eut entre autres pour résultat
de mettre en place au même endroit, mais pas au même niveau, les deux
47
salles absidées dont la Forma Urbis a conservé le plan .
La charge sémantique supplémentaire de la bibliothèque nous incite
à reconsidérer la partie « publique » de cette résidence augustéenne. On a
souvent insisté, à juste titre, sur ses aspects hellénistico-orientaux en tirant
le meilleur parti du précédent pergaménien, effectivement caractérisé par la
confusion entre les composantes proprement palatiales et les composantes
sacrées à vocation non seulement dynastique mais poliade. La filiation est
indéniable, si l'on considère la sacralisation de la lignée et la protection
divine revendiquée par un pouvoir qui, dans le cas d'Auguste, ne peut
encore s'affirmer comme dynastique mais est déjà implicitement régalien.
Marianne Bonnefond-Coudry a naguère souligné avec raison l'importance
de la notice de Servius qui explique que Latinus, tel qu'il est mis en scène
par Virgile, consulte le Sénat dans sa maison, addomum regis, tout comme il
était, du temps de ses ancêtres, dit le glossateur, c'est-à-dire, de son point de
48
vue, au début de l'Empire, consulté in Palatii atrio . À ce titre, le complexe
augustéen mérite d'être comparé aux « basileia» les plus élaborés, et du reste
la description du palais du vieux roi dans Y Enéide contient, on l'a souvent
49
dit, des allusions assez directes à la domus palatine . Mais il est une autre
conséquence qui se dégage, croyons-nous, de la nouvelle ordonnance du
grand péristyle et de ses annexes cultuelles, culturelles et religieuses, telles
qu'elles se laissent reconstituer désormais.
Il convient ici de revenir à Vitruve, qui donne de la demeure de ceux
qu'il appelle les potentes une description très ambitieuse dont on peine
à retrouver les témoins archéologiques. Plus que la maison de Clodius
au temps éphémère de ses annexions abusives, plus que celle de Scaurus,
dont l'ampleur de Vatrium a été relevée comme exceptionnelle par Filippo
50
Coarelli , celle d'Auguste semble répondre, en première lecture, à la célèbre
notice de De Architectura, V I , 5, 2: si l'on cumule les données du terrain
et celles des textes, on peut en effet y retrouver les péristyles immenses, les
51
parcs (silvae) , les promenades, les bibliothèques et les basiliques d'une

47. RODRIGUEZ ALMEIDA R., Forma Urbis Marmorea. Aggiornamento generale 1980, Rome, 1981,
pl. XIV.
48. S E R V I U S , ^ » . 11, 235. BONNEFOND-COUDRY M., op. cit., p. 181.
49. Voir sur ce point ZANKER R, «Der Apollotempel auf dem Palatin», Città e Architettura nella
Roma imperiale, Rome, 1983, p. 21-40 et notre étude «Les palais hellénistiques et l'architecture
augustéenne : l'exemple du complexe du Palatin », Basileia. Die Palaste der hellenistischen Könige,
Mayence, 1996, p. 234 -239. Dans le même volume, l'article de FÖRTSCH R, « Die Herstellung von
öffendichkeit in der spätrepublikanischen Wohnarchitektur als Rezeption hellenistischer Basileia»,
p. 240-249 élargit le débat aux grandes domus patriciennes.
50. COARELLI F., loc. cit. supra n. 19.
51. GROS P., « Le bois sacré du Palatin : une composante oubliée du sanctuaire augustéen d'Apollon »,
RA, 2003, p. 51-66.

