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Allocutions et proclamations

militaires publiées pour la


première fois d'après les
documents authentiques /
Napoléon Ier [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Napoléon Ier (1769-1821 ; empereur des Français). Auteur du
texte. Allocutions et proclamations militaires publiées pour la
première fois d'après les documents authentiques / Napoléon Ier
; publ. par Georges Barral. 1896.

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NAPOLÉON* T
ALLOCUTIONS
et
PROCLAMATIONS MILITAIRES
PUBLIÉES POUR LA PREMIÈRE FOIS

D'APRES LES TEXTES AUTHENTIQUAS PAR

*
GEORGES BàRRAL,

•^ PARIS %^
r^Sblr rue Racine, 26.
:^POLE ON lor

ALLOCUTION S
ET

PROCLAMATIONS MILITAIRES
EXTRA1TDKS PUBLICATIONS DE M. GEORGES BARRAI*

L'Épopée do Waterloo- — Narration nouvelle de la cam-


pagne de 181i d'après des documents inédits et les souvenirs
de mes deux grands-pères, ofriolers de la Grande Armée et

......
survivants de Waterloo. Avec dessins, diagrammes et por-
traits. 1 volume lu-8», reliure souple. 6 frêne*,
141 Connaissance de la Mer. — Notions populaires et po-
1 vol.

..........
sitives sur les phénomènes maritimes et les richesses ma-
rines du globe terrestre. — 2nt édition
Le Panthéon Klftel. — Histoire intellectuelle et technique
de la Tour de 300 mètres avec la vie et les découvertes des
1 —

Soixante-douie Savants dont les noms sont inscrits sur la


grande frise extérieure. — 15«* édition enrichie de 75 por-
traits et 18 gravures. 1 —
Don Quichotte — Poème héroî-comique en six chants, par
Lazard Curnot, précédé d'une étude historique et littéraire,
avec deux portraits, l'un de Camot.par Van Urée, et l'autre
de Michel Cervantes, attribué a Velasquei (Bibliothèque
Giion)
Histoire d'un Inventeur. — Exposé des travaux et des dé-
. 1 -
couvertes de l'ingénieur Gustave Trouvé dans le domaine
de l'électricité. Magnifique volume in-8\ avec portrait,
ï80 gravures dans le texte et des dessins originaux de
l'inventeur 1 —
Les Nouvelles Découvertes en Électricité. — Tableau
des applications universelles de l'électricité depuis l'anti-
...........
quité jusqu'aux temps modernes, aveo de nombreuses illus-
trations uans le texte. — 2»» édition
Lniare Curnot. — Sa vie, d'après des documents nouveaux
et deux témoins de son existence. — 5al édition, avec un
1 —

beau portrait par Louis Boilly (Bibliothèque Giion)


Claude Bernard. — Sa vie, sa philosophie, son oeuvre. —
.... 1 —
!• édition, aveo un beau portrait (Bibliothèque Giion). 1 —
Histoire des Sciences sous Napoléon i". — ««• édition,. l —
Arthur do Bretagne. — Drame en 5 actes et en prose,
rouvre inédite de la jeunesse de Claude Bernard, aveo une
notice, deux portraits, un autographe X

lia Lutte contre le Pbylloxcrn. — OEuvre posthume de
J.-A Barnl. avec instructions, notes, documents, 37 dessins
et cartes en noir et une grande carte coloriée. — 6** édit. 1 —
Le Louage agricole, commercial, Industriel et mari-
time i 1 —
La quatrième Ascension aérostatique du Géant, avec
le Rapport fait & l'Observatoire de t'aris et une carte du
voyage. — 6"* édition , l —
I.e93«*AnniversairenataideCbarlesFourler.—2"éd. l
Le Salon des neaux-Art* de l'année 18W. — 2-«éd. i —
-
Les travaux d'agronomie, de chimie et de phytiologie «
M. Georges Barrai sont énumérés dans un catalogi
spécial.
I ALLOCUTIONS
I ET
PROCLAMATIONS MILITAIRES
Publlies pour la première fols d'après les textes authentiques

A OEQÎVGES BARRAL

LE GENERAL BONAPARTE
en \ffff
e/'aprej un cfessin c/u baron Gro$
PARIS
ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR
26, RUE RACINE, PRÈS L'ODÉOM
ARGUMENT HISTORIQUE

... Tous nos ofrtciers devraient savoir


par coeur les proclamations de Napoléon,
GJMBBTTA.
... La postérité me jugera, je ne
crains pas ses décisions.
{Napoléon, à SaiiitC'IIéUne,au D' An-
tommarehi, le *3 septembre ISf9.)

Pendant le second semestre de l'année 1871,


un soir d'octobre, j'eus l'occasion de rencon-
trer Gambetta. Il s'était éloigné momentané-
ment de la politique, ayant donné sa démission
de député de Strasbourg à l'Assemblée natio-
nale, au lendemain du traité de Francfort, de
sinistre mémoire, signé le 10 mai. Sa santé
avait été fortement ébranlée par les fatigues,
les travaux et les émotions de la période appe-
lée par ses adversaires sa Dictature de Tours,
VI ARGUMENT HISTORIQUE

et qui est demeurée le plus grand honneur de


sa carrière. Il voyait son énergie renaître, il
se sontait reprendre à la vie, à l'espérance, et
il se préparait à rentrer dans l'existence
active. Il revenait de la campagne, d'une vil-
légiature complémentaire à Ville-d'Avray,
après un séjour d'accalmie passé à Saint-Sé-
bastien, devant la mer, cet incomparable ré-
confortant, moral et physiologique de l'huma-
nité. Je le rencontrai sur le quai Voltaire,
vers neuf heures, exécutant sa promenade
favorite, afin de changer d'air, disait-il, et
d'emmagasiner de l'oxygène pour la nuit. Je ne
l'avais pas revu depuis bien des mois, depuis
les élections législatives de 1869, époque où il
avait été en même temps candidat et chef de
parti, et où il avait soutenu, par son ardente
parole, sa propre canditature et celles de ses
amis et coreligionnaires. Il avait parlé plu-
sieurs fois dans des réunions privées, convo-
quées chez mon père, dans notre ermitage
ARGUMENT HISTORIQUE VU

de la rue Notre-Dame-des-Ohamps. J'avais


fait sa connaissance quand j'étais étudiant. Il
avait terminé son droit, tandis que je le com-
mençais ; il était inscrit au barreau de Paris,
et jo l'avais comme président des Conférences
juridiques que jo suivais. Des relations sym-
pathiques naquirent entre lui et ma famille, et
durèrent, fldôlos et discrètes, jusqu'à sa mort.
Je débutai par le complimenter sur l'habi-
leté et l'énergie de son gouvernement, sur
son abnégation, son patriotisme, sur l'hon-
neur qu'il nous avait rendu. « Nous étions
tombés dans un abîme, vous nous en avez
tirés, » lui dis-je. Et puis, je demandai à lui
faire un aveu.
En lisant les proclamations de Gambetta,
j'avais constaté qu'elles avaient une étroite
parenté littéraire avec celles de Napolôou,
général, consul et empereur. J'y avais ressenti
le même souffle communicatif et enflammé, la
môme clarté, la môme logique, la môme élô-
yill ARGUMENT HISTORIQUE

vation, la môme persuasion. Et poussant plus


loin la comparaison, je lui dis qu'à mon sens
sa situation militaire et politique avait eu
beaucoup d'analogie avec celle de Bonaparte
trouvant notre armée dans le plus complet
dénuement, au quartier général de Nice, le
27 mai 1796, et la France dans le plus affreux
gâchis gouvernemental, en octobre 179J, à
Paris. Comme Bonaparte, il avait su tout in-
venter, tout créer, tout improviser, faire face!
à des besoins multiples et pressants avec une
activité incessante et fiévreuse. Comme Bona-
parte, il avait exercé la même fascination,
apporté les mômes aptitudes variées, la môme
puissance de travail, — comme lui, suppri-
mant presque le sommeil. Possédant comme
lui aussi la faculté de s'imposer, par la seule
force morale, sans titre légal pour diriger la
France, il avait pris le pouvoir, sans pourtant
avoir besoin de renouveler un 18 brumaire.
Par la seule action de son ascendant, il avait
ARGUMENT HISTORIQUE IX

rejeté au second plan la nullité de ses col-


lègues Glais-Bizoin, Crémieux et Fourichon,
comme Bonaparte avait fait successivement
des siens, Sieyès, Roger-Ducos, Lebrun et
Cambacérès, et, comme lui, on l'avait vu tout
conduire par lui-même, décréter, parler, se
montrer partout, trouver des ressources, em-
plir nos caisses vides et rester pauvre. Doué
à un degré supérieur, et à son insu, du don
de s'imposer, il avait dominé, comme Bona-
parte, le mauvais esprit et la vaine rivalité
des généraux, les révoquant sans explication
ni excuse', les remplaçant purement et simple-
ment ; rétablissant la discipline parmi les offi-
ciers, la confiance parmi les soldats qu'il avait
fait surgir du sol national ; ressuscitant le
patriotisme, la dignité, l'espérance, le senti-
ment du devoir chez tous les Français. Et
puis enfin il avait pris la parole ; et dans ses
Proclamations de Tours, de la capitulation
de Metz, de la victoire deCoulmiers, dans ses
X ARGUMENT HISTORIQUE

allocutions aux troupes, cela avait été une traî-


née d'éloquence qui avait fait tressaillir toutes'
les âmes, vibrer tous les coeurs, comme au
siècle dernier et au début de celui-ci, avaient
fait aussi les Proclamations de Bonaparte.
— Vous poussez peut-être un peu loin les
analogies, me dit en souriant Gambetla ; mais
pourtant, je dois vous l'avouer, il y a du vrai
dans votre appréciation en ce qui concerne
les Proclamations de Napoléon. Je les ai tou-
jours beaucoup admirées, lues et relues fré-
quemment depuis mon enfance même. Plus
tard, analysant plus spécialement les maîtres
de l'éloquence, j'ai copié et rassemblé un cer-
tain nombre d'entre elles dans mes cahiers ré-
servés aux orateurs, en allant les chercher dans
la monumentale Correspondance de Napoléon
publiée (par le défunt second Empire. La
plupart de ces proclamations sont reproduites,
.
tronquées, morcelées, abominablement muti-
lées, dans tous les historiens, même et surtout
ARGUMENT HISTORIQUE XI

dans M. Thiers. Pour les savourer et les com-


prendre selon leur incomparable transcen-
dance, il faut les posséder intégralement de-
puis le commencement jusqu'à la fin. Ainsi
lues, elles apparaissent dans leur beauté abso-
lue, leur lumineuse compréhension. Napoléon
a su, dès les premiers jours de sa carrière
jusqu'à la fin de sa destinée, parler aux sol-
dats et aux Français, comme pas un de nos
généraux, pas un de nos hommes d'Etat n'ont
su le faire avant et depuis lui.
— Si, si, au moins un...
Sans vouloir entendre mon interruption,
très légitime, il continua à poursuivre sa
pensée : « Napoléon III, voyez-vous, a causé
beaucoup de tort à Napoléon l". Mais on re-
viendra sur le compte du vainqueur d'Iéna,
sur son génie militaire, sur son esprit poli-
tique, ses vues très nettes sur l'Orient, sur
l'Egypte, l'avenir delà France. En blâmant
son goût excessif pour l'autorité, on recon-
XII ARGUMENT HISTORIQUE

naîtra plus tard qu'il a subi souvent la fatalité


des circonstances, qu'il a été victime de la
perfidie de ses adversaires, et qu'au bout du
compte, il a fait la France, malgré tout, in-
comparablement belle et puissante, belle
d'une splendeur qui ne périra pas, malgré ses
défaites, puissante d'une souveraineté qu'elle
retrouvera, malgré ses mutilations tempo-
raires. Dans l'histoire de notre pays et de
l'Europe, il existe deux périodes très remar-
quables et fécondes, dignes d'être mises en
parallèle : c'est d'abord celle qui va de 1600 à
1610 avec Henri IV, et celle qui va de 1799 à
1808 avec le Consulat et le Premier Empire.
Mais les temps ne sont pas venus pour qu'on
rende une impartiale justice à Napoléon, au
Grand, et si même on m'entendait vous expri-
mer aussi ouvertement ma pensée, je risque-
rais fort d'être lapidé par mes amis. Dans
tous les cas, tous nos officiers devraient con-
naître et savoir par coeur les belles proclama-
ARGUMENT HISTORIQUE XIII

tions de Napoléon. Ils y puiseraient le véri-


table fondement de la conduite à tenir avec le
soldat, en s'y imprégnant de l'admirable
souffle patriotique qui les anime. Il serait
donc utile de les réunir en un petit livre com-
mode et de les répandre. Béranger trouvait
que Napoléon était le plus éclatant poète des
temps modernes ; Abel Hugo, le fr.ère de notre
.
grand Hugo, a écrit que ses proclamations
prouvaient qu'il en était l'homme le plus
éloquent. Ma foi, je suis de cet avis. »
Depuis cette conversation, que j'eus l'hon-
neur d'avoir avec Gambetta en octobre 1871,
les années ont marché et l'heure de la justice
paraît être venue pour Napoléon. Il est
entré dans les régions sereines de l'histoire
et n'en sortira plus. La République qu'il a
prédite dans une de ses visions de Sainte-
Hélène, avec une alliance de la France et de
la Russie pour mettre un frein à l'ambition
prussienne et britannique, semble devoir res-
XIV ARGUMENT HISTORIQUE

ter le gouvernement définitif de la France,


si les Républicains savent faire place aux
hommes supérieurs et ne livrent pas les
fonctions aux médiocrités d'en bas et aux
seuls appétitS'd'argent d'en haut. Le gouveiv
nement de la République n'a donc rien à
redouter de la gloire de Napoléon qui est le
patrimoine de la France.
Notre armée est devenue très belle, beau-
coup plus homogène, mieux commandée. Elle
n'est*pas encore parfaite. Il lui manque peut-
être cette unité tout intellectuelle ou, morale
qui. doit relier sans cesse le soldat au com-
mandant. Il n'y a peut-être pas suffisamment
chez nous ce contact invisible et très fort qui
unit dans d'autres armées que nous
avons vues de près celui qui obéit et celui qui
commande. En un mot, si vous le voulez, nos
officiers, tout en vivant au milieu des troupes,
en restent isolés par leur attitude, dédai-
gneuse ou glacée. Ils ne savent pas, en un
ARGUMENT HISTORIQUE XV

mot, parler à leurs soldats. Cependant il est


des cas multiples où unie bonne parole, quel-
ques phrases dites à propos, uneûère allo-
ution à la fin d'une marche, d'un exercice,
'une manoeuvre, valent mieux que l'allocation
'une ration de vin ou de tabac. Ce n'est pas
seulement en matérialités qu'on doit récom-
enser le dévouement et l'obéissance des
hommes, c'est aussi par des intellectualités.
Et rien ne les flatte, ne les remue plus et
mieux. Napoléon le savait, et jamais il n'a
ésitéà se tenir en contact permanent avec
es armées, non seulement par une présence
éelle, mais surtout par une continue commu-
ication intellectuelle.
L'amour-propre chez le soldat est le véhi-
ule du devoir et de la gloire. C'est en stimu-
lant ce sentiment, c'est en l'exaltant par des
Proclamations dignes de l'Antiquité quel'Em-
ereur, dans les immortelles campagnes
'Italie, parvint à ranimer le courage d'une
XVI ARGUMENT HISTORIQUE

armée n'ayant plus de ressort, et qu'il sut faire


de chaque soldat un héros. Je le sais, les
temps sont changés. Nous sommes en paix
avec tous nos voisins de l'est et du sud, et l'on
ne peut pas exiger que nos généraux parlent
à nos soldats avec les expressions enflammées
de Napoléon, à propos d'une simple manoeuvre
ou d'une marche forcée. Mais de même que,
durant la paix, on doit s'exercer aux armes,
fondre des canons et emplir les arsenaux, il
faut préparer les moyens moraux, fortifier
l'esprit et le coeur, consolider la fréquenta-
tion avec l'âme du soldat. Ce sont là les
moyens les plus certains pour amener l'en-
durance en temps de campagne, empêcher les
paniques, assurer la victoire. Pour cette pré»
paration éublime, Napoléon est un guide
incomparable et sûr. Il n'a point de maître,
môme dans l'antiquité. On a dit des Commen-
taires de César qu'ils étaient le manuel de
l'homme de guerre. Cela est bien plus vrai
ARGUMENT .HI8T0RIQUB XVII

es Proclamations militaires de Napoléon.


Jles constituent un magnifique et perma-
ent dialogue entre lui et ses soldats, tant il
st vrai qu'un discours réussi, comme une
roclamation parfaite, sont composés à deux,
ar l'orateur qui parle et l'auditeur qui
coûte. Cette collaboration de Napoléon et de
a Grande Armée a fourni d'immortels
hefs-d'oeuvre. Non seulement l'Empereur
'est servi de la parole pour lui communiquer
ses pensées, ses plans, ses craintes, ses espé-
rances; mais il en a usé aussi pour la gronder,
a morigéner, pour lui faire honte, l'exal-
er.
Mon grand-père, le capitaine Janot, qui fit
toutes les campagnes du Directoire, du
Consulat et de l'Empire, et qui débuta comme
simple troupier en 1796, en Italie, citait tou-
jours à l'appui de cette vérité la troisième
campagne contre l'Autriche durant le qua-
trième semestre de cette célèbre année. « Nous
XVIII ARGUMENT HISTORIQUE

étions excédés de fatigue, disait-il, travaillés


par les fièvres, obligés de nous tenir divisés
pour protéger le pays avec un effectif de
36,000 hommes à peine itre une armée de
plus de 60,000 hommes ' troupes fraîches et
compactes. Il y eut des accidents imprévus,
du découragement, de fausses alertes. Un
corps sur lequel on comptait le plus pour
retenir une partie de l'ennemi dans le Tyrol
céda et le laissa partir. Aussitôt Bonaparte
nous rallia, nous dit son mécontentement et
menaça de nous renvoyer ou de nous mettre
sur les derrières. Nous pleurâmes tous de rage
et nous demandâmes l'avanl-garde pour y
mourir. Bonaparte nous confia alors les pla-
teaux de Corona et de Rivoli, bien certain
que notre état d'âme était monté à la hauteur
du sien et que nous ferions des barrières
inexpugnables de ces [points confiés à notre
désespoir. Il ne se trompait pas, et, le 14 jan-
vier 1797, la victoire de Rivoli le confirma dans
uftGUMBNT HISTORIQUE XIX

la profonde aperception de la psychologie du


soldat français. »
Napoléon faisait lire à haute voix et affi-
cher dans tous les bivouacs ses proclama-
tions, allocutions, ordres du jour, et tous les
soldats accouraient pour en prendre commu-
nication et s'en pénétrer. Jamais un général
ne fut aussi religieusement écouté. Quand il
leur parlait lui-même, et cela arrivait fré-
quemment, il portait alors à son comble
l'enthousiasme des troupes. Il leur apparais-
sait comme un héros de l'antiquité, comme
un personnage presque surnaturel, haut de
cent coudées, malgré sa petite taille, me
disait aussi mon grand-père paternel, le lieu-
tenant Barrai. Il semblait à mes deux grands-
pères, quand l'Empereur prenait la parole au
milieu des compagnies, voir la tête de
Napoléon nimbée d'une coloration pareille
aux auréoles dont on entoure la figure des
saints. Ce n'était pas seulement une imagina-
XX ARGUMENT HISTORIQUE

tion de leur esprit, mais une sensation réelle


éprouvée par une aberration de leurs yeux
fixés sur l'Empereur avec une intensité
extrême. Ce phénomène se reproduit en re-
gardant attentivement dans une église un
prédicateur dans sa chaire, un prêtre à l'au-
tel, un orateur à la tribune dans une assem-
blée délibérante. On doit l'attribuer à un
surmenage de la rétine constamment dirigée
sur le même but. La figure constituant un
point plus ou moins blanc, au bout d'un
temps, même assez court, une couleur com-
plémentaire fantôme ne tarde pas à apparaître,
tantôt bleue, tantôt rosée, tantôt pourpre,
suivant la complexion de l'orateur. La pâleur
accoutumée de l'Empereur aidait beaucoup
à la production de ce phénomène lumineux
que les soldats considéraient comme un effet
extraordinaire et un don spécial à leur chef.
Le langage dont Napoléon a usé n'a pas
vieilli. Il est approprié et naturel. C'est le
ARGUMENT HISTORIQUE XXI

langage du commandement, de l'action, de


l'héroïsme, de l'histoire; c'est aussi le lan-
gage du général père de ses soldats, de l'admi-
nistrateur, de l'organisateur, de celui qui
veille continuellement au bien-être moral et
physique de chacun d'eux, comme si tous
étaient ses propres enfants. Les expressions
sont justes, suggestives fréquemment, n'ac-
cordant cependant rien à la seule rhétorique,
ne sacrifiant jamais les idées aux mots. Elles
sont enflammées, mais non emphatiques, et
du plus haut sommet de l'éloquence, elles
savent descendre à la parole familière. Napo-
léon, dans ses proclamations, est donc demeuré
inimité, sans précédent dans le passé, sans
comparaison dans la suite des siècles.
Il est remarquable de noter que jamais
Napoléon n'a invoqué le Dieu des armées,
ainsi qu'on en a tant abusé depuis lors. Pour
lui la Divinité était plus sereine etplussacrée.
Il ne la rabaissait pas, comme le firent en
XXII ARGUMENT HISTORIQUE

môme temps, en 1870, Napoléon III, nos gé-


néraux et l'état-major allemand, à la trans-
former en Dieu des batailles, en Mars chré-
tien, propice à celui qui l'invoque. En parlant
à ses soldats, il attribuait le succès à leur
héroïsme, à son instinct militaire, et point du
tout à l'intervention du Ciel qui n'a rièh à
faire dans les querelles humaines.
Quand il composait ses Proclamations, Na-
poléon était rarement assis. Il dictait en mar-
chant. Il n'aimait point à se répéter; si on lui
demandait un mot mal entendu, il répondait
avec impatience : « J'ai dit, » et il continuait.
D'après Fleury de Chaboulon, un de ses
secrétaires, quand il avait à traiter des objets
dignes de lui, son style, habituellement ner-
veux et concis, s'élevait au niveau de ses
grandes conceptions; il devenait majestueux
et sublime. Si l'impossibilité de rendre ses
idées était entravée par l'absence du mot pro-
pre, ou si les expressions consacrées ne lui
ARGUMENT HISTORIQUE XXIII
paraissaient point assez fortes, assez animées
il rapprochait des mots, étonnés de se trouver,
ensemble, et se créait un langage à lui, lan-
gage riche et imposant, qui pouvait quelque-
fols blesser l'usage, mais qui rachetait cet
heureux tort en donnant à ses pensées plus
d'élévation et de vigueur.
Rendons-lui aussi cette justice, que ses
ennemis ont essayé de lui refuser : c'est qu'il
chercha toujours à prévenir le pillage, qu'il le
défendit dans tous ses ordres du jour et le
réprima impitoyablement. Il ne craignit pas
non plus de réprimander publiquement et de
punir les chefs, quand ils avaient manqué à
la discipline, montré de la mollesse ou oublié
le soldat pour leur sauvegarde ou leur bien
être personnel. Nul aussi ne sut mieux à pro-
pos et sur-le-champ récompenser la valeur et
le mérite, et décerner les approbations et les
éloges. La parole fut pour lui un instrument
d'une incomparable flexibilité.
XXIV AROUMBNT HISTORIQUE

