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Olympiades de

Physique
France

Rédigé par Emeline Gallo, Johanna Jussey et Adrien Chicot


Lycée Notre-Dame-de-Bury (95)
Introduction :
Qui ne s’est jamais amusé, lorsqu’il était enfant, avec des bulles ? Qui n’a jamais fait déborder la mousse d’une
boisson gazeuse ou encore joué avec la mousse dans le bain ? Cette dernière suscite toujours un certain émerveillement.
Outre cet aspect ludique, les mousses font aussi partie intégrante de notre quotidien, bien que peu de personnes y
accordent la moindre importance. Pourtant, elles sont nécessaires dans de nombreux domaines comme l’agroalimentaire,
les cosmétiques ou bien les matériaux de construction, et font l’objet de nombreux sujets de recherche.
Nous nous intéresserons ici aux mousses liquides, c’est-à-dire à un réseau de bulles elles-mêmes composées d’une
poche de gaz ceinte par un liquide. Elles se différencient des mousses solides, souvent obtenues par solidification d’une
mousse liquide. Il s’agit d’un sujet tout particulier dans la mesure où elles combinent à la fois des propriétés de solide et
de fluide. C’est sans doute pour cette raison qu’elles détiennent un réel potentiel industriel et scientifique. Néanmoins,
leur caractère éphémère peut constituer un obstacle à leur étude ou leur exploitation.
Il est donc indispensable de comprendre les phénomènes qui tendent à la destruction d’une mousse dont la
durée de vie normale varie de quelques minutes à quelques heures seulement. Une fois les causes de la décomposition
des mousses identifiées, il est possible de trouver des solutions permettant de les éviter autant que possible et de tenter
d’obtenir une mousse stable durablement.
De prime abord, ce sujet peut sembler relativement simple du fait que les mousses sont partout et que l’on croit à
ce titre bien les connaître. Néanmoins, les mécanismes mis en jeu dans une mousse ne sont pas aussi évidents qu’il y
paraît ! Il suffit de s’y intéresser pour le comprendre. D’ailleurs, nous avons entre autres choisi de travailler sur ce thème
parce qu’il est actuellement en cours de recherche, signe que beaucoup reste encore à apprendre. C’est également pour
cette raison que nos parties ne sont pas d’égale importance car certains phénomènes sont à ce jour mieux connus et
documentés que d’autres.
Ce sujet est également original pour le sens commun. Lorsqu’on entend parler de « physique », c’est bien souvent
de planètes, d’électricité et de particules qu’il s’agit. Nous avons voulu montrer qu’elle ne se résume pas à cela. S’il a fallu
faire intervenir quelques paramètres chimiques, c’était toujours dans l’optique de réguler des mécanismes physiques.
Nous pensons donc qu’il s’agit d’un sujet concret et parlant.
Au travers de ce mémoire, nous tenterons de savoir s’il est possible de créer une mousse stable, et dans quelle
mesure cela est réalisable. Nous consacrerons chacune des parties à l’étude d’un phénomène de déstabilisation des
mousses et de ses solutions. Nous allons ainsi aborder les notions de coalescence, de drainage et de mûrissement.

Remerciements :
Nous tenons à remercier un certain nombre de personnes sans lesquelles ce mémoire n’aurait pas pu voir le jour :

- Madame Emmanuelle Rio, chercheuse du laboratoire de Physique des Solides (LPS Paris Sud), pour son soutien
tout au long de la rédaction du mémoire, pour ses idées originales concernant la réalisation de certaines
expériences, pour ses explications, pour la relecture du mémoire, pour nous avoir accueillis deux fois au LPS, et
pour sa gentillesse à l’égard de lycéens qui ne possèdent pas encore les compétences scientifiques des étudiants
qu’elle encadre ordinairement.
- Madame Florence Rouyer, Maître de Conférences à l’université Paris-Est Marne-La-Vallée, et membre du jury
interacadémique, pour ses précieux conseils concernant le drainage, pour l’attention portée à notre projet, pour
nous avoir accueillis également au laboratoire Navier dans le but de réaliser quelques expériences avec du
matériel spécifique.
- Madame Delphine Talbot, chercheuse au laboratoire de la Physicochimie des Electrolytes, Colloïdes et Sciences
Analytiques (PECSA), pour avoir synthétisé dans les meilleurs délais les ferrofluides, alors que l’échéance était
relativement proche, et pour ses explications concernant le comportement des particules dans ces solutions.
- Madame Florence Elias, chercheuse au laboratoire Matière et Systèmes Complexes (MSC), pour ses explications
concernant le comportement des mousses magnétiques lorsqu’elles sont soumises à un champ magnétique.
- Monsieur Gildas Bertho, ingénieur de recherche au CNRS, pour son intérêt concernant l’analyse d’un liquide
commercial, et pour ses démonstrations et explications concernant l’analyse RMN de ce liquide.
- Le responsable des laboratoires de notre lycée, Monsieur Hervé François, et son auxiliaire, Mademoiselle Solène
Malcros, pour leur soutien, leur disponibilité et leur bienveillance à notre égard, et qui nous auront permis de
réaliser nos expériences dans les meilleures conditions avec le meilleur matériel possible.
- Monsieur Jean-Luc Leroy-Bury, professeur de physique de notre lycée, qui nous aura aidés pour la réalisation des
expériences, en les améliorant notamment, et pour ses explications concernant les interférences.
- Ainsi que Madame Najiba Mensah-Douja, notre professeur encadrant, pour son aide concernant les diverses
notions et autres problèmes pratiques rencontrés, son soutien, ses recommandations à propos du mémoire, du
point de vue scientifique comme syntaxique et le temps qu’elle nous a consacré lors de nos déplacements et de
nos nombreuses expériences.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Sommaire
I. L’éclatement des bulles : la coalescence ................................................ 4
1- La tension superficielle ? Des conséquences plutôt profondes ................... 4
 La tension superficielle : une énergie par unité de surface ............................................. 4

 Comment baisser la tension superficielle de l’eau pour former une bulle ? ................... 4

2- Des victimes qui s’accumulent ..................................................................... 4


3- Les sauveurs à la rescousse de la mousse ..................................................... 6
II. L’assoiffement des mousses : le drainage ......................................... 6
1- Des canaux à canaliser : principes et montages expérimentaux ................. 7
2- Quand la viscosité fait office de barrage ........................................................ 7
3- Former les plus petits bords de Plateau possibles… ...................................... 9
4- Une attirance qui dessèche ........................................................................... 10
III.La loi du plus grand chez les bulles : le mûrissement..................... 12
1- Une pression qui impressionne les plus petites ......................................... 12
 Les bulles constituant une mousse sont-elles indépendantes et imperméables ? ........ 12

 Les plus petites bulles ont-elles une plus grande pression ? .......................................... 12

 Peut-on, pour résoudre le problème du mûrissement, inverser cette loi ? .................... 12

2- La bulle militaire : taille et organisation .................................................... 13


 Comment étudier une mousse 2D ?.................................................................................. 13

 Pourquoi utiliser une mousse monodisperse ?................................................................ 13


 Expérimentation : mise en évidence du mûrissement d’une mousse 2D et comparaison
d’une mousse monodisperse et polydisperse ......................................................................... 14

3- Quand le liquide part à l’assaut du champ magnétique… ........................... 18

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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I. L’éclatement des bulles : la coalescence
Une mousse est constituée de bulles jointives, c’est-à-dire de poches de gaz contenues dans une enveloppe liquide : le
film. Lorsque celui-ci se rompt, la mousse se déstabilise. Ce phénomène est appelé coalescence.
L’ordre de grandeur de l’épaisseur d’un film étant du micromètre, on comprend qu’il soit fragile. Une fois qu’un trou
s’est formé dans le film, celui-ci disparaît à une vitesse record.

1- La tension superficielle ? Des conséquences plutôt profondes


 La tension superficielle : une énergie par unité de surface
Une bulle est une sphère constituée d’un liquide renfermant un gaz : cette limite commune aux deux systèmes gaz et
liquide est appelée interface et permet des échanges entre deux milieux. Les molécules proches de l’interface ont un
comportement différent de celles se trouvant dans le volume, ce qui donne une très grande importance aux phénomènes
interfaciaux.
En particulier, établir et maintenir une interface coûte de l’énergie. Par exemple, pour une émulsion eau-huile, si l’on
veut maintenir des « gouttelettes », il faut fournir de l’énergie mécanique (agitation) car, dans le cas contraire, il y a
séparation de l’eau et de l’huile en deux phases dissociées. On fournit donc de l’énergie pour augmenter la surface de
l’interface.
Cette énergie, notée γ, est la tension superficielle ou tension de surface car il s’agit d’une énergie par unité de
surface qui s’exprime en kilogramme par seconde carré comme nous l’avons montré par analyse dimensionnelle dans
l’annexe A.
La tension superficielle peut donc être vue comme une énergie par unité de surface s’exprimant en J.m-2, ou
comme une force par unité de longueur : N.m-1. Cet aspect de la tension superficielle est détaillé dans l’annexe B.
Concrètement, si l’on veut former une bulle dans un liquide, l’énergie nécessaire (souffle par exemple), toutes choses
égales par ailleurs, sera plus élevée si la tension superficielle de ce liquide est forte. Il faudrait donc baisser sa tension
superficielle pour faciliter la formation d’une bulle.

 Comment baisser la tension superficielle de l’eau pour former une bulle ?


Nous avons tous déjà essayé de faire des bulles dans un liquide pur comme de l’eau,
mais en vain : il faut utiliser du liquide vaisselle. Pour une bulle formée à partir d’un liquide
sans tensioactif, les interactions de Van Der Waals et la tension superficielle vont causer le
rapprochement entre les deux interfaces eau-air : la bulle éclate.
Il est donc nécessaire d’introduire une force répulsive entre les deux interfaces, et de
baisser la tension superficielle du liquide pour le rendre plus déformable. C’est le rôle des
tensioactifs dont le fonctionnement est explicité dans l’annexe C.
La figure 1.1 représente un film de savon, entourant une bulle.
On remarque que l’eau est emprisonnée par les molécules du savon (amphiphiles,
c’est-à-dire composées d’une partie hydrophobe et d’une partie hydrophile). Cependant, il ne
faut pas oublier qu’il y a des molécules tensioactives qui sont contenues dans l’eau : il y a un Figure 1.1 : Schéma représentant
équilibre entre la distribution des molécules tensioactives à la surface et dans le volume. la répulsion électrostatique entre
Si on ajoute un tensioactif, on constate que la bulle n’éclate pas. En fait, la plupart des les deux couches de tensioactifs,
cause de la stabilisation du film de
tensioactifs ont une partie hydrophile qui possède une charge électrostatique : si elle est savon.
négative, on parle de tensioactif anionique, si elle est positive, c’est un tensioactif cationique.
Il existe également des tensioactifs sans charge (non-ioniques), mais dans tous les cas, les deux « interfaces » séparées par
l’eau se repoussent : on parle alors de pression de disjonction, et la bulle n’éclate pas.
 Un film stable ne peut donc pas être créé avec un liquide pur, il faut l’association d’une molécule amphiphile et
d’un liquide, plus généralement de l’eau.