182
L E S L I M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E . .

ampleur comparable à celle de véritables édifices publics, présentés par le


théoricien romain comme nécessaires à la dignité de ceux qui exercent la
52
réalité du pouvoir . Et Vitruve d'ajouter, en observateur avisé des prati­
ques de son temps, c'est-à-dire du Triumvirat, que c'est souvent dans ces
résidences somptueuses que se déroulent les délibérations qui intéressent
l'ensemble de la communauté, les publica Consilia. Tout a été dit de ce texte,
et de sa pertinence historique, et les exemples ne manquent pas de décisions
capitales, prises au cours des dernières décennies de la République, dans des
locaux théoriquement privés, même si, encore une fois, il apparaît difficile
de retrouver dans les résidences les plus élaborées de cette période des basi­
53
liques, par exemple, dignes de ce nom . La tentation est grande, et l'on y
a parfois cédé, de prendre comme l'exemple emblématique, ou du moins
comme la résultante institutionnelle de cette personnalisation du pouvoir
dont la domus patricienne garderait le témoignage, le domaine augustéen
dans sa plus grande extension, puisque aussi bien le transfert des instances
de gouvernement y devient, au moins dans certaines circonstances, évident
et officiel. Mais ce serait là, croyons-nous, une erreur d'appréciation. I l
est en effet un élément qui modifie radicalement la situation et interdit
toute continuité plus ou moins artificiellement entretenue avec la tradi­
tion dont Vitruve se fait l'écho, c'est le temple apollinien et son téménos,
qu'on veuille ou non reconnaître dans ce dernier le portique des Danaïdes :
cette adjonction d'un édifice religieux au cœur du système n'a rien à voir
avec l'opération tentée par Clodius et son sanctuaire de la Libertas\ celui-
ci restait aux marges du complexe, et s'il comportait lui aussi un grand
péristyle, des salles de réunion (conclavia) et un monument consacré par
un Grand Pontife complaisant, L. Pinarius Cota, il n'eut pas, au cours de
sa brève existence, le rôle véritablement central accordé par Auguste à son
54
aedesApollinis . I l se trouve, selon une formule inédite, à la fois intégré à
la domus, puisque son propriétaire est censé la partager avec cette divinité,
et bientôt, après la mort de Lèpide, avec Vesta sous une forme qui reste à
définir, et séparé de celle-ci puisque le caractère public du sanctuaire est
55
affirmé dès sa création, même s'il a été construit sur sol privé . Le péristyle
qui apparaît malgré tout comme une dépendance directe de la maison,
au moins pour son secteur nord-ouest, sur lequel donnent directement les
salles d'apparat et les appartements privés, assume dans ces conditions la
fonction de lien et de transition entre ces deux secteurs en principe juridi­
quement différents mais en réalité complètement fusionnels. Ce n'est du

52. Dès son premier livre, Vitruve avait identifié les demeures des « puissants dont la pensée gouverne
l'état» à des édifices publics (I, 2, 9). Mais c'est évidemment le passage déjà cité de VI, 5, 2 qui
contient les éléments les plus clairs de ce point de vue.
53. GROS P., « La basilique dans la maison des notables », Autocélébration des élites locales dans le monde
romain, Clermont-Ferrand, 2003, p. 311-328.
54. CICÉRON, De domo sua, 115-117.
55· Sur la nature juridique du sol où a été construit le temple, SPANNAGEL M., Exemplaria Principis.
Untersuchungen zu Entstehung und Ausstattung des Augustusforums, p. 18, n. 26. Voir D I O
XLLX, 15,5etLIV,27, 3.