Si la postérité a rendu au moins sans dis-*


cussion ce légitime hommage à Napoléon, ses
contemporaunHfe s'y trompèrent pas, et ils
furent les premiers à le lui accorder. En voici
la preuve historique.
Le conseil d'Etat siégeait aux Tuileries dans
la galerie reliant le pavillon central au pavillon
do Marsan. L'Empereur le présidait presque
toujours, deux fois sur trois au moins, lors-
qu'il était à Paris. Pour s'y rendre de son
cabinet situé dans le pavillon de Flore, du
côté de la Seine, suivi du chambellan de jour
et de l'aide de camp do service, il traversait
les appartements, la salle des maréchaux,
descendait le grand escalier du Pavillon cen-
tral et remontait un escalier droit et très large
qu'encastraient les sévères figures de marbre
du Sileuce et de la Méditation et les statues de
d'Aguessau et de Michel L'Hôpital. Il entrait
par une porte débouchant directement sur son
bureau d'où il dominait, dans la salle très
ARGUMENT W8T0RIQUB XXV

vaste, les conseillers d'Etat à droite et à


gauche, les maîtres des requêtes au fond, les
jeunes auditeurs dans les embrasures des
fenêtres, tous avides de sa parole et attentifs.
Au milieu, il y avait un large espace avec des
banquettes et des fauteuils, séparés par une
barre recouverte de velours semé d'abeilles
d'or. Par la pensée, aujourd'hui, en longeant
les gazons et les fleurs do la rue des Tuileries,
entre les deux Pavillons extrêmes, témoins
solennels de ce passé abattu, mais toujours
éclatant, fin peut faire revivre ce spectacle
inoubliable.
L'Empereur, étant au conseil, recevait sou-
vent, durantlessuspensionsdeséance,les com-
missions académiques ou politiques. Le sa**
medi 27 février 1808, à deux heures, dans
l'après-midi, une.députation de la classe de lit-
térature et belles-lettres de l'Institut, com-
posée de Joseph Ohénier, président ; de Vol-
ney, vice-président; Suard, secrétaire per-
XXVI ARGUMENT HISTORIQUE

pétue), et de Morellet, de Boufflers, Bernardin


de Saint-Pierre, Andrieux, Arnault, Villars,
Oailhava, Domergue, de Lacretelle, Laujon,
Raynouard, Picard, fut présentée par Ohaptal,
ministre de l'intérieur, et admise à la'barre du
Conseil. Chénier, président et rapporteur de la
classe, était chargé de lire une analyse de son
Tableau historique de l'état et des progrès de
la littérature française depuis 1789. Tout le
monde écoutait religieusement et l'Empereur
était encore plus attentif. Arrivé à ce passage,
la voix de Chénier s'éleva insensiblement :
a Dans les camps où, loin des calamités de
l'intérieur, la gloire nationale se conservait
inaltérable, naquit une autre éloquence, in»
connue jusqu'alors aux peuples modernes. Il
faut même en convenir, quand nous lisons,
dans les écrivains de l'antiquité, les harangues
des plus renommés capitaines, nous sommes
tentés souvent de n'y admirer que le génie des
historiens. Ici le doute est impossible; les
ARGUMENT HISTORIQUE XXVII

monuments existent, l'histoire n'a plus qu'à


les rassembler. Elles partirent de l'armée d'Ita»
lie les belles proclamations, où le vainqueur
de Lodi et d'Arcole, en même temps qu'il créait
un nouvel art de la guerre, créa l'éloquence
militaire dont il restera le modèle. Suivant ses
pas, comme la fortune, cette éloquence a re-
tenti dans la cité d'Alexandre le Grand, dans
l'Egypte, où périt Pompée, dans la Syrie qui
reçut les derniers soupirs de Germanicus.
Depuis, en Allemagne, en Pologne, au milieu
des capitales étonnées, à Vienne, à Berlin, à
Varsovie, elle était fidèle au héros d'Austerlitz, '
d'Iéna, de Friedland, lorsqu'on cette langue
de l'honneur, si bien entendue des armées
françaises, du sein de la victoire môme, il
ordonnait encore la victoire et communiquait
l'héroïsme. »
A ces mots, l'Empereur, qui peu à peu s'était
dressé, se leva tout à fait et brusquement,
la main sur le coeur, le corps penché, la voix
XXVIII ARGUMENT HISTORIQUE
altérée par une émotion visible, s'écria : « C'est-
trop, c'est trop, Messieurs l Vous me comblez,
et les termes me manquent pour vous témoi-
gner ma reconnaissance. »
Ce n'était pas trop, ce n'était que juste. L'é-
loquence militaire venait d'être créée parNapo-
léon. Il en est resté le fondateur et le modèle,
selon la prédiction de Chénier.
c Quel spectacle, a écrit Arago qui assistait
à cette séance mémorable, que celui du maître
du^raonde, qui, pour me servir de l'expression
de Pline, cédant un moment à son émotion
intime, avait incliné ses faisceaux devant le
titre littéraire qu'une académie lui décernait »1

Au reste, Napoléon garda avec un soin jaloux


le souvenir de cette consécration et, pour que
la postérité ne fût pas tentée de le discuter,
nous le voyons écrire de Brannau, à la date
du 1er mai 1809, à Fôuchô, ministre de la
police générale : « Je ne puis voir qu'avec
peine que les journaux impriment mes pro-
ARGUMENT HISTORIQUE XXIX

clamation8 d'après les traductions allemandes,


de manière qu'ils font que je n'y parle pas
français. Ilsdevraientbien attendre leur com-
munication et ne pas me faire m'exprimer
comme un traducteur. En pareil cas, les jour-
naux doivent ne pas ajouter mon nom et se
résigner à faire de la traduction une analyse,
I en la mettant eux-mêmes en bon français, s'ils
| ne veulent pas attendre la proclamation origi-
. nale. » C'est là ce qu'on peut nommer le.souci
| d'un écrivain jaloux de sa gloiro littéraire.
En effet, Napoléon, en littérature ainsi qu'en
f politique et en art militaire, est un chef d'é-
.

cole. C'est incontestable. Il avait donc droit à


une place dans cette brillante et populaire
collection des Auteurs célèbres créée par l'ini-
tiative de M. Ernest Flammarion, et qui
compte par plusieurs millions, à l'heure pré-
sente, ses exemplaires répandus dans le monde
entier. Il s'agit de la lui faire à sa taille et sur-
tiftit de ne reproduire seulement que des textes
XXX ARGUMENT HISTORIQUE

authentiques et complets. C'est à quoi nous


nous sommes astreint, car toutes les publi-
cations antérieures sont des plus incorrectes
et mutilées. On y a môle co qui est de l'Em-
pereur et ce qui appartient aux historiens,
sans en prévenir, et il est impossible au lec-
teur consciencieux de s'assurer s'il a un texte
véritable ou falsifié. En effet, elles contiennent
un mélange de vrai et de faux, et des phrases
incohérentes et sans suite, souvent. Le pré-
sent volume ne contient que des textes très
purs ; il forme un tout parfait et donne, par
ordre de localités et de dates exactement rec-
tifiées les cinquante allocutions et proclama-
tions militaires, composées par l'Empereur
depuis le27inars 1796 jusqu'au 25 juilletâ1815,
soit pour une période de dix-neuf ans et quatre
mois. Auparavant, comme campagnes anté-
rieures, il ajoutait le siège de Toulon et la
journée du 13 Vendémiaire, à Paris, cons-
tituant ensemble une période supplémentaire
.
ARGUMENT HISTORIQUE XXXI

de huit mois de service actif, mais pendant la-


quelle il n'a pas parlé aux troupes qu'il corn*
mandait. Durant cet espace de vingt années,
-Napoléon a vécu dans les camps, juste cin-
quante-quatro jours de moins que dans les
résidences particulières (la rue Ohantereine
et la Malmaison), consulaires (lo Palais du
Luxembourg et les Tuileries), impériales (les
1 Tuileries, Saint-Cloud, Fontainebleau, Com-
piégne, le palais de Lacken, près Bruxelles).
C'est-à-dire qu'il a vécu un peu moins de dix
| ans en plein air, au milieu des camps, et un

peu plus de dix ans à l'intérieur. Durant cette


phase décennale, il a commandé dans six cent
trente-cinq combats et cinquante batailles
rangées. Et dans ces dernières, il n'a été
battu que deux fois : à Leipsig et à Waterloo I
Les premières paroles ad hominem que le
général Bonaparte adressa aux soldats comme
chefd'armée constituent la célèbre et intensive
Proclamation de l'ouverture de la première
XXXII ARGUMENT HISTORIQUE *

campagne d'Italie, le 21 mars 1796. C'est elle


aussi qui ouvre le volume. Bonaparte avait été
nommé commmandant en chef \Q 23 février.
Il avait épousé Joséphine de Beauharnais le
9 mars, à dix heures du soir, devant le maire
du deuxième arrondissement municipal de
Paris. L'officier de l'état civil était allé se
coucher. On dut le réveiller. Le 1 i mars, Bo-
naparte part en poste avec son aide de camp
Junot pour le quartier général de l'armée,
établi à Nice. Il avait pris seulement deux
jours pour sa lune de miel. C'était peu pour
un amoureux. Mais cette lune de miel va con-
tinuer dejoin, dans une-adorable correspon-
dance,'Véritable livre de chevet des jeunes
mariél. Le 24 mars, il signe pour la première
fois Bonaparte au lieu de Duoncparté. Il aban-
donne ce nom le 18 mai 1804, après-midi, pour
prendre celui de Napoléon qu'il ne quittera
plus, vivant et mort. Cette première Procla-
mation, inspirée à Nice, à la vue du délabre-
ARGUMENT HISTORIQUE XXXIII
ment de l'armée, est un salut, un récon for-
tement, une vision do l'avenir. C'est la date
initiale de cette série de prodiges multiples,
ininterrompus pendant vingt ans. La der-
nière qui clôt l'ouvrage se referme aussi sur
la carrière de Napoléon. C'est un adieu,
un cri de résignation, une évocation du passé.
! Ajoutons, comme détail historique, que c'est
le 3 décembre 1804 que Napoléon donna, dans
ses Proclamations, pour la première fois à son
/ armée le surnom de Grande Armée. Jamais
litre ne fut mieux choisi, et plus glorieusement
immortalisé. C'est lui encore qui le premier a
nommé la France ^'grande Nation dans la
.

proclamation politique à l'armée d'Italie du


12 septembre 1797, à l'occasion des événements
.


de fructidor.
Napoléon a composé aussi un nombre con-
sidérable d'ordres du jour très intéressants
comme documents, mais qui sont plus spé-
ciaux, et se trouvent en dehors des grands
3
XXXIV ARGUMENT HISTORIQUE

morcoaux réunis dans ce livre et qui forment


toute l'oeuvre oratoire guerrière de l'Empe-
reur. Il va de soi que toutes ces Allocutions et
Proclamations sont exclusivement militaires.
Les Discours et les Proclamations politiques
de Napoléon seront l'objet d'une publication
particulière destinée aux hommes d'Etat, aux
hommes politiques, aux diplomates, aux admi-
nistrateurs, comme celle-ci appartient de pré-
férence à l'armée française et aux officiers de
tous grades.
Le portrait que nous donnons de Napoléon
le représente sous ses traits de général de la
première campagne d'Italie. A cette époque,
en 1796 et 1797, il est petit, mince, frôle,
pâle; il a l'air fatigué, mais il n'est pas ma-
lade. Sous un aspect souffreteux, il dissimule
une organisation physique solidement trem-
pée. Il porte de longs cheveux de montagnard
à la mode du temps. Il les conservera ainsi
jusqu'en décembre 1799. C'est la figure histo-
ARGUMENT HISTORIQUE XXXV

rique de Montenotte, de Lodi, de Rivoli, du


créateur de l'art de parler aux soldats. C'est
pour cela que nous l'avons adoptée pour ce
livre, car Napoléon changera, dans la suite,
quatre fois d'aspect et d'allure : en 1800, en
1804, en 1812, et à Sainte-Hélène.
Ce dessin, esquissé d'après nature, est au
frontispice de ce volume. Il est du au peintre
Gros-, le futur auteur des tableaux fameux
représentantles Pestiférés deJaffaQl la Bataille
d'Eylau, et qui deviendra plus tard le déco-
rateur de la coupole du Panthéon, à Paris.
Quant au profil placé sur la couverture, c'est
la reproduction d'une médaille offerte par
l'Institut de France au général Bonaparte, le
27 octobre 1799. Gravée par Benjamin Duvi-
vier à l'occasion de la signature du traité, de
Oampo-Formio, et frappée sur platine à
s
2,000 coups de balancier, elle n'a été exécutée
qu'à quatre exemplaires. L'un fut remis à
Bonaparte, un autre fut envoyé aux Archivés,
XXXVI ARGUMENT HISTORIQUE

le troisième au Cabinet des médailles, et le


dernier fut gardé par l'Institut qui le possède
toujours. Cette médaille est fort belle. Bona-
parte y est représenté du côté droit, en buste,
sous le costume de général en chef de l'armée
française en Italie. Le revers est occupé par
un sujet allégorique, figurant une Victoire
planant sur Bonaparte avec cette légende :
Les sciences el les arts reconnaissants.
Une dernière réflexion pour légitimer, s'il
était besoin, la nécessité et l'utilité du présent
volume.
N'oublions pas que c'est en étudiant cons-
tamment et en appliquant les programmes de
Napoléon, que les Allemands nous ont vain-
cus, en 1870. Celte pensée ne doit pas nous
" quitter. Quand une nation a l'exceptionnel

privilège d'avoir donné le jour à un génie


aussi puissant et complet, il lui faut non seu-
lement honorer sa mémoire, mais encore et
surtout suivre ses enseignements et ne pas en
ARGUMENT HISTORIQUE XXXVII

supporter, à son détriment, l'expropriation


étrangère. Prenons garde; chez nous, la Roche .-
Tarpéienne est souvent trop proche du Oapi-
tole, et nous sacrifions trop facilement nos
illustrations, après les avoir adulées outre
mesure.
Napoléon se dresse au seuil de notre siècle,
et à son déclin, c'est encore lui qui est debout
sur le continent européen* L'éblouissement
de l'histoire qu'il a faite avec les soldats de
France persiste et a pénétré dans le vieux
monde asiatique comme dans le nouveau
monde américain.
Il est difficile qu'un homme qui a fait de si
grandes choses parle sans communiquer à son
style quelques-unes de ses qualités. Et Napo-
léon plus que tout autre a su imprégner ses
paroles des dons de son extraordinaire person-
nalité. L'opinion de Beaumarchais en 1799,
peu de temps avant de mourir, est toujours
vraie: « Ce n'estpas pour l'histoire seulement,
XXXVIII s ARGUMENT HISTORIQUE
mais pour l'épopée aussi que travaille ce jeune
homme. Il est hors du vraisemblable. Dans
ses actions et dans ses conceptions, tout est
merveilleux. Quand je lis ses récits, je crois
lire un chapitre des Mille et une Nuits. »
Le secret des combats futurs n'appartient
peut-être pas uniquement aux plaques de blin-
dage, aux armes rapides, à la poudre sans
fumée, aux mitrailleuses du dernier modèle.
Il se pourrait que la victoire fût à celui qui,
général et organisateur, saura parler aux sol-
dats dans le langage sonore et réconfortant de
Napoléon. Et ce bâton de maréchal de France,
à ramasser de l'autre côté du Rhin, selon la
belle image du duc d'Aumaie, attend peut-être
aussi le chef qui aura puisé dans ces procla-
mations grandioses, le don d'entraîner à sa
suite les latents reconstructeurs de la patrie
mutilée.
GEORGES BARRAL.
Pans, 15 octobre 1895.
ALLOCUTIONS
ET

PROCLAMATIONS MILITAIRES
DE
NAPOLÉON PREMIER

Présentées par ordre de dates véritables et dans leur


intégralité d'après les textes originaux.

i. —PROCLAMATION DU GÉNÉRAL EN CHEF A LOU-


VERTURB DE LA PREMIERE CAMPAGNE D'iTALIB.

Quartier général, Nice, 7 germinal


an IV (27 mars 1796).

Soldats, vous êtes nus, mal nourris ; le gou-


vernement vous doit beaucoup, il ne peut rien
vous donner. Votre patience, le courage que
vous montrez au milieu de ces rochers, sont
admirables ; mais il ne vous procure aucune
gloire ; aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je
40 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

veux vous conduire dans les plus fertiles


plaines du monde. De riches provinces, de
grandes villes seront en votre pouvoir;
vous
Y trouverez * honneur, gloire et richesses.
Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage
ou de constance?
DE NAPOLÉON PREMIER
41 ;

2. — PROCLAMATION A L*ARMÉE A LA SUITE DBS


VICTOIRES DE MONTBNOTTE, MILLÉSIMO, DÉGO,
SAN JUAN, SAINT-MICHEL, MONDOVI.

Quartier général, Chérasco, 7 flo-


réal an IV (16 avril 1796).

Soldats, vous avez en quinze jours remporté


six victoires, pris vingt et un drapeaux, cin-
quante-cinq pièces de canon, plusieurs places
fortes, conquis la partie la plus riche du Pié-
mont; vous avez fait dix-sept raille prison-
niers, tué ou blessé plus de dix mille
hommes.
42 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des


rochers stériles, illustrés par votre courage,
mais inutiles à la patrie ; vous égalez aujour-
d'hui, par vos services, l'armée de Hollande et
du Rhin. Dénués de tout, vous avez suppléé à
tout. Vous avez gagné des batailles sans ca-
nons, passé des rivières sans ponts, fait des
marches forcées sans souliers, bivouaqué sans
eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalan-
ges républicaines, les soldats de la, liberté
étaient seuls capables de souffrir ce que vous
avez souffert. Grâces vous en soient rendues,
soldats la patrie reconnaissante vous devra
1

sa prospérité; et si, vainqueurs de Toulon,


vous présageâtes l'immortelle campagne de
1794, vos victoires actuelles en présagent une
plus belle encore.
Les deux armées qui naguère vous atta-
quaient avec audace fuient épouvantées de-
vant vous ; les hommes pervers qui riaient de
votre misère et se réjouissaient dans leurs
DE NAPOLÉON PREMIER 43
pensées des triomphes de vos ennemis sont
confondus et tremblants.
Mais, soldats, vous n'avez rien fait puisqu'il
vous reste encore à faire. Ni Turin, ni Milan
ne sont à vous ; les cendres des vainqueurs de
Tarquin sont encore foulées par les assassins
de Basseville.
Vous étiez dénués de tout au commence-
ment de la campagne ; vous êtes aujourd'hui
abondamment pourvus: les magasins pris à
vos ennemis sont nombreux ; l'artillerie de
siège et de campagne est arrivée. Soldats, la
;
patrie a droit d'attendre de vous de grandes
<
choses ; justiflerez-vous son attente? Les plus
.
grands obstacles sont franchis, sans doute;
mais vous avez encore des combats à livrer,
des villes à prendre, des rivières à passer.
t

En est-il entre vous dont le courage s'amol-


lisse? En est-il qui préféreraient retourner,
'
sur les sommets de l'Apennin et des Alpes,
essuyer patiemment les injures de cette sol-
44 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
datesque esclave? Non, il n'en est point parmi
les vainqueurs de Montenotte, de Millésimo,
de Dégo et de Mondovi. Tous brûlent de porter
au loin la gloire du peuple français ; tous veu-
lent humilier les rois orgueilleux qui osaient
méditer de nous donner des fers ; tous veu-
lent dicter une paix glorieuse et qui indem-
nise la patrie des sacrifices immenses qu'elle
a faits ; tous veulent, en rentrant dans leurs
villages, pouvoir dire avec fierté : « J'étais de
l'armée conquérante de l'Italie ! »
Ainsi, je vous la promets, cette conquête ;
mais il est une condition que vous jurez
de remplir : c'est de respecter les peuples que
vous délivrez, c'est de réprimer les pillages
horribles auxquels se portent des scélérats
suscités pas vos ennemis. Sans cela, vous ne
seriez pas les libérateurs des peuples, vous en
seriez les fléaux ; vous ne seriez pas l'hon-
neur du peuple français, il vous désavouerait.
Vos victoires, voire courage, vos succès, le
DE NAPOLÉON PREMIER " 45

ng de vos frères morts aux combats, tout


rait perdu, même l'honneur et la gloire.
uant à moi et aux généraux qui ont votre
on fiance, nous rougirions de commander à
ne armée sans discipline, sans frein, qui ne
onnaîtrait de loi que la force. Mais, investi
e l'autorité nationale, fort de la justice et par
la loi, je saurai faire respecter à ce petit nom-
bre d'hommes sans courage et sans coeur les
lois de l'humanité et de l'honneur qu'ils fou-
lent aux pieds. Je ne souffrirai pas que des
brigands souillent vos lauriers ; je ferai exé-
cuter à la rigueur le règlement que j'ai fait
mettre à l'ordre. Les pillards seront impitoya-
blement fusillés; déjà plusieurs l'ont été : j'ai
eu lieu de remarquer avec plaisir l'empresse-
ment avec lequel leà bons soldats de l'armée
se sont portés pour faire exécuter les ordres.
Peuples de l'Italie, l'armée française vient
pour rompre vos chaînes ; le peuple français
est l'ami de tous les peuples : venez avec
46 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS
MILITAIRES
confiance au-devant d'elle;
vos propriétés,
votre religion et vos usages
seront respectés
' Nous faisons la
guerre en ennemis généreux,
et nous n'en voulons qu'aux tyrans
qui vous
asservissent.
DE NAPOLÉON PREMIBR 47

3. — PROCLAMATION A SES FRERES D*ARMES A


LA SUITE DE LA BATAILLE DE LODI ET DE
L'ENTRÉE A MILAN.

Quartier général, Milan 1" prai-


rial an IV (20 mal 1796).

Soldats,

Vous vous êtes précipités comme un torrent


u haut de l'Apennin ; vous avez culbuté, dis-
ersé, éparpillé tout ce qui s'opposait à votre
arche.
Le Piémont, délivré de la tyrannie autri-
48 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

chienne, s'est abandonné à ses sentiments


naturels de paix et d'amitié pour la France.
Milan est à vous, et le pavillon républicain
flotte dans toute la Lombardie.
Les ducs de Parme et de Modène ne doi-
vent leur existence politique qu'à votre gé-
nérosité.
L'armée qui vous menaçait avec tant d'or-
gueil ne trouve plus de barrière qui la ras-
sure contre votre courage.
Le Pô, le Tessin, l'Adda n'ont pu vous ar-
rêter un seul jour ; ces boulevards vantés de
l'Italie ont été insuffisants, vous les avez fran-
chis aussi rapidement que l'Apennin.
Tant de succès ont porté la joie dans le sein
de la patrie ; vos représentants ont ordonné
une fête dédiée à vos victoires, célébrée dans
toutes les communes de la République. Là,
vos pères, vos mères, vos épouses, vos soeurs,
vos amantes se réjouissent de vos succès et
se vantent avec orgueil de vous appartenir.
DE NAPOLÉON PREMIER 49

Oui, soldats, vous avez beaucoup fait;


âîs ne vous reste-t-il donc plus rien à faire ?
ra-t-on de nous que noUs avons su vaincre,
is que nous n'avons pas su profiter de la
toire? La postérité nous reprochera-t-elle
avoir trouvé Capoue dans la Lombardie?
ais je vous vois déjà courir aux armes : un
che repos vous fatigue ; les journées perdues
rir la gloire le sont pour votre bonheur. Eh
en, jpartonsl nous avons encore des mar-
es forcées à faire, des ennemis à soumettre,
es lauriers à cueillir, des injures à venger.
Que ceux qui ont aiguisé les poignards
la guerre civile en France, qui ont lâche-
ent assassiné nos ministres, incendié nos
aisseaux à Toulon, tremblent; l'heure de la
engeance a sonné.
Mais que les peuples soient sans inquiét-
ude : nous- sommes amis de tous les peuples,
t plus particulièrement des descendants des
rutus, des Scipions et des grands hommes
4
50 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRE*

que nous avons pris pour modèles. Rétablit


le Capilole, y placer avec honneur les statues
des héros qui se rendirent célèbres, réveiller
le peuple romain engourdi par plusieurs
siècles d'esclavage, tel sera le fruit de vos
victoires. Elles,feront époque dans la posté-
rité. Vous aurez la gloire immortelle de chan-
ger la face de la plus belle partie de l'Eu-
rope.
Le peuple français, libre, respecté du monde
entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse
qui l'indemnisera des sacrifices de toute es-
pèce qu'il a faits depuis six ans. Vous rentre-
rez alors dans vos foyers, et vos concitoyens
diront en vous montrant : « Il était de l'ar-
mée de l'Italie ! »
DE NAPOLÉON PRBMIER 51

4. — ORDRE DU JOUR : PUNITION D*UN S0U8-


LIBUTBNANT POUR AVOIR DÉPOUILLÉ UN PRI-
SONNIER DE GUBRRB.

Quutier général, Milan, 14 vendémiaire


an Y (5 octobre 1796).

Le nommé Rey, sous-lieutenant dans la


51e demi-brigade, s'est permis de dépouiller

un officier autrichien, qui avait été fait pri-


sonnier de guerre à la dernière affaire de
Governolo. Ses camarades, indignés de cette
conduite déshonorante, s'étant assemblés
chez le chef de brigade, ont arrêté unanime-
52 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

ment de le dénoncer au général en chef et de


demander sa destitution.
Le général en chef ordonne, en consé -
quence, que le citoyen Rey sera provisoire-
ment destitué doses fonctions; que le pré-
sent ordre sera la en sa présence, à la tête
de sa compagnie, et qu'il sera aussitôt rem-
placé dans son service.
Applaudissant à la délicatesse des braves
officiers de la 51* demi-brigade, le général en
chef ordonne que la présente décision sera
mise à l'ordre de l'armée, et que la délibéra-
tion des dits officiers sera envoyée au mi-
nistre de la guerre, en le priant de la faire
insérer dans les papiers publics, afin que la
France et l'Europe entière connaissent les
principes qui animent les officiers républi-
cains.
DE NAPOLÉON PREMIER 53

5. — RBPROCHBS AUX 39e ET 85e DEMI-BRIGADES-


DE L'ARMÉE D'ITALIE QUI AVAIENT ABANDONNÉ

LEURS POSITIONS AU VILLAGE DE CALIANO

POUR SB RETIRER SUR LA CORONA (DIVISION


VAUBOIS).

Corona, 17 brumaire an Y (7 no-


vembre 1796).

: Soldats, je ne suis pas content de vous;


vous n'avez montré ni discipline, ni cons-
tance,' ni bravoure; aucune position n'a pu
vous rallier; vous vous êtes abandonnés à
une terreur panique ; vous vous êtes laissés
51 ALL0CUTI0N8 ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

chasser de positions où une poignée de braves


devait arrêter une armée. Soldats de la 39* et
de la 85*, vous n'êtes pas des soldats français.
Général, chef d'état-major, faites écrire sur
les drapeaux : Ils ne sont plus de Varmée
d'Italie.
DE NAPOLÉON PREMIER 55

g, — PROCLAMATION DE SAN MASSIKO POUR

DEMANDER UN EFFORT SUPRÊME.

Quartier général, San Masslrao, 91 bru-


maire an Y (11 novembre 1796).

