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Revue de chirurgie orthopédique et traumatologique (2010) 96, 64—70

MÉMOIRE ORIGINAL

Lésions traumatiques du nerf fibulaire commun dans


les lésions bicroisées ou luxations du genou夽
Common peroneal nerve palsy complicating knee dislocation and
bicruciate ligaments tears

P. Bonnevialle a,∗, F. Dubrana b, B. Galau c, S. Lustig d, O. Barbier e, P. Neyret d,


P. Rosset f, D. Saragaglia g , la Société française de chirurgie orthopédique et
traumatologiqueh

a
Unité de traumatologie-orthopédie de Purpan, institut de l’appareil locomoteur, CHU de Toulouse, Blace Baylac,
Toulouse 31052 cedex, France
b
Service d’orthopédie, CHU Cavale Blanche, Brest 29200, France
c
Département d’orthopédie-traumatologie, CHU de Caen, Côte-de-Nacre, 14033 Caen cedex, France
d
Centre Albert-Trillat, groupement hospitalier Nord, 8, rue de Margnolles, 69904 Lyon, France
e
Service de chirurgie orthopédique et traumatologique, hôpital d’instruction des armées Bégin,
69, avenue de Paris, 94160 Saint Mandé, France
f
Service de chirurgie orthopédique 2, CHU Trousseau, 37044 Tours cedex, France
g
Service de chirurgie orthopédique et de traumatologie du sport, hôpital Sud, CHU de Grenoble, 38130 Echirolles, France
h
Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique, 56, rue Boissonade, 75014 Paris, France

Acceptation définitive le : 13 novembre 2009

MOTS CLÉS Résumé


Paralysie du nerf Introduction. — La fréquence des paralysies du nerf fibulaire commun (NFC) contemporaines
fibulaire commun ; d’une luxation ou d’une rupture bicroisée varie entre 10 et 40 %. Le but principal de cette
Luxation traumatique étude était de préciser les lésions anatomiques rencontrées, leur pronostic et de proposer
du genou ; une attitude thérapeutique à partir d’une série prospective observationnelle multicentrique de
Entorse bicroisée traumatismes ligamentaires du genou.
Matériel et méthode. — Parmi les 67 genoux pris en charge pour une luxation ou une lésion
bicroisée, 12 étaient associées à une paralysie du NFC survenant chez deux femmes et dix
hommes de 32 ans de moyenne d’âge. Quatre traumatismes sportifs, trois accidents de la voie

DOI de l’article original : 10.1016/j.otsr.2009.12.001.



Ne pas utiliser, pour citation, la référence française de cet article, mais celle de l’article original paru dans
Orthopaedics &Traumatology: Surgery & Research, en utilisant le DOI ci-dessus.
∗ Auteur correspondant.

Adresse e-mail : bonnevialle.p@chu-toulouse.fr (P. Bonnevialle).

1877-0517/$ – see front matter © 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/j.rcot.2009.12.004
Lésions du nerf fibulaire commun dans les luxations et entorses bi croisées du genou 65

publique et cinq mécanismes divers étaient responsables de sept luxations complètes et cinq
entorses bicroisées. Quatre étaient associées à une ischémie par rupture artérielle poplitée
et une luxation était ouverte. La paralysie était complète huit fois et partielle quatre fois ;
deux ruptures complètes, trois contusions avec élongation tronculaire et trois troncs nerveux
d’aspect macroscopique normal ont été découverts.
Résultats. — Au recul minimum d’un an, quel que soit le geste réalisé sur le nerf, la récupération
a été complète dans six cas, partielle au plan moteur une fois et nulle dans cinq cas. En l’absence
de geste spécifique sur le nerf, la paralysie a évolué vers une récupération partielle dans un
cas, totale dans deux cas et nulle dans un cas. Après cinq simples explorations en urgence
ou secondaires, quatre nerfs ont totalement récupéré et un nerf est resté paralysé. Les trois
greffes n’ont abouti à aucune récupération.
Discussion. — Cette série est en conformité avec les données de la littérature. La fréquence des
paralysies varie en fonction des circonstances lésionnelles et du recrutement de l’équipe chirur-
gicale. Il existe un parallélisme entre l’atteinte neurologique et les lésions ligamentaires. L’état
anatomique du NFC soumis à une violente traction lors de la luxation est le facteur pronostique
le plus important de récupération neurologique. Une rupture tronculaire ou une élongation avec
contusion sur plusieurs centimètres d’un aussi mauvais pronostic sont constatées dans environ
un quart des cas. La libération du NFC est recommandée si la récupération clinique et élec-
tromyographique précoce ne progresse pas et/ou lors de toute réparation ligamentaire du plan
latéral. L’intégration d’une éventuelle participation neurologique dans le résultat fonctionnel
global du traitement des entorses graves et des luxations du genou est nécessaire.
Type d’étude. — Prospective. Niveau IV.
© 2010 Publié par Elsevier Masson SAS.

