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Maygane JANIN

Flora DEVERELL

COVID-19 :
LA RÉPONSE
DES PLATEFORMES
EN LIGNE FACE
À L’ULTRADROITE

Novembre 2020
fondapol.org
L’ULTRADROITE
ET LA MANIPULATION
DE LA CRISE DU COVID-19

Maygane JANIN
Flora DEVERELL
La Fondation pour l’innovation politique
est un think tank libéral, progressiste et européen.

Président : Nicolas Bazire


Vice-Président : Grégoire Chertok
Directeur général : Dominique Reynié
Président du Conseil scientifique et d’évaluation : Christophe de Voogd
FONDATION POUR L’INNOVATION POLITIQUE
Un think tank libéral, progressiste et européen

Née en 2004, la Fondation pour l’innovation politique s’inscrit dans une


perspective libérale, progressiste et européenne. Par ses travaux, elle vise
deux objectifs : contribuer à un débat pluraliste et documenté, et inspirer
la décision publique.

Reconnue d’utilité publique, la Fondation met gratuitement à la


disposition de tous la totalité de ses travaux sur le site fondapol.org.
De plus, sa plateforme data.fondapol permet à chacun de consulter
l’ensemble des données collectées dans le cadre des enquêtes. Ses
bases de données sont utilisables, dans le prolongement de la politique
d’ouverture et de partage des données publiques voulue par le
gouvernement. Enfin, lorsqu’il s’agit d’enquêtes internationales, les
données sont proposées dans les différentes langues du questionnaire,
soit par exemple 33 langues pour l’enquête Démocraties sous tension,
menée dans 42 pays.

La Fondation peut dédier une partie de son activité à des enjeux qu’elle
juge stratégiques. Ainsi, le groupe de travail «  Anthropotechnie »
examine et initie des travaux explorant les nouveaux territoires ouverts
par l’amélioration humaine, le clonage reproductif, l’hybridation
homme-machine, l’ingénierie génétique et les manipulations germinales.
Il contribue à la réflexion et au débat sur le transhumanisme.
« Anthropotechnie » propose des articles traitant des enjeux éthiques,
philosophiques et politiques que pose l’expansion des innovations
technologiques dans le domaine de l’amélioration du corps et des
capacités humaines.

La Fondation pour l’innovation politique est indépendante et n’est


subventionnée par aucun parti politique. Ses ressources sont publiques
et privées.

5
SOMMAIRE

TECH AGAINST TERRORISM, PRÉSENTATION..............................................................................................9

INTRODUCTION............................................................................................................................................................................................. 11

I. UNE MONTÉE DES THÉORIES DU COMPLOT


ET DE LA DÉSINFORMATION AU PROFIT DES EXTRÉMISTES..................................... 14

II. DERRIÈRE L’OPPORTUNISME,


LA MENACE DE L'ACCÉLÉRATIONNISME....................................................................................................... 22

III. DES BAVARDAGES EN LIGNE AUX ACTIONS DU MONDE RÉEL....................... 27

IV. LA RÉPONSE DES PLATEFORMES EN LIGNE


ET L’AVENIR DE LA MODÉRATION DE CONTENU................................................................................. 30

V. UN IMPACT DURABLE SUR LES LIBERTÉS FONDAMENTALES......................... 34

VI. COMMENTAIRES SUR LA LOI AVIA,


VISANT À LUTTER CONTRE LES CONTENUS
HAINEUX SUR INTERNET........................................................................................................................................................... 36

RECOMMANDATIONS......................................................................................................................................................................... 41

6
RÉSUMÉ

Les terroristes et les extrémistes sont avant tout des manipulateurs qui
cherchent à exploiter les facteurs de stress présents dans nos sociétés.
La pandémie de Covid-19, les mesures de confinement qui en ont découlé ainsi
que la propagation de la mésinformation et de la désinformation en ligne qui
y sont liées sont donc des conditions idéales à exploiter pour certains acteurs
malveillants. Les partisans de l’ultradroite, en particulier, ont rapidement
saisi l’occasion offerte par la crise du Covid-19 pour ancrer leurs idées dans
le débat public et recruter de nouveaux membres. Bien qu’elle se manifeste
principalement en ligne, cette exploitation ne s’est pas limitée à la sphère
virtuelle et s’est matérialisée dans des événements réels, par exemple lorsque
des extrémistes violents se sont mêlés aux protestations contre le confinement
et les restrictions sanitaires et que des plans d’attaques terroristes ont été
contrecarrés. Alors que le secteur technologique a rapidement réagi à la vague
de désinformation, les changements rapidement apportés aux politiques de
modération des contenus en ligne ont déjà des conséquences importantes pour
l’avenir de la modération de contenus et de la liberté d’expression en ligne.
En effet, le secteur technologique mondial, notamment les réseaux sociaux
et les plateformes d’hébergement de contenus, a réagi particulièrement
rapidement à la propagation des théories de désinformation et de conspiration
liées au Covid-19. Dans cette note, Tech Against Terrorism analyse comment
les partisans de l’ultradroite ont exploité l’instabilité causée par la pandémie de
Covid-19, et ce que la réponse du secteur technologique signifie pour la liberté
d’expression en ligne et la responsabilité des plateformes.

7
8
L’ULTRADROITE
ET LA MANIPULATION
DE LA CRISE DU COVID-19

Maygane JANIN
Analyste à Tech Against Terrorism. Ses recherches portent sur le terrorisme d’extrême droite
et l’extrémisme violent, ainsi que sur l’utilisation d’Internet à des fins de financement du terrorisme.

Flora DEVERELL
Analyste à Tech Against Terrorism. Ses recherches portent sur les réglementations techniques
et les droits numériques. Elle a depuis quitté Tech Against Terrorism pour poursuivre sa formation en droit.

TECH AGAINST TERRORISM


PRÉSENTATION

Tech Against Terrorism est un partenariat public-privé soutenu par la direction


exécutive du Comité contre le terrorisme des Nations unies (UN CTED).
Tech Against Terrorism a été lancé en avril 2017 au siège des Nations Unies, à
New York, et a depuis été mis en œuvre par la Fondation Quantspark. Il s’agit
d’une initiative public-privé financée à la fois par l’industrie technologique
via le Global Internet Forum to Counter Terrorism (GIFCT) et par différents
gouvernements. À ce jour, les gouvernements de l’Espagne, de la République
de Corée, de la Suisse et du Canada ont apporté leur soutien financier à
Tech Against Terrorism.
L’objectif principal de Tech Against Terrorism est de soutenir l’industrie
technologique dans le renforcement de ses capacités à lutter contre
l’utilisation d’Internet à des fins terroristes tout en respectant les droits
humains. Tech Against Terrorism travaille avec tous les types d’entreprises
technologiques, tels que les réseaux sociaux, les sites dit de pasting *,
* Un site de pasting est un site où l’on peut partager du contenu en l’écrivant ou en le « collant » dans une zone
de texte, à la suite de quoi est créée une URL partageable.
9
les plateformes de stockage de fichiers, les messageries en ligne ou encore les
plateformes Fintech ** et les fournisseurs d’infrastructures Web. Notre mission
principale consiste à fournir à l’industrie technologique mondiale les outils
nécessaires pour lutter efficacement contre les activités terroristes sur leurs
plateformes. Pour ce faire, nous travaillons sur trois axes :
1. L'analyse de la menace et la sensibilisation. Nous effectuons une analyse
approfondie des renseignements open source (toute donnée publiquement
accessible) afin d’identifier les plateformes à risque et d’établir des relations de
travail constructives avec le secteur technologique, et de faciliter la coopération
entre les secteurs public et privé ;
2. Le partage des connaissances et des meilleures pratiques. Nous facilitons
les mécanismes de soutien intra-industriels et intersectoriels grâce à des outils
en ligne, au partage de bonnes pratiques mises en place par les chefs de file du
secteur, des manuels et à des formations pratiques pour soutenir les décisions
de modération des politiques et à des contenus. Nous travaillons en étroite
collaboration avec le GIFCT pour organiser des ateliers et des séminaires en
ligne à l’échelle mondiale. Nous soutenons également les entreprises par le
| l’innovation politique

biais de nos programmes d’adhésion à l’initiative Tech Against Terrorism et


de mentorat pour le GIFCT ;
3. Le développement technologique et le soutien opérationnel. Nous fournissons
un soutien technique et des ressources aux entreprises technologiques afin
d’améliorer leurs mécanismes de lutte contre le terrorisme, notamment par
le biais de l’analyse de données et du soutien au développement de solutions
fondapol

technologiques. Parmi les exemples de précédents projets dans ce domaine,


on peut citer notre travail avec Jihadology.net *** et notre travail actuel sur
la plateforme d’analyse de contenu terroriste (Terrorist Content Analytics
Platform, ou TCAP) ****.
Tech Against Terrorism se compose d’une équipe interdisciplinaire d’experts du
contre-terrorisme, d’analystes de renseignements open source, de développeurs
et d’analystes de données. La composition de notre équipe nous permet
d’apporter un soutien complet à l’industrie technologique mondiale d’une
manière efficace, précise et conforme aux droits humains.
** « La FinTech, contraction de Financial Technology (technologie financière) désigne des petites entreprises
(start-up et PME) qui fournissent des services financiers grâce à des solutions innovantes. Les domaines
d’application sont variés : paiement mobile, financement participatif (crowdfunding), gestion de l’épargne,
assurance et crédit, conseil financier en ligne, aide à la décision grâce aux algorithmes… » (Ministère de
l’Économie, des Finances et de la Relance, « La Fintech, le numérique au service du secteur financier », Bercy
infos, 19 janvier 2019, www.economie.gouv.fr/entreprises/fintech-innovation-finance).
*** Voir Tech Against Terrorism, « Press release: 10th April 2010 – Launching an updated version of Jihadology
to limit terrorist exploitation of the site », techagainstterrorism.org, 10 avril 2019 (www.techagainstterrorism.
org/2019/04/10/press-release-10th-april-2019-launching-an-updated-version-of-jihadology-to-limit-terrorist-
exploitation-of-the-site/).
**** Voir Tech Against Terrorism, « Press release: Tech Against Terrorism awarded grant by the Government of
Canada to build Terrorist Content Analytics Platform », techagainstterrorism.org, 26 juin 2019
(www.techagainstterrorism.org/2019/06/27/press-release-tech-against-terrorism-awarded-grant-by-the-
government-of-canada-to-build-terrorist-content-analytics-platform/).

10
INTRODUCTION

Internet et les plateformes en ligne qui le composent constituent un élément


crucial de notre tissu social depuis un certain temps déjà, mais ils sont devenus
un élément encore plus central dans le cadre de la réponse mondiale à l’épidémie
de Covid-19. Alors que le monde s’est refermé sur lui-même, nous avons vu
des personnalités politiques et des organisations internationales communiquer
avec le public par le biais des réseaux sociaux et des plateformes de messagerie.
Nous avons vu des amis et des familles séparés s’appuyer davantage sur les
communications en ligne pour rester connectés 1. Nous avons également vu
des étudiants et des travailleurs être supervisés et coordonnés par le biais de
plateformes en ligne. Cependant, nous avons également constaté l’évolution
et la fragmentation de notre environnement d’information, notamment une

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


augmentation du contenu en ligne présentant des chevauchements évidents
avec des messages portés par l’ultradroite 2. Ainsi Internet, tout en connectant
les gens dans une période de distanciation sociale, est devenu le reflet des
divisions et des antagonismes de nos sociétés, les terroristes et les extrémistes
l’utilisant pour propulser leurs idéologies.
D’une certaine manière, les terroristes et les extrémistes peuvent être
considérés comme des manipulateurs, exploitant les griefs et les facteurs de
stress préexistants dans les sociétés et chez les individus, tels que les lacunes
gouvernementales ou les quêtes individuelles d’identité et de réponse.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la pandémie de Covid-19, les
mesures de confinement, les restrictions, l’instabilité économique et l’anxiété
générale qui en ont découlé aient été des facteurs de stress idéaux à exploiter
pour les terroristes et les extrémistes. Les failles en matière de crédibilité
causées par la réaction hésitante de certains gouvernements face au virus et par
le flux de mésinformation et de désinformation en ligne ont en outre constitué
une brèche, à la fois dans les récits conventionnels et dans la confiance dans
les gouvernements, dont les acteurs malveillants pouvaient tirer avantage.
Les groupes terroristes islamistes avec une présence sur le terrain – tels que
l’État islamique, Al-Qaida et Al-Shabaab 3 – tentent ainsi de tirer profit de
la déstabilisation accrue des gouvernements locaux fragilisés par la crise
(notamment en matière de santé et de sécurité) pour se présenter comme une
solution viable et étendre leur contrôle sur le terrain 4.

1. Sur ce thème, voir Anne Muxel, De la distanciation sociale à la distanciation intime, Fondation pour l’innovation
politique, juin 2020 (www.fondapol.org/etude/de-la-distanciation-sociale-a-la-distanciation-intime/).
2. Dans cette étude, nous utilisons le terme « ultradroite » pour désigner les mouvances issues de l’idéologie
de l’extrême droite ayant recours à la violence à des fins politiques.
3. Voir Les Attentats islamistes dans le monde 1979-2019, Fondation pour l’innovation politique, novembre 2019
(www.fondapol.org/wp-content/uploads/2019/11/ENQUETE-TERRORISME-2019-11-08_w.pdf).
4. Pour plus d’informations sur l’exploitation de la pandémie par les groupes terroristes islamistes, voir Julie
Coleman, « Les sables mouvants du paysage terroriste sahélien », icct.nl, 16 mars 2020 (https://icct.nl/
publication/les-sables-mouvants-du-paysage-terroriste-sahelien/), et Valerio Mazzoni, « Coronavirus: how
Islamist militants are reacting to the outbreak », eeradicalization.com, 30 mars 2020 (https://eeradicalization. 11
com/coronavirus-how-islamist-militants-are-reacting-to-the-outbreak/).
Pendant ce temps, dans les pays occidentaux, les militants de l’ultradroite
exploitent cette « infodémie Covid-19 5 » pour pénétrer le discours public et
distiller leurs idéologies à un public plus large.
Étant donné que l’exploitation de la crise de Covid-19 par l’ultradroite s’est faite
principalement en ligne, contrairement aux terroristes islamistes, nous avons
décidé de nous concentrer, pour cette étude, sur la manipulation en ligne de la
pandémie par les militants violents de l’extrême droite. En effet, il y a eu une
augmentation importante des idées et de la propagande de l’ultradroite autour
du virus dans les discussions sur Internet 6, et ce même en dehors des cercles
extrémistes. Cette pénétration dans les discussions publiques a été facilitée par
un croisement entre les idéologies extrémistes et les discussions communes au
grand public. Cette manipulation du contexte pandémique représente donc
un exemple intéressant de la distorsion du paysage de l’information par les
extrémistes violents et, ce faisant, de leur utilisation des plateformes en ligne.
Dans la présente note, nous analyserons tout d’abord la manipulation
du discours sur la pandémie par les militants de l’ultradroite. Puis, dans
un deuxième temps, nous évaluerons les implications pour l’avenir de la
| l’innovation politique

modération du contenu en ligne à travers le prisme des réponses actuelles


du secteur technologique face à la vague de désinformation et de théories
complotistes. Enfin, nous avons inclus le commentaire de Tech Against
Terrorism sur la législation française de lutte contre la haine sur Internet
(ou loi Avia). En effet, cette proposition de loi et sa censure par le Conseil
constitutionnel français le 18 juin 2020 abordent certains des débats les plus
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importants concernant la réglementation en ligne dans le monde démocratique.

5. Pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une infodémie désigne le phénomène de désinformation « qui
se propage plus vite et plus facilement que le virus ». Voir United Nations Department of Global Communications
(DGC), « UN tackles ‘infodemic’ of misinformation and cybercrime in Covid-19 crisis », un.org, 31 mars 2020
(www.un.org/en/un-coronavirus-communications-team/un-tackling-‘infodemic’-misinformation-and-
cybercrime-covid-19).
6. Voir Ashton Kingdon, « The gift of the GAB: the utilisation of Covid-19 for Neo-Nazi Recruitment »,
gnet-research.org, 7 mai 2020 (https://gnet-research.org/2020/05/07/the-gift-of-the-gab-the-utilisation-of-
covid-19-for-neo-nazi-recruitment/).

12
Qu’est-ce que l’ultradroite ?
Le qualificatif d’extrémisme violent, ou de terrorisme d’extrême droite, d’ultradroite,
de droite radicale ou d’extrémisme à motivation ethnique et raciale… regroupe
une variété d’idéologies et de réseaux différents, comprenant principalement le
néonazisme, le suprémacisme blanc, le nationalisme blanc et le nationalisme
culturel. Ils sont qualifiés d’« extrême droite » ou de « droite radicale » car ils
partagent un certain nombre de caractéristiques idéologiques, notamment – mais
pas uniquement – le racisme, l’ultranationalisme, l’ethnocentrisme, l’antisémitisme,
l’opposition à l’égalité et aux principes démocratiques avec l'extrême droite dite
mainstream. Cependant, il existe des différences importantes entre l’extrême droite
mainstream et l’extrême droite violente, le principal contraste étant le recours à la
violence : « Une différence essentielle entre la droite populiste et l’ultradroite est
leur volonté de recourir à la violence extra-étatique contre les opposants politiques
et les ennemis “raciaux”. L’ultradroite recourt à la violence (qu’il s’agisse de

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


fantasmes de violence étatique accrue si elle venait à prendre le pouvoir, ou de
violence terroriste individuelle ici et maintenant) afin de promouvoir un programme
idéologique. Ce programme idéologique est généralement une variante du fascisme
ou du néonazisme *. »
Nous utilisons dans cette étude le terme « ultradroite » pour désigner ces mouvances
issues de l’idéologie de l’extrême droite et ayant recours à la violence à des fins
politiques.
En comparaison avec le terrorisme islamiste, le paysage de l’ultradroite représente
un mouvement moins structuré, plus décentralisé et fragmenté, avec une multitude
de groupes et de réseaux différents – dont certains existent principalement en ligne.
Parmi les groupes et mouvements les plus influents, on peut citer :
– l’Ouest Casual (basé en France) ;
– The Nordic Resistance Movement (basé en Suède) ;
– la Feuerkrieg Division (principalement en ligne, pas de base centrale physique) ;
– la National Action et sa branche armée Sonnenkrieg Division (basées au
Royaume-Uni, toutes deux désignées comme organisations terroristes par le
gouvernement britannique) ;
– l’Atomwaffen Division (basée aux États-Unis, avec des sous-groupes européens,
le groupe s’est récemment renommé National Socialist Order **) ;
– l’Azov Batalion (basé en Ukraine, forme un certain nombre de combattants
étrangers dans le cadre du conflit en Ukraine) ;
– Blood & Honour et sa branche armée Combat18 (basé à l’origine au Royaume-Uni
avec une présence en Allemagne, au Canada et aux États-Unis).
* « A key difference between the radical/populist right and the extreme-right is their willingness to use
extra-state violence against political opponents and ‘racial’ enemies. The extreme-right embrace violence
(whether fantasies of expanded state violence should they come to power, and terroristic, individual
violence in the here and now) in order to promote an ideological agenda and this ideological agenda is,
typically, a variation of fascism or neo-Nazism » (John Richardson et Matthias Wasser, « The symbols and
ideas of the radical right: why their opponents should be more informed », connectfutures.org, 26 mai 2020,
www.connectfutures.org/2020/05/the-symbols-and-ideas-of-the-radical-right-why-their-opponents-
should-be-more-informed/).
** Voir Ben Makuch, « Neo-Nazi Terror Group Atomwaffen Division Re-Emerges Under New Name », vice.com,
5 août 2020 (https://www.vice.com/en_us/article/wxq7jy/neo-nazi-terror-group-atomwaffen-division-re-
emerges-under-new-name). 13
Chronologie des récentes attaques terroristes
et extrémistes de droite violente *
2011. Attaques d’Oslo et d’Utøya, en Norvège, 77 morts.
2018. Fusillade dans une synagogue de Pittsburgh, aux États-Unis, 11 morts.
2019. Fusillade à la mosquée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, 51 morts.
2019. Fusillade d’El Paso, aux États-Unis, 23 morts.
2020. Fusillade de Hanau, en Allemagne, 11 morts.
* Cette chronologie ne comprend que les attentats qui ont fait au moins 10 morts. D’autres attaques
motivées par des idéologies d’extrême droite ont eu lieu depuis 2011, notamment l’attaque de la synagogue
de Halle, en Allemagne, qui a fait 2 morts, et la fusillade de la synagogue de Poway, aux États-Unis, qui a fait
1 mort, toutes deux en 2019.