Soldats,

Mantoue est sans paio, sans viande, sans


fourrages. Wurmser, les débris de l'armée
que vous avez détruite à Bormida, à Bassano,
à Saint-Georges, à Governolo, sont prêts à
tomber en votre pouvoir. La liberté de l'Ita-
lie, le bonheur de la France reposent dans
votre courage. *
56 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRB8

Un ramassis de fuyards, renforcés parla


dernière réserve de l'Empereur, osent encore
se présenter devant vous. Ils prétendent vous
arracher le fruit de six mois de victoires.
Les généraux feront leur devoir : ils vont
tous fondre sur l'ennemi ; tantôt ils vous mè-
neront en avant, tantôt ils se mettront dans
une retraite simulée, et n'oublieront rien
pour rendre éclatante votre victoire 1
Mais lorsque le tambour du combat aura
battu, et qu'il faudra marcher droit à l'en-
nemi, la baïonnette en avant et dans ce morne
silence garant de la victoire, soldats songez à
1

être dignes de vous 1 Je ne vous dis que deux


mots, ils suffisent à des Français : l'Italie I
Mantoue l La paix de l'Europe, le bonheur de
vos parents seront le résultat de votre cou-
rage. Faisons encore une fois ce que nous
avons fait si souvent, et l'Europe ne nous
contestera pas le titre de la plus brave et de
la plus puissante nation du monde.
DE NAPOLEON PREMIER 57

7. — PROCLAMATION ET ARRÊTÉ POUR RÉPRIMER


LE PILLAGE DANS LBS ÉTATS ROMAINS

Quartier général, Forli, 16 pluviôse


an V (4 février 1797.)

Soldats de Indivision Victor et des légions


transpadane et cispadane, je ne sut * pas con-
tent de vous. L'armée d'Italie a, jus ni'à cette
heure, vaincu les armées aguerries i& l'Em-
pereur par son courage et son intrépidité; elle
a vaincu les calomnies et la malveillance par
sa discipline et son humanité; partout ot elle
58 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

a passé, elle a été proclamée l'armée des peu-


ples vaincus.
La seule gloire que vous ayez à acquérir
dans l'expédition que vous faites aujourd'hui,
c'est celle qui résulte d'une bonne conduite ;
en agissant autrement, nous perdrions le fruit
de notre conquête. En conséquence, j'ordonne
les dispositions suivantes :

ARTICLE PREMIER

Tout soldat qui sera convaincu d'avoir


frappé, ou attenté de quelque manière que ce
soit, à la personne ou aux propriétés du peuple
vaincu, ou qui aurait dans son sac des objets
pillés, sera fusillé à latôtedeson bataillon.

ARTICLE 2.

Tout officier d'état-major, de cavalerie ou


d'infanterie, qui aurait pris des chevaux, sera
sur-le-champ tenu de les remettre au 18* ré-
giment de dragons et d'en garder reçu. Ceux
DE NAPOLÉON PREMIER 59
des officiers qui seraient convaincus d'avoir,
sous quelque prétexte que ce soit, soit celui
d'achat ou autre, pris des chevaux, et qui no
les auraient pas remis, seraient immédiate-
ment destitués.
$0 ALLOCUTION8 ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

8.
— PROCLAMATION DE MA^'TOUE.

Quartier général, Bassano, 20 ventôse


an Y (10 mars 1797).

La prise de Mantoue vient de finir une


campagne qui vous a donné des titres éter-
nels à la reconnaissance de la patrie.
Vous avez remporté la victoire dans qua-
torze batailles rangées et soixante-dix com-
bats; vous avez fait plus de cent mille prison-
niers, pris à l'ennemi cinq cents pièces de
canon de campagne, deux mille de gros ca-
libre, quatre équipages de pont.
DE NAPOLÉON PREMIER 61

Les contributions mises sur les pays que


vous avezconquis ont nourri, entretenu, soldé
l'armée pendant toute la campagne ; vous avez,
en outre, envoyé trente millions au ministre
des finances pour le soulagement du Trésor
public.

Vous avez enrichi le Muséum de Paris de


plus de trois cents objets, chefs-d'oeuvre de
^ancienne et de la nouvelle Italie, et qu'il a
fallu trente siècles pour produire.
Vous avez conquis à la République les plus
belles contrées de l'Europe ; les républiques
lombarde et cispadane vous doivent leur li-
berté ; les couleurs françaises flottent pour la
première fois sur les bords de l'Adriatique, en
face et à vingt-quatre heures de navigation
de l'ancienne Macédoine ; les rois de Sàrdai-
gne, de Naples, le Pape, le duc de Parme, se
sont détachés de la coalition de nos ennemis,
et ont brigué notre amitié; vous avez chassé
62 ALLOCUTIONS BT PROCLAMATIONS MILITAIRES

les Anglais de Livourne, de Gènes, de la


Corse.
Mais vous n'avez pas encore tout achevé.
Une grande destinée vous est réservée; c'est
en vous que la patrie met ses plus chères es-
pérances; vous continuerez à en être dignes.
De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour
étouffer la République à sa naissance, l'Em-
pereur seul reste devant nous; se dégradant
lui-même du rang d'une grande puissance, ce
prince s'est mis à la solde des marchands de
Londres ; il n'a plus de politique, de volonté,
que celle de ces insulaires perfides, qui, étran-
gers aux malheurs de la guerre, sourient avec
plaisir aux maux du continent.
Le Directoire exécutif n'a rien épargné pour
donner la paix à l'Europe; la modération de
ses propositions ne se ressentait pas de la force
de ses armées ; il n'avait pas consulté votre
courage, mais l'humanité et l'envie de vous
faire rentrer dans vos familles. Il n'a pas été
DE NAPOLÉON PREMIER 63
écouté à Vienne. Il n'estdonc plus d'espérance
pour la paix qu'en allant la chercher dans le
coeur des États héréditaires de la Maison
d'Autriche. Vous y trouverez un brave peuple,
accablé par la guerre qu'il a eue contre les
Turcs et par la guerre actuelle. Les habitants
de Vienne et les États de l'Autriche gémis-
sent sur l'aveuglement et l'arbitraire de leur
gouvernement; il n'en est pas un qui ne soit
convaincuque l'or de l'Angleterre a corrompu
les ministres de l'Empereur. Vous respecte-
rez leur religion et leurs maux, vous proté-
gerez leurs propriétés. C'est la liberté que
vous apporterez à la brave nation hon-
groise.
La Maison d'Autriche qui, depuis trois siè-
cles, va perdant à chaque guerre une partie
de sa puissance, qui mécontente ses peuples
en les dépouillant de leurs privilèges, se trou-
vera réduite, à la fin de cette sixième cam-
pagne (puisqu'elle nous contraint à la faire), à
64 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAI

accepter la paix que nous lui accordons


descendra, dans la réalité, au rang des p
sances secondaires, où elle s'est déjà pla
en se mettant aux gages et à la dispositio
l'Angleterre.
.'•'- ' ."•' -.''' ''" *
$65
BBs DE NAPOLÉON PREMIER
.
et

ée
de

9. — PROCLAMATION^D'ADIBU EN PARTANT POUR

LE CONGRÈS DE RASTADT OU DOIT SB SIGNER


LE TRAITÉ DE CAMPO-FORMIO.

Quartier général, Milan, 21 brumaire ^*


an VI (11 novembre 1797).

Soldats, je pars demain pour me rendre au


Congrès de Ras t ad t.
En me trouvant séparé de l'Armée, je ne
serai consolé que par l'espoir de me revoir
.bientôt avec vous, luttant contre de nouveaux
dangers.
Quelque poste que le Gouvernement assigne
66 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRÉ8

aux soldats de l'Armée d'Italie, ils seront


toujours les dignes soutiens de la liberté et
de la gloire du nom français.
Soldats, en vous entretenant des princes
que vous avez vaincus, des peuples qui vous
doivent leur indépendance, des combats que
vous avez-, livrés, dites-vous : « Dans deux
campagnes, nous aurons plus fait encore. »
DE NAPOLÉON PRBMIBR r 67

10.—PROCLAMATION DE LA CAMPAGNE D'EGYPTE

— AUX TERRE ET DE MER DE


SOLDATS DE
L'ARMÉE DB LA MÉDITBRRANÉE.

Quartier général, Toulon, 31 floréal


an Yl (10 mai 1793).

Soldats 1

Vous ôtes une des ailes de l'armée d'An-


gleterre. Vous avez fait la guerre de mon-
tagnes, de plaines, de sièges : il vous reste à
faire la guerre maritime.
Les légions romaines, que vous avez quel-
quefois imitées, mais pas encore égalées,
68~ ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
combattaient Carthage tour à tour sur cette
même mer et aux plaines de Zama. La vic-
toire ne les abandonna jamais, parce que
constamment elles furent braves, patientes à
supporter les fatigues, disciplinées et. unies
entre elles.
Soldats, l'Europe a les yeux sur vous.
Vous avez de grandes destinées à remplir,
des batailles à livrer, des dangers, des
fatigues à vaincre. Vous ferez plus que vous
n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le
bonheurdes hommes et votre propre gloire.
Soldats-matelots, fantassins, canonniers
ou cavaliers, soyez unis; souvenez-vous que,
le jour d'une bataille, vous avez besoin les
uns des.autres.
Soldats-matelots, vous avez été négligés
jusqu'ici. Aujourd'hui, la plus grande sollici-
tude de la République est pour vous. Vous
.
serez dignes de l'armée dont vous faites
partie.
DE NAPOLÉON PRBMIBR 69

Le génie de la liberté qui a rendu la Répu-


blique, dès sa naissance, l'arbitre de l'Europe,
veut qu'elle le soit des mers et des contrées les
plus lointaines.
70 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

il.— PROCLAMATION DU VAISSEAU-AMIRAL « L'O-


RIBNT » A L'ARMÉE DE TERRE D'ÉGÏTB.

Quartier général, à bord de l'Orient,


4 messidor an VI («juin 1798),
mise à l'ordre le 38 juin seule-
ment, avant-veille du débarque-
ment à Alexandrie.

Soldats 1

Vous allez entreprendre une conquête dont


les effets sur la civilisation et le commerce
du monde sont incalculables.
Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus
sûr et le plus sensible, en attendant que vous
puissiez lui donner le coup de mort.
DE NAPOLÉON PRBMIBR 71

Nous ferons quelques marches fatigantes ;


nous livrerons plusieurs combats ; aous
réussirons dans toutes nos entreprises ; les
deslins sont pour nous.
Lesbeys mameluks, qui favorisent exclusi-
vement le commerce anglais, qui ont couvert
d'avaDies nos négociants et tyrannisent les
malheureux habitants du Nil, quelques jours
après notre arrivée, n'existeront plus.
£ Les peuples avec lesquels nous allons
vivre sont mahométans; leur premier article
de foi est celui-ci: « 11 n'y a d'autre Dieu que
Dieu et Mahomet est son prophète. »
Ne les contredisez pas; agissez avec eux
comme nous avons agi avec les Juifs, avec les
Italiens; ayez des égards pour leurs muftis et
leurs imans, comme vous en avez eue pour les
rabbins et pour les évoques.
Ayez pour les cérémonies que prescrit
l'Alcoran, pour les mosquées, la même tolé-
rance que vous avez eue pour les couvents,
72 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

pour les synagogues, pour la religion de


Moïse et de Jésus-Christ.
Les légions romaines protégeaient toutes
les religions. Vous trouverez ici des usages
différents de ceux de l'Europe : il faut vous y
accoutumer.
Les peuples chez lesquels nous allons trai-
tent les femmes différemment que nous; mais
dans tous les pays, celui qui viole est un
monstre.
Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre
d'hommes ; il nous déshonoro, il détruit nos
ressources, il nous rend ennemis des peuples
qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.
La première ville que nous allons rencon-
trer a été bâtie par Alexandre. Nous trouve-
rons à chaque pas des souvenirs dignes
d'exciter l'émulation des Français.
DE NAPOLEON PREMIER 73

12. — ALLOCUTION DE LA BATAILLE


DBS PYRAMIDES.

En face des Pyramides, le *3 juillet 179*.

L'armée française arriva le Ie' juillet de-


vant Alexandrie. La veille, une proclamation
avait fait connaître enfin aux troupes le véri-
table but de l'expédition. Trois jours après la
ville des Ptolémées était au pouvoir des Fran-
çais. Les beys mameluks étaient alors les
dominateurs de l'Egypte. Bonaparte s'annonça
aux populations comme l'ennemi de leurs
74 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

oppresseurs, et maintint dans leurs fonctions


les autorités turques. Mais pour frapper les
imaginations des Musulmans, il fallait rapide-
ment s'emparer du Caire, la ville sainte. L'ar-
mée se mit en marche le 6 juillet, suivant la
route de Damanhour, rencontra et battit les
mameluks de Mourad-Bey à Rahmânyeh et
à Chobrakhyt. Le 23 juillet, au lever du soleil,
un sublime spectacle s'offrit à elle : c'étaient
les minarets du Caire et les Pyramides. Bona-
parte, plein d'enthousiasme, parcourut au
galop le front de l'armée, en lui montrant ces
horizons de pierre : a Soldats, dit-il, vous allez
combattre les dominateurs^de CEgypte. Songez
que du haut de ces monuments quarante siècles
vous contemplent. »
A quelques heures de marche, les Français
rencontrèrent Iles [innombrables^ escadrons
des mameluks déployésen bataille. Ces jin-
trépides cavaliers s'élancèrent a,vec fureur,
enveloppant de leurs tourbillons la petite
DE NAPOLÉON PREMIER 75
armée des envahisseurs, convaincus qu'ils
allaient l'écraser sous le choc, mais tous leurs
efforts vinrent se briser devant les impas-
sibles carrés qui vomissaient le feu et la mi-
traille. Plusieurs fois, les mameluks re-
viennent à la charge ; chaque fois de plus
larges trouées se font dans leurs rangs. Enfin
leurs débris ensanglantés tourbillonnent et
disparaissent. Ce fut la bataille des Pyra-
mides. Mourad-Bey parvint à gagner la haute
Egypte ; un autre chef, Ibrahim, s'enfonça
dans la Syrie. Le lendemain, les habitants du
Caire envoyèrent une députation pour traiter
de la reddition de la ville et, le 24 juillet 1798,
les Français y firent leur entrée triomphale.
(Rapetti.)
76 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

13. — PROCLAMATION POUR LA CÉLÉBRATION DE


L'ANNIVERSAIRE DE L'ÉTABLISSEMENT DE LA
RÉPUBLIQUE.

Quartier généra), au Caire, 1*' vendémiaire


an VII (n septembre 1?£8).

Soldats 1


Nous célébrons le premier jour de l'An VII
de la République.
Il y a cinq an?, l'indépendance du peuple
français était menacée ; mais vous prîtes Tou-
lon : ce fut le présage de la ruine de nos enne-
mis. Un an après, vous battiez les Autrichiens
à Dego. L'année suivante, vous étiez sur le
DE NAPOLÉON PREMIER
' 77
sommet des Alpes. Vous luttiez contre Man-
toue, il y a deux ans, et vous remportiez la
célèbre victoire de Saint-Georges. L'an passé,
vous étiez aux sources de la Drave et de
l'Isonzo, de retour de l'Allemagne.
Qui eût dit alors que vous seriez aujour-
d'hui sur les bords du Nil, au centre de l'an-
cien Continent? Depuis-l'Anglais, célèbre
dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux
et féroce Bédouin, vous fixez les regards du
monde.
Soldats I votre destinée est belle parce que
vous êtes dignes de ce que vous avez fait et
de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez
avec honneur, comme les braves dont les
noms sont inscrits sur cette pyramide, ou
vous retournerez dans votre patrie, couverts
de lauriers et de l'admiration de tous les
peuples.
Depuis cinq mois que nous sommes éloi-
gnés de l'Europe, nous avons été l'objet per-
78 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

pétuel des sollicitudes de nos compatriotes.


Dans ce jour, quarante millions de citoyens
célèbrent l'ère des Gouvernements représen-
tatifs, quarante millions de citoyens pensent
à vous. Tous disent : « C'est à leurs travaux,
à leur sang que nous devrons la paix générale,
le repos, la prospérité du commerce et les
bienfaits de la liberté civile. »
DE NAPOLÉON PRBMIBR

14. — ORDRE DU JOUR : RBPROCHES AUX


SOLDATS MUTINÉS DE LA DIVISION KLÉBBR.

Près du puits ,de Zâoujr, 6 vendé-


miaire an VII (24 février 1799).

Kléber, en se dirigeant sur Gaza, s'était


égaré dans le désert et avait marché quinze
heures sans s'apercevoir de son erreur. Le
découragement était tel parmi les soldats que
plusieurs avaient brisé leurs fusils. Bonaparte,
depuis la veille à la recherche de la division,
la rallia, fit battre à l'ordre du jour et pro-
nonça ces paroles :
80 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRE!

«Ce n'est point en vous mutinant


que vous
remédierez à vos maux ; au pis aller, i]
valait mieux enfoncer sa tête dans le sable,
et mourir avec honneur, que de se livrer au
désordre et de violer la discipline.
»
DE NAPOLÉON PREMIER 81

15. PROCLAMATION DE SAINT-JEAN-D'ACRE.

Quartier général, devant Acre, 23 floréal


an VII (17 mai 1793).

Soldats, vous avez traversé le désert qui


sépare l'Afrique de l'Asie avec plus de rapi-
dité qu'une armée arabe.
L'armée qui était en marche pour envahir
l'Egypte est détruite ; vous avez pris son géné-
ral, son équipage de campagne, ses outres,
ses chameaux.
Vous vous êtes emparés de toutes les places
fortes qui défendent les puits du désert.
6
82 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Vous avez dispersé aux champs du mont


Thabor cette nuée d'hommes accourus de
toutes les parties de l'Asie dans l'espoir de
piller l'Egypte.
Les trente vaisseaux que vous avez vus
arriver devant Acre, il y a douze jours, por-
taient l'armée qui devait assiéger Alexandrie ;
mais, obligée d'accourir à Acre, elle y a fini
ses deslins ; une partie de ses drapeaux orne-
ront votre entrée en Egypte. *

Enfin, après avoir, avec une poignée


d'hommes, nourri la guerre pendant trois
mois dans le coeur de la Syrie, pris 40 pièces
de campagne, 50 drapeaux, fait 6,000 prison-
niers, rasé les fortifications de Gaza, Jaffa,
Hayfâ, Acre, nous allons rentrer en Egypte ;
la saison des débarquements m'y rappelle.
Encore quelques jours, et vous aviez l'espoir
de prendre la pacha même au milieu de son
palais ; mais dans cette saison la prise du châ-
teau d'Acre ne vaut pas la perte de quelques
DE NAPOLÉON PREMIER 83

jours ; les braves que je devrais y perdre


d'ailleurs sont aujourd'hui nécessaires pour
des opérations plus essentielles.
Soldats, nous avons une carrière de fatigues
et de dangers à courir ; après avoir mis
l'Orient hors d'état de rien faire contre nous
cette campagne, il nous faudra peut-être re-
pousser les efforts d'une partie de l'Occident.
Vous y trouverez une nouvelle occasion de
gloire; et si,au milieu de tant de combats,
chaque jour est marqué par la mort d'un
brave, il faut que de nouveaux braves se
forment et prennent rang à leur tour parmi
ce petit nombre qui donne l'élan dans les
dangers et maîtrise la victoire.
84 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

16.— PROCLAMATION DE LA VICTOIRE D'ABOCJKIR.

Quartier générat^Alexandrie, 14 ther-


midor an VII (!•' août 1799).

Le nomd'Aboukir était funeste à tout Fran-


çais ; la journée d'Aboukir du 7 thermidor l'a
rendu glorieux. La victoire que l'armée vient
de remporter accélère son retour en Europe.
Nous avons conquis Mayence et la limite du
Rhin, en envahissant une partie de l'Allema-
gne. Nous venons de reconquérir aujourd'hui
nos établissements aux Indes et ceux de nos
alliés. Par une seule opération, nous avons
DE NAPOLÉON PREMIER 85
éuni dans les mains du Gouvernement le
ouvoir d'obliger l'Angleterre, malgré ses
triomphes maritimes, à une paix glorieuse
pour la République.
Nous avons beaucoup souffert, nous avons
eu à combattre des ennemis de toute espèce ;
nous en aurons encore à vaincre ; mais enfin
le résultai sera digne de nous et nous méritera
la reconnaissance de la Pairie.
86 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

17. — PROCLAMATION A L'ARMÉE D'ORIENT


EN EGYPTE.

Paris. 11 frimaire au VIII


(i décembre 1799).

Soldats, les Consuls de la République s'oc-


cupent souvent de l'Armée d'Orient.
La France connaît toute l'influence de vos
conquêtes pour la restauration de son com-
merce et la civilisation du monde.
L'Europe entière vous regarde.
Je suis souvent en pensée avec vous.
-
Dans quelque situation que les hasards de
PB NAPOLÉON PREMIER 87
la guerre vous mettent, soyez toujours les
soldats de Rivoli et d'Aboukir : vous serez
invincibles.
Portez à Kléber cette confiance sans bornes
que YOUS aviez en moi ; il la mérite.
Soldats, songez au jour où, victorieux, vous
rentrerez sur le territoire sacré ; ce sera un
jour de gloire et de joie pour la nation entière.
88 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

18. — PROCLAMATION AUX SOLDATS FRANÇAIS.

Paris, I nivôse an VII (25 dé-


cembre 1799).

Soldats !

En promettant la paix au peuple français,


j'ai été votre organe ; je connais votre valeur.
Vous êtes les mêmes hommes qui conqui-
rent le Rhin la Hollande et l'Italie, et donnè-
rent la paix sous les murs de Vienne étonnée.
Soldats ce ne sont plus vos frontières qu'il
1

faut défendre; ce sont les États ennemis qu'il


faut envahir.
DE NAPOLÉON PREMIER 89
Il n'est aucun de vous qui n'ait fait plusieurs
campagnes, qui ne sache que la qualité la
plus essentielle d'un soldat est de savoir sup-
porter les privations avec constance. Plusieurs
années d'une mauvaise administration ne
peuvent être réparées dans un jour.
Premier magistrat de la République, il me
sera doux de faire connaître à la nation en-
tière les corps qui mériteront, par leur disci-
pline et leur valeur, d'être proclamés les sou-
tiens de la Patrie.
Soldats I lorsqu'il en sera temps, je serai
au milieu de vous, et l'Europe se souviendra
que vous êtes de la race des braves!
90 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

19. — ORDRE DU JOUR : RBPR0CHB8

A L'ARMÉE D'ITALIB

Paris, 4 nivôse, an VIII (23 d •


cembre 1799).

Soldats 1

Les circonstances qui me retiennent à la


tête du Gouvernement m'empêchent de me
trouver au milieu de vous.
Vos besoins sont grands : loutesles mesures
sont prises pour y pourvoir.
Les premières qualités du soldat sont la
constance et la discipline ; la valeur n'est que
la seconde.
DS NAPOLÉON PREMIER. 91

Soldats l plusieurs corps ont quitté leurs


positions ; ils ont été sourds à la voix de leurs
officiers. La 17* légère est de ce nombro.
Sont-ils donc tous morts les braves de Cas-
tiglione, de Rivoli, de Neumarkt ? Ils eussent
péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et
ils eussent ramoné leurs jeunes camarades à
l'honneur et au devoir.
Soldats I vos distributions ne sont pas régu-
lièrement faites, dites-vous? Qu'cussiez-vous
fait si, comme les 4eet22,lôgôres,los 18* et 32*
do ligne, vous vous fussiez trouvés au milieu
dudésert, sans pain ni eau, mangeant du che-
val et du mulet? La victoire nous donnera du
pain, disaient-elles ; et vous, vous quittez vos
drapeaux !
Soldats d'Italie l un nouveau général vous
commande. Il fut toujours à l'avant-garde aux
plus beaux jours de votre gloire. Entourez-le
de votre confiance ; il ramènera la victoire
dans vos rangs.
92 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Je me ferai rendre un compte journalier de


la conduite de tous les corps et spécialement
de la 17* légère et de la 63* do ligne. Elles se
ressouviendront de la confianco que j'avais ea
elles.
DE NAPOLÉON PREMIER
93

20. — PROCLAMATION A L'ARMÉE DE L'OUB8T POUR


L'EXHORTER A MARCHER CONTRE LES REBELLES,
STIPENDIÉS DE L'ANGLETERRE.

Paris, 5 nivôse an VU1


(15 Janvier 1800).

Soldats 1

Le Gouvernement a pris des mesures pour


éclairer les habitants égarés des départements
de l'Ouest. Avant de prononcer, il les a enten-
dus. Il a fait droit à leurs griefs, parce qu'ils
étaient raisonnables. La masse des bons
habitants a posé les armes. Il ne reste plus
94 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

que dos brigands, des émigrés, des stipendias


de l'Angleterre
Des Français stipendiés de l'Angleterre !

Ce ne peuvent être que des hommes sans


aveu, sans coeur et sans honneur. Marche/
contre eux ; vous ne serez pas appelés à dé-
ployer une grando valeur.
L'arméo est composée de plus do soixanto
millo Français ; que j'apprenno bientôt que
les chefs des rebelles ont vécu ; que les géné-
raux donnent l'exemplo do l'activité. La
gloire ne s'acquiert que par les fatigues ; et si
l'on pouvait l'obtenir en tenant son quartier
général dans les grandes villes, ou en restant
dans do bonnes casernes, qui n'en aurait
pas?
Soldats, quel que soit le rang que vous
occupiez dans l'arméo, la reconnaissance de
la nation vous attend. Pour en être dignes, il
faut braver l'intempérie des saisons, les gla-
ces, les neiges, le froid excessif des nuits,
DE NAPOLÉON PREMIER 05
surprendre vos ennemis à la pointe du jour,
et exterminer ces misérables, le déshonneur
dû nom français.
Faites une campagne courte et Lonne.
Soyez inexorables pour les brigands, mais
observez une discipline sévère.
96 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

21. —PROCLAMATION DB LA SECONDE CAMPAGNE


D'ITALIB.

Milan, 17 prairial an VU(


(6 juin 1800).