Lors des luxations traumatiques du genou ou des entorses football, un au rugby et un au judo), trois accidents de la
bicroisées à déplacement initial important, la branche fibu- voie publique (deux en deux roues et un en quatre roues) et
laire du nerf sciatique se trouve soumise à une traction très cinq divers (une chute, deux accidents agricoles, un écra-
importante du fait de sa relative fixité liée à son trajet sement). Ces 12 paralysies se sont produites sept fois au
autour de la tête de la fibula [1—3]. La fréquence des para- cours d’une luxation complète du genou (une antérieure,
lysies du nerf fibulaire commun (NFC) contemporaines du une antéromédiale, une médiale, quatre postéromédiales)
traumatisme ligamentaire varie entre 10 et 40 % (Tableau 1). et cinq fois dans le cadre d’une entorse bicroisée. Ces cinq
Le pronostic est sévère d’autant que la paralysie est souvent traumatismes correspondaient tous à des luxations ayant
associée à une rupture de l’axe vasculaire poplité [4—8]. fait l’objet d’une manœuvre de réduction immédiate sur
Peu d’auteurs se sont penchés sur le pronostic neurologique, les lieux mêmes du traumatisme par les sauveteurs. Chez un
spontané ou après geste chirurgical, étroitement lié aux patient, la luxation du genou était ouverte ; dans quatre cas,
lésions anatomiques tronculaires [9—12]. la paralysie du NFC était associée à une ischémie par rupture
Le but principal de ce travail était de préciser les lésions de l’axe poplité. Cinq patients présentaient des lésions trau-
anatomiques rencontrées et le pronostic de récupération des matiques périphériques controlatérales du membre pelvien
paralysies du NFC dans le cadre des luxations et entorses (deux lésions coxofémorales, un cas d’entorse bicroisée, une
bicroisées. Au-delà, l’objectif était d’évaluer le retentisse- fracture diaphysaire) ou homolatérales (une fracture bimal-
ment à moyen terme sur le résultat fonctionnel global et de léolaire et une fracture unicondylienne latérale fémorale).
proposer une attitude thérapeutique intégrée dans la prise La paralysie du NFC était constamment isolée sans par-
en charge du traumatisme ligamentaire. ticipation du contingent sciatique postérieur dans tous les
cas ; elle était complète tant au plan moteur que sensitif
dans huit cas et partielle dans les quatre autres, unique-
Matériels et méthodes ment marquée par des troubles moteurs parétiques avec
conservation de la sensibilité. En raison d’un geste immédiat
Soixante-six patients (67 genoux) pris en charge pour une de réparation vasculaire ou d’un abord ligamentaire secon-
luxation ou une lésion bicroisée du genou, entre janvier daire précoce, l’état anatomique du tronc nerveux était
2007 et janvier 2008, dans les 12 centres participants au connu huit fois ; deux ruptures complètes, trois contusions
symposium Sofcot 2008, ont été inclus prospectivement. avec élongation tronculaires et trois troncs nerveux d’aspect
La série entière se composait de 51 luxations fémoroti- macroscopique normal ont été découverts. Il n’y a eu aucune
biales et 16 ruptures des deux ligaments croisés : parmi réparation nerveuse dans le cadre de l’urgence.
ces lésions, 12 étaient accompagnées d’une atteinte neu- Au sein de ce collectif multicentrique, il n’y avait pas
rologique concomitante intéressant le NFC. Ces atteintes d’attitude thérapeutique prospective vis-à-vis de l’atteinte
neurologiques sont survenues chez deux femmes et dix neurologique. Les critères de révision ont porté sur
hommes de 32 ans de moyenne d’âge (extrêmes 21 et la sémiologie clinique et radiographique habituelle des
53 ans). L’énergie traumatisante a été jugée basse dans cinq traumatismes ligamentaires du genou. La récupération
cas et haute dans sept cas. Les circonstances de survenue neurologique a été jugée au niveau des quatre groupes mus-
étaient variables : quatre traumatismes sportifs (deux au culaires dépendant du NFC : tibial antérieur, long extenseur
66 P. Bonnevialle et al.

