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PAT H O L O G I E D U B Â T I M E N T

08
Infiltrations par la liaison
fenêtre-gros œuvre des bâtiments
La liaison entre fenêtre et gros œuvre
est un point délicat pour l’étanchéité de la façade.
Le moindre défaut de calfeutrement est à l’origine d’infiltrations.

Les sinistres touchent essentiellement


les menuiseries au nu intérieur placées
dans des maçonneries de petits éléments
La pathologie peut toucher tous les types de menuiseries en
bois, en métal, en PVC. Elle est largement influencée par les
conditions climatiques du site (la façade reçoit plus ou moins
d’eau accompagnée de vent), ainsi que par la hauteur de la
baie au-dessus du sol (le vent soufflant plus fort quand on
s’élève).
Elle n’est pas indépendante non plus de la position de la
fenêtre par rapport à la façade. Nous laisserons de côté le
cas des menuiseries mises en œuvre en “applique extérieu-
re”, parce qu’assez rare. Signalons seulement la difficulté
d’assurer une étanchéité adéquate avec ce type de pose,
que l’on rencontre surtout en couplage avec un Système
d’Isolation Thermique par l’Extérieur.

Notre propos porte donc ici sur la pose :

• Au “nu intérieur”, la plus fréquente, car elle permet le rac-


cord direct avec l’isolation thermique intérieure du local ;

Les infiltrations d’eau se produisent fréquemment • Ou “en ébrasement avec feuillure”, quelquefois utilisée
en bas des menuiseries. pour des murs en béton banché (voir schéma au verso);
Avec ce type de paroi, l’interposition de plus en plus fré-
quente de précadres, mis en place au coulage du béton,
facilite beaucoup l’exécution du calfeutrement et limite le
risque d’infiltrations.

C’est donc avec les maçonneries en parpaings de ciment ou


en blocs de terre cuite que le problème se pose le plus. Il se

Q uand on veut installer une fenêtre dans une baie ména-


gée à cet effet dans une façade de bâtiment, deux pro-
complique du fait que cette étanchéité doit être assurée sur
quatre lignes de contact, à savoir :

blèmes se posent : • Traverse basse/appui de baie,


• Montants verticaux/“tableaux”,
• Il faut en premier lieu la fixer au gros œuvre, ce qui ne présen- • Traverse haute/“linteau”.
te plus de grandes difficultés (sinon parfois encore avec les
agglomérés creux), maintenant que les techniques de chevilla- Les résultats d’expertises montrent que la première zone est
ge ont remplacé les traditionnelles “pattes à scellement”. la plus sensible, les secondes n’étant pas pour autant à l’abri
de désagréments.
• Il faut ensuite assurer l’étanchéité, à l’eau bien sûr, mais L’appui est maintenant le plus souvent coulé (sur place ou
aussi à l’air, de l’interstice régnant entre ce gros œuvre et le préfabriqué) en premier. L’étanchéité est réalisée, soit par un
bâti de la menuiserie, en le calfeutrant. La méthode tradi- cordon préformé mis en place avant pose de la fenêtre, soit
tionnelle de bourrage au mortier, bien souvent victime de fis- par un mastic extrudé après coup par-dessous le “rejet
sures de retrait ou de défauts localisés, a laissé place à des d’eau” de la traverse basse. L’ancienne méthode qui consis-
techniques de calfeutrement par mastics organiques. Ils tait à couler cet appui sous la fenêtre préalablement fixée, et
sont soit extrudés directement dans l’interstice, soit mis en qui a donné lieu à tant de mésaventures par infiltrations
place avant pose sous forme de cordons préformés. directes ou “capillaires” est quasiment abandonnée aujour-
d’hui.
Cependant, ces systèmes - dits de “calfeutrement à sec” - Le calfeutrement des joints verticaux, ou du joint horizon-
quoique plus fiables que l’ancien, connaissent aussi tal supérieur, est généralement constitué par un mastic
quelques défaillances, que nous allons commenter. extrudé… (Les croquis illustrent ces systèmes.)
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Exemple de calfeutrement à “sec” de traverse basse par cordon préformé
Écrasement Épaisseur minimale
minimal après écrasement