Soldats I
Un de nos départements était au pouvoir de
l'ennemi, la consternation était dans tout le
midi de la France.
La plus grande partie du territoire du peu-
ple ligurien, le plus fidèle ami de la Répu-
blique, était envahie.
La République cisalpine, anéantie dès la
DB NAPOLÉON PREMIER 97

campagne passée, était devenue le jouet du


grotesque régime féodal.
Soldats, vous marchez 1... et déjà le territoire
français est délivré l La joie et l'espérance
succèdent dans notre patrie à la consterna-
tion et à la crainte.
Vous rendrez la liberté et l'indépendance au
peuple de Gênes: il sera pour toujours délivré
de ses étemels ennemis.
Vous êtes dans la capitale de la Cisalpine.
L'ennemi épouvanté n'aspire plus qu'à
regagner ses frontières ; vous lui avez enlevé
ses hôpitaux, ses magasin»-, ses parcs de ré-
serve.
Le premier acte de la campagne est ter-
miné.
Des millions d'hommes, vous l'entendez
tous les jours, vous adressent des actes de
reconnaissance.
Mais aura-t-on donc impunément violé le
territoire français ? Laisserez-vous retourner
98 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

dans ses foyers l'armée qui a porté l'alarme


dans vos familles?... Vous courez aux armes!...
Eh Mon marchez à sa rencontre ; opposez-
1

vous à sa retraite ; arrachez-lui les lau-


riers dont elle s'est parée, et par là
apprenez au monde que la malédiction du
destin est sur les insensés qui osent insulter
le territoiro d'un grand peuple.
- Le résultat do tous nos efforts sora : Gloire
sans nuage et Paix solide /
DE NAPOLÉON PREMIER 99

22. — PROCLAMATION A LA DERNIÈRE ARMÉE


D'ORIENT, L'EXHORTANT A DÉFENDRE L'EGYPTE

CONTRE LB8 TURCS ET LES ANGLAIS.

Taris l«r ventôse un IX


(20 février 1801).

Soldats i

Le peuple français triomphe en Europe;


son armée d'Orient ne trahira jamais ses
destins I Vous défendrez contre tous cette
terre d'Egypte, objet de tant d'espérances et
fruit de tant de travaux
1
100 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Vous êtes nombreux, tous braves, tous cou-


verts de blessures et échappés au hasard de
cent combats I
Aux Pyramides, à Sédiman, au mont
Thabor, à Aboukir, à Iléliopolis, vous étiez un
contre dix.
Si la bravoure est la première qualité du
soldat, la constance est la seconde.
A cette méprisable armée du grand-vizir,
se joint aujourd'hui une armée européenne
déshonorée en Batavie, au Ferrol, à Cadix.
Elle est depuis neuf mois sur les mers ; elle
prétend vous combattre en vous séduisant par
des émissaires.
Les mers d'Egypte ont été funestes à nos
marins ; qu'elles soient térao- de la honte et
de la défaite des bataillons anglais ; que tout
ce qui débarquera reste mort ou captif ; que
les déserts du Quatych soient le tombeau du
grand-vizir, et que tant de hauts faits altes»
DB NAPOLÉON PREMIER 101

tent aux siècles futurs la gloire du Grand


Peuple, et vous méritent de nouveaux té-
moignages de la reconnaissance de la pa-
trie.
102 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

23. — ORDRE DU JOUR ! SUR LE SUICIDE


D'UN GRENADIER DE LA GARDE CONSULAIRE

Saint-Cloud, 2? floréal an X
(12 mai 1802).

Le grenadier Gobain s'est suicidé pour des


raison d'amour; c'était d'ailleurs un très bon
sujet. C'est lo second événement de cette
nature qui arrive au corps depuis un mois.
Le Premier Consul ordonne qu'il soit mis
à l'ordre de la Garde :
Qu'un soldat doit savoir vaincre la douleur
et la mélancolie des passions ; qu'il y a autant
DB NAPOLÉON PREMIER 103

de vrai courage à souffrir avec constance les


peines do l'âme qu'à rester lixo sous la
mitraille d'uno batterie.
S'abandonner au chagrin sans résister, se
tuer pour s'y soustraire, c'est abandonner le
champ do bataille avant d'avoir vaincu.
104 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

2i. — DÉCISION ORDONNANT A CAPPARBLLI DE

VISITER U* SOLDAT DÉTERMINÉ A SE DONNER


LA MORT

Paris, 16 fructidor an X
(3 septembre 1802).

Gouraud, caporal Le général Caffa-


dans les Chasseurs relli verra ce chas-
de la Garde des Con- seur et l'interrogera
suls, écrit à son co- pour savoir les rai-
lonel pour lui faire sons qui le portaient
connaître sa résolu- à se détruire. — Bo-
lion de se tuer. naparte.
DB NAPOLÉON PREMIER
105

25 — ARRÊTÉ EN MÉMOIRE DE LA TOUR

D'AUVERGNB.

Oanl, -îô messidor an XI


(15jui!let 1803).

ART. 1". — Le coeur de la Tour d'Auvergne,


premier Grenadier de la République, mort à
la bataille de Neubourg, le 9 messidor an VII
(28 février 1799), continuera à être porté
ostensiblement par le fourrier de la com-
pagnie de Grenadiers de la 46* demi-brigade,
dans laquelle il servait.
106 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

ART 2. — Le nom de Lalour d'Auvergne


sera maintenu dans les contrôle et dans les
revues ; il sera nommé dans tous les appels,
et le caporal de l'escouade dont il faisait partie
répondra par ces mots : Mort au champ d'hon-
neur/
ART. 3. —-
Le ministre do la guerre sera
chargé de l'exécution du présent arrêté.
DB NAPOLÉON PREMIER 107

26. —PAROLES DB L'EMPEREUR A LA DISTRI-


BUTION DBS AIGLES AU CHAMP DB MARS.

Paris, 11 frimaire an Xli I


(5 décembre 1801).

.Soldat, voilà vos drapeaux l Ces aigles vous


serviront toujours de point de ralliement.
Ces drapeaux seront partout où votre Empe-
reur les jugera nécessaires pour la défense de
son trône et de son peuple.
Vous jurez de sacrifier votre vie pour les
défendre, et de les maintenir constammen t
par votre courage sur îo chemin de la victoire.
— Vous le jurez?
108 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

27. — PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE

SUR L'OUVERTURE DB LA PREMIÈRE CAMPAGNE


D'AUTRICHE.

Strasbourg, 8 vendémiaire an XIV


(30 septembre 1805).

Soldats, la guerre de la troisième coalition


est commencée. L'armée autrichienne a passé
l'Inn, violé les traités, attaqué et chassé de
sa capitale notre allié. Vous-mêmes vous avez
dû accourir à marches forcées à la défense de
nos frontières. Mais déjà vous avez passé le
Rhin. Nous ne nous arrêterons plus que nous
DB NAPOLÉON PREMIER 109
n'ayons assuré l'indépendance du corps ger-
manique, secouru nos alliés et confondu
'orgueil des injustes agresseurs. Nous ne
ferons plus de paix sans garantie. Notre géné-
rosité ne trompera plus notre politique.
Soldats, Yolre Empereur est au milieu de.
vous ; vous n'êtes que l'avant-gardedu Grand
Peuple. S'il est nécessaire, il se lèvera tout
entier à ma voix pour confondre et dissoudre
celle nouvelle ligue qu'institue la haine et
l'or de l'Angleterre. Mais, soldats, nous aurons
des marches forcées à faire, des fatigues et
des privations de toute espèce à endurer.
Quelques obstacles qu'on nous oppose, nous
les vaincrons, et nous ne prendrons de repos
que nous n'ayons planté nos aigles sur le
territoire de nos ennemis.
110 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

28. — PROCLAMATION A L'ARMÉE D'iTALIB POUR

LUI ANNONCER L'OUVERTURE DB LA PREMIÈRE

CAMPAGNE D'AUTRICHE.

Strasbourg. 8 vendémiaire an XIV


(30 septembre 1805).

Soldats d'Italie, la guerre de la troisième


coalition est commencée. L'armée autri-
chienne a passé l'Inn, envahi Munich et chassé
de sa capitale l'électeur de Bavière, notre
allié. Vous-mêmes avez dû accourir, à mar-
ches forcées, à la défense de l'Adige.
Soldats d'Italie, c'est sur les champs de ba-
DE. NAPOLÉON PRBMIBR ill
taille où vous êtes que, avec une poignée de
monde, l'aigle autrichienne s'est vue cons-
tamment humiliée et confondue. Un contre
trois, nous fûmes constamment vainqueurs.
Vous serez dignes de la première armée
d'Italie. Nous ne ferons plus de paix sans ga-
rantie. Notre générosité ne trompera plus
notre politique. Votro Empereur est en Alle-
magne, au milieu de l'armée dont vous formez
la droite. Le général qui vous commande a
toute ma confiance ; environnez-le de la
vôtre.
Quelques fatigues qu'il vous faille es-
suyer, quelques marches forcées que vous
aytz à faire, quelques privations qu'il vous
faille endurer, souvenez-vous que c'est
par là seulement qu'on peut arriver à la
gloire.
Soldats d'Italie, ne vous donnez pas de
repos que vous n'ayez vaincu : que je n'en-
tende parler de vous que pour apprendre les
112 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

victoires que vous avez remportées, le nombre


do prisonniers que vous avez faits, le nom des
pays que vous avez conquis.
DE NAPOLÉON PREMIER 113

29. —PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE SUR LA

CAI'ITUIATION D'ULM.

Quartier impérial, Elchingen, 29 ven-


démiaire an XIV (21 octobre 1805).

Soldats de la Grande Armée, en quinze jours


nous avons fait une campagne. Ce que nous
nous proposions est rempli. Nous avons chassé
les troupes de la maison d'Autriche de ,1a
Bavière, et rétabli notre allié dans la souve-
raineté de ses États. Cette armée qui, avec au-
tant d'ostentation que d'imprudence, était
venue se placer sur nos frontières, est anéantie.
8
114 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
Mais qu'importe à l'Anglerre? Son but est
rempli. Nous ne sommes plus à Boulogne, et
son subside ne sera ni plus ni moins grand.
De cent mille hommes qui composaient cette
armée, soixante mille sont prisonniers; ils
iront remplacer nos conscrits dans les travaux
de nos campagnes; deux cents pièces de
canon, tout le parc, quatre-vingt-dix dra-
peaux, tous les généraux sont en notre pou-
voir; il ne s'est pas échappé de cette armée
quinze mille hommes.
Soldats, je vous avais annoncé une grande
bataille; mais grâce aux mauvaises combinai-
sons de l'ennemi, j'ai pu obtenir les mômes
succès sans courir aucun risque ; et, ce qui
est sans exemple dans l'histoire des nations,
un aussi grand résultat ne vous affaiblit pas
defplus de quinze mille hommes hors de
combat.
Soldats, ce succès est dû à votre confiance
sans bornes dans votre Empereur, à votre pa-
DE NAPOLÉON PREMIER 115

tience à supporter les fatigues et les priva-


tions de toute espèce, à voire intrépidité.
Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous
êtes impatients de commencer une seconde
campagne. Cette armée russe que l'or de l'An-
gleterre a transportée des extrémités de l'uni-
vers, nous allons lui faire éprouver le même
sort. A ce combat est attaché plus spéciale-
ment l'honneur de l'infanterie; c'est là que
va se décider pour la seconde fois cette ques-
tion qui l'a déjà été, en Suisse et en Hollande :
si l'infanterie française est la seconde ou la
première de l'Europe. Il n'y a point là de gé-
néraux contre lesquels je puisse avoir de la
gloire à acquérir; tout mon soin est d'obtenir
la victoire avec le moins possible d'effusion
de sang; mes soldats sont mes enfants.
116 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS NIUTA1RES

30.— PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE AVANT

LA BATAILLE D'AUSTBRMTZ. — RECOMMANDA-

TION DB NE PAS QUITTER LES RANGS POUR

EMPORTER LES BLESSÉS.

Au bivouac d'Austerlitz, 10 frimaire


an XIV !•' décembre 1805).

Soldats, l'armée russe se présente devant


vous pour venger l'armée autrichienne d'UIm.
Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez
battus à Hollabrunn, et que depuis vous avez
constamment poursuivis jusqu'ici.
Les positions que nous occupons sont for-
DE NAPOLÉON PREMIER 117
midables ; et, pendant qu'ils marcheront pour
tourner ma droite, ils me présenteront le
flanc.
Soldats, je dirigerai moi-même tous vos
bataillons; je me tiendrai loin du feu, si, avec
votre bravoure accoutumée, vous portez le dé-
sordre et la confusion d.tns les rangs ennemis ;
mais, si la victoire était un moment incer-
taine, vous verriez votre Empereur s'exposer
aux premiers coups, car la victoire ne saurait
hésiter, dans cette journês surtout où il y va
de l'honneur de l'infanterie française, qui im-
porte tant à l'honneur de toute la nation.
Que, sous le prétexte d'emmener les bles-
sés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que
chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu'il
faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre qui
sont animés d'une si grande haine contre
notre nation.
Cette victoiro finira notre campagne, et
nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver,
118 ALLOCUTIONS
ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
où nous serons joints
par les nouvelles armées
qui se forment en France;
et alors la paix que
je ferai sera digne de
mon peuple, de vous et
de mol.
>B NAPOLgrï» PREMIER J19

3J# — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE


D'AUSTERLITZ.

AusUrliU, 19 friouir» an XIV


(3 décembre 1805).

Soldats, je suis content de vous. Vous avez,


à la journée d'Austerlilz, justifié tout ce que
j'attendais de votre intrépidité; vous ave*
décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une
armée de cent mille hommes, commandée par
les Empereurs de Russie et d'Autriche, a été,
en moins de quatre heures, ou coupée ou dis-
persée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé
J20 ALL0CUTI0N8 ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
dans les lacs. Quarante drapeaux, les éten-
dards do la garde impériale de Russie, cent
vingt pièces de canon, viugt généraux, plus
de trente mille prisonniers, sont le résultat de
cette journée à jamais célèbre. Cette infan-
terie tant vantée, et en nombre supérieur, n'a
pu résister à votre choc, et désormais vous
n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en
deux mois, cette troisième coalition a été
vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être
éloigDée; mais comme je l'ai promis à mon
peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai
qu'une paix qui nous donne des garanties et
assure des récompenses à nos alliés.
Soldats, lorsque le peuple français plaça
sur ma tête la couronne impériale, jo me con-
fiai à vous pour la maintenir toujours dans ce
haut éclat de gloire qui seul pouvait [lui
donner du prix à mes yeux. Mais dans le
même moment nos ennemis pensaient à la
détruire et à l'avilir Et cette couronne de
1
DK NAPOLEON PREMIER 121

fer, conquise par le sang de tant de Français,


ils voulaient m'obliger à la placer sur la tête
de nos plus cruels ennemis ! Projets témé-
raires et insensés quo, le jour même de l'an-
niversaire du couronnement de votre Empe-
reur, vous avez anôautis et confondus! Vous
leur avez appris qu'il est plus facile do nous
braveretde nousmenacerque de nous vaincre.
Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire
pour assuioi te uuuneur et la prospérité de
notre patrie sera accompli, je vous ramènerai
en France ; là, vous serez l'objet de nos plus
tendres sollicitudes. Mon peuple vous roverra
avecjoie, et (il vous suffira de dire : J'étais à
la bataille d'Austerlitz, pour quo l'on réponde :
Voilà un brave.
122 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

82. — PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE AN-

NONÇANT LA SIGNATURE DE LA PAIX ET LA

CONVIANT A UNE GRANDE FÊTE A PARIS.

Schcenbrann, 6 alrtaa an XIV


(*7 décembre 1805).

Soldats, la paix entre moi et l'Empereur


d'Autriche est signée. Vous avez dans cette
arrière-saison fait deux campagnes; vous
avez rempli tout ce que j'attendais de vous*
Je vais partir pour [me rendre dans ma capi-
tale. J'ai accordé de l'avancement et des ré-
compenses à ceux qui se sont le plus dislin-
D8 NAPOLEON PRBU1BR 123

gués. Je vous tiendrai tout ce que je vous ai


promis. Vous avez vu votre Empereur par-
tager avec vous vos périls et vos fatigues ;
je veux aussi que vous veniez le voir entouré
de la grandeur et de la splendeur qui appar-
tiennent au souverain du premier peuple de
l'univers. Je donnerai une grande fête au début
de mai, à Paris; vous y serez tous, et après
nous verrons où nous appelleront le bonheur
de notre patrie et les intérêts de notre gloire.
Soldats, pendant ces trois mois qui vous
seront nécessaires pour retourner en France,
soyez le modèle de toutes les armées : ce ne
sont plus des preuves de courage et d'intrépi-
dité que vous êtes appelés à donner, mais
d'une sévère discipline. Que mes alliés n'aient
plus à se plaindre de votre passage, et, en ar-
rivant sur ce territoire sacré, comportez-vous
comme des enfants au milieu de leur famille;
mon peuple se comportera avec vous comme
il le doit envers ses héros et ses défenseurs.
124 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Soldats, l'idée que je vous verrai tous avant


six mois, rangés autour de mon palais, sourit
à mon coeur, et j'éprouve d'avance les plus
tendres émotions. Nous célébrerons la mé-
moire de ceux qui, dans ces deux campagnes,
sont morts au champ d'honneur, et le monde
nous verra tous prêts à imiter leur exemple,
et à faire encore plus que nous n'avons fait,
s'il le faut, contre coux qui voudraient atta-
quer notre honneur ou qui so laisseraient sé-
duire par l'or corrupteur des éternels enne-
mis du continent.
DE NAPOLÉON PREMIER 125

33. — PROCLAMATION A L'ARMEE D'ITALIE QUI,

S0U8 LES ORDRES DU PRINCE JOSEIH, DOIT


ALLER CONQUÉRIR LE ROYAUME DE NAPLE8.

De mon camp impérial d« Schcenbrnan


6 nivôse an XIV (*7 décembre 1805).

Soldats, depuis dix ans, j'ai tout fait pour


sauver le roi de Naples ; il a tout fait pour se
perdre.
Après la bataille do Dego, de Mondovi, de
Lodi, il ne pouvait m'opposer qu'une'fâiDÏe
résistance. Je me fiai aux paroles de ce prince
et je fus généreux envers lui.
126 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
Lorsque la seconde coalition fut dissoute à
Marengo, le roi de Naples, qui le premier
avait commencé cette injuste guerre, aban-
donné à tiunévillo par ses alliés, resta seul et
sans défense. Il m'implora ; je lui pardonnai
une seconde fois.
Il y a peu de mois, vous étiez aux portes de
Naples. J'avais d'assez légitimes raisons de
suspecter la trahison qui se méditait, et de
venger les outrages qui m'avaient été faits*
Je fus encore généreux. Je reconnus la neu-
tralité de Naples ; je vous ordonnai d'évacuer
ce royaume ; et pour la troisième fois la mai-
son C3 Naples fut affermie et sauvée.
Pardonnerons-nous une quatrième fois?
Nous fierons-nous une quatrième fois à une
cour sans foi, sans honneur, sans raison?
Non I non 1 La dynastie de Naples a cessé de
régner; son existence est incompatible avec
le repos de l'Europe et l'honneur de ma cou*
ronne:
DE NAPOLÉON PREMIER 127

Soldats, marchez, précipitez dans les flots,


si tant est qu'ils vous attendent, ces débiles
bataillons des tyrans des mers. Montrez au
monde de quelle manière nous punissons les
parjures. Ne tardez pas à m'apprendre que
l'Italie tout entière est soumise à mes lois ou
à celles de mes alliés ; que le plus beau pays
de la terre est affranchi du joug des hommes
les plus perfides ; que la sainteté des [traités
est vengée, et que les mânes de mes braves
soldats égorgés dans les ports de Sicile à leur
retour d'Egypte, après avoir échappé aux pé-
rils des naufrages, des déserts et des com-
bats, sont enfin apaisés.
Soldats, mon frère marchera à votre tête;
il connaît mes projets; il est le dépositaire de
mon autorité, il a toute ma confiance ; envi- •
ronnez-le de toute la [vôtre.
123 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

34. — ORDRE DU JOUR API'ES AUSTBRL1TZ SUR LA


RESTITUTION D*UNB AIGLE PBRDUE.

Quartier impérial, ScWubruDD, 4 ni-


vôse : n XIV (Î5 décembre 1805).

L'Empereur a passé lundi la revue des di-


visions des carabiniers et cuirassiers des gé-
néraux de Nansouty et d'Hautpoul.
Sa Majesté, après la revue, a éprouvé une.
véritable satisfaction de voir en aussi bon
' état ces braves régiments de cuirassiers qui

lui ont donné tant de preuves de courage


dans le courant d'e la campagne, et notam-
ment à la bataille d'Austerlitz,
DE NAPOLEON PREMIER 129
Mardi, Sa Majesté a passé la revue de la di-
vision Vandamme. L'Empereur charge le ma-
réchal Soult de faire connattre qu'il a été sa-
tisfait de cette division, et de revoir, après la
bataille d'Austerlitz, si nombreux, les batail-
lons qui ont acquis tant de gloire et qui ont
tant contribué au succès de cette journée.
Arrivé au l«r bataillon du 4* régiment de
ligne qui avait été entamé à la bataille d'Aus-
terlitz et y avait perdu son aigle, ^Empereur
lui dit : « Soldats, qu'avez-vous fait de l'aigle
que je vous avais donnée? Vous aviez juré
qu'elle vous servirait de point de ralliement
et que vous la défendriez au péril de votre vie;
comment avez-voustenu votre promesse? »
** Le major a répondu que, le porte-drapeau
aypnt été tué dans une charge au moment de
la plus forte mêlée, personne ne s'en était
aperçu au milieu de la fumée ; que, cepen-
dant, la division avait fait un mouvement à
droite ; que le bataillon avait appuyé ce mou-
0
130 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

vement, et que ce n'était que longtemps après


que l'on s'était aperçu de la perte de son
aigle ; que la preuve qu'il avait été réuni et
qu'il n'avait point été rompu, c'est qu'un mo-
ment après il avait culbuté deux bataillons
russes et pris deux drapeaux dont il faisait
hommage a l'Empereur, espérant que cela
leur mériterait qu'il leur rendit une autre
aigle.
L'Empereur a été un peu incertain, puis il
a dit : « Officiers et soldats, jurez qu'aucun
de vous ne s'est aperçu de la perte de sou
aigle et que, si vous vous en étiez aperçus,
vous vous seriez précipités pour la reprendre,
ou vous auriez péri sur le champ de .bataille,
car un soldat qui a perdu son drapeau a tout
perdu. » — «Nous le jurons et nous jurons
aussi de défendre l'aigle que vous nous don-
nerez, avec la même intrépidité que nous
avons mise à prendre les deux drapeaux que
nous vous présentons. » — « En ce cas, a dit
DE NAPOLÉON PREMIER 131

en souriant l'Empereur, je vous rendrai donc


votre aigle. »
Par ordre de l'Empereur,
Le maréchal BBRTHIER.
132 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

35. — PROCLAMATION SUR L'HOSTILITÉ DE

LA PRUSSE, EXPOSANT A LA GRANDE ARMÉS


LES CAUSES DE LA GUERRE.

Quartier général, Bamber^,


6 octobre 1806.

Soldats, l'ordre pour votre rentrée en France


était parti ; vous vous en étiez déjà rappro-
chés de plusieurs marches. Des fêtes triom-
phales vous attendaient, et les préparatifs
pour vous recevoir étaient commencés dans
la capitale.
Mais, lorsque nous nous abandonnions à
DE NAPOLÉON PREMIER 133*

cette trop confiante sécurité, de nouvelles


trames s'ourdissaient sous le masque de l'ami-
tié et de l'alliance. Des cris de guerre se sont
fait entendre à Berlin. Depuis deux mois, nous
sommes provoqués tous les jours davan-
tage.
La même faction, le même esprit de vertige
qui, à la faveur de nos dissensions intestines,
conduisit, il y a quatorze ans, les Prussiens
au milieu des plaines de la Champagne, do-
mine dans leurs conseils. Si ce n'est plus
Paris qu'ils veulent brûler et renverser jusque
dans ses fondements, c'est aujourd'hui leur
drapeau qu'ils se vantent de planter dans la
capitale de nos alliés ; c'est la Saxe qu'ils veu-
lent obliger à renoncer, par une transaction
honteuse, à son indépendance, en la rangeant
au nombre de leurs provinces ; c'est enfin vos
lauriers qu'ils veulent arracher de votre front.
Ils veulent que nous évacuions l'Allemagne à
l'aspect de leurs armes l Les insensés 1 Qu'ils
134 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
sachent donc qu'il serait mille fois plus facile
de détruire la grande capitale que de flétrir
l'honneur des'enfants du Grand Peuple et
de ses alliés I Leurs projets furent con-
fondus alors ; ils trouvèrent dans les plaines
de la Champagne la défaite, la mort et la
honte. Mais les leçons de l'expérience s'effa-
cent, et il est des hommes chez lesquels
le sentiment de la haine et de la jalousie ne
meurt jamais.
Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille
retourner en France par un autre chemin que
par celui de l'honneur* Nous ne devons y ren-
trer que sous des arcs de triomphe.
Eh quoil aurions-nous donc bravé les sai-
sons, les mers, les déserts, vaincu l'Europe
plusieurs fois coalisée contre nous, porté notre
gloire de l'Orient à l'Occident, pour'retourner
aujourd'hui dans notre patrie, comme des
transfuges, après avoir abandonné nos alliés,
et pour entendre dire que l'aigle française a
DE NAPOLÉON PREMIER 135

fui épouvantée à l'aspect des armées prus-


siennes!
Mais déjà ils sont arrivés sur nos avant-
postes. Marchons donc, puisque la modération
n'a pu les faire sortir de cette étonnante
ivresse. Que l'armée prussienne éprouve le
même sort qu'elle éprouva il y a quatorze ans.
Qu'ils apprennent que, s'il est facile d'acqué-
rir un accroissement de domaines et de puis-
sance avec l'amitié du Grand Peuple, son ini-
mitié, qu'on ne peut provoquer que par l'aban-
don de tout esprit de sagesse et de raison, est
plus terrible que les tempêtes de l'Océan I
136 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

36. — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE D'IÉMA

Camp impérial de Pot dam,


26 octobre 1806.