I. UNE MONTÉE DES THÉORIES DU COMPLOT


ET DE LA DÉSINFORMATION AU PROFIT DES EXTRÉMISTES

Alors que l’épidémie de Covid-19 a contraint le monde au confinement,


l’espace virtuel a connu une recrudescence des théories du complot, de la
| l’innovation politique

mésinformation et de la désinformation 7 sur l’origine et la prolifération du


virus ainsi que sur les réactions des gouvernements à ce sujet. Bien qu’en
général les théories du complot existent le plus ouvertement et avec le plus de
ferveur aux marges d’Internet, celles liées au Covid-19 ont rapidement trouvé
leur place sur les plateformes classiques, en particulier les réseaux sociaux.
Parmi les principales théories du complot liées au Covid-19, qui ne sont pas
fondapol

le monopole de l’extrême droite et que l’on voit également évoluer dans les
réseaux d’extrême gauche, par exemple, on trouve un certain nombre de
souches idéologiques 8.

La 5G et l’anti-gouvernement
Parmi les plus populaires, cette théorie est centrée sur l’idée selon laquelle la
Chine aurait provoqué la pandémie par le biais de la 5G 9 et sur le fait que les
mesures de confinement et les restrictions demandées par les gouvernements
viseraient à restreindre la liberté des personnes 10. En France, des chercheurs

7. Selon l’Ethical Journalism Network, la mésinformation et la désinformation désignent toutes deux


des informations fausses. La différence essentielle entre les deux est que la désinformation est « créée
délibérément pour nuire à une personne, un groupe social, une organisation ou un pays », alors que la
mésinformation ne l’est pas. Les deux peuvent être utilisées – et, dans le cas de la désinformation, sont créées
– par des terroristes et des extrémistes violents pour manipuler le paysage de l’information à leurs propres
fins. Nous nous concentrerons ici sur l’utilisation de la désinformation et l’exploitation des théories du complot.
Voir « “Fake News” | Deep Fakes | Information Disorder | Disinformation | Misinformation | Mal-information »,
ethicaljournalismnetwork, s.d. (https://ethicaljournalismnetwork.org/tag/fake-news/page/2).
8. Pour un référencement plus complet des théories du complot autour du Covid-19, voir Marc-André Argentino
et Amarnath Amarasingam, « The Covid Conspiracy Files », gnet-research.org, 8 avril 2020
(https://gnet-research.org/2020/04/08/the-covid-conspiracy-files/).
9. La 5G, qui succède à la 4G, est le réseau qui fournit la connectivité pour l’utilisation des téléphones portables.
10. Sur la circulation de messages conspirationnistes, y compris ceux qui parlent de la technologie 5G, dans
des groupes de discussions français sur Twitter et Facebook, voir Iris Boyer et Théophile Lenoir, Information
Manipulations Around Covid-19: France Under Attack, Institut Montaigne/Institute for Strategic Dialogue (ISD),
14 juillet 2020 (www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/information-manipulations-around-
covid-19-france-under-attack-policy-paper_0.pdf).
ont observé une explosion du discours anti-5G sur les réseaux sociaux avec
l'apparition du coronavirus et souligné une importante porosité entre les
différentes théories du complot 11.

Le contrôle social
L’idée directrice est ici que « l’objectif final [du virus] est d’imposer des
restrictions sociales et de forcer les vaccinations 12 » afin de pouvoir surveiller
et suivre la population.

L’arme biologique
Il s’agit d’une croyance populaire au sein de l’extrême droite selon laquelle
le Covid-19 serait un virus créé par l’être humain qui cible les personnes en
fonction de leur race et qui a été libéré intentionnellement ou accidentellement.

QAnon et la théorie du Deep State (« État dans l'État »)

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


Apparus en 2017, QAnon et les théories connexes du Deep State ont été parmi
les plus prolifiques pendant la pandémie de Covid-19 13, gagnant de plus en
plus de terrain sur les plateformes en ligne et attirant de nouveaux publics. Ces
théories englobent des récits différents et changeants sur le virus, faisant de la
pandémie tantôt un complot pour nuire à la réputation du président Trump,
tantôt une dissimulation orchestrée pour que celui-ci puisse arrêter des agents
du Deep State ou encore un « combat spirituel », tout en s’appuyant sur une
rhétorique antigouvernementale et xénophobe 14. L’analyse de la présence de
QAnon sur les réseaux sociaux souligne la capacité du mouvement à exploiter
la pandémie, en particulier en utilisant des comptes publics sur les réseaux
sociaux pour atteindre des publics plus larges et nouveaux. Les partisans de
QAnon ont notamment utilisé des groupes publics discutant de la pandémie
sur Facebook pour attirer de nouvelles audiences vers leurs propres sites
Web. Ce faisant, ils ont réussi à rassembler 80 millions d’interactions sur
Facebook, entre janvier et avril 2020, un volume alarmant par rapport aux
6,2 millions d’interactions pour les messages liés à l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) au cours de la même période 15. En seulement trois mois, le
nombre de hashtags QAnon sur Twitter a augmenté de 21 % 16.

11. Voir « Qui sont les "anti 5G" qui se mobilisent sur le web ? », franceinter.fr, 29 septembre 2020 (www.
franceinter.fr/qui-sont-les-anti-5g-qui-se-mobilisent-sur-le-web).
12. « The end goal [of the virus] is to impose social restrictions, and force vaccinations » (Marc-André Argentino
et Amarnath Amarasingam, art. cit.).
13. Marc-André Argentino, « QAnon conspiracy theory about the coronavirus pandemic are a public health
threat », theconversation.com, 8 avril 2020 (https://theconversation.com/qanon-conspiracy-theories-about-
the-coronavirus-pandemic-are-a-public-health-threat-135515).
14. Voir ISD and BBC Click investigation, « Far-right exploitation of Covid-19 », Covid-19 Disinformation briefing n° 3,
12 mai 2020 (www.isdglobal.org/wp-content/uploads/2020/05/20200513-ISDG-Weekly-Briefing-3b.pdf).
15. Voir Marc-André Argentino, art. cit.
16. Ibid.

15
Les théories du chaos
Théories comprenant l’idée que les instabilités créées par la pandémie devraient
être renforcées pour provoquer un chaos et des changements sociétaux ; ces
théories sont similaires à l’idée d’accélérationnisme 17 populaire parmi les
militants de l’ultradroite. L’accélérationnisme fait référence à l’effondrement
accéléré de la société telle que nous la connaissons par des moyens violents –
comme le terrorisme et la guérilla – et par des moyens non violents comme la
manipulation politique et médiatique pour accroître les tensions existantes du
système et polariser davantage la société.

Le mouvement QAnon
QAnon est apparu en 2017 sur 4chan, un forum fondé sur le partage d’images
populaire parmi les réseaux en ligne d’ultradroite, et basé sur des éléments
antigouvernementaux, antisémites et xénophobes. Le nom « QAnon » est dérivé
du pseudonyme de l’utilisateur de 4chan à l’origine du mouvement, « Q Clearance
Patriot » (la lettre Q signifiant une habilitation au secret-défense aux États-Unis),
alertant dans une série de posts d’un complot au sein du gouvernement visant à
| l’innovation politique

affaiblir la présidence de Donald Trump. Les partisans de QAnon ont une grande


méfiance envers les gouvernements et croient en un État dans l'État (Deep State),
en une élite mondiale de « gens de pouvoir déterminés à s’enrichir et à maintenir leur
culte sexuel satanique de meurtriers d’enfants *. »
Bien que QAnon ne soit pas un mouvement conspirationniste animé par des
extrémistes violents, il est basé sur des éléments rhétoriques que l’on trouve
couramment dans ces milieux et a conduit à des actes violents aux États-Unis **.
fondapol

La montée de la violence liée à QAnon a même conduit le FBI à mettre en garde


contre les risques d’actes de terrorisme domestique motivés par des théories du
complot ***. QAnon est particulièrement intéressant comme étude de cas sur la
façon dont la rhétorique d’extrême droite peut s’infiltrer dans l’univers mainstream
et motiver des attaques en dehors du monde virtuel. En effet, le mouvement
conspirationniste et ses partisans sont passés de 4chan, une plateforme plutôt
marginale, à des médias sociaux grand public (y compris Facebook, Twitter et
Youtube), élargissant à chaque fois leur audience.
* « A global elite of power brokers hell bent on enriching themselves and maintaining their Satanic child-
murdering sex cult » (« QAnon », adl.org, s.d., www.adl.org/qanon).
** En avril 2019, une milice d’extrême droite promouvant les théories conspirationnistes QAnon a menacé à
l’arme à feu 300 migrants à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un an auparavant, le 16 juin 2018,
un partisan QAnon avait plaidé coupable de charges terroristes pour avoir bloqué le barrage Hoover au Nevada
avec un véhicule blindé dans lequel on a retrouvé une arme et 900 cartouches de munitions. Voir « QAnon »,
art.cit.
*** Voir Ben Collins, « Local FBI field office warns of "conspiracy theory-driven domestic extremists" »,
nbcnews.com, 1er août 2019 (www.nbcnews.com/tech/tech-news/local-fbi-field-office-warns-conspiracy-
theory-driven-domestic-extremists-n1038441).

17. Voir « White Supremacists Embrace “Accelerationism” », adl.org, 14 avril 2019 (www.adl.org/blog/white-
supremacists-embrace-accelerationism).

16
Le cas de QAnon révèle également comment les théories du complot peuvent devenir
influentes au-delà des frontières nationales, soit par le biais de théories du complot
directement liées à cette mouvance, occasionnellement diffusées internationalement
et dans différentes langues ****, soit par le fait que le mouvement QAnon en tant que
tel gagne du terrain en dehors des États-Unis, comme cela a notamment été le cas
au Canada récemment *****. Un certain nombre de grandes plateformes en ligne
ont récemment pris des mesures contre la diffusion de contenus liés à QAnon sur
leurs plateformes, le plus souvent sur la base de la lutte contre la désinformation
ou contre les menaces de violence dans le monde physique. Twitter a été l’une des
premières à le faire, à la mi-juillet, en bannissant des milliers de comptes. Pour
tenter de répondre aux défis « fluctuants et évolutifs [shifting and evolving] » de
la modération de contenu, YouTube a quant à elle élargi sa politique en la matière
pour interdire les théories conspirationnistes « qui ont été mobilisées pour justifier
des actes de violence dans le monde physique [that have been used to justify
real-world violence] ». Ce faisant, la plateforme a encore étendu sa politique sur

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


la désinformation et les théories conspirationnistes nuisibles. Conformément à ses
lignes directrices préexistantes, la plateforme de e-commerce Etsy a retiré de son
site les marchandises liées à QAnon au motif que ces articles « encouragent la haine,
incitent à la violence, ou promeuvent ou approuvent une désinformation nuisible
[promote hate, incite violence, or promote or endorse harmful misinformation] ». La
plateforme a également retiré des articles liés au groupe suprémaciste blanc Proud
Boys pour le même motif. TikTok a également pris des mesures contre le mouvement
QAnon, en supprimant des comptes partageant des contenus qui y sont liés, au motif
que ceux-ci violent sa politique de lutte contre la désinformation. Quelques jours
après, la plateforme a renforcé sa politique contre les discours haineux afin que
celle-ci cible les idéologies « voisines » du néonazisme et du suprémacisme blanc (y
compris le nationalisme blanc et la théorie du génocide blanc). Ce faisant, elle visait
également à cibler « la diffusion d'un langage codé et de symboles susceptibles de
normaliser les discours et les comportements haineux [the spread of coded language
and symbols that can normalise hateful speech and behaviour] ». Enfin, Facebook
a récemment modifié ses directives communautaires afin de limiter la capacité
d'organisation des groupes qui n'appellent pas directement à la violence, mais dont
la rhétorique témoigne d'un soutien à l'usage de la violence. En plus de supprimer
le contenu QAnon et les réseaux qui soutiennent le recours à la violence, Facebook
a également commencé à mettre en œuvre un programme de « redirection », en
partenariat avec le Global Network on Extremism and Technology (GNET, la branche
recherche du GIFCT et l'un des partenaires principaux de TAT). Les utilisateurs qui
recherchent des termes liés à QAnon sur Facebook et Instagram sont désormais
redirigés vers des sources fiables issues du GNET.
**** Récemment, une théorie conspirationniste liée à QAnon concernant la boutique en ligne Wayfair et le
trafic sexuel d’enfants a fait son chemin sur le Twitter français. Voir William Audureau, « Comment le site de
commerce Wayfair s’est retrouvé accusé d’organiser un réseau pédophile », lemonde.fr, 16 juillet 2020 (www.
lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/07/16/wayfairgate-comment-un-site-de-commerce-en-ligne-s-est-
retrouve-accuse-d-organiser-un-reseau-pedocriminel_6046413_4355770.html).
***** Voir Justin Ling, « QAnon’s Madness Is Turning Canadians Into Potential Assassins », foreignpolicy.com, 13
juillet 2020 (https://foreignpolicy.com/2020/07/13/qanon-canada-trudeau-conspiracy-theory/).

17
Dans l'ensemble, la riposte des plateformes en ligne***** contre QAnon démontre
un changement de politique de modération de contenu. Celle-ci couvre désormais
les contenus en ligne, les groupes n’appelant pas directement à la violence mais
dont la rhétorique exprime un soutien au recours à la violence, ainsi que les groupes
qui présentent un risque important d'actes de violence hors ligne. Ce faisant, les
plateformes ciblent directement des groupes sur la base d'une évaluation des
préjudices et des risques de violence dans le monde physique.
****** Pour plus d'informations sur les politiques de ces différentes plateformes concernant les
contenus liés à QAnon, voir : pour Twitter, « Facebook et Twitter bannissent des milliers de comptes de la
mouvance conspirationniste QAnon », Nouvel Obs, 20 août 2020 (www.nouvelobs.com/l-amerique-selon-
trump/20200820.OBS32374/facebook-et-twitter-bannissent-des-milliers-de-comptes-de-la-mouvance-
conspirationniste-qanon.html) ; pour YouTube, l’équipe YouTube, « Managing harmful conspiracy theories on
YouTube », 15 octobre 2020 (https://blog.youtube/news-and-events/harmful-conspiracy-theories-youtube)
et « YouTube s’en prend à son tour à la mouvance conspirationniste QAnon », lemonde.fr, 15 octobre 2020
(www.lemonde.fr/pixels/article/2020/10/15/youtube-interdit-a-son-tour-les-contenus-lies-a-la-mouvance-
conspirationniste-qanon_6056168_4408996.html) ; pour Etsy, Megan Farokhmanesh, « Etsy is banning
QAnon merch », The Verge, 7 octobre 2020 (www.theverge.com/2020/10/7/21505911/etsy-qanon-
merch-ban); for TikTok, Kim Lyons, « TikTok removing accounts of users who share QAnon-related content »,
The Verge, 19 Octobre 2020 (www.theverge.com/2020/10/19/21522896/tiktok-removing-accounts-qanon-
conspiracy-social-media) et Alex Hern, « TikTok expands hate speech ban », The Guardian, 21 octobre 2020
(www.theguardian.com/technology/2020/oct/21/tiktok-expands-hate-speech-ban) ; pour Facebook, « An
Update to How We Address Movements and Organizations Tied to Violence », Facebook, 27 octobre 2020
(https://about.fb.com/news/2020/08/addressing-movements-and-organizations-tied-to-violence/).
| l’innovation politique

Ces théories du complot se sont rapidement retrouvées dans le discours


dominant sur le virus, se propageant de manière virale sur les réseaux sociaux
et les applications de messagerie, atteignant des individus cherchant des
réponses à leurs questions sur la pandémie. Bien qu’elles ne soient pas créées
par des extrémistes, ni spécifiques à l’un ou l’autre côté du spectre politique 18,
fondapol

ces théories du complot présentent toutefois d’importantes similitudes


avec les discours de l’ultradroite et partagent des principes qui prolifèrent
généralement dans ces milieux. En effet, souvent fondées sur l’idée d’un
« complot mondial visant à assujettir l’humanité 19 » et sur une rhétorique
antigouvernementale, ces théories conspirationnistes sont pour la plupart de
nature raciste, xénophobe et antisémite. Lorsque le « virus créé à l’étranger »
est devenu un sujet de discussion récurrent en ligne par le biais des théories du
complot, les extrémistes y ont vu une occasion d’exploiter davantage les idées
qui constituent la base de leur propre rhétorique.

