Vous êtes sur la page 1sur 2

PAT H O L O G I E D U B Â T I M E N T

36
Dégradations des revêtements
d’imperméabilité de façade
Les revêtements d’imperméabilité de façade à base de polymères
peuvent être le siège de sinistres d’ordres mécanique et esthétique.
Outre la mise en œuvre, c’est le diagnostic qui doit souvent être mis en cause.

duits de classe I1, 5/10èmes de mm pour la classe I2,


10/10e pour la classe I3, et 20/10e pour la classe I4). On ne
doit pas confondre ces matériaux avec les peintures clas-
siques, même épaisses, et les revêtements plastiques épais.
Ces deux familles de produits dont la fonction n’est qu’es-
thétique, n’ont aucune vocation de résister au moindre mou-
vement d’une maçonnerie.
Les revêtements d’imperméabilité de façade, de formula-
tion industrialisée très élaborée (performances normalisées
AFNOR P 84 403), peuvent néanmoins montrer à l’usage
des désordres divers provenant généralement d’une mise en
œuvre mal réalisée.

A l’origine de toute déclaration de sinistre,


ce sont les désordres d’aspect
qui sont les plus fréquents
Les revêtements d’imperméabilité de façade ont tendance à
s’encrasser. La présence dans leur formulation d’une résine
thermoplastique, en fort pourcentage, peut rendre ces maté-
riaux “poisseux” en surface dans certaines conditions, et
ainsi leur permettre d’accrocher les salissures ambiantes. On
assiste alors à un ternissement de l’esthétique, acceptable
lorsqu’il se produit de façon régulière et homogène, mais
non admissible lorsque le défaut apparaît par taches, cou-
lures, marbrures ponctuelles, comme dans les cas évoqués
ci-après :
• Traces noirâtres quasi rectilignes marquant le traitement
antérieur de fissures : il s’agit de remontées de plastifiants
du mastic formant en surface du revêtement une zone plus
collante qu’alentour.
• Coulures en forme de “larmes” verticales, ou “en peigne”,
résultats de remontées de cires, paraffines, produits géli-
fiants poisseux contenus dans les décapants chimiques
mal rincés, utilisés au titre de travaux préparatoires pour
Salissures sur revètement d’imperméabilité, éliminer l’ancien revêtement.
et cloquage du revètement d’imperméabilité. • Coulures grisâtres apparaissant dès la fin des applications
du revêtement, notamment sur les faces Est et Nord peu
soumises à la pluie et ayant pour origine un défaut de coa-
lescence de la résine (défaut de durcissement) lors d’une
mise en œuvre par temps froid.

L es désordres constatés ont pour origines essentielles


l’erreur de diagnostic, des fonds mal préparés, une humidité
• Larges panneaux encrassés plus fortement sur les façades
exposées au soleil : remontées de plastifiants des anciens
revêtements de façades, non éliminés avant la pose de
importante du subjectile, voire même des défauts de l’imperméabilité.
conception architecturale. Afin de mieux appréhender les • Coulures verticales descendant jusqu’au pied de la
risques évoqués, il est essentiel de bien connaître la défini- construction, en s’évasant : ce cas très classique corres-
tion même de ces produits. pond à l’encrassement de la paroi le long d’un chemin pré-
Par définition, les revêtements de façade à liant acrylique férentiel qui suit le ruissellement de la pluie. Ce problème
en émulsion ne sont employés qu’en travaux curatifs. Ils sont est souvent rencontré sur des ouvrages dépourvus de
donc prescrits sur des maçonneries en service, souffrant de toute protection architecturale : absence de couvertine en
problèmes de microfissuration et de fissuration. Leur sou- acrotère, absence de bavette sur appui de fenêtre non
plesse leur permet de résister à des ouvertures du support débordant, larmier détérioré, tête d’éléments horizontaux
variables de 0 à 2 mm (2/10e de mm maximum pour les pro- non capotée, etc.
PAT H O L O G I E D U B Â T I M E N T 36
l’eau contenue dans la paroi. Le cloquage peut également se
manifester sur certains points singuliers d’un ouvrage. Sur
Exemple de traitement d’un joint horizontal les panneaux préfabriqués en béton, s’il est nécessaire de
entre panneaux de béton préfabiqués traiter les joints verticaux par exemple, il ne faut pas obturer
les joints horizontaux en les recouvrant par le revêtement, ou
bien, si tel était le cas, prendre soin de placer des “pissettes”
au travers du revêtement qui permettront la décompression
des chambres horizontales.
3. Décollement du revêtement. C’est en général une mau-
vaise exécution des travaux préparatoires qui en est à l’ori-
Fixation noyée
en bain de mastic gine : lavage insuffisant, subjectile pulvérulent mal conforté,
non élimination des anciennes peintures de qualité médiocre
ou utilisation d’un primaire inadapté (cas de l’emploi d’un
Accessoire fixateur sur une ancienne peinture, dont le solvant détrempe
métalique protégeant
le joint de la pluie cette dernière).
et formant goutte d’eau
En conclusion, le bon comportement dans le temps d’un
revêtement d’imperméabilité de façade dépend du soin
Revêtement
d’imperméabilité consenti à sa mise en œuvre et du bon choix des acces-
soires à usage de protection architecturale. Mais c’est tou-
tefois au stade du diagnostic que subsiste le plus grand
risque d’erreurs.