A la Grande Armée.

Soldats, vous avez justifié mon attente et


répondu dignement à la confiance du peuple
français.
Vous avez supporté les privations et les
fatigues avec autant de courage que vous avez
montré d'intrépidité et de sang-froid au
milieu des combats. Vous êtes les dignes dé-
fenseurs de l'honneur de ma couronne et de
DE NAPOLÉON PREMIER 137

la gloire du Grand Peuple. Tant que vous serez


animés de cet esprit, rien ne pourra vous ré-
sister. La cavalerie a rivalisé avec l'infante-
rie et l'artillerie ; je ne sais désormais à
quelle arme je dois donner la préférence, vous
êtes tous de bons soldats.
Voici les résultats de nos travaux : une des
premières puissances militaires de l'Europe,
qui osa naguère nous proposer une honteuse
capitulation, est anéantie. Les forêts, les défi-
lés de la Franconie, la Saale, l'Elbe, que nos
pères n'eussent pas traversés en sept ans,
nous les avons traversés en sept jours, et livré,
dans l'intervalle, quatre combats et une
grande bataille. Nous avons précédé à Pots-
dam, à Berlin, la renommée de nos victoires.
Nous avons fait soixante mille prisonniers, pris
soixante-cinq drapeaux parmi lesquels ceux
des Gardes du roi de Prusse, six cents pièces de
canon, trois forteresses, plus de vingt géné-
raux. Cependant près de la moitié de vous
138 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

regrettent de n'avoir pas encore tiré un coup


de fusil. Toutes les provinces de la monarchie
prussienne jusqu'à l'Oder sont en notre pou-
voir.
Soldats, les Russes se v nient de venir à
nous; nous marcherons à leur rencontre, nous
leur épargnerons la moitié du chemin. Ils
retrouveront Austerlitz au milieu delà Prusse.
Une nation qui a aussitôt oublié la générosité
dont nous avons usé envers elle après cette
bataille où son empereur, sa cour, les débris
de son armée n'ont dû leur salut qu'à la capi-
tulation que nous leur avons accordée, est
une nation qui ne saurait lutter avec succès
contre nous.
Cependant, tandis que nous marchons au-
devant des Russes, de nouvelles armées for-
mées dans l'intérieur de l'empire viennent
prendre notre place-, pour gardei nos con-
quêtes. Mon peuple tout entier s'est levé, in-
digné de la honteuse capitulation que les mi-
DE NAPOLÉON PREMIER 139

nistres prussiens, dans leur délire, nous ont


proposée.
Nos routes et nos villes frontières sont rem-
plies de conscrits, qui brûlent de marcher sur
vos traces. Nous ne serons plus désormais les
jouets d'une paix traîtresse, et nous ne pose-
rons plus les armes que nous n'ayons obligé
les Anglais, ces éternels ennemis de notre
nation, à renoncer au projet de troubler le
continent et à la tyrannie des mers.
Soldats, je ne puis mieux vous exprimer les
sentiments que j'ai pour vous qu'en vous di-
pant que je vous porte dans mon coeur l'amour
que vous me montrez tous les jours.
140 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

37. — PROCLAMATION A LA GRANDE ARMÉE


SUR LES PROJETS INSENSÉS DBS RUSSES QUI
OUBLIENT AUSTERLITZ ET LA GÉNÉROSITÉ DE
L'EMPEREUR.

Quartier impé.ia). POSÎD,


2 décembre 1806.

Soldats, il y a aujourd'hui un an, à cette


heure même, que vous étiez sur le champ
mémorable d'Austerlitz ; les bataillons russes,
épouvantés, fuyaient en déroute, ou, envelop-
pés, rendaient les armés à leurs vainqueurs.
Le lendemain, ils firent entendre des paroles
de paix ; mais elles étaient trompeuses ; à
DE NAPOLÉON PREMIER 141

peine échappés, par l'effet d'une générosité


peut-être condamnable, aux désastres de la
troisième coalition, ils en ont ourdi une qua-
trième. Mais l'allié sur la tactique duquel ils
fondaient leur principale espérance n'est déjà
plus. Ses places fortes, ses capitales, ses ma-
gasins, ses arsenaux, deux cent quatre-vingts
drapeaux, sept cents pièces de bataille, cinq
grandes places de guerre, sont en notre pou-
voir. L'Oder, la Warta, les déserts de la Polo-
gne, les mauvais temps de la saison n'ont pu
vous arrêter un moment. Vous avez tout
bravé, tout surmonté ; tout à fui à votre
approche.
C'est en vain que les Russes ont voulu dé-
fendre la capitale de cette ancienne et illus-
tre Pologne : l'aigle française plane sur la
Vislule. Le brave et infortuné Polonais, en
vous voyant, croit revoir les légions de So-
bieski de retour de leur mémorable expédi-
tion.
142 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

Soldats, nous ne déposerons point les armes


que la paix générale n'ait affermi et assuré la
puissance de nos alliés, n'ait restitué à notre
commerce sa liberté et ses colonies. Nous
avons conquis, sur l'Elbe et l'Oder, Pondi-
chéry, nos établissements des Indes, le cap de
Bonne-Espérance et les colonies espagnoles.
Qui donnerait aux Russes le droit d'espé-
rer de bouleverser les destins ? Qui leur
donnerait le droit de renverser de si justes
desseins ? Eux et nous, ne sommes-nous pas
les soldats d'Austerlitz?
DE NAPOLÉON PREMIER 143-

38. — PROCLAMATION EXCITANT LES SOLDAIS A

REJETER LES RUSSES AU DELA DU NIÉMEN.

Varsovie, 3 janvier 1807.

Soldats, l'armée russe, battue au passage


de la Wkra, aux combats de Ozarnowo, de
Nasielsk, de Lopacziu, de Pultusk, de Goly-
min, n'a échappé qu'à la faveur des boues qui
ont empêché la marche de nos colonnes. Par-
tie de ses hôpitaux et blessés, huit mille pri-
sonniers, quatre-vingts pièces de canon, plu-
sieurs drapeaux, sont nos trophées et attestent
votre valeur.
144 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONSMILITAIRES

J'espérais que ces nouveaux revers éclaire-


raient leur politique, et que, convaincus de
l'impuissance de leurs eiforts contre nous, ils
renonceraient à leurs vues ambitieuses sur
Constantinople ; mais ils sont entraînés par la
fatalité qui constamment égare les conseils de
nos ennemis.
Ils entrent en Turquie et déclarent la guerre
à la Porte, au moment même où nous arri-
vons sur leurs frontières. Les premiers ils
lèvent leurs quartiers d'hiver, et viennent
inquiéter leurs vainqueurs pour éprouver de
nouvelles défaites. Puisqu'il en est ainsi, sor-
tons d'un repos qui ferait tort à notre réputa-
tion ; qu'ils fuient épouvantés devant nos
aigles au delà du Niémen I Nous passerons le
reste de notre hiver dans les beaux pays de la
vieille Prusse, et ils ne pourront attribuer
qu'à eux-mêmes les malheurs qu'ils éprouve-
ront.
Quatre régiments français du premier corps
DB NAPOLÉON (PREMIER 445
de la Grande Armée viennent, à l'extrémité
de la gauche, de mettre en déroute quatorze
mille hommes. Depuis quand les vaincus
ont-ils lo droit de choisir les plus beaux pays
pour leurs quartiers d'hiver ? Les glaces ont
rendu tous les chemins praticables.
Soldats, au milieu des frimas de l'hiver
comme au commencement de l'automne, au
delà de la Vistule comme au delà du Danube,
sur les bords du Niémen comme sur ceux de
la Saale, vous serez toujours les soldats fran-
çais, et les soldats français de la Grande
Armée.
Je dirigerai moi-même tous vos mouve-
ments ; vous ferez tous ce que l'honneur vous
commande ; et s'ils osent tenir devant nous,
peu échapperont.

iO
U$ ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

»& — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE D*EYLAU.

Proojsich-KTlau, 16 février 1807.

Soldats, nous commencions à prendre un


jeu de repos dans nos quartiers d'hiver, lors-
que l'ennemi a attaqué le 1er corps et s'est
présenté sur la basse Vistule. Nous avons
marché à lui, nous l'avons poursuivi l'épée
dans les reins pendant l'espace de quatre-
vingts lieues. Il s'est réfugié sur les remparts
de ses places et a repassé le Pregel. Nous lui
avons enlevé, aux combats de Bergfriede, de
Deppen, de Hof, à la bataille d'Eylau, soixante-
DE NAPOLÉON PREMIER 147

cinq pièces de canon, seize drapeaux, et tué,


blessé ou pris plus de quarante mille hommes.
Les braves qui, de notre côté, sont restés sur
le champ d'honneur, sont morts d'une mort
glorieuse : c'est la mort des vrais soldats.
Leurs familles auront des droits constants à
notre sollicitude et à nos bienfaits.
Ayant ainsi déjoué tous les projets de l'en-
nemi, nous allons nous rapprocher de la Vis-
tule et rentrer dans nos cantonnements. Qui
osera en troubler le repos s'en repentira ; car,
au delà de la Vistule comme au delà du Da-
nube, au milieu des frimas de l'hiver comme
au commencement de l'automne, nous serons
toujours les soldats français, et les soldats*
français de la Grande Armée.
143 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

40. — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE DE


FR1EDLAND.

Camp impérial de Tilsit, iijwn 1907.

Soldats, le 5 juin nous avons été attaqués


dans nos cantonnements par l'armée russe.
L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre
inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre
repos était celui du lion. Il se repent de
l'avoir troublé.
Dans les journées de Guttstadt, de Heils-
berg, dans celle à jamais mémorable de Friéd-
hnd, dans dix jours de campagne enfin nous
DE NAPOLÉON PRBMISR 149
.
avons pris cent vingt pièces de canon, sept
drapeaux, tué, blessé ou pris soixante mille
Russes, enlevé à l'armée ennemie tous ses
magasins, ses hôpitaux, ses ambulances, la
place de Koenigsberg, les trois cents bâti-
ments qui étaient dans le port chargés de
toute espèce de munitions, cent soixante mille
fusils que l'Angleterre envoyait pour armer
nos ennemis.
Des bords de la Vistule, nous sommes arri-
vés sur ceux du Niémen avec la rapidité de
l'aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz l'anni-
versaire du couronnement : vous avez cette
année dignement célébré celui de la bataille
de Marengo, qui mit fin à la guerre de la
seconde coalition.
Français, vous avez été dignes de vous et de
moi. Vous rentrerez en France couverts de
tous vos lauriers, et après avoir obtenu une
paix glorieuse, qui porte avec elle la garantie
de sa durée. Il est temps d'en finir et que
150 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

notre patrie vive en repos à l'abri de la ma-


ligne influence de l'Angleterre. Mes bienfaits
vous prouveront ma reconnaissance et toute
l'étendue de l'amour que je vous porte.
DE NAPOLÉON PREMIER 15$

41. — PROCLAMATION A L'AVANT - GARDE t*S


L'ARMÉE D'BSPAGNB.

Saint-Cload, dimanche 11 septembre 19M.

Soldats, après avoir triomphé sur les bords


du Danube et de laVislule, vous avez tra-
versé l'Allemagne à marches forcées. Je vous
fais aujourd'hui traverser la France sans vous
donner un moment de repos.
Soldats, j'ai besoin de vous. La présence
hideuse du léopard souille les continents d'Es-
pagne et du Portugal; qu'à votre aspect il fuie
épouvanté. Portons nos aigles triomphantes
152 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

jusqu'aux colonnes d'Hercule : là aussi nous


avons des outrages à venger.
Soldats, vous avez surpassé la renommée
des.armées modernes; mais avez-vous égalé
la gloire des armées de Rome, qui, dans une
même campagne, triomphaient sur le Rhin et
sur l'Euphrate, en lllyrie et sur le Tage t
Une longue paix, une prospérité durable
seront le prix de vos travaux. Un vrai Fran-
çais ne peut, no doit prendre du repos que les
mers ne soient ouvertes et affranchies.
Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce
que vous ferez encore pour le bonheur du
peuple français, pour ma gloire, pour la vôtre
1,

sera éternellement dans mon coeur.


DE NAPOLÉON PREMIER 153

4?, — PROCLAMATION A L'ARMÉE D'ALLEMAGNE

SUR L'OUVERTURE DE LA SECONDE CAMPAGNE


D'AUTRICHB.

Donaunerth, 17 avril.1809.

Soldats, le territoire de la Confédération du


Rhir. a été violé. Le général autrichien veut
que nous fuyions à l'aspect de ses armes et
que nous lui abandonnions le territoire de
nos alliés. J'arrive au milieu de vous avec la
rapidité de l'aigle.
Soldats, j'étais entouré de vous lorsque le
souverain d'Autriche vint à mon bivouac de
154 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
Moravie. Vous l'avez entendu implorer ma
clémence et me jurer une amitié éternelle.
Vainqueurs dans trois guerres, l'Autriche a
dû tout à votre générosité : trois fois elle a
été parjure l Vos succès passés nous sont un
sûr garant de la victoire qui nous attend.
Marchons donc, et qu'à notre aspect l'ennemi
reconnaisse ses vainqueurs!
DE NAPOLÉON PREMIER 155

43. — PROCLAMATION DE RATISBONNE.

Quartier impérial de Ratisbonne,


*l avril 1809.

Soldats, vous avez justifié mon attente Vous1

avez suppléé au nombre par votre bravoure.


Vous avez glorieusement marqué la différence
qui existe entre les soldats de César et les co-
lonnes armées de Xerxcs.
En peu de jours, nous avons triomphé dans
les trois batailles rangées de Thann, d'Abens-
berg et d'Eckmûhl, et dans les combats de
Peising, de Landshut et de Ratisbonne. Cent
156 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

pièces de canon, quarante drapeaux, cin-


quante mille prisonniers, trois équipages de
pont, tous les parcs de l'ennemi portés sur
six cents caissons attelés, trois mille voitures
attelées portant les bagages, toutes les caisses
des régiments, voilà le résultat de la rapidité
de votre marche et de votre courage.
L'ennemi, enivré par un cabinet parjure,
paraissait ne plus conserver aucun souvenir
de vous. Son réveil a été prompt; vous lui
avez apparu plus terribles que jamais. Naguère
il a traversé l'Inn et envahi le territoire de
nos alliés. Naguère il se promettait de porter
la guerre au sein de la patrie. Aujourd'hui,
défait, épouvanté, il fuit en désordre;déjà mon
avant-garde a passé l'Inn. Avant un mois,
nous serons à Vienne.
DE NAPOLÉON PREMIER 157

44. — PROCLAMATION DR LA PRISE DE VIENNE.

Qua-lier impérUl de Schoenb;uno,


13 mai 1809.

Soldats, un mois après que l'ennemi passa


l'Inn, au môme jour, à la même heure, nous
sommes entrés dans Vienne. Ses landwehrs,
ses levées en masse, ses remparts créés par la
rage impuissante des princes de la Maison de
Lorraine, n'ont point soutenu vos regards.
Les princes de cette Maison ont abandonné
leur capitale, non comme des soldats d'hon-
neur qui cèdent aux circonstances et aux re-
158 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

vers de la guerre, mais comme des parjures


que poursuivent leurs propres remords. En
fuyant de Vienne, leurs adieux à ses habitants
ont été le meurtre et l'incendie : comme Mé-
dée, ils ont de leurs propres mains égorgé
leurs enfants.
Soldats, le peuple de Vienne, selon l'expres-
sion de la députation de ses faubourgs, dé-
laissé, abandonné, veuf, sera l'objet de vos
égards. Je prends les bons habitants sous ma
spéciale protection. Quant aux hommes tur-
bulents et méchants, j'en ferai une justice
exemplaire.
Soldats, soyons bons pour les pauvres pay-
sans et pour ce bon peuple qui a tant de droits à
notre estime, Ne conservons aucun orgueil de
nos succès. Voyons-y une preuve de cette jus-
tice divine qui punit l'ingrat et le parjure.
DE NAPOLÉON PRBMIBR 159

45. — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE


D'BSSLINO.

Camp impérial d'Kbersdorf,


*7 mai 180).

Soldats de l'armée d'Italie, vous avez glo-


rieusement atteint le but que je vous avais
marqué. Le Semring a été témoin de votre
jonction avec la Grande Armée. Soyez les
bienvenus. Je suis content de vous!
Surpris par un ennemi perfide avant que
vos colonnes fussent réunies, vous avez dû
rétrograderjusqu'à l'Adige. Mais, lorsque vous
160 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

reçûtes l'ordre de marcher en avant, vous


étiez sur les champs mémorables d'Arcole, et
là vous jurâtes sur les mânes de nos héros de
triompher. Vous avez tenu parole à la bataille
de la Piave, aux combats de San-Daniele,
de Tarvis, de Gorilz ; vous avez pris d'assaut
les forts de Malborghetlo, de Prediel, et fait
capituler la division ennemie retranchée dans
Prewaid et Laybach. Vous n'aviez pas encore
passé la Drave, et déjà vingt-cinq mille pri-
sonniers, soixante pièces de bataille, dix dra-
peaux avaient signalé votre valeur. Depui?, la
Drave, la Save, la Wlar n'ont pu retarder
votre marche. La colonne autrichienne de
Jellaclich, qui la première entra dans Munich,
qui donna le signal des massacres dans le
Tyrol, environnée à Saint-Michel, est tombée
dans vos baïonnettes. Vous avez fait une
pron pte justice de ces débris dérobés à la
colère de la Grande Armée.
Soldats, cette armée autrichienne d'Italie,
DE NAPOLÉON PREMIER 161

qui, un moment, souilla par sa présence mes


provinces, qui avait la prétention de briser
ma couronne de fer, dispersée, battue, anéantie
grâce à vous, sera un exemple de la vérité de
cette devise : Dio me la diede, guai a chi la
tocca![Dieu me l'a donnée, malheur à qui la
touche l)

11
162 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

46. — PROCLAMATION DE L'OUVERTURE DE

LA CAMPAGNE DE RUSSIE.

Quartier impérial de "WilkowJzM,


22 juin 1812.

A la Grande Armée.
Soldats!
La seconde guerre de la Pologne est com-
mencée ; la première s'est terminée à Fried-
land et à Tilsit. ATilsit la Russie a juré éter-
nelle alliance à la France et guerre à l'An-
gleterre. Elle viole aujourd'hui ses serments!
Elle ne veut donner aucune explication de son
DE NAPOLÉON PREMIER 163

étrange conduite que les aigles françaises


n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos
alliés à sa discrétion. La Russie est entraînée
par la fatalité ; ses destins doivent s'accom-
plir. Nous croirait-elle donc dégénérés? Ne
serions-nous donc plus les soldats d'Austerlitz?
Elle nous place entre, le déshonneur et la
guerre : le choix ne saurait être douteux.
Marchons donc en avant : passons le Niémen,
portons la guerre sur son territoire. La se-
conde guerre de la Pologne sera glorieuse aux
armes françaises, comme la première. Mais la
paix que nous conclurons portera avec elle sa
garantie, et mettra un terme à la funeste
influence que la Russie a exercée depuis
cinquante ans sur les affaires d'Europe.
164 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

47. — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE DE

LA MOSKOWA.

Au camp impérial, sur les hauteurs de Borodino


7 septembre 1819, deux heures du matin.

Soldats, voilà la bataille que vous avez tant


désirée I Désormais la victoire dépend de
vous : elle nous est nécessaire. Elle nous don-
nera l'abondance, de bons quartiers d'hiver et
un prompt retour dans la patrie l
Conduisez-vous comme à Austerlilz, à
Friedland, à Vitebsk, à Smolensk, et que la
postérité la plus reculée cite avec orgueil votre
DE NAPOLÉON PREMIER 165
conduite dans cette journée. Que l'on dise de
vous : /l était à celte grande bataille sous les
murs de Moscou!
166 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

43. — PROCLAMATION DE LA VICTOIRE DE

LUTZEN.

De notre camp impérial de LuUen,


8 mal 1813.

Soldats, je suis content de vous ! Vous avez


rempli mon attente Vous avez suppléé, à tout
1

par votre bonne volonté et par votre bravoure.


Vous avez, dans la célèbre journée du 2 mai
1813, défait et mis en déroute les armées russe
et prussienne commandées par l'empereur
Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez ajouté
un nouveau lustre à la gloire de mes aigles :
DE NAPOLÉON PREMIER 167

vous avez montré tout ce dont est capable le


sang français. La bataille de Lutzen sera mise
au-dessus des batailles d'Austerlitz, d'Iéna, de
Friedland etdela Moskowa. Dans la campagne
passée, l'ennemi n'a trouvé de refuge contre
nos armes qu'en suivant la méthode féroce des
barbares, ses ancêtres : des armées de Tartares
ont incendié des campagnes, des villes, la
sainte Moscou elle-même. Aujourd'hui ilsarri-
valent dans nos contrées, précédés de tout ce
que l'Allemagne, la France et l'Italie ont de
mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher
la révolte, l'anarchie, la guerre civile, le
meurtre; ils se sont faits les apôtres de tous les
crimes. C'est un incendie moral qu'ils vou-
laient allumer entre .la Vistule et le Rhin,
pour, selon l'usage des gouvernements despo-
tiques, mettre des déserts entre nous et eux.
Les insensés I Ils connaissaient peu l'attache-
ment à leurs souverains, la sagesse, l'esprit
d'ordre et le bon sens des Allemands. Ils con-
168 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

naissaient peu la puissance et la bravoure des


Français.
Dans une seule journée, vous avez déjoué
tous ces complots parricides. Nous rejette-
rons les Tartares dans leur affreux climat,
qu'ils ne doivent pas franchir. Qu'ils restent
dans leurs déserts glacés, séjour d'esclavage,
de barbarie et de corruption, où l'homme est
ravalé à l'égal de la brute.
Vous avez bien mérité de l'Europe civilisée.
Soldats, l'Italie, la France, l'Allemagne vous
rendent des actions de grâces/
DE NAPOLÉON PRENIIEK 169

49. PREMIÈRE ALLOCUTION DE FONTAI-



NEBLEAU : LA RÉSISTANCE.

Cour do Cheval-Blanc, à Fontainebleau,


3 avril 1811.

Officiers, sous-officiers et soldats de la Vieille


Garde ! L'ennemi nous a dérobé trois mar-
ches. Il est entré dans Paris. J'ai fait offrir à
l'Empereur Alexandre Une paix achetée par de
grands sacrifices :1a France avec ses anciennes
limites, en renonçant à nos conquêtes, en
perdant tout ce que nous avons gagné depuis
la Révolution. Non seulement il a refusé; il a
170 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
fait plus encore : par les suggestions perfides
de ces émigrés auxquels j'ai' accordé la vie, et
que j'ai comblés de bienfaits, ils les autorise à
porter la cocarde blanche, et bientôt il voudra
la substituer à notre cocarde nationale. Dans
peu de jours, j'irai l'attaquer à Paris. Je
compte sur vous. Ai-je raison ? Nous irons leur
prouver que la nation française sait être
maîtresse chez elle ; que si nous l'avons été
longtemps chez les autres, nous le serons tou-
jours chez nous, et qu'enfin nous sommes ca-
pables de défendre notre cocarde, notre indé-
pendance et l'intégrité de notre territoire*
Communiquez ces sentiments à vos soldats.
DE NAPOLÉON PREMIER 171

50. — DEUXIÈME ALLOCUTION DE FONTAINEBLEAU.


LES ADIEUX A LA CARDE.

Fontainebleau, JO avril 1811.

Soldats de ma Vieille Garde, je vous fais mes


adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés
constammentsur le chemin de l'honneur et de
la gloire. Dans ces derniers temps, comme
dans ceux de notre prospérité, vous n'avez
cessé d'être des modèles de bravoure et de
fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre
cause n'était pas perdue. Mais la guerre était
interminable; c'eût été la guerre civile, et la
172 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

France n'en serait devenue que plus malheu-


reuse. J'iii donc sacrifié tous nos intérêts à
ceux de la patrie ; je pars. Vous, mes amis,
continuez de servir la France. Son bonheur
était mon unique pensée; il sera toujours
l'objet de mes voeux! Ne plaignez pas mon
sort; si j'ai consenti à me survivre, c'est pour
servir encore à votre gloire. Je veux écrire les
grandes choses que nous avons faites en-
semble ! Adieu, mes enfants Je voudrais vous
1

presser tous sur mon coeur ; que j'embrasse au


moins votre drapeau !...

A ces mots, le général Petit, saisissant l'aigle, s'avance.


Napoléon reçoit te général dans ses bras et baise le dra-
peau. Le silence que cette grande scène inspire n'est in-
terrompu que par les sanglots des soldats. Napoléon,
dont l'émotion était visible, fait un effort et reprend d'une
voix ferme :
Adieu encore une fois, mes vieux compa-
gnons I Que ce dernier baiser passe dans vos
coeurs!
DE NAPOLÉON PREMIER 173

51. — PROCLAMATION DU RETOUR DE L*ILB


D'ELBB.

Qolfe Jouan, I" mars 1815.

A VArmée.