18. Ces théories du complot et ces mésinformations peuvent donc se retrouver dans divers cercles politiques,
mais l’ultradroite reste néanmoins unique par la manipulaton qu’elle tente d’opérer afin de servir ses propres
fins.
19. « A global plot to subjugate humanity » (Alexander Meleagrou-Hitchens et Blyth Crawford, « 5G and
the Far Right: How Extremists Capitalise on Coronavirus Conspiracies », gnet-research.org, 21 avril 2020,
https://gnet-research.org/2020/04/21/5g-and-the-far-right-how-extremists-capitalise-on-coronavirus-
conspiracies/).

18
Grâce aux idées présentées dans les théories conspirationnistes liées au
Covid-19, ils ont trouvé un moyen d’instiller leurs messages dans le discours
public. Cette convergence des idées est d’autant plus visible pour certaines
théories du complot qui sont directement liées à l’extrême droite, notamment
les théories du Deep State (QAnon), ou celles de nature apocalyptique prônant
le chaos social. L’un des messages d’un partisan de l’extrême droite sur
Telegram (une application de messagerie instantanée) illustre particulièrement
comment la pandémie et l’instabilité qui en résulte profitent aux extrémistes :
« Nous n’avons pas besoin de convaincre les masses de nos idées. La pandémie
l’a déjà fait… Les Blancs paniqués ont acheté des armes, de la nourriture, de
l’eau, et se préparent d’eux-mêmes à l’agitation sociale 20. »
Pour les groupes violents, il s’agissait alors simplement de se fondre dans le
débat général et de tirer profit de l’opportunité offerte par la pandémie. Les
militants de l’ultradroite se sont donc massivement dirigés vers les plateformes

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


en ligne pour propager de la désinformation et des théories du complot, ainsi
que leurs propres messages haineux. Leur succès réside dans le fait qu'ils ne se
présentent pas ouvertement comme étant des extrémistes, mais qu'ils infiltrent
plutôt des discussions en ligne avec lesquelles ils partagent des éléments de
rhétorique et en postant des liens vers des sites Web plus marginaux qu’ils
administrent. Une étude a révélé que certains des groupes complotistes sur
Telegram étaient gérés par « des utilisateurs extrémistes connus de Telegram
qui déguisent [ces groupes] en sources d’information destinées aux internautes
en quête de réponses 21 ».

20. « We don’t need to convince the masses of our ideas. The pandemic has already done that… Whites panic
bought guns, food, water, and prepare for social unrest all on their own » (cité in Angie Gad, « The Coronavirus
Isn’t Immune From the Far-Right », gnet-research.org, 28 mai 2020, https://gnet-research.org/2020/05/28/
the-coronavirus-isnt-immune-from-the-far-right/).
21. « We found that many of the 5G conspiracy groups we analysed are not openly far right, but they appear
to be run by known extremist Telegram users who dress them up as sources of information for those seeking
answers » (Alexander Meleagrou-Hitchens et Blyth Crawford, art. cit.).

19
L’environnement virtuel de l’ultradroite
L’utilisation d’Internet par les terroristes et les extrémistes violents est un phénomène
multiforme et de grande ampleur, exploitant l’écosystème technologique dans
son ensemble à des fins de propagande, de recrutement, de financement et
d'organisation. L’utilisation de plateformes en ligne à des fins de propagande et
de discussion peut être schématisée comme suit *. En progressant à travers les
différentes catégories de plateformes , des moins connues aux plus importantes, les
terroristes et les extrémistes exploitent le paysage en ligne pour se faire connaître
davantage et propager leurs idéologies haineuses.

Plateformes classiques
Exemples : (mainstream), notamment
les réseaux sociaux, les Exemples :
Dailystormer, Gab, Twitter, Discord,
Bitchute, 4chan, VK plateformes de jeu et
d'hébergement de vidéos Facebook, Youtube
Discours aseptisé, utilisé pour
attirer de nouveaux publics
| l’innovation politique

Sites Web dédiés,


plateformes alt-tech **
et marginales
Soutiens ; individus en
cours de radicalisation
Web décentralisé ***
et plateformes cryptées
fondapol

et fermées
Noyau idéologique, partisans
de longue date et discours
plus extrêmes

Exemples :
Fascist Forge,
Wire, Telegram

* Il convient de noter que ce résumé est simplifié afin de donner un aperçu de l’environnement en ligne des
extrémistes violents dans le monde occidental. Certaines des plateformes mentionnées dans ce schéma
peuvent être considérées comme à cheval entre plusieurs des catégories proposées ici. Pour en savoir plus
sur la manière dont les terroristes et les extrémistes violents utilisent Internet, voir le site de Tech Against
Terrorism (www.techagainstterrorism.org) ainsi que sa série de podcasts (www.techagainstterrorism.fm).
** Le terme « alt-tech » fait référence à un écosystème en ligne alternatif qui a émergé en réponse à la
modération accrue des contenus violents en ligne et à la suppression de comptes appartenant à des
militants violents. Cette sorte d’écosystème en ligne est cloné sur le système des plateformes traditionnelles
et les imite donc dans leurs objectifs (réseaux sociaux, partage de contenu, hébergement vidéo) tout en
se présentant comme une alternative prônant la « libre expression » face à la modération des plateformes
traditionnelles. L’utilisation des plateformes alt-tech ne se limite pas à l’ultradroite, bien que certaines
plateformes soient des plaques tournantes pour ce type d’extrémisme. Voir Megan Squire, « Can Alt-Tech
Help the Far Right Build an Alternate Internet », fairobserver.com, 23 juillet 2019 (www.fairobserver.com/
business/technology/alt-tech-far-right-online-extremism-hate-speech-technology-news-19919/).
*** Au sujet du Web décentralisé, voir Zoe Corbyn, « Decentralisation: the next big step for the world
wide web », theguardian.com, 8 septembre 2018, (www.theguardian.com/technology/2018/sep/08/
decentralisation-next-big-step-for-the-world-wide-web-dweb-data-internet-censorship-brewster-kahle), et
Tech Against Terrorism, « Analysis: ISIS use of smaller platforms and the DWeb to share terrorist content
– April 2019 », techagainstterrorism.org, avril 2019 (www.techagainstterrorism.org/2019/04/29/analysis-
isis-use-of-smaller-platforms-and-the-dweb-to-share-terrorist-content-april-2019/).
20
Ainsi, les militants de l’ultradroite ont essayé d’élargir leur audience à de
nouveaux publics et d’ancrer leurs idées dans le débat public. Dès les premières
mesures de confinement, les gouvernements et les experts ont exprimé leurs
inquiétudes sur le risque que la hausse des difficultés sociales et économiques,
associée à une augmentation du temps passé en ligne, contribue à des processus
de radicalisation, notamment chez les jeunes confinés chez eux et à qui on
interdit les activités récréatives et culturelles à l’extérieur 22. Le fait que les
interactions en ligne puissent jouer un rôle important dans la radicalisation
d’un individu est reconnu par les experts en contre-terrorisme depuis un
certain temps déjà. Toutefois, la particularité de la pandémie de Covid-19 à
cet égard est qu’elle a entraîné une augmentation sans précédent de l’activité
en ligne, en particulier chez les jeunes. Un phénomène résumé par la chercheuse
Cynthia Miller-Idriss : « Cette dynamique crée les conditions parfaites pour le
recrutement et la radicalisation extrémistes. L’isolement extrême et la présence

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


accrue en ligne sur les plateformes de jeux vidéo, sur les réseaux sociaux et
autres multiplient les possibilités d’exposition à des contenus extrémistes et les
passerelles qui peuvent conduire à des formes de radicalisation 23. »
Les terroristes et les extrémistes tirent profit des sentiments d’insécurité,
d’injustice et de protestation en se posant comme la solution aux difficultés
rencontrées dans la vie, par exemple les besoins économiques, le besoin
d’appartenance, les sentiments d’anxiété ou de désillusion vis-à-vis de la société.
Or la pandémie crée un terrain parfaitement propice à l’anxiété et au besoin
d’explications qui se combinent avec l’augmentation du temps passé en ligne.
Les extrémistes intensifient alors leurs efforts de propagande et se présentent
comme la solution évidente à une période d’instabilité et d’insécurité sans
précédent.

22. Voir Cynthia Miller-Idriss, « The risks of online radicalization in the Covid-19 era », radicalrightanalysis.com,
26 avril 2020 (www.radicalrightanalysis.com/2020/04/26/the-risks-of-online-radicalization-in-the-covid-
19-era/).
23. « This dynamic creates a perfect storm for extremist recruitment and radicalization. Extreme isolation
and increased online presence on gaming platforms, social media, and more creates growing possibilities for
exposure to extremist content and expands the gateways that can lead to extremist radicalizations » (ibid.).
21
Les efforts de perturbation des extrémistes en ligne :
la tendance du « zoom-bombing » *
Pour les militants de l’ultradroite, les campus universitaires américains sont depuis
un certain temps une cible de recrutement privilégiée ; ils inondent certains campus
avec leurs tracts de propagande et perturbent les activités qui y ont lieu. Avec la
fermeture des universités et le déplacement des cours, du monde physique vers
le virtuel, les extrémistes ont suivi cette migration et ont commencé à pratiquer le
« zoom-bombing » sur les cours en ligne : ils se sont introduits dans les classes
organisées sur des plateformes de vidéoconférence en ligne pour harceler et
troller ** les étudiants et les professeurs. Notamment, « des utilisateurs ont rapporté
que des zoom-bombers criaient des insultes raciales, dessinaient des insignes
néonazis, partageaient des vidéos explicites ou violentes et faisaient du doxxing –
partage d’informations personnelles et confidentielles sur des professeurs et des
participants ***. » Le phénomène s’est développé au point que le FBI a émis un
avertissement pour les utilisateurs de ce type de plateforme, alertant de la possibilité
de ces intrusions ****.
* Le « zoom-bombing » est une expression dérivée de l’anglais « photo-bombing », peu à peu entrée
dans la culture populaire française et décrivant l’action d’apparaître devant ou derrière une personne
| l’innovation politique

à son insu tout en faisant une plaisanterie alors que celle-ci est en train d’être prise en photo.
** L’action de « troller » consiste à polluer les forums des réseaux sociaux en déclenchant des querelles,
en s’opposant aux personnes présentes ou en publiant des messages agressifs ou hors sujet.
*** « Users have reported Zoom-bombers shouting racial slurs, drawing neo-Nazi insignia,
sharing explicit or violent videos and "doxxing" – sharing the confidential personal information
of – faculty and participants » (Simon Purdue, « Zoom-bombing and the far-right latest assault
on college communities », radicalrightanalysis.com, 19 avril 2020, www.radicalrightanalysis.
com/2020/04/19/zoom-bombing-and-the-far-rights-latest-assault-on-college-communities/).
fondapol

**** FBI Boston, « FBI Warns of Teleconferencing and Online Classroom Hijacking During Covid-19
Pandemic », fbi.gov, 30 mars 2020 (www.fbi.gov/contact-us/field-offices/boston/news/press-
releases/fbi-warns-of-teleconferencing-and-online-classroom-hijacking-during-covid-19-pandemic).

II. DERRIÈRE L’OPPORTUNISME,


LA MENACE DE L’ACCÉLÉRATIONNISME

Les extrémistes tentent depuis longtemps d’exploiter les périodes d’instabilité


et d’insécurité pour diffuser leurs idéologies. Une tendance de plus en plus
présente au sein des extrémistes violents de droite depuis un an, et qui reflète
particulièrement cette tentative de se nourrir de la polarisation et de l’instabilité
est l’accélérationnisme, autrement dit la thèse d’un effondrement accéléré de
la société telle que nous la connaissons par des moyens à la fois violents – le
terrorisme et la guérilla – et non violents – les manipulations politiques et
médiatiques – afin d’accroître les tensions existantes du système et de polariser
davantage la société 24.

24. Voir « White Supremacists Embrace “Accelerationism” », art. cit.


22
Sur la base d’un suivi ciblé et d’une analyse du contenu de 100 channels
de l’ultradroite, en particulier néonazies, sur l’application de messagerie
cryptée Telegram 25, Tech Against Terrorism a étudié comment les discours
sur l’accélérationnisme ont fusionné avec les discussions sur la crise de
Covid-19. Telegram a été choisie en raison de son importance croissante au
sein des cercles de l’ultradroite en ligne, en particulier parmi les néonazis 26.
Tech Against Terrorism surveille les channels publics néonazis sur Telegram
depuis 2019. Lorsque des rapports sont apparus sur des extrémistes violents
utilisant le Covid-19 comme impulsion pour des discussions accélérationnistes
en ligne, il a été décidé d’analyser comment cela s’exprimait sur Telegram. Pour
ce faire, 100 channels ont été sélectionnés sur la base d’un échantillonnage
construit selon la méthode dite « en boule de neige » : en commençant par
un channel néonazi, nous avons tracé un réseau d’activité néonazie sur la
plateforme grâce aux liens partagés sur le channel original et avons inclus les

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


channels publics pertinents dans notre échantillon. Le canal initial a été localisé
grâce à une simple recherche par mot-clé de termes néonazis traduisant une
adoration d’Hitler, de l’Allemagne nazie ou une haine des communautés juives.
Le caractère néonazi des canaux identifiés a ensuite été vérifié. L’analyse des
channels échantillonnés et des données récupérées a permis de confirmer les
relations existantes entre les différents canaux néonazis.
Les premières discussions concernant l’accélérationnisme sur les channels
néonazis de Telegram remontent à 2019 et précèdent donc la pandémie de
Covid-19. Les premières discussions autour d’une nouvelle maladie pulmonaire
et les mentions de la Chine sur les channels d’extrémistes violents peuvent être
situées, quant à elles, entre janvier et février 2020, à peu près au moment où
le Covid-19 devient un sujet majeur d’actualité, puis apparaissent ensuite les
channels spécifiquement consacrés au Covid-19. Vers mars 2020, l’association
entre les discussions sur l’accélérationnisme et la crise du Covid-19 fait son
apparition sur Telegram, peu après que l’association des deux commence à être
mentionnée dans un certain nombre d’articles d’actualité 27.

25. Les channels de Telegram sont le principal outil de l’application pour la diffusion à grande échelle. D’une
manière générale, les channels (« canaux ») sont des groupes à capacité d’audience illimitée et peuvent être
publics ou privés. Les channels publics sont accessibles à toute personne y accédant à l’aide d’un lien ou en
recherchant par mot-clé sur Telegram ou sur n’importe quel navigateur de recherche.
26. L’importance de Telegram parmi les extrémistes violents de droite a également augmenté depuis le
début de la pandémie de Covid-19, avec une croissance exponentielle de l’audience des channels associés
aux idéologies extrémistes violentes depuis février-mars 2020. Selon une étude de l’Institute for Strategic
Dialogue (ISD), un canal reliant le supremacisme blanc et le Covid-19 a même connu une croissance de 800 %.
Voir Billy Perrigo, « White Supremacist Groups Are Recruiting With Help From Coronavirus – and a Popular
Messaging App », time.com, 8 avril 2020 (https://time.com/5817665/coronavirus-conspiracy-theories-white-
supremacist-groups/), et Hope not hate, « Terrorgram Network: A Spiral Towards Bloodshed », hopenothate.org.
uk, s.d. (www.hopenothate.org.uk/the-terrorgram-network-a-spiral-towards-bloodshed/).
27. Nous établissons la chronologie d’un sujet de discussion, ici l’accélérationnisme et le Covid-19, en scrutant
l’utilisation des termes-clés sur les channels de Telegram (par exemple quand ils sont apparus pour la première
fois sur les channels analysés et s’il y a eu une augmentation de leur mention au fil du temps).

23
Chronologie des mentions de termes-clés dans un échantillon
de 100 channels publics néonazis sur Telegram
Les termes « accélérationnisme » et
« Covid-19 » sont référencés dans les médias

Émergence d’une variété de channels Telegram sur le Covid-19

Première mention du terme « coronavirus »


Janvier Mars Mai Août Novembre Janvier Février Mars
2019 2020

Première mention du terme Première mention de la


« accélérationnisme » Chine et d’« une nouvelle
maladie pulmonaire »
Première mention du terme « accélérationnisme »
avec une référence particulière à la crise sanitaire

Source : Tech Againt Terrorism ; Fondation pour l’innovation politique.

Depuis, les mentions de l’accélérationnisme sur Telegram n’ont cessé d’augmenter.


| l’innovation politique

Alors que la pandémie se propageait dans le monde entier, l’accélérationnisme


est devenu un sujet central de discussion sur les channels d’extrémistes violents
de Telegram. L’une des raisons de cette utilisation plus fréquente du terme au
fil du temps est très probablement l’intensification de la couverture médiatique
autour de la pandémie et des mesures qu’elle a entraînées. Cela a représenté
une condition favorable pour les accélérationnistes, puisque le Covid-19 est
fondapol

devenu un sujet central de discussion publique, surtout au fur et à mesure que


la pandémie et les mesures de confinement et autres restrictions créaient plus
d’instabilité et de contestation.
Pour mieux comprendre le langage utilisé par les extrémistes violents discutant
de la pandémie de Covid-19 sur Telegram, nous avons soumis un channel
spécifique à une analyse plus approfondie, choisie parce qu’il est principalement
consacré aux discours accélérationnistes et au Covid-19, et fait donc fortement
référence à l’idéologie accélérationniste à la lumière de la pandémie mondiale
actuelle. Nous avons procédé à une analyse de contenu et nous avons tracé
la mention du terme « accel » au fil du temps sur un channel particulier de
Telegram afin de mieux comprendre l’utilisation du langage par ces groupes
d’ultradroite. Le terme « accel » a été délibérément choisi pour tenir compte de
variations telles que « accélérer », « accélérationniste », « accélérationnisme »
ou « accélération ».

24
Mention du terme « accel » du 17 février au 28 mars 2020
sur un channel de Telegram
28 mars
Nombre de mentions

23 mars

18 mars

13 mars

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


8 mars

3 mars

27 février

22 février

17 février

Source : Tech Againt Terrorism ; Fondation pour l’innovation politique.

Il est important de préciser que toute généralisation de cette analyse doit


être traitée avec prudence en raison de la taille restreinte de l’échantillon.
Toutefois, étant donné la nature de ce groupe et le nombre assez important de
ses membres, elle fournit des indications pertinentes sur l’évolution du langage
utilisé par ces milieux.