2- Des victimes qui s’accumulent


On distingue deux grandes causes à l’origine du phénomène de coalescence : le drainage et les perturbations
thermiques et mécaniques.
Le drainage est en effet la première cause de coalescence : le liquide constituant les films de savon s’écoule vers le
bas, sous l’effet de la gravité, et le film ainsi aminci devient plus fragile. Il y a alors d’autres mécanismes pouvant conduire
à sa rupture. Leur origine est souvent extérieure à la mousse et est d’ordre thermique et mécanique.
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L’une des causes de cette rupture peut être
la fluctuation de concentration de tensioactifs à
la surface du film. En effet, lorsque celle-ci est en
extension, les tensioactifs situés à l’interface
s’espacent provoquant une augmentation locale
de la tension superficielle aux endroits du film
où ils sont absents.
De même, une perturbation peut
engendrer des fluctuations d’épaisseur du film, ce
qui mène à sa rupture (Figure 1.2).
Figure 1.2 : Stabilité d’un film en fonction de son épaisseur
Photo 1 :
Lorsqu’un trou apparaît, celui-ci se propage dans tout le film. On t = 0 ms
peut évaluer cette vitesse d’expansion du trou par cette formule :
-1
avec v la vitesse d’expansion en m.s , la tension superficielle du Photo 2 :
t = 3,5 ms
liquide en N.m-1, ρ la masse volumique du liquide en kg.m-3 et h l’épaisseur
du film en m.
La vitesse d’expansion est donc étroitement liée à la tension superficielle du
liquide : elle est proportionnelle à la racine de la tension superficielle. Photo 3 :
t = 7 ms
Prenons l’exemple d’un film de savon, dont l’épaisseur est d’un
micromètre. Un liquide savonneux a une tension superficielle d’environ 25
mN.m-1, et une masse volumique de l’ordre de 1050 kg.m-3. Si l’on perce ce Photo 4 :
t = 10,5 ms
film savonneux, alors sa vitesse d’expansion sera de l’ordre de :

, ce qui explique la rapidité de la Photo 5 :


t = 14 ms
coalescence.
La photo de la figure 1.3 représente l’éclatement d’un film de savon Figure 1.3 : Evolution de la rupture d’un film
de savon en fonction du temps, prise par une
formé sur cadre métallique, à différents instants : ce sont des photos que
caméra ultra-rapide.
nous avons superposées. En fait, il est possible de filmer un cadre avec un
film de savon grâce à une caméra ultra-rapide à une vitesse de 20 000 images/s, pour pouvoir observer l’évolution de
l’éclatement du film. En effet, pour un barreau mesurant 10 cm, un film de savon ayant les caractéristiques que nous
avons évoquées précédemment ( ) disparaîtrait en 14 microsecondes !
On voit bien, au cours de l'ouverture du film, que le liquide s'accumule vers le bord de celui-ci.

A l’échelle de la mousse, les bulles situées sur les bords sont les principales victimes de la coalescence : souvent
plus fines et plus courbées parce qu’elles ont moins de voisines, elles sont en première ligne pour affronter l’ensemble des
perturbations extérieures. Ainsi, elles subissent l’évaporation qui leur est souvent fatale. De plus, la rupture d’un film
engendre la plupart du temps un phénomène d’avalanche : en se rompant, deux bulles se rejoignent en une seule ce qui
est la cause de nouvelles perturbations pouvant potentiellement déstabiliser les voisines. Et lorsque les bulles
périphériques disparaissent, leurs voisines
immédiates le deviennent à leur tour et sont
soumises aux mêmes contraintes. On assiste donc à
des phénomènes d’avalanche.
Contrairement au mûrissement (traité dans
la troisième partie) qui survient sur l’ensemble de la
mousse, la coalescence est un phénomène localisé.
S’il se manifeste en plusieurs points de la mousse
pour des raisons différentes, il n’est que très
rarement homogène à l’échelle de la mousse.
De plus, des recherches tentent de démontrer
pourquoi, selon le type de savon utilisé, certaines
mousses sont plus soumises au mûrissement qu’à la
coalescence, ou inversement (Figure 1.4). Figure 1.4 : Deux possibilités d’évolution d’une mousse 2D posée à l’horizontale :
la coalescence et le mûrissement. Deux phénomènes différents dus à une
La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… utilisation de savons différents, qui sont actuellement
Olympiades un sujetde
de Physique deFrance
recherche.
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3- Les sauveurs à la rescousse de la mousse
Le meilleur moyen d’empêcher la coalescence est naturellement d’en neutraliser les causes. Ainsi, toutes
solutions pour réduire ou stopper le drainage (elles seront détaillées dans la partie traitant de ce phénomène) ont aussi
pour conséquence de ralentir la coalescence.
De la même manière, atténuer les fluctuations thermiques et mécaniques aurait le même effet. Si cela est en partie
possible avec les variations de température, il en est autrement pour les perturbations mécaniques. Néanmoins, même en
ayant une température stable, l’ordre de grandeur de l’épaisseur d’un film est si petit que les moindres variations ont des
répercussions. Avoir une température faible pour que les fluctuations thermiques puissent être négligées n’est pas
réalisable à une telle échelle.
 Il s’agit de s’intéresser particulièrement à chacune des causes de la coalescence.
L’évaporation est l’une des plus fatales. Elle dépend beaucoup de la pression de vapeur saturante et donc du taux
d’humidité ainsi que des mouvements d’air. Diminuer la température de l’espace où se trouve la mousse peut être une
solution afin que l’évaporation n’ait qu’un impact limité sur celle-ci. Mais ce paramètre n’a pas une grande influence : une
mousse ne peut être créée que dans un intervalle de température restreint, ce qui limite considérablement les possibilités
de la faire varier. A partir d’une certaine température, la mousse « gèle » (solidification), et nous ne rentrons plus dans le
cas des mousses liquides. Nous pouvons d’ailleurs dire la même chose pour le point d’ébullition : la mousse disparaît.
Un autre moyen de ralentir l’évaporation est d’ajouter du sucre dans la solution servant à produire la mousse. Pour
un film mesurant quelques micromètres d’épaisseur, un mouvement d’air chaud peut causer son éclatement. L’ajout de
sucre dans la solution permet d’augmenter la masse volumique de l’eau, et donc de limiter son évaporation. Cependant, il
est encore difficile de jouer sur ce paramètre : il n’existe pas de lien simple entre température d’ébullition et évaporation :
il s’agit d’un équilibre à toute température entre une phase liquide et une phase gazeuse.
D’autres éléments, comme des tensioactifs, peuvent aussi être ajoutés pour renforcer les films. En effet, puisque ceux-
ci sont rompus à cause d’une extension de surface, la solution serait d’utiliser des liquides caractérisés par leur capacité à
apporter rapidement de nouveaux tensioactifs pour combler le manque. Cette caractéristique est l’élasticité de surface,
qui, comme nous allons le voir plus loin, stabilise les films et donc les bulles. Il est alors préférable d’utiliser des
tensioactifs de masse molaire inférieure à 1000 g.mol-1 car ils s’adsorbent plus facilement et rapidement aux interfaces.
Pour limiter la coalescence, il est possible d’utiliser un liquide ayant une température d’ébullition élevée,
d’utiliser des tensioactifs de faible masse molaire. Ce phénomène reste encore peu connu de nos jours, et des
chercheurs travaillent actuellement sur ce sujet pour, peut-être, proposer d’autres solutions…

II. L’assoiffement des mousses : le drainage


Le drainage est un effet de la gravité sur le liquide constituant les films de la mousse. Celui-ci s’écoule
invariablement vers le bas. La conséquence est, au cours du temps, une diminution du paramètre appelé fraction
volumique de liquide (rapport entre le volume de liquide et le volume de mousse) à mesure que l’on s’élève dans la
colonne de mousse. C’est pour cela que l’on distingue les mousses sèches des mousses humides, dont les caractéristiques
sont expliquées en annexe D.
Ce déplacement de liquide est rendu possible par les bords de Plateau, détaillés et expliqués dans l’annexe E et
visualisables dans la figure 2.1.

Figure 2.1 : Bord de Plateau à différentes échelles. Les quatre


films se rencontrent dans un vertex qui peut être représenté
comme le sommet d’une pyramide. H représente la courbure.

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1- Des canaux à canaliser : principes et montages expérimentaux
Pour diminuer cet écoulement, on peut jouer sur la viscosité du liquide ou sur la taille des canaux. Cette
résistance au mouvement, liée aux frottements internes (moléculaires), intervient dans les écoulements et d’autant plus
que la géométrie de l’écoulement est confinée. Elle diminue également quand la température augmente.
On peut donc modifier la viscosité de deux manières différentes : soit en faisant varier la température, soit en
jouant sur la nature même du fluide.
Plus un liquide est visqueux, plus l’écoulement est difficile et le drainage devrait alors être ralenti. Nous avons
voulu tester cette hypothèse par une expérience.
Nous avons d’abord choisi de comparer une solution chauffée, une
solution concentrée en glycérine et une solution témoin. Pour ce faire, nous
avions préparé ces solutions dans des béchers en vue de les introduire
délicatement dans une ampoule à décanter, que nous placions à 10 cm au-
dessus d’une éprouvette graduée. Puis, nous vidions les ampoules à décanter
dans les éprouvettes (Figure 2.2) : une mousse se formait grâce à l’air qui était
emprisonné dans le liquide. Néanmoins, la quantité d’air emprisonné dépend
de la viscosité et de la tension superficielle des liquides utilisés, c’est-à-dire les
paramètres que nous faisons varier ici. Cette méthode était donc peu adéquate.
Nous avons dans un premier temps mesuré la hauteur de mousse
humide. En effet, nous avons eu de grandes difficultés à mesurer précisément la
hauteur de mousse, car au cours du temps il se forme un « ménisque » de plus
en plus « profond » ce qui complexifie la mesure de cette hauteur. Nous avons
d'abord fait varier le diamètre des contenants sans résultat probant. C'est alors
qu'un de nos professeurs de physique nous a proposé de projeter la hauteur de
mousse, afin d’évaluer plus précisément la hauteur de mousse humide. Celle-ci
correspond à une bande obscure lorsqu'on éclaire avec un faisceau de lumière Figure 2.2 : Premier montage expérimental
parallèle notre éprouvette.
Cependant, cette méthode n’était pas encore assez
rigoureuse. En effet, Florence Rouyer, membre du jury
interacadémique et Maître de Conférences à l’université Paris-
Est Marne-La-Vallée, nous a rappelé que le drainage
correspondait uniquement à la quantité de liquide écoulé,
puisque la coalescence pouvait également faire varier la hauteur
de mousse humide. Ainsi, nous avons mesuré le volume de
liquide drainé en fonction du temps.
De plus, elle nous a conseillé d'utiliser un montage
permettant de contrôler la fraction de gaz et la taille des bulles
de la mousse, qui sont des paramètres physiques influençant les
temps de drainage. Aussi, nous avons utilisé un montage
composé de deux seringues reliées par un robinet grâce
auxquelles nous prélevons une même quantité d’air, ici 4 mL, et
1 mL de solution savonneuse (80% d’air). Nous effectuons 15 va-
et-vients entre les deux seringues reliées par un robinet, ce qui a
Figure 2.3 : Photo du montage final pour effet de créer une mousse. En fait, en faisant varier le
nombre de va-et-vients, la taille des bulles peut être modifiée
tout en maintenant la fraction de gaz à 80%. Pour finir, nous plaçons la seringue contenant la mousse à la verticale
comme précisé sur la figure 2.3 et nous la photographions à intervalle de temps régulier.