Soldats, nous n'avons pas été vaincus. Deux


hommes sortis de nos rangs (Augereau et
Marmont) ont trahi nos lauriers, leur pays,
leur prince, leur bienfaiteur.
Ceux que nous avons vus pendant vingt-
cinq ans parcourir toute l'Europe pour nous
susciter des ennemis, qui ont passé leur vie
174 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

à combattre contre nous dans les rangs des


armées étrangères, en maudissant notre belle
France, prétendraient-ils commander et en-
chaîner nos aigles, eux qui n'ont jamais pu en
soutenir les regards? Souffrirons-nous qu'ils
héritent du fruit de nos glorieux travaux;
qu'ils s'emparent de nos honneurs, de nos
biens, qu'ils calomnient nos gloires? Si leur
règne durait, tout serait perdu, même le sou-
venir de ces immortelles journées. Avec quel
acharnement ils les dénaturent Ils cherchent
1

à empoisonner ce que le monde admire ; et,


s'il reste encore dés défenseurs de notre
gloire,, c'est parmi ces mêmes ennemis que
nous avons combattus sur le champ de ba-
taille.

Soldats, dans mon exil j'ai entendu votre


voix. Je suis arrivé à travers tous les obstacles
et tous les périls.
Votre général, appelé au trône par le choix
DE NAPOLÉON PREMIER 175

du peuple et élevé sur vos pavois, vous est


rendu : venez le joindre.

Arrachez ces couleurs que la nation a pros-


crites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servi-
rent de ralliement à tous les ennemis de la
France I Arborez cette cocarde tricolore; vous
la portiez dans nos grandesjournées!

Nous devons oublier que nous avons été les


maîtres des nations ; mais nous ne devons pas
souffrir qu'aucune se mêle de nos affaires. Qui
prétendrait être maître chez nous, qui en
aurait le pouvoir?

Reprenez ces aigles que vous aviez à Ulm, à


Austerlitz, à Iéna, à Eylau, à Friedland, à
Tudela, à Eckmûlh, à Essling, à Wagram, à
Smolensk, à la Moskova, à Lutzen, à Wurs-
chen, à Montmirail ! Pensez-vous que cette
poignée de Français aujourd'hui si arrogants
puissent en soutenir la vue? Ils retourneront
d'où ils viennent; et là, s'ils le veulent, ils
176 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

régneront comme ils prétendent avoir régné


pendant dix-neuf ans.
Vos rangs, vos biens, votre gloire, les biens,
les rangs et la gloire de vos enfants, n'ont pas
de plus grands ennemis que ces princes que
les étrangers nous ont imposés; ils sont les
ennemis de notre gloire, puisque le récit de
tant d'actions héroïques qui ont illustré le peu-
ple français combattant contre eux pour se
soustraire à leur joug est leur condamnation.
Les vétérans des armées de Sambre-et-
Meuse, du Rhin, d'Italie, d'Egypte, de l'Ouest,
de la Grande Armée, sont tous humiliés; leurs
honorables cicatrices sont flétries. Leurs
succès seraient des crimes ; ces braves se-
raient des rebelles, si, comme le prétendent
les ennemis du peuple, les souverains légi-
times étaient au milieu des armées étrangères.
Les honneurs, les récompenses, leur affection
sont pour ceux qui les ont servis contre la
patrie et contre nous.
DE NAPOLÉON PREMIER 177
Soldats, venez vous ranger sous les dra-
peaux de votre chef. Son existence ne se
compose que de la vôtre; ses droits ne sont
que ceux du peuple et les vôtres ; son intérêt,
son honneur et sa gloire ne sont autres que
votre intérêt, votre honneur et votre gloire.
La victoire marchera au pas de charge.
L'aigle, avec les couleurs nationales, volera
de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-
Dame. Alors vous pourrez montrer avec hon-
neur vos cicatrices. Alors vous pourrez vous
vanter de ce que vous aurez fait; vous serez
les libérateurs de la patrie I Dans votre ville,
entourés et considérés devos concitoyens, ils
vous entendront avec respect raconter vos
hauts faits ; vous pourrez dire avec orgueil :
« Et moi aussi je faisais partie de cette Grande
Armée qui est entrée deux fois dans les murs
de Vienne, dans ceux de Rome, dé Ber-
lin, de Madrid, de Moscou, et qui a délivré
Paris de la souillure que la trahison et la
12
178 ALLOCUTIONS BT PROCLAMATIONS MILITAIRES
présence de l'ennemi y ont empreinte! »
Honneur à ces braves soldats, la gloire de
la patrie ! et honte éternelle aux Français cri-
minels, dans quelque rang que la fortune les
ait fait naître, qui combattirent vingt-cinq
ans avec l'étranger pour déchirer le sein de
la patrie !
DE NAPOLÉON PREMIER 179

52. — LA PROCLAMATION DE LA CAMPAGNE

DE BELGIQUE EN 1815.

Avesnes, 14 juin 1815.

A VArmée du Nord.

Soldats, c'est aujourd'hui l'anniversaire de


Marengoetde Friedlandqui décidèrent deux
fois du destin de l'Europe. Alors, comme
après Austerlitz, comme après Wagram, nous
fûmes trop généreux ; nous crûmes aux protes-
tations et aux serments des princes que nous
laissâmes sur le trône I Aujourd'hui, cepen-
180 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONSMILITAIRES

dant, coalisés contre nous, ils en veulent à


l'indépendance et aux droits les plus sacrés de
la France. Ils ont commencé la plus injuste
des agressions. Marchons donc à leur ren-
contre: eux et nous ne sommes-nous plus les
mêmes hommes?
Soldats, à Iéna, contre les mêmes Prus-
siens aujourd'hui si arrogants, vous étiez un
contre trois; à Montmirail, un contre six.
Que ceux d'entre vous qui ont été prison-
niers des Anglais vous fassent le récit de
leurs pontons et des maux affreux qu'ils ont
soufferts I
Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les
soldas de la confédération du Rhin, gémis-
sent d'être obligés de prêter leurs bras à la
cause des princes ennemis de la justice et des
droits de tous les peuples, llssavent que cette
coalition est insatiable. Après avoir dévoré
douze millions de Polonais, douze millions
d'Italiens, un million de Saxons, six millions
DE NAPOLÉON PREMIER 181

de Belges, elle devra dévorer les Etats de


deuxième ordre de l'Allemagne.
Les insensés Un moment de prospérité
1

les aveugle. L'oppression et l'humiliation du


peuple français sont hors de leur pouvoir.
S'ils entrent en France, il y trouveront leur
tombeau.
Soldats, nous avons des marches forcées à
faire, desbataillesà livrer, des périls à coudr;
mais avec de la constance, la victoire sera à
nous : les droits, l'honneur et le bonheur de
la patrie seront reconquis.
Pour tout Français qui a du coeur, le mo-
ment est arrivé de vaincre ou de périr 1
182 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS
MILITAIRBS

53. — PROCLAMATION DE LA MALMAISON.

ADIEU SUPRÊME A L'ARMÉB FRANÇAISE.

1.1 Malmaison, 25 juin 1815.

Soldats, quand je cède à la nécessité qui me


force de m'éloigner de la brave armée fran-
çaise, j'emporte avec moi l'heureuse certitude
qu'elle justifiera par les services éminents
que la patrie attend d'elle les éloges que
nos ennemis eux-mêmes ne peuvent pas lui
refuser.
Soldats, je suivrai vos pas, quoique absent.
Je connais tous les corps, et aucun d'eux ne
DE NAPOLÉON PREMIER 183

remportera un avantage signalé sur l'ennemi,


que je ne rende justice au courage qu'il aura
déployé. Vous, et moi, nous avons été calom-
niés. Des hommes indignes d'apprécier vos
travaux ont vu, dans les marques d'attache-
ment que vous m'avez données, un zèle don)
j'étais le seul objet. Que vos succès futurs
leur apprennent que c'était la patrie par-
dessus tout que vous serviez en m'obéissant,
et que, si j'ai quelque part à votre affection,
je le dois à mon ardent amour pour la France,
notre mère commune.
Soldats, encore quelques efforts et la coali-
tion est dissoute. Napoléon vous reconnaîtra
aux coups que vous allez porter.
Sauvez l'honneur, l'indépendance des Fran-
çais; soyez jusqu'à la fin tels que je vous ai
connus depuis vingt ans, et vous serez invin-
cibles.
184 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

LES PROCLAMATIONS DU 14 JUILLET

1. PROCLAMATION POUR LA CÉLÉBRATION DU



14 JUILLET 1797.

Milan, 86 messidor an V
(M juillet 1797).

A fArmée.

Soldats, c'est aujourd'hui l'anniversaire du


14 juillet. Vous voyez devant vous les noms
de nos compagnons d'armes morts au champ
d'honneur pour la liberté de la patrie : ils
vousontdonné l'exemple. Vous vous deveztout
entiersà la République ; vous vous devez tout
entiers au bonheur de trente millions de Fran-
DE NAPOLÉON PRBMIBR 185

çais ; vous vous devez tout entiers à la gloire


de ce nom qui a reçu un nouvel éclat par vos
victoires.
Soldats, je sais que vous êtes profondément
affectés des malheurs qui menacent la patrie ;
mais la patrie ne peut courir de dangers réels.
Les mêmes hommes qui l'ont fait triompher
de l'Europe coalisée sont là. Des montagnes
nous séparent de la France; vous les franchi-
riez avec la rapidité de l'aigle, s'il le fallait,
pour maintenir la Constitution, défendre la
liberté, protéger le gouvernement et les
républicains*.
Soldats, le gouvernement veille sur le dépôt
des lois qui lui est cou fié. Les royalistes, dès
l'instant qu'ils se montreront, auront vécu.
Soyez sans inquiétude, et jurons par les
mànês desjj héros, qui sont morts à côté de
nous pour la liberté, jurons sur nos nouveaux
drapeaux : Guerre implacable aux ennemis de
la République et de la Constitution.
186 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

2. — INVITATION A FAIRE A DES ARTISTES

LYRIQUES ITALIENS DE SB RENDRE A PARIS

POUR LA FÊTE DU 14 JUILLET 1800.

Au général Berthierf commandant en chef de


Varmée de réseruet à Milan.

Milan, 2 messMor an VIII


(31 juin 1800).

Je vous prie, citoyen général, d'inviter deux


des meilleurs virtuoses d'Italie de se rendre
à Paris pour y chanter un duo en italien, à
la fête du 14 juillet. Vous leur ferez donnercê
qui leur sera nécessaire pour leur voyage, et
DE NAPOLÉON PREMIER 187

le ministre de l'intérieur, auquel vous les


adresserez, les traitera d'une manière con-
forme à leur mérite et les indemnisera de ce
qu'ils auraient gagné en Italie.
188 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

3. — INSTRUCTIONS POUR LA FÊTE DU


14 JUILLET 1800.

Milan, 3 messidor an VIII


(îî juin 1800).

Aux Consuls de la République française.

Une partie de la Garde, citoyens Consuls,


est partie auiourd'hui pour se rendre à Paris
avec les drapeaux pris à Marengo. La route
est calculée de manière qu'elle arrivera avant
le 14 juillet. Il est nécessaire de s'étudier à
rendre cette fête brillante, et d'avoir soin
qu'elle ne singe pas les fêtes qui ont eu lieu
189
DB NAPOLÉON PREMIER

jusqu'à ee jour. Un feu d'artiûce serait d'un


bon effet. Les courses de chars pouvaient être
très bonnes on Grèce où l'on se battait sur des
chars ; cela ne signifie pas grand'chose chez

nous.
100 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

4. — PROCLAMATION POUR LA CÉLÉBRATION DU


14 JUILLET 1801.

Paris, 2î messidor an IX
(Il juillet 1801).

Au citoyen Maret, secrétaire d'Etal.

Vous trouverez ci-jointe la Proclamation


pour le 14 juillet. Le ministre de l'intérieur
la fera sur-le-champ imprimer et envoyer,
par des courriers extraordinaires, dans les
trois directions de Marseille, de Bordeaux, de
Brest, en ayant soin qu'elle ne soit connue et
publiée à Paris que le 25 messidor au matin.
Elle sera publiée avec pompe.
DE NAPOLÉON PREMIER 191

Proclamation aux Français.

Français, ce jour est destiné à célébrer cette


époque d'espérance et de gloire où tombèrent
des institutions barbares, où vous cessâtes
d'être divisés en deux peuples : l'un condamné
aux humiliations, l'autre marqué pour les dis-
tinctions et les grandeurs ; où vos propriétés
furent libres comme vos personnes; où la
féodalité fut détruite, et avec elle ces nom-
breux abus que des siècles avaient accumulés
sur vos têtes.
Cette époque, vous la célébrâtes en 1790,
dans l'union des mômes principes, des mêmes
sentiments et des mêmes voeux. Vous l'avez
célébrée depuis, tantôt au milieu des triom-
phes, tantôt sous le poids des revers, quel -
quefois aux cris de la discorde et des fac-
tions.
Vous la célébrez aujourd'hui sous déplus
192 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

heureux auspices. La discorde se tait, les fac-


tions sont comprimées, l'intérêt de la patrie
règne sur tous les intérêts. Le gouvernement
ne connaît d'ennemis que ceux qui le sont de
la tranquillité du peuple.
La paix continentale a été conclue parla
modération. Notre puissance et l'intérêt de
l'Europo en garantissent la durée. Vos frères,
vos enfants rentrent dans vos foyers, tous dé-
voués à la cause de la liberté, tous unis pour
assurer le triomphe de la République.
Bientôt cessera le scandale des divisions
religieuses. Un code civil, mûri par la sage
lenteur des discussions, protégera vos pro-
priétés et vos droits. Enfin, une dure, mais
utile expérience, vous garantit du retour des
dissensions politiques, et sera longtemps la
sauvegarde de votre postérité.
Jouissez, Français, jouissez de votre posi-
tion, de votre gloire "et des espérances de
l'avenir; soyez toujours fidèles à ces principes
DE NAPOLÉON PREMIER 193

et à ces institutions qui ont fait vos succès,


et qui feront la grandeur et la félicité de vos
enfants. Que de vaines inquiétudes no trdu-
blent jamais vos spéculations ni vos travaux.
Vos ennemis ne peuvent plus rien contre
votre tranquillité. — Tous les peuples envient
vos destiuôes.

13
194 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

5. — PROCLAMATION POUR LA CÉLÉBRATION

DU 14 JUILLET 1802.

Paris, 81 messidor anX


(10 juillet 1802).

Français, le 14 juillet commença, en 1789,


les nouvelles destinées de la France. Après
treize ans de travaux, le 14 juillet revient
plus cher pour vous, plus auguste pour la pos-
térité. Vous avez vaincu tous les obstacles
et vos destinées sont accomplies. Au dedans,
plus de tête qui ne fléchisse sous l'empire de
l'égalité ; au dehors, plus d'ennemi qui menace
votre sûreté et votre indépendance ; plus de
colonie française qui ne soit soumise aux
lois, sans lesquelles il ne peut exister de
DE NAPOLÉON PREMIER 195

colonie. Au sein de vos ports, le commerce


appelle votre industrie et vous offre les
richesses de l'univers ; dans l'intérieur, le
génie do la République féconde tous les
germes de prospérité.
Français, quo cette époque soit, pour nous
et pour nos enfants, l'époque d'un bonheur
durable; que cette paix s'embellisse par
l'union des vertus, des lumières et des arts ;
que des institutions assorties à notre caractère
environnent nos lois d'une impénétrable
enceinte ; qu'une jeunesse avide d'instruction
aille dans nos lycéesapprondre à connaître ses
devoirs et ses droits ; que l'histoire de nos
malheurs la garantisse des erreurs passées,
et qu'elle conserve, au sein de la sagesse et
de la concorde, cet édifice de grandeur qu'a
élevé le courage des citoyens. Tels sont les
voeux et l'espoir du Gouvernement français ;
secondez ses efforts, et la félicité de la France
sera immortelle comme sa gloire.
196 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

HYMNE GUERRIER A FAIRE


COMPOSER

AU CITOYEN LUCIEN BONAPARTE, MINISTRE DE


L'INTÉRIEUR.

Paris, 12 ventôse an VII


(8 maw 1800).

Je désirerais, citoyen ministre, que vous


engagiez les citoyens Écouchard-Lebrun et
Rouget de l'Isle à faire un Hymne aux
Combats, sur un air connu tel que celui de
la Marseillaise ou du Chant du départ. Il fau-
drait que cet hymne contînt des choses qui
DE NAPOLÉON PREMIER
107

pourraient s'appliquer à toutes les circons-


tances de la guerre, et y mettre l'idée que chez
les grands peuples la paix vient toujours après
la victoire.
198 ALLOCUTIONS BT PROCLAMATIONS MILITAIRES

LETTRES DE CONDOLEANCES

1. —ANNONCE DE LA MORT DE L'AMIRAL BRUBY8

A MADAME BRUEYS.

Quartier général, au Caire, 2 fraotiJor an VI


(19 août 1798).

Votre mari a été tué d'un coup de canon, en


combattant à son bord. Il est mort sans
souffrir, et de laonort la plus douce, la plus
enviée par les militaires.
Je sens vivement votre douleur. Le moment
qui nous sépare de l'objet que nous aimons
est terrible ; il nous isole de la terre ; il fait
éprouver au corps les convulsions de l'agonie.
Les facultés de l'âme sont anéanties ; elle ne
DE NAPOLÉON PREMIER 199

conserve de relation avec l'univers qu'au tra-


vers d'un cauchemar qui altère tout. L'on
sent dans cette situation quo, si rien ne
nous obligeait à vivre, il vaudrait beaucoup
mieux mourir. Mais lorsque, après cette
première pensée, l'on presse ses enfants sur
son coeur, des larmes, des sentiments tondres
ravivent la nature, et l'on vit pour ses enfants.
Oui, madamo, vous pleurorez avec eux, vous
élèverez leur enfance, cultiverez leur jeu-
nesse ; vous leur parlerez de leur père, de
votre douleur, de la perte qu'ils ont faite, de
celle qu'a faite la République. Après avoir
rattaché votre âme au monde par l'amour
filial et l'amour maternel, appréciez pour
quelque chose l'amitié et le vif intérêt que je
prendrai toujours à la femme de mon ami.
Persuadez-vous qu'il est des hommes, en petit
nombre, qui méritent d'être l'espoir et le
bonheur, parce qu'ils sentent avec chaleur les
peines de l'âme.
200 AIL0CUTI0N8 ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

2. — AU VICE-AMIRAL 1HÉVENARD, SUR LA


MORT DE SON FILS.

Quaitier général, au Caire, 18 fructidor an V


(4 septembre 1798).

Votre fils est mort d'un coup de canon sur


son banc de quart; je remplis, citoyen amiral,
un bien triste devoir en vous l'annonçant ;
mais il est mort sans souffrir et avec honneur :
c'est la seule consolation qui puisse adoucir
la douleur d'un père. Nous sommes tous voués
à la mort. Quelques jours de vie valent-ils le
bonheur de mourir pour la patrie ? Compen-
sent-ils la tristesse de se voir mourir sur
DE NAPOLÉON PREMIER ?01

son lit, environné de l'égoïsme d'une nou-


velle génération ? Valent-ils les dégoûts, les
souffrances d'une longue maladie? Heureux
ceux qui meurent sur le champ de bataille I
Ils vivent éternellement dans le souvenir de
la postérité. Ils n'ont jamais inspiré, la
compassion, ni la pitié que nous arrache la
vieillesse caduque, ou l'homme tourmenté
par les maladies aiguës. Vous avez blanchi
dans la carrière des armes : vous regretterez
un fils digne de vous et de la patrie; en
accordant quelques larmes à sa mémoire,
vous direz avec nous que la mort glorieuse est
digne d'envie.
Croyez à la part que je prends à votre
douleur, et ne doutez pas de l'estime que j'ai
pour vous. Je vous salue.
202 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

DIALOGUE

ENTRE LE PREMIER CONSUL ET SES DEUX FRÈRES,


JOSEPH ET LUCIEN BONAPARTE, SUR LA BEAUTÉ
DU NOM « NAPOLÉON ».

La Malmaison, 5 mai 1802,

LE CONSUL. — A propos de maman, Joseph


devrait bien lui dire de ne pas continuer à
m'appeler Napolion. C'est un nom qui sonne
mal en français. D'abord, c'est un nom ita-
lien. Que maman m'appelle comme tout le
monde : Bonaparte, non pas Buonaparte, sur-
tout ; ce serait- encore pire que Napolion.
Mais non, qu'elle dise le Premier Consul ou
DE NAPOLÉON PREMIER 203
le Consul tout court. Oui, j'aime mieux cela.
Mais Napolion, toujours Napolion, cela m'im-
patiente.
LUCIEN. — Cependant Napolion, en fran-
çais Napoléon, est un très beau nom, à mon
gré, du moins. Il a quelque chose de grand.
LE CONSUL. — Trouvez-VOUS?
LUCIEN. — Quelque chose d'imposant.
LE CONSUL. Vous trouvez ?
—-
LUCIBN. — Même de majestueux.
JOSEPH. — En effet.
LE CONSUL, à Joseph. ~ Vous aussi, vous
trouvez? Cela pourrait bien être. Enfin, c'est
mon nom. Je conviens qu'il a plus de solen-
nité que Bonaparte, qui, cependant... Mais je
ne le porte pas tout seul, et, dans ce genre-là,
Napoléon a même l'avantage d'être nouveau.
LUCIEN. — Oui, je ne sache pas, du moins,
qu'il y ait encore quelque personnage illustré
de ce nom.
JOSEPH.
—•
A propos de nom, on dit qu'une
204 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

des faiblesses de Robespierre était de se glo-


rifier assez ridiculement de son nom de Maxi-
milieu.
LE CONSUL. — Il est certain qu'un nom n'est
pas indifférent.
LUCIEN. — Je suis de* cet avis. Aussi per-
.
mettez-moi de vous le dire : je tiens pour le
nom de Napoléon. Nouveau grand homme,
nouveau grand nom.
LE CONSUL, souriant assez gracieusement
à Lucien.— Flatteur...
LUCIEN. — Ce n'est pas mon fort que la flat-
terie, ni mon faible pourtant. C'est la vérité
que je dis, et quant au nom de Napoléon, en
lui-même grand comme je le disais tout à
l'heure, imposant, je pense qu'il me produit
peut-être cet effet parce qu'il rappelle un peu
les noms de dynasties du Bas-Empire, les Pa-
léologue, les Népomucène, et autres.
LE CONSUL.— Oui, le nom est beau, et peut-
être uniquement porté par moi en France. En
DE NAPOLÉON PREMIER 205
Italie, il n'est pas si rare. Il y a même un cér«
tain tyran milanais, je crois bien que ce fut
un Visconti, ou peut-être un Stozzi, qui s'ap-
pelait Napoléon, ou même Napi, ou plutôt
Napia, par diminutif, à la manière des Ita-
liens. Quel qu'il fût, il a très mal fini ce mon-
sieur mon homonyme, comme il faudrait du
reste que finissent tous les vrais tyrans. Battu
et fait prisonnier, il fut enfermé dans une
cage de fer où il mourut.
JOSEPH. — Aht mon Dieul Quelle destinée I
Je ne connaissais par ce fait-là.
LUCIEN.— Ni moi non plus, ou, du moins, il
a échappé à ma mémoire.
LE CONSUL. — C'est en effet de i'histoire.
Le nom français, Napoléon, n'en reste pas
moins un très beau nom.
206 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

ENTREE TRIOMPHALE DE NAPOLEON


A BERLIN

Napoléon a été l'un des êtres les plus actifs


de la nature hun.aine, et, dans l'humanité, il
est l'homme qui a fait et dit le plus de grandes
choses. La lecture de ce petit livre en fournit
les preuves à chaque page, à chaque ligne.
Mais de toutes les journées dont nous rappe-
lons la magnificence, celle du 27 octobre 1806,
qui marque l'entrée triomphale de l'Empe-
reur à Berlin, est peut-être la plus remplie et
la plus éclatante. Elle le montre sous ses
faces multiples, ayant l'oeil partout,, la main
DE NAPOLÉON PREMIER 207
partout, plein de sollicitude pour les soldats,
écrivant l'histoire en même temps qu'il la
fait, clément, généreux, doux aux siens, com-
patissant aux étrangers.
Sa marche sur Berlin avait été foudroyante
à tel point que tous les palais environnants,
tels que ceux de Potsdam et de Oharlotten-
bourg, avaient été abandonnés dans lo plus
complet désordre par les princes et la famille
royale de Prusse. Le 26 octobre, les Français
avaient trouvé à Potsdam l'épée du grand
Frédéric, la ceinture de général en chef qu'il
portait pendant la guerre de Sept Ans et son
cordon de l'Aigle noir. On les apporta à Napo-
léon qui s'en saisit en disant : « J'aime mieux
cela que vingt millions 1 Je vais envoyer ces
précieux trophées âmes vieux soldats, à Paris,
où ils les garderont avec un respect jaloux à
l'Hôtel des Invalides. » Mais, sur les larmes
et les instances de la reine de Prusse, il les
restitua quelques jours plus tard ; et quand on
208 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

lui fit le reproche de n'avoir pas conservé


l'épée du vainqueur de Rosbach, il répondit :
« N'avais«je point la mienne » Puis, se tour-
1

nant vers sa cheminée, il ajouta : « Vous


voyez ce réveille-matin; c'est celui du grand
Frédéric. Je l'ai pris à Potsdam. C'est tout ce
que valait la Prusse. »

Tous les documents qui suivent sont l'oeuvre


personnelle de Napoléon. Ils ont buriné
pour la postérité cette date immortelle du
27 octobre 1806, où la Prusse n'en menait pas
large et aurait pu disparaître à jamais de la
carte d'Europe, si l'Empereur l'avait voulu.
Mais il fut généreux et faible, de là nos mal-
heurs et les siens. Quoiqu'il en soit, la jour-
née du i" mars 1871 où 30,000 Prussiens
foulèrent seulement les Champs-Elysées jus-
qu'au jardin des Tuileries sans pénétrer dans
Paris, n'a pu effacer notre triomphant et long
séjour dans les rues de Berlin, en 18Q6.
DE NAPOLÉON PREMIER 209

1. — V1NOT-ET-UNIÈME BULLETIN DE LA

GRANDE ARMÉE

Berlin, 28 octobre 1806.