183
PIERRE GROS

reste pas un hasard si l'essentiel de l'aménagement de la domus Principis,


en partie établie sur les grands terrassements de la dernière phase, celui de
la maison dite de Livie comme celui des appartements d'Auguste, se situe
après Actium, au cours des années qui voient la construction du temple et
la redéfinition de celui-ci en ex voto de la victoire sur Marc Antoine; les
thèmes des décors picturaux, tels ceux si souvent scrutés du « triclinium »
ou de la «salle des masques», ne se comprennent, comme l'a bien montré
G. Sauron, que si l'on admet qu'ils illustrent, dans un contexte profondément
56
apollinien, l'Age d'Or dont Auguste se présente comme le restaurateur .
La valeur des constructions « publiques » de cette dernière période ne
peut être à vrai dire mesurée que si nous replaçons le sanctuaire dans le jeu
des axes et dans la hiérarchie des espaces suggérés par la nouvelle hypothèse
dont nous venons de rappeler les principaux aspects. Le temple d'Apollon
et le templum-curia-bibliotheca, qui dominent l'un et l'autre le même qua­
driportique, constituent les deux pôles d'un système dont il est possible
d'évaluer la portée politique et idéologique. La bibliothèque n'est plus une
annexe culturelle occasionnellement utilisée comme lieu de réunion du
Sénat, particulièrement, comme cela a été dit à la suite d'une notice de
Dion Cassius, lorsque le Princeps vieillissant répugnait à descendre de sa
57
colline pour rencontrer les patres . Son usage institutionnel ne peut pas
avoir été seulement dicté, comme le voulait par exemple D.L. Thompson,
par «la commodité du site». Elle apparaît maintenant, par sa position et
son poids monumental, comme l'autre centre du pouvoir, sur ce qui est
devenu un véritable forum intégré au domaine du Palatin.
La dyarchie du régime, qui s'exprimait encore sous une forme qui pou­
vait faire illusion dans le vieux Forum républicain remodelé par Auguste,
avec, sur le petit côté oriental, le sanctuaire de César divinisé et la porti­
cus Gai et Luci, qui exaltent la famille sinon directement la personne du
Princeps, et de l'autre côté, la Curie julienne, les Rostra Vetera et XAerarium
du temple de Saturne, qui rassemblent les organes et expriment les valeurs
58
de l'État républicain traditionnel , cette dyarchie au moins théoriquement
préservée n'est plus de mise sur le Palatin : les deux monuments s'équilibrent
autour de la grande Porticus, dont le nom seul sert parfois dans les textes
épigraphiques comme le senatus consultum de Larinum à désigner le lieu
des séances où sont prises les décisions officielles (in Palatio, in porticu quae
59
est ad Apollinis) . Si la prééminence du temple proprement dit s'affirme
justement par son empiétement sur le portique, qu'il interrompt en son
centre, la présence de la bibliothèque, accessible seulement derrière le por­
tique, n'en est pas moins lourde de sens : la vue ménagée à travers son entrée

56. Voir les analyses magistrales de SAURON G., op. cit. p. 577-592.
y

57. D I O N , LVI, 28, 2.


e
58. GROS P., dans Storia dell'urbanistica. Il mondo romano, 2 éd., Rome, 2007, p. 204.
59. Sur ces dénominations, voir H U R L E T Fr., «Les sénateurs dans l'entourage d'Auguste et de Tibère.
Un complément à plusieurs synthèses récentes sur la cour impériale», RPh 2000, 74, 1-2, p. 133
et n. 34.

184
L E S L I M I T E S D'UN C O M P R O M I S H I S T O R I Q U E . .

axiale vers l'autel monumental l'insère dans le complexe sacré, un peu à la


manière dont la basilique de Fano, telle que la concevait Vitruve, disposait
d'un «couloir visuel» vers le temple jovien qui lui faisait face de l'autre
60
côté de la place publique . Et sur ce même axe, au fond de l'exèdre de la
bibliothèque-curie, comme dans 1 aedes Augusti de la basilique vitruvienne,
la statue, apollinienne au sens le plus fort du terme, d'Auguste lui-même
régnait sur l'espace interne, quels qu'en soient les occupants et quelles que
soient les fonctions qui s'y accomplissaient. Entre ces deux divinités tutélai-
res équivalentes, la seconde n'étant que l'hypostase terrestre de la première,
qui se partagent la domination de l'ensemble, il n'y a plus guère de place
pour une autre forme d'exercice de l'autorité, et en ce sens le domaine du
Palatin, tel qu'en lui-même il nous est restitué, peut être déchiffré comme
le contrepoint et, d'une certaine façon, le démenti du retour prétendu à la
légalité républicaine.
Certes, Auguste n'a pas pu, et n'a du reste sans doute jamais prétendu,
circonscrire à cette vaste aire portiquée et à ses deux dépendances l'accom­
plissement de tous les actes du pouvoir, mais la formule architecturale, en
elle-même très démonstrative, qu'il y a fait adopter constitue une remar­
quable anticipation de ce que seront plus tard les forums impériaux, le sien
d'abord et celui de Vespasien, qui, à des titres divers, se révéleront assez
proches du grand péristyle apollinien, et deviendront pour longtemps des
lieux emblématiques de l'expression de la souveraineté. Vitruve, encore lui,
ne s'y est pas trompé : dans la préface de son premier livre, dont l'actua­
lité a été remarquablement mise en évidence par A. Novara, puisque, dit-
elle, « il résonne comme un condensé de la situation et des événements de
l'année 27», le théoricien, dont l'ambition, implicite mais assez claire, est
de faire entrer son ouvrage dans la toute nouvelle Bibliothèque palatine,
trouve les mots justes pour définir la forme de pouvoir dont Auguste peut
désormais se prévaloir dans sa résidence palatiale. L'esprit divin qui est
censé présider aux destinées de l'État (divina tua mens et numen) n'a besoin
que d'un signe de tête (nutus) pour se faire obéir, le peuple et le sénat étant
gouvernés par ses pensées et ses desseins sublimes — Consilia, le mot qui sera
employé par le même auteur au livre V I pour évoquer les délibérations
61
publiques qui se tiennent dans la demeure des puissants .

