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2019-2020 ASLANOV Vlada

PSYCHOPATHOLOGIE DE LA SEXUALITE

Professeur DETANDT Sandrine

ASLANOV Vlada
Année académique 2019-2020

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2019-2020 ASLANOV Vlada

PSYCHOPATHOLOGIE DE LA SEXUALITE

UNE ÉPTISÉMOLOGIE DES SEXUALITÉS OBLIGATOIRE COMME PRÉALABLE

L’épistémologie c’est une façon de pouvoir venir réfléchir à partir d’où les modèles sont lancés ; ce
qui présuppose une métaréflexion des savoirs. Dans ce cours, ça présuppose de venir réfléchir
ensemble sur qu’est-ce que le sexe, le genre, les sexualités a l’aide des différents cadres qui ont été
pensées. Si on ne fait pas cette approche, alors écouter ensuite les concepts et les théories veut
simplement dire de les écouter sans réfléchir. L’épistémologie précède une conceptualisation. On va
se questionner aussi sur ce qui est sexuel et ce qui ne l’ai pas, et dans cette approche-là c’est très
compliqué de mettre une limite entre les deux (parler peut-être sexuel même, ce n’est pas l’acte en tant
que tel, on peut jouer sur les mots, sur les ambiguïtés du langage).

« L’histoire des sciences de la sexualité est une histoire de guerre de frontière entre ces plans de corps
et de l’âme, de l’hérédité et de l’acquis, de l’espèce et de l’individu, du corps et de la =kkkpsyché, du
physiologique et du symbolique. (…) C’est dire que ce qui compte comme universel ou particulier,
générique ou spécifique, propre à l’humain ou propre au féminin est aussi en jeu dans ces modes de
connaissance et formes d’expériences de la sexualité. La cartographie de ce qui est finalement défini
comme normal ou pathologique, sain ou malsain, se trouve alors compliquée par ces éventuelles
étiologies genrées. » (Gardey & Vuille, 2018:7)

Les différentes manières dont on va aborder ce cours sont, entre autres, de mettre en lien la façon dont
les sexualités et l’intimité ont été pensés d’une manière genrée et scientifiquement orientée.

« Dans un contexte postpositiviste (càd aujourd’hui), le rôle de la théorie est à la fois plus modeste et
plus important [que précédemment]. Il est plus modeste car l’on admet que la théorie est à la fois
locale et transitoire (donc on a des théories qui évoluent très très vite) et qu’elle se fonde sur ce qui
semble le plus plausible et le plus convaincant plutôt que sur ce qui est “vrai”. Ce rôle est plus
important en ce que la théorie cherche à donner un sens au monde tout en n’excluant pas de
réinterpréter les significations des recherches et les résultats et de les intégrer dans des systèmes de
pensée différents ». (p. 71)

« Dans les sociétés complexes, les scénarios sexuels de la sexualité ne sont ni monolithiques ni
hégémoniques, même au sein de chaque institution. On observe plutôt une lutte permanente entre les
groupes et les individus pour faire valoir leurs propres scénarios » (p. 83). (Gagnon 2008)

Cet autour a mis en place principalement le concept des scripts sexuels, en théorisant l’idée qu’il y a
toujours une certaine scriptographie dans les pratiques sexuels des individus qui est non seulement liée

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à l’individu ou à la relation mais aussi déterminé par la culture ambiante dans laquelle ses scripts sont
organisés, autorisés et légitimés.

Cette phrase veut dire qu’en soi, dans le contexte de l’université on va étudier des théories ou le propos
c’est de penser le monde. Or ces théories sont en fait très différemment pensées aujourd’hui qu’il y a
septante ans. On est maintenant dans des propositions conceptuelles qui évoluent trop vite et qui vont
être très mouvantes. En même temps, une modification d’aujourd’hui fondamentale c’est qu’on
repense les anciennes théories à la lumière des modèles du contemporain. Quand on analyse
l’historique de ce champ, on se rend compte que la biologie a décrit des savoirs qui se voulaient
objectifs mais qui ont en fait énormément changés (par exemple, il existait une théorie biologique qui
mettait en avant l’idée d’un spermatozoïde fort qui pénètre un ovule moule). Cette manière d’avoir
pensé la biologie est en fait complètement organisée par une pensée masculine, majoritaire, blanche
qui s’intéressaient aux particularités des spermatozoïdes plutôt à l’endocrinologie et la physiologie des
ovocytes par exemple.

BREF HISTORIQUE DES CONCEPTS

La médecine invente la sexualité

La spécificité de l’objet psychologique a été créé dans l’intersection des évolutions médicales et
philosophiques. C’est aussi le cas pour la sexualité. Le champ de la sexualité a fait l’œuvre des
réflexions, théorisations des auteurs aussi anciens et classiques jusqu’au 19-eme siècle, sauf que
jusqu’à la, il n’y avait pas réellement de mise en théorie au sens scientifique, descriptif de ce qu’était
la sexualité. Le terme sexualia (d’italien) prenait l’ensemble des descriptions de ce qui concernait les
sexualités et les pratiques sexuels et aussi l’absence de ces pratiques. C’était une sorte de terme
générique qui parlait de ce qui touche du sexuel et aussi du non-sexuel. Lorsque apparait le mot
sexualité, il apparait dans un moment où la médicine était capable de préciser et d’aller plus loin en
termes des descriptions anatomiques et physiologiques, et donc la sexualité va devenir la science qui
décrit les faits sexuels. A partir de ce moment, on voit que très vite des auteurs très « féminins » ont
considéré la masturbation comme qqch qui engendrait des maladies, de perte de l’audition etc. Dès
que le mot « sexualité » a été pensé et mis en place, il y a été la possibilité pour des théoriciens de
constituer ce qui était normal et pathologique et donc tout ce qui ne concernait pas la reproduction
directe était considéré comme pathologique (Tissot). Darwin, pareil, a considéré que la sexualité est
ce qui permit à l’espèce naturelle, à l’humain, de survivre. Dans ce contexte-là, la médicine est
cantonné la retranscription et la description des fait de la pathologie (viols, sodomie, attentats à la
pudeur), ce qui fait l’intersection entre le pathologique et la vision morale (cf désordres sexuels).

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• De sexualia à sexualité
• La notion moderne de la sexualité prend forme à la fin du 19ème siècle :

- 1758, Tissot, L'onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation
- 1859, Darwin, l’instinct sexuel est le moteur de l’évolution
• L’intérêt médical pour la sexualité était alors cantonné au champ de la médecine légale qui se
concentrait sur des actes criminels (viols, sodomie, attentats à la pudeur) ;
• C’est à partir des préoccupations de la médecine légale que la psychiatrie commença à prendre en
considération de plus larges aspects des conduites sexuelles « désordonnées » ;
• Les désordres sexuels = comportements immoraux mais aussi symptômes d’une condition morbide
sous-jacente.

Cette image montrait le moment où le sexe féminin a été prêt pour enfanter. Même
l’anatomie a été pensée pour pouvoir permettre aux médecins de spécifier l’âge
maturationnel des parties génitales féminins.

Dans cette période-là, on voit fleurir un nombre impressionnant de littérature autours d’études de cas
et une sorte des descriptions supposées objectives de sexualité, des parties anatomiques.
Les psychiatres classifient et essayent d’expliquer le large éventail de comportements sexuels «
déviants » qu’ils avaient repérés 1886 Von Krafft-Ebing, Psychopathia Sexualis (le premier moment
où il y a un manuel crée sur la sexualité) ;
• Collection et publication des « histoires de cas » et de récits autobiographiques de patients ;
• Création de nouvelles étiquettes et de nouvelles catégories de perversions
• Homosexualité et hétérosexualité dans les années 1860

Dans le contexte de la séparation entre la Prusse et l’Allemagne, le terme « homosexualité » est créé.
Au moment où la Prusse va se séparer de l’Allemagne, la population est invitée à donner son avis sur
un certain nombre des législations qui vont être mises en œuvre, ce qui a relevé des propositions sur
les pratiques sexuels déviantes (pas encore nomme homosexualité car il y avait une confusion entre le
terme perversion, sodomie et l’attirance sexuelle vis-à-vis d’une personne du même sexe). Un
médecin, lui-même homosexuel, va faire une ordonnance par rapport à ce projet de loi que le mot
« homosexuel » soit constitué pour y avoir une reconnaissance légale. Donc c’est dans un contexte
politique que le mot homosexualité est créé par rapport aux pratiques hétéro.

• Puis exhibitionnisme, voyeurisme, fétichisme, pédophilie, bestialité, sadisme, masochisme, …

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 Cette « découverte » des perversions par les experts médico-légaux et les psychiatres est le
processus par lequel ils inventent la sexualité. Ils situent la sexualité d’emblée dans des pratiques
perverses ou non-perverses. La théorie de la sexualité est pensée à partir du modèle de la
perversion.

• Le moment n’a rien d’anodin. En effet, les comportements sexuels étaient devenus un enjeu social
important à l’époque. Or, ces experts fournissent une « explication » aux comportements en avançant
qu’ils sont le résultat de désordres mentaux. A partir de cette époque, on assiste à une entreprise de
catalogage et de description détaillée des « symptômes ». Les actes « pervers » deviennent des
phénomènes à comprendre, à décrire, à expliquer.

Une fois de plus, la question du sexuel est très vite devenu une question politique, juridique de ce qui
est considérée par une société à un moment donné comme légitime et non-légitime. Aussi il y a une
question qui s’impose, à savoir celle de est-ce que la personne est responsable de ses actes ou est-ce
que ce sont les symptômes de sa pathologie (ce qui permet de justifier les actes).

• Durant cette grande entreprise, les experts ordonnent ce savoir en distinguant le « normal » de l’«
anormal » (le contexte de moralisation, de normalisation) :

• Transfert du pêché et du crime (sodomie par ex.) à celui de la santé et de la maladie (inversion)

- Le normal : centré sur la relation sexuelle reproductive


- Anormal est pathologique
 Création d’un nouveau champ d’exercice de la médecine : la gynécologie

FREUD & HAVELOCK ELLIS : Une première émancipation ?

Ellis a remis en question le fait que la masturbation entamait les fonctions générales du corps humain
et donc il a permis déjà de légitimer les pratiques non-reproductives qui pour l’époque ont été
considérées inacceptables.

Freud & le pervers polymorphe (1905)

- D’une pensée radicale... Nature universelle et polymorphe de la sexualité infantile ... au concept de
latence sexuelle .... et au complexe d’Œdipe

Freud nous permet d’articuler la question du sexuel à une évolution normale de toute individu. Il nie
la question de reproductif et non reproductif en indiquant qu’on passe par des stades (ce qui est aussi
une visée normalisante et stigmatisante).

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- Emancipateur et androcentré : Le désir féminin comme « autre chose qu’objet du désir masculin
» (c’est ça ce qui reste primordial de sa pensée en tant que penseur radical). Les zones dont il parle
(orale, anale, phallique, etc.) sont le pont entre l’extérieur et l’intérieur, entre l’appropriation
subjectives et la dimension passive, elles sont fondamentales dans la structuration psychique et
conditionnent un ensemble des faits dans les relations. Il décorporalise le sexuel, le retire de l’aspect
purement physiologique pour le placer dans une sublimation du côté de la rencontre à la parenté (le
complexe d’Œdipe ; la sublimation de quel objet-sexuel je vais être ou pas de l’autre ; est-ce que je
suis le désir de ma mère ; est-ce que je suis tout pour ma mère). C’est le moment où on passe d’une
théorie biologique à une théorie plus psycho-sexuelle. Bien que Freud soit à discuter et à remettre
en question, il ne faut pas le jeter à la poubelle mais le lire avec les outils qu’on dispose aujourd’hui et
modifier radicalement les endroits où sa pensée devrait être repensée.

Révolution freudienne - Invente un nouveau sujet et dessine une cartographie inédite où il.elle est
agi.e à l’intersection de l’instinct, de la pulsion (un besoin physiologique qui vient du corps et qui est
la première représentation du psyché), du conscient, de l’inconscient, de la soma et de la psyché, de
l’inné de l’acquis, de l’individuel et du social.

Lacan à la suite - Rôle de la pulsion comme essentielle et consubstantielle au vivant, indissociable de


la parole et du langage. - Un objet frontière pour les savoirs

L’enfant est supposé évoluer à travers les différents niveaux organiques jusqu’à rejoindre sa destinée
anatomique. La pratique clinique a souvent abordé cette mission en termes de réparation des individus
qui ont déraillé pendant leur cheminement vers leur but biologique. En transformant des lois morales
en lois scientifiques, la pratique clinique a cherché à renforcer les conventions sexuelles vis-à-vis des
individus. Dans ce sens, la psychanalyse est souvent devenue plus qu’une théorie des mécanismes de
la reproduction des arrangements sexuels. (Fajwaks, Leguil, 2015: 22).

Ça c’est une critique faite par deux auteurs lacaniens qui permettent de mettre en lien un des premiers
problématiques de la psychanalyse qui vise les stades freudiens. Freud décrit différents stades
d’évolution de la manière dont le petit enfant s’approprie son corps et par l’intermédiaire de son corps
s’approprie aussi sa subjectivité. La question de qu’est-ce qui est finalement un sujet qui possède une
subjectivité, ça touche effectivement au corps. Cette question de comment est-ce qu’on se définit par
rapport à l’autre est directement lié à l’ancrage corporel qu’on a et à la façon dont on est reconnu par
un autre (généralement la mère) qui permet sa première différenciation entre soi et l’autre.
Paradoxalement, pour se reconnaitre comme un individu singulier et indépendant de l’autre, on est
aligné à l’autre, on est dépendant du regard de l’autre. Sur cette base-là, Freud décrit d’une manière

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spécifique les différentes phases par lesquelles passe l’enfant en termes d’évolution, d’appropriation,
de contrôle de certaines zones corporelles ; les zones de base par rapport aux zones érogènes (la sphère
orale, anale, génitale) sur lesquelles s’étalent la plupart des pulsions sexuelles et les désirs sexuelles.
Le stade oral c’est le moment où l’enfant, à partir d’un besoin organique (il a faim), a besoin d’une
satisfaction (boire du lait) et donc toute la sphère orale va être mobilisée, donc la succion. L’expérience
de satisfaction est la première inscription du moment où un confort physique va engendrer une
satisfaction, ce qui va faire qu’il va reproduire cette action, pas seulement parce qu’il a à nouveau faim,
mais pour revivre ce premier plaisir inédit. C’est pareil pour le trauma, c’est aussi des expériences
inédites qui ont fait l’effraction par rapport à nos capacités de penser les choses. Une fois que les
nourrissons dépassent ce stade passif, il va en partie contrôler ces sphères orales ; et sur base de la
sphère orale, vient s’étayer toutes les fonctions qui touche à l’oralité (le parler, le manger, etc.). L’étape
suivante est l’analité (on contrôle plus tôt la zone orale que nos sphincters) – le moment où l’enfant
comprend la possibilité de control des sphincters et de subjectivation. Sur base de ce stade, Freud dit
que c’est le moment de l’Œdipe, ce vécu d’altérité par rapport au père et puis c’est la période de latence
(de 6 à 12 ans, période ou on est en harmonie avec nos pulsions pour être disponible à apprendre –
inhibition de nos pulsions pour pouvoir se mettre à écouter qqn, essayer de réfléchir, etc.) ; et la
dernière phase c’est celle génitale. En voyant les choses de façon évolutive, on a une idée que toute
type de perversion était lié à une sorte de frein d’un de ses stades : si on était homosexuel, il y avait
un souci au niveau anal ; si on était une femme hystérique, il y avait un souci au niveau oral. Donc, les
psychanalystes au début du 20-ème siècle ont vite repris cette pensée (c’était un mouvement
américain), qui ont fait que à toute problème d’un sujet, on va le situer dans le continuum de l’évolution
des stades – ce qui se traduit par une idée tout à fait normalisante et stigmatisante de ces différentes
structures. Finalement, dans le contexte de notre cours, la psychanalyse a servi dans la manière dont
les sujets vont penser leur sexualité, leur genre, leur désir et leur fantasme, et pas dans une idée de
stades.

Après-Seconde Guerre mondiale

C’est le moment d’amorce de ce fameux mouvement d’émancipation de la sexualité (’70), le moment


où on remet en cause d’une part un certain nombre des idées et d’autre part on avance le fait que la
sexualité doit se vivre de façon totalement libérée et avec une libération du corps, principalement du
corps féminin.

• L’éclatement des cadres traditionnels

• La multiplication des référents en matière de normes sexuelles

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• Le délitement partiel du modèle parental

• La cellule familiale n’est plus le seul lieu du sexuel légitime

• Idéologie de l’amour libre

MASTERS, KINSEY Les sexualités quantifiées

1960 Masters and Johnson

Ce sont les premiers aux États-Unis à constituer ce qui va s’appeler la sexothérapie contemporaine.
Tous les termes venant de la psychopathologie sexuelle (énoncés au début du cours) trouvent son
origine dans les travaux de ses deux auteurs qui vont essayer de décrire les pratiques sexuelles
uniquement en termes de fait (il est pas du tout le cas de considérer les pratiques dans un contexte
relationnel, mais il s’agit d’essayer de mesurer ce qui est du sexuel médical). C’est à eux qu’on le doit
la considération de l’orgasme clitoridien (inexistant jusqu’à 1960 mais qui a été découvert à ce
moment-là). Le fait qu’il le mesure, ça a leur permis de constater que les électrodes relèvent une plus
grande sensibilité (plaisir) pas provenant de la zone vaginale mais du clitoris. Ils mettent en avant un
orgasme non-reproductif, ce qui va remettre en cause l’idée de la sexualité normale de jusqu’à la.

• Follow-up à 5 ans d'une sexothérapie journalière étalée sur une quinzaine de jours

• Description de l’activité sexuelle comme fonction physiologique, indépendante de la reproduction

• Nouvelles classifications (introduction des notions de primaires et secondaires ; classification des


troubles de la phase orgasmique)

• Mesures physiologiques de la réponse sexuelle réhabilitant l'orgasme clitoridien

Alfred C. Kinsey (1894-1956)

• A conduit de nombreux questionnaires


auprès de la population générale

• Mesure l’activité sexuelle par l’orgasme

• Mis en évidence que la plupart des individus : Se masturbent ; pratiquent le sexe oral ; peuvent avoir
des orgasmes multiples ; ont des pratiques sexuelles avec des personnes du même sexe.

Alfred Kinsey est aussi une figure importante dans la psychothérapie sexuelle. Les chiffres établis à
partir de ses questionnaires ne sont pas contestés même s’il y avait un biais de sélection (entourage

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proche de l’auteur et les prisons). A l’époque on était plus dans le binarisme des pratiques sexuelles,
mais son rapport (l’échelle de Kinsey) à lui permit de théoriser l’idée d’un continuum – que les
pratiques sexuelles passent par des stades (6 pour lui ; image en haut). Ici on se limite aux pratiques
sexuelles, on n’est pas dans un modèle qui parle de l’amour. C’est le premier modèle qui permet de
décloisonner l’idée que si on est un homo, hétéro ou bi c’est une sorte de naturalisation de notre identité
sexuelle.

En prenant la sexualité à bras le corps, les sujets du nouvel empire suivaient la tradition des pionniers
défricheurs de forêts et chasseurs de sauvage (notes : la façon dont la sexualité a été questionnée et
tentée d’être objective c’était fait dans des contextes politiques ; ici aussi on est dans un moment où
les auteurs essaient de casser les anciens codes pour pouvoir recatégoriser les gens dans des nouvelles
catégories). Dans la très riche et très puissante Amérique d’après 1945, au même titre que le rapport
Kinsey, la psychanalyse pouvait, et devait selon les psychanalystes eux-mêmes, prendre sa part de la
nouvelle conquête, celle qui s’étendait aux intériorités, après qu’eurent été vaincus les ennemis
extérieurs de la nature hostile. (Milner, Sexualités en travaux, 2018 : 24)

1956-1970 Création de la pilule contraceptive féminine et légalisation - c’est un moment fondateur


dans l’évolution et l’émancipation de la sexualité féminine.

1975 Loi Veil dépénalise l’avortement :

- Le droit au plaisir féminin devient un fait (droit à être dépositaire de son corps et à avoir un
plaisir féminin qui soit définitivement distinguée de la dimension monolithique) ;
- Devient un critère de définition du bien-être ;
- Troubles du désir féminin envahissent l’espace public, médical et médiatique.

1976 Histoire de la sexualité, Foucault : La sexualité se méconnaît elle-même, se pensant apparaissant


comme immédiate de l’expérience, homogène à elle-même et nécessaire à la connaissance. Il met en
évidence le point auquel le concept même de la sexualité est qqch qui ne colle pas avec ses
présupposées et s’appuie donc au regard de la connaissance.

