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SÉDATION POUR LES

SOINS DENTAIRES
CHEZ LES ENFANTS :
CONSIDÉRATIONS
ÉTHIQUES
Gunilla KLINGBERG
DDS, PhD,
Senior consultant in paediatric
dentistry
Mun-H-Center

MOTS CLES
Odontologie pédiatrique
U ne petite fille de 7 ans est sur
votre fauteuil alors que vous avez
un problème. Par contre, les condi-
tions qui permettent d’accompagner
Sédation
Ethique identifié la présence d’une lésion l’enfant tout au long de son soin
carieuse sur la première molaire per- constituent une somme de difficultés.
KEY WORDS manente droite. L’examen radiolo- Les dentistes ont souvent à faire à
Paediatric dentistry gique révèle également au maxillaire des enfants qui ne coopèrent pas, et
Sedation la présence de lésions nécessitant un la possibilité d’aider ces enfants pour
Ethics traitement sur les 2 e molaires lac- accepter les soins dentaires peut
téales. C’est un cas clinique fréquent devenir un réel défi. Les enfants et
en odontologie pédiatrique. Lorsque les adolescents qui présentent un
vous avez décidé de la nature des état d’anxiété lié aux soins dentaires
traitements nécessaires, la question ou des troubles du comportement,
que vous vous posez est : comment constituent une grande proportion
réaliser ces soins ? Pour de nom- des enfants qui relèvent d’une indica-
breux dentistes, les soins chez les tion de sédation pour leurs soins den-
enfants sont facteurs de stress. La taires.
partie technique du soin est rarement

REALITES CLINIQUES Vol. 16 n° 3, 2005 pp. 221-230


PEUR ET ANXIÉTÉ LIÉES Les difficultés de coopération, comme
AUX SOINS ET PROBLÈMES les états d’anxiété ou de peur liés aux
COMPORTEMENTAUX soins dentaires peuvent avoir des ori-
gines multifactorielles et l’existence
Les enfants et les adolescents présen- de plusieurs co-facteurs étiologiques
tent une très grande variabilité en âge, potentiels est discutée. Les facteurs
compétence, maturité, personnalité, de risque mentionnés dans la littéra-
tempérament et émotion, état de santé ture incluent un bas âge, l’existence
générale, expérience, santé bucco- de peurs plus générales, les traits de
dentaire, milieu familial, culture etc.., caractère, la présence de problèmes
tous ces facteurs étant susceptibles neuro-psychiatriques, le niveau socio-
d’influencer leur capacité à coopérer économique, la culture, l’éducation, et
pour permettre la réalisation de leurs l’existence d’un état d’anxiété liés aux
soins dentaires. Certains enfants sont soins dentaires chez les parents (1, 3,
robustes et tolérants dans les situa- 10, 13, 14, 15, 16, 18, 21, 25).
tions de stress et ne sont pas prédis- Le vécu de la douleur et d’expériences
posés à présenter des problèmes lors- négatives pendant les soins dentaires
qu’ils sont chez le dentiste, alors que sont considérés comme les principales
d’autres sont vulnérables et peuvent causes de problèmes comportemen-
nécessiter plus d’attention et de temps taux et d’états d’anxiété ou de peur liés
aux soins dentaires (10, 16, 19). Ces
pour se sentir à l’aise et coopérer lors
facteurs sont également considérés
des soins dentaires.
comme pouvant être réduits ou préve-
Les problèmes de comportement ou
nus par le dentiste. La douleur et
la peur sont fréquemment rencontrés
l’inconfort des soins sont très souvent
lors des soins dentaires, la prévalen-
rapportés et les enfants ont souvent
ce variant en Europe de 3 % à plus
des difficultés à distinguer ces deux
de 20 %. Il s s ont g éné rale men t
phénomènes. Il est essentiel que tous
conf ondu s en un seu l con cept .
les personnels soignants soient
Cependant, par définition ils consti-
convaincus de cette réalité de manière
tuent différentes entités et les résul-
à ce que tout soit mis en œuvre pour
tats d’études transversales montrent prévenir la douleur et l’inconfort.
qu’elles ne peuvent être assimilées Les conditions d’indications de soins
les unes aux autres (13). dentaires sous sédation sont nom-
La situation clinique des enfants pré- breuses et variées, comme le mon-
sentant un problème de gestion com- trent les autres articles de ce numéro.
portementale pendant les soins est Poser l’indication de sédation, im-plique
évidente et facilement prévisible ; généralement de choisir entre la séda-
alors que la situation clinique des tion et les autres stratégies de prise en
enfants présentant un état de peur ou charge. Une telle situation implique
d’anxiété peut varier considérable- d’analyser les indications et contre-indi-
ment, entre une totale opposition et un cations des différentes méthodes, tout
état de complète passivité silencieuse, en considérant les considérations
ces différences reflétant probablement éthiques et les aspects légaux.
des différences dans les personnalités
et les étiologies de ces états d’anxiété. LA CONVENTION DES
Ainsi, si le dentiste ne se réfère qu’au NATIONS UNIES ET LES
comportement ou à l’absence de DROITS DE L’ENFANT
coopération, il peut sous estimer La convention des Nations Unies sur
l’existence d’un état d’anxiété et, de les droits de l’enfant existe depuis
ce fait, ne pas induire son traitement. 1989 (22), et elle a été ratifiée par la

