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L’homme va-t-il changer sa nature ?

Pierre-Jean Dessertine

1. Faut-il prendre au sérieux cette idée que l’homme puisse changer


sa nature ?

Car vivre n’est-ce pas fondamentalement défendre sa nature contre les agressions
extérieures ?

Mais il est vrai aussi que l’homme est cet être vivant très spécial qui veut toujours
aller voir au-delà de ce qu’il est. c’est pour cela que les hommes ont toujours rêvé
d’une nature autre que celle qui leur était échue :
– Ils ont imaginé une fontaine de jouvence dans le jardin d’Eden où Dieu à l’origine
les avait placés qui leur eut donné une jeunesse éternnelle.
– Ils ont cru en la métempsychose (migration de leur âme depuis leur ancien corps
inerte vers un nouveau corps) Grecs par laquelle ils auraient eu de multiples vies
– ils ont cherché longuement la formule d’un élixir de longue vie (au MA)
– Ils peuvent croire également, s’ils sont chrétiens, en la résurrection de tous lors du
jugement dernier, à la fin des temps.
les hommes n’ont-ils pas souvent rêvé d’avoir une autre nature qui soit caractérisée
par l’immortalité ?
Mais, ce soir, en ce début du XXI° siècle, si l’on parle de changer la nature humaine,
est-ce encore de cela dont il est question ? Cela, c’est-à-dire de rêves, de fictions, de
fantaisies de l’imagination, ou de croyance dans le surnaturel.

Nous-mêmes, qui sommes rassemblés ce soir, n’avons-nous pas comme une sorte
d’expérience de ce que peut signifier « changer sa nature » ?.
Nous tous pratiquons communément les analgésiques, sommes-nous tout à fait les
mêmes que nos arrières grands-parents, dont la vie devait nécessairement intégrer
de nombreuses situations de douleurs quelquefois fort intenses ? (Connaissez-vous
l’arrachage de dent à l’enclume ?)
Qui parmi nous n’a pas un morceau de ferraille ou de plastique, quelque part dans
son corps pour le faire fonctionner ?
Qui n’a jamais pris de substances psychotropes qui modifient son état de
conscience ?
Mais, pourra-t-on objecter, est-ce déjà changer de nature ? Qu’est-ce que la nature
humaine alors ? Réservons pour le moment ce problème de la nature humaine

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Mais remarquons quand même que les artifices sus nommés ne sont pas vécus
comme anodins. La médecine au fur et à mesure de ses progrès, intervient de
manière de plus en plus intrusive en nous-même. Et même s’il y a une importante
préparation psychologique pour banaliser ces interventions, même si leur bénéfice
est patent (transplantation de la cornée), nous ne les vivons jamais comme anodines.
Même si nous ne nous l’avouons pas, il y a certainement le sentiment d’une certaine
dépossession de soi – d’une sorte de violence faite à ce que nous sommes, à notre
nature.
Avec cette interrogation latente : jusqu’où cette technicisation de notre corps peut-
elle aller ?
Ainsi, l’idée de changement de notre nature nous parle de manière réaliste, dans la
mesure où nous vivons dans notre corps les progrès de la médecine.

Et justement, depuis quelques décennies des hommes versés dans les sciences
affirment que le niveau atteint par les sciences et techniques permet de prévoir la
prochaine capacité pour l’homme de changer sa nature.
En effet la convergence entre 4 nouveaux domaines du savoir récemment apparus :
les Nanotechnologies, les Biotechnologies, l’Informatique, et les sciences Cognitives
(on utilise l’acronyme NBIC pour les désigner) ouvre des capacités de modification de
l’être humain qui apparaissent illimitées.
– L’informatique – le traitement numérique de l’information – nous est familière
– Le cœur des biotechnologies est la capacité d’intervention sur le patrimoine
génétique des êtres vivants, soit pour en modifier les caractères (ogm), soit pour
réaliser artificiellement une procréation (fécondation in vitro), soit pour multiplier un
individu (clonage).
– Les nanotechnologies sont la capacité d’intervenir sur la matière à l’échelle
moléculaire afin de modifier les caractéristiques des molécules, ce qui permet de
maîtriser leurs interactions, suscitant ainsi de nouvelles propriétés aux matières
qu’elles constituent.
– Le sciences cognitives dégagent les lois d’acquisition, de conservation, d’utilisation
et de transmission des connaissances de la pensée humaine et, plus largement, de
tout système complexe de traitement de l’information (ce qui inclut la pensée
animale et la recherche en intelligence artificielle).