1980 Approches urologiques


• Reconnaissance de la fréquence des problèmes organiques notamment dans l'impuissance masculine
(les troubles érectiles) après 55 ans ; • Traitement chirurgicaux
SIDA • Intérêt pour l'identité sexuelle et pour les déficits du désir sexuel survenant dans le contexte
d'orientations sexuelles non conventionnelles. On est né dans une époque caractérisée par plusieurs

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inquiétudes vis-à-vis de la sexualité. Un exemple de ses inquiétudes c’est dans la croyance du public
(indifféremment du sexe ; majoritairement les hommes mais aussi les femmes) que les contraceptifs
prises par des femmes pour réguler la natalité auront comme effet une augmentation du nombre des
cas où les femmes tomberont enceintes sans désirer cet enfant (donc imprévu). De même, c’est la
même chose pour un homme qui par exemple est sous PrEP (traitement préventif contre le HIV) et qui
est donc pensé d’augmenter ses pratiques sexuelles à risque. Mais il faut mentionner le fait que,
statistiquement, ce n’est pas le cas, parce que les hommes qui prennent ce PrEP (tout comme les
femmes qui prennent la pilule) sont généralement des hommes qui prennent le moins de risque dans
leur sexualité, qui sont les plus inquiètes par rapport à son corps, à l’aspect médical, aux soins, etc.
Donc l’idée de donner à qqn une possibilité de traitement, ou de régulation de ses pratiques sexuelles
est seulement dans l’imaginaire, et pas dans la réalité, traduite par une explosion des pratiques
sexuelles à risque. L’imaginaire de la plupart d’entre nous est conditionné d’un contexte social et
historique qui concerne ses inquiétudes et qui empêche finalement de faire confiance au partenaire.
Abus sexuels • Intérêt pour le traitement des abuseurs

1990 Clinique de la sexualité


• Développement de la sexothérapie
Le concept de « santé sexuelle » s’inscrit « dans le contexte et le prolongement du concept de santé
défini dans le préambule de la constitution de l’OMS comme ‘un état de complet bien-être physique
mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité’ » (Giami,
2002) ;
• Développement de la recherche interdisciplinaire sur les problèmes liés aux identités sexuelles
(LGBT+).
2000 Viagra (1998) • Développement de nouveaux traitements pharmacologiques

« Personne ne lui a jamais appris » « ... qu’on pouvait dire oui » Polnareff, La poupée qui fait non
(1966) Faisait référence à la libération sexuelle des jeunes filles

« Ils parlent tous comme des animaux De toutes les chattes ça parle mal 2018 j'sais pas c'qui t'faut
Mais je suis plus qu'un animal » Angèle, Balance ton quoi, (2018)

Ces deux chansons illustrent le fait qu’en 40 ans, les manières de considérer les discours sur le corps
féminins et le sexuel ont évolué au niveau social (avant OUI, maintenant NON).

ET L’EDUCATION SEXUELLE ?
Une double transformation de la sexualité et de la jeunesse

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• Une période de préparation et d’apprentissage de la sexualité. On part d’une période ou l’autonomie


par rapport à la sexualité est extrêmement contrôlée – c’était une éducation principalement par les pairs
« parler de la sexualité ».

• Une autonomie sous surveillance : D’une socialisation verticale à une socialisation horizontale (par
les pairs)

• Pression des pairs

- Au 19ème siècle, on considérait que l’éducation sexuelle était du seul ressort des parents ;
- L’obsession du silence autour de la sexualité (maintenant c’est l’inverse, on est plutôt dans une
période ou IL FAUT parler de la sexualité. On passe d’une sexualité cachée à une sexualité ultra-
visibilisée) ;
- Dans les manuels, la sexualité proprement dite est abordée sous l’angle de la nature, allant de la
reproduction des fleurs jusqu’à celle des mammifères
- Mais évidemment une « auto-éducation » à la sexualité existe partout et toujours
- 1923 : le législateur réaffirme le devoir de maternité́ en condamnant toute pratique abortive et toute
publicité ou vente de moyens contraceptifs (loi du 20 juin 1923).
- Toute information relative à la limitation des naissances est dorénavant proscrite. Cette interdiction
perdurera cinquante ans et aura des répercussions fondamentales sur l’éducation à la sexualité.
- Les dangers d’informer et de dire les mots du sexe et de son fonctionnement.
- Dès les années 30, dans certains milieux libre-exaministes, la question de la maternité consciente
voit le jour

Premiers Plannings, premières consultations et premières approches d’éducation


sexuelle Le temps du « savoir-faire »

Pendant ce temps, la diffusion de la pilule contraceptive est soutenue et relayée par l’apparition des
premiers Plannings familiaux. Une nouvelle éducation à la sexualité est en train de naître. Elle aura
comme objectif principal d’enrayer la peur de l’enfant non désiré et de pouvoir enfin vivre une
sexualité libérée et épanouie.

En France toujours, en 1973, la circulaire Fontanet instaure officiellement l’information sexuelle dans
les établissements scolaires, information qui doit être alors dispensée uniquement dans les cours de
sciences naturelles. En Belgique aussi, sont introduits peu à peu des cours d’information dans quelques
établissements scolaires, à la demande de certaines directions sensibilisées à la question, mais ici

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encore c’est surtout par le médical, par le fonctionnement organique et physiologique que le sexe est
abordé.

VERS L’EVRAS

EVRAS c’est l’acronyme pour l’éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle, qui est apparu
dans les années ’70 et c’est en 2012 que c’est légiféré, et donc on commence a abordé les choses d’une
manière plus séquencée. Les thématiques les plus aborde seront la prévention des grossesses non-
désirable et la prévention du SIDA (car apparu dans les années ’80). Donc on passe d’une sexualité
taboue à une sexualité dangereuse est morale.

En 1970, un premier arrêté royal du Ministre de la Famille, relatif à l’agrément des centres de
consultations octroie des subsides de fonctionnement et vient ainsi soutenir l’aide bénévole
jusqu’alors nécessaire à la survie des Plannings. Les consultations conjugales et familiales sont enfin
subventionnées.

Le temps de la prévention des grossesses non désirées. Si elle entre à l’école, l’éducation à la
sexualité a donc pour mission de stigmatiser les conséquences néfastes et les pratiques sexuelles à
risque (dont le SIDA)

La prévention du Sida prend le pas sur l’information et l’éducation sexuelles. Les demandes affluent
dans les Plannings. Il faut venir parler aux jeunes du Sida, et rien que du Sida. Il est difficile de parler
de la sexualité au seul prisme de la maladie et de la mort. Mais c’est sans nul doute un passage obligé
qui permet à la sexualité d’entrer à l’école.

L’Affaire Dutroux : des sexualités construites autour de l’angoisse et de la peur

L’EVRAS : une composante de l’éducation citoyenne

- Des tâtonnements aux animations EVRAS


- Depuis le 26 juin 2012, l’éducation sexuelle fait partie des missions obligatoires de l’école.

Cependant, on n’a toujours pas spécifiquement décidé de qui parle de la sexualité. Que ce soit
l’enseignement publique ou libéral, on se retrouve toujours avec des tensions dans un grand nr d’écoles
à Bruxelles concernant les personnes qui parle de ça. Un prof de religion ou naturaliste dans la façon
de percevoir la sexualité, il ne va pas en parler de la même manière que si c’est un prof de sciences ou
c’est qqn qui a fait une formation spécialisée. La plupart des écoles maintenant font appel à des
personnes externes avec une formation de base sur la sexualité. On se rend compte que finalement,
parler de la sexualité c’est presque impossible dès qu’on dépasse le simple aspect anatomique.

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Qui anime et qu’est-ce qu’on transmet ? A l’aube du 21ème siècle, on estime qu’un.e jeune sur cinq
ne sait rien de la sexualité et ne bénéficie d’aucune information sur la puberté, sur les relations
amoureuses, sur le respect du corps, du sien et de celui de l’autre, sur la contraception.

Face au retour de l’ordre moral, il est nécessaire et urgent de développer une approche citoyenne,
féministe et responsable de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. De manière
générale, les frontières de la Belgique en étant illusoires car à l’intérieur on a des mouvements
culturelles et identitaires énormes qui traversent aussi les discours sur la sexualité, c’est très compliqué
de pouvoir discuter des sexualités sans directement entamer la question des valeurs, de la morale et
des croyances.

INTRODUCTION AUX ETUDES DE GENRE

Anémone - Le propre de l'Homme - https://www.youtube.com/watch?v=kLnm9nvV2lg


Elle prend comme exemple les sociétés animales pour réfléchir aux différents systèmes politiques. Elle
montre à partir de l’exemple des bonobos que « nous, les humains, sont la seule espèce vivante dont
les membres ne sont pas d’accord entre eux sur quelle organisation sociale adopter tous ensemble et
que c’est de la dispute que l’intelligence s’est perfectionnée ». Chaque règne a sa propre organisation
stricte à laquelle les membres y adhèrent et qu’ils utilisent systématiquement de la même manière,
mais l’humain c’est une exception. Le but c’est de montrer finalement, à quel point un construit sur la
sexualité ne peut plus se donner sans un rapport au politique (pas au sens des partis mais sur le fait que
la sexualité comme thématique discursive, comme propos adressé à partir d’un point de vue théorique
est fondamentalement qqch qui a un impact politique sur le corps physique et subjective et sur le corps
politique).

La sexualité est liée au genre, car les normes de genre traversent la sexualité. Pour autant, elle n’est
pas simplement la confirmation du genre : loin de l’affermir, elle peut l’ébranler […] : c’est lorsque
s’entrechoquent genre et sexualité que naît le trouble du genre. » Fassin É., « Préface à l’édition
française. Trouble-genre », in Butler J., Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de
l’identité, Paris, La Découverte, 2012, p. 12-13

Aujourd’hui, on ne peut pas uniquement parler de la sexualité sans parler du genre qui est en prime (la
manière dont le sexe différencié ou non est repris c’est une manière sociale et politique). A partir du
moment où on a une certaine identité sexuelle ou un certain corps, ce corps est pris non seulement dans
l’appareil du langage mais aussi dans un appareil social, politique des contraintes. Tout le discours
sur le genre s’inscris fondamentalement dans une dialectique matérielle mais aussi dans un politique,

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dans un principe discursif qui impacte notre corps. Une personne qui se sent hétérosexuelle (ou en tout
cas qui ne s’est pas trop questionnée là-dessus), elle est prise dans une contrainte sociale, politique et
linguistique aussi, de la même manière qu’une autre personne qui se disse « je ne me sent pas en accord
avec le sexe assigne à ma naissance etc. ». Contrairement à ce qui peut avoir lieu dans certains discours
génériques sur les questions de la sexualité et du genre, il y a une tendance à parfois avoir des discours
plus radicaux qui donnent des confusions sur ‘quelles sont les enjeux et les combats aujourd’hui sur
cette question’, comme s’il y avait ceux qui se sont émancipé et libéré (LGBT+) et tous les autres qui
en restent (hétéro ou qui ne diffèrent pas de la ‘norme traditionnelle’). En fait, il n’y a pas de liberté
nul-part, on est tous alignés à partir d’un certain discours, d’un certain corps, d’une certaine
assignation. C’est important de réfléchir à ça, car en tant que futurs psychologues, on va avoir à
rencontrer des personnes qui auront à négocier avec ce qui concerne leur rapport à eux, à leur corps, à
leur sexualité, et un discours qui s’ils se font pour eux-même que le social leur renvoi. Ce n’est pas
uniquement une question de minorité ou de droit ou de pouvoir !

DU SEXE AU GENRE : Pourquoi donc

Dans un premier temps, il a fallu absolument adopter une perspective relationnelle, càd à penser les
hommes et les femmes dans un rapport, dans une relation. Il ne s’agissait pas de les penser séparément.
On peut penser cette question dans l’actualité, à savoir est-ce qu’il s’agit de toujours penser l’homme
à partir de la femme et inversement ? Mais au moment des études de genre et de cette dichotomie, il a
fallu se dire que le sexe féminin existe a partir de la manière dont il est pensé au regard du sexe
masculin !

*Adoption d’une perspective relationnelle. Signifie que les hommes et les femmes, le féminin et le
masculin sont le produit d’un rapport social et qu’on ne peut étudier un groupe d’un sexe sans le
rapporter à l’autre.

Dans la perspective compensatoire, dans les années ’60-’70, c’est le moment du « on ne nait pas
femme, on la devient », c’est le premier moment à la base des futurs mouvements et théories féministes
et des études de genre. Il s’agissait d’être dans une compensation, càd d’aller volontairement regarder
chaque savoir établit par le biais de genre pour considérer s’il y avait ou non des choses invisibilisées,
diminuées, mises en sous-pattern par rapport aux pouvoirs mainstream (hétéro-centrés).

*Perspective « compensatoire » dans un premier temps face à des savoirs disciplinaires mainstream
qui, prétendant étudier des individus abstraits, se sont en pratique focalisés sur les hommes.

*Nécessité de repenser les catégories, de déplacer notre regard.

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Il faut avoir en tête que ce premier mouvement des études de genre des années ’60-’70, est
majoritairement un mouvement américain, porté par des femmes au regard des hommes. Seulement
dans un deuxième temps (celui des féministes radicales), on va questionner les représentations qui se
font les féministes de la première vague (qui considèrent qu’il y a des spécificités des femmes et il
s’agit de les reconnaitre – perspective naturaliste). Les féministes radicales vont considérer que tout
n’est que pouvoir, et que les féministes de la première vague n’ont pas réussi à sortir d’un modèle
dominant lui-même (hétéro-centré), donc même si elles rejettent le patriarcal, elles ne rejettent pas
l’hétéro-centrisme. Ces féministes radicales vont participer à cette mise en distance non-seulement du
patriarcal, mais aussi d’une certaine représentation d’un féminisme qui serait toujours en regard des
hommes, et donc hétéro-centré. Ce mouvement radical donc déclose complètement la question des
orientations sexuelles, des identités de genre et revendique aussi un grand combat – la pornographie.

La pornographie par rapport aux femmes (en termes de droit, de liberté) :

- ‘Les femmes ont moins de liberté que les hommes : rapport de domination’
- ‘Les femmes au service des hommes’
- ‘L’aspect d’argent est différé en fonction du sexe (les hommes font de la porno pour le plaisir,
alors que les femmes ont une nécessite d’apporter de l’argent dans la famille etc.)’
- Etc.

Dans ce qu’on dit, on est plus ou moins d’accord sur l’aspect stéréotypé par des scripts organisés qui
sont majoritairement pensés par et pour des hommes, ce qui peut être différent du vécu de la sexualité
dans l’intimité. L’origine de ce produit consommé peut être considéré le rapport de pouvoir entre les
hommes et les femmes. Typiquement dans ces mouvements féministes, il y a eu autour de porno des
discours qui mettaient en avant, dans la première vague, le fait qu’il y a de l’objectivation de la femme
dans le porno, il y a un rapport du pouvoir, et la femme n’existe pas et est totalement assujettie à
l’homme. Donc que ce n’est qu’une manifestation supplémentaire de pratiques de pouvoir, de
reproduction de ces rapports de domination qui sont mises en œuvre et qui influencent les générations
d’aujourd’hui et de demain. Les féministes radicaux ont plutôt dit que en fait il s’agissait de laisser
aussi les femmes à avoir le pouvoir d’être désirées et d’être l’objet. C’est un débat sensible qui suscite
des vives tensions dans n’importe quel type de discussion. Dans le féminisme radical il y a l’idée que
les femmes aiment être soumisses, aiment être dans des rapport de violences en certains moments (les
idées de Virginie Despentes – qui est une romancière et qui a été dans la prostitution ; dans cette
question de la pornographie, suite a un viol, elle distingue deux choses : le moment de viol vécu comme
un traumatisme et l’appropriation subjective vit après dans l’expérience de porno).

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PENSER LA SEXUALITÉ

« La faim du ventre ne donne aucune idée de la complexité de la cuisine. Le corps, le cerveau, les
organes génitaux et les capacités linguistiques sont tous nécessaires à la sexualité humaine. Mais ils
ne déterminent pas son contenu, ses expériences ou ses formes institutionnelles. De plus, nous ne
rencontrons jamais le corps sans médiation par les significations que lui donnent les cultures » (Gayle
Rubin 1993). Cette citation donne corps à la base des théories de genre. Ni le corps, ni le rapport au
corps de l’autre n’est une donnée en tant que telle (ni une donnée psychologique, organique, sociale
ou politique), mais c’est l’ensemble de ces articulations qui nous permettent d’entendre ce que veut
dire, pour l’individu, son rapport à l’autre. C’est toute la difficulté pour les psychologues de pouvoir
dans une période qui prend si fort les questions des violences sexuelles faites aux femmes, des droits
de femmes, de consentement, de comment entendre chacun et chacune, des hommes et des femmes
qui viennent en séance, avec la manière dont ils négocient leur rapport a eux et a l’autre.

CULTURES SEXUELLES « Notre sexe biologique et nos actes sexuels n'ont de sens que grâce aux
communautés dans lesquelles nous les vivons, aux institutions qui tentent de les réglementer et aux
traditions qui les célèbrent. Les cultures sexuelles font référence aux divers contextes et coutumes qui
donnent un sens à notre corps et à la manière dont nous les utilisons dans notre quête du plaisir »
(Amin Ghaziani 2017). A partir de la contrainte, peut émerger la liberté (faut se considérer tous
alignés, qu’on va mieux appréhender la réalité), en tant que futur psy, on va être comme ça plus prêt
de la réalité du patient.

ESSENTIALISME VS. CONSTRUCTIVISME

« Le point essentiel (en première instance du moins) n’est pas tellement de savoir si au sexe on dit oui
ou non, si on formule des interdits ou des permissions, si on affirme son importance ou si on nie ses
effets, si on châtie ou non les mots dont on se sert pour le désigner ; mais de prendre en considération
le fait qu’on en parle, ceux qui en parlent, les lieux et points de vue d’où on en parle, les institutions
qui incitent à en parler, qui emmagasinent et diffusent ce qu’on en dit, bref, le « fait discursif » global,
la « mise en discours » du sexe. (…) » Michel Foucault (1976) – c’est un des penseurs magistraux de
la question de la structuration même du concept de la sexualité. C’est aussi une citation qui synthétise
très bien que dans cours-ci, on est obligé de faire une analyse épistémologique des savoirs, parce que
le fait d’en parler implique qu’il faut savoir d’où on en parle, quand on en parle, a quel fin on en parle,
qui en parle, et ce que ca impacte sur les sexualité en tant que tel.

UNIVERSALISME

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• Depuis les années 60 le féminisme est divisé en 2 courants majeurs : le courant essentialiste (ou
différentialiste) et le courant universaliste.

• Le courant universaliste dont la figue de proue serait Simone de Beauvoir, proclame, le droit à
l’égalité.

- La différence biologique ne peut expliquer les différences de comportement et la domination. Rien


ne distingue l’homme de la femme par rapport à ce qui concerne les rapports de droit, de pouvoir
et d’aptitude.
- Toutes les différences sont expliquées culturellement. Par exemple, les jeunes filles s’orientent
vers des filières faiblement valorisées alors que leurs résultats scolaires sont meilleurs que les
garçons.
• le résultat d’une culture intégrée peu à peu durant l’enfance et l’adolescence de ce que sont les
métiers féminins et les métiers masculins (impact sur les choix faits).
- Les luttes des universalistes sont donc plutôt tournées vers le droit, et notamment la parité dans
toutes les fonctions, et un changement des mentalités.

ESSENTIALISME

• Le courant essentialiste, défendu notamment par Antoinette Fouque, proclame le droit à la


différence.

- Il existerait des spécificités féminines complémentaires des spécificités masculines. Par exemple,
les femmes seraient naturellement plus enclines à montrer de l'empathie pour les autres.
Les dernières découvertes en neurosciences prouvent qu’il y a bien une différence biologique cérébral
entre le cerveau féminin et masculin, non plus dans la taille, mais dans la façon dont les circuits et les
afférences neuronales se répartissent. Chez les femmes, on a des afférences qui seraient plus dans la
capacite à faire des liens, à avoir une compréhension et une vision du monde dans des détails ; la ou
les hommes serait plus performants dans des taches qui sont plus préfrontales de décision etc. Ses
études font une sorte de conclusion totalement essentialisant ce qui renforce une certaine vision
naturaliste qui trouve aujourd’hui ces nouveaux Dieux pour affirmer cela à travers la neuroscience –
donc une construction genrée des savoirs scientifiques et neuroscientifiques.
- Ce courant prétend à une utilisation harmonieuse des compétences féminines dans la
complémentarité des deux sexes pour le plus grand bien de la société.
- Théories du care (Gilligan) partent de cette prémisse

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Ses théoriciens expliquent que les femmes étaient assez naturellement plus enclines à pratiquer le soin.
Tous les métiers dites « de soin » vont être valorisés majoritairement par les femmes, aussi en terme
théorique (compétence).
- Divers courants conservateurs utilisent cette rhétorique, en la désignant comme féministe
(catholicisme, franc-maçonnerie, …)

LE CONTRAT HÉTÉROSEXUEL

« D’après Rousseau, le lien social est une somme de conventions fondamentales qui, même si elles
n’ont jamais été énoncées, sont néanmoins impliquées par le fait de vivre en société. Et nous les
connaissons ces règles, le mot hétérosexualité les résume. (…) Ces règles et ces conventions rendent
la vie possible comme on doit respirer pour vivre. En fait, les conventions sociales et le langage font
apparaître avec une ligne en pointillés le corps du contrat social désignant ainsi l’hétérosexualité.
Pour moi les deux termes de contrat social et d’hétérosexualité sont superposables, ce sont deux
notions qui coïncident » Monique Wittig (penseuse du mouvement féministe de deuxième vague) –
de visibiliser cet implicite hétérosexuel s’était une démarche essentielle à l’époque, qui peut nous
paraitre aujourd’hui qqch en peu daté.

LE GENRE UNE GRILLE D’ANALYSE

Construction genrée des savoirs sur


la sexualité – manuel ‘92

Dans la façon dont s’est présenté


c’est complétement organisé pour
que ce soit que la femme qui doit
comprendre comment elle est supposée de faire les choses pour le partenaire et apprendre avec le
partenaire ceci.