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grande majorité des états du monde. appellés le mantra de Georgetown
Il est important que tous les profes- après son instauration à l’Université
sionn els qui trava ille nt a ve c des de Georgetown à Washington D.C.
enfants, y compris les professionnels Ces quatre valeurs sont les principes
en santé bucco-dentaire, soient en de l’autonomie, la non-malveillance,
ac cord avec c ette conv enti on. le bienfaisance et la justice.
L’essentiel de cette convention réside • Selon le principe de l’autonomie, la
dans la reconnaissance du fait que personne doit avoir le droit de décider,
les enfants ont des droits. L’enfant a aussi longtemps que possible, dans les
le droit d’être respecté et aussi d’être domaines qui le ou la concernent. Ce
protégé contre les risques pour sa faisant, chacun doit également respec-
santé, contre les mauvais traitements ter l’autonomie des autres. En soins
etc… De ce fait, l’enfant a le droit dentaires, le pré-requis à la prise de
d’être impliqué dans la prise de déci- décision du patient est une information
sion d es traitements qui le ou la claire et correcte de la part du dentiste
concernent, et son avis doit être res- sur le diagnostic qui a été posé et sur
pecté. Dans ce contexte, l’âge de le traitement qui est nécessaire. Une
l’enfant et son degré de maturité doi- personne a toujours le droit de refuser
vent, bien sûr, être pris en considéra- un traitement, dans la mesure où elle
tion, mais même un très jeune enfant est compétente pour prendre cette
doit être informé et peut d’une certai- décision. Par ailleurs, une personne ne
ne manière participer à ce choix. peut pas solliciter la mise en œuvre
Un autre principe important de cette d’un traitement, dans la mesure où les
convention est celui du “meilleur inté- traitements doivent être réalisés dans
rêt pour l’enfant” qui apparaît dans le les règles de l’art. Le traitement doit
troisième article de la convention. être administré ou réalisé par un pro-
Toutes les décisions concernant une fessionnel, qui, s’il n’est pas en accord
situation dans laquelle un enfant est avec ce choix thérapeutique, n’est pas
impliqué doivent avoir pour finalité le obligé de le mettre en œuvre.
“meilleur intérêt pour l’enfant”. La • Le principe de non malveillance
convention a eu un impact sur les vient du serment d’Hippocrate, qui
modalités d’accueil et de prise en précise que le médecin ne doit pas
charge d’un enfant à l’hôpital, comme nuire à son patient. Il pourrait sembler
par exemple au travers d’associations que ce principe est facilement appli-
ou d’organismes comme the Child cable, et pourtant ce n’est pas le cas.
Friendly Healthcare Initiative (4, 20). Dans certaines situations, les procé-
dures de soins peuvent devenir dou-
L’ÉTHIQUE BIOMÉDICALE loureuses ou anxiogènes, ce qui, en
Les considérations éthiques sont soi, constitue une limite au respect de
devenues une part importante du tra- ce principe. Ces situations de douleur
vail clinique pour les dentistes. Dans provoquées au cours du soin sont
les années 70, Thomas Beauchamp parfois rencontrées comme dans le
et James Childress ont publié le cas de l’injection anesthésique ou du
manuel des Principes d’Ethique Bio- sondage parodontal et on peut consi-
médicale, qui a ensuite été plusieurs dérer qu’elles ne sont pas en contra-
fois réédité (2). Ce manuel a eu une diction avec le principe de non mal-
grande influence sur les pratiques de veillance à la seule condition que le
soins (5, 8, 23). Les auteurs ont décrit patient (ou une personne référente)
différents principes éthiques, parmi ait donné son consentement pour le
le sque ls quat re so nt co nsidé rés recevoir et que ce traitement est bon
comme centraux. Ils sont souvent et va améliorer sa santé.

