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Dynamique du plan d'eau du barrage de Natiokobadara et production rizicole


dans le nord de la Côte d'Ivoire

Article · December 2014

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Dougba Noel Dago


Université Péléforo-Gbon-Coulibaly, Ivory Coast, Korhogo
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General Health Investigation by Advance Biostatistic Methods in Northern of Cote d'Ivoire View project

Microarray and Next Generation Sequencing Analysis Monitoring Thoracic aortic aneurysm (TAA) disease. View project

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GEOGRAPHIE

Journal Africain de Communication Scientifique et Technologique, No 27 (Décembre 2014), 3571-3580


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DYNAMIQUE DU PLAN D’EAU DU BARRAGE DE NATIOKOBADARA


ET PRODUCTION RIZICOLE DANS LE NORD
DE LA CÔTE D’IVOIRE
1
SILUÉ Pébanagnanan David (Géographe)
Université Peleforo Gon Coulibaly (Korhogo - Côte d’Ivoire)

2
DAGO Dougba Noel (Biologiste)
Université Peleforo Gon Coulibaly (Korhogo - Côte d’Ivoire)

Résumé
Le barrage hydro-agricole de Natiokobadara a été aménagé depuis 40 ans pour la produc-
tion du riz. Aujourd’hui, l’eau contenue dans le barrage est insuffisante pour ravitailler l’a-
griculture familiale pratiquée en aval de l’ouvrage. Quelles sont les tenants et les aboutis-
sants de la réduction du plan d’eau ? Pour conduire cette étude, des photographies aériennes
prises à partir de Google Earth ont été analysées. Une visite de terrain et une enquête auprès
des riziculteurs ont permis la collecte de nos données. La méthode utilisée pour analyser ces
photographies est l’approche diachronique, basée sur la photo interprétation. Au terme de
ces travaux, les pertes d’eau dans la cuvette du barrage durant les 7 ans d’observation sont
évaluées à -77%. Pour la même période, la production du riz baisse de -18%. Et les précipita-
tions y connaissent une variation de -11%. L’analyse de la corrélation entre ces différents
phénomènes montre que le remplissage du plan d’eau a une liaison discrète avec les précipi-
tations. Par contre, la production du riz et les précipitations ; tout comme le remplissage de
la cuvette du barrage et la production du riz n’ont pas une liaison significative.

Mots-Clés: aménagement hydro-agricole, riziculture irriguée, dynamique de plan d’eau,


variation des précipitations, barrage de Natiokobadara.

Abstract
The dam of Natiokobadara is built since 40 years for rice production. Now, the water in the
dam is insufficient to resupply family agriculture in Natiokobadara rice area. What are the
causes and the consequences of this water reduction? This study analyse photographies taken
on Google Earth. A visit of ground and some asks of rice farmers helped to get informations.
We use diachronic methods based on photo interpretation. Results show that during 7 years,
water in the dam lost -77%. Rice production during the same period go down from -18%. The
rains present -11% of variation. Correlation analysis shows that the fulling of the dam has a
discreet depend of rains. But rice production and rains, same with the dam fulling and rice
production haven’t got significant relation.

Keys words: hydro-agricultural arrangement, paddy culturing irrigate, dynamic of dam


water, rains variation, dam of Natiokobadara.

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Introduction

Depuis les années 1970, à l’image de toute l’Afrique de l’Ouest, le Nord de la Côte d’Ivoire
connaît des sécheresses itératives. Cette situation a amené les pouvoirs publics ivoiriens à
utiliser des mesures palliatives pour le stockage des eaux de surface. C’est cela qui légitime la
politique d’aménagement de barrages hydro-agricoles en Côte d’Ivoire. L’agriculture irriguée
par le truchement des barrages s’avère aujourd’hui indispensable au regard des perturbations
climatiques observées ces dernières années (République de Côte d’Ivoire, 2010). Ainsi, 120
barrages hydro-agricoles ont été érigés sur tout le territoire national (Ministère des Eaux et
Forêts, 2003). Ces ouvrages y servent résolument à l’irrigation des parcelles de cultures et
dans une moindre mesure à l’abreuvage du bétail. Les barrages à vocation agricole dans le
Nord de la Côte d’Ivoire facilitent ainsi la production de deux cycles de riz par an (Silué,
2012).