Tableau 1 Fréquence des paralysies du nerf fibulaire commun après luxation du genou ou lésions bicroisées dans la littérature
récente et rapport avec une rupture de l’artère poplitée et une ouverture articulaire.

Nombre de luxations Paralysies NFC (%) Ischémie Ouverture

Honton et al. [13] 11 1 (9) 5 ?


Wright et al. [7] 19 9 (47) 5 19
Wascher et al. [14] 47 16 (22) 11 8
Yeh et al. [8] 23 2 (8) 3 0
Richter et al. [15] 89 15 (17) 8 5
Twaddle et al. [16] 63 9 (14) 9 0
Rios et al. [17] 28 6 (23) 2 2
Liow et al. [18] 22 1 1
Dubrana [10] 91 36 (39) 25 13
Harner et al. [19] 33 4 (12) Exclu
Wong et al. [20] 29 1 1 0
Niall et al. [12] 55 14 (25) 1 0
Bonnevialle et al. [4] 37 23 (62) 14 7
Plancher et Siliski [21] 50 18 (36) 12 14
Série symposium 67 12 (18) 8 6

des orteils, long extenseur de l’hallux et long et court fibu- en urgence respectivement au quatrième et sixième mois ;
laires. La récupération sensitive a été jugée au niveau de un troisième cas de greffe a été jugée nécessaire devant
la première commissure dorsale. Par ailleurs, les patients une élongation du tronc du NFC sur plusieurs centimètres
ont répondu à un interrogatoire portant sur des fonctions et faite au 25e jour. Aucune récupération n’a été constatée
motrices globales intégrant obligatoirement l’état neurolo- après greffe ; un patient a bénéficié d’un transfert tendi-
gique (étude de la marche et de la montée des escaliers, neux du muscle tibial postérieur pour réanimer la flexion
possibilités d’activités physiques intenses). dorsale tibiotalienne ; les deux autres utilisent une attelle
de rappel élastique.

Résultats
Discussion
Le résultat est connu pour l’ensemble des 12 patients
ayant présenté une paralysie du NFC par un examen avec Ce collectif multicentrique a réuni 12 patients présentant
un recul minimum d’un an ; un patient ayant quitté sa une paralysie du NFC dans le cadre d’une lésion bicroisée
région d’origine a été uniquement contacté par téléphone ou d’une luxation du genou au cours d’une année ; il appa-
(Tableau 2). Globalement, et quel que soit le geste effec- raît quantitativement modeste par rapport à des études
tué sur le nerf, la récupération a été complète dans six plus étalées dans le temps et/ou focalisées sur cette seule
cas marquée par une force identique au côté opposé et lésion neurologique post-traumatique et rassemblant plu-
une sensibilité normale au niveau de la première commis- sieurs dizaines de cas [22—26]. Les limites de cette étude
sure dorsale. Dans cinq cas, la paralysie n’a pas récupéré : sont multiples : l’aspect macroscopique du nerf paralysé
il s’agissait initialement de quatre atteintes sensitivomo- n’est connu que huit fois, ce qui ne permet pas d’établir un
trices totales et d’une atteinte partielle. Un dernier patient pronostic de récupération spontanée en fonction du trau-
a présenté une récupération partielle, gardant une parésie matisme tronculaire constaté en peropératoire. Pour cette
des muscles de la loge antérolatérale cotés 3/5. En fonc- lésion concomitante, le recueil prospectif était observa-
tion du geste réalisé sur le tronc du NFC, deux groupes tionnel : aucune attitude vis-à-vis de la lésion neurologique
de patients ont été individualisés. Quatre patients n’ont n’était recommandée. Dans l’établissement du résultat cli-
fait l’objet d’aucun geste neurologique, et la paralysie a nique global du traumatisme ligamentaire du genou, la
ainsi évolué spontanément vers une récupération partielle lésion neurologique fibulaire était analysée séparément.
dans un cas, totale dans deux cas et aucune dans un cas. La paralysie du NFC est le reflet de la direction et de
Parmi les huit autres patients, cinq ont fait l’objet d’une l’importance du déplacement initial entraînant les diverses
simple exploration en urgence ou secondaire en fonction de ruptures ligamentaires, le tout dépendant de l’énergie
l’évolution spontanée de la paralysie : la récupération a été traumatique : la lésion neurologique — comme l’atteinte
totale quatre fois et nulle une fois. Les quatre cas de récu- vasculaire poplitée — rentre dans le cadre du traumatisme
pération totale correspondaient à trois aspects normaux et régional que subit le genou. La fréquence des paralysies du
une contusion du NFC ; initialement deux de ces paralysies NFC varie dans la littérature en fonction des circonstances
étaient complètes et deux partielles. L’absence de récupé- lésionnelles et du recrutement de l’équipe chirurgicale
ration a été constatée chez un patient dont la paralysie était prenant en charge ce traumatisme (Tableau 1). Tous les
au départ complète ; le nerf présentait lors de l’exploration auteurs s’accordent pour souligner le parallélisme entre
initiale une simple contusion. Deux greffes interfascicu- l’atteinte neurologique et les lésions ligamentaires : plus
laires ont été réalisées pour les deux ruptures constatées les ruptures ligamentaires sont étendues et graves, plus
Lésions du nerf fibulaire commun dans les luxations et entorses bi croisées du genou 67