G. KLINGBERG 223
Cependant, ces situations doivent des soins dentaires. Ainsi, la société
rester ponctuelles et isolées. Il est doit assurer l’accès aux soins den-
essentiel que le dentiste mette tout en taires aux groupes de patients ayant
œuvre pour contrôler l’apparition de la des besoins spécifiques, comme les
douleur ou de l’inconfort. L’usage sys- patients handicapés.
tématique de l’anesthésie locale, des
analgésiques systémiques, de la CONSENTEMENT ÉCLAIRÉ
sédation et l’adoption d’attitudes De tous temps, les habitudes cultu-
empathiques dans la relation avec le relles ont conféré une forte autorité aux
pati ent s ont in disp ensa bles a u professionnels de santé comme les
contexte du soin dentaire. Excepté si médecins et les dentistes. L’approche
la vie du patient est directement en paternaliste qui se résumait par la
jeu, il est critiquable d’entreprendre phrase “le docteur sait ce qui est bon”
un traitement susceptible d’être dou- est désormais remise en question et
loureux et inconfortable, sans essayer remplacée par l’idée que le patient a
de minimiser la souffrance du patient. plus de choses à dire sur le traitement
• Le principe de bienfaisance est un qu’il va recevoir. Aujourd’hui, le patient
concept très fort en santé. Il se rap- a une forte position dans tous les
porte à l’intérêt et au bien du patient domaines de la santé. Malgré tout, il
ainsi qu’à l’idée de veiller à ce que est important de considérer qu’il y a
l’on délivre un traitement. De nos jours, des différences culturelles, à la fois
il existe de nombreuses thérapeu- entre les différents pays d’Europe,
tiques et de nombreuses procédures, mais également au sein d’une même
mais toutes ne sont pas nécessaire- population, du fait de l’âge, la religion,
ment évaluées. L’idée d’évaluer les l’ethnie etc…Traiter les enfants et les
traitements dentaires en leur appli- adolescents diffère du fait de traiter des
quant les méthodes basées sur les adultes (8). Dans tous les cas, les rela-
preuves est l’un des moyens de tions entre les personnes qui sont
s’assurer que l’on travaille en respec- impliquées dans un traitement sont
tant le principe de bienfaisance. En assimilables à un triangle réunissant le
tant que professionnel, le dentiste a la jeune patient, les parents et le dentiste
responsabilité de faire évoluer ses (fig. 1). La même situation peut être
compétences et ses connaissances en décrite lorsqu’il s’agit de traiter un adul-
fonction des avancées de la science, te qui n’est pas autonome et qui a
mais il doit aussi savoir être critique besoin de l’aide d’une tierce personne.
vis-à-vis de nouvelles méthodes et Une personne adulte, autonome est
s’assurer qu’elles sont bénéfiques à généralement capable de décider
ses patients. pour elle-même. Lorsqu’on soigne un
• Le principe de justice implique que a dulte, le respect du prin cipe d e
tous les individus ont les mêmes droits l’autonomie est souvent prioritaire par
à l’accès aux soins dentaires, et que rapport au principe de bienfaisance.
ces soins doivent être les mêmes, s’ils Les enfants, eux, n’ont pas de libre
ont les mêmes besoins, indépendam- arbitre, ils appartiennent à une unité
ment de leur âge, de leur sexe, de leur sociale au sein de laquelle les déci-
position sociale, de leur niveau d’édu- sions finales sont prises par les
cation, de leur religion et d’autres cri- parents. Il est fréquent que les parents
tères non médicaux. Pour des raisons e t le dentiste, dans un commu n
évidentes, ce principe est très difficile- accord, décident de négliger le princi-
ment respecté dans certains pays, du pe d’autonomie au profit du principe
fait de l’absence d’un circuit de distri- de bienfaisance. C’est la raison pour
bution des soins, et/ou du fait du coût laquelle la communication est impor-

