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PAT H O L O G I E D U B Â T I M E N T

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Reprises d’humidité
dans les coins douche
Décollement et dégradation du revêtement :
lorsque l’humidité est constatée à la base des parois périphériques d’un coin douche,
l’état de dégradation du support est bien souvent irréversible.
Le jointoiement est en cause.

Les prescriptions techniques réglementaires


ne sont pas toujours respectées
Le “Cahier des Prescriptions Techniques” Revêtements
muraux intérieurs en carreaux céramique collés (Cahier CSTB
2882 d’avril 1996) est le document normatif traitant de l’adé-
quation entre les différents types de support, de colle et de
revêtement. Il rappelle que le revêtement (carreau + produit
de collage + joint) ne peut en aucun cas assurer l’étanchéité
du support. L’étanchéité préalable du support est donc indis-
pensable lorsque le receveur est réalisé en carrelage.
Ce C.P.T. comporte une nomenclature des supports par
famille de matériau. Selon le taux d’hygrométrie mais aussi le
degré d’exposition à l’eau sous forme de liquide auxquels
sont exposées les parois, les locaux sont répertoriés en cinq
catégories : EA, EB, EB + privatifs, EB + collectifs, EC.
D’autre part, des tableaux synoptiques aident au choix du
type de carreau et de colle à employer en fonction du sup-
port. L’ensemble est classé par type de local.

Pour les coins douche, deux classes sont possibles :

• Degré d’exposition à l’eau EB + locaux privatifs


Exemples de parois :
Parois de locaux humides à caractère privatif, intégrant un
receveur de douche ;
Les points d’infiltration peuvent être nombreux sont également concernés : douches dans les hôtels, rési-
autour d’un bac à douches. dences personnes âgées et hôpitaux
Supports admissibles :
- Enduit plâtre de dureté minimale 60 Shore C, tels les pro-
jetés et manuels THD ; exemple : PFP, PFM-THD (plâtres

L es infiltrations se produisent généralement à l’interface


bac à douche/revêtement mural, ou bien au niveau de la
fins ou à très haute dureté), etc.
- Carreaux de plâtre hydrofugé (couleur bleue)

plage périphérique. Ce phénomène se produit en l’absence, • Degré d’exposition à l’eau EC


ou en cas d’érosion ou de décollement, du joint réalisé au Exemples de parois :
coulis de ciment. Pour les mêmes raisons, ces infiltrations se Parois de locaux très humides : entre autres, bains,
produisent également au droit des joints dans les angles ren- douches collectives dans les stades et les gymnases
trants formés par les parois verticales ou entre les plages et Supports admissibles :
les parois. L’adaptation du support de carrelage au degré Béton lourd de granulats courants, enduits au mortier de
d’exposition à l’eau et la qualité des joints sont souvent ciment
négligées sur le chantier, et les risques sous-estimés par les
poseurs. Sont interdits à l’emploi dans ces pièces d’eau, dans tous
La stabilité du receveur est parfois en cause et le glisse- les cas :
ment ou le tassement sur ses appuis permet une infiltration - les enduits en plâtre PFM et PGM
à sa périphérie. Les calages sont souvent constitués d’em- - les cloisons en plaque de plâtre à faces cartonnées stan-
pilement de matériaux de nature diverse, sensibles à l’eau et dard
non solidaires. L’insuffisance de rigidité des bacs en résine - les carreaux de plâtre à parement lisse
peut également provoquer une infiltration à l’interface bac/
revêtement mural ou plage. Les fabricants proposent des plaques hydrofugées adaptées
Autre problème fréquemment à l’origine de ce type de aux locaux humides, sous Avis Technique. Notons égale-
désordres, les défauts d’étanchéité des traversées de parois ment que les supports en plaques de fibres-ciment et pan-
par les canalisations et les fuites sur les dispositifs d’évacua- neaux de bois CTBH et CTBX sont limités aux ouvrages de
tion. petite dimension tels qu’allèges et trappes de baignoire.
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Joint 2
après la pose 1. Joint réalisé
du carrelage avant la pose
du carrelage
Joint 1
avant la pose 2. Joint réalisé
du carrelage après la pose
du carrelage

Rosace 1

Receveur Support plage


2
Cloison
Joint 2
après la pose
du carrelage
Tube

Joint 1 2 mm
avant la pose mini Fourreau
du carrelage

Adhérence du joint
sur la tranche du carreau
et non sur l’émail

Jointoiement : les points singuliers courants Les receveurs de douche en matériau de synthèse néces-
Si les joints sont correctement calibrés en partie courante (en sitent d’être posés sur un support rigide continu, car leur
pose à joints réduits : 1 à 3 mm), les carreaux sont souvent relative souplesse à l’utilisation peut occasionner un arra-
en contact dans les angles. Le coulis de ciment, appliqué en chement du joint entre le bac et la plage périphérique.
congé entre carreaux d’angle ou tranche de carreau et rece- L’accessibilité au dispositif d’évacuation des eaux, pour
veur, adhère mal aux surfaces émaillées et disparaît rapide- être assurée, doit faire l’objet d’une étude de la position rela-
ment. Les joints en angle rentrant doivent être légèrement tive du receveur par rapport aux murs, gaines techniques ou
élargis pour permettre la pénétration du coulis entre les car- cloisons. Le choix du type de bac importe tout autant.
reaux et la liaison entre le carreau et le bac doit être réalisée
par un mastic élastomère extrudé.
En théorie, les joints de raccordement avec les appareils La leçon à retenir est que le prescripteur, ou à défaut
sanitaires et l’étanchéité des traversées de cloison sont à la l’entreprise de cloisons, doit impérativement choisir la
charge de l’entreprise de plomberie (au § 10.5 du C.P.T.), nature du support du revêtement carrelage en fonc-
sauf disposition contraire prévue au marché, “joint exécuté tion des sollicitations d’emploi du coin douche. La
avant et après le revêtement”. Ce qui est malheureusement coordination entre trois corps de métier nécessite que
trop souvent oublié dans la pratique. chacun connaisse les limites de son intervention.

Le traitement spécifique du calage,


de la plage périphérique
et de l’accessibilité au siphon
Le bac doit être fermement scellé à son support et son cala- 9, boulevard Malesherbes
ge doit être réalisé avec des matériaux durs, insensibles à 75008 Paris
l’eau. Il en est de même pour les plages périphériques. Une
plage avec une pente de 10 % évitera toute stagnation pro-
pice aux infiltrations, réalisée de préférence à partir d’une
gâchée de béton maigre. Cette disposition s’avère bien plus 114, avenue Émile Zola
Michel HOUEIX

efficace et aussi rapide à mettre en œuvre qu’un “bricolage” 75739 Paris Cedex 15
en matériaux de récupération, comme c’est encore malheu-
reusement trop souvent le cas. R EPRODUCTION INTERDITE SANS AUTORISATION DES ÉDITEURS