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FONCTIONNALISME ET LANGUES AFRICAINES
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Luc Bouquiaux

Presses Universitaires de France | « La linguistique »

2009/1 Vol. 45 | pages 83 à 112


ISSN 0075-966X
ISBN 9782130572718
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-la-linguistique-2009-1-page-83.htm
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FONCTIONNALISME
ET LANGUES AFRICAINES
par Luc BOUQUIAUX
CNRS-Paris (LACITO)

« Aujourd’hui encore, beaucoup se refusent


à voir que les problèmes de sens ne se posent
pas sur le seul plan de la pensée, mais au
contact qui s’établit entre une structure lin-
guistique particulière à chaque langue et l’ex-
périence du monde qui est celle de chacun
d’entre nous. »
A. Martinet, Mémoires d’un linguiste,
Paris, Quai Voltaire, 1993, p. 86.

C’est dans les années 1960 que l’on peut situer le point de
départ dans la définition de nouvelles approches en matière de
description de langues africaines qu’il faut d’ailleurs rattacher à la
prise en compte de la spécificité de l’étude des langues à tradition
orale.
La spécificité de celles-ci tient au fait que le chercheur est à la
fois collecteur des matériaux qu’il analyse, qu’il élabore des hypo-
thèses à partir de ses données, qu’il les expérimente pour confir-
mation ou infirmation jusqu’à en obtenir un système cohérent.
Celui-ci, confronté à d’autres expériences du même type, réali-
sées dans des conditions identiques (car on ne peut comparer que
ce qui est comparable) lui permettra d’aboutir à une synthèse et
d’élaborer des schémas théoriques qui représenteront autant de
nouvelles hypothèses pour poursuivre plus avant, de type de
langue en type de langue, une recherche qui débouchera forcé-
ment sur une ou des théories générales sur le langage. Cepen-
dant, il est évident que toute cette recherche, depuis la collecte
de l’information jusqu’à l’élaboration de théories généralistes, ne
peut faire abstraction de prises de position philosophiques et
de certains postulats qui sont propres au chercheur ou à une
école déterminée. On doit admettre qu’il n’existe aucune
recherche dans aucun domaine qui soit absolument dépour-
vue de fondements hypothétiques d’une orientation déterminée.
Une telle carence serait d’ailleurs ascientifique. Toutefois, cette

La Linguistique, vol. 45, fasc. 1/2009


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préexistence d’orientations philosophiques, qui engendrent les


hypothèses, ne doit pas occulter la réalité des faits. Ceux-ci ne
doivent pas être collectés dans la perspective d’une adaptation à
l’hypothèse de départ, mais dans celle d’une expérimentation de
sa validité ou de son inadéquation et en conséquence donner lieu
à la formulation de nouvelles hypothèses ou à l’approfondisse-
ment et à l’élargissement des hypothèses de départ si celles-ci se
sont révélées valables. Aucun fait ne doit être exclu ou ignoré
voire modifié s’il est contradictoire avec l’hypothèse de départ.
Ou bien il modifiera l’hypothèse, ou bien il l’annulera, ou bien il
s’inscrira dans un autre système et ouvrira une nouvelle voie de
recherche. C’est dire qu’une dialectique doit constamment s’ins-
taurer entre le recueil des matériaux et leur interprétation.
Une des pressions les plus contraignantes a priori auxquelles
est soumis le linguiste est le poids de sa propre langue sur l’ap-
préhension de celle de son étude. Inconsciemment, il se trouve en
permanence confronté à une conceptualisation différente de la
sienne qu’il essaye d’interpréter en fonction de ses propres
concepts. Il se retrouve donc devant les exigences suivantes :
— il doit y avoir adaptation de l’étude à la documentation dispo-
nible et non l’inverse ;
— méthodologiquement, il faut disposer d’une documentation
maximale et de son analyse, avant d’entreprendre la compa-
raison ;
— la collecte des matériaux doit se faire selon une même
méthode, quelle que soit la théorie sous-jacente à laquelle le
chercheur adhère ;
— la comparaison exige dans l’analyse une approche théorique
identique, sinon la comparaison est sans doute apparemment
possible, mais comme ses objectifs sont différents, elle aboutit
nécessairement à des résultats différents.

LES PARTICULARITÉS
DE NOTRE POINT DE VUE SUR LA PHONOLOGIE

Notre optique, privilégiant a priori la fonction de communica-


tion de la langue, nous amène à présenter des systèmes phonologiques
résolument synchroniques, ne laissant aucune place à la possibilité
d’une interprétation diachronique simultanée, comme le font les
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notions de « cases vides » à remplir ou récemment libérées. Il nous


semble en effet que le système, tel qu’il est, en l’état de langue étu-
dié (à un moment déterminé de son histoire), s’équilibre sans faire
appel à des éléments potentiels, passés ou futurs. Si, dans un autre
état de langue, révélé diachroniquement ou comparativement (par
un autre dialecte, par ex.), on constate l’existence d’un autre sys-
tème proche, on n’a pas à envisager l’un des deux comme suppo-
sant l’autre. Ceci implique un jugement de valeur de l’un par rap-
port à l’autre, le considérant comme incomplet, car il présenterait
des « cases vides ». Au contraire, on prendra en compte chacun de
ces systèmes en soi, représentant un certain équilibre à un moment
et en un lieu donné, pour un groupe social déterminé. On étu-
diera, dans leur confrontation, les transformations qu’ils ont subies
pour rendre compte de leurs organisations respectives. L’optique
sera évidemment différente s’il s’agit des systèmes de deux groupes
apparentés dont l’évolution corrélative, mais divergente, aura
abouti à des systèmes comparables, mais non semblables dans leur
histoire, leur environnement, ou s’il s’agit des systèmes d’un même
groupe dans son développement diachronique.
Lorsque nous présentons le système phonologique d’une
langue, nous envisageons les phonèmes de cette langue comme les
unités d’un ensemble dans lequel chacune de ces unités (soit
chaque phonème) ne se définit et n’existe que par rapport aux
autres, ce qui implique que s’il y a système, toutes les unités qui le
composent y sont incluses et qu’il ne peut y avoir de phonème(s)
hors système. Dans la mesure où l’on présente la langue comme
une structure qui, au niveau distinctif, s’articule en un système
phonologique structuré, il y aurait inconséquence à vouloir rejeter
hors du système un certain nombre d’unités sous prétexte que leur
identité phonologique paraît plus difficile à établir que leur statut
phonétique. Cette exclusion du système n’est qu’une solution de
facilité qui aboutit malheureusement à nier la notion de système.
En effet, si nous avons beaucoup insisté sur le caractère indis-
pensable d’une fine description phonétique, celle-ci ne doit pas, au
moment de l’élaboration du système phonologique (qui n’en retien-
dra que la pertinence au niveau de la communication), représenter
une entrave à la découverte des traits, souvent très abstraits, consti-
tuant les relations et corrélations qui structurent le système.
Ainsi, dans un système donné où l’on aura phonétiquement des
bilabiales dont une sourde relâchée [F], une sonore occlusive [b]
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et une implosive [k], tandis que les labiodentales seront fricative


pour la sourde [f] et spirante pour la sonore [n.], sans implosive ou
glottalisée, le système phonologique ne considérera que le carac-
tère labial commun double / simple et les traits sourd / sonore qui
définiront respectivement les p / f // b / v, tandis que l’implosive
ne sera définie que par ce trait et celui de sa labialité qui sont seuls
distinctifs à son niveau, même si phonétiquement sa réalisation est
généralement, voire toujours, doublement labiale.