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tante au sein du triangle. Si le dentiste personne malade, une personne pré-
peut décrire pour l’enfant ce qui doit sentant une déficience mentale n’est
être fait et pourquoi cela doit être fait, pas capable de ce degré de raisonne-
l’enfant peut prendre part à la déci- me nt. Dans certaines situations,
sion, et le dentiste peut recevoir un l’autonomie peut être perdue transitoi-
consenteme nt, même d’un jeune rement, comme lorsque le patient est
enfant. La difficulté réside dans le fait endormi sous anesthésie générale, ou
de délivrer une information appropriée encore elle peut être réduite lorsque
à l’âge en utilisant un vocabulaire et sa vigilance est altérée par une mala-
un imaginaire adaptés, qui permet- die mentale ou des troubles cognitifs.
tront à l’enfant de se projeter dans une L’autonomie peut également être vio-
situation de sécurité et de confort. lée comme lorsqu’un soignant réalise
un traitement pour lequel le patient n’a
INTÉGRITÉ pas donné son consentement.
ET AUTONOMIE Lorsqu’on s’adresse à des très jeunes
Par intégrité, on entend le droit d’avoir patients, ou à des patients dépen-
un espace intime protégé contre l’inva- dants, il est essentiel qu’une tierce
sion d’autrui, c'est-à-dire un espace personne référente, agissant comme
privé où la dignité humaine est centra- un aidant substitut d’autonomie, puis-
le. Tout personne a défini son intégrité se fournir le consentement (fig. 2 et
ou sa dignité, c’est un droit de naissan- 3). Ce n’est pas équivalent à la situa-
ce, mais qui peut être transgressé par tion où l’on se réfère aux propres
autrui. D’autres individus peuvent parents d’un enfant pour obtenir un
envahir cet espace sans y être autori- consentement de traitement. La tierce
sés, sans respecter la personne. Un personne-substitut doit considérer Fig. 1 - Représentation schématique
exemple de cette situation en soins toutes les perspectives offertes au de la relation triangulaire existant
dentaires est rencontré lorsque, en patient lorsqu’on lui propose un traite- entre un enfant, ses parents et les
cours de soins, absorbé par la techni- ment. Cette personne doit s’interro- soignants. Cette relation peut être
décrite pour une personne adulte
cité de l’acte, le dentiste oublie de ger, sur ce que serait le choix de dépendante (personne handicapée,
regarder le patient et prend une déci- l’enfant s’il était capable de com- malade ou personne âgée) une ou
sion importante, comme par exemple prendre ce qu’on lui propose. De des tierces personnes référentes
de dévitaliser ou d’extraire une dent nombreux parents peuvent être de et les soignants.
sans consulter ce patient. Le dentiste
doit reconnaître le patient en tant que
personne, qu’il doit respecter et avec
laquelle il doit communiquer.
Enfant
Par autonomie, on entend le droit
pour une personne de décider pour
elle-même, le droit de décider d’entre-
prendre un traitement ou pas, le droit
d’être une personne compétente.
L’autonomie est également un moyen
de préserver son intégrité. L’autono-
mie n’est pas toujours présente au
cours de la vie (fig. 2). L’autonomie
s’acquièt progressivement au cours
du développement de l’enfant et l’évo-
lution de la personne. Pour être auto-
nome dans ses choix, il faut une cer-
taine capacité de raisonnement. Un Parents Soignants
jeune enfant, une personne âgée, une