fréquente et profonde est la paralysie concomitante du

Totale
H/36
NFC. Ce même parallélisme est retrouvé entre ouverture

Lux
cutanée, rupture vasculaire et paralysie [7,8,13,14,16].

C
Les traumatismes agricoles ou en deux roues sont les
plus pourvoyeurs de paralysie dans un contexte de poly-
Récapitulatif des 12 patients avec paralysie du NFC complète (C) ou incomplète (IC) constatée après luxation du genou (Lux) ou entorse bicroisée (Bi).

Normal

Totale
traumatisme ou de lésions associées au même membre
H/25

Lux
Oui
ou au membre opposé. Ce collectif de 12 paralysies sur

C
67 luxations et entorses bicroisées — soit une fréquence
de 18 % — s’inscrit dans ces données épidémiologiques ; il

Normal

Totale
correspond au recrutement diversifié de centres hospitaliers
H/36

Lux

Ic à vocation régionale. Pour l’ensemble de ce collectif, les


neuf ruptures de l’axe artériel poplité constatées étaient
associées quatre fois à une paralysie du NFC, soit 44 % alors
Élongation

que la fréquence des paralysies est de 14 % dans les genoux


Aucune traumatisés avec axe vasculaire intact. Ainsi, le contexte
Greffe
H/21

de survenue doit-il alerter l’équipe chirurgicale dans la


Lux
Oui
C

recherche clinique de la paralysie sciatique fibulaire qui


pourrait échapper au diagnostic chez un patient inconscient
et/ou polyfracturé lorsque des lésions osseuses masquent
Normal

Totale
H/21

la sémiologie neurologique du traumatisme du genou ?


