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Comment les personnes phobiques sont prises en charge ?

30 à 40 % vont consulter un psy,

15 à 20 % consultent des généralistes qui prescrivent des anxiolytiques,

5 à 10 % se retrouvent à l’hôpital.

La phobie n’est pas toujours remarquée par l’entourage car la personne fait des

évitements et développe des stratégies de coping (notamment via des personnes ou

objets contraphobiques, mais également par prise de substance anxiolytiques comme

l'alcool).

La phobie sociale

Arnaud D’Argembeau

Secteur de Psychopathologie Cognitive, Université de Liège

Martial Van der Linden

Unité de Psychopathologie et Neuropsychologie Cognitive, Université de Genève

Secteur de Psychopathologie Cognitive, Université de Liège

Remerciements : Arnaud D’Argembeau est Chargé de recherches au Fonds National de la

Recherche Scientifique (FNRS) de Belgique.


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Une femme éprouve un malaise chaque fois qu’elle va faire ses courses au supermarché car
elle a l’impression d’être constamment observée. Elle sait que ce n’est probablement pas le cas, mais
elle ne peut s’empêcher d’avoir cette impression. Lorsqu’elle se déplace dans les rayons, elle n’arrête
pas de penser que les gens pourraient la fixer du regard. Arrivée à la caisse, elle se sent encore plus
nerveuse car elle va devoir adresser la parole à la caissière. Elle essaie tant bien que mal de forcer un
sourire, mais lorsqu’elle tente de parler, on l’entend à peine tellement sa voix est faible. Elle est
convaincue d’être ridicule et son anxiété ne fait que s’accroître en conséquence.

Un jeune homme aimerait sortir, voir des spectacles, faire la fête, mais ne va jamais nulle part
car il est très anxieux à l’idée de rencontrer de nouvelles personnes. Il pense qu’il y aura trop de monde
et qu’il risque de se comporter de manière catastrophique. L’idée de rencontrer des personnes inconnues
le terrorise: Trouvera-t-il quelque chose à leur dire ? On va probablement l’examiner dans le moindre
détail. Peut être le rejettera-t-on d’emblée ! Et même si les personnes qu’il rencontre paraissent
sympathiques au premier abord, elles ne manqueront pas de remarquer son allure gauche et son
incapacité à sourire de façon naturelle. Elles sentiront forcément son malaise et ne l’apprécieront pas.
« Je serai toujours rejeté », pense ce jeune homme. Finalement, il passera à nouveau la soirée seul chez
lui devant la télévision.

Ces deux exemples illustrent ce que les personnes atteintes d’une phobie sociale

peuvent vivre au quotidien. Dans les lieux publics, au travail, lors de réunions ou dans un

magasin, ces personnes ont l’impression que tout le monde les observe, même si elles peuvent

concevoir rationnellement que ce n’est pas le cas. Elles ne parviennent pas à se détendre

lorsqu’elles se trouvent avec des personnes qu’elles ne connaissent pas : elles ont

constamment l’impression que les autres vont les évaluer, les critiquer, les « juger » d’une

manière ou d’une autre, ce qui les rend très anxieuses. Afin d’essayer de réduire cette

situation douloureuse, elles restent généralement à l’écart des situations sociales et préfèrent

éviter les contacts avec d’autres personnes. Au cours de ce chapitre, nous décrirons la manière

dont l’approche cognitive en psychopathologie envisage le fonctionnement de ces personnes

atteintes d’une phobie sociale. Le tableau clinique de la phobie sociale, sa prévalence, ses

caractéristiques démographiques, ainsi que le type et la fréquence des troubles qui y sont

associés seront tout d’abord présentés. Nous discuterons ensuite des relations existant entre la

timidité, la phobie sociale, et le trouble de personnalité évitante. Les différents facteurs qui

contribuent au développement de la phobie sociale seront passés en revue, puis les modèles

cognitifs de ce trouble seront décrits de façon plus détaillée. Nous passerons également en

revue les principaux travaux expérimentaux qui ont examiné les biais de traitement de
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l’information chez les patients phobiques sociaux. Enfin, quelques exemples qui illustrent les

contributions de l’approche cognitive à la mise au point et à l’amélioration de techniques

efficaces pour le traitement de la phobie sociale seront fournis.

La phobie sociale : Tableau clinique, prévalence, caractéristiques démographiques et

troubles associés

La phobie sociale (PS) est définie par le DSM-IV comme étant « une peur persistante

et intense d’une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant

lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à

l’éventuelle observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir (ou de montrer des

symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante. » (American Psychiatric

Association, 1994, p. 206). La peur doit être perçue comme étant excessive ou irraisonnée,

doit entraîner un évitement des situations redoutées ou causer une anxiété anticipatoire, et doit

perturber de façon significative les activités sociales ou professionnelles de l’individu. Deux

types de PS sont généralement distingués (Hook & Valentiner, 2002; Lang & Stein, 2001) :

une forme généralisée qui inclus les cas dans lesquels l’anxiété et l’évitement concernent une

large variété de situations sociales, et une forme spécifique qui consiste en la peur d’une seule

ou de quelques situations sociales bien définies (par ex., la peur de parler en public). La forme

généralisée est souvent plus invalidante en raison du nombre important de situations sociales

redoutées.

La PS, largement méconnue tant du grand public que du milieu médical il y a encore

quelques années, s’avère être le trouble anxieux le plus fréquent et se classe en troisième

position parmi l’ensemble des troubles psychiatriques, après le trouble dépressif majeur et la

dépendance alcoolique. Sa prévalence varie de 0,5% à 16% selon les études. Dans une récente

revue de question, Lang et Stein (2001) ont énuméré une série de facteurs qui peuvent rendre
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compte de ces différences dans les taux de prévalence rapportés. Tout d’abord, les études qui

ont utilisé les critères diagnostiques du DSM-III ont trouvé des taux de prévalence plus élevés

car le trouble y est décrit comme étant caractérisé par une « anxiété significative », anxiété

d’une sévérité plus commune que « l’anxiété et la détresse intenses » décrites dans le DSM-

IV. Les taux de prévalence varient également en fonction de différences méthodologiques

entre les études. Des taux plus élevés sont rapportés dans les études qui ont envisagé une

grande variété de situations sociales et qui incluent des peurs relativement fréquentes (par ex.,

la peur de parler en public) en comparaison à d’autres peurs moins fréquentes (par ex., la peur

de manger en public). Les différences d’estimation dépendent aussi bien entendu de la

longueur de la période envisagée (par ex., 1 mois, 6 mois, ou toute la vie). Par exemple, dans

une étude effectuée par le National Comorbidity Survey aux Etats-Unis (Magee, Eaton,

Wittchen, McGonagle, & Kessler, 1996), l’estimation de la prévalence de la PS au cours

d’une vie était de 13,3% alors que cette estimation pour une période de 30 jours était de 4,5%.

Enfin, la méthode utilisée pour identifier le trouble (par ex., interview diagnostique,

questionnaire auto-administré, interview téléphonique) peut également affecter les taux

rapportés.

La PS débute habituellement lors de l’adolescence, la plupart des études rapportant un

âge moyen de début compris entre 15 et 18 ans (Magee et al., 1996; Öst, 1987; Schneir,

Johnson, Hornig, Liebowitz, & Weissman, 1992). Cependant, certaines études ont montré

qu’une PS peut être diagnostiquée chez des enfants dès l’âge de 8 ans (Albano & DiBartolo,

1997; Beidel & Turner, 1998). En outre, une timidité extrême et une réticence sociale peuvent

déjà être observées chez des enfants de 2 ou 3 ans (Kagan, Snidman, Arcus, & Reznick,

1994). Une revue récente de la littérature (Furmak et al., 1999) indique que la PS est plus

fréquente chez les femmes que chez les hommes, la proportion dans la population générale

étant approximativement de 1,5 pour 1. Par ailleurs, des études ont mis en évidence que la PS
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est un trouble chronique (sa durée moyenne étant d’environ 20 ans ; Öst, 1987; Moutier &

Stein, 1999) qui est associé à de moins bons résultats scolaires, à un niveau d’étude moins

élevé, ainsi qu’à un revenu moindre (Furmak et al., 1999; Magee et al., 1996). Ces

caractéristiques sont probablement des conséquences des symptômes liés au trouble. Par

exemple, les peurs sociales favorisent l’évitement du milieu scolaire et entraînent en

conséquence des performances plus faibles et une moins bonne réussite professionnelle.

La PS s’accompagne fréquemment d’autres troubles psychiatriques. Lorsque c’est le

cas, on constate que la PS est généralement apparue en premier lieu, ce qui pourrait

simplement refléter l’âge relativement précoce de début de la PS. Toutefois, une explication

alternative est que certains troubles se développent en réponse à la détresse et aux déficits

engendrés par la PS (par ex., devenir déprimé suite à l’isolement social, abuser d’alcool afin

de faire face aux situations redoutées). Dans l’étude du NCS au Etats-Unis, 81% des

personnes atteintes de PS ont rapporté avoir eu au moins un autre trouble dans leur vie. Parmi

celles-ci, 18,9% ont rapporté avoir eu un seul autre trouble, 14,1% ont rapporté deux autres

troubles, et 48% trois autres troubles ; les troubles associés les plus fréquents étaient les

troubles de l’humeur (41,4%), les autres troubles anxieux (56,9%) et les troubles liés à l’abus

de substance (39,6% ; Magee et al., 1996).

En résumé, les études portant sur la population générale on mis en évidence que la PS

est un des troubles psychiatriques les plus fréquents. Elle est plus fréquemment observée chez

les femmes et chez les jeunes. Ce trouble tend à avoir un début précoce, affecte de façon

importante le fonctionnement de l’individu dans sa vie quotidienne et est souvent associé à

d’autres troubles anxieux, à des troubles de l’humeur et/ou à un abus de substance.

Timidité, phobie sociale, et trouble de personnalité évitante : Différences qualitatives ou

quantitatives ?
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Lorsque l’on envisage les symptômes caractéristiques de la PS, on ne peut s’empêcher

de les rapprocher de ce que l’on appelle communément la timidité. Les réactions

émotionnelles suscitées par la confrontation aux situations sociales sont fréquentes, la

prévalence de la timidité (définie comme étant une anxiété et un inconfort dans les situations

sociales) étant de 40 à 50% dans la population générale (Carducci & Zimbardo, 1995;

Zimbardo, 1977). Par ailleurs, la définition de la PS s’apparente également à celle du trouble

de personnalité évitante qui consiste en un « mode général d’inhibition sociale, de sentiments

de ne pas être à la hauteur et d’hypersensibilité au jugement négatif d’autrui » (American

Psychiatric Association, 1994). Plusieurs auteurs se sont interrogés sur les relations existant

entre les manifestations « normales » de la timidité, les deux formes (généralisée et

spécifique) de la PS et le trouble de personnalité évitante. Une première façon de

conceptualiser ces relations est de postuler l’existence d’un continuum de timidité (Lang &

Stein, 2001) : il existerait des degrés divers de timidité, allant d’un niveau de timidité (faible à

modéré) considéré comme normal, à des degrés de timidité plus élevés qui se manifestent, par

ordre de sévérité, en une PS spécifique, une PS généralisée ou un trouble de personnalité

évitante. Selon cette approche, les différentes étiquettes utilisées reflèteraient donc des

différences quantitatives sur un continuum de timidité. D’autres auteurs pensent en revanche

qu’il existe des différences qualitatives entre la timidité et les états pathologiques tels que la

PS ou le trouble de personnalité évitante. Hook et Valentiner (2002) considèrent même que

les formes généralisée et spécifique de la PS devraient être considérées comme deux troubles

distincts. Cette proposition se fonde sur l’observation que les PS généralisée et spécifique

diffèrent quant au type de situations redoutées (situations de performance pour la forme

spécifique versus situations d’interaction pour la forme généralisée), à l’âge moyen de début

(plus précoce dans la forme généralisée), au profil des réponses physiologiques déclenchées

dans les situations sociales (réactivité cardiaque lors des situations de performance plus
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marquée pour la forme spécifique) et à leurs facteurs étiologiques (plus grande importance des

facteurs génétiques dans la forme généralisée).

L’état actuel des connaissances ne permet pas de conclure de façon définitive en

faveur de l’une ou l’autre de ces positions. Néanmoins, des travaux ont mis en évidence que la

PS et la timidité (évaluée à l’aide d’échelles telles que l’échelle de timidité de Cheek et Buss

par exemple; Cheek, 1983) ont de nombreux symptômes en communs. Tout d’abord, tant les

personnes timides que les personnes ayant une PS manifestent des symptômes physiologiques

(par ex., une augmentation du rythme cardiaque, des rougissements, une transpiration)

lorsqu’elles sont confrontées à des situations sociales (Beidel, Turner, & Dancu, 1985;

Pilkonis, 1977). En outre, des déficits dans les habiletés sociales, un évitement des situations

sociales, ainsi que des cognitions reflétant une peur des évaluations négatives d’autrui sont

présents aussi bien chez les personnes timides que chez les personnes ayant une PS

(Heimberg, Hope, Dodge, & Becker, 1990; Herbert, Hope, & Bellack, 1992; Ludwig &

Lazarus, 1983; Zimbardo, 1977). D’autres études ont trouvé que la timidité et la PS étaient

modérément à fortement corrélées (Stein & Chavira, 1998; Van Ameringen, Mancini, &

Oakman, 1998). Dans une étude de Chavira, Stein, et Malcarne (2002), 49% des personnes

très timides avaient également une PS, alors que seulement 18% des personnes ayant un

niveau de timidité moyen avaient une PS. Par ailleurs, la majorité des personnes

moyennement timides qui étaient diagnostiquées PS présentait la forme spécifique du trouble.

En revanche, la majorité des individus très timides diagnostiqués PS présentait la forme

généralisée du trouble. Un trouble de personnalité évitante était également plus fréquent chez

les personnes très timides que chez les personnes moyennement timides (14% vs 4%,

respectivement), et plus fréquent dans la forme généralisée que dans la forme spécifique de la

PS (39% vs 16%, respectivement). Une fréquence plus élevée de personnes ayant une PS chez
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les personnes timides que chez celles qui ne le sont pas a également été rapportée dans une

autre étude récente (Heiser, Turner, & Beidel, 2003).

Dans l’ensemble, ces travaux mettent clairement en évidence une relation entre la

sévérité de la timidité et la PS. Cette relation conforte l’hypothèse d’un continuum de timidité,

dans lequel un niveau de timidité plus important est indicatif d’une problématique d’anxiété

sociale plus importante, amenant à l’extrême à des cas pour lesquels un trouble psychiatrique

est diagnostiqué. Néanmoins, une timidité importante n’amène pas nécessairement à

développer une PS : dans l’étude de Chavira et al. (2002) par exemple, seule la moitié des

individus très timides avait un diagnostic de PS généralisée. Dans cette étude, les individus

très timides avec ou sans PS se distinguaient les uns des autres par la présence ou l’absence de

difficultés de fonctionnement au niveau professionnel ou dans d’autres domaines sociaux.

L’interférence avec le fonctionnement de l’individu est en effet généralement considéré

comme étant une différence qualitative essentielle entre un état normal et un état

pathologique. Néanmoins, l’idée de différences quantitatives versus qualitatives entre la

timidité, les deux formes de la PS et le trouble de personnalité évitante ne sont pas

nécessairement incompatibles. En effet, il est probable que la perturbation du fonctionnement

de l’individu (une différence considérée comme qualitative) soit une conséquence de

différences quantitatives concernant le niveau d’anxiété des personnes ainsi que la sévérité de

leurs biais de traitement de l’information sociale.

Etiologie

Une multitude de variables ont été associées au développement et à l’évolution de la

PS : des facteurs génétiques, le tempérament, l’influence des parents, des événements

déclencheurs et des modes de fonctionnement cognitif. La plupart des modèles étiologiques

postulent l’existence de facteurs de vulnérabilité biologique et psychologique qui sont


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aggravés par un mode de pensée problématique, par les émotions négatives et par des

comportements d’évitement (Kashdan & Herbert, 2001). Dans cette section, nous passerons

en revue les différents facteurs qui peuvent intervenir dans le développement et l’évolution de

la PS. Le rôle des facteurs cognitifs et des biais de traitement de l’information sera ensuite

examiné de façon plus détaillées dans la section suivante.

Deux sources de données appuient l’existence d’une prédisposition génétique au

développement de la PS. Tout d’abord, une large étude portant sur des jumeaux a trouvé un

taux de concordance de 24,4% pour les jumeaux monozygotes et de 15,3% pour les jumeaux

dizygotes (Kendler, Neale, Kessler, Heath, & Eaves, 1992). D’autres études ont mis en

évidence que les parents au premier degré de patients ayant une PS ont plus de risque de

développer ce trouble (Fyer, Mannuzza, Chapman, Liebowitz, & Klein, 1993; Stein et al.,

1998). Par exemple, dans l’étude de Stein et al. (1998), l’incidence de la PS généralisée était

10 fois plus importante chez les parents au premier degré d’individus atteints eux-mêmes de

PS. Dans une étude chez l’enfant, Mancini, Van Ameringen, Szatmani, Fugere, et Boyle

(1996) ont également trouvé une fréquence plus importante de PS parmi les enfants d’adultes

diagnostiqués PS. Bien que ces données soulignent l’existence d’une vulnérabilité génétique

dans la PS, on constate néanmoins que le majorité des parents au premier degré et la majorité

des jumeaux monozygotes des individus diagnostiqué PS ne présentent pas le trouble.