G. KLINGBERG 225
Intégrité

Substitut d’autonomie
Substitut

Autonomie

2 3

Fig. 2 - Toute personne a une bons substituts, et cependant dans de l’enfant par le traitement et le principe
intégrité (dignité) alors que le niveau nombreuses situations, il peut y avoir du respect de l’autonomie de l’enfant
d’autonomie (auto-détermination)
conflit d’intérêts entre les parents et qui ne veut pas recevoir ce traite-
varie au cours de la vie (représentée
ici sur l’axe horizontal, de 0 à 100). l’enfant. Par exemple, dans une situa- ment. Dans ces cas de conflits entre
L’autonomie augmente tion où un enfant serait initalement deux principes différents, la règle
progressivement au cours de opposant à la réalisation d’un traite- générale est de s’orienter vers la
l’enfance, et peut décroître lors du
ment, les parents peuvent préférer décision qui satisfait la majorité des
vieillissement. Quand l’autonomie
d’une personne est réduite ou altérée, que l’enfant soit traité rapidement, principes et des individus concernés.
il est indispensable qu’une autre pour des raisons d’organisation fami- Le dentiste doit alors mesurer la gra-
personne supplée à ce manque liale ou de déplacement. Cependant, vité du diagnostic, relativiser le besoin
d’autonomie. Dans la situation
du soin dentaire, ce rôle peut être
ce n’est pas nécessairement la de traitement, et peser les consé-
tenu par un parent, un proche, meilleure solution pour l’enfant qui, lui, quences possibles à une abstention
un soignant ou le praticien. aurait besoin de plus de temps pour ou au report du traitement. Il est
Fig. 3 - Certaines personnes, comme s’adapter à ce qui lui est demandé essentiel que la prise de décision
les patients qui présentent des pour recevoir les soins. Le praticien, implique que, sur le plan de l’éthique,
troubles cognitifs, une déficience
dans ce cas, doit prendre en compte le traitement et les procédures qui
ou une maladie mentale ne pourront
jamais atteindre un niveau total l’intérêt de l’enfant, et ne doit pas pré- permettent sa réalisation soient béné-
d’autonomie. Dans ces cas, il est cipiter les choses simplement pour fiques pour l’enfant, dans une pers-
particulièrement important qu’une répondre aux besoins des parents. Le pective à long terme. Si le praticien
tierce personne essaie d’évaluer quel
traitement (sa finalité et ses modalités) doit choisir entre deux décisions,
choix la personne dépendante aurait
fait si elle avait pu bénéficier d’une doit viser à servir au mieux les intérêts l’alternative qui garantit le bénéfice de
totale autonomie. Ces patients de l’enfant. l’enfant à long terme doit être privilié-
nécessitant toujours une aide pour giée aux dépens de l’alternative qui
accepter un traitement, la sédation ÉVALUER LA NÉCESSITÉ fournit un résultat technique à court
peut être cette aide. DES SOINS terme (réalisation du soin), mais qui se
Il y a parfois conflit entre les différents révèlera contre-productive à long
principes éthiques. Ainsi, un enfant terme (conséquences sur le dévelop-
non coo pérant qu i p rés ente d es pement psychologique de l’enfant qui
lésions carieuses peut nécessiter la aura été contraint). En odontologie,
réalisation de traitements conserva- rares sont les situations où la vie de
teurs qu’il n’est pas prêt à accepter. l’enfant est en danger du fait de l’exis-
Dans ce cas, il y a conflit entre les tence d’une pathologie dentaire (17),
prin cipe s d u bén éfice appo rt é à et dans la plupart des cas, il n’est pas