Lux

Les paralysies isolées du NFC ont une sémiologie sen-


Ic

sitivomotrice caricaturale permettant un diagnostic aisé


sur des signes objectifs pathognomoniques alors que le
Rupture

Aucune
Greffe

traumatisé conscient mais très algique, n’en pas eu, sou-


H/22

vent, la complète perception. Seule la présence d’une


Bi

fracture diaphysaire fémorale et/ou d’une lésion coxofémo-


rale homolatérale, voire d’une rupture de l’anneau pelvien,
Rupture

pourrait égarer le diagnostic quant au niveau anatomique de


Aucune
Greffe
H/42

l’atteinte neurologique. En effet, même en cas de trauma-


Bi

tisme direct tronculaire sciatique, le contingent fasciculaire


C

fibulaire commun peut apparaître atteint cliniquement de


manière isolée. La présence de symptômes neurologiques
Contus

Totale
H/29

dans le territoire du nerf tibial oriente vers une lésion


Lux

sus-jacente au genou. En cas d’ischémie par rupture de


C

l’artère poplitée, les symptômes cliniques comportent après


quelques heures d’évolution une composante neurologique
Aucune
Contus

aboutissant à une paralysie sensitivomotrice complète. Il


H/41

Oui

n’est plus alors possible de discerner « derrière » la symp-


Bi

tomatologie vasculaire, une éventuelle paralysie du NFC


[4,8,11]. De même, la survenue d’un syndrome de loge
Partielle

nécessitant la réalisation d’incisions d’aponévrotomie ou les


séquelles musculaires de l’ischémie sont autant de circons-
F/29

Bi

tances rendant l’évaluation neurologique difficile. Seul un


C

examen clinique précoce, dès les premières heures, per-


met de résoudre cette problématique diagnostique. Dans
Totale
H/53

cette série, un seul patient présentait une luxation du genou


Bi

Ic

associée à une fracture unicondylienne latérale déplacée :


lors de l’ostéosynthèse à foyer ouvert, le NFC est apparu
en continuité, et il n’a pas été possible de déterminer le
Aucune

facteur anatomique responsable de la paralysie. Chez les


F/37

Lux
Oui

quatre patients en ischémie par rupture de l’artère poplitée


Ic

moyenne, la paralysie du NFC était isolée, sans atteinte du


territoire sciatique postérieur, ce qui démontre le caractère
Récupération spontanée

indépendant de la lésion neurologique vis-à-vis de l’atteinte


Atteinte neurologique

Récupération postop.

vasculaire.
L’état anatomique du NFC soumis à la violente traction
Geste secondaire
Aspect lésionnel

lors de la luxation est le facteur pronostique le plus impor-


Lésion genou

tant de récupération neurologique spontanée. Il n’est pas


Tableau 2

Ischémie

toujours précisé dans la littérature, souvent par absence


Patient

d’exploration opératoire ou d’imagerie du tronc du NFC.


Celui-ci est abordé précocement et de manière systéma-
tique par certains [11,12], ou seulement lors de la réparation
68 P. Bonnevialle et al.