Le barrage de Natiokobadara qui jouxte la ville de Korhogo (Figure 1), sert à la production du
riz. Dans ce périmètre rizicole irrigué, 594 producteurs familiaux s’activent pour ravitailler les
populations en riz. Or ce plan d’eau qui existe depuis près de 40 ans connaît quelques diffi-
cultés de fonctionnement. En 1992 une réhabilitation de l’ouvrage a été faite (Direction et
Contrôle des Grands Travaux, 1992). Aujourd’hui, pratiquement 22 ans après cette première
réhabilitation, la cuvette d’eau du barrage n’arrive plus à conserver durablement l’eau stoc-
kée. Il est donc quasiment impossible de ravitailler les riziculteurs familiaux en eau pour la
production du second cycle de riz. Ce mauvais fonctionnement de l’ouvrage est un obstacle
pour les activités agricoles des 594 familles engagées dans la production rizicole. Cette diffi-
culté est une menace pour la sécurité alimentaire. Aussi est-il nécessaire de rechercher les fac-
teurs et les conséquences de la variation du niveau d’eau de cette cuvette sur la production du
riz.

Cette publication vise à travers la présentation de résultats commentés, à identifier les fac-
teurs de la variation du niveau d’eau dans le barrage de Natiokobadara et à en évaluer les con-
séquences sur les activités agricoles des riziculteurs.

Figure 1 : Localisation du barrage de Natiokobadara.

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2. Matériel et méthode

Le barrage de Natiokobadara est un aménagement hydro-agricole destiné à la production du


riz dans la zone dense de Korhogo. Il est construit en 1972 par la Motoragri 1. On le localise à
la longitude 5°37’ et à la latitude 9°29’ (voir Figure 1). La digue y est faite en terre. Il appar-
tient au bassin du Bandama avec un bassin versant de 13,65 km2. Les précipitations moyen-
nes annuelles sont autour de 1400mm. La superficie irrigable qui est de 250 ha, s’étalent sur
environ 9km.

Les images utilisées pour évaluer la variation du niveau d’eau, sont prises à partir de Google
Earth. Après capture, elles se présentent sous la forme de photographies aériennes. Elles
concernent les années 2007, 2009, 2011 et 2013. Avant ces dates ce type d’images n’existe
pas pour la zone d’étude. Les images des deux premières années (2007 et 2009) sont prises en
période humide. Celles des deux autres années (2011 et 2013), sont prises en périodes sèches.
Les captures de ces supports ont été faites le 13 Juin 2013.

Cette étude utilise une approche diachronique basée sur la photo-interprétation des images.
Une visite de terrain et une enquête auprès des riziculteurs ont permis d’obtenir des complé-
ments d’informations. Pour une analyse plus affinée, deux taux d’évolution distincts ont été
calculés sur la base de deux formules. Il s’agit du taux d’accroissement global et du taux d’ac-
croissement moyen annuel. Le taux d’accroissement global est relatif à l’évolution sur deux
dates consécutives. La première formule ci-dessous permet d’évaluer le taux d’évolution bian-
nuelle entre les différentes dates d’étude.

Tx = [(SP2 – SP1) / SP1] x100

où : Tx : taux d’évolution global ; SP1 : donnée à la date 1 ; SP2 : donnée à la date 2.


Si Tx est positif, il traduit une augmentation ou une progression.
Si Tx est négatif, il exprime une réduction ou une régression.

En outre le taux d’accroissement moyen annuel a été calculé pour la période d’étude qui
s’étend sur 7 ans (2007-2013). La formule ci-dessous permet de calculer ce taux pour mieux
apprécier la dynamique du plan d’eau selon une moyenne annuelle :

Tx = [(SP2 / SP1)1/n – 1] x 100

où Tx : taux d’évolution moyen annuel ; SP1 : donnée à la date 1 ; SP2 : donnée à la date 2 ;
n : différence d’années entre la date 1 et la date 2.
Si Tx est positif, il traduit une augmentation ou une progression.
Si Tx est négatif, il exprime une réduction ou une régression.

