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La guerre des portées : Qui se souvient du

Syndicat de la musique du Québec?


Martin Gladu

Le monopole de la Guilde existe parce que l'entreprise


américaine l'a amenée avec elle quand elle s'est installée au Québec.
C'est pour ça que la Guilde est ici.
Lorsque Capitol est venu ouvrir une succursale au Québec,
elle avait déjà une entente aux États-Unis avec l'AFM
qui spécifiait que pour faire un disque avec Capitol
il fallait être membre de la Guilde.
Même chose pour les grandes chaînes d'hôtels ou pour Radio-Canada,
où ça s'est passé au niveau canadien.
Pierre Graveline

D ans les années 1970, le collectif autogéré Conventum comptait, entre autres

membres, le guitariste André Duchesne, figure centrale de la scène de musique


actuelle des années 1980-90. Leur disque À l’affût d’un complot, paru en 1977 sur
étiquette Le Tamanoir, contenait un vibrant plaidoyer dénonçant les conditions
sociales des musiciens de la Belle Province ainsi que son industrie culturelle.

Réfractaire, Duchesne déclencha, avec d’autres Gaulois, une guerre sans merci contre
la Guilde des musiciens du Québec (GMMQ) en créant le Mouvement des travailleurs
et travailleuses de la musique du Québec (MTTMQ), qui réunissait quelques centaines
de personnes luttant contre les dictats de l’industrie musicale étasunienne et dont le
congrès pour la formation d’un nouveau syndicat de la musique au Québec se tint à
Montréal le 28 mars 1978.

Il faut dire qu’à cette époque hyper nationaliste (le Parti Québécois était au pouvoir)
les critiques envers la GMMQ pleuvaient, à commencer par les membres du groupe
Beau Dommage, qui avaient refusé, quelques mois auparavant, d’y payer leurs
cotisations. On lui reprochait, entre autres choses, son « oppression des musiciens et
des musiciennes du Québec (…), son manque de démocratie, sa collusion avec les
employeurs multinationaux et ses méthodes douteuses, discriminatoires et
répressives. » Duchesne, lui-même, affirma en 1977 :

La Guilde, c’est un syndicat américain: l’American Federation of Musicians. Elle a le


monopole des musiciens en Amérique du Nord. Elle est tout à fait inefficace ici et ne
sert pas les intérêts de la musique québécoise. Elle ne protège qu’un petit groupe de
musiciens. Le nouveau gouvernement s’est même demandé s’il ne ferait pas une

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enquête sur “la Guilde Organisée”, à cause de supposés liens avec la mafia. Nous avons
donc besoin d’une autre organisation des travailleurs de la musique.

Une des raisons pour laquelle les musiciens ont été si souvent exploités, c’est que ce
sont probablement les travailleurs culturels les moins informés, les moins politisés et
les plus utilisés par les pouvoirs. Dans la future constitution de ce syndicat, on y lira
que “Le syndicat des travailleurs de la musique du Québec a pour buts de permettre
aux travailleurs de la musique du Québec de s’assurer des conditions de travail et des
conditions de vie qui soient propices à l’accomplissement professionnel de leur métier:
premièrement, en permettant aux travailleurs de la musique du Québec de s’identifier
à une organisme qui soit représentatif de leurs aspirations; deuxièmement, en
favorisant le plus possible l’entraide mutuelle tant au plan professionnel qu’au plan
économique et social; troisièmement, en poursuivant des recherches continues sur la
musique au Québec et en diffusant cette information auprès de ses membres;
quatrièmement, en négociant des conventions collectives avec les employeurs;
cinquièmement, en assurant la représentation des travailleurs de la musique du
Québec auprès des gouvernements et autres organismes publics; sixièmement, en
encourageant toute initiative dont le but sera de prendre en main les principaux outils
de production, de distribution et de diffusion de la musique par les travailleurs
culturels québécois”.

La Guilde arrête l’évolution de la musique québécoise. Ce que nous voulons faire, c’est
une charte adaptée au Québec, l’inverse de celle de la Guilde qui n’est d’ailleurs même
pas traduite en français.

Cette « autre organisation des travailleurs de la musique », ce sera le Syndicat de la


musique du Québec (SMQ), qui, fort de son affiliation avec la Centrale des syndicats
nationaux (CSN) et la Fédération nationale des communications, survécut jusqu’en
1982.