k implosif
p f sourd
b v sonore
double / simple
LABIAL

C’est une interprétation phonétique plus ou moins stricte du


système phonologique qui, le tronquant (en les mettant « hors
système ») des éléments à latitude phonologique vaste, en abolit
le système. Pour illustrer cette notion de système phonologique
ne pouvant être que totalement inclusif ou ne pas être, et présen-
tant, par rapport au phonétisme strict des réalisations une stylisa-
tion des traits distinctifs pertinents, nous prendrons l’exemple du
phonétisme français.
Phonétiquement, celui-ci comporte les articulations suivantes :

pré- labio-
bi- labio- apico- alvéo- dorso- pala- pala- labio- uvu-
labiales dentales dentales laires alvéol. tales tales vélaires vélaires laires
sd p t k
occl.
sn b d g
O
R sd f s c
A fric.
sn v z Â
L
E latérale l
S
vocalique 9 j w
cont. vibr. ®
NASALES m n Y
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que l’on peut phonologiquement regrouper en quelques corréla-


tions évidentes, telles que :

bi- labio- api- sif- chuin- pala-


labiales dent. cales flantes tantes tales vélaires
p f t s c k sd
ORALES
b v d z  g sn
m n Y NASALES

mettant ® et l hors système ou hors corrélation, excluant w, 9 et j


et donnant à Y un statut excentrique, comme unique palatale du
système.
Au lieu de quoi un système intégré retiendra les traits
suivants :

w l j 9 R Non voisant
p f t S c k sd ORALES
Voisant
b v d Z Â g sn
m n Y NASALES

Non labial. Labialisées


Doubles Simples Centrales Post.
Antér. Non antérieures
EXTERNES/LABIALES INTERNES/BUCCALES

Remarque. — Les définitions négatives utilisées ici ne signifient pas qu’on a affaire à un
trait négatif, mais visent à marquer plus nettement une opposition. On pourrait aussi bien
dire Apicales / Dorsales que Antérieures / Non antérieures ou Étirées / Arrondies que Non
labialisées / Labialisées. L’essentiel est de mettre en évidence le contraste, existant entre
deux modes ou zones articulatoires, qui constitue le trait distinctif de la série ou de l’ordre
envisagé, même si, pour chaque phonème particulier, ce trait s’assortit de diverses variantes
ou latitudes, différentes de celles d’un autre phonème pourtant du même ordre ou de la
même série puisqu’il présentera, parmi ses variantes et latitudes propres, le même trait spé-
cifique qui l’opposera aux autres ordres ou séries du système.

C’est sans doute la grande amplitude de réalisation de cer-


tains phonèmes et leur apparent isolement – dû à des caractéristi-
ques phonétiques qu’ils sont seuls à présenter, comme c’est le cas
pour l ou r en français, par exemple –, à quoi s’ajoutent les possi-
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bilités de la comparaison chronologique pour les langues indo-


européennes, qui ont permis à la notion de « cases vides » de
s’accréditer.
Cependant, qui dit système exclut d’emblée cette notion. Il
n’y a pas de « cases vides » dans un système, non plus que de
« hors système », mais des potentialités latentes. Du fait de l’exis-
tence de corrélations, non représentées à certains niveaux, des
possibilités sont ouvertes à l’intégration (par l’emprunt) ou au
développement (par l’usure morphologique ou par l’évolution
phonétique) de certains phonèmes qui trouveront leur place dans
la corrélation. De même que des phonèmes pourront s’insérer,
d’autres disparaîtront. Le système se trouvera modifié dans son
contenu, mais non dans sa structure.
En revanche, lorsque l’intrusion d’un élément extérieur ou
l’usure interne ne trouve pas place dans une corrélation – en
plus ou en moins –, on aboutira à une modification de la struc-
ture qui accueillera une nouvelle corrélation ou en supprimera
une. Cependant, quel que soit le cas de figure, on passe d’un
système à un autre système, comme on va d’un lieu à un autre
lieu, d’un temps à un autre temps, mais on n’a pas affaire à un
même système comportant un nombre plus ou moins grand de
phonèmes, plus ou moins intégrés, dans un équilibre plus ou
moins stable.
Ainsi, le ngando (bantu C10) présente une évolution de son
système consonantique observable entre les générations des
grands-pères aux petits-fils. Les anciens emploient un système où
figure une corrélation de sonorité des mi-nasales :

w l y Non voisant
kp f t s k sd ORAL
Voisant
gb b d z g sn
nkp mp nt ns nk sd
Voisant
ngb mb nd nz ng sn NASAL

m n Y Non voisant
central post.
Vélaire Non vélaire Antérieur Non antérieur
EXTERNE INTERNE
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Dans le contexte linguistique environnant, le ngando se trou-


vait être la seule langue (bantoue ou oubanguienne), parlée dans
cette région, à posséder une série de semi-nasales sourdes, toutes
les autres n’ayant de semi-nasales que sonores. La circulation et
les contacts des populations s’étant accrus, la jeune génération en
est arrivée à éliminer cette corrélation de voisement dans la nasa-
lité, sans pour autant perdre les oppositions qui se sont reportées
différemment, de sorte que le système s’est rééquilibré : les
mi.nasales sourdes nkp, nt, nk, se sont confondues avec les orales
correspondantes, kp, t, k ; la labiale mp, devenue orale, p, pho-
nème qui n’existait pas dans le système précédent, devient parte-
naire de la sonore, b ; la centrale, ns, donne également naissance
à un nouveau phonème, c, pour lequel apparaît un partenaire
d’origine morphologique j (réalisé phonétiquement dÂ, qui résulte
de la phonologisation d’un préfixe dì devant radical nominal
vocalique : dì + .v > dÂv), créant ainsi un nouvel ordre. Du pré-
cédent système, à six séries et cinq ordres, on est donc passé à
celui-ci qui compte six ordres et cinq séries :

w f l y Non voisant
kp p t s c k sd ORAL
Voisant
gb b d z j g sn
ngb mb nd nz ng nC
NASAL
m n Y Nt
Non occl. Occl.
Vélaire Non vél. Central Postér.
Antér. Non antérieur
EXTERNE INTERNE

Il est rare de pouvoir saisir pratiquement sur le vif un tel type


de bouleversement. C’est en tout cas la vision d’un système pho-
nologique intégré tel qu’on l’a présenté ci-dessus ainsi que le clas-
sement des entrées de dictionnaire suivant un ordre phonolo-
gique et non alphabétique, qui a permis de montrer à quel point
les phénomènes de dérivation pouvaient être déterminés en fonc-
tion des catégories de phonèmes, comme nous le verrons à
propos de la dérivation verbale bantoue.
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En matière de prosodie, c’est l’étude comparative d’un


ensemble de parlers gbaya-manza1 qui a permis de mettre en
relief une isoglosse entre langues présentant soit deux, soit trois
registres. À ce propos, un point qui nous est particulier c’est,
quand il s’agit de langues à tons, qu’il s’agisse de tons ponctuels
ou de tons modulés, de définir de la même façon timbre voca-
lique et hauteur mélodique, à savoir comme un trait pertinent.
En français, on distingue le futur du conditionnel par l’aper-
ture vocalique :
Âe sedre « Je céderai »
Âe sedrè « Je céderais »
En ngbaka, on oppose l’accompli à l’inaccompli, par la hau-
teur mélodique.
mò~ ho~ « Tu as mangé » // tu / (A)-manges // (accompli)
mò~ hó~ « Tu manges » // tu / (I)-manges // (inaccompli)
Comme on l’a rappelé ci-dessus, les résultats de la comparai-
son ne seront véritablement validés que si l’on a comparé des élé-
ments comparables. C’est dans cette perspective qu’on se permet-
tra d’être particulièrement exigeant pour ce qui est de la
phonologie. Pour chaque langue un tableau des phonèmes sera
établi comme ci-dessus. Chaque définition de phonème sera
accompagnée d’une description précise de sa réalisation car,
comparées entre elles, les réalisations donnent de précieuses
lumières sur l’évolution de la langue. Il faut donc ici souligner
l’apport de la phonologie quantitative. Celle-ci consiste, dans un
premier temps, à faire une analyse distributionnelle des réalisa-
tions phonétiques d’une langue donnée. Contrairement à ce que
prétendent Chomsky et les tenants de la phonologie générative, il
est possible, si cette analyse est correctement maîtrisée, d’en tirer
bien autre chose que des tendances statistiques. En fait, la phono-
logie quantitative montre de la façon la plus claire le caractère
foncièrement artificiel et inadéquat de la phonologie générative
quand il s’agit d’étudier l’évolution des phonèmes. L’étude de la
combinatoire des phonèmes dans la chaîne permet la mise à jour
de phénomènes fort divers. D’abord la détection exhaustive des
allophones, des archiphonèmes et des neutralisations, ensuite la