Le géoréférencement des images prises à partir de Google Earth a été réalisé sur ArcGis 9.3.
Il commence avec l’identification de points amers sur les différentes images. Comme points
amers, nous avons choisi les croisements de routes très remarquables sur l’image. Un ensem-
ble de six points ont été relevés pour un meilleur redressement de l’image. N’ayant pas d’ima-
ges de référence ou de cartes déjà géoréférencées sur la zone d’étude, nous avons opté pour
une saisie directe des coordonnées des points amers (6) identifiés. Les coordonnées géogra-

1
Société pour la motorisation de l’agriculture en Côte d’Ivoire

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phiques en UTM de ces points ont été prises sur Google Earth. Dans la couche de données,
nous avons choisi le système de coordonnées projetées WGS 1984 zone 30N.

L’image géoréférencée est exportée en format Tiff dans la couche de données d’ArcMap.
Pour s’assurer qu’elle a été bien géoréférencée, nous avons numérisé le barrage. Puis nous l’a-
vons exporté en format km2 que nous avons affiché sur Google Earth. La superposition de
l’élément numérisé est parfaite. Mais le rendu final de la carte est fait sous Adobe Illustrator
9.0. Enfin, la mise en page définitive est présentée sous Word. Le géoréférencement des au-
tres images a été réalisé à partir de la première image que nous avons géoréférencée. Pour cela
nous avons affiché l’image déjà géoréférencée et l’image à géoréférencée dans ArcMap. La
technique consiste à saisir un premier point amers sur l’image à géoréférencer et à trouver son
équivalent sur l’image déjà géoréférencée. La procédure est répétée pour tous les points
amers. Enfin les différentes surfaces d’occupation du plan d’eau ont été montées sur une page
unique en Word. Cette présentation définitive permet de mieux mettre en évidence la dynami-
que du plan d’eau selon les périodes d’étude.

Le calcul des surfaces a été généré automatiquement à partir du module ‘‘Calculate Area’’
présent dans les utilitaires de l’extension Spatial Statistics Tools de ArcToolbox. Cette opé-
ration a permis d’évaluer la surface du plan d’eau pour chaque année d’étude.

Le test de corrélation de Pearson a été utilisé pour tester le degré de corrélation, d’une part en-
tre les précipitations et le niveau de remplissage du plan d’eau, d’autre part entre le remplis-
sage du plan d’eau et la production du riz, et par ailleurs entre la production du riz dans le
périmètre du barrage de Natiokobadara et les précipitations enregistrées dans la zone. Ces dif-
férentes données ont été articulées dans le logiciel R. A partir de ces résultats, il a été possible
d’apprécier le degré de liaison entre les trois variables.

4. Résultats et discussion

4-1. Une variation du niveau du plan d’eau

Globalement, de 2007 à 2013, le niveau du plan d’eau de Natiokobadara a connu diverses pé-
riodes de variations (Figure2 et Tableau1). Entre ces deux dates, 47ha de la superficie du plan
d’eau ont été perdus. Ce qui correspond à un taux d’accroissement global de -77%. Le taux
d’accroissement moyen annuel est de -18% soit un taux mensuel de -1,5%. Mais dans les dé-
tails, de 2007 à 2009 le plan d’eau a perdu 34ha. Le taux d’évolution relatif à cette période est
de -56%. De 2009 à 2011 ce plan d’eau a plutôt gagné 19ha soit un taux d’évolution de +70%.
Enfin de 2011 à 2013, c’est une période de régression du plan d’eau. Ainsi, 32 ha sont perdus
au niveau du plan d’eau pour cette période. Ce qui correspond à un taux d’évolution global de
-70%. Dans l’ensemble, la surface de ce plan d’eau subit une réduction (Figure 2). Le fort
taux de régression du plan d’eau de Natiokobadara est relatif à la période sèche couvrant les
années 2011et 2013.

Le rétrécissement des plans d’eau a été aussi constaté au Burkina pour plusieurs aménage-
ments hydroagricoles. Pour le barrage de Bagré en 1994, Baijot et al ont relevé un taux de
rétrécissement de 60% par an soit 5% par mois. En 2000, pour le même ouvrage, Kabre et Ille
ont signalé des pertes d’eau annuelle de 8,6%. Au niveau du barrage de Mogtedo, les analyses
de Padonou et al ont été effectuées sur la période allant de 1979 à 2002. Ces auteurs y ont
remarqué une réduction du plan d’eau de 29% en 2009, soit 1,5% par an et 0,13% par mois.