2- Quand la viscosité fait office de barrage


Nos premières solutions utilisaient comme tensioactif le liquide vaisselle Mir Vaisselle – Secrets de vinaigre
Pamplemousse. Néanmoins, la solution contenant de la glycérine ou glycérol ne produisait que peu de mousse, c’est pour
cela que nous avons pris comme solution savonneuse de base une solution aqueuse à 1% massique (soit environ 10
grammes par litre) de dodécylsulfate de sodium, ou SDS, un tensioactif ionique. La solution chauffée introduite était à
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52,8°C tandis que celle du témoin était à 19,6°C. De plus, la solution visqueuse est créée avec 3 mL de notre solution
savonneuse et 3 mL de glycérine (ou glycérol), cette solution contient environ 50% de glycérine (le volume de liquide
vaisselle est négligeable devant ceux de l’eau et de la glycérine).
Dès que le mouvement de création de la mousse cesse, on déclenche un chronomètre, c'est l'instant t = 0 min.
Enfin, Mme Emmanuelle Rio nous a conseillé, pour préciser et concrétiser nos résultats, de donner pour chaque
solution sa viscosité : elles sont en effet tabulées en fonction du pourcentage de glycérine. De plus, lorsqu’on ajoute du
liquide vaisselle, la viscosité varie peu, et comme nous ajoutons la
même quantité, cela augmente de manière proportionnelle pour
toutes les solutions.
D’après le tableau de valeur (Figure 2.4), on obtient, pour
la solution ne contenant pas de glycérine (0%) et à température
ambiante (20°C), une viscosité égale à 1,005 mPa.s (case bleue).
Pour le mélange chauffé à 52,8°C, on obtient une viscosité de
0,5494 mPa.s (case verte). Pour le mélange eau/glycérine (50%),
on a une viscosité de 6,00 mPa.s (case rouge).
Figure 2.4 : Tableau permettant de connaître la viscosité d’une solution
On obtient ainsi les résultats suivants (Figure 2.5) :

Figure 2.5 :

η2=

η1=

η3=

- Comparaison du témoin et de la solution contenant de la glycérine


On peut constater que dans les 100 premières secondes, il n’y a presque aucune hauteur de liquide formée pour la
mousse obtenue avec la solution contenant la glycérine : elle ne draine quasiment pas. En revanche, 0,05 mL du liquide
de la solution témoin est observable à cette même date. De plus, la courbe représentative du volume de liquide de la
solution témoin est toujours au-dessus de celle de la solution de glycérine : cette dernière draine donc moins rapidement.
Néanmoins, on remarque que la différence de volume entre les deux solutions s’amoindrit au cours du temps. Le
paramètre de viscosité joue donc plus dans les premières secondes de vie d’une mousse. En effet, on observe un volume
de liquide final de 1mL dès 1000 secondes chez le témoin, que nous devrions retrouver pour la solution de glycérine
puisque nos mousses sont composées de la même quantité de liquide et de gaz. Cependant, elle n’est pas observable
puisque le montage a été arrêté avant que cette hauteur ne soit atteinte.
- Comparaison du témoin et de la solution chauffée
Nous nous sommes également intéressés à l’influence de la température sur la vitesse de drainage. Il est à noter que
la température de la solution chauffée a progressivement diminué au cours du temps pour finalement égaler celle de la
solution témoin. Les conditions exercées sur ces deux solutions devenant alors similaires, il est normal que le drainage
progresse de façon assez semblable. Ainsi, dès les 100 premières secondes, l’apparition de liquide écoulé progresse à la
même vitesse. De plus, les courbes modélisant l’évolution de celui-ci finissent par se confondre, ici à partir de 1000
secondes environ.
La partie intéressante du graphique est donc celle des 100 premières secondes. On constate dès l’instant t=0 seconde,
un volume de 0,2 mL de liquide pour la solution chauffée, tant elle draine rapidement. Le volume de liquide est inférieur
de 0,2 mL (en moyenne) pour la mousse témoin par rapport à la mousse issue de la solution chauffée. Cela semble
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cohérent puisqu’une hausse de la température engendre une augmentation de l’agitation moléculaire et donc une baisse
de la viscosité : on a . Le drainage est donc plus important pour une solution dont la température est élevée (mais
plus faible que la température d’ébullition, car sinon nous ne sommes plus dans le cas d’une mousse liquide).
Il est néanmoins nécessaire d’aborder les incertitudes de mesure des ces résultats, qui se trouvent dans l’annexe F, si
nous voulons pouvoir les considérer convenablement. Celles-ci ne constituant qu’une part peu importante dans nos
mesures, nous pouvons donc estimer nos résultats concluants.
Figure 2.6 : Nous avons également décidé, sur les conseils de
Madame Florence Rouyer, de réaliser un graphique sur le
drainage en fonction de la viscosité pour voir quelle
tendance prenait la courbe, ou la droite. Nous avons donc
extrait de ces mesures le temps au bout duquel la moitié
du liquide a drainé (0,5 mL), que l’on appelle T(1/2). Nous
avons affiché ces valeurs en fonction des viscosités des
liquides, que nous avons citées précédemment, sur le
graphique 2.6 présenté ici. Nous obtenons un fait linéaire
en faisant passer la droite par 0, ce qui suppose que le
drainage d’un fluide est proportionnel à sa viscosité.
Notre expérience confirme notre hypothèse de départ :
la viscosité fait varier la stabilité de la mousse. Il est possible d’augmenter cette viscosité par deux moyens : soit en abaissant
la température de la solution, soit en changeant la nature du liquide. De plus, une mousse stable peut aussi être créée en
réduisant la taille des bords de Plateau.

3- Former les plus petits bords de Plateau possibles…


Pour une différence de pression imposée, le débit d’écoulement est d’autant plus lent dans une canalisation que
le diamètre de celle-ci est petit. Florence Rouyer nous a fait remarquer que le diamètre moyen des bords de Plateau était
inférieur dans une mousse constituée de petites bulles.
Ainsi, une mousse constituée de petites bulles aura des bords de Plateau globalement plus fins, donc
l’écoulement du liquide qu’ils contiennent se produit plus lentement : le drainage est en théorie ralenti. Cette expérience
a donc pour objectif de comparer le drainage d’une mousse à petites bulles à celle à plus grosses bulles.
On contrôle la taille des bulles par le nombre d’allers-retours effectués entre les deux seringues : plus il est
important, plus la mousse est fine et les bords de Plateau étroits. On crée dans un premier temps une mousse dont on
peut encore distinguer les bulles (leur diamètre est d’environ 0,8 mm). On la filme ensuite pendant 7 minutes et 30
secondes, date à laquelle on constate à l’œil nu que le drainage est terminé. Cette expérience est reproduite, mais en
exécutant plus d’allers-retours lors de la fabrication de la mousse, de manière à ce que la mousse soit si fine que les bulles
deviennent indiscernables.
A partir de nos deux vidéos, nous réalisons des arrêts sur image à intervalle de temps régulier dans le but de
mesurer la hauteur de liquide drainé. On aboutit au graphique 2.7 suivant :

Figure 2.7 :

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On peut constater que la mousse ayant de très fines bulles a drainé plus lentement. En effet, la hauteur maximale
de liquide drainé, qui correspond ici à 1 mL, est atteinte en 1 minute et 30 secondes pour la mousse ayant des bulles
discernables tandis que 4 minutes et 10 secondes sont nécessaires à la mousse dont les bords de Plateau sont réduits. Le
phénomène de drainage a ainsi été ralenti de près de 2,8 fois !
De plus, la mousse dont les bords de Plateau sont plus importants a drainé si rapidement qu’au moment où nous
avons commencé à la filmer, déjà 0,4 mL de liquide avaient été drainés, soit 40% du volume total drainé ! Cependant, on
voit également nettement pour cette mousse que le drainage est de plus en plus lent (la pente de la courbe obtenue
diminue au cours du temps). Ceci s’explique par le fait que le drainage amincit les films : les bords de Plateau sont donc
de plus en plus fins et l’écoulement est ralenti.
Agir sur les bords de Plateau est donc une manière efficace, que ce soit en les obstruant, ou en diminuant leur
diamètre. Néanmoins il est aussi possible de jouer sur un autre paramètre indispensable qui provoque le drainage : la
gravité.
4- Une attirance qui dessèche
Les bords de Plateau sont donc des canaux où s’écoule le liquide à la fois sous l’effet de la gravité et celui de la
succion capillaire. On peut donc dire que dans un milieu sans gravité (dans l’espace par exemple), où il est possible de
créer une mousse, le liquide ne sera pas contraint à s’écouler naturellement vers le bas.
Naturellement, envoyer une mousse dans l’espace n’était pas dans nos capacités. Nous avons donc cherché une
alternative pour contrer la gravité. Après la lecture de plusieurs extraits de thèses, nous avons décidé d’utiliser une force
qui compenserait la gravité : le magnétisme.
Pour cela, il a été nécessaire de rendre notre mousse sensible à une telle force. Nous avons pris pour objectif
d’introduire des particules magnétiques.

Grâce à des ferrofluides, il est possible de créer une mousse magnétique. Les ferrofluides sont des solutions
colloïdales dans lesquelles les particules en suspension sont magnétiques. Ces particules sont de l’ordre du nanomètre et
réagissent sous l’influence de champs magnétiques.
Nous avons tenté de fabriquer notre propre ferrofluide. Pour cela, nous nous sommes inspirés de deux protocoles
proposés sur Internet, mettant en jeu du chlorure de fer (II) et (III) et de l’ammoniaque. Néanmoins, la poudre que nous
obtenions n’était pas assez magnétique. En effet, elle n’était que faiblement attirée par un aimant pourtant puissant
(magnétisation N40 correspondant à une rémanence de plus d’un Tesla et force d’adhérence de 20 kg environ) !

Nous avons donc cherché une autre solution et avons lu que les cartouches de Toner contenaient des particules
magnétiques. En récupérant l’encre d’une de ces cartouches et en tentant de la disperser dans l’eau, nous nous sommes
aperçus que notre poudre n’était pas soluble dans un tel liquide polaire. Or, créer une
mousse avec un liquide apolaire n’est pas réalisable avec nos tensioactifs
(action des tensioactifs, annexe C). Nous avons donc contacté Mme
Florence Elias, Maître de Conférences à l’université Pierre et Marie Curie Figure 2.8 : Mousse
(Paris VI) et chercheuse dont l’un des thèmes d’étude concerne les créée à partir d’une
ferrofluides. Elle nous a conseillé de réaliser une émulsion eau/huile avec solution contenant
les particules de Toner (voir la figure 2.8), avant d’ajouter le tensioactif. des particules de
-1 Toner sous agitation
La concentration massique en particules est de 2 g.L . Le résultat était
magnétique
plutôt homogène, mais la mousse créée était très fine. Cela était suffisant
pour cette expérience uniquement car les particules, d’ordre de grandeur
du millimètre, permettaient tout de même d’obtenir une mousse convenable.
Le champ magnétique a été produit grâce à des bobines de Helmholtz, afin que le champ soit uniforme et
homogène sur l’ensemble de la mousse. Les bobines sont placées de telle sorte que le champ soit dirigé vers le haut, afin
de contrer le champ magnétique terrestre et la gravité. L’intensité qui génère le champ magnétique est de 3 A environ.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
10
Nous avons donc créé notre mousse magnétique et rempli deux éprouvettes d’une même masse de mousse. L’une
sert de témoin et l’autre est placée entre les bobines, comme indiqué sur la photo 2.9 ci-dessous.