D’autres facteurs semblent donc être impliqués dans l’étiologie de la PS. Par ailleurs, comme

le soulignent Ollendick et Hirshfeld-Becker (2002), on ne sait pas actuellement si ces facteurs

génétiques prédisposent spécifiquement au développement de la PS plutôt qu’à une

inclination générale à l’anxiété ou aux affects négatifs.

Des styles de tempérament ont également été proposés comme facteurs de risque pour

le développement de la PS. Comme nous l’avons noté précédemment, bien que l’âge moyen

de début de la PS soit d’environ 15 ans, des manifestations de timidité peuvent apparaître très
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tôt chez l’enfant. Kagan et ses collaborateurs ont utilisé le terme d’inhibition

comportementale (IC) pour décrire une prédisposition chez certains enfants à manifester de la

peur, de l’évitement ou de la réticence lors de la confrontation à des situations, objets ou

personnes non-familiers. Ces enfants constituent environ 20% des enfants sains. Lorsqu’ils

sont nourrissons, les individus IC tendent à être irritables et à avoir des troubles du sommeil

puis, lorsqu’ils sont jeunes enfants, ils manifestent de l’anxiété et évitent les situations et les

personnes inconnues (Kagan & Snidman, 1999). Il semble par ailleurs que les enfants IC

présentent une activation accrue de régions cérébrales situées dans l’hémisphère droit (le

système d’évitement) et d’une moindre activation de régions situées dans l’hémisphère

gauche (le système d’approche; voir Davidson, 2002). De nombreuses études ont montré

l’existence d’un lien entre l’IC et le développement subséquent d’un trouble anxieux.

Hayward, Killen, Kraemer, et Taylor (1998) ont suivis un échantillon de 2242 étudiants

pendant 4 ans et ont trouvé que les étudiants qui rapportaient rétrospectivement une histoire

d’IC enfantine avaient 4 fois plus de risque de développer une PS que les enfants non-inhibés.

Van Ameringen, Mancini, et Oakman (1998) ont trouvé que, lors de l’admission à une

clinique spécialisée dans les troubles anxieux, les patients PS évaluaient rétrospectivement

une IC plus importante que les patients atteints d’autres troubles anxieux. Cependant, une

faiblesse de ces études est qu’elles se fondent sur l’utilisation de rapports rétrospectifs de l’IC

enfantine, rapports qui peuvent ne pas être un reflet exact de ce qu’était le tempérament réel

des sujets. Une évaluation plus directe des liens entre IC et PS a été effectuée par Schwartz,

Snidman, et Kagan (1999) dans une étude longitudinale portant sur 79 enfants de 13 ans qui

avaient été classés comme étant inhibés ou non-inhibés lorsqu’ils avaient 2 ans. Une PS

généralisée était plus fréquente chez les adolescents qui avaient été classés comme étant

inhibés que chez les adolescents classés non-inhibés (34% vs. 9%). Par contre, les adolescents

classés inhibés ne présentaient pas plus de phobies spécifiques ou d’anxiété de séparation,


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suggérant ainsi que les enfants inhibés sont particulièrement à risque pour le développement

d’une PS lors de l’adolescence. Néanmoins, l’IC ne permet pas non plus de rendre

complètement compte du développement de la PS. En effet, dans l’études de Schwartz et al.

(1999), seulement 34% des enfants IC ont développé une PS lors de l’adolescence. D’autres

facteurs sont donc à prendre en considération dans l’étiologie de la PS. Il est notamment

probable que certains modes d’éducation offerts par les parents puissent faciliter la survenue

du trouble et que certains événements de vie jouent un rôle de déclencheur chez des individus

qui sont par ailleurs prédisposés au trouble.

Comme nous l’avons noté, des études montrent que les enfants de personnes ayant une

PS ont plus de risque de présenter eux-mêmes le trouble. Bien que cette association soit au

moins en partie d’origine génétique, il est également possible que les parents PS modélisent la

peur des situations sociales chez leurs enfants, leur fournissent des attentes négatives relatives

aux situations sociales et leur offrent moins d’occasions de vivre des expériences de

socialisation. Plusieurs études indiquent que l’environnement familial des personnes PS est

davantage rejetant et émotionnellement distant, ou au contraire surprotecteur et possessif

(Bruch & Heimberg, 1994; Lieb et al., 2000). Des expériences de rejet, de critiques, de

culpabilisation peuvent amener les enfants à craindre davantage d’être évaluer négativement

dans les situations sociales et ainsi à éviter ces situations (Bruch, 1989). Des études montrent

également que les parents des individus PS sont plus isolés socialement (Bruch & Heimberg,

1994; Caster, Inderbitzen, & Hope, 1999), ce qui amènerait l’enfant à participer moins

fréquemment à des activités socialisantes avec des proches ou des amis. Par ailleurs, il semble

que certaines expériences telles que par exemple rater un exposé en classe, être brutalisé,

ridiculisé ou rejeté en public puissent contribuer au développement de la PS. En effet, de

nombreux adultes ayant une PS, et en particulier une PS spécifique, sont capables d’identifier

un événement humiliant précis qui correspondrait au début ou à l’aggravation de leur trouble


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(Öst, 1985; Stemberger, Turner, Beidel, & Calhoun, 1995). Cependant, ces résultats doivent

être interprétés avec prudence, d’une part, parce que les patients PS pourraient avoir des

souvenirs déformés de ces épisodes négatifs et, d’autre part, parce que les événements

rapportés pourraient être des manifestations précoces du trouble plutôt qu’un facteur

déclenchant. De plus, ce type d’événements traumatiques ne peuvent pas expliquer à eux seuls

le développement de la PS car il a été observé que 20% des sujets sains rapportent avoir vécu

des expériences sociales traumatiques sans pour autant avoir développé une PS (Stemberg et

al., 1995). Les expériences sociales traumatiques semblent néanmoins pouvoir faciliter le

développement d’une PS, principalement chez les personnes qui ont une vulnérabilité

préalable (Mineka & Zinbarg, 1995), que celle-ci soit la conséquence de facteurs génétiques,

d’un style de tempérament ou des modes de relation avec les parents.

En résumé, de nombreux facteurs peuvent contribuer au développement et au maintien

de la PS : des facteurs génétiques, le style de tempérament de l’individu, les relations avec ses

parents et les expériences sociales qu’il a vécues. Bien que ces différentes variables soient

associées à la PS, aucune n’est suffisante ni nécessaire à son développement. Ces variables

interagissent de manière complexe de sorte que, comme le soulignent Ollendick et Hirshfeld-

Becker (2002), une même condition (la PS) peut résulter de causes diverses. Pour l’exprimer

simplement, des variables génétiques et l’IC constituent des facteurs de risque qui

prédisposent les enfants au développement d’une PS mais ne l’occasionnent pas

nécessairement. D’autres facteurs, comme par exemple certaines expériences de vie,

participent au développement et au maintien du trouble.

Les modèles cognitifs de la phobie sociale

Les théories cognitives des troubles anxieux se fondent sur l’idée que des croyances

dysfonctionnelles et des biais dans le traitement de l’information (c’est à dire la manière dont
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un individu appréhende les stimuli provenant de son environnement interne ou externe) jouent

un rôle essentiel dans le développement et/ou le maintien de l’anxiété. De façon générale, les

modèles cognitifs ont proposé que les troubles anxieux sont sous-tendus par des biais dans le

traitement des informations menaçantes, c’est à dire par un traitement préférentiel des

informations perçues comme constituant une menace pour la sécurité et le bien être de

l’individu. Dans le cas particulier de la PS, la menace concerne la crainte d’être évalué

négativement par autrui.

Le modèle de Clark et Wells (1995)

Clark et Wells (1995; voir aussi Clark & McManus, 2002) ont décrit une série de biais

dans le traitement de l’information qui conduisent les patients PS à percevoir les situations

sociales de manière excessivement négatives. En raison d’expériences précoces ainsi que de

facteurs prédisposant (voir la section précédente), les patients PS ont développé une série de

croyances problématiques se rapportant à eux-mêmes ainsi qu’à leur univers social. Ces

croyances sont de trois types principaux :

 des standards excessivement élevés concernant les comportements et

performances attendus dans les situations sociales : par exemple, « je ne dois

montrer aucun signe de faiblesse », « je dois avoir l’approbation de tout le

monde »

 des croyances conditionnelles concernant les évaluations sociales : par

exemple, « si je fais une erreur, les autres vont me rejeter », « si je suis en

désaccord avec quelqu’un, les autres vont penser que je suis stupide »

 des croyances inconditionnelles concernant les patients eux-mêmes : par

exemple, « je suis stupide », « je suis inadapté ».


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Ces croyances conduisent les patients PS à estimer que les situations sociales sont

source de danger, ce qui suscite un état d’anxiété lors de la confrontation à ces situations. Les

auteurs décrivent ensuite une série de processus qui tendent à perpétuer les croyances

négatives des patients PS ainsi que l’anxiété qui en découle.

Selon Clark et Wells, lors des situations sociales, les patients PS focalisent leur

attention sur eux-mêmes au lieu d’examiner la situation à laquelle ils sont confrontés. Cette

orientation de l’attention vers soi amène les patients à développer une perception aiguë de

leurs propres sensations et manifestations d’anxiété et interfère avec la perception adéquate

des comportements d’autrui et de la situation sociale dans son ensemble. En outre, les patients

PS utilisent les informations internes perçues suite à la focalisation sur soi (leur sensation

d’anxiété, les images qu’ils se font de leur apparence) afin d’essayer de se représenter la

manière dont ils sont perçus par les autres. En d’autres termes, au lieu d’observer de façon

minutieuse le comportement des personnes avec lesquelles ils interagissent afin de détecter

des indices qui leur permettraient d’évaluer ce que l’on pense d’eux, les patients PS observent

leurs propres comportements et émotions (et en particulier les aspects négatifs de ceux-ci) et

en déduisent que ces informations reflètent ce que les autres pensent d’eux. Par exemple, les

patients PS assimilent la sensation d’être humilié au fait d’être humilié et confondent leur

sentiment d’anxiété avec le fait d’être perçu extérieurement comme étant anxieux. Ainsi, un

patient peut avoir l’impression qu’il tremble fortement et supposer que les autres doivent voir

que sa main tremble violemment alors qu’en réalité les autres ne perçoivent qu’un léger

tremblement ou ne perçoivent même rien d’anormal. Enfin, bien que les patients PS focalisent

leur attention sur eux-mêmes plutôt que sur les autres et la situation, l’environnement externe

est tout de même traité en partie et, selon Clark et Wells, les indices sociaux externes

menaçants seront traités en priorité. Par exemple, les patients PS portent sélectivement leur
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attention sur les signes de désapprobations et ont tendance à interpréter les situations

ambiguës de manière négative.

Par ailleurs, lorsqu’ils se trouvent dans des situations sociales, les patients PS utilisent

une série de comportements et de stratégies cognitives destinés à prévenir les catastrophes

qu’ils redoutent et à réduire le risque d’une évaluation négative. Par exemple, un patient qui a

peur que sa main tremble lorsqu’il boit va remplir son verre à moitié et va le tenir fermement

lorsqu’il le porte à ses lèvres. Un autre patient qui redoute de paraître stupide dans ses

interactions sociales va par exemple essayer de mémoriser une conversation dans les

moindres détails afin de s’assurer qu’elle ne répète pas deux fois la même chose. Ce type de

comportements et stratégies cognitives contribuent à maintenir les croyances négatives des

patients PS de deux façons. Tout d’abord, lorsque la catastrophe redoutée ne se produit pas,

les patients l’attribuent à la mise en place de leurs comportements sécurisants plutôt qu’à une

absence d’évaluation négative provenant d’autrui. En outre, certains comportements

sécurisants peuvent entraîner une évaluation négative et l’émission de critiques réelles de la

part d’autrui. Par exemple, le fait de focaliser son attention sur soi et d’essayer de mémoriser

l’ensemble d’une conversation peut donner l’impression qu’un patient est distant et

inintéressé. L’interlocuteur pourrait penser qu’il s’ennuie et en conséquence réagir de façon

désagréable.

La focalisation de l’attention sur soi, le traitement préférentiel des informations

menaçantes et l’utilisation de comportements sécurisants sont mis en œuvre par les patients

PS dès l’instant où ils se trouvent confrontés à une situation sociale. Clark et Wells ont aussi

décrit des distorsions dans le traitement de l’information qui se produisent avant et après

l’expérience d’une situation sociale. Dans la période qui précède la situation, les patients PS

présentent une anxiété anticipatoire marquée et passent en revue de façon détaillée ce qui

pourrait leur arriver. Au cours de ce processus, leurs pensées sont dominées par des souvenirs
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d’échecs passés et par des images négatives d’eux-mêmes. Dans certains cas, ce type de

ruminations peut amener les patients à éviter une situation sociale. Lorsqu’ils s’y confrontent

néanmoins, leurs ruminations font qu’ils s’attendent à encourir une expérience d’échec et de

rejet. A la suite de la situation, les patients PS passent également en revue l’interaction de

façon détaillée. Cette remémoration est centrée autour de la perception négative de soi, des

sensations d’anxiété et des mauvaises performances des patients car ce sont ces aspects qui

ont été préférentiellement traités lors de la situation. Par conséquent, l’interaction est

généralement perçue comme étant nettement plus négative qu’elle ne l’était en réalité. Ces

souvenirs négatifs d’expériences sociales passées conduisent les patients PS à s’évaluer de

façon négative et à faire des prédictions négatives concernant leurs performances futures, ce

qui tend à perpétuer leur mode de traitement de l’information.

En résumé, selon Clark et Wells, les patients PS possèdent une série de croyances

erronées qui les amènent à percevoir les situations sociales comme étant dangereuses.

Lorsqu’ils sont confrontés à ce type de situation, ils focalisent leur attention sur eux-mêmes

plutôt que sur la situation externe, utilisent des comportements sécurisants et traitent

préférentiellement les indices sociaux menaçants plutôt que rassurants. L’évaluation

anticipatoire des situations sociales ainsi que leur remémoration sont également centrées

autour des aspects négatifs d’eux-mêmes et de la situation. Ensemble, ces processus

contribuent à perpétuer la notion de danger associée aux situations sociales.

Le modèle de Rapee et Heimberg (1997)

Rapee et Heimberg (1997) ont proposé un modèle relativement similaire à celui de

Clark et Wells (1995), dans lequel les auteurs décrivent une série de processus impliqués dans

la génération et le maintien de l’anxiété éprouvée lors des situations sociales. Selon Rapee et

Heimberg, le modèle décrit les mécanismes mis en oeuvre chez toute personne qui éprouve de
17

l’anxiété dans une situation sociale à un moment donné et non pas uniquement chez les

patients PS. En effet, les auteurs considèrent que la timidité, la phobie sociale et la

personnalité évitante ne sont pas qualitativement distinctes. Il s’agit plutôt d’états se situant à

différents niveaux le long d’un continuum de gravité des peurs et préoccupations concernant

les évaluations sociales. Les caractéristiques du traitement de l’information décrites dans ce

modèle se distribuent également sur un continuum de sévérité.

Selon Rapee et Heimberg, lorsqu’une personne se trouve dans une situation sociale,

elle se forme une représentation mentale de son apparence et de son comportement, tels

qu’elle estime qu’ils sont perçus par les autres personnes impliquées dans la situation. Cette

représentation ne porte pas sur la manière dont l’individu se perçoit lui-même en réalité mais

plutôt sur la manière dont il pense que les autres le perçoivent, dans la situation particulière à

laquelle il est confronté. De multiples informations participent à la construction de cette

représentation de soi. Tout d’abord, l’individu possède une image pré-existante de lui-même,

stockée en mémoire à long terme, basée sur des images de son apparence réelle (par ex.,

images dans un miroir, photos) ainsi que sur ses expériences préalables dans les situations

sociales (par ex., les feedbacks qu’il a reçu d’autrui). Ces informations stockées en mémoire

fournissent à l’individu une « image de base » qui est ensuite constamment remodelée en

fonction des indices internes et externes perçus dans la situation particulière à laquelle il est

confronté. Par exemple, les informations proprioceptives fournissent à l’individu des données

concernant sa posture et ses mouvements alors que les informations provenant du système

nerveux autonome le renseignent sur les aspects potentiellement visibles de son anxiété tels

que la transpiration ou le rougissement. Des indices externes tels que les signaux verbaux et

non-verbaux émis par les personnes avec lesquelles la personne interagit peuvent également

contribuer à modifier la représentation de soi. Cette représentation mentale de l’apparence de

la personne n’est donc pas figée mais est au contraire constamment mise à jour en fonction
18

des informations internes et externes présentes à un moment donné. En outre, l’individu

accorde plus ou moins d’importance aux différents aspects de la représentation de soi, en

fonction de ses préoccupations. Par exemple, si une personne craint d’avoir l’air crispée, toute

sensation de tension sera particulièrement mise en avant.

La représentation mentale de l’apparence et du comportement tels que supposés perçus

par les autres est davantage négative pour les patients PS que pour les personnes qui ne

présentent pas d’anxiété sociale. Les patients PS ont en effet tendance à se focaliser et à

exagérer les aspects négatifs de l’image de soi, aspects qu’ils perçoivent comme hautement

susceptibles d’engendrer des critiques ou moqueries de la part d’autrui. Par ailleurs, les

patients PS allouent préférentiellement leurs ressources attentionnelles dans un examen

détaillé de l’environnement externe destiné à détecter des signes d’évaluation négative de la

part d’autrui (par ex., un froncement des sourcils ou des manifestations d’ennui). En

conséquence, moins de ressources sont disponibles pour le traitement d’autres informations et

pour la réalisation de tâches cognitives complexes, ce qui peut entraîner des perturbations

dans la réalisation de diverses tâches.