Outre bien évidemment le corps (ce que l’on en fait, comment on le perçoit, comment on le donne à
voir), il convient d’ajouter un autre dénominateur commun essentiel entre ces trois notions : elles sont
toutes des constructions (sociales, culturelles, politiques), des activités performées – pour reprendre
un terme cher à Judith Butler quand elle envisage tant le genre que la sexualité – qui constituent
chacune un champ paradoxal où se rencontrent simultanément à la fois un champ de
contraintes/normes incorporées (au sens figuré et littéral du terme) et un champ de
résistances/libertés.

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Cette citation nous montre bien ce qui vaut de tension entre ce qui est de l’ordre de ce que l’on peut
performer, représenter et construire pour soi ET ce qui fait entraver à cette liberté que l’on pourrait
avoir par rapport à son corps, son identité, sa construction personnelle qui existe toujours. C’est dans
cette dialectique-là le job de psychologue – comment chaque individu construit sa solution singulière
avec son corps incarné, subjectivé, réel, et son rapport à l’autre (féminin, masculin, trans). Référence
- Paul Preciado – qui est un philosophe trans qui se revendique comme ‘homme trans’, càd en
transition ; sa façon de se présenter au monde est une conceptualisation de lui-même, il incarne sa
théorie et la façon dont il la présente au monde c’est d’être qqn qui est en transition et le moins aligné
de tous car il a compris que d’être au monde c’est finalement d’etre en transition. Ce corps n’est qu’un
corps qui performe par rapport à un monde auquel il a à faire. Donc il a une position par rapport à la
psychologie est très opposé – pour lui, la question de l’identité n’a pas de sens, c’est un concept pour
lui vide qui n’a pas d’impact sur nos actions, OR dans la psy la notion d’identité est à la base de cette
discipline. Si on est X pendant toute notre vie, il suffit un accident de voiture qu’on n’est plus X et que
l’ensemble de notre organisation psychique se réorganise à partir de cette nouvelle domination qui est
d’être en chaise roulante (pareil si on devient séropositif ou pareil si on devient un trans). Cette question
de contrainte, il l’a subvertie, càd qu’il n’a plus de contrainte dès lors qu’il sait que son corps est une
contrainte – sa façon de se libérer c’est d’être conscient que son corps n’est qu’une construction.

Si le genre est une sorte de faire, une activité incessante performée, en partie, sans en avoir conscience
et sans le vouloir, il n’est pas pour autant automatique ou mécanique. Au contraire, c’est une pratique
d’improvisation qui se déploie à l’intérieur d’une scène de contrainte. Qui plus est, on ne “fait” pas
son genre tout seul. On le “fait” toujours avec ou pour quelqu’un d’autre, même si cet autre n’est
qu’imaginaire. Ce que j’appelle “mon genre” apparaît parfois comme une chose dont je suis
l’auteure, voire la propriétaire ; mais les termes qui composent notre propre genre sont, dès le départ,
hors de nous, au-delà de nous, dans une socialité

1) le pouvoir régulateur n’agit pas seulement sur un sujet préexistant mais forme aussi ce sujet ; de
plus, chaque forme juridique du pouvoir a ses effets productifs

2) être sujet à la régulation, c’est y être assujetti, c’est-à-dire devenir un sujet précisément par le fait
d’être régulé (on devient sujet dans l’assujettissement – c’est à partir de la dépendance de l’autre qu’on
construira notre indépendance ; c’est à partir du regard de l’autre qu’on se construit comme sujet). Ce
second point dérive du premier en ce que les discours régulateurs qui forment le sujet du genre sont
justement ceux qui contraignent le sujet et le produisent

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ETUDES DE GENRE

• Diversité des théories, champ conflictuel

• 4 dimensions du genre (Bereni & al., Introduction aux études sur le genre, 2012)

- Construction sociale
• Dénaturalisation des sexes : « On ne naît pas femme, on le devient » (De Beauvoir, 1949)
• Dénaturalisation du genre ?
- Approche relationnelle
• Relation d’opposition : genre ≠ F
• Système de bi-catégorisation des sexes et valeurs et représentations associées
(féminité/masculinité)
- Rapport de pouvoir
• Bi-catégorisation hiérarchisée (matérielle et symbolique)
• Oppression des femmes, domination masculine, patriarcat, valence différentielle des sexes, etc.
➔ Genre est un rapport social qui produit de la hiérarchie et inégalités
- Intersectionnalité (un terme apparu dans les années ’90 pour essayer de comprendre la double
stigmatisation – être femme et homosexuelle – dont deux fois plus de stigmatisation avec des
impacts majeures sur la santé mentale). L’imbrication des rapports de pouvoir auxquelles les sujets
ont à faire face ne sont pas un simple cumul.
• Imbrication avec autres rapports de pouvoir (« race », classe, sexualité, etc.)
• Cumul ≠ effets spécifiques

ARTICULATIONS GENRE, SEXE, SEXUALITÉ

• J. Butler, L’assiduité avec laquelle j’entreprends de “dénaturaliser” le genre […] vient […] du désir
profond de contrer la violence des normes qui gouvernent le genre […] et aussi de déterrer les
présupposés les plus tenaces concernant le caractère naturel […] de l’hétérosexualité »

• G. Rubin, Le marché aux femmes, 1975

« Au niveau le plus général, l’organisation sociale du sexe repose sur le genre, l’hétérosexualité
obligatoire et la contrainte de la sexualité des femmes. (…) Le genre n’est pas seulement
l’identification à un sexe ; il entraîne aussi que le désir sexuel soit orienté vers l’autre sexe. »

• G. Rubin, Penser le sexe, 1984 ; • M. Wittig, La pensée straight, 1980

« C’est l’oppression qui crée le sexe » ; « Les lesbiennes ne sont pas des femmes »

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Rubin, G. The sex hierarchy: the charmed circle vs the outer limits

Elle a fait toute une analyse ethnographique dans un


bar gay en Amérique dans les années ’70, sur des
pratiques sexuelles, le travail en étant mené jusqu’à
l’arrivée du SIDA (elle a réussi à voir comment le
SIDA a reconfiguré aussi ses pratiques). Elle a fait
deux graphiques qui manifestent ce qu’on considérait
comme implicitement une sexualité dite « bonne,
normale, naturelle, reconnu socialement ».

Le cercle intérieur est ce qui est ‘légitime’ (hétéro ;


marié ; monogame ; procréatif ; en couple ; dans une
relation de qqn de la même génération ; à la maison ;
pas de pornographie). Le cercle extérieur c’est celui
‘non-légitime’ (homosexualité ; par promiscuité – avec plus qu’une personne à la fois ; non procréatif ;
non institué dans une relation ; transgénérationnel ; avec pornographie ; avec des objets etc.). Même
si on doit renommer certaines catégories, ce schéma reste tout à fait contemporain pour penser ce qui
est légitimé ou pas, ce qu’on reconnait socialement ou pas.

Rubin, G. The sex hierarchy: the struggle over


where to draw the line

Son deuxième schéma c’est l’illustration des


pratiques considérées comme bonnes ou mauvaises
avec une zone considérée comme celle de
« contestation sociale » (ce qui est intermédiaire –
les enjeux politiques). Les aires majeures de contestation ce n’est pas le cercle extérieur, mais c’est
quand les gens combinent plusieurs catégories entre elles (entre le cercle extérieur et intérieur) – les
relations stables chez les homosexuels par exemple. Le secteur de la médicine est très mal pris par
rapport à la question de ‘comment est-ce qu’on évalue la légitimité pour les couples homo d’avoir
accès à la parentalité’. En Belgique cette affaire-là est légalisé, mais les couples homo sont plus obligés
de se marier que les hétéro si ils veulent avoir un enfant qui soit reconnu ; ils doivent passer plusieurs
rendez-vous avec un psychologue qui évalue le projet de parentalité du couple et qui est forcément
obligé à un moment donné d’évaluer des choses qui sont vite questionnable du cote ‘à quelle place ils
sont’, ce qui implique un jugement des valeurs, de moralité (si c’est bon vs mauvais). Ces enjeux donc

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impactent sur des dispositifs médicaux et psycho-médicaux parce qu’on est toujours sur des
lignes fragiles de négociation (des aires de contestation) entre des droits et un ordre moral.

N-C. Mathieu, « Les transgressions du sexe et du genre à la lumière des données ethnographiques »,
199. Il est le premier à visibiliser que le sexe et le genre ne sont pas obligatoirement liés ; que le rapport
qui les lie est aléatoire et en fonction des sociétés.

• 3 modes de conceptualisation :

1. Genre traduit le sexe : conscience individualiste (le niveau de consciente et de rapport que l’on se
fait entre le sexe et le genre)

2. Genre symbolise le sexe : conscience de groupe

- Garçons-épouses Azande - ce sont des garçons qui sont donnés en épouses aux militaires et pendant
cette mission militaire ces garçons non seulement font tout ce qui concerne les pratiques ritualisées
du féminin (faire la cuisine, le ménage, etc.) mais aussi à des pratiques sexuelles avec le partenaire.
Ensuite, lorsque le partenaire revient de la mission, le garçon épouse est transféré à un autre
partenaire et le militaire se marie à ce moment-là avec une femme.
- Vierges jurées d’Albanie - ce sont des vierges instituées socialement, dans des familles qui n’ont
pas des descendants masculins qui, pour des raisons de transmission de ressources, choisissent la
première fille qu’ils vont élever comme un garçon, tout ça pas de manière cachée – c’est institué
socialement que cette personne devient l’homme de la famille. Ces femmes se conduisent toute
leur vie comme des hommes, s’habillent comme des hommes et sont reconnues comme des
hommes (elles ont des droits comme des hommes, etc.) ; toute cette transformation est sans
chirurgie, sans hormones.
- Two-spirits d’Amérique du Nord - ici ce n’est pas uniquement une femme qui est choisie d’être un
homme, mais ce sont des communautés en Amérique avec des hommes two-spirits, des femmes
two-spirits, et des communautés où il y en a les deux ensemble (des hommes qui ont une partie des
apparats féminins, donc entre deux, comme un troisième genre). C’est socialement institué, donc
ça n’a pas de correspondance avec les LGBT+ version occidentale).

3. Déconnexion genre/sexe : conscience de classe

- Mouvement queer

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Souvent on est plus dans le ‘genre traduit le sexe’ toutes et tous (2) et quand on est militant, on est
dans le (1) et (3), càd qu’à la fois on est conscient du rapport du pouvoir qui se joue entre le ‘genre
traduit le sexe’ ; si on est militant cuit, on fait exploser les catégories (le genre ne traduit pas le sexe
du tout) ; et puis, dans des sociétés plus traditionnelles, il y a des inscriptions tout à fait ritualisées qui
organisent les rapports.

Les « vierges jurées » d’Albanie. Photographie de


Jill Peters

Les « berdaches » ou two-spirits

DU GENRE AU SEXE

• T. Laqueur, La fabrique du sexe, 1990

1. Modèle antique et médiéval du « sexe unique » (anatomiquement on a été sur le même modèle
avec une inversion ou une extraversion en fonction de l’apparence de l’organe génital) ;
2. Modèle moderne des « deux sexes » (c’est un modèle relativement récent qui est venue pour
dichotomiser le sexe).

• A. Fausto-Sterling, « The Five Sexes » 1993, et Sexing the Body, 2000

Elle montre que les marqueurs scientifiques donnent une variabilité incroyable au sexe, et que ça
dépend de ‘à quel endroit’ on met la ligne d’arrêt de séparation entre être un homme ou une femme.
Si on s’arrête à l’anatomique, c’est majoritairement ce qui justifie encore « l’attribution » du sexe aux
individus pour qui le sexe n’était pas explicitement masculin/ féminin, donc on décide en fonction de
la taille normée (en termes de centimètres) pour un clitoris ou un pénis (dans des situations tranchées,
si qqn est nait avec un clitoris d’une taille trop importante, et que ça peut être considéré comme un
début de pénis, donc que ça dépasse un certain nr des centimètres, alors on considère que c’est un
homme ; et à l’inverse si le pénis n’a pas la taille minimale, alors c’est considéré comme du sexe
féminin). Au niveau gonadique, c’est quand on arrive en consultation PEM (?) et on se rend compte
qu’un partenaire n’a pas suffisamment des gonades, ce qui implique que, ici, il y a un choix aussi

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biologiquement parlant du marquer auquel on se réfère (on ne dit pas à la personne que ‘vous n’êtes
pas un homme/ une femme’ mais on lui dit qu’il y a une insuffisance des réserves de sperme ou
ovocytaire par exemple). Pour exemplifier le niveau chromosomique, on va se référer à un médecin
qui dans ses consultations de PEM (?), à un moment donne s’est retrouvé avec une femme qui a fait
généralement toutes les examens de base survenant après avoir connu qu’elle est infertile, et on s’est
rendu compte que, chromosomiquement, elle était un homme, alors qu’elle a un utérus, qu’elle a les
caractéristiques sexuelles secondaire féminins – le terme dont ce médecin en parle c’est le « vertige de
la filiation » ce qui veut dire que, à un moment donné, par rapport à la sexualité, on sait plus parler ;
et par rapport à ce fait, c’est impensable de savoir comment on peut s’approprier ceci. L’imaginaire
qu’on associe à la sexualité d’un part, à la gestation, à la parentalité ne se recouvrent pas dans cette
situation-là – il y a ici, à un moment, un impossible à dire, un impossible à représenter. Le niveau
hormonal c’est le taux qu’on a des hormones féminins ou masculin et l’humoral c’est la façon dont
ses hormones se ‘comportent’ dans le sang.

- Polysémie du terme
- Variabilité des marqueurs scientifiques : anatomique ; gonadique ; chromosomique ; hormonal ;
humoral

« Notre connaissance de l’embryologie et de l’endocrinologie du développement sexuel (...) nous


permet de comprendre que les humains mâles et femelles commencent leur vie avec les mêmes
structures : la féminité et la masculinité complète sont les extrêmes d’un spectre de types de corps
possibles. Leur fréquence nous a mené́ à croire qu’ils étaient non seulement naturels mais normaux.
La connaissance des variations biologiques nous mène à conceptualiser l’espace intermédiaire comme
naturel, bien que statistiquement rare » (FaustoSterling, 2000 Sexing the Body)

Une contre position : « La limite de la proposition de Fausto-Sterling réside en ceci qu’elle confère
aux organes génitaux un rôle déterminant et ignore le fait que dans le monde de tous les jours, les
attributions de genre se font sans accès à l’inspection génitale. Ce qui est fondamental dans la vie de
tous les jours, c’est le genre qui est actée (perfomed) quel que soit la configuration de la chair sous
les vêtements » (Kessler, S. 2000)

GENRE ET PSYCHANALYSE : un mariage impossible ?

Si on s’intéresse aux études de genre ou aux autres thématiques liées à la sexualité, on voit que la
psychanalyse est systématiquement utilisée contre les défenseurs des études de genre, càd qu’il y a
vraiment la considération qu’en psychologie il n’y a pas de pensé du sexuel – ce qui est un paradoxe
fondamental et ce qui explique même pourquoi on a aussi peu des formations en sexologie. Du côté

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de la psychanalyse il y a effectivement des propositions théoriques de base faites par Freud, mais qui
doivent impérativement être repensés aujourd’hui. Dans la question du complexe d’Œdipe, on a
l’impression qu’il y avait qqch dans la position de l’humain qui devait se passer par des stades et qui
permettent d’accéder à une vie normale et naturelle (d’être passé par des stades de polymorphisme
sexuel, puis s’orienter vers un amour homosexuel – celui de notre mère quand on est une fille, ou
hétérosexuel – quand on est un garçon – mais c’est aussi homosexuel puisque même quand on est un
bebe garçon et qu’on aime sa mère, on le fait sans se différencier d’elle, donc on se pense comme le
même que la mère). Une autre critique faite à la psychanalyse concerne sa vision hétérocentrée, cad
son aspect phallique. Quand on parle de « phallique » en psychanalyse contemporaine, on parle de la
possibilité d’avoir qqch qui vient faire castration. Ce dernier terme parle non seulement du fait qu’on
est des êtres manquants (=des êtres alignés au discours de l’autre d’un part, et au fait que nous ne nous
connaitrons jamais complètement d’autre part) mais aussi que nous sommes obligés d’accéder et de
supporter la loi (au sens symbolique du terme). L’aspect phallique c’est d’accepter la castration
symbolique auxquelles on doit tous faire et qui est bien médiatisé en fonction de notre structure
psychologique. Si on entend « phallique » du côté masculin, c’est simplement à reprendre dans
l’histoire, mais on est bien conscient que l’histoire est une histoire-métaphore (donc pas confondre la
métaphore et la réalité) – mais c’est au sens-là qu’on attend les choses. « Phallique » au sens
symbolique n’est plus de tout un problème pour penser la question de la sexualité. En psychanalyse,
on considère que la manière dont un individu va essayer retrouver ses repères, articuler son corps
propre, ses représentations de lui, ses représentations de l’autre, c’est qqch qui est totalement
individuel. Là où la psychanalyse et les théories de genre se retrouve c’est l’endroit où on considère
qu’il y a qqch de performatif dans notre façon de fonctionner (performatif c’est le fait même de se dire
‘homme’ ou d’être dit ‘homme’/’femme’/’trans’/etc. impacte non seulement la manière dont nous
sommes vus, mais la manière dont nous nous voyons et nous nous construisons un imaginaire et un
symbolique autour de ça). Là où la psychanalyse se distancie de la sociologie et la philosophie de genre
c’est que la psychanalyse considère qu’il n’y a pas des réponses sociales à cette question (les enjeux
des rapports sociaux, des rapports de pouvoir, de structure qui vont constituer nos individualités) ; cette
tentative de nouer avec qui nous sommes est imminemment singulière. Une question de réflexion c’est
de nous interroger sur le fait que pourquoi nous, hétéro, ne nous interrogeons jamais sur « quand est-
ce que c’est devenu une certitude pour chacun d’entre nous qu’on est hétéro ? » (La question
d’hétérosexualité n’est jamais questionnée individuellement, ce qu’est l’enjeu central dans
l’homosexualité). Par rapport à la psychanalyse, on peut s’interroger sur « à quel moment, un individu
qui se sent hétéro, a senti une certitude qu’il/elle est hétérosexuel ? ». La question de « comment est-
ce que nous, nos attirances sexuelles, nos attirances amoureuses, nos sensations physiques et nos

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identifications » sont systématiquement des tentatives de nouer avec un impossible à faire un louage,
càd un impossible à ce qu’à un moment donné, tout ça soit une certitude absolue. A un moment donné
on va se dire qu’on se sent plutôt ça ou plutôt cela et ça va nous suffire pour fonctionner parce que
sinon on arrive pas de s’en sortir – c’est le cas dans la psychose : si on arrive pas à fixer des points de
capiton/ des points de certitude pour nous, alors il y a plus rien qui tient ; mais dans le même temps, si
on a un vrai retour sur soi, des lors qu’il s’agit de se questionner sur notre identité sexuelle, c’est qu’on
voit qu’il y a aucune correspondance entre les différents niveaux.
Si on analyse la question de « construction » et on se réfère à des personnes qui se sont senti des
homosexuels ‘depuis toujours’ (« c’était toujours en moi »), ou pour des personnes trans de se sentir
depuis toujours dans le mauvais corps, il y a qqch assez ancré – dans l’idée de ‘construction’ on parle
du fait qu’il y a une forme de choix et une possibilité de changement (là-dessus s’appuie la plupart des
thérapies de redressement des personnes homo en hétéro). Il y a aujourd’hui un certain nombre des
personnes qui se sont toujours senti hétérosexuelles, et qui se sentent toujours dans le présent malgré
la possibilité de s’émanciper par rapport à ses normes. Donc c’est toujours cette nuance entre – si tout
est construction alors qu’est-ce qui est de l’ordre qui ne se choisit pas tout à fait vs si c’est qqch qui
ne se choisit pas, quelle est encore notre libre arbitre ? Les questions concernant la sexualité sont au
cœur de cette division entre ses deux niveaux.
Remarque sur les points de capitons : dans la psychose, l’individu a une sorte d’impossibilité à s’arrêter
dans les identifications. Nous sommes tous alignés au langage – quand on utilise un mot, il ne va
jamais tout dire. Si on cherche la signification d’un mot dans un dictionnaire, alors ça renvoi
systématiquement à des définitions d’un autre mot – donc, c’est une mise en abime de nos possibilités
de s’exprimer et de se penser. A un moment donné, pour pouvoir tenir la route, on a besoin de mettre
des points d’arrêt/ points de capiton, ils nous permettent de nous dire qu’on n’est pas à 100% surs de
qui on est, mais au moins on peut se définir (la possibilité de trancher ce qui est moi et ce qui est non-
moi). Dans la psychose, tout va prendre du sens à l’infini. Dans la question de genre, il y a un moment
ou on va mettre une voile sur la possibilité de se définir à l’infini, ce qui va être même rassurant.
A priori, dans les réflexions contemporaines de la psychanalyse et la manière de travailler avec les
patients dans la psychanalyse, en fait référence à la clinique borroméenne / la clinique des nœuds -
c’est la combinaison du nuage de réel, du symbolique et de l’imaginaire. Par rapport à la question du
corps et des sexualités, le réel c’est ce corps auquel on a à faire tous et toutes que l’on essaie de le
structurer dans le symbolique par notre langage (on lui donne du sens, on lui donne une consistance,
on lui donne des valeurs et des représentations). L’imaginaire c’est tout ce qui est de l’ordre de nos
croyances, tout le registre du miroir (ce que l’on voit de soi à travers le regard de l’autre et ce qu’on
imagine que l’autre pense de nous dans notre construction individuelle). D’une certaine manière, les

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théories de genre travaillent majoritairement sur le symbolique et l’imaginaire : symboliquement,


comment est-ce que la société structure les rapports de pouvoir et l’organisation de nos corps;
l’imagine est comment les sujets se définissent ; mais la psychanalyse articule ça avec le réel du corps
qui n’est pas que une pure construction ! et qui essaie de comprendre comment chacun articule ses
trois éléments, pour lui-même, dans son rapport à l’autre, à son corps, au langage (c’est pas restreint
dans la sexualité, c’est aussi valable dans toutes les autres sphères de notre réalité). Du coup, la
psychanalyse n’a pas des prérogatives ou d’intentions par rapport à ce qui est une sexualité dite
‘normale’ ou des pratiques ‘normales’ ou ‘anormales’. Il n’y a pas de jugement dès lors que ça peut
s’organiser.
• Un discours normatif ? – discours des stades.
• Phallique
• Hétérocentrique ?
• Pourtant : « la notion de genre même est étrangère à la psychanalyse, si ce n’est pour désigner des
modalités logiques d’articuler un rapport au Tout universalisant et à l’exception à cet univers
fermé du Tout » (Fajnwaks & Leguil, 2015, subversions lacaniennes dans le genre)
• Une clinique borroméenne
• Du non du père, aux noms du père
Dans la psychanalyse, on est passé du non du père au sens symbolique-castrateur : le fameux moment
où l’enfant dans l’Œdipe apprend à reconnaitre que le tier va venir casser le rapport passionné de
l’enfant a sa mère, ce qui lui permet à rentrer dans la sociabilité. Dans le même temps, Lacan propose
qu’on soit plus uniquement dans la notion de castration entre ceux qui ont réussi à accepter la loi et
ceux qui n’ont pas réussi à le faire, mais qu’on est dans une volonté d’essayer de voir quelles sont les
différentes nominations qu’un sujet va prendre pour essayer de se comprendre.