Générateur
Bobines Teslamètre
Figure 2.9 :
Photos du
montage

Rhéostat permettant de diminuer l’intensité du courant


délivré aux bobines Témoin

Comme précédemment, nous avons mesuré la hauteur de liquide drainé à intervalle de temps régulier, pour obtenir le
graphique 2.10 suivant :
Figure 2.10 :

On remarque que le volume de liquide drainé est toujours moins important pour la mousse magnétique soumise
au champ que celle de la mousse témoin. Cela signifie qu’elle a drainé moins rapidement et que le champ a bien
contribué à contrer la gravité.

Trois solutions concrètes peuvent être apportées pour lutter contre le drainage. Elles visent toutes à
limiter l’écoulement en agissant à des niveaux différents :
- On peut augmenter la viscosité de la solution savonneuse en utilisant des liquides d’une nature similaire à
celle de la glycérine ou en abaissant sensiblement la température de la solution.
- La mousse créée doit être la plus fine possible afin de réduire la taille des bords de Plateau où
l’écoulement a principalement lieu.
- Lutter contre la gravité ou l’annihiler totalement est également envisageable. Ceci peut se faire en
appliquant sur la mousse une force contraire à la gravité, comme un champ magnétique dirigé vers le haut
à une solution savonneuse constituée à partir d’un ferrofluide.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
11
III. La loi du plus grand chez les bulles : le
mûrissement
Une mousse est constituée de bulles jointives, c’est-à-dire du gaz contenu dans une enveloppe liquide. Toutefois, ce
gaz peut être plus ou moins soluble dans le liquide qui l’entoure. Ainsi, le gaz a la possibilité de se diffuser dans d’autres
bulles si les conditions sont réunies. Ce phénomène, appelé mûrissement, conduit à la diminution globale du nombre de
bulles dans une mousse mais également à leur grossissement au cours du temps. Il s’agit de comprendre quels sont les
mécanismes à l’origine du mûrissement et ainsi de trouver des solutions afin de le ralentir.

1- Une pression qui impressionne les plus petites


 Les bulles constituant une mousse sont-elles indépendantes et
imperméables ?
Les tensioactifs créent un film imperméable, qui ne laisse rien passer… ou presque ! En effet, lors du mûrissement, la
plus petite bulle se vide dans la plus grosse, et cela est dû à la pression de Laplace (expliquée plus loin et plus précisément
en annexe G). Cependant, cela va également dépendre de la nature et de la concentration des tensioactifs : plus il y en
aura (jusqu’à la concentration micellaire critique, ou cmc, vue en annexe C), plus l’interface des bulles sera imprégnée de
molécules qui stopperont le flux de gaz et permettront de résister plus facilement aux fluctuations thermiques et
mécaniques. Ainsi, les films résisteront à la coalescence ainsi qu’au mûrissement et la mousse sera stable.
De même, la nature du gaz emprisonné dans les bulles est également très importante : si les bulles contiennent du
dioxyde de carbone qui est très soluble dans l’eau, alors le gaz traversera plus facilement le film qui le sépare des autres
bulles, ce qui favorisera le mûrissement ! On peut citer par exemple l’eau gazeuse ou le vin de Champagne : le dioxyde de
carbone est dissous dans le liquide lorsque la bouteille est fermée, et lorsqu’on l’ouvre, les bulles se forment très
rapidement. Au contraire, le perfluorohexane (C6 F14) est quasiment insoluble dans l’eau, ce qui va freiner fortement le
mûrissement.
Ainsi, une mousse créée à partir de dioxyde de carbone s’effondrera plus rapidement qu’une mousse créée à partir de
perfluorohexane.
Nous avons vu que pour stabiliser une mousse, il fallait un maximum de tensioactifs (jusqu’à la cmc), et un gaz très
peu soluble dans l’eau. Cependant, nous allons voir que d’autres phénomènes sont responsables du mûrissement…

 Les plus petites bulles ont-elles une plus grande pression ?


La relation qui existe entre la différence de pression entre deux milieux et la courbure moyenne qui dépend du rayon,
est donnée par la loi de Laplace détaillée en annexe G.
Ainsi, dans ce modèle, plus les bulles sont petites, c’est-à-dire ont un petit rayon ou une grande courbure, plus leur
pression interne est grande. Donc, les bulles ayant une plus grande pression interne, généralement les plus petites, vont
transférer leur gaz dans les bulles ayant une pression moindre, usuellement les plus grandes.

 Peut-on, pour résoudre le problème du mûrissement, inverser cette loi ?


En gardant en tête l’objectif que nous souhaitons atteindre, c’est-à dire obtenir une augmentation de la pression
interne d’une bulle lorsque son rayon augmente, nous sommes partis de la loi de Laplace pour trouver le critère de Gibbs.
Notre démarche est détaillée en annexe H.
 Pour plus de stabilité, on doit donc augmenter l’élasticité de surface des interfaces liquide/gaz qui
provoque une diminution de la pression interne des bulles lorsque leur rayon diminue.
Nous nous sommes demandé comment il était possible d’augmenter
l’élasticité de surface d’une interface, et nous avons appris que ce phénomène
était actuellement en cours de recherche. Une autre alternative en surface des
films peut être l’apport en particules. Ces dernières, qui resteraient en surface,
auraient plusieurs conséquences selon leurs propriétés. La solution proposée
par les chercheurs du LPS (Laboratoire de la Physique des Solides) de Paris 11
(Orsay) est d’utiliser comme unique élément de surface les particules de silice.
Figure 3.1: Schéma d’une couche d’eau emprisonnée En effet, celles-ci remplacent les tensioactifs, créant une couche moins
par la monocouche de tensioactifs à gauche et par des déformable : donc les perturbations amincissent moins le film et le
particules solides (silice) à droite.
La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
12
déstabilisent moins. De plus, ces particules augmentent également l’élasticité de surface et cela revient d’ailleurs au
critère de Gibbs : le mûrissement n’a pas lieu.
Ainsi, on peut voir ici (Figure 3.2) que le mûrissement n’a pas eu lieu pour une mousse de silice : elle est donc très
stable, et peut « vivre » plusieurs mois.

t = 0 heures t = 12 heures

Figure 3.2 : Observation d’une mousse avec des particules de silice, à 12 heures d’intervalle : la mousse n’a pas mûri.

Le problème de différence de pression qu’induit la loi de Laplace peut être contourné grâce à la formation de
mousses dont les films sont élastiques, élasticité de surface pouvant être obtenue par l’ajout de particules surfactantes
notamment.
Un autre moyen de contourner le mûrissement est le modèle de Von Neumann auquel nous allons nous intéresser
maintenant.
2- La bulle militaire : taille et organisation
 Comment étudier une mousse 2D ?
Pour observer, de manière plus approfondie, ce phénomène, nous avons choisi, sur recommandation
d’Emmanuelle Rio, enseignante-chercheuse au Laboratoire de la Physique des Solides, de considérer une mousse 2D ou
quasi 2D. Une telle mousse se constitue d’un assemblage d’une seule couche de bulles dont l’expansion est contrainte à
deux dimensions. Plus faciles à étudier, elles permettent de mieux comprendre les phénomènes survenant au sein d’une
mousse. Dans une telle mousse, le mûrissement se caractérise alors par une diminution du nombre de bulles et une
augmentation globale de leur aire. Ainsi, lorsque nous parlons d’ « aire » d’une mousse 2D, il faut comprendre « volume »
pour une mousse 3D : on rajoute une dimension.
L’étude de l’organisation d’une mousse est également très importante pour la compréhension de son évolution.
Ainsi, une mousse dont toutes les bulles ont la même taille, c’est-à dire la même aire dans le cas d’une mousse 2D ou un
volume identique dans le cas d’une mousse 3D, aura un comportement différent de celui d’une mousse ayant des bulles
de tailles différentes. Pour les reconnaître, on appelle ce premier type de mousses « monodisperses » et le second type de
mousses « polydisperses ».

 Pourquoi utiliser une mousse monodisperse ?


Nous avons établi que la différence de pression entre les bulles était la source du mûrissement. Or, celle-ci a été
modélisée par la loi de Laplace qui met en relation la tension superficielle et la courbure moyenne de la bulle.
De plus, Plateau a démontré que, grâce à la tension superficielle, les mousses 2D ou quasi 2D s’organisaient de
telle sorte que les films de trois bulles se rencontrent en formant trois angles de 120°. En effet, la forme de toute bulle
peut être prédite grâce à son nombre de côtés. Pour que l’équilibre soit réalisé au niveau d’un vertex, c’est-à-dire d’un
nœud où trois bulles se rejoignent en un même point, l’angle entre les parois de chaque bulle doit être identique et
vaudra alors . En effet, la tension superficielle doit être compensée, donc les trois points doivent être reliés par la
longueur la plus petite possible : ils se rejoignent en un point, le centre de gravité du triangle. Ceux qui sont intéressés
par la démonstration la retrouveront en annexe I.
Ces observations permettent de montrer qu’en théorie la variation d’aire d’une bulle ayant six voisines dans un
modèle 2D est nulle. C’est le modèle de Von Neumann décrit dans l’annexe J. Or, si une mousse possède des bulles de
même taille et est bien organisée, toutes ses bulles possèderont 6 côtés.

 Ainsi, une mousse quasi 2D monodisperse et parfaitement ordonnée de bulles à six côtés ne devrait en
principe pas subir le mûrissement.

Nous avons donc décidé de créer une telle mousse, qualifiée de monodisperse, c’est-à-dire, humide, organisée et
principalement composée de bulles de même taille et à six côtés.
La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
13
 Expérimentation : mise en évidence du mûrissement d’une mousse 2D et
comparaison d’une mousse monodisperse et polydisperse
Nous avons voulu mettre en application ce que nous avons démontré précédemment. On sait que si une mousse
est monodisperse, alors toutes les bulles auront la même taille, et auront 6 côtés chacune.
Pour observer une mousse 2D, nous avons d’abord eu l’idée Figure 3.3 :
de la plaquer entre deux plaques de verre, comme le fond de Schéma de la première idée
cristallisoirs. Cependant, la mousse était trop écrasée, et avait de montage pour créer une
mousse monodisperse. Les
tendance à s’échapper par les bords : il fallait écarter un peu les flèches en rouge
plaques. Nous avons eu l’idée de créer notre propre jeu de plaques, représentent le mouvement
en s’inspirant de la lecture de plusieurs extraits de thèses sur la du liquide ou de la
rhéologie des mousses. Pour cela, nous nous sommes munis de deux seringue, il doit être
constant.
plaques de plexiglas, que nous avons collé le long de deux bords
opposés. Nous avons laissé un espace de 5 mm entre les plaques à
l’aide de baguettes métalliques. Ce dispositif est une cellule de Hele-
Shaw. Néanmoins, le transport et une utilisation répétée ont déformé
notre montage, les deux plaques se sont courbées et rejointes au
centre. Nous avons alors choisi de la refaire mais en verre afin
d’assurer une plus long longévité, une plus grande résistance et un meilleur glissement des bulles.

