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ADF 2018 A77

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Maladie de Biermer révélée par une Mycosis fongoïde poïkilodermique
hyperpigmentation localisée M. Daldoul ∗ , M. Youssef , N. Nabli , I. Lahouel , J. Zili
A.Arousse ∗ , R. Gammoudi , I. Ben Hassine , A. Aounallah , Hôpital universitaire Fattouma Bourguiba, Monastir, Tunisie
∗ Auteur correspondant.
L. Boussofara , S. Mokni , W. Saidi , C. Belajouza , M. Denguezli ,
N. Ghariani , R. Nouira Adresse e-mail : myriam-dal@hotmail.com (M. Daldoul)
Service de dermatologie, CHU Farhat Hached, Sousse, Tunisie Introduction Le mycosis fongoïde est un lymphome T cutané
∗ Auteur correspondant.
primitif épidermotrope. Il y a eu une émergence de nombreuses
Adresse e-mail : aycha.arousse@gmail.com (A. Arousse) variantes clinico-pathologiques et immunohistochimiques de myco-
Introduction Les manifestations dermatologiques de la maladie sis fongoïde, parfois atypiques et trompeuses. Nous rapportons le
de Biermer sont représentées principalement par des anoma- cas d’une variante poïkilodermique d’un mycosis fongoïde.
lies phanériennes (ongles et cuir chevelu) et la glossite. Des cas Observation Un patient âgé de 71 ans hypertendu, porteur d’une
d’hyperpigmentation généralisée ont été également rapportés. ACFA, d’un rétrécissement mitral dilaté et ayant bénéficié d’un
L’hyperpigmentation localisée n’a été décrite que dans quelques remplacement valvulaire aortique, consultait pour des lésions cuta-
cas. nées diffuses évoluant depuis 12 ans. L’examen clinique objectivait
Nous rapportons un cas d’hyperpigmentation localisée palmo- des plaques érythémateuses de taille et de forme variables, bien
plantaire et des grands plis révélant une maladie de Biermer. limitées, atrophiques par endroits, parcourues de télangiectasies
Observation Il s’agissait d’un patient âgé de 52 ans, sans avec un centre pigmenté et réticulé donnant l’aspect de lésions
antécédents pathologiques particuliers, qui avait consulté au dépar- poïkilodermiques. Ces lésions siégeaient au niveau du tronc et des
tement de dermatologie devant l’apparition depuis 2 mois d’une membres occupant une surface cutanée estimée à 30—40 %. La
hyperpigmentation palmo-plantaire et des plis (inguinaux et axil- biopsie objectivait un aspect histologique et un profil immunohis-
laires) associée à une asthénie d’installation progressive. tochimie de mycosis fongoïde. La classification TNM était T2 N0.
L’examen avait retrouvé une pâleur cutanéo-muqueuse diffuse. Le bilan d’extension était négatif. Le reste de l’examen était sans
Sur le plan dermatologique, on objectivait de multiples macules anomalies.
hyperpigmentées palmo-plantaires associées à une hyperpigmen- Discussion Plusieurs aspects cliniques du mycosis fongoïde ont
tation bien limitée bilatérale et symétrique des plis inguinaux été rapportés dans la littérature : formes hypo- ou hyperpig-
et axillaires. L’examen neurologique était sans anomalies. À la mentées, folliculaires, bulleuses, pilotropes, granulomateuses,
biologie, on retrouvait une anémie macrocytaire (Hb = 6,6 g/dL, syringotropes, réticulées, ichtyosiformes, psoriasiformes. . . faisant
VGM = 129) associée à une lymphopénie. Les taux sériques de de cette pathologie un des plus grands imitateurs en dermatologie
la vitamine B12 étaient inférieurs à 50 pg/mL. La fibroscopie après la syphilis et la sarcoïdose.