La GMMQ, alors présidée par Gordon Marsh, ne tarda pas à faire entendre son point
de vue sur ce nouvel acteur syndical :

La Guilde est peu impressionnée par la fondation récente du Syndicat de la musique.


« Ce syndicat n'intéresse pas les membres établis de la Guilde mais surtout des jeunes
semi-professionnels qui prennent la Guilde comme bouc-émissaire de leur difficulté de
percer. Ce sont des gens qui ont déjà eu des problèmes avec la Guilde comme le non-
paiement de cotisations ou l'engagement à des taux inférieurs, » dit Mme Marcus. La
Guilde pense que ce syndicat sert involontairement les intérêts des producteurs qui
veulent payer les musiciens le moins cher possible et du gouvernement, qui reproche à
la Guilde son « américanisme ». SOURCE : McGill Daily Français, Vol. 78, Num. 012, 26
sept. 1978

Les déclarations de guerre dûment faites, le conflit s’envenima rapidement. Vallier


Lapierre rapportait la stratégie de la GMMQ :

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Pour montrer le sérieux de ses menaces, et ainsi décourager quelque 450
sympathisants, parmi lesquels à peu près tous les gros noms de la jeune chanson
québécoise, de se joindre à l’autre syndicat, la Guilde a décidé de poursuivre à la trace
les 15 membres au comité provisoire du MTTMQ chargés de préparer la formation du
nouveau syndicat. En obligeant des maintenant les employeurs à boycotter ces 15
musiciens, la Guilde affame les plus militants de ses opposants et indique aux autres
par le fait même le sort qu’ils peuvent anticiper s’ils font fi de ses avertissements.

C’est ainsi que le groupe Beau Dommage, dont l’un des membres, Michel Rivard, fait
partie du comité provisoire et est reconnu comme l’un des opposants les plus acharnés
à la Guilde, n’a pu faire partie de l'émission spéciale d’Oxfam, le 9 décembre dernier à
Télé-Métropole. Le même groupe n’a pu être engage pour l’émission Dimanshow-soir,
cette fois à Radio-Canada (…)

Un nouveau groupe, l’Engoulevent, s'est vu interdire l’accès à Radio-Canada, toujours à


l’émission Dimanshow-soir, parce qu’un de ses membres, Pierre Moreau, fait partie
également du comité provisoire. Un projet de spectacle conjoint de ce groupe avec
l’ensemble Conventum, au cinéma Outremont, a dû être abandonne par le responsable
des spectacles de cet endroit, Jean Prévost, parce qu’on a fait des pressions à cet effet.
André Duchesne, le pilier de Conventum, est l’un des éléments les plus radicaux du
MTTMQ.

Yves Laferrière, alors leader du groupe Contraction, voyait sa participation au projet


d’Orchestre Populaire du Québec de Walter Boudreau tomber à l’eau pour des motifs
similaires. Il avait été de ceux qui, avec les membres du Coventum, le sociologue
Ronald Gareau et l’imprésario Raymond Paquin, avaient fomenté naguère l’idée d’une
association professionnelle. Il garde aujourd’hui un goût amer de cette épopée.

Vallier Lapierre expliquait la genèse du projet en ces termes :


Au départ, il est apparu une volonté de se regrouper en coopérative pour permettre
aux jeunes musiciens de mieux diffuser leur travail et aussi de mieux se défendre face
aux compagnies de disque qui, sous prétexte qu’elles prennent des risques, fixent des
taux très bas de rémunération par disque vendu en profitant du fait que tout nouveau
groupe est prêt à bien des sacrifices pour se faire connaitre. Ce sont les conseillers
juridiques consultes sur la question qui ont avisé les musiciens intéressés que le
meilleur moyen pour renverser la vapeur était de se constituer eux-mêmes en syndicat.

Pierre Graveline, qui en assuma la présidence, apportait quelques précisions :

Ça a pris d'abord forme autour de la revue Pourquoi chanter?, animée par des
chansonniers, qui ont commencé à soulever la question du syndicalisme, de
l'organisation collective du monde qui travaille dans l'industrie de la musique au
Québec. Autour de cette revue, il y a tout un mouvement qui s'est organisé, des
réunions, des colloques, liés avec le Conventum.