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utile de précipiter un traitement. Bien niques comportementales, la raison
au contraire, le fait d’arrêter de sollici- éthique doit permettre de considérer
ter l’enfant et de prendre le temps de tous les avantages et les inconvé-
s’interroger sur les différentes maniè- nients des différentes possibilités de
res de gérer la situation est souvent traitement, en se plaçant du point de
réalisable et peut s’avérer extrême- vue de l’enfant, des parents, du den-
ment utile dans une meilleure perspec- tiste et de la société. Dans certaines
tive de résultats à long terme (6, 7). situations, les techniques comporte-
Il n’est guère acceptable d’imposer mentales, appliquées seules, ne per-
une contrainte physique et morale à mettent pas de respecter ces consi-
un enfant pour réaliser un soin à dérations éthiques.
visée thérapeutique, comme un scel- Par exemple, l’utilisation de contrain-
lement des sillons, alors que la réim- tes physiques constituent une viola-
plantation immédiate d’une incisive tion à la fois des principes d’autono-
centrale permanente luxée impliquera mie et d’intégrité, et questionnent
nécessairement un geste immédiat, également sur leurs conséquences en
malgré les protestations initiales de te rme de non -malve illance et de
l’enfant. Dans cette dernière situa- bénéfice (7). Un enfant responsable
tion, la réimplantation est la meilleure et autonome, n’accepterait probable-
solution et le pronostic à long terme ment pas d’être enroulé dans une
dépend directement de la rapidité de couverture et contraint à maintenir sa
l’intervention. Cependant, le dentiste bouche ouverte avec un cale bouche.
doit, dans tous les cas, réunir le maxi- Ces modalités d’intervention sont
mum de conditions pour aider l’enfant
à coopérer et optimiser le confort de
l’intervention. Ces conditions incluent
le contrôle de la douleur et de l’anxié-
té , ce q ui pe ut e n cons éque nce
nécessiter le recours à la sédation. La L’ E S S E N T I E L
sédation peut réduire la douleur et
l’anxiété et aider un enfant à coopérer
dans les situations d’urgence. La capacité à coopérer de l’enfant lors de soins dentaires se heurte sou-
vent à des problèmes de gestion comportementale, d’état de peur ou
ÉVALUER LA NÉCESSITÉ d’anxiété.
DE LA SÉDATION La douleur et l’inconfort, qu’il distingue mal, doivent faire l’objet de
Différentes publications ont rapporté toutes nos attentions pour limiter et expliquer ces phénomènes.
l’impact de la sédation dans le res-
Les grands principes éthiques qui encadrent notre pratique soignante
pect des principes de non-malveillan-
sont regroupés dans le «Mantra de Georgetown» : principe de l’autono-
ce et de bénéfice (9, 11, 12). La séda-
mie, de non malveillance, de bienfaisance et de justice.
tion, sous ses différentes formes, a
des effets antalgiques et anxiolytiques La difficulté réside dans le fait de délivrer une information appropriée à
qui facilitent la réalisation des soins l’âge en utilisant un vocabulaire et un imaginaire adaptés afin de
dentaires chez l’enfant (9,12). Elle recueillir le consentement de l’enfant.
permet également d’obtenir des effets Dans les situations d’urgence, la sédation peut réduire la douleur et
bénéfiques à long terme sur la réduc- l’anxiété de l’enfant et l’aider à coopérer.
tion du stress et les difficultés com-
portementales liées aux soins den-
Elle peut également permettre, en pratique courante et sous réserve d’en
taires (24).
avoir la compétence, d’obtenir à long terme des effets bénéfiques sur la
Lorsque l’on doit choisir entre la séda-
réduction du stress et des difficultés comportementales associées aux
tion pharmacologique ou les tech-
soins dentaires.

G. KLINGBERG 227
contre-productives pour le développe- CONCLUSION
ment de l’enfant. Par ailleurs, différer
le traitement d’une pathologie infec- Pour un enfant, qui ne présente pas
tieuse peut également relever de la de contre-indication d’ordre médical,
malveillance. De même, la sédation la séda tio n pe ut êt re co nsidé rée
peut également être remise en ques- comme une modalité permettant de
tion si les besoins en soins sont mul- réaliser un soin de bonne qualité dans
tiples et si elle doit être fréquemment des conditions de sécurit é et de
répétée sur une courte période, parti- confort, lorsque les indications sont
culièrement chez les très jeunes respectées. Si le dentiste connaît et
enfants. Dans toutes ces situations, respecte la convention des Nations
l’anesthésie générale constituera une Unies sur les droits de l’enfant, il peut
alternative qui permettra au praticien fournir une bonne information, à la fois
de réaliser tous les soins en une à l’enfant et à ses parents, de manière
seule fois. De même, les résultats à s’assurer qu’il a leurs consente-
d’une administration sédative ne sont ments respectifs. S’il a la connaissan-
pas toujours prédictibles, et la séda- ce et la compétence pour soigner les
tion peut co-exister avec une situation enfants et pour administrer des procé-
de malveillance si le soin est réalisé dures sédatives, la sédation est l’un
alors que le niveau de coopération est des moyens qui peut aider au respect
insuffisant malgré la sédation. de la convention des droits de l’enfant.