En plus de se construire une représentation de son apparence et de son comportement

tels qu’ils sont supposés être perçus par autrui, l’individu formule des prédictions quant aux

performances que les autres attendent de lui dans la situation à laquelle il est confrontée. Ces

prédictions varient en fonction des caractéristiques des personnes avec lesquelles l’individu

interagit et du type de situation sociale dans laquelle il se trouve. Par exemple, la

confrontation avec des personnes jugées importantes dans le cadre d’une situation formelle

conduit à prédire des standards de performance plus élevés que lors d’une interaction avec des

personnes jugées moins importantes. Comme la représentation de soi, la perception des

standards de performances est mise à jour d’instant en instant, en fonction de la perception


19

des réactions des personnes avec lesquelles l’individu interagit et des demandes de la

situation.

Afin d’éviter d’être évalué négativement dans une situation sociale, l’individu estime

qu’il doit se comporter d’une manière qui correspond à ce qu’on attend de lui dans cette

situation. Afin de vérifier que c’est le cas, il va comparer sa représentation de ce que les autres

attendent de lui à sa représentation de son apparence et de son comportement. Cette

comparaison lui fournit ainsi une estimation de la manière dont les autres perçoivent ses

performances actuelles dans la situation. Lorsque la représentation de ses performances

actuelles s’écarte des normes attendues de performances, une évaluation négative est jugée

probable et l’individu va envisager les conséquences de cette évaluation. La perception du

risque d’une évaluation négative et de ses conséquences entraîne de l’anxiété, dans ses aspects

physiologiques (par ex., transpiration, rougeur, tremblements), cognitifs (pensées négatives),

et comportementaux (par ex., éviter de regarder dans les yeux, réduire la fréquence de prise de

parole ou l’intensité de la voix). Plus le risque d’une évaluation négative et de ses

conséquences sont perçus comme étant importants, plus l’anxiété sera élevée. Comme nous

l’avons souligné, étant donnée que les patients PS se focalisent davantage sur les aspects

négatifs de l’image de soi, le risque perçu d’une évaluation négative et l’anxiété qui en

découle seront plus importants que chez les personnes non-anxieuses. Les réponses anxieuses

influencent à leur tour la représentation de l’apparence et du comportement de l’individu. Par

exemple, la perception de symptômes physiques tels que la transpiration ou les tremblements

va être intégrée dans la représentation de soi et l’individu va se focaliser sur ces aspects

négatifs, perpétuant ainsi le cycle de production de l’anxiété.

Dans l’ensemble, le modèle de Rapee et Heimberg est assez proche de celui de Clark

et Wells. Tous deux soulignent l’importance de la focalisation de l’attention sur soi, de la

construction d’une image de l’apparence que la personne est supposée fournir à autrui, du
20

traitement préférentiel des informations sociales négatives. Néanmoins, le modèle de Rapee et

Heimberg décrit de façon plus détaillée les processus qui sont impliqués dans la génération de

la représentation de soi et met davantage l’accent sur le processus de comparaison de cette

représentation avec les standards attendus de performances comme source de l’anxiété.

Le traitement de l’information dans la phobie sociale : Etudes expérimentales

Comme nous venons de le décrire, les modèles cognitifs de la PS se fondent donc sur

l’idée que des biais dans le traitement de l’information participent au développement et au

maintien du trouble. En particulier, les individus anxieux sociaux se caractérisent par un

traitement sélectif des informations sociales menaçantes. Ces dernières années, de

nombreuses études expérimentales se sont attachées à examiner la présence de tels biais aux

différentes étapes du traitement de l’information : attention, jugement et interprétation,

mémoire. Deux stratégies de recherche ont été utilisées : certaines études ont utilisé une

population clinique de patients diagnostiqués PS et ont comparé ces patients à des sujets non-

anxieux et/ou à des patients présentant un autre trouble ; d’autres études ont comparé des

sujets tout-venants qui présentent des scores faibles versus élevés à une échelle d’anxiété

sociale telle que « l’échelle de peur de l’évaluation négative » (« Fear of Negative Evaluation

Scale », Watson & Friend, 1969 ; voir Musa, Kostogianni, & Lépine, 2004 pour une version

française de cette échelle). Cette seconde stratégie se fonde sur l’idée que l’anxiété sociale est

distribuée de façon continue dans la population générale de sorte que la comparaison, au sein

d’une population non-clinique, de personnes présentant des scores faibles versus élevés

d’anxiété sociale peut permettre d’identifier les processus impliqués dans la PS. La validité de

cette stratégie a été soulignée par Stopa et Clark (2001) qui concluent sur base d’une revue de

la littérature que les processus qui différencient les sujets ayant des scores faibles versus

élevés d’anxiété sociale sont essentiellement les mêmes que ceux qui différencient les patients
21

PS des sujets contrôles non-cliniques. Dans ce chapitre, nous présenteront donc non

seulement les études ayant examiné les différences de traitement de l’information chez les

patients PS mais aussi celles qui ont comparé des sujets tout-venant classés selon leur niveau

d’anxiété sociale. Le type de population utilisé dans chaque étude sera toutefois précisé.

Biais attentionnels

Les premières études qui ont examiné la présence de biais attentionnels dans la PS ont

utilisé le Stroop émotionnel. Dans cette tâche, on présente aux sujets une série de mots écrits

en différentes couleurs et variant selon leur signification émotionnelle (par ex., mots négatifs

vs neutres). Les sujets doivent essayer d’ignorer le contenu sémantique des mots afin de

nommer le plus rapidement possible la couleur dans laquelle sont écrits les mots. Le temps

nécessaire pour nommer la couleur des différents types de mots (par ex., négatifs vs. neutres)

est comparé et l’on considère qu’un temps de réponse plus long signifie que le contenu

sémantique des mots perturbe davantage le traitement de la couleur. Cet effet d’interférence

est interprété comme reflétant une plus forte attraction de l’attention par le contenu

sémantique des mots. Par exemple, l’observation de temps de réponse plus long pour nommer

la couleur de mots négatifs que pour nommer la couleur de mots neutres signifierait que

l’attention des sujets était davantage attirée par le contenu sémantique des mots négatifs.

Hope, Rapee, Heimberg et Dombeck (1990) ont présenté des mots ayant une

connotation sociale menaçante (par ex., « ennuyeux », « ridicule »), des mots ayant une

connotation physique menaçante (par ex., « mortel », « ambulance »), ainsi que des mots

neutres (par ex., « récit », « sport ») à des patients PS et à des patients présentant un trouble

panique. Ces auteurs ont observé que les patients PS mettent plus de temps pour nommer la

couleur des mots socialement menaçants que pour nommer celle des mots neutres. Les temps

de réponses pour les mots physiquement menaçants et pour les mots neutres étaient par contre
22

équivalents. Les patients présentant un trouble panique, en revanche, mettaient plus de temps

pour nommer la couleur des mots physiquement menaçants que celle des mots neutres, mais

pas plus de temps pour nommer la couleur des mots socialement menaçants par rapport à celle

des mots neutres. Ces résultats indiquent que les patients PS sont spécifiquement perturbés

par les mots socialement menaçants, alors que les patients présentant un trouble panique sont

perturbés par les mots physiquement menaçants mais pas par les mots socialement menaçants.

Cet effet d’interférence spécifique aux mots socialement menaçants chez les patients PS a été

répliqué dans des études ultérieures (Becker, Rinck, Margraf, & Roth, 2001; Lundh & Öst,

1996b; Maidenberg, Chen, Craske, Bohn, & Bystritsky, 1996; Mattia, Heimberg, & Hope,

1993). Spector, Pecknold, et Libman (2003) ont par ailleurs trouvé que les patients PS

présentent un effet d’interférence plus marqué pour des mots décrivant des symptômes

d’anxiété visibles extérieurement (par ex., « rougissement ») que pour des mots décrivant des

symptômes d’anxiété moins visibles (par ex., « paralysé ») alors que ce n’était pas le cas pour

les sujets non-anxieux. Dans l’ensemble, ces travaux suggèrent que l’attention des patients PS

est attirée par les stimuli menaçants spécifiquement liés à leurs préoccupations, à savoir la

crainte des évaluations négatives. Par ailleurs, Maidenberg et al. (1996) ont montré que l’effet

d’interférence chez les patients PS se produit pour des mots socialement menaçants mais pas

pour des mots socialement positifs, démontrant ainsi que ce n’est ni la valeur émotionnelle

des stimuli en tant que telle ni leur contenu social qui produit un effet d’interférence mais

plutôt leur signification à la fois sociale et menaçante.

Une augmentation des temps de réponses pour les mots socialement menaçants chez

les patients PS n’a cependant pas été observée dans certaines conditions. En effet, Amir et al.

(1996) ont trouvé que l’allongement des temps de réponse pour les mots socialement

menaçants disparaît lorsqu’un état d’anxiété est induit chez les patients PS préalablement à la
23

réalisation de la tâche1. Par ailleurs, Amir, Freshman, et Foa (2002) ont comparé l’effet

d’interférence pour des séries de stimuli qui comportaient différentes proportions de mots

menaçants, de mots positifs et de non-mots. Deux types de séries étaient présentés : une série

qui comprenait deux tiers de mots (dont la moitié étaient socialement menaçants et l’autre

moitié positifs) et un tiers de non-mots (XXXX), et une série qui comprenait un tiers de mots

et deux tiers de non-mots. Amir et al. (2002) ont observé que l’effet d’interférence induit par

les mots menaçants chez les patients PS est plus marqué pour la liste comprenant une faible

proportion de mots que pour la liste comprenant une forte proportion de mots. Selon les

auteurs, les résultats de ces deux études (Amir et al., 1996, 2002) indiquent que les patients

PS sont capables d’utiliser des processus contrôlés afin d’inhiber l’attraction de leur attention

par les stimuli socialement menaçants. Lorsque la proportion de mots menaçants par rapport

aux mots non-menaçants (ou aux non-mots) est relativement faible, ces processus contrôlés

d’évitement de la menace sont relâchés et les patients PS présentent un effet d’interférence

plus marqué. Au contraire, l’induction d’un état d’anxiété amène les patients PS à essayer

davantage d’éviter la menace, ce qui expliquerait la disparition de l’effet d’interférence par les

mots menaçants suite à une induction d’anxiété. Cette interprétation s’accorde au modèle en

deux étapes des biais attentionnels dans l’anxiété qui propose que les sujets anxieux se

caractérisent par une attraction rapide et automatique de l’attention par la menace, suivie par

la mise en place de processus contrôlés dirigeant l’attention à l’écart de la menace dans le but

de réduire le niveau d’anxiété (Mogg, Bradley, Bono, & Painter, 1997; Williams, Watts,

MacLeod, & Mathews, 1997).

Comme nous l’avons noté, les effets obtenus dans les études qui ont utilisé le Stroop

émotionnel sont en général interprétés comme reflétant une capture de l’attention par

l’information émotionnelle. Cependant, l’effet d’interférence dans la tâche de Stroop semble

1
Comme dans la plupart des études portant sur la PS, l’état d’anxiété était induit en disant aux patients qu’ils
vont devoir faire un discours en public après avoir réaliser la tâche expérimentale et en leur précisant que leur
discours sera évalué.
24

également impliquer d’autres processus (voir Kane & Engle, 2003), de sorte que certains

auteurs ont critiqué l’utilisation de cette tâche en tant que mesure des biais attentionnels liés à

l’anxiété. Afin d’éviter ces problèmes d’interprétation, d’autres études ont utilisé la tâche de

détection de point (« dot-probe task») qui mesure plus directement l’allocation de l’attention.

Dans cette tâche, les sujets voient deux stimuli qui sont présentés simultanément à droite et à

gauche (ou en haut et en bas) du centre d’un écran d’ordinateur. Directement après l’affichage

des stimuli à l’écran, un point apparaît à l’endroit où se trouvait l’un des deux stimuli. Les

sujets doivent presser un bouton dès qu’ils ont détecté la localisation du point. Généralement,

les deux stimuli présentés varient quant à leur signification émotionnelle. L’allocation de

l’attention vers ou à l’écart de certains stimuli est mesurée indirectement par le temps de

réaction nécessaire à la détection du point : par exemple, des temps de réaction rapides pour

les points apparaissant à l’endroit des mots menaçants et des temps de réaction faibles pour

les points apparaissant à l’endroit des mots neutres reflètent une attraction de l’attention par

les mots menaçants. Asmundson et Stein (1994) ont montré que les patients PS détectent plus

rapidement les points lorsque ceux-ci sont précédés par des mot socialement menaçants que

par des mots physiquement menaçants ou par des mots neutres. Musa, Lépine, Clark, Mansell,

et Ehlers (2003) ont également trouvé un biais attentionnel pour les mots socialement

menaçants chez les patients PS dans cette tâche de détection de point. Par ailleurs, ces auteurs

observent que la présence d’un état dépressif en plus d’une PS élimine le biais attentionnel

envers les mots socialement menaçants. Selon Musa et al. (2003), les déficits motivationnels

caractéristiques de la dépression réduisent l’orientation rapide de l’attention vers les stimuli

menaçants.

Dans l’ensemble, les études sur le Stroop émotionnel et les études de détection de

point démontrent que la PS est associée à un biais attentionnel spécifique pour les

informations sociales menaçantes. Cependant, Clark et Wells (1995) notent qu’une attention
25

sélective envers des mots menaçants reflète davantage les préoccupations mentales des

patients plutôt que le traitement des indices sociaux externes. En effet, bien que les mots

présentés puissent être considérés comme des stimuli externes en ce sens qu’ils ne sont pas

générés par les sujets eux-mêmes, leur contenu (par ex., « stupide », « ennuyeux ») porte

généralement sur l’image de soi, de sorte que l’attention portée à ces mots peut être

considérée comme un indice de l’attention portée aux représentations internes négatives de soi

plutôt qu’à la menace externe. En conséquence, d’autres études ont utilisé des stimuli qui sont

plus proches des stimuli sociaux externes rencontrés dans la vie quotidienne, tels que des

visages par exemple.

Mansell, Clark, Ehlers et Chen (1999) ont utilisé une tâche de détection de point qui

consistait en des paires d’images comportant un visage (avec une expression positive,

négative, ou neutre) et un objet ménager (par ex., une horloge, un divan, un téléphone). Cette

tâche était présentée à des sujets tout-venant présentant des scores faibles ou élevés à une

échelle d’anxiété sociale. Pour la moitié des sujets, un état d’anxiété était induit préalablement

à la réalisation de la tâche par l’anticipation d’un discours. Les résultats de cette étude mettent

en évidence que, par rapport aux sujets faiblement anxieux socialement, les sujets fortement

anxieux présentent un biais attentionnel à l’écart des visages émotionnels (tant positifs que

négatifs) mais uniquement lorsqu’ils s’attendent à devoir faire un discours. Il n’y avait pas de

différence entre les groupes en ce qui concerne l’attention portée aux visages neutres. Des

résultats similaires ont été rapportés par Chen, Ehlers, Clark, et Mansell (2002) avec une

population de patients PS : les patients identifent plus rapidement le point lorsque celui-ci

apparaît à l’endroit où se trouvaient les objets ménagés plutôt qu’à l’endroit où se trouvaient

les visages. Toutefois, dans cette étude, un biais attentionnel à l’écart des visages était présent

pour tous les types de visages (positifs, négatifs, neutres) et non plus uniquement pour les

visages émotionnels comme c’était le cas dans l’étude de Mansell et al. (1999). Par ailleurs, le
26

biais était présent chez les PS bien que ceux-ci ne s’attendaient pas à devoir donner un

discours, alors que dans l’étude de Mansell et al. les sujets fortement anxieux socialement

évitaient les visages uniquement lorsqu’un état d’anxiété était induit. Les auteurs estiment

néanmoins que, bien qu’un état d’anxiété n’était pas explicitement induit, le contexte

expérimental de l’étude (interview diagnostique sur la PS, rencontre avec des inconnus,

instructions spécifiant de faire la tâche rapidement et sans erreurs) peut avoir activé les

préoccupations d’évaluation négative chez les patients PS. Malgré quelques différences dans

les résultats, ces deux études suggèrent donc que l’anxiété sociale est associée à un évitement

attentionnel des visages. Par ailleurs, une étude récente montre que les patients PS ont

tendance à éviter de regarder les yeux (une caractéristique faciale particulièrement importante

dans le signalement de la menace sociale) lorsqu’ils observent des visages (Horley, Williams,

Gonsalvez, & Gordon, 2003). Ces résultats appuient le modèle de Clark et Wells (1995) qui

souligne le rôle des processus de focalisation de l’attention sur soi et la réduction de

l’attention portée aux indices sociaux externes. Ces résultats ne soutiennent par contre pas

l’idée que l’anxiété sociale est associée à un biais attentionel pour les indices externes de

menace sociale. En effet, selon cette hypothèse, on devrait observer une orientation de

l’attention vers les visages menaçants dans la PS, plutôt qu’un évitement de ceux-ci.