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Le rétrécissement du niveau du plan d’eau de Natiokobadara corrobore les résultats obtenus


au Burkina Faso. Mais les pertes annuelles importantes pour le barrage de la Côte d’Ivoire
s’expliquent par la présence d’une fuite dans la digue de l’ouvrage depuis 2012. Cette ouver-
ture augmente la quantité d’eau qui s’échappe de la cuvette du plan d’eau. C’est pour cela que
le niveau du plan d’eau en 2013 est sévèrement marqué par la diminution.

Tableau 1 : Évolution de la superficie du plan d’eau de 2007 à 2013.

Année Superficie du plan d’eau Taux d’évolution biannuel


2007 61 ha (2007-2009) -56%
2009 27 ha (2009-2011) +70%
2011 46 ha (2011-2013) -70%
2013 14 ha
Source : Statistiques tirées des cartes d’occupation du sol de 2007 à 2013

Figure 2 : Dynamique du plan d’eau de Natiokobadara entre 2007 et 2013.

Source : Silué, 2014, extrait à partir de Google Earth version en ligne 1.3.21.135 copyright2007-2010, Google Inc.

4-2. Variation des productions de riz dans le périmètre du barrage de Natiokobadara

Les productions de riz dans le périmètre irrigué de Natiokobadara enregistrent aussi des varia-
tions diverses (Tableau 2). De 2007 à 2013, la production de riz passe de 7, 337 tonnes à
6,008 tonnes. Cela représente une chute d’environ 1 tonne, équivalent à -18% comme taux
d’évolution pour la période. Cela revient à un taux d’accroissement moyen annuel de -3%.

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Dans les détails, de 2007 à 2009, la production de riz passe de 7 tonnes à 10 tonnes. Elle con-
naît une augmentation d’environ 3 tonnes, soit +40% comme taux d’évolution de la produc-
tion de riz. De 2009 à 2011 la production passe de 10 tonnes à 14 tonnes. Cette période enre-
gistre aussi une augmentation de 4 tonnes, pour un taux de +39%. Enfin pour la dernière pé-
riode, la production de riz passe de 14 tonnes à 6 tonnes. Elle perd ainsi presque 8 tonnes de
riz. Le taux d’évolution de la production rizicole familiale pour la période est donc de -58%.
La production rizicole est marquée par une progression régulière de 2007 à 2011. Mais pour
la dernière année (2013) on assiste à sa chute.

Cette régression s’explique par la démotivation des riziculteurs familiaux, issue de l’insuffi-
sance de l’eau dans le barrage. C’est dans cette période que la digue du barrage a connu la fui-
te d’eau. La perte d’une importante quantité d’eau de la retenue n’a pas permis aux paysans de
rentabiliser leurs productions. Pratiquement, c’est une seule saison de riz qui a pu être pro-
duite. En effet, lorsque l’eau n’est pas disponible pour l’irrigation des parcelles, la production
du riz est difficile. La solution pour assurer la sécurité alimentaire passe obligatoirement par
la mise en valeur de ressources en eaux (Parent et al en 1999). La chute de la production de
riz en 2013 est donc le corolaire du manque d’eau dans la cuvette du barrage de Natiokoba-
dara. Cette idée ressort également chez Reboul Claude (1968), lorsqu’il signale qu’une crue
particulièrement faible entraîne l’effondrement de la production du riz au Sénégal. Cette in-
suffisance de production découle de la pénurie d’eau pour l’irrigation. Au Burkina Faso, plu-
sieurs contraintes expliquent la chute de la production du riz dans les grands périmètres irri-
gués. Il s’agit notamment de l’organisation des producteurs, de leur approvisionnement en in-
trants, de l’insuffisance du financement adapté, de l’insuffisance de l’encadrement et des
équipements et de la non maîtrise des itinéraires techniques de production (Ouédraogo et al,
2005). Au Mali, le fonctionnement défectueux des ouvrages hydrauliques et les conflits fon-
ciers sont les principales causes de la diminution des productions du riz dans les périmètres
irrigués (Tall et al, 2002).

Tableau 2 : Production du riz de 2007 à 2013 dans le périmètre de Natiokobadara.