1. Yves Moñino, 1995.


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mise en évidence des unités phonologiques en distinguant soi-


gneusement celles qui sont actuellement stables, c’est-à-dire dont
le niveau d’intégration est complet, de celles qui sont en voie de
disparition ou d’apparition, ou, si l’on préfère, les sons qui sont
en voie de phonologisation et ceux qui, généralement pour des
raisons de faible rentabilité dans les oppositions, sont en passe de
perdre leur statut de phonème. Les schèmes syllabiques et proso-
diques préférentiels des monèmes, des composés et des dérivés se
déduisent rapidement sur la base de la fréquence de leurs occur-
rences et font apparaître le caractère original de certaines distri-
butions dans le cadre de ces schèmes. On dispose dès lors d’élé-
ments qui permettent de poser des hypothèses, aussi bien sur
l’évolution passée que sur l’évolution future des systèmes ainsi
dégagés. Fidèle en cela à une démarche typiquement scientifique
partant de l’observation des faits, il s’agit de quantifier les don-
nées et de chercher à insérer dans une règle générale les excep-
tions qui ne sont qu’apparentes parce qu’elles attestent précisé-
ment de l’amorce du changement. La règle n’apparaît dès lors
qu’à la saturation d’une tendance. Son propos est de montrer
que les exceptions constituent un sous-système à l’intérieur du
système : ou bien elles reflètent un état ancien, ou bien elles anti-
cipent sur une évolution qui n’a pas encore atteint l’ensemble du
système. Cette démarche est, à notre sens, la seule qui rende
compte de la réalité linguistique alors que celle qui part de postu-
lats plus ou moins bien établis dont on cherche par tous les
moyens à vérifier le bien-fondé, en forçant les faits au besoin et
en éliminant ceux qui ne conviennent pas, esquive les problèmes
les plus délicats et masque les phénomènes de transition qui sont
précisément le moteur de l’évolution. La démonstration de V. de
Colombel sur une langue tchadique du Cameroun est, sur ce
point, tout à fait convaincante2.
De toute façon, notre conception de la phonologie est tou-
jours dynamique, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas d’effec-
tuer sans plus une coupe synchronique permettant d’élaborer un
système, mais elle tient compte du fait que dans tout système de
ce type, certains phonèmes constituent un noyau solide ; d’autres,
dont le rendement est faible, sont en voie de disparition, d’autres,
encore peu représentés, sont en cours d’apparition.

2. Véronique de Colombel, 2001.


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D’autre part on peut faire une étude diachronique en compa-


rant des systèmes dans le temps, et des études comparatives syn-
chroniques, par le même type de comparaison des systèmes ; tout
cela sera d’autant plus convaincant que l’on aura correctement
établi la phonologie selon les principes exposés ci-dessus.
Dans notre perspective, la phonologie englobe également
l’étude de la distribution, des combinaisons, des fréquences, de la
démarcation, de la prosodie.

LES PARTICULARITÉS
DE NOTRE POINT DE VUE EN MORPHOLOGIE

Un des apports majeurs de Martinet c’est l’importance qu’il a


donnée à la prosodie dans les évolutions. Quand on a affaire à
des langues qui opposent consonnes géminées, consonnes non
géminées, voyelles longues, voyelles brèves et autres combinaisons
diverses telles que la présence ou l’absence d’accent phonolo-
gique, les traits prosodiques constituent quasiment le moteur
essentiel des évolutions d’autant plus que ce sont des traits qui se
transmettent inconsciemment d’une langue à l’autre et qui s’in-
fluencent ; on parle dans ce cas d’influences aréales. Nos études
sur différentes langues africaines ont confirmé de multiples fois ce
point de vue. Nous sommes en revanche réticents sur les réserves
mises par Martinet sur le peu d’importance accordé aux « servi-
tudes grammaticales », tout en les comprenant parce que l’essen-
tiel est pour lui la communication. C’est, à notre sens, prêter le
flanc aux générativistes et les rejoindre dans l’intérêt médiocre
qu’ils manifestent pour les structures de surface et leur stérile
recherche des universaux. Les prétendues servitudes grammati-
cales sont essentielles dans le fonctionnement de la langue. Pen-
sons aux langues slaves et à l’enchevêtrement de la phonologie et
de la grammaire (ou à la difficulté d’identifier les parts qui
reviennent à la phonologie et à la morphologie). Il n’est pas éton-
nant que ce soit Troubetzkoy qui ait développé la morphophono-
logie. On a vu dans les langues slaves et dans certaines langues
romanes quelque chose qu’on a décrit comme une « tendance » à
la palatalisation (Meillet et Vendryes). En fait celle-ci ne se pro-
duit que lorsque plusieurs conditions sont réalisées conjointe-
ment. Il en est de même quand on prétend que les locuteurs de
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langues germaniques ont une « tendance » à faire des mutations


consonantiques.
Pour en revenir à l’apport des langues africaines, outre la plu-
part des langues Bénoué-Congo, qui sont connues pour leur mor-
phologie compliquée, les langues tchadiques, branche de l’afro-
asiatique (anciennement chamito-sémitique) sont également
connues pour la complexité de leur morphologie. V. de Colom-
bel a remarquablement mis en relief le rôle différent des voyelles
dans des langues où l’armature consonantique est porteuse du
sens de base alors que les voyelles ne font qu’ajouter des préci-
sions, la plupart du temps morphologiques. C’est d’ailleurs la rai-
son pour laquelle beaucoup de systèmes d’écriture ne notent pas
les voyelles brèves, sinon par des signes au-dessus et au-dessous
des consonnes (cas de l’arabe et de l’hébreu, du syriaque, de
l’égyptien hiéroglyphique, etc.). À partir du moment où on a un
système de voyelles dont le rôle est tout différent de celui qui est
attribué aux consonnes, l’influence de la voyelle sur la consonne
est très réduite parce qu’on aurait de la peine à reconnaître le
mot. Cela explique la rareté des phénomènes de palatalisation
dans les langues sémitiques et tchadiques et leur relative stabilité
consonantique en regard par exemple des évolutions des langues
indo-européennes.

NOS PARTICULARISMES EN SYNTAXE

Pour répondre aux exigences définies dans l’introduction,


nous avons progressivement mis au point une méthode de des-
cription que nous avons appelée systémique dynamique. Elle se situe
bien évidemment dans la mouvance de la linguistique structurale
fonctionnaliste, mais s’en distingue nettement par l’insistance
mise sur le processus évolutif. Même si une analyse d’une langue
donnée est une coupe dans une réalité mouvante et ne peut être
faite que dans un espace-temps dans lequel elle s’insère.
Dès sa formulation, nous avons été amenés à remettre en
cause la formule P = SN + SV car l’opposition N/V n’est pas un
universal : on ne peut parler de noms, de verbes ou de tout autre
classe de mots que si l’on a mis au point des discriminants précis
pour les identifier. Il en est de même de l’examen des sché-
mas SVO et de ses avatars (SOV, VSO, etc.) où l’on mélange, à
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notre point de vue, des niveaux différents : S = Sujet est une


fonction, V = Verbe est une catégorie grammaticale ou une
classe de mots, O = Objet est une fonction bâtarde qui peut être
occupée par différentes catégories grammaticales (nom, pronom,
voire adjectif ou adverbe, etc.), ainsi que par différents types de
syntagmes. Il faudrait au moins remplacer V par P (= Prédicat),
car il est important de savoir dans une langue donnée quelles
classes de mots peuvent occuper la fonction de prédicat.
Pour répondre à ces difficultés, nous proposons l’étude d’un
modèle de niveaux emboîtés dans une hiérarchie progressant du
plus simple au plus complexe, de la phonétique distinctive à
l’énoncématique. À chaque niveau sont définis formellement des
unités simples et complexes propres à celui-ci. On examine la
combinatoire des différentes unités à l’intérieur d’un niveau
donné pour la création des unités de niveau supérieur et dans
l’énonciation.