60. VITRUVE, V, 1, 7.
61. NOVARA Α., Auetor in bibliotheca. Essai sur les textes préfaciels de Vitruve et une philosophie latine
du livre, Louvain, Paris, 2005, p. 52, 138-139 et 162.

185
Du triumvirat au début du principat :
la construction du mythe augustéen

Gilles SAURON

Je ne voudrais ici tenter d'explorer qu'un terrain assez marginal par rap­
port aux problèmes posés par notre rencontre. I l ne s'agira donc nullement
des aspects institutionnels concernant l'évolution du cadre politique du
triumvirat et les transformations du pouvoir augustéen, mais uniquement
d'un des arrière-fonds idéologiques du déploiement de cette révolution
politique. Et, de ce point de vue, on ne peut nier l'évidente volonté de
rupture qui s'est manifestée de la part du princeps et du premier cercle de
ses conseillers.
Ce qui m'intéresse ici, c'est la volonté de tous les protagonistes du triu­
mvirat de s'inscrire dans un contexte héroïque, ou, si l'on veut, de penser
le monde au bouleversement duquel ils prenaient une part décisive comme
une scène tragique.
Il n'y avait de ce point de vue rien de nouveau par rapport au climat des
dernières décennies de la république, qui avaient vu s'affronter Pompée et
César avec leurs partisans. Le théâtre de l'un, construit au centre du Champ
de Mars, dont la décoration statuaire m'avait paru évoquer la dimension
mythique de Pompée comme conquérant de la terre jusqu'à l'Océan, sera
suivi du projet jamais réalisé par César de creuser un théâtre au flanc du
Capitole, ce qui aurait eu pour effet d'assimiler Rome à une capitale royale
hellénistique et à faire implicitement de lui-même un basileus basileôn.
Le thème cynique de l'assimilation de la vie au théâtre était aussi omni­
présent dans la vie des Romains de ce temps. La célèbre formule « la vie
est un théâtre» (σκηνή ό βίος) inscrite sur un gobelet en argent du trésor
de Boscoreale se retrouve presque identique sous la plume d'un poète de
XAnthologie palatine (X, 72, 1 : «Toute la vie est un théâtre», Σκηνή πας
òβίος), et plus tard sous celle de Clément d'Alexandrie (Protreptique, I I ,
12,1 : «... comme sur la scène de la vie », ... οίον επί σκηνής τοΰ βίου).
E
Diomede, un grammairien latin du IV siècle, mentionnait la définition
du mime par les Grecs comme «une imitation de la vie» {Grammatici
latini, III, 491 Keil: μίμος έστιν μίμησις βίου), en sorte que, on le voit, le