œso-gastro-duodénale avait objectivé une atrophie fundique. Le La forme poïkilodermique a été étudiée dans une série de
diagnostic de maladie de Biermer a été ainsi retenu. Des injec- 49 patients montrant une prédominance des lésions au niveau des
tions hebdomadaires (1 mois) puis mensuelles de vitamine B12 seins chez les femmes et au niveau de la région fessière chez les
(1000 gamma) en intramusculaire ont été préconisées. Une nor- deux sexes. Dans cette série, le pronostic semble plus favorable
malisation de l’hémogramme a été objectivée après la première avec une bonne réponse à la photothérapie.
injection. Sur le plan dermatologique, une nette atténuation des Déclaration de liens d’intérêts Les auteurs n’ont pas précisé leurs
zones d’hyperpigmentation a été observée dès la 2e injection. éventuels liens d’intérêts.
Discussion L’association déficit en vitamine B12 et hyperpig- https://doi.org/10.1016/j.annder.2018.03.142
mentations, bien que rare, a été précédemment décrite. Dans la
majorité des cas rapportés, l’hyperpigmentation était généralisée P113
et prédominante aux zones photo-exposées, aux plis de flexion, aux Métastases cutanées d’un adénocarcinome
muqueuses ainsi qu’aux ongles. L’hyperpigmentation localisée a été
moins fréquemment décrite.
mammaire : une présentation atypique
Le mécanisme mis en jeu dans le développement de S. Maghfour ∗ , Y. Soua , N. Abdeljelil , M. Youssef , H. Belhajali ,
l’hyperpigmentation serait multifactoriel. Plusieurs auteurs J. Zilli
ont suggéré la mise en jeu de voies d’inhibition de la tyrosinase par CHU Fattouma Bourguiba, service de dermatologie et
baisse du glutathion intracellulaire. Pour d’autres, l’hydroxylation vénéréologie, Monastir, Tunisie
∗ Auteur correspondant.
de la phénylalanine ainsi que la baisse du transport intra-
kératinocytaire de la mélanine jouent un rôle dans l’apparition de Adresse e-mail : soukou@outlook.fr (S. Maghfour)
cette hyperpigmentation. Introduction Les métastases cutanées représentent 2 % de toutes
Conclusion Chez notre patient, le caractère localisé de les métastases. Elles se présentent le plus fréquemment comme des
l’hyperpigmentation révélant la maladie de Biermer ainsi que nodules cutanés ou sous-cutanés. Le cancer du sein est la cause la
l’évolution favorable sous traitement contribuent à l’originalité de plus fréquente. Les localisations secondaires peuvent revêtir des
l’observation. aspects cliniques polymorphes et déroutants. Nous rapportons un
Déclaration de liens d’intérêts Les auteurs n’ont pas précisé leurs cas original d’une présentation clinique de lymphangite carcinoma-
éventuels liens d’intérêts. teuse érysipélatoïde associée à des lésions angiokératomes like.
https://doi.org/10.1016/j.annder.2018.03.141 Observation Patiente âgée de 42 ans aux antécédents
d’adénocarcinome mammaire gauche (T4N0M0) traité 2 ans
auparavant par mastectomie et curage axillaire gauche complétés
par une radiothérapie et une chimiothérapie adjuvantes, consultait
pour un placard érythémateux inflammatoire infiltré de la moitié
gauche du thorax, parsemé de papules violacées à surface kérato-
sique d’allure angiomateuse faisant évoquer des angiokératomes.
Une biopsie cutanée pratiquée au niveau de ces lésions était
en faveur d’une localisation cutanée d’un carcinome mammaire
infiltrant avec présence d’emboles vasculaires lymphatiques.