PHONOLOGIE phonème ↓ unité distinctive

MONÉMATIQUE phonème = ~ ≠ monème unité significative simple

SYNTHÉMATIQUE synthème ↓ unité significative complexe

SYNTAXÉMATIQUE monème = ~ ≠ syntaxème unité syntaxique simple

SYNTAGMATIQUE syntagmème ↓ unité syntaxique complexe

FONCTIONÉMATIQUE syntaxème = ~ ≠ fonctionème unité fonctionnelle simple

ÉNONCÉMATIQUE énoncème ↓ unité fonctionnelle complexe

énoncème = ~ ≠ ÉNONCÉ produit fini

On fait ensuite l’inventaire des possibilités structurales et


fonctionnelles et leurs rendements respectifs dans le discours.
On regarde de près l’utilisation du mécanisme syntaxique dans
l’expression et la communication. Signalons que ce découpage
est fondé sur le maintien de la distinction, pour nous fondamen-
tale, entre expansion primaire et expansion secondaire. Rappelons que
le niveau primaire est celui de l’analyse où les constituants for-
ment énoncé, c’est-à-dire qu’il y a prédication ; le niveau secon-
daire combine des syntaxèmes (classes de mots) qui ne forment
pas énoncé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas prédication. On peut
ainsi se limiter à l’examen du sN ou du sV où chacun des élé-
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ments pris en compte ne dépasse pas le cadre de l’expansion


secondaire.
Il s’est avéré que cette méthode convenait particulièrement
bien pour répondre aux objectifs différents que nous assignait dès
les années 1960 la description des langues africaines. Certaines
allaient devenir véhicules d’enseignement, d’autres seraient exclu-
sivement décrites pour la connaissance scientifique. Si l’objectif
était différent, le point de départ était le même. Il s’agissait pour
le chercheur-linguiste de produire une description valide de
langues jusque-là non écrites.
Dans nombre de descriptions il nous est apparu que certains
points de l’analyse étaient très fortement valorisés au détriment
d’autres, seulement schématisés. En revanche, dans notre
optique, il s’agit de donner une vue aussi équilibrée que possible
des différents aspects de la langue.
Une description linguistique n’est jamais exhaustive (voir
C. Clairis, Vers une linguistique inachevée, qui insiste avec raison sur
ce point de vue qui n’est qu’apparemment paradoxal), il faut tou-
tefois viser à rendre compte d’un maximum de faits. Nous
sommes convaincus que les différents aspects de l’étude d’une
langue s’éclairent les uns par les autres et qu’une vue tronquée
ou parcellaire ne rend pas compte de la réalité. C’est pourquoi
nous sommes résolument hostiles aux descriptions ponctuelles
extrayant de la langue dont on n’a pas fait l’analyse complète des
phénomènes particuliers. D’autre part, si l’on veut comparer
entre différentes langues un sous-système (tel celui des démonstra-
tifs ou des indicateurs personnels, etc.), la comparaison n’aura de
sens que si le sous-système a été auparavant parfaitement défini
dans l’ensemble du système de chacune des langues envisagées.

QUELQUES INNOVATIONS EN LEXICOLOGIE

Décrire une langue disait Martinet, c’est montrer en quoi elle


est différente de toutes les autres. C’est dans cette perspective que
dans la rédaction de dictionnaires bilingues, nous préconisons
d’ajouter un volet thématique. Cette décision s’inscrit clairement
dans le cadre de l’approche ethnolinguistique qui se veut une
étude globale du phénomène social incluant la langue. En gros, le
dictionnaire thématique propose un classement par matières, per-
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mettant de couvrir d’un seul coup d’œil l’ensemble du vocabu-


laire d’un domaine donné. Arbitrairement, mais non sans fonde-
ment, on distingue quatre aspects de l’approche : le milieu
naturel, le milieu intérieur et relationnel, la société et les techni-
ques. Ces rubriques sont dans une grande mesure idéales, dans la
mesure où on ne peut échapper à certains chevauchements ou
redondances, une même réalité envisagée sous ses différents
aspects ne se présentant pas de la même façon. Ainsi la descrip-
tion d’un rituel met en jeu des références à des entités spirituelles,
à des éléments naturels (animaux, plantes, minéraux) dont il a pu
être parlé ailleurs dans le contexte qui leur est propre. De même
pour les techniques, chacune se rattache à d’autres aspects,
économiques, naturels, rituels qu’il ne faut pas manquer de
rappeler.
Un classement thématique a été proposé dans mon Diction-
naire birom3. Dans un paysage de savane où on ne trouve que
quelques îlots forestiers en bordure de rivières asséchées, on
comprend qu’il n’y ait qu’un nom générique pour « poisson » et
que le terme pour « pirogue » soit emprunté au hausa. Ce clas-
sement thématique fait immédiatement ressortir, entre autres,
l’importance du nombre « cinq » comme nombre magique et
met spécialement en exergue trois couleurs : le blanc, le noir
et le rouge, constamment impliquées dans les manifestations
rituelles avec une signification particulière. C’est également lui
qui a permis de mettre en évidence le caractère motivé du
choix de l’insertion dans un genre déterminé des nominaux, à
condition d’adopter un point de vue beaucoup plus notionnel
qu’on le fait d’habitude. Si l’on avait affaire à une population
de pêcheurs, on aurait à coup sûr un tableau complètement dif-
férent. Certaines rubriques seraient absentes, d’autres seraient
plus largement représentées. On devine l’intérêt de l’ensemble
sur le plan culturel si l’on veut faire des comparaisons qui per-
mettraient de revisiter les « aires culturelles (Kulturkreise) » du
P. Schmidt à l’aide de critères beaucoup plus minutieux, expli-
cites et significatifs.

3. 3 vol., Louvain-Paris, Peeters.


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DE LA PHONOLOGIE À LA SÉMANTIQUE

Dans un article relativement ancien (1980)4, J. Thomas pro-


posait de regarder autrement le contenu sémantique des classes
bantoues en partant d’une langue bantoue parlée par des Pyg-
mées de RCA. Si l’on s’en tient aux valeurs grammaticales géné-
ralement admises (singulier / pluriel, défini / indéfini) ou séman-
tiques banales (humain / animal / plante / objet fabriqué) le
système apparaît partiellement arbitraire : aucune catégorie
sémantique n’a l’exclusive d’une classe ou d’un genre. Si en
revanche, on s’élève à des conceptions beaucoup plus abstraites,
de type logico-mathématique, telles que dénombrable / indénom-
brable, spécifique / générique, délimité / délimitant / illimité,
concret / abstrait, ensemble comptable / non comptable, longi-
forme / globuliforme, la dérivation intraclasse montre que l’inser-
tion du dérivé dans un genre ou une classe s’effectue toujours en
fonction d’un choix dans une perspective significative.
On citera dans cette même optique la conclusion d’un article
de P. Roulon5 :
« Les langues africaines que je viens de présenter nous montrent qu’elles
aussi partent de notions abstraites qu’elles utilisent ensuite concrètement pour
désigner les éléments du monde, participant ainsi d’un raisonnement universel
par lequel chaque langue manifeste ses choix culturels et la structuration
conceptuelle de son univers. »

Un autre exemple montre aussi comment la prise en compte


du contexte culturel, démarche typiquement ethnolinguistique,
lui permet d’élucider les critères de classement des verbes tour-
nant autour de la notion technique d’épluchage. En français, la
famille des termes s’y rapportant tourne autour du fait d’ôter (des
poils, de la peau, de la chair, etc.), alors qu’en gbaya elles se dif-
férencient d’abord en fonction du geste technique et non pas en
fonction de ce qui est ôté. Le champ conceptuel manifeste en
quelque sorte l’expression d’une logique culturelle qui fonctionne
sans être nécessairement perçue de façon explicite par les
locuteurs.

4. Jacqueline M. C. Thomas, 1980.


5. Paulette Roulon, 2003, p. 83.
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C’est dans ce même esprit que N. Tersis6 a examiné le


lexique du tunumiisut, langue inuit du Groenland oriental, pas-
sant d’une démarche analytique constituée d’éléments abstraits et
notionnels à un résultat global synthétique constitué des mots
concrets qui finissent eux-mêmes par devenir arbitraires. En clair,
l’analyse morphologique systématique a permis de dégager un
système cohérent qui assigne une valeur conceptuelle aux diffé-
rentes unités phonologiques.