D’autres études amènent cependant à revoir ces conclusions. Tout d’abord, Mogg et

Bradley (2002) ont utilisé une tâche de détection de point qui consiste en la présentation

subliminale (présentation très rapide de 17 msec empêchant la reconnaissance consciente des

stimuli) de paires de visages variant selon leur expression émotionnelle. Ces auteurs ont

trouvé que les sujets non-cliniques ayant un score élevé à une échelle d’anxiété sociale

présentent un biais attentionnel vers les visages qui ont une expression menaçante. Par

ailleurs, Gilboa-Schechtman, Foa, et Amir (1999) ont présenté des ensembles de 12 visages :

dans certains cas tous les visages sont identiques, alors que dans d’autres cas, un des visages a
27

une expression émotionnelle différente de celle des autres visages. La tâche des sujets est

d’indiquer la présence ou l’absence d’un visage différent parmi l’ensemble des visages. Les

auteurs ont trouvé que les patients PS détectent plus rapidement un visage menaçant qu’un

visage joyeux se trouvant dans un ensemble de visages neutres, par rapport aux sujets

contrôles. Enfin, Veljaca et Rapee (1998) ont réalisé une étude montrant que les sujets

anxieux sociaux détectent plus d’indices sociaux négatifs et moins d’indices sociaux positifs

que les sujets non-anxieux dans une situation plus proche des situations sociales rencontrées

dans la vie quotidienne. Des sujets présentant des scores haut ou faible à une échelle d’anxiété

sociale devaient faire un discours face à trois personnes. Ces personnes manifestaient au cours

du discours des signes positifs (par ex., sourire, approbation de la tête) et des signes négatifs

(par ex., avoir l’air endormi, bâillement, regarder sa montre). Les sujets avaient pour

instruction de détecter les comportements positifs et négatifs manifestés par les personnes au

cours de leur discours et devaient appuyer sur un bouton chaque fois qu’ils détectaient un

comportement positif et sur un autre bouton chaque fois qu’ils détectaient un comportement

négatif. Les résultats montrent que les sujets anxieux socialement détectaient plus de

comportements négatifs et moins de comportements positifs que les sujets peu anxieux

socialement.

Ces résultats peuvent au premier abord paraître en contradiction avec ceux rapportés

par Mansell et al. (1999) et Chen et al. (2002), à savoir un évitement des visages dans la PS.

Néanmoins, ces études présentent des différences méthodologiques importantes. Tout

d’abord, les études diffèrent quant au temps de présentation des stimuli : les stimuli étaient

présentés pendant un temps relativement long (500 msec) dans les études de Mansell et al.

(1999) et de Chen et al. (2002) et pendant un temps plus court (17 msec) dans l’étude de

Mogg et Bradley (2002 ; dans cette étude, les visages étaient par ailleurs suivis par un masque

afin d’empêcher la reconnaissance consciente des visages). Comme le suggèrent Mogg et


28

Bradley, une explication possible des divergences de résultats est que la direction des biais

attentionnels dépend du niveau de traitement attentionnel sous-jacent à la tâche. Il est en effet

possible que l’anxiété sociale soit associée à une orientation rapide, automatique, vers la

menace, suivie d’un évitement subséquent de la menace de sorte que les patients PS peuvent

avoir leur attention automatiquement capturée par les indices socialement menaçants comme

c’est le cas dans l’étude de Mogg et Bradley qui a utilisée une présentation subliminale des

stimuli. Le biais attentionnel rapporté dans la tâche Gilboa-Schechtman et al. (1999) et dans

celle de Veljaca et Rapee (1998) serait également sous-tendu par des processus de détection

rapide de la menace. Il est néanmoins possible que les patients PS ont tendance, dans un

second temps, à écarter leur attention des indices sociaux menaçants (par exemple, à éviter les

visages comme le suggèrent les résultats de Mansell et al. et de Chen et al.), dans le but de

réduire l’inconfort subjectif lié à la perception de la menace. Cette explication fondée sur un

modèle en deux étapes des processus attentionnels dans la phobie sociale est similaire à celle

fournie par Amir et al. (2002) concernant les études qui ont utilisées le Stroop émotionnel.

Néanmoins, Mogg, Philippot, et Bradley (2003) ont récemment rapporté une étude qui met en

évidence un biais d’orientation de l’attention envers la menace chez des patients PS en

utilisant un temps de présentation des stimuli qui était identique à celui utilisé par Mansell et

al. (1999) et Chen et al. (2002). Les auteurs ont administré aux participants (PS et de contrôle)

une tâche de détection de points dans laquelle des paires de visages comportant un visage

neutre et une visage avec une expression de joie ou de colère étaient présentées pendant 500

ou 1250 msec. Dans cette recherche, les patients PS présentaient une vigilance envers la

menace à 500 msec mais pas à 1250 msec. Contrairement aux études de Mansell et al. (1999)

et de Chen et al. (2002), les patients PS orientaient donc leur attention vers les visages

menaçants à 500 msec. Cependant, une différence entre les études tient dans le fait que

Mansell et al. (1999) et Chen et al. (2002) ont présenté des paires comprenant un visage et un
29

objet ménager alors que Mogg et al. (2003) ont présenté des paires comprenant deux visages.

Selon Mogg et al., la PS serait associée à une vigilance automatique envers les indices sociaux

menaçants mais lorsque survient la possibilité d’orienter l’attention vers des indices non-

sociaux (tels que les objets ménagers utilisés dans les études de Mansell et al. et Chen et al.)

plutôt que vers des visages, cette vigilance pourrait être inhibée par un mécanisme sous-

tendant les comportements de soumission sociale. Des études supplémentaires seraient

nécessaires afin d’examiner cette proposition.

Un travail récent d’Amir, Elias, Klumpp, et Przeworski (2003) a amené ces auteurs à

formuler une autre proposition concernant les mécanismes impliqués dans les biais

attentionnels associés à la PS. Les sujets voyaient deux rectangles se situant à droite et à

gauche d’un écran d’ordinateur. Un mot (positif, négatif, ou neutre) apparaissait ensuite dans

un des deux rectangles. Un indice apparaissait ensuite dans un des deux rectangles et la tâche

des sujets était d’indiquer le plus rapidement possible si l’indice était présenté dans le

rectangle de droite ou dans le rectangle de gauche. Dans la majorité des cas, l’indice

apparaissait dans le même rectangle que le mot préalablement présenté. Cependant, dans

d’autres cas, l’indice apparaissait dans l’autre rectangle. Les résultats de cette étude ont

montré que les patients PS mettent plus de temps que les sujets de contrôle pour répondre aux

indices présentés dans le carré opposé à celui où ont été présentés des mots socialement

menaçants. Selon Amir et al. (2003), ces données indiquent que les patients PS présentent une

difficulté à désengager leur attention des stimuli socialement menaçants, ce qui semble en

contradiction avec la proposition que la PS se caractérise par une détection rapide de la

menace suivie d’un évitement. Cependant, comme nous l’avons déjà noté, l’utilisation de

mots comme stimuli renseigne probablement davantage sur l’attention portée aux

préoccupations mentales des patients plutôt qu’aux indices de menace externe. En

conséquence, des études futures utilisant d’autres stimuli tels que des visages seraient
30

nécessaire afin d’examiner dans quelle mesure les résultats d’Amir et al. peuvent être

généralisés au traitement de la menace externe.

Selon le modèle de Clark et Wells (1995), une caractéristique importante des patients

PS consiste en une focalisation de l’attention sur soi (par ex., son apparence, comportement,

réactions physiques) plutôt que sur la situation extérieure lorsqu’ils sont confrontés à une

situation sociale. Plusieurs études ont en effet rapporté des corrélations significatives entre

l’anxiété sociale et la tendance à focaliser l’attention sur soi telle qu’évaluée par des échelles

de conscience de soi (Hope & Heimberg, 1988; Monfries & Kafer, 1994; Saboonchi &

Lundh, 1997). Hope, Heimberg, et Klein (1990) ont également trouvé que les sujets ayant une

anxiété sociale élevée présentent des scores plus élevés à une échelle de conscience de soi que

les sujets ayant une anxiété sociale faible lors d’une interaction sociale, telle qu’une

conversation avec un étranger (voir aussi Mellings & Alden, 2000). Cependant, ces études

basées sur l’utilisation de questionnaires ne fournissent que des preuves indirectes en faveur

de la présence d’une attention accrue pour les indices internes dans la PS car elles se basent

sur une évaluation subjective plutôt que sur une mesure directe de la tendance à se focaliser

sur soi. Mansell, Clark, et Ehlers (2003) ont récemment mis au point un paradigme qui permet

de mesurer de façon objective l’attention portée aux indices internes et d’évaluer

simultanément l’attention portée aux informations internes et externes. Les sujets doivent

détecter deux types d’indices alors qu’on leur présente une série d’images représentant des

visages ou des objets ménagers : des indices externes consistant en une lettre surimposée aux

images et des indices internes consistant en une vibration appliquée au bout de leur doigt. On

fait croire aux sujets que la vibration constitue une mesure de leur réaction physiologique. Par

rapport aux sujets ayant une anxiété faible des discours, les sujets ayant une forte anxiété des

discours présentent un biais attentionnel pour les indices internes, mais uniquement lorsqu’un

état d’anxiété est induit par l’attente de devoir faire un discours ultérieurement. Les résultats
31

de cette étude sont donc en accord avec l’idée que les personnes PS donnent priorité au

traitement des informations internes plutôt qu’externes lorsqu’elles sont anxieuses.

Dans l’ensemble, les résultats concernant la présence de biais attentionnels pour les

informations sociales menaçantes dans la PS varient selon le niveau d’anxiété induit lors de la

tâche, le temps de présentation des stimuli et le type de stimuli utilisés (mots vs. visages). Des

travaux supplémentaires seraient nécessaires afin de mieux comprendre l’influence de ces

variables et de mieux décortiquer le traitement attentionnel des patients PS en fonction du

niveau de traitement impliqué dans les tâches (détection et orientation initiale de l’attention,

maintien de l’attention, désengagement et réorientation de l’attention). Néanmoins, les

données expérimentales actuellement disponibles s’accordent globalement avec le modèle en

deux temps des biais attentionnels (Mogg et al., 1997; Williams et al., 1997). L’anxiété

sociale serait tout d’abord associée à une détection accrue des informations sociales négatives.

Ce mécanisme se situerait à un niveau de traitement précoce, automatique, pré-attentionnel.

En revanche, une fois qu’elles estiment qu’elles sont en train d’échouer à donner à autrui

l’impression qu’elles désirent (lorsque l’anxiété surgit), les personnes PS orienteraient leur

attention à l’écart des indices sociaux afin de tenter de réduire leur anxiété. L’attention serait

alors préférentiellement allouée à un examen et une évaluation détaillés de leur propre

apparence, comportements et manifestations d’anxiété.

Biais de jugement et d’interprétation

La manière d’interpréter une situation sociale ainsi que ses conséquences potentielles

influence la probabilité de se confronter à cette situation. Par ailleurs, le sens attribué à une

information affecte également l’attention portée à celle-ci ainsi que son élaboration en

mémoire. Les situations sociales impliquent souvent des éléments d’incertitude et fournissent

des indices qui peuvent être interprétés de diverses manières, de sorte qu’elles forment un
32

terrain propice aux interprétations erronées. Les modèles cognitifs de la PS proposent que les

patients PS ont tendance à interpréter de façon excessivement négative les situations sociales

et à surestimer les conséquences négatives de ces situations, ce qui contribue au

développement et au maintien de l’anxiété sociale. Nous envisagerons maintenant les travaux

qui ont étudié la présence de ces biais de jugement et d’interprétation des informations

sociales chez les patients PS. Les biais de jugement consistent en une surestimation de la

probabilité d’occurrence d’un événement et/ou de ses conséquences (par ex., « Quel est la

probabilité que je sois impliqué dans un accident de voiture ? Et dans quelle mesure cet

événement aurait des conséquences négatives ? »). Les biais d’interprétation quant à eux

consistent en une interprétation négative des événements ambigus (par ex., « Pour quelle

raison ma femme n’est-elle toujours pas rentrée de son travail ? »).

Il semble tout d’abord que les patients PS présentent des biais de jugement en ce sens

qu’ils tendent à surestimer l’occurrence des événements sociaux négatifs ainsi que la

probabilité des conséquences négatives de ces événements. Dans une étude de Lucock et

Salkovskis (1988), les sujets devaient évaluer la probabilité que divers événements sociaux et

non-sociaux positifs et négatifs puissent leur arriver dans le futur. Les patients PS jugeaient

plus probables les événements sociaux négatifs et moins probables les événements positifs

(qu’ils soient sociaux ou non) par rapport aux sujets de contrôle. En revanche, la probabilité

estimée des événements négatifs non-sociaux ne différait pas entre les deux groupes. Foa,

Franklin, Perry, et Herbert (1996) ont également trouvé que les patients PS jugent plus

probable l’occurrence des événements sociaux négatifs que les sujets non-anxieux mais pas

celle des événements négatifs non-sociaux. En outre, les patients PS estiment que les

événements sociaux négatifs, mais pas les événements non-sociaux, engendreraient des

conséquences négatives plus importantes s’ils se produisaient. Une estimation accrue de la

probabilité d’occurrence et de l’impact des événements sociaux négatifs dans la PS a


33

également été rapportée par McManus, Clark, et Hackmann (2000). Dans une étude de

Gilboa-Schechtman, Franklin, et Foa (2000), les patients PS surestimaient la probabilité

d’occurrence des événements sociaux négatifs et sous-estimaient la probabilité d’occurrence

des événements sociaux positifs. De plus, ils s’attendaient à ce que l’impact de ces

événements négatifs soit plus marqué (que leur réaction émotionnelle soit plus intense et dure

plus longtemps, qu’ils aient plus de réactions physiques, et que leur estime d’eux-mêmes en

soit plus affectée) par rapport aux sujets non-anxieux. En ce qui concerne l’impact des

événements positifs, bien que les patients PS ne différaient pas des sujets non-anxieux quant à

l’estimation de l’intensité de leur réaction émotionnelle, ils s’attendaient à ce que leur réaction

dure plus longtemps et ils s’attendaient aussi à ce que leur réaction physique soit plus

marquée et que leur estime d’eux-mêmes soit davantage augmentée suite à ces événements.

Ces données suggèrent que les patients PS s’attendent à avoir des réactions plus marquées non

seulement pour les événements sociaux négatifs mais aussi pour les événements sociaux

positifs. Néanmoins, dans cette étude, les patients PS s’attendaient aussi à avoir davantage de

réactions négatives face aux événements sociaux positifs et à ce que ces réactions soient plus

intenses par rapport aux sujets non-anxieux. Enfin, Uren, Szabo et Lovibond (2003) ont

examiné l’estimation de la probabilité de situations socialement et physiquement menaçantes

ainsi que des conséquences probables de ces situations dans la PS et dans le trouble panique.

Les patients PS avaient un biais de surestimation de l’occurrence et des conséquences

négatives des événements socialement menaçants mais pas des événements physiquement

menaçants. Chez les patients ayant un trouble panique, en revanche, ce biais était présent tant

pour les événements socialement menaçants que pour les événements physiquement

menaçants. Ces données indiquent que les biais de jugement dans la PS sont spécifiques aux

préoccupations des patients plutôt qu’à une notion générale de menace. En revanche, le
34

trouble panique serait associé à un biais de jugement concernant un ensemble plus large de

situations menaçantes.

D’autres études indiquent que les patients PS sous-estiment leurs habiletés et leurs

performances dans les situations sociales. Tout d’abord, une série d’études met en évidence

que les individus anxieux sociaux évaluent leurs performances lors des interactions sociales

de manière plus négative que les sujets non-anxieux (par ex., Beidel, Turner, & Dancu, 1985;

Dodge, Heimberg, Nyman, & O’Brien, 1987). Cependant, ces études ne permettent pas de

savoir si les sujets anxieux sociaux avaient des performances réellement moins bonnes ou si

ce biais était fondé sur une croyance irréaliste concernant leurs performances. Rapee et Lim

(1992) ont examiné cette question en demandant à des patients PS et à des sujets de contrôle

de faire un discours devant un public réduit. Les participants eux-mêmes et les membres du

public devaient évaluer la performance des participants à l’aide d’un questionnaire portant sur

des aspects spécifiques (par ex., avoir une voix claire, regarder dans les yeux) et des aspects

globaux (par ex., maintenir l’intérêt du public, bien parler) du discours. Pour les aspects

globaux, l’évaluation réalisée par les membres du public n’était pas moins bonne pour les

patients PS que pour les sujets non-anxieux. Malgré cela, les patients PS évaluaient leur

propre performance de façon plus négative que les sujets non-anxieux. Tous les participants

évaluaient leur propre performance de manière plus négative que les observateurs du public,

mais cette tendance était significativement plus marquée pour les patients PS que pour les

sujets non-anxieux. Dans une étude similaire, Stopa et Clark (1993) ont trouvé qu’un

observateur évaluait les performances et habiletés sociales des patients PS comme étant moins

bonnes que celles d’autres patients anxieux et de sujets non-anxieux. De plus, les patients PS

évaluaient leurs performances de façon plus négatives que l’observateur alors que ce n’était

pas le cas pour les sujets non-anxieux. Les patients PS et les autres sujets ne différaient par

contre pas quant à leur perception des performances de leur partenaire lors de l’interaction, ce
35

qui suggère que les patients PS se caractérisent par une distorsion de la perception de leur

propre comportement plutôt qu’à une distorsion générale de la perception des comportements

sociaux. Une sous-estimation de leurs performances et habiletés sociales chez les sujets

anxieux sociaux a également été rapportée dans d’autres études (Mansell & Clark, 1999;

Mellings & Alden, 2000).

Alden et Mellings (2003) ont examiné sur quoi se basent les patients PS lorsqu’ils

évaluent leurs performances dans les interactions sociales. Les participants devaient interagir

avec une personne puis devaient évaluer leur performance dans la situation et déterminer la

mesure dans laquelle ils se basaient sur différents types d’informations afin d’aboutir à cette

évaluation. Ces informations concernaient soit leur propre attitude ou comportement (ce qu’ils

ont dis, s’ils ont montré des signes d’anxiété, s’ils semblaient intéressés, etc.), soit l’attitude

ou le comportement de leur partenaire (s’il apparaissait intéressé, s’il semblait à l’aise, etc.).