Figure 3.4 : Cellules de Hele Shaw avec à gauche : cellule en plexiglas. A droite : cellule en verre, plus grande.
Pour créer une mousse monodisperse, il fallait faire arriver un flux de gaz constant dans la solution d’eau
savonneuse. La scientifique Emmanuelle Rio avec laquelle nous avons partagé nos idées nous a proposé d’utiliser des
seringues, l’une remplie de liquide savonneux, et l’autre d’air : en exerçant une même force constante sur la seringue, la
mousse créée est monodisperse (Figure 3.3). Cependant, la mousse était beaucoup trop humide, les bulles « glissaient »
donc beaucoup trop ce qui rendait impossible son observation. Nous avons donc dû trouver une autre méthode.
Pour créer une mousse monodisperse qui ne soit pas trop humide, il fallait d’une part créer les bulles, et d’autre
part les transférer dans notre cellule de Hele-Shaw. Nous avons discuté avec nos professeurs de physique-chimie, et grâce
à un dossier qui avait déjà été fait sur ce sujet, nous avons mis au point un système qui permet de créer une mousse
monodisperse, puis de la transférer dans la cellule de Hele-Shaw. Dans un erlenmeyer fermé par un bouchon percé de
deux trous, on fait arriver un flux constant d’air (Figure 3.5). Par surpression, les bulles créées remontent dans l’autre tube
relié à la cellule de Hele-Shaw. Pour le flux constant d’air, nous avons trouvé une pompe à air d’aquarium, et nous avons
réglé le débit de façon à ce que les bulles ne soit ni trop petites (elles « nageraient » dans la plaque), ni trop grosses (elles
ne pourraient passer par le tuyau) : il avoisinait les 1,5 mL.s-1.
Nous avons testé ce montage, et malheureusement, il ne fonctionnait pas
comme nous le voulions : les bulles créées n’avaient pas la même taille.
Cela était dû au bouchon qui n’était pas hermétiquement fermé,
notamment aux endroits où nous avions inséré les allonges coudées : la
valeur de la surpression différait alors dans le temps, et les bulles
n’avaient pas la même pression, et donc pas le même rayon. Le
responsable de notre laboratoire, nous a alors proposé d’utiliser un flacon
laveur : il était parfaitement hermétique et les conduits étaient intégrés
au flacon. Sur les conseils d’un de nos anciens professeurs de physique-
chimie, M. Leroy-Bury, et pour mieux réguler le débit d’air qui n’était pas
toujours constant du fait des vibrations de la pompe, nous avons ajouté
une pipette jaugée de 100 mL (grande contenance) : elle contient un
« réservoir » qui permet d’ « absorber » les fluctuations du débit sortant
Figure 3.5 :
Schéma du deuxième montage permettant une arrivée (Figure 3.6). Finalement, les bulles créées étaient enfin régulières !
La stabilité
constante des mousses
de bulles de mêmeliquides,
taille. un
Lesvrai jeu d’équilibre…
flèches en Olympiades de Physique de France
rouge représentent les mouvements des bulles. 14
Figure 3.6 :
Schéma de la pipette jaugée utilisée pour réguler
mieux le débit d’air

Pour la mousse polydisperse, nous avions d’abord eu l’idée de souffler nous-mêmes à la place du bulleur, mais
nous aurions changé deux paramètres à la fois : le gaz, qui aurait été majoritairement du dioxyde de carbone à la place de
l’air (78% d’azote, 21% d’oxygène), ainsi que le débit. Nous avons donc laissé la pompe à air, en faisant varier le débit.
Pour l’observation, nous avons également rencontré d’autres problèmes. Les bulles sont constituées d’un mince
film, qui n’est pas facile à prendre en photo. Nous voulions d’abord prendre des photos normalement, mais l’objectif de la
caméra les rendait illisibles ! Nous avons donc ajouté du bleu de méthyle pour colorer les films, mais le rendu à l’image
n’était pas très net… Par contre, en posant la cellule de Hele-Shaw sur un vieux rétroprojecteur, l’image projetée était de
très bonne qualité ! Nous l’avons laissée deux heures, mais quand nous sommes revenus, il ne restait plus qu’une dizaine
de bulles : la plaque avait chauffée et les bulles s’étaient dilatées !

Mousse 2D
Cellule de Hele
Shaw Flacon laveur

Cuve à onde

Flacon laveur

Image projetée
de la mousse

Arrivée d’air (souffleur)

Figure 3.7 : Photo du montage final utilisé.

Pipette jaugée

Notre professeur encadrant, Madame Mensah-Douja, a alors eu l’idée de poser la plaque sur la cuve à ondes de
notre lycée (Figure 3.7) : la lumière était faible et ne pouvait pas chauffer la plaque, et ce n’était pas une lentille qui
agrandissait l’image comme pour le rétroprojecteur (qui chauffait la plaque) mais un miroir. Nous avons donc pu laisser
notre cellule de Hele-Shaw plusieurs heures sans problème. Il était également important de poser la plaque à
l’horizontale afin d’être sûr que le drainage, dû à la gravité, ne soit pas la cause de la déstabilisation de la mousse.
Pour l’observation, il fallait prendre des photos régulièrement sur une journée entière pour obtenir des données
au cours du temps. Nous avons d’abord téléchargé un logiciel qui permet de prendre des photos toutes les 10 minutes.
Nous avons branché une webcam à notre ordinateur : l’image était de très mauvaise qualité. Nous avons pris une caméra
que l’un d’entre nous possédait, qui avait la fonction « intervallomètre » : elle peut prendre des photos à un intervalle de
temps régulier défini.
On peut affirmer que l’on a affaire à du mûrissement sur la figure 3.8 car le phénomène est homogène sur
l’ensemble de la plaque : les bulles ont grossi de manière assez uniforme. Toutefois, on peut constater que l’aire occupée
par la mousse a diminué au cours du temps. Ceci n’est pas compatible avec le mûrissement qui modifie l’aire des bulles

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
15
mais pas celle de la mousse. Un phénomène parasite, la coalescence, a également eu lieu. Il n’a cependant pas dominé le
mûrissement puisque l’aspect final de la mousse est homogène.
Mousse monodisperse :

30 heures

Figure 3.8 : Evolution de la mousse monodisperse


On procède à l’analyse des photos : on compte le nombre de bulles en fonction du temps, grâce au logiciel Image
J. Nous avons essayé d’utiliser le comptage automatique « Analyze Particules », mais sans succès. Les mesures sont donc
faites grâce à un comptage manuel réalisé par nos soins sur des images prises toutes les dix puis trente minutes.
Grâce à un comptage régulier, nous avons pu suivre l’allure de la mousse au cours du temps :
Temps (minutes) 0 10 20 30 40 50 60 90 120 150 180 210 240 …
Nombre de bulles 481 465 451 441 440 438 437 428 415 409 408 401 395 …
(par unité)
 On reporte ces valeurs sur un graphique 3.9. Nous avons tracé des droites possédant le même coefficient
directeur que les parties correspondantes de la courbe, afin de mieux l’analyser.

Figure 3.9 :

On observe sur le graphique une diminution du nombre global de bulles : cela est dû au mûrissement.
Cependant, entre t420 et t580, le nombre de bulles semble chuter subitement. Nous avons d’abord pensé que cela était dû à
une erreur de manipulation, mais, en lisant la thèse de certains chercheurs, nous nous sommes aperçus qu’ils avaient les
mêmes résultats que nous. En fait, les bulles de 5 côtés, dans la mousse, ont une aire moyenne plus petite, et donc, en 3D,
un volume plus petit : ce sont les bulles qui ont la pression la plus grande. Par la loi de Laplace, et le modèle de Von
Neumann, on sait que ce sont elles qui vont se vider en premier dans les bulles à 6 et à 7 côtés. Or, comme la mousse
initiale est relativement monodisperse, cela signifie que les bulles vont se vider toutes en même temps, et vont donc
disparaître au même moment : c’est ce qu’on appelle le « temps catastrophique ».
De plus, on s’aperçoit que la première pente de la courbe (-0,2 bulles.min-1) est plus importante que la troisième
(-0,086 bulles.min-1) : cela signifie qu’au fur et à mesure de sa progression, le mûrissement s’atténue.
La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
16
Enfin, nous avons décidé d’observer sur la figure 3.10 l’évolution d’un amas de bulles de même taille et de 6 côtés
afin de voir l’action du mûrissement sur celles-ci :

15 heures

Figure 3.10 : Evolution d’une zone particulièrement monodisperse et organisée

On remarque également que ce sont les zones les plus monodisperses et les zones dont la majorité des bulles ont
six côtés qui subissent le moins le mûrissement : ce que nous voulons dire est que leur aire augmente car les plus petites
bulles se vident en premier dans celles-ci, et que celles à 6 côtés ne disparaissent que rarement dans les autres bulles.
Dans l’exemple ci-dessus, on a tenu compte du déplacement de la mousse au cours du temps. On peut voir que la zone
inférieure droite, relativement polydisperse, est le résultat d’un mûrissement plus important que dans la zone rouge,
monodisperse.
Cependant, le but de cette étude est de réaliser des mesures, et non d’observer : nous voulons voir si le fait qu’une
mousse soit monodisperse contribue à la stabilité de la mousse. On compare donc ces résultats avec ceux obtenus avec
une mousse polydisperse (Figure 3.11).

Mousse polydisperse :

24 heures

Figure 3.11 : Evolution de la mousse polydisperse


Durant l’expérience, nous observons une diminution du nombre de bulles et de l’augmentation de leur aire,
puisqu’il s’agit d’une mousse quasi-2D. Ces événements correspondent au phénomène du mûrissement. Néanmoins,
celui-ci n’est pas aussi régulier que dans la mousse monodisperse puisqu’initialement, les bulles étaient déjà de taille
variable. En outre, le même phénomène parasite, la coalescence, est aussi à l’œuvre. On observe également l’apparition
d’une masse d’air dans la mousse (ellipse rouge). Or, nous sommes dans le cas d’une mousse 2D. Pour une mousse en
trois dimensions, cette masse d’air se matérialiserait par un trou dans la mousse et la déstabiliserait encore plus.
On procède au comptage manuel des bulles :
Temps (minutes) 100 130 160 190 210 240 270 300 330 360 390 420 450 …
Nombre de 1244 1234 1227 1223 1218 1209 1194 1185 1167 1143 1112 1096 1046 …
bulles (par unité)

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
17
Figure 3.12 :

Remarque : Nous ne sommes pas partis d’un même nombre de bulles : la mousse polydisperse en possédait beaucoup plus
car les bulles étaient plus petites. Par contre, la même surface est recouverte.
Sur ce graphique 3.12, nous n’observons plus de temps catastrophiques : cela confirme ce que nous avons dit, les
bulles ne se vident pas toutes en même temps mais en continu, puisque la mousse est polydisperse. De plus, les pentes de
la courbe sont beaucoup plus fortes que celles pour la mousse monodisperse : elle est presque 5 fois plus forte pour la
première, 8,8 fois pour la deuxième. Les bulles se vident donc beaucoup plus rapidement pour une mousse polydisperse
que pour une mousse monodisperse. On remarque une nouvelle fois que la pente s’attenue au cours du temps : le
mûrissement est moins important.
Incertitudes :
Comme dans toute expérience, il existe des incertitudes qu’il convient d’évoquer. Nous n’avons fait des mesures
que sur une seule mousse monodisperse et polydisperse. L’interprétation se base ainsi sur une unique expérience : on
peut donc évoquer l’incertitude de répétabilité. A force de compter les bulles, nous en avons peut-être oublié quelques
unes, en particulier pour la mousse polydisperse. De plus, le comptage des bulles des deux mousses a été réalisé par des
personnes différentes, ce qui peut, dans une moindre mesure, influencer la manière de compter les bulles, et donc sa
précision. Cependant, lorsqu’une bulle était comptée il y avait un témoin visuel d’un couleur rouge qui apparaissait : nous
n’avons pas pu compter plusieurs fois une même bulle. Par contre, il est possible que nous ayons oublié des petites bulles
dont la taille est inférieure au témoin visuel : comme le mûrissement les affecte très rapidement, elles sont négligeables.
Comme l’essentiel de nos mesures proviennent d’un comptage, il n’y a pas d’incertitudes très importantes.
Nous pouvons donc conclure que le mûrissement est beaucoup plus élevé pour une mousse polydisperse que
pour une mousse monodisperse, donc qu’une mousse ayant des bulles de tailles différentes est moins stable qu’une
mousse possédant des bulles de même taille.