LA DÉRIVATION VERBALE BANTOUE

À la lumière de ce qui précède, nous en sommes venus à


regarder sous un autre angle la dérivation verbale bantoue. Tra-
ditionnellement, les suffixes de dérivation verbale dans les langues
bantoues ont été interprétés comme des éléments -VC- porteurs
d’une signification globale, telle que : -ak-, fréquentatif, multiple, col-
lectif, -is-, factitif, -ol-, inversif, -an-, réciproque, etc.
Dans un premier temps, dans des analyses que nous avons
effectuées de quelques langues bantoues C10 d’Afrique centrale,
aka, ngando, mbati (parlées en RCA), nous avons suivi cette
voie. C’est l’étude poussée de l’aka, puis la comparaison entre
ces différentes langues et enfin celle qui a suivi avec d’autres
langues du groupe C, pour lesquelles nous disposions d’un
important stock de matériaux publiés, aussi bien grammaticaux
que lexicographiques7 qui nous ont amenés à réviser ce point
de vue.
C’est d’abord la variabilité de structure des suffixes de dériva-
tion qui nous parut frappante. En effet, si certains suffixes pré-
sentent une fréquence d’emploi très importante, tant dans le
lexique que dans le discours, il n’en demeure pas moins qu’une
importante documentation permet de constater que la struc-
ture .VC- comporte -VnCn-, c’est-à-dire n’importe quelle voyelle
du système, avec la plupart des consonnes du système, dans des
proportions éminemment variables. Certaines combinaisons sont
peu fréquentes, mais dès lors qu’on n’envisage plus une structure

6. Nicole Tersis, 1994, p. 337-357.


7. Travaux du P. Hulstaert sur le mongo notamment.
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globale -VC- et que l’on considère la possibilité de successions


suffixales -V- + -C- ou, ce que montre bien un examen sytéma-
tique du phénomène, -V- ou bien -C- ou bien -V- + -V- ou bien
-V- + -C-, il apparaît que la dérivation s’effectue par addition
successive de suffixes phonématiques, vocaliques ou consonan-
tiques. De plus, on peut constater qu’à chacun de ces éléments
dérivatifs est attachée une signification, dont la combinaison pro-
duit des sens différents.
Après cette première étape, nous avons noté que se manifes-
tait entre certains phonèmes entrant dans le système de dériva-
tion verbale une affinité sémantique se situant à un certain
niveau d’abstraction, comme la notion de circularité ou de curvité
pour les prénasalisées (donc pour la série). Cependant, cette
notion commune se diversifiant avec chaque phonème prénasal,
nous avons envisagé le recoupement avec les différents ordres
dont chacune d’entre elles relevait dans le système. Il nous appa-
rut alors que, de la même façon, on pouvait discerner une notion
globale caractérisant l’ordre.
Ayant examiné sous cet angle les dérivatifs consonantiques,
les caractères ordinaux et sériels des dérivatifs vocaliques se
révèlent présenter une totale similitude. Cependant, dans le cas
du Verbal, la morphologie faisant appel à la flexion tonale
dominante pour la distinction des formes de la conjugaison,
seuls les timbres vocaliques de la dérivation expansive sont
concernés.
Une question restait en suspens, celle des phonèmes conso-
nantiques apparemment récents, dont on a pu dégager par ail-
leurs l’analyse morphologique, comme c’est le cas de l’ordre des
centrales (s-c / z-j / nj / Y…) selon les langues. Il est apparu à
l’analyse que, ici aussi, ils se présentent comme un combinat
.C + i- devenu indissociable, réalisant la fusion des sèmes des
traits pertinents de la série antérieure avec les sèmes des traits
pertinents de i.
Le traitement des emprunts (notamment au français) dans le
cadre de la dérivation ajoute encore des exemples probants à
l’analyse proposée. Il semble aussi que les emprunts (verbaux)
intégrés se soient faits en fonction de leur constitution phonéma-
tique assimilable au système de la langue emprunteuse. On peut
représenter l’ensemble des traits pertinents motivés dans le
tableau suivant :
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non voisantes w (u) f-v (p-b) l (d) y (i) (h) constante


sourdes kp p (f) t s k ponctualité-multiplication
sonores gb b (v) d (l) (z) g continuité-application
prénasalisées ngb mb nd (nz) ng circularité, curvité
nasales m n (Y) linéarité-antériorité
labio-vélarisées w (u) kp gb ngb alternance
labiales f-v (p-b) p (f) b (v) mb m position
antérieures l (d) t d (l) nd n application
centrales y (i) (s z nz Y) réflexion-faction
postérieures (h) k g ng fréquence
sd ponctualité général / collectif
ORAL progressif / centriF.
sn continuité spécifique / individuel
mi-N circularité
NASAL régressif / centriP.
Nt linéarité
l.-v. momentané
EXTERNE positionnement
l. définitif
ant. appliqué
INTERNE mouvement centr. réfléchi / transactionnel
post. multiple (fréquence)

Pour chaque phonème, on peut donc retenir les traits sui-


vants, pour lesquels nous avons tenté de donner un sens approxi-
matif équivalent, plus ou moins concret, en français :
w (u) - constante + alternance / réalisation statique diminuer
kp - ponctualité-duplication + alternance répéter
gb - continuité-application + alternance monter
ngb - circularité-curvité + alternance avancer en boucle
k - occasion + position lancer
f-v (p-b) - constante + position tourner
p (f) - ponctualité-duplication + position (mouvement) mouvoir
b (v) - continuité-application + position (spécifique) être
mb - circularité-curvité + position (mise en boucle) mettre en boucle
m - linéarité-antériorité + position (exogène) (antériorité) poser, déposer
(passif)
p - occasion + retournement saisir
l (d) - constante + retournement appliquer
t - ponctualité-duplication + mouvement (déplacement) déplacer
d (l) - continuité-application + mouvement (application) installer
nd - circularité-curvité + mouvement (prise en boucle) prendre en boucle
n - linéarité-antériorité + mouvement (endogène) enlever
(retour sur soi) (réciprocité)
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Fonctionnalisme et langues africaines 101
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y (i) - constante + réflexion-faction / réalisation mobile aller-venir


s (c) | ti | - ponctualité-duplication + (réflexion-faction) / diriger
retournement ++ augmentation
z (j) | di | - continuité-application + (réflexion-faction) / remuer
retournement ++ augmentation
nz (nj) | ndi | - circularité-curvité + (réflexion-faction) / entourer
retournement ++ augmentation
Y | ni | - linéarité-antériorité + (réflexion-faction) / projeter
retournement ++ augmentation

Ë - occasion + fréquence attraper


h - constante + fréquence tirer-pousser
k - ponctualité-duplication + fréquence (fréquence-multiple) faire-agir
g - continuité-application + fréquence frapper
ng - circularité-curvité + fréquence (montée en boucle) surmonter en
boucle

Les mi-nasales portent les traits pertinents de la nasalité + le


trait pertinent de l’oralité de l’ordre dans lequel elles figurent :
régressif / centripète + positionnement définitif mb
régressif / centripète + mouvement appliqué nd
régressif / centripète + réduplication-fréquence ng

Les mi-nasales centrales ajoutent aux traits pertinents de l’an-


térieure ceux de i (réalisation mobile : augmentation > annulation) :
régressif / centripète + mouvement appliqué (nd)
+ réalisation mobile (augmentation > annulation) (i) nz, nj

Les timbres vocaliques sont porteurs des traits suivants :


.i- réalisation mobile (facteur d’augmentation croissant > annulation)
.e- transition mobile (instrument : utilisation d’un outil, un procédé, un usage)
.è- mise en œuvre mobile (action, mise en action, en exécution)
.b- origine, modèle (produit absolu, modèle)
.c- mise en œuvre statique (produit : résultat d’une action)
.d- transition statique (qualité > défection)
.u- réalisation statique (état)

Les timbres vocaliques du radical verbal monosyllabique, sont


affectés d’un trait tonal pertinent, avec les mêmes sèmes que ceux
de la dérivation nominale.
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102 Luc Bouquiaux
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Les tons Haut ou Bas sont significatifs :


v PASSIF (immobile, résultatif, propre, en soi) DURATIF
v ACTIF (mobile, productif, événementiel, occasionnel) PONCTUEL

Ce qui donne pour l’ensemble vocalique, par voyelle :