187
GILLES SAURON

théâtre et la vie entretenaient pour les Anciens des rapports d'identification


réciproque. Le cynisme s'était fait une spécialité de cette assimilation. Un
disciple de Diogene, Bion, cité par Télés (deuxième diatribe, Sur k nécessité
de se suffire à soi-même [peri autarkeias, περί αυτάρκειας], p. 5 sq. Hense),
1
assimilait la Fortune à une faiseuse de pièces :
«Tout comme un bon acteur doit brillamment défendre le personnage
que le dramaturge lui a attribué, ainsi l'homme de bien doit défendre celui
que lui a confié le destin. Comme un poète, en effet, au dire de Bion, le
destin attribue un rôle de premier plan (protagoniste) à celui-ci, de second
plan (deuteragoniste) à celui-là, rôle de roi et rôle de mendiant. Si donc tu
as un rôle en second, ne cherche pas à prendre la vedette, car alors tu seras
cause de discordance. »
Une mosaïque du musée de Naples (fig. 1 ) , provenant du complexe
artisanal d'une tannerie associée à une maison (I, 5, 2), s'inscrit dans cette
tradition, en représentant une tête de mort sous un niveau de chantier,
symbole d'égalité, auquel sont accrochés, d'un côté, les emblèmes d'un
roi (diadème, sceptre et manteau de pourpre) et, de l'autre, les oripeaux
2
d'un mendiant (bâton, besace, et manteau grossier) . On connaît aussi la
conversion d'un illustre Cynique, Cratès, grâce au théâtre : selon Diogene
Laërce (VI, 87), qui cite les Successions d'Antisthène, c'est après avoir vu
dans une tragédie le personnage de Télèphe portant un petit panier, que ce
dernier aurait réalisé sa fortune qui se montait à 200 talents et l'aurait ainsi
distribuée à ses concitoyens !
La diffusion de cette doctrine à Rome est confirmée à maintes reprises,
mais avec des significations qui peuvent varier. Dans un de ses dialogues,
Cicéron fait de la vieillesse « pour ainsi dire, le dernier acte de la vie, comme
d'une pièce de théâtre» (Cicéron, De la vieillesse, 85 : aetatis estperactio
tanquam fabulai) et parle même un peu auparavant de la «pièce de la vie»
(64 : « ceux qui ont usé avec panache des avantages de l'autorité, ont achevé,
à mon avis, la pièce de leur vie, sans s'effondrer au dernier acte comme les
acteurs sans expérience», quibus [seil, auctoritatispraemiis] qui splendide
usi sunt, ei mihi uidentur fabulam aetatisperegisse nee, tanquam inexercitati
histriones, in extremo actu corruissé). I l y a aussi le fait qu'Auguste aurait
cité un comique grec sur son lit de mort : « Si la pièce vous a plu, don­
nez-lui vos applaudissements, et tous ensemble, manifestez votre joie »
(Suétone, Diu Aug., 99, 2), après avoir déclaré: «J'ai bien joué le mime
de la vie (ecquid iis uideretur mimum uitae commode transegisse) » {ibidem,
99, 1). Dion Cassius donne une version légèrement différente de l'attitude
d'Auguste. Selon l'historien grec, « celui-ci demanda à son entourage de
l'applaudir à la manière des acteurs de comédies, comme s'il concluait un
mime, et il tournait complètement en dérision la vie des hommes» (LVI,

1. PAQUET L., Les Cyniques grecs. Fragments et témoignages, avant-popos par Marie-Odile Goulet-Cazé,
Paris, 1992, p. 173-189.
2. Musée archéologique de Naples, inv. 109982 : D E CARO S., Museo archeobgico di Napoli, Naples,
1999, p. 73 etfig.p. 76.