3- Quand le liquide part à l’assaut du champ magnétique…


Nous nous sommes demandé quel serait l’impact si la mousse magnétique était placé dans un champ pour le
mûrissement. En effet, Madame Florence Elias nous avait dit qu’utiliser une mousse magnétique permettait d’obtenir
deux paramètres de contrôle supplémentaires : le contrôle de la gravité et de l’épaisseur des films.
Le ferrofluide que nous avons obtenu à partir de Toner permettait certes de créer une mousse fine mais les
particules étaient en revanche trop grosses (de l’ordre du millimètre) pour former des bulles de taille suffisante, dans le
but d’observer le phénomène de mûrissement. Pour obtenir un ferrofluide plus adapté aux solutions savonneuses, nous
avons consulté différentes thèses et HDR soutenues par plusieurs chercheurs avant d’avoir un nouveau contact avec Mme
Florence Elias. Elle nous a conseillé de faire appel à Mme Delphine Talbot, une chercheuse et Maître de Conférences
travaillant également sur les ferrofluides, au laboratoire PECSA (Physicochimie des Electrolytes, Colloïdes et Sciences
Analytiques), et ayant synthétisé la majorité des ferrofluides utilisés pour les différentes thèses sur les ferrofluides (Thèse
d’Eric Janiaud et HDR de Florence Elias notamment). Elle nous a conseillé d’utiliser des particules de maghémites
(nanométriques), de formule . Elle nous a d’abord donné 50 mL d’une solution citratée contenant des particules
de maghémites, puis une de 20mL dix fois plus concentrée : la magnétisation du liquide était beaucoup plus forte.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
18
Avec un montage similaire à celui utilisé pour la création de la mousse monodisperse, nous avons introduit notre
mousse magnétique dans la cellule de Hele Shaw, comme sur la figure 3.13. Nous avons ensuite placé sous la cellule des
aimants ayant une rémanence de 1,25 Teslas.
Caméra 1 heure

Cellule
Support élévateur
Pompe soutenant les
aimants
Figure 3.14 : Mûrissement d’une mousse magnétique en partie sous
l’influence d’un champ

Erlenmeyer contenant le ferrofluide


Figure 3.13 : Photo du montage
Nous avons constaté que les films placés à l’intérieur du champ magnétique sont plus épais que ceux situés hors
du champ. Ceci s’explique par le fait que le ferrofluide est attiré dans la zone du champ magnétique, et donc que le
liquide se déplace vers cette région de la cellule : les films deviennent plus épais. Comme le champ magnétique n’est pas
modifié au cours du temps (son intensité est constante, de même que son orientation), les films sont stables et plus
épais : nous avons donc supposé que le mûrissement était ralenti car une épaisseur plus grande de liquide doit être
traversée par le gaz et les films deviennent plus imperméables.
Pour s’en assurer, nous avons effectué un comptage des bulles dans et hors du champ magnétique au début de
l’expérience et au bout de 2 h. Il nous semblait important de compter les bulles sur une même aire de mousse. Nous
avons donc effectué le comptage hors du champ sur des zones (en turquoise sur la figure 3.14) dont la surface est
équivalente à celles situées dans le champ (en rouge), la mousse située dans le champ couvrant une surface moins
importante que celle située en-dehors. Nous exprimons alors le pourcentage de bulles restantes dans chacune des deux
zones par rapport au nombre de bulles présentes initialement (Figure 3.15).
Nombre initial Nombre de bulles Nombre de Pourcentage de bulles restantes
Zone
de bulles au bout de 2 heures bulles disparues par rapport au nombre initial
Hors champ 80 46 34 57,5
(zone témoin)
Dans le champ 87 66 21 75,9
magnétique
Figure 3.15 : Evolution du nombre de bulles sous l’influence d’un champ magnétique et en-dehors

Le pourcentage de bulles restantes de la mousse située à l’extérieur du champ magnétique étant moins important que
celui de la mousse placée sous son influence, nous en avons déduit que, proportionnellement au nombre initial de bulles,
un nombre inférieur de bulles disparaît par unité de temps lorsque la mousse magnétique est placée dans un champ.
Comme nous l’avons supposé, le mûrissement est effectivement ralenti. L’épaississement des films est donc une solution
permettant de contrer le mûrissement. Les ferrofluides permettaient bien de mettre ce phénomène en évidence.
Néanmoins, les bulles créées à base de ferrofluide étaient particulièrement fragiles : c’est pourquoi la durée de
l’expérience (2 heures) est bien inférieure à celle des expériences précédentes. Une solution plus concentrée en
ferrofluide permettrait de résoudre ce problème.

Nous pouvons déduire de cette grande partie plusieurs solutions permettant de ralentir le mûrissement :
- On peut choisir un gaz insoluble dans l’eau, créer une mousse de perfluorohexane par exemple.
- Il faut augmenter la concentration en tensioactifs pour renforcer la stabilité du film et ralentir le
mûrissement.
- Il est également augmenter l’épaisseur des films en utilisant un champ magnétique.
- Il vaut mieux créer une mousse dont les bulles ont 6 côtés chacune : les bulles doivent être de même taille,
il faut donc créer une mousse monodisperse.
Ces paramètres sont cumulables, et en les associant tous, on devrait pouvoir obtenir une mousse très stable.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
19
Conclusion :
La mousse, pour pouvoir être stable, nécessite dans un premier lieu la stabilité des interactions entre les bulles
dont elle est composée. Ainsi, les différences de pression entre les bulles, décrites par la loi de Laplace et dues à la tension
superficielle, sont à l’origine du transfert du gaz d’une bulle dans une autre dont la pression est moindre. Pour que cette
différence de pression soit nulle, il est nécessaire que les bulles qui constituent la mousse aient toutes six côtés, donc
qu’elles soient toutes de même taille. Une telle mousse, qualifiée de monodisperse, subit beaucoup moins le mûrissement
qu’une mousse polydisperse, dans la mesure où l’observation comparative de celles-ci sous une forme quasi-2D révèle une
destruction plus rapide des bulles de la mousse polydisperse. En outre, agir sur les films peut aussi être une solution pour
contrer ce phénomène. On peut alors jouer sur l’imperméabilité des films en augmentant la concentration en tensioactifs,
en augmentant leur élasticité par l’ajout de particules, en choisissant un gaz interne insoluble dans l’eau ou encore en
épaississant ces derniers, paramètre variable grâce aux propriétés des ferrofluides.

L’élasticité de surface, modifiable grâce aux tensioactifs ou aux particules superficielles, ralentit également la
coalescence, qui correspond à la rupture des films à cause de perturbations mécaniques ou thermiques, dont la réduction
ou l’annihilation a le même effet. Le sucre contre aussi l’évaporation des films, phénomène qui entraîne la diminution de
leur épaisseur et les fragilise encore plus.
Effectivement, les films dans une mousse sont fragiles d’autant plus que le liquide qui les compose, à cause de la
gravité, tend à s’écouler vers le bas dans des canaux d’épaisseur non négligeable appelés bords de Plateau. Compenser la
gravité ou bloquer ces canaux sont diverses sources de solutions. Nous avons d’abord fait varier la viscosité du fluide :
plus la viscosité était grande, plus le drainage était lent. De plus, réduire l’épaisseur des bords de Plateau et appliquer un
champ magnétique à une mousse qui y est sensible sont d’autres solutions que nous avons apportées et qui stabilisent les
mousses en réduisant l’effet du drainage.
Une mousse stable offre de nombreuses possibilités industrielles, notamment dans l’économie des matériaux (son
pouvoir couvrant est très utile, par exemple, dans les traitements des tissus comme l’imperméabilisation), mais aussi
scientifiques puisque des réactions lentes sont plus facilement observables. Néanmoins, il est nécessaire d’adapter les
solutions proposées aux besoins induits dans chaque situation.
Nous avons tenté, au cours de l’écriture de ce mémoire, d’apporter des réponses à chaque problème que nous
avons rencontré, mais nous nous sommes également rendus compte qu’aujourd’hui encore, il y a des questions qui n’ont
toujours pas de réponse : pourquoi, en fonction du détergent utilisé, une mousse coalesce ou mûrit-elle ? Peut-on
mesurer l’élasticité d’un fluide ? … De plus, nous avons appris qu’un physicien se doit d’apporter des solutions lorsqu’une
manipulation expérimentale ne donne pas les résultats attendus, et que des expériences d’apparence simple peuvent
s’avérer beaucoup plus complexes que cela. Enfin, ce mémoire nous aura permis de découvrir des personnes amicales,
gentilles, et passionnées, prêtes à donner de leur temps pour aider un groupe de lycéens préparant les Olympiades de
Physique…

Bibliographie :
Ce mémoire réside essentiellement dans la communication élèves-professeurs, il est le fruit du savoir-faire de multiples
personnes, dont vous trouverez le nom dans la rubrique « Remerciements ». Chacun a participé en nous donnant un
élément nouveau pour améliorer une expérience ou une explication. Nous nous sommes également inspirés de :
- I. Cantat, S. Cohen-Addad, F. Elias, F. Granier, R. Höhler, O. Pitois, F. Rouyer, A. Saint-Jalmes. Les Mousses : Structure
et Dynamique. Edition Belin, 2010 ; 278 p.
- E. Rio. Habilitation à Diriger les Recherches (HDR) (version du 17 octobre 2013).
- F. Elias. Habilitation à Diriger les Recherches (HDR) (version du 21 octobre 2013).
- E. Janiaud. Elasticité, Morphologie et Drainage Magnétique dans les Mousses Liquides. (thèse d’octobre 2004).
- S. Hutzler, D. Weaire, F. Elias, E. Janiaud. Juggling with bubbles in cylindrical ferrofluid foams (janvier 2002).
- Interview de Claude Treiner par Marielle Vergès, « Les secrets des mousses », dans Découverte n°332 (Novembre 2005).
- Film réalisé par le Laboratoire de Physique des Solides (LPS) sur l’éclatement d’un film de savon (Figure 1.3).
- Image tirée du site du LPS : http://www.lps.u-psud.fr/IMG/pdf_Coalescence2009_rio.pdf (Figure 1.4).
- http://profs.engineering.uottawa.ca/biofluid/files/2011/08/viscosity-of-aqueous-glycerine-solutions.pdf (Figure 2.3).
- Conférence d’Emmanuelle Rio « Dynamique aux interfaces liquides ; Influence sur la stabilité des mousses » (Figure 3.2).
- Image extraite du livre La Physique au quotidien de Istvan Berkes, édition Vuibert (juin 1989), p. 115 (Figure A.1).
Par souci de droits d’auteur et de compréhension, tous les autres schémas ou photos présentés dans ce mémoire ont
été réalisés par nos soins, en synthétisant les données de plusieurs schémas ou notions.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
20
Annexes
Nous avons regroupé ici, en suivant les conseils du jury interacadémique, les parties théoriques qui n’apportaient
pas de solution concrète à notre problématique pour notamment privilégier les expériences. Ces parties restent toutefois
intéressantes pour comprendre notre démarche.