Tableau 3 Revue des principales séries de la littérature gueur se retrouve dans le pronostic de repousse après greffe
détaillant l’aspect macroscopique du tronc du NFC paralysé interfasciculaire [22—26]. Avec seulement huit lésions ana-
dans le cadre d’une luxation du genou. tomiques connues sur 12 nerfs paralysés, ce collectif ne
peut fournir de données chiffrées : il ne fait que conforter
Nombre de NFC explorés Rupture les données de la littérature. Le site lésionnel neurolo-
paralysies/ complète gique se situe au niveau du contournement de la tête
luxations fibulaire ; mais la proximité de la division du nerf pourrait
aussi rendre compte d’arrachement des branches terminales
Wright et al. 9/19
lors de leur pénétration musculaire [12]. En urgence, le
[7]
risque de se trouver en présence d’une lésion irréversible
Wascher et al. 16/47 7 2
du NFC n’est pas clairement connu. La résonance magné-
[14]
tique nucléaire n’est pas contributive au diagnostic lésionnel
Richter et al. 15/89 15 12
de la lésion neurologique alors qu’elle fournit de pré-
[15]
cieux renseignements sur l’état anatomique des structures
Rosset et al. 36/91 8 3
capsuloligamentaires [27—29]. L’attitude d’exploration sys-
[32]
tématique devant l’absence de récupération électrique
Harner et al. 4/33 3 1
et/ou clinique après les trois premiers mois et dans le but
[19]
d’évaluer l’aspect anatomique du NFC, pourrait être remise
Niall et al. [12] 14/55 14 4
en cause face à la simplicité et la fiabilité de l’échographie :
Bonnevialle et 23/37 11 1
dans des mains expertes, cette exploration aisément mul-
al. [4]
tipliée au décours de la surveillance du traumatisé évalue
58 23 = 40 %
correctement la lésion neurologique [30,31].
Le pronostic fonctionnel du membre après luxation ou
entorse bicroisée dépend de la cicatrisation ligamentaire
ligamentaire latérale [27]. L’aspect anatomique du NFC mais aussi de la récupération neurologique lorsque le NFC
traumatisé est en général connu lorsque la paralysie survient est le siège d’une paralysie totale se traduisant essentiel-
dans le cadre d’une luxation ouverte et/ou d’une rupture lement par un steppage et une instabilité de l’articulation
vasculaire, car ces circonstances imposent une exploration tibiotalienne. En effet, les séquelles déficitaires neurolo-
chirurgicale. Une rupture tronculaire est constatée dans giques retentissent obligatoirement sur la fonction globale
environ un quart des cas : elle n’est jamais nette mais au du membre et en particulier la marche rapide et la course.
contraire accompagnée d’une dilacération fasciculaire sur Dans les séries récentes avec prise en charge opératoire
plusieurs centimètres (Tableau 3). Dans le cadre d’une para- des luxations du genou, peu d’auteurs signalent ce reten-
lysie complète, l’autre aspect anatomique constaté est une tissement fonctionnel. Certains éliminent d’emblée de leur
contusion et/ou une élongation du tronc nerveux sur une collectif de réparation ligamentaire les patients présentant
longueur de plusieurs centimètres. Devant cet aspect de une paralysie du NFC [33,34]. D’autres soulignent la récu-
tronc en continuité avec paralysie, il devient plus difficile pération spontanée et rapide de la paralysie d’où l’absence
d’établir des conclusions pronostiques de récupération spon- d’interférence sur le résultat des réparations ligamentaires
tanée. Niall et al. [12] font une description précise de l’état [8,18—20]. Malgré un taux notable de rupture ou de non
macroscopique du tronc du NFC paralysé après 14 luxations récupération, plusieurs auteurs ne font pas état du reten-
du genou et proposent un schéma pronostique en fonction tissement des séquelles neurologiques sur le résultat final
de l’étendue de la contusion. Sur dix troncs en continuité, [7,15,17,21,35].
trois présentaient une contusion sur moins de 7 cm de lon- L’attitude vis-à-vis de la paralysie n’est pas consensuelle
gueur et sept entre 7 cm et 12 cm ; dans le premier groupe, dans la littérature : elle est rarement évoquée dans les
la récupération neurologique spontanée et totale a été cons- articles rapportant les résultats de la chirurgie ligamentaire
tante pour deux d’entre eux en trois mois seulement. Dans [8,18,20,31,34,36] ou ceux décrivant la prise en charge plé-
le second groupe où la contusion nerveuse était de plus de nière de tels traumatismes [6,11,19,37—40]. Rosset et al.
7 cm, deux NFC sont restés paralysés, deux ont récupéré de [32] distinguent plusieurs cas de figure ; en présence d’une
manière partielle et quatre ont retrouvé une fonction quasi paralysie incomplète, la libération du NFC est recommandée
normale en 12 à 18 mois. Ainsi, en sus d’une rupture ana- si la récupération clinique et électromyographique précoce
tomique complète, une contusion étendue du NFC est un ne progresse pas et/ou lors de toute réparation ligamen-
facteur d’échec de récupération spontanée. Cette notion taire du plan latéral. En cas de paralysie complète initiale,
est soulignée par Piton et al. [25] dans une étude rétros- l’exploration et la libération sont systématiques en cas de
pective portant sur plus de 150 lésions du NFC : 22 paralysies geste ligamentaire sur le plan latéral ; la découverte d’une
étaient extraites d’une série de luxations du genou où le rupture conduit à un repérage des extrémités pour faciliter
NFC a été uniquement abordé devant l’absence de récu- une greffe interfasciculaire lors d’une autre séance opéra-
pération spontanée, découvrant neuf troncs en continuité toire. Goitz et Tomaino [41] recommandent dans le cadre
et simplement libérés et 13 ruptures toutes greffées. Parmi des luxations du genou avec paralysie concomitante du
les neuf neurolyses, six ont donné un excellent résultat ; NFC, une attitude interventionniste précoce et rejoignent
mais l’état anatomique précis de ces divers cas n’est pas les conclusions de Niall et al. [12]. Les auteurs rappor-
détaillé. Ainsi, la longueur lésionnelle traumatique consta- tant leur expérience du traitement des paralysies du NFC
tée sur le tronc d’un NFC en continuité est un facteur de diverses origines proposent des attitudes convergentes
du pronostic de récupération. Cette même notion de lon- issues de l’analyse des résultats obtenus [22,23,25,26,42].
Lésions du nerf fibulaire commun dans les luxations et entorses bi croisées du genou 69