188
D U T R I U M V I R A T A U DÉBUT D U PRINCIPAT: L A CONSTRUCTION D UM Y T H E AUGUSTÉEN

30, 4: κρότον δέ δή τινα παρ' αυτών ομοίως τοις γελωτοποιοις, ώς καί


επί μίμου τινός τελευτη, αίτήσας καί πάμαπανυ πάντα τον τών ανθρ­
ώπων βίον διέσκωψε). Et nous savons qu'Auguste avait fait orner une
partie de sa maison du Palatin de fresques représentant des décors théâtraux,
3
en sorte qu'il évoluait devant ces fresques comme un acteur sur la scène .
Ayant fait représenter sur les murs de sa chambre un proskènion orné de
scénographies tragiques, comiques et satyriques, le propriétaire de la villa
de Boscoreale autour de 50 av. J.-C. se trouvait exactement à la place d'un
acteur évoluant sur Y orchestra d'un théâtre. Mais, dans ce dernier cas, cette
« mise à distance » de la vie que lui procurait l'assimilation à un acteur ne
s'accompagnait pas d'une dévaluation de l'existence et d'une indifférence à
l'égard de la mort, mais au contraire, d'une évocation permanente de son
destin posthume, qui nourrissait chez lui, comme chez le jeune Scipion
Emilien mis en scène par Cicéron dans le Songe, les plus grandes espérances
dans l'au-delà en l'incitant dans ce monde à une vie de justice et de piété.
L'allégorie picturale s'assimile ici à une incantation picturale.
Mais un phénomène très caractéristique de l'époque est la facilité avec
laquelle les chefs de l'aristocratie sénatoriale s'assimilaient aux héros de
tragédie. Cette identification pouvait certes se justifier, pour les familles
patriciennes, par le fait qu'elles prétendaient descendre d'Énée ou de ses
compagnons troyens. D'autres familles prétendaient faire remonter leur
ascendance à Héraclès, comme Marc Antoine (fig. 2), qui s'assimilait volon­
tiers à ce héros et prétendait faire remonter la famille Antonienne (gens
Antonia) au héros Anton, fils d'Héraclès (Plutarque, Marc Antoine, 4, 2;
Appien, Guerre civile, I I I , 16). D'autres gentes prétendaient même remon­
ter à Ulysse, comme la famille Mamilienne {gens Mamilia), originaire de
Tusculum, ville fondée par Télégonos, fils d'Ulysse et de Circé, comme
l'indiquent les sources littéraires (Denys d'Halicarnasse, Ant. rom., IV, 45, 1 ;
Tite Live, 1,49, 9) et les émissions monétaires de membres de cette famille
4
patricienne .
On sait aussi quelle fut l'utilisation des vers d'Euripide dans les conflits
internes à l'aristocratie romaine à la fin de la République. Ainsi, soucieux
de manifester tout l'écart qui séparait son caractère de celui de son père
adoptif, Auguste affectait souvent de citer le vers 599 des Phéniciennes
d'Euripide («Un chef qui prend des sûretés vaut mieux qu'un téméraire»,
ασφαλήςγαρ έστ' άμείνων ή θρασυς στρατηλάτης), ainsi que nous l'ap­
prend Suétone {Divin Auguste, 25, 5) plutôt que les vers 524-525 que
préférait César (« Si une chose vaut que l'on viole le droit, c'est la royauté,
admirable iniquité! Pour tout le reste, obéissons aux dieux», εΓπεργαρ

3. CARETTONI G.F., Das Haus des Augustus auf dem Palatin, Mayence, 1983, p. 23-27 et pl. coul.
A-I, SAURONG., Quis deum Ì L'expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rom
lafinde la République et au début du Principat (BEFAR, 285), Rome, 1994, p. 586-592 (salle des
Masques).
4. Monnaies émises en 189/180 et 82 av. J.-C. : CRAWFORD M., Roman Republican Coinage, Cambridge,
e
1974 (4 éd., 1989), n° 149 et 362.