Année Production du riz (en tonnes) Taux d’évolution de la production de riz


2007 7, 337 (2007-2009) +40%
2009 10,224 (2009-2011) +39%
2011 14,194 (2011-2013) -58%
2013 6,008
Source : Coopérative « Womiengnon » des riziculteurs de la Région des Savanes en Mars 2014.

4-3. Fluctuation des précipitations autour du site d’étude

Au cours des 7 années d’observation, les quantités des pluies sont passées de 1416 mm à 1262
mm, soit une différence de 154 mm. Le taux global de réduction est de -11%, et un taux d’ac-
croissement moyen annuel de presque -2%. Le taux moyen mensuel est donc de -0,16%. Ce-
pendant, elles ont baissé entre 2007 et 2009. Elles passent respectivement de 1416mm à 989
mm. Elles perdent ainsi une quantité évaluée à 427 mm d’eau pour l’intervalle de deux ans.
Cette perte représente environ -30% comme taux d’évolution des pluies dans cette période.
De 2009 à 2011, la pluviométrie évolue en passant de 989 à 1348mm, soit une augmentation
de 359 mm d’eau. Le taux d’évolution y est estimé à +36%. La période suivante (2011 à
2013), présente une légère chute (de 86mm) de précipitations. Le taux de régression relatif à
cette période pour les pluies est de -7%. On peut ainsi constater une fluctuation instable des

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quan-tités de précipitations dans la région de Korhogo. L’espace de Natiokobadara dans le


Nord de la Côte d’Ivoire présente des quantités de précipitations variables. Pour nos analyses
sur les quatre années d’étude, nous y avons trois années humides (2007, 2011 et 2013) et une
année sèche (2009).

Ce résultat confirme les observations de plusieurs auteurs sur la région ouest africaine. Les
précipitations y connaissent des fluctuations diverses. Elles manquent d’homogénéité. Dans
l’ensemble, elles présentent des tendances variées ou s’intercalent périodes humides et pério-
des sèches. Cette fluctuation ressort à travers les études de Ozer et Erpicum, de Mahe et Oli-
vry toutes deux réalisées en 1995, respectivement pour le Niger et pour l’ensemble de l’Afri-
que de l’Ouest. En 2011, Bodian, Dacosta et Dezetter ont également évoqué la variabilité cli-
matique relativement au Sénégal. En 2013, Soro et al ont aussi évoqué cette variabilité clima-
tique au sud de Korhogo, dans le bassin du haut bandama à Tortiya. Les différentes analyses
de ces auteurs confirment les résultats que nous avons obtenus sur le cas de Korhogo (Natio-
kobadara). Cette variabilité des quantités de précipitations dans la sous-région ouest africaine
est un risque pour l’agriculture familiale tributaire des cultures pluviales.

Tableau3 : Précipitations dans la région de Korhogo de 2007 à 2013.

Année Précipitations Taux d’évolution


(mm) des précipitations
2007 1416,48 (2007-2009) -30%
2009 989, 84 (2009-2011) +36%
2011 1348,2 (2011-2013) -7%
2013 1262

Source : Sodexam2 et COIC3, 2013.

Les trois variables analysées (niveau du plan d’eau, production du riz et quantité de précipita-
tions) connaissent des oscillations diverses selon les années et les périodes. Ces différentes
variations entretiennent-elles des interdépendances et des liens cachés? Pour mieux le com-
prendre, le test de corrélation de Pearson a été établi entre ces différentes variables.

(SP2 / SP1)1/n – 1 x 100

4-4. Le test de corrélation de Pearson

Ce test a été effectué à trois niveaux d’analyse. Il s’agit d’analyser la corrélation entre les pré-
cipitations, le niveau de remplissage du plan d’eau et la production du riz.