25
D’autres chercheurs ont également montré une montée rapide de
l’accélérationnisme dans ces canaux, en particulier dans des discussions
concernant l’arsenalisation du virus, c’est-à-dire sa transformation en une
arme 28, l’accentuation de l’agitation sociale et l’accélération de l’effondrement de
la société 29. Cette menace a été reconnue par les forces de l’ordre aux États-Unis
à l’échelle fédérale, qui ont fait état de militants violents de droite envisageant de
faire du virus une arme à des fins terroristes 30, et elle s’est déjà manifestée dans
des événements réels comme nous le verrons dans la section suivante.

France : ultradroite et accélérationnisme


Il pourrait être facile de conclure que des concepts tels que l’accélérationnisme
ne sont pas pertinents en France et de considérer le phénomène plus large de
l’ultradroite comme un phénomène étranger dont l’influence est limitée dans
l’Hexagone. Cependant, on aurait tort de croire à une exception française dans ce
contexte. Le militantisme violent d’extrême droite est présent en France, y compris
à travers les discours sur une guerre civile ou raciale à venir et sur l’effondrement
de notre société actuelle – deux éléments-clés de l’accélérationnisme. On a pu
| l’innovation politique

ainsi montrer l’enracinement d’idées haineuses chez certains membres des forces
de l’ordre et on a pu constater à cette occasion que les partisans français de
l’extrémisme violent évoluent sur les mêmes plateformes en ligne (Bitchute, VK)
que leurs homologues internationaux *. Une enquête de la plateforme d’investigation
Bellingcat fait également la lumière sur la connexion internationale de l’ultradroite
française en exposant la présence d’éléments français dans un festival de musique
ouvertement néonazi en Ukraine, en décembre 2019 **.
fondapol

Il est nécessaire d’approfondir les recherches sur les réseaux français d’extrémistes
violents afin de comprendre pleinement l’ampleur de la menace dans le pays et la
manière dont ces réseaux interagissent avec leurs homologues internationaux. En
attendant, la menace ne doit pas être négligée, comme le montre l’arrestation récente
d’un homme qui préparait un attentat contre la communauté juive en France ***.
* Voir Ilham Maad, « Gardiens de la paix », arteradio.com, 4 juin 2020
(www.arteradio.com/son/61664080/gardiens_de_la_paix).
** Voir Sébastien Bourdon, « At Ukraine’s Asgardrei, A French Connection », bellingcat.com, 1er mai 2020
(www.bellingcat.com/news/2020/05/01/at-ukraines-asgardsrei-a-french-connection/).
*** Voir Jean-Michel Décugis et Jérémie Pham-Lê, « Ultradroite : Aurélien C., un “suprémaciste”
soupçonné de projet terroriste », leparisien.fr, 26 mai 2020 (www.leparisien.fr/faits-divers/
ultradroite-un-homme-de-36-ans-arrete-a-limoges-pour-terrorisme-26-05-2020-8323641.php).

28. Une stratégie pour « arsenaliser » le virus, apparemment couramment discutée, consistait à recommander
que les extrémistes infectés par le virus le diffusent délibérément, en ciblant les minorités et les forces de l’ordre.
29. Voir Michael Colborne, « As world struggles to stop death, far right celebrates Covid-19 », aljazeera.com,
26 mars 2020 (www.aljazeera.com/indepth/features/world-struggles-stop-deaths-celebrates-covid-19-2003
26165545387.html).
30. Voir Hunter Walker et Jana Winter, « Federal law enforcement document reveals white supremacist
discussed using coronavirus as a bioweapon », news.yahoo.com, 21 mars 2020 (https://news.yahoo.
com/federal-law-enforcement-document-reveals-white-supremacists-discussed-using-coronavirus-as-a-
bioweapon-212031308.html?guccounter=1).

26
III. DES BAVARDAGES EN LIGNE AUX ACTIONS DANS LE MONDE RÉEL

La désinformation et les propos tenus par l’ultradroite ne se sont pas limités


aux plateformes en ligne. Ils se sont aussi manifestés à travers des activités et des
événements du monde « réel » par le biais de manifestations anti-confinement
dans le monde entier, d’attaques contre des infrastructures 5G, de harcèlement
de travailleurs des télécommunications et d’attaques déjouées.
Des manifestations anti-confinement critiquant et demandant la fin de ces
mesures au motif qu’elles restreignent la liberté ont eu lieu dans toute l’Europe
(notamment en Allemagne, en Suisse, en Espagne et en Italie). Les manifestations
aux États-Unis ont toutefois bénéficié d’une plus grande attention médiatique,
probablement en raison de leur ampleur et de la militarisation dont certaines

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


ont fait l’objet 31. Si les manifestations contre le confinement représentent un
large éventail de convictions politiques, la plupart des participants n’ayant
aucune affiliation avec l’ultradroite, de nombreux groupes violents de droite
y ont vu une occasion idéale pour bénéficier de publicité et diffuser leur
idéologie 32. Ainsi, si certains groupes d’ultradroite ont été parmi les premiers
à organiser de tels rassemblements aux États-Unis, ils ont ensuite commencé
à se fondre dans les manifestations classiques 33. Les Boogaloo 34, un mème
Internet 35 américain devenu mouvement extrémiste appelant à une seconde
guerre civile, et les Proud Boys 36, un gang néofasciste américain, ont été parmi
les premiers militants d’ultradroite à être repérés lors de manifestations contre
le confinement, affichant ouvertement des symboles associés à l’idéologie

31. Lors de plusieurs manifestations aux États-Unis, des manifestants lourdement armés ont manifesté dans
les capitales de plusieurs États à travers le pays.
32. Voir Thomas Seymat, « Coronavirus : aux États-Unis, extrême droite et complotistes en embuscade »,
fr.euronews.com, 26 mai 2020 (https://fr.euronews.com/2020/05/26/coronavirus-aux-etats-unis-extreme-
droite-et-complotistes-en-embuscade).
33. Ibid.
34. Voir « The Boogaloo: Extremists’ New Slang Term for A Coming Civil War », adl.org, 26 novembre 2019
(www.adl.org/blog/the-boogaloo-extremists-new-slang-term-for-a-coming-civil-war).
35. Un mème Internet (Internet meme) est un thème ou un phénomène (image, vidéo, texte…), souvent au
départ de nature humoristique, repris et diffusé massivement sur Internet.
36. Les Proud Boys avaient notamment été bannis de Facebook en 2018. La plateforme a pris d’autres mesures
contre le gang à la lumière de son exploitation violente des récents troubles sociaux aux États-Unis qui ont
suivi la mort de George Floyd. Voir Taylor Hatmaker, « Facebook bans the Proud Boys, cutting the group off from
its main recruitment platform », techcrunch.com, 31 octobre 2018 (https://techcrunch.com/2018/10/30/
facebook-proud-boys-mcinnes-kicked-off/), et David Klepper, « Facebook removes nearly 200 accounts tied
to hate groups », apnews.com, 6 juin 2020 (https://apnews.com/91c1868557ba6e88e32b2607b26724d6).
Dernièrement, les Proud Boys ont attiré l'attention des médias en promouvant le commentaire du président
américain Donald Trump, citant leur groupe dans le cadre d'une réponse sur le thème du suprémacisme blanc
lors du débat présidentiel du 29 septembre 2020 : « Proud boys, reculez et tenez-vous prêts [Proud boys,
stand back and stand by] », qu'ils ont interprété comme un cri de ralliement. Voir « États-Unis : qui sont les
'Proud Boys', ces supporters extrêmes de Donald Trump ? », ladepeche.fr, 3 octobre 2020 (www.ladepeche.
fr/2020/10/02/etats-unis-qui-sont-les-proud-boys-ces-supporters-extremes-de-donald-trump-9112837.php).

27
de l’ultradroite américaine 37. Ces manifestations ont peu à peu vu croître la
présence d’extrémistes en leur sein, à mesure que ceux-ci ont continué à tirer
profit de la pandémie et des mesures de confinement et se sont rendu compte que
les théories conspirationnistes et ce type de rassemblements étaient un excellent
moyen de gagner en publicité et de communiquer leurs idées. Si le lien entre
extrémistes et rassemblements anti-confinement a été le plus frappant aux
États-Unis, la même combinaison de théories conspirationnistes, de sentiments
antigouvernementaux et de motifs extrémistes peut être observée en Europe.
En Allemagne, par exemple, les manifestations ont été soutenues par la droite
populiste tout en étant le théâtre d’un mélange de partisans des théories
conspirationnistes. Il est particulièrement important de rappeler ici le rôle
de l’ultradroite et des éléments néonazis dans la diffusion des théories du
complot 38. D’une certaine manière, les rassemblements anti-confinement
représentent la manifestation dans le monde physique du croisement entre les
idéologies extrémistes et le débat public sur la pandémie.
Les théories conspirationnistes liées au Covid-19 se sont également
matérialisées par des actes de violence physique. Les théories du complot liant
le virus aux technologies 5G, en particulier, ont conduit à des attaques contre
| l’innovation politique

des infrastructures de télécommunication et des travailleurs au Royaume-Uni


et aux Pays-Bas 39. Ce phénomène a été encouragé par les accélérationnistes qui
y ont vu une chance de provoquer davantage d’agitation sociale 40. Au-delà de
ces violences, physiques et psychologiques, contre les travailleurs du secteur
des télécommunications, des plans d’attaques issus de militants violents
d’extrême droite ont été déjoués aux États-Unis et en France depuis le début de
fondapol

la pandémie. Le 26 mai 2020, un homme a ainsi été arrêté en France pour avoir
planifié une attaque contre la communauté juive 41. L’homme, dont le profil sur

37. Voir Tess Owen, « The Anti-Lockdown Protests are getting weird », vice.com, 17 avril 2020 (www.vice.com/
en_uk/article/5dmxyd/the-anti-lockdown-protests-are-getting-weird), ainsi qu’un tweet de Mark Pitcavage
(twitter.com/egavactip/status/1251732628035813376).
38. Voir Mark Scott et Steven Overly, « ‘Conspiracy bingo’: transatlantic extremists seize on the pandemic »,
politico.eu, 12 mai 2020 (www.politico.eu/article/far-right-conspiracy-theorists-coronavirus-covid19-
pandemic-lockdown-protests/) ; Christina Goßner, « Anti-lockdown protests in Germany infiltrated by
far-right extremists », euractiv.com, 14 mai 2020 (www.euractiv.com/section/coronavirus/news/anti-
lockdown-protests-in-germany-infiltrated-by-far-right-extremists/) ; et Jan Bielicki, Stefan Braun et Jan
Heidtmann, « Diffuse Unruhe erfasst das Land », Courrier international, 16 mai 2020, sueddeutsche.de (www.
sueddeutsche.de/politik/coronavirus-covid-19-protest-demonstration-1.4909241, traduction sur le site de
Courrier international, www.courrierinternational.com/article/deconfinement-en-allemagne-une-montee-
inquietante-de-la-contestation).
39. Voir Alex Hern, « 5G conspiracy theories fuel attacks on telecom workers », theguardian.com,
7 mai 2020 (www.theguardian.com/business/2020/may/07/5g-conspiracy-theories-attacks-telecoms-covid) ;
DamienLeloup,«  Lesdestructionsd’antennestéléphoniques5GaugmententenEurope  »,lemonde.fr,20avril2020
(https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/20/les-destructions-d-antennes-telephoniques-5g-
augmentent-en-europe_6037222_4408996.html) ; et Julien Lausson, « Pourquoi des antennes 5G sont-elles
vandalisées en Europe ? », numerama.com, 13 avril 2020 (www.numerama.com/tech/617556-pourquoi-la-5g-
conduit-elle-a-des-destructions-dantennes-relais-en-europe.html).
40. Voir Alexander Meleagrou-Hitchens et Blyth Crawford, art. cit.
41. Voir Jean-Michel Décugis et Jérémie Pham-Lê, « Ultradroite : Aurélien C., un “suprémaciste” soupçonné de
projet terroriste », art. cit.

28
les réseaux sociaux témoignait de son implication dans la nébuleuse néonazie
et sur lequel on pouvait trouver une traduction française du manifeste du tireur
de Christchurch 42, serait devenu de plus en plus violent au cours des semaines
précédant son arrestation 43 et aurait manifesté un intérêt particulier pour la
réouverture des lieux de culte en France une fois le confinement levé. À ce stade
de l’enquête, nous ne pouvons que supposer un lien entre l’intérêt accru de cet
homme pour l’ultradroite au cours des dernières semaines et la pandémie, qui
aurait agi comme catalyseur de son action. Cependant, pour d’autres plans
déjoués aux États-Unis, le rapport entre Covid-19 et accélérationnisme a été
clairement établi. Au début de la pandémie, un suprémaciste blanc a notamment
été tué lors de son arrestation par le FBI alors qu’il planifiait un attentat contre
un hôpital accueillant des patients atteints du Covid-19. Bien que l’individu
ait été un partisan du suprémacisme blanc et militant pour une « insurrection
révolutionnaire » avant la pandémie, les détails d’une discussion qu’il a eue

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


avec un agent des forces de l’ordre sous couverture révèlent que le Covid-19
a accéléré son passage à l’acte. L’individu a vu l’attention médiatique accrue
accordée au secteur de la santé comme une occasion de capter l’attention du
public et de promouvoir les idées extrémistes 44. Ces plans d’attaque déjoués
montrent à quel point l’opportunité que représente le virus pour les extrémistes,
en particulier dans le cadre de discussions sur l’accélérationnisme, constitue
une réelle menace pour la sécurité dans les démocraties occidentales. Cette
menace ne doit en aucun cas être sous-estimée car les attaquants d’extrême
droite de type « loups solitaires » ont démontré leur capacité à agir sur la
base de leurs convictions haineuses au cours de ces dernières années – 2019
étant une année particulièrement tragique à cet égard, puisque le monde a été
témoin de quatre grands attentats terroristes motivés par l’extrême droite, en
Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et en Allemagne, dont le tragique attentat
contre les mosquées de Christchurch et la fusillade d’El Paso.

42. Le 15 mars 2019, un militant suprémaciste blanc âgé de 28 ans et adepte de la mouvance Alt-Right
(mouvement nationaliste blanc d’extrême droite basé aux États-Unis) a perpétré deux fusillades de masse
dans deux mosquées différentes de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, faisant 51 morts et 49 blessés.
43. Coïncidant avec le moment où les premières mesures de confinement étaient appliquées en France.
44. Voir Pete Williams, « Missouri man planned to bomb hospital during pandemic to get attention for white
supremacist views », nbcnews.com, 30 mars 2020 (www.nbcnews.com/news/us-news/missouri-man-
planned-bomb-hospital-during-pandemic-get-attention-white-n1172346), et Bridget Johnson, «  White
Supremacist in Covid-19 Hospital Bomb Plot Allegedly Wanted to Attack Power Grid », hstoday.us, 31 mars 2020
(www.hstoday.us/subject-matter-areas/infrastructure-security/white-supremacist-in-covid-19-hospital-
attack-plot-allegedly-discussed-targeting-power-grid-minority-schoolkids/).

29
IV. LA RÉPONSE DES PLATEFORMES EN LIGNE
ET L’AVENIR DE LA MODÉRATION DE CONTENU

Les extrémistes violents de droite ont donc profité de la pandémie pour


exploiter et déformer le paysage médiatique et informationnel, montrant
une fois de plus leur capacité à mettre les plateformes en ligne au service de
leurs propres agendas. Cependant, les plateformes en ligne – en particulier
les réseaux sociaux et les applications de messagerie – ont rapidement réagi
à la propagation des théories conspirationnistes, à la mésinformation et à
la désinformation autour du Covid-19 sur leurs sites. Bien qu’elles n’aient
pas nécessairement ciblé les extrémistes violents, les changements introduits
dans leurs politiques de modération des contenus affectent aussi la capacité
de ces derniers à tirer profit de la pandémie. Nous verrons plus loin ce que ces
changements signifient pour l’avenir de la modération de contenu en ligne.
Dans le but de freiner la propagation des nuisances liées aux mauvaises
informations propagées sur le Covid-19 en ligne, un certain nombre de
| l’innovation politique

plateformes Internet ont modifié leurs normes de contenu, élargissant


la définition des contenus inacceptables afin d’interdire ou de ralentir
la propagation des théories du complot, de la mésinformation et de la
désinformation liées au virus. Parmi les exemples les plus marquants, on peut
citer la décision de Youtube d’interdire les vidéos conspirationnistes reliant le
coronavirus aux réseaux 5G (une mesure particulièrement bienvenue, selon
fondapol

certains experts, compte tenu des discussions existantes sur la possibilité


qu’offre Youtube aux extrémistes pour atteindre de larges publics 45), ainsi
que la suppression par Twitter de toute information contraire aux directives
sanitaires officielles et les nouvelles restrictions mises en place par WhatsApp
sur le transfert de messages (« les messages identifiés comme “souvent
transférés”, envoyés à travers une chaîne de cinq personnes ou plus, ne peuvent
être transférés qu’à une seule personne 46 », au lieu de cinq habituellement).
Des changements aussi rapides dans les politiques relatives aux plateformes
en ligne soulèvent d’importantes questions concernant les stratégies de
modération du contenu (Content Moderation, COMO), mais aussi quant aux
défis inhérents à la lutte contre l’utilisation terroriste et extrémiste d’Internet
et contre la désinformation dans le respect des droits fondamentaux.

45. Voir Till Baaken, « YouTube’s Role as a Platform for Extremism », gnet-research.org, 2 mars 2020
(https://gnet-research.org/2020/03/02/youtubes-role-as-a-platform-for-extremism/).
46. « Messages that have been identified as “highly forwarded” – sent through a chain of five or more people
– can only be forwarded to a single person » (Casey Newton, « WhatsApp puts new limits on the forwarding
of viral messages », theverge.com, 7 avril 2020 (www.theverge.com/2020/4/7/21211371/whatsapp-message-
forwarding-limits-misinformation-coronavirus-india).