Les résultats montrent que les patients PS estiment avoir eu des performances moins bonnes

que les sujets non-anxieux et que cette évaluation est davantage basée sur la perception de

leurs propres signes comportementaux d’anxiété et sur un sentiment subjectif d’anxiété que

les sujets non-anxieux. Par contre, les deux groupes ne différaient pas concernant l’utilisation

des indices comportementaux fournis par leur partenaire. Cette étude suggère donc que

l’évaluation négative de soi lors des situations sociales dans la PS est davantage liée à une

perception négative de soi qu’à une perception de signes négatifs provenant du comportement

d’autrui.

D’autres études suggèrent que l’évaluation négative faite par les patients PS de leurs

performances et de la manière dont ils sont supposés être perçus par autrui peut provenir de

l’activation, lors des situations sociales, d’images mentales dans lesquelles les patients

s’examinent eux-mêmes, comme pourrait le faire un observateur extérieur. Le contenu de ces

images représente la manière dont les patients craignent d’apparaître à autrui (par ex., être
36

tout rouge et en sueur, trembler, avoir l’air ridicule) plutôt que la manière dont ils apparaissent

en réalité. Des interviews de patients PS ont en effet mis en évidence qu’ils ont de telles

images d’eux-mêmes lors des situations sociales redoutées (Hackmann, Clark, & McManus,

2000; Hackmann, Surawy, & Clark, 1998). Par ailleurs, Roth, Antony et Swinson (2001) ont

observé que les patients PS, en comparaison aux sujets non-anxieux, ont davantage tendance à

penser que leurs symptômes d’anxiété sont interprétés par les autres comme indicatifs d’une

forte anxiété ou d’un trouble psychiatriques et sont moins enclins à penser que ces symptômes

reflètent un état physique normal. Une étude de Hirsch, Clark, Mathews et Williams (2003)

suggère que ces images et pensées négatives se rapportant à soi jouent un rôle causal dans le

maintien de l’anxiété sociale. Des patients PS devaient participer à deux conversations avec

un étranger. Au cours d’une première conversation, il leur était demandé de garder à l’esprit

l’image négative qu’ils se font habituellement d’eux-mêmes, alors que dans une deuxième

conversation ils devaient maintenir une image moins négative d’eux-mêmes. Lorsqu’ils

gardaient l’image négative à l’esprit, les patients présentaient davantage d’anxiété, évaluaient

leur anxiété comme étant plus visible extérieurement, et évaluaient leur performance comme

étant moins bonne que lorsqu’ils maintenaient une image moins négative. Par ailleurs, un

observateur extérieur (qui ne savait pas quel type d’images les patients avaient à l’esprit)

évaluait l’anxiété des patients comme étant plus visible et leur comportement comme étant

moins positif lorsqu’ils maintenaient l’image négative à l’esprit. Ces données suggèrent donc

que l’activation d’une image négative de soi lors des situations sociales peut non seulement

augmenter l’anxiété des patients mais aussi affecter leurs performances. Dans une étude

similaire, Spurr et Stopa (2003) ont trouvé que le fait d’essayer de se représenter son

apparence, ses performances, comportements et réactions comme pourrait le faire un

observateur extérieur lors de la réalisation d’un discours plutôt que de se focaliser sur le
37

partenaire et l’environnement engendre une sous-estimation des performances et suscite

davantage de pensées négatives et d’anxiété.

Comme nous l’avons vu, le modèle de Rapee et Heimberg (1997) propose que

l’anxiété sociale découle d’une comparaison entre l’évaluation que font les sujets de leurs

comportements et de leur performance lors des situations sociales et leurs croyances

concernant ce que les autres attendent d’eux dans ces situations. Une telle différence entre

l’évaluation des performances et les standards attendus dans les situation sociales a été mise

en évidence dans une étude de Wallace et Alden (1997). Des patients PS et des sujets de

contrôle participaient à une interaction qui était aménagée afin d’être perçue comme une

réussite (le partenaire se montrait encourageant, avait un timbre de voix chaleureux, etc.) ou

au contraire comme un échec (le partenaire laissait de longs moments de silence, avait un

timbre de voix froid, etc.). Les participants devaient évaluer leur propre performance, leur

perception des standards attendus par leur partenaire et leurs propres réponses émotionnelles,

avant et après l’interaction. Les résultats montrent que les patients PS évaluent leur

performance comme étant nettement inférieure aux standards attendus alors que ce n’est pas

le cas pour les sujets de contrôle. Cette différence était due à une faible évaluation de leurs

capacités chez les patients PS plutôt qu’à une différence concernant leur évaluation des

standards attendus par les autres. Par ailleurs, les patients PS qui étaient confrontés à une

interaction positive rapportaient avoir éprouvé autant d’émotions négatives que ceux qui

étaient confrontés à une interaction négative. La confrontation à une interaction positive

n’améliorait pas non plus l’évaluation de leurs habiletés sociales. Les auteurs suggèrent que la

confrontation à une interaction positive peut amener les patients PS à penser que les autres

vont développer des attentes supérieures concernant leurs performances dans les interactions

sociales futures et qu’en conséquence ils ne seront pas capables de satisfaire ces attentes (voir

aussi Wallace & Alden, 1995). Les résultats réels d’une interaction ne semblent donc pas
38

améliorer les croyances des patients PS concernant leurs habiletés sociales. Dans l’ensemble,

ces données sont en accord avec la proposition de Rapee et Heimberg (1997) selon laquelle

l’anxiété dans la PS découle du fait que les patients PS estiment que leurs performances ne

satisfont pas les standards attendus par les autres dans les situation sociales. Elles suggèrent

par ailleurs que cette discordance est davantage liée à une sous-estimation de leurs propres

performances plutôt qu’à une surestimation des standards attendus.

Plusieurs études ont également examiné la mesure dans laquelle les patients PS

présentent des différences dans l’interprétation des situations sociales ambiguës. Amir, Foa, et

Coles (1998b) ont présenté des scénarios ambigus à des patients PS, à des patients présentant

un trouble obsessionnel compulsif (TOC) et à des sujets non-anxieux. Les scénarios

impliquaient soit des situations sociales, soit des situations non-sociales. Les sujets recevaient

pour chaque scénario (par ex., « Vous voyez des amis en train de manger. Ils s’arrêtent de

parler lorsque vous les approchez ») une interprétation négative (« Ils sont en train de dire des

choses négatives sur vous »), une interprétation positive (« Ils sont sur le point de vous

demander de les rejoindre ») et une interprétation neutre (« Leur conversation vient juste de se

terminer »). Leur tâche était de classer les trois interprétations en fonction de la probabilité

que ces interprétations leur viennent à l’esprit s’ils se trouvaient dans les situations décrites.

Les sujets devaient ensuite réaliser la même tâche mais en estimant la probabilité que les

interprétations viennent à l’esprit d’une « personne moyenne ». Les résultats montrent que les

patients PS favorisent davantage les interprétations négatives que les sujets de contrôle (les

patients TOC et les sujets non-anxieux) pour les scénarios sociaux mais pas pour les scénarios

non-sociaux. De plus, ce biais n’est pas présent lorsque les scénarios sont évalués en fonction

de ce que répondrait une « personne moyenne ». Ces données suggèrent donc que

l’interprétation négative des informations ambiguës dans la PS est spécifique aux situations

sociales. Une étude réalisée par Stopa et Clark (2000) a par ailleurs montré que les patients PS
39

ont non seulement tendance à interpréter de façon négative les situations sociales ambiguës

mais aussi à interpréter de manière catastrophiques les situations sociales non-ambiguës qui

sont modérément négatives (c’est à dire à interpréter ces événements comme possédant des

implications négatives durables pour la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes et de leur

futur).

Constans, Penn, Ihen et Hope (1999) ont également trouvé que des sujets tout-venant

ayant des scores élevés à une échelle d’anxiété sociale interprètent les items ambigus de façon

plus négatives que des sujets ayant des scores faible d’anxiété sociale. Cependant,

l’évaluation de ces situations par les sujets anxieux était tout de même légèrement positive,

indiquant que l’anxiété sociale était associée à une réduction des interprétations positives

plutôt qu’à une interprétation réellement négative dans cette étude. Brendle et Wenzel (2003)

ont présenté à des sujets non-cliniques fortement et faiblement anxieux des histoires sociales

négatives, des histoires sociales positives et des histoires neutres. La moitié des histoires était

écrite à la première personne et l’autre moitié à la troisième personne afin de varier

l’implication personnelle des sujets. Les sujets étaient ensuite testés pour leur mémoire des

histoires puis recevaient des questions portant sur l’interprétation qu’ils faisaient de ces

histoires. Pour chaque question, une interprétation positive, une interprétation négative et une

interprétation neutre étaient fournies aux sujets qui devaient évaluer la plausibilité de chacune

des trois interprétations. La mémoire et l’interprétation des histoires étaient évaluées

immédiatement après avoir lu les histoires, puis après 48 heures. En ce qui concerne

l’interprétation des histoires (les résultats concernant la mémoire seront présentés dans la

section « Biais mnésiques » de ce chapitre), les auteurs ont trouvé que l’anxiété sociale était

associée à des interprétations positives moins marquées et à des interprétations négatives plus

marquées pour les trois types d’histoires (positives, négatives et neutres). Néanmoins, les biais

les plus importants consistaient, d’une part, en une augmentation des interprétations négatives
40

pour les histoires positives écrites à la première personne, et d’autre part, en une réduction des

interprétations positives pour les histoires positives lorsque celles-ci étaient interprétées après

48 heures. Dans cette étude, l’anxiété sociale est donc associée à la fois à une augmentation

des interprétations négatives et à une réduction des interprétations positives.

Hirsch et Mathews (2000) ont utilisé un autre paradigme afin d’étudier les biais

d’interprétation dans la PS. Ces chercheurs ont présenté à des patients PS et à des sujets non-

anxieux des textes décrivant des interviews d’embauche. Les participants devaient s’imaginer

eux-mêmes dans la situation de l’interview. Les textes contenaient des phrases auxquelles il

manquait le dernier mot. Certaines phrases pouvaient être interprétées soit de façon

menaçante soit de façon relativement positive, alors que d’autres phrases avaient une

signification non-ambiguë. A la suite des phrases, un mot (fournissant une interprétation soit

menaçante, soit positive de la phrase) ou un non-mot apparaissait et les sujets devaient

effectuer une tâche de décision lexicale le plus rapidement possible (décider si le stimulus

était un mot ou un non-mot). Dans cette tâche, les sujets non-anxieux répondaient aussi

rapidement pour les mots fournissant une interprétation positive dans un contexte ambigu que

pour les mots positifs dans un contexte non-ambigu. Par contre, leurs décisions lexicales

étaient ralenties pour les mots menaçants lorsque ceux-ci se trouvaient dans un contexte

ambigu par rapport à un contexte non-ambigu. Ces données suggèrent que les sujets non-

anxieux ont tendance à faire des interprétations positives des situations ambiguës. Par contre,

les patients PS mettaient plus de temps pour les décisions lexicales dans les phrases ambiguës

que dans les phrases non-ambiguës, quel que soit le type de mot (menaçant ou positif). Ceci

suggère que les patients PS ne faisaient pas d’inférences positives comme les sujets non-

anxieux mais ne faisaient pas non plus d’interprétations négatives pour les phrases ambiguës.

Dans cette étude, la PS était donc associée à une absence de biais positifs dans l’interprétation

des situations ambiguës plutôt qu’à une présence de biais négatifs. Une étude subséquente de
41

Hirsch, Mathews, Clark, Williams, et Morrison (2003) suggère par ailleurs que les images

négatives de soi peuvent bloquer la génération d’interprétations non-menaçantes des

situations sociales ambiguës. Les auteurs ont présenté la tâche de Hirsch et Mathews (2000) à

deux groupes de sujets non-anxieux. Un premier groupe devait réaliser la tâche tout en

maintenant une image négative d’eux-mêmes à l’esprit. Le second groupe devait réaliser la

tâche en maintenant l’image d’un objet (par ex., un vase) à l’esprit (groupe contrôle). Les

sujets non-anxieux du groupe contrôle présentaient un biais pour les interprétations non-

menaçantes des situations ambiguës, ce qui est en accord avec les résultats de Hirsch et

Mathews. Par contre, les sujets non-anxieux qui devaient maintenir une image négative d’eux-

mêmes en réalisant la tâche ne présentaient pas ce biais. Comme nous l’avons remarqué

précédemment, les patients PS ont tendance à avoir spontanément l’expérience d’images

négatives d’eux-mêmes lors des situations sociales. Les données de Hirsch et al. (2003)

suggèrent que ces images négatives peuvent empêcher la génération d’interprétations non-

menaçantes des situations sociales ambiguës.

Dans l’ensemble, malgré quelques petites différences dans leurs résultats, les études

passées en revue ci-dessus indiquent de façon claire que la PS est associée à une interprétation

davantage négative et/ou moins positive des situations sociales. Amir, Foa, et Coles (1998a)

ont examiné la contribution des processus automatiques et des processus contrôlés dans

l’apparition de ces biais d’interprétation des informations sociales. Une série de phrases se

terminant par des homographes (c’est à dire des mots de même orthographe et qui possèdent

des significations différentes) était présentée sur un écran d’ordinateur. A la suite de chaque

phrase, un mot-indice apparaissait à l’écran et les sujets devaient décider le plus rapidement

possible si ce mot était relié ou non au sens de la phrase précédant son apparition. La moitié

des phrases se terminait par des homographes qui pouvaient avoir une signification sociale

menaçante (par exemple, le mot anglais « mean » peut aussi bien signifier « moyenne » que
42

« mesquin ») ; néanmoins, ces phrases étaient construites de façon à ce que leur contexte

évoque la signification non-menaçante des homographes (par exemple, la phrase « She wrote

down the mean » implique la signification « moyenne » de l’homographe « mean »). Les

mots-indices qui apparaissaient après ces phrases étaient par contre reliés à la signification

socialement menaçante des homographes (par exemple, la phrase « She wrote down the

mean », suivie de l’indice « unfriendly » qui est associé au sens « mesquin » de l’homographe

« mean »). Pour certaines phrases, ces mots-indices apparaissaient après un temps court (100

msec après la disparition de la phrase), alors que pour d’autres phrases, ils apparaissaient

après un temps long (850 msec après la disparition de la phrase). La tâche des sujets était de

décider si le mot-indice qui apparaissait après chaque phrase s’accorde ou non au sens de la

phrase. Le temps nécessaire pour effectuer ces jugements était mesuré. L’idée sous-jacente au

paradigme est que l’observation d’une augmentation du temps nécessaire pour décider que les

mots-indices ne s’accordent pas au sens des phrases indique que la signification socialement

menaçante, mais inappropriée dans le contexte des phrases, des homographes a été activée

chez les sujets lors de la lecture des phrases. Les auteurs ont trouvé qu’après l’intervalle court

(100 msec), les patients PS mettaient plus de temps que les sujets non-anxieux à décider que

les mots-indices qui suivaient les homographes possédant une signification menaçante (mais

inappropriée dans le contexte de la tâche) ne s’accordent pas avec le sens des phrases. En

revanche, ils mettaient moins de temps pour prendre leurs décisions après l’intervalle long

(850 msec). Pour Amir et al. (1998a), ces résultats indiquent que la PS est non seulement

associée à une activation automatique des informations sociales menaçantes, mais aussi à la

mise en place de processus contrôlés qui sont utilisés pour inhiber les significations

menaçantes. L’allongement des temps de réponse lors d’un intervalle court suggère en effet

que la signification menaçante mais inappropriée des homographes était davantage activée

chez les patients PS lors de la lecture des phrases. Néanmoins, l’observation de temps de
43

réponses plus courts après un intervalle long suggère que l’activation de la signification

menaçante tend à être inhibée dans un second temps chez les patients PS. Cette explication est

similaire à celle proposée pour rendre compte des résultats concernant les biais attentionnels

dans la PS, à savoir la présence d’une vigilance initiale et automatique pour la menace sociale

qui est ensuite suivie de processus de contrôle visant à éviter et inhiber la menace.

En résumé, les données expérimentales actuellement disponibles indiquent que la PS

est associée à une surestimation de la probabilité d’occurrence des événements sociaux

négatifs et de la gravité de leurs conséquences, à une évaluation négative de soi et une sous-

estimation de ses propres habiletés et performances dans les situations sociales, à une

croyance que ces habiletés sont nettement inférieures à ce que l’on attend d’eux, et à une

interprétation davantage négative et/ou moins positive des situations sociales. Ces biais de

jugement et d’interprétation semblent spécifiquement liés aux préoccupations des patients PS

(la crainte d’une évaluation négative) plutôt qu’à des préoccupations concernant une notion

générale de menace.

Biais mnésiques

Des observations cliniques suggèrent que les patients PS expérimentent fréquemment

une réactivation en mémoire de souvenirs d’expériences d’échec dans les situations sociales

passées. En effet, selon le modèle de Clark et Wells (1995), après avoir été confronté à une

interaction sociale, les patients PS passent en revue de façon détaillée la situation et se

focalisent davantage sur les aspects négatifs de leur performance et sur les réactions négatives

d’autrui au cours de ce processus. Une réactivation sélective de ces informations négatives en

mémoire devrait entraîner un biais mémoire chez les patients PS. Cependant, d’autres auteurs

(par ex., Mathews & MacLeod, 1994; Williams et al., 1997) ont suggéré que l’anxiété se

caractérise par une attention sélective pour les informations menaçantes mais que ces
44

informations tendent ensuite à être évitées par les sujets anxieux. Selon cette proposition, les

patients anxieux, contrairement aux patients dépressifs, n’ encoderaient pas de façon plus

élaborée les informations négatives en mémoire.