L'Empereur a fait hier 27 octobre une en-


trée solennelle à Berlin. Il était environné du
prince de Neufchâlel, des maréchaux Davout
et'Augereau, de son grand-maréchal du pa-
lais, de son grand-écuyer et de ses aides de
camp. Le maréchal Lefebvre ouvrait la mar-
che à la tête de la Garde impériale à pied. Les
cuirassiers de la division Nansouty étaient en
bataille sur le chemin. L'Empereur marchait
14
ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRE

entre les grenadiers et les chasseurs à che-


val de sa Garde. Il est descendu au palais, à
trois heures après midi ; il y a été reçu par le
grand-maréchal du palais, Duroc. Une foule
immense était accourue sur son passage.
L'avenue de Charlottenbourg à Berlin est très
belle; l'entrée par celte porte est magnifique.
La journée était superbe ; tout le corps de la
ville, présenté par le général Hulin, comman-
dant de place, est venu à la porte offrir les
clefs de la ville à l'Empereur. Ce corps s'est
rendu ensuite chez Sa Majesté. Le général
prince de Hatzfeld était à la tête.
L'Empereur a ordonné que les deux mille
bourgeois les plus riches se réunissent à l'hô-
tel de ville pour nommer soixante d'entre eux,
qui formeront le corps municipal. Les vingt
cantons fourniront une garde de soixante
hommes chacun, ce qui fera douze cents des
plus riches bourgeois, pour garder la ville et
en faire la police. L'Empereur a dit au prince
DÉ NAPOLÉON PREMIER 2ii;
deHatzfeld: « Ne vous présentez pas devant
moi ; je n'ai pas besoin de vos services ; reti-
rez-vous dans vos terres. » Il a reçu le chan-
celier et les ministres du roi de Prusse.
Le 28 octobre, à neuf heures du matin, les
ministres de Bavière, d'Espagne, de Portugal
et de la Porte, qui étaient à Berlin, ont été
admis à l'audience de l'Empereur. Il a dit au
ministre de la Porte d'envoyer un courrier à
Constantinople pour faire connaître les nou-
velles de ce qui se passait et annoncer que les
Russes n'entreraient pas aujourd'hui en Mol-
a
davie, et qu'ils n'attenteraient rien contre
l'Empire ottoman. Ensuite il a reçu tout le
clergé protestant et calviniste. Il y a à Berlin
plus de dix ou douze mille Français réfugiés
à la suite de la Révocation de l'Edit de Nan-
tes. L'Empereur a causé avec les principaux
d'entre eux ; il leur a dit qu'ils avaient de
justes droits à sa protection, et que leurs pri-
vilèges et leur culte seraient maintenus. Il
212 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRE8

leur a recommandé de s'occuper de leurs af-


faires, de rester tranquilles et déporter obéis-
sance et respect à César. Les Cours de justice
lui ont été présentées ensuite par le chance-
lier. Il s'est entretenu avec les membres de la
division des cours d'appel et de première ins-
tance ; il s'est informé de la manière dont se
rendait la justice.
M. le comte de Neale s'étant présenté dans
les salons de l'Empereur, Sa Majesté lui a dit :
« Eh bien, monsieur, vos femmes ont voulu
la guerre ; en voici le résultat. Vous devriez
mieux contenir votre famille. » Des lettres de
sa fille avaient été interceptées. « Napoléon,
disaient ces lettres, ne veut pas faire la
guerre ; il faut la lui faire. » — « Non, dit Sa
Majesté à M. de Neale, je ne veux pas la
guerre ; non pas que je me méfie de ma puis-
sance, comme vous le pensez, mais parce que
le sang de mon peuple m'est précieux, et que
mon premier devoir est de ne le répandre que
DE NAPOLÉON PREMIBR 213

pour son honneur et sa sûreté. Mais ce bon


peuple de Berlin est victime de la guerre,
tandis que ceux qui l'ont attirée se sont sau-
vés. Je rendrai cette noblesse de cour si
petite, qu'elle sera obligée de mendier son
pain. »
En faisant connaître ses intentions au corps
municipal : « J'entends, dit l'Empereur, qu'on
ne casse les fenêtres de personne. Mon frère
le roi de Prusse a cessé d'être roi le jour où
il n'a pas fait pendre le prince Louis-Ferdi-
nand, lorsqu'il a été assez osé pour aller cas-
ser les fenêtres de ses ministres. »
Aujourd'hui, 28 octobre, l'Empereur est
monté à cheval pour passer en revue le corps
du maréchal Davout; demain Sa Majesté
passera en revue le corps du maréchal Auge-
reau.
Le grand-duc de Berg et les maréchaux
Lannes et prince de Ponte-Corvo sont à la
poursuite du prince de Hohenlohe. Après le
214 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

brillant combat de cavalerie de Zehdenick, le


grand-duc de Berg s'est porté à Templin ; il y
a trouvé les vivres et le dîner préparés pour
les généraux et les troupes prussiennes. A
Oransee, le prince de Hohenlohe a changé de
route et s'est dirigé sur Fûrstenberg. Il est
probable qu'il sera coupé de l'Oier et qu'il
sera enveloppé et pris. Le duc de Weimar est
dans une position semblable vis-à-vis du ma-
réchal Soult. Ce duc a montré l'intention de
passer l'Elbe à Tangermûnde, pour gagner
l'Oder. Le 25, le maréchal Soult l'a prévenu.
S'il est rejoint, pas un homme n'échappera;
s'il parvient à passer, il tombera dans les
mains du grand-duc de Berg et des maré-
chaux Lannes et prince de Ponte-Corvo. Une
partie de nos troupes borde l'Oder. Le roi de
Prusse a passé .la Vislule.
M. le comte de Zastrow a été présenté à
l'Empereur le 27 octobre, à Oharlottenbourg,
et lui a remis une lettre du roi de Prusse. A
DE NAPOLÉON PREMIER 215

ce moment même, l'Empereur reçoit un aide


de camp du prince Eugène qui lui annonce
une victoire remportée sur les Russes en
Albanie.
216 ALLOCUTIONS BT PROCLAMATIONS MILITAIRES

2. — DÉCRET TRADUISANT LE PRINCE DE

' HATZFBLD, GOUVERNEUR CIVIL DE BERLIN,


DEVANT UN CONSEIL DE GUERRE.

Camp impérial de Berlin,


28 octobre 1804.

Article premier/— Le prince de Hatzfeld,


qui s'est présenté à la tête de la députation
de Berlin, comme chargé du gouvernement
civil de cette capitale, et qui, nonobstant ce
titre et les devoirs qui y étaient attachés, a
profité dos connaissances que sa place lui
donnait sur la situation de l'armée française
DE NAPOLÉON V.V.'MIBR 2lï-
pour en faire part à l'ennemi, sera traduit
devant une commission militai:*), pour y être
jugé comme traître et espion. Le maréchal
Davout est chargé de l'exécution de cet ordre.
Article 2. — La commission militaire sera
composée de sept colonels du corps du maré-
chal Davout, où il sera jugé.
Article 3. — Le major général est chargé
de l'exécution du présent décret.
218 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

3. — LETTRE A LA PRINCESSE FERDINAND


DE PRUSSE.

Betlio, Î* octobre 1809.

J'ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale.


J'ai été touché de la position de Mm' de Hatz-
feld. Je l'ai convaincue que son .mari avait
bien des torts, et que les lois de la guerre le
' condamnaient à des peines capitales. Toute-
fois, je lui ai même évité le désagrément d'un
jugement et lui ai remis sa peine et la pièce
de conviction. 11 est vrai que la douceur et la
douleur profonde de Mm* de Hatzfeld m'ont
DE NAPOLÉON PRBMIBR 2l9
i
forcé à ce que j'ai fait ; mais je serais fâché
que Votre Altesse Royale n'y vit pas aussi
l'intention où j'ai été dé lui être agréable.
220 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

4. — LETTRE A L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE SUR LA


GRACE ACCORDÉE AU PRINCE DE HATZPBLD.

Berlin, Palais royal,


88 octobre 1806.

Mon amie, je suis accoutumé à des femmes


bonnes, douces et conciliantes : ce sont celles
que j'aime. Si elles m'ont gâté, ce n'est pas
ma faute, mais la tienne. Au reste, tu verras
que j'ai été fort bon pour une qui s'est mon-
trée sensible et bonne, M-*. d'Hatzfeld. Lors-
que je lui montrai la lettre de son mari, elle
me dit en sanglotant avec une profonde sen-
DE NAPOLÉON PRBMIBR 221

sibilité et naïvement : « Ah c'est bien là son


1

écriture I » Lorsqu'elle lisait, son accent


allait à l'àme ; elle me fit peine. Je lui dis :
« Kh bien
1 madame, jetez cette lettre au feu,
je ne sera' plus assez puissant pour faire pu-
nir votre mai il » Elle brûla la lettre, et me
parut bien heureuse. Son mari est depuis fort
tranquille; deux heures plus tard, il était
perdu. Tu vois donc que j'aime les femmes
bonnes, naïves et douces; mais c'est que
celles-là seules te ressemblent. Adieu, mon
amie ; je me porte bien et tout va au mieux.
Le temps ici est superbe ; il n'a pas encore
tombé de toute la campagne une seule goutte
d'eau.
' ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

5. — SOINS A DONNER AUX SOLDATS VAINQUEURS


DES PRUSSIBN8.

A M. Daru, administrateur de Varmée.

Berlin, 99 octobre 1806.

Monsieur Daru, il est nécessaire que vous


fassiez versor dans la caisse du payeur l'ar-
gent des différentes caisses de Berlin, afin
que, sans toucher à l'argent de France, le
major général puisse éh disposer pour les dé-
penses de l'artillorle, du géuie, et autres dé-
penses extraordinaires, jusqu'à concurrence
de ce que j'ai mis à sa disposition. Vous
DE NAPOLÉON PREMIER $*3
défendrez aux paysans de payer avec de l'ar-
gent de France ; ils payeront avec de l'argent
do Berlin. On payera demain un mois de solde
aux corps des maréchaux Davout et Augereau,
à la division de cavalerie du général Nan-
souty et à ma Garde, et l'on tiendra l'argent
prêt pour tous les corps de l'armée à mesure
qu'ils passeront à Berliu.
Mon intention est quo mon armée ait du
vin, que vous fassiez faire l'inventaire des
caves, et que vous en fassiez réunir une
quantité nécessaire pour en distribuer à l'ar-
mée pendant deux mois. Vous ferez réunir
d'abord à Spandau la quantité d'eau-de-Yie
nécessaire pour faire deux mois de distribu-
tion à l'armée. Vous ferez distribuer dès de-
main aux corps des maréchaux Davout et Au-
gereau, à la division de cavalerie, une demi-
bouteille de vin par jour pour chaque soldat.
Vous ferez prendre, dans les maisons des
personnes de la cour qui ont quitté Berlin,.
A UN& MILITAIRES

les matelas et effets de logemennécessaires


pour les officiers, et vous les ferez transporter
à Spandau. Vous prendrez les mesures pour
lever le drap nécessaire pour faire 100,000 ca-
potes et 100,000 pantalons, pour vous procu-
rer 100,000 paires de souliers, 100,000 cha-
peaux, et tous les objets nécessaires pour cou-
vrir l'armée. Il faut aussi désigner, pour le
logement des officiers des corps d'armée, les
maisons des personnes absentes de Berlin,
afin de soulager le bourgeois autant que pos-
sible. Mon intention est que Berlin me four-
nisse abondamment tout ce qui est nécessaire
pour mon armée, et de ne rien ménager pour
que mes soldats soient dans l'abondance de
tout.
.VOS AP0LÉ0N PREMIER 225

LA RUSSIE ET SON FONDATEUR PIBRRB LB GRAND

Palais Importai du Kiemlio, A Moscou,


15 octobre 181».

Je ne puis revenir de mon admiration,


quand je songe que c'est dans ce palais que
Pierre le Grand, à vingt ans, sans conseil du
dehors, presque sans éducation, en face d'une
régente impérieuse et d'un vieux parti maître
de tout, conçut et enfanta tout son règne,
saisit le pouvoir et, méditant de rendre la
Russie victorieuse et conquérante, commença
par abattre cette milice indocile des Strélitz,
qui semblait la seule force de l'empire. Quel
48
226 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

exemple d'autocratie morale I Qu'il serait beau


de voir sur la scène ce jeune prince, qu'on
croyait occupé de quelques plaisirs grossiers,
faisant tout à coup un Dix-huit Brumaire de
Cour, envoyant l'altiôre Sophie dans un cou-
vent, puis entreprenant à la fois toutes les
fondations de la paix, et la guerre d'invasion
en Pologue et en Saxe, et créant du même
coup une armée, une marine et une nouvelle
capitale à la Russie 1
Quant au génie propre de Pierre, on ne l'a
pas bien compris. On n'a pas vu qu'il s'était
donné ce qui manque au plus grand homme
né sur le trône : la gloire d'être parvenu, et les
épreuves que cette gloire suppose. Pierre le
Grand s'est fait volontairement lieutenant
d'artillerie, comme mof je l'ai été. Oe n'était
pas une comédie. Il s'est dépaysé, pour se
délivrer quelque temps de la Couronne, pour
apprendre la vie ordinaire et remonter par
degrés à la grandeur. Il s'est fait ce que la
DE NAPOLÉON PREMIBR 227
destinée m'a fait : voilà ce qui le met hors de
ligno, parmi les monarques de race. Et cepen-
dant quels échecs à cette fortune et à ce génie!
Concevez-YOUS que sur les bords du Pruth, un
pareil homme, à la tête de l'armée qu'il s'était
faite, se soit laissé investir, affamer, et presque
prendre par une armée turque? Ce sont là de
ces éclipses inexplicables dans les plus grands
hommes : c'est César mal engagé et assiégé
dans Alexandrie par de misérables Egyptiens.
Mais César prend sa revanche, et l'homme de
génie se retrouve toujours, après une faute,
comme après un malheur...
— Devant ce tumulte d'idées, M. de Nar-
bonne hésitait à répondre; il voyait là, au
milieu des tristes réalités du moment, une
secousse d'attention spéculative et de libre
rêverie que se commandait cet esprit puis-
sant, ou peut-être une illusion de sécurité
que, dans son inquiétude, il voulait étendre
sur l'esprit des autres. Il fit effort cepen»
228 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MIL1TA1RB8

' danl et, surmontant son trouble, il répliqua :


— Oui, Sire, la Russie de Pierro le Grand
est pleine de souvenirs tragiques; faisons en
sorte de ne pas en augmenter le nombre. Ce
ezar Piorre que Votre Majesté admire tant, et
qui a tiré la Russie du chaos, n'y a pas fait la
lumière. Au fond, il l'avait trouvée barbare,
%${ il l'a laissée demi-barbare, sauf ce qu'il lui

a donné d'organisation matérielle et de disci-


pline militaire, arrivant ainsi par la force du
nombre à vaincre les premiers soldats de l'Eu-
rope, et à faire trouver à Charles XII un Pul-
tava, mais cela même, bien moins par son
propre génie que par la faute de ce roi. Si
Charles XII, en effet, ce prince plus soldat
que général, s'était moins avancé dans la
-
Russie, ou s'était retiré à temps ; s'il n'avait
pas continué ses manoeuvres d'invasion, au
.
fort même de l'hiver, alors que l'extrême froid
lui tuait un millier de soldats dans une marche,
il n'eût jamais été vaincu, il eût couvert la
DE NAPOLÉON PREMIER
' 229
Pologne et tenu à distance de la frontière le
czar enfermé dans ses vastes Etats, avec bien
du temps devant lui pour en défricher lés
steppes et en peupler les déserts. Le czar a
donc surtout été grand par la faute de ses
adversaires. Il a vaincu, non par sa tactique
et son génie, mais par les obstacles de son
climat ; et c'est un moyen sur lequel comptent
encore ses descendants...
Napoléon interrompit vivement M. de Nar-
bonne et conclut en ces termes :
— Je vous vois venir, mon cher Narbonne ;
on vous parle théâtre et vous répondez poli-
tique. Au reste, ce sont choses qui se touchent
parfois. Mais soyez tranquille, nous ne com-
mettrons pas la faute de Charles XII. Elle est
écrite dans l'histoire pour nous préserver. Il a
bien fallu attendre ici quelque peu l'effet de
ces coups de tonnerre, la bataille de la Mos-
kowa et la prise de Moscou. J'avais lieu de
croire à la paix; mais qu'elle vienne ou non,
230 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

il y a un terme pour nous. Après que notre


armée s'est, à tout prendre, reposée et refaite
ici, et tandis que le temps se maintient sup-
portable, il y a loisir de remonter vers Smo-
lensk, de joindre nos renforts échelonnés sur
la route, et de mettre l'armée en quartiers
d'hiver dans la Lithuauie et la Pologne.
Il y a encore ce. que proposo Daru, et ce
que j'appelle un conseil de lion : d'amasser
ici des provisions, de tuer et de saler les che-
vaux mutilés et de nous établir pour l'hiver
dans ces débris de Moscou, qui sont une ville
encore ; de nous y tenir bien abrités, bien dé-
fendus, et, au printemps, de reprendre la
guerre offensive ; mais je n'incline pas à ce
projet. On peut aller loin ; mais il ne faut pas
être longtemps hors de chez soi." Je sens que
Paris me rappelle, encore plus que Saint-
Pétersbourg ne me lente. Soyez donc content,
mon cher; à bientôt le départ, avec ou sans la
paix.
DE NAPOLÉON PREMIER 231

LA CONQUÊTE DE L'ORIENT

Paris, rue Cbanteteine, n*6,


29 janvier 1798.

Bourrienne, je ne veux pas rester ici, il n'y


a rien à faire. Ils ne veulent entendre à rien.
Je vois que si je reste, je suis coulé dans peu.
Tout s'use ici, je n'ai déjà plus de gloire ;
cette petite Europe n'en fournit pas assez. Il
faut aller en Orient ; toutes les grandes gloires
viennent de là. Cependant je veux auparavant
faire une tournée sur les côtes, pour m'assurer
par moi-même de ce que l'on peut entre-
232 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

prendre. Je vous emmènerai, vous, Lannes et


Sulkowsky. Si la réussite d'une descente en
Angleterre me parait douteuse, comme je le
crains, l'armée d'Angleterre deviendra l'ar-
mée d'Orient, et je vais en Egypte.

Palais de* Tuileries, 5 mars 1812.

M, de Narbonne. •— Sire, nous irons sans


regarder en arrière, où nous mènera Votre
Majesté. Je suis fait à tout depuis 1792, il y a
juste vingt ans ; mais j'ose vous en supplier
au nom de tous ceux qui se taisent, ne con-
duisez pas au fond de la Russie cette mer-
veilleuse fortune de la France qui a tant de
fois vaincu l'Europe et qui peut la dominer
longtemps par vous et par votre dynastie. Re-
lever sur la frontière de l'empire russe une
nation rétablie de votre main, a-o.c un gou-
vernement indigène formé sous vos auspices,
occuper toute la Lithuanie, et rejeter la Russie
DE NAPOLÉON PREMIER

dans ses déserts et en


' • •"'"'233 "
Asie, n'est-ce rien,
Sire, pour une première campagne î Que ferait
de plus une marche sur Moscou ? Mettre huit
cents lieues entre la France et vous, enhardir
les espérances ennemies, en ouvrant pour
vous et pour le monde les chances de l'im-
prévu et l'infini du hasard, tandis qu'aujour-
d'hui, dans une concentration de vos forces
sur la Vistule et le Niémen, dans la Pologne
réunie, armée, reconstituée, il n'y a pas d'im-
prévu ; tout devient clair, conséquent, in-
flexible, comme la volonté du génie. Vous dé-
sarmez l'avenir de ses hasards, et vous ôtez
l'espérance aux haines secrètes. Je crains de
la Russie la barbarie et son immensité ; je
crains même pour votre gloire un gigantesque
effort.
Napoléon.—Je ne vous conçoispas, mon cher
Narbonne, vous ordinairement si confiant ty,-:
d'un caractère si gail Votre vieil ami Choiseul
de Gouifier vous aura troublé avec ses contes
234 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES
d'ancien émigré, et son admiration de pen-
sionnaire de la Russie. Tout cela tombera
devant les faits. Les peuples barbares sont su-
perstitieux et ont des idées simples. Un coup
terrible porté au coeur de l'Empire russe sut-
Moscou la grande, Moscou la sainte, me livre,
en un moment, celte masse aveugle et sans
ressort. Je connais Alexandre j j'ai eu de l'as-
cendant sur lui; cela se retrouve toujours. Il
faut frapper son imagination d'un grand effet
de hardiesse et de puissance : il viendra à
moi. Peut-être cédera-t-il devant le seul
aspect de l'armement inouï que je rassemble
et de la revue européenne que je vais passer à
Dresde, avant de lui envoyer par vous mon
ultimatum. Sinon I... Eh bienl que le destin
s'accomplisse et que la Russie soit écrasée
sous ma haine pour l'Angleterre I Sa barbarie,
dont vous avez peur, est une infériorité de-
vant notre génie de tactique et d'organisation.
Et quant à son immensité, ce sont des étapes
DE NAPOLÉON PRBMlER 235
de plus à marquer par des victoires. A la tête
de quatre cent mille hommes dont la solde
est réglée, l'attirail et les fournitures établis
dans des proportions sans exemple, avec des
réserves sur nos flancs, des corps lithuaniens
de même sang qu'une partie des populations
à traverser, je ne crains pas cette longue route
bordée de déserts, au bout de laquelle sont
la conquête et la paix...
Puis, avec un éclat soudain de regard qui
glaça de surprise M. de Narbonne, l'Empereur
continua en élevant le ton comme dans l'exal-
tation d'un rêve :
— Après tout, cette longue route est la route
de l'Inde. Alexandre le Grand était parti d'aussi
loin que Moscou pour atteindre le Gange. Je
me le suis dit depuis Saint-Jean-d'Acre. Sans
le corsaire anglais et l'émigré français qui
dirigèrent le feu des Turcs, et qui, joints à la
peste, me firent abandonner le siège, j'aurais
achevé de conquérir une moitié de l'Asie, et
236: ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

j'aurais pris l'Europe à revers, pour revenir


chercher les trônes de France et d'Italie. Au-
jourd'hui, c'est d'une extrémité de l'Europe
qu'il me faut reprendre à revers l'Asie pour y
atteindre l'Angleterre. Vous savez la mission
du géuéral Gardanne et celle de Jaubert en
Perse ; rien de considérable n'en est apparu ;
mais j'ai la carte et l'état des populations à
traverser pour aller d'Érivan et de Tiflis jus-
qu'aux possessions anglaises dans l'Inde. C'est
une campagne peut-être moins rude que celle
qui nous attend sous trois mois. Moscou est
à trois mille kilomètres de Paris ; et il y a
bien quelques batailles en travers de la route.
Supposez Moscou pris, la Russie abattue, le
czar réconcilié, ou mort de quelque complot
de palais, peut-être un trône nouveau et dé-
pendant ; et dites-moi si, pour une grande ar-
mée de Français et d'auxiliaires partis de
Tiflis, il n'y a pas accès possible jusqu'au
Gange, qu'il suffit de toucuer d'une épéefran-
DE NAPOLÉON PREMIER 237
' ' '['•"-.
çaise pour faire tomber dans toute l'Inde cet
échafaudage de grandeur mercantile. Ce se-
rait l'expédition gigantesque, j'en conviens,
mais exécutable du dix-neuvième siècle. Par
là, du même coup, la France aurait conquis
l'indépendance de l'Occident et la liberté'des
mers.
Vous le voyez donc, le certain et l'incertain,
la politique présente et l'avenir illimité, tout
nous jette sur la grande route de Moscou, et
ne nous permet pas seulement de bivouaquer
en Pologne. Je crois, au reste, pouvoir comp-
ter, pour cette première campagne, sur la con-
tinuation d'une diversionhostile des Turcs con-
tre la Russie; non que je ne doive donner aussi
aux Turcsquelqueinquiétude, et qu'ilsnem'en
veuillent de l'Egypte; mais les hommes sont
toujoursdominésparleurs principales craintes
et leurs principales haines. La Russie a trop
menacé Constantinople sans la prendre. De-
puis les poteaux indicateurs du chemin de
,
238 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS'MILITAIRE*