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Par exemple, on a déjà commencé à réaliser un certain contrôle mental de prothèses
articulées, on a déjà réalisé des nanorobots capable d’intervenir dna le corps pour
des opérations de maintenance.
Dès les années 80, d’abord aux USA, des groupes se sont constitués pour promouvoir
le développement et la mise en œuvre de ces savoirs afin améliorer l’être humain.
Leur projet explicite est de faire tomber les limites en lesquelles, depuis toujours, est
bornée l’existence humaine : l’échec, la souffrance, la maladie, le vieillissement, la
mort au bout de quelques décennies, la détermination génétique par le hasard, etc.
Le point essentiel étant bien sûr la perspective de dominer la fatalité de la mort : car
toutes les autres limitations de l’existence humaine sont comme des anticipations de
cette limite définitive.
C’est ce qu’on appelle l’idéologie transhumaniste ou le transhumanisme.
Pourquoi Trans-humanisme ? Parce que ce projet vise à trans-former l’humain en
autre chose – un autre être que les transhumanistes nomment le posthumain. Si l’on
définit la nature humaine par les limites répertoriées ci-dessus, et, la conscience de
ces limites, la posthumain se définit comme l’être issu de l’humanité qui n’est plus
enfermé dans ces limites.
Déclaration transhumaniste par l’association transhumaniste mondiale 1 er § :

(1) L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie.


Nous envisageons la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications, tel
que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens
biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique,
l’abolition de la souffrance et l’exploration de l’univers.
Avec le transhumanisme le changement de la nature humaine est quelque chose de
tout à fait sérieux : non seulement on voit très bien les moyen, mais il y a déjà un
commencement de mis en œuvre

2. Le transhumanisme est-il une libération?

Ne faut-il pas se réjouir de la perspective transhumaniste ? Ne nous annonce-t-elle


pas la réalisation du rêve le plus cher de l’humanité : celui d’une vie de bien-être
indéfiniment prolongée ? Ne nous annonce-t-elle, enfin, la possibilité du bonheur ?
§ 7 : Le transhumanisme … prône le bien-être de tout ce qui éprouve des
sentiments qu’ils proviennent d’un cerveau humain, artificiel, posthumain ou
animal.
Tout le monde ne devrait-il pas être d’accord ce projet ? Alors pourquoi les
transhumanistes se constituent-ils en mouvement de propagande, et font-ils du
lobbying intensif ? Pourquoi le Transhumanisme ne va-t-il pas de soi ?

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La même déclaration orientent vers la réponse :
Il serait catastrophique que ces avantages potentiels ne se matérialisent pas à cause
de la technophobie ou de prohibitions inutiles (§ 5)

La « technophobie » renvoie surtout à l’écologisme (pas une transformation


technique de la nature, mais une harmonisation de l’activité humaine avec les
processus naturels) qui a aujourd’hui une forte audience populaire du fait de la
généralisation d’un rapport de production/consommation aux biens entretenu par le
système marchand ;
les « prohibitions inutiles » renvoient aux comités d’éthique et autres lois
d’encadrement qui prétendent contrôler la tendance à la technicisation sans limites
de la vie humaine.