30
Les normes de contenu
Les « normes de contenu » désignent l’ensemble des lignes directrices dont dispose
une plateforme en ligne pour définir ce qui est accepté ou interdit sur son site ou son
application, y compris les conditions d’utilisation, les directives communautaires et
les chartes de bon usage. Ces normes sont le principal moyen pour une plateforme
d’informer ses utilisateurs sur ce qui est interdit ou non, et donc sur sa politique
de modération des contenus et sa mise en œuvre, et sont donc essentielles pour
garantir la transparence et permettre d’assurer la responsabilité d’une plateforme
vis-à-vis de ses utilisateurs.
Tech Against Terrorism conseille aux entreprises technologiques d’indiquer
clairement ce qu’elles attendent de leurs utilisateurs et comment elles entendent
faire appliquer leurs politiques de modération en cas de violation, ainsi que
d’interdire explicitement l’utilisation terroriste dans leurs normes de contenu.
Cette interdiction est également une condition d’adhésion au Global Internet Forum

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


to Counter Terrorism (GIFCT), une coalition dirigée par l’industrie et formée par
Facebook, Twitter, Youtube et Microsoft, qui collabore avec un large éventail d’ONG,
d’experts universitaires et de gouvernements *.
* Pour en savoir plus sur les normes de contenu et la modération de contenu pour les plateformes
technologiques, voir « Protecting free expression in the era of online content moderation »,
accessnow.org, mai 2019 (www.accessnow.org/cms/assets/uploads/2019/05/AccessNow-
Preliminary-Recommendations-On-Content-Moderation-and-Facebooks-Planned-Oversight-Board.
pdf), ainsi que les sites de Tech Against Terrorism (www.techagainstterrorism.org/) et du GIFTC
(www.gifct.org/).

La réaction rapide des plateformes en ligne, adaptant leurs politiques et leurs


offres de services pour protéger les utilisateurs et la société dans son ensemble,
a amené un certain nombre de personnes à se demander pourquoi une telle
réaction n’est pas la norme. Plus que toute autre chose, la question devrait être :
quels types de changements permettent une réponse aussi rapide et comment
pouvons-nous évaluer ces mesures lorsque cette crise sera terminée ?
Une partie de la réponse tient dans le fait qu’en 2020 les plateformes en ligne
ont la capacité de s’appuyer pleinement sur les systèmes, sur les stratégies et sur
les partenariats qu’elles ont efficacement mis en place depuis 2017 et la création
du GIFCT. Cela signifie que, pour faire face au risque accru d’utilisation abusive
de leurs plateformes, ces entreprises ont pu capitaliser sur l’investissement
précédemment réalisé sur la recherche de politiques, sur la mise en place de
solutions efficaces pour la modération des contenus et sur la collaboration avec
des chercheurs, des groupes issus de la société civile, des experts de terrain et
des fact-checkers. En effet, ces dernières années, les plateformes en ligne ont fait
de plus en plus d’efforts pour répondre efficacement à l’utilisation d’Internet
par les terroristes. Cela passe par une attention accrue portée à la modération
du contenu, notamment par la mise au point de solutions automatisées,

31
à travers le machine-learning 47, de projets visant à faire barrage aux discours
extrémistes et terroristes, ainsi que par le Global Internet Forum to Counter
Terrorism (GIFCT). Le consortium de partage de hash (une empreinte
digitale unique à une image ou une vidéo en ligne permettant de l’identifier
automatiquement, facilitant la détection de contenus illégaux, aussi bien avant
qu’après la mise en ligne selon les systèmes en place) et le système de protocole
de crise du GIFCT démontrent particulièrement cet engagement. La crise du
Covid-19 a également souligné l’importance du bon fonctionnement et de la
solidité des canaux public-privé entre les gouvernements et les entreprises du
secteur technologique. Toutefois, la pandémie et les changements rapides de
la part des plateformes en ligne présentent des risques d’empiétement sur les
politiques de modération que celles-ci avaient progressivement mises en place
ces dernières années, petit à petit et de manière transparente.
Ce phénomène est exacerbé par le fait que, durant cette période, l’humain
est plus que d’habitude tenu à l’écart de tout ce qui touche à la modération,
notamment parce que de nombreux employés doivent travailler depuis chez
eux afin de respecter les mesures de distanciation sociale 48. Bien qu’elle soit
déjà largement utilisée par les grandes plateformes dans leurs efforts de
| l’innovation politique

modération du contenu à grande échelle, et pour contrer l’utilisation d’Internet


par des terroristes, l’intelligence artificielle, plus particulièrement le machine-
learning, en est encore à sa phase initiale. À l’heure actuelle, cette technologie
ne permet pas de saisir suffisamment bien les nuances et le contexte d’une
publication, éprouvant, par exemple, des difficultés à distinguer un contenu
terroriste d’un contenu informatif de type journalistique sur le terrorisme. Si le
fondapol

développement de ces technologies doit être encouragé, la modération fondée


sur l’intervention humaine reste essentielle, notamment pour éviter l’excès de
censure et le retrait de contenus licites. En outre, ces technologies nécessitent
la mobilisation de quantités importantes de données, ce qui reste une entrave
à leur recours pour combattre l’utilisation d’Internet par des terroristes et des
extrémistes – d’autant plus si l’on souhaite s’appuyer sur des technologies
prédictives.

47. « Dans sa forme la plus élémentaire, le machine-learning consiste à utiliser des algorithmes pour analyser
des données, en tirer des enseignements, puis faire une détermination ou une prédiction sur un sujet donné.
Ainsi, plutôt que de coder à la main des procédures avec un ensemble d’instructions spécifiques pour accomplir
une tâche particulière, la machine est “formée” à l’aide de grandes quantités de données et d’algorithmes qui
lui donnent la capacité d’apprendre comment accomplir la tâche » (« Machine learning at its most basic is the
practice of using algorithms to parse data, learn from it, and then make a determination or prediction about
something in the world. So rather than hand-coding software routines with a specific set of instructions to
accomplish a particular task, the machine is “trained” using large amounts of data and algorithms that give
it the ability to learn how to perform the task », in Michael Copeland, « What’s the Difference Between Artificial
Intelligence, Machine Learning, and Deep Learning? », nvidia.com, 29 juillet 2016, https://blogs.nvidia.com/
blog/2016/07/29/whats-difference-artificial-intelligence-machine-learning-deep-learning-ai/).
48. En raison de la sensibilité du travail effectué par les modérateurs de contenu en ligne, et surtout de
l’impact potentiel de ce type de travail sur la santé mentale, la modération de contenu par des individus doit
généralement être effectuée dans un cadre de travail professionnel et peut difficilement être adaptée à un
environnement de travail à domicile. C’est pourquoi, pendant la pandémie, les plateformes en ligne ont eu de
plus en plus recours à des outils de modération automatisés.

32
Dans ce contexte, le Center for Democracy and Technology (CDT) a publié
un communiqué faisant état de préoccupations partagées par des acteurs de
l’industrie et des ONG concernant le recours accéléré des plateformes en ligne
à la modération automatisée pendant cette période – notamment l’utilisation
du machine-learning plutôt que la modération humaine pour détecter, faire
remonter et même statuer sur les contenus illicites sur leur site 49.
Le recours accru à la modération automatisée augmente le risque de faux
positifs dans le retrait de contenus licites et soulève des questions sur la
responsabilité des décisions de retrait 50. La situation se complique encore
lorsque le contenu préjudiciable provient d’utilisateurs qui ne sont pas
extrémistes eux-mêmes ou dont l’affiliation extrémiste est quelque peu floue,
ou encore lorsque le contenu relève d’une « zone grise ». En effet, il convient de
souligner qu’en raison de l’absence de désignation des terroristes et extrémistes
violents de droite comme entités terroristes par les gouvernements, ces groupes

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


existent bien souvent dans une « zone grise » en termes de légalité. Le risque le
plus important demeure que des contenus dénonçant des violations des droits
humains, y compris des contenus journalistiques pouvant servir de preuve de
ces violations, soient automatiquement retirés 51. Ce risque est d’autant plus
grave que dans certains pays les garanties constitutionnelles ont été affaiblies
durant la crise du Covid-19.

49. Voir Emma Llansó, « Covid-19 content moderation research letter », cdt.org, 22 avril 2020 (https://cdt.org/
insights/covid-19-content-moderation-research-letter/).
50. Face à l'augmentation massive de vidéos supprimées entre avril et juin 2020 dans le contexte de la crise
du Covid-19 suite au recours à la modération automatisée, la plateforme YouTube a d'ailleurs décidé de revenir
à son système de modération hybride, mêlant intelligence artificielle et contrôle humain. Voir Morgane Tual,
« Après avoir favorisé les algorithmes pour modérer les contenus, YouTube fait marche arrière »,
22 septembre 2020 (www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/22/apres-avoir-favorise-les-algorithmes-pour-
moderer-les-contenus-youtube-fait-marche-arriere_6053181_4408996.html).
51. Human Rights Watch a récemment publié un rapport sur le dilemme de la modération de contenu et de la
suppression de preuves concernant d'éventuels crimes de guerre. Dans ce rapport, l'ONG explique également
comment la Terrorist Content Analysis Platform (TCAP) de Tech Against Terrorism peut être une réponse à
ce problème. Voir « Les plateformes de médias sociaux suppriment des preuves potentielles de crimes de
guerre », Human Rights Watch, 10 septembre 2020 (www.hrw.org/fr/news/2020/09/10/les-plateformes-de-
medias-sociaux-suppriment-des-preuves-potentielles-de-crimes-de).

33
V. UN IMPACT DURABLE SUR LES LIBERTÉS FONDAMENTALES

De nombreux rapports issus de groupes de défense des droits fondamentaux


indiquent que la crise de Covid-19 est utilisée par certains gouvernements dans
le monde pour « établir ou renforcer leur contrôle sur les médias nationaux,
et aggraver la censure d’État 52 ». Les inquiétudes au sujet des théories
conspirationnistes, de la désinformation et des menaces émises par des acteurs
violents cherchant à profiter d’une telle situation, peuvent ainsi devenir des
prétextes à une politique de censure. Des gouvernements autoritaires ont
déjà utilisé la menace à la sécurité nationale que peut représenter l’usage
d’Internet par des réseaux terroristes et extrémistes pour tenter de forcer les
plateformes en ligne à étouffer les voix dissidentes ou à restreindre l’accès
à l’information. Il n’est peut-être pas surprenant qu’au plus fort de cette
crise sanitaire, plusieurs gouvernements aient bloqué l’accès à Internet dans
certaines parties de leur territoire ou l’aient limité à certains sites 53. D’autres
ont temporairement révoqué les garanties constitutionnelles, notamment en
matière de liberté d’expression 54. C’est en partie pour cette raison qu’il est si
| l’innovation politique

important d’établir des normes claires en matière de contenus : elles servent


de critères à partir desquels les utilisateurs peuvent se défendre contre les
suppressions illégales ou ponctuelles de contenus en ligne. Les tentatives de
criminalisation des informations relatives à la pandémie peuvent susciter la
méfiance à l’égard des institutions, retarder l’accès à des informations fiables
et avoir un effet paralysant sur la liberté d’expression. Il s’agit de faire en sorte
fondapol

que les plateformes soient contrôlées selon des procédures respectueuses de


l’État de droit, précisément parce qu’il s’agit d’une crise et de circonstances
exceptionnelles.
Dans une déclaration conjointe, David Kaye, rapporteur spécial des Nations
unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et
d’expression, Harlem Désir, représentant de l’Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, et Edison
Lanza, rapporteur spécial de la Commission interaméricaine des droits de
l’homme (CIDH) pour la liberté d’expression, ont souligné l’importance pour
les gouvernements et les entreprises technologiques de travailler ensemble pour
fournir des informations fiables en réponse à des informations fausses sur la

52. Reporters sans frontières, « Censure et attaques. Le journalisme en quarantaine », rsf.org (https://rsf.org/
fr/censure-et-attaques).
53. Voir Berhan Taye et Felicia Anthonio, « #KeepItOn: internet shutdowns during Covid-19 will help spread the
virus! », accessnow.org, 17 mars 2019 (www.accessnow.org/keepiton-internet-shutdowns-during-covid-19-
will-help-spread-the-virus/).
54. Voir « Exigimos respeto a la libertad de expresión y al derecho a la protección de datos personales en
Honduras », accessnow.org, 20 mars 2020 (www.accessnow.org/exigimos-respeto-a-la-libertad-de-expresion-
y-al-derecho-a-la-proteccion-de-datos-personales-en-honduras/).

34
pandémie qui seraient capables « d’entraîner des problèmes sanitaires, des
épisodes de panique et des troubles 55 ». Mais ils ont également souligné que
« le recours à d’autres mesures, telles que le retrait de contenus et la censure,
peut avoir pour conséquence de limiter l’accès à des informations importantes
pour la santé publique et ne devrait être entrepris que si elles répondent aux
normes de nécessité et de proportionnalité 56. »
Ces considérations sont encore plus importantes à la lumière des récents
développements dans le monde de la réglementation du contenu en ligne :
l’Union européenne est en train de rédiger sa nouvelle proposition de loi sur
la régulation des contenus en ligne 57. Elle pourrait conduire à l’imposition
de filtrage au téléchargement ou upload filters, et donc à une plus grande
dépendance à l’égard des outils automatisés 58. Le filtrage au téléchargement
s’appuie sur des programmes automatisés qui analysent les données selon
certains critères et permettent ou empêchent le chargement d’un contenu sur

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


une plateforme en ligne selon le résultat de l’analyse.
En parallèle, la France a récemment promulgué une nouvelle loi visant à lutter
contre les contenus haineux sur Internet, dite « loi Avia » 59, qui aurait obligé
les plateformes en ligne à supprimer les contenus terroristes notifiés dans un
délai d’une heure (le contenu de la loi a finalement été largement censuré par
le Conseil constitutionnel avant son adoption par l’Assemblée nationale).
De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain a signé un décret qui,
bien que contesté pour des raisons de constitutionnalité, pourrait supprimer
l’actuelle protection juridique qui permet aux plateformes en ligne de ne pas
être légalement responsable des contenus générés par leurs utilisateurs. Comme
pour d’autres lois de régulation en ligne adoptées en Europe, notamment la
loi allemande Netzwerkdurchsetzungsgesetz (NetzDG) de 2017 destinée à
sanctionner les fake news et les contenus haineux sur les réseaux sociaux, les
défenseurs des droits fondamentaux et des groupes issus de la société civile ont
critiqué ces lois qui pourraient inciter à une modération trop zélée et conduire à
la suppression de contenus licites. Néanmoins, beaucoup considèrent également

55. « … that false information about the pandemic could lead to health concerns, panic and disorder » (David
Kaye, Harlem Désir et Edison Lanza, « Covid-19: Governments must promote and protect access to and free
flow of information during pandemic – International experts », ohchr.org, 19 mars 2020, www.ohchr.org/EN/
NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=25729&LangID=E).
56. « Resorting to other measures, such as content take-downs and censorship, may result in limiting access
to important information for public health and should only be undertaken where they meet the standards of
necessity and proportionality » (ibid.).
57. Sur ces processus, voir Tech Against Terrorism, « The Online Regulation Series. The European Union »,
19 octobre 2020 (www.techagainstterrorism.org/2020/10/19/the-online-regulation-series-the-european-
union/).
58. Pour en savoir plus sur le problème posé par le filtrage de téléchargement, voir Diego Naranjo, « Terrorist
content online regulation: time to get things right », edri.org, 16 mars 2020 (https://edri.org/terrorist-content-
online-regulation-time-to-get-things-right/).
59. LOI n°2020-766 du 24 juin 2020 visant à lutter contre les contenus haineux sur internet,
version consolidée du 7 septembre 2020 (https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=
JORFTEXT000042031970&dateTexte=20200907).

35
ces lois comme des mesures nécessaires pour garantir que les plateformes en
ligne disposent de procédures de responsabilité et de transparence à l’égard de
leurs utilisateurs et de la société dans son ensemble. Ce qui est clair, cependant,
c’est que les plateformes en lignes et les gouvernements doivent trouver un
équilibre entre, d’une part, la lutte contre les dangers et les nouvelles menaces
en constante évolution qui pèsent sur la société dans la sphère en ligne et,
d’autre part, la protection des droits fondamentaux.

VI. COMMENTAIRES SUR LA LOI AVIA, VISANT À LUTTER


CONTRE LES CONTENUS HAINEUX SUR INTERNET

Le 24 juin 2020, la France a promulgué une nouvelle loi visant à contrer


la diffusion en ligne de contenus à caractère haineux, discriminatoires ou
terroristes, soit tous les contenus extrémistes dont il a été question jusqu’ici 60.
| l’innovation politique

La loi Avia, également appelée loi « contre la cyberhaine », adoptée par


l’Assemblée nationale le 13 mai 2020, un an après sa première présentation
au Parlement 61, présente plusieurs similitudes avec la NetzDG allemande et
aurait dans sa version d’origine obligé les plateformes en ligne à retirer les
contenus terroristes et les contenus pédopornographiques dans l’heure qui
suit leur signalement par les autorités françaises, tandis que les autres contenus
fondapol

haineux et discriminatoires auraient dû être retirés dans les 24 heures après


leur signalement par les autorités ou les utilisateurs. Les plateformes qui ne se
seraient pas conformées à cette obligation auraient risqué une amende allant
de 250 000 à 20 millions d’euros ou jusqu’à 4 % de leur revenu annuel global.
Cependant, le cœur de la loi Avia a été censuré par le Conseil constitutionnel
français le 18 juin 2020 62. La loi a ainsi été réduite à son volet de prévention et
toute obligation pour les plateformes de retirer les contenus notifiés dans un
délai d’une heure ou de 24 heures a été jugée inconstitutionnelle.