• Pour la psychanalyse, il ne s’agit pas seulement de libérer les sujets d’un pouvoir qui les
assujettiraient tous ensemble à une vie non reconnue. Il ne s’agit jamais seulement de sujets qui
souffriraient d’une intériorisation de la norme faisant obstacle à l’assomption de leur identité. (C’est
à quoi les théories de genre essaient d’aborder). Cette visée émancipatrice à l’échelle collective ne
suffit pas. La psychanalyse ne croit pas en la possibilité d’une solution au malaise de la civilisation.
(…) Le questionnement d’un sujet sur son être sexué ne peut se poser à l’échelle d’un groupe dont les
membres se reconnaîtraient, comme mis en difficulté tous ensemble de la même façon par des normes
dominantes (Fajnwaks & Leguil, 2015 : 57) ; C’est important ici à trouver les spécificités de ce que
fait le psychisme par rapport à la pression sociale.

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La question donc est « est-ce que genre et psychanalyse sont conciliable ou pas » ? Il y a de grands
débats entre les personnes qui défendent les théories de genre et les personnes orientées par la
psychanalyse, avec généralement une critique majeure adressée à la psychanalyse car elle a un discours
qui empêche la possibilité de penser tous les enjeux de pression sociale, de rapport de pouvoir entre
les individus. Main en fait, ce que propose la psychanalyse c’est qu’il n’y a pas de possibilité de
répondre aux questions individuelles et intime uniquement par la libération des emprises de groupe.
Ce n’est pas parce qu’on va pouvoir émanciper les femmes ou qu’on va pouvoir visibiliser et libérer
les droits des LGBTQ+ que l’on va pouvoir aller chez l’intime, répondre aux questions individuelles
qui traversent chacun d’entre nous sur ce qui concerne notre articulation entre genre, psychisme,
sexualité et corps. C’est pour cette raison que Lacon a dit que « le rapport sexuel n’existe pas ».

Le rapport sexuel n’existe pas

• Entre autres, aucune opposition symbolique A/P, maître/esclave ne peut déterminer adéquatement
la différence sexuelle.
• Il n’y a pas d’inscription, pour l’être parlant d’un côté ou de l’autre de la sexuation, surtout pas à
partir de la rencontre sexuelle et de ce qui pourrait assigner chaque être à un genre ou à un ensemble
quelconque par rapport à la sexualité.

Pourquoi est-ce que le rapport sexuel n’existe pas ? Il entend par cette phrase le rapport sexuel dans la
question de « rapport » - le rapport entre homme et femme ou entre deux individus du même sexe/genre
qui n’est pas écrit préalablement ; donc il n’existe pas d’opposition inscrite pour tous, symbolique
entre des positions dites masculines ou féminines pour distinguer clairement ce que relève de la
différence sexuelle. Or, c’est ce qui ont mis en évidence les théories de genre, qu’il y avait une sorte
de discours implicite qui régulait l’ensemble de nos rapports sociaux de façon genré et tout dans nos
pratiques et représentations est genré de manière féminine ou masculine. Avec ses propositions de « le
rapport sexuel n’existe pas », dans l’intimité rien de cette distinction féminin/ masculin ne permet de
comprendre la différence sexuelle. Donc, il n’y a pas d’inscription pour l’être parlant d’un côté ou de
l’autre de la sexuation ; par contre il y a un corps ! Il n’y a pas de données qui nous précèdent, qui nous
font dire que nous sommes homme ou femme, que nous sommes féminins ou masculins ; que ce
rapport-là n’existe pas.

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Il y a toute la question de la construction que nous sommes faites à partir de ce que la famille nous a
assigné, à partir de quel pays on est né (les constructions sociales), dans quelle histoire on est né – tout
ça se sont des appuis pour notre construction (ce que nous dissent les théories de genre). Mais cette
pulsion à l’intérieur de nous-même n’a pas décidé de suivre les objets que l’environnement social,
familial et politique a construit pour nous. La pulsion est sans relâche et peut se positionner et s’opposer
vers un objet du même sexe ou d’un autre sexe ou des deux et ça pas spécialement dans un temps
ordonné. Donc il y a la question des identités d’une part, et celle des pulsions d’une autre part qui
ne répond pas à la logique familiale, sociale et politique ! L’idée de scandale quant au corps c’est le
fait d’avoir un corps qu’on tente de le construire avec les moyens du bord – cette constructions-là est
toujours imminemment singulière, toujours remise à l’œuvre.

Ce corps brut avec lequel on doit faire, qui est composé par des attributs masculins ou féminins, on
doit bien faire avec qu’on soit d’accord ou pas d’accord, que se corps nous convient ou ne nous
convient pas, il existe dans sa matérialité physique. Tout le reste, cad la question de construction
sociologique de genre, c’est ce à quoi le sujet vient de se confronter. Ce qui a priori les théories de
genre n’incluent pas dans ses réflexions c’est la question de la pulsion. On n’est pas qu’un corps qui
se construit dans un discours social, genré, structuré hiérarchiquement, mais aussi on est un corps
pulsionnel – un corps qui vibre. Cette vibration va venir se coller au corps social d’où existe le
psychisme ! Dans la psychanalyse, il y a ce corps biologique qui est une donnée et il y a les discours,
mais dans l’entre deux il y a la pulsion (ce qui vient du corps ; la première perception psychique du
corps ; la pulsion va traverser le corps pour se jeter dans le social) – cette pulsion-là ne suit pas les
logiques sociales, ce qui fait que rien de cette pulsion ne va pouvoir définir ce qui est actif ou passif,

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ce qui est hiérarchisé ou pas. C’est pourquoi c’est difficile pour la psychologie d’arriver à faire une
proposition de psychologie clinique spécifique qui ne soit ni réduite à la biologie, ni réduite à la
sociologie ; ces deux domaines sont valides, ce sont deux forces qui nous définissent mais a le croisé
de ses forces, psychique d’un part et biologique d’autre part, il y a qqch qui répond à des lois différentes
– c’est le psychisme, la pulsion, la jouissance. On n’est pas uniquement la résultante de ses deux forces
– ce que la psychanalyse essaie de proposer.

DEFINITIONS La sexualité : taboue, universelle, centrale


Si on essaye de répondre à la question de qu’est-ce qui est transgressif pour nous alors on se rend
compte que ce n’est pas si simple que ça de savoir ce qui est transgressif et ce qui ne l’est pas. Si on
met la limite en termes de lois, même ici on peut s’interroger parce que les lois sont sujettes à des
changements dès lors que la société bouge. Dans cette question, le sexuel intervient (et ce n’est pas le
sexuel en termes de rapport sexuel mais plutôt en termes des concepts venant de la sexualité).

QUE RETENIR DE CETTE VIDEO ?

https://www.youtube.com/watch?v=3rt3dvCdwYc

Le but de ce vidéo est de nous montrer qu’est-ce qui est complexe dans la sexualité – c’est la question
du corps, surtout la question du corps pris par l’autre (c’est qqch qui dépasse toutes les lois sociales).

LA SEXUALITE …. TABOUE

• de tous temps : difficile d’en parler pour tout le monde - y compris pour les psychologues souvent!

• en parler : métier de psychologues : prose et non poésie ; pas de métaphore ou d’ellipses (pas ‘la
chose’) ; mais valider le confort de dire les choses.

La sexualité est taboue parce qu’on voit à quel point il y a été difficile d’en parler (même aujourd’hui).
On va le faire toujours avec des métaphores, ou avec un langage extrêmement cru. La possibilité de
parler de la sexualité nous échappe même avec notre meilleur outil, à savoir le langage. Si on arrive à
parler de la sexualité, c’est brut, mais si on le fait avec des métaphores – ça ne veut déjà rien dire par
rapport à ce qu’on vient de vivre. En tant que psy, notre première difficulté c’est de parler avec le
patient de la sexualité en trouvant le juste niveau entre un vocabulaire grossier, médical et
métaphorique. Dans une rencontre avec un lien suffisamment fort et un transfert suffisamment fort, on
doit faire entendre à la personne en face de nous que la question de la sexualité peut être nommée chez
nous. En tant que psy, ce qui est important ce n’est pas le fait de pouvoir poser des questions mais

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plutôt de manifester qu’on peut parler de la sexualité, que la personne peut parler de la sexualité avec
nous sans qu’il soit le moindre gène.

TABOUE

Pourquoi ?

Le cœur de l’orgasme est transgressif parce qu’il répond à une logique qui est absolument non-sociale
et donc on doit comprendre le concept de « transgression » à la lumière du « social », càd que celui
qui transgresse c’est celui qui transgresse les lois sociales (on ne peut rien transgresser tout seul) =
c’est toujours en rapport à l’autre. Or, dans la question de l’orgasme c’est ce moment où on jouit de
l’autre, on est dans qqch purement objectal à l’autre – l’autre est notre désir et nous somme le désir
de l’autre. Ceci est contraire à ce qui rend le vivre ensemble possible : pour vivre ensemble, ‘être
l’objet de l’autre’ ne marche pas très bien ; il faut qu’on soit dans un rapport dialectique à l’autre, dans
un rapport où on respecte des règles, où on n’est pas uniquement l’objet de l’autre. Ici, cette sexualité
transcende cette règle-là – on est inconditionnellement pris par l’autre ou dans l’autre. Dans un second
temps dans ce point sur la transgression, il y a le fait qu’elle est imminemment associée à toute une
fantasmatique. Même si c’est très difficile de le mesurer, sur les études dont on dispose, on sait qu’à
priori il est beaucoup plus simple de jouir en ayant en même temps des images fantasmatiques en
tête, que ce soit de jouir dans une relation sexuelle avec un autre ou par la masturbation, que de jouir
par la mécanique de l’action. Cet aspect transgressif rejoint aussi notre imaginaire – on a besoin d’une
schène imaginaire sur laquelle on va venir déployer et de poser des images d’une certaine modalité
transgressive, à savoir d’une manière soit voyeurisme-exhibitionniste (on veut voir l’autre, on veut
être vu.e, on veut se filmer, on veut se regarder dans le miroir, on s’imagine d’être vu.e par des autres
qui nous excitent) ou dans la dualité sadisme-masochisme (on veut être pris, on veut faire mal à l’autre,
on veut que l’autre nous fasse mal parce que ca nous fait du bien, etc.). Ce double niveau de
fantasmatique est totalement transgressif pas au sens « c’est anormal » mais par rapport à la loi
sociale. Il ne peut y avoir de ‘trous’ dans cet absolu, dès lors qu’on est dans un rapport sexuel avec
qqn mais en même temps on s’imagine des schènes où une autre personne intervient. Or, nous somme
en tant qu’individus constitués en tant qu’avec des manques ; mais le manque c’est un trou, càd qu’on
fait avec le fait qu’on est un peu manquant (on n’a pas tout, on sait pas tout, on a pas tout dit, on
comprend pas tout, on a pas fait tout ce qu’on veut etc.) – la sexualité pour l’aspect le plus abouti dans
l’orgasme nécessite qu’il n’y est plus de trous, qu’il ne soit attachée par le reste – c’est dans ce sens
là que la sexualité est taboue !

- Cœur de l’orgasme : la transgression

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• voyeurisme/ exhibitionnisme ; sadisme/masochisme


• jouir de l’autre, de l’autre comme objet
• contraire à ce qui rend le vivre ensemble possible : on se tient l’un l’autre en tant que sujet
• se tenir de façon absolue, c’est à dire inconditionnelle
• il ne peut y avoir de ‘trous’ dans cet absolu
• n’est possible que si le cœur du fantasme garde cette dimension du tabou
- Cœur de l’orgasme : la transgression

Un autre aspect de taboue c’est que l’inaugural est toujours qqch marqué par la transgression. La
première fois que l’on fait qqch, à tous les niveaux dans notre vie, c’est toujours transgressif dans le
sens où il n’y a rien qui le précède – il n’y a pas de loi qui précède ce que l’on va faire. Le rapport
sexuel c’est ce moment où on peut avoir tous les codes, on a pu lu tous les manuels, regarder tous les
vidéos porno, mais il y a quant même qqch qui irrémédiablement nous échappe et nous contraint. Dans
un contexte sans loi, sans texte qui nous permet de le vivre, l’aspect transgressif participe au taboue.
L’aspect asymétrique c’est qu’il faut que d’emblée lors d’un rapport sexuel, il y est qqch qui ne soit
pas su, qu’on ne connaisse pas, qui ne soit pas déjà prévu. Quand notre sexualité est totalement
organisée, habituée et répétitive, son aspect transgressif est pale – ce n’est pas pour rien qu’on voit des
témoignages des gens qui dissent que l’épuisement sexuel est fait dans des moments interdits, quand
il n’y avait pas de prévision. Ça ne veut pas dire qu’une sexualité construite dans le temps sur des
scripts n’est pas satisfaisante ou ne permet pas l’orgasme, mais que sur son aspect le plus taboue ce
n’est plus ça qui se joue. Pour expliciter l’expérience de satisfaction, on va dire que quand on n’avait
pas anticipé qqch, c’est toujours ça qui va être marqué de la plus grande satisfaction. En terme du
contenu biologique, cette expérience est manifestée par un haut taux de dopamine. Si on met des rats
dans une cage et qu’on leur donne une récompense inattendue, du sucre, ils vont avoir un pic de
dopamine énorme. En revanche, si on leur donne le sucre à des heures prévus touts les jours, le pic de
dopamine va se faire à l’avance (là où le rat va se dire que c’est le moment où il doit recevoir la
récompense). Ce premier moment d’action est celui le plus récompensant (on ne parle pas ici en termes
d’orgasme car la première expérience on sait que ça peut être pas la meilleure) et cette marque de
première action tente se répéter et de se reconstruire.

- L’inaugural ne peut être marqué que par la transgression


• Faire le premier pas, tracer la première ligne: toujours déchirer quelque chose d’uniforme/de plein
• Il faut une asymétrie initiale car l’uniforme ne permet pas la construction

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• Mais il s’agira à partir de là de reprendre à jamais le moment inaugural, la transgression, car c’est
la tension qui a permis l’émergence (de l’appareil psychique), mais qui néanmoins oblige son
traitement continu à travers la répétition (du fantasme)

Au début fut le passage à l’acte


L’acte, d’abord, ne peut être que passage-à-l’acte, c'est-à-dire, l’acte
structurellement hors contrôle (donc en soit, il est transgressif). Par
rapport à cette source bouillonnante qu’est la pulsion, toujours susceptible
de devenir angoisse, et afin de tendre « vers la lumière » de la civilisation,
il faut (sans cesse) reprendre le passage-à-l’acte (inaugural) par la parole.

Même dans toute la mythologie, dans toute l’histoire, toujours il s’agissait d’un passage-à-l’acte avant
la mise en mots. Ce qui se passe pour l’humain, c’est avant tout de faire, avant de se réapproprier
subjectivement l’action dans sa tête. Par rapport à cette pulsion, on va toujours la vivre avant que l’on
puisse la penser. Dès lors qu’on va nous mettre à penser notre pulsion sexuelle, elle a déjà perdue un
part de son aspect pulsionnel. C’est bien en ça que les fantasmes vont venir soutenir ces pulsions, parce
que dès lors que cette pulsion n’est plus inaugurale, c’est alors une pulsion qui a besoin d’être étayée
et supportée par des fantasmes.
Vivre en couple ne se fait que par une perte – cette fameuse perte civilisante. Evidement que la passion
de la première rencontre, de l’interdit est qqch qui se rapproche du ‘plein’, du ‘remplit’ dans lequel
tout l’aspect transgressif se retrouve. Le moment où une relation se transforme, ou plutôt quand on
passe de la rencontre à la relation, on voit bien qu’il y a une perte – on est plus à deux cachée dans son
lit toute la journée en essayant de se retrouver le plus possible pour avoir des rapports sexuels, mais
on a envie de rencontrer aussi les amis de notre partenaire, de partager ce qu’il fait d’un point de vue
professionnel, on a envie de rencontrer sa famille, on a envie de faire des projets – et tout ca a un
impact sur l’aspect transgressif de la rencontre, y inclus la rencontre sexuelle. Ce n’est qu’à ce prix-là
qu’on peut construire qqch. On ne peut pas construire qqch sur une base d’un absolu tout le temps.
Cela n’empêche néanmoins pas d’avoir une sexualité épanouie et c’est à ça que servent les fantasmes
– les fantasmes viennent nourrir toute cette scène imaginaire de l’interdit ; cette scène fantasmatique
est ce qui permet même au sein du couple soit de les partager et les vivre ensemble, donc de nourrir
cette scène fantasmatique à deux, soit de les vivre pour soi-même dans son intimité.

UNIVERSELLE

• Universel (condition humaine) : la transgression au cœur du fantasme

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• Les fantasmes ont une dimension universelle ‘marqués par les contraintes ‘biologiques’’

VE : je regarde – je me regarde – je suis regardé.e


SM : je manipule – je me manipule – je suis manipulé.e

• Les fantasmes sont éminemment singuliers ‘marqués par l’histoire du sujet’

La sexualité est universelle parce que c’est une condition humaine d’être des êtres psychosexuels. Les
fantasmes sont universels parce qu’ils sont marqués par des contraintes biologiques. Les doubles
binômes discute précédemment sont typiquement ceux repris dans le continuum des paraphilies – cet
aspect (voyeurisme/ exhibitionnisme ; sadisme/masochisme) sont des contraintes biologiques parce
que ce sont deux chaines au cœur de notre construction psychique. Repensons au tout petit enfant qui
nait et à la façon dont il évolue dans les premiers mois da sa vie, on voit que les premiers sources en
termes de sensibilité et de sensorialité qui vont être exploitées vont être la question de la manipulation
(être manipulé et manipulé sur l’acte actif/passif) et d’être vu ou de voir – ces deux chaines sont le
fondement de la structuration du psychisme. Des lors qu’on est manipulé par l’autre, on apprend à
comprendre ce qui est de notre registre (« je suis manipulé par l’autre » - il y a un autre et il y a moi)
et ce qui est du registre de l’autre (normalement c’est vers 3 mois que le bébé comprend que c’est sa
main qui touche qqch et pas la main de l’autre). Dans la sexualité, c’est aussi cet aspect-là qui se joue
– c’est être manipulé, être l’objet de la manipulation de l’autre ou manipuler l’autre ; être objet du
regard de l’autre ou regarder l’autre. Ces contraintes biologiques rendent les fantasmes universels
avec chacun qui va décliner ses fantasmes sur ses deux chaines différemment. On peut simplement
dans notre fantasme aimer regarder (aimer regarder du porno) ou aimer être regardé ; pareil pour le
sadomasochisme – aimer manipuler des objets, le corps de l’autre, être manipulé – donc, c’est toujours
sur ces chaines-là. Dans le même temps, ces fantasmes sont imminemment singuliers parce que bien
qu’ils soient sur ce double continuum, ils sont fondamentalement inscrits dans notre histoire singulière.
On n’a pas les mêmes fantasmes en fonction de la manière dont on a été pris par l’autre, regardé par
l’autre, pensé par l’autre et dit par l’autre.

PULSIONS – INSTINCTS

• « La pulsion est un concept limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant


psychique des excitations, issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme »

- Ne se limite pas à l’instinct


- Remet en cause le schéma inné/acquis ; somatique/psychique
- Fantasmes originaires

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• Paul B. Preciado : Il existe un réservoir culturel dans lequel on puise nos représentations.
La pulsion n’est pas uniquement un instinct, mais c’est la première articulation entre ce qui émane de
notre corps propre (voir et être vu ; toucher et être touché) et qui prend une première forme psychique
qui est aussi une première forme linguistique (c’est la manière dont on va penser ce « voir et être vu ;
prendre et être pris »). Par ailleurs, ça répond aussi au premier fantasme originaire – Freud définit les
fantasmes originaires comme les fantasmes de d’où je viens, quelles sont mes origines (le fantasme du
trou de la serrure où on essaie de comprendre d’où on vient). Cette fascination qu’on a par rapport à la
sexualité au début de l’adolescence (quand on ne l’a pas encore vécu mais qu’on a un imaginaire
foisonnant par rapport à la sexualité) c’est aussi ce moment où on essaie de capter de cette origine qui
nous a manqué. Pour P. Preciado c’est en même temps dans un réservoir culturel que l’on va puiser
nos représentations. Donc c’est à la fois universel parce que ce sont des contraintes biologiques
auxquelles on est tous confrontés ; dans le même temps c’est imminemment intime parce que ça
concerne notre histoire et la façon dont on les a appropriés ; et aussi c’est culturel parce que la manière
dont on va avoir la possibilité de donner une imagine, une forme à ses représentations, va être
conditionné par l’imaginaire collectif à notre disposition.
Dans le cadre de l’expérience de CHEMSEX, toute la séquence qui les excite concerne bien plus toute
la préparation pour aller à ses soirées (ils se mettent en condition) que l’expérience du rapport sexuel
lui-même. Cette expérience consiste en consommation des drogues (les nouveaux produits de synthèse
- GHB/GBL, kétamine, méphédrone, etc.) en contexte sexuel (chem = chemical & sex = rapport
sexuel). Le nom de chemsex créé en Angleterre par un nombre des chercheurs décrit des pratiques
appelées des « long sessions » qui peuvent aller de 12h à 72h, où les gens sont majoritairement à 5-6
et ils vont avoir des rapports sexuels sous influence. Les particularités de ses pratiques c’est que ses
chemsexeurs vont utiliser les produits pour organiser les courbes d’excitation sexuelle (ils vont prendre
des drogues qui vont buster leur confiance en eux et augmenter l’appétit sexuel et en même temps ils
vont prendre des downeurs qui vont les assommer un peu pour pouvoir avoir des pratiques sexuelles
plus spécifiques qui nécessitent qu’on soit plus détendus). Donc, il y a tout une séquence particulière
à ses pratiques qui sont tout à fait ritualisées. Les entretiens avec ses gens mettent en évidence à quel
point l’aspect rituel qui prépare la soirée, càd le fait de se préparer à y aller, de se préparer au sens
physique, etc. – tout cette anticipation est majoritairement plus excitante que la pratique sexuelle en
tant que telle (les stimulants que les gens en prennent augmentent l’excitation sexuelle de manière
absolue mais empêchent l’éjaculation ; les personnes vont éjaculer même après 4-5 jours plus tard). Il
y a à la fois l’anticipation de l’excitation, l’excitation d’être dans ce moment qui n’est pas pour autant
associée à l’apaisement (à la jouissance ou l’orgasme). Pour ses soirée, l’aspect mis en avant c’est que

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toutes ses drogues potentialisent les sensations de peau aussi – il y a un retour de la sensibilité tactile
qui fait que c’est ça qu’ils cherchent plus que tout.

CENTRALE

Un chemin dans l’intime, par la parole, peut se révéler émancipateur dans plein de domaines,
transcendant de loin la sexualité (e.a. et de façon frappante, le professionnel, le social, le familial, le
créatif)

• L’intimité du cabinet/du couple : lieu d’expression de la sexualité, de la transgression


• Permet la distinction entre l’intime et le social

En tant que futur psy, l’espace de notre lieu de consultation pour libérer la parole sur la sexualité et la
possibilité d’avoir des fantasmes, de repérer la logique fantasmatique, il permet aussi de libérer un
grand nombre d’autres secteurs, y inclus professionnels. Le fait de pouvoir vivre dans le discours des
révélations a un pouvoir émancipateur et c’est pour ça que la sexualité peut être aborder en toute
consultation psychologique. La sexualité transcende toutes les milieux et touts les lieux dans lesquels
nous agissons en tant qu’individu ; repérer ses logiques intimes et fantasmatiques permet aussi de
repérer ce qui en est l’écho dans notre vie en général.

DEFINITIONS Zones érogènes

Le corps interne c’est celui qui nous permet de répondre à nos besoins primaires (respirer, manger,
déféquer, etc.) et les zones qui permet ses actions sont des zones de jonction entre le corps interne et
externe (pour respirer on a besoin de l’ouverture de la bouche). Les lieux qui sont les zones érogènes
sont des zones où les membranes sont de tissu intermédiaire entre celui interne et externe – les
muqueuses. Ça ne veut pas dire qu’on peut avoir une zone érogène qui soit autre que ses muqueuses,
mais les zones érogènes de base sont celles avec ce tissu particulier, avec des innervations particulières
et qui sont à la jonction interne-externe (les muqueuses de la bouche, du vagin ou du pénis, de l’anus).
Aussi, chez les femmes, les mamelons ont de tissus pareil, constitué des mêmes cellules que les
muqueuses et qui ont cette possibilité de se déplier et se refermer.

En addition à une pulsion d’une nature non sexuelle, on distingue une contribution d'un organe
recevant des stimuli : peau, muqueuse, organe sensoriel. Il s'agit d'une zone érogène, un organe dont
l'excitation confère un caractère sexuel à la pulsion sexuelle. Freud, 1905 (footnote)

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« (…) les organes corporels fournissent deux sortes d’excitation (…) Une de ces formes que nous
désignons comme spécifiquement sexuelle et l’organe concerné comme zone érogène » Freud, 1905

Qu’est-ce que les zones érogènes ?

Les “bords” du corps où les corps interne et externe se rejoignent et sont directement connectés : les
organes génitaux, cavité orale, anus, tétons (Freud, 1905). Les zones érogènes sont des zones du corps
où l’accumulation de tension peut être déchargée par une action directe.

DEFINITIONS OBJETS
Corps interne : les matériaux fournis ou retirés par l'action (ex : air, nourriture, fluides, fèces)
apportent satisfaction ;

Zones érogènes : l'action elle-même provoque une décharge et donc du plaisir.

Toucher directement, frotter, ouvrent/déplient ces membranes

Zones érogènes

• Aucun critère en termes de satisfaction d'un besoin à un niveau homéostatique quasi chimique →
Aucun acte adéquat n’est possible ;
• Si le corps est intensément touché au niveau des zones érogènes, l’action associée est enregistrée
dans l’histoire du corps et devient ainsi « agréable ».

Constitution des objets sexuels

Si un certain niveau d’action au niveau des


zones érogènes mène de façon inattendue
mène à un événement (entendu comme
l’apaisement de la tension), cette action est
dès lors enregistrée dans le corps et dans
l’histoire du sujet.

En neuroscience, la représentation est produite entre l’intention motrice qu’on a et la réalité du


retour proprioceptif. Quand on fait une action, avant même que l’action ne soit produite, on a une
sorte d’écriture de la prédiction de ce qu’on va faire – l’inscription prédictive. Une fois qu’on fait
l’action, on a, par retour proprioceptif, un retour des séquences qui vient comparer ce qu’on a prédit

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avec ce qu’on a fait. La différence entre les deux c’est ce qui nous donne notre représentation. C’est
précisément ça qui se passe dans le rapport à toutes ses zones érogènes, y inclus la parole. Si, à un
moment donné, on est avec qqn dans une relation d’amitié et tout d’un coup on se rend compte qu’un
mot de la part de l’autre, une assignation nous met dans un état particulier, alors c’est généralement
cette décharge là qui va produire une compréhension autre de la relation (que la relation prend une
connotation sexuelle). Ceci se passe dans l’inattendu ; dans l’inattendu le sexuel s’initie.

L’ORIGINE MOTRICE DE LA REPRESENTATION

Jeannerod, 1994 : Si le but (d’un plan d’action) n’est pas atteint, la décharge retenue sera interprétée
centralement comme une pure activité de représentation et donnera naissance à une imagerie mentale.

Trois systèmes moteurs fins chez les humains : mains, bouche et yeux.
Ces trois peuvent mener à des imageries mentales. Dans la dialectique
de « voir et être vu ; toucher et être touché » et la bouche qui nous sert le
plus, on voit les trois organes qui sont les plus desservis en terme de système moteur fin chez l’humain.

Lorsque l’on manipule, que l’on regarde, que l’on lèche, que
l’on embrasse … ou que l’on discute et que cela induit une
décharge inattendue, alors des images mentales les plus
puissantes dans notre histoire sont produites. Ce qui produit
la plus forte charge au niveau psychique et représentationnel c’est ce qui était inattendu.

Qu’est-ce qu’un fantasme sexuel ?

Freud (1915) : 2 séries fantasmatiques essentielles

• Sadisme / masochisme
• Voyeurisme / exhibitionnisme
- 2 des 3 systèmes moteurs fins : (être) manipule(r) et regarde(r)
- 3ème système = articuler = le système linguistique lui-même (primordial).
Même si le langage est aussi notre pire ennemi parce que les mots nous contraignent, mais a la fois
c’est celui qui nous permet d’avoir toute une forme de sexualité – les mots sont sexuels, les
connotations qu’on va y mettre, le timbre de notre voix, l’ambigüité dans les mots crée cette sexualité.

L’organisation du sexuel est linguistique : Lorsqu'il y a eu un soulagement de la tension par un mode


actif, le réflexe, après quoi le mode passif, peut également apporter un soulagement de la tension :

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Le fait d’être actif ou passif peut apaiser une tension, donc peut être source de jouissance ou d’orgasme.
Tout cet aspect de fantasme sexuel part des contraintes biologiques, du corps brut (qui a ses contraintes
en termes de muqueuse, de style d’orifices et des besoins qu’on a) mais perse au niveau psychique ce
qui constitue nos variations linguistiques sur ce continuum « regarder et être vu ; manipuler et être
manipulé ».

Résumé : Ses trois points discutées (taboue, universelle, centrale) sont les points d’appuis pour
comprendre la structure psychique du sexuel en nous montrant à quel point ils se fondent sur un aspect
transgressif (rien n’est écrit à l’avance) qui se joue aussi dans le fantasme. Ce fantasme c’est ce qui se
joue dans les différentes zones de notre corps qui répondent à des besoins physiologiques de base (la
bouche, les orifices, le regard) et qui se déclinent ses des chaines signifiantes linguistiques (sadisme/
masochisme → voyeurisme/ exhibitionnisme) – le continuum de rapport à nos fantasmes est nourrit
par les images que la culture nous donne mais aussi par notre histoire individuelle et notre niveau de
perméabilité par rapport à nos propres fantasmes.

La psychologue Michèle Perron-Borrelli (2001, p.1371) affirme que ce sont les images
perceptrices et motrices liées aux expériences précoces qui sont à l’origine de l’élaboration des
fantasmes. La création d’une fantasmatique sexuelle se baserait donc sur « les représentations
refoulées des expériences primaires […], les traces sensorielles de l’expérience de satisfaction, tout
comme celles des vécus traumatiques des débuts de la vie » (Hubin, De Sutter & Reynaert).

On revient à l’expérience de la satisfaction où dans en tout premier temps, au moment où l’humain se


constitue, il se constitue à partir d’un premier inconfort physiologique (avoir faim est un inconfort
physiologique). Le bébé va donc avoir une réaction physiologique motrice de crier et c’est le fait que
la mère va venir réagir qui va permettre au bébé non seulement d’avoir un apaisement de la tension
(dimension de plaisir), mais aussi une première image mentale, une première représentation que le
bébé va ensuite investir de souvenir. L’hypothèse de la psychologie est que ça fonctionne de la même
manière par rapport à nos fantasmes – l’élaboration de différents fantasmes à chacun d’entre nous
s’étalent sur des besoins de base, physiologiques, mais s’articule aussi à la manière dont on a répondu
à cela d’un point de vue moteur et dont on a pu créer une représentation. Evidement que ce sont des
spéculations, càd qu’on ne se rend compte de cela que dans les fantasmes que les personnes vont

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pouvoir venir déplier dans leur clinique ; et ça restera toujours de l’après coup (càd une interprétation
dans l’après coup que ce qui a fait le fantasme de la personne vient correspondre à une histoire dans
laquelle elle a été l’objet de l’autre, réellement ou fantasmé, et que ça a constitué toute une
fantasmatique d’être l’objet de l’autre). Dans la clinique on va voir souvent des personnes qui sont
assez encadrées dans leur vie quotidienne (qui ont des postes à responsabilité par ex.) mais qui, dans
le même temps, ont un imaginaire associé au fait d’être dominé ; et on se rend compte que ces
personnes ont une histoire de vie qui souvent correspond à cela (d’être qqn qui a été dominé, qui n’a
pas été trop regardé par ses parents, qui n’a pas été trop investi par le regard parental). Sur base de
cette histoire, ces personnes ont construit un imaginaire qui vient se retrouver dans leur sexualité aussi,
mais pas seulement. De même, on voit bien dans la citation en quoi on fait correspondre l’idée qu’il y
a eu, dans l’histoire des sujets, qqch qui fait qu’ils reproduisent ensuite cela – on voit souvent dans les
parcours de vie des personnes abuseurs/ abusées des correspondances avec un passée déjà très fort.
Chez les homosexuels, chez les gays qui pratiques le chemsex, il y en a énormément qui ont vécu une
histoire de traumatisme sexuel dans leur enfance ou adolescence, ou qui ont vécu une entrée dans la
sexualité très précoce (environ à 12 ans). Malgré le fait de pouvoir faire un fait de cause à effet direct,
on voit une histoire qui vient inscrire qqch dans le corps, un rapport à son propre corps et un rapport à
sa fantasmatique qui fait que ça n’est pas inattendu que se soient ces mêmes personnes qui pratiquent
le chemsex qui ont eu une pratique de la sexualité et du corps particulière et extrême.

Qu’est ce qui est sexuel

• Le sexuel est la jouissance liée aux actions accompagnant la décharge de tension au niveau des
zones érogènes, essentiellement conduits par l’Autre.

Lorsqu’on a une satisfaction pulsionnelle (référence à l’expérience de satisfaction du bébé), on a le


plaisir/ la satisfaction d’une part, et d’autre part on a la jouissance, càd tout le chemin qui a permis
d’accéder à cette satisfaction. Attention, la jouissance c’est très différent du plaisir, donc on ne faut
pas confondre la jouissance avec l’orgasme car l’orgasme c’est, dans la définition commune du terme,
le pic de l’excitation et sa résolution, donc du plaisir ! J’ai soif, je bois, ça me satisfait // Je suis excité,
j’ai un orgasme, ça répond aussi à la diffusion de la tension. La jouissance c’est tout ce qui a entouré
la possibilité d’arriver à cette satisfaction (l’ensemble de la motricité d’une part, et l’ensemble des
actions mentales/ des fantasmes d’autre part).

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Qu’est ce qui est non-sexuel

• Le non-sexuel reste lié directement à la satisfaction du corps interne et ne mène pas à la constitution
d’objets représentés. Les objets prégénitaux sont des substances chimiques dont l’action reste en
dehors du champ de la représentation mais qui, une fois associés aux objets sexuels, leur donne
une dimension plus universelle (cfr objets oraux et anaux).

Le fait de boire n’a rien de sexuel. Par contre, le fait d’associer cette façon de boire à une rencontre
avec un autre qui prédit qu’on va ensuite passer la soirée avec lui, peut devenir sexuel par de l’étayage.
Mais toutes les actions qui ne mènent que à une satisfaction directe d’un besoin ne sont pas définies
comme sexuelles par la psychologie.

DU SEXUEL AUX SEXUALITES : LES SCRIPTS

« Même en combinant des éléments


tels que le désir, l’intimité et une
personne du sexe approprié (par
rapport au notre désir) et attirante
sexuellement, la probabilité que
quelque chose de sexuel se
produise restera extrêmement
réduite si l’un ou les deux acteurs
n’intègrent pas l’ensemble de ces
conduites dans un script
approprié ». (Gagnon, 2008, 59)

Gagnon c’est un chercheur américain qui s’est centré sur la psychologie et les sexualités dans les
années ’60 et a mis en évidence que finalement le sexuel et les sexualités ne peuvent arriver à qqch qui
fonctionne que si on respecte un certain nombre des scripts. On voit donc à quel point notre sexualité
est très organisée par un certain nombre des contextes qui ne sont absolument pas psychiques. Le
contexte socio-culturel réfère aux attentes et aux prescriptions par rapport à nos sexualités (chaque
culture a ses prescrits) ; le contexte situationnel réfère au fait d’être par ex. homme dans un lieu ou
dans un autre, le type d’occasion organisé, le fait d’être qqn qui est plutôt isolé ou d’être dans la
rencontre (c’est le contexte proximal de l’appareillage sexuel) ; le contexte interpersonnel réfère aux
dynamiques relationnelles, cad le type de relation dans laquelle nous sommes (amoureuse, symétrique,
de victime et d’abuseurs, etc.).

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Evidement que les scripts ont ses limites mais cette conceptualisation montre simplement comment
une pratique est extrêmement organisée et ritualisée et que si l’un des deux partenaires ne correspond
pas tout à fait à ces scripts, alors on rate la rencontre sexuelle ; et que donc le désir ne suffit pas, le
contexte ne suffit pas (ça ne sert à rien de mettre des bougies, si le partenaire a eu une journée pourrie).
Les sexualités donc dépendent des facteurs qui sont totalement externes à la sexualité ; quand qqn va
venir nous parler de sa sexualité, il s’agira de bien pouvoir décrypter l’endroit où ça se passe ; même
pour des problèmes purement physiologiques (ex. vaginisme), ça ne se situe pas purement dans des
sphères médicales ou biologiques.

Introduction aux LGBTQI+


Le but de parler des LGBTQI+
dans un cours des sexualités parait
assez évident car non seulement ces
sont de acronymes des personnes
qui font encore partie du DSM (une
partie) et de ce qui est considéré
comme de la pathologie, mais aussi
parce que ça permet de déplier un
certain nombre de spécificités qui
sont tout-à-fait universelles et qui
ne sont pas uniquement spécifiques aux LGBTQI+. Ensuite, la nécessite de parler des personnes
lesbiennes, gays, bi, trans, etc. c’est qu’elles ont des particularités de santé et de santé mentale qui
impliquent que nous, en tant que futur professionnel, on y soit préparé et conscientisé. C’est un des
grands problèmes auxquels font face les acteurs de terrain, à savoir de se rendre compte à quel point
les professionnels de santé et de santé mentale ne sont pas au clair avec les particularités des personnes
LGBTQI+ et donc reproduisent des attitudes et des comportements néfastes à ces personnes.

L’identité de genre est localisée au niveau du cerveau, càd au niveau de l’esprit de notre conscience
de nous-mêmes puisque c’est défini comme la manière de se sentir homme ou femme à l’intérieur de
soi. En fonction de la concordance entre la manière dont on se sent, on se représente et le sexe
biologique assigné à la naissance, on va être considéré comme cisgenre (le sexe biologique correspond
à l’identité de genre), transgenre (le sexe bio ne correspond pas à l’identité de genre) ou intersexe (il
y a une ambiguïté au niveau du sexe biologique et forcement au niveau d’identité de genre).
L’expression de genre c’est la manière dont on va nous montrer au monde et ce qui est le long d’un
continuum qui n’est absolument pas qqch qui est arrêté une fois pour toute la vie ou qui est identique

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en fonction de moments de représentations. La manière dont on va se représenter, la façon dont on va


se supposer d’être au monde dépend aussi du lieu dans lequel on est. Le sexe biologique correspond
au continuum des traits féminins ou masculins par rapport aux caractéristiques sexuelles à la naissance
et, en fonction des paramètres qui sont mesurés, on a une règle qui va définir le sexe féminin/ masculin
sur le nombre de centimètres des organes sexuels ou sur le nombre d’hormones à la prise de sang. Ses
trois niveaux sont complètement indépendants les uns des autres – on peut être d’une certaine identité
mais d’une autre expression ; d’un certain sexe mais d’une autre identité ; etc. & que rien de toute cela
ne prédit l’attirance sexuelle et émotionnelle : c’est parce qu’on peut se considérer très bien comme
une femme lesbienne et dans le même temps avoir, malgré tout, des attirances émotionnelles pour les
hommes ; ou de se sentir lesbienne et d’avoir des attirances sexuelles envers le masculin et pourquoi
pas le masculin chez la femme ; tout comme pour une femme qui se sent hétéro mais qui n’est pas
attirée par des hommes qui ont une expression et des attitudes plus féminins. On voit que les tentatives
de catégorisations, même au sein des minorités, sont des tentatives de circonscrire le réel, ce à quoi on
a à faire dans la rencontre à l’autre et à nous-mêmes – ce qui arrive à une infinité des déclinaisons
possibles. On peut, si on a envie, de mettre des mots sur chaque déclinaison, mais on peut aussi
simplement se dire que sur ce continuum les choses ne sont pas si arrêtées et sont pas toujours
conscientisées – on voit une complexité par rapport à ce sujet et tout a à faire avec l’histoire de chacun.

De la construction des catégories

Les champs théorique, social et politique au sujet de l’orientation sexuelle et l’identité de genre
révèlent les trois suivantes temps :

(I) La réflexion sur le concept même de maladie mentale : A partir du moment où on introduit
ou on exclut des catégories qui concernent l’orientation sexuelle ou l’identité de genre dans les
pathologies, ça impose à réfléchir sur qu’est-ce que ça veut dire une pathologie ;
(II) L’accent mis sur la détresse subjective et l'expérience psychopathologique centrée sur la
personne ; cad se vivre bi, trans, etc. dans cette société est pathologisant ; ça suscite des
problématiques de santé mentale ;
(III) La reconnaissance de la stigmatisation et de la discrimination en tant que variables
intermédiaires significatives : donc de se rendre compte que ce n’est pas le fait d’être LGBT
le problème, ce n’est pas d’être LGBT et que le vivre dans la société va être un problème, mais
c’est le fait d’être LGBT et d’avoir la société qui nous renvoi une stigmatisation et une
discrimination qui va constituer notre problématique et la pathologie en tant que telle.

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ESSENTIALISME versus SOCIO-CONSTRUCTIONISME

FACE AUX LGBTQI+

Essentialisme

• Forces « biologiques » sous-tendant l'identité de genre (est-ce que le fait d’avoir plus ou moins
d’hormones ; est-ce que c’est génétique ; est-ce que c’est ça qui va constituer notre orientation et
notre identité ?) ;
• Critiques : H. est non responsable ; H. est innée ; H. est fixée
Socio-constructionisme (Foucault)
• Forces « sociales » sous-tendant l'identité de genre (donc qu’il y a qqch pas uniquement inné, mais
l’avantage est que c’est une construction de soi) ;
• Critiques : H. est construite ; H. peut être choisie ; H. peut être traitée.

Si on va analyser les discours militants, scientifiques, psychologiques, on va observer qu’il y a tout le


temps cette tension entre les deux.

DE LA TRANSGRESSION SEXUELLE AUX VARIATIONS ET FLUIDITÉS DE


GENRE

1869 : Première occurrence du terme homosexuel (référence au moment de la séparation de l’Allemane


de la Prusse. L’avortement, la sodomie, l’homosexualité ont été considérés comme des crimes et
Kertbeny va écrire en inventant plein des mots pour pouvoir retirer ces pratiques des crimes, ce qui
est une vision tout-à-fait naturaliste « ce n’est pas de notre faute qu’on est homosexuel, on n’est pas
responsables et donc sortez cela du code pénal parce qu’il faut nous soignez et non pas ns juger ». On
voit que de tout le temps les questions de la pathologie et du pénal ont été intriquées et donc pour
pouvoir sortir l’homosexualité du code pénal il a fallu la pathologiser.) ;

Début du 20ème, l’homosexualité est vue comme problématique en soi :

• 1952 : trouble de la personnalité sociopathe dans le DSM (sociopathie) ;


• 1968 : déviance sexuelle ;
• 1973 : vote de retirer l’homosexualité de la catégorie mais ne supprime pas la vision pathologique ;
• 1980 : trouble de l’orientation sexuelle légitime les thérapies de conversion pour les
homosexuel.le.s malheureux.se.s ;
• 1987 : retrait « définitif » de toute allusion à l’orientation sexuelle dans le DSM (1992 pour l’ICD).

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Questionnements similaires pour les personnes trans

• 2015 : du « trouble de l’identité de genre » à la « dysphorie de genre »

DES EFFETS DE NOMINATION

« La définition même des catégories contribue à façonner les sujets à la lumière de cette définition »
(Hacking, 2010) Si on se dit ou on dit à qqn qu’il est hétéro/ gay/ lesbienne, ça participe à tout un
imaginaire collectif et individuel sur la façon de se penser, et ça participe aussi même à la manière
dont la catégorie va exister (le fait aussi d’être considéré comme faisant partie de ces catégories, par
un effet de retour, transforme la catégorie). C’est ce qu’on appelle une catégorie mouvante, les cibles
mouvantes, càd que le fait d’essayer de définir une catégorie, le fait même de la définir participe à la
manière dont les individus qui se définissent dans cette catégorie vont se représenter la manière
d’appartenir à cette catégorie et donc vont modifier cette catégorie en même temps. La marge qu’il y
a dans la manière dont chaque individu va s’approprier cette nomination va modifier la catégorie en
tant que telle.

« Mon propos n’est pas la maladie physique en soi, mais l’usage qui en est fait en tant que figure ou
métaphore. Or la maladie n’est pas une métaphore, et l’attitude la plus honnête que l’on puisse avoir
à son égard – la façon la plus saine aussi d’être malade – consiste à l’épurer de la métaphore, à
résister à la contamination qui l’accompagne. » (Sontag, 2009) Au moment où l’homosexualité est
sortie de la pathologie, il y a une sorte de « juste retour » de loi/ de morale qui viendrait attaquer ceux
qui ont fauté, les homosexuels, en créant une maladie qui touche à ce qui spécifie les homosexuels, à
savoir leur sexualité homosexuelle. Tout cet imaginaire autour du Sida a participé aussi à construire le
rapport des homosexuels à leur propre sexualité, à l’autre, aux sexualités hétérosexuelles, et c’est pareil
dans l’autre sens (l’imaginaire collectif hétéro est tout à fait remplit du Sida par rapport à la sexualité
homosexuelle). Faut être conscient que toutes ces maladies sont porteuses d’un imaginaire, d’un
dépliage de faits et de nomination qui ont leur impact aussi sur le vécu des personnes.

On est tous passés par cette table d’opération performative : C’est une fille ! C’est un garçon ! Béatriz
(Paul B.) Preciado (2000)

Exemple de l’évolution du mot gay

• 1637 : état d’immortalité (être transcendant ; donc pas lie à l’homosexualité du sens courant) ;
• Fin XVIIème siècle : être dépendant des plaisirs. L’idée d’un individu hédoniste, insouciant, sans
contraintes morales (qui ne respecte pas la Loi) ;
• Début XXème : faux pas social, associé aussi aux célibataires par choix (hommes et femmes) ;

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• Milieu du XXème : sans attaches et libre


• Après-guerre : déviance sexuelle et se réfère strictement aux hommes (modèle patriarcal)
• En 1952 : entrée de l’homosexualité comme psychopathologie

COMPORTEMENT VS. CATÉGORIE

« Ainsi, un rôle d’’homosexuel’ distinct, séparé, spécifique, a émergé en Angleterre à la fin du XVIIe
siècle et la conception de l’homosexualité comme un état qui caractérise certains individus et pas
d’autres est un fait aujourd’hui dans notre société. Bien entendu, le terme rôle est une sorte de
raccourci. Il fait référence non seulement à une conception culturelle ou à un ensemble d’idées, mais
aussi à un ensemble d’arrangements institutionnels qui dépendent de ces idées et les renforcent. Ces
arrangements comprennent toutes les formes d’activité hétérosexuelle, de cour et de mariage, de même
que les processus d’étiquetage – ragots, dérision, diagnostic psychiatrique, condamnation criminelle
– et les groupes et réseaux de la subculture homosexuelle. Par souci de simplification, nous dirons
simplement qu’il existe un rôle spécifique. » Mary McIntosh (1968) Les structuralistes et les post
structuralistes montrent à quel point il existe une structure dans laquelle toute la société (niveau micro,
macro) s’est organisée autour de celui/celle qui incarne l’homosexuel.

« L’homosexuel du XIXe siècle est devenu un personnage : un passé, une histoire et une enfance, un
caractère, une forme de vie ; une morphologie aussi, avec une anatomie indiscrète et peut-être une
physionomie mystérieuse. Rien de ce qu’il est au total n’échappe à sa sexualité. Partout en lui, elle est
présente : sous-jacente à toutes ses conduites parce qu’elle en est le principe insidieux et indéfiniment
actif ; inscrite sans pudeur sur son visage et sur son corps parce qu’elle est un secret qui se trahit
toujours. Elle lui est consubstantielle, moins comme un péché d’habitude que comme une nature
singulière. (…) L’homosexualité est apparue comme une des figures de la sexualité lorsqu’elle a été
rabattue de la pratique de la sodomie sur une sorte d’androgynie intérieure, un hermaphrodisme de
l’âme. Le sodomite était un relaps, l’homosexuel est maintenant une espèce » Michel Foucault (1976
: 59)

Les LGBTQI+

• Un stigmate particulier :

- Relatif au corps, au désir et invisible (c’est parce que ce stigmate ne se voit pas) ;
L’invisibilité de ce stigmate, sauf pour ceux/celles qui porte volontairement cette identité dans leur
manière de se présenter, c’est qqch qui est systématiquement à remettre en évidence à tout moment.
Pour une personne LGBTQI+, chaque moment de sa vie, chaque rencontre avec une personnes

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2019-2020 ASLANOV Vlada

inconnue fera l’objet d’une négociation psychique lourde et couteuse pour savoir s’il/elle va ou non
révéler son homosexualité. La littérature rapporte à quel point cette nécessité de faire de coming-out à
répétition, toute la vie (contrairement au stigmate de la couleur de peau), est qqch qui participe aux
spécificités de soin et de sante de ces personnes, à savoir le fait qu’elles ont tendance a éviter tous les
lieux qui ne sont pas impératifs par rapport au devoir de faire du coming-out (moins tendance à aller
chez le médecin, moins tendance à faire le dépistage) et auront des soucis de santé mentale qui sont
liés à cette nécessité de faire du coming-out et de devoir tout le temps anticiper le risque d’être juger.
Il faut avoir en tête que les personnes LGBTQI+ non seulement souffrent d’une stigmatisation
sociétale, mais souffrent aussi de l’homophobie internalisée/ lesbophobie internalisée/ transphobie
internalisée ; càd toutes les anticipations que se construisent ces personnes sur la manière dont ils
pensent que le reste du monde les voient et donc ils ont légitimé un certain discours sur leur vécu. Il y
a une certaine forme de légitimation qui se retrouve chez les personnes gays par ex quand il y a l’idée
qu’ils seraient moins enclins à s’occuper d’un enfant, parce qu’ils ont intégrés ce discours à leur
fonctionnement.
- Minorités sexuelles
• Spécificité lesbienne :
- Invisibilisation à tous les niveaux, même discursives (une pauvreté de la littérature lesbienne) ;

C’est une catégorie qui dans les luttes féministes ont fait partie plutôt des féministes radicaux, des
féminisme mainstream (que la plupart des gens vont connaitre). Elles sont invisibilisées parce que c’est
une lutte contre l’hégémonie masculine, le patriarcal. Dans les mouvements de militance
homosexuelle, les lesbiennes sont invisibilisées aussi.

- Doublement voire triplement inférieure : interaction de genre, de sexualité et de classe


• Gay, lesbiennes, bisexuel.le.s, HSH et FSF (H avec des rapports sexuels avec des H et F avec des
rapport sexuels avec des F – c’est une catégorie de santé publique. La littérature maintenant, pour
pouvoir éviter de s’interroger sur des questions identitaires mais pour pouvoir quant même investiguer
les spécificités de ses personnes, a fait le choix de catégoriser ses groupes des personnes sur base de
leur pratique sexuelle uniquement peu importe comment ils se définissent) ;
• Les bisexualités :
- Du refus de la binarité des orientations sexuelles (Calmann Lévi,1996, Catherine Deschamps,
2002)

C’est une catégorie le plus en souffrance, parce que d’une part il y a une certaine pression aussi bien à
l’intérieur du groupe des minorités sexuelles qu’à l’extérieur, sur le fait que ses personnes n’ont pas

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choisies de l’orientation sexuelle et qu’ils devraient décider ; et d’autre part c’est le fait que ses
personnes sont encore plus invisibilisées en terme d’identité sexuelle, donc plus en souffrance encore
parce qu’elles se sentent ni appartenir au groupe des militants LGBT ni au groupe majoritaire et donc
qu’ils sont entre les deux.

• Queer, trans et intersexes et +


- De la prolifération des identités

Avec le mouvement de Queer, on a une intention de déconstruire toutes les catégories. Ce côté
« monster » c’est l’idée que toutes ses différences vont être incarnées dans un mot pour dire cette
monstrueuse différence que l’on incarne. C’est un mouvement de réflexion et de critique fondamentale
sur ce que chacune des catégories (qui précède le Q) impliquent comme construction sociologique
derrière et une volonté est de se situer dans une déconstruction catégorielle.

Quelques infos de santé et spécificités


• Des publics très hétérogènes
• Une approche systémique (par rapport à tous les facteurs qui entrent en jeu dans les particularités
de ce groupe), globale (parce qu’il faut comprendre la situation générale de l’individu) et
spécifique (parce que chaque personne a ses particularités) est nécessaire
• Intersectionnalité
• Sous-publics cibles

QUELQUES DEFINITIONS

• LGBTQI+
- Une expérience sociale
- Une appartenance à des sous-cultures, voulue ou non (Se sentir attiré par une personne du
même sexe va avoir des implications dans les représentations qu’on a de cette culture et va
automatiquement nous faire appartenir à cette culture qu’on le veule ou non) ;
- Une dimension politique (le fait de devoir faire un coming out à une implication parce que ce
n’est juste pas de parler de sa vie privée à qqn mais ça a une implication dans ce que l’on va
porter ou non dans ce message à l’autre, et comme message politique en général).
• Hétéronormativité ; Hétérosexisme
• Violences, persécutions ; Facteurs de stress
• Discrimination institutionnelle ; Stigmatisation

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QUELQUES EXEMPLES EUROPEENS

« Je suis allée voir mon médecin pour un souci de santé lié au stress. Je lui ai dit que mon coming-out
récent avait été une source de stress. Il m’a répondu que sa sœur venait elle aussi de faire son coming
out et qu’il était révolté. Il m’a ensuite dit qu’ils pratiquaient le « on ne demande pas, on n’en parle
pas » à la maison ; Il n’a pas semblé prendre la mesure que ça pouvait avoir un impact sur la manière
dont j’allais interagir avec lui ». (Femme bisexuelle, UK) (Source : Report – TLGF 2014 Beyond babies
& breast cancer : Expanding our understanding of women's health needs. The Lesbian and Gay Foundation)

« J’ai été abusée par un gynéco, j’étais si choquée et j’avais si mal que je ne lui ai rien dit. Mais c’était
clair que ce sale type avait volontairement pratiqué l’examen gynécologique avec violence une fois
qu’il avait appris que j’étais lesbienne ». (Femme lesbienne, Espagne) (Source : Report - López et al.,
2013 Sexual orientation and/or gender identity-based discrimination in Spain. FELGBT)

LES DETERMINANTS

Le modèle de Mayer, appelé « le


stress des minorités » met en
évidence qu’il y a un certain type
de stress, spécifique aux
populations LGBTQI+ et qui n’est
pas simplement le fait de se sentir
homo et d’avoir des problèmes à
son boulot par exemple. Les
législations en vigueur ont un
impact sur la qualité de vie et la
santé des individu – si on a une société qui n’a pas encore légalisé le mariage pour tous par exemple
ou qui a considéré que l’homosexualité est un crime va impacter les personnes concernées. Le service
des soins a des accès qui sont culturellement limités – il y a un gros travail fait en Belgique dans la
plupart des maisons médicales, des fédérations de planning familiaux, etc. qui a essayé de mettre en
évidence par des écrits, des posters, des formations des professionnels etc. manifestant qu’il y aura un
respect et une acceptation des spécificités de ses personnes (ça parait peut être insignifiant, mais c’est
énorme pour ses sujets quand ils se rendent compte qu’ils arrivent dans un lieu où le fait d’être
LGBTQI+ n’est pas un problème, voire même prévu dans le dispositif). Généralement, il y a
fréquemment des rejets familiaux, temporaire ou de long terme, de rejets au niveau des pairs, de la
discrimination à l’emploi et à l’école, des violences sexuelles, y inclut de la part des professionnels

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de soins, et des violences physiques en général et y inclut des violences physiques dans les
communautés (entrer dans une communautés LGBTQI+ ne veut pas forcement dire que ce milieu va
être accueillant ; il y a des violences extrêmement fortes et des jugements qui se reproduisent au sein
même de ce milieu). Les points mis en évidence impactent sur l’usage des substances psychoactives,
sur la dépression et l’anxiété ; et le risque suicidaire est aussi plus élevé dans ces populations-là.

• Hétéronormativité

Ce terme désigne l’ensemble des croyances et des pratiques selon lesquelles le caractère binaire du
genre apparaît comme évident et ne se questionne pas, et présentant l’hétérosexualité comme la seule
sexualité acceptable et concevable. Cela se manifeste par :

- Présupposition que tout individu est hétérosexuel et cisgenre


- Intégration de ces normes et manque de formation concernant les réalités des personnes LGBTI
par les professionnel·le·s de santé
- Réticences et non-divulgation de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre aux
professionnel·le·s de santé
• Hétérosexisme
L’hétérosexisme découle de l’hétéronormativité et recouvre l’ensemble des attitudes, comportements,
biais discriminatoires, fondés sur la binarité du genre, et qui consistent à favoriser l’hétérosexualité et
les relations hétérosexuelles.
- Rejet, exclusion sociale, anxiété sociale importante
- Intériorisation du sentiment de honte et de culpabilité qui peut impacter l’état de santé mental
- Désapprobations ouvertes dans l’accès aux soins et attitudes des professionnel·le·s de santé

SANTE

• Plus de cancers

- Chez les HSH : foie, reins, anal


- Chez les FSF : du col de l’utérus + polykystoses
- Chez les trans : idem
• Problèmes musculo-squelettiques
- Chez les HSH : arthrose, problèmes vertébraux

• Problèmes de poids, TCA (trouble de comportement alimentaire)

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- Chez les HSH : surpoids et manque d’activités physiques


- Chez les FSF : usage de la nicotine pour réguler le poids
• Spécificité des intersexes : accès aux soins

La plupart de ces problèmes sont liés à la qualité des soins et à la qualité des suivis des soins. Par
exemple, une étude a mis en évidence que les hommes gays, qui ont déjà plus de problèmes de poids
(que les autres hommes) et donc sont plus représentés dans la chirurgie bariatrique que les hommes
hétéros, vont avoir de moins bons suivis et donc des risques de rechutes plus élevés que les autres
parce qu’ils sont moins encadrés. La facteur commun à toutes ses spécificités est majoritairement ce
fameux stress des minorités : toutes ses personnes anticipent le rejet, font tellement face à une
mauvaise qualité de suivi, à une mauvaise qualité de dépistage par rapport aux cancers (chez les
femmes c’est lié au fait que les professionnels ne leur adressent pas de dépistage dès lors qu’ils savent
qu’elles sont homo -> ce qui s’appuie seulement sur une croyance selon laquelle les femmes lesbiennes
n’ont pas de sexualité et donc n’ont pas besoin de faire de dépistage).

SANTÉ SEXUELLE

• En 2018, l’ISP a attribué 50% (N=163) des nouveaux diagnostics d’infection au VIH en Belgique
pour lesquels le mode de contamination est connu à un contact entre HSH. Ce chiffre est fortement
à la baisse depuis 2012 (- 47 % depuis 2012).
• Les FSF sont surexposées aux IST
• Les IVG (interventions volontaires de grossesse) sont plus difficiles pour les FSF et les trans
• Violences sexuelles : particulièrement chez les trans
• Les parentalités

Les consultations sont soit excessivement indifférenciés (traiter les LGBT de la même manière que
les hétéros avec le risque d’ignorer les spécificités des LGBT), soit trop réifiés (trop spécifier la
particularité des LGBT en particularisant à 100% leur spécificité).

SANTÉ MENTALE

• Les LGBT consomment en général plus de substances psychotropes que la population générale.

- Tabac, alcool et cannabis en tête de liste chez les HSH (jusqu’à 60% de plus d’alcoolisme) ;
- Drogues illicites : 20% des HSH ;
- FSF 3* plus à risques d’alcoolisme et tabagisme ;
- Emergence du phénomène du chemsex (plutôt spécifique au HSH) ;

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- Alcoolisme ++ chez les bi (ces personnes qui ne se retrouvent dans aucun groupe
d’appartenance et qui sont encore plus fragilisées et précarisées que LGBT en général) ;
- Consommation d’antidépresseurs, une différence de genres (F>H).

• Risques de suicides : plus élevés chez les jeunes LGBT, règle du cumul (22 à 43%)

• Réactions traumatiques aux événements stresseurs (si on a ce stress des minorités, il faut avoir
conscience qu’on a aussi un phénomène de sensibilisation – les personnes vont être de plus en plus
sensibles aux éléments extérieurs, plus saillantes aux éléments qui pourraient leur faire penser à la
consommation. Chez les personnes LGBTQI+, on sait que le fait d’avoir été constamment soumit à
des facteurs stressants supplémentaires peut de la même manière à la fois permettre à ses sujets d’être
plus résilients (phénomène d’adaptation) et dans le même temps ça les rend plus fragiles
(phénomène de sensibilisation)) ;

• Impact de la transition (médicale et sociale) sur la santé mentale pour les trans (Différence de genre
– il y a une transition meilleure pour les F to H que les H to F ce qui rejoint la logique que les hommes
sont plus valorisés que les femmes).

GAY COMMUNITY STRESS THEORY

• Négligence des recherches sur l’impact des communautés sur les disparités de santé.

• Le stress que les hommes gais et bisexuels déclaraient ressentir en rapport avec les préoccupations
de leur communauté en matière de sexe, de statut et de compétition, ainsi que le racisme est associé à
une santé mentale compromise

• Le statut, la masculinité, l’attractivité et les revenus sont des critères de sélection intracommunautaire
impactant négativement la santé mentale.

• Cette différence se marque spécifiquement entre gays et non si l’individu est hétéro

• Les applications géolocalisées ont renforcé l’effet de sélection et de quantification des corps légitimés
dans l’ordre social

Pachankis, J. E., Clark, K. A., Burton, C. L., Hughto, J. M. W., Bränström, R., & Keene, D. E. (2020). Sex,
status, competition, and exclusion: Intraminority stress from within the gay community and gay and bisexual
men’s mental health. Journal of Personality and Social Psychology. Advance online publication.
https://doi.org/10.1037/pspp0000282

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Cet auteur remet en question cette théorie de stress des minorités et vient rajouter qu’il y a eu jusqu’à
ici une négligence de recherche et de pensée de l’impact des communautés elles-mêmes sur les
disparités de santé. Ça n’est pas la population générale, hétéro, patriarcale qui impacte sur la santé
mentale des LGBTQI+, mais c’est aussi la structuration sociale au sein de la communauté elle-même
qui impacte sur la qualité de vie des individus. Chez les gays, c’est extrêmement prégnant d’avoir un
rapport à la masculinité, au statut (càd que le gay doit être une sorte de surhomme, l’idéal de l’homme
dans toute sa performativité – il doit être et ultra masculin, et avoir des entrées financières aisées, etc.)
or, que ce soit dans la communauté gay ou dans la population générale, cet homme inventé n’existe
pas, ou n’existe que très peu. Cette comparaison ascendante vers toutes ses représentations de la
masculinité a des impacts très négatives sur la santé mentale de ces hommes. Ce jugement et ce bais
d’évaluation sur le statut, la masculinité, l’attractivité ne se reproduise pas des gays vers des hommes
hétéro. Sur les applications géolocalisées (aussi plus hétéro) il y a toute une possibilité de sélectionner
par nous-mêmes et par les algorithmes qui sous-tendent ses applis, l’homme qui est attendu, prescrit,
et donc recevable.

Les deux suivantes exemples illustre comment le chemsex était pour eux une manière d’accéder ou de
réaccéder à une possibilité à laquelle ils n’accédaient pas habituellement, càd que le partenaire idéalisé
selon les critères de gays, habituellement l’acceptait pas mais via l’usage de la drogue il l’acceptait (la
drogue vient monétiser cette rencontre avec le partenaire idéal).

« J’ai toujours un problème, avant j’avais 16 ans donc avant que je me mette avec le mec je faisais le
même poids que maintenant donc j’avais perdu 18 kilos puis je suis resté super mince pendant 3 ans
et là après l’Australie j’ai mangé beaucoup et j’ai pris 18 kilos. Et aussi je crois que je me droguais
aussi beaucoup parce que j'aimais, j’adore l’effet psy mais heu j’aime aussi beaucoup etcetera. Quand
je sortais etcetera moi j’adore plaire, j’ai besoin d’attention. J’aime bien savoir que je plais etcetera
et peut être comme j’avais grossi etcetera je plaisais moins donc la drogue ça me relaxait ou ça j’men
foutais et c’est pour ça que j’ai arrêté tout et que je sors moins aussi maintenant parce que comme je
plais moins maintenant en sortant heu pour moi il n’y a pas de… J’adore sortir pour m’amuser avec
mes potes etcetera mais oui les gens ils me disent que j’ai grossis et tout ça donc ça me saoule. »
(Homme, 21 ans)

« La culture du corps oui effectivement, quand je sortais au début c’était bien, je me sentais assez enfin
je pouvais parler a des gens on se tripotait et tout ça mais je me sentais timide et en plus je n’avais
pas le corps. Et en plus je n’avais pas le corps donc je me faisais refuser par des gens que j’aimais
bien donc ça ça m’a rendu assez triste. Alors j’ai commencé le sport pour avoir le corps à la hauteur

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des mecs que moi j’aimerais avoir. Et je les ai eu. Mais les insécurités. (Donc vous avez changé de
physique.) Oui j’étais comme on dit une crevette. Et là on me félicite pour mon corps, qui n’est pas
parfait mais voilà. Et donc heu par contre les insécurités étaient tellement comment dire… Enracinées
en moi que je continuais de les avoir et donc heu les drogues heumm me laissent aller. Je n’ai plus
d’inhibition je n’ai plus de doutes et je me rapproche des gens, je leur parle on passe à autre chose si
on veut, voilà. » (Homme, 47 ans)

Ceci illustre le stress interne aux sous-cultures qui peut avoir un impact majeur sur la santé mentale et
qui là on voit que ses deux personnes ne parlent pas de l’impact qui a eu l’environnement général sur
leur homosexualité, mais précisément ils parlent de la pression sociale à l’intérieur de leur communauté
sur leur façon d’exister.

L’INTERSECTIONNALITE

L’intersectionnalité c’est ce terme théorique qui permet de penser


les spécificités de santé, de statut, d’histoire, de profil qui sont à
l’intersection de différents niveaux logiques. Le règle de cumul
n’est pas correct pour penser la logique spécifique à l’œuvre.
L’intersection de ses niveaux de rapport de pouvoir va produire des
effets spécifiques qui ne sont pas la simple addition des choses.

« Paris is burning » (documentaire sur Netflix)

FREINS ET PRATIQUES PROBLEMATIQUES

• Un inconfort des professionnel·le·s à aborder le genre et les sexualités ;


• Un malaise dans l’usage du langage et des terminologies appropriées (présomption
d’hétérosexualité) ; • Des comportements discriminatoires à leur encontre ;
• Tentative d’expliquer l’étiologie de l’homosexualité malgré que le/la patient.e ne voit pas cela
comme problématique (risque 1) ;
• « Sexual orientation blindness » (Brown, 2006) : lutte pour une prétendue neutralité faisant fi des
spécificités (risque 2) ;
• Pour les transgenres, chercher le « vrai trans », celui n’éprouvant aucune ambiguïté (Pinto &
Moleiro, 2015) ;
• Documentation, informations de santé et protocoles inadéquats ;
• Continuité des soins ; • Un manque de formation et une méconnaissance des réalités de vie et des
besoins des personnes LGBTI.

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Quelques infos santé et spécificités

Point juridique

- Loi du du 22 août 2002 relative aux droits du patient


- Loi du 28 janvier 2003 relative aux examens médicaux dans le cadre des relations de travail
- Loi du 25 février 2003, remplacée par loi du 10 mai 2007, tendant à lutter contre certaines
formes de discrimination

On a des législations qui protègent le patient par rapport à tout ce qui concernent les examens médicaux
qu’on peut imposer dans le cadre des relations de travail, parce que jusqu’à 2003 l’employeur pouvait
imposer une prise de sang qui inclut le statut sérologique ; et aussi des législations anti-discrimination
(contre l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le statut sérologique de l’individu). Néanmoins,
même s’il existe ce dispositif légal qui protège les gens, il est très peu connu par les personnes et qui
est très difficile à protéger (quand une personne même porte plainte, finalement les possibilités ensuite
de dépasser cette étape sont très limités ; ce sont majoritairement des dossier classer sans suite avec de
trop peu de reconnaissance).

Guidelines de l’APA pour les professionnel.le.s

• Attitudes Toward Homosexuality and Bisexuality


Guideline 1. Psychologists strive to understand the effects of stigma (i.e., prejudice, discrimination,
and violence) and its various contextual manifestations in the lives of lesbian, gay, and bisexual people.
Guideline 2. Psychologists understand that lesbian, gay, and bisexual orientations are not mental
illnesses.
Guideline 3. Psychologists understand that same-sex attractions, feelings, and behavior are normal
variants of human sexuality and that efforts to change sexual orientation have not been shown to be
effective or safe.
Guideline 4. Psychologists are encouraged to recognize how their attitudes and knowledge about
lesbian, gay, and bisexual issues may be relevant to assessment and treatment and seek consultation or
make appropriate referrals when indicated.
Guideline 5. Psychologists strive to recognize the unique experiences of bisexual individuals.
Guideline 6. Psychologists strive to distinguish issues of sexual orientation from those of gender
identity when working with lesbian, gay, and bisexual clients.
• Relationships and Families
• Issues of Diversity
• Education and Training ; Economic and Workplace Issues

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(1) PSYCHIATRES NORMATIFS VS. TRANS' SUBVERSIFS ? Controverse autour des


parcours de changement de sexe Emmanuel Beaubatie

ABSTRACT : Psychiatres normatifs vs. trans’ subversifs ? Controverse autour des parcours
de changement de sexe Le débat public contemporain sur les changements de sexe oppose des experts
par profession à des experts par appartenance. Avant de pouvoir accéder aux hormones et aux
chirurgies, les trans’ sont soumis à une longue évaluation psychiatrique. Face à ce parcours de soins
contraignant, ils militent pour le libre accès au traitement. Derrière cette controverse, il y a un clivage
qui a trait au genre. La procédure diagnostique comprend un « test de vie réelle » pendant lequel il faut
vivre à plein temps dans son sexe de destination, l’implicite étant que le comportement social d’une
personne est fonction de son sexe. S’inscrivant majoritairement dans une approche issue des études
féministes queers, les associations condamnent ce dispositif qui véhicule des stéréotypes de genre. A
travers un regard sociologique pragmatique, cet article met en évidence les contingences et les
contradictions des deux groupes d’acteurs en s’intéressant aux conditions d’émergence de leurs points
de vue respectifs. La démonstration s’oriente ensuite vers la sociologie critique en faisant du genre non
plus un élément du débat, mais un prisme d’analyse de chacune des deux expertises. Cette transition
épistémologique permet d’identifier des homologies inattendues qui achèvent de questionner les
termes de la polémique.

QUESTIONS/ COMMENTAIRES :

1. « En se consacrant davantage à l’étude des hommes trans’, les approches queers semblent craindre
qu’ils ne deviennent des « complices » de la domination masculine ». Je ne comprends pas pourquoi
ce serait le cas. Si elles se consacraient plus sur l’étude des femmes trans’ en quoi elles deviendraient
« complice de la domination masculine » ?

Cet article essaie de mettre en évidence la construction des mouvements militants d’un part dans les
milieux trans et la manière dont ses mouvements sont venus en contrepoint ou en support d’une
certaine psychiatrisation des personnes trans. Il y a toujours ce mouvement d’abord d’une
pathologisation normative/ morale sur ce qui est considéré comme correcte/ pas correcte de faire et qui
se base sur des présupposés idéologiques. La question est l’inquiétude et la manière dont les
pathologies émergent dans les systèmes de classification psychiatriques sont avant tout des
classifications qui viennent réorganiser et réordonner l’ordre moral, social. Là-dedans, que ce soit
l’orientation sexuelle, les personnes trans, les perversions ou toutes les formes de psychopathologie, il
y a initialement cette volonté à moitié cachée de pouvoir considérer que ce qui est normal appartient à
la plus grande part de la population et ce qui n’est pas normale c’est ce qui fait déviance à la norme.

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Dans le deuxième temps, il y a cette tentative de la psychiatrie de venir réfléchir à ce qui, du côté du
sujet, fait difficulté. Donc, on voit bien qu’il y a un déplacement du lieu de causalité/ d’importance qui
vient de l’ordre social/ moral vers un ordre intime (on va se demander s’il y a effectivement d’un point
de vue psychologique un problème spécifique). Si on réfléchit, on se rend compte que c’est à ce
moment-là qu’on est maintenant avec les neurosciences – une volonté de venir trouver un lieu de
causalité interne dans ce qui va faire différence par rapport à la norme. Le deuxième temps de cette
évolution dans la psychiatrisation/ depsychiatrisation d’une affection va être celui de se dire que pour
les personnes trans, ce n’est pas qu’il faut un trouble d’un ordre moral, mais c’est qu’ils ont
probablement une souffrance psychique/ une pathologie psychique qui les fait d’être différent. Dans
ce deuxième temps, on voit qu’on évolue ensuite vers le troisième temps, à savoir le fait que finalement
ils n’ont pas un problème en tant que tel d’être des personnes trans mais ils ont un problème dans la
manière dont s’est vécu par l’ensemble de la population ; c’est l’impact des normes sociales produit la
souffrance. La détresse subjective et la pathologisation ne dépend pas du sujet mais uniquement de la
manière dont il est perçu par la société. C’est aussi ce qui porte les mouvements militants – dans ses
mouvements militants il y a l’idée que le fait de se sentir trans n’est pas un problème en tant que tel
mais que c’est la manière dont s’est vécu par la société qui est problématique. Ce que relève le texte
de E. Beaubatie c’est intéressant parce qu’il relève que non seulement être une personne trans est déjà
sujet à de grands difficultés par rapport aux vécus sociaux mais qu’il y a des différences de genre tout
à fait majeures dans la manière d’avoir pensé les parcours trans. Il constate que d’un point de vue
purement scientifique et des data dans les bases biométriques, il y a beaucoup plus d’études qui
s’intéressent aux personnes qui sont devenus des hommes (FtH) que des études sur les femmes trans
(HtF). La manière dont on peut penser ce constat-là concerne le fait qu’il y a non seulement du côté
des scientifiques plus d’intérêt pour les hommes trans (FtH) mais aussi dans les mouvements trans/ les
approches queer il y a une inquiétude que les ancienne femmes devenu hommes (FtH) viennent
incarner des stéréotypes de genre masculins – celles qui avaient réussi à subvertir à la question
d’assignation masculine, du rapport du pouvoir, le fait de passer d’un genre féminin à un genre
masculin les ferrait potentiellement portés les nouvelles normes masculins. Ses femmes devenues
hommes porteraient ils-aussi la domination masculine – il y a aussi une forme de sexisme intra-
communautaire (ce qui est en lien avec le stress au sein des communautés LGBT).

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(2) Défis contemporains éthiques et cliniques des biotechnologies de la procréation,


du genre et de la prédiction. F. Ansermet

ABSTRACT : But de l’étude. – À partir des débats ouverts par la révision des lois de
bioéthique, cet article présente des repères pour penser les défis cliniques actuels qu’impliquent les
nouveaux usages des biotechnologies de la procréation et de la prédiction, ainsi que les nouveaux
maniements de la différence des sexes dans les transitions de genre. Patients et méthode. – Il s’agit
d’un article théorique se référant, d’une part, à une pratique dans les champs cliniques de l’application
des biotechnologies de la procréation, du genre et de la prédiction, d’autre part, à un engagement dans
le positionnement éthique face à ces champs spécifiques. Résultats. – Les disjonctions entre origine,
sexualité, gestation, naissance et filiation, permettent toutes sortes d’interventions sur la réalité qui
débouchent sur un mode inédit, encore difficile à se représenter, qui confronte à une série de vertiges,
de points de butée, impliquant à une spirale entre fantasme et biotechnologie, qu’il s’agit de dépasser.
Conclusion. – Les biotechnologies aboutissent à de multiples malentendus subjectifs quant à l’origine,
à la différence et au devenir, qu’il s’agit de reconnaître pour s’orienter, afin d’ouvrir chacun à ses
propres solutions, au-delà du biologique mis en jeu.

Une fois de plus, on réalise à quel point les biotechnologies permettent de réaliser
concrètement, dans la réalité, ce qui était imaginé jusqu’ici à travers des scénarios fantasmatiques.
Nous sommes en effet captés par ce qui est devenu possible, dépassés par le tourbillon du nouveau,
sans vraiment de recul. Comme clinicien, il s’agit d’abord de s’orienter à partir de ce que nous révèle
ceux qui se lancent dans ces pratiques. {…} S’agit-il d’une liberté nouvelle, ou d’un asservissement à
soi, à ce que le sujet s’impose, ou à ce que lui impose sa jouissance ? Telle est la question sur laquelle
on bute inévitablement dans la clinique avec ceux qui font usage des biotechnologies pour s’affranchir
de la nature, pour s’en servir afin de trouver une voie différente au-delà de ce qu’elle impose. {…}
Ces sujets, qui font appel aux biotechnologies, prennent possession du malentendu, en devenant actifs,
en mettant sens dessus-dessous le malentendu. Ne cherchent-ils pas d’abord à faire de leur vie une
œuvre, pris par la passion de s’inventer, par la passion de devenir un autre, tout en ayant l’impression
de devenir enfin soi ?

QUESTIONS/ COMMENTAIRES :

Le point de ce pédopsychiatre et psychanalyste c’est la réflexion sur les modifications dans les
possibilités qu’offrent les biotechnologies aujourd’hui (biotechnologie de la procréation, des
réassignations), qu’est-ce qu’elles viennent dire au niveau psychique ?

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1. « Ceux qui admettent leur origine et leur corps sont ceux qui ne se posent pas la question du
malentendu qui les a faits ». Est-ce qu’il parle des cisgenres ici ? et que du coup ils sont ceux qui ne
sont pas conscient du « malaise, malentendu » qui est en eux et qu’ils portent car ils ne réagissent pas
par rapport à ce qu’il leur a été imposé ?

L’auteur par cette phrase n’entend pas spécifiquement les cisgenres mais tout individu qui n’interroge
pas le rapport entre soi et son corps, la manière dont on se sent inscrit dans un certain genre, dans une
certaine orientation et dans une certaine identité ; ce sont ceux qui font avec le fait qu’il y a un
malentendu fondamental mais ne s’interroge pas. Il n’y a pas de données d’emblée, il n’y a pas
d’assignation d’emblée à un corps (même la logique biologique ne suffit pas à céder ce qui nous a été
donner d’emblée pour fonctionner dans le monde). Que nous nous sentions à un moment-donné comme
homme ou femme avec une certaine cohérence c’est qqch qui fait partie d’un processus psychique par
lequel nous nous sommes constitués. Ce ‘semblant de cohérence’ est ce qui permet de donner sens à
la réalité et ce qui fait qu’on ne se sent pas trop écarteler à la longueur du temps. Ansermet a beaucoup
travaillé avec un chercheur en neurosciences et ils ont beaucoup écrit en tension entre la psychanalyse
et les neurosciences. Leur points de départ d’opposition étaient que d’un part le psychanalyse disait
comment peut-on faire pour être différent (par ça il essaie de nous faire comprendre que nous sommes
des êtres mus par une certaine forte de répétition ; nous sommes complètement pris par le tissu du
langage qui nous a précédé et ce qui constitue notre matérialité et notre enveloppe psychique c’est pas
tant ça qui nous définit) et d’autre part le neuroscientifique, en s’appuyant sur les recherches en
plasticité neuronale, dit que ce qui est fascinant c’est la capacite de l’humain de se réécrire à l’infini.
Entre ses deux positions on voit une certaine opposition : d’un part celui qui n’a jamais cessé de s’écrire
et de se réinventer et d’autre part celui qui est pris par le langage qui nous a précédé, celui qui est pris
par ce qui lui a fait effraction (rien de ce qui nous a été à la base ne va de soi), donc celui qui est dans
une chaine de répétition (ce que la psychanalyse nome comme la jouissance). Lorsque Ansermet dit
que les personnes qui interrogent leurs origines et interrogent la manière dont ce genre, ce corps se
sont nués, ce sont ceux qui sont moins dupes que les autres, moins dupes qu’il y a un malentendu au
départ. De ce point-là il parle pour évider qu’il soit une certaine forme de pathologisation des personnes
dans ce cas-ci que ce soit des trans ou des personnes homosexuels qui désirent un enfant. Si on part de
cette idée qu’il n’y a pas de donné au départ, que la biologie ne suffit pas, que la nature ne suffit pas,
que la génétique ne suffit pas, ça permet d’encloisonner complétement la question de normes (la façon
de nouer des choses pour le sujet).

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2. En quoi pour Lacan, le fou est un homme qui est libre ? Je ne comprends pas son explication « parce
qu’il a sa cause dans sa poche » ?

Il faut comprendre ce que Lacan fait quand il dit d’un part « n’est pas fou qui veut » et d’autre part « le
fou est celui qui a l’objet dans sa poche ». En psychologie clinique orienté par la psychanalyse on va
majoritairement rester dans une clinique différentielle, cad une clinique des névroses, des psychoses
et des perversions. Dans cette clinique il y a l’idée que la structuration même que le sujet va avoir va
différer entre la névrose, la psychose et la perversion. Quand Lacan reprend le texte de Freud, il se
retrouve confronté à cette manière relativement normative d’avoir pensé les névroses d’un part avec
un implicite d’hétéronormativité et les psychoses d’autre part dans lesquelles la question
d’homosexualité s’intégrait puisque les quelques cas que Freud a analysé d’homosexualité sont des
cas qu’il a considéré de structure psychotique. Lacan met en évidence que la psychose est une forme
de trouvaille pour le sujet concernant ce rapport entre le réel- le symbolique- l’imaginaire. La
différence qu’il voit chez les psychotiques par rapport aux névrosés concerne le fait qu’il aurait ce
fameux objet du désir dans sa poche.

Dans la névrose on considère que le mécanisme de défense de base est le refoulement (le moment où
le sujet fasse à certaines questions, points de butés réels, le sujet ne peut que prendre cette partie de
réel dont il sait pas quoi faire et avoir un mécanisme de défense approprié) – face à nos origines on
sait pas grands choses, donc il y a qqch de relativement impossible à traiter (où va-t-on par rapport à
la question de la mort ; d’où va-t-on par rapport à la question d’origine ; que fait-on par rapport à la
question d’existence) ; les névrosés vont refouler cette impossibilité à traiter et projeter dans l’autre,
dans le monde son désir avec l’objet petit a (l’objet que l’on vit, ce que l’on espère un jour atteindre
; the unattainable object of desire). On va faire l’hypothèse à un moment donné que c’est l’autre qui
possède cet objet petit a ; on va avoir l’impression que l’autre détient qqch que l’on n’a pas et on lui
confère une certaine autorité par rapport à ça et donc tous les projections possibles et imaginables par
rapport aux relations amoureuses à tous les niveaux. Dans la névrose on va avoir un sujet qui vient
nous voir en pensant que vous savez des choses pour lui (je vais chez un psy dont je sais qu’il va
m’aider à trouver une solution).

Dans la psychose, le monde est tellement effractant pour le sujet que cette possibilité de projeter l’objet
en dehors de lui est impossible. Donc c’est pourquoi Lacan dit que le psychotique a l’objet dans sa
poche, càd qu’il n’adresse pas à l’autre qqch de son hypothétique désir que l’autre tiendrait en lui. S’il
a l’objet dans sa poche, alors d’une certaine manière il est libre parce qu’il ne dépend pas de l’autre ;
il ne dépend pas de ce que l’autre va bien vouloir lui donner ou illusoirement lui donner ou lui prêter.

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D’une certaine manière et paradoxalement, le psychotique tout en étant fondamentalement aliéné à sa


condition dans lequel le monde n’est pas lu avec les mêmes lunettes que les névrosés en général, il y
a quant-même une certaine forme de liberté par rapport à la dépendance que le sujet névrosé a du
regard de l’autre, de la présence de l’autre, du désir de l’autre. Lacan a une formule tout juste pour
comprendre le rapport à l’autre : on dit toujours que dans la névrose le sujet espère être objet du désir
de l’autre, mais dans la psychose on est l’objet de l’autre (donc ça passe plus par le désir). Ceci donc
implique des mécanismes de défenses plus complexes pour les psychotiques, à savoir de clivage, de
projection, de retour inversé.

3. D’où vient ce malentendu ? « Le corps ne fait apparition dans le réel que comme malentendu »,
pourquoi dit-il cela ? Pourquoi notre corps serait-il un malentendu ?

RSI (réel ; symbolique ; imaginaire) : le réel c’est le non anticipable, ce pourquoi nous n’avons pas de
possibilités de support linguistique, rhétorique et donc psychique pour penser ce qui nous arrive
(comprendre les traumatismes dans la lumière du réel – ce qui fait effraction, ce qui n’a pu trouver du
sens pour le sujet c’est ce qui va venir faire retour chez celui-ci). On peut réfléchir que cette période
de covid-19 c’est une période de réel, ce qui est non anticipé où on essaie de comprendre ce qui se
passe et ça nous échappe et c’est difficile (on voit que l’humain n’est pas fait pour ça, on a besoin
d’avoir une prise sur le monde ce qui passe par une prise signifiante, par les mots ; or cette période ci
nous impose de nous dire qu’il faudra le recul nécessaire, l’appropriation subjective pour comprendre
ce qui a pu susciter à l’échelle singulière, sociale et globale). Il n’y a rien qui nous permet
d’appréhender suffisamment ce corps qui nous a été donné. Le réel de ce corps nous échappe et on
passe tout une partie de notre vie à essayer de l’appréhender ; c’est ce qui se passe aussi à la sexualité.
Ansermet vient nous dire que finalement ce que font certains sujets en faisant le choix d’une
réassignation totale/ partielle/ hormonale/ chirurgicale est une forme de traitement de ce réel du corps
qui nous échappe. Ce n’est pas la solution ; mais c’est une solution parmi d’autres qui vient percuter
qqch pour le sujet puisqu’on vient toucher à ce réel inattrapable. Le réel et l’angoisse sont
complétement liés, et lorsqu’on touche au réel c’est l’angoisse qui nous explose. On fait référence à
un patient qui craint d’être pédophile et il a des pensées intrusives qui vient le prendre. Ce jeune homme
a fait une dépression à 19 ans et il dit que c’est un traumatisme non seulement parce que c’était une
période insoutenable mais aussi parce qu’il a eu ‘la conscientisation de l’arbitraire originel’ (= le fait
qu’il a pris la conscience que tout était fondamentalement arbitraire). Donc à partir du moment où on
est conscient de cela, il y a comme une sorte de mise en abime absolu : si tout est originellement
arbitraire, qu’est-ce qui nous tient alors ? C’est comme ça que le psy avec le patient essaie de lire les
pensées du côté de la pédophilie, à savoir de se dire que si tout est arbitraire, il peut tout comprendre,

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il peut comprendre le racisme, les pires crimes contre l’humanité, il peut comprendre la pédophilie,
pourquoi alors il ne peut pas l’être. Sa logique est que s’il peut l’être, qu’est-ce qui fait alors qu’il ne
l’est pas ; et s’il n’a pas de possibilité de répondre de façon absolue à ‘je ne le suis pas’, donc c’est
qu’il l’est. Face au réel qui est le sien (son arbitraire originel), il trouve un point de réponse totalement
angoissant – càd la possibilité qu’il soit pédophile et comment il peut faire pour solutionner cette
problématique. Si on peut toucher au réels, c’est difficile de ne pas toucher à l’angoisse ; et si on touche
à l’angoisse il n’y a plus rien qui tient. C’est précisément le symbolique et l’imaginaire qui vont venir
pallier à cette angoisse.

4. « Les biotechnologies permettent en effet de forcer la nature, amenant à une section entre la libido
et la nature, qui permet une possible connexion entre la libido et la culture »
Les biotechnologies d’aujourd’hui nous permettent d’avoir une disjonction absolue entre la nature et
la culture ; entre ce qui était supposé naturel (la procréation par exemple) et ce qui culturellement va
pouvoir se constituer dans des formes diverses a l’infini aujourd’hui (ce qui parfois nous échappe à
nos capacités représentationnelles). Or, si on fait cette disjonction entre la nature et la culture, on en
arrive à une connexion possible entre la libido (cette énergie pulsionnelle qui nous meut et qui ne suit
pas les règles du corps ; la libido transcende les règles biologiques ; ex : ce n’est pas parce que je suis
une femme hétéro que je n’ai pas envie, le fantasme ou la pratique même de me sentir possédant un
pénis où les possibilités en tant qu’homme d’enfanter) et les possibilités nous offertes aujourd’hui pas
la biotechnologie.

VI. LES DYSFONTIONS ET LES PARAPHILIES

En ce qui concerne les perversions on est passé d’une vision relativement criminelle (des conduites
sexuelles non reproductives), donc d’une manière de penser les perversions à partir de l’ordre morale
et de la criminalisation d’un part et des interdits fondamentaux d’autre part tant religieux que laïques
et culturelle qui, de tout le temps, ont gouvernés les sociétés avec le fait que les perversions venaient
en contrepoints de cela. Plus la société évolue, plus cette question d’une pathologie ou d’un crime des
pratiques sexuelles pour des raisons morales s’étiole. Evidement que ça reste majeure mais on est loin
des modèles du début du XXème autour des perversions. C’est ce qu’on voit soit dans l’article de
Giami ou dans celui de Labaste que les manuelles de la psychopathologie de la sexualité de la fin du
XXème, ou le DSM V (2013) c’est que les catégories ont très peu bougées.

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Ce qui fait qu’on est à la fois dans qqch qui n’est plus de l’ordre de la pathologisation de ce qui est
moralement, légalement autorisé, mais aussi dans qqch qui touche au capacite d’agentivité du sujet (de
contrôle du sujet et de responsabilité du sujet). Le DSM c’est la clinique de la catégorisation d’un part
et une clinique des catégories par critères d’autre part : on va relever un trouble en fonction de certain
nombre de critères dits positifs ou négatifs. La problématique majeure de cette tentative de critérisation
de la psychologie fait qu’elle omet totalement la structure psychique sous-jacente et reste à la lisière
de qu’est-ce qui fait paraphilie/ qu’est-ce qui ne fait pas (est-ce qui si on a un fétichisme on a un trouble
du fétichisme ? est-ce que si on est voyoriste, avec des diverses matérialisations à l’infini selon le sujet,
on a un trouble de voyeuriste ?). Donc on a l’impasse autour de ses paraphilies. De cette impasse
aujourd’hui la psychologie de DSM s’en sort avec cette notion de détresse psychologique, ce qu’est le
point d’encrage pour pouvoir distinguer ce qui est un trouble de ce qui ne l’est pas. Mais la nouvelle
impasse c’est que si la détresse est le seul point de décision alors on se retrouve avec tous les cas de
problématiques et de perversions qui ne peuvent plus être ni jugées, ni évaluées, ni adressées. Dans
l’article de Labaste, tout ce que l’on va retrouver dans la clinique de l’acte, de l’agent, il y a un point
de buté : comment est-ce qu’on fait pour considérer qu’un sujet est responsable de ses actes, et à partir
de quel moment on considère qu’un sujet s’est approprié un acte pour lui-même ? Il faut donc dépasser
de loin, y compris pour les paraphilies, les critères de classification ou d’analyse comportementale des
pratiques, parce que cette analyse mène à une impasse et ne permet que de considérer les pratiques
comme ‘normales’ ou pas. Finalement, ce qui est essentiel à essayer d’investiguer en tant que futur
psychologue ce sont les fonctions de ses pratiques sexuelles et les manières dont elles viennent
s’inscrire dans une certaine logique historique psychique. C’est ce qu’on voit avec les différentes
lectures, par exemple dans l’article de Roman, les violences sexuelles à l’adolescence peuvent se lire
non pas en distinguant les critères et les pratiques de ses jeunes mais bien en essayant de comprendre
dans quelle manière ses jeunes viennent comprendre l’inattrapable du corps ; on voit qu’il peut se jouer
des pratiques sexuelles de l’excès qui trouvent leur sens dans une certaine sexualité supposée libérée,

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décomplexée (ce qui est peu le cas à l’échelle intime) mais ce qu’on peut lire aussi c’est cette tentative
de venir sentir comprendre leur corps ; de venir s’approprier subjectivement leur sexualité. Toute
trouble de la sexualité ne peut se lire qu’à la lumière d’une tentative de solution pour ceux sujets par
rapport à qqch de spécifique qui les concerne. Dans l’article de Sinanian, on voit la manière dont cet
auteur lit les sexualités addictives, qqch d’un évitement de l’attachement tout en s’exprimant
paradoxalement dans des pratiques sexuelles compulsives.

(1) VISAGES DE LA PERVERSION Élisabeth Roudinesco

ABSTRACT : Est réputé pervers, depuis l’apparition du mot au moyen âge, celui qui jouit du
mal et de la destruction de soi ou de l’autre. Mais si l’expérience de la perversion est universelle,
chaque époque la considère et la traite à sa façon. Elle est donc nécessaire à la distinction du bien et
du mal. L’histoire des pervers en Occident est complexe ; depuis l’époque médiévale jusqu’à nos jours
se sont distingués des singularités et des systèmes : Sade invente la perversion au sens moderne tandis
que le XIXème siècle isole trois figures majeures de la perversion : l’enfant masturbateur,
l’homosexuel, la femme hystérique. Au XXème siècle, le nazisme devient l’essence même d’un
système pervers de type exterminateur : plus seulement des sujets paradigmatiques, mais l’instauration
d’une loi et d’un État pour lesquels sont inversées les figures du bien et du mal. Notre époque feint de
croire que la science nous permettra bientôt d’en finir avec la perversion. Mais qui ne voit qu’en
prétendant l’éradiquer, nous prenons le risque de détruire l’idée d’une possible distinction entre le bien
et le mal, qui est au fondement même de la civilisation ?

QUESTIONS/ COMMENTAIRES :

1. "la perversion est une nécessité sociale car elle préserve la norme" : Roudinesco dans son article
explique que la perversion est à lire en regard de la névrose. La perversion vient dire du sujet névrosé
ce qui est de son propre rapport à la perversion, à son fantasme et ce qui va être considéré comme la
limite de fantasme ou de la pathologie. Quand on pense aux perversions, on peut se dire que comme
rien n’est donné en termes de genre, de sexualité, de tendance amoureuse, sexuelle, affective, rien n’est
donné non plus aussi par rapport à la perversion vis-à-vis de chacun d’entre nous. On porte tous un
noyau de perversion en nous. Roudinesco permet de bien mettre en lumière à quel point la perversion
a permis aux névrosés (supposés être la norme) de pouvoir considérer ce qui était permis/ pas permis,
ce qui était de l’ordre moral et ce qui était de l’ordre psychique.

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(2) Des perversions sexuelles aux troubles paraphiliques : comment le consentement


s’est imposé comme la valeur centrale dans les classifications médicales . Alain Giami

ABSTRACT : La lecture historique qui vient d’être réalisée ici fait apparaître les mouvements
avec lesquels des éléments entrent et sortent d’une nomenclature en fonction des critères qui président
à sa construction. On peut considérer que jusqu’à l’exclusion de l’homosexualité du DSM, et ensuite
de la CIM, le critère principal d’inclusion dans la liste était fondé sur la dimension non-reproductive
de la pratique, du comportement, à tel point que jusqu’en 1979, la CIM a continué d’inclure
l’impuissance et la frigidité, en tant que conditions ne permettant pas le coït reproductif hétérosexuel,
comme des déviations sexuelles. Ce n’est qu’avec l’exclusion de l’homosexualité qu’il a fallu trouver
d’autres critères de différenciations entre les conduites sexuelles normales et déviantes et ce n’est que
très progressivement que la notion de consentement s’est imposée comme critère principal de
normativité sexuelle.

La publication de la version finale de la CIM-11 le 18 juin 2018 entérine les versions de travail
précédentes et propose la création d’une catégorie de « troubles associés à la santé sexuelle ». La
création de cette catégorie a pour principal objectif de dépsychiatriser les « troubles de l’identité de
genre », rebaptisés « incongruence de genre », et désormais exclus de la catégorie de troubles mentaux
67. Les troubles paraphiliques apparaissent aussi dans cette nouvelle catégorie mais ne sont
dépsychiatrisés qu’en apparence car ils continuent à appartenir à la catégorie « parent » des troubles
men taux. Ils entrent dans les « troubles associés à la santé sexuelle » tout en continuant à être codifiés
dans le registre des troubles mentaux 68. On peut ainsi observer une incertitude de la part du groupe
de travail de l’OMS qui n’aurait pas osé dépathologiser complètement les perversions sexuelles. La
présence du consentement n’apparaitrait donc pas suffisante pour normaliser complètement les
conduites sexuelles non reproductives et la diversité des pratiques sexuelles.

Des normes qui peuvent être qualifiées de traditionnelles régissent toujours la sexualité. Elles
constituent ce que l’anthropologue américaine Gayle Rubin appelle « the charmed circle », « le cercle
enchanté », c’est-à-dire l’ensemble des comportements sexuels socialement encouragés :
hétérosexualité, conformité des comportements aux normes dominantes de genre, monogamie, et
délimitation du périmètre des relations sexuelles « normales » au cadre d’un engagement sentimental
ou d’une relation stable entre deux partenaires sont autant de prescriptions qui persistent et dominent,
et pour le respect desquelles le contrôle social qui oscille entre la criminalisation ou la pathologisation
reste encore très fort.

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(3) Perversion, obsession, paraphilie, ou l’histoire d’un oubli : repenser la clinique


des troubles psycho-sexuels. Julie Mazaleigue-Labaste

ABSTRACT : Les difficultés soulevées par les critères cliniques des troubles paraphiliques
dans le DSM-5 de 2013 sont le produit d’une histoire longue, celle de la psychopathologie sexuelle,
histoire qui met en tension deux ambitions antagonistes face aux conduites sexuelles déviantes :
comprendre la place du sujet dans ses actes, catégoriser et gérer les multiples formes de comportement
sexuel. De là la persistance d’un critère comportemental et sexologique qui organise la nosographie
des troubles paraphiliques, de là les oscillations entre les différents types de critères diagnostiques. Je
terminerai donc cet essai sur une proposition : envisager le démembrement de l’univers désormais
ancien des perversions – ou troubles paraphiliques - en revenant à une clinique qui interrogerait en
premier lieu la relation que le sujet entretient à ses actes, et prendrait donc acte de la possibilité que se
manifestent, entre autres, des formes d’obsessionnalité dans des comportements déviants qui ne
seraient pas tant intrinsèquement sexuels que des formes sexualisées de passage à l’acte obsessionnel.
Il ne s’agit bien évidemment pas de revenir à la clinique de Magnan et Garnier, dont a vu qu’elle
n’échappait pas à de lourds biais théoriques ; mais d’envisager que des figures cliniques du passé - les
exhibitionnistes de Lasègue, les collectionneuses, ces voleuses des Grands Magasins parisiens si
proches des fétichistes - puissent nous aider à nous défaire des évidences perceptives construites, à
nous faire percevoir les sujets et leurs gestes autrement, et à modifier en conséquence nos pratiques.

(4) La sexualité addictive, évitement et répétitions traumatiques Addictive sexuality,


avoidance and traumatic repetitions Alexandre Sinanian

ABSTRACT : Objectif. – Après avoir défini le concept d’addiction sexuelle, nous proposons
de l’illustrer à partir de notre pratique de psychologue clinicien. Méthode. – Notre méthodologie
clinique prend appui sur la psychothérapie d’inspiration psychanalytique de Georges, patient
présentant une sexualité compulsive et une forme de « libertinage extrême » mais « frustre » (Eiguer,
2013). Résultats. – L’étude de ce cas nous conduit à l’hypothèse psychodynamique d’une addiction
sexuelle qui condense deux effets du trauma tels que Freud les a décrits dans sa dernière conception
datant de 1939. D’une part, nous relevons des effets négatifs d’évitement du retour de l’état
traumatique par la décharge, la neutralisation et la sidération psychique sur le modèle du procédé auto-
calmant (Szwec, 1998). D’autre part, nous constatons des effets positifs de réactualisation destraumas
parla répétition de vécus d’abandons, de ruptures et de pertes. Dans cette traumatophilie, le sujet
cherche à se réapproprier les expériences traumatiques par les répétitions atténuées de celles-ci et le
retournement d’une position passive à une position active.

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(5) LES VIOLENCES SEXUELLES À L’ADOLESCENCE ET L’ÉPREUVE DU


CORPS-A-CORPS : L’ILLUSION D’UNE SEXUALITÉ SANS TABOU ? Pascal
Roman De Boeck Supéri

ABSTRACT : La dimension du tabou, en tant qu’elle organise la place du sujet au sein des
rapports intersubjectifs et sociaux (rapports de genre, rapports de génération), et plus largement la
place du sujet dans son rapport à la différenciation, représente un analyseur privilégié pour appréhender
les pratiques sexuelles transgressives telles qu’elles se présentent dans le temps de l’adolescence. Le
propos développé par l’auteur repose sur l’hypothèse selon laquelle l’illusion d’une sexualité sans
tabou à l’adolescence témoigne tout à la fois des enjeux des remaniements corporels à l’adolescence
et de ses avatars, ainsi que de la mobilisation d’un rapport à l’autre dans le registre du corps-à-corps.
La mise en perspective de la clinique des adolescents auteurs de violences sexuelles avec des aspects
de l’anthropologie des pratiques sociales et culturelles, invite à interroger la fonction des transgressions
sexuelles adolescentes au regard de la mise à l’épreuve d’une inscrip - tion symbolique des pratiques
de la sexualité.

QUESTIONS/ COMMENTAIRES :

1. Dans l'article de Pascal Roman, je ne comprends pas à quoi fait référence le "corps-à-corps", la
notion de traitement et de traumatisme dans cette partie de l'article :Avec P. Gutton (1991), le «
pubertaire » peut être considéré comme le témoin du corps-à-corps à l’adolescence, corps-àcorps que
l’on peut penser comme étant placé sous le régime de l’auto-séduction : un corps d’adulte (de devenant
adulte) auto-séduit un corps d’enfant (le corps de l’enfance dont il s’agit justement de faire le deuil, de
se séparer…). C’est dans ce contexte que l’adolescence peut être reconnue comme le temps des corps-
en-acte (P. Roman & N. Dumet, 2009) : corps-en-acte dont la fonction peut être comprise comme se
trouvant au service d’un décollement du corps-à-corps autoséducteur et traumatique du pubertaire,
engagé dans la quête d’une inscription symbolisante. Il s’agirait pour l’adolescent de rechercher, dans
la scène traumatique du corps-en-acte (cela peut concerner différentes modalités de violences auto- ou
hétéro-adressées), une forme de traitement du traumatisme par le traumatique : c’est là une hypothèse
qu’avait déjà soutenu J. Guillaumin (2001) avec la notion de traumatophobie.

Roman fait une hypothèse par rapport a sa clinique des adolescents qui ont des pratiques sexuelles soit
à risque soit violente soit en group filmé, etc. – il y a qqch du côté du corps-à-corps qui se trouve très
précisément à l’adolescence. L’adolescence c’est la période où on revit tout ce qui s’est constitué
comme base de nos fondamentaux psychiques avant de se structurer de façon plus ou moins claire à
l’âge adulte – ça passe par le corps qui a qqch de ‘dysmorphique’ (monstrueux parce que ce corps

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échappe aux adolescents qui changent vite et qui découvrent l’érotisation de son corps de façon très
différente que durant l’enfance). Il y a qqch aussi dans l’hypothèse de Roman de ce corps-à-corps entre
ce corps d’enfant avec une érotisation très intuitive, avec un rapport au fantasme pas très bien constitué
et ce corps d’adolescent qui parle de comment constituer d’une façon plus complexe tout son
imaginaire sexuel. Lorsque Roman constate toutes ses pratiques sexuelles de l’excès à l’adolescence,
il fait l’hypothèse que le travail psychique à l’adolescence se fait avant tout par le passage à l’acte, càd
par une mise en corps où il y a qqch d’une tentative de nuage et d’abandon et de deuil de ce corps de
l’enfance. Avoir des pratiques sexuelles même désagréables, qui vont même en contrepieds à ce que
l’adolescent peut imaginer ou éprouver du désir, peuvent se lire d’une tentative d’appropriation par le
corps d’abord avant une appropriation par le dire/ le symbolisation. Cette auto séduction du corps-à-
corps, de son propre corps, de son corps d’enfant, de son corps d’adolescent qui va ensuite matérialiser
dans une pratique sexuelle avec l’autre ou avec les autres, peut s’entendre comme une mise en acte de
son corps pour essayer de traiter ce corps qui échappe pour l’adolescent.

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