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FENTES LABIALES ET LABIO-PALATINES

AU SERVICE DE STOMATOLOGIE DE KATI - 39 CAS


M.L. DIOMBANA (1), H. KUSSNER (2), S. SOUMARE (3), O. DOUMBO (4), M. PENNEAU (5).

RÉSUMÉ Salerme vers 1200 (8).


L’épilepsie parentale semble être aujourd’hui un facteur
39 patients âgés de 1 à 34 ans ont été admis à l’hôpital pathologique le plus souvent associé M.L. BRIARD et al
de Kati pour fentes labiales entre janvier 1981 et mars (3). Selon SCHINZ il serait possible que l’augmentation de
1983. Les patients qui venaient consulter r e f u s a i e n t la radiation atmosphérique y joue un rôle W. ROSENTHAL
ainsi le fatalisme tenu jadis pour responsable de cette et al (8).
affection. Les malades qui venaient de plusieurs loca- Considérée de nos jours encore au Mali comme un affec-
lités du pays étaient admis sans critères de restriction. tion parapsychologique ou liée à l’intoxication et le mau-
Sur les 39 cas recensés, 21 étaient de sexe féminin et 18 vais sort par la médecine traditionnelle, les fentes labiales
de sexe masculin. La tranche d’âge la plus représentée et labio-palatines font de plus en plus l’objet de consulta-
était celle comprise entre 1 et 9 ans, (87,2 %) contre tions hospitalières par des parents désemparés mais décidés
(12,8 %) pour la tranche comprise entre 12 et 34 ans. Le à rompre avec le fatalisme d’antan, d’où l’intérêt du
siège préféré de la pathologie était la lèvre supérieure et présent travail.
le palais primaire (fentes labio-maxillaires) 61,6 %. La L’objectif de notre étude était de déterminer dans un servi-
fente totale (fentes labio-maxillo-palatines) représentait ce de stomatologie la fréquence de cette pathologie en
38,4 %. Parmi les ethnies rencontrées, les Bamanans fonction du sexe, du siège, des ethnies, de la résidence et
étaient les plus touchés (34,9 %), puis venaient les Sara- de la classe d’âge, la distribution de l’affection selon le
kolés et les Peuhls (20,5 %). La majorité de nos patients siège et le sexe, selon le siège et la classe d’âge.
étaient du monde rural (89,7 %). Le District de Bama-
ko, la première région et la deuxième région étaient les PATIENTS ET MÉTHODES
mieux représentés.
Nous avons reçu entre 1981 et 1993 à l’hôpital de Kati 39
INTRODUCTION patients dont 18 de sexe masculin (46,2 %) et 21 de sexe
féminin soit (53,8 %). Les malades tous âgés de 1 à 34 ans
Les fentes labiales et labio-palatines sont des accidents étaient pris au hasard sans critères d’exclusion. La moyen-
morphologiques fréquents survenant lors du 2 ème mois ne d’âge des patients était de 5,18 ans et l’écart-type de
embryonnaire. Elles sont la conséquence d’un défaut de 7,27 ans.
fusion totale ou partielle des bourgeons constitutifs du Après consultation, chaque patient effectuait un bilan bio-
massif facial supérieur. Leur fréquence varie entre 1 pour logique comprenant la NFS, la glycémie, l’urée, le test
800 naissances V. VEAU (7) et 1/1000 (R. HENRION, et al d’Emmel, le BW, la Scopie ou Radiographie pulmonaire.
(6)). La fente labiale serait due à un défaut de soudure entre Contrairement à la technique de G. COULY (4) utilisée par
le bourgeon maxillaire supérieur (BMS) et le massif R. BANKOLE et al (1), nous avons adopté la plastie labia-
médian (MM). La fente du seuil narinaire proviendrait d’un le selon la technique de LE MESURIER (7) et de W.H.
manque de coalescence entre le bourgeon nasal externe HAGEDORN (Speziele Zahn-Mund-Kieferchirurgie J.A.B.
(BNE) et le massif médian (MM). Leipzig, 8) chez les nourrissons sous anesthésie générale à
Les premiers écrits sur cette pathologie remontent à partir du 4 ème mois. Chez les patients âgés de 12 à 34 ans,
ANTILLUS et GALIEN, elle était connue dans la civi- l’intervention avait lieu sous anesthésie locale ou loco-
lisation Tajir (Mexico, District de Jalapa) vielle de plus de régionale à la xylocaïne 2 % après une prémédication. Pour
1000 ans ainsi qu’à Alexandrie et dans les écoles arabes de ce qui est de la fermeture du palais secondaire et primaire,
1 - CAA d’Odonto-Stomatologie à l’École Nationale de Médecine et de 4 - Chef du Département d’Épidémiologie des Affections Parasitaires à
Pharmacie (ENMP) du Mali, chef du service de stomatologie de Kati. l’ENMP du Mali.
2 - Médecin Stomatologue et Orthodontiste à Bochum, RFA. 5 - Chef du Service de Stomatologie et de Chirurgie Maxillo-faciale au
3 - Chef du Service de Chirurgie Générale et Digestive à l’hôpital du Point «G». CHRU d’Angers.