La leçon que l’on peut en dégager est que les tra-


Réapparition des fissures, cloquage, décollement, vaux d’imperméabilité de façade doivent être confiés
les désordres mécaniques à des professionnels qualifiés, spécialisés dans les
sont le stade ultime du mauvais diagnostic problèmes de ravalement.
Il est donc essentiel d’analyser les causes originelles de cha- Les économies substantielles permises par le trai-
cun de ces problèmes avec une approche technique et tement des façades, à l’aide de films semi-épais de
réglementaire. quelques dixièmes de millimètres, ne doivent pas faire
Relatif à la mise en œuvre des revêtements d’imperméa- perdre de vue qu’une banalisation des techniques de
bilité de façade, le DTU n’est pas toujours suivi, notamment pose peut conduire à des sinistres parfois retentis-
par le non-respect de l’obligation d’une “étude préalable” sants.
(Annexe B du document) destinée à juger de la conservation
ou de l’élimination d’un ancien revêtement organique. Ce
manquement est très souvent la cause de sinistres du type
décollement ou cloquage du revêtement. En effet si l’on Comment mesurer l’humidité d’un mur ?
conserve un ancien revêtement existant : Il existe aujourd’hui des appareils de petite taille, dits “humi-
• ce revêtement peut démontrer des propriétés d’adhérence dimètres”, facilement utilisables sur chantier pour mesurer le
et de cohésion faibles, et c’est l’ensemble ancien + nou- taux d’humidité du subjectile :
veau revêtement qui se détachera du subjectile, • en surface, par principe résistif, à l’aide de 2 pointes,
• la surépaisseur créée par la superposition des deux revê- • à cœur (3 à 4 cm) par principe capacitif, en mettant le
tements va faire chuter la perméabilité à la vapeur d’eau du corps de l’appareil en contact avec le matériau à tester.
complexe total, et l’évaporation de l’eau contenue dans la Les autres méthodes de mesure d’humidité décrites dans la
paroi se traduira par une poussée sur un film étanche, fiche 11 restent tout à fait valables.
conduisant au cloquage du revêtement.

1. Réapparition des fissures de la maçonnerie. Le systè-


me utilisé a été mal choisi ou appliqué en quantité insuffi-
sante. La résistance à la fissuration du revêtement est direc-
tement proportionnelle à son épaisseur (un même procédé
répond à la classe I1 sous 200 micromètres, et à la classe I4
sous 600 micromètres). C’est essentiellement au niveau de
la couche intermédiaire, dite couche performante, qu’il
convient de respecter les consommations annoncées par le
fabricant.
9, boulevard Malesherbes
2. Cloquage. Il peut s’agir d’une application sur support trop 75008 Paris
humide (humidité de la paroi elle-même ou humidité appor-
tée par le lavage haute pression sur une maçonnerie fissurée
et insuffisamment séchée). Les teintes sombres de finition
(coefficient d’absorption solaire supérieur à 0,7) sont égale- 114, avenue Émile Zola
Michel HOUEIX

ment porteuses de risques de cloquage sur les façades 75739 Paris Cedex 15
exposées au soleil. L’élévation de température qu’elles
confèrent à la maçonnerie génère des départs précipités de R EPRODUCTION INTERDITE SANS AUTORISATION DES ÉDITEURS

Vous aimerez peut-être aussi