ì- (réalisation mobile = croissance > annulation-facteur / passif + intérieur-bas)
í- (réalisation mobile = croissance > annulation-facteur / actif + extérieur-haut)
è- (transition mobile = instrument / passif + intérieur-bas)
é- (transition mobile = instrument / actif + extérieur-haut)
- (mise en œuvre mobile = action / passif + intérieur-bas)
- (mise en œuvre mobile = action / actif + extérieur-haut)
à- (origine-modèle = absolu / passif + intérieur-bas)
á- (origine-modèle = absolu / actif + extérieur-haut)
- (mise en œuvre statique = production / passif + intérieur-bas)
- (mise en œuvre statique = production / actif + extérieur-haut)
ò- (transition statique = qualité > défection / passif + intérieur-bas)
ó- (transition statique = qualité > défection / actif + extérieur-haut)
ù- (réalisation statique = état / passif + intérieur-bas)
ú- (réalisation statique = état / actif + extérieur-haut)

On notera que ces concepts ne sont pas en opposition et se


chevauchent partiellement ; ils se complètent plus qu’ils ne s’op-
posent. Leurs ajouts successifs permettent d’accroître la précision.
Certaines racines peuvent donner naissance à une dérivation
particulièrement riche, d’autres en revanche n’offrent qu’un ou
deux dérivés, voire aucun. Ainsi en aka, les radicaux mbò- mbó-,
mì- mí- n’existent pas dans la langue et forcément ne donnent
lieu à aucune dérivation. C’est en rangeant systématiquement les
items suivant l’ordre phonologique comme nous avons accou-
tumé de le faire dans nos dictionnaires, et en dépit du peu d’en-
thousiasme de la communauté scientifique qui continue à
défendre l’ordre arbitraire de l’alphabet avec insertion des pho-
nèmes non représentés dans l’alphabet classique, qu’apparaissent
le mieux les aléas de la dérivation. L’ordre alphabétique ne peut
rien suggérer de systématique. À cet égard, on ne saurait trop
recommander lors de l’enquête lexicologique de passer systémati-
quement en revue toutes les successions VC, CV, CVC, etc., pos-
sibles sans oublier de faire varier les tons de V.
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Fonctionnalisme et langues africaines 103
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Avant de donner un exemple concret, on notera que la


chaîne dérivative peut avoir une ampleur très variable selon les
cas. Elle peut être restreinte : certaines bases ne présentent qu’un
ou deux degrés de dérivation expansive ou un, deux ou trois
dérivatifs expansifs. Elle peut aussi être très développée : d’autres
bases atteignent jusqu’à neuf, voire dix degrés d’expansion et font
usage de la totalité ou presque des dérivatifs expansifs, vocaliques
ou consonantiques.
La dérivation à partir d’un même radical verbal peut donner
des significations extrêmement différentes, voire contradictoires,
au point qu’on peut en arriver à douter de sa réalité. Cependant,
on constatera qu’en se référant toujours au sens de la base et en
se conformant aux éléments significatifs dégagés pour chacun des
dérivatifs, on retrouve sans difficulté la filiation. L’exemple sui-
vant, en mongo, semble assez éclairant8.

*t - ♦ (faire déplacer, activement, vers l’extérieur ou le haut)


té- ♦ extraire, faire sortir (le miel, les larves, les fibres…), roter, faire vomir
♦ tuteurer, étayer, repousser (qqun)
♦ jeter, lancer (les dés, les cartes)
♦ donner (un surnom)
♦ sortir, apparaître, être pointu
i◊ être bavard (faire sortir des paroles en quantité)

*t3.è- ♦ (extraire, sortir, jeter, avec, pour (instrument))


*t3è.l- ♦ (faire extraire, sortir, jeter, avec, pour (application))
té4j- | téèd.i- | ♦ viser, fixer, mirer (augmentation)
→ C’est faire déplacer (le regard) activement vers l’extérieur.
*t3è.m- ♦ (être extrait, sorti, jeté avec (passif))
*t3èm.è- i◊ (regarder, observer avec (instrument))
*t3èmè.l- i◊ (regarder, observer (application))

té4m4j- | téèmèd.i- |◊ considérer, observer, examiner,


guetter (augmentation)
*t3.d- ♦ (faire bien déplacer, activement, vers l’extérieur ou le haut (qualité))
♦ (bien extraire, faire sortir (qualité))
♦ (bien enlever (une toiture) (qualité))
♦ (bien repousser, tuteurer, étayer (qualité))
♦ (bien, mieux jeter, lancer (qualité))
i◊ (être bien bavard, émettre bien des paroles (qualité))

→ La qualité consiste à faire bien, voire mieux, l’action de


base.

8. Les termes avec astérisque ne sont pas attestés dans le corpus, soit parce que la
langue ne les utilise pas, soit parce que l’enquêteur ne les a pas recueillis. Néanmoins ils
sont attestables étant donné qu’ils constituent une étape intermédiaire entre la base attestée
et le dérivé attesté. Le losange vide indique un sens figuré ou abstrait. La flèche → indique
le concept culturel qui motive la dérivation.
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104 Luc Bouquiaux
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*t3d.b- ♦ (faire bien déplacer activement vers l’extérieur ou le haut


(origine-absolu))
téö2.n- i◊ dévier, divaguer, être distrait (endogène, retour sur soi)
→ C’est faire bien se déplacer (l’esprit, la pensée) vers
l’extérieur.
té5.l- ♦ enlever (la toiture d’une maison) (application)
♦ frapper une seconde fois, achever, donner le coup de
grâce (application)
→ C’est jeter, lancer (mieux faire déplacer activement
vers l’extérieur) un coup de sorte qu’il soit fatal.
i◊ répéter, réitérer, renchérir (application)

→ Faire mieux sortir (les paroles).


té5j- | t3cd.i- |i◊ réitérer (plus) (augmentation)
*t3.mb- ♦ (faire sortir, apparaître (mise en boucle))
*t3mb.d- ♦ (bien faire sortir (qualité))
*t3mbd.b- ♦ (bien faire sortir, faire apparaître, surprendre (ori-
gine-absolu))
témbö2.m-♦ avoir été surpris (en flagrant délit) (passif)
témbö2.n- ♦ se surprendre réciproquement (en flagrant
délit) (endogène, retour sur soi)
témb5.l-♦ surprendre, attraper (en flagrant délit), contrôler (une
pêcherie) (application)
té.l- ♦ couvrir (une maison) (application)
→ Pour couvrir la maison, on fait déplacer activement
vers le haut les matériaux de la couverture (palmes,
tôles), faisant apparaître, sortir le toit.
i◊ prédire, prophétiser (application)

→ Faire sortir des paroles qui s’appliqueront, se réalise-


ront.
♦ mettre dans la bonne direction, viser, ajuster (une flèche), tirer
à la cible
→ Faire déplacer vers l’extérieur (la flèche) de sorte
qu’elle réalise sa mission (atteindre son but).
♦ mûrir, être mûr, être à point (abcès, ruche), être gonflé, plein
(le ventre rassasié)
i◊ être complètement aiguisé, tranchant (un couteau)

→ Faire déplacer vers l’extérieur (gonfler > mûrir > être à


point, ce qui pour un couteau consiste à être bien
aiguisé, tranchant).
tél.ï- ♦ faire couvrir (augmentation)
téj- | t3d.i- |♦ aider à couvrir (augmentation)
→ Couvrir une toiture ne peut pas se faire seul, il faut
avoir recours à d’autres, donc augmenter le nombre
de participants, pour leur faire couvrir le toit ; quand
on vient participer à cette entreprise, on vient aug-
menter cette augmentation d’où la notion d’aide, en
français.
téj.ö- ♦ dé-couvrir (qualité > défection)
→ À force de mieux couvrir, on dé-couvre.
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Fonctionnalisme et langues africaines 105
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*t3l.è- ♦ (faire déplacer, activement, vers l’extérieur ou le haut,


avec, pour (instrument))
♦ (faire sortir avec, pour (instrument))
tél4.m- ♦ (être fait déplacé, activement, vers l’extérieur ou le
haut, avec, pour (passif))
♦ être, rester debout (passif)
*t3lèm.è- ♦ (faire être déplacé, vers l’extérieur avec (instru-
ment))
→ Il s’agit du regard, de l’attention qui se porte sur un
objet précis.
*t3lèmè.l- ♦ (faire être déplacé, vers l’extérieur (applica-
tion))
tél4m4j- | t3lèmèd.i- | ◊ considérer, observer,
examiner, guetter
(augmentation)
→ Le regard ou l’attention se porte avec plus d’acuité sur
l’objet.
tél4m.ö-♦ déraper, glisser / dé-rester debout (qualité > défec-
tion)
i◊ commettre un lapsus (qualité > défection)