Autrement dit, il y a de puissants freins culturels qui gênent l’épanouissement de la


technoscience telle que les transhumanistes la souhaite.
Pour les transhumanistes ces freins culturels sont des héritages du passé irrationnel
de l’homme.
Les transhumanistes considèrent que les hommes sont restés si longtemps repliés sur
des croyances irrationnelles (religiosité, moralité, etc.) par lesquelles ils limitaient leur
capacité d’action qu’ils ont du mal à intégrer la révolution technologique actuelle, et
la nouvelle puissance qu’elle leur donne sur la nature.
Pour les transhumanistes les succès actuels de la technoscience montrent que
l’immémoriale frilosité humaine face à la nature n’est plus de mise. L’homme peut se
débarrasser de tous ces vieux oripeaux religieux et moraux pour assumer pleinement
sa rationalité et les pouvoirs qu’elle lui donne.

L’adjectif « inutiles » (« prohibitions inutiles ») montre que les transhumanistes se


placent dans le cadre de la philosophie utilitariste définie par l’anglais Jérémy
Bentham dès la fin du XVIII° siècle (c’est effectivement la base philosophique du
libéralisme au moins dans les pays anglo-saxons) :

Est bien ce qui est utile – est utile ce qui contribue à augmenter le bonheur de la
société – le bonheur la société s’évalue par un calcul des plaisirs et des peines de
l’ensemble des individus qui la composent – est donc bien tout ce qui augmente la
quantité de plaisir et diminue la quantité de peine dans la société.

Le transhumanisme, c’est l’idée que la technoscience apporte de formidables


promesses pour augmenter la quantité de plaisirs et diminuer la quantité de peines,
et donc qu’elle est le bien par excellence pour notre vie sociale et qu’il faut la
développer sans réserves.
Mais l’utilitarisme de Bentham se place dans le cadre d’une nature humaine
immuable caractérisée par la recherche collective du plaisir collectif au moyen de la
raison.

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Les transhumanistes vont plus loin : ils prétendent changer l’humain en posthumain.
Comment justifient-ils ce saut dans l’inconnu ?
D’abord, il faut noter combien est large l’usage qu’ils font du sentiment de bien-être :
« le bien-être de tout ce qui éprouve des sentiments qu’ils proviennent d’un cerveau
humain, artificiel, posthumain ou animal  ».
Dans ce cadre de pensée libérale bien-être et plaisir deviennent équivalents : c’est la
culture des sensations positives aussi bien d’origine extérieure (sensations)
qu’intérieure (sentiments) obtenues en modifiant notre corps par des procédés
techniques (qui peuvent être aussi bien un aliment qu’une drogue ou un parfum)
Effectivement, ainsi conçu, le bien-être est non seulement relatif à l’homme, mais aussi aux animaux.
C’est mettre la recherche de sensations positives dans la position de la valeur
absolue, celle qui doit toujours être recherchée : le Bien avec majuscule (ou le
Souverain Bien).
Quel est le Dieu des transhumanistes , Le bien-être (ou le plaisir).
Mais comme on le voit dans la citation, un tell bien a un large champ d’application
(animaux, intelligence artificielle Mais il n’est pas sûr que cela ait un sens de l’attribuer à une
intelligence artificielle (on peut en discuter plus tard)
C’est pourquoi le bien-être (ou le plaisir) sera toujours le Bien pour le posthumain !
Le posthumain, c’est changer l’humain pour un être plus élevé sur l’échelle de
l’évolution parce que possédant une aptitude au bien-être d’un niveau radicalement
supérieur à celui de l’humain.
Et pour justifier ce changement de niveau, et donc de notre nature humaine, les
transhumanistes se réfèrent explicitement à l’humanisme de Pic de la Mirandole
(1463-1494) qui écrivait dans son Oraison sur la dignité humaine, sous la forme
d’une adresse de Dieu à Adam :
« ô Adam, nous ne t'avons donné ni une place déterminée, ni une physionomie
propre, ni aucun don particulier, afin que la place, la physionomie, les dons que toi-
même tu aurais souhaités, tu les aies et tu les possèdes selon tes vœux, selon ta
volonté. Pour les autres, leur nature définie est régie par des lois que nous avons
prescrites; toi, tu n'es limité par aucune barrière, c'est de ta propre volonté, dans le
pouvoir de laquelle je t'ai placé, que tu détermineras ta nature. (…). Tu pourras
dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales; tu pourras, par décision de ton
esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines. »
C’est la proclamation par excellence de l’humanisme parce qu’elle affirme, pour la 1 ère
fois, l’autonomie de l’homme par rapport à toute transcendance.
Pour les transhumaniste, les mots importants sont : « Tu n’es limité par aucune
barrière … c’est de ta propre volonté que tu détermineras ta nature », car ils justifient
de se libérer de tous les interdits extérieurs à la raison et à l’expérience, en particulier
du respect d’une nature humaine (puisque Pic dit bien qu’elle n’existe pas – du moins à la manière de
celle des animaux)
Et, de ce point de vue, on peut donner raison , et à Pic, et aux transhumanistes : l’humanité est
l’espèce a-biotopique par excellence car elle est la seule à n’avoir pas de biotope assigné, par
l’adaptation auquel elle aurait des caractères clairement déterminés et définitifs. L’homme est le seul
vivant qui peut choisir, et même se construire, son biotope et développer les caractères qui lui sont