Annexe A : Détermination de l’unité de la tension superficielle par analyse


dimensionnelle
Réalisons l’analyse dimensionnelle de la tension superficielle afin de déterminer son unité :
On a, d’après la définition de la tension superficielle,
On sait qu’une énergie est homogène au produit d’une force par une longueur : et une surface est le
produit de deux longueurs : .
De plus, une force telle que le poids correspond au produit d’une masse par une accélération : .
Or, une g est une accélération, quotient d’une longueur par le temps au carré : .
On obtient ainsi :
.
-2
 La tension superficielle s’exprime donc en kg.s dans le système international d’unités.
-1
Cependant, il est plus souvent mentionné dans les livres de physique le N.m comme unité pour cette tension de surface.
Ces deux unités sont-elles équivalentes ?
Nous savons que le poids, produit de la masse et d’une accélération, s’exprime en Newton.
On a donc .
-2
Le Newton correspond donc à l’unité composée kg.m.s .
-1 -2
On a donc . Nous pouvons conclure que le N.m est équivalent au kg.s .
 La tension superficielle s’exprime ainsi en N.m-1, c’est une force par unité de longueur.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
21
Annexe B : La tension superficielle, une force par unité de longueur
La tension superficielle est une force par unité de longueur, mais comment cela se matérialise-t-il ?
En fait, à l’état liquide, les forces d'interaction entre les molécules, qui assurent la cohésion des liquides, deviennent
considérables par rapport à celles qui existent dans les gaz. Les molécules sont donc en moyenne beaucoup plus proches
les unes des autres et les forces de cohésion se manifestent par deux effets :
- à la surface de séparation entre un liquide et un solide ou un gaz, il existe un phénomène de capillarité : la
tension superficielle
- lorsque le fluide est en mouvement, il existe un phénomène de frottement visqueux s'opposant au glissement des
couches de liquides les unes par rapport aux autres, ou le long d'une paroi solide : c'est la viscosité.
Au sein d’un liquide, l’existence d’une tension interfaciale
trouve son origine dans les forces attractives qui existent entre
les molécules. Les molécules d’un liquide, s’attirent : elles sont
soumises aux interactions de Van der Waals et éventuellement
aux liaisons hydrogène dans le cas de l’eau. Le rayon d’action
des forces de Van der Waals est de l’ordre de quelques
nanomètres. Au sein du liquide, une molécule subit des
interactions attractives de la part de toutes ses voisines (voir
figure A.1). Près de l’interface, une molécule est entourée de
molécules du liquide mais aussi de celles formant le gaz : elle a
Figure A.1 : Schéma représentant les forces d’interactions dans
perdu la moitié de ses interactions cohésives et est dans un état
un liquide
défavorable. Les aires ont donc tendance à être minimisées.
En effet, on a dit que la surface coûtait de l’énergie : les liquides vont ajuster leur forme de façon à minimiser leur
surface libre, c'est-à-dire la surface de séparation entre le liquide et l’air va être la plus petite possible (surface
minimale), on parle parfois de forces capillaires. Elle sera responsable de la propagation de la rupture du film de savon
dans une mousse, traitée dans la partie coalescence.

Cette tension de surface est un phénomène moléculaire mais elle a des répercussions au niveau macroscopique : le
ménisque d’un tube à essai, la forme « bombée » de l’eau dans un verre rempli à ras bord, le fait que des insectes comme
les Gerris se déplacent à la surface d’un lac….

Ordre de grandeur de la tension superficielle :


La tension superficielle est une énergie par unité de surface : pour la molécule d’eau, ce sont principalement les
liaisons hydrogène qui sont responsables de cette énergie. Une liaison hydrogène apporte une énergie comprise entre
-1
4 et 15 kJ.mol , que l’on va diviser par la surface S qu’occupe une molécule d’eau, qui est de 9 Ų environ (1 Å = 0,1 nm).
On multiplie cette surface par le nombre d’Avogadro, le nombre de molécules dans une mole, soit
Pour = 4 kJ.mol-1, on a , soit

Pour = 15 kJ.mol-1, on a , soit


La valeur théorique de la tension superficielle de l’eau à 20°C est de 72 mN.m-1. Elle peut se calculer de différentes
manières, par la méthode « d’arrachement », la loi de Jurin, ou à l’aide d’un goniomètre par exemple.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
22
Annexe C : Comment l’ajout de tensioactif permet-il de créer une bulle stable ?
La tension superficielle peut être fortement abaissée par l’ajout de tensioactif. Prenons un verre rempli d’eau à ras
bord : sa surface paraît bombée. Si on ajoute une seule goutte de liquide vaisselle, ou tensioactif, celle-ci devient plate et
de l’eau se renverse. Si on pollue un lac avec des tensioactifs, alors que des insectes vivent à sa surface, ils vont couler…
De plus, on a tous déjà essayé de faire des bulles dans un liquide pur comme de l’eau, mais en vain : il faut du liquide
vaisselle. A quoi cela est-il dû ?

Par le principe de la surface minimale et sous l’effet de la pesanteur, une goutte d’eau possède une forme
naturelle : lorsqu’on la pose sur une surface comme du verre, elle s’étale. Cependant, lorsque l’on ajoute du tensioactif,
comme du savon ou du liquide vaisselle, la goutte d’eau devient plus allongée, et plus déformable : en fait, les molécules
tensioactives entourent l’eau pour l’emprisonner, en se répartissant en priorité à la surface, ce qui a pour effet de baisser
sa tension superficielle.

Figure A.2 : Schéma d’une molécule


tensioactive

Une molécule tensioactive est composée de deux parties, comme on peut le voir sur la figure A.2 : une longue chaîne
hydrocarbonée constituée d’une dizaine d’atomes de carbone et d’hydrogène, avec au bout une molécule comportant
deux atomes d’oxygène.

D’après l’échelle d’électronégativité de Pauling, la différence


d’électronégativité entre l’atome de carbone et l’atome
d’hydrogène est de 0,4 u.a.m.d. On admet que la différence
d’électronégativité entre ces deux atomes est une base : si les
autres différences d’électronégativité d’une liaison est
supérieure à celle de la liaison carbone-hydrogène (0,4
Figure A.3 : Echelle d’électronégativité de Pauling pour quelques u.a.m.d.), alors on dit qu’elle est polarisée. De plus, la molécule
éléments chimiques (en u.a.m.d. : unité atomique de moment
dipolaire)
est dite polaire lorsque le barycentre des charges partielles
positives ne coïncide pas avec celui des charges partielles
négatives.

D’après la figure A.3, on peut dire que la liaison OC est donc polarisée, et la liaison
HC apolaire. Concrètement, cela signifie que la chaîne hydrocarbonée du tensioactif est
apolaire, et n’est miscible qu’avec des molécules apolaires, uniquement dans un solvant
apolaire, comme l’huile par exemple. De même, la « tête » de la molécule contenant
l’atome d’oxygène n’est miscible qu’avec des molécules polaires, donc des solvants
polaires comme l’eau.
Donc, si l’on mélange des tensioactifs à de l’eau, la « tête » de la molécule
tensioactive va être en contact avec l’eau (voir la figure A.4) : elle est dite hydrophile
(« elle aime l’eau »). La chaîne carbonée, quant à elle, va rester à l’air libre, elle est dite
hydrophobe (« elle fuit l’eau ») ou lipophile (« elle aime les corps gras »). La molécule
tensioactive possédant ces deux types de qualifications, est dite amphiphile : on parle de
tensioactifs, ou de surfactants (« agit sur la surface »).

Figure A.4 : Représentation des


molécules tensioactives dans un
liquide lorsque la cmc est dépassée :
des micelles se forment.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
23
Si on ajoute du liquide vaisselle
(tensioactif) à de l’eau, les molécules amphiphiles
vont se concentrer en majorité à la surface de
l’eau : la partie hydrophobe à l’air, et la partie
hydrophile dans l’eau.

Lorsque l’interface est complètement


couverte, les molécules supplémentaires sont
toutes obligées de rentrer en contact avec l’eau.
Pour limiter au maximum ce contact, les parties
hydrophobes se concentrent en un même point,
pour former les micelles (voir la figure A.4). Alors,
la tension superficielle stagne : c’est la
concentration micellaire critique (cmc), la
Figure A.5 : Exemple de graphique mettant en évidence la diminution de la
concentration pour laquelle les micelles se forment.
tension superficielle avec l’augmentation de la concentration en
Un exemple est donné par la figure A.5 . tensioactifs, et la cmc, représentant la stagnation de la tension superficielle
à partir de ce point.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
24
Annexe D : Mousses humides, mousses sèches
Le drainage est un effet de la gravité sur le liquide constituant les films de la mousse. Celui-ci
s’écoule invariablement vers le bas. La conséquence est, au cours du temps, une diminution du
paramètre appelé fraction volumique de liquide (rapport entre le volume de liquide et le volume de
mousse) à mesure que l’on s’élève dans la colonne de mousse. C’est pour cela que l’on distingue les
mousses sèches des mousses humides.
Comme leur nom l’indique, une mousse humique contient une quantité de liquide plus
importante qu’une mousse sèche. Comment évaluer cette proportion de liquide ? En fait, il suffit de
mesurer la fraction volumique de liquide notée δl qui est égale au volume de liquide sur le volume
total de la mousse. Lorsque δl 0,05, on parle de mousse sèche. Si elle est supérieure à 0,05, on
parle de mousse liquide. Au-dessus d’une valeur environ égale à 0,3, le système étudié n’est plus une
mousse : cela devient un liquide bulleux, c’est-à-dire que les bulles ne sont plus en contact.