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FENTES LABIALES… 662

nous avons utilisé la technique de V. VEAU (7). Tableau V : Répartition de la pathologie selon le siège
L’analyse des données a été faite sur logiciel EPIINFO, les
calculs statistiques avec le Chi2 au risque alpha = 0,05 et Siège Effectif Fréquence
leur présentation sous forme de tableaux a été adoptée. Lèvre sup. + PP. 24 61,60 %
Fente totale 15 38,40 %
RÉSULTATS
Total 39 100,00 %
Tableau I : Répartition des malades
CHI2 = 1,61 ; P = 0,37
en fonction de la tranche d’année
Tableau VI : Répartition des patients
Tranche d’année Effectif Fréquence
en fonction de leur résidence
1981 - 1987 18 46,20 %
1988 - 1993 21 53,80 % Résidence Effectif Fréquence
Bamako 18 46,20 %
Total 39 100,00 %
Kayes 8 20,50 %
Tableau II : Répartition des malades Koulikoro 5 12,80 %
en fonction de la classe d’âge Autres 8 20,50 %

Classe d’âge (années) Effectif Fréquence Total 39 100,00 %

1-9 34 87,20 % Autres : Ségou = 2 ; Mopti = 1 ; Sikasso = 5 soit au total 8.


12 - 34 5 12,80 %
Tableau VII : Distribution des fentes
Total 39 100 %
selon le siège et le sexe
Tableau III : Répartition des malades selon l’ethnie
Sexe Masculin Féminin Total

Ethnie Effectif Fréquence Siège

Bamanan 14 35,90 % Lèvre sup. + PP. 13 11 24

Peuhl 8 20,50 % Fente totale 5 10 15

Sarakole 8 20,50 % Total 18 21 39

Autres 9 23,10 %
CHI2 = 1,61 ; P = 0,34
Total 39 100,00 %
Tableau VIII : Distribution des fentes
Autres : malinkés = 6 ; maures = 1 ; sénoufos = 2 selon la classe d’âge et le siège
Tableau IV : Répartition des malades
en fonction de la profession Classe d’âge 1 - 9 ans 12 - 34 ans Total

Siège
Profession Effectif Fréquence
Lèvre sup. + PP* 19 5 24
Cultivateur 27 69,20 %
Eleveur 8 20,50 % Fente totale 15 0 15
Autres 4 10,30 Total 34 5 39
Total 39 100,00 %
* = Palais primaire
Autres : ménagères = 3 ; élèves = 1 PF = 0,07

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663 K.G. KOFFI , N.M. BOSSON, M.A. AKA-ADJO, S. DIOP ,
E. N’DHATZ, O. AHMEDOU , I. SANOGO, A. SANGARE