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appropriés : c’est en ce sens qu’il détermine sa nature – de ce point de vue, le berger nomade,
l’agriculteur sédentaire, le citadin sont des hommes de nature différente
Cela signifie que l’homme est éminemment un être technique.
Les transhumanistes auraient le mérite de tirer toutes les conséquences de cette
proclamation.
Ils veulent donner aux hommes la pleine jouissance du pouvoir que leur donne leur
raison
À condition bien sûr que le bien-être (ou le plaisir) soit bien la valeur finale suprême
(Souverain Bien) qui mérite toujours d’être poursuivie par les hommes.

3. Le transhumanisme est-il une illusion ?


Pic de la Mirandole écrit « Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont
bestiales; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures,
qui sont divines. ». On peut considérer que pour les transhumanistes, les formes
supérieures divines sont celles qui, façonnées par la technique, rendraient les
hommes parfaitement heureux.
Rappelons que pour certaines philosophies antiques, en particulier l’Épicurisme, les
dieux sont matériels comme les hommes, et ce qui les distinguent des hommes, outre
de vivre dans l’Olympe, c’est d’être immortels et bienheureux.

Le problème est que ce bonheur promu par le progrès technique, et fait de la


sommation de sensations positives, ne permet pas de distinguer de manière décisive
l’homme de l’animal.
Mon chat, je l’avoue, est bien meilleur que moi dans l’accès au bien-être, et, en plus,
comme il n’a aucune conscience d’être mortel, il est bien plus « divin » que moi
proche ( dieu d’Épicure : immortel et bienheureux).
Mais on peut dire aussi que le Bien qui justifie le transhumanisme est bestial. (ils
reconnaissent qu’il est commun aux animaux et aux hommes déclaration §7)
Si bien que la référence des Transhumanistes à l’humanisme est paradoxale : Pic
affirme la liberté de l’homme de choisir sa nature pour montrer qu’il a vocation à se
distinguer des animaux; alors que les transhumanistes rabattent ce choix sur un
caractère animal de l’homme : sa capacité de plaisir dont ils font son Souverain Bien.

Il faut retourner ici à notre expérience partagée : nous ne nous limitons pas nos
désirs à la quête de plaisirs. Par exemple, en nous souciant de l’avenir de l’humanité
comme nous le faisons maintenant, nous visons un tout autre type de satisfaction
que notre bien-être. Il s’agit d’une satisfaction de lucidité, celle qu’apporte le fait d’y
voir plus clair dans un problème important pour tous les hommes. Cette satisfaction
fait partie des satisfactions culturelles.

On peut définir, d’une manière générale la culture comme l’ensemble de ce que


l’homme ajoute à la nature et qui mérite d’être conservé dans la mémoire collective
parce que cela enrichit la nature, et le valorise lui-même.