Les mousses humides ayant une fraction volumique supérieure aux mousses sèches, elles Figure A.6 : Schéma
subissent un drainage plus important que ces dernières. La fraction volumique de liquide témoigne d’une colonne de mousse :
donc de l’avancée du drainage dans une mousse : une mousse sèche est en fin de drainage, tandis l’épaisseur des films est ici
mise en évidence.
qu’une mousse humide n’en est qu’au début.
Le drainage est lourd de conséquence. En effet, lorsque la fraction volumique de liquide diminue, l’épaisseur des
films s’amenuise, favorisant le mûrissement. Ce dernier va engendrer l’augmentation de la taille des bulles. Or, le
drainage s’exerce davantage sur les grosses bulles qui sont plus facilement déformables que les petites et il va donc
s’accélérer avec l’apparition du mûrissement. Toutefois, à terme, l’augmentation de la pression de Laplace avec le
mûrissement exerce une force opposée à celle de la gravité, permettant d’atteindre un équilibre statique et de stopper le
drainage.
C’est aussi pour cette raison que les bulles situées en haut d’une colonne de mousse, et plus généralement d’une
mousse sèche, sont plus grosses que dans une mousse humide (on peut s’en rendre compte sur la figure A.6) car elles
subissent en premier le drainage puis le mûrissement.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe E : Quels sont les rôles des bords de Plateau ?
Au sein d’une mousse, plusieurs bulles sont accolées les unes aux autres, provoquant la formation d’un canal
dont la base est un triangle aux bords concaves, comme indiqué sur la figure 2.1, en page 6. Il est appelé bord de Plateau.
La courbure des bords de Plateau est supérieure à celle des films.
Ainsi, car
D’après la loi de Laplace expliquée en annexe G, on a donc avec P la pression du gaz dans la
bulle.
On a donc :
Cette dépression du bord de Plateau explique pourquoi le liquide des films se vide dans les bords de Plateau, c’est
la succion capillaire.
Les bords de Plateau s’organisent en réseaux : chaque intersection entre quatre bords de Plateau peut être
modélisée comme un tétraèdre dont les angles qui séparent chaque bord est de 109,47 ° et dont le centre est appelé
vertex.
Les bords de Plateau sont donc des canaux où s’écoule le liquide à la fois sous l’effet de la gravité et celui de la
succion capillaire. On peut donc dire que dans un milieu sans gravité (dans l’espace par exemple), il est possible de créer
une mousse : le liquide ne sera pas contraint à s’écouler naturellement vers le bas.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe F : Les incertitudes de mesures
Il convient toujours de noter les incertitudes de notre expérience sur le drainage, où nous mesurions la hauteur de
liquide écoulé en fonction du temps. Nous faisions varier la viscosité du liquide en changeant sa température, et la nature
même du fluide (ajout de glycérine).
- Nous avons mesuré les hauteurs de liquide avec une règle informatique : nous mesurions grâce aux photos
directement sur ordinateur grâce aux fonctionnalités de Microsoft Word. La résolution de cette « règle » est au
centième de centimètre. On note . L’incertitude U(d) sur la mesure de la hauteur de liquide écoulé se
calcule par la formule avec un indice de confiance de 95%. On a donc
.
- Nous avons mesuré la température des liquides avec un thermomètre électronique dont la résolution est au
centième de degré. On note . L’incertitude U(θ) sur la mesure de la température se calcule par la
formule avec un indice de confiance de 95%. On a donc
Nous pouvons dire que les hauteurs de liquide sont précises à 0,005 cm, et les températures à 0,003 °C : nos
mesures sont donc très précises.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe G : La loi de Laplace
Les bulles ne possèdent pas des films plans mais courbes. Cette courbure est due à des forces pressantes dont la
direction est perpendiculaire à celle de la tension superficielle, directement liées à la différence entre la pression interne
et externe . S’il y a courbure alors la différence de pression n’est pas nulle et réciproquement.
Soit S, la surface de l’interface entre l’intérieur et l’extérieur de la bulle ; elle peut être décrite par deux plans courbes
et , formés à l’intersection de l’interface avec deux plans de coupe perpendiculaires. et ont respectivement pour
rayon de courbure principale et .
Une déformation virtuelle n’impliquant aucune variation d’énergie totale du système est effectuée pour mettre en
évidence les relations entre pression, tension de surface et courbure moyenne. Chaque point de et subit un
déplacement dans la direction du plan de coupe local. Cette variation induit une variation de volume et de
surface avec H, la courbure moyenne telle que .
Nous savons qu’une variation d’aire (dS) provoque une variation d’énergie (dE) liée à la tension de surface Comme
il existe deux interfaces frontières formant le film liquide, celle-ci est y est présente deux fois. On a en effet : .
Cependant, lorsqu’une bulle se vide dans une autre, elle subit également une variation de volume et de pression, qui
influe sur la variation d’énergie.

La variation d’énergie de ce système peut s’exprimer selon cette relation :


avec (i et e étant deux bulles)
Or, cette variation, par hypothèse, est nulle induisant donc :
d’où
et
Soit d’où .
Ainsi, cette relation implique que plus la différence de pression
est grande entre une bulle et l’extérieur ou une autre bulle, plus
l’énergie liée à la tension superficielle sera importante et donc, plus la
Figure A.7 : Pressions à l’intérieur des bulles courbure moyenne sera grande. Par conséquent, les bulles ayant une plus
selon leur taille. Dans cet exemple, la bulle Pi se grande pression interne seront de manière générale, les plus petites
viderait dans la bulle Pk.
(Figure A.7). Elles vont donc avoir tendance à se vider dans les plus
grandes si le film n’est pas complètement imperméable.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe H : Le critère de Gibbs, une inversion de Laplace
L’un des critères expliquant l’amplitude du phénomène de
mûrissement est la répercussion de la loi de Laplace. En effet, la
pression de Laplace relie la différence de pression entre deux bulles à
leur rayon :
où est le rayon de la bulle.
. Ainsi, d’après la formule et la courbe rouge de la figure A.8, à
mesure que la bulle et son rayon diminuent de taille, la différence de
pression entre cette bulle et ses voisines augmente. Cela ne fait
qu’aggraver le phénomène de mûrissement.
On cherche donc une solution qui permettrait de
contrebalancer la loi de Laplace et de faire en sorte que la différence de
pression augmente quand le rayon de la bulle augmente (courbe verte
Figure A.8 : Evolution de la différence de pression
de la figure A.8).
entre une bulle et l’extérieur en fonction du rayon r de
cette bulle. On cherche à ce que celle-ci augmente avec Cela revient à ce que la dérivée de la différence de pression
le rayon. entre deux bulles sur la dérivée du rayon d’une bulle soit positive. On
calcule cette dérivée.

On peut donc écrire :

Soit

Or, ξ = correspond à l’élasticité de surface en compression, c’est-à-dire à une mesure de la réponse


élastique d’une surface lorsqu’on lui applique des forces de compression-dilatation.

On a donc .

On s’aperçoit que l’équation fait intervenir l’élasticité de surface en compression ξ : c’est le critère de Gibbs.
Celui-ci énonce que si l’élasticité des interfaces liquide/gaz est supérieure à , alors la dérivée est positive et le
phénomène de mûrissement peut être stoppé. Ceci peut-être vérifié avec notre équation, car la tension de surface ne
peut-être négative.
De cette manière (si l’élasticité de surface des interfaces liquide/gaz est supérieure à ), lorsqu’une bulle se vide,
son rayon diminue mais de ce fait, la différence de pression entre elle et ses voisines est décroissante. L’équilibre de
pression sera de nouveau atteint et le phénomène de mûrissement va progressivement prendre fin.
Toutefois, il est impératif de choisir un tensioactif peu soluble dans le liquide constituant la mousse car dans le
cas contraire la tension de surface de l’interface ne varierait pas avec le rayon de la bulle et le critère de Gibbs ne serait
pas validé.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe I : Les vertex à 2D
La forme des bulles a une importance cruciale lors
du mûrissement. La forme de toute bulle peut être
prédite grâce à son nombre de côtés. Pour que l’équilibre
soit réalisé au niveau d’un vertex, c’est-à-dire d’un nœud
où trois bulles se rejoignent en un même point, l’angle
entre les parois de chaque bulle doit être identique et
vaudra alors , comme indiqué sur la figure A.9. En
effet, la tension superficielle doit être compensée, donc
les trois points doivent être reliés par la longueur la plus
petite possible : ils se rejoignent en un point, le centre de
gravité du triangle.
On cherche à déterminer un point pour lequel la Figure A.9 :
distance reliant trois points distincts d’un plan est Représentation d’un angle commun à trois côtés (également appelé nœud,
où vertex) dans le cas d’une mousse monodisperse (à gauche) et d’une
minimale, et tel que , c’est-à-dire un point mousse polydisperse (à droite). H représente la courbure, r le rayon de la
où les vecteurs s’annulent. En effet, si cette somme courbure, et l la longueur de l’interface.
vectorielle s’annule alors les forces de tension superficielle
aussi (elles dépendent d’un vecteur unitaire), et la
différence de pression sera nulle.
.

On a donc :

Pour faciliter la démonstration, on pose donc .


On procède à une démonstration analogue pour et , on a donc =

Donc soit . On a .

Or, d’après la relation précédente, donc car , et de même pour .


Donc . On peut donc écrire que si donc .

 L’angle entre trois films de savon vaut donc bien .

De plus, pour que la bulle soit fermée, et ce quelle que soit sa forme géométrique, il faut que globalement on balaie
un angle de 2π lorsqu’on fait le tour de celle-ci.
Lorsqu’on fait le tour d’une bulle, on effectue à chaque angle une rotation de radians puisque l’angle mesure lui-
même . C’est pour cela qu’une bulle ayant six côtés, et donc six angles, est particulièrement stable car . La
bulle peut conserver toutes ses arêtes droites. Pourtant, toutes les bulles n’ont pas six côtés. Il est alors nécessaire de
courber les arêtes de ces bulles pour les refermer, ce qui induit des flux de gaz à cause de la pression de Laplace.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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Annexe J : Le modèle de Von Neumann
On appelle i et k deux bulles. On note ni le nombre de côtés de la bulle i, la longueur du film séparant les bulles i et k
et l’inverse du rayon de courbure du film séparant les bulles i et j (ou la courbure), comme légendé sur la figure A.9.
Comme nous l’avons vu, si l’on fait le tour d’une bulle, alors à chaque angle on effectue une rotation de . Mais si la
bulle est courbée, alors entre deux angles consécutifs on est contraint de se dévier d’un angle égal à .
Pour atteindre un total de 2π, il faut donc que :

Si la bulle i a moins de six côtés alors la somme , soit la somme des angles dont on se dévie, est positive. Il en est
de même pour le rayon de courbure et la bulle i est convexe.
A l’inverse, si la bulle i a plus de six côtés alors la somme est négative et la bulle i est concave.
Cependant, au cours du temps, les bulles au sein des mousses subissent des variations de leur volume, ou de leur aire
pour les mousses 2D. Le modèle de Von Neumann décrit cette évolution pour les mousses 2D, assez sèches pour que seul
le mûrissement soit la cause des fluctuations du comportement des bulles.
La variation de l’aire d’une bulle , dépend des échanges de gaz entre elle et ses voisines, au nombre de : il s’agit
en effet de la somme de ces échanges.

Or, ce flux de gaz, est proportionnel au produit de la longueur du film où il s’effectue par la différence de
pression qui existe entre les deux bulles concernées. Le coefficient de proportionnalité K, positif, est lié à la perméabilité
du film, à la pression de la bulle et l’épaisseur des films.

La loi de Laplace expliquée précédemment, permet d’exprimer autrement la différence de pression entre les bulles ;
cette différence est le double du produit de la courbure et la tension de surface liquide/air . 

Si i a moins de six côtés alors la variation est négative, ainsi, les bulles ayant moins de six côtés vont se rapetisser.
En revanche, si la bulle a plus de six côtés, elle aura tendance à grossir en absorbant le flux des bulles voisines. La bulle à
six côtés, quant à elle, se veut très stable, et en théorie, elle ne subit pas de variation d’aire.

La stabilité des mousses liquides, un vrai jeu d’équilibre… Olympiades de Physique de France
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