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Une des forces du MTTMQ était qu’il sut recueillir le soutien de plusieurs acteurs de
l’industrie, dont Le Tamanoir (qui n’avait pas signé de convention avec la GMMQ),
l’Office national du film et le ministère des Affaires culturelles. Et comme nous l’avons
vu, il pouvait compter sur le soutien technique de la CSN.

Déjà en juillet 1978, le SMQ comptait plus de quatre cent membres – tous prêts à
boycotter le Local 406 de la Fédération américaine des musiciens – et quatre sections
régionales autonomes (il y en aura six en 1982) : Jonquière, Hull, Sherbrooke
(présidée par Jacques Bizier, violoniste du groupe Matante Alys) et Québec. Cette
dernière, qui était présidée par le poète-conteur-chansonnier Florian Lambert, lança
d’ailleurs un appel à tous les travailleurs et travailleuses du Québec – incluant les
techniciens de la scène, les « roadies », les techniciens du son – à adhérer au nouveau
syndicat alors en voie d’accréditation. Le MTTMQ avait mené, en amont, plusieurs
campagnes d’éducation et de sensibilisation dans ces mêmes régions. Le slogan
Prenons notre musique en main! fût adopté à cette époque.

Le second congrès se tint à Montréal les 18 et 19 novembre 1978. En plus d’y dresser
un bilan de ses activités et de ses plans futurs (ouverture d’un bureau syndical à
Montréal, campagne de financement auprès du grand public, publication d’un journal
mensuel, constitution d’un comité de négociation, préparation d’un cahier de
revendications, rédaction de contrats-types de disques et de spectacles, etc.), les
« freaks », comme on les appelait à l’époque à la CSN, procédèrent à l’élection des
membres du conseil exécutif national : Pierre Graveline, président (journaliste,
Mouvement Socialiste, CSN, CEQ); Yves Alix, vice-président à l'information
(chansonnier); Gordon Friesen, vice-président à l'action (flûtiste); Luc Saint-Louis,
secrétaire (coordonnateur de l’École de musique affiliée au Conventum); Sylvie
Tremblay, trésorière (chanteuse). Nota : Les (quinze) membres du comité provisoire
du MTTMQ étaient : Yves Alix; André Duchesne (Conventum); Pierre Moreau
(L’Engoulevent); Michel Rivard (Beau Dommage); Gordon Friesen; Yves Laferrière
(Contraction); Jean-François Garneau (compositeur), etc.

Après cinq séances de négociations, le comité organisateur de la fête nationale


opposait une fin de non-recevoir aux demandes du SMQ et, par le fait même,
provoquait une rupture totale des pourparlers le 4 avril 1979. Quelques jours après,
le directeur général du comité d’organisation de la fête nationale fonçait dans la ligne
de piquetage du SMQ. Devant ces embûches, l’exécutif de ce dernier décida d’exiger
la signature d’un contrat-type avec tous les employeurs. Seule ombre au tableau : il
n’était pas encore accrédité…et ses coffres étaient vides.

Cela étant, le recrutement allait bon train. « Du deuxième congrès à aujourd'hui, on


est passés de 327 à 700 membres adhérents, de trois à six sections, de zéro à 250
cotisants, » expliquait Pierre Graveline.

Un nouvel exécutif fût élu lors du troisième congrès de 1980 (on comptait alors près
de quatre cent-cinquante membres dont la moitié étaient de Montréal) : Pierre

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Graveline, président; Jean Néron, vice-président du recrutement; Yves Alix, vice-
président de l’information; Gordon Friesen, trésorier; Jocelyne Pageau, secrétaire.

En plus de négocier avec les détaillants d’instruments afin d’obtenir des réductions
sur les coûts des instruments de musique, cet exécutif allait voir à se faire reconnaître
par l’ADISQ et à l’instauration de politiques telles qu’une assurance collective, le
placement syndical, la réduction des coûts pour le logement et le transport de
musiciens itinérants.

En mai 1980, en pleine négociation avec Radio-Québec, cette dernière annonça qu’elle
refusait de poursuivre les négociations avec le SMQ qui, « comme le reconnaît le
gouvernement, est l’alternative démocratique à la Guilde. » Devant ce refus jugé
honteux par le GMQ, ce dernier, appuyé par le Syndicat général des employés de
Radio-Québec, la Fédération nationale des communications et la CSN, réclama une
intervention des ministres Camille Laurin et Denis Vaugeois.