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Discussion La lymphangite carcinomateuse cutanée est une étendue, avec par endroits, un décollement dermo-épidermique,
forme rare de métastase cutanée de carcinome. Les cancers qui en faveur d’un lupus érythémateux. Selon la présentation clinique
en sont à l’origine sont surtout des carcinomes mammaires, mais et les données de l’imagerie, le diagnostic de LES compliqué d’HTP
aussi endométriaux, pancréatiques, rectaux, pulmonaires, ovariens groupe 3, en classe fonctionnelle IV de NYHA selon la nouvelle clas-
et parotidiens. Elle correspond à une invasion par les cellules tumo- sification de l’OMS est posé.
rales des voies lymphatiques dermiques. Les présentations cliniques Discussion Notre cas est particulier du fait de la survenue d’une
sont variées, pouvant mimer différentes dermatoses (érysipèle, der- pneumopathie interstitielle au stade de fibrose compliquée d’une
mite radio-induite, eczéma. . .), retardant ainsi le diagnostic et la HTP au bout de 2 ans d’évolution d’un LES et de l’absence de fac-
prise en charge appropriée des lésions. Notre observation, origi- teurs prédictifs de ces atteintes. En effet, une durée d’évolution
nale par le polymorphisme de l’atteinte métastatique associant du LES plus de 10 ans, l’âge avancé, la présence d’un phénomène
une LCC érysipélatoïde et des lésions angiokératomes like. À notre de Raynaud et/ou d’une sclérodactylie, la positivité de l’Ac anti-
connaissance, un seul cas de métastases cutanées mimant des U1RNP sont associés à la pneumopathie interstitielle au cours d’un
angiokératomes a récemment été rapporté [1]. LES. Par ailleurs, notre cas ne présentait pas une connectivite asso-
Conclusion La lymphangite carcinomateuse est une localisation ciée au LES. L’HTP altère fortement le pronostic vital des patients
cutanée très rare d’un carcinome et qui mérite d’être connue. lupiques d’où une approche multidisciplinaire est nécessaire pour
Devant le polymorphisme clinique de cette entité qui peut égarer le la prise en charge de ces patients.
clinicien et le rassurer, le pronostic semble s’aggraver en retardant Mots clés Lupus érythémateux ; Hypertension pulmonaire ;
le diagnostic et la prise en charge carcinologique. Pneumopathie interstitielle
Déclaration de liens d’intérêts Les auteurs n’ont pas précisé leurs Déclaration de liens d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir
éventuels liens d’intérêts. de liens d’intérêts.
Référence https://doi.org/10.1016/j.annder.2018.03.144
[1] Del Puerto Troncoso C, Muñoz-Leiva D, Jaque-Silva A, Gonzá-
lez Bombardiere S. Breast cancer metastasis misdiagnosed as an
P115
angiokeratomatous eruption. An infrequent presentation. Case
report. Am J Dermatopathol 2016;38(4):302—4.
Épidémiologie et clinique de la tuberculose
cutanée au CHU de Casablanca : à propos de
https://doi.org/10.1016/j.annder.2018.03.143
69 cas
P114 A. Elfiboumi , W. Bahtaoui ∗ , F.Z. Elfetoiaki , F. Hali , S. Chiheb
Lupus érythémateux systémique associé à Service de dermatologie, CHU Ibn Rochd, Casablanca, Maroc
∗ Auteur correspondant.
une hypertension pulmonaire sévère chez Adresse e-mail : bahtaoui.wafaa@gmail.com (W. Bahtaoui)
une malgache
Introduction La tuberculose cutanée est encore fréquente au
F.A. Sendrasoa ∗ , O. Raharolahy , M.F. Rakotoarisaona ,
Maroc. Elle représente 1 à 2 % des tuberculoses et 0,1 à 1 % des
M. Andrianarison , N.H. Razanakoto , I.M. Ranaivo ,
différentes pathologies cutanées. Il s’agit de la 5e forme extra-
L.S. Ramarozatovo , F. Rapelanoro Rabenja
pulmonaire. Le but de notre travail est de réévaluer le profil
USFR dermatologie, hôpital universitaire Joseph Raseta
épidémio-clinique de cette entité au sein de notre service.
Befelatanana, Antananarivo 101, Madagascar
∗ Auteur correspondant.