La corrélation entre les précipitations et le remplissage du plan d’eau de 2007 à 2013 est de
0.75 pour une référence de 1. La puissance statistique de ces données est de 1.979, pour un
degré de liberté de 3, et pour une probabilité de vérification de 0.14. L’intervalle de confiance
dans ce cas est 95%, pendant que les extrêmes sont plafonnés à -0.38 et à 0.98, pour un inter-
valle de confidence de 0.05. La corrélation de 0.75 obtenue est significative parce qu’elle tend
plus vers la valeur de référence qui est 1. Cela signifie que l’importance des précipitations est
favorable au remplissage de la cuvette du barrage. En effet les barrages érigés dans le Nord de
la Côte d’Ivoire sont en grande partie tributaires des précipitations. Généralement réalisés

2
Sodexam : Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologique.
3
Coic : compagnie ivoirienne de coton

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dans des vallées, ces ouvrages collectent les eaux de ruissellement pluviales. En outre certains
barrages sont alimentés par des cours d’eau permanent. Même pour ces cours d’eau le ravita-
illement se fait sous l’influence des précipitations.

La corrélation entre le niveau de remplissage du plan d’eau et la quantité de production du riz,


pour la période d’étude est de 0.61. La puissance statistique est de 1.36, pour un degré de li-
berté de 3 avec pour puissance de vérification de 0.26. L’intervalle de confiance étant de 95%
et les extrêmes sont plafonnés à -0.58 et 0.97, pour un intervalle de confidence de 0.05. Ce
test n’est pas significatif étant donné que le chiffre obtenu s’éloigne de la valeur référence qui
est de 1. Ce résultat indique que le remplissage de la cuvette du barrage n’est pas indispensa-
ble pour obtenir une bonne production de riz.

La valeur de la corrélation entre les précipitations et la production de riz est de 0.68. La puis-
sance statistique est de 1.63 pour un degré de liberté de 3, avec une puissance de vérification
de 0.20. L’intervalle de confiance est de 95% et les extrêmes sont plafonnés à -0.49 et 0.97,
pour un intervalle de confidence de 0.05. Cette valeur corrélative n’est pas significative par
rapport à la valeur de référence qui est de 1. Ce qui veut dire que l’abondance des précipita-
tions n’est pas suffisante pour obtenir une bonne production de riz.

Ces deux corrélations non significatives, indiquent que d’autres facteurs pourraient influencer
une bonne production du riz. A ce niveau, il faut compter avec la variable humaine qui est
fondamentale. Elle s’exprime en main d’œuvre, en usage d’intrants et en techniques cultu-
rales.

5. Conclusion

L’étude réalisée sur le site du barrage de Natiokobadara entre 2007 et 2013, a permis de com-
prendre que la variation du plan d’eau peut être étudiée à partir des photographies aériennes
prises sur le moteur de recherche Google earth. Elle met en exergue un rétrécissement du ni-
veau du plan d’eau du barrage à -77%, soit -18% par an. La réduction des précipitations dans
cette région de Korhogo est de -11%, soit -2% de pertes par an. La diminution des produc-
tions de riz dans le périmètre localisé en aval du barrage se fait à -18%, et -3% annuellement.
Au sein de ces trois variables, il existe une corrélation discrète entre le niveau de remplissage
du plan d’eau et les précipitations de la région. Par contre, la corrélation entre la production
du riz et le remplissage du plan d’eau et celle entre les précipitations et la production de riz ne
sont pas significatives. Cette étude pourrait être appliquée aux autres ouvrages hydrauliques
de la région des Savanes. A cet effet, il faudrait disposer d’images relatives à la même période
de l’année. En appliquant l’étude à plusieurs barrages hydro-agricoles, les données nombreu-
ses pourraient renforcer les valeurs des corrélations.

Références

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Burkina Faso. p.65-85 inBaijot E, Moreau J et Buoda S, Aspects hydrobiologiques et
piscicoles des retenues d’eau en zone soudano-sahelienne. Le cas du Burkina Faso
CTA, Commission des Communautés Européennes DG VIII D5. 250 pages

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[2] Bodian A, Dacosta H et Dezetter A, 2011. Caractérisation spatio-temporelle du régi-


me pluviométrique du haut bassin du fleuve Sénégal dans un contexte de variabilité
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Consulté le 17 avril 2014. URL : http://physio-geo.revues.org/1958 ; DOI :
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irrigués de l’Ouest du Burkina Faso. Atelier régional sur les politiques rizicoles et
sécurité alimentaire en Afrique sub-saharienne. Centre du riz pour l’Afrique
(ADRAO), du 07 au 09 Novembre 2005, Cotonou (Benin). Centre Régional de l’En-
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