Par rapport aux travaux concernant les biais attentionnels et les biais de jugement et de

d’interprétation, les résultats des études concernant les biais mnésiques dans la PS sont plus

contradictoires. Les études varient considérablement quant au type de stimuli utilisés (par ex.,

liste de mots, feedback à la suite d’une interaction, visages, souvenirs autobiographiques) et

au type de tâche utilisées lors de l’encodage (par ex., référence à soi lors de l’encodage) et

lors de la récupération (par ex., tâches de mémoire explicite vs implicite) de l’information.

Dans la suite de cette section, nous présenterons ces études en les regroupant en fonction de

similarités concernant le matériel et les tâches utilisées.

Certaines études ont exploré la mémorisation de mots ou d’histoires qui varient selon

leur signification émotionnelle. Rapee, McCallum, Melville, Ravenscroft et Rodney (1994,

Expérience 1) ont présenté à des patients PS et à des sujets non-anxieux une liste de mots

comportant des mots socialement menaçants, des mots physiquement menaçants, des mots

positifs et des mots neutres. Les sujets avaient pour consigne d’évaluer la valence de chaque

mot. Après une tâche distractrice de 5 minutes, ils devaient tout d’abord rappeler le plus de

mots possibles (tâche de rappel libre), puis devaient ensuite reconnaître les mots qui leurs

avaient été présentés parmi des distracteurs (tâche de reconnaissance). Les auteurs n’ont pas

trouvé de différence entre les patients PS et les sujets non-anxieux, ni en rappel ni en

reconnaissance. Deux études similaires ont également rapporté une absence de biais mnésique

pour des mots socialement menaçants dans la phobie sociale en rappel ou en reconnaissance

(Becker, Roth, Andrich, & Margraf, 1999; Cloitre, Cancienne, Heimberg, Holt, & Liebowitz,

1995). Dans une étude récente de Brendle et Wenzel (2003), des sujets fortement et

faiblement anxieux socialement devaient lire des histoires variant selon leur contenu :
45

certaines histoires décrivaient une situation sociale négative, d’autres histoires une situation

sociale positive ou une situation non-sociale. Immédiatement après la lecture des histoires

puis environ 48 heures plus tard, les sujets recevaient une tâche de mémoire comprenant des

questions relatives à des détails factuels présentés dans chaque histoire. Les sujets fortement

et faiblement anxieux socialement ne présentaient aucune différence de mémoire dans cette

tâche.

D’autres études ont par contre trouvé que l’anxiété sociale est associée à des biais de

mémoire pour les informations se rapportant aux sujets aux-mêmes (par ex., des traits de

personnalité encodé en référence à soi ou un feedback concernant le comportement des

sujets). Dans une étude de O’Banion et Arkowitz (1977), des sujets non-cliniques ayant une

anxiété sociale forte ou faible participaient à une interaction sociale qui était aménagée pour

être perçue comme positive ou négative. On leur présentait ensuite une liste de 80 adjectifs

décrivant des traits de personnalité positifs et négatifs. Certains adjectifs (10 positifs et 10

négatifs) de la liste étaient cochés et l’expérimentateur faisait croire aux sujets que ces

adjectifs cochés étaient des adjectifs que la personne avec laquelle ils ont interagi a choisi

pour décrire l’impression qu’elle s’est faite d’eux suite à l’interaction. Les sujets devaient

examiner l’ensemble des adjectifs (encodage incident en mémoire) puis, après deux minutes

d’attente, devaient reconnaître les adjectifs qui avaient été cochés précédemment. Les

résultats montrent que les sujets anxieux socialement reconnaissent plus d’adjectifs négatifs

que les sujets non-anxieux. Par contre, les deux groupes ne différaient pas quant à la

reconnaissance des adjectifs positifs. Pour les auteurs, ces données indiquent que les sujets

anxieux sociaux ont un biais de mémoire pour les informations négatives se rapportant à eux-

mêmes. Rapee et al. (1994, Expérience 3) ont cependant trouvé des résultats différents. Les

sujets recevaient un feedback concernant un discours hypothétique et ils devaient imaginer

que ce feedback se rapportait soit à un discours fait par eux-mêmes, soit à un discours fait par
46

l’expérimentateur. Le feedback comprenait des éléments positifs (par ex., « votre aviez une

voix claire ») et des éléments négatifs (par ex., « votre discours était mal organisé »). Après

30 minutes, les sujets devaient rappeler le plus possible d’éléments du feedback. Dans cette

étude, les sujets non-anxieux rappelaient davantage d’éléments négatifs que les patients PS.

Ces résultats sont opposés à ceux rapportés par O’Banion et Arkowitz (1977). Néanmoins, il

est possible que le fait d’imaginer plutôt que de participer réellement à une interaction ait

amené les patients PS à accorder moins d’importance au feedback qui leur était adressé.

Breck et Smith (1983) ont quant à eux rapporté des données suggérant que l’apparition

d’un biais mnésique pour les informations négatives se rapportant à soi dépend du niveau

d’anxiété des sujets lors de l’encodage. Des sujets non-cliniques, faiblement et fortement

anxieux socialement, devaient évaluer si une série d’adjectifs positifs et négatifs étaient ou

non descriptifs d’eux-mêmes. Avant cette tâche, l’expérimentateur induisait un état d’anxiété

chez la moitié des sujets en leur faisant croire qu’ils devraient participer à une interaction par

la suite. Les sujets devaient rappeler le plus possible d’adjectifs. Dans cette étude, les sujets

anxieux sociaux rappelaient plus d’adjectifs négatifs que les sujets non-anxieux, mais

uniquement lorsqu’ils s’attendaient à devoir participer à une interaction. Plus récemment,

Sanz (1996) a trouvé que tant les sujets anxieux socialement que les sujets non-anxieux

rappelaient davantage d’adjectifs positifs que d’adjectifs négatifs lorsque ces adjectifs étaient

encodés en référence à soi et qu’il n’y avait pas de différence entre les groupes, ni pour les

adjectifs négatifs ni pour les adjectifs positifs. Cependant, contrairement à l’étude de Breck et

Smith (1983), aucun sujet ne s’attendait à devoir à participer à une interaction. Une étude de

Mansell et Clark (1999) indique également que l’induction de l’attente d’une interaction est

un facteur important dans l’apparition d’un biais mnésique dans l’anxiété sociale. Les auteurs

ont présenté des adjectifs positifs et négatifs à des sujets non-cliniques, faiblement et

fortement anxieux socialement. Le sujets devaient évaluer chaque adjectif en fonction de leur
47

« self » publique (« l’adjectif décrit-il ce que les autres pensent de moi ? »), de leur « self »

privé (« l’adjectif me décrit-il ? »), ou de leur voisin (« l’adjectif décrit-il mon voisin ? »). La

moitié des sujets étaient ensuite informés qu’ils devraient donner un discours. Tous les sujets

devaient ensuite rappeler le plus possible d’adjectifs. Les sujets anxieux socialement

rappelaient moins d’adjectifs positifs encodés en référence à leur « self » publique que les

sujets non-anxieux, mais uniquement lorsqu’ils s’attendaient à devoir faire un discours. Il n’y

avait par contre pas de différence entre les groupes pour les adjectifs encodés en référence au

« self » privé ou en référence au voisin. La différence entre sujets fortement et faiblement

anxieux se marquait donc au niveau de la mémoire pour les informations positives se

rapportant aux aspects publiques du « self » et non au niveau de la mémoire pour les

informations négatives se rapportant aux aspects privés du « self » comme c’était le cas dans

l’étude de Breck et Smith. Selon Mansell et Clark, leurs résultats suggèrent que les sujets non-

anxieux se préparent à faire un discours en activant une image positive de leur « self »

publique afin d’augmenter leur confiance en eux-mêmes. Par contre, les sujets anxieux

sociaux échoueraient à améliorer l’image de leur « self » publique et douteraient en

conséquence davantage de leur capacité à fournir une bonne impression aux autres.

Les études que nous avons envisagées ci-dessus se sont intéressées à la mémoire

explicite pour les informations menaçantes dans la PS. D’autres études ont également

examiné les biais de mémoire implicite. Dans une tâche de mémoire explicite, on demande

aux sujets de récupérer consciemment des informations acquises au préalable. C’est le cas par

exemple dans une tâche de rappel libre, de rappel indicé, ou de reconnaissance. En revanche,

la mémoire implicite s’exprime par une facilitation de la performance dans une tâche qui ne

nécessite pas la récupération consciente d’une expérience antérieure d’apprentissage. Par

exemple, si l’on présente à des sujets une liste de mots (par ex., « PLAGE ») puis qu’on leur

présente ensuite les trois premières lettres de ces mots (par ex. « PLA_ »), la mémoire
48

explicite est évaluée en demandant aux sujets de compléter les lettres par les mots qu’ils ont

vu précédemment (tâche de rappel indicé). Par contre, la mémoire implicite est mesurée en

demandant aux sujets de compléter les lettres par le premier mot qui leur vient à l’esprit

(tâche de complètement de mots), sans qu’aucun lien avec la liste présentée auparavant ne soit

mentionné. Dans cette tâche, la mémoire implicite s’exprime par la tendance à compléter les

lettres par des mots qui ont été vus précédemment. Rapee et al. (1994, Expérience 2) ont

étudié les biais de mémoire explicite et implicite dans la PS avec ce type de tâches. Ils ont

présenté des mots socialement menaçants et des mots neutres et les sujets devaient, pour

chaque mot, imaginer une scène les impliquant eux-mêmes ainsi que le mot présenté. Les

sujets devaient ensuite faire une tâche de rappel indicé pour la moitié des mots (mémoire

explicite) et une tâche de complètement de mots pour l’autre moitié des mots (mémoire

implicite). Aucune différence n’a été observée entre les patients PS et les sujets non-anxieux

dans aucune des deux tâches. Lundh et Öst (1997) n’ont pas non plus trouvé de biais de

mémoire implicite dans la PS en utilisant une tâche de complètement de mots. Cependant, lors

d’une analyse subséquente, les auteurs ont trouvé que les patients présentant une PS

spécifique, mais pas les patients présentant une PS généralisée, tendaient à avoir une

meilleure mémoire implicite pour les mots socialement menaçants par rapport aux sujets non-

anxieux. Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence en raison du faible

nombre de patients classés dans les groupes PS généralisés versus spécifique.

Amir, Foa et Coles (2000) ont fait remarquer que la tâche de complètement de mots

n’est probablement pas la plus appropriée pour examiner les biais de mémoire implicite dans

la PS car les performances à cette tâche sont davantage influencées par les aspects perceptifs

des stimuli que par leurs aspects sémantiques. Il est en effet vraisemblable que les biais de

traitement de l’information dans l’anxiété soient avant tout induits par la signification

menaçante des stimuli plutôt que par leurs propriétés perceptives. Ces chercheurs ont en
49

conséquence utilisé une autre tâche de mémoire implicite qui est davantage sensible aux

aspects sémantiques des stimuli. Les sujets entendaient puis devaient répéter des phrases

décrivant des situations menaçantes pour les patients PS (par ex., « Des collègues vous

demandent d’aller boire un verre ») et des phrases neutres (par ex., « Le manuel vous indique

comment monter la tente »). Les sujets entendaient ensuite à nouveau ces phrases ainsi que de

nouvelles phrases neutres ou menaçantes. Ces phrases nouvelles et anciennes étaient

présentées en même temps qu’un bruit de fond qui pouvait être de trois volumes différents.

Les sujets devaient répéter chaque phrase puis évaluer sur une échelle de 1 à 5 le volume du

bruit de fond présenté simultanément à la phrase. Dans cette tâche, la mémoire implicite est

reflétée dans le fait que les sujets évaluent le bruit associé aux phrases qu’ils ont entendues

précédemment comme étant moins fort que le bruit associé aux phrases qu’ils n’ont pas

entendues précédemment. Selon Amir et al. (2000), cette tâche de jugement de bruit est

davantage sensible aux caractéristiques sémantiques plutôt que perceptives des stimuli car des

études précédentes ont mis en évidence qu’un changement de la voix des personnes lisant les

phrases entre la phase d’étude et de test n’influence pas l’effet de mémoire implicite. Enfin,

les sujets recevaient une tâche de reconnaissance (mémoire explicite) dans laquelle ils

entendaient des phrases qu’ils avaient déjà entendues durant la phase d’encodage et dans la

phase de jugement de bruit et d’autres phrases qu’ils n’avaient pas entendues précédemment.

Dans cette étude, les patients PS évaluaient le bruit associé aux phrases menaçantes qu’ils

avaient entendues auparavant comme étant moins fort que le bruit associé aux phrases neutres

qu’ils avaient entendues auparavant. Cette différence n’était par contre pas présente chez les

sujets non-anxieux. Par ailleurs, les deux groupes ne différaient pas dans la tâche de

reconnaissance des phrases.

Amir, Bower, Briks, et Freshman (2003) ont également utilisé un paradigme plus

proche des situations de la vie quotidienne afin d’examiner les biais de mémoire implicite et
50

explicite dans l’anxiété sociale. Ils ont présenté aux sujets une série de brefs clips vidéo. Ces

vidéos représentaient des acteurs faisant des commentaires positifs (par ex., « J’aime

beaucoup vos chaussures ») ou négatifs (par ex., « C’est une coupe de cheveux horrible »)

orientés vers les personnes qui regardaient les vidéos. Les sujets avaient pour consigne

d’essayer de s’impliquer dans les situations et d’évaluer dans quelle mesure chaque vidéo est

positive ou négative en ce qui les concerne. Après un délai de cinq minutes, les sujets

revoyaient ces vidéos mélangées à de nouvelles vidéos et devaient évaluer la clarté de chaque

vidéo sur une échelle allant de 1 (claire) à 7 (floue). Ils devaient ensuite décider pour chaque

vidéo s’il s’agissait d’une vidéo qu’ils avaient déjà vue précédemment ou s’il s’agissait d’une

nouvelle vidéo. Dans cette tâche, les auteurs considèrent que la mémoire implicite s’exprime

par le fait que les vidéos qui ont été vues auparavant sont évaluées comme étant plus claires

que les nouvelles vidéos. Dans deux études, Amir et al. (2003) ont trouvé que, contrairement

aux sujets non-anxieux, les sujets ayant un score élevé d’anxiété sociale évaluaient les vidéos

négatives qu’ils avaient vues précédemment comme étant plus claires que les nouvelles

vidéos négatives. En revanche, les deux groupes ne différaient pas quant à l’évaluation de la

clarté des vidéos positives, ni quant à la reconnaissance explicite des vidéos positives ou

négatives. Dans ces études, les sujets fortement anxieux socialement présentaient donc un

biais de mémoire implicite pour des stimuli négatifs construits afin d’être proches des

situations sociales de la vie quotidienne mais pas de biais de mémoire explicite pour ces

stimuli. Selon Amir et al. (2000), les données en faveur d’un biais de mémoire implicite mais

pas de mémoire explicite dans la PS suggèrent que ce trouble est associé à un accès

automatique aux informations sociales menaçantes en mémoire, mais que l’utilisation de

processus stratégiques (lors d’une tâche de mémoire explicite, par exemple) peut éliminer ce

biais.
51

A l’exception de l’étude d’Amir et al. (2003), les études que nous avons envisagées

jusqu’à présent ont utilisé un matériel verbal afin d’étudier les biais mnésiques dans l’anxiété

sociale. Comme nous l’avons déjà noté, certains auteurs estiment que le traitement des mots

menaçants reflète davantage les préoccupations mentales des patients plutôt que le traitement

des indices sociaux externes (Clark & Wells, 1995). Par conséquent, quelques études ont

examiné l’influence de l’anxiété sociale sur la mémorisation des visages. Les visages sont des

stimuli qui jouent un rôle essentiel dans les interactions sociales car ils fournissent de

nombreuses informations qui nous permettent d’identifier une personne, d’inférer son âge, son

sexe ou son état émotionnel (Bruce & Young, 1986). Lundh et Öst (1996a) ont examiné

l’influence de la PS sur la mémorisation de l’identité de nouveaux visages. Des patients PS et

des sujets de contrôle voyaient une série de visages et devaient évaluer dans quelle mesure les

personnes représentées semblaient « critiques » ou « accueillantes ». Ils devaient ensuite

reconnaître ces visages parmi un ensemble de nouveaux visages. Les auteurs ont trouvé que

les patients PS avaient tendance à mieux reconnaître les visages qu’ils avaient évalués comme

« critiques » plutôt que « accueillants », alors que les sujets non-anxieux présentaient la

tendance inverse. Cependant, comme le notent les auteurs, il est difficile de conclure de

manière définitive sur base de ces données à un biais de mémoire réel plutôt qu’à un biais de

réponse. En effet, il est possible que les patients PS aient tendance à désigner les visages

« critiques » comme étant plus familiers, qu’il s’agisse ou non de visages qu’ils ont vus

précédemment. Malheureusement, dans cette étude, les sujets ne devaient pas évaluer les

visages distracteurs selon leur caractère « critique » ou « accueillant », ce qui ne permet pas

d’exclure l’existence d’un biais de réponse plutôt que d’un biais de mémoire dans la PS. Une

étude plus récente qui a utilisé une tâche de mémoire similaire suggère en fait que la PS

s’accompagne d’un biais de réponse plutôt que d’un biais mémoire pour les visages

menaçants (Coles & Heimberg, 2005).