60. La loi Avia est la première loi non liée au Covid-19 à avoir été adoptée par le Parlement français depuis
mars 2020, deux jours seulement après la fin du confinement dans le pays, en mai 2020. Cela a conduit à
certains commentaires selon lesquels le gouvernement français aurait utilisé la vague de désinformation
liée à la pandémie pour la faire adopter malgré ses critiques. Voir Simon Chandler, « France Social Media
Law Is Another Coronavirus Blow To Freedom Of Speech », forbes.com, 14 mai 2020 (www.forbes.com/
sites/simonchandler/2020/05/14/french-social-media-law-is-another-coronavirus-blow-to-freedom-of-
speech/#70b041e6703c).
61. Sans rapport avec la loi elle-même, il convient de signaler que quelques jours avant l’adoption de la loi, en
France, des groupes issus de la société civile ont intenté un procès à Twitter pour inaction massive contre les
messages haineux sur la plateforme, demandant de fait à Twitter de retirer des contenus tels que ceux couverts
par la loi sur la cyberhaine. Cette action en justice a été déclenchée par un récent rapport publié par ces groupes,
indiquant une augmentation des messages haineux partagés sur la plateforme pendant le confinement.
Voir Martin Untersinger, « Twitter assigné en justice pour son “inaction massive” face aux messages haineux »,
lemonde.fr, 12 mai 2020 (www.lemonde.fr/pixels/article/2020/05/12/twitter-assigne-en-justice-pour-son-
inaction-massive-face-aux-messages-haineux_6039412_4408996.html).
62. Conseil constitutionnel, « Décision no 2020-801 DC du 18 juin 2020 – Loi visant à lutter contre les contenus
haineux sur Internet. [Non-conformité partielle] » (www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2020/2020801DC.
36 htm).
Bien que le terrorisme et ses manifestations en ligne constituent des menaces
importantes, dont certaines ont été décrites dans la présente note, la loi
contenait en effet quelques domaines importants à améliorer, principalement
en ce qui concerne ses effets négatifs potentiels sur la liberté d’expression 63.
La lutte contre l’utilisation de l’Internet par les terroristes et les extrémistes ne
doit pas être ignorée, surtout à une époque où l’instabilité et la désinformation
s’intensifient, mais la réglementation en ligne ne doit pas se faire au prix de la
responsabilité et de la liberté d’expression 64.
Nous avons précédemment commenté les processus de modération de contenu
adaptés par les entreprises technologiques pour répondre au Covid-19.
Nous soulignons ci-dessous ce que nous considérons comme les principales
caractéristiques problématiques de cette loi Avia, dont la majeure partie a
été rejetée. Nous pensons que, malgré la censure du Conseil constitutionnel
français, ce commentaire reste pertinent pour souligner les limites communes

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


à un certain nombre de tentatives récentes de lutte contre la diffusion de
contenus terroristes et extrémistes sur Internet, d’autant plus que la NetzDG
allemande et le projet de règlement européen sur les contenus terroristes en
ligne 65 présentent d’importantes similitudes avec la loi Avia. De plus, certaines
des critiques que nous avons adressées à la loi figurent dans la décision du
Conseil constitutionnel.

63. Depuis sa première introduction, en 2019, la loi a été dénoncée par des experts et des groupes issus de la
société civile en raison des risques qu’elle fait peser sur la liberté d’expression. La loi a notamment été critiquée
par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), ainsi que par David Kaye, rapporteur
spécial des Nations unies sur la liberté d’expression. Ce dernier pointait l’imprécision des termes utilisés dans
le code pénal français et sur lesquels reposent le nouveau projet de loi pour définir ce qui est constitutif d’un
acte terroriste, de provocation ou d’apologie du terrorisme, ce qui pourrait donner lieu à une « interprétation
arbitraire et abusive de la loi ». Il soulignait également que bien que les plateformes en ligne aient une
responsabilité en matière de droits de l’homme, les « mesures de censure », telles que celles qu’implique le
devoir de supprimer les contenus terroristes et haineux, ne devaient pas être déléguées à des entités privées.
C’est bien ce risque pour la liberté d’expression que, dans sa décision de censure, le Conseil constitutionnel a
jugé comme disproportionné par rapport à l’objectif de la loi. Voir David Kaye, « Mandat du Rapporteur spécial
sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression », 20 août 2019 (www.ohchr.org/
Documents/Issues/Opinion/Legislation/OL_FRA_20.08.19.pdf).
64. Ces défauts dans le cadre de tentatives de lutte contre l’utilisation terroriste d’Internet ne sont pas
l’apanage du cas français. De telles critiques ont également été soulevées en ce qui concerne la NetzDG
allemande et le projet européen de régulation des contenus en ligne. Voir Diego Naranjo, art. cit., et Federico
Guerrini, « The problem with Germany new social media hate speech bill », forbes.com, 3 mars 2020 (www.
forbes.com/sites/federicoguerrini/2020/03/03/the-problems-with-germanys-new-social-media-hate-speech-
bill/#64f22d33592a).
65. Pour le commentaire de Tech Against Terrorism sur le projet de régulation de l’Union européenne, voir Adam
Hadley et Jacob Berntsson, « The EU’s terrorist content regulation: concerns about effectiveness and impact
on smaller tech platforms », voxpol.eu, 1er juillet 2020 (www.voxpol.eu/the-eus-terrorist-content-regulation-
concerns-about-effectiveness-and-impact-on-smaller-tech-platforms/).

37
• Un manque de considération pour la capacité des petites plateformes en
ligne. Le délai de 1 heure pour le retrait du contenu terroriste est irréaliste
pour les micro- et petites plateformes. Elles ont peu d’employés (certaines
de ces plateformes sont gérées par une seule personne) et manquent
de ressources techniques et humaines nécessaires pour répondre aux
notifications de contenu terroriste dans un délai aussi court. Un délai de 1
heure, et même de 24 heures, nécessiterait une surveillance constante de la
part des plateformes en ligne pour garantir leur conformité à la loi. Il s’agit
d’une entreprise difficile, voire impossible, pour la plupart des plateformes.
Cette pression entraînerait le risque d’une concurrence réduite dans le
secteur technologique si les plateformes plus petites n’étaient pas en mesure
de rattraper leur retard ou se retrouvaient financièrement accablées par
des amendes. De plus, les recherches menées par Tech Against Terrorism
ont montré que les plus petites plateformes sont fortement investies par
les réseaux terroristes 66. Or les petites plateformes qui sont disposées à
s’attaquer à ce problème mais qui ont le plus besoin d’assistance car les
moyens leur manquent sont celles qui risquent de se retrouver à la traîne à
cause de cette nouvelle législation.
| l’innovation politique

Le délai très court donné aux opérateurs pour retirer un contenu illicite
a été souligné par le Conseil constitutionnel au motif qu’il rendait
particulièrement difficile le respect de cette règle par les plateformes et au
motif qu’il est disproportionné compte tenu du risque qu’il faisait peser sur
la liberté d’expression. Le Conseil constitutionnel a notamment souligné que
la loi comportait des réglementations « impossibles à satisfaire » pour les
fondapol

plateformes technologiques, rompant ainsi le principe d’égalité en matière


de réglementation publique.

Classification de la taille des plateformes utilisée par Tech Against Terrorism *


Micro- Petites Moyennes Grandes
plateformes plateformes plateformes plateformes
Nbre total
1-2 1-15 15-75 75+
d’employés
Nbre total de
Capacité
modérateurs 0-1 0-1 2-4 5+
des
(à plein temps)
entreprises
Conseillers
juridiques 0 0 1-2 3+
internes
* Il convient de noter que les grandes plateformes de plus de 75 employés peuvent également avoir
besoin d’un soutien important en ce qui concerne la modération du contenu à grande échelle et
l’équilibre à trouver entre la nécessité de lutter contre l’utilisation terroriste d’Internet et la sauvegarde
des droits humains et de la liberté d’expression. La taille de la base d’utilisateurs, sa croissance et le
volume de contenu publié quotidiennement sur une plateforme peuvent également avoir un impact
important sur la capacité d’une entreprise technologique à modérer le contenu.

66. Voir Tech Against Terrorism, « Analysis: ISIS use of smaller platforms and the DWeb to share terrorist content
– April 2019 », techagainstterrorism.org, avril 2019 (www.techagainstterrorism.org/2019/04/29/analysis-isis-
use-of-smaller-platforms-and-the-dweb-to-share-terrorist-content-april-2019/).
38
• Des risques disproportionnés pour la liberté d’expression. En raison du
délai de retrait trop court ainsi que du trop large champ d’application de
la loi, il existe le risque d’une pratique trop zélée de retrait des contenus
et les plateformes peuvent être amenées à retirer, sans prendre le temps du
discernement, tous les contenus notifiés. Même pour les plateformes aussi
puissantes que les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft),
le court délai pour retirer les contenus signalés nécessiterait une augmentation
importante des ressources consacrées à la modération de contenus. Un
moyen facile de le faire pour les plateformes qui disposent de ressources
techniques serait de s’appuyer davantage sur les outils automatisés. Mais,
comme nous l’avons vu, si la modération automatisée a ses avantages, les
solutions actuelles ne sont pas suffisamment nuancées. Elles nécessitent une
surveillance humaine pour éviter le retrait excessif de contenu. Il manque
notamment la capacité de comprendre le contexte. Ainsi, le recours accru à

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


de telles méthodes, en lieu et place de la modération humaine, présente des
risques importants pour la liberté d’expression car la modération automatisée
risque d’entraîner un retrait excessif des contenus licites.
Les risques pour la liberté d’expression ont également été soulignés par
le Conseil constitutionnel, qui a estimé que les différentes exigences de la
loi, en particulier la brièveté du délai, représentaient un risque qui n’est ni
nécessaire, ni approprié et proportionné.

• Laisser les plateformes en ligne statuer sur l’illégalité. La loi elle-même ne


crée pas un nouvel ensemble de préjudices, ni une nouvelle liste de contenus
interdits. Du contenu haineux et discriminatoire au contenu terroriste et
concernant des abus sexuels sur enfants, tout ce qui est dans la liste est déjà
illégal en vertu du droit français (respectivement du point de vue des limites
fixées à la liberté d’expression et du point de vue du code pénal). Cependant,
les lois existantes sur lesquelles elle s’appuie sont elles-mêmes larges et
peuvent couvrir un large éventail de contenus – c’est la raison pour laquelle
les limitations actuelles à la liberté d’expression doivent être décidées par
un organe judiciaire indépendant. La loi transfère donc la responsabilité de
décider (rapidement) de ce qui est un contenu haineux ou discriminatoire aux
entreprises technologiques privées, plutôt que de proposer aux plateformes
en ligne des définitions et des exemples clairs de ce qui doit être supprimé.
En effet, une telle disposition peut conduire en pratique à une situation où les
entreprises technologiques se verraient chargées d’une trop grande influence
sur la régulation des discours en ligne.
À cet égard, la décision du Conseil constitutionnel a rappelé avec force que
le jugement de la légalité d’un contenu en ligne, notamment terroriste, est
« soumis à la seule discrétion de l’administration [française] ». Or les délais
de retrait requis ne permettent pas d’obtenir la décision de justice qui est
nécessaire pour apprécier l’illégalité d’un contenu. Cette décision est un
rappel important : la lutte contre les contenus terroristes en ligne ne peut
que s’inscrire dans le cadre de l’État de droit.
39
Mais, si la loi Avia présentait des risques importants pour la liberté
d’expression et ne tenait pas compte des capacités techniques et humaines
des petites plateformes en ligne, elle comporte également des points louables.
La plupart d’entre eux, qui touchent à l’idée d’empêcher la propagation de
la haine en ligne et d’appeler à une plus grande coopération, n’ont pas été
censurés par le Conseil constitutionnel. Ainsi, même si la loi a été dépouillée de
ses exigences fondamentales, car présentant un risque trop important pour la
liberté d’expression, elle a été adoptée et sera mise en œuvre selon ses principes
plus « préventifs ». Nous commentons ci-dessous certaines de ses exigences
positives.

• Un appel à une coopération accrue dans le secteur des technologies. La loi, de
manière louable, promeut largement les outils de coopération et de partage
d’informations entre les plateformes. Toutefois, elle le fait sans préciser
quels seraient ces outils. Il sera nécessaire à l’avenir de pouvoir disposer
d’informations quant à la façon dont le gouvernement français prévoit
de soutenir cette coopération et sur la manière de tenir compte des petites
plateformes à cet égard.
| l’innovation politique

• Une transparence et une responsabilité accrues. La nouvelle législation prévoit


également une transparence et une responsabilité accrues de la part des
plateformes en ligne, ainsi que du gouvernement français, à travers le Conseil
supérieur de l’audiovisuel qui supervisera l’application de la loi et publiera
un rapport annuel à ce sujet. Toutefois, cet appel à la transparence ne tient
fondapol

pas compte de la taille et de la capacité des plateformes. Ce sont pourtant des


facteurs importants à prendre en compte pour éviter des attentes irréalistes
quant aux mesures à inclure dans les rapports de transparence demandés.

40
RECOMMANDATIONS

Les préoccupations quant au fait qu’une politique renforcée de modération


de contenu comporte un risque de censure ne doivent être ni ignorées, ni
oubliées une fois passée la crise du Covid-19. Nombre de ces problèmes ne se
dissiperont pas avec la fin de la pandémie. Ils auront des implications durables
sur les droits fondamentaux et le fonctionnement démocratique. Dans ce
contexte, voici nos recommandations.

Les plateformes en ligne devraient s’efforcer de :


1. Améliorer les mécanismes de responsabilité, tels que les procédures d’appel

L’ultradroite et la manipulation de la crise du Covid-19


et de recours.
2. 
Accroître la transparence du processus décisionnel qui sous-tend
l’élaboration et la mise en œuvre des politiques de modération, notamment
en ce qui concerne le retrait des contenus.
3. Examiner les changements apportés à la modération du contenu en réponse
à la crise Covid-19 une fois celle-ci terminée.
4. Produire des rapports de transparence détaillant la façon dont la plateforme
a été gérée pendant la pandémie de Covid-19 et incluant les statistiques de
son activité de modération du contenu pendant cette période. Pour les petites
et micro-plateformes, le fait de documenter, même de manière rudimentaire,
au moins certaines de ces statistiques sera également tout à fait utile.
5. Investir dans une meilleure compréhension de la menace que représente
l’ultradroite sur les plateformes en ligne :
– notamment en accordant une attention particulière à la manière dont ces
groupes peuvent instrumentaliser les médias et le débat public à leurs propres
fins ;
– en soutenant les efforts visant à promouvoir une meilleure compréhension
de la manière dont les terroristes et les extrémistes violents ciblent les jeunes
en ligne.
6. Soutenir le développement de solutions techniques pour limiter l’utilisation
terroriste et violente d’Internet, tout en préservant les droits fondamentaux,
et particulièrement la liberté d’expression.
7. Continuer à soutenir les petites et micro-plateformes qui n’ont pas les
ressources nécessaires pour lutter contre l’utilisation de leurs services par
les terroristes et les extrémistes violents.

41
Les gouvernements devraient s’efforcer de :
8. Produire des rapports de transparence sur leur engagement auprès des
plateformes en ligne et sur la manière dont cela affecte la prise de parole sur
Internet, y compris des données sur les requêtes d’informations, de retraits
ou encore de suspension des comptes utilisateurs.
9. Investir dans la recherche pour mieux comprendre comment les difficultés
ressenties dans le monde réel conduisent à la radicalisation et au terrorisme,
et comment cela se manifeste dans la sphère virtuelle, en se concentrant
particulièrement sur la manière dont la pandémie de Covid-19 a pu affecter
cette dynamique.
10. Utiliser les pouvoirs juridiques pour promouvoir l’État de droit grâce à une
désignation plus complète des entités terroristes, afin de contribuer à une
plus grande clarté quant à ce qui constitue une activité terroriste, plutôt que
d’externaliser et déléguer aux plateformes en ligne la charge de déterminer
ce qui est terroriste et ce qui est illégal.
11. Soutenir le secteur technologique dans la lutte contre l’utilisation d’Internet
| l’innovation politique

à des fins de terrorisme ou d’extrémisme violent, par exemple en soutenant


les petites plateformes, les partenariats public-privé et les programmes
d’éducation au numérique.
12. Promouvoir une réglementation proportionnée et équilibrée qui tienne
compte de la capacité des petites plateformes et leur permette d’être en
conformité avec la loi.
fondapol

13. 
Communiquer clairement sur les politiques gouvernementales, en
particulier en temps de crise, afin d’en réduire l’ambiguïté et de juguler le
sentiment d’instabilité au sein des sociétés, et d’éviter ainsi l’exploitation
des facteurs de stress et d’insécurité par les terroristes et les extrémistes
violents.

42
43
fondapol

44
| l’innovation politique
45
Carte interactive

46
NOS PUBLICATIONS
2022 le risque populiste en France (vagues 2 et 3)
Un indicateur de la protestation électorale
Dominique Reynié, octobre 2019, 86 pages
Relocalisations : laisser les entreprises décider et protéger leur actionnariat
Frédéric Gonand, septembre 2020, 60 pages
Europe : la transition bas carbone, un bon usage de la souveraineté
Patrice Geoffron, septembre 2020, 60 pages
Relocaliser en France avec l’Europe
Yves Bertoncini, septembre 2020, 68 pages
Relocaliser la production après la pandémie ?
Paul-Adrien Hyppolite, septembre 2020, 72 pages
Qui paie ses dettes s’enrichit
Christian Pfister et Natacha Valla, septembre 2020, 60 pages
L’opinion européenne en 2019
Dominique Reynié (dir.), éditions Marie B/collection Lignes de Repères,
septembre 2020, 212 pages
Les assureurs face au défi climatique
Arnaud Chneiweiss et José Bardaji, août 2020, 56 pages
Changements de paradigme
Josef Konvitz, juillet 2020, 44 pages
Hongkong : la seconde rétrocession
Jean-Pierre Cabestan et Laurence Daziano, juillet 2020, 84 pages
Tsunami dans un verre d’eau
Regard sur le vote europe écologie-les verts aux élections municipales
de 2014 et de 2020 dans 41 villes de plus de 100 000 habitants
Sous la direction de Dominique Reynié, juillet 2020, 44 pages
Innovation politique 2019 (tome 2)
Fondation pour l’innovation politique, juin 2020, 412 pages
Innovation politique 2019 (tome 1)
Fondation pour l’innovation politique, juin 2020, 400 pages
Covid-19 - États-unis, Chine, Russie, les grandes puissances inquiètent l’opinion
Victor Delage, juin 2020, 16 pages
De la distanciation sociale à la distanciation intime
Anne Muxel, juin 2020, 48 pages
Covid-19 : Cartographie des émotions en France
Madeleine Hamel, mai 2020, 17 pages
Après le Covid-19, le transport aérien en Europe : le temps de la décision
Emmanuel Combe et Didier Bréchemier, mai 2020, 64 pages
Avant le Covid-19, le transport aérien en Europe : un secteur déjà fragilisé
Emmanuel Combe et Didier Bréchemier, mai 2020, 56 pages
Ne gaspillons pas une crise
Josef Konvitz, avril 2020, 48 pages
Retraites : leçons des réformes suédoises
Kristoffer Lundberg, avril 2020, 64 pages
47
Retraites : leçons des réformes belges
Frank Vandenbroucke, février 2020, 64 pages
Les biotechnologies en Chine : un état des lieux
Aifang Ma, février 2020, 68 pages
Radiographie de l'antisémitisme en France
AJC Paris et Fondation pour l'innovation politique, janvier 2020, 32 pages
OGM et produits d'édition du génome : enjeux réglementaires et géopolitiques
Catherine Regnault-Roger, janvier 2020, 60 pages
Des outils de modification du génome au service de la santé humaine et animale
Catherine Regnault-Roger, janvier 2020, 56 pages
Des plantes biotech au service de la santé du végétal et de l’environnement
Catherine Regnault-Roger, janvier 2020, 56 pages
Le soldat augmenté : regards croisés sur l’augmentation des performances du soldat
CREC Saint-Cyr et la Fondation pour l’innovation politique,
décembre 2019, 128 pages
L’Europe face aux nationalismes économiques américain et chinois (3)
Défendre l’économie européenne par la politique commerciale
Emmanuel Combe, Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon,
novembre 2019, 76 pages
| l’innovation politique