C’est à ce moment que le GMQ constata que sa reconnaissance volontaire par les
employeurs était une stratégie vouée à l’échec :

En mai dernier, le syndicat de la musique (CSN) était amené à constater que la


négociation de sa reconnaissance employeur par employeur était impossible, le
chantage de l'American Federation of Musicians étant le plus fort. Le SMQ adopta donc
une autre tactique: publication d'un dossier détaillé et accusateur sur l'AFM, recherche
de l'appui de tout le milieu culturel québécois et pressions auprès du gouvernement
pour qu'il intervienne.

C’est dans cette mouvance conflictuelle1 que sera publié, à plus de sept mille
exemplaires, le Dossier noir de l’AFM, un ouvrage traitant de la légitimité du monopole
de la GMMQ posée.

Marsh n’allait pas en rester là.

1. Le 2 juin 1980, le groupe rock Corbeau annulait sa prestation au Café Campus, alors sur la liste noire de la
GMMQ. Idem pour Serge Locat, Michel Pagliaro et Sylvain Lelièvre. Puis, ce sera au tour du Grand Théâtre de
Québec d’être ajhouté à ladite liste. L’auteure-compositrice-interprète Pauline Michel défia toutefois l’AFM. Elle
ne fût pas la seule. Belliqueux, Marsh usa de la peur, faisant savoir aux réfractaires qu’ils allaient perdre leur fonds
de pension s’ils continuaient leur mouvement séparatiste.

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La Presse avait réussi à mettre la main sur des extraits :

L'American Federation of Musicians est une union qui dispose de moyens financiers
considérables. Les chiffres dont nous disposons pour l'année 1977 indiquent des
revenus de $21,428,000 provenant essentiellement des cotisations et des amendes
imposées à ses 300,000 membres.

L'AFM est donc très riche. Considérant le nombre de membres, il n'est certes pas
exorbitant pour l'AFM d'avoir des revenus de cette importance. Ce qui devient
surprenant, pour ne pas dire scandaleux, c'est l'utilisation que fait l'AFM de cet argent.

Cette même année 1977, l'AFM a effectué des dépenses totales de $3,918,164
auxquelles il faut ajouter $431,857 de dépréciation des actifs qui n'ont pas été réalisés,
donc perdus. L'AFM a donc accumulé un surplus de plus de $17 millions en une seule
année. Ce qui signifie qu'en 1977, moins de 25% de l'argent versé par les musiciens à
l'AFM leur a été retourné sous forme de services!

Qu'a fait l'AFM des $17 millions de profit? A-t-elle augmenté son fonds de grève? A-t-
elle offert des services supplémentaires? A-t-elle créé des programmes de formation
pour ses membres? A-t-elle organisé une campagne pour combattre le chômage qui
affecte durement les musiciens aux Etats-Unis comme au Québec? A-t-elle diminué les
cotisations? Non! Rien de tout cela. L’AFM a investi ce capital dans des compagnies! Et
l'année suivante, en 1978, l'AFM a augmenté les cotisations afin d'absorber les hausses
de coûts du congrès annuel (environ $400,000 par congrès)! Il est par ailleurs
significatif de souligner que le local de Montréal s'est opposé à cette hausse mais non
pas en demandant que l'AFM absorbe la hausse des coûts du congrès à même les
profits réalisés l’année précédente; le local de Montréal demandait qu'il n'y ait qu'un
congrès à tous les deux ans au lieu d'un congrès annuel!

L'année 1977 ne constitue pas une exception. D'année en année l'AFM accumule et
investit des sommes de plus en plus considérables. Au 31 mars 1977, ses avoirs se
répartissaient comme suit :

— Obligations du gouvernement américain: $12.5 millions;


— Obligations de corporations: $45.5 millions;
— Actions privilégiées dans des compagnies: $1.1 million;
— Actions ordinaires dans des compagnies: $32.7 millions;
— Argent prêté pour hypothèques: $0.5 million;
— Autres investissements (sans précision): $14.8 millions.