Byzance, que Catherine rencontrait partout


sur son passage en Crimée, les Turcs ont été
trop maltraités par la Russie pour ne pas lui
:
être implacables, à la première occasion. Je
la leur donne belle ; et je m'en fie à eux.
Telle est donc notre entrée dejeu: tout le gros
de l'Europe d'Occident, confédéré bon gré mal
gré, sous nos aigles ; une pointe de 400,000 hom-
mes pénétrant la Russie et marchant droit sur
son Palladium, Moscou, que nous prendrons;
de grandes armées de réserves françaises et
alliées; le maréchal Gouvion Saint-Oyr et
Scharwemberg couvrant nos flancs et les pro-
vinces polonaises ; le peuple moscovite, entre
ses grands seigneurs ruinés et ses serfs mé-
contents, traversé par une invasion, comme
il n'y en eut jamais : un empereur russe qui
ne gagne pas lui-même de batailles, qui sera
vaincu eu personne, s'il combat, et discrédité,
s'il fuit; puis, à l'autre extrémité de son em-
pire envahi, la vieille Turquie acharnée par
DE NAPOLÉON PREMIER 23£

mon alliance, en haine de l'ennemi commun,


occupant l'armée de Kutusoff, avec bien des
milliers de spahis contre ses cosaques, et, je
l'espère même, entrant par un coin dans la
Russie. Vous voyez donc, mon cher Narbonne,
que tout cela est assez sagement combiné, sauf
la main de Dieu toutefois qu'il faut toujours
réserver et qui, je pense, ne nous manquera
pas.
Ne vous y trompez pas, je suis un empereur
romain ; je suis de la meilleure race des Cé-
sars, celle qui fonde. Chateaubriand, dans je
De sai3 quel numéro du Mercure, m'a sourde-

ment comparé à Tibère, qui ne remuait de


Rome que pour aller à Caprée. Belle idée!
Trajan, Dioclétien, Auréiien, à la bonne
heure un de ces hommes nés d'eux-mêmes et
1

qui soulevaient le monde. Vous qui savez si


bien l'histoire, est-ce que vous n'êtes pas
frappé des ressemblances de mon gouverne-
; ment avec celui de Dioclétien, de ce réseau
240" ALLOCUTIONSETPROCIAMATIONS MILITAIRES

serré que j'étends si loin, de ces yeux de


l'Empereur qui sontpartout, et de cette Auto-
rité civile que j'ai dû maintenir toute-puis-
sante dans un empire tout guerrier ? Je vou-
drais bien voir nos idéologues, votre - ami
Tracy, puis Garât, Volney, qui scrutinent
contre moi dans le Sénat, mis en demeure
d'en faire autant. Le lendemain d'une consti-
tution promulguée, ils tomberaient sous le
joug de la multitude, parce que ces hommes-
là ne connaissent pas la Dynamique sociale.
Moi, j'ai pacifiéle peuple en l'armant; et j'ai
rétabli lés majorais, l'aristocratie, la noblesse
héréditaire à l'ombre des carrés de la Garde
impériale, toute composée de fils de paysans,
petits acquéreurs de biens nationaux ou sim-
ples prolétaires.
Encore une ressemblance : Dioclétien con-
fiait en grande partie à des prétoriens la po-
lice de l'Empire. Rien de mieux; les mili-
taires sont attentifs, point tracassiers. J'ai
f DE NAPOLÉON PREMIER /
241

bien des traits communs avec Dioclétien,


depuis l'Egypte jusqu'à l'IUyrie ; seulement,
ni je ne persécute de chrétiens, ni je n'ab-
dique l'Empire. Quant à Trajan, le parallèle, *
j'espère,n'estpasune flatterie d'opéra.Comme
lui, j'ai vaincu en Orient et sur le Rhin; et
j'ai reconstitué la société à l'intérieur parla
modération qui, quoi qu'on en dise, est la loi
de mon gouvernement. J'ai succédé aux sou-
venirs du Terrorisme, comme Trajan à Dona-
tien; et comme lui, j'ai étendu et illustré
l'Etat. J'ai repris ses traces au delà du Danube
et de la Vistule. Mais il faut que j'aille plus
loin, dans le Nord; car c'est là qu'est le péril
et l'avenir. On ne fonde que derrière des rem-
parts inexpugnables ; et, nous n'en avons pas
du côté du Nord. Danlzick n'est qu'une tête de
pont; et vous savez comme elle m'est enviée.
J'ai voulu amicalement refouler Alexandre
vers l'Asie; je lui ai offert Gonstantinople,
cela est vrai. Il a voulu moins d'abord, la Fin-
16
242 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

lande à sa porte, dans ses faubourgs. J'ai con-


senti; c'est peut-être une grande faute; mais
elle n'a que deux ans de date et elle est répa-
rable par la guerre. Sauf une dernière tenta-
tive de paix dont je vous chargerai, nous
allons donc jouer bientôt le grand jeu de
l'Europe.
C'est après cela seulement qu'il sera pos-
sible de tout arranger et d'en finir avec cette
affaire de Rome et du Pape. Ne croyez pas
cependant que je veuille innover en religion.
Je ne suis pas un Abdallah-Menou. Je serai
un Constantin, mais ni docile temporellc-
ment, ni schismatique dans la foi. Si je garde
Rome pour mon fils, je donnerai Notre-Dame
au Pape. Mais Paris alors sera élevé si haut
dans l'admiration des hommes, que sa cathé-
drale deviendra naturellement celledu Monde
catholique. C'est la suite et non le démenti de
ce que j'ai fait; c'est le Concordat de 1302,
agrandi comme l'Empire. Mais'pour avoir
DE «NAPOLÉON PREMIER 243i

pleinement raison de l'Eglise, il faut avoir


réussi encore davantage devant les hommes.
Vous avez lu VHistoire des Juifs de Josèphe,
Quand Alexandre, vainqueur de l'Orient,
approcha-de Jérusalem, le Grand-Prêtre lui
apporta le- livre des Prophètes qui annonçait
sa venue. Nous reparlerons de tout cela.
Voyez Bassano et songez à notre ultimatum à
la Russie.
244 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

NECESSITE DAYOIR DE BONNES CARTES DE


GÉOGRAPHIE.

Palais de Saint-Clouj, 4 brumaire an XII


(*6 octobre 1801}.

Au maréchal Berlhier.

Mou cousin, je crois que les ingénieurs


géographes travaillent, mais je ne suis pas
certain qu'ils travaillent sur de bonnes bases.
On leur fait faire des cadastres, et non des
cartes militaires; d'où il suit que dans vingt
années on n'aura rien. J'ai eu occasion de
m'en assurer dans les départements du Rhin ;
DE NAPOLÉON PREMIER 245

on m'a présenté de grandes cartes trèsinutiles.


On a employé quatre années, et je ne sais
quel nombre d'ingénieurs et quelle somme
d'argent, à ne faire qu'une partie du départe-
ment de la Roér, et l'on n'a rien des départe-
ments de Rhin-et-Moselle et du Mont-Ton-
nerre, qui sont véritablement importants.
Mettre vingt années à terminer des cartes et
des plans, c'est trop travailler pour lapostérité.
Si l'on s'en était tenu à faire des cartes sur
l'échelle de Oassini, on aurait déjà toute la
frontière du Rhin. Combien de circonstances
peuvent se présenter d'ici à vingt ans où nous
les regretterons I Que d'événements peuvent
arriver, môme sur cet amas de papier, avant
qu'on ait tiré quelque avantage de tout ce tra-
vail I Je ne sais pas pourquoi le ministère de
la guerre veut faire des cadastres. Les ingé-
nieurs avaient commencé en Corse un cadas-
tre, qui dans le pays était regardé comme très
mal fait ; il n'y avait de bien et de très utile
246 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

que la grande carte qui s'est perdue et qui ne


devait pas coûter plus de cent mille écus, tan-
dis que le cadastre coûtait plusieurs millions.
Je vois dans votre rapport qu'on a levé sur
l'échelle de 1/2000 les biens sénatoriaux en-
clavés dans le département de la Roér 1 Qui a
donné cet ordre? On perd ainsi à des futilités
un temps qu'on pourrait employer à des choses
vraiment intéressantes. Le fait est que je n'ai
eu, dans mon voyage duRhin, aucunecarteoù
jepusseprendrequelqueconnaissancedupays.
Nous avons à faire lever le Mont-Blanc, le
Piémont, la République italienne, la Répu-
blique ligurienne et les Etats du Pape. Il ne
manque donc pas de travail pour les ingé-
nieurs géographes. Mais, si l'on suit pour le
Mont-Blanc, oùje vois que, depuis l'an X, les
triangles ne sont pas encore exécutés, et pour
le Piémont, la marche qu'on a suivie pour le
département du Rhin, rien ne sera fini de nos
jours. Les ingénieurs sont trop maîtres de
DE NAPOLÉON PRBKiBR 247
faire ce qu'ils veulent. Je n'avais pas demandé
autre chose que de compléter la carte de
Cassini. Assurez-vous que les opérations ne.
sont pas dirigées pour de trop vastes projets.
L'expérience prouve que le plus grand défaut,
en administration générale, est de vouloir
faire trop; cela conduit à ne point avoir ce
dont on a besoin. Faites-moi donc un rapport
positif sur le temps où les départementsréunis
seront placés sur la carte de Cassini. Donnez
des ordres et prenez des mesures pour que ce
travail soit terminé le plus tôt possible.
Quant au cadastre, s'il était nécessaire, ce
ne serait point à la Guerre de le faire ; et, au
lieu de s'occuper d'abord des départements de
la frontière, il serait beaucoup plus naturel
de commencer par les départements qui avoi-
sinent Paris. Depuis cinq ans, je ne vois en-,
core aucun résultat de la carte d'Italie. Aquelle
époque me présentera-t-on enfin quelques
feuilles achevées? Votre rapport contient un
248 ALLOCUTIONS ET PROCLAMATIONS MILITAIRES

FIN
TABLE

Pages.
Argument historique, par M. Georges Barrai : v
Opinion inédite de Oambetta sur Napoléon I". . .
. . x
Proclamations militaires de Napoléon Ier, réun'es
et présentées par ordre de dates, du 27 mars 1796
au 25 juin 1815 :
i. — Proclamation do la première campagne
d'Italie 39
i. — Proclamation des six victoires d'avril 1793 . 41
3. — Proclamation de Lodi et de la prise de
Milan 47
4. — Ordre du jour: punition d'un sous-lieute-
nant pour avoir dépouillé un prisonnier
de guerre 51
5. — Ordre du jour: reproches aux 39* et 85* demi-
brigades de l'armée d'Italie 53
u. — Proclamation de San Massîmo. 55
7. — Proclamation et arrêté pour réprimer le
s. —
pillage dans les Etats romains.
Proclamation de Mantoue ..... 57
60
9. — Proclamation d'adieu en partant pour le
Congrès de Rastadt. 65
id. Proclamation de la campagne d'Egypte. . . 67

250 TABLE
Pages.
1t. — Proclamation du vaisseau-amiral l'Orhnl . 70
U. — Allocution de la bataille des Pyramides. . . 73
13. — Proclamation pour la célébration de l'anni-
versaire de rétablissement do la Repu*
blique ; . . . . 76
14. — Ordre du jour : reproches aux soldats mu-
tinés de la division Kiéber 79
J5. Proclamation de Saint-Jean-d'Acre ...".. 81
16.
17.

— Proclamation de la victoire d'Aboukir
— Proclamation à l'armée d'Orient, en Egypte.
... 81
86
18. — Proclamation aux soldats français 88
19. — Ordre du jour : reproches à l'armée d'Italie. 90
20. — Proclamation à l'armée de l'Ouest 93
21. — Proclamation de la seconde campagne d'Ita-
lie »6
22. — Proclamation à la dernière armée d'Orient. 99
23. — Ordre du jour: sur le suicide d'un grenadier
do la Garde consulaire 102
2t. — Décision ordonnant au général Caiïarelli de
visiter un soldat déterminé à se donner la
mort 104
25. — Arrêté en mémoire de La Tour d'Auvergne. 105
se. — Paroles de l'Empereur à la distribution de*
27.
Aigles au Champ de Mars, à Paris.
— Proclamation à la Orande Armée sur l'ou-
... 107

verture de la première campagne d'Au-


triche. . . 108
28. — Proclamation à l'armée d'Italie sur le même
sujet que le n* 27 . 110
29. Proclamation à la .
Grande Armé? sur la ca-

pitulation d'Ulm. 113
30. — Proclamation à la Grande. Armée la veille
.d'Austerlitz . 116
31. — Proclamation de la victoire d'AusterliU 119
. .
Si. — Proclamation de Schoenbruun sur la paix . 122
33. — Proclamation de la conquête du royaume de
Naples 125
TABLB 25t
.
Pages.
31. —Ordre du jour après Auslerlili sur la resti-
tution d'une Atgle perdue 128
35. — Proclamation sur l'esprit hostile de la
Prusse . 132
3t). — Proclamation de la victoire d'Iéna 136
37. — Proclamation sur l'hostilité des Russes. . . 140
3$. — Proclamation sur la poursuite de l'armée
russe 143
39. -* Proclamation de la victoire d'Eylau . . , V 146
4). —
Proclamation de la victoire de
Priedland. . 148
4t. — Proclamation à l'avant-garde de' l'armée
d'Espagne 151
Ai. — Proclaraition à l'armée d'Allemagne sur
l'ouverture de la seconde campagne d'Au-
triche 153
43. — Proclamation de la capitulation de RaUs-
bonne 155
4t. — Proclamation de la prise de Vienne. .....
45. — Proclamation de la victoire d'Essling . . .
157
159
AÔ. — Proclamation de l'ouverture de la campagne
de Russie 162
47. — Proclamation de la victoire de la Moskowa. 16>
48. — Proclamation de la victoire de Lutzen . . . 166
49. — Première allocution de Fontainebleau : La
Résistance 169
50. — Deuxième allocution de Fontainebleau : Les
Adieux 171
51. — Proclamation du retour de l'Ile d'Elbe. . . 173
52. — Proclamation d'Avesnes (campagne de 1815). 179
53. — Proclamation de La Milmiison : Salut su-
prême à l'armée française 182
Les proclamations du 14 Juillet-:
1. — Proclamation pour la célébration du 14 Juil-
let 1797 '."." 181
2. — Invitatiou à Taire à des artistes lyriques ita-
liens de se rendre à Paris pour la fête du
14 Juillet 1800 186
252 TABLB
Pages.
3. — Instructions pour la fête du 14 Juillet 1800, m
4. — Proclamation pour la célébration du 14 Juil-
let 1801 160
,
5. — Proclamation pour la célébration do 14 Juil-
let 1802 194
Hymne guerrière faire composer. ........
Lettres de condoléances sur les chefs tués à l'armée :
106

1. -- Annonce de la mort de l'amiral Brueys. 198


2. — Annonce de la mort de l'officier de marina . .
Thévenard 200
Dialogue entre le premier Consul et ses deux frères
Joseph et Lucien Bonaparte sur la beauté du nom
Napoléon

.
Entrée triomphale de Napoléon à Berlin. .....
Vingt-et-uoièrae Bulletin de la Grande Armée. .
.
Décret traduisant le prince de Hatzfeld, gouverueur
202
206
209
civil de Berlin, devant un conseil de guerre. 213
. .
Lettre à la princesse Ferdinand de Prusse sur la tra-
hison du prince de Hatzfeld 218
Lettre à l'impératrice Joséphine sur la grâce ac-
cordée au prince de Hatzfeld 220
Soins à donner aux soldats vainqueurs des Prussiens. 222
La Russie et son fondateur Pierre le Grand
La conquête de l'Orient
.... 225
331
Nécessité d'avoir, J bonnes cartes de géographie. . 244

EMILE COLIN — IMPRIMERIE DE LAG.NY


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i. CAMILLE FLAMMARION. . LUMtU.
!. ALPHONSE DAUDET. . . . L« B(llt~Str<T»uiu,
3. EMILE ZOLA TkMst Ritliu.
4. HECTOR MALOT V**.?0*** Afai'e>
7. ANDRÊ ^HEURIET. . . .
i. L'ABBÉ PRÉVOST
't Mariage de Girard,
Manon Lescaut.
.
7. EUGÈNE CHAVETTE. . . . '« Bille Attttttt.
3. o. DUVAL '•« Tonnelier.
». MARIE ROBERT-HALT. HÙt.fh* Pttit Hmm4(<m.<XmS
10. 8- DE SAINT-PIERRE. . . P<»Jf/ Virçhk.
tt. CATULLE MENDES. . .. .. Le Roman Rouge.
lî. ALEXIS BOUVIER Lotelte. '
13. LOUIS JACOLLIOT louage aux Pays Mgstiritu,
14. ADOLPHE BELOT W« Femmes.
«î. JULES SANDEAU Madeleine.
15. LONOUS. Papknis et Ckloi.
«7. THÉOPH1LR GAUTIER. Jellalurt.
8 JULES CLARETIE . . la Mansarde.
19. LOUIS NOIR I.Aukrge Maudite.
!0. LÊOPOLD STAPLEAUX. L* CM/MI «V U Rage.
11. HECTOR MALOT
U. MAURICE TALMEYA.
i3. COETHE
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. SidutliO».
CrfW».
Wertker.
!4 ÉD. ORUMONT Dernier dt* Tremoti».
«. VASr-RICOUARD £« SW«.
6. O. COURTELINE ** 51» CfciWIf».
«. ESCOFFIER
ii. GOLOSMITH.
9. A. DELVAU
39. E. CHAVETTE
....... Troppmann.
Lt Vicaire de \)ake,1dd.
Les Amour* kuUtonnlire*.
Wfr. TW*\ ifcfc/A.
31. AOOIFHE BELOT lUUue tl MtlMie
3). HECTC1 UALOT U* Million* hOnttUI.
33. XAVIER oe MAISTRE. Yogage autour de ma Chambre.
34. ALEXIS BOUVIER.
35. TONY RÉVILLON
W. PAUL ARÈNE
.... . . Le Mariage d'un Forçai.
Le Faubour§ Saint-Antoine.
Le Canot des six Cafitaine*.
37. CH. CANIVET . La Ferme des Gaket.
38. CH. LEROY
M. SWIFT.
'. Les Tribulations d'un Futur.
. . Voyages de Gullirer.
.
40. RENÉ MAIZEROY Soutenir*d'an Ofititr.
41. ARSÈNE HOUSSAYE. Lutta.
42. La Chanta» de Roland. . . .
43. PAUL BONNETAIN.
44. CATULLE MENDÈS. ..... A* large.
Pour lira a» Bain.
. . . Jaeauet Domour.
45. ÉMILE ZOLA
45. JEAN RICHEPIN Quatre petits Romans.
*7 ARMANO SILVESTRE. Histoires Joueuse*.
48. PAUL DHORMOYS . . Sous Tropiques.
la
49. VILLIERS DE L^SLE-ADAM U Secret de PEtkafaud.
50. ERNEST oAUocr Jourda* Cotpe-Tite.
51. jAMILLE FLAMMARION, RtretiMIi*.
52. MADAME J. MICHELET. . Mémoires tune E aut.
£££*iri^«$$irfHir
*w&« kOm.
a Mêîkm^
il « 4A60Ï,
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A.^OELVAU.
RENÉ UAUEROY.
M auCRIN-QIHISTY
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il. ARSÈNE HOUSSAYE. . . . MadameTroU-EtoiU*.
«. CHARLES AU8ERT. U Btll* Luciole.
. . . L'Ecluse
•3. MU OAOHONNE de* CaJatret.
M. ouv OE MAUPASSANT. . . i:nirilage.
«. CATULLE MENOÈS. . . . Mtnttre* parkttn* {aw.tM»\.
•6. CH. OIGUET MoietrAulrHwi. eooronol).
•7. i.jAcoLLiOT Yengeanti de Fartait.
%*. HAMILTON Mémoire* du Cket. da Grtmmtnt
4t. MARTIAL MOULIN. . . . sdla.
70. CHARLES DESLYS. ....
71. FRÉOERIC SOULIÉ. . . .
L'AkltU.
u
Lion Amoureux.
72. HECTOR MALOT
733. EDGAR.POÉ. ......
74. EDOUARO BONNET. . .
W. THÉO-CRITT
.
Us Amour* de Jaeauet.
Contes extraordinaire*.
u
Rmnthe fOrgon.
U Sénateur Ignée*.
74. ROBERT-HALT Brat* Garctn.
77. JEAN RIÇHEPIN 14* Mort* kitVTt*.
7». TONY RÊviLLon. . . . Ytfal. L» Batailla da U Boom
7». TCLSTOl U Roman du Mariage.
II. HECTOR MALOT.
«J.JULES MARY ....
•0. FRANCISQUE SARCCY. . . Le Siège de Pari*.

M. GUSTAVE TOUOOUZE. . .
Madame Ohernin.
Un eoup de Rttoiter.
Les Cauchemars •
M. vrERiie Yogage Sentimental.
S5. MARIE COLOMBIER. . . . Xtlhalie.
». TANCRÈOE MARTEL. . . Main aux Dame*.
17, ALEXANDRE HEPP. L'Amie de
u
Alice, Madame
* . .
CLAUOE VIONON. . . .
». ÉMILE OECBEAUX.
*>. CHARLES M ÉROUVEL. .
H. MADAME ROBERTHALT.
.... U Vertige.
Petite Mendiante.
Caprice det Damet.
. La Petite Latare.
n. ANDRÉ THEURIST. . . . Lneila Diunelo*. — Uoe Oodiw.
W. EOGAR MONTEIL. . . . . Jean de* Galère*.
M. CATULLE MENOÈS . . . Le Cruel Berceau.
95. SILVIO PELLICO.
M. MAXIME RUOE. .
...
.. ...
, Me* Prltont.
Une Victime de Content.
il. MAUR. JOGANO(H»w-I«b)/ L'Enfant de la Folle.
M- EOOUARO SIEBECKER. . . Le Baiser d'Odile.
». VALLERY-RADOT Journal tuluMiSn tnUm.t.)
Zadig. -CanJide—Miwomégu.
tu
00. VOLTAIRE
JOI. CAMILLE FLAMMARION. . Vegage* en Ballon
IM. LONGUEVlLLt * • • • • /tua da Cariât»
M. ÉMILE ZOLA Hantas.
104. MADAME LOUIS FIGUIER. U Gardian de la Camargue.
105. ALEXIS BOUVIER Les Petite* Ouirière*.
108. GABRIEL GUILLEMOT- . JfaMM Chaulard.
107. JEHAN SOUDAN. . , . . . Hittoire*américaine* (illastrfci).
108. GASTON O'HAILLY. . . Fleur de pommier,
10». IVAN TOURGUENEFF. . . Premier Amour.
110. OSCAR MÊTÉNIER. . . . La Chair.
III. GUY OÉ MAUPASSAHT. .. HUloire tune Fille de Ferma,
lit. LOUIS BOUSSENARD. . .
M), PROSPCR VIALON.
114. CATULLE MENDÉS. . .
..... Aux Antipode*.
L'Homme a* Chien muet,
Pour lire a* Content.
L'Enfant d* Fout.
115. MIE D'AOHONNE
il». ARMAND SILVESTRE. HUtotre* Mitres,
VI. DOSTOIEWSKY.
.
tl». ÉMILE OE MOLÉNES. ....• •
'*
Ame dVufant.
PàWte. »
• Le* Larme* à* Jeanne,
H», ARSÉNE.HOUSSAYE. .«•.
\90. ALBERT'CIM.
... . LaProuetteitwuFillt\-^^,
m. MAXIME RUOE.. . . . . U Rm»fm Dame thtmmr
117. PIOAULT'kCBRUN. , . MêUJcwr Botta, «
IW. CH. AUBERT
*
Lt SsritUt.
Il», c- CASSOT . U Vierge tlrlande.
1M CHARLES MONSELET. . . Le* Rutne* de Porit.
m. ALPHONSE OAUOET. . . Le* Dèhutt ton Homme de Ultm,
131. LOUIS NOIR La Yènut euitrtt.
133. ALPHONSE OE LAUNAY.
. Mademoiselle Mignon.
134. ALFREO DELVAU. .
. La grand tl le petit Trottoir*
. .
135. MARC DE MqNTIFAUO. . llèlolss et Ahatlard.
134. RÉVILLON
TONY L'Exilé.
137. AD. BELOT « C DAUDET. La Yèuui de Corde*.
138. PAUL SAUNIERS Vif-Argent,
13». M** JUDITH GAUTIER .
.
U* CrUUtlt dt VAmtV.
140.
Ht. PAUL ARÈNE. ......
OUBUT OE LAFOREST. . .
Ht. ARSÈNE HOUSSAYE. . . .
143. AL*xis BOUVIER
BtlU-MtUUn.
Kouteaux Conte* d* Setl,
La Confettion dt Cdrolin*.
Madmoittlle Beau-Sourire.
'44. CHARLES LEROY Le Capitaine Lergvgrul.
.45. L. BOUSSENARD 10.000 an* dan* un Ho* dt glaça.
144. ÉLIE BERTHET
147. F. CHAMPSAUR.
148. RENÉ MAIZEROY
149. GUÉRIN-GINISTY
..... Le Mirier Uane.
Le Coeur.
Soutenir* tan Salnt'Cgrien. '
Le* Rastaauanère*.
150. AURÉLIEN SCHOLL. Peine* de coeur.
151. CAC:ILLE FLAMMARION. ..
. . LEruption du Krakaloa.
15t. ALEXANDRE DUMAS.
153. G. COUR1ELINE
.\ Lai Marquis* d* BrintUUer*.
Mtdilou, Mtraot et C*.
154. CATULLE MENOÈS. Pierre I* Yeridiaue, roman.
155. CH. OESLYS . . . Le* Bulle* Ch»uu*l.
154. AO. BELOT ET J. DAUTiN. L* Secret terrlHe.
157. GASTON D'HAILLY. Le Prix ton Sourire.
158. MAXIME DU CAMP. .. . . Mémoire* tan Sticidi.
139. RENÉ MAIZEROY . . lé Dernière Crtitad*.
1(0. POUCHKINE Doutrortkf.
141. HENRI MURGER U Roman du Capuiin.
16t. LUCIEN BIART BCtitO YOStUtt.
103. BENJAMIN CONSTANT. Adolphe.
104. MADAME LOUIS FIGUIER.. Ut Fian'èt de la GarditU,
165. ARMANO SILVESTRE. Mtlma.
.. Madame
160. VAST-RICOUARO . Larernon.
167. ALEXIS BOUVIER tj** PatTTtt.
168. JULES GROS Un Volcan dans le* Glace*.
16». ALFRED DELVAU . Du Pont de* Arts an Pont dtD...
L'Eiprit et le Coeur des Bile*.
170. WCTOR MEUNIER
171. ADOLPHE 8ELOT. .... LtPlgtOn.
372, NlKOLAl GOGOL
173. JULES MARY.
174. LÉON TOLSTOÏ. ......
..... .
U* Veillée* de (Ukraine.
Un Mariage de confiance.
La Sonate i Kreutter.
175.
170.
177.
sÉviGNÉ (M"* DE)
... Utlre* tholtlet.
FERDINAND DE LESSEPS.. U* Origine* du Canal de Sue*.
LÉON GOZLAN U Capