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GRANDS COURANTS

DE LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE : (L2 psychologie)

Introduction :
Définir l’objet de la psychologie clinique est ardu car l’appellation « clinique » est revendiquée par
des courants de pensée différents, voire antagonistes sans revendiquer d’école et donnant à ce terme
des sens divergents au gré des approches théoriques et des époques.
Psychologie clinique = à la fois objet et méthode de la psychologie
Flou en tant que discipline du fait de son projet d’étudier l’individu dans sa totalité et en situation.

1- Bref rappel historique :

La psychologie clinique nommée comme telle apparaît après la deuxième guerre mondiale.
Cependant, depuis l’Antiquité, on peut trouver les prémisses de la pratique clinique.
Rappelons l’étymologie du mot clinique : ce mot vient du grec et signifie « se coucher/être coucher,
se pencher » c’est donc un soin qui se pratique au chevet du malade.
Donc clinique, psychologie clinique trouve ses racines dans la médecine
Cependant, ce sens a évolué en psychologie, ce n’est plus seulement se pencher sur un sujet
malade mais sur un sujet humain. D’ailleurs, on peut considérer que dans tous les métiers où il
s’agit d’être à l’écoute… c’est de la clinique.

A la fin du XVIIIème siècle, on parlera de clinique médicale comme une nouvelle discipline. Elle
consistera en une collection de cas ou inventaire de faits pathologiques.
Méthode clinique est donc née d’une révolution dans la manière d’envisager la maladie, la
reconnaître et la traiter.
Le XIXème siècle connaît l’essor de la psychiatrie clinique :
• Constitution de l’individualité comme objet scientifique
• Décrire et ordonner les faits avant de les expliquer.

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2- LES FONDATEURS :

On peut considérer qu’il existe plusieurs fondateurs de la psychologie clinique qui ne sont pas à
proprement parlé des psychologues cliniciens étant donné que la discipline n’existait pas comme tel.

* Witmer (1867-1956) :
On attribue à Witmer la fondation de la psychologie clinique
En effet, il présente en 1896 une nouvelle discipline à l’APA (Americain Psychology Association)
sous le terme de psychologie clinique et méthode clinique.
Au début du siècle, il accueillait des enfants scolarisés, amenés par leurs parents ou leur enseignant
parce qu’ils présentaient des difficultés en classe, c’est-à-dire qu’ils ne progressaient pas aussi vite
que les autres enfants ou parce qu’ils avaient des difficultés comportementales.
À cette clinique psychologique, les enfants étaient évalués physiquement et mentalement puis on
leur recommandait des traitements médicaux et pédagogiques appropriés. Witmer a été le premier à
déclarer que des psychologues devraient être entraînés à répondre à des problèmes d’ordre
éducationnel (Fagan, 1990).
Peu de retentissement : c’est seulement en 1919 que l’APA ouvre une section clinique ayant pour
tâche l’étude de cas individuel (diagnostic, bilan, thérapie individuel et groupal)

* Janet (1851-1947) : (nous y reviendrons dans la partie « l’école française de psycho clinique »)
Parle de psychologie clinique mais dans un sens proche de psychologie médicale.
Définit comme une discipline destinée aux médecins qui s’intéressent aux maladies mentales et
qui serait édifiée par la philosophie.
L’ensemble de ces travaux évoque la psychologie clinique sans qu’elle soit revendiquée dans le
sens où il tente de promouvoir la réflexion psychologique (critique de la rationalité, intérêt pour le
cas particulier, observation fine…).
Certaines des positions théoriques de Janet préfigurent donc celles de certains psychologues
cliniciens : remise en cause des procédures de test, opposition à l'utilisation de la statistique qui
refuse la dimension du singulier, critique des recherches en laboratoire qui isolent les variables et
contrôlent artificiellement leurs manifestations et leurs interactions.

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Pose donc les bases de la psychologie clinique en considérant qu’il n’y a pas de frontière entre le
normal et le pathologique (rupture avec la psychologie médicale) et qu’il faut resituer la conduite
présente de la personne globale dans l’interaction en tant qu’elle exprime l’influence actuelle de
la situation et la réaction consciente et inconsciente de l’individu dans cette situation.
Définit une méthode = « l’analyse psychologique » qui consiste à étudier le même sujet de
manière régulière pendant une longue durée car pour lui mesurer des fonctions psychologiques ne
pourraient s’avérer que stérile.
Consiste avant tout à bien connaître le sujet dans sa vie, dans ses études, dans son caractère, dans
ses idées... et à être convaincu qu’on ne le connaît jamais assez.
Malgré tentative pour imposer la psychologie clinique, son labo est fermé en 1910 sous l’influence
des expérimentalistes

* Freud (1859-1939) : (sur lequel nous reviendrons également dans un chapitre)


Terme absent de son univers conceptuel mais préoccupation (évoque une fois le terme de
psychologie clinique dans une lettre à Fliess), méthodologie et démarche peuvent être qualifiées
de clinique.
Il s’agit certes là, comme chez Janet, d'une application des connaissances psychologiques aux
données de l'expérience clinique.

La théorie psychanalytique représente donc un modèle en tant qu’elle prône l’analyse des cas
individuels dans la production des théories sur les maladies et sur le fonctionnement du psychisme :
il disait lui-même qu'il s'attendait à voir jaillir la lumière des cas singuliers.
Ce sont principalement le souci de compréhension des phénomènes psychologiques en référence à
l'histoire d'un sujet et la mise en évidence des particularités de la relation entre le sujet et
l'observateur qui font de l'oeuvre de Freud une source d'inspiration pour la psychologie clinique.
De plus, elle représente la pure application des connaissances psychologiques aux données de
l’expérience clinique.

En s’écartant de sa formation médicale et en créant le concept d’appareil psychique = donne un


objet autonome et défini à la psychologie.
Cet objet est compréhensible à travers tout le processus de sa genèse (stade du développement
psychosexuel par exemple) et de la structure du psychisme telle qu’il la définit (topique)
Fonde cadre conceptuel de nombreux cliniciens.

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* Claude Prévost :
Découvre Revue de Psychologie Clinique et Thérapeutique (publiée entre 1897-1901)
Les textes définissent ce que sera la psychologie clinique française à savoir que la psychologie
clinique s’oppose à la psychologie expérimentale (isole les faits psychologiques). La psychologie
clinique exposée ici est plus concrète et ne se limite pas à la pathologie. C’est l’étude des
réactions naturelles et spontanées d’un sujet en présence d’excitations sous les influences
combinées de l'hérédité et du milieu, elle poursuit le développement, normal et pathologique de la
personnalité. Son but est d’individualiser et non de schématiser.
Cependant, malgré sa modernité, ce texte semble inconnu et n'a sans doute pas eu d'influence sur
l'histoire de la discipline.

* Lewin (1890-1947)
Considéré comme le père de la psycho sociale (pas de détail sur son œuvre car nous éloigne trop de
notre sujet…) mais surtout il fait parti de la première génération des tenants de la Gestallt-théorie
Dans la logique de la Gestallt-théorie (théorie de la forme), il est considéré que le tout est
davantage que la somme des parties qui le constituent (idée qui se retrouve dans l’approche
systémique que nous allons voir et surtout principe de base de la psychologie clinique :
s’intéresser à l’homme global plus importante que vision atomiste comme dans la psychologie
expérimentale qui cherche à isoler les faits, les fonctions…).

La théorie de la Gestalt, qu'est-ce que c'est ?

La théorie de la Gestalt est une théorie générale qui offre le cadre pour de différentes connaissances
psychologiques et leur emploi. L'être humain y est compris comme un système ouvert; l'homme
interagit activement avec son environnement.

Théorie qui (comme la psychologie clinique par la suite) s’est érigé contre une notion d'éléments
dans la psychologie et une psychologie behavioriste.

La théorie de la Gestalt comme une théorie de la connaissance correspond à un point de vue


critique et réaliste. En ce qui concerne la méthode on essaie de relier d'une façon sensée l'expérience
et la phénoménologie. Des phénomènes centraux sont examinés sans renoncer à la rigueur
expérimentale. La théorie de la Gestalt se définit donc comme une position scientifique non fixée,
comme un paradigme en évolution.

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Ce bref retour dans le passé est là pour rappeler que la psychologie clinique est issue d’une longue
réflexion sur l’étude de la singularité de l’être humain. Tous ces auteurs avaient en effet en
commun l’idée que la totalité est primordiale et que seule la genèse pouvait l’expliquer.
Quoi qu’il en soit et comme déjà mentionner : essor après la 2ème GM notamment aux EU : 1947,
sous l’impulsion de l’APA définit ce que doit être l’enseignement de la psychologie clinique (stage,
méthodes diagnostic et de recherche…).

France plus réfractaire : l'institution médicale a difficilement et lentement accepté - pour autant
qu'elle l'ait fait entièrement - que le terme "clinique" et la pratique du même nom, qu'elle estimait de
son domaine exclusif, puissent constituer aussi un des domaines de la psychologie. Cependant, les
remaniements de la psychiatrie et de la médecine somatique ont contribué de manière non
négligeable à l'essor de la psychologie clinique.

En effet, les profondes transformations de la psychiatrie après la seconde guerre mondiale


(psychothérapie institutionnelle, travail de secteur dans la communauté, intérêt d'une partie de la
psychiatrie pour les sciences humaines, découverte des médicaments psychotropes, différenciation
des structures d'accueil, extension des prises en charge psychologiques…) ont fait apparaître des
besoins dans le domaine de l'observation clinique, de l'analyse institutionnelle, de l'évaluation
(par tests et échelles), de l'analyse psychopathologique clinique des cas, des psychothérapies…
D’où extension à partir de 1949 grâce à Lagache (que l’on étudiera plus précisément dans le
chapitre consacré à l’école française… dont nous observerons les particularités)

2- Généralités : objet, méthode, démarche…


Le terme "clinique" possède des sens différents.
La signification du terme "clinique" varie selon que l'on se situe dans l'axe de la psychiatrie
clinique (où prédomine l'observation), dans celui de la clinique psychologique telle qu'elle s'est
développée en France (singularité et totalité de la situation), dans la pratique du psychologue
travaillant dans la santé ou dans la clinique psychanalytique ("clinique sous transfert").
Afin de ne pas rentrer dans ces subtilités qui, je pense, ont ou vont être développé par ailleurs, nous
retiendrons que parler de "clinique" c'est désigner un ensemble de pratiques, de méthodes,
différentes qui ont en commun de reposer sur la rencontre avec le sujet, mais ne forment une
unité qu'au regard de ce dont elles se distinguent, à savoir l'expérimentation.

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Principales caractéristiques de la psychologie clinique :
• Psychologie appliquée et concrète (c'est-à-dire que applique théorie (psychanalytique,
systémique…) dans domaine d’intervention)
• Pratique appuyée sur une méthode (clinique) visant un objet (l’homme) et procédant
essentiellement à l’analyse de cas (généralisation à partir de ces cas singuliers)

Objet de la psychologie clinique c’est donc l’homme : l’homme global, concret, celui qui a une
histoire de vie, un quotidien, celui qui doit réussir à trouver sa place dans le monde, celui qui se sent
unique et qui a une conscience, un vécu qui n’est jamais totalement communicable à l’autre.
D’après LAGACHE, dont la définition est encore d’actualité c’est « l’étude approfondie de cas
individuels ». La psychologie clinique vise donc la connaissance et compréhension de la personne
totale et singulière en situation et en interaction.
C’est encore l’étude des conduites humaines normales (deuil, difficultés professionnelles…) et
pathologiques (troubles psychologiques) à tous les âges de la vie.

Différentes méthodes peuvent permettre cette étude : étude de cas, entretien individuel ou en
groupe, observation de comportement, analyse du discours, passation de tests (projectifs, passation
d’échelle…)… sans recours à l’expérimentation. La méthode clinique se distingue donc de la
méthode expérimentale en ce qu'elle ne coupe pas son objet de la réalité dans laquelle il apparaît.
Ceci ne signifie pas qu'aucune procédure d'objectivation soit utilisée : les tests, les techniques
projectives... constituent des outils utilisés dans la démarche clinique et peuvent faire l'objet de
quantification.
Cependant, leur utilisation répond plus souvent à une recherche de processus, à un souhait de
qualifier (et non pas forcément de quantifier). (ex : dans la pratique)
Les échelles quant à elles, qui restent descriptives, extérieures, et quantitatives, sont utilisées en
clinique, mais semblent plus éloignées de la problématique de la méthode clinique.

On peut donc dire que la psychologie clinique part des cas singulier et utilise la totalité de la
situation, pour aboutir à une généralisation.
Il ne peut donc s'agir ni d'une réflexion statistique ni d'une analyse typologique mais d'une tentative
de description des processus.
Ses résultats sont parfois considérés comme des préalables devant être justifiés et validés par
d'autres méthodes. (recherche exploratoire…)

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Démarche clinique :

• Lien avec la pratique : pratique diverses dans des contextes diverses et dans des objectifs
différents
Notion d’expérience et de distance à l’expérience : trouver la « bonne distance »

• Importance accordée au rôle de la demande : exprimée par le sujet, en son nom, par le
chercheur…
Demandes diverses (reconnaissance, soin, formation…) explicite ou implicite…
TOUJOURS ANALYSER LA DEMANDE ET NE PAS Y REPONDRE D’EMBLEE
Double demande humaine : savoir et amour / connaissance et reconnaissance donc en fait
demandeur et démandé sont tous les deux en positions de demandeurs
Travail s’engage dans l’espace ouvert par la demande qu’elle analyse, structure et
instrumentalise

• Importance de la relation sujet/psychologue : démarche interpersonnelle, travail dans la


relation et sur la relation

• Prise en compte de l’implication


Implication du clinicien, de sa théorisation et de son maniement
Implication ≠ transfert/contre transfert (cf. psychanalyse : elle travaille sur le transfert tandis
que la psychologie clinique travaille avec le transfert)
Porte davantage du côté du clinicien,
Les conditions de rigueur se trouvent remplies lorsque la démarche prend en compte
l'implication du clinicien et lorsqu'elle tente d'élucider la masse d'implicite présente dans ses
stratégies et ses dispositifs.
En effet, cet objet d’étude particulier et les méthodes spécifiques qui en découlent présupposent
un engagement de l’observateur et l’analyse approfondie de cet engagement.

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• Lien étroit avec la psychanalyse (surtout en France)
Psychanalyse influence la psychologie clinique et inversement. Elle a notamment ouvert les yeux
à la psychanalyse sur de nouveau questionnement : psychodrame, thérapie familiale systémique,
thérapie émotionnelle et corporelle, théorie de l’attachement…

• Réévaluation de la dimension sociale : c’est sur cette dimension que la psychologie


clinique se détache de la psychanalyse car elle appréhende et évalue le social. En effet, la
démarche clinique se caractérise par la prise en compte de la situation : travail sur et avec des
personnes aux prises avec des situations sociales et relationnelles et ce qui importe c’est la
manière dont le sujet vit la situation (ex : EV pas important en soi)

Le psychologue clinicien est celui qui a réussi à comprendre et à prendre en charge cet individu réel
et unique.
Le savoir du psychologue clinicien n’est pas seulement théorique mais d’une autre nature. Il doit
permettre d’analyser et de comprendre la singularité de l’Autre (au-delà même de ce que celui-
ci comprend de lui-même). Mais dans la mesure il se situe dans une relation interpersonnelle, il
doit être en mesure de discerner ce qui provient spécifiquement de l’Autre et ce qui relève de
son propre fonctionnement et ses préjugés socioculturels.
Ce savoir particulier (qui renvoie à l’usage d’un référentiel théorique) est ce qui va rendre
possible une rencontre subjective structurante.
C’est l’acquisition d’une compétence à rencontrer l’Autre dans sa réalité singulière et globale,
en étant soi-même présent dans la relation, que doit s’attacher le clinicien.

But de la psychologie clinique : conseiller, guérir (proposer une thérapeutique), éduquer


Dans ce sens, la question du diagnostic est primordiale et c’est même l’opération fondamentale
(même si ce principe est souvent décrié et vu comme l’activité peu noble de la psychologie clinique)
dans le sens où c’est ce qui va déterminer le sens de la prise en charge (quel que soit le but…
conseiller, guérir, éduquer…)
Autres fonctions du clinicien = formation (se former et former les futurs psy clinicien) et l’expertise
Sous discipline de la psychologie qui a pour objet l’étude, l’évaluation et le diagnostic, l’aide et le
traitement de la souffrance psychique quelle que soit son origine.

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La principale critique est qu’elle paraît forcément moins "rigoureuse" que l'approche scientifique
(qui, quant à elle, ne répond pas aux questions posées par la réalité clinique). La psychologie
clinique en tant que méthode et en tant que démarche est donc le lieu où s'élaborent des
observations originales et des formes de questionnement.

CONCLUSION :

Ambiguïté dans la définition et les limites de la psychologie clinique.


En tant que méthode, elle peut être étendue à tous les domaines (psychologie cognitive : intérêt pour
la pathologie… social, Revault-Allones « psychologie sociale clinique ») + intérêt pour divers objet
(communication, analyse des institutions… analysé selon les concepts cliniques…)
TOUT EST COMPLEMENTAIRE (débat sémantique stérile…)

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I- PSYCHOPATHOLOGIE ET PSYCHOLOGIE CLINIQUE :
Nous n’aborderons pas la psychopathologie comme un courant de la psychologie clinique. D’ailleurs
la psychopathologie en tant que domaine, est elle-même composé de plusieurs courants théoriques
différents (si intérêt : Ionescu « 14 approches de la psychopathologie »)
La psychologie clinique trouve en effet son origine dans la psychopathologie (changement dans
l’appréhension de la maladie comme nous l’avons vu en intro…) mais surtout elle intègre et dépasse
la psychopathologie (rappel : la psycho clinique étudie aussi bien le normal que le pathologique)

1- Rappel : psychopathologie

Définition = c’est l'étude des troubles mentaux ou psychologiques considérée à la fois comme une
branche de la psychologie et comme une réflexion théorique sur la clinique psychiatrique.

Il ne faut pas confondre pathologie du psychologique et psychologie du pathologique


Ces sens ne sont pas systématiquement opposés, mais correspondent à des niveaux différents
d'analyse, la psychopathologie regroupant l'ensemble de ces niveaux.

a)- La pathologie du psychologique

La "pathologie du psychologique" est l'acception la plus courante et la plus classiquement admise.


Elle suppose l'existence d'une pathologie mentale.
Dans ce contexte, "psychologique" désigne le lieu de la pathologie (c'est dans le psychisme que se
situe le problème : il s'agit donc des troubles à manifestation ou à origine psychologique).
"Psychopathologie" spécifie un domaine qu'on pourrait confondre avec celui de la pathologie
mentale, telle que la découpe la psychiatrie. (comme on dirait la pathologie du neurologique)

Analogie avec la physiopathologie qui correspond aux altérations pathologiques de la physiologie


(somatique) par référence à une physiologie normale. Par opposition à cette normalité on définit
des altérations qui sont pathologiques.

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Pour la psychopathologie, cela veut dire qu’on peut définir un fonctionnement psychologique
normal. Les écarts par rapport à ce fonctionnement psychologique normal définissent les
situations pathologiques.

La pathologie du psychologique concerne la description (cf. nosographie, classifications


psychiatriques comme dans le DSM par exemple des troubles pathologiques) et interprétation des
aspects psychologiques des pathologies mentales.
Elle utilise donc les théories de la psychologie pour rendre compte des phénomènes décrits par
la psychiatrie. Dans ce contexte, "psychopathologie" désigne aussi le savoir (qui fonctionne comme
discours de vérité) qui permet de comprendre la pathologie. Le chapitre "psychopathologie" de
certains manuels de psychiatrie correspond ainsi à la reprise des différentes théories explicatives de
la maladie considérée.

On voit donc que cette conception comporte deux postulats :


1- il existe une pathologie du psychologique (c'est là le sens le plus courant de
psychopathologique : on parlera de psychopathologie de l’enfant, de l’ado, de l’adulte… et c’est bien
en comparaison à un enfant, un ado ou un adulte supposé « normal »).

2- La psychologie peut fournir une représentation de ces phénomènes pathologiques (cette


deuxième conception est proche de la conception « psychologie du pathologique », mais ce qui la
caractérise ici c'est sa limitation à la sphère des maladies psychiatriques).

Cette conception ne va pas sans difficultés dans la mesure où :

1- C’est une approche cohérente mais butte sur la notion de normalité car il est difficile de définir
ce qu’est un fonctionnement psychique normal (on ne va pas entrer dans le débat du normal et du
pathologique, mais soulignons que les définitions de la norme ont variées en fonction du temps…
Par exemple : concernant le statut de l’homosexualité : elle a longtemps fait parti des listes des
maladies mentales ; cependant depuis quelques dizaines d’années seulement l’homosexualité a été
sortit des listes d’affections psychiatriques et est donc considérée comme un fonctionnement
psychologique normal.)

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Comment définir ce qui est pathologique ? difficulté pour définir la normalité donc la pathologie
ne peut pas être le fait d’être en dehors de la normalité.

Actuellement on estime qu’on est dans le pathologique quand :

- Il y a une souffrance ressentit du sujet qui est à l’origine de la demande de soin.

- Il y a un handicap qui est de ne pas pouvoir s’adapter facilement à des situations données (en
particulier avec les relations sociales… mais qu’est-ce que s’adapter facilement ??).

-.Ce qui permet de s’affranchir de la normalité (on en revient au même problème de qu’est-ce
que la normalité…)

2- Elle risque fort d'amener l'édification de théories parfaitement en décalage avec la réalité
clinique (en se basant uniquement sur les données normatives, les classifications, on risque donc de
« passer à côté » de la réalité clinique du sujet)

3- Reste très lié à la psychiatrie (étudie uniquement les troubles mentaux)

Ces théories ne sont en fait que des tentatives de systématisation des faits apportés par la clinique
psychiatrique (classification).
Elle correspond toutefois à une partie de ce qu'est la psychopathologie comme domaine et comme
activité : étude de la pathologie mentale et tentative d'interprétation des faits observés à partir
d'une théorie psychologique.

Néanmoins, la notion de pathologie du psychologique est sujette à beaucoup de critiques qui en


limite l’intérêt.

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Exemple de classification psychopathologique
Attention types de personnalité ne signifie pas pathologie…

L’organisation de la personnalité d’un point de vue génétique par Bergeret (orientation


clinico-psychanalytique)

STRUCTURE ORGANISATIONS STUCTURES


NEVROTIQUE LIMITES PSYCHOTIQUES
Instance SURMOI IDEAL DU MOI CA
Dominante

Nature du Conflit entre le Surmoi et Double conflit : Conflit entre le Ca et la


conflit le Ca à travers le Moi → Idéal du Moi et Réalité Réalité ;
(topique où se → Idéal du Moi et le Ca le Moi n’étant pas différencié du
situe le Moi fragile, blessure narcissique Non-Moi (unité de l’être non
Surmoi développé mais faible constitué), le Moi se trouve
conflit) exclu du conflit.
d’où faible sentiment de
culpabilité
Idéal du Moi (modèles sociaux,
politiques ou culturels…)
dominants d’où hypertrophie des
ambitions, de bien faire pour
conserver l’amour et la présence
des objets indispensables,
l’obéissance à cet idéal rassure le
narcissisme défaillant.
Constat d’échec ne conduit pas
aux symptômes (émanent du
sentiment de culpabilité, d’un
compromis entre désirs et
défenses) mais à la honte, au
dégoût de soi-même (parfois
projetable sur les autres) d’où
manifestations dépressives.
Autre conséquence de la
faiblesse du Surmoi : facilité
avec laquelle les représentations
mentales et/ou l’expression
verbale passent à l’acte (AGIR)

Nature de CASTRATION PERTE DE L’OBJET MORCELLEMENT


l’angoisse D’AMOUR ; DE
(privation de la jouissance L’OBJET DE SOUTIEN Sujet lutte pour son intégrité
sexuelle) Incapacité de vivre sans cet objet Il vit dans le tragique de la mort
Angoisse dépressive psychique.

Nature de la GENITALE ANACLITIQUE FUSIONNELLE


relation 1+2=3 1+2=2 1+2=1
d’objet

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Mais aussi parfois prégénitale Etymologie (anaklitos) Désinvestissement de l’objet
suivant le stade de régression = se retrouver couché sur le dos Création d’une néo-réalité
libidinale S’appuyer sur l’autre, en attente
* hystérie : génitale passive de satisfaction et en
* obsession : régression sadique- quémande + manipulation de cet
anale colorant toute relation autre, partenaire indispensable.
d’objet Relation de dépendance vis-à-vis
des objets non différenciés sur le
plan sexuel (ex : parent n’est pas
un parent oedipien mais toujours
phallique narcissique asexuée
avec lequel il faut conserver un
mode de relation prégénitale)
C’est une relation de « grand » à
« petit » ; persécuteur/persécuté,
protecteur/protégé.

Processus PROCESSUS MELANGE PROCESSUS


présents SECONDAIRES PRIMAIRES
l’énergie est d’abord liée avant l’énergie psychique s’écoule
de s’écouler de façon contrôlée librement passant sans entrave
(principe de réalité) ; les d’une représentation à une autre
représentations sont investies de selon les mécanismes de
façon plus stable, la satisfaction déplacement et de condensation
est ajournée, permettant ainsi des et le principe de plaisir
expériences mentales qui mettent
à l’épreuve les différentes voies
de satisfaction possibles. (pensée
vigile, attention, jugement,
raisonnement, action contrôlée).
Liaison entre les représentations.

Défenses REFOULEMENT POLYMORPHISME DENI-PROJECTION


principales : DES DEFENSES CLIVAGE DU MOI

● Hystérie : conversion… Refoulement présent mais * Déni de la réalité central


joue moindre rôle. (création d’une néo-réalité
● Phobie : évitement, Recours à des mécanismes conforme aux désirs du Ca)
inhibition… moins élaborés donc moins
efficaces :
● Obsession : isolation, * Evitement de la * Projection et
intellectualisation, représentation Identification projective
formation réactionnelle Semblable à celui de Perception au dehors de
(contre l’agressivité, contre l’organisation phobique, parties mauvaises de soi ; ce
la dépendance…) même si elle se trouve qui fait de l’objet perçu un
préalablement isolée ou puzzle, un composé d’objets
déplacée par des mécanises partiels et non un objet total)
annexes.
* Dédoublement du Moi
* Identification projective (clivage du Moi) qui
joue un rôle important pour concourent aux états de
maintenir l’illusion de la toute dédoublement de la
puissance sur l’autre. personnalité et/ou de
dépersonnalisation.

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* Clivage de l’objet Dans le clivage, le
Dédoublement destiné à lutter détachement complet de la
contre l’angoisse de perte réalité ne se produit jamais
d’objet (bon/mauvais objet (une partie tient compte de la
Klein) réalité en tant qu’elle
contrarie les exigences
pulsionnelles)
* Dévalorisation : tend à Le clivage diffère de toute
déprécier, ternir, noircir solution de compromis propre
l’importance de ses propres aux névroses, il se produit au
objets internes, but de l’envie sein du Moi et non au niveau
et défense contre cette envie. des instances (c’est donc un
modèle nouveau par rapport
au refoulement et au retour du
* Idéalisation : besoin de refoulé)
voir les objets externes
comme bon, tout puissant
donc à même de protéger le
sujet contre les dangers
externes ; le partage de la
toute puissance avec l’objet
devient alors possible.
Défense fragile car implique
le déni des caractéristiques
non désirées de l’objet.

* Forclusion : rejet de la
fonction symbolique du père,
garant de la loi et porteur du
phallus ; interdit au sujet
l’entrée dans la triangulation
oedipienne, le sujet ne peut
sortir de la relation duelle à la
mère, la mère devient toute
puissante.

Dans psychopatho du psychologique on va s’arrêter là, description avec quelques éléments


explicatifs… nous verrons que dans la psychologie du patho, l’analyse explicative va plus loin.

b)- La psychologie du pathologique »

La notion de psychologie du pathologique est naturellement proche de la précédente mais la


dépasse de part des nuances subtiles qui tiennent à sa méthode et à l'élargissement de son objet.
Elle désignerait l'analyse psychologique du fait pathologique (ou de la dimension psychologique
du fait pathologique).

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Psychopatho n’est pas la recherche des causes psychologiques d’une maladie ou d’un
comportement mais tente de dégager l’objet psychologique dans des situations qui ne sont pas
de l’ordre de la causalité.
La pathologie peut, en effet, être l’objet d’une investigation psychologique susceptible de
l’éclairer. Cette approche privilégie l’utilisation de méthode d’analyse psychologique des
situations pathologiques pour comprendre quels mécanismes sont en jeux pour faire émerger
cette pathologie. Il s’agit donc de comprendre le fait pathologique.

• Particularité au niveau de la méthode :


On distinguera deux démarches :
* La démarche clinique (d’où la confusion possible avec la psychologie clinique…) visant à saisir
l’expérience du patient en se rapprochant le plus possible de son histoire vécue + importance de la
relation avec le patient.
La psychopathologie, entendue comme psychologie du pathologique, est alors inséparable de
l'activité clinique dont elle part et dont elle essaie de fournir une représentation explicative. Cette
démarche n’est pas limité à un cadre théorique de référence (particularité de la psychologie clinique
est d’englober des cadres variés : psychanalyse, psycho cognitives…)

* Démarche théorique : qui cherche à repérer le plus petit nombre d’altérations originaires et
irréductibles dont découlent les perturbations

• Particularité au niveau des objets d’étude


Parler de pathologie dans cette perspective ne se réduit pas à la maladie mentale. La pathologie
peut désigner toutes les situations de souffrance, quelle que puisse en être l'origine. A l’inverse
certain sujet ne souffre pas et sont pourtant atteint d’une pathologie (pervers)
Prenons un exemple : le deuil n'est pas une maladie mais il comporte une souffrance. Faire une
psychopathologie du deuil consiste donc à analyser cliniquement (c'est-à-dire à partir de situations
de rencontre avec des malades en deuil) les différents mécanismes de cette souffrance. Il ne suffit
toutefois pas de rencontrer des malades en deuil pour produire une psychopathologie ; il faut encore
savoir repérer les processus communs, le nommer, les articuler en une représentation théorique et
vérifier que ces mécanismes concernent bien le deuil et pas autre chose.

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Deuxième exemple : la maladie organique est bien une maladie, mais elle n'est pas "mentale". On
peut toutefois faire une psychopathologie du somatique (de la souffrance somatique) en
s'intéressant non pas à la maladie mais au malade et à ses positions subjectives, à son rapport à
la maladie, sans préjuger de la cause de cette maladie.

Il faut donc noter que le champ de la psychopathologie (en tant que discours théorique) est, en fait,
beaucoup plus large que celui de la pathologie mentale, mais qu'il ne suffit pas de dire que son objet
est la souffrance pour se croire à l'abri de certaines difficultés.

Les limites de cette conception (qui élargit le champ de la psychopathologie hors de la psychiatrie
en tant qu’elle s’intéresse à la pathologie mentale avérée, l’effet pathologique, la souffrance
exprimée et/ou inexprimable, le comportements pathologiques, anormaux) réside dans l'existence de
la notion de souffrance et dans son rapport avec l'anormalité/normalité. (postulat de base :
impossibilité de définir la normalité)

De plus, elle permet difficilement une généralisation des analyses faites.

3- Psychopathologie et psychologie clinique :

Les deux termes sont souvent confondus (d’ailleurs y compris dans la formation universitaire…) : il
y a bien une confusion entre domaine clinique et domaine psychopathologie dans la mesure où
l'on parle de la clinique comme de la situation dans laquelle on rencontre les objets
psychopathologiques, mais aussi dans la mesure où la psychologie clinique peut se fixer les
mêmes objets que la psychopathologie en dépassant la méthode clinique.

17
Tentatives de les différencier :

• Elles sont de nature différentes : psychopatho = domaine alors que la psychologie


clinique
est une méthode, une démarche qui s’oppose à la méthode expérimentale. La psycho clin est donc
appliquée à la psychopatho mais aussi à d’autres domaines (groupe ; la communication, le
développement de la normalité…). De la même manière, la psychopatho peut adopter la méthode
clinique, mais aussi d'autres méthodes (expérimentale, quantitative...) ; si elle est historiquement
clinique, elle ne l'est pas exclusivement

• Intérêt de la psychologie clinique pour des troubles moins sévères (position médicale).
Or, pour Pedinielli (1994), il est insoutenable que le psychologue clinicien praticien n’est pas les
compétences pour intervenir auprès des malades mentaux gravement atteints.

• Psychopatho fait partie de la psychologie clinique (elles s’intéressent également aux


pathologies lourdes) : grande partie de la psychologie clinique est composée par la psychopatho
formulée en termes psychologiques. En tant qu’elle répond à des objets cliniques, une grande partie
de la psychopatho peut être considérée comme clinique.
Ainsi, toujours pour Pedinielli, les liens entre psychologie clinique et psychopathologie sont certes
complexes mais il existe « un recouvrement partiel entre domaine clinique et psychopathologique :
la clinique c’est la situation dans laquelle on rencontre les objets de la psychopathologie mais la
psychologie clinique peut se fixer les mêmes objets que la psychopathologie »

Cependant, ne peuvent pas être confondus car la psychologie clinique s’intéresse également au non
pathologique. Psychopathologie et psychologie clinique seraient donc en intersection.

18
II- LA DISTINCTION ENTRE APPROCHE NATURALISTE ET HUMANISTE EN
PSYCHOLOGIE CLINIQUE :

Nous pouvons distinguer deux courants généraux dans la psychologie et plus particulièrement dans
la psychologie clinique : à savoir l’approche humaniste et l’approche naturaliste.
Nous verrons que ces courants généraux intègrent les courants que nous allons détailler par la suite.

1- Approche naturaliste :

Cette approche a été initiée par les behavioristes, la psychologie expérimentale.


C’est l’idée que l’homme, aussi singulier et unique soit-il, est un objet de la nature, comme tout
ce qui existe dans l’univers et peut donc être objet de science.
Cela ne signifie pas que tous les hommes sont semblables mais que sur le plan psychologique
(comme sur le plan biologique), il existe des universaux.
Ce qui fait la différence entre les individus, c’est l’interaction entre leurs patrimoines
génétiques et le milieu dans ils se sont construits et évoluent (interaction entre inné et acquis) et
bien sûr leur histoire personnelle.
Le travail de recherche en psychologie (y compris en psychologie clinique) est d’identifier ces lois
générales du psychisme.

Y compris en psychologie clinique car malgré ses origines totalement opposées à la psychologie
clinique, le courant naturaliste a été développé en psychologie clinique à travers la psychanalyse
freudienne et les idées de Wallon par exemple.
Et pour cause, si la psychologie expérimentale revendique à juste titre le caractère naturaliste de sa
démarche, elle oublie cependant que cette démarche n’a de sens que par rapport à une science qui a
un objet global (l’homme, comme en psychologie clinique)
Les différentes facettes de l’objet ne se dévoilent qu’au fur et à mesure de l’avancée du savoir, de la
connaissance toujours imparfaite de l’objet (donnant lieu à des spécialisations)
Dans aucune science (hormis donc en psychologie) l’approche naturaliste n’a justifié de prédécouper
son objet avant d’avoir les moyens scientifiques de l’analyser…

19
En ce sens, et malgré le fait que Lagache oppose psychologie naturaliste (expérimentale) et
psychologie humaniste (psychologie clinique) nous pensons que la perspective naturaliste en
psychologie clinique a tout son sens.

Ainsi, pour reprendre les exemples que nous avons cités, Freud, l’un des fondateurs de la théorie et
de la pratique clinique, s’inscrit donc dans l’approche naturaliste. En effet, il avance que ce qui
différencie l’homme et l’animal c’est qu’il possède un appareil psychique (ce qui constitue en
quelque sorte un des universaux de l’humain), dans l’interaction entre les forces provenant de sa
nature biologique et celles provenant de son milieu (on retrouve ici, l’interaction entre inné et
acquis…).

Dans la conception freudienne, on retrouve donc :


• Le niveau psychologique comme un niveau de la réalité à part entière,
• L’établissement de lois générales d’élaboration et de fonctionnement à visée
universelle. (par exemple le complexe d’Œdipe est un des universaux)
• Une problématique de l’adaptation : pour lui, pas d’opposition entre le normal et le
pathologique : le patho est résultat des difficultés ou des échecs produits par les mêmes lois
générales dans leur fonctionnement et leur élaboration de l’appareil psychique en fonction des
influences du milieu externe et de diverses aléas du développement. (pour reprendre le complexe
d’Œdipe, pathologie sous tendue par l’échec, le non dépassement de cette étape de
développement, l’élaboration du complexe d’Œdipe fondée sur l’influence du milieu : punir la
masturbation infantile chez le petit garçon ayant atteint le stade phallique)
Certes, on peut reprocher à Freud la difficulté de vérifier empiriquement les concepts qu’il utilise et
les déductions qu’il en tire (ce qui fait grincer les dents des purs expérimentalistes, ceux là même qui
targuent la psychanalyse de non scientifique...) Il inscrit cependant son œuvre dans la démarche
hypothético-déductive qui caractérise la science : poser des problèmes (ici trouble), faire des
hypothèses (toutes les hypothèses par rapport au fonctionnement psychique : névrose, perversion…),
mettre en place un protocole pour vérifier et valider ces hypothèses (cure).
Psychanalyse = théorie de type naturaliste qui débouche sur des pratiques formalisées à partir de son
contenu.

20
Wallon s’inscrit également dans cette perspective naturaliste, apte à fonder des savoirs
scientifiques et pratiques.
Connu comme théoricien de la psychologie de l’enfant et de l’éducation mais c’est aussi un clinicien
et un praticien.
Il défend, en effet, la nécessité de considérer l’homme dans sa globalité, indissociable et le
principe de l’exploration prolongée et individuelle (étude de cas) pour accéder à la
compréhension humaine (il s’agit donc bien d’une approche clinique).

C’est le seul à avoir sorti l’étude de l’homme de son égocentrisme naturel (donc démarche
naturaliste).
Il définit la psychologie comme étant l’étude de l’élaboration du psychisme indissociablement lié
aux capacités que lui offre son organisme biologique et son milieu dans lequel il évolue =
psychologie de l’interaction organisme/milieu dans lequel le psychisme n’est plus au centre mais
constitue une interface qui se construit pour mieux gérer cette interaction. (toujours

Ainsi, dans cette perspective naturaliste, la relation entre le clinicien est toujours singulière et
unique : le professionnel a à sa disposition une grille de compréhension théorique qui lui permet
de resituer la singularité du patient dans l’universalité des lois régissant la psychologie
humaine.

2- L’approche humaniste
C’est une position psychologique qui met l’homme et ses valeurs au dessus de toutes les autres
valeurs.
Reproduit la pensée traditionnelle populaire qui place l’homme au centre de l’univers
(egocentrisme). Le risque que l’humanisme n’a pas su hélas éviter, c’est qu’en considérant chaque
homme comme psychologiquement de nature différente, il n’existe pas d’homogénéité de l’espèce
humaine… ce qui ouvre la voie aux dérives xénophobes, racistes… qui n’étaient bien entendu pas
recherché au départ par les humanistes…
Quoi qu’il en soit, elle affirme, contrairement à l’approche précédente, l’impossibilité d’élaborer
un savoir théorique général sur le psychologique et considère la personne comme une totalité
dynamique.

21
Elle va donc rechercher un savoir faire pratique à visée thérapeutique fondé principalement sur la
relation singulière et unique entre deux Hommes que sont le thérapeute et son patient (ou le
groupe)

Appelée la 3ème force pour marquer sa différence au regard des modèles psychanalytique et
béhavioriste, cette psychologie humaniste est apparue dans les années 60 aux E.U.

On retrouvera dans ce courant, Rogers, théories systémiques… que nous allons développer. C’est
d’ailleurs Rogers qui a créé ce mouvement en instaurant l’approche centrée sur la personne
Modèle qui s'appuie sur l'expérience consciente du client et introduit le postulat de
l'autodétermination : il s'agit de développer chez la personne qui consulte la capacité de faire des
choix personnels (choisir, c'est devenir autonome). La non directivité vise à libérer les tendances
positives de l'homme, lequel possède de puissantes forces de changement.

Si ce courant n'est pas homogène (c’est l’étayage de la pratique sur une ou des techniques
différentes… approche centrée sur le client, thérapie systémique), on peut citer certaines
caractéristiques communes.

• Une conception de l'être humain qui s'exprime par les notions de respect de la personne, de
responsabilité, de liberté, d'authenticité, d'expérience, de rencontre ou relation existentielle
ou alliance thérapeutique (c'est-à-dire, une relation de personne à personne et non de
thérapeute à patient).

Conception de l’homme (ne relevant pas de l’explication scientifique mais de la compréhension


humaine) qui est seul à même de résoudre ses propres problèmes.

• utilisation fréquente de technique de groupes (comme dans les thérapies systémiques)


• accent mis sur l'expérience présente (ici-et-maintenant) ;
• place importante aux approches corporelles ;
• suppression ou atténuation de la dichotomie entre maladie et santé ;
• objectifs de développement, de croissance, d'épanouissement personnel ;
• importance de l'expression émotionnelle et de la communication non verbale.

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Autre exemple que nous développerons : l’approche systémique

Thérapies systémiques : cadre naturel = la famille


Le principe de base est que l’individu se construit et fonctionne selon la place et le rôle qu’il
occupe dans la famille.
La famille cherche donc à entretenir et à défendre son équilibre en maintenant chacun des
membres de la famille à sa place désignée dans le système.
Dans cette perspective, la thérapie individuelle ne peut avoir que peu d’effet car la tendance à
l’homéostasie du système familiale est plus forte que les velléités individuelles conscientes
tendant au changement psychologique.

Il convient donc de réunir le groupe et de le faire travailler selon différentes techniques (jeux de
rôles…) qui vont rendre possible une modification globale des positionnements psychologiques
des membres de la famille et donc une rééquilibration de chacun. Cela est surtout important pour
celui est désigné comme « le vilain petit canard ».

Or, le problème c’est que les autres membres, ainsi légitimer dans leur dysfonctionnement et qui
représentent les « bénéficiaires inconscients » de la manière dont son distribués les rôles, ne sont
pas forcément prêts à participer à une thérapie qui pourrait remettre en question leur confort voire
leur équilibre propre.

23
III- PSYCHANALYSE : FREUD (1856-1939)

Lien indéniable entre psychanalyse et psychologie clinique surtout en France (principale


référence de la psychologie clinique = psychanalyse) bien qu’elles ne soient pas confondus.
Rappelez vous : Freud est même considéré comme l’un des fondateurs de la psychologie clinique
même si ce terme est absent de son oeuvre…
Sa démarche peut en effet être qualifiée de clinique en tant qu’elle prône l’analyse approfondie de
cas individuel.
La psychanalyse est même qualifiée d’ultra clinique par Lagache en tant qu’elle représente une
sorte de « superobservation » de l’homme total.
Rappelons que la psychanalyse c’est :
• Procédé d’investigation des processus psychiques
• Méthode de traitement
• Doctrine, théorie explicative des troubles du fonctionnement psychique

Ainsi la psychanalyse a donné à la psychologie clinique un modèle de compréhension tant du


fonctionnement psychique, en termes d'instances, topiques etc. que de ce qui s'y joue (transfert,
identification, projection, clivage etc.).

La visée en est la compréhension, en termes d'équilibre des forces en présence (pulsions et


défenses) et de signification inconsciente des symptômes, traits de caractères ou comportements
qui ont provoqué la consultation du psychologue.

Psychologie clinique est devenue une science appliquée c'est-à-dire une discipline appliquant
dans sa démarche les concepts et les principes d’une autre discipline (psychanalyse) dont
l’expérience, les méthodes et les objets sont différents des siens.

Psychanalyse critique de la psychologie clinique : manque d’assises théoriques, s’approprie les


théories psychanalytiques en faisant l’économie du transfert
En effet, si la psychanalyse travaille sur le transfert (que nous définirons plus loin), la psychologie
clinique travaille avec le transfert sans l’analyser (le psychologue clinicien est conscient que ce
phénomène existe mais ne l’analyse, c’est pourquoi on parlera davantage de l’analyse de
l’implication chez le clinicien plutôt que du transfert…)

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Psychologie clinique et psychanalyse sont deux domaines spécifiques et séparés bien qu’en
interaction (Favez-Boutonnier) : place privilégiée de la psychanalyse qui défriche les
problématiques ensuite explorée par la psychologie clinique avec des méthodes d’observation
plus rigoureuses (tests projectifs par exemple qui sont plus quantifiables…).
La psychologie clinique a notamment ouvert les yeux à la psychanalyse sur de nouveaux
questionnements : psychodrame (sorte de psychanalyse de groupe…), thérapie familiale
systémique…

Freud créateur de la psychanalyse…

Freud (1856-1939) = créateur de la théorie et de la pratique psychanalytique.


Cette approche est le fruit d’une maturation progressive sur la base d’une pratique d’abord
psychiatrique avec Charcot en 1885 auprès des patientes hystériques.
On peut considérer que la naissance de la théorie psychanalytique se situe dans les années 1895-
1905 et ne cessera d’être affinée jusqu’à sa mort.

En 1915, Freud introduit le terme de métapsychologie pour désigner la forme la plus théorique de
la « psychologie des profondeurs » :
La métapsychologie c’est l'ensemble des concepts théoriques formulés par la psychanalyse.
Elle décrit la réalité psychique (par opposition à la réalité extérieure) selon trois aspects :

• Le point de vue économique renvoie à la libido.

La métapsychologie considère que le désir est d'abord une poussée constante (par opposition aux
besoins, rythmés) et insatiable. Irrigation des processus psychiques par l’énergie pulsionnelle.

La description du désir sera donc énergétique, et quantitatif, même si non-mesurable.

• Le point de vue topique considère des lieux, au sens figuré, de ce conflit : les instances
psychiques (celles-là même qui entrent en conflit).

Aspect structural de l’appareil psychique, conçu métaphoriquement par Freud sous un forme
spatiale, en terme de lieu différencié. Freud élabora deux topiques.

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• Le point de vue dynamique considère ensuite une personnalité en mouvement.

L'aspect dynamique de la psyché s'occupe d'autre part de la dimension conflictuelle du psychisme


humain (intra- et inter-psychique).Les phénomènes psychiques résultent d’un conflit
intrapsychique inconscient d’origine pulsionnelle et se distingue d’une vision statique de
l’inconscient

Ces trois aspects valent comme grille d'analyse.

Ils s'attachent au sens du conflit psychique et à son évolution.

Le désir se révèle comme contradictoire ; la métapsychologie désigne l'individu comme


divisé, secoué entre différentes volontés le plus souvent inavouables.

Exemple : analyse métapsychologique de la décompensation psychotique avec hallucination :


NB : décompensation psychique = rupture de l’équilibre psychique. Crise avec effondrement des
défenses qui maintiennent une certaine stabilité de l’organisation de la personnalité…

• Point de vue économique :


Emergence des processus primaires : l’énergie s’écoule librement et n’est plus soumise au principe
de réalité (toute puissance du principe de plaisir)

• Point de vue topique :


Le lieu du conflit = CA et la réalité

• Point de vue dynamique


Nature du conflit : conflit entre le CA et la réalité : émergence d’une néo réalité provenant du CA
(réservoir pulsionnel)

Nous allons maintenant explorer les concepts fondamentaux de la psychanalyse (qui seront
certainement repris dans l’enseignement consacré aux théories psychanalytiques… cependant, pour
ceux qui se sentent plus proche des concepts cognitiviste : c’est par la répétition qu’on apprend !!)
Conseils pour ceux qui se destine à cette voie théorique : importance des définitions !!

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1- Les deux topiques : 1900-1923

Topique : représentation du psychisme et de son fonctionnement comme un appareil ayant une


disposition spatiale et composé de différentes instances.

Instance : différentes substructures. (Ex : instance de la censure ; instance du Surmoi)

Inconscient – préconscient –conscient (1900)

Inconscient : postule cette instance psychique car le conscient ne suffit pas à rendre compte de
l’ensemble des phénomènes psychiques observables. S’appuie sur les résultats de la cure
analytique, l’analyse des rêves, des lapsus et actes manqués (manifestations d’un désir inconscient)
qui ne peuvent s’expliquer par les contenus conscients.
Désigne un système qui est constitué de contenus refoulés qui se sont vus refuser l’accès au
système préconscient-conscient par la censure
Pas création freudienne : lui-même reconnaît que provient de Charcot et Janet, terme utilisé dès
1800, accepter en 1900. Particularité de Freud est d’avoir proposé une modélisation ayant
l’inconscient pour centre.

Caractéristiques essentielles de l’inconscient :


→ Ses contenus sont régis par les processus primaires comme le déplacement (une quantité
d’affect se détache de la représentation inconsciente à laquelle elle est liée et va se lier à une autre
qui n’a avec la précédente que des liens d’association peu intenses ou même contingents ; être
agressif/ne pas aimé quelqu’un, un homme dès la première impression parce que inconsciemment
rappelle le père…) et la condensation (représenter par un seul élément une multiplicité d'éléments
(image, affect, représentation...)
Il obéit au principe de plaisir (visant la réduction des tensions) et ignore le principe de réalité
Caractérisé par la décharge de l’énergie dite libre : décharge d’énergie directe, non contrôlée c'est-
à-dire sans le détour par les processus de symbolisation qui assurent la liaison à la réalité.

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→ Fortement investis de l’énergie pulsionnel, ils cherchent à faire retour dans la conscience et
dans l’action (retour du refoulé) mais ils ne peuvent avoir accès au système préconscient-conscient
que dans des formations de compromis après avoir été soumis aux déformations (rêves, lapsus
actes manqués… toujours expression de désirs inconscients) de la censure.

→ Ce sont plus particulièrement des désirs de l’enfance qui connaissent une fixation dans
l’inconscient.

→ Inconscient est intemporel : représentation refoulée durant l’enfance peut apparaître de manière
intacte à l’âge adulte.

Dans la seconde topique, inconscient n’est plus une instance particulière puisqu’il qualifie le Ca
(qui reprend ses caractéristiques) et pour une part le Moi et le Surmoi. (c’est plus un adjectif)

Principe de plaisir : ensemble des activités psychiques qui a pour but d’éviter le déplaisir et de
procurer du plaisir. En tant que le principe de déplaisir est lié à l’augmentation des tensions et le
principe de plaisir à leur diminution, le principe de plaisir est un principe économique.
Il s’agit d’un processus de régulation automatique.
Première théorie des pulsions se base sur cette alternance, cette opposition entre principe de
plaisir/déplaisir…

Censure : fonction qui tend à interdire aux désirs et formations inconscients l’accès au système
préconscient/conscient et se retrouve donc à l’origine du refoulement. (1ère topique)
Frontière entre l’inconscient et le système préconscient-conscient qui contrôle le passage d’un
système à l’autre.
2ème topique : Surmoi possède certaines caractéristiques de la censure (conscience morale…).
Or, d’autres fonctions de la censure (déformation des rêves…) sont rapportées au Moi.

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Préconscient : qualifie les opérations et les contenus qui ne sont pas dans le champ actuel de la
conscience (inconscients au sens descriptif) mais qui demeurent tout de même accessible à la
conscience (implicite, souvenirs non actualisés).
Dans la deuxième topique, terme utilisé comme adjectif pour qualifier ce qui échappe à la
conscience actuelle sans être inconscient au sens strict.
Qualifie les processus rattachés au Moi pour l’essentiel et aussi au Surmoi.

Conscient : fonction du système perception-conscience; équivalent à un organe des sens.


Conscient = perception
Point de vue topique, système perception-conscience est situé à la périphérie de l’appareil
psychique recevant à la fois les informations provenant de l’extérieur et celles provenant de
l’intérieur (sensations qui s’inscrivent dans la série plaisir-déplaisir + traces mnésiques).
Séparé de l’inconscient par le préconscient (= passage obligé pour accès au conscient)

Système préconscient-conscient régi par les processus secondaires :


• inscrit dans la rationalité
• inscrit dans la temporalité (chronologie)
• régi par le principe de réalité
• énergie dite liée c'est-à-dire qu’elle s’écoule de manière contrôlé, l’accès à la satisfaction
est différé.

Principe de réalité : modifie le principe de plaisir duquel il succède, dans la mesure où il parvient à
s’imposer comme principe régulateur, la recherche de satisfaction ne s’effectue plus par les voies les
plus courtes mais elle emprunte des détours et ajourne son résultat en fonction des conditions
imposées par le monde extérieur.
Envisagé du point de vue économique : il correspond à la transformation de l’énergie libre à
l’énergie liée.
Du point de vue topique : caractérise essentiellement le système préconscient/conscient (1ère topique)
Du point de vue dynamique : il intervient sur un certain type d’énergie pulsionnelle qui serait plus
spécialement au service du Moi.

29
Résumé/Schéma de la première topique

Principe de plaisir Principe de réalité

Confins Inconscient C Précs Cs S provenant


somato-psychiques (refoulé) E du monde ext
N
S
U
R
E

Processus Primaires Processus secondaires


(déplacement, condensation) (raisonnement, langage, mémoire)

sens régrédiant (refoulement)


←←←←←←←

La prise en compte d’un certain nombre de faits troublants (notamment les résistances qu’opposent
le moi dans la cure) démontrent l’existence de mécanismes inconscients propre au moi, échec
inexplicable conduit Freud à proposer un nouveau modèle descriptif du fonctionnement psychique.
La 2ème topique ne supprime pas la première topique, elles sont complémentaires : les différentes
instances (Ca/Moi/Surmoi) appartiennent à la fois au conscient et à l’inconscient.

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Ca – Moi – Surmoi (Idéal du Moi, Moi idéal) (1923)

Ne recouvre qu’imparfaitement la première topique.


Ca renvoie à principalement à l’inconscient même si parties les plus hautes peuvent effleurer le
conscient (« ça a été plus fort que moi »)
Moi et Surmoi en partie inconscient
Limite entre instances moins nette que dans la 1ère topique : Moi pas séparé du Ca, dans ses
parties inférieures se mélange avec lui, Surmoi pas autonome, plonge dans le Ca, Ca ouvert à son
extrémité du côté somatique

Ca = est le lieu des pulsions, réservoir de la libido (point de vue économique), ses contenus,
expression psychique des pulsions sont inconscients, pour une part héréditaire et inné et pour l’autre
part acquis et refoulé ; lieu où règne le principe de plaisir, le libre écoulement des énergies qui
cherchent à se décharger par les voies les plus courtes (= processus primaires).

Entre en conflit avec le Moi et le Surmoi (point de vue dynamique) qui sont des différenciations du
CA (point de vue génétique)

Moi = la notion de Moi apparaît dès le début de l’œuvre de Freud, il désigne alors la personne
consciente. A partir de 1923, il présente le Moi comme « une instance de régulation » des
phénomènes psychiques, qui doit sans cesse trouver un équilibre entre les exigences du Ca
(réservoir des pulsions) et le Surmoi (autrefois nommé « instance critique »/« critique de la
conscience »)
C’est une partie du Ca transformé par le contact avec le monde extérieur et/ou produit
d’identifications, lieu où règne le principe de réalité qui régule et diffère la satisfaction des
pulsions ; lieu des processus secondaires, lieu des résistances et des mécanismes de défenses, il
est en partie inconscient. (dans la cure résistances inconscientes, de la même manière, on ne se dit
pas qu’on va utiliser tel ou tel mécanismes de défense…)

31
Point de vue topique : Moi est dans une relation de dépendance par rapport aux revendications
du Ca, aux impératifs du Surmoi et aux exigences de la réalité. Bien qu’il se pose en médiateur,
chargé des intérêts de la totalité de la personne, son autonomie n’est que relative.

Point de vue dynamique : Moi = pôle défensif de la personnalité : met en jeu une série de
mécanismes de défense motivés par la perception d’affect déplaisant (signal d’angoisse)

Du point de vue économique : Moi = facteur de liaison des processus psychiques. Or, dans les
opérations défensives, les tentatives de liaison de l’énergie pulsionnelle sont contaminées par les
processus primaires : elles prennent une allure compulsive, déréelle, répétitive.

Par rapport à la première topique, le Moi est plus vaste que le système préconscient-conscient en
ce que ses opérations défensives sont en majorité inconscientes.

Mécanisme de défense : ensemble d’opérations dont la finalité est de réduire, de supprimer toute
modification susceptible de mettre en danger l’intégrité de sa constance de l’individu
biopsychologique. Dans la mesure où le Moi se constitue comme instance qui incarne cette
constance et qui cherche à la maintenir, il est décrit comme l’enjeu et l’agent de ces opérations.
La défense porte sur les excitations internes (pulsion) et sur des représentations (souvenir,
fantasme) auxquelles celle-ci est liée, sur telle situation capable de déclencher cette excitation dans
le sens où elle est incompatible avec cet équilibre et de ce fait, déplaisante pour le Moi.
Affects déplaisants, motifs ou signaux de la défense peuvent aussi faire l’objet de celle-ci.
Exemple : projection, déni, refoulement, clivage…

Surmoi = partie du Moi sous l’effet de l’intériorisation des interdits parentaux émanant
principalement du Complexe d’Œdipe.
Impose ce que le sujet doit être : « tu dois être comme ton père » (identification) et ce qu’il n’a pas
le droit de faire : « tu ne dois pas faire comme ton père » (intériorisation et identification aux
interdits et notamment interdit de l’inceste, obstacle par rapport aux désirs oedipiens)
Instance qui juge le Moi : autocritique, conscience morale
« Plus le complexe d’Œdipe a été fort (…) plus sévère sera plus tard la domination du Surmoi sur le
Moi comme conscience morale, voire comme sentiment de culpabilité inconscient »

32
Se subdivise en Idéal du Moi et Moi idéal

Idéal du Moi : instance résultant de la convergence du narcissisme (idéalisation du Moi) et des


identifications aux parents, à leurs substituts et aux idéaux collectifs.
Instance psychique qui choisit parmi les valeurs morales et éthiques requises par le Surmoi celles qui
constituent un idéal auquel le sujet aspire.
Modèle auquel le sujet cherche à se conformer.

Moi idéal : formation intrapsychique définit comme un idéal de toute puissance narcissique forgé
sur le modèle du narcissisme infantile.
Révélé par des admirations passionnées pour grands personnages eux-mêmes connus pour leur
indépendance, leur orgueil…

Résumé : schéma de la seconde topique

Dans la première topique, le but de la cure est de rendre conscient ce qui est inconscient ; dans
la seconde, « Là où était du Ca, doit devenir du Moi »

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Vocabulaire complémentaire :

Processus primaire/secondaire : deux modes de fonctionnement psychique


→ du point de topique : les processus primaires caractérisent le système inconscient, CA dans 2ème
topique ; les processus secondaire le système préconscient/conscient (Moi).

→ du point de vue économico-dynamique : dans les processus primaires, l’énergie psychique


s’écoule librement passant sans entrave d’une représentation à une autre selon les mécanismes de
déplacement et de condensation. C'est un travail de "compression" dont Freud dit qu'il est différent
d'un simple résumé. Par exemple, dans un rêve, une personne peut tout à coup revêtir l'apparence
d'une autre et prendre le caractère d'une troisième)
Dans le cas des processus secondaires, l’énergie est d’abord liée avant de s’écouler de façon
contrôlée ; les représentations sont investies de façon plus stable, la satisfaction est ajournée,
permettant ainsi des expériences mentales qui mettent à l’épreuve les différentes voies de
satisfaction possibles. (pensée vigile, attention, jugement, raisonnement, action contrôlée). C’est la
liaison entre les représentations.
Fonction régulatrice rendue possible par la constitution du Moi dont le rôle majeur est d’inhiber
les processus primaires.
Or, tous processus du Moi ne fait pas parti des processus secondaires : Moi subit l’influence des
processus primaires (défenses pathologiques au caractère compulsif montrent que l’énergie cherche
à se décharger de façon totale comme la projection, le déni…)
Opposition corrélative de celle entre principe de plaisir/principe de réalité ; énergie libre/liée.

34
2- Les deux théories des pulsions : (1905, 1915, 1920)

Une première remarque préliminaire que nous pouvons formuler c’est que pour Freud, le psychisme
n’est pas unitaire mais plutôt dualiste…
En effet, nous retrouverons tout au long de son œuvre des oppositions : entre deux types de pulsions
notamment, entre principe de plaisir/principe de réalité ; processus primaire/processus secondaire…

a) Qu’est-ce qu’une pulsion ?

Pulsion : énergie fondamentale de l’individu nécessaire à son fonctionnement qui s’exerce au plus
profond de lui.
Se distingue de l’instinct de l’animal mais limite entre le psychique et l’organique, le somatique ;
représentant psychique des forces organiques, des excitations, issues de l’intérieur du corps et
parvenant au psychisme.

Excitation pulsionnelle ne provient pas de l’extérieur mais de l’intérieur


Elle agit donc différemment sur psychisme et nécessite une action spécifique pour être éliminée
(différente de la fuite dans le cas d’excitation externe)
N’agit pas comme une force d’impact momentanée devant laquelle il suffit de fuir la source mais
force constante.
Parallèle avec la biologie : SN vise la maîtrise des excitations, idéal = non-excitation
HOMOESTASIE

Ici c’est la même chose au niveau psychique : tentative pour diminuer les tensions dû aux excitations

Pour se faire, l’appareil psychique soumis au principe de plaisir, réglée par sensation
plaisir/déplaisir (reproduit le processus de maîtrise les excitations)
→ Déplaisir en rapport avec l’augmentation des excitations
→ Plaisir en rapport avec diminution des excitations

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a) 1- Quatre Caractéristiques de la pulsion :
→ Poussée : facteur quantitatif, facteur moteur, de force variable dont est affecté chaque pulsion et
qui rend compte, en dernière analyse, de l’action déclenchée pour obtenir la satisfaction ; même
lorsque la satisfaction est passive (être vu, être battu) la pulsion en tant qu’elle exerce une poussée
est active.
Charge énergétique, dimension dynamique

→ But : activité aboutissant à la résolution de la tension interne.


But univoque = satisfaction (retour vers un état antérieur… dans la première théorie des pulsions, cet
état antérieur = diminution de la tension / dans la deuxième théorie des pulsions = retour de
l’organique vers un état inorganique)
Or, pour atteindre ce but final, il existe des buts intermédiaires.

→ Source : lieu où apparaît l’excitation (zone érogène, organe ou partie du corps)

→ Objet : ce qui est visé par la pulsion (Objets partiels liés au pulsions partielles (pénis, bouche,
sein… objet homosexuel ou hétérosexuel…).

a) 2- Destins pulsionnels :

→ Refoulement : processus de mise à l’écart des pulsions qui se voit refuser l’accès à la conscience.
Force qui s’oppose à l’entrée des pulsions dans le conscient. Censure accepte ou refuse de laisser
passer telles ou telles représentations venues de l’inconscient (1ère topique). Dans la 2ème topique, l
refoulement est un mécanisme de défense du Moi donc se situe dans les couches inconscientes du
Moi.

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→ Sublimation : processus psychique inconscient qui rend compte de l’aptitude de la pulsion
sexuelle à remplacer un objet sexuel par un objet non sexuel (connoté de certaines valeurs et idéaux
sociaux) et à échanger son but sexuel initial par un autre but, non sexuel ; sans perdre de son
intensité. (art = forme la plus connu de la sublimation)

→ Retournement sur la personne propre : processus par lequel la pulsion remplace un objet
indépendant par la personne propre. (sadisme → masochisme = sadisme retourné contre soi)

→ Renversement en son contraire (activité → passivité) : processus par lequel le but d’une pulsion
se transforme en son contraire.
Lié au retournement sur la personne propre (concerne l’objet de la pulsion alors que renversement…
concerne le but de la pulsion)
Ex : retournement du sadisme en masochisme implique à la fois le passage de l’activité à l’inactivité
mais aussi une inversion des rôles entre celui qui subit et celui qui inflige.

b) 1ère théorie des pulsions : 1905, 1915 in Pulsions et Destins des pulsions

Etude de la sexualité infantile et des perversions sexuelles amènent Freud à une conception des
pulsions sexuelles opposée à la conception de son époque (qui implique un but et un objet
spécifique : les organes génitaux fixés par l’hérédité)
L’objet de la pulsion sexuelle est variable car déterminé par les aléas du développement
individuel.
Le primat de la génitalité (subordination des pulsions partielles (orales, anales) d’abord anarchique
au coït et à la fonction de reproduction) n’est pas atteint par tous les individus et dépend du
développement (atteinte voire dépassement du complexe d’oedipe…)
Ainsi, de nombreuses personnes restent attachées à des pulsions partielles et aux zones érogènes
correspondantes, dans la réalisation d’une sexualité basée sur le plaisir d’organe (ce qui
correspond aux préliminaires dans la sexualité adulte…)
Freud parle ainsi de fixation (orale, anale… liaison entre la pulsion et l’objet est particulièrement
intime)

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1ère théorie des pulsions est marquée par l’opposition entre Pulsions d’autoconservation ou du
Moi (prototype = faim) qui vise la survie et la conservation de l’individu / pulsions sexuelles
(qui s’étayent sur les premières) qui visent la survie de l’espèce.
Reflète double fonction de l’individu : assurer la survie et survie de l’espèce
Pulsion d’autoconservation répondent davantage à un besoin (boire, dormir, manger…) ; alors que
les pulsions sexuelles (qui ne sont pas nécessaire au niveau vital) obéissent au désir
Rôle déterminant de leur opposition dans le conflit psychique.
Origine du conflit = les pulsions d’autoconservation (nature de l’énergie pulsionnelle qui est au
service de l’instance du Moi), en tant qu’elles ne peuvent se satisfaire que d’un objet réel
effectuent très vite le passage du principe de plaisir au principe de réalité au point qu’elles
deviennent les agents de la réalité et s’opposent ainsi aux pulsions sexuelles qui peuvent se
satisfaire sur le mode fantasmatique et restent plus longtemps sous la domination du principe de
plaisir.

→ Pulsions d’autoconservation ou du Moi : ensemble des besoins liés aux fonctions corporelles
nécessaires à la conservation de la vie de l’individu.
NB : Freud parle souvent de besoin pour définir les pulsions d’autoconservation
Appelées aussi pulsion du Moi dans la mesure où le Moi est l’instance psychique responsable de
la conservation de l’individu.
Soumises au principe de la réalité

→ Pulsions sexuelles : poussée interne qui intervienne dans un champ beaucoup plus large que
les activités sexuelles.
S’étayent sur les fonction d’autoconservation (pulsion orale s’étaye sur la fonction alimentaire :
en tétant le sein dans un premier temps pour se nourrir, le bébé va se rendre compte qu’il prend du
plaisir dans la stimulation de la zone labiale et va développer ses autoérotisme = succion qui n’a pas
un but alimentaire…) mais s’en dégage rapidement.
≠ instinct : son objet n’est pas biologiquement déterminé (pas uniquement relative aux organes
génitaux), ses modalités de satisfaction (buts) sont variables, plus particulièrement liées aux
fonctionnements de zones corporelles déterminées (zones érogènes : orale, anale puis seulement
génitale).

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Cette diversité des sources somatiques de l’excitation sexuelle implique que la pulsion sexuelle
n’est pas d’emblée unifiée, mais qu’elle est d’abord morcelée en pulsions partielles dont la
satisfaction est locale (plaisir d’organe)
Ce n’est qu’au terme d’une évolution complexe et aléatoire (développement psychosexuel) qu’une
synthèse est accomplie et qu’elles s’organisent sous le primat de la génitalité dont la finalité n’est
pas le plaisir d’organe (qui perdurera dans les préliminaires de la sexualité adulte) mais le coït et la
reproduction.

Du point de vue économique, énergie unique : la libido.


Du point de vue dynamique : pôle nécessairement présent du conflit psychique,
Point de vue topique : objet privilégié du refoulement dans l’inconscient.
Alors que dans le premier dualisme, elles étaient soumises au seul principe de plaisir, difficilement
éducable, fonctionnant selon les lois du processus primaire et venant sans cesse menacer du dedans
l’équilibre de l’appareil psychique, elles dévient, sous le nom de pulsion de vie, à une force qui
tend à la liaison, à la constitution et au maintient des unités vitales (c’est la pulsion de mort qui
fonctionne selon le principe de la décharge totale)

c) 2ème théorie des pulsions : 1920 in Au-delà du principe de plaisir


Nous l’avons vu, le premier modèle pulsionnel est régi par le principe de plaisir/déplaisir :
recherche de la baisse des tensions (plaisir/évitement du déplaisir…)
Or, la pratique de la psychanalyse vient souvent contredire ce principe de plaisir : certains
patients ne supportent pas d’être soulagé de leur symptôme et rechutent au moment où ils
devraient aller mieux ; d’autres reproduisent de manière compulsive des expériences traumatiques ;

Compulsion de répétition : processus incoercible d’origine inconsciente qui amène le sujet à


revivre des situations pénibles sans pouvoir s’en dégager.
Dans « au-delà… », répétition acquiert un véritable statut métapsychologique : expression du
caractère conservateur des pulsions, force démoniaque de la pulsion de mort.

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Freud postule alors que le psychisme est régi par un conflit plus élémentaire que celui du
principe de plaisir : conflit fondamental entre pulsion de vie (Eros, cf. libido) et pulsion de
mort (ou de destruction).

Selon lui, la pulsion de mort dérive du besoin biologique de tout organisme de retourner à son
état initial (inorganique)

Principe de plaisir garde sa valeur mais pour qu’il prenne le dessus, il faut que la pulsion de vie soit
parvenue à maîtriser la pulsion de mort du moins en partie (union des pulsions).

Cette dualité pulsionnelle reste l’une des questions les plus controversées de son œuvre : certains y
voyait seulement l’expression des angoisses de Freud devant sa propre mort.
De plus au niveau du contexte :
→ Souvenir de la première guerre mondiale et la mort omniprésente
→ Suicide Tausk en 1919 qu’il semble prendre avec détachement
→ Cancer d’Anton von Freund (mécène)
→ Mort de sa fille Sophie en 1920 emporté par la grippe espagnole alors qu’elle était enceinte de
son troisième enfant
→ Freud était convaincu qu’il allait mourir à 62 ans entre 1918 et 1919

Cependant, malgré l’ombre de la mort qui règne autour de Freud à cette période, c’est bien ici
l’évolution de sa pensée qui le pousse à ces hypothèses audacieuses.
En effet, malgré les hésitations de 1920, il soutiendra jusqu’à la fin de sa vie la nécessité de tenir
compte du conflit entre pulsion de vie/pulsion de mort.
Ainsi, Freud nia les interprétations qui rattachait sa théorie à un contexte particulier : en effet, il avait
écrit la moitié de son ouvrage un an avant la mort de sa fille.

Ce nouveau dualisme est donc postulé à partir de la compulsion de répétition (dans le traumatisme
et dans le travail de la cure) qui introduit un au-delà du principe de plaisir. En effet, dans la
compulsion de répétition, aucun plaisir n’est éprouvé, nécessite un travail antérieur : la liaison
des excitations.
Liaison : opération tendant à limiter le libre écoulement des excitations, à relier les représentations
entre elles, à constituer et à maintenir des formes relativement stables.

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La répétition sert à tenter de maîtriser une expérience douloureuse.
Face à un traumatisme, le sujet va revivre, reproduire le traumatisme de manière répétée (notamment
à travers les rêves) afin de tenter de maîtriser la situation émotionnelle (on voit bien dans ce cas
qu’aucun plaisir n’est éprouvé)
De la même manière, dans la cure, le transfert consiste en la reproduction de fragments refoulés
du passé infantile et que ce qui est ainsi répété doit être élaboré.
Cependant, chez certains sujets, ce processus d’élaboration échoue de sorte que la simple répétition
devient une « compulsion de répétition » plus grave susceptible de compromettre le succès
thérapeutique.
En observant ce type de rapport, on constate que les expériences du passé ramenées par la
compulsion de répétition ne comportent aucune possibilité de plaisir aussi bien en psychanalyse
que dans la vie de tous les jours
Au cours de la cure, patients soumis à la compulsion de répétition reproduisent inexorablement
ces situations de déplaisir dans le transfert et revivent circonstances non désirées et situations
affectives douloureuses (d’où le désir d’arrêter la cure)
Dans la vie de tous les jours, ce phénomène de compulsion de répétition est également observable
(qui n’a pas eu l’impression de revivre inexorablement le même type d’événement…) et donne
l’impression d’un destin démoniaque qui nous poursuit…
A première vue, la personne semble vivre passivement cet éternel retour du même mais l’analyse
montre qu’il s’agit en fait d’un comportement actif de l’intéressé mais inconscient.
Il existe donc dans la vie psychique une compulsion de répétition qui se place au dessus du
principe de plaisir
La compulsion de répétition apparaît lorsque le pare excitation n’a pas ou n’a pas pu jouer son rôle
protecteur.
Fonction du pare-excitation = protéger le psychisme d’un trop plein d’excitation en
provenance de l’extérieur et de l’intérieur (pulsion) afin d’éviter le danger de l’effraction
traumatique. Protège donc le psychisme des énergies externes et internes destructrices et assurent
leur transformation
Les excitations qui ont un effet traumatiques sont celles qui font effraction dans le pare-excitation et
perturbent la fonction de tout l’organisme
C’est pourquoi, dans un premier temps, le principe de plaisir est mis hors d’action et une autre
tâche entre en jeu : il n’est plus question d’empêcher l’appareil psychique d’être submergé par
de grandes sommes d’excitation mais il s’agit de maîtriser l’excitation, de lier psychiquement
les sommes d’excitations qui ont pénétré par effraction pour les amener ensuite à liquidation.

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En ce qui concerne la compulsion de répétition et ses rapports avec le principe de plaisir, les rêves
traumatiques ont pour but la maîtrise rétroactive de l’excitation, fonction qui est plus
originaire que la recherche de plaisir et l’évitement du déplaisir.

Première tâche de l’appareil psychique consiste à maîtriser et à lier les excitations internes (tâche
qui se manifeste à travers la compulsion de répétition) ; c’est dans un second temps seulement que le
principe de plaisir entre en jeu
Ces rêves = exception par rapport à la théorie qui soutient que les rêves sont l’accomplissement d’un
désir ; même si l’on considère qu’ils obéissent au désir de faire ressurgir l’oublié, le refoulé
Car lorsque les rêves traumatiques ramènent le souvenir traumatique psychique infantile, ils
obéissent à la compulsion de répétition plutôt qu’au principe de plaisir.
Donc il existe bien un au-delà du principe de plaisir…

Or, il arrive que dans la cure, la compulsion de répétition qui s’oppose au principe de plaisir prenne
un caractère littéralement démoniaque : il s’ensuit que les expériences infantiles refoulées qui se
répètent dans le transfert ne parviennent pas à être liées psychiquement au principe de plaisir
ce qui les rend inaptes aux processus secondaires et à l’élaboration

Constatant que les pulsions peuvent conduire l’individu à un échec thérapeutique sous l’emprise de
la compulsion de répétition, Freud avance l’hypothèse générale quant à la nature des pulsions :
Celles-ci n’auraient que pour but de rétablir l’état initial c'est-à-dire l’état inorganique d’avant
la vie.
Selon lui, les pulsions organiques auraient un caractère conservateur et chercheraient à
rétablir un état antérieur, de sorte que le développement et le progrès de l’organisme sous des
influences extérieures ne font que détourner les pulsions de leur but ultime

Opposition entre Pulsions de vie ou Eros (pulsions du Moi + pulsions sexuelles) qui visent à
constituer des ensembles toujours plus larges, l’union / pulsions de mort ou Thanatos (pulsions de
destruction, agressivité…) qui visent la déliaison, la dissolution des unités.
Tout vivant meurt nécessairement pour des causes internes : impossible d’échapper à ce destin,
toute tentative ne signifie qu’un allongement du chemin qui mène à la mort…

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→ Pulsions de vie ou Eros : tend à constituer des unités toujours plus grandes et à les maintenir, les
conserver. Recouvre les pulsions sexuelles proprement dites (qui veillent sur la vie à travers la
reproduction) et les pulsions d’autoconservation (maintient de l’existence propre du sujet) ainsi
orientée vers le but de la liaison vitale. Principe d’union, de liaison.
Dans 1er dualisme, pulsion sexuelle définit par énergie libre, processus primaire, principe de
plaisir.
Avec le nouveau dualisme, c’est la pulsion de mort qui devient cette force primaire, pulsionnelle
tandis que la sexualité paradoxalement se retrouve du côté de la liaison.

→ Pulsions de mort ou Thanatos (dénomination post freudienne) : s’opposent aux pulsions de vie
et tendent à la réduction complète des tensions, c'est-à-dire à ramener l’être vivant à l’état
anorganique ; niveau d’excitation le plus bas (principe de Nirvana) dans ce sens, concorde avec la
formule de la pulsion selon laquelle une pulsion tend au retour à un état antérieur.
Son but est de dissoudre les assemblages et ainsi de détruire les choses.
Tendent à la destruction de soi ou des objets extérieures.
En ce sens, le fonctionnement psychique n’est pas tourné que vers le plaisir mais vers une tendance
beaucoup plus archaïque : le retour à un état antérieur du non vivant...

Principe de Nirvana : tendance de l’appareil psychique à ramener à 0 ou tout du moins à réduire le


plus possible en lui toute quantité d’excitation d’origine externe ou interne.
Or, définition ambiguë car identique à celle du principe de constance (= maintenir constant un
certain niveau, tendance à réduire à 0 toute excitation)
Cependant, le principe de Nirvana exprime autre chose qu’une loi de constance : tendance radicale à
ramener au niveau 0, le principe d’inertie + suggère liaison profonde entre plaisir et anéantissement.

Vocabulaire complémentaire :
Energie libre/liée : terme qui connote du point de vue économique, la distinction entre processus
primaire et processus secondaire.
Dans les processus primaires, l’énergie est dite « libre » ou mobile dans la mesure où elle s’écoule
vers la décharge de la façon la plus rapide et la plus directe possible.
Dans les processus secondaires, elle est liée dans la mesure où son mouvement vers la décharge est
retardé et contrôlé.

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Union/désunion des pulsions : décrit les relations entre pulsions de vie/mort telles qu’elles se
traduisent dans telle ou telle manifestation concrète.
Union des pulsions = véritable mélange où chacun des deux composants peut entrer dans des
proportions variables.
Désunion des pulsions = processus dont la limite aboutirait à un fonctionnement séparé des deux
types de pulsions, chacune poursuivant son propre but de manière indépendante.
Opposition pulsions vie/mort impose question de savoir quel est le mode d’association de ces deux
types de pulsions ?
Ici, pulsions destructrices ont même puissance que pulsions sexuelles, elles s’affrontent dans le
même champ et se retrouvent dans des comportements (sado-maso), des instances (surmoi)…
Or, union des deux pulsions pas abordée de façon symétrique quant aux deux termes en présence.
Quand Freud parle de désunion c’est explicitement ou implicitement pour désigner que l’agressivité
aurait réussi à rompre tout lien avec la sexualité.

Union ≠ convergence des pulsions sur un même objet


En effet, l’ambivalence (qui correspond à cette définition) est l’exemple même d’une union qui ne
s’est pas accomplie (désunion)
Pour qu’il y ait union, il faut en plus une harmonisation des buts, une sorte de synthèse dont la
coloration spécifique revient à la sexualité : « nous pensons que le sadisme et le masochisme nous
présentent deux excellents exemples de l’union de deux sortes de pulsions, Eros et agressivité »
Dans évolution de la sexualité, agressivité entre au service de la pulsion sexuelle.
Comme union = mélange, toute proportion est concevable entre Eros et agressivité
(ex : excédent d’agressivité fait d’un amoureux un sadique…)

La désunion = processus qui rendrait à chacune des pulsions l’autonomie de son but.
Ex : névroses obsessionnelles

Libido et agressivité ne sont pas à considérer comme des éléments symétriques, la libido est facteur
d’union et agressivité tend à dissoudre les rapports.
Donc si l’agressivité l’emporte, l’union pulsionnelle tend à se désintégrer (et inversement)

44
3- Le développement psychosexuel : (1905, 1915) in Trois essais sur la théorie du
sexuelle

Elabore le développement ontogénétique (développement de l’individu par opposition au


développement phylogénétique, de l’espèce) comme psychosexuel.

Utilise la succion comme prototype pour définir les caractéristiques de la sexualité infantile à
ses différents stades de développement.
Rappelons que la sexualité infantile est indifférenciée et peu organisée.
Elle diffère de celle de l’adulte sur trois points :
• Les régions corporelles de plus grande sensibilité (ou source pulsionnelle) ne sont pas
forcément les régions génitales. D’autres zones érogènes (régions qui procurent le plaisir
sexuel) viennent prédominer.
• Les buts sont différents : la sexualité infantile ne conduit pas à des relations sexuelles
proprement dites mais comportent des activités qui, plus tard, joueront un rôle dans les
plaisirs préliminaires.
• Cette sexualité infantile a tendance à être autoérotique plutôt que dirigée sur des objets.

Au départ, les fonctions vitales du corps désignent la cible de la sexualité infantile (on parlera
d’étayage des pulsions sexuelles sur les pulsions d’autoconservation) mais petit à petit la cible
acquiert son indépendance par rapport à la fonction vitale et devient une zone érogène (partie du
corps qui, stimulée, procure du plaisir : cf. chapitre sur les pulsions)
Recherche de plaisir soumise à la répétition : répond au besoin de faire cesser un état de tension se
traduisant par du déplaisir (principe plaisir/déplaisir)
Plaisir spécifique engendré = plaisir d’organe correspondant à une pulsion partielle c'est-à-dire pas
sur le primat du génital.

Définit différents stades du développement psychosexuel :


Passage d’un stade à l’autre progressif : déclin des conflits propres à un stade amorce les conflits
suivants, le passage d’une pulsion sexuelle à l’autre (pulsion orale, anale, génitale).
Evolution objets partiels (sein, fecès…) à l’objet total (objet d’amour génital) et son corollaire
intégration des pulsions partielles à la génitalité (sexualité adulte).

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a)Stade oral (naissance-2ans, sevrage) :

Stade prégénital sous la primauté de la zone buccale comme zone érogène ou source corporelle
pulsionnel.
Il se met donc en place chez le nourrisson dans la tétée et dans la succion d’une partie du corps
propre (pouce) générant de la satisfaction au niveau de la zone labiale (bouche)

Cependant, oralité ne se limite pas à la bouche mais comprend :

• Le carrefour aérodigestif évidemment mais aussi les organes respiratoires en jeu dans
l’inspiration et l’expiration (par exemple, chez certains asthmatiques, on peut noter des
fixations orales)

• Les organes de la phonation donc relatifs au langage

• Les organes des sens : gustation, olfaction, vision (on dit bien « dévorer quelqu’un des
yeux ») sont en rapport avec l’oralité : percevoir implique une sorte de préhension et de
mise à l’intérieur de soi d’éléments appartenant au monde extérieur.

• Le toucher et la peau elle-même appartiennent au monde de l’oralité. Par exemple les


personnes qui ont toujours trop chaud ou trop froid, ceux qui présentent des atteintes de la
peau (dermatose, eczéma…) ou plus simplement ceux qui dans leur ébats amoureux sont
hypersensibles à des attouchements cutanées forts éloignées des zones génitales… ont tous
une oralité très fortes. Cette conclusion se justifie par le fait qu’à ce moment de son
existence, le bébé est également très sensible aux chatouilles, gratouilles…

a) 1- L’objet du désir sexuel du nourrisson = le sein ou son substitut

Première expression de la pulsion sexuelle = la tétée


En effet, non seulement cet acte de téter satisfait le besoin de nourriture mais il procure
également du plaisir en lui-même (cf. opposition entre pulsion d’autoconservation et pulsion
sexuelle : les secondes s’étayent sur les premières).

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La séparation avec la mère au moment de la naissance instaure une nouvelle relation mère/enfant,
relation de dépendance quasiment symbiotique (continuité du monde intra-utérin), relation
fusionnelle certes mais désormais médiatisé par la fonction alimentaire.
A cette fonction alimentaire est attaché un plaisir que l’enfant éprouve, apprend au moment d’être
nourri…
Peu à peu la fonction libidinal va se détacher du besoin physiologique : l’enfant découvre que
l’excitation de la bouche, des lèvres procure un plaisir en soi sans être accompagné de nourriture
(succion du pouce…).

NB : on peut relever que cette pulsion à téter existe dans le monde intra-utérin (l’enfant suce son
pouce dans le ventre de sa mère…).
On peut donc faire l’hypothèse d’une pulsion orale primaire qui ne serait pas acquise par
apprentissage mais qui serait génétiquement déterminée… Voie ouverte pour la recherche…

NB : ici le terme d’objet ne confère pas à celui-ci le statut d’objet extérieur différencié.
En effet, il est traditionnellement reconnu (sauf pour M. Klein) que le nourrisson n’a pas encore la
notion d’un monde extérieur différencié de lui.
Cet état est définit comme un état « anobjectal » où règne la confusion entre le Moi et le Non Moi
Ainsi, le nourrisson à cet âge ne perçoit pas les individus ou les choses du monde extérieur
autrement que comme faisant parti de lui.
L’objet à ce stade est une partie de lui : le bébé porte à sa bouche tout ce qui l’intéresse et le plaisir
« d’avoir » se confond avec le plaisir « d’être ».
On ne peut pas à proprement parler de relation d’objet à ce stade
Relation d’objet = interrelation entre le sujet et le monde extérieur : est en cause non seulement
la façon dont le sujet constitue ces objets (externes, internes) mais aussi la façon dont ceux-ci
modèlent l’activité du sujet.
Ici, nous l’avons dit le premier objet est la mère (au sens large) et plus particulièrement le sein (au
sens large également…) = objet partiel
En considérant le sein, on voit bien que ce premier objet n’est pas représenté de manière unifiée :
les premières représentations d’objet sont éparpillées, morcelées… (cf. schizophrénie
fixation/régression vers le stade orale où prédomine l’angoisse de morcellement)

47
Le nourrisson n’a donc pas conscience du monde extérieur mais uniquement (si tant est que l’on peut
parler de conscience dans ce cas…) de ses propres perceptions internes de tension et de détente :
il ne distingue pas lui-même des autres…
Le bébé est donc au prise avec des morceaux d’objets (= objets partielles) qui ne sont pas même pas
localisés dans l’espace : morceaux de la mère (sein) se confond avec morceaux du corps propre du
bébé.

a) 2- But pulsionnel est double :


• Plaisir autoérotique
• Sa fonction est l’incorporation d’objet : l’enfant s’unit au monde extérieur en le portant à
sa bouche, en l’avalant… il est captateur.
Peu à peu la mère devient un objet total et non plus un sein

La découverte des objets est donc graduelle :


• La relation objectale dite primitive se constitue lors des moments d’absence de la mère

• Enfant apprend à différencier ses impressions : objets familiers qui donnent confiance vs
objets inconnus qui sont considérés comme dangereux (ex : angoisse du 8ème mois où
enfant pleure devant les étrangers...)

• L’enfant commence à communiquer avec sa mère au travers les mimiques

• Apparition de l’ambivalence : composante hostile prend une place prépondérante et


menace l’unité primitive rassurante de la haine. Projection à l’extérieur du mauvais
(notamment en cas d’absence de la mère = cris, pleure…) qui fait que l’objet extérieur est
affecté de haine et commence à exister. A cet égard Freud dira que « l’objet naît dans la
haine »

• Le sevrage : conflit relationnel qui s’attache à la résolution du stade oral. Parfois, souvent
traumatique, il laisse une place dans le psychisme une trace permanente de la relation
primordiale à laquelle il vient mettre fin. Que ce soit de façon pathologique ou non, l’image
du sein maternel domine peu ou prou toute la vie (ex : alcoolisme…)

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b) Stade anal (2/3 ans) :
Stade prégénital.
Les facultés de marcher, parler, penser, contrôler les sphincters… se développent et offrent à
l’enfant, de façon progressive, une indépendance relative mais déjà réelle.

On peut considérer que le plaisir anal existe dès le début de la vie mais il ne constitue pas un
exutoire libidinal principal, il n’est pas encore conflictualisé.
Ce n’est que lorsque s’installe le contrôle des sphincters, lorsque l’acte de défécation devient un acte
sur lequel l’enfant a une certaine maîtrise que le plaisir lié à cette défécation occupe une place
privilégiée.

Source pulsionnelle corporelle ou zone érogène partielle = muqueuse ano-rectal et toute la zone
intestinale d’excrétion, investie d’une libido diffuse à tout l’intérieur (et non seulement orificielle)

b) 1- L’objet de la pulsion anale :


La mère reste l’objet privilégié des pulsions de l’enfant mais c’est devenu une personne entière.
Cependant, c’est un objet qui demeure fonctionnel, partiel qu’il sera question pour l’enfant de
manipuler comme il manipule ses matières fécales. (cf. névroses obsessionnelles qui renvoient à
l’analité et où la manipulation des objets (réels, imaginaires et symboliques) sont une
caractéristiques remarquables…)
Quoi qu’il en soit, c’est surtout le boudin fécal qui est le véritable objet libidinal intermédiaire (au
stade précédent = nourriture)

Trois rôles et fonctions de cet objet :


• Excitant de la zone érogène correspondante : satisfaction liée à l’expulsion/rétention des
matières fécales
• Considéré par l’enfant comme une partie de son corps propre qu’il peut soit conserver à
l’intérieur (plaisir pouvant apparaître au côté de la douleur + rétention correspond au
phénomène d’opposition) soit expulser à l’extérieur en s’en séparant (soumission vis-à-
vis des parents qui ont l’exigence de la propreté + permet de faire la distinction entre objet
interne et externe. L’ambivalence expulsion/répulsion est fondamentale pour la constitution
d’un dehors/dedans ; Moi/Non Moi)

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Si la peur d’être mangé = angoisse orale spécifique, ici c’est la crainte d’être brutalement
dépossédé du contenu de son corps par arrachement, d’être littéralement vidé qui représente
l’angoisse de type anale.
• Enfin, boudin fécal représente pour l’enfant une monnaie d’échange entre lui-même et les
adultes. (problématique du donner/ne pas donner)

b) 2-But pulsionnel : Plaisir à expulser mais aussi à retenir :

Concernant l’expulsion :
• Sensations agréables pendant l’excrétion : décharge de la tension stimule la muqueuse
ano-rectal qui produit un plaisir sexuel comparable à celui de la succion = plaisir
autoérotique.
• En plus du plaisir naturel, plaisir supplémentaire du fait de l’importance que les
parents accordent aux fonctions anales d’où augmentation de l’intérêt pour cet acte qui
exige l’effort de pousser.
Retenons de cette première facette de l’analité :
• Comporte toujours une dimension autoérotique
• Aspect sadique qui caractérise la totalité du stade anal : sadisme qui dérive de deux
éléments
* Les matières fécales sont considérées comme des objets qui sont détruits et pour lequel l’enfant
n’éprouve aucun égard.
* La faculté d’expulsion peut permettre de défier les parents qui tiennent à apprendre à l’enfant la
propreté.

Concernant la rétention :
Même origine que précédemment mais utilisé de manière différente :
• Découverte que stimulation de la muqueuse anale peut engendrer également la rétention.
Découverte du plaisir autoérotique masochiste.
• Autre déterminant du plaisir est une fois encore l’importance accordée aux selles.
Si les autres considèrent ces produits comme trop précieux alors l’enfant préfère les garder plutôt
que de les donner.

50
C’est ici que l’élément sadique apparaît, l’enfant pouvant :
* Utiliser les matières fécales comme un cadeau pour montrer sa satisfaction
* Les retenir ce qui à la signification d’un geste hostile (sadique) envers les parents préoccupés par
ces productions.

b) 3- La relation d’objet :

C’est sur le modèle des relations entretenues par l’enfant avec ses matières fécales et en fonction en
outre des conflits suscités par l’éducation à la propreté que le sujet va orienté sa relation d’objet avec
ses caractères spécifiques :

* Le sadisme :
Se définit comme une agression chargée de plaisir contre un objet
Deux tendances dans le sadisme anal :
• Détruire l’objet
• Le conserver mais exercer sur lui un contrôle
Ces deux tendances sont gratifiantes

Le contrôle des sphincters permet à l’enfant de découvrir sa propriété privée (les selles qu’il donne
ou non), son pouvoir (pouvoir autoérotique sur son corps propre + pouvoir sur l’adulte qu’il peut
gratifier ou frustrer).
Ces découvertes vont de pair avec le sentiment de toute puissance et de surestimation narcissique
par le plaisir éprouver à contrôler, maîtriser bref de posséder.
Tout objet est donc assimilable à sa possession la plus primitive à savoir les matières fécales.

* La masochisme :
= but passif d’accéder au plaisir par des expériences douloureuses (lié au premier : on parle souvent
de sadomasochisme)
Ici, plaisir liés au châtiment corporel à condition qu’il ne soit ni trop fort, ni trop grave : plaisir à la
fessée (peut sembler bizarre mais relire « Les confessions » de Rousseau + enfant qui se conduit de
manière très agressive pour se faire battre…)

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* L’ambivalence :
Ambivalence très prégnante physiologiquement fondée sur l’attitude contradictoire vis-à-vis des
matières fécales qui sert de modèle aux relations avec autrui.
Ainsi, la mère, les objets extérieurs… pourront être :
• Eliminés, retranchés c'est-à-dire refusés, expulsés et par la même détruits
• Introjectés c'est-à-dire gardés comme objets d’appropriation, retenus comme une
possession précieuse et aimée.

En conclusion de ce stade, on peut retenir :


• Opposition entre activité (sadisme) et passivité (masochisme) fonde couple antagoniste
(gentil/méchant, beau/laid…) en deçà de la problématique du masculin et du féminin
(phase génitale même si constitue précurseur activité cf. masculin et passivité cf. féminin)
Univers manichéen, duel, binaire excluant toute génitalité (qui suppose l’introduction du tiers)

• Racine de la bisexualité (d’ailleurs intégration de cette bisexualité psychique = signe de


richesse du fonctionnement) car organe d’excrétion en creux pouvant expulser activement
et être excité passivement par la pénétration d’un corps étranger (tendance féminine et
homo masculine)
D’ailleurs choix narcissique d’objet pourrait expliquer relation d’objet de type homosexuel.

c) Stade phallique, génital (3/5ans) : stade où se réalise l’oedipe

L’abandon ou la résolution des conflits propres aux deux stades précédents instaure une unification
des pulsions partielles sous un certain primat des organes génitaux.
Mais il ne s’agit pas encore d’une véritable génitalisation de la libido.
L’enfant ne prend pas encore conscience de la différence des sexes : au contraire un seul organe
anatomique mâle (le pénis) a valeur tant pour le garçon qui en est pourvu que pour la fille qui n’en
a pas.

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c) 1- 4 caractéristiques :

L’érotisme urétral :
Peut être considéré comme un intermédiaire entre phase anale et phallique.
Plaisir à uriner (plaisir à la rétention également)
D’abord autoérotique, ce plaisir se tourne par la suite vers des objets (fantasme d’uriner sur les
autres) tandis que l’énurésie pourra acquérir une valeur d’un équivalent masturbatoire
Comme le contrôle du sphincter anal, le contrôle du sphincter vésical entraîne une fierté
narcissique de l’enfant due au fait que les parents font honte à l’enfant lors des échecs de ce
contrôle.

La masturbation infantile : (onanisme infantile) concernant le gland et le clitoris les organes sexuels
Souvent niée par les adultes du faut de leur propre Surmoi.
Cependant, elle laisse des traces profondes et inconscientes dans la mémoire et semble représenter
l’une des causes principales de la fameuse amnésie infantile dans le sens où activité masturbatoire
réprimée par les parents mais surtout à cause des fantasmes dus à cet âge (fantasme oedipien
angoissants et culpabilisants)
La curiosité sexuelle infantile : 3 points :
* La découverte de la différence anatomique des sexes est ambiguë
En effet, pour les enfants de cet âge, il n’y a qu’un seul sexe : le pénis et c’est seulement petit à petit
que l’enfant va prendre conscience de la réalité anatomique du pénis et de s’interroger sur
l’existence ou non de cet organe.

* La scène primitive = scène réelle ou fantasmée au cours de laquelle l’enfant a assisté au coït de
ses parents. Constitue pour Freud l’un des fantasmes originaires structurant toute la vie
fantasmatique de l’enfant.
Plusieurs mécanismes en cause comme l’identification à l’un des partenaires (plus souvent
position passive) ; scène primitive perçu comme un acte sadique/agressif : gémissement perçu
comme souffrance et non plaisir, sentiment d’abandon du fait que l’enfant est exclu de cette
relation…

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* Le voyeurisme
Pulsion liée à la scène primitive
Plus tard, elle sera sublimée dans la curiosité (chercheur…).

Les théories sexuelles infantiles :


A défaut de pouvoir intégrer ou de trouver des réponses satisfaisantes, l’enfant interprète les faits à
sa façon en fonction de son vécu libidinal.
Par rapport à la fécondation : par le baiser ou l’ingestion d’un aliment, par simple contact… (persiste
parfois à l’ado)
Croyance que enfant naît par l’anus (cloaque dimension anale) ou par le nombril (déjà plus élaboré)
Rappelons que dans un premier temps, l’enfant ne reconnaît qu’un seul sexe : le pénis, non
reconnaissance de la différence des sexes : tous les êtres humains sont dotés d’un pénis.
Le pénis n’est alors pas encore perçu comme un organe génital mais comme un organe de
puissance et de complétude c'est-à-dire un phallus.

Attention pénis pas même signification que phallus :


• pénis = organe mâle dans sa réalité anatomique
• phallus = fonction symbolique, le fantasme selon lequel la possession d’un pénis
procure et signifie la complétude et la puissance

Donc ici la différence des sexes amorcée ne s’établit en terme de sexe masculin et féminin mais en
terme de présence (cf. puissance) /absence (faiblesse) de pénis
Ainsi plutôt que de décrire le stade phallique en terme d’établissement de la différence des sexes
c’est plutôt pendant longtemps le déni de cette différence qui perdure :
• chez le garçon = nier la castration par la négation du sexe féminin
• chez la fille, même négation, revendication phallique en avançant que le clitoris poussera

En conclusion, si le stade phallique instaure bien une primauté du pénis ou plutôt du phallus, il ne
s’agit nullement de la primauté du génital : primauté seulement issu du de l’élaboration et le
dépassement de l’oedipe et de l’angoisse de castration.

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c) 2- Complexe d’Œdipe et angoisse de castration :

Complexe d’oedipe : rôle fondamental d’organisateur central dans la structuration de la


personnalité.
Conflit qui s’inscrit dans une problématique à trois (on parlera de triangulation) :
enfant/père/mère inaugurant la véritable génitalisation de la libido

Angoisse de castration = réaction affective qui fait suite au constat de l’absence de pénis chez la
fille, lequel constat engendre chez le garçon la peur fantasmatique de le perdre et chez la fille, le
désir de l’acquérir. (car l’enfant pense qu’il en a été dépossédé)

Chez le garçon : l’angoisse de castration marque la fin du complexe d’Œdipe (menace de


castration)
Il y a continuité de l’objet sexuel (la mère) entre les stades prégénitaux et génitaux.
Or, père est introduit ou s’introduit dans la dyade mère/enfant et le petit garçon prend conscience
que l’objet du désir maternel se trouve en fait chez le père qui possède le phallus lequel est
l’attribut de l’autorité, de la puissance, de la loi.
Dans cette relation fantasmatique à la mère, le père est un rival que l’enfant aimerait éliminer pour
prendre sa place. (Cependant, il peut exister une forme inversé où on observe un attitude tendre,
féminine du garçon à l’égard du père tandis que l’hostilité et la jalousie sera portée à la mère :
important est la présence du 3)
Néanmoins toujours attachement au père : certes c’est un rival à supplanter mais c’est surtout un
modèle à imiter (= identification).
Angoisse de castration apparaît par les attitudes punitives des adultes face à l’onanisme de
l’enfant (menace de castration) + interdiction de l’inceste (mère a choisit le père)
Cette menace engendre un conflit entre l’intérêt narcissique pour le pénis et l’investissement pour les
objets parentaux, conduisant au renoncement de l’investissement libidinal envers les parents et la
résolution de l’oedipe. (conquête d’objet de remplacement)
A la fin de l’oedipe le garçon renonce donc aux désirs sensuels dirigés vers la mère et aux souhaits
hostiles envers le père sous le choc de la menace de castration.
Angoisse de castration détruit l’oedipe (et donc l’inceste) et conduit à l’élaboration du Surmoi
par identification au père.

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Chez la fille : angoisse de castration inaugure le complexe d’Œdipe (castration accomplie)
Changement de l’objet d’amour des phases prégénitales (la mère) au père dans la phase génitale (=
« formation secondaire » retournement de l’investissement sur le père).
Constat du pénis chez le garçon conduit la petite fille à « l’envie de pénis » en comparaison à son
clitoris.
Blessure narcissique engendrée par l’angoisse de castration
La petite fille va donc rechercher auprès du père un substitut de pénis qui se traduit par le désir
d’avoir un enfant avec lui.
Proximité avec la mère diminue parce qu’elle est rendue responsable du préjudice subi (rivalité).
Résolution de l’oedipe est plus graduel : ce renoncement provient de la peur de perdre l’amour
de la mère
De plus, peu à peu fille renonce à l’envie de pénis (refoulement) et lui substitut le désir d’enfant

Avec la résolution du complexe d’oedipe, les choix objectaux (comme l’attirance du garçon pour sa
mère) sont remplacés par des identifications (garçon qui imite le père)
Par ailleurs abandon de l’Œdipe s’accompagne d’une formidable libération énergétique, énergie qui
servira à l’outillage intellectuel (comme dans la période de latence).
L’Œdipe est le point nodal autour duquel se structure la famille humaine, la société toute entière :
confrontation au phénomène social, à l’interdit de l’inceste (= universaux), instauration de la morale
par victoire de l’espèce sur l’individu.
L’oedipe est aussi le moment fondateur de la vie psychique avec l’accession à la génitalité qui se
caractérise par :
• le primat de la zone génital
• le dépassement de l’autoérotisme primitif
• l’orientation vers des objets extérieurs
• constitution de l’objet externe comme différencié, global et sexué (différence des sexes)
• joue un rôle dans la constitution du Surmoi (par intériorisation de tous les interdits passés et
présent « ne fais pas comme ton père ») et de l’Idéal du Moi (= modèle de référence « sois
comme ton père »)

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d) Période de latence (à partir de 6 ans) : résolution de l’oedipe et période d’accalmie sur le plan
libidinal.

Interruption du développement sexuel : phase de repos et de consolidation des positions acquises.


Cependant des manifestations sexuelles peuvent être observées mais l’on ne peut pas décrire
d’organisation nouvelle de la sexualité à cette époque. (c’est pourquoi on parle de période et non de
stade)
Sublimation des pulsions sexuelles (curiosité intellectuelle, scolarisation…) : l’enfant se tourne
vers d’autres domaines que le sexuel encore que l’énergie de ces nouveaux intérêt soit toujours un
dérivé une transformation des intérêts sexuels.

Déclin de l’Œdipe, les impossibilités réelles de satisfaction pulsionnelle (soit externe = la loi / soit
interne = pas pubère) jointes à la création du Surmoi et aux pressions sociales extérieures vont
provoquer l’entrée dans la phase de latence pendant laquelle on constate essentiellement une
modification structurale des pulsions sexuelles.
L’énergie sexuelle (libido) peut alors être investie dans d’autres objets et peut surtout permettre de
suivre d’autres buts : la tension se satisfait de façon substitutive.
On observe donc une désexualisation des relations d’objets et des sentiments : prévalence de la
tendresse sur le désir sexuel.
En réalité ce repos n’est qu’apparent, la masturbation, les tendances oedipiennes et les régressions
prégénitales continuent dans une certaine mesure.

Au niveau de la relation d’objet, comme nous venons de le dire, les désirs libidinaux dirigés vers
les parents vont être remplacés par les expressions sublimées de l’affection (tendresse, respect…) et
en identification au parent du même sexe.
C’est donc la période favorable aux acquisitions éducatives et scolaires (7 ans = âge de raison où
enfant manifeste toute sa curiosité intellectuelle, son besoin d’explication logique du monde)
Enfin, l’énergie pulsionnelle se canalise sur les jeux et les activités sociales : on relèvera un
changement d’objet c'est-à-dire que l’enfant sera plus intéressé par les objets concrets plutôt que
ceux produit par l’imagination (contes de fées) donc par le fantasme…

Les conflits d’ordre sexuel vont à nouveau s’éveiller lors de l’entrée dans la puberté.

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e) Puberté :
Il ne s’agit ni d’un stade, ni d’une période mais le plus souvent d’une crise.
La tache psychologique essentielle étant l’adaptation de la personnalité aux conditions nouvelles
produites par les transformations physiques.
En ce sens, on peut considérer tous les phénomènes psychiques de la puberté comme des tentatives
de rétablissement de l’équilibre troublé.

Elle est caractérisée par le réveil des pulsions sexuelles de manière massive et parfois brutale sinon
dramatique et par la suractivation des pulsions tant agressives que sexuelles.

Phase intermédiaire = prépuberté au cours de laquelle toutes les pulsions infantiles sont investies
sans discrimination.
En d’autres termes, les pulsions infantiles réapparaissent en force, le développement sexuel
reprend au point où il avait été abandonné à l’époque de la résolution de l’oedipe et il se produit
même une intensification.

C’est aussi une crise narcissique et identificatoire : doute par rapport à l’authenticité de soi, du
corps, du sexe… sentiment bizarrerie, étrangeté par rapport à la modification des traits du visage,
obsession pour un organe (nez, cernes…) et surtout préoccupation pour l’apparition des caractères
sexuelles secondaires et du développement de l’appareil génital…

C’est à cette époque que les organisations psychiques vont se rejouer et se fixer ou non.

En ce qui concerne la puberté proprement dite, elle est caractérisée par l’accession à la maturité
sexuelle physique marqué par le fait que la libido va se concentrer sur des sentiments, des buts,
des idées génitales (même si les tendances prégénitales ne sont pas loin…)
La masturbation apparaît comme un besoin impérieux et très réprouvé.
Bien que considérée comme un phénomène normal, elle est très culpabilisée et angoissante (sous
l’effet des pressions externes : idées reçues par rapport à la masturbation… mais surtout du fait que
cette culpabilité se rapporte à un conflit oedipien non résolu donc en lien avec le complexe de
castration d’autant plus que fantasme associé ont souvent teneur très oedipienne) .
Au niveau de la relation d’objet :

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Dans la prépuberté, la libido se tourne de nouveau vers les objets d’amour de l’enfance à savoir
les parents.

Le Moi aura pour première tache d’abandonner ce choix parental.

En fait le dilemme se pose à nouveau entre la relation prégénitale, duelle et la relation objectale
triangulaire et génitale.

Abandon de ce choix d’objet donc caractérisé par l’isolement, la révolte vis-à-vis des parents,
l’autorité en générale : l’émancipation sera d’autant plus bruyante qu’elle est tardive ou que les
fixations parents/enfants ont été plus ou moins contraignantes.
Lutte contre les anciens investissements peut se traduire soit pas la rupture totale ou par le
rétablissement d’un équilibre par tolérance réciproque dans l’affection partagée.

Quel que soit la manière dont se déroule cette lutte, elle doit aboutir aux choix de nouveaux objets
libidinaux : amitié passionnée, amour réel avec des personnes de même âge ou plus âgées (substituts
parentaux…)

Ces attachements passionnels le plus souvent passagers ne sont pas à proprement parler des relations
objectales mais plutôt des attachements identificatoires dominés par la recherche du même dans
le monde extérieur (c’est pourquoi les expériences homosexuelles sont courantes à l’adolescence).

On peut dire que la puberté est surmontée quand la sexualité adulte est installée : génitale :
différence des sexes (quand bien même choix homo), autoérotisme abandonné, fonction
reproduction et plaisir terminal = orgasme, amour oedipien, pulsions sexuelles partielles
correspondant aux préliminaire… (pas chez ceux qui ont peur des caractère de la maturité, ceux qui
tentent de prolonger un état de dépendance réel avec un espoir irréel de toute puissance…)

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4- L’angoisse : les trois théories de l’angoisse (in Inhibition, Symptôme, Angoisse)

Naissance = la naissance se situe à l'origine de l'angoisse (prototype de l’angoisse) non parce que la
naissance est mauvaise mais parce lors de la naissance l'enfant se trouve exposé au bombardement
d'une série d'explosions et de stimulations. (= traumatisme)

a) 1ère théorie de l’angoisse :


« Une excitation libidinale est provoquée, elle n’est pas satisfaite, pas employée : à la place de cette
libido détournée de son utilisation survient alors un état d’anxiété »

Accumulation énergétique (libidinale) dérivée de son cours se déchargeant comme elle peut en
empruntant une voie autre que celle de son issue somatique normale.
Cf. études neurologiques de Freud et héritage de Fechner avec son « principe de constance » (=
tendance innée du système nerveux à garder constante la somme d’excitation en lui.

Angoisse = réaction générale du Moi dans des conditions de déplaisir


Justification économique survenue de l’angoisse
La dimension psychique n’est évoquée que sous l’angle de la défaillance : la conversion de la
libido en angoisse signe l’échec du travail psychique à lier entre elles des représentations, le
trop plein du sexuel.
Libido (énergie sexuelle) qui est récusée ou n’est pas utilisée par le Moi, trouve une éconduction
directe sous forme d’angoisse.
Considère la libido de la motion pulsionnelle refoulée comme la source de l’angoisse.

Met au premier plan le refoulement.


L’action du refoulement consiste à écarter un groupe de représentations inacceptables par la
conscience, en le séparant de l’affect (amour ou haine) qui lui est associé.
La déliaison de l’affect, avec ce qu’elle suppose de débordement dans la psyché, constitue en
elle-même de l’angoisse.
C’est donc le refoulement qui fait l’angoisse

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Durant 30 ans, Freud s’est tenu à une conception biologique du mécanisme de l’apparition de
l’angoisse : libido insatisfaite trouverait une voie de décharge en se transformant directement
en angoisse (par exemple dans la pratique du coït ininterrompu)
L’angoisse naît donc de la transformation de la libido inemployée, c’est le refoulement qui fait
l’angoisse
Or, cette théorisation de l’angoisse ne convient pas à Freud qui décide de considérer séparément les
facteurs déterminants de la libido de ceux de l’angoisse.
Sa première théorie conservera donc une valeur descriptive mais non explicative.
Problème : relation intime entre angoisse et libido alors que l’angoisse est plutôt liée au déplaisir.
De plus, par quelle chimie la libido se transforme-t-elle en angoisse ? réduit à la métaphore
« l’angoisse est à la libido ce que le vinaigre est au vin »

b) 2ème théorie :
A partir de 1926, conception de l’angoisse qui implique le psychisme : angoisse est un affect
éprouvé par le Moi (qui devient donc le lieu de l’angoisse) devant un danger qui, en dernière
analyse, a toujours la signification de la crainte de la séparation et de la perte d’objet

Freud renonce définitivement à son explication antérieure et considère désormais que angoisse a une
double origine : tantôt comme conséquence directe du facteur traumatique, tantôt comme
signal indiquant qu'il y a menace de réapparition d'un tel facteur

Distinction deux principaux types d’angoisse :


→ L’angoisse automatique déclenchée par une situation traumatique (l'accumulation d'un état de
tension qui n'arrive pas à la décharge) qui submerge le Moi impuissant.
Réaction, réponse spontanée d’un sujet à chaque fois qu’il se trouve dans une situation
traumatique, c'est-à-dire soumis à l’afflux d’excitations, d’origine interne/externe qu’il est
incapable de maîtriser.
S’oppose au signal d’angoisse
En effet, au cours du développement, lorsque le moi est devenu capable de passer de la passivité
à l'activité, il parvient à reconnaître le danger, à le prévenir par le signal d'angoisse :
«L'angoisse, réaction originaire à la détresse dans le traumatisme, est reproduite ensuite dans la
situation de danger comme signal d'alarme».

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→ L’angoisse-signal : déclenchée par une situation de danger dans laquelle le Moi est devenu
capable de prévoir l’imminence du danger.
Dispositif mis en action par le Moi, devant une situation de danger, de façon à éviter d’être
débordé par l’afflux des excitations.
Reproduit sous forme atténuée la réaction d’angoisse vécue primitivement dans une situation
traumatique, ce qui permet de déclencher des opérations de défense. (c’est l’angoisse qui fait le
refoulement)
Le Moi acquiert un pouvoir sur cet affect et le reproduit lui-même, se sert de cet affect comme
une mise en garde contre le danger et comme moyen d’éveiller le système plaisir/déplaisir.
Le Moi se soumettrait à l’angoisse un peu comme à une vaccination, pour échapper, par une
éruption affaiblie de la maladie, à un accès non affaibli.
Se représente la situation de danger de manière vivante avec une tendance à limiter cette expérience
à une allusion, un signal.

Accent sur la dimension d’adaptation dans le signal d’angoisse où le Moi non seulement éprouve
l’angoisse mais surtout la produit (répétition atténuée de la situation traumatique)
En effet, l’angoisse comme signal, avec sa valeur préventive contre le retour d’anciennes situations
de danger, contre le développement d’angoisse, n’est opérante, efficace que quand le Moi est
constitué. (au départ de la vie, plutôt angoisse automatique)
Examine également les défenses sous un jour nouveau : alors qu’il pensait que c’était le refoulement
qui produisait l’angoisse, il démontre désormais que c’est l’angoisse qui produit le refoulement
Avance l’idée que si le Moi forme des symptômes et érige des défenses c’est avant tout pour
éviter de percevoir l’angoisse, celle-ci signifiant régulièrement pour le Moi un danger lié à la
crainte de la séparation et de perte d’objet.
Si la situation de danger à l'origine de l'angoisse varient avec l'âge, elles ont toutes la même
caractéristique de signifier une séparation ou une perte d'un objet aimé

Naissance = première situation de «danger» + prototype de la situation d'angoisse


Situation éprouvée comme danger = insatisfaction (accroissement de la tension)
Première angoisse = peur de l'anéantissement, et pas peur de la séparation proprement dite (car
pour Freud l’enfant ne reconnaît pas sa mère comme un objet séparé). Freud la voit comme le
résultat de l'immaturité et de la faiblesse du bébé, reprendra plus tard l'idée que, d'une manière
analogue, le moi se sert de l'angoisse comme d'un signal d'alarme « qui lui annonce tout danger
menaçant son intégrité » (troisième théorie de l’angoisse qui n’est qu’un prolongement de celle-ci)

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Perte de la mère comme objet = c'est à une phase ultérieure du développement infantile seulement
que la situation de danger se déplace de la détresse à la peur de la séparation et de la perte
d'objet, lorsque le nourrisson est capable de percevoir sa mère comme objet
Lorsque le bébé commence à percevoir la présence de sa mère, il « ne peut encore distinguer
l'absence temporaire de la perte durable ; dès l'instant où il perd de vue sa mère, il se comporte
comme s'il ne devait plus la revoir »
L'absence de la mère est désormais le danger à l'occasion duquel le nourrisson donne le signal
d'angoisse.
Angoisses successives apparaissent en rapport au danger de perdre l'objet maternel, et l'enfant
passant progressivement de la crainte de perdre l'objet à la crainte de perdre l'amour de l'objet

L'angoisse de castration en tant que danger de perte d'objet.


Survient au cours de la phase phallique.
Egalement angoisse de séparation soumise à la même condition déterminante de perte de
l'objet, mais la détresse est causée par un «besoin spécialisé», la libido génitale

Le danger de la perte d’amour du surmoi :


Perte du surmoi protecteur
Avec les progrès du développement, l'enfant attribue peu à peu l’angoisse à une instance plus
impersonnelle, et le danger devient lui-même plus indéterminé : angoisse de castration évolue en
angoisse morale et c'est à la peur de perdre l'amour du surmoi que le moi donne alors la valeur
de danger et répond par un signal d'angoisse.
Forme ultime que prend cette angoisse devant le surmoi = angoisse de mort (angoisse pour la
vie), l'angoisse devant le surmoi projeté dans les puissances du destin

En résumé, en introduisant différents niveaux d'angoisse au cours du développement infantile Freud


apporte un éclairage important sur l'articulation entre les deux principaux types d'angoisse qu'on
rencontre en clinique : d'une part l'angoisse de séparation, caractéristique des stades prégénitaux
et liée à une relation entre deux personnes ou duelle, et d'autre part l'angoisse de castration,
caractéristique du complexe d’œdipe, relation triangulaire.

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Donc nouvelle théorie de l’angoisse qui fait du Moi le seul et unique lieu de l’angoisse,
conséquence de la subdivision de l’appareil animique entrepris dans « le Moi et le Ca »
Ici, c’est donc le Moi qui doit faire les frais de cette angoisse.
Comme le Moi travaille avec de l’énergie désexualisée, l’intime corrélation de l’angoisse et de la
libido a été relâchée.

c) 3ème théorie de l’angoisse :


L’angoisse est un affect éprouvé par le Moi devant un danger qui menace son intégrité d’où
crainte d’anéantissement (processus plus psychotique avec mise en place de mécanisme de défense
tel que le déni et le clivage où une partie tient compte de la réalité et l’autre la nie)
Accent mis sur le danger d'anéantissement et de débordement qui menace le moi est important, parce
que signifie que réaction plus régressive, plus psychotique à la séparation est probablement que
la peur de la séparation soit une peur de l'anéantissement.
Remarque : c’est toujours la crainte de perdre quelque chose : ici perte de soi…

Vocabulaire complémentaire :
Défense : in chapitre précédent

Traumatisme : événement de vie intense où sujet incapable d’y répondre adéquatement, provoque
bouleversement et effets pathogènes durables dans l’organisation psychique.
En termes économiques : se caractérise par afflux d’excitations excessif, relativement à la tolérance
du sujet et à sa capacité de maîtriser et d’élaborer psychiquement ces excitations.

Dans ISA, le Moi déclenchant le signal d’angoisse cherche à éviter d’être débordé par le
surgissement de l’angoisse automatique qui définit la situation traumatique dans laquelle le Moi est
sans recours.
Cette conception revient à établir une sorte de symétrie entre le danger externe et le danger interne :
le Moi est attaqué du dedans c'est-à-dire par les excitations pulsionnelles comme il l’est du dehors.
Noyau du danger = accroissement, au-delà du tolérable, de la tension résultant d’un afflux des
excitations internes qui exigent d’être liquidées. C’est là ce qui rend compte finalement du
traumatisme de la naissance.

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5- La cure analytique :

Dans son premier article les « Psychonévroses de défense » (1894), Freud n'emploie pas encore le
mot de «psychanalyse», mais ceux d' « analyse », « analyse psychologique » ou encore « analyse
hypnotique ». C'est seulement plus tard qu'il a introduit ce terme, dans un article intitulé « l'Hérédité
et l'étiologie des névroses » (1896).
L'emploi du terme «psychanalyse» a, de fait, sanctionné l'abandon de la catharsis sous hypnose et
de la suggestion, et le recours à la seule règle de la libre association des idées pour le patient.

Définition : méthode d'investigation qui consiste essentiellement dans la mise en évidence de la


signification inconsciente des paroles, des actions, des productions imaginaires (tels les rêves,
les fantasmes, les délires) d'un sujet.

Cette méthode se fonde principalement sur les libres associations du sujet, qui sont le garant de la
validité de l'interprétation.
C'est ensuite une méthode psychothérapique fondée sur cette investigation, et rendue spécifique
par l'interprétation contrôlée de la résistance, du transfert et du désir.
En ce sens, le mot «psychanalyse» est synonyme de «cure psychanalytique».

Freud a donné plusieurs définitions de la psychanalyse, dont une est particulièrement explicite:
« Psychanalyse est le nom d'un procédé pour l'investigation des processus mentaux à peu près
inaccessibles autrement ; d'une méthode fondée sur cette investigation par le traitement de
désordres névrotiques ; d'une série de conceptions psychologiques acquises par ce moyen et qui
s'accroissent ensemble pour former progressivement une nouvelle discipline scientifique »

Ainsi, la psychanalyse apprend au sujet à comprendre la composition de ces formations


psychiques hautement compliquées : travail par lequel est amené à la conscience du malade le
psychique refoulé en lui

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a) Deux règles fondamentales de la psychanalyse du côté du patient :
a) 1- Méthodes des associations libres :

Technique psychanalytique et règle fondamentale de la psychanalyse selon laquelle le patient doit


exprimer, pendant la cure, tout ce qui lui vient à l’esprit sans discrimination, sans autocritique
quel que soit le désagrément que ça lui pose à partir d’éléments donné (rêve) ou spontanément :
favorise l’accès au déterminisme inconscient.
Cette association libre vise d'abord à reconstruire les schèmes inconscients et se fonde
premièrement sur l'analyse de rêves.
Dans ce cas, la libre association permet de retrouver les éléments agrégés par le puissant travail
de condensation : beaucoup d'éléments s'enchevêtrent, se dissimulent les uns derrière les autres et il
faudra les dégager, les reconnaître, un par un. C’est à l'analysant de leur attribuer un sens.
Cette première règle fondamentale se heurte avant tout aux résistances : silence de l'analysant qui
n'a "rien à dire", dont "le cerveau est vide" et le psychanalyste va essayer d'aider l'analysant à les
contourner pour qu'il puisse s'en libérer.

a) 2- Règle d'abstinence

La règle d'abstinence comporte deux versants : dans la cure et hors de la cure.

Dans la cure cette règle interdit tout passage à l'acte visant à la décharge pulsionnelle : les désirs
amoureux et/ou agressifs doivent être parlés et non agis.

Cette règle s'applique de fait aussi bien à l'analysant qu'à l'analyste qui ne peut intervenir dans la
réalité de la vie de l'analysant. En particulier, toute dérogation à cette règle par l'analyste signifie une
rupture du contrat analytique.

Hors la cure cette règle demande de différer à la prise de décisions importantes (changements
dans la vie conjugale, professionnelle, etc.) pendant la durée du traitement. La longueur des cures
actuelles a entraîné une adaptation de cette règle, demandant à l'analysant d'élaborer dans la cure
toute décision importante avant de l'agir dans la réalité extérieure. Cette règle se fonde sur les
bouleversements pulsionnels consécutifs à la cure et qui pourraient entraîner l'analysant dans des
agirs défensifs qu'il regretterait par la suite.

66
b) Cadre matériel

* Les séances ont lieu généralement deux à quatre fois par semaine, et une séance manquée est
due. Ceci est posé en raison de la nécessité de comprendre les motifs inconscients qui, le plus
souvent, se cachent derrière les "meilleures raisons du monde" de rater une séance (manifestation de
la résistance, équivalente au silence en séance).

* Le paiement doit se faire en liquide pour des raisons symboliques et thérapeutiques : l'aspect
concret de l'argent liquide lui permet d'être intimement relié à de nombreux motifs inconscients que
la cure vise à rendre conscients afin qu'ils puissent y être élaborés. La séance étant payée, sur le
champ, l'analysant est libre de venir ou de ne pas revenir à la séance suivante, un chèque par
exemple supposerait des opérations après la séance.

* Le patient s'allonge sur un divan mage et ne voit pas son analyste. Ce dispositif, inauguré par
Freud, permet un double effet : il évite une communication non verbale, non maîtrisée de l'analyste
(contre-transfert), et d'autre part il valorise l'expression verbale, moyen privilégié d'une prise de
conscience et d'une mise à distance des affects.

c) Le transfert / le contre transfert

Transfert : lien affectif intense s’instaurant de façon automatique et actuelle du patient sur
l’analyste. Il s’agit de l’attitude, ou d’un ensemble d’attitudes du sujet, qui réactualise son
comportement et ses émotions (d’enfant envers ses parents). L'analysant prête à l'analyste des
caractéristiques qu'il n'a pas, qui sont celles de personnes de son entourage infantile
Le transfert peut être positif (sentiments amicaux, respect, etc.) ou négatif (méfiance, agressivité,
etc.). Tout transfert est constitué simultanément d’éléments positifs et négatifs.
Réactualisation et répétition de ce vécu conflictuel infantile dans la relation au thérapeute
Elément qui permet au processus psychologique d’opérer vers la guérison : dans un premier
temps il s’agira d’amener à la conscience le refoulé, puis dans un second temps de supprimer le
refoulé = perlaboration (processus par lequel le travail de l’analyse intègre une interprétation et
dépasse les résistances qu’elle génère) qui rend possible ce remaniement psychique.

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L'élaboration est un travail psychique spontané : les excitations que reçoit l'appareil psychique ne
sont pas seulement subies, mais élaborées et donc associées à des représentations. L'élaboration
figure un travail imaginaire et symbolique. Elle désigne finalement une tendance spontanée à la
construction psychique.

Dans la cure, la perlaboration en est une extension ; il s'agit cette fois d'une élaboration allant à
l'encontre du symptôme. Le trouble psychique est dû à un manque d'élaboration et la cure doit
apporter une surface à un regain de travail psychique, travail associatif, travail de reconstruction : le
patient établit des liens, il se remémore, donne un sens aux événements de sa vie.

Amène à voir que les sentiments éprouvés ne sont pas actuels mais reproduisent un état
antérieur.
Paradoxalement, le transfert est ce qui permet le travail de l’analyse et ce qui l’entrave à cause des
résistances (la résistance s’oppose au retour dans le conscient de pensées inconscientes qui
pourraient nuire à la guérison du patient + cf. bénéfices secondaires à la maladie…) c’est
l’investissement positif au psychanalyse qui permet de surmonter les résistances.

Contre-transfert : ensemble des effets inconscients reçus par l’analyste à partir du transfert de
l’analysant, notamment sur l’analyste lui-même.

TOUJOURS A ANALYSER : Indice précieux : pour certains permet de voir réaction que peut
engendrer la personne de l’analysant (un peu exagéré…), pour d’autres formes de transfert en
réaction au transfert du patient, enfin pour les derniers, transfert de l’analyste sur le patient.

Nous avons vu en introduction que psychanalyse et psychologie clinique se distinguait sur la


question du transfert : en effet, la psychanalyse travaille sur le transfert (c’est l’analyse du
transfert qui va conduire à la compréhension) alors que la psychologie clinique travaille avec le
transfert (psy conscient que le phénomène existe, il est pris en compte mais pas objet d’analyse)

68
d) Les règles fondamentales du côté de l’analyste

Toujours en ce qui concerne les attitudes de l’analyste, Freud est le premier a avoir parlé de
neutralité bienveillante et d’attention flottante. (qui décrivent l’attitude de l’analyste mais aussi
qui servent de référence pour les psychologues cliniciens : en effet, c’est le propre de la psychologie
clinique que de créer un espace où l’autre n’est plus un simple reflet de soi-même mais un
révélateur de lui-même. L’écoutant doit accepter de ne pas s’engager dans la relation de façon
réciproque, identificatoire : cf. bonne mère protectrice.)

Neutralité bienveillante :
Au départ, la neutralité bienveillante était sans doute une attitude qui s’imposait dans la rencontre du
médecin avec le malade.
Neutralité dans la mesure où le médecin doit pouvoir se concentrer sur les symptômes et les signes
de la maladie sans que cela l’affecte : il a besoin de toute sa raison pour comprendre ce qui se passe
quelles que soient la souffrance et les émotions du patient.
Bienveillance parce que le malade est en souffrance et qu’un minimum d’empathie est nécessaire
pour qu’il accorde sa confiance, qu’il puisse dire ce qu’il ressent…
L’attention flottante s’est imposée lorsque Freud décide d’écouter ce que disent les malades
névrosés : ce qu’ils disent spontanément contient implicitement la vérité cachée de leur maladie,
de leurs existence, de leur souffrance.
Pour pouvoir l’entendre et interpréter à bon escient, il est nécessaire d’avoir une écoute flottante
c'est-à-dire qui se tient à une certaine distance du vécu immédiat et qui tente de capter les signes
que l’inconscient manifeste dans le discours.
C’est par ces signes entendus que le sujet accédera à sa vérité.

Ecoute psychanalytique est difficile parce qu’on est toujours tenté de comprendre trop vite et de
n’entendre que ce qui va dans la conception qu’on se fait des problèmes du patient.
Freud ira même jusqu’à dire que non seulement il faut renoncer à apprendre au malade ce qu’il
devrait faire (ce qui ne veut pas dire contrairement aux idées reçues que l’analyste se doit de rester
totalement silencieux…), mais il faut aussi renoncer à le guérir, dans la mesure où l’envie de
guérir ne peut qu’encombrer le processus d’autoguérison.

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Les psychanalystes apprennent cette écoute par leur psychanalyse personnelle : c’est parce qu’eux-
mêmes ont pu dire des choses qui leur échappaient et que ces choses ont été entendues qu’ils
peuvent se taire et laisser la place aux dires de leurs patients.

Vision erronée de la psychanalyse : patient parle et ne sait pas ce qu’il dit et le psychanalyste lui dit
le sens caché des paroles (psychanalyste pouvoir excessif…). Dans ce cas, sujet guéri quand
d’accord avec le psychanalyste (biais de toute puissance).
Renoncement au contrôle du conscient pour donner la suprématie de l’inconscient.

L’interprétation : (communiqué au patient donc analyste pas muet…) = technique propre à la cure
(notamment en ce qui concerne les rêves = voie royale de l’inconscient)
S’applique à la compréhension des résistances, du transfert, du rêve.
Consiste à faire émerger le sens latent, inconscient du discours ou du comportement du sujet
pour accéder au conflit psychique et au désir (peut être utilisé en psy clin à travers les
reformulations)
L’enseignement de Freud peut inspirer tout psychologue clinicien et tout approche clinique qui vise
l’écoute d’autrui.
En effet, à partir de Freud, on s’intéresse à la parole du patient en tant qu’elle est révélatrice du
sujet pour le sujet lui-même. Ce n’est possible que si l’écoutant est dans un état de disponibilité tel
qu’il suscite l’advenue de cette parole révélatrice et transformatrice.

Deux obstacles peuvent entraver cet état de disponibilité :


• L’identification à l’autre (opposé à la neutralité bienveillante)
Et plus particulièrement de son vécu émotionnel.
C’est une donnée de base de la relation humaine. Nous sollicitons toujours cette identification
empathique chez autrui : c’est par là qu’il peut marquer sa solidarité, son lien, son affection, sa
sympathie, son intérêt pour nous, son amour.
C’est un soutien minimum dont nous avons tous besoin.
L’expérience clinique nous montre que lorsque nous obtenons ce plaisir minimum dans la
communication avec autrui, cela a pour effet de nous soulager mais pas de continuer à chercher en
nous-mêmes ce qui nous fait souffrir : opère comme un calmant, une aspirine mais ne guérit pas.
L’identification à l’autre finit donc par être un obstacle à prendre conscience des vrais problèmes
et à les modifier.

70
• La position de maître :
Sollicité par celui qui parle de ses problèmes. L’expérience clinique nous montre que si l’on répond
trop vite à la demande, on prend une position de parent, d’un enseignant (« rends toi compte
comme j’ai raison » / « fais moi plaisir » donc position de suggestion et/ou de séduction…
Celui qui demande conseil, quel que soit la rationalité du conseil donné finit toujours par se dire que
le conseilleur ferait mieux d’appliquer ses conseils à lui-même : on n’aime pas recevoir de leçon,
par personne même si on le demande (paradoxe)
Donc toujours plus intéressant de faire soi-même l’expérience (ex : dans relation amoureuse, plus
parents vont dire que relation vouée à l’échec, plus s’entête…)
Cela risque de couper vite la relation.
En effet, d’une part, celui qui sollicite l’aide s’apercevra que ce qu’on lui dit, soit qu’il le savait déjà
soit que ça ne convient pas du tout et d’autre part, si le conseil est judicieux, il se dit qu’il aurait très
bien pu le trouver lui-même.
En l’entendant d’un autre, il contracte une dette qu’il faudra payer, d’autant qu’il ne fait pas ce
qu’on lui a dit de faire parce que quelque chose résiste en lui.

Devant ces obstacles, l’analyste (mais aussi le psychologue clinicien) décide donc d’écouter et de
guider le processus uniquement à partir de ce qu’il entend.
Dire à l’autre ce qu’on entend en écoutant de cette façon là est déjà une interprétation pour
celui qui parle (importance de la reformulation et de la formule « j’entends bien… »)

e) Fin de l’analyse
La question de la fin de l'analyse est complexe : il existerait un noyau du refoulé, et l'analyse n'ira
pas jusqu'à lever tout refoulement.
On peut dire que l'analyse se termine quand il n'y a pas de risque de rechute - lorsque le
refoulement a été suffisamment levé pour garantir que la névrose ne reprenne pas ses droits.

CONCLUSION : pas seulement la psychanalyse qui a le privilège de l’écoute : Rogers a également


tenter de cerner et de définir cette écoute.
Bien que ce modèle soit différent dans le temps et dans l’espace, ils ont en commun de ramener
l’entretien clinique à sa dimension essentielle : problème humain fondamentale.
Ce modèle différent de la psychanalyse en tant qu’il fait l’économie de l’hypothèse de
l’inconscient.

71
IV – ROGERS (1902-1987) ET L’APPROCHE CENTREE SUR LA PERSONNE

Psychothérapeute, pédagogue, chercheur, auteur. Il appartient au courant humaniste.


Son approche se place comme une alternative à la psychanalyse qui s’inscrit véritablement dans la
démarche clinique.
Nous avons vu dans le chapitre 2 que ROGERS a autoproclamé son courant de troisième force afin
de se démarquer de la psychanalyse et de l’approche behavioriste.
Mise en place aux EU dans les années 50-60 surtout dans des situations cliniques de guidance
(soutien, relation d’aide…).
Peu de retentissement en France du fait que dans les années 70 la psychanalyse est trop implantée
pour permettre à cette approche de se développer.

1- Qui est Carl Rogers ?

Elevé dans une famille austère et très religieuse, il vit isolé à la campagne où lui et sa famille
s’occupe de l’exploitation scientifique d’une ferme.
Il mène seul ses propres cultures et élevages expérimentaux et s'initie ainsi très tôt à la méthode
scientifique. Il commence alors des études agricoles avec un professeur très attaché à l'application
des faits. Finalement il décide d'abandonner la science agricole pour le pastorat.

Il entreprend des études de théologie en 1924 où il reste 2 ans. Néanmoins, déçu par la rigueur de
l’enseignement religieux, il décide de s’orienter dans un domaine où sa liberté de penser serait totale.

Il s'oriente donc vers la psychologie, et entre comme interne à l'institut d'orientation psycho-
pédagogique. A la fin de son internat, il trouve un poste dans le domaine de la protection de
l'enfance à New-York.

Il travaillera plutôt dans les domaines de l’assistance et du social (d’ailleurs reconnu comme
psychosociologue…) et enseignera dans diverses universités américaines à partir de 1940.

Très préoccupé par le souci d’augmenter son efficacité auprès de ses clients, l'observation de ses
échecs et de ses succès va le conduire à remettre en cause la doctrine psychanalytique freudienne
et la conduite directive des entretiens cliniques.

72
Il prend alors conscience d'avoir élaboré une théorie très personnelle (approche centrée sur la
personne) au cours de son expérience, pour laquelle il se trouve au centre des critiques et de la
controverse.

Cependant, malgré toutes ces résistances, l'A. C. P. s'est largement installée dans les institutions
sociales, où ses idées novatrices sont de plus en plus prises en compte à l’époque.

Ses deux ouvrages de référence sont : « Le développement de la personne » (1961) + « Liberté pour
apprendre » (1969)

Aujourd’hui encore, sa méthode est reconnue au sein de EAP (Association Européenne de


Psychothérapie)

Paradoxalement ses dernières recherches sont devenues parfaitement behavioristes : étudiant


minutieusement à partir des enregistrements chaque élément d’un entretien.

2- Une conception particulière de l’homme :

L’approche rogerienne repose sur une conception de l’homme fondamentalement différente de


celle de Freud, inversion de cette conception :
Chez Freud : le CA constitue la nature fondamentale, inconsciente de l’homme, réservoir pulsionnel
qui, s’il n’est pas contrôlé aboutirait à l’inceste, le meurtre, crimes…
A l’inverse chez Roger, les tendances haineuses, antisociales, agressives… correspondent à des
couches superficielles et défensives de la personnalité sous lesquelles la psychothérapie permet de
retrouver (et de faire émerger) le noyau authentiquement positif du moi.

De plus, ce qui fait l’efficacité de la thérapie chez Rogers c’est l’ici et maintenant dans la relation
psychologue/patient, dans l’interaction entre leurs positions subjectives (et non la réactivation dans
le cadre thérapeutique de conflits infantiles liés aux images parentales)

Par ailleurs, nous avons vu que Rogers fait partie de la mouvance humaniste (alors que Freud peut
être rattaché au courant naturaliste) : mouvance qui place l’homme et ses valeurs au dessus de toutes
les autres valeurs.

73
Le principe de base de cette approche est une valorisation et un respect de la personne humaine
comme liberté, responsabilité et historicité.

Ainsi, pour lui, tout individu possède une capacité d’autodéveloppement et une tendance
spontanée à l’intégration c'est-à-dire à l’harmonie entre son expérience et sa conscience : nul
mieux que le sujet lui-même ne connaît ses problèmes et l’important est de savoir comment il a
intégré sa propre expérience.
Selon Rogers, le fond de la nature humaine est positive, fondamentalement socialisé, dirigé vers
l’avant, rationnel et réaliste.
En ce sens, la nature humaine est fondamentalement digne de confiance (donc va à l’encontre de
la conception chrétienne comme quoi l’homme est un pêcheur)

Rogers se dégage également de la notion de structure psychique au profit d’une approche


dynamique de la personnalité.
Pour lui, la personnalité humaine ne peut être saisie que comme un devenir, une tendance
permanente au changement.
Ce rejet du courant structuraliste est à relier au refus de toutes nosographies (classification des
maladies mentales) qui s’accommodent mal des idées de changement, de développement de la
personne telles que les conçoit Rogers.

Il préconise donc un abandon de tous les a priori et un retour naïf au réel humain : recherche de
l’authenticité, intérêt pour le surgissement du vécu tel quel, sans décodage à priori.

Cette conception le pousse donc à abandonner, dans sa pratique, les théories psychologiques et en
particulier la psychanalyse ainsi que les classifications nosographiques (classifications des
maladies mentales)
A cette époque, l’approche centrée sur la personne constitue donc le premier courant alternatif à
la pensée freudienne.

La vision du monde de Rogers peut sembler utopiste dans la mesure où il nourrissait l’espoir de
contribuer à l’amélioration des relations humaines dans tous les domaines jusque dans les
relations entre pays mais elle demeure la vocation, le moteur et l’éthique de la psychologie clinique.

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3- L’approche centrée sur le client

Rogers va formaliser une méthode à partir des observations d’interview.


Dans sa pratique, Rogers a, en effet, pour habitude d’enregistrer et de transcrire les entretiens
avec ses patients en psychothérapie.

En 1951, il met au point une méthode psychothérapeutique fondée sur la non directivité qui vise à
mettre en évidence les sentiments confus du patient et à les clarifier.

Il l’appellera d’abord méthode « non directive » croyant là se distinguer de la méthode freudienne


qui est pour lui forcément directive. En fait, la méthode freudienne est non directive au sens large
(associations libres) et c’est là même son originalité par rapport aux méthodes hypnotique et
cathartique, rompant avec le modèle médical.

Rogers préfère finalement le nom d’« approche/thérapie centrée sur le client » dans une
« relation d’aide » et pose les principes devant résider à ce type d’entretien.
Le terme de client peut choquer mais il peut être substitué par « aidé » : marque l’originalité d’une
relation dans laquelle « l’aidé choisit de se faire aider mais n’abandonnera ni sa liberté, ni sa
responsabilité dans la résolution de ses difficulté »

Pour lui, le processus à l’origine de tout changement est la compréhension et l’acceptation de


soi et d’autrui dans leurs réalités subjectives (intrapsychiques) actuelles (= signification que le
client donnent à son vécu) et dans leur interaction personnelle (intersubjectivité)
Articulation de l’intrapsychique/intrasubjectif et intersubjectif

Son Approche Centrée sur la Personne (ACP) met l'accent sur la qualité de la relation entre le
thérapeute et le client.

C’est en effet cette relation personnes qui sera transformatrice, mais pas n’importe quelle
relation…

75
La personne du client n’est pas un objet de connaissance, ni même un objet d’action
thérapeutique mais il est un sujet, avec son individualité, ses caractéristiques qui lui sont propres,
devant lequel un autre sujet, le thérapeute va se situer.

Inversement, le thérapeute n’est pas un homme de science, au sens où il étudierait un objet de


science, c’est une personne, en relation avec le client, accompagnant celui-ci dans son expérience
d’être.

Dans une telle pratique le savoir est nécessaire, mais non suffisant.

Ce sont essentiellement les qualités d’être du thérapeute qui sont sollicitées pour favoriser le
processus thérapeutique, grâce à l’instauration d’un climat facilitateur de croissance.

Ce climat résulte de la mise en oeuvre, par le thérapeute, de certaines « attitudes » à l’égard du


client : empathie, congruence...

L’approche centrée sur le client repose donc sur deux grands principes généraux qui dégagent un
objectif général et une série d’attitude à acquérir par le thérapeute.
Ces principes ont pour but « l’efficacité thérapeutique » (préoccupation première qui guide toute sa
démarche)
Ils débouchent sur l’enrichissement existentiel réciproque entre le conseiller et le client

a) Premier principe = NON DIRECTIVITE

S’oppose à la directivité stricte des cures américaines qu’il a pu observer dans sa pratique.
Au contraire, la non directivité correspond à l’absence des diverses formes de direction dans
l’entretien = questions, interprétations, conseils… qui tendraient à imposer ou à proposer sa façon
de voir les choses, son système de valeur, ses objectifs pour les substituer à ceux du patient.
Elle vise une relation immédiate et authentique
Elle implique la confiance dans les capacités d’autodéveloppement et d’autodirection du sujet.
Il s’agit alors de faciliter le processus d’évolution et de maturation du client par une attitude
compréhensive (principe d’empathie, d’authenticité et de congruence… que nous développerons)

76
La non directivité se traduit par certaines techniques d’entretien :
• La reformulation des sentiments et des contenus exprimés : il existe différents types de
reformulation (cf. méthodo) comme le fait de répéter strictement ce que le sujet vient de
dire sous forme ou non interrogative (reformulation reflet)… formuler avec d’autres
mots…
La reformulation joue un rôle de miroir renvoyant à ce dernier le reflet de son propre discours.

• La clarification de ce qui est exprimé pour en favoriser la prise de conscience.

Ainsi la non directivité ne se confond pas avec une attitude passive de laisser faire.
Cependant, ce vocable est ambigu : impossible qu’il n’y ait aucune directivité dans une thérapie
Quoi qu’il en soit, cette technique a été par la suite étendue au niveau des groupes et de la recherche
(construction d’entretiens non directifs chaque fois qu’il s’agira d’approcher le vécu subjectif du
sujet par rapport à une problématique)

b) Deuxième principe : LA CENTRATION SUR LE CLIENT

Ce principe met l’accent sur une manière d’être plutôt que sur une manière d’agir.
Le comportement du thérapeute doit reposer sur des convictions profondément enracinées dans
sa personnalité, faute de quoi il ne déclenchera pas chez le patient le processus d’actualisation de soi
ou de développement personnelle.

Ces deux principes généraux débouchent méthodologiquement sur des attitudes (manière d’être
plus que d’agir…) que le thérapeute doit avoir vis à vis du client et qui développe ainsi une certaine
conception des relations humaines.

On peut relever cinq sous principes ou encore attitudes du thérapeute :

1- Le principe d’expérience

La rencontre se situe dans l’ici et maintenant :


Vise la suppression de la distance à l’expérience immédiate (non vécu en référence à un passé
mais bien dans le présent), entre le vécu et l’exprimé.

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2- Le principe de la relation authentique
Compréhension inconditionnelle et respectueuse du sujet (« amour thérapeutique ») dans toute
sa réalité.
La relation vraie implique un engagement affectif positif du thérapeute dans la relation : c’est la
condition pour que le client puisse accéder à son expérience spécifique.
Le thérapeute doit s’efforcer de pénétrer le système personnel de référence de son patient, de
ressentir son vécu et sa subjectivité (= développer son empathie)
Cette attitude passe par l’absence de jugement de valeur

Thérapeute doit accepter le client dans toute sa subjectivité et son système de significations
internes, ainsi que ses émotions positives et négatives envers sa personne.

La compréhension d’autrui permet d’une part au thérapeute de développer sa sensibilité et d’autre


part au client de s’accepter de lui-même (authenticité vis-à-vis de soi-même) et donc de changer.

Notion qui peut se rapprocher de l’implication dont on a parlé en psychologie clinique.

3- La congruence
Rejoint la nécessité d’authenticité vis-à-vis de soi et vis-à-vis du client de la part du thérapeute
(relation d’égal à égal).
Vise la lucidité du thérapeute : il ressent en lui-même, consciemment, et manifeste ses propres
sentiments et ses émotions dans la relation.
Il ne joue pas un rôle, il n’exerce pas une fonction, il est transparent.
Relève d’un accord entre ce qu’est et ce que ressent le thérapeute dans l’ici et maintenant et sa
manière d’agir, pour être en mesure d’établir une relation constructive avec autrui à long terme et
lui apporter une aide.
C’est aussi l’écoute de ses émotions vis-à-vis du patient : travail sur soi permanent surtout pour
accepter ses sentiments négatifs.
Renvoie à un processus de désidéalisation de soi dans la rencontre interindividuelle
C’est ce qui permet d’avoir accès à la réalité (aussi imparfaite soit-elle) de la relation et accepter
les réactions de l’autre à son propre état émotionnel et à ses dispositions mentales envers lui.

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Dans l'approche rogérienne, cette authenticité se résume en la congruence entre le Moi-Idéal
(conceptions idéales de soi) et le Moi-Vécu du thérapeute (vécu dans l’ici et maintenant).

Le thérapeute se doit d'être un exemple d'authenticité pour son client, à la fois pour éviter tout
langage paradoxal que pour signifier au patient qu'il est, lui aussi, un être humain...

4- Le principe d’empathie

Il ne faut pas confondre empathie et sympathie.


L’empathie c’est une identification profonde de l’autre mais non à l’autre.
Ce n’est donc pas une fusion identificatoire mais une sorte de reconnaissance intégrale de
l’expérience de l’autre, avec son cadre de référence, ses valeurs.
Il faut saisir ce que le client éprouve, instant par instant dans son monde intérieur, comment il voit,
comment il sent, comment il comprend.
Le voir, le sentir, le comprendre avec ses yeux à lui : le thérapeute est capable de comprendre une
situation non pas depuis son cadre de référence, mais depuis celui de son client

Elle s'exprime par des messages verbaux (reformulation des éléments clés d'une problématique
exprimée par un client) et non-verbaux (la chaleur manifeste, accueil inconditionnel du patient)

La personne doit se sentir et est acceptée telle qu'elle est, dans l'ici et le maintenant, avec le cadre
de référence qui lui est propre.

Une attitude humaine, chaleureuse et encourageante sont les points-clés de cette dimension.

Exemple de phrases empathiques :


Vous avez le sentiment de ne pas pouvoir faire...
Vous éprouvez une frustration par rapport à ...
Vous ressentez un malaise ... de la rancune ... etc ...

On remarquera ces phrases sont centrées sur le patient et sa manière de vivre les choses sur le
plan affectif.

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Cette manière de faire a pour but de permettre au patient de mieux cerner, par cet
accompagnement ciblé, les conséquences affectives des expériences vécues et des appréhensions.
Elles ont également pour effet, du côté du professionnel, de ne pas catégoriser les déclarations du
patient, en autorisant celui-ci à exprimer par approbation simple ce qui est difficile pour lui de
mettre en mots.

Cette technique est ainsi accélératrice de l'énonciation.

5- L’abandon de toute attitude activiste de la par du thérapeute

C’est la considération positive de l’autre.


Le thérapeute se défend de juger et s’interdit d’intervenir pour « débloquer » le client.
Il n’impose aucune direction mais laisse le client suivre son propre processus de maturation.
Le psychothérapeute garde donc toujours une attitude neutre (retrouve neutralité bienveillante
dont parlait Freud) et s'abstient de toute interprétation (contrairement au psychanalyste) : il se
contente d'encourager le patient à s'exprimer en reformulant.
Principe général = créer un climat de compréhension et d’acceptation tel que le client puisse lui-
même penser ses problèmes autrement et diriger sa vie.

L’acceptation de soi et d’autrui dans leurs réalités intimes respectives amène le thérapeute à un
abandon de toute recherche de solution ; de toute volonté de soutien, de façonnage ou de
manipulation d’autrui ce qui ouvre la voie à la dynamique du changement : plus on accepte
d’être soi-même, plus on change et plus les personnes avec qui on est en rapport changent
également.

Ainsi, Carl Rogers met l'accent sur les aspects effectif et émotionnel des problèmes plutôt que sur
l'aspect intellectuel.
Le but de cette méthode est de permettre au client de renforcer son moi, de l'aider à trouver son
chemin et de relancer le processus de maturation affective.

80
4- Processus thérapeutique et développement de la personne :

a) Définition du processus thérapeutique

C’est l’ensemble des conditions constantes facilitant ce changement


Condition de base = fait que client se sente comme pleinement accepté, avec toutes ses émotions
par le thérapeute.
Celui-ci doit donc lui manifester et lui faire vivre l’expérience de sa compréhension empathique
et de son acceptation inconditionnelle.

Le processus thérapeutique se définit par phases et à chaque phase le sujet doit se sentir accepter
pour évoluer au stade suivant.

Le processus psychothérapeutique peut se décomposer en ce que Rogers appelle « des lignes de


force ».
Ces lignes de force sont :
• L’intégration progressive des émotions par la symbolisation
Cela va de la mise à distance des émotions et de leur non reconnaissance comme appartenant au
psychisme du sujet puis une acceptation progressive de ces sentiments jusqu’à ce qu’un flux sans
cesse changeant de sentiment qui caractérise désormais l’individu.

• L’évolution de l’interprétation
De même que les émotions, l’expérience immédiate est, au départ reléguée dans le passé avant
qu’elle puisse être comprise et le présent.

• Transformation de la congruence
Passage d’une non-congruence dont l’individu est inconscient au départ du continuum en une
congruence en fin de parcours c'est-à-dire un accord profond avec lui-même, un dépassement de
ses contradictions internes.
Reconnaissance des dissonances et leur acceptation
Dépassement de l’attitude défensive à l’égard de sa propre expérience existentielle.

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• Ouverture à la communication
Refus total de communiquer vers ouverture à la communication (quand il le désire et dans
l’acceptation de soi)

• Assouplissement
Souplesse intellectuelle face aux situations nouvelles

• Evolution vers le désir de changement


Reconnaissance de ses problèmes psychologiques, relationnels…

• Plus grande capacité à entrer dans la relation intersubjective


et à l’entretenir, marqué par l’intimité avec les autres sans se sentir en danger dans cette intimité.

Le changement s’inscrit donc dans un continuum :


• rigidité vers fluidité,
• stabilité vers processus évolutif,
• positions défensives vers libre accès à ses sentiments profonds.

Sur ce continuum Rogers identifie sept phases sans ruptures en elles, phases que l’on peut désigner
à partir de l’expression du client.
Ce processus dynamique ne se représente pas de manière homogène chez un client donné c'est-à-dire
que celui-ci peut se montrer plus ou moins rigide ou mobile suivant la sphère de sa vie que l’on
considère (pourra par exemple être ouvert à la communication par rapport à sa vie professionnelle
mais pas par rapport à sa vie amoureuse…)

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1- Premier stade : fixité, refus du changement :
Rigidité avec répugnance au changement : refus de communiquer au niveau personnel et se tourne
vers des sujets extérieurs à lui-même.
Refus de reconnaître ses problèmes ou ne les attribue qu’à des facteurs extérieurs. (cependant si
vient voir un thérapeute, tout de même reconnaissance à minimum)
Expérience personnelle n’est pas reconnue, la situation présente est assimilée à une expérience
antérieure et ainsi le passé est revécu.
Aucun désir de changement.
La relation interpersonnelle intime est ressentie comme dangereuse.
Après un certain laps de temps (assez long) de deuxième stade est possible par le client lorsqu’il
ressent son acceptation totale tel qu’il est actuellement par le thérapeute.

2- Deuxième stade : ressenti de l’acceptation inconditionnelle du thérapeute.


Les problèmes restent perçus et exprimés comme extérieurs de soi (absence de responsabilité
personnelle) voire objectivés et placés dans le passé.
Or, leur énoncé est possible et l’expression concernant autrui est moins superficielle.
L’expérience immédiate est toujours tributaire du passé mais le client peut commencer à s’en
apercevoir.
La formulation des sentiments et des opinions est globalisante et dénuée de nuances,
l’expérience personnelle n’est pas exprimée ou même revendiquée comme telle mais vu comme des
faits.
Les contradictions internes ne sont pas réellement reconnues et encore moins assumées.

3- Troisième stade : recherche d’une aide thérapeutique :


Les sentiments sont très peu acceptés, le sujet ressent de la répugnance à leur égard.
Il parle toujours de ses expériences comme d’un objet extérieur mais parvient à parler de lui-
même.
Il reste ancré à des sentiments antérieurs (dont certains proviennent de l’enfance)
L’expression des sentiments et des opinions est plus nuancée, moins globalisante.
Les contradictions internes sont reconnues
Stade peut être long : sujet décrit des sentiments qu’il n’éprouve pas actuellement et explore son
moi comme objet avant de passer au stade suivant.

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4- Quatrième stade : relâchement de l’attitude défensive de fixité et déclenchement de la
progression dans le continuum du changement.

Les sentiments sont toujours objectivés mais davantage situés dans le présent
Les sentiments exprimés sont plus intenses quand ils ne sont pas situés dans le présent
Acceptation des sentiments mais pas vraiment consciente
Cherche plus de nuances dans l’expression de son expérience existentielle.
Prise de conscience de ses contradictions internes et de sa responsabilité dans ses problèmes,
sans l’assumer totalement
Le client ne s’engage pas encore totalement dans une relation interpersonnelle de nature
affective avec le thérapeute mais en prend le risque.

5- Cinquième stade : progression dans le processus de changement vers une attitude de sujet de
plus en plus assumée.
Les sentiments exprimés commencent à renvoyer à une expérience intime et être revendiqués
par le sujet comme issus de son moi (désir d’être soi-même).
Commencent à être pleinement éprouvés au niveau conscient malgré l’appréhension qu’ils
continuent à inspirer à la personne.
Ils sont exprimés dans le présent même s’ils apparaissent avec un léger retard
Leur éclosion génère souvent la surprise et la peur chez l’aidé.
Critique de soi
Sujet atteint une différenciation nuancée des sentiments et des intentions.
Il assume de mieux en mieux ses incohérences et sa responsabilité dans ses problèmes
existentiels.

6- Sixième stade : émergence d’une crise existentielle dans le processus thérapeutique.

Phase déterminante : phase de bascule nette entre l’ancien et le nouveau mode de


fonctionnement psychologique d’où la situation de crise existentielle que cela engendre
Le déclencheur est l’émergence consciente et éprouvée d’un sentiment prédominant dans la vie
existentielle du sujet qui avait été jusqu’alors inhibé et reconnu.

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Prise de conscience intégrale va devenir un cadre de référence clair et défini : moi n’est plus
objectivé, la dissonance interne est clairement éprouvée et reconnue, et disparaît, car elle n’a plus
de nécessité psychologique pour le sujet.
Les problèmes de l’individu ne sont plus, eux non plus, objectivés mais vécus subjectivement.
Une fois que l’expérience est devenue pleinement consciente et pleinement acceptée, on peut y faire
face avec efficacité comme tout autre situation réelle.

7- Septième stade : automatisation et responsabilité psychologique du client :

Accès souvent à ce stade sans l’aide du thérapeute : ce stade survient aussi bien à l’extérieur de la
relation thérapeutique qu’à l’intérieur de celle-ci
Il est plus souvent raconté plutôt qu’expérimenté au cours de la séance.
L’aidé devient lui-même capable d’avoir accès à son désir et ses attitudes profondes grâce à son
expérience immédiate (et non en termes passé) dans la relation thérapeutique et dans la vie en
général
Il vit le processus de la vie pleine
Communication avec lui-même est claire (entre sentiments et symbolisation)
Il ne s’appréhende plus comme un objet, mais a une « conscience réfléchie, d’une vie subjective
de sa personne en mouvement »
Son expérience existentielle est bien différenciée et nuancée
Ses relations avec les autres sont devenues individualisées, spécifiques
L’aidé découvre que le centre de sa personnalité est positif

c) Conception du développement de la personne

Le but de prise en charge thérapeutique est de donner au sujet la possibilité d’être totalement soi-
même et d’avoir une vie pleine et épanouissante.
Pour Rogers, une vie pleine correspond à un processus dynamique et non un état
C’est une direction non une destination
Contrairement à la vision traditionnelle du bonheur qui correspond à l’homéostasie, l’équilibre,
réduction des tensions… ce sont des états fixes alors qu’une vie pleine est au contraire mobilité
permanente.

85
La direction qui constitue la vie pleine est celle qui est choisie par l’individu quand il y a liberté
psychologique de se mouvoir dans n’importe quelle direction.

Rogers décrit les traits caractéristiques de ce qu’il appelle ce « processus en mouvement » :


• Accroissement de la vie existentielle.
Capacité de vivre le moment présent de manière globale en ayant conscience du fait que chaque
moment est en fait une expérience inédite
Personnalité émerge de l’expérience donc ce n’est pas l’expérience qui est traduite et déformée par
la structure préconçue du moi.

• Ouverture à l’expérience existentielle :


Opposé à l’attitude défensive vis-à-vis des situations ressenties comme dangereuses et maintenus
en deçà de la conscience du sujet.
Le but de la thérapie est d’évoluer d’une telle attitude défensive vers un accès de plus en plus
développé à la conscience de son expérience existentielle, dans toutes ses modalités émotionnelles.
Tous stimuli, positifs ou négatifs serait ainsi accessibles à la conscience sans déformation et serait
vécus sans appréhension de la part de l’individu.

• Confiance en soi accrue


Encore une fois s’oppose aux positions défensives.
Individus découvrent que faire ce qu’ils ressentent comme bon apparaît finalement comme un guide
de conduite compétent et digne de confiance pour mener une conduite satisfaisante.
Le sujet en prise avec son expérience existentielle profonde aurait par définition accès à toutes les
informations nécessaires pour mener à bien la situation que ce soit au niveau des données
contextuelles (adaptation à la société…) ou des données intimes.
Le sujet pourrait replacer chaque stimulation dans le contexte global de son expérience de vie pour
choisir la conduite la plus adéquate (pour réaliser un vrai choix)
En outre, sujet est à même de réajuster sa conduite si son estimation s’est avérée fausse.

• Un fonctionnement plus complet


Aptitude à accéder à son expérience sans en avoir peur.
Sujet devient lui-même en tant que le but de la vie humaine = devenir soi-même

86
Comment devient-on soi-même ?
L’individu tend à s’affranchir de ce qu’il n’est pas, d’un réseau de contrainte (ce qu’il devrait
être pour répondre aux attentes des autres), de la norme, de tout ce dans quoi il ne se reconnaît pas.
Ainsi, il se définit d’abord par défaut (je ne veux pas faire ça/être comme ça…)

Puis, l’individu s’oriente vers « l’autodirection responsable », l’autonomie : choisit les buts qu’il
veut personnellement atteindre.
Il devient responsable de lui-même ce qui implique des choix et d’en assumer les conséquences.
Le client s’oriente vers un processus de potentialités ouvertes c'est-à-dire à la capacité d’être soi-
même dans toute sa complexité, sa richesse, ses contradictions, à accéder consciemment à toutes
ses expériences sans les craindre.
Découvre que l’expérience de lui-même n’est pas source de danger même lorsqu’il ressent des
émotions négatives.
Progresse également vers une « acceptation d’autrui » : l’individu en connexion avec l’intimité de
sa propre expérience existentielle reconnaît et accepte la légitimité de celle d’autrui.

5- Quatre critiques, limites de la thérapie rogerienne :

* Rogers a profondément critiqué la technique psychanalytique et les techniques d’entretiens.


Il a donc tenté d’instaurer une sorte « d’antitechnique »
Or, la non structuration de la situation, la non directivité, les reformulations sont également des
techniques particulières à sa thérapie…
Il critique donc l’aspect technique des prises en charge thérapeutique de son époque mais propose
lui-même une technique thérapeutique (Paradoxe !)
Or, cette méthode n’en demeure pas moins radicalement différente de celles qui existaient.

* Rogers pose implicitement son fonctionnement en modèle de ce qu’il doit advenir du client :
symétrie de ce qu’il décrit comme l’attitude du thérapeute (attention, compréhension dans
l’acceptation de soi et d’autrui…) et de ce qu’il décrit comme l’attitude existentielle à laquelle
l’aidé parvient au terme de sa thérapie.

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Donc ce type de psychothérapie nécessite une certaine expérience, un certain développement de
sa propre personnalité et une maturation qui ne convient pas forcément à tous les psychologues.
Limite car la pratique rogerienne ne définit pas une position professionnelle spécifique au
psychothérapeute mais elle pose celui-ci uniquement comme un modèle identificatoire vers lequel
le sujet doit tendre.
Dans thérapie toujours identification du patient au thérapeute.
Or cette identification doit rester partielle.
Il y a danger à gommer la différence du patient en se présentant comme l’exemple à suivre car
on nie la subjectivité et la position de sujet de chacun.

* Les attitudes décrites (empathie, authenticité, congruence…) sont peu vérifiables ce qui fait de la
thérapie rogérienne une idéologie optimiste.
Certes ces attitudes sont à valoriser dans un contexte clinique mais elles n’expliquent pas en quoi
les troubles psychologiques peuvent se résoudre quand le client se trouve dans un tel climat
relationnel.
De plus en avançant que l’approche clinique implique une rencontre authentiquement humaine (ce
que la pratique médicale ne montre pas assez), Rogers fait porter la réussite thérapeutique sur le
thérapeute ou sur le milieu relationnel, niant implicitement même coup la négativité au cœur de
la structure humaine (paradoxe : s’il y avait plus d’amour, il y aurait moins de misère alors pourquoi
pas plus d’amour…)

* Thérapie s’arrête lorsque le sujet est parvenu à élaborer réellement son projet de vie en fonction de
ses désirs personnels, faire des choix structurants c'est-à-dire assurer son autonomie… donc à un
moment où il continue à avoir besoin d’aide même si cette aide est différente de celle dont il avait
besoin auparavant.
Limite de la non directivité et de la position a-structurelle de Rogers qui ne permettent pas
d’orienter ce patient à ce point de son évolution psychologique, il doit poursuivre seul sa
dynamique de changement, s’il le peut.
En quelque sorte la thérapie s’arrête un peu trop tôt avant la véritable stabilisation.
Cela expliquerait que l’auteur n’ait pas pu observer d’état de stabilisation psychologique
caractérisée par un certain bien-être et une homéostasie.

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V- L’ECOLE DE PALO ALTO

Contrairement aux autres chapitres qui présentaient un auteur comme représentatif d’une approche
de la psychologie clinique, cette partie va être consacrée à une école, école qui a initié le
mouvement de la psychologie systémique et des thérapies familiales.

Les thérapies familiales sont nées des insuffisances de la psychologie, de la psychanalyse et de la


psychiatrie qui s’intéressent à l’individu et non directement à ses interactions au sein du petit
système familial.

C’est à partir de la seconde moitié du XXème siècle qu’à émerger la pensée systémique en psycho
sous l’impulsion de l’école de PALO ALTO.

Ecole de Palo Alto = nom d’un célèbre centre psychiatrique d’une petite ville californienne.
Ecole regroupe un grand nombre d’auteurs venus d’origines scientifiques différentes qui ont
contribué à la constitution progressive de cette approche spécifique des groupes humains.

Pour ce faire, ils se sont appuyés sur des rapports théoriques issus de discipline très diverses, en
particulier sur ceux de la cybernétique, de la théorie générale des systèmes et des théories de la
communication.

1- Bref rappel historique de l’école de PALO ALTO :


L’école de Palo Alto (composée de deux équipes) s’est formée autour de Grégory Bateson (1904-
1980) zoologue, anthropologue et éthologue américain
Bateson a été lui-même influencé par :
• les mathématiciens Norbert Wiener et John Von Neuman, les pères de la cybernétique,
• von Bertalanffy, biologiste qui a élaboré une « théorie générale des systèmes »,
• Milton Erickson (psychiatre, fondateur d’une nouvelle hypnose)

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C’est donc le regroupement d’apports scientifiques de divers horizons et de nombreux talents
dans une démarche interdisciplinaire qui aboutit à l’élaboration d’une nouvelle théorie de la
communication et des relations humaines ; nouvelle perspective qui rompt avec les modèles
théoriques précédents.
En effet, jusqu’à Bateson et son groupe, la science (y compris la psychologie) est fondée sur la
dynamique des forces et les rapports de causalité linéaire (comme chez Freud)
Au contraire, Bateson et son groupe vont envisager les relations humaines et la communication
comme un système fonctionnant sous forme de boucle (notion de « feed back », causalité
circulaire)
Ils s’opposent donc aux conceptions linéaires et déterministes : tout n’est qu’interaction ! et la
communication est la clé et l’explication de tous les comportements humains.

On peut relever trois grandes directions de recherche de l’école de Palo Alto :


• La création d’une théorie de la communication
• Une méthodologie du changement
• Pratique thérapeutique (plutôt initié par le deuxième groupe)
Trois directions qui font toutes référence à la démarche systémique.

a) Le premier groupe de PALO ALTO :

A la suite de ses travaux d’anthropologie (dans les années 40) au cours desquels il s’est intéressé aux
interactions entre individus, Bateson s’oriente vers ce qu’il appelle une « épistémologie de la
communication »
Epistémologie = théorie de la connaissance

Il découvre les principes de la théorie des systèmes et de la cybernétique et entreprend de les


appliquer à la communication humaine et animale…

C’est dans cette direction de recherche que va se former le premier groupe de PALO ALTO :
• John Weakland (ingénieur chimiste, psychothérapeute et hypnotiseur ericksonien)
• Jay Haley et William Fry (psychiatres)
• Don D. Jackson (clinicien brillant et inventif)

90
De cette association va émerger les travaux sur la schizophrénie conçue comme la résultante
d’interactions familiales pathologiques.
En 1956, c’est la création de la théorie de la double contrainte (double blind)

Le projet initié par Bateson se poursuivra jusqu’en 62.

b) Le second groupe de PALO ALTO

En 1958 se fonde un second groupe auquel Bateson ne participera pas, désirant se consacrer
uniquement à la recherche fondamentale.
Fondé autour de Jackson (qui participait au premier groupe), il se donne pour objectif d’appliquer
les découvertes sur la communication à la psychothérapie au sein du MRI (Mental Research
Institute).

C’est le MRI qui élaborera le dispositif des thérapies familiales, considérant que le patient
« désigné » comme malade (= celui qui est désigné comme malade et qui porte le symptôme de la
pathologie familiale), est en fait la victime d’un système familial pathologique.

En 1962, le MRI devient le premier centre formateur en thérapie familiale.

En conclusion, on peut dire que, petit à petit, les chercheurs de PALO ALTO sont devenus des
cliniciens ce qui déplu à Bateson plus enclin à la recherche (il quittera d’ailleurs PALO ALTO en 62
pour poursuivre ses propres recherches, ce qui marquera la fin du premier groupe)
L’influence de PALO ALTO s’est faite sentir dès la fin des années 50 aux EU et s’est étendu à
l’Europe dans les années 70, enfin en France, l’association de thérapie systémique et familiale a été
fondée en 1984 et regroupe une vingtaine d’instituts.
L’œuvre de Palo Alto s’impose comme l’une des plus fécondes et des plus originales de ces
dernières décennies : son succès tient à ce qu’elle associe aspects théoriques et pratiques.

91
2- Une théorie de la communication : l’approche systémique

La théorie de la communication de l’école de PALO ALTO s’appuie sur de nombreux modèles


théoriques : * la démarche systémique (dérivé de la cybernétique)
* la linguistique
* la logique
Auxquels s’ajoute une méthodologie rigoureuse basée sur l’observation et l’analyse de la
communication réelle (étudiée à partir d’enregistrements filmés)

Cette théorie repose sur trois hypothèses :


• L’essence de la communication réside dans des processus relationnels et interactionnels
Ce sont donc moins les éléments qui comptent (individu) que les rapports qui s’instaurent
entre les éléments

• Tout comportement humain a une valeur communicative


Toute relation peut être perçue comme un vaste système de communication qui se répondent et
s’impliquent mutuellement

• Les troubles psychiques peuvent être ramenés à des perturbations de la communication


entre le sujet porteur du symptôme et son entourage.
On parlera de « pathologie de la communication » dont les mécanismes permettent de
comprendre la plupart des prétendues « maladies mentales »

A noter que PALO ALTO n’a pas inventé la démarche systémique mais son originalité est de
l’avoir appliqué aux domaines des relations humaines et des troubles psychiques.
L’approche systémique n’est pas une nouvelle science ou une nouvelle discipline mais c’est un
point de vue de la réalité…
Elle permet, entre autres, une vision synthétique des phénomènes complexes c'est-à-dire qu’elle
permet de penser la totalité dans sa structure et sa dynamique, elle recompose l’ensemble des
relations significatives qui relient les éléments en interaction.

92
a) L’approche systémique :

1- Deux inspirateurs :

* La théorie des systèmes


Avancée par von Bertalanffy, un biologiste avant la 2nde GM.
Elle postule qu’un système (écologique, biologique, humain…) est un complexe d’éléments
organisés en interaction dynamique qui correspond à une unité indissociable, une unité dotée
d’une certaine constance dans son fonctionnement.

Cette théorie rend donc compte de l’apparition de propriétés émergentes (grâce à l’interaction)
dans un objet (= système) formé par l’intégration d’un certain nombre d’objets plus simples
(éléments)

Elle peut s’adapter à toutes les disciplines.


En effet, parmi les grandes catégories de système, on peut citer les systèmes physiques (tels que
l’atome, le système solaire…), les systèmes écologiques, les systèmes biologiques (les cellules, le
cerveau…), le systèmes économiques, les systèmes politiques (démocratie, dictature…), les
systèmes humains (villages, entreprises, famille, couple…)

* La cybernétique :
Cybernétique = science qui étudie les mécanismes de communication et de contrôle dans les
machines et chez les êtres vivants.
La cybernétique est apparue pendant la seconde GM : de la comparaison entre neurologie,
physiologie et mathématique, ingénierie.
Norbert Wiener (père de la cybernétique) a cherché comment modifier au fur et à mesure les tirs
des canons aériens pour l’ajuster à leur cible.
Il remarque donc l’analogie entre les servomécaniques et le fonctionnement du système nerveux.
Il démontre notamment que pour contrôler une action orientée vers un but, la circulation des
informations doit former une « boucle fermée » dans lequel la machine évalue les effets de cette
action et corrige ses comportements futurs en fonction de ses performances passées.
C’est ce qu’on appelle le « feed back » ou rétroaction

93
Ainsi, de la cybernétique, la psychologie systémique a retenu les notions d’interaction, de
rétroaction ou de feed back et de causalité circulaire.
Lorsque que l’on se situe dans un processus circulaire, les notions de cause et d’effet perdent de
leur intérêt au profit de la notion d’interaction et de rétroaction de l’effet sur sa cause (l’effet
devenant cause à son tour et ainsi de suite)
Le systémicien cherche comment fonctionne la structure plutôt que le pourquoi elle fonctionne
de cette manière (approche opposée à la psychanalyse…)

Ex : dans le cas d’un conflit relationnel, par exemple dans le couple, pour le psy systémicien
l’important n’est pas d’identifier ce qui est à l’origine de la discorde mais de comprendre
comment la communication dysfonctionne entre les partenaires afin de rétablir un véritable
dialogue.

2- Qu’est-ce qu’un système ?

Système = c’est un ensemble d’éléments en interaction tels qu’une modification quelconque de


l’un des éléments entraîne une modification de tous les autres. (définition qui peut s’appliquer à tous
les phénomènes)
.
Caractéristiques d’un système :
• Le système présente une structure composée d’une limite (qui sépare le système de son
environnement) et d’éléments ayant certaines propriétés, reliés entre eux par un réseau de
communication qui permet la circulation d’énergie, matière, information… entre les
éléments.

• Le système possède un aspect fonctionnel


Le fonctionnement du système est assuré par des flux d’énergie, d’information ou d’éléments qui
parcourent le système et assurent sa conservation, son autorégulation, sa reproduction et son
adaptation à l’environnement.
La plupart de ces fonctions implique l’échange d’informations notamment sur l’état du système et
de son environnement
Ce rôle est joué par les boucles de rétroaction qui en tenant compte des données recueillies assurent
le réglage des processus fonctionnels

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• Les systèmes sont en communication avec leur environnement
Il y a des entrées (inputs) résultant de l’action du milieu sur le système et des sorties (outputs)
correspondant à l’action du système sur l’environnement.
Les boucles de rétroaction renvoient des informations sur les résultats d’une action sous forme
d’entrées qui à leur tour provoqueront des sorties.

3- L’application aux systèmes humains :


Théorie des systèmes appliquée aux relations humaines dans l’école de PALO ALTO.
Ici, éléments du système = les individus
Propriétés de ces éléments = actions, réactions, attitudes, rôles… bref les comportements
Relation entre les objets = l’interaction entre les individus considérés

Ici, l’interaction est une notion centrale ;


Elle se définit comme « une séquence de messages échangée par des individus en relation
réciproque »

Elle suppose :
• La coprésence d’individus qui interagissent (A et B : A agit sur B et la réponse de B
agissent à leur tour sur A = boucles de rétroaction)
• La communication verbale ou non verbale en tant que tout comportement à une valeur
communicative (même le silence par exemple)

Par ailleurs, les systèmes humains ne se spécifie pas uniquement par ces caractéristiques internes
mais aussi par le milieu dans lequel ils se situent =
CONTEXTE = c’est l’ensemble des éléments du milieu dont les attributs affectent le système ou
qui sont affectés par lui.

Ainsi, l’interaction est différente selon le contexte (professionnel, amical, familial…)


Attention ! le contexte ne se réduit pas au cadre matériel c’est également un cadre symbolique (=
ensemble de normes culturelles et sociales)

Enfin, les systèmes humains sont des systèmes ouverts c'est-à-dire qu’ils communiquent de façon
constante avec leur environnement

95
Ainsi l’ensemble formé par un système et son contexte peut être considéré comme un système.
Ex : avec meilleur camarade de fac forme système qui est inclut dans le contexte de l’université qui
représente un système plus large
De sorte qu’il existe un ensemble hiérarchisé entre les systèmes dont chaque niveau représente le
contexte du système inférieur
Ici, relation privilégiée avec un camarade à la fac représente un sous système des relations
d’ensemble que vous entretenez à la fac…
En conséquence, l’étude d’un système d’interaction inclut toujours la prise en compte du
contexte dans lequel s’inscrit l’interaction.

Propriétés du système ouvert :


• Le principe de totalité
Système = ensemble de relation c'est-à-dire qu’il n’est jamais décomposable en éléments
distincts, il est autre chose que la somme des éléments qui le composent (du fait de l’interaction
de ces éléments entre eux.)
C’est au niveau de la totalité qu’il faut se situer et non au niveau de l’individu
En psychologie, le système se réfère donc à une dynamique de groupe
Ex : différence entre le comportement de l’individu isolé et pris dans une foule
C’est la totalité (ici la foule) qui explique le comportement produit et non ses éléments (individus)
pris isolément.
Pour comprendre l’interaction, on ne peut partir des notions propres à l’individu (comme celle
d’aspiration, de motivation, de personnalité….)
C’est donc l’analyse des caractéristiques systémiques de ces processus qui permet de comprendre
les caractéristiques individuelles. (= révolution dans les sciences humaines !)
? : si individu ne se comporte pas de la même manière en groupe et de manière individuel alors
comment peut-on inférer les caractéristiques individuelles à partie de la dynamique systémique ?
Peut-être estime-t-on que l’on est forcément toujours inclus dans un système ??

Enfin, le principe de totalité fait que l’on ne peut procéder à une approche LINEAIRE et
UNILATERALE (comme l’action d’un sujet sur l’autre…) de l’interaction
Ex : impossible d’étudier le comportement du bébé comme une réalité en soi, indépendamment de
ses relations avec sa mère : comportement du bébé n’est pas seulement réaction aux soins de la mère
car soins de la mère s’adapte au comportement du bébé…)

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• Principe de rétroaction
Cette notion de rétroaction ou feed back conduit également au dépassement d’une conception
linéaire de la causalité pour introduire le concept de causalité circulaire

Exemple : Si l’enfant refuse de manger ce n’est pas parce qu’il a mauvais caractère ou pour embêter
sa mère… mais c’est peut-être parce qu’ils sont tous les deux pris dans une relation de défi mutuel
qui s’est cristallisé autour de la nourriture et où s’exprime l’inadéquation des demandes et des
réponses entre la mère et l’enfant.
L’insistance maternelle ne peut qu’entretenir le refus de l’enfant dans une spirale qui peut devenir
dans certains cas dramatiques (anorexie infantile)

Deux formes de rétroaction :


• Rétroaction positive : conduit à accentuer le phénomène (effet boule de neige)
Ex : scène de ménage, Mme s’agace, M. répond agressivement, Mme s’énerve, M. hurle, les
assiettes volent…

• Rétroaction négative = amortir le phénomène


C’est un mécanisme de régulation qui tend à conserver le système dans un état stable, Elle
corrige l’action, les effets de facteurs internes ou externes qui pourraient modifier l’équilibre
du système
NB : stabilité n’est pas immobilité de même que état stationnaire n’est pas état statique
Ex : pour reprendre l’exemple précédent, si M. répond à l’agacement de Mme par un comportement
apaisant, « la scène » est désamorcée.

• Principe d’homéostasie
C’est le caractère d’un système autorégulé
Un tel système réagit à toutes perturbations d’origine interne ou externe par une série de
mécanismes régulateurs qui ramènent l’ensemble à un état initial.
Homéostasie = équilibre
Donc principe qui permet au système de préserver leur équilibre et donc leur survie malgré un
environnement changeant.

97
Dans les groupes humains ce sont les règles, les coutumes, les rituels sociaux qui assurent ce rôle
de régulateur, de régulation.
Homéostasie c’est aussi ce qui assure au système une certaine identité, une certaine permanence à
travers le temps.
Mais c’est aussi un mécanisme qui s’oppose au changement : principe homéostatique rigide peut
nuire aux qualités adaptatives du système et donc revêtir une signification négative au bon
fonctionnement du système.
Problème des systèmes humains est de parvenir à assurer un équilibre constant entre la
permanence nécessaire à leur existence (degré de fermeture) et le changement nécessaire à leur
survie, l’adaptation à un environnement changeant (degré d’ouverture).

• Principe d’équifinalité
Met l’accent sur l’importance de la structure par rapport à la genèse
Si on veut comprendre ce qui s’est passé dans le système, c’est l’analyse des interactions
contemporaine qui importe plus que la genèse du système.
Le système est à lui seul sa meilleure explication
Ce qui compte c’est l’état actuel du système (ici et maintenant) plus que son histoire, sa genèse…
(ici aussi nécessité de réfléchir à l’interaction avec approche génétique justement…)
Privilégie le point de vue synchronique (ici et maintenant) que diachronique (génétique)
Systèmes, séquences différent(e)s peuvent arriver au même résultat à l’inverse des résultats
différents peuvent émaner de systèmes/séquences équivalent(e)s à la base.

4- La famille comme système :


PALO ALTO s’intéresse à la famille comme un système stable d’interactions continues + rôle
essentiel dans la formation de la personnalité et la socialisation du sujet

* Le principe de totalité fait que la famille est régit par des règles de fonctionnement différentes
que celles auxquelles obéissent les membres pris isolément.
La famille n’est donc pas l’addition des individualités mais c’est un tout dynamique dans lequel le
comportement de chaque membre est lié au comportement de tous les autres.
Le comportement ne se réfère pas au caractère de son auteur mais obéit à la causalité circulaire et
sont réglés par les modèles et les normes qui régissent la famille.

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* La famille est un système homéostasique :
• rétroaction positive renvoie aux processus de croissance et de changement (comme à la
naissance des enfants)
• rétroaction négative et les mécanismes de régulation visent à maintenir la stabilité de la
famille et à empêcher sa dissolution. (dans les familles perturbées, ce type de rétroaction
est plus agissant et tend à se rigidifier, se figer ce qui empêche le changement)

* La famille pas seulement soumis à des modèles culturels et sociaux mais obéit également à des
règles qui sous tendent les interactions entre ses membres = REGLES IMPLICITES
Les relations sont définies selon des catégories socio-affective : sympa/antipathique ;
égalité/hiérarchie…
Ces règles font le plus souvent parti d’un consensus mais sont parfois instables, contestées
Ex : familles pathologiques, pas de consensus, chaque membre essaie d’imposer sa propre définition
de la relation (parents voient enfants comme méchant/enfants voient parents comme trop sévères…)
Les règles sont * la matrice de base de l’interaction familiale
* maintiennent les liens entre les membres
* fonde l’existence même de la famille

Or, les règles sont implicites et tacitement respectées donc si l’on bouge un élément, c’est
l’ensemble qui risque de s’effondrer
Dans la famille, la règle qui régit le plus souvent les interactions c’est le donnant/donnant =
ECHANGE (s’attend à avoir quelque chose en retour de ce que l’on apporte)
Ainsi, tout manquement à cette règle peut provoquer une crise
Ex : accord entre couple = nous respectons totalement la liberté de l’autre
Cette règle ne peut plus tenir avec l’arrivée d’un enfant d’où crise

* Parfois le symptôme peut jouer le rôle de protecteur de l’équilibre de la famille, régulateur de


la relation
Ex : femme qui se plaint de l’alcoolisme de son époux
Thérapie efficace qui conduit à la disparition du symptôme
Femme demande le divorce
Ici, disparition du symptôme annule la complémentarité du couple

99
* Organisation de l’interaction au sein de la famille
• L’alliance
Relation d’affinité entre deux personnes en raison d’une attirance, d’une sympathie mutuel ou d’un
intérêt commun

• La coalition
Structure de pouvoir, implique la solidarité de deux personnes ou plus contre une troisième
Famille = système hiérarchique et inégalitaire (statut entre parents et enfants) donc favorise la
coalition donc les rapports de forces
Ex : A (père) > B (mère) > C (fils)
Phénomène de coalition entre le père et le fils permet d’asseoir supériorité du père sur la famille
(mère et fils) et supériorité du fils sur la mère
Si coalition entre mère et fils permet d’être plus fort que supériorité du père

Cette notion de coalition analyse les interactions familiales en terme de pouvoir et autorise une
nouvelle lecture de certaines structures comme l’Œdipe

PALO ALTO, oedipe = triangle pervers comporte trois caractéristiques :


• les personnes qui se répondent dans le triangle ne sont pas de la même génération c'est-à-
dire qu’elle occupe des rangs différents dans la hiérarchie de pouvoir
• une personne forme une coalition avec une personne de l’autre génération contre la
troisième
• coalition bien qu’évidente au niveau comportemental est déniée au niveau verbal

Quoi qu’il en soit les règles implicites ne suffisent pas à assurer l’équilibre de la famille
Pour subsister, la famille a besoin de normes de fonctionnement qui :
• orientent les relations
• favorisent l’institution de rituels
• permet l’accord automatique sur certains points essentiels (les valeurs fondamentales de la
famille doivent être assez puissantes et suffisamment intériorisées pour éviter le conflit)
Ce sont en quelque sorte des plans d’action qui dispensent la famille de réfléchir sur chaque
situation et permettent d’économiser du temps, de l’angoisse, de l’énergie
MYTHES FAMILIAUX

100
Ce sont des croyances partagées par tous les membres de la famille concernant leurs rôles
respectifs et la nature de leur relation
Mythe = idéologie familiale (correspond aux mécanismes de défense au niveau de l’individu)
Les mythes sont si intégrés que nul membre de la famille ne songe à les remettre en cause
Ex : mythe = nulle en mécanique alors elle n’apprendra jamais à conduire
Mythe porte souvent sur l’appréciation des individus

Le mythe est tout puissant dans les famille pathologique qui ne semble fonctionner que par et
pour le mythe : la famille est accablée par sa propre mythologie
Ainsi, les individus ont peu de marge d’action d’où la répétition
Ex : si la famille identifie un de ces membres comme malade (= mythe) c’est que eux en contre
partie ne sont pas malades
C’est ce mythe qui fait que les familles ont du mal à accepter la guérison du membre désigné comme
malade (souvent observe qu’un autre membre tombe malade, il se « sacrifie » pour maintenir
l’équilibre de la famille)
C’est souvent quand le mythe est menacé que les familles viennent demander de l’aide
Or, ce n’est pas une solution au trouble qui est recherché mais un renforcement du mythe
Alors que le but thérapeutique = renoncer au mythe

3- Une logique de communication

1- Il est impossible de ne pas communiquer :

Pour l’école de PALO ALTO, il est impossible de ne pas communiquer car il est impossible de
ne pas avoir de comportement et tout comportement est communication, tout comportement
dépend de celui des autres
Attention ne signifie pas que PALO ALTO = TTC car n’agit pas sur conditionnement mais sur le
système de communication donc le subjectif
PALO ALTO fait donc le lien entre la psychologie sociale et la psychologie de l’individu
(impossible à séparer)

101
A noter que Freud avait ouvert cette voie dans « Psychologie collective et analyse du Moi » où il
relève qu’autrui joue toujours dans la vie un rôle de modèle, d’un associé, d’un adversaire.
PALO ALTO étudie donc la COMMUNICATION entre les individus qui permet de comprendre
le fonctionnement psychologique de ces individus
Analyse ensemble « comportement/communication/relation »
Les processus intrapsychique passe donc au second plan : peu importe si ces comportement
communicationnel sont conscients ou inconscients, si le passé a joué un rôle sur le comportement
présent
La recherche du pourquoi et des causes est abandonnée
Mais intérêt pour les EFFETS de ce comportement sur l’entourage dans l’ici et le maintenant
Le comportement est vu comme un message qui répond à un autre message et qui provoque à
son tour une nouvelle communication

2- Tout comportement est communication :

PALO ALTO élabore une pragmatique de la communication = troisième approche de la


communication humaine (après la syntaxe : cf. transmission de l’info, codage…, la sémantique : cf.
sens produit et compris)
• S’occupe du fait que la communication affecte les comportements
• Pragmatique prend en compte le verbal mais ne se limite pas à la structure et la signification
du langage verbal et elle prend en compte le non verbal qui peut avoir valeur
communicative (gestes, postures…)
• Met l’accent sur la relation qui unit émetteur et récepteur en tant qu’elle est médiatisée
par la communication
• N’isole pas cette relation mais la replace dans son environnement (= CONTEXTE :
phénomène comme communication incompréhensible si pas replacer dans le contexte)
La pragmatique de la communication considère donc la communication humaine comme un tout qui
intègre les rôles des interlocuteurs (relation) et la situation dans laquelle la communication est
utilisée (contexte)

PALO ALTO cherche donc à dégager la logique de cette communication c'est-à-dire que cherche
à repérer les « lois », les règles qui régissent la communication.

102
Interaction & communication sont définies comme un « jeu » régit par des règles strictes.
Il existe une logique de la communication dont le respect des règles engendre « la bonne
communication »
A l’inverse lorsque les règles sont rompues, la communication est perturbée
Ex : règle d’alternance fait que les interlocuteurs parlent un après l’autre

La pragmatique de la communication repose sur certaines notions clés :

* Niveaux de sens d’un message


Tout message comporte deux niveaux de sens :
• Le niveau informatif du message = l’indice, le contenu
Il transmet une information sur des faits, des opinions, des sentiments, des expériences dont parle
l’interlocuteur

• Le niveau relationnel = ordre, relation


Il exprime quelque chose sur la relation entre les interlocuteurs

Ex : un homme demande l’heure à une jeune femme


• Premier niveau correspond à la demande d’information (heure)
• Le second niveau traduit peut-être le désir d’entrer en relation avec cette femme
Souvent dans la communication, le contenu est anodin et la fonction première du message se
situe au niveau de la relation
Ce niveau relationnel peut s’exprimer de :
• Manière verbale « tu es mon ami, tu dois me rendre service »
• Manière non verbale « tu es mon ami » + regard implorant

La traduction du message va également dépendre du CONTEXTE


Ex : « voulez vous me rendre service ? » si patron = ordre ; si inconnu = libre accepter ou refuser

A noter que la communication sert donc souvent à confirmer ou à disconfirmer la relation.


C’est l’une des fonctions des rituels sociaux (salutations, cadeaux…) : ils servent à rassurer les
interlocuteurs que leur relation n’a pas changé et que toujours d’accord sur sa définition.

103
Ex : ami qui ne répond pas à mon salut c’est peut-être parce que notre relation à changer
Je peux alors envoyer un message métacommunicationnel (métacommunication = discours
(scientifique) sur la communication) dont l’objet est de vérifier cette interprétation (« Quelque chose
ne va pas ? ») et préciser le niveau relationnel de mon interlocuteur

Enfin, entre les deux niveaux de sens, il peut y avoir :


• CONGRUENCE = si le contexte du message est cohérent avec l’aspect de la relation
Ex : je suis heureux de te voir (= contenu) + sourire (relation bel et bien amicale)
• DISCORDANCE entre les deux niveaux
Ex : je suis heureux de te voir (= contenu) + contrariété
Contenu informe que bonne relation alors que non verbal montre pas bonne relation.
Ici la communication est moins claire et risque de provoquer des confusions s’il y a répétition du
processus.

* La dualité des messages


Pour communiquer, nous utilisons des signaux différents = mots, gestes, mimiques…
Pour que la communication passe avec le récepteur, il faut que les signaux soient compréhensibles
par ce dernier
Ces signaux doivent donc appartenir à un code commun
Nous utilisons deux types de codes :
• L’un est objectif, cérébral, logique, analytique : c’est le langage de la science, de
l’explication, de l’interprétation
Il se soumet aux lois de la syntaxe et de la sémantique
Il se sert de signes arbitraires (comme les mots)
Communication digitale = communication qui s’établit grâce à un signe dont le rapport avec
la signification donnée est de pure convention (mots sont choisis de manière arbitraire et n’ont
que peu de rapport avec la chose qu’ils représentent)
Communication digitale ne peut passer qu’entre individus qui ont appris la signification du
code utilisé (on ne comprend une langue étrangère que si on l’a apprise)

104
• L’autre est affectif et imagé : il utilise les symboles, les métaphores…
Pensée non dirigée, s’exprime à l’aide d’une symbolique (cf. langage du rêve)
La gestuelle est souvent de cette ordre : grimacer pour exprimer le dégoût…
Communication analogique : communication qui se fonde sur des signaux qui ont un rapport
plus ou moins évident avec ce qu’ils signifient par le biais d’une ressemblance ou d’une
symbolisation.
Communication analogique peut s’établir sans apprentissage, par perception imagée (si
étranger vous demande l’heure en tapotant son poignet d’un air interrogatif, vous comprendrez
qu’il vous demande l’heure)
Le langage digital est beaucoup plus précis que le langage analogique mais cette précision est
justement sa limite pour saisir et décrire les nuances subtiles des émotions et des sentiments.
A l’inverse, le langage analogique est moins précis, plus flou et laisse une grande part aux
interprétations personnelles
Ex : avouer son amour en langage digital = je t’aime
Or, ne suffit pas pour convaincre de notre sincérité donc s’accompagne d’un regard intense (=
langage analogique)
De la même manière regard intense ne suffit pas pour exprimer amour car peut traduire d’autres
choses donc il doit s’accompagner du langage analogique.
Ainsi, nous avons généralement recours à la combinaison des deux langages

Par rapport aux niveaux de sens exprimés avant, on remarque :


• Le contenu d’un message est exprimé par le code digital
• La relation est plutôt transmise par la communication analogique

* La ponctuation de la communication
Ponctuation renvoie à la manière dont les partenaires d’une interaction découpent la
communication en séquences (la communication n’est pas une suite ininterrompue d’échange) +
elle désigne également le regard, le point de vue que chaque interlocuteur porte sur son
comportement et celui de son partenaire.
Cette notion est importante car elle permet d’expliquer bien des conflits, dans la mesure où les
deux partenaires ne ponctuent pas leur interaction de la même manière.
Ex : mari qui se repli, femme qui devient hargneuse

105
Leur façon de percevoir leur rapport est différente : homme considère qu’il se repli pour se protéger
de l’attitude hargneuse de sa femme ; la femme considère que sa hargne est provoquée par
« l’absence » de son mari, un moyen de maintenir le dialogue quand il fuit
Chacun considère donc son attitude comme une réponse à l’attitude de l’autre
Lors d’un conflit l’homme dira « j’étais tranquillement dans mon canapé lorsqu’elle m’a agressé » ;
la femme « on était bien et il est parti sur son canapé comme s’il en avait marre d’être avec moi »
Parce qu’ils découpent différemment la séquence de leur échange, ils se voient respectivement et
sincèrement comme la victime de l’autre et ne pensent pas pouvoir agir sur la relation.
Les partenaires pensent en effet en termes de causalité linéaire (mode de pensée occidental par
excellence) et non en mode de causalité circulaire.

De la même manière, le regard que chaque partenaire porte sur leurs échanges, le point de vue qu’ils
ont sur leur déroulement fait aussi parti de la ponctuation.
Un même comportement peut être interprété de façon différente et il peut s’ensuivre une
situation gênante, ambiguë, conflictuelle.
Ex : pour certains (comme dans culture américaine) premier baiser ne porte pas à conséquence ; pour
d’autres (culture anglaise) baiser = dernière étape avant l’acte sexuel
D’où pendant la guerre quiproquo et chacun s’accusent de libertinage.
Mère qui dit « si je n’étais pas là pour faire le lien entre mon mari et mon fils, ils ne se parleraient
jamais » ; père dit « il faut toujours qu’elle soit entre nous, elle ne nous laisse pas parler librement »
Découpage de la relation différente et chacun s’accuse de maladresse, d’incompréhension…
Ici, il n’est pas question de savoir lequel de ces découpages est juste ou faux
Ce qui important c’est de comprendre que la ponctuation structure les faits de comportement et
que la nature d’une relation dépend en grande partie de la façon dont les partenaires
ponctuent leur échange.

* La métacommunication :

Métacommuniquer = pour deux ou plusieurs personnes en interaction, échanger sur leur


communication
La métacommunication peut porter sur le contenu ou la relation
Ex : sur le contenu = « pour moi l’interaction signifie… »
Sur la relation = « je t’ai dit que tu étais embêtant parce que j’étais en colère contre toi »

106
Métacommunication = commentaire du message que l’on vient de donner

La métacommunication peut être explicite, verbale comme dans les exemples donnés
Elle peut être implicite et s’exprimer de façon non verbale et contextuelle
Ex : si un convive se lève et brandit son verre, il métacommunique qu’il va porter un toast

Ainsi, la métacommunication remplit une fonction essentielle de régulation, élément capital d’une
« bonne » communication
C’est grâce à la métacommunication que les interlocuteurs peuvent préciser le sens qu’ils donnent
à leur message et rectifier les erreurs de réception ou d’interprétation ou de ponctuation de
leur interlocuteur
Lorsqu’elle devient impossible (à cause d’un interdit, d’une tension, d’une incompréhension…) cela
entraîne de graves perturbations des échanges.

3- Les modèles d’interaction :


• Interaction complémentaire :
Se caractérise par des comportements dissemblables mais articulés
Ex : A est autoritaire, B est soumis, la soumissions de B favorisera l’autorité de A dont le
comportement appellera plus de soumission encore de B

Dans le cas où les partenaires sont d’accord sur la définition de leur relation, sans qu’il y en ait un
qui impose son comportement à l’autre (parent/enfant ; patron/employé…), on distingue * La
position supérieure ou position haute = position de l’individu qui dirige et détient la
responsabilité de l’interaction

* La position inférieure ou position basse = position de l’individu qui s’ajuste à l’autre ou


répond à son initiative
Ici, relation fondée sur l’acceptation de la différence : les partenaires ont des comportements
contrastés qui répondent aux injonctions qu’il comporte
Ex : femme qui adopte attitude féminine et s’occupe du menu alors que Monsieur a une attitude
virile et commande les vins.

107
• Interaction symétrique :
Se caractérise par des comportements similaires
Ex : si vantardise est socialement valorisée alors A et B vont présenter une surenchère de
vantardise… la vantardise de A amenant plus encore de vantardise de la part de B etc.
Effort à instaurer et à maintenir l’égalité entre les partenaires
Cette égalité s’exprime par des messages en miroir : tout comportement de l’un entraîne un
comportement identique de l’autre
Ex : rituels sociaux où implicitement dans l’obligation de rendre un dîner à celui qui vous a invité.
Tout échange de communication entre dans l’un de ces deux modèles selon qu’il se fonde sur la
différence ou l’égalité (il peut y avoir également combinaison des deux selon le contexte certains
répondent au modèle symétrique, d’autres au modèle complémentaire)
Pour déterminer si une relation est complémentaire ou symétrique, il ne faut pas prendre comme
unité de base le comportement mais la transaction
Transaction symétrique = si le second message est similaire (accorder/accorder)
Transaction complémentaire = le second message est différent du premier (donner = position
haute/recevoir = position basse)
L’analyse des transactions permet de définir trois types de positions par rapport à l’autre :
• Supérieure
• Inférieure
• Symétrique

Si on observe les positions des individus selon leur réplique, on remarque que leur distribution
n’intervient pas par hasard
Ex : dans une interaction complémentaire, si A termine par une réplique supérieure, la réplique de B
ne pourra être qu’inférieure sinon il y a conflit, rupture de l’échange…
Une analyse de ce type permet de rendre possible la prévision des comportements.

Les rituels comme stratégie de communication :


Les rituels sont des modèles d’interaction faits de transactions simples qui s’appellent selon un
enchaînement figé
Ex : les salutations « bonjour ça va ? » « oui ça va et toi ? »

108
Les rituels ont une portée symbolique : les messages qu’ils utilisent n’ont pratiquement aucun
contenus significatifs mais font sens au niveau de la relation
Leur fonction essentielle = reconnaissance et confirmation de la relation
Renforcent donc la cohésion entre les interactants
Jouent le rôle de sécurisation et d’entretien de la communication (leur défaut équivaut à une
remise en cause de la relation voire une rupture)
Ils ont une valeur métacommunicative

4- Pathologie de la communication
Une communication est qualifiée de pathologique lorsqu’au lieu de remplir sa fonction de lien
positif entre les individus, elle contribue au contraire à les éloigner ou à dresser entre eux un
écran d’incompréhension.
Si bien que plus ils communiquent, plus ils se développent entre eux des sentiments négatifs et
moins ils comprennent.
La pathologie de la communication peut trouver sa source dans n’importe quelles dimensions que
nous venons d’évoquer.

1) La perturbation des niveaux de communication :


Lorsqu’on échange un message, on communique sur deux niveaux différents : le contenu et la
relation.
Il y a perturbation des niveaux de communication lorsque :
• Les partenaires ne font plus la distinction entre contenu et relation, il y a alors confusion :
c’est le cas des discussions interminables où les deux interlocuteurs semblent s’opposer sur le
contenu mais cherche en fait à avoir le dernier mot (c’est donc plus leur relation, leur
position dans l’interaction qui est en jeu…)
Ex : Un couple se dispute sur la répartition des taches ménagères (contenu) alors que ce qui sera en
jeu c’est le niveau de la relation c'est-à-dire du désir de reconnaissance, de confirmation de chacun
par son partenaire dans sa position au sein du couple.

• Incompatibilité entre eux sur la façon dont ils définissent respectivement leur relation et
leur image du moi : il y a alors rejet ou déni de l’autre.

109
a) Confirmation, rejet, déni de l’image de soi dans la communication

Le niveau de la relation présente à lui seul des sources de conflit.


A ce niveau, les partenaires s’offrent mutuellement des définitions de leur relation et donc d’eux-
mêmes qui peuvent se traduire de la sorte : « voilà comment je me vois, comment je voudrais que
vous me voyiez et comment je voudrais que vous vous situiez par rapport à moi »
L’autre peut alors accepter (d’où amour), refuser (d’où haine) ou corriger cette définition
Or, la réponse de l’autre à la proposition qui lui est faite est vitale pour celui qui l’a formulée : c’est
en communiquant avec autrui, à travers l’image qu’il nous renvoie que l’on parvient à prendre
conscience de soi-même et à se forger une identité.

Trois cas de figure :


• Si le partenaire accepte la proposition qui lui est faite, il y a confirmation de l’image du
moi et donc entente, accord, rencontre entre les deux partenaires.
• Le rejet est un simple refus de la proposition qui est faite mais ne ferme pas le dialogue :
même si parfois pénible pour celui qui en est l’objet, peut être source de réajustement,
remise en question de l’image du moi, redéfinition des bases de la relation…
Ex : femme qui se définit comme fragile, si époux fait remarquer qu’il en a marre de la protéger et
qu’il est sûr qu’elle à une force en elle… Ici, rejet de cette image du moi fragile mais valorisation
(force en toi) peut être base de redéfinition de leur relation.

D’une manière générale, dans la confirmation et le rejet, il a toujours une reconnaissance de l’autre
vue qu’il y a enregistrement de son point de vue.

• Ce n’est pas le cas dans le déni… c’est le refus de la personne, une façon de dire qu’elle
n’existe pas : peut se traduire par du mépris ou de manière plus insidieuse (ex : dans un
couple où un conjoint félicite toujours l’autre quel que soit son comportement… l’autre ne
sait ce que pense réellement son conjoint de lui… il est nié + ex du schizo qui n’a pas été
ouvertement négligé mais qui a subit ce traumatisme, cette négation de son existence)

110
b) Erreur de traduction dans l’interprétation d’un message :

Langage digital (mot) exprime le contenu alors que le langage analogique (non verbal) est plus
adapté à l’expression de la relation.
Or, parfois besoin de traduire langage analogique en langage digital (ex : policier qui recherche
dans l’attitude, les mimiques d’un suspect, le moyen d’infirmer ou de confirmer sa culpabilité)
Cependant, il manque au langage analogique une bonne partie des éléments syntaxique du
langage digital et la traduction suppose donc qu’on ajoute des éléments au matériel recueilli.
Chacun introduit dans sa traduction des éléments qu’il puise dans sa propre vision de la nature de
la relation, ce qui peut conduire à de graves erreurs de traduction.
Ex : offrir un cadeau est une communication analogique mais on peut le traduire de différentes
manières… l’amoureux jaloux pourrait le traduire comme le besoin de se faire pardonner d’une
incartade alors que c’était simplement pour signifier l’affection…
Les difficultés de la traduction font de la communication un véhicule de conflit, le moteur
d’incompréhension…
Pour reprendre l’exemple de l’amoureux jaloux, plus sa compagne tentera de rassurer son ami par
des caresses, des attentions… plus celui-ci traduira son comportement en terme de remords… et se
croira assuré du bien fondé de sa traduction…

2- La ponctuation discordante :
La ponctuation (découpage/porter un regard sur la relation) a un rôle majeur dans la continuité de
l’interaction et parfois même contribue à la continuité de la relation.
Lorsqu’il existe une discordance dans la ponctuation entre les partenaires, la situation se rigidifie
et devient irréversiblement conflictuelle (car ils communiquent sur le contenu de leur échange
(tous deux sont victimes de l’autre, recherche de causes et d’effet…) et non sur la nature de leur
relation qui est la seule en cause) sauf à entamer un processus de métacommunication c'est-à-dire
en parlant de la relation (et non plus du contenu)

Discordance dans la ponctuation amène à un autre concept = la prédiction qui se réalise


Une personne à des a priori tels qu’elle finit toujours par provoquer ce qu’elle redoute pour s’en
plaindre ensuite.
Ici, le problème porte également sur la définition de la relation et c’est par le contenu qu’on
essaie de le résoudre d’où échec.

111
3- L’impossibilité de métacommuniquer :

Métacommunication c’est parler sur la relation et donc va permettre aux partenaires de corriger
l’interaction, la considérer sur un autre angle et donc repartir sur de bonnes bases.
Or parfois, impossible de métacommuniquer
Ex : famille ou couple qui ont établi comme règle (implicite ou explicite) « éviter les sujets de
discorde », ne jamais parler de ce qu’ils ressentent les uns pour les autres, de ce qu’ils ressentent
lorsqu’ils sont ensemble, éviter les sujets tabous (problème sexuel en couple…)...
L’impossibilité de métacommuniquer peut venir aussi de la crainte de remettre en cause la
définition de la relation (avouer, dans un couple, que quelque chose ne va pas peut être perçu
comme un manque d’amour)

Le symptôme est ici envisagé comme un substitut à une métacommunication impossible.


Le symptôme prend le sens d’un message qui exprime ce qui ne peut être dit
Ex : frigidité peut être interprétée comme un refus de la relation complémentaire
A un premier niveau, la femme émet le message « essaie de me séduire »
Mais sa frigidité équivaut à la métacommunication « en fait, tu ne m’auras pas » et représente donc
un rejet de la définition de la relation proposée par son partenaire.

4- La pathologie des modèles de communication :


Symétrie et complémentarité sont deux modèles d’interaction qui obéissent à des modèles
d’interaction différents et qui alternent selon les contextes, les partenaires d’interaction...
Problème lorsqu’il y a « emballement » dans l’un ou l’autre modèle et que les partenaires ne voient
plus la possibilité de communiquer en dehors d’une stricte symétrie ou une stricte
complémentarité : rigidification du type d’interaction adopté par les partenaires.
• L’interaction symétrique devient une relation de rivalité et de surenchère
Escalade dans le désir de se montrer l’égal de l’autre et d’avoir vis-à-vis de lui, le comportement
exact qu’il a vis-à-vis de nous
Ex : tu n’as pas voulu faire ça hier et bien je ne ferais pas ça aujourd’hui ou alors c’est toi qui
décide… non c’est toi… non c’est toi…
Une telle attitude aboutit au refus de la différence, car toute forme de complémentarité est vécue
comme une inégalité insupportable dans une relation sous tendue constamment par un rapport de
pouvoir le plus souvent dénié.

112
• L’interaction complémentaire revient à la transformation d’une différence en inégalité
et en oppression
Celui qui a une position haute l’utilise comme moyen d’écraser, de manipuler celui qui est en
position basse (parfois il y a connivence entre les partenaires comme dans sado-masochisme) Dans
un autre cas, la rigidité correspond à une absence de modulation, d’évolution de la relation dans le
temps permettant aux partenaires de modifier leur relation (mère qui continue à s’occuper de son
enfant dans la seconde enfance comme si c’était un bébé, déni de sa maturation, de sa personne…)

Cette rigidification du modèle d’interaction aboutit au concept de « jeu sans fin »


C’est un jeu dont les partenaires ne peuvent s’évader même s’ils en ressentent l’aspect absurde
ou destructeur.
En effet, sortir de ce jeu impliquerait de changer les règles auxquelles ils obéissent.
Le jeu se poursuit donc indéfiniment
Ex : si relation symétrique rigide, surenchère donc impossible d’abandonner puisque but est de
l’emporter sur l’autre.
Ainsi, par définition, les joueurs ne peuvent échapper à la situation, le changement ne peut venir
que de l’extérieur du système (prise en charge thérapeutique).
Le jeu sans fin introduit un mode de communication particulièrement pathologique : la
communication paradoxale.

5- La communication paradoxale :
Paradoxe = proposition déstabilisante pour celui qui la reçoit, car perçu comme étant à la fois vraie
et fausse mais dans l’analyse, elle se relève vraie à un certain niveau et fausse à un autre.

Message paradoxal : message dont la structure enferme une telle contradiction qu’il communique
en même temps deux contenus incompatibles. Il ne permet donc pas au récepteur de prendre une
décision à son sujet.
C’est bien là que se situe la gravité du problème : le message paradoxal, quand il est répété, a une
portée existentielle et peut envahir l’interaction entraînant un tel état de confusion qu’il peut ébranler
notre santé mentale (rappelle les névroses expérimentales provoquées chez les animaux de labo qui
ne savent plus sur quelle pédale appuyer pour avoir de la nourriture et éviter les décharges
électriques car les deux fonctions des pédales sont régulièrement inversées)

113
a) L’injonction paradoxale :
Se présente sous la forme d’un ordre qui contient en lui-même une contradiction telle que celui à
qui elle s’adresse n’a aucun moyen d’y répondre de façon satisfaisante.
Il est impossible d’obéir à l’une sans désobéir à l’autre + une troisième injonction qui est celle de
ne pouvoir se soustraire à la double injonction et de ne pouvoir métacommuniquer à ce sujet.

Caractéristique de l’injonction paradoxale :


• Forte relation de complémentarité entre les deux partenaires : un interlocuteur occupe
une position haute et l’autre une position basse.
• Il est enjoint d’obéir à l’injonction paradoxale. Or, il faudrait lui désobéir pour obéir…
• On ne peut résoudre le paradoxe qu’en le critiquant. Or étant donné position (haute et
basse) impossible de métacommuniquer pour relever le paradoxe.

Ex : « sois spontané »
Intenable : pour obéir, la personne doit être spontané par obéissance à l’injonction donc manquer de
spontanéité donc désobéir.
Je veux que tu me domine, sois moins docile, sois moins dépendant…

Selon Bateson, la double contrainte, forme particulièrement grave d’injonction paradoxale et serait
à l’origine de la schizophrénie
THEORIE DE LA DOUBLE CONTRAINTE / DOUBLE BLIND OU DOUBLE LIEN =
Découverte à partir de l’observation de la communication du schizophrène et de sa famille.
Postulé en psychologie systémique comme pouvant être à l’origine de la schizophrénie quand elle
s’exerce des ascendants sur les descendants.
La double contrainte est la situation paradoxale dans laquelle est placé le sujet qui doit répondre à
une injonction paradoxale donc contradictoire, tout en subissant une troisième injonction qui est
celle de devoir répondre, satisfaire à la fois, aux injonctions contradictoires, sans possibilité de
recours à la métacommunication.
Il n’y a aucune possibilité de répondre à la double contrainte sauf par une autre double contrainte : la
victime devient bourreau et ainsi de suite (causalité circulaire)

Néanmoins dans la relation parent/enfant, le parent (du moins à l’origine) est en position haute et
l’enfant en position basse (d’où parfois aucune possibilité de répondre)

114
Ex : un parent demande (au niveau digital) à un enfant de venir dans ses bras lui faire un câlin tout
en ayant une attitude corporelle et une expressivité de rejet (niveau analogique)
L’enfant ne sait alors pas à quel message il doit répondre.
En même temps, il pense que s’il ne satisfait pas la double demande de son parent, il risque de
perdre son amour, (troisième niveau de l’injonction paradoxale)
On imagine alors aisément la détresse psychologique voire le traumatisme généré par ce type de
situation relationnelle répétitive, même chez l’adulte

Cependant, tout n’est pas nuisible dans l’injonction paradoxale car si elle structure une situation
souvent inextricable :
• elle échappe également à toute routine et à toute norme de comportement
• Elle brise ainsi le carcan des réponses stéréotypées,
• En ce sens, elle peut permettre au destinataire de manifester de l’audace, de montrer sa
souplesse et sa rapidité de mouvement dans sa réponse comportementale
• Elle constitue ainsi un moyen de parer à une situation critique inhabituelle et de faire
preuve de « présence d’esprit » devant un danger imprévisible

Ce qu’on appelle le progrès est souvent le fruit d’individus qui se sont trouvés dans une telle
situation.

b) Les prévisions paradoxales

La prévision paradoxale consiste à communiquer un message indécidable c'est-à-dire à faire une


prévision (concernant la relation entre les partenaires, en particulier au sujet de la confiance au sein
de cette relation) qui ne peut pas se réaliser.
Ex : cf. photocop.

Le destinataire du message est piégé s’il le considère comme vrai


Les relations humaines sont en grande partie fondées sur la confiance que chacun fait à l’autre et la
prévision paradoxale menace donc la continuité de la relation.

115
Exemple : échange paradoxal entre un schizophrène et son père :
Dans certaines réponses paradoxales, on retrouve le déni de l’autre et son effet dévastateur.
Au cours d’une séance de thérapie, un jeune homme, schizophrène de 30 ans est amené à parler
devant son père de ses excès d’alcool, il dit alors « je bois parce que j’ai des angoisses et aussi parce
qu’il fait chaud » (on est en plein été)
Il est évident qu’il y a du paradoxe dans cet argument de la chaleur qui lui ferait consommer de
l’alcool.
Son père répond, du tac au tac et dans une surenchère « si tu as chaud, tu n’as qu’à mettre un short »
Ce n’est pas un trait d’esprit mais bien me déni de la souffrance existentielle de son fils.

5- Pratique thérapeutique
Cadre thérapeutique spécifique :
Deux pièces séparés par une glace sans tain, l’une consacrée à la thérapie dans laquelle deux
cothérapeute (un homme, une femme) reçoivent la famille, l’autre destinée à un superviseur qui
observe et analyse la séance au fur et à mesure et peut intervenir si la nécessité s’en fait sentir.
Chaque séance est enregistrée puis visionnée, ce qui permet de revenir sur les interactions pour les
réétudier et sur les interventions des thérapeutes pour les réajuster
La famille a visité ces lieux et est informée de ce dispositif.

1- Caractéristiques de la pratique systémique :


Thérapie familiale
Thérapie brève (une dizaine de séances)
Les cothérapeutes ont un rôle actif et utilisent des techniques et des rituels particuliers.
La famille, système ouvert, est confronté à des crises naturelles, celles du cycle de la vie c'est-à-
dire de l’évolution du système : du couple sans enfant, à l’arrivée du premier enfant, puis des
suivants, à l’adolescence des enfants, à leur départ de la cellule familiale, puis à l’inversion des rôles
si les parents âgés deviennent dépendants.
A chaque étape, la communication doit évoluer pour permettre la transformation du système et la
création d’un nouvel état stable (nouvelle homéostasie)
Le dysfonctionnement apparaît lorsque la famille se trouve dans l’impossibilité d’évoluer et que
survient une crise résultant du passage à une autre étape du cycle vital.

116
Il existe plusieurs sortes de pathologies familiales graves :
• les familles dites à transaction paradoxales : génératrice de schizophrénie
• les familles à transaction violente
• les familles à transaction incestueuse
• les familles à transaction toxicomaniaque…
Auxquelles s’ajoutent les nombreuses situations de souffrance et de symptomatologie familiales non
associées à de telles pathologies.
Ici le terme de transaction (modèle d’interaction) met l’accent sur l’interaction groupale
génératrice de la pathologie exprimée par un de ces membres.
Ainsi, l’on considère que la pathologie est la résultante de la persistance actuelle d’interactions
inadéquates entre le patient désigné et ses proches.
Si ces comportements changent, le problème ayant motivé la consultation sera résolu.
En conséquence l’action thérapeutique ne s’oriente pas sur le problème lui-même mais sur la
structure du système qui le maintient et qui le rend nécessaire : c’est ce qui permet le résultat
thérapeutique rapide (intervention brève)

Les thérapeutes ont un rôle actif et impliquent tous les membres de la famille sans focaliser le
travail sur le patient désigné (ou sur la personne considérée comme pathogène)
Leur fonction est d’inciter la famille à trouver elle-même la solution à son problème (approche
humaniste) en interagissant en leur présence
Le déroulement de la thérapie comporte quatre phases, en collaborant avec l’ensemble du système,
il s’agit de :
• Définir concrètement le problème pour lequel le couple ou la famille consulte (en terme de
symptôme, de situations vécues…)
• Déterminer les fausses solutions déjà essayées et rechercher le point stratégique du système
où le changement à des chances de se produire.
• Définir concrètement le changement souhaité par la famille (= but thérapeutique) en
terme de modification de comportements par rapport auquel on évaluera la réussite
thérapeutique.
• Définir et réaliser le projet thérapeutique correspondant à ces projectifs de changement en
utilisant l’injonction paradoxale thérapeutique, les rituels thérapeutiques, l’ajustement
du but thérapeutique à l’univers psychologique des membres de la famille.

117
La position du thérapeutique systémicien est spécifique par rapport à la famille dans la mesure où il
est amené à prendre en compte les phénomènes de coalition secrète entre les générations, tel qu’il
fonctionne dans la famille considérée
Ainsi, on peut soit s’allier avec tous les membres du système à la fois, soit faire varier ses
alliances avec les différents clans, suivant les moments de la thérapie et de manière manifeste (et
non secrète) ou encore laisser les membres de la famille dans l’incertitude quant à ses alliances.

Les thérapeutes cherchent plusieurs indicateurs dans l’étude de la structure du système :


• La présence de congruence ou au contraire de disqualification (ex : familles schizo) au
sein des interactions familiales
• Les structures de pouvoir dans le groupe. La prise de décision est-elle ou non assumée ?
Par qui ? Est-elle confirmée ou non par les autres membres de la famille (le pouvoir n’étant
ni assumé ni confirmée dans les familles schizo)
• Les alliances internes au système ou du système avec ou contre l’extérieur (tous ces
phénomènes sont inexistants dans les familles schizo)
• La possibilité ou l’impossibilité d’attribution d’un blâme à l’un des membres du groupe
par les autres
• Les rituels (communication pathogène du groupe)

2- Les principes et techniques thérapeutiques systémiques :


Considérant que le PARADOXE est au cœur de la situation pathologique, PALO ALTO estime
que c’est aussi l’outil du changement dont doivent se saisir les thérapeutes
En effet, les consultants se mettent dans cette situation pour parvenir au changement et dans le
même temps lui résistent (paradoxe)
A partir de ce constat, il semble logique de se servir volontairement et de manière contrôlée de la
double contrainte (qui sévit involontairement au sein des familles) pour la faire évoluer (plutôt
que de l’ignorer ou de s’y opposer)
Face à la résistance au changement du ou des patients, les thérapeutes n’entrent pas en conflit et
évitent la mise en place de rapport de force stérile.
Au contraire, ils abondent dans le sens du ou des patients.

118
Et lui pose la seule question à laquelle, il n’aurait pas prévu de répondre « pourquoi voudriez vous
changer ? » ou bien « je ne vois pas comment il vous serait possible de changer »
De la part d’un thérapeute qui a accepté de recevoir le sujet en thérapie, cette attitude est pour le
moins aussi paradoxale que celle de son patient.
Or, rien de tel pour motiver le patient à changer en inversant la résistance qui va alors se manifester
contre l’injonction paradoxale donnée par le thérapeute de ne pas changer.
La résistance est utilisée et, en fait, retournée dans son contraire : l’énergie que la famille mettait à
résister contre la thérapie, elle va à présent l’investir dans le changement.
Une technique consiste à resignifier tout échec comme un signe de progrès, ce qui conduit le patient
à rejeter cette évolution positive (pour placer le thérapeute en situation d’échec) et donc à changer
véritablement

Distinguer la double contrainte pathogène de la double contrainte thérapeutique.


La première comporte un enjeu vital (et fonctionne de manière inconsciente, automatique) ce qui
n’est pas le cas de la seconde, les thérapeutes l’employant de manière délibérée et dans un but positif
et précis, définit par le projet thérapeutique.
Dans la première, le sujet quoi qu’il fasse est toujours puni, dans la seconde, il est amené à choisir
des issues qui l’obligeront nécessairement à sortir de son problème.
Le processus thérapeutique pousse la situation paradoxale à son comble jusqu’au point où elle n’est
plus supportable par le système qui se retrouve obligé au changement.
Pour parvenir à ce résultat, il faut :
• Bloquer la censure logique exercée par l’hémisphère gauche des patients (qui est spécialisé
dans la communication digitale, dans la pensée analytique et rationnelle)
• S’adresser à leur hémisphère droit dont l’appréhension des situations est, au contraire,
globale, analogique, renvoie au vécu et génère notre image du monde. Mettre cet hémisphère
en situation de dominance par rapport à l’autre pour rendre possible le changement

Ainsi, les thérapeutes bloquent le fonctionnement de l’hémisphère gauche en le saturant


d’informations, de manière à ce qu’il ne parvienne plus à les traiter :
• Explication compliquée = technique de la confusion
• Questions qui obligent de passer rapidement d’un sujet à un autre très rapidement
• Efforts de réflexion contraire à la logique (demande à la personne comment produire son
symptôme)

119
Parallèlement, les thérapeutes utilisent le langage analogique et des prescriptions irrationnelles pour
solliciter l’hémisphère droit :
• Métaphore
• Métonymie
• Condensation
• Ambiguïté
• Calembours
• Sous entendus
• Prescription de contre rituel aux rituels pathogènes de la famille (effectuée pendant les
séances ou entre les séances à la maison ; ex : demander à un couple qui se dispute
constamment de le faire à heure fixe et pendant un temps donné : cela met le comportement
spontané en échec)

L’injonction paradoxale et la prescription de symptôme renvoient à tout ce qui prescrit aux patients
un comportement en apparence opposé au but recherché
L’objectif est de mettre en échec le déclenchement inconscient et spontané du symptôme en
demandant à la personne de le produire consciemment et volontairement (dans des termes non
systémiques, on pourrait dire que l’on retire au symptôme son statut de mécanisme de défense
inconscient)

120
VI- L’ECOLE FRANCAISE DE PSYCHOLOGIE CLINIQUE : DE JANET, LAGACHE A
WALLON ET SES SUCCESSEURS

Aux EU, psychologie clinique cf. un domaine d’intervention (groupe, éducation, aide…)
En France, triple définition :
• Démarche : prise en compte de la singularité du sujet et de la totalité des situations
• Méthode : étude de cas, observation non standardisée, test…
• Domaine d’application (groupe, éducation, aide…)

Travaux Anglo-saxons : insiste sur la rigueur méthodologique, les techniques d’évaluation et


d’objectivation sans abandonner la rigueur à la singularité de la relation.

Ce qui distingue l’école française c’est son mode d’évolution lent parce que prudent mais
s’inscrivant dans une logique de sédimentation successive de l’élaboration du savoir et de la
pratique : héritage des prédécesseurs et ruptures avec ceux-ci pour introduire de nouvelles
théorisations.

Enfin, on peut dire qu’il existe deux types de psychologie clinique, deux versants de la discipline :
le premier, dominant en France jusqu'à ces dernières années (initié par Lagache et Favez
Boutonnier), se réfère à la psychanalyse (même si appuie sur le fait de s’en détacher… que les deux
disciplines ne sont pas équivalentes) à sa pratique et à ses concepts, en privilégiant la singularité ;
le second, est l'héritier de Janet, de Wallon, mais aussi des travaux anglo-saxons et insiste sur la
rigueur méthodologique dans la démarche clinique, sur les techniques d'évaluation et
d'objectivation sans pour autant abandonner la référence à la singularité et à la relation.

1- Pierre Janet (1859-1947)

Médecin et philosophe, il commence par suivre la ligne des expérimentalistes dont l’objectif est de
faire admettre l’étude scientifique du fonctionnement psychologique (en opposition avec la
psychologie de l’introspection)

De ce fait, les travaux de Janet ont souvent été opposés à ceux de Freud, notamment en ce qui
concerne la résistance à la théorie sexuelle de Freud.

121
Cependant, Pierre Janet s'est attaqué sensiblement aux mêmes questions que Freud au début de sa
carrière à savoir l'approche de l'hystérie par le biais de l'hypnose.

Néanmoins dans l'ensemble, Janet ne fait pas autant que Freud place à la notion de conflit psychique
et surtout, il méconnaît la nature sexuelle de ce conflit.

Par ailleurs, Janet se situe également en rupture par rapport au monde psychiatrique : il dépasse les
principes expérimentalistes dans la mesure où il rompt avec la tradition médicale et l’invocation
causale de troubles pour expliquer ces désordres mentaux.
C’est en cela qu’il pose les bases d’une authentique psychologie clinique.

a) Conception du psychisme :
S’organise en deux axes :
• La constitution successive de niveaux de fonctionnement
• La dynamique énergétique.

1- Les niveaux de fonctionnement du psychisme :

A travers une classification rigoureuse et hiérarchique des conduites, Janet décrit le


fonctionnement psychologique (en 1949 : ce sera encore l’étude des conduites que Lagache fixera
comme objet de la psychologie clinique)
• Conduites animales = actes réflexes, actes perceptifs, imitations simples…
• Conduites intellectuelles élémentaires = développement sensori-moteur ainsi que la mise
en œuvre du langage et de la mémoire pour appuyer l’action
• Conduites moyennes dans lesquelles l’organisation de l’action peut s’appuyer sur une
représentation anticipatrice à court terme et donc introduire un décalage entre la réalité
actuelle et l’objectif visé
• Conduites supérieures donnant accès à des activités élaborées mentalement grâce à la prise
en compte aussi bien du souvenir (qui rappelle le réel déjà vécu) que la prévision temporelle
(qui permet l’ajustement au réel prévu) ceci grâce aux activités de réflexion.

Il existe une succession entre ces différentes conduites sans que fasse disparaître la précédente

122
2- La dynamique énergétique

Problématique de l’énergie est centrale dans la pensée de Janet (comme Freud…).


Humain animé d’une certaine énergie que ce soit au niveau corporel ou mental : question est de
savoir comment l’énergie organique (produite par le corps ou encore « basale ») devient énergie
psychique (car il est d’observation courante qu’il n’y a pas de lien entre eux : possible d’être
déprimé à 20 ans ou d’être psychologiquement dynamique à 80 ans)
Quoi qu’il en soit, Janet voit dans les troubles mentaux l’expression d’une insuffisance de « tension
psychologique » (énergie qui fait fonctionner les différents niveaux du psychisme, opposé à la
tension globale = énergie globale… mais concept moins clairement définit que celui de pulsion)

Cette insuffisance aurait pour conséquence :


• d’empêcher les niveaux les plus élaborés de fonctionner convenablement et d’exercer
correctement leur contrôle sur les conduites de niveaux inférieurs
• et inversement de laisser les niveaux inférieurs s’exprimer de manière anarchique et en
décalage avec la « fonction du réel » que seuls les niveaux les plus élevés sont en mesure
d’assurer.

Or, limite de la pensée de Janet car s’il est important de considérer « l’énergie psychique », il n’est
guère possible de ramener tous les troubles de la conduite à une baisse (de quelle origine ?
organique ? génétique ?) de la tension psychologique.

b) Constitution d’un objet de la psychologie : (retrouve objet de la psychologie clinique…)

En opposition avec la psychologie générale et la psychologie expérimentale, Janet estime que


mesurer des fonctions psychologiques ne peut s’avérer que stérile
Ainsi, il définit l’objet de la psychologie comme étant l’homme global en situation
L’homme global = celui qui est constitué d’un corps et d’un esprit mais c’est aussi celui qui
correspond à une logique d’ensemble, un système d’interaction dont les éléments ne peuvent
étudiés isolément c’est l’homme en situation.

123
Homme en situation = celui qui a une histoire et dont il faut également bien resituer la conduite
présente entre l’influence actuelle de la situation et réaction consciente et inconsciente de
l’individu dans cette situation.
D’où mise en doute de la frontière entre le normal et la pathologique mais aussi sans nier
l’existence des conflits intrapsychiques, à considérer l’importance des interactions avec le milieu
social.

c) Constitution d’une méthodologie : « l’analyse psychologique »

Véritable méthode clinique.


« l’analyse psychologique » = étude approfondie de chaque patient au cours d’entretiens
successifs pendant des mois.
Cette méthode permet d’aborder l’étude du psychisme sans dissocier arbitrairement les éléments
qui interagissent dans cette totalité organisée

« Analyse » souligne le fait que dans la rencontre, il doit y avoir un effort du psychologue pour
dépasser ce qui se donne à voir ou à entendre au premier degré : les conduites ou paroles qui
sont identifiables comme compétences (intellectuelles par exemple) ou comme affect (plaintes) ne
sont qu’une expression symptomatique.
C’est ce travail d’analyse, en référence constante à la globalité de la personne qui permet de
distinguer les éléments pertinents de chaque problématique singulière.
C’est seulement à partir de la mise en évidence des différentes facettes de la réalité psychique que
l’on pourra découvrir des lois générales de fonctionnement applicables à tous les cas singuliers.

3- WALLON (1879-1962)

Philosophe et médecin devenu psychologue du développement et de l’éducation, Wallon n’en reste


pas moins un authentique clinicien (dans la lignée de Janet).
Même s’il continue à être considéré comme un psychologue du développement, son objectif était
l’étude de la genèse du psychisme et ainsi, la construction d’un objet scientifique global à la
psychologie.

124
En effet, Wallon a toujours milité pour l’existence d’un objet global de la psychologie à
l’intersection du biologie et du social.
Les dissociations entre ces différents domaines (biologique, sociale et psychologique) sont, pour lui,
artificielles : la totalité l’emporte sur l’atomisme psychologique (articulation entre le biologique,
le psychologique et le social) d’où l’importance de la genèse pour comprendre la spécificité du
niveau de fonctionnement psychologique.

Enfin, au niveau méthodologique, l’observation est centrale : son expérience acquise lors de la 2ème
GM lui a servi à exercer son observation clinique dans des situations de pathologies cérébrales
(étude des conséquences psychologiques des lésions traumatiques).
Wallon a étendu cette méthode à l’observation de l’enfant « sains » et « troublés » grâce à :
• La méthode longitudinale avec l'étude d'un ou plusieurs enfants à des âges
différents...

• La méthode transversale, étude de groupes d'enfants du même âge et au même


moment.

a) Sa conception du psychisme :
1- Phylogenèse et ontogenèse dans la constitution successive de niveaux de fonctionnement du
psychisme.

Wallon s’inscrit dans la lignée de Janet au niveau de deux éléments principaux :


• Conception d’un psychisme hiérarchisé depuis les fonctions élémentaires jusqu’aux
fonctions supérieures,
• Conception qu’il ne peut exister de psychologie de l’homme fractionnée : dans le cas de
la psychologie du développement, il semble contre nature de traiter l’enfant
fragmentairement « à chaque âge, il constitue un ensemble indissociable et original. Dans
la succession de ses âges, il est un seul et même être en cours de métamorphoses »

Cependant, Wallon apporte des éléments conceptuels nouveaux par rapport à Janet.
En effet, la pensée de Wallon est très marquée par l’influence de la théorie de l’évolution de
Darwin : il existe une continuité entre la phylogenèse et l’ontogenèse.

125
Ainsi, il conçoit la mise en activité des différents niveaux psychologiques comme conséquence
de l’histoire de l’espèce et de leur maturation.
Mais cette maturation n’est pas suffisante pour expliquer le développement.
Wallon considère que l’homme à sa naissance est en quelque sorte prématuré et qu’il lui revient
(dans l’interaction avec le milieu) de construire le niveau psychologique (ontogenèse) à partir de
potentiels biologiques
En d’autres termes, la stratégie adaptative de l’espèce humaine a été de faire naître ses enfants
prématurément pour qu’ils aient une enfance longue qui leur assure une adaptabilité plus
importante que les autres espèces, par la construction d’une interface psychologique entre leur
organisme et leur milieu (principalement social).

2- De l’énergie biologique à l’énergie psychique : la médiation de l’émotion

De la même manière, Wallon se distingue de Janet quant à la conception énergétique du


psychisme.
Avant lui, l’émotion était considérée comme un résidu parasite de la phylogenèse (évolution des
espèces) qui ne pouvait que perturber la raison qui faisait la fierté de l’homme.
En prenant la peine d’observer les enfants et de les étudier dans leur genèse, Wallon s’est rendu
compte que le premier mode de communication humain n’est pas cognitif mais émotionnel
(pleurs, cris… pour appeler la mère…).
L’émotion est donc la première forme de l’énergie vitale sur le plan psychique.
L’émotion c’est aussi ce qui soude l’individu à la vie sociale, ce qui permet de greffer le social à
l’organique (pleurs, cris… pour appeler la mère…).

Grâce à Wallon, il devient possible de comprendre que l’énergie est produite par le corps et est
métabolisée par l’esprit d’abord sous la forme primitive de l’émotion, puis sur la forme
sophistiqué de l’action socialisée (ex : comme un chef d’orchestre qui met en forme l’émotion à
travers sa technique)

Le passage de l’énergie biologique à l’énergie psychique est alors médiatisé par l’émotion

126
b) La théorie de Wallon

Pour Wallon, il y a deux facteurs qui entrent en interaction dans le développement :


- Un facteur biologique, responsable de la maturation du système nerveux central.
- Un facteur social, qui gère l'interaction entre l'enfant et le milieu.

La psychologie de Wallon consiste pour l’essentiel, en une théorie des stades de développement
de la personnalité infantile (nous nous situons donc bien au niveau de la genèse)
Il veut rendre compte du développement de l'enfant dans sa totalité.
Il n'isolera pas l'aspect cognitif de l'aspect affectif.

En effet, la personnalité est une construction progressive où se réalise l’intégration selon des
rapports variables de deux fonctions principales :
• L’affectivité liée aux sensibilités internes et orientée vers le monde social, la construction
de la personne.
• L’intelligence liée aux sensibilités externes et orientée vers le monde physique, la
construction de l’objet.

Ainsi, le développement de la personnalité progresse selon une succession de stades dont chacun
constitue un ensemble original de conduites, caractérisé par un type particulier de hiérarchie entre
ces deux fonctions.
En ce sens, il s’institue une alternance entre deux types de stades :
• les uns marqués par la prédominance de l’affectivité sur l’intelligence
• les autres prédominés par l’intelligence sur l’affectivité.

Le passage d’un stade à l’autre présente donc un aspect discontinu (impossible de donner un repère
d'âge très strict) ce qui n’exclut pas néanmoins une continuité d’ensemble du développement.
Cette continuité s’exprime en particulier dans les phénomènes de chevauchement : les stades à
dominance affective comportent, à titre subordonné, une évolution des conduites
intellectuelles.

127
On passe d'un stade à l'autre par une série de crises (sevrage, adolescence…) qui permet d’effectuer
des remaniements.
La crise a un effet bénéfique.
Ainsi, il y a nouveau stade quand un nouvel ensemble de conduites est devenu dominant, et non
pas quand il apparaît.

Ainsi la maladie mentale est-elle une crise non dépassée, permanente : l'individu n'a pas réussi à
franchir cette remise en cause, n'a pas su se stabiliser, trouver un compromis.
Pour Wallon, le médicament ne fait qu'endormir un état manifeste, mais ne fait pas en soi
évoluer le sujet.

Une telle conception a le mérite de rendre compte de la complexité et du dynamisme de


l'évolution de l'enfant mais rend difficile les repères de développement selon l'âge.

Les 7 stades du développement


• Le stade impulsif pur : (entre 0 et 3 à 6 mois).
C'est le stade de l'activité motrice réflexe.
La vie psychique du bébé se traduit par des mouvements sans coordination ni but externe.
Agitation diffuse de l'émotion, désordre gestuel.
Une évolution n'est possible que par le rapport entre les facteurs neuro-biologiques de maturation
et les facteurs sociaux de relation (action de l'entourage familial) qui sert d'intermédiaire entre le
physiologique et le psychique.

• Le stade émotionnel : (entre 6 mois et 1 an).


C'est le stade de la symbiose affective qui voit le développement des actions volontaires
Les réponses de l'entourage aident l'enfant a organiser ses émotions qui sont au départ
indifférenciées : les gestes deviennent utiles, expriment les besoins.
L'expression de l'émotion émerge (joie, tristesse). sont la source du langage, et de la conscience.
L'émotion devient organisatrice du comportement de l'enfant.
La maturation du système nerveux reste élémentaire mais les relations humaines permettent
l'affinement des moyens d'expression.

128
• Le stade sensorimoteur : (1 an à deux ans).
C'est l'apparition de la marche et de la parole.
L'enfant se déplace et explore le monde avoisinant, il manipule et identifie les objets.
Il y a une meilleure association entre mouvements et perceptions, et une conscience plus précise
des objets.
L'intelligence pratique ou l'intelligence des situations apparaît.
C'est la naissance de la capacité symbolique, de la représentation de l'objet.

• Le stade projectif : (entre 2 et 3 ans).


Il y a passage de l'action à la pensée : l'action stimule l'activité mentale
Le mouvement accompagne les représentations mentales.
La pensée est projetée à l'extérieur par le geste : l'enfant mime sa pensée,.
Il y a nécessité pour l'enfant de se projeter dans les choses pour se saisir lui-même.
Intégration des pôles complémentaires mentaux ou comportementaux (par exemple, envie de
s'auto-admirer et de se faire admirer).
L'enfant passe par l'imitation, le simulacre, puis devient capable d'évoquer un objet ou un
événement absents.
L'enfant accède à la fonction symbolique dont le langage est la forme la plus élaborée.

• Le stade du personnalisme : (entre 3 et 6 ans).


L'enfant arrive à reconnaître sa personnalité, image de lui-même.
La crise des trois ans (le moment du "non") permet a l'enfant de s'individualiser de sa famille en
s'appuyant sur l'opposition.
L'imitation concourt également à cette différenciation en séparant le pareil et le pas pareil
Il y a donc une conscience de soi par une phase d'opposition, et par une intégration dans le
groupe familial (recherche d’attention exclusive), de même que par le jeu (vers 4 ans).
Dans le jeu, l'enfant peut aborder 2 rôles différents, où il est actif puis passif (jeu d'alternance
réciproque).

129
• Le stade de la personnalité polyvalente ou catégoriel : (entre 5/6 ans et 11 ans).
Primat des activités intellectuelles : l'enfant devient capable d'attention, de mémoire volontaire.
La représentation abstraite des choses devient possible
L'enfant participe à la vie de plusieurs groupes (famille, école...). Il a désormais la capacité de
prendre des rôles différents, d'influencer le groupe (comportements de coopération, de solidarité...)
Ce sont les échanges sociaux qui permettent le dépassement de la rivalité et du dénigrement.

• L'adolescence (à partir de 12 ans).


C'est une crise très aiguë, grâce à laquelle l'enfant découvre les valeurs sociales, morales,
culturelles... qui deviendront ses propres valeurs.
La puberté amène un réajustement du schéma corporel.
C'est un stade de remaniement et d'achèvement de la construction de la personnalité

c) En guise de conclusion :
Wallon a expliqué l’ontogenèse (construction de l’individu).
Or du fait qu’il travaillait précisément sur l’enfance, on a oublié qu’il jetait les bases sur une vraie
psychologie globale et l’on a ramené à un simple précurseur de la psychologie du développement.
Pourtant son originalité est d’être sorti de l’adultocentrisme pour concevoir la constitution du
psychisme autrement qu’à partir des catégories d’adulte (telles que celles d’individu ou de sexualité)
La trajectoire de l’enfant (et donc celle de l’adulte) est à la fois un processus d’autonomisation et
d’individuat°, qui, pdt de lg mois, se réalise sous la protection de la sécurité affective de la famille
C’est donc la découverte que le moi se construit après un long temps de maturation et qu’il n’est
jamais totalement terminé.
C’est aussi la découverte qu’il n’y a pas de moi s’il n’y a pas d’autre « le moi et l’autre se
constitue conjointement »

130
3- Daniel Lagache (1903-1972) – Juliette Favez-Boutonnier :

Daniel Lagache peut être considéré comme le véritable « père » de la psychologie clinique en
France.
Lagache s'est très tôt intéressé aux problèmes psychopathologiques. Sa triple formation
(philosophe, psychiatre et psychanalyste), sa grande culture, sont perceptibles dans les fondements
qu'il donne à la psychologie clinique : on repère notamment des références à la phénoménologie
(étude de l'homme "en situation"), à l'humanisme mais aussi les rapports étroits qu'il établit avec la
psychiatrie. Il se situe ainsi, pour ce qui concerne la psychologie, plus dans la lignée de Janet que
dans celle de Freud.

a) Définition :

En 1949, lors d’une conférence intitulé « Psychologie clinique et méthode clinique », il pose les
bases de la psychologie clinique en tant que discipline universitaire : la psychologie clinique est
donc définie comme différente de la médecine, de la psychologie expérimentale et la
psychanalyse.
Il existerait donc trois approches de la psychologie : clinique, psychanalytique et expérimentale.
Certes, la psychologie clinique s’inspire de la psychanalyse mais elle ne s'y réduit pas et possède un
domaine spécifique.
La psychologie clinique est une discipline autonome tant du point de vue pratique que du point de
vue théorique ; elle ne se confond ni avec la psychopathologie, ni avec la psychologie médicale, ni
avec la psychiatrie, ni avec la psychométrie.

Il donnera une définition de la psychologie clinique qui est encore valide de nos jours : c’est
« l’étude systématique et aussi complète que possible des cas individuels », c'est-à-dire des
phénomènes singuliers.

En d’autres termes, la psychologie clinique a pour objet l’étude de la conduite humaine


individuelle et de ses conditions psychologiques (hérédité, maturation, conditions psychologiques
et pathologiques, histoire de vie) soit l’étude de la personne totale en « situation ».

131
C’est l’étude de la conduite humaine qu’elle soit adaptée ou inadaptée, normale ou pathologique.

Enfin, s'appuyant sur les conceptions psychanalytiques, il avance que les dysfonctionnements et les
symptômes expriment quelque chose et sont dotés de signification.

La notion d'"interprétation compréhensive" est avancée pour définir la spécificité de l'approche


clinique.

b) Méthode :

La méthode clinique, est conçue comme le recueil de faits par observation, entretien et analyse
des productions du sujet.

Daniel Lagache distingue deux types de méthode clinique.

• La première est fondée sur l’observation de l’individu et la conduite d’entretiens, c’est


la clinique à « mains nues ».
• La seconde se caractérise par l’utilisation de tests et d’échelles. Il s’agit de la psychologie
clinique dite « armée ».

Quelle que soit la méthode utilisée (à mains nues ou armées) l’important est d’observer comment la
situation est vécue : quelles représentations le sujet a de lui-même, de sa place dans le monde et du
sens de sa vie.
Méthode qualitative voire intuitive (ce dernier point a d’ailleurs été vivement critiqué…)

c) Objectif de la psycho clinique :


Conseiller, guérir, éduquer ce qui constitue l’activité concrète du psychologue.
C’est donc une psychologie appliquée et concrète puisque son objectif premier n'est pas l'activité
scientifique et la production de connaissances générales.

Elle vise, selon Lagache, à comprendre la conduite dans sa perspective propre, à relever aussi
fidèlement que possible les manières d'être et de réagir d'un être humain concret et complet aux
prises avec une situation.

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Dans cette perspective, le diagnostic est très important = c’est l'étape initiale, opération
fondamentale.

De plus, c’est l’étude approfondie de cas qui fournit la base empirique de la généralisation c'est-
à-dire de la connaissance scientifique.
C’est donc une pratique appuyée sur une méthode (clinique) visant un objet (l'homme en conflit)
et procédant essentiellement par analyse de cas, la constitution d'un savoir supposant une
généralisation à partir des cas singuliers.

d) Critiques :

Notamment de la part de la psychologie expérimentale :


• Absence de scientificité
• Insuffisance dans l’administration de la preuve
• Absence de prédiction des phénomènes
• Mélange de philosophie sans la rigueur, une éthique sans exigence et une médecine sans
contrôle

Si Lagache admet la relative infériorité de la psychologie clinique sur la psychologie


expérimentale sur ces plans, il soutient que la psychologie clinique apparaît comme le mode
d'approche le plus adapté aux conduites humaines concrètes.

En conclusion, on peut dire que faire admettre la pratique clinique en psychologie et rompre avec
un objectivisme atomisant les phénomènes (comme celui de la psychométrie ou de
l'expérimentation) telle semble être l'intention première de Lagache.

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Favez Boutonnier (elle aussi philosophe, médecin et psychanalyste) affine et complète les
conceptions de Lagache
• La psychologie clinique est fondée sur la spécificité de l’individu et son unicité.

• La psychologie clinique a pour objet « l'être humain en tant qu'il existe et se sent exister
comme un être unique ayant une histoire personnelle, vivant dans une situation qui ne peut
être assimilée à aucune autre »

• Elle souligne différents aspects de la psychologie clinique :


* La distinction de la psychologie clinique avec la psychologie médicale et avec la psychanalyse
* Les rapports étroits entre la psychologie clinique et la phénoménologie (science des
phénomènes, c’est la science des vécus par opposition aux objets du monde extérieur).
→ D’où l’importance de décrire la subjectivité de manière rigoureuse et la dimension
vécue de l’expérience : étude des individus sans comparatisme.
→ Prend donc de la distance avec le modèle médical et s’oriente vers la question de
l’intersubjectivité
→ Critique du diagnostic face à l’observation continue : c’est donc une approche
opposée aux approches objectivantes

• Pratique et recherche clinique articulée, elle dira que c’est une « approche contrôlée de
l’homme par l’homme dans une situation d’implication réciproque »

• Etend la psychologie clinique vers d’autres domaines : orientation, groupe, éducation donc
elle se détache de la psychopathologie et devient plus généraliste

• Contribue à introduire la psychologie clinique à l’Université :


* 1959 : création d’un labo de psychologie clinique
* 1966 : création de la maîtrise de psychologie.
A la suite de ces auteurs et notamment de Favez-Boutonnier, on a pu observer une consolidation de
la psychologie clinique
L'évolution depuis les années soixante est marquée par l'importance institutionnelle croissante
qu'elle prendra tant dans les universités (cursus spécialisé en psychologie clinique + poste
d’enseignants…) que dans les lieux soignants ou éducatifs

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