En 1977, l'AFM avait donc accumulé $107.1 millions. Dans quelles compagnies ces
millions sont-ils investis? L'AFM serait-elle actionnaire d’une ou de plusieurs
multinationales du disque? Quels sont les liens réels qui existent entre ces
multinationales et l'AFM ? Quelles sont les politiques que défendent les gens de l'AFM
dans les assemblées d'actionnaires auxquelles ils participent?

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A la lumière de ce qui précède, ne peut-on pas se demander sérieusement comment
l'AFM concilie son rôle de défense des intérêts des musiciens et son rôle d'entreprise
capitaliste? Le moins qu'on puisse dire, c'est que les musiciens et les musiciennes du
Québec n'ont certainement jamais été consultés sur ces investissements!

Ainsi en 1977, le local de Montréal a eu des revenus de près de $500,000. Or, 47.3 % de
cette somme a servi à payer les salaires et les avantages sociaux des employés. 13.7% a
servi pour des dépenses dites « générales » (incluant les dépenses d'automobiles) et
10.1% pour des honoraires professionnels. Ce qui laisse, on en conviendra, peu
d'argent pour les services aux membres!

Après avoir reçu l’appui de dix-sept revues culturelles, ainsi que de plusieurs boîtes à
chansons et autres lieux de diffusion, le GMQ obtint enfin sa rencontre avec le ministre
Vaugeois :

La campagne du Syndicat de la musique du Québec en vue de l'établissement de la


liberté d'allégeance syndicale pour les musiciens et les musiciennes du Québec se
poursuit activement et commence à donner des résultats. En effet, suite à une première
rencontre exploratoire tenue le 23 juillet dernier entre le SMQ et le ministre des
Affaires culturelles et des Communications, M. Denis Vaugeois, le syndicat a obtenu du
ministre un engagement formel que le gouvernement interviendra d'ici peu dans le
dossier et prendra les mesures nécessaires pour permettre aux musiciens et aux
musiciennes du Québec de choisir librement l'association qui les représentera. Quelle
forme prendra l'intervention du gouvernement? Voilà la question qui se pose
actuellement. Diverses hypothèses d'intervention (soit comme législateur, soit comme
employeur) ont été évoquées lors de cette réunion sans cependant qu'aucune décision
formelle ne soit prise. Dans le courant du mois d'août le ministre réunira les principaux
organismes gouvernementaux et paragouvernementaux concernés pour tenter de
dégager un consensus. Et le ministre rencontrera de nouveau le SMQ au tout début de
septembre afin de lui faire connaître son projet d'intervention.

Question de garder le momentum, un rapport fût présenté par Pierre Vadeboncoeur


en janvier 1981, dans lequel recommandation était faite au gouvernement de hâter la
signature de conventions collectives entre le SMQ et Radio-Québec, les cégeps, et
enfin, la Société des fêtes nationales. Le ministre Vaugeois approuva ce rapport dans
son entièreté, au grand soulagement de l’exécutif du SMQ. Par contre, il affirma que le
dossier n'était pas prioritaire et il renvoya la balle au ministre du travail, prétextant
que la reconnaissance syndicale impliquait des changements au code du travail
comme l'accréditation multi patronale.

Dix semaines suivant la publication du Dossier noir de l’AFM, le SMQ, qui comptait
alors plus de sept cent membres, signait sa première convention…avec le Café
Campus! Celle-ci respectait le principe de la liberté d’allégeance syndicale, si cher au
SMQ. Comme elle ne contenait aucune clause d’exclusivité, le Café Campus pouvait
engager librement des musiciens non syndiqués ou membres de la GMMQ. Tout ce

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que ce dernier devait faire, c’était d’appliquer la Formule Rand. (Nota : La GMMQ
interdisait à ses membres de jouer dans des établissements qui embauchaient des
musiciens non membres de la GMMQ et de travailler avec des non syndiqués. Ce type
de contrat d’exclusivité s’appelle un atelier fermé). Or devant le refus de la GMMQ de
signer une entente avec l’établissement, celui-ci songea à ester en justice. Gilles
Cusson du Café Campus :

Molson, par exemple, n'aurait légalement pas le droit de refuser de nous vendre de la
bière parce que Labatt nous en livre déjà. C'est la même chose dans ce cas-ci. Il n'y a
pas que les compagnies qui soient tenues de respecter la loi anti monopole. Parce
qu'elle refuse que nous engagions les musiciens de son association, si nous en
acceptons d'autres qui n'en font pas partie, la Guilde des musiciens de Montréal met la
survie de notre salle de spectacles en danger. Nous croyons que son attitude est
discriminatoire et illégale.