189
GILLES SAURON

άδικείν χρή, τυραννίδος πέρι,/κάλλιστον άδικείν* ταλλα δ' εύσεβειν


χρεών) selon Cicéron {Des devoirs, I I I , 82) cité lui-même plus tard par
Suétone {Divin Jules, 30, 7). Dans ce cas, César s'assimilait au bouillant
Étéocle et son fils adoptif au prudent Polynice.
Mais Octavien préférait se comparer à Achille au lendemain des Ides de
Mars (Appien, Guerre civile, I I I , 13). Toutefois, le héros préféré de la plu- .
part comme modèle à l'époque des guerres civiles semble avoir été Ulysse,
sans doute en raison de l'alliance du courage et de la ruse qu'avait manifes­
tée le héros d'Homère. I l est possible que l'importation, à partir d'environ
60 av. J.-C. (cargaison d'Anticythère), pour les espaces privés des Romains,
de statues de marbre en grande dimension représentant des héros homé­
riques en action, et particulièrement Ulysse, ait un rapport avec ce genre
5
d'identification (fig. 3) . En mai 43, Cicéron promettait à L. Munatius
Plancus le destin d'Ulysse, s'il en finissait avec Marc Antoine : « L'homme
qui écrasera Marc Antoine sera celui qui terminera la guerre. Et c'est pour
cela qu'Homère a donné non pas à Ajax ni à Achille, mais à Ulysse le
nom de "destructeur de villes". » (Cicéron, Lettres à ses familiers, X, 13, 2:
Qui enim M. Antonium oppressent, is bellum confecerit: Itaque Homerus non
Aiacem nec Achillem sed Ulixem appellauitπτολιπόρθιον.) Plus tard, dans
une lettre à Tibère citée par Suétone {Tib., 21, 6), Auguste identifiera son
futur successeur à Ulysse en alléguant un passage de XIliade (X, 246-247)
dans lequel Diomede fait l'éloge de la sagesse d'Ulysse. Plus tard encore,
Caligula appellera Livie, la mère de Tibère, «Ulysse en jupons» (Suétone,
Caligula, 13: Ulixes sto latus).
C'est que les femmes n'étaient pas en reste, dans cette habitude d'en­
dosser la personnalité des figures héroïques. Sur un mode plaisant, on
peut rappeler, due à l'imagination de Térence, l'anecdote du tableau qui
représentait Jupiter pénétrant dans le domicile de Danaé sous la forme
d'une pluie d'or, image erotique qui avait sa place dans la maison de la
courtisane Thaïs, nouvelle Danaé s'offrant aux ardeurs de ses clients. Or
c'est en regardant le tableau, nous dit-il lui-même, que le faux eunuque
Chéréa, s'identifiant à Jupiter, fut incité à violer la jeune fille que Thaïs
prenait pour sa sœur (Térence, Eunuque, 583-591). Plus sérieusement,
Plutarque rapporte dans sa vie du césaricide Brutus (Plutarque, Brutus,
23), un épisode concernant Porcia, la fille de Caton le Jeune, qu'il dit avoir
lu dans les Mémoires sur Brutus de L. Calpurnius Bibulus, le fils de Porcia
{ibidem, 13) : se trouvant avec son mari à Velia et devant retourner à Rome
alors que Brutus devait quitter l'Italie, Porcia vint contempler à plusieurs
reprises un tableau représentant Hector reconduit par Andromaque, plus
précisément l'instant où Andromaque prenait des mains de son mari leur
petit enfant et jetait un regard sur Hector. Porcia aurait fondu en larmes
devant ce tableau qui ressemblait à son propre malheur, tandis qu'Aci-