52

D’autres études ont examiné l’influence de l’anxiété sociale sur la mémoire des

expressions faciales de l’émotion. Dans une première étude rapportée par Foa, Gilboa-

Schechtman, Amir, et Freshman (2000), les sujets (avec PS et non-anxieux) voyaient tout

d’abord une série de visages manifestant diverses expressions (autres que la joie, la colère, ou

une expression neutre), et avaient pour tâche d’apprendre à associer un nom à chaque visage.

Ils voyaient ensuite des photos des mêmes personnes manifestant cette fois une expression de

joie, une expression de colère, ou une expression neutre. Les sujets devaient à nouveau

nommer la personne et devaient également désigner son expression. Lors de la phase de test,

les sujets devaient tout d’abord écrire le nom et l’expression des personnes qu’ils avaient vues

auparavant (rappel libre). On leur fournissait ensuite la liste des noms des personnes et ils

devaient fournir l’expression qu’avaient ces personnes (rappel indicé). Dans cette étude, les

patients PS avaient une meilleure mémoire pour les expressions que les sujets non-anxieux

lors des deux tâches. Par ailleurs, ils présentaient un biais mnésique en faveur des expressions

de colère, mais uniquement lors du rappel indicé. Dans leur seconde étude, Foa et al. (2000)

ont présenté des photos d’individus manifestant des expressions de joie, de colère, de dégoût,

ou ayant une expression neutre. Les sujets voyaient ensuite ces mêmes photos, mélangées à

des photos représentant les personnes qu’ils avaient vues auparavant mais qui manifestaient

des expressions différentes. Leur tâche était d’identifier les photos qu’ils avaient vues

auparavant. Cette tâche nécessitait donc de reconnaître l’expression qu’avaient les visages

dans la phase d’étude. A nouveau, la reconnaissance globale était meilleure pour les patients

PS que pour les sujets non-anxieux. Par ailleurs, les patients PS reconnaissaient davantage

d’expressions négatives (colère, dégoût) que d’autres expressions, alors que ce n’était pas le

cas pour les sujets non-anxieux.

Pérez-Lopez et Woody (2001) ont également étudié la reconnaissance des expressions

faciales dans la PS. Les sujets voyaient une série de visages « rassurants » ou « menaçants »
53

alors qu’ils s’attendaient à devoir faire un discours en public. Le test de reconnaissance

consistait en des paires de photos comprenant une photo qu’ils avaient vue auparavant et une

photo de la même personne manifestant l’expression opposée à celle qu’ils avaient vue et la

tâche des sujets consistait à choisir la photo qui leur a été présentée auparavant. Dans cette

étude, les patients PS reconnaissaient moins bien les expressions que les sujets non-anxieux.

Cependant, cette différence n’était plus significative lorsque le niveau d’anxiété au moment

de la tâche était pris en compte, suggérant que l’état d’anxiété au moment de l’encodage des

visages sous-tend l’influence de la PS sur la mémoire des expressions. Par ailleurs,

contrairement à l’étude de Foa et al. (2000), les patients PS avaient un léger biais de mémoire

en faveur des visages « rassurants » plutôt que « menaçants ». Ces différences de résultats

pourraient être dus au fait qu’un état d’anxiété était induit dans l’étude de Pérez-Lopez et

Woody mais pas dans celle de Foa et al. Comme nous l’avons déjà remarqué, plusieurs études

ont trouvé que le traitement de l’information dans la PS diffère selon qu’un état d’anxiété est

induit ou non avant la réalisation de la tâche. Une manipulation, au sein d’une même étude, de

l’état d’anxiété des sujets serait nécessaire afin de déterminer si c’est également le cas

concernant la mémoire des expressions faciales.

Il reste néanmoins difficile de déterminer si les effets observés dans les études de Foa

et al. et de Pérez-Lopez et Woody reflètent réellement des différences dans la mémorisation

des caractéristiques faciales des stimuli car ces auteurs ont utilisé les mêmes photos de

visages lors de l’épisode d’encodage et lors de la reconnaissance. Comme Bruce (1982) l’a

fait remarqué, la reconnaissance de photos identiques et la reconnaissance de visages (ou de

leur expression) sont deux tâches distinctes. En effet, la reconnaissance de photos identiques

peut autant être influencée par la mémorisation des détails pictoriels des photos (par ex., la

luminosité, le grain et les imperfections de la photo) que par la mémorisation des

caractéristiques faciales en tant que telles. Afin d’éviter ce problème, D’Argembeau, Van der
54

Linden, Etienne, et Comblain (2003) ont mis au point une autre tâche permettant d’étudier

l’influence de l’anxiété sociale sur la mémoire de l’identité et de l’expression des visages de

manière séparée, tout en évitant que les détails pictoriels des stimuli ne contribuent aux

performances de mémoire. Des visages manifestant une expression de joie ou une expression

de colère étaient présentés un par un à des personnes présentant un score faible ou élevé à une

échelle d’anxiété sociale. Cinq minutes plus tard, les participants étaient soumis à un

ensemble de visages qui avaient une expression neutre. Cet ensemble comportait des visages

neutres de personnes qu’ils avaient vues auparavant et des visages neutres de personnes qu’ils

n’avaient pas vues auparavant. Pour chaque visage, les participants devaient tout d’abord

déterminer s’il s’agissait ou non d’une personne qu’ils avaient vue auparavant

(reconnaissance de l’identité) et, dans l’affirmative, ils devaient se souvenir de l’expression

(joie ou colère) qu’avait manifesté cette personne (mémoire de l’expression). Par ailleurs, les

aspects qualitatifs de la mémoire de l’identité et de l’expression des visages étaient évalués.

Dans certains cas, la reconnaissance d’un visage s’accompagne d’une récupération consciente

de l’épisode d’encodage (par ex., le lieu où la personne a été rencontrée précédemment, ce

qu’on a pensé ou ressenti en la voyant). Par contre, dans d’autres cas, nous pouvons

reconnaître un visage parce qu’il nous est familier sans être capable de nous souvenir de quoi

que ce soit concernant ce visage (par ex., la rencontre d’une personne en rue peut nous

évoquer un sentiment de familiarité de sorte que nous sommes certain d’avoir déjà vu cette

personne auparavant, sans que l’on puisse se souvenir des circonstances dans lesquelles nous

l’avons rencontrée). Ces différents états de conscience associés à la mémoire ont été étudiés à

l’aide du paradigme « souvenir/familiarité/deviné » (Gardiner & Richardson-Klavehn, 2000).

Dans cette procédure, les sujets doivent classer les items qu’ils estiment avoir vus auparavant

selon qu’ils se souviennent consciemment de certains détails liés à l’épisode d’encodage

(« souvenir ») tels que par exemple ce qu’ils ont pensé ou ressenti en voyant l’item, selon que
55

l’item leur est familier sans qu’ils aient de souvenir associé (« familiarité »), ou selon qu’ils

ne savent pas s’ils ont vu ou non l’item auparavant et qu’ils ont deviné. Dans l’étude de

D’Argembeau et al. (2003), les sujets devaient effectuer de tels jugements pour la mémoire de

l’identité des visages et pour la mémoire de leur expression. Les résultats montrent que la

reconnaissance globale de l’identité des visages ne diffère pas entre les sujets non-cliniques

ayant un score haut versus faible d’anxiété sociale. De façon similaire, la mémoire globale

pour les expressions ne différait pas entre les deux groupes. Néanmoins, lorsque les aspects

qualitatifs de la reconnaissance étaient pris en compte, il apparaissait que les sujets non-

anxieux rapportaient davantage de réponses « souvenir » pour la reconnaissance de l’identité

des visages qui avaient exprimé de la joie que pour la reconnaissance de l’identité des visages

qui avaient exprimé de la colère, alors que ce n’était pas le cas pour les sujets anxieux

sociaux. De façon similaire, la mémoire des expressions de joie était plus souvent associée à

des réponses « souvenir » que la mémoire des expressions de colère chez les sujets non-

anxieux mais pas chez les sujets anxieux sociaux. Ces données suggèrent que les sujets non-

anxieux encodent les informations faciales en mémoire de manière plus élaborée lorsque les

visages manifestent une expression positive plutôt que négative (voir aussi D’Argembeau,

Van der Linden, Comblain, & Etienne, 2003). La plupart des gens ont en effet une conception

positive des relations sociales et, partant, traitent préférentiellement les signes sociaux positifs

plutôt que négatifs se rapportant à eux-mêmes (Baumeister, 1998). Par contre,

vraisemblablement en raison d’une interprétation biaisée des signes sociaux positifs (voir la

section sur les Biais de jugement et d’interprétation), ce biais de mémoire pour les

informations faciales positives n’apparaît pas chez les personnes anxieuses sociales. Une

moins bonne récupération consciente des informations sociales positives contribue

probablement au développement et/ou au maintien d’une conception moins positive des

interactions sociales chez ces personnes.


56

Enfin, d’autres études se sont intéressées aux souvenirs des événements sociaux vécus

par les patients PS dans leur vie quotidienne. Une recherche de Rachman, Grüter-Andrew et

Shafran (2000) suggère que les sujets ayant une anxiété sociale élevée pensent fréquemment

aux événements sociaux négatifs passés et que ces souvenirs tendent à être intrusifs et à

interférer avec leur capacité de concentration. Néanmoins, Rapee et al. (1994, Expérience 4)

n’ont pas trouvé de biais de mémoire autobiographique associé à la PS. Ces chercheurs ont

présenté des mots reliés à une situation sociale (par ex., « discours », « interview ») et des

mots neutres (par ex., « clef », « rivière ») à des patients PS et à des sujets non-anxieux. Les

sujets devaient décrire le premier souvenir qui leur venait à l’esprit en réponse à ces mots et

devaient également évaluer le niveau d’anxiété associé à leurs souvenirs. Les souvenirs

rapportés étaient ensuite classés par un juge selon leur caractère négatif ou positif/neutre. Il

n’y avait pas de différences entre les patients PS et les sujets non-anxieux quant au nombre de

souvenirs négatifs récupérés, ni quant au niveau d’anxiété associé aux souvenirs. Une autre

étude montre que les souvenirs autobiographiques des patients PS produits en réponse à des

mots socialement menaçants ne sont pas plus spécifiques (ils ne concernaient pas plus

d’événements s’étant déroulé dans un lieu et à un moment précis) que les souvenirs des sujets

non-anxieux (Wenzel, Jackson, & Holt, 2002), ce qui suggère que les souvenirs

autobiographiques de situations sociales ne sont pas plus détaillés chez les patients PS.

Néanmoins, plusieurs études ont trouvé que les souvenirs autobiographiques des

situations sociales sont davantage centrés autours de représentations visuelles de soi chez les

patients PS par rapport aux sujets non-anxieux. Wells, Clark, et Ahmad (1998) ont demandé à

des patients PS et à des sujets non-anxieux de se souvenir d’une situation sociale (qui

implique une interaction avec d’autres personnes) et d’une situation non-sociale (qui

n’implique pas d’interaction avec d’autres personnes) dans lesquelles ils se sont sentis

anxieux et mal à l’aise. Les sujets devaient essayer de se remémorer l’événement de manière
57

détaillée puis devaient évaluer la perspective visuelle adoptée dans leur souvenir : soit ils

voyaient la situation « à travers leurs propres yeux » et pouvaient observer ce qui se passe

autour d’eux (perspective d’acteur), soit ils voyaient la scène comme un observateur extérieur

pourrait le faire, c’est à dire comme s’ils se trouvaient « en dehors d’eux-mêmes » et

s’observaient eux-mêmes d’un point de vue extérieur (perspective d’observateur). Les auteurs

ont trouvé que les deux groupes de sujets adoptaient davantage la perspective d’acteur pour

les situations non-sociales. En revanche, les patients PS adoptaient davantage la perspective

d’observateur pour les situations sociales alors que les sujets non-anxieux adoptaient

davantage la perspective d’acteur. Une étude de Wells et Papageorgiou (1999) suggère de

plus que l’adoption d’une perspective d’observateur dans les souvenirs des situations sociales

est spécifique aux patients phobiques sociaux (et dans une moindre mesure aux patients

agoraphobiques) et n’est pas une caractéristique générale des phobies. Dans des interviews,

Hackmann, Surawy, et Clark (1998) ont trouvé que les patients PS rapportent faire

l’expérience spontanée d’images au cours des situations sociales ou lorsqu’ils anticipent ces

situations dans une plus grande mesure que les sujets non-anxieux. Ces images avaient par

ailleurs une connotation davantage négative et impliquaient plus souvent une perspective

d’observateur (dans laquelle les sujets pouvaient se voir eux-mêmes) chez les patients PS.

Coles, Turk, Heimberg, et Fresco (2001) ont examiné la perspective des souvenirs

d’événements sociaux variant selon leur niveau d’anxiété chez des patients PS et chez des

sujets non-anxieux. Plus l’anxiété impliquée dans les événements était élevée, plus les

patients PS avaient tendance à adopter une perspective d’observateur dans leurs souvenirs. Par

contre, les sujets non-anxieux adoptaient une perspective d’acteur dans toutes les situations.

Une critique qui peut être adressée à ces études est que les événements récupérés ne sont pas

contrôlés et sont donc forcément différents selon les sujets. Il est possible que des différences

dans les types de situations récupérées puissent en partie expliquer la différence de


58

perspective adoptée. Afin d’éviter ce problème d’interprétation, Coles, Turk, et Heimberg

(2002) ont étudié la perspective des souvenirs pour des situations standardisées crées en

laboratoire. Des patients PS et des sujets non-anxieux devaient participer à deux jeux de rôle :

donner un discours devant deux personnes et interagir avec deux personnes comme s’ils se

trouvaient à une fête. Ils devaient ensuite évaluer la perspective de leurs souvenirs pour ces

deux événements, immédiatement après ceux-ci puis trois semaines plus tard. Les patients PS

adoptaient davantage la perspective d’observateur dans leurs souvenirs que les sujets non-

anxieux, que ce soit directement après l’interaction ou trois semaines plus tard. Par ailleurs, la

tendance des patients PS à adopter la perspective d’observateur était plus marquée trois

semaines après l’événement, alors que la perspective des sujets non-anxieux restait stable au

cours du temps. Coles et al. (2002) ont suggéré que l’adoption d’une perspective

d’observateur joue probablement un rôle dans le maintien de l’anxiété sociale car les

souvenirs récupérés par les patients PS contiennent généralement des informations concernant

l’anxiété et les performances négatives des patients, ce qui contribuerait à maintenir ou

aggraver l’image et les croyances négatives se rapportant à soi. La réduction des souvenirs

ayant une perspective d’acteur empêcherait par ailleurs les patients PS d’accéder à des

informations concernant les comportements d’autrui dans les situations sociales, informations

qui seraient susceptibles d’invalider leurs croyances négatives (par ex., voir les autres sourire,

porter attention à leur discours, etc.)

Les études ayant examiné la perspective visuelle des souvenirs montrent donc des

différences quant à l’expérience subjective des personnes PS lors de la récupération en

mémoire de leurs expériences sociales passées. Dans une étude récente, nous avons examiné

de manière plus approfondie cette expérience subjective en demandant aux personnes

d’évaluer les caractéristiques phénoménologiques de leurs souvenirs (D’Argembeau, Van der

Linden, d’Acremont, & Mayers, 2006). L’expérience subjective associée à la récupération des
59

souvenirs est en effet un aspect essentiel de la mémoire autobiographique (Conway, 2001) qui

a été peu étudié dans le cadre de la PS. Un groupe de patients PS et un groupe de sujets

contrôles non-anxieux devaient récupérer une série d’événements sociaux et non-sociaux

qu’ils ont vécus au cours des douze derniers mois. Pour chaque souvenir, les participants

devaient ensuite évaluer la quantité de détails sensoriels (visuel, auditif, olfactif, gustatif), de

détails contextuels (spatio-temporel), d’informations se rapportant aux autres (ce qu’ils ont dis

et fait) et d’informations se rapportant à soi-même (ce que l’on a dis, fait, pensé) que

comportait leur souvenir. Ils devaient également évaluer la perspective visuelle adoptée lors

de la remémoration de l’événement (acteur vs observateur). Les principaux résultats de cette

étude montrent que les souvenirs d’événements sociaux des patients PS comportent moins de

détails sensoriels et davantage d’informations relatives à soi-même par rapport aux souvenirs

d’événement sociaux des sujets contrôles. De plus, les personnes PS centrent davantage leurs

souvenirs sur une représentation visuelle d’elles-mêmes (perspective d’observateur) et

présentent un biais de mémoire pour les informations relatives à soi plutôt qu’aux

informations relatives à autrui. Il n’y a par contre pas de différence entre patient PS et sujets

contrôles concernant les souvenirs d’événements non-sociaux. Ces données appuient le

modèle de Clark et Wells : les personnes anxieuses sociales se focalisent vraisemblablement

davantage sur elle-même lors de l’expérience initiale et de la récupération subséquente des

situations sociales, favorisant ainsi l’encodage et la consolidation en mémoire des

informations se rapportant à soi-même, au détriment des indices provenant des autres et de

l’environnement externe. Ces différences d’expérience subjective lors de la remémoration des

situations sociales conduisent probablement les personnes anxieuses sociales à exagérer

l’importance des informations relatives à leur apparence et à leur comportement (et en

particulier dans leurs aspects négatifs), contribuant ainsi à maintenir une conception déformée

de leurs interactions sociales.