L’Europe face aux nationalismes économiques américain et chinois (2)


Les pratiques anticoncurrentielles étrangères
Emmanuel Combe, Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon,
novembre 2019, 64 pages
L’Europe face aux nationalismes économiques américain et chinois (1)
Politique de concurrence et industrie européenne
Emmanuel Combe, Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon,
novembre 2019, 60 pages
fondapol

Les attentats islamistes dans le monde, 1979-2019


Fondation pour l’innovation politique, novembre 2019, 80 pages
Vers des prix personnalisés à l’heure du numérique ?
Emmanuel Combe, octobre 2019, 68 pages
2022 le risque populiste en France
Un indicateur de la protestation électorale
Dominique Reynié, octobre 2019, 44 pages
La cour européenne des droits de l’homme, protectrice critiquée des « libertés invisibles »
Jean-Luc Sauron, octobre 2019, 72 pages
1939, l’alliance soviéto-nazie : aux origines de la fracture européenne
Stéphane Courtois, septembre 2019, 76 pages
Saxe et Brandebourg. Percée de l’AfD aux élections régionales du 1er septembre 2019
Patrick Moreau, septembre 2019, 46 pages
Campements de migrants sans-abri :
comparaisons européennes et recommandations
Julien Damon, septembre 2019, 68 pages
Vox, la fin de l’exception espagnole
Astrid Barrio, août 2019, 56 pages
Élections européennes 2019. Le poids des électorats
comparé au poids électoral des groupes parlementaires
Raphaël Grelon et Guillemette Lano. Avec le concours de Victor Delage
et Dominique Reynié, juillet 2019, 22 pages
48
Allô maman bobo (2). L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement
Nelly Garnier, juillet 2019, 64 pages
Allô maman bobo (1). L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement
Nelly Garnier, juillet 2019, 68 pages
L’affaire Séralini. L’impasse d’une science militante
Marcel Kuntz, juin 2019, 60 pages
Démocraties sous tension
Sous la direction de Dominique Reynié, mai 2019,
volume I, Les enjeux, 156 pages ; volume II, Les pays, 120 pages
Enquête réalisée en partenariat avec l’International Republican Institute
La longue gouvernance de Poutine
Michel Eltchaninoff, mai 2019, 52 pages
Politique du handicap : pour une société inclusive
Sophie Cluzel, avril 2019, 44 pages
Ferroviaire : ouverture à la concurrence, une chance pour la SNCF
David Valence et François Bouchard, mars 2019, 64 pages
Un an de populisme italien
Alberto Toscano, mars 2019, 56 pages
Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste
Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay, février 2019, 72 pages
Une civilisation électrique (2). Vers le réenchantement
Alain Beltran et Patrice Carré, février 2019, 56 pages
Une civilisation électrique (1). Un siècle de transformations
Alain Beltran et Patrice Carré, février 2019, 56 pages
Prix de l’électricité : entre marché, régulation et subvention
Jacques Percebois, février 2019, 64 pages
Vers une société post-carbone
Patrice Geoffron, février 2019, 60 pages
Énergie-climat en Europe : pour une excellence écologique
Emmanuel Tuchscherer, février 2019, 48 pages
Innovation politique 2018 (tome 2)
Fondation pour l’innovation politique, janvier 2019, 544 pages
Innovation politique 2018 (tome 1)
Fondation pour l’innovation politique, janvier 2019, 472 pages
L’opinion européenne en 2018
Dominique Reynié (dir.), éditions Marie B/collection Lignes de Repères,
janvier 2019, 176 pages
La contestation animaliste radicale
Eddy Fougier, janvier 2019, 56 pages
Le numérique au secours de la santé
Serge Soudoplatoff, janvier 2019, 60 pages
Le nouveau pouvoir français et la coopération franco-japonaise
Fondation pour l’innovation politique, décembre 2018, 204 pages
Les apports du christianisme à l’unité de l’Europe
Jean-Dominique Durand, décembre 2018, 52 pages
La crise orthodoxe (2). Les convulsions, du XIXe siècle à nos jours
Jean-François Colosimo, décembre 2018, 52 pages
49
La crise orthodoxe (1). Les fondations, des origines au XIXe siècle
Jean-François Colosimo, décembre 2018, 52 pages
La France et les chrétiens d’Orient, dernière chance
Jean-François Colosimo, décembre 2018, 56 pages
Le christianisme et la modernité européenne (2).
Comprendre le retour de l’institution religieuse
Philippe Portier et Jean-Paul Willaime, décembre 2018, 52 pages
Le christianisme et la modernité européenne (1).
Récuser le déni
Philippe Portier et Jean-Paul Willaime, décembre 2018, 52 pages
Commerce illicite de cigarettes : les cas de Barbès-La Chapelle,
Saint-Denis et Aubervilliers-Quatre-Chemins
Mathieu Zagrodzki, Romain Maneveau et Arthur Persais, novembre 2018, 84 pages
L’avenir de l’hydroélectricité
Jean-Pierre Corniou, novembre 2018, 64 pages
Retraites : Leçons des réformes italiennes
Michel Martone, novembre 2018, 48 pages
Les géants du numérique (2) : un frein à l’innovation ?
Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon, novembre 2018, 84 pages
| l’innovation politique

Les géants du numérique (1) : magnats de la finance


Paul-Adrien Hyppolite et Antoine Michon, novembre 2018, 80 pages
L’intelligence artificielle en Chine : un état des lieux
Aifang Ma, novembre 2018, 60 pages
Alternative für Deutschland : établissement électoral
Patrick Moreau, octobre 2018, 72 pages
Les Français jugent leur système de retraite
fondapol

Fondation pour l’innovation politique, octobre 2018, 28 pages


Migrations : la France singulière
Didier Leschi, octobre 2018, 56 pages
La révision constitutionnelle de 2008 : un premier bilan
Hugues Hourdin, octobre 2018, 52 pages
Préface d’Édouard Balladur et de Jack Lang
Les Français face à la crise démocratique : Immigration, populisme, Trump, Europe…
AJC Europe et la Fondation pour l’innovation politique, septembre 2018, 72 pages
Les « Démocrates de Suède » : un vote anti-immigration
Johan Martinsson, septembre 2018, 64 pages
Les Suédois et l’immigration (2) : fin du consensus ?
Tino Sanandaji, septembre 2018, 56 pages
Les Suédois et l’immigration (1) : fin de l’homogénéité ?
Tino Sanandaji, septembre 2018, 56 pages
Éthiques de l’immigration
Jean-Philippe Vincent, juin 2018, 56 pages
Les addictions chez les jeunes (14-24 ans)
Fondation pour l’innovation politique, juin 2018, 56 pages
Enquête réalisée en partenariat avec la Fondation Gabriel Péri et le Fonds
Actions Addictions
Villes et voitures : pour une réconciliation
Jean Coldefy, juin 2018, 60 pages
50
France : combattre la pauvreté des enfants
Julien Damon, mai 2018, 48 pages
Que pèsent les syndicats ?
Dominique Andolfatto, avril 2018, 56 pages
L’élan de la francophonie : pour une ambition française (2)
Benjamin Boutin, mars 2018, 48 pages
L’élan de la francophonie : une communauté de langue et de destin (1)
Benjamin Boutin, mars 2018, 48 pages
L’Italie aux urnes
Sofia Ventura, février 2018, 44 pages
L’intelligence artificielle : l’expertise partout accessible à tous
Serge Soudoplatoff, février 2018, 60 pages
L’innovation à l’ère du bien commun
Benjamin Boscher, Xavier Pavie, février 2018, 64 pages
Libérer l’islam de l’islamisme
Mohamed Louizi, janvier 2018, 84 pages
Gouverner le religieux dans un état laïc
Thierry Rambaud, janvier 2018, 56 pages
Innovation politique 2017 (tome 2)
Fondation pour l’innovation politique, janvier 2018, 492 pages
Innovation politique 2017 (tome 1)
Fondation pour l’innovation politique, janvier 2018, 468 pages
Une « norme intelligente » au service de la réforme
Victor Fabre, Mathieu Kohmann, Mathieu Luinaud, décembre 2017, 44 pages
Autriche : virage à droite
Patrick Moreau, novembre 2017, 52 pages
Pour repenser le bac, réformons le lycée et l’apprentissage
Faÿçal Hafied, novembre 2017, 76 pages
Où va la démocratie ?
Sous la direction de Dominique Reynié, Plon, octobre 2017, 320 pages
Violence antisémite en Europe 2005-2015
Johannes Due Enstad, septembre 2017, 48 pages
Pour l’emploi : la subrogation du crédit d’impôt des services à la personne
Bruno Despujol, Olivier Peraldi et Dominique Reynié, septembre 2017, 52 pages
Marché du travail : pour la réforme !
Faÿçal Hafied, juillet 2017, 64 pages
Le fact-checking : une réponse à la crise de l’information et de la démocratie
Farid Gueham, juillet 2017, 68 pages
Notre-Dame- des-Landes : l’État, le droit et la démocratie empêchés
Bruno Hug de Larauze, mai 2017, 56 pages
France : les juifs vus par les musulmans. Entre stéréotypes et méconnaissances
Mehdi Ghouirgate, Iannis Roder et Dominique Schnapper, mai 2017, 44 pages
Dette publique : la mesurer, la réduire
Jean-Marc Daniel, avril 2017, 52 pages
Parfaire le paritarisme par l’indépendance financière
Julien Damon, avril 2017, 52 pages

51
Former, de plus en plus, de mieux en mieux. L’enjeu de la formation professionnelle
Olivier Faron, avril 2017, 48 pages
Les troubles du monde, l’islamisme et sa récupération populiste :
l’Europe démocratique menacée
Pierre-Adrien Hanania, AJC, Fondapol, mars 2017, 44 pages
Porno addiction : nouvel enjeu de société
David Reynié, mars 2017, 48 pages
Calais : miroir français de la crise migratoire européenne (2)
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, mars 2017, 72 pages
Calais : miroir français de la crise migratoire européenne (1)
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, mars 2017, 56 pages
L’actif épargne logement
Pierre-François Gouiffès, février 2017, 48 pages
Réformer : quel discours pour convaincre ?
Christophe de Voogd, février 2017, 52 pages
De l’assurance maladie à l’assurance santé
Patrick Negaret, février 2017, 48 pages
Hôpital : libérer l’innovation
Christophe Marques et Nicolas Bouzou, février 2017, 44 pages
| l’innovation politique

Le Front national face à l’obstacle du second tour


Jérôme Jaffré, février 2017, 48 pages
La République des entrepreneurs
Vincent Lorphelin, janvier 2017, 52 pages
Des startups d’État à l’État plateforme
Pierre Pezziardi et Henri Verdier, janvier 2017, 52 pages
Vers la souveraineté numérique
fondapol

Farid Gueham, janvier 2017, 44 pages


Repenser notre politique commerciale
Laurence Daziano, janvier 2017, 48 pages
Mesures de la pauvreté, mesures contre la pauvreté
Julien Damon, décembre 2016, 40 pages
L’ Autriche des populistes
Patrick Moreau, novembre 2016, 72 pages
L’Europe face aux défis du pétro-solaire
Albert Bressand, novembre 2016, 52 pages
Le Front national en campagnes. Les agriculteurs et le vote FN
Eddy Fougier et Jérôme Fourquet, octobre 2016, 52 pages
Innovation politique 2016
Fondation pour l’innovation politique, PUF, octobre 2016, 758 pages
Le nouveau monde de l’automobile (2) : les promesses de la mobilité électrique
Jean-Pierre Corniou, octobre 2016, 68 pages
Le nouveau monde de l’automobile (1) : l’impasse du moteur à explosion
Jean-Pierre Corniou, octobre 2016, 48 pages
L’opinion européenne en 2016
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, septembre 2016, 224 pages
L’individu contre l’étatisme. Actualité de la pensée libérale française (XXe siècle)
Jérôme Perrier, septembre 2016, 52 pages
52
L’individu contre l’étatisme. Actualité de la pensée libérale française (XIXe siècle)
Jérôme Perrier, septembre 2016, 52 pages
Refonder l’audiovisuel public.
Olivier Babeau, septembre 2016, 48 pages
La concurrence au défi du numérique
Charles-Antoine Schwerer, juillet 2016, 48 pages
Portrait des musulmans d’Europe : unité dans la diversité
Vincent Tournier, juin 2016, 68 pages
Portrait des musulmans de France : une communauté plurielle
Nadia Henni-Moulaï, juin 2016, 48 pages
La blockchain, ou la confiance distribuée
Yves Caseau et Serge Soudoplatoff, juin 2016, 48 pages
La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017)
Sylvain Boulouque, mai 2016, 56 pages
Gouverner pour réformer : éléments de méthode
Erwan Le Noan et Matthieu Montjotin, mai 2016, 64 pages
Les zadistes (2) : la tentation de la violence
Eddy Fougier, avril 2016, 44 pages
Les zadistes (1) : un nouvel anticapitalisme
Eddy Fougier, avril 2016, 44 pages
Régionales (2) : les partis, contestés mais pas concurrencés
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, mars 2016, 52 pages
Régionales (1) : vote FN et attentats
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, mars 2016, 60 pages
Un droit pour l’innovation et la croissance
Sophie Vermeille, Mathieu Kohmann et Mathieu Luinaud, février 2016, 52 pages
Le lobbying : outil démocratique
Anthony Escurat, février 2016, 44 pages
Valeurs d’islam
Dominique Reynié (dir.), préface par le cheikh Khaled Bentounès, PUF, 
janvier 2016, 432 pages
Chiites et sunnites : paix impossible ?
Mathieu Terrier, janvier 2016, 44 pages
Projet d’entreprise : renouveler le capitalisme
Daniel Hurstel, décembre 2015, 44 pages
Le mutualisme : répondre aux défis assurantiels
Arnaud Chneiweiss et Stéphane Tisserand, novembre 2015, 44 pages
L’opinion européenne en 2015
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, novembre 2015, 140 pages
La noopolitique : le pouvoir de la connaissance
Idriss J. Aberkane, novembre 2015, 52 pages
Innovation politique 2015
Fondation pour l’innovation politique, PUF, octobre 2015, 576 pages
Good COP21, Bad COP21 (2) : une réflexion à contre-courant
Albert Bressand, octobre 2015, 48 pages
Good COP21, Bad COP21 (1) : le Kant européen et le Machiavel chinois
Albert Bressand, octobre 2015, 48 pages
53
PME : nouveaux modes de financement
Mohamed Abdesslam et Benjamin Le Pendeven, octobre 2015, 44 pages
Vive l’automobilisme ! (2). Pourquoi il faut défendre la route
Mathieu Flonneau et Jean-Pierre Orfeuil, octobre 2015, 44 pages
Vive l’automobilisme ! (1). Les conditions d’une mobilité conviviale
Mathieu Flonneau et Jean-Pierre Orfeuil, octobre 2015, 40 pages
Crise de la conscience arabo-musulmane
Malik Bezouh, septembre 2015, 40 pages
Départementales de mars 2015 (3) : le second tour
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, août 2015, 56 pages
Départementales de mars 2015 (2) : le premier tour
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, août 2015, 56 pages
Départementales de mars 2015 (1) : le contexte
Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, août 2015, 44 pages
Enseignement supérieur : les limites de la « mastérisation »
Julien Gonzalez, juillet 2015, 44 pages
Politique économique : l’enjeu franco-allemand
Wolfgang Glomb et Henry d’Arcole, juin 2015, 36 pages
Les lois de la primaire. Celles d’hier, celles de demain.
| l’innovation politique

François Bazin, juin 2015, 48 pages


Économie de la connaissance
Idriss J. Aberkane, mai 2015, 48 pages
Lutter contre les vols et cambriolages : une approche économique
Emmanuel Combe et Sébastien Daziano, mai 2015, 56 pages
Unir pour agir : un programme pour la croissance
Alain Madelin, mai 2015, 52 pages
fondapol

Nouvelle entreprise et valeur humaine


Francis Mer, avril 2015, 32 pages
Les transports et le financement de la mobilité
Yves Crozet, avril 2015, 32 pages
Numérique et mobilité : impacts et synergies
Jean Coldefy, avril 2015, 36 pages
Islam et démocratie : face à la modernité
Mohamed Beddy Ebnou, mars 2015, 40 pages
Islam et démocratie : les fondements
Aḥmad Al-Raysuni, mars 2015, 40 pages
Les femmes et l’islam : une vision réformiste
Asma Lamrabet, mars 2015, 48 pages
Éducation et islam
Mustapha Cherif, mars 2015, 44 pages
Que nous disent les élections législatives partielles depuis 2012 ?
Dominique Reynié, février 2015, 4 pages
L’islam et les valeurs de la République
Saad Khiari, février 2015, 44 pages
Islam et contrat social
Philippe Moulinet, février 2015, 44 pages