→ Le lapsus résulte d’un dérapage de la parole.


tél4m5.l- ♦ faire glisser, déraper (application)
tél4.ng-♦ repousser, refouler, rembarrer, attaquer (montée en
boucle)
→ On fait déplacer, activement, vers l’extérieur dans un
mouvement de retour, si bien que de repousser, refou-
ler, rembarrer, on en arrive à attaquer.
*t3lèng.b- ♦ (repousser (origine-absolu))
*t3lèngb.n-♦ (avoir repoussé (endogène, retour sur soi))
t3lèngbY- | t3lèngbn.i- |♦ pourchasser, refouler au
loin (augmentation)
→ On repousse de plus en plus, jusqu’à pourchasser.
*t3l.b- ♦ (couvrir (origine-absolu))
i◊ (prédire, prophétiser (origine-absolu))

♦ (mettre dans la bonne direction, viser, ajuster (origine-


absolu))
♦ (être gonflé, être à point (origine-absolu))
♦ (être complètement aiguisé, tranchant (origine-absolu))
tél2.m-♦ être couvert (une maison) (passif)
i◊ être prédit, prophétisé (passif)
i◊ être suspendue très tranchante (la lance du piège à élé-

phant) (passif)
→ Dans ce dernier cas, les deux notions, être mis dans la
bonne direction, ajusté et être bien aiguisé, tranchant,
sont confondues : le piège à éléphant comporte une
lance très tranchante, alourdie d’une très grosse masse,
suspendue, par une machinerie complexe, en équilibre
au-dessus du passage des éléphants ; une corde tendue,
sur laquelle viendra buter l’animal, déclenchera le
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106 Luc Bouquiaux
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piège de sorte que la lance le transperce ; il est inutile


d’insister sur l’extrême précision et l’ajustement parfait
du dispositif nécessaires pour que la lance atteigne un
point vital.
té.t- ♦ (faire déplacer, activement, vers l’extérieur ou le haut, en
déplaçant (déplacement))
♦ casser, craquer, découper (pour faire sortir), éclore, donner
naissance, fructifier, égaliser (couper ce qui dépasse) (déplace-
ment)
i◊ rapporter (des paroles, ce qu’on a vu) (déplacement)

*t3t.i- ♦ (casser, éclore, égaliser complètement (augmentation))


téts- | téti.i- |♦ aider à couper, faire couver (des œufs d’un
oiseau par un autre) (augmentation)
*t3t.è- ♦ (casser, éclore, égaliser avec, pour (instrument))
i◊ (rapporter avec (instrument))

tét4.ï- ♦ faire casser, éclore, égaliser complètement (augmenta-


tion)
tét4.l- i◊ dévoiler (un secret), exposer (des choses ignorées de
l’auditeur) (application)
i◊ jacasser, délirer (sous l’emprise de la possession par un

esprit) (application)
tét4j- | tétèd.i- | ♦ attiser (le feu, d’abord en écroûtant la
bûche) (augmentation)
*t3tè.n- ♦ (se casser, éclore, égaliser (endogène, retour sur soi))
tét4Y- | tétèn.i- |♦ faire casser, éclore, égaliser complète-
ment (augmentation)
*t3t.b- ♦ (casser, découper, éclore, égaliser (origine-absolu))
tét2.m-♦ être découpé, égalisé (passif)
*t3t.u- ♦ (être fait déplacé vers le haut ou l’extérieur (état))
tétü.m-♦ palpiter (cœur, fontanelle) (passif)
tétüm.ï- ♦ remuer, rallumer, inciter, exciter (fig.) (augmen-
tation)
té.nd- ♦ jaillir, s’enflammer, cracher, crépiter (le feu), laisser sortir,
expirer (de l’air), pousser, germer, bourgeonner, percer (le
soleil) (prise en boucle)
i◊ progresser (une palabre) (prise en boucle)
i◊ parler, médire (prise en boucle)

♦ finir, mettre la dernière main, affiner, paufiner, retoucher (prise


en boucle)
→ Dans les différents cas, concrets ou abstraits, il s’agit de
faire sortir vers l’extérieur en retour : les étincelles du
feu coincées dans la bûche, l’air entré dans les pou-
mons, la plantule ou les feuilles enfermées dans la
graine ou les bourgeons, le soleil disparu dans la nuit
ou les nuages, la palabre qui s’enlisait, les paroles bon-
nes ou mauvaises que l’on contenait en soi, le travail
inachevé ou imparfait.
ténj- | t3nd.i- |♦ faire jaillir, gicler, enflammer (augmentation)
♦ aider à affiner, paufiner (augmentation)
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ténj.ö- ♦ crépiter, faire jaillir (des étincelles), éclater (une pus-


tule), détonner (une cartouche) (qualité)
i◊ prendre la parole en public (qualité)

*t3nd.è- ♦ (affiner, paufiner avec, pour (instrument))


ténd4.l- ♦ affiner, paufiner pour (application)
*t3nd.b- ♦ (finir, affiner, paufiner (origine-absolu))
ténd2.m-♦ être fini, affiné, paufiné (passif)
*t3nd.d- ♦ (pousser bien, progresser (qualité))
ténd5.l-♦ germer, pousser, donner (de nouvelles feuilles) (applica-
tion)
♦ avancer (un travail) (application)
té.k- ♦ verser, débiter, servir (la bière) (fréquence-multiple)
♦ (faire sortir vers l’extérieur ou le haut) (fréquence-multiple)
ték.ï- ♦ vendre (augmentation)
→ Faire sortir vers l’extérieur complètement toutes sortes
de choses.
i◊ diffamer, trahir, dénoncer (augmentation)

*t3ki.b- ♦ (vendre (origine-absolu))


tékï2.m-♦ être vendu (passif)
*t3k.è- ♦ (verser avec, pour (instrument))
♦ (faire sortir vers l’extérieur, avec, pour (instrument))
*t3kè.b- ♦ (se planter, être debout, droit, saillant (origine-absolu))
ték42.n- ♦ se planter, être debout, se trouver droit, pointer,
saillir (endogène, retour sur soi)
ték42Y- | tékèbn.i- |♦ pointer, saillir, se dresser (augmen-
tation)
ték4.l- ♦ verser (pour, à la place de) (application)
ték4j- | t3kèd.i- |♦ vendre (complètement), dépouiller de
(augmentation)
*t3kè.k- ♦ (se planter debout (fréquence-multiple))
*t3kèk.b- ♦ (se planter debout (origine-absolu))
*t3kèkb.e- ♦ (se planter debout avec (instrument))
ték4k26.l-♦ se planter debout devant (qqun, ce
qui est très impoli) (application)
ték4k2.l- ♦ se planter debout, faire pointer, saillir
(application)
*t3k.b- ♦ (verser (origine-absolu))
ték2.m- ♦ être versé (un liquide) (passif)
ték.ö- ♦ percer (par en dessous, vers le haut), suinter (qualité)
i◊ s’éventer (un secret) (qualité)

→ Concrètement ou abstraitement, il s’agit de bien faire


sortir qqch. vers le haut ou l’extérieur.
♦ s’en aller de devant (qualité > défection)
→ La base signifiant « faire sortir vers l’extérieur ou le
haut » qui aboutit avec tékèkbel- à « se planter debout
devant (qqun) », ték.d- donne « se dé-planter de
devant (qqun) », c’est-à-dire « se dé-faire sortir vers
l’extérieur ou le haut ».
ték5.l- ♦ ouvrir, percer (application)
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108 Luc Bouquiaux
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i ◊ éventer, narrer, riposter (application)