60

En résumé, les données expérimentales actuellement disponibles concernant les biais

mnésiques dans la PS peuvent paraître contradictoires de sorte que des revues récentes de la

littérature ont conclu qu’il n’existe pas de preuve claire en faveur d’un biais de mémoire dans

la PS (Coles & Heimberg, 2002; Heinrichs & Hofmann, 2001). Certaines études ont

cependant rapporté des différences significatives entre sujets faiblement et fortement anxieux

socialement et il serait nécessaire de réaliser d’autres études afin de mieux comprendre les

facteurs qui sont impliqués dans les différences de résultats rapportés (par ex., les types de

stimuli utilisés, le type de tâche d’encodage et de récupération, l’induction ou non d’un état

d’anxiété). La PS ne semble pas associée à un biais de mémoire explicite pour des mots ou

histoires ayant une signification socialement menaçante. En revanche, il semble que les sujets

anxieux socialement puissent présenter un biais de mémoire implicite, mais uniquement

lorsque la tâche utilisée s’avère sensible aux propriétés sémantiques des stimuli. Par ailleurs,

d’autres études suggèrent que l’anxiété sociale peut être associée à un biais de mémoire pour

les informations se rapportant à soi. Il semble que ce biais apparaisse uniquement lorsqu’un

état d’anxiété est induit chez les sujets par l’anticipation d’une interaction. Cependant, on ne

sait pas encore précisément si ce biais consiste en une meilleure mémorisation des

informations négatives et/ou en une moins bonne mémorisation des informations positives, et

s’il concerne les informations se référant aux aspects publiques ou privés du « self ». Des

études supplémentaires seraient nécessaires afin de clarifier ces questions. Quelques études

suggèrent également que les individus faiblement et fortement anxieux socialement différent

quant à la mémorisation des visages et de leurs expressions émotionnelles. Deux études ont

trouvé une meilleure mémorisation des expressions négatives des visages et une autre étude

une moins bonne mémorisation à la fois de l’identité et de l’expression des visages positifs

dans l’anxiété sociale. Une réplication de ces résultats serait néanmoins nécessaire vu le faible

nombre d’études dans ce domaine. Enfin, bien que certaines études n’aient pas trouvé de
61

différences quant au nombre ou à la spécificité des souvenirs autobiographiques dans la

phobie sociale, d’autres études ont mis en évidence que les patients PS adoptent plus

fréquemment une perspective d’observateur dans leurs souvenirs des situations sociales. Par

ailleurs, l’expérience subjective des patients PS lors de la récupération d’événements sociaux

semble se caractériser essentiellement par des informations se rapportant à soi-même plutôt

qu’aux autres ou l’environnement externe.

Dans l’ensemble, les nombreux travaux de recherche effectués ces dernières années

ont permis de mieux comprendre les processus cognitifs qui sont impliqués dans la PS par la

mise en évidence d’une série de biais dans le traitement des informations sociales. Des études

futures devraient néanmoins s’attacher à mieux examiner les liens existant entre les biais

attentionnel, les biais d’interprétation et les biais de mémoire dans la PS. Il est par exemple

évident que l’attention portée à une information ainsi que la manière de l’interpréter

influencent la mémorisation de cette information. Mellings et Alden (2000) ont commencé à

étudier ces relations en examinant les liens entre la focalisation de l’attention sur soi au cours

d’une situation sociale et la mémoire pour différents aspects de cette situation. Les résultats de

cette étude montre que les sujets ayant une forte anxiété sociale focalisent davantage leur

attention sur eux-mêmes plutôt que sur leur partenaire lors de l’interaction. Un jour plus tard,

ils rappellent moins d’informations concernant leur partenaire et plus d’informations

négatives les concernant eux-mêmes, en comparaison aux sujets ayant une faible anxiété

sociale. Par ailleurs, des analyses corrélationnelles ont mis en évidence que plus les sujets se

focalisent sur eux-mêmes lors de l’interaction, moins ils rappellent d’information concernant

leur partenaire le jour suivant. Les auteurs en concluent que les biais mnésiques dans l’anxiété

sociale résultent de biais lors de l’encodage de l’information en mémoire plutôt que d’un biais

lors de la récupération. Néanmoins, cette conclusion se fonde uniquement sur des données
62

corrélationnelles de sorte qu’il serait nécessaire dans des études futures de manipuler

explicitement la focalisation sur soi lors de l’encodage et d’observer l’effet de cette

manipulation sur la mémoire afin d’obtenir des données plus robustes concernant les liens

entre biais attentionnels et biais mnésiques dans l’anxiété sociale.

Déficits cognitifs

Les études que nous avons passées en revue se sont intéressées à la présence de biais

de traitement de l’information dans la PS, c’est à dire un traitement préférentiel de certains

types d’informations, en fonction de leur valeur émotionnelle. Une étude récente de Wenzel et

Holt (2003) suggère également que l’anxiété sociale est associée à des déficits cognitifs plus

généraux, indépendamment de la valence ou du contenu de l’information à traiter. Dans cette

étude, des sujets non-cliniques présentant des scores faibles et élevés à une échelle d’anxiété

sociale devaient réaliser diverses tâches cognitives (temps de réaction, mémoire implicite et

explicite, empan de chiffres, fluence verbale), tout en étant dans un état d’anxiété (après la

réalisation d’un discours) ou en l’absence d’état d’anxiété (après avoir lu un livre). Les

résultats ont mis en évidence que, bien que l’augmentation du niveau d’anxiété subjective lors

de la condition menaçante (discours) était similaire dans les deux groupes de sujets, les sujets

présentant un score élevé d’anxiété sociale présentait un déficit plus marqué dans la tâche

d’empan de chiffre que les sujets non-anxieux socialement. Par contre, les deux groupes de

sujets ne différaient pas concernant leurs performances aux autres tâches. D’autres études

seraient nécessaires afin d’examiner la présence d’éventuels déficits dans d’autres processus

tels que par exemple l’inhibition. S’il s’avérait que des déficits cognitifs généraux sont

présents chez les patients PS, les modèles futurs de la PS devraient s’attacher à expliquer en

quoi ces déficits peuvent contribuer au maintien de l’anxiété sociale.


63

Données de neuroimagerie fonctionnelle

Récemment, des travaux de neuroimagerie fonctionnelle se sont intéressés aux

soubassements cérébraux de l’anxiété et du traitement de l’information sociale dans la PS.

Quelques études ont tout d’abord examiné les régions cérébrales qui sont activées lors de la

provocation d’un état d’anxiété chez les patients PS. Dans une étude réalisée au moyen de la

technique d’électroencéphalographie (EEG), Davidson, Marshall, Tomarken, et Henriques

(2000) ont examiné l’activité cérébrale de patients PS et de sujets de contrôle lorsqu’ils

s’attendaient à devoir faire un discours en public. Les patients PS présentaient une activation

accrue des régions temporales antérieures droites et de régions préfrontales droites, en

comparaison à des sujets de contrôle, ainsi qu’une augmentation de leur rythme cardiaque. De

plus, des analyses de régression ont mis en évidence que tant l’augmentation du rythme

cardiaque que l’activation accrue des régions temporales antérieures droites et de régions

préfrontales droites rendaient compte de façon substantielle du niveau d’anxiété et d’affect

négatif (auto-rapporté) lors de l’anticipation du discours. Dans une étude d’imagerie par

tomographie par émission de positons (TEP), Tillfors, Furmack, Marteinsdottir et Fredrikson

(2002) ont observé une augmentation du débit sanguin dans le cortex préfrontal dorsolatéral

droit, le cortex temporal inférieur gauche, et la région amygdalienne gauche chez des patients

PS, en comparaison à des sujets de contrôle, également lors de l’induction d’une anxiété

anticipatoire (anticipation d’un discours). Par ailleurs, dans une autre étude TEP, Tillfors et al.

(2001) ont observé une augmentation de l’activation du complexe amygdalien chez les

patients PS, en comparaison aux contrôles, lorsqu’ils faisaient un discours en public.

Quelques études ont également évalué les soubassements cérébraux du traitement des

informations sociales (en particulier les visages) chez les personnes PS. Veit et al. (2002),

dans une étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), ont trouvé une

activation accrue du cortex orbitofrontal droit et gauche, de l’insula, du gyrus cingulaire


64

antérieur, de l’amygdale droite, et du cortex préfrontal dorsolatéral gauche chez des patients

PS lors d’une procédure de conditionnement aversif au cours de laquelle des visages neutres

étaient associés à une pression douloureuse appliquée sur l’index. Par ailleurs, d’autres études

montrent une hyperactivation de l’amygdale chez les patients PS en réponse à des visages

menaçants (Stein et al., 2002 ; Straube et al., 2004), le niveau d’activation de l’amygdale étant

positivement corrélé à la sévérité des symptômes d’anxiété sociale (Phan et al., 2006).

Dans l’ensemble, ces travaux suggèrent que l’anxiété sociale est sous-tendue par un

réseau cortico-limbique impliquant principalement le complexe amygdalien et des régions

préfrontales (essentiellement dans l’hémisphère droit). La latéralisation droite des régions

cérébrales associées à un état d’anxiété dans la PS est consistante avec les activations

cérébrales observées dans d’autres troubles anxieux (par ex., Nordahl et al., 1998; Rauch et

al., 1995, 1997) ainsi que lors de l’induction d’un état anxiété chez des sujets non-cliniques

(voir Davidson & Irwin, 1999). Selon Davidson (2002; Davidson & Irwin, 1999), ces régions

cérébrales de l’hémisphère droit sous-tendent un système destiné à faciliter l’évitement des

sources de stimulations aversives et/ou à organiser des réponses appropriées face à la menace.

Sur base d’une série d’études réalisées chez le singe, Amaral (2002) a également

suggéré que l’amygdale consiste en un système de sécurité dont la fonction est de détecter et

d’éviter le danger. Cette structure cérébrale serait impliquée dans l’évaluation des stimuli

environnementaux afin de détecter les dangers potentiels et contribuerait à coordonner les

comportements appropriés pour éviter le danger. Elle jouerait également un rôle dans

l’inhibition des comportements d’approche vers de nouveaux objets ou de nouvelles

situations. Des études montrent que les singes dont les amygdales ont été lésées s’emparent

sans hésitations d’un objet négatif tel qu’un serpent en caoutchouc, stimulus que les singes

normaux jugent aversif. Par ailleurs, lors des interactions sociales, les singes lésés présentent

beaucoup moins de stress et s’engagent activement et immédiatement dans l’interaction. Chez


65

l’homme, des études ont montré que les patients présentant des lésions bilatérales de

l’amygdale ont des difficultés à reconnaître les expressions faciales de peur (Adolphs et al.,

1999). Lors d’une tâche qui nécessite d’effectuer une évaluation de la personnalité d’individus

non-familiers sur base de photos de leur visage, ces patients évaluent les individus comme

étant plus honnêtes et dignes de confiance que ne l’estiment les sujets contrôles (Adolphs,

Tranel, & Damasio, 1998). Par ailleurs, une étude IRMf récente suggère que l’amygdale est

également impliquée dans la détection et le traitement des stimuli inattendus ou non-familiers,

tels que de nouveaux visages en comparaison à des visages avec lesquels les sujets ont été

préalablement familiarisés (Schwartz et al., 2003). Selon Amaral (2002), la PS pourrait être

associée à une hyperactivité ou à une dérégulation du fonctionnement normal de l’amygdale

résultant en une évaluation excessivement négative et un sentiment de danger en réponse à

des stimuli relativement bénins, ce qui entraînerait une tendance à l’évitement de ces stimuli.

Une étude IRMf de Bribaumer et al. (1998) conforte cette hypothèse. Ces auteurs ont présenté

des visages neutres et des odeurs aversives à des patients PS et à des sujets de contrôle. Les

auteurs ont trouvé une activation plus marquée de l’amygdale chez les patients PS par rapport

aux sujets de contrôle en réponse aux visages neutres. Par contre, les deux groupes

présentaient une activation comparable de l’amygdale en réponse aux odeurs aversives. Cette

étude suggère donc que des stimuli bénins pour les sujets non-anxieux tels que des visages

neutres ont tendance à activer l’amygdale chez les patients PS. D’autres études seraient

cependant nécessaires afin de mieux comprendre le rôle joué par l’amygdale dans la PS. Une

revue récente de la littérature suggère en effet que le rôle de l’amygdale pourrait être plus

général et consister en une évaluation de la pertinence des stimuli, évaluation qui inclus, mais

n’est pas limitée, au caractère menaçant des informations traitées (Sander, Grafman, & Zalla,

2003). Il serait par ailleurs utile d’examiner les régions cérébrales qui sous-tendent les divers
66

biais de traitement de l’information (biais attentionnels, d’interprétation et mnésiques) qui

sont associés à la PS.

Implications cliniques

Ces dernières années, plusieurs études ont démontré l’efficacité de certaines

techniques d’intervention psychothérapeutique et de la pharmacothérapie, ainsi que la

combinaison de ces deux approches, dans le traitement de la PS (pour revue, voir Heimberg,

2001, 2002; Jefferson, 2001; Schneier, 2001). Il a été par exemple mis en évidence que

l’utilisation de techniques cognitivo-comportementales, telles que l’exposition, la

restructuration cognitive, et l’apprentissage d’habiletés sociales, améliore de façon

significative l’état des patients (Feske & Chambless, 1995; Gould, Buckminster, Pollack,

Otto, & Yap, 1997; Taylor, 1996). L’objectif de cette section n’est pas de faire une revue

exhaustive de ces travaux (voir Heimberg, 2001, 2002) mais plutôt de fournir quelques

exemples qui illustrent en quoi les modèles cognitifs de la PS ainsi que les études

expérimentales qui ont contribué à développer ces modèles ou qui en découlent ont contribué

à la mise au point et à l’amélioration de techniques efficaces pour le traitement de la PS.

Une des techniques les plus fréquemment utilisées pour le traitement des troubles

anxieux est l’exposition. Cette technique consiste en une confrontation progressive du patient

avec les stimuli ou situations redoutées jusqu’à ce que l’anxiété induite par ces stimuli

diminue. Pour que l’exposition soit efficace, les patients doivent s’engager complètement

dans les situations redoutées, c’est à dire faire attention à l’ensemble de la situation,

l’expérimenter complètement et laisser leur anxiété subjective et les réactions physiologiques

associées se manifester. Cependant, comme nous l’avons remarqué, certaines études montrent

que, lorsqu’ils sont confrontés à des situations sociales, les patients PS focalisent leur

attention sur eux-mêmes (sur des images négatives d’eux-mêmes, sur leurs signes d’anxiété)
67

plutôt que sur la situation extérieure de sorte que ce biais attentionnel risque de réduire

l’efficacité d’une exposition aux situations sociales. Prenant ces données en considération,

Wells et Papageorgiou (1998) ont montré que l’efficacité de l’exposition chez les patients PS

est augmentée lorsque l’on utilise des instructions qui aident les patients à focaliser leur

attention sur ce qui se produit dans la situation.

Par ailleurs, comme nous l’avons vu, plusieurs études ont mis en évidence que les

patients PS surestiment la probabilité d’occurrence des événements sociaux négatifs et de la

gravité de leurs conséquences, à sous-estimer leurs propres habiletés et performances dans les

situations sociales, et à interpréter de façon davantage négative et/ou moins positive les

situations sociales. L’objectif d’une seconde technique d’intervention fréquemment utilisée

dans le traitement des troubles anxieux, la restructuration cognitive, est précisément de

modifier ces croyances et interprétations négatives, en proposant des interprétations

alternatives au patient et en lui faisant vérifier la validité de ces diverses interprétations par

rapport aux faits objectifs d’une situation. L’identification d’une série de croyances et de biais

de traitement de l’information dans les études qui ont adopté une approche cognitive de la PS

a permis d’améliorer le traitement de la PS en ciblant une partie de l’intervention sur la

modification de ces biais.

L’approche cognitive de la PS pourrait également contribuer à la mise au point

de techniques plus efficaces d’évaluation du trouble et de son évolution suite à l’application

de techniques d’intervention thérapeutique. En particulier, l’évaluation des biais attentionnels,

des biais d’interprétation, ainsi que des biais mnésiques des patients avant la thérapie

permettrait de mieux caractériser les particularités du traitement de l’information présentées

par un patient particulier et de cibler l’intervention en conséquence. Par ailleurs, l’évaluation

des biais attentionnels, des biais d’interprétation, ainsi que des biais mnésiques des patients
68

avant et après l’intervention thérapeutique pourraient constituer une manière efficace

d’objectiver les changements liés à la thérapie.

Conclusion

La PS est un des états psychopathologiques les plus fréquents. Elle débute

généralement lors de l’adolescence, touche davantage de femmes que d’hommes, et entraîne

souvent des perturbations importantes du fonctionnement social et professionnel de l’individu.

Plusieurs facteurs semblent favoriser son développement : des facteurs génétiques, le

tempérament de l’individu, les relations avec ses parents et les expériences sociales qu’il a

vécues. Ces dernières années, de nombreuses études ont également mis en évidence une série

de biais dans le traitement de l’information (au niveau de l’attention, de la mémoire, du

jugement et de l’interprétation) qui contribuent au développement et/ou au maintien de la PS.

Ces travaux, se fondant sur une approche cognitive en psychopathologie, ont permis

d’avancer considérablement dans la compréhension de la PS et ont contribué au

développement de techniques d’intervention efficaces. Bien cette approche ait déjà largement

porté ses fruits, la poursuite des travaux de recherche concernant les mécanismes de

traitement de l’information sociale, tant chez le sujet tout-venant que dans les cas

pathologiques, devrait permettre d’affiner notre compréhension de la PS, tant sur le plan

théorique qu’au niveau de la pratique clinique.


69

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