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BULL DN., RADFORD A. et WILLIAMS A, email : gunilla.klingberg@vgregion.se

RÉSUMÉ
SÉDATION POUR LES SOINS DENTAIRES CHEZ LES ENFANTS : CONSIDÉRATIONS
ÉTHIQUES
La sédation, lorsqu’elle est administrée dans le but de réaliser des soins dentaires dans des conditions de confort
et de sécurité peut être une aide efficace à la fois pour le praticien et pour l’enfant. Indépendamment
de la connaissance des propriétés pharmacologiques des différents sédatifs, le dentiste doit maîtriser les conditions
et connaître les patients pour lesquels la sédation peut être indiquée. L’indication de sédation est généralement posée
lorsque le plan de traitement dentaire a été établi. Lors de cette prise de décision, des considérations éthiques
s’imposent.
Ces considérations impliquent l’évaluation de l’autonomie du patient, le respect de sa personnalité, l’information
simultanée du jeune patient et de ses parents, le consentement des parents, ainsi que celui de l’enfant si son âge le
permet. Le praticien doit tendre vers la planification d’un plan de traitement qui offre un bénéfice à long terme pour
l’enfant. Le temps passé à aider l’enfant à coopérer pour ses soins dentaires et à se sentir en sécurité et à l’aise
pendant le traitement constitue un investissement bénéfique pour le futur. Le risque de développer un état anxieux lié
aux soins dentaires s’en trouve probablement réduit, et l’enfant se sent certainement plus apte à consulter
régulièrement, condition qui permettra d’optimiser sa santé orale dans une perspective à long terme.

G. KLINGBERG 229
ABSTRACT
SEDATION FOR DENTAL TREATMENT IN CHILDREN :
ETHICAL CONSIDERATIONS
Sedation, when it is administered with the aim of performing dental treatment under comfortable and secure
conditions, may be a useful aid both for the dentist and for the child. In addition to the knowledge of the
pharmacological properties of the various sedatives, the dentist must master the conditions and the patients for whom
the sedation may be indicated. The indication for sedation is generally decided upon when the treatment plan has been
established. When this decision is made, certain ethical considerations enter the equation. These conditions imply an
evaluation of the patient’s autonomy, the respect for his/her personality, the information simultaneously derived from
the young patient and the parents, parental consent, as well as that of the child if his/her age permits it. The dentist
must aim for a treatment plan that offers long-term benefit for the child. The time passed in helping the child cooperate
with his/her dental treatment and feeling safe and at ease during treatment is a beneficial investment in the future. The
risk of developing anxiety related to dental treatment is probably reduced and the child certainly feels more likely to
consult the dentist regularly, which facilitates better long-term oral health.

RESUMEN
SEDACIÓN PARA LAS CURAS DENTALES EN LOS NIÑOS :
CONSIDERACIONES ÉTICAS
Cuando la sedación es administrada con el fin de realizar cuidados dentales en condiciones de comodidad y
seguridad, puede ser una ayuda eficaz a la vez para el dentista y para el niño. Independientemente del conocimiento
de las propiedades farmacológicas de los diferentes sedativos, el dentista debe controlar las condiciones de
administración, y conocer a los pacientes para los cuales la sedación se puede indicar. La sedación se plantea
generalmente cuando se ha establecido el plan de tratamiento dental. Durante esta toma de decisión se imponen
ciertas consideraciones éticas.
Dichas consideraciones implican la evaluación de la autonomía del paciente, el respeto de su personalidad, la
información simultánea del joven paciente y de sus padres, y el consentimiento de éstos, así como el del niño si su
edad lo permite. El dentista debe orientarse hacia la planificación de un plan de tratamiento que ofrezca un beneficio a
largo plazo par el niño. El tiempo que se tome para ayudar al niño a cooperar en sus curas dentales y sentirse cómodo
y en seguridad durante el tratamiento, constituye una inversión benéfica para el futuro. El riesgo de desarrollar un
estado ansioso relacionado con las curas dentales seguramente se verá reducido y el niño estará más apto a
consultar regularmente, condición que permitirá optimizar su salud oral en una perspectiva a largo plazo.

REALITES CLINIQUES Vol. 16 n° 3 2005


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