Matériel et méthodes C’est une étude rétrospective réalisée au
CHU Ibn Rochd, concernant les cas de tuberculose cutanée hos-
Adresse e-mail : nasendrefa@yahoo.fr (F.A. Sendrasoa)
pitalisés au service ou diagnostiqués au centre de consultation
Introduction L’hypertension pulmonaire (HTP) est une complica- entre janvier 2006 et mars 2017. Les dossiers retenus étaient ana-
tion rare du lupus érythémateux systémique (LES). Sa prévalence lysés selon une grille comprenant les données épidémiologiques,
varie de 0,5 à 17,5 % selon les séries et les méthodes de diagnostic cliniques, paracliniques et thérapeutiques.
utilisées. Nous rapportons le premier cas malgache de lupus érythé- Résultats Soixante-neuf cas ont été colligés, avec un sex-ratio
mateux systémique associé à une hypertension pulmonaire sévère. H/F de 0,86 (32 hommes et 37 femmes). L’âge moyen était de
Observation Une femme de 52 ans présentait des lésions éry- 40,3 ans (2—82 ans). Quatre-vingt-dix pour cent des patients étaient
thémateuses, photosensibles, débutant au niveau du cuir chevelu de bas niveau socio-économique. Un antécédent personnel de
puis s’étendant progressivement sur le visage et une polyarthral- tuberculose a été noté dans 16 % des cas alors qu’un antécédent
gie d’horaire inflammatoire, touchant les grosses et les petites familial dans 26 %. Aucun cas de VIH n’a été identifié. Le délai diag-
articulations, depuis 2 ans avant la consultation. Par ailleurs, elle nostique moyen était de 12 mois. Les gommes et scrofulodermes
présentait une dyspnée au moindre effort évoluant depuis 1 semaine prédominaient dans 58 %, suivis par l’érythème induré de Bazin
ayant motivé son hospitalisation. L’examen physique mettait en évi- (29 %), le lupus tuberculeux (5,79 %), la tuberculeuse verruqueuse
dence des plaques érythémateuses au niveau du visage, thorax, dos, (4,34 %) et la tuberculose périorificielle (2,89 %). Une atteinte
faces postérieures des bras et des cuisses ; un érythème palmaire ; extracutanée était associée dans 29 % des cas. L’intradermoréaction
un éclat de B2 et des râles crépitants des 2 bases pulmonaires. à la tuberculine était positive chez 91,3 % des cas et la biopsie
Les examens biologiques révélaient une VS à 121 mm, une anémie a révélé un granulome épithélio-giganto-cellulaire avec ou sans
normochrome normocytaire (Hb 10,1 g/dL, VGM 90 fl), une throm- nécrose dans 89,8 % des cas. L’évolution sous antituberculeux a été
bocytose à 538 G/L, une cytolyse hépatique (ASAT : 3,2 fois la marquée par 16 % de rechute (dix cas d’érythème induré de Bazin
normale, ALAT : 2 fois la normale). L’électrophorèse des protéines et un cas de lupus tuberculeux).
sériques montrait une hypergammaglobulinémie polyclonale (␣1, Discussion Les particularités de notre étude par rapport à
␣2, ␥). L’anticorps antinucléaire était positif tandis que l’anti-ADN l’ancienne série (P50, ADF 2007) sont : l’augmentation de l’âge
natif, les anticorps antiphospholipides et la recherche des antigènes moyen (40,3 ans versus 32 ans), l’augmentation des cas de
solubles étaient négatifs. La radiographie pulmonaire montrait un l’érythème induré de Bazin qui est devenue la 2e forme clinique et
syndrome interstitiel diffus avec des images en rayon de miel la mise en évidence du granulome épithélio-giganto-cellulaire dans
diffus des 2 champs pulmonaires au scanner thoracique. L’écho- 89,8 % versus 57 %. La tuberculose cutanée est encore fréquente
Doppler cardiaque montrait une hypertension artérielle pulmonaire dans notre pays, toujours dominée par les gommes et scrofulo-
systolo-diastolique (PAPS moyenne : 60 mmHg). L’examen histolo-
gique d’une biopsie cutanée montrait une nécrose épidermique