54
Le soufisme : spiritualité et citoyenneté
Bariza Khiari, février 2015, 56 pages
L’humanisme et l’humanité en islam
Ahmed Bouyerdene, février 2015, 56 pages
Éradiquer l’hépatite C en France : quelles stratégies publiques ?
Nicolas Bouzou et Christophe Marques, janvier 2015, 40 pages
Coran, clés de lecture
Tareq Oubrou, janvier 2015, 44 pages
Le pluralisme religieux en islam, ou la conscience de l’altérité
Éric Geoffroy, janvier 2015, 40 pages
Mémoires à venir
Dominique Reynié, janvier 2015, enquête réalisée en partenariat avec la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 156 pages
La classe moyenne américaine en voie d’effritement
Julien Damon, décembre 2014, 40 pages
Pour une complémentaire éducation : l’école des classes moyennes
Erwan Le Noan et Dominique Reynié, novembre 2014, 56 pages
L’antisémitisme dans l’opinion publique française. Nouveaux éclairages
Dominique Reynié, novembre 2014, 48 pages
La politique de concurrence : un atout pour notre industrie
Emmanuel Combe, novembre 2014, 48 pages
Européennes 2014 (2) : poussée du FN, recul de l’UMP et vote breton
Jérôme Fourquet, octobre 2014, 52 pages
Européennes 2014 (1) : la gauche en miettes
Jérôme Fourquet, octobre 2014, 40 pages
Innovation politique 2014
Fondation pour l’innovation politique, PUF, octobre 2014, 554 pages
Énergie-climat : pour une politique efficace
Albert Bressand, septembre 2014, 56 pages
L’urbanisation du monde. Une chance pour la France
Laurence Daziano, juillet 2014, 44 pages
Que peut-on demander à la politique monétaire ?
Pascal Salin, mai 2014, 48 pages
Le changement, c’est tout le temps ! 1514 - 2014
Suzanne Baverez et Jean Sénié, mai 2014, 48 pages
Trop d’émigrés ? Regards sur ceux qui partent de France
Julien Gonzalez, mai 2014, 48 pages
L’opinion européenne en 2014
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, avril 2014, 284 pages
Taxer mieux, gagner plus
Robin Rivaton, avril 2014, 52 pages
L’État innovant (2) : diversifier la haute administration
Kevin Brookes et Benjamin Le Pendeven, mars 2014, 44 pages
L’État innovant (1) : renforcer les think tanks
Kevin Brookes et Benjamin Le Pendeven, mars 2014, 52 pages
Pour un new deal fiscal
Gianmarco Monsellato, mars 2014, 8 pages
55
Faire cesser la mendicité avec enfants
Julien Damon, mars 2014, 44 pages
Le low cost, une révolution économique et démocratique
Emmanuel Combe, février 2014, 52 pages
Un accès équitable aux thérapies contre le cancer
Nicolas Bouzou, février 2014, 52 pages
Réformer le statut des enseignants
Luc Chatel, janvier 2014, 8 pages
Un outil de finance sociale : les social impact bonds
Yan de Kerorguen, décembre 2013, 36 pages
Pour la croissance, la débureaucratisation par la confiance
Pierre Pezziardi, Serge Soudoplatoff et Xavier Quérat-Hément, 
novembre 2013, 48 pages
Les valeurs des Franciliens
Guénaëlle Gault, octobre 2013, 36 pages
Sortir d’une grève étudiante : le cas du Québec
Jean-Patrick Brady et Stéphane Paquin, octobre 2013, 40 pages
Un contrat de travail unique avec indemnités de départ intégrées
Charles Beigbeder, juillet 2013, 8 pages
| l’innovation politique

L’opinion européenne en 2013


Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, juillet 2013, 268 pages
La nouvelle vague des émergents : Bangladesh, Éthiopie, Nigeria, Indonésie,
Vietnam, Mexique
Laurence Daziano, juillet 2013, 40 pages
Transition énergétique européenne : bonnes intentions et mauvais calculs
Albert Bressand, juillet 2013, 44 pages
fondapol

La démobilité : travailler, vivre autrement


Julien Damon, juin 2013, 44 pages
Le Kapital. Pour rebâtir l’industrie
Christian Saint-Étienne et Robin Rivaton, avril 2013, 40 pages
Code éthique de la vie politique et des responsables publics en France
Les Arvernes, Fondation pour l’innovation politique, avril 2013, 12 pages
Les classes moyennes dans les pays émergents
Julien Damon, avril 2013, 38 pages
Innovation politique 2013
Fondation pour l’innovation politique, PUF, janvier 2013, 652 pages
Relancer notre industrie par les robots (2) : les stratégies
Robin Rivaton, décembre 2012, 40 pages
Relancer notre industrie par les robots (1) : les enjeux
Robin Rivaton, décembre 2012, 52 pages
La compétitivité passe aussi par la fiscalité
Aldo Cardoso, Michel Didier, Bertrand Jacquillat, Dominique Reynié
et Grégoire Sentilhes, décembre 2012, 20 pages
Une autre politique monétaire pour résoudre la crise
Nicolas Goetzmann, décembre 2012, 40 pages
La nouvelle politique fiscale rend-elle l’ISF inconstitutionnel ?
Aldo Cardoso, novembre 2012, 12 pages
56
Fiscalité : pourquoi et comment un pays sans riches est un pays pauvre…
Bertrand Jacquillat, octobre 2012, 40 pages
Youth and Sustainable Development
Fondapol/Nomadéis/United Nations, juin 2012, 80 pages
La philanthropie. Des entrepreneurs de solidarité
Francis Charhon, mai / juin 2012, 44 pages
Les chiffres de la pauvreté : le sens de la mesure
Julien Damon, mai 2012, 40 pages
Libérer le financement de l’économie
Robin Rivaton, avril 2012, 40 pages
L’épargne au service du logement social
Julie Merle, avril 2012, 40 pages
L’opinion européenne en 2012
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, mars 2012, 210 pages
Valeurs partagées
Dominique Reynié (dir.), PUF, mars 2012, 362 pages
Les droites en Europe
Dominique Reynié (dir.), PUF, février 2012, 552 pages
Innovation politique 2012
Fondation pour l’innovation politique, PUF, janvier 2012, 648 pages
L’école de la liberté : initiative, autonomie et responsabilité
Charles Feuillerade, janvier 2012, 36 pages
Politique énergétique française (2) : les stratégies
Rémy Prud’homme, janvier 2012, 40 pages
Politique énergétique française (1) : les enjeux
Rémy Prud’homme, janvier 2012, 48 pages
Révolution des valeurs et mondialisation
Luc Ferry, janvier 2012, 36 pages
Quel avenir pour la social-démocratie en Europe ?
Sir Stuart Bell, décembre 2011, 36 pages
La régulation professionnelle : des règles non étatiques pour mieux responsabiliser
Jean-Pierre Teyssier, décembre 2011, 36 pages
L’hospitalité : une éthique du soin
Emmanuel Hirsch, décembre 2011, 32 pages
12 idées pour 2012
Fondation pour l’innovation politique, décembre 2011, 110 pages
Les classes moyennes et le logement
Julien Damon, décembre 2011, 40 pages
Réformer la santé : trois propositions
Nicolas Bouzou, novembre 2011, 32 pages
Le nouveau Parlement : la révision du 23 juillet 2008
Jean-Félix de Bujadoux, novembre 2011, 40 pages
La responsabilité
Alain-Gérard Slama, novembre 2011, 32 pages
Le vote des classes moyennes
Élisabeth Dupoirier, novembre 2011, 40 pages

57
La compétitivité par la qualité
Emmanuel Combe et Jean-Louis Mucchielli, octobre 2011, 32 pages
Les classes moyennes et le crédit
Nicolas Pécourt, octobre 2011, 32 pages
Portrait des classes moyennes
Laure Bonneval, Jérôme Fourquet et Fabienne Gomant, octobre 2011, 36 pages
Morale, éthique, déontologie
Michel Maffesoli, octobre 2011, 40 pages
Sortir du communisme, changer d’époque
Stéphane Courtois (dir.), PUF, octobre 2011, 672 pages
L’énergie nucléaire après Fukushima : incident mineur ou nouvelle donne ?
Malcolm Grimston, septembre 2011, 16 pages
La jeunesse du monde
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, septembre 2011, 132 pages
Pouvoir d’achat : une politique
Emmanuel Combe, septembre 2011, 52 pages
La liberté religieuse
Henri Madelin, septembre 2011, 36 pages
Réduire notre dette publique
| l’innovation politique

Jean-Marc Daniel, septembre 2011, 40 pages


Écologie et libéralisme
Corine Pelluchon, août 2011, 40 pages
Valoriser les monuments historiques : de nouvelles stratégies
Wladimir Mitrofanoff et Christiane Schmuckle-Mollard, juillet 2011, 28 pages
Contester les technosciences : leurs raisons
Eddy Fougier, juillet 2011, 40 pages
fondapol

Contester les technosciences : leurs réseaux


Sylvain Boulouque, juillet 2011, 36 pages
La fraternité
Paul Thibaud, juin 2011, 36 pages
La transformation numérique au service de la croissance
Jean-Pierre Corniou, juin 2011, 52 pages
L’engagement
Dominique Schnapper, juin 2011, 32 pages
Liberté, Égalité, Fraternité
André Glucksmann, mai 2011, 36 pages
Quelle industrie pour la défense française ?
Guillaume Lagane, mai 2011, 26 pages
La religion dans les affaires : la responsabilité sociale de l’entreprise
Aurélien Acquier, Jean-Pascal Gond et Jacques Igalens, mai 2011, 44 pages
La religion dans les affaires : la finance islamique
Lila Guermas-Sayegh, mai 2011, 36 pages
Où en est la droite ? L’Allemagne
Patrick Moreau, avril 2011, 56 pages
Où en est la droite ? La Slovaquie
Étienne Boisserie, avril 2011, 40 pages

58
Qui détient la dette publique ?
Guillaume Leroy, avril 2011, 36 pages
Le principe de précaution dans le monde
Nicolas de Sadeleer, mars 2011, 36 pages
Comprendre le Tea Party
Henri Hude, mars 2011, 40 pages
Où en est la droite ? Les Pays-Bas
Niek Pas, mars 2011, 36 pages
Productivité agricole et qualité des eaux
Gérard Morice, mars 2011, 44 pages
L’Eau : du volume à la valeur
Jean-Louis Chaussade, mars 2011, 32 pages
Eau : comment traiter les micropolluants ?
Philippe Hartemann, mars 2011, 38 pages
Eau : défis mondiaux, perspectives françaises
Gérard Payen, mars 2011, 62 pages
L’irrigation pour une agriculture durable
Jean-Paul Renoux, mars 2011, 42 pages
Gestion de l’eau : vers de nouveaux modèles
Antoine Frérot, mars 2011, 32 pages
Où en est la droite ? L’Autriche
Patrick Moreau, février 2011, 42 pages
La participation au service de l’emploi et du pouvoir d’achat
Jacques Perche et Antoine Pertinax, février 2011, 32 pages
Le tandem franco-allemand face à la crise de l’euro
Wolfgang Glomb, février 2011, 38 pages
2011, la jeunesse du monde
Dominique Reynié (dir.), janvier 2011, 88 pages
L’opinion européenne en 2011
Dominique Reynié (dir.), Édition Lignes de Repères, janvier 2011, 254 pages
Administration 2.0
Thierry Weibel, janvier 2011, 48 pages
Où en est la droite ? La Bulgarie
Antony Todorov, décembre 2010, 32 pages
Le retour du tirage au sort en politique
Gil Delannoi, décembre 2010, 38 pages
La compétence morale du peuple
Raymond Boudon, novembre 2010, 30 pages
L’Académie au pays du capital
Bernard Belloc et Pierre-François Mourier, PUF, novembre 2010, 222 pages
Pour une nouvelle politique agricole commune
Bernard Bachelier, novembre 2010, 30 pages
Sécurité alimentaire : un enjeu global
Bernard Bachelier, novembre 2010, 30 pages
Les vertus cachées du low cost aérien
Emmanuel Combe, novembre 2010, 40 pages
Innovation politique 2011
Fondation pour l’innovation politique, PUF, novembre 2010, 676 pages 59
Défense : surmonter l’impasse budgétaire
Guillaume Lagane, octobre 2010, 34 pages
Où en est la droite ? L’Espagne
Joan Marcet, octobre 2010, 34 pages
Les vertus de la concurrence
David Sraer, septembre 2010, 44 pages
Internet, politique et coproduction citoyenne
Robin Berjon, septembre 2010, 32 pages
Où en est la droite ? La Pologne
Dominika Tomaszewska-Mortimer, août 2010, 42 pages
Où en est la droite ? La Suède et le Danemark
Jacob Christensen, juillet 2010, 44 pages
Quel policier dans notre société ?
Mathieu Zagrodzki, juillet 2010, 28 pages
Où en est la droite ? L’Italie
Sofia Ventura, juillet 2010, 36 pages
Crise bancaire, dette publique : une vue allemande
Wolfgang Glomb, juillet 2010, 28 pages
Dette publique, inquiétude publique
| l’innovation politique

Jérôme Fourquet, juin 2010, 32 pages


Une régulation bancaire pour une croissance durable
Nathalie Janson, juin 2010, 36 pages
Quatre propositions pour rénover notre modèle agricole
Pascal Perri, mai 2010, 32 pages
Régionales 2010 : que sont les électeurs devenus ?
Pascal Perrineau, mai 2010, 56 pages
fondapol

L’opinion européenne en 2010


Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, mai 2010, 245 pages
Pays-Bas : la tentation populiste
Christophe de Voogd, mai 2010, 43 pages
Quatre idées pour renforcer le pouvoir d’achat
Pascal Perri, avril 2010, 30 pages
Où en est la droite ? La Grande-Bretagne
David Hanley, avril 2010, 34 pages
Renforcer le rôle économique des régions
Nicolas Bouzou, mars 2010, 30 pages
Réduire la dette grâce à la Constitution
Jacques Delpla, février 2010, 54 pages
Stratégie pour une réduction de la dette publique française
Nicolas Bouzou, février 2010, 30 pages
Iran : une révolution civile ?
Nader Vahabi, novembre 2009, 19 pages
Où va la politique de l’église catholique ? D’une querelle du libéralisme à l’autre
Émile Perreau-Saussine, octobre 2009, 26 pages
Agir pour la croissance verte
Valéry Morron et Déborah Sanchez, octobre 2009, 11 pages

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L’économie allemande à la veille des législatives de 2009
Nicolas Bouzou et Jérôme Duval-Hamel, septembre 2009, 10 pages
Élections européennes 2009 : analyse des résultats en Europe et en France
Corinne Deloy, Dominique Reynié et Pascal Perrineau, septembre 2009,
32 pages
Retour sur l’alliance soviéto-nazie, 70 ans après
Stéphane Courtois, juillet 2009, 16 pages
L’État administratif et le libéralisme. Une histoire française
Lucien Jaume, juin 2009, 12 pages
La politique européenne de développement :
une réponse à la crise de la mondialisation ?
Jean-Michel Debrat, juin 2009, 12 pages
La protestation contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs :
défense du statut, illustration du statu quo.
Suivi d’une discussion entre l’auteur et Bruno Bensasson
David Bonneau, mai 2009, 20 pages
La lutte contre les discriminations liées à l’âge en matière d’emploi
Élise Muir (dir.), mai 2009, 64 pages
Quatre propositions pour que l’Europe ne tombe pas dans le protectionnisme
Nicolas Bouzou, mars 2009, 12 pages
Après le 29 janvier : la fonction publique contre la société civile ?
Une question de justice sociale et un problème démocratique
Dominique Reynié, mars 2009, 22 pages
La réforme de l’enseignement supérieur en Australie
Zoe McKenzie, mars 2009, 74 pages
Les réformes face au conflit social
Dominique Reynié, janvier 2009, 14 pages
L’opinion européenne en 2009
Dominique Reynié (dir.), Éditions Lignes de Repères, mars 2009, 237 pages
Travailler le dimanche : qu’en pensent ceux qui travaillent le dimanche ?
Sondage, analyse, éléments pour le débat
Dominique Reynié, janvier 2009, 18 pages
Stratégie européenne pour la croissance verte
Elvire Fabry et Damien Tresallet (dir.), novembre 2008, 124 pages
Défense, immigration, énergie : regards croisés franco-allemands
sur trois priorités de la présidence française de l’UE
Elvire Fabry, octobre 2008, 35 pages

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POUR L’INNOVATION POLITIQUE !

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publique, la Fondation pour l’innovation politique, institution de la
société civile, a besoin du soutien des entreprises et des particuliers. Ils
sont invités à participer chaque année à la convention générale qui définit
ses orientations. La Fondation pour l’innovation politique les convie
régulièrement à rencontrer ses équipes et ses conseillers, à discuter en
avant-première de ses travaux, à participer à ses manifestations.

Reconnue d’utilité publique par décret en date du 14 avril 2004, la Fondation


pour l’innovation politique peut recevoir des dons et des legs des particuliers
et des entreprises.

Vous êtes une entreprise, un organisme, une association


Avantage fiscal : votre entreprise bénéficie d’une réduction d’impôt de 60 %
à imputer directement sur l’IS (ou le cas échéant sur l’IR), dans la limite de
5 ‰ du chiffre d’affaires HT (report possible durant 5 ans) (art. 238 bis du
CGI).

Dans le cas d’un don de 20 000 €, vous pourrez déduire 12 000 € d’impôt,
votre contribution aura réellement coûté 8 000 € à votre entreprise.

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de 66 % de vos versements, dans la limite de 20 % du revenu imposable
(report possible durant 5 ans) ; au titre de l’IFI, vous bénéficiez d’une
réduction d’impôt de 75 % de vos dons versés, dans la limite de 50 000 €.

Dans le cas d’un don de 1 000 €, vous pourrez déduire 660 € de votre
IR ou 750 € de votre IFI. Pour un don de 5 000 €, vous pourrez déduire
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contact : Anne Flambert +33 (0)1 47 53 67 09 anne.flambert@fondapol.org

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COVID-19 : LA RÉPONSE DES PLATEFORMES EN LIGNE
FACE À L’ULTRADROITE
Par Maygane JANIN et Flora DEVERELL

Les terroristes et les extrémistes sont avant tout des manipulateurs qui
cherchent à exploiter les facteurs de stress présents dans nos sociétés.
La pandémie de Covid-19, les mesures de confinement qui en ont découlé ainsi
que la propagation de la mésinformation et de la désinformation en ligne qui
y sont liées sont donc des conditions idéales à exploiter pour certains acteurs
malveillants. Les partisans de l’ultradroite, en particulier, ont rapidement
saisi l’occasion offerte par la crise du Covid-19 pour ancrer leurs idées dans
le débat public et recruter de nouveaux membres. Bien qu’elle se manifeste
principalement en ligne, cette exploitation ne s’est pas limitée à la sphère
virtuelle et s’est matérialisée dans des événements réels, par exemple lorsque
des extrémistes violents se sont mêlés aux protestations contre le confinement
et les restrictions sanitaires et que des plans d’attaques terroristes ont été
contrecarrés. Alors que le secteur technologique a rapidement réagi à la vague
de désinformation, les changements rapidement apportés aux politiques de
modération des contenus en ligne ont déjà des conséquences importantes pour
l’avenir de la modération de contenus et de la liberté d’expression en ligne.
En effet, le secteur technologique mondial, notamment les réseaux sociaux
et les plateformes d’hébergement de contenus, a réagi particulièrement
rapidement à la propagation des théories de désinformation et de conspiration
liées au Covid-19. Dans cette note, Tech Against Terrorism analyse comment
les partisans de l’ultradroite ont exploité l’instabilité causée par la pandémie de
Covid-19, et ce que la réponse du secteur technologique signifie pour la liberté
d’expression en ligne et la responsabilité des plateformes.

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