Une attitude interventionniste précoce est proposée en [7] Wright DG, Covery DC, Born CT, Sadasivan KK. Open dislocation
l’absence de signe de récupération clinique et électromyo- of the knee. J Orthop Trauma 1995;9:135—40.
graphique. L’aspect macroscopique dicte le geste sur le [8] Yeh WL, Tu YK, Su JY, Hsu RW. Knee dislocation: treatment of
tronc qui consiste au minimum à le libérer de la fibrose high-velocity knee dislocation. J Trauma 1999;46:693—701.
[9] Bonnevialle N, Delannis Y, Beaulieu JY, Martinel V, Man-
cicatricielle. En cas de rupture complète ou de segment
sat P, Bonnevialle P. Paralysie du nerf fibulaire commun
tronculaire contus avec interruption fasciculaire nécessi-
dans les luxations traumatiques du genou. Rev Chir Orthop
tant une recoupe en zone saine, l’expérience a montré que 2006;92(Suppl. VI):3S131.
les greffes longues n’étaient suivies d’aucune récupération : [10] Dubrana F. Lésions nerveuses (table ronde de la SOO). Ann
pour Bleton et al. [22], 20 cm est le seuil au-delà duquel Orthop Ouest 2003;35:324—8.
il ne peut y avoir de repousse axonale fonctionnelle ; Kim [11] Johnson ME, Foster L, De Lee JC. Neurologic and vascular inju-
et al. [24] fixent cette limite à 6 cm et Piton et al. [25] ries asociated with knee ligament injuries. Am J Sports Med
à 15 cm. Le mauvais pronostic de récupération spontanée 2008;36:2448—62.
des lésions anatomiques extensives justifie pour certains [12] Niall DM, Nutton RW, Keating JF. Palsy of the common peroneal
d’associer dans le même temps opératoire, geste nerveux nerve after traumatic dislocation of the knee. J Bone Joint Surg
Br 2005;87:664—7.
et transfert tendineux [23].
[13] Honton JL, Le Rebeller A, Legroux P, Ragni R, Tramond P. Luxa-
tions traumatiques du genou. Traitement chirurgical précoce :
Conclusion à propos de 12 cas. Rev Chir Orthop 1978;64:213—9.
[14] Wascher DC, Dvirnak PC, De Coster TA. Knee dislocation: initial
assessment and implications for treatment. J Orthop Trauma
Dans le cadre des luxations du genou et entorses bicroisées, 1997;11:525—9.
la paralysie du NFC est fréquente, reflet de l’énergie trau- [15] Richter M, Bosch U, Wippermann B, Hofmann A, Krettek C.
matique et du déplacement. Le tronc nerveux est rompu Comparison of surgical repair or reconstruction of the cru-
ou le siège de lésion irréversible dans plus du tiers des cas, ciate ligaments versus nonsurgical treatment in patients with
sans espoir de récupération spontanée. Les séquelles neu- traumatic knee dislocations. Am J Sports Med 2002;30:718—27.
rologiques induites altèrent considérablement le résultat [16] Twaddle BC, Bidwell TA, Chapman JR. Knee dislocations: where
fonctionnel global. Comme pour les lésions vasculaires, il are the lesions? A prospective evaluation of surgical findings in
63 cases. J Orthop Trauma 2003;17:198—202.
est urgent de réduire le déplacement redonnant au NFC un
[17] Rios A, Villa A, Fahandezh H, De Jose C, Vaquero J. Results after
trajet anatomique. Une attitude chirurgicale active précoce
treatment of traumatic knee dislocations: a report of 26 cases.
est conseillée comportant au minimum l’exploration et la J Trauma 2003;55:489—95.
libération du tronc du NFC sur son trajet latérofibulaire. Les [18] Liow RY, Mac Nicolas MJ, Keating JF, Nutton RW. Ligament repair
ruptures totales et les contusions ont un mauvais pronostic and reconstruction in traumatic dislocation of the knee. J Bone
après greffe dès qu’elles dépassent plusieurs centimètres. Joint Surg Br 2003;85:845—51.
Ce pronostic sombre est rapidement et clairement annoncé [19] Harner CD, Waltrip R, Bennett GH, Francis KA, Cole B, Irrgang
au patient : un geste palliatif peut être proposé. Enfin, il JJ. Surgical management of knee dislocation. J Bone Joint Surg
serait opportun d’intégrer dans le résultat fonctionnel glo- Am 2004;86:262—73.
bal du traitement des entorses graves et des luxations du [20] Wong CH, Tan JL, Chang HC, Khin LW, Low CO. Knee dislo-
cations — a retrospective study comparing operative versus
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