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La culture serait alors tout ce que l’homme crée par sa liberté et qui multiplie les
possibilités de vie
L’homme est en effet cet être vivant, qui parce qu’il doit inventer ses biotopes est
créateur de nouvelles formes de vie.
Or la logique de la biosphère, c’est justement l’indéfini diversification du vivant.
L’homme est « divin » (cf Pic), parce que, par excellence, parmi tous les êtres vivants,
il est celui qui crée des formes inédites de vie.
Regardons bien ce qu’est la culture : parler, lire écrire, peindre, se vêtir, se construire
un habitat, inventer des formes d’organisation sociale, etc; sont des créations de
manières de vivre inédites, elles sont un enrichissement de la nature.

Peut-être que l’humanisme correctement compris, ce n’est pas l’homme maître et


possesseur le nature, ce n’est même pas l’homme respectueux de la nature (ça ne
veut rien dire, l’homme est l’être technique) ; c’est l’homme qui enrichit la nature !

Mais la tyrannie, la bombe atomique, le racisme, l’eugénisme, le terrorisme, alors ?


NON ! Ce n’est pas la culture, et dans l’exact mesure où cela ne peut pas être accepté
comme valeur par tous les hommes. Et que l’homme lorsqu’il l’a rencontré, il essaie
de l’oublier.
Le critère des œuvres culturelles est très simple, c’est qu’elles puissent être accepté
comme valeur par tous les hommes
Et elles ne peuvent être acceptées par tous les hommes que si elles ne sont pas
seulement intéressées, c’est-à-dire si elles ne valent pas seulemnt pour un intérêt
particulier.

À partir de là on peut avancer quelques arguments en faveur du Transhumanisme


comme monumentale escroquerie :

Le rejet de la culture héritée par les transhumanistes est le moyen pour asservir les
hommes à la seule valeur finale qui les intéresse : le bonheur entendu comme
sommation de sensations positives.

Le culte du bonheur ainsi compris est omniprésent dans notre société technico-
marchande car il est promu, par propagande incessante, par ceux qui contrôlent les
flux de marchandises destinées à être consommées et en tirent profit et puissance. Le
transhumanisme ne fait qu’ajouter à cette propagande pour faire de ce bonheur
technocratique notre horizon souhaitable et indépassable. À un moment où les
doutes ce multiplient et s’approfondissent sur l’avenir de cette civilisation technico
marchande, il veut redonner foi en son avenir.

Le transhumanisme ne serait-il pas la réclame magnifiée, grandiose, générale,


terminale du système technico marchand ?

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Le bonheur technico-marchand a besoin n’a besoin d’une telle réclame que parce
qu’il n’est que l’expression d’intérêts particuliers.

Peut-être le transhumanisme n’est-il, après tout, que l’expression de la nécessité


absolue du marché qui ne vit qu’en intensifiant et multipliant les flux de
marchandises, de surmonter l’impasse que constitue son exténuation par saturation :
ceux qui peuvent payer ont déjà à peu près tout. Le transhumanisme offrirait la
possibilité d’acheter la suppression des limites liées à la condition humaine, en un
moment où les besoins à l’intérieur de ces limites sont potentiellement satisfaits.

Ce qui est sûr c’est que le posthumain loin d’être un homme + selon l’expression
parfois employée par les transhumanistes, sera inévitablement un homme – Non
seulement ses désirs seront rabattus au niveau des satisfactions animales, mais il
aura perdu la liberté qui faisait sa dignité.
Que peut signifier être libre s’il n’ya plus le souci des valeurs finales en fonctions
desquelles on doit vivre, parce que ce souci, et la réflexion qui va avec gêne
l’impératif de bien-être ?
Que peut signifier être libre si choisir n’a plus aucun enjeu parce que l’on peut
toujours revoir ses choix notre avenir n’étant pas limité ? La liberté du posthumain à
toutes chances d’être celle de l’enfant sur sa console de jeu : il peut choir les touches
sur lesquelles appuyer avec son pouce pour des effets sans conséquences sur son
existence, et s’il choisit mal, il peut toujours faire un reset.

Le transhumanisme n’annonce-t-il pas un avenir inhumain?

©Pierre-Jean Dessertine, janvier 2013