En Estrie, plusieurs organismes comme l’Association régionale des musiciens de


l’Estrie, le Conseil régional des Communications, le Conseil régionale des loisirs, le
Conseil de la culture le comité régional de Radio-Québec, l’Association régionale du
Parti Québécois et les députés de Sherbrooke et St-François à l'Assemblée nationale,
soutinrent la lutte du SMQ pour la liberté d’allégeance syndicale. On y créa d’ailleurs
un service de placement syndical en 1981, lequel donna une nouvelle orientation à
l’organisation. Gilles Bernier, du groupe Matante Alys, y était le permanent. Ce dernier
y lança, en grande première au Québec, un catalogue-affiche offrant un répertoire
d'une trentaine de travailleurs et de travailleuses de la scène estrienne.

Puis, en 1982, ce fût au tour de l’harmoniciste et accordéoniste Gilles Garand, qui était
aussi conseiller syndical à la mobilisation à la CSN, d’être élu à la présidence. En plus
d’aider le développement régional du SMQ, il forma le comité SMQ-CSN, qui choisit
les chansons du livret de partitions Chansons de lutte et de turlute, publié lors de la
semaine du 1er mai 1982. Il avait été – avec ses amis du Conventum – des premiers
balbutiements du MTTMQ.

Le SMQ ne put maintenir son air d’aller. Après six mois de silence (et un voyage de
Gilles Garand en France pour voir comment la liberté d’allégeance syndicale s’y
vivait), on mit fin à ses activités.

Certains des musiciens gravitant autour du SMQ

Matante Alys (Jacques Bizier, Gilles Bernier, Richard Perreault), Conventum (Jacques
Laurin, André Duchesne, René Lussier, Jean-Pierre Bouchard, Alain Arthur Painchaud,
Charles Kaczynski, Michel McLean, Sylvie Choquette, Louise Forestier, Pierre
Cormier, Bernard Cormier, Denis Houle, Yves Laferrière), Contraction (Yves
Laferrière, Christian St-Roch, Christiane Robichaud, Denis Farmer, Michel Séguin,
Robert Lachapelle, Robert Stanley), Beau Dommage (Marie-Michèle Desrosiers,
Michel Rivard, Pierre Bertrand, Robert Léger, Michel Hinton, Pierre Huet), Sylvie
Tremblay, Paul Cholette, Yves Alix, L’Engoulevent (Jacques Laurin, Jack Cantor, Russel

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Gagnon, Claude Lafrance, Michel McLean, Claude Blouin, André Leclerc, Paul Picard,
Pierre Moreau, Jean-Louis Gagnon, Bernard Cormier, Françoise Turcotte, Bertrand
Gosselin, Christiane Robichaud, Pierre Fauteux, Ronald Labelle, Sylvie Choquette,
Aline Chalifoux, Danielle Savage, Mathieu Léger, André Parenteau, Patrice Dufour,
Serge Choinière), Robert Harpin, Le Rêve du Diable (Gervais Lessard, Claude Méthé,
Jean-Pierre Lachance, Pierre Vézina, André Marchand, Jacques Lessard), Les Ruines
Babines (Gilles Garand, Colette Raby, Pascal Gélinas), Octobre (Jean Dorais, Mario
Légaré, Pierre Flynn, Pierre Hébert), Paul Piché, Harmonium (Serge Fiori, Serge Locat,
Michel Normandeau, Denis Farmer, Louis Valois, Neil Chotem, Monique Fauteux),
Félix Leclerc (soutien), Jean-Pierre Arcand, Madeleine Robillard, Claude Hallée, Alain
Tardif, Francine Malenfant, Daniel Lafrance, Michel Martineau, La Fanfafonie (Jean
Néron, René Dupéré, Paul Richer, Martine Rochette, Hélène Pouliot, Richard Ste-
Marie, Gervais Harvey; devant, Jacques Grenier, Guy Devaux), etc.

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