Tableau IX : Distribution des cas d’intervention en se entre 12 et 34 ans. Le siège le plus fréquemment touché
fonction de la catégorie d’année est celui de la lèvre supérieure et du palais primaire (fentes
labio-maxillaires) 61,6 %. La fente totale (fente labio-
Intervention oui non Total maxillo-palatine) est seulement observée dans 38,4 % des
Tranche d’année cas. Mais la distribution des fentes selon le siège ne varie
pas de façon significative (Pf = 0,07) à l’intérieur des diffé-
1981 - 1987 14 4 18
rentes classes d’âge (Tableau VIII). R. BANKOLE et al (1)
1988 - 1993 20 0 20 signalent 62 % de fentes labiales ou labio-alvéolaires et
Total 34 4 38 28,5 % de fentes labio-maxillo-palatines en Côte d’Ivoire.
En 1983, BORDE (2) recense respectivement pour les fen-
DISCUSSION tes précédemment décrites 26 % et 36,5 % en France. Les
fentes du palais secondaire qui n’avaient pas été observées
À Kati, nous n’avons pas trouvé de différence statistique- à l’hôpital de Kati, représentent 9,5 % en Côte d’Ivoire et
ment significative entre le nombre de cas de fentes totales 37,5 % en France. En Côte d’Ivoire, la prévalence des fen-
et celui observé au niveau de la lèvre supérieure et du tes du palais primaire et celle des fentes totales est légère-
palais primaire en fonction du sexe (CHI2 = 1,61 ; p = ment plus élevée chez les hommes (55 %), tandis que les
0,34). Sur 39 cas de fentes, 53,8 % sont liées au sexe fémi- fentes du palais secondaire prédominent chez les femmes
nin et 46,2 % au sexe masculin (Tableau VII). Une étude (70 %). En France la prédominance masculine est encore
similaire réalisée par HENRION et al (6), montre que les plus nette (63 %) en ce qui concerne les fentes du palais
fentes labio-palatines sont deux fois plus élevées chez les primaire et totales, alors que les fentes du palais secondaire
garçons que chez les filles. L’auteur rapporte également prédominent chez les femmes (55,7 %).
que les filles sont deux fois plus atteintes par les fentes À l’hôpital de Kati, l’ethnie Bamanan était la plus fré-
palatines que les garçons, tandis que les fentes labio-pala- quente dans les consultations (34,9 %) ensuite venaient
tines unilatérales sont trois fois plus fréquentes que les celle des Sarakolés et des Peuhls (20,5 %). Les patients
bilatérales, le côté gauche étant en général trois fois plus issus du monde rural représentaient (89,7 %) des malades.
atteint que le côté droit. Le risque de récurrence relevé par En ce qui concerne la résidence, les patients issus du dis-
HENRION (6) est de 3 à 4 %. La tranche d’âge la plus trict de Bamako venaient en tête avec 46,2 %, suivis de
représentée dans notre étude est celle comprise entre 1 et ceux de la première région avec 20,5 % et de la deuxième
9 ans (87,2 %) contre seulement 12,8 % pour celle compri- région avec 12,8 %.

BIBLIOGRAPHIE
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Revue Médicale de Côte d’Ivoire, 1987, (21 ème année), (81). 6 - R. HENRION.
2 - J. BORD, B. BACHY. Diagnostic préfœtal, prénatal et médical.
Étude multicentrique des fentes labio-palatines et présentation générale. Encyclopédie, Masson, Paris édit, 1987.
Chirurgie pédiatrique, Paris, 1983, 24 (4 - 5) : 250 - 255. 7 - H. REDON, B. DUHAMEL, G. GINESTET, H. FREZIERE, A.
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Facteurs épidémiologiques et génétiques des fentes labiales et palatines.
Techniques chirurgicales, Tome 1 (Tête et cou).
Chirurgie Pédiatrique, Paris, 1983, 24, (4 - 5) : 228 - 230.
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La cheilo-mésethmoïdo-plastie musculaire : nouvelle approches 8 - W. ROSENTHAL, W. BETHMANN, A. BIENENGRÄBER.
chirurgicales des fentes labio-maxillaires. Speziele Zahn - Mund - Kiferchirurgie.
Chirurgie Pédiatrique, Paris, 1982, 23 : 299. Johan Ambrosuis Barth Leipzig 1971.

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