♦ germer, poindre, apparaître, sortir (application)
♦ détailler, vendre au détail (application)
→ Tous le dérivés ici sont l’application de ték.d- qualité.
ték5j- | t3kcd.i- |♦ lancer (une nouvelle), dévoiler (un secret)
(augmentation)
*t3kcj.b- ♦ (lancer, dévoiler, révéler, commencer à don-
ner (origine-absolu))
ték5j2.k- ♦ lancer, dévoiler, révéler, commencer
à donner (fréquence-multiple)
*t3k.u- ♦ (faire sortir (état))
*t3ku.m- ♦ (être fait sortir (passif))
téküm.ï- i◊ asticoter, fomenter, inciter, attiser (augmentation)
té.ng- ♦ être, se tenir oblique, de travers, être penché (de côté) (montée
en boucle)
i◊ être estropié
i◊ être en situation irrégulière, se conduire mal, être mal fait (un

travail)
téng.ï- ♦ mettre sur le côté, pencher, incliner (augmentation)
*t3ng.è- ♦ (être penché avec, pour (instrument))
*t3ngè.b- ♦ (être penché, oblique, incliné avec (origine-absolu))
téng42.n- ♦ se sentir beaucoup mieux (endogène, retour sur soi)
*t3ngè.l- ♦ (faire être penché pour (application))
téng4j- | téngèd.i- |♦ tenir incliné pour (augmentation)
*t3ngè.ng- ♦ (être penché, oblique (retouver la position) (montée en
boucle))
*t3ngèng.b- ♦ (être à nouveau incliné (origine-absolu))
téng4ng2.l- ♦ aller mieux (application)
→ Aller mieux c’est ne plus être couché, mais seulement
incliné, pouvoir se redresser.
téng4ng2j- | téngèngbd.i- |♦ améliorer, être amé-
lioré (augmentation)
*t3ng.b- ♦ (être, se tenir oblique (origine-absolu))
téng2.m- ♦ être incliné, oblique, pencher (passif)
*t3ngbm.e- ♦ (être incliné avec (instrument))
téng2m6.l- ♦ être incliné en oblique (application)
téng.ö- ♦ être redressé / être dé-penché (qualité > défection)
téng5.l- ♦ redresser (application)
◊ redresser, reprendre, rectifier, répéter, refaire, réexa-
miner, contrôler, recommencer
téng5j- | t3ngcd.i- |♦ faire redresser (augmentation)
i◊ rapporter (qqch. qu’il ignorait à
qqun), répéter (pour faire com-
prendre ou pour insister)
*t3ng.u- ♦ (se tenir de travers, penché (état))
téngü.m- ♦ boiter (passif)
i◊ recommencer à marcher (après une maladie)

téngüm.ï- ♦ marcher en boitant, en titubant (un


homme ivre) (augmentation)
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Fonctionnalisme et langues africaines 109
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MOTIVATION DU TRAIT PERTINENT


ET ARBITRAIRE DU SIGNE

De ce qui précède, on peut conclure que dans la dérivation,


les traits pertinents des phonèmes, vocaliques et consonantiques,
se révèlent significatifs. D’autre part, en considérant les bases ver-
bales simples, apparemment arbitraires, il est patent que leur
combinatoire minimale, -V- (rare), et surtout -CV- fonctionne sur
le même modèle.
En revanche, le fond lexical non dérivé ne semble pas présenter
les mêmes caractéristiques. On peut en déduire que le figement de
ces items Nominaux qui, à la différence du Verbal et de ses dérivés,
n’ont pas de « vie » évolutive et sont attachés à des entités concrètes,
même s’ils eurent un jour une origine identique, en sont depuis long-
temps détachés. De même en est-il des outils grammaticaux.
On ne peut manquer de se demander, si l’on prend en compte
cette analyse du sémantisme des traits pertinents phonématiques
de la dérivation, dans quelle mesure on ne remet pas en cause un
des postulats de la linguistique scientifique, à savoir l’arbitraire du
signe. Nous considérons qu’il n’en est rien, car les valeurs significa-
tives dégagées sont propres à un type de langues et en ce sens tota-
lement arbitraires. De plus, elles n’affectent qu’une catégorie de
lexèmes, se situant dans le domaine de l’abstraction. Il va de soi
que des enquêtes approfondies sur des types de langues les plus
diverses seraient les bienvenues. Notre enquête a été exhaustive
pour l’aka. Pour les autres langues (ngando, mbati, mongo,
ngombe) l’enquête a été fragmentaire, mais les résultats ont
confirmé ce qui avait été établi à partir de l’aka. Outre la présen-
tation par ordre phonologique que nous préconisons, se pose donc
le problème de la présentation systématique de la dérivation
comme elle a été faite dans les exemples cités ci-dessus.
D’autre part, ces conclusions confortent notre point de vue
sur la pertinence des tons et leur appartenance à part entière au
phénomène de la dérivation. Contrairement aux vues de la pho-
nologie autosegmentale, on ne peut, au stade de la dérivation
telle qu’elle est exposée ici, les isoler des voyelles ou les scinder de
toute unité phonématique où ils sont intégrés.
Sur un autre plan, on notera que notre niveau de généralisa-
tion aboutit à la découverte d’universaux ou de quasi-universaux,
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110 Luc Bouquiaux
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fort différents de ceux que propose l’optique générative. On relè-


vera que cette étude peut également donner lieu à de nouvelles
réflexions sur l’origine du langage, ou plus précisément sur la
manière dont une langue s’enrichit. La difficulté a été de mettre
au jour un processus d’enrichissement qui semble largement
inconscient, dans le sens où le locuteur ne jongle pas sciemment
avec les sèmes des traits pertinents que nous avons tenté d’identi-
fier, mais avec la combinaison qu’ils forment dans le phonème.

BIBLIOGRAPHIE

On signalera comme particulièrement illustratifs de la méthode présentée


ici, les travaux suivants :
Bouquiaux Luc (1986), « Syntaxématique : définition et classement des unités
syntaxiques ou catégories grammaticales ou parties du discours », Modèles lin-
guistiques, VIII (1), 63-68.
— (1987), « Les problèmes théoriques de la description des langues d’Afrique »,
Diogène, 137, 112-135.
— (1992), « Quelles phonologies pour quelles descriptions ? », Serta Leodiensia
Secunda (Mélanges publiés par les Classiques de Liège à l’occasion du
175e anniversaire de l’Université de Liège), CIPL, 29-37.
— (2001), Dictionnaire birom (langue Plateau de la famille Niger-Congo) Nigeria septentrio-
nal, livre I : birom-français-anglais (448 p.), livre II : Lexiques (français-birom,
anglais-birom, hausa-birom, Noms propres (189 p.), livre III : Dictionnaire thématique
(287 p.), Paris, Peeters-SELAF (LCA 28-29-30).
— (2004), Linguistique et ethnolinguistique. Anthologie d’articles parus entre 1961 et 2003,
Louvain-Paris-Dudley, Peeters-SELAF (NS 29), 466 p.
Bouquiaux Luc, Jacqueline M. C. Thomas (19762), Enquête et description des langues
à tradition orale, I. L’enquête de terrain et l’analyse grammaticale, II. Approche linguis-
tique (questionnaires grammaticaux et phrases), III. Approche thématique (questionnaires
techniques et guides thématiques) (Luc Bouquiaux et Jacqueline M. C. Thomas,
éd.), Paris, SELAF (NS 1), 950 p., 3 vol. (1re éd., 1971).
— (1992), Studying and Describing Unwritten Languages, Dallas, SIL, 1 vol., 725 p.
— (1995), « Quelques problèmes comparatifs de langues bantoues C10 des
confins oubanguiens : le cas du mbati, du ngando et de l’aka », Sprachen und
Sprachzeugnisse in Afrika. Eine Sammlung philologischer Beiträge W. J. G. Möhlig zum
60. Geburtstag zugeeignet, Cologne, Rüdiger Köppe Verlag, p. 87-106.
— (2001), « De l’observation de hasards heureux à la phonologie quantitative
du tchadique. Comment suppléer à l’absence de documents pour la recons-
truction », Festschrift für H. Jungraithmayr, Von Ägypten zum Tschadsee, Eine linguis-
tische Reise durch Afrika, Abhandlungen für die Kunde des Morgenlandes, LII (3), p. 95-
102, (en collaboration avec Jacqueline M. C. Thomas).
— Motivation phonologique dans la dérivation en bantou (en collaboration avec Jacque-
line M. C. Thomas).
— Analyse linguistique en systémique dynamique, « De la phonologie à l’énoncéma-
tique » (1 vol.).
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Fonctionnalisme et langues africaines 111
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— « Terminologie de la systémique dynamique », Dictionnaire encyclopédique des
sciences du langage (S. Auroux et B. Colombat, éd.), 29 p.
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Paris, SELAF (NS 9), p. 543-554.
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Peeters-SELAF (TO 50).