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pour assurer pour éviter
l‘étanchéité le cintrage
de la traverse
Cordon

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d’étanchéité

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Appui
béton

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Avant pose Pose Après pose

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Exemple de calfeutrement à “sec” de montants par cordons extrudés

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Enduit ciment Enduit organique
Fond de joint

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Mastic
Mur
Fond de joint

Mastic

Largeur minimale Épaisseur entre


mini et maxi
Isolation
Dormant Dormant

Pose en embrasement avec feuillure Pose en applique intérieure

Les travaux de menuiserie sont en cause, contact, lesquelles exigent en outre, dans certains cas (les
mais aussi le gros œuvre fenêtres en plastique, par exemple), l’application d’un “pri-
L’analyse de nombreux dossiers de sinistres met en éviden- maire” adapté au matériau de ces parois.
ce deux grandes familles de causes de désordres, toutes
deux consécutives à des défauts de mise en œuvre sur le Enfin, une zone s’avère particulièrement délicate : les angles
chantier : entre tableaux et pièce d’appui. Le raccordement du cordon
sous traverse basse avec les cordons verticaux des mon-
1. La première concerne la tâche de l’entreprise de gros tants de châssis est souvent négligé.
œuvre, et elle se traduit par un montage irrégulier de la
maçonnerie de baie : En conclusion, cette pathologie apparaît d’abord comme la
• Les dimensions du cadre ne respectent pas les tolérances conséquence d’un défaut de rigueur, mais aussi probable-
usuelles vis-à-vis des cotes de plans. ment d’un manque de connaissances sur des techniques
• Des tableaux se présentent avec du “faux-aplomb” ou un encore relativement jeunes, de la part des exécutants sur
défaut de parallélisme. chantier, toutes insuffisances aggravées souvent par une
• Ou encore un appui n’est pas plan, ou est mal raccordé coordination incertaine - ou rendue telle par des délais dra-
aux tableaux. coniens - entre les deux corps d’états concernés.

Il est clair que, dans ces conditions, le garnissage du joint est


délicat si, par exemple, le recouvrement du bâti sur la paroi La leçon que l’on peut alors en dégager est de se
est trop faible, ou si ce joint présente une ouverture “en sif- dire :
flet”, passant du haut en bas de presque rien à quelque 2 cm. • Primo, qu’il vaut mieux construire “droit” que vite.
De même, un cordon sous traverse basse n’est que partielle- • Secundo, que l’étanchéité d’un joint n’est plus aujour-
ment écrasé, donc inefficace, si l’arête de la pièce d’appui d’hui une simple affaire de remplissage, mais tout au
n’est pas parallèle à la sous-face de la traverse. contraire le fruit d’un travail minutieux, attentif à assu-
rer adhérence et continuité absolues au matériau sur
2. La seconde est relative aux travaux du menuisier et se lequel elle repose.
manifeste par une mise en place aléatoire du mastic de cal-
feutrement, le plus souvent liée à une méconnaissance du
fonctionnement de ce type de garniture. Ceci se traduit par
exemple :
• Par une section du cordon inadaptée à la taille de l’inter- 9, boulevard Malesherbes
stice à calfeutrer, ou nuisible au maintien de l’adhérence 75008 Paris
dans le temps (ainsi, l’épaisseur de mastic doit se tenir
entre un minimum, mais aussi un maximum).
• Dans le cas d’une extrusion, par l’oubli de l’interposition
préalable d’un “fond de joint” (ou sa mise en place défec- 114, avenue Émile Zola
Michel HOUEIX

tueuse), indispensable pour assurer le bon serrage du pro- 75739 Paris Cedex 15
duit contre les parois.
• Encore, par un manque de nettoyage soigné des parois de R EPRODUCTION INTERDITE SANS AUTORISATION DES ÉDITEURS

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