dans Gnomon, 63,1991, p. 351-358 ; HIMMELMANN N., Sperlonga: die homerischen


5. SMITH R . R . R . ,
Gruppen und ihre Bildquellen, Opladen, 1995; SAURON G., dans RA, 1997, p. 261-296.

190
DU TRIUMVIRAT AU DÉBUT DU PRINCIPAT: LA CONSTRUCTION DU MYTHE AUGUSTÉEN

lius aurait cité les paroles qu'Homère avait placées dans la bouche d'An-
dromaque {Iliade, V I , 429-430: «Hector, toi, tu es à la fois mon père,
mon auguste mère et mon frère; et de plus tu es mon époux vigoureux»,
"Εκτορ, άταρ συ μοίέσσι πατήρ καί πότνια μήτηρ/ήδέ κασιγνητος, συ
δέ μοιθαλερός παρακοίτης), à quoi Brutus aurait répondu qu'il n'aurait
pas l'idée de citer les vers où Hector renvoie son épouse à ses travaux
domestiques {ibidem, 490-492: «Va donc à la maison, occupe-toi de tes
propres travaux, la toile, la quenouille, et ordonne à tes servantes de se
mettre au travail», 'Αλλ' εις οίκον ιοΰσα τα σ' αυτής έργα κόμιζε,/ίστόν
τ ήλακάτην τε, καί άμφιπόλοισι κέλευε/εργον έποίχεσθαι). Le
même Brutus, célébrant son anniversaire après l'assassinat de César, aurait
cité un vers d'Homère préfigurant sa fin tragique sous les coups de Marc
Antoine et d'Octavien, qui, nous précise Valére Maxime (I, 5, 7), devai­
ent prendre le nom d'Apollon comme signe de ralliement à la bataille de
Philippes. I l s'agit en effet d'un vers qu'Homère avait placé dans la bouche
de Patrocle à l'instant de sa mort de la main d'Hector, et qui disait: «Je
meurs victime de la Parque funeste et du fils de Léto », (Homère, Iliade,
XVI, 349 : Άλλα μεΜοιρ' όλοή καί Λητούς εκτανεν υιός).
Certaines de ces assimilations étaient désobligeantes et émanaient d'ad­
versaires. Ainsi, lorsque Cicéron compara Marc Antoine à Hélène de Troie
{Philippiques, I I , 55), un mensonge grossier selon Plutarque {Antoine, 6, 1).
L'ascendance vénusienne que César ne cessait de proclamer lui valut plus
d'un sarcasme d'adversaires, comme Cicéron, qui le disait « né de Vénus »
(a Venere ortus) en rappelant ses amours dénaturées avec le roi Nicomède
(Suétone, Divin Jules, 49, 7), et M . Caelius Rufus, qui le traitait sembla-
blement de « rejeton de Vénus » (Venereprognatus) dans une lettre à Cicéron
{Lettres à ses familiers, V I I I , 15, 2). Plus tard, l'œuvre d'Ovide, et en par­
ticulier les Métamorphoses, sont remplies d'allusions ironiques à l'égard
6
d'Auguste par dieux ou héros interposés .
Mais les Romains ne faisaient qu'adopter ici les modes de pensée hel­
lénistiques. Ainsi, l'épisode le plus spectaculaire illustrant ce genre d'assi­
milation se situe à la cour du roi d'Arménie. I l concerne la triste fin dont
fut victime Crassus, dont nous connaissons le récit par Plutarque {Vie de
Crassus, 33) et Polyen {Stratagèmes, 7, 41). Orodès, le roi des Parthes qui
venait de vaincre le Romain dans la plaine de Carrhes, se trouvait à la
cour d'Artavazdès, roi d'Arménie, pour sceller une alliance antiromaine
par le mariage de la sœur du roi avec son fils Pacorus. Au cours du ban­
quet, une représentation des Bacchantes d'Euripide, où l'acteur Jason de
Tralles jouait le rôle d'Agave, fut interrompue par l'arrivée d'un officier
parthe qui apportait la tête de Crassus. L'acteur échangea le masque qui
figurait la tête de Penthée (fig. 4) contre la tête de Crassus, et déclama avec
transport ces vers de la pièce : « Nous apportons, de la montagne, vers ce

6. LUNDSTRÖM S., Ovids Metamorphosen und die Politik des Kaisers (Acta Universitatis Upsaliens
Uppsala, 1980.

191
GILLES SAURON

palais, une touffe de lierre tout fraîchement coupée, - heureuse chasse»


(Euripide, Bacchantes, 1169-1170 : φέρομεν έξ όρέων/ελικα νεότομον επί
7
μέλαθρα,/μακάριον θήραν ). Et quand le choeur posa la question: «Qui
8
Ta frappé?» {ibid., 1179: Τις ά βαλοΰσα ), et que l'acteur eut répondu:
«À moi d'abord l'honneur» {ibid.: Πρώτον έμον το γέρας), l'officier
parthe, qui avait tué Crassus, Maxathrès selon Plutarque, Exathrès selon
Polyen, aurait revendiqué ici la place de l'acteur. Mais que pouvait signifier,
dans le contexte antiromain de la rencontre entre Orodès et Artavazdès,
l'initiative prise par l'Arménien de faire jouer les Bacchantes d'Euripide
devant son invité parthe ? Nous savons que les dynasties perses qui régnaient
en Asie Mineure, dans le Pont, en Cappadoce, en Arménie, en Commagène,
ne connaissaient pas de véritable équivalent du Dionysos des Grecs, mais
qu'elles étaient étroitement associées par des mariages à certaines dynasties
macédoniennes issues de l'Empire d'Alexandre, aux Attalides et surtout
aux Séleucides et qu'elles avaient affaire aux populations grecques, aussi
bien en Asie Mineure qu'en Grèce propre. On peut alors supposer que la
figure de Dionysos en général, et les Bacchantes d'Euripide en particulier,
ont pu constituer de la part d'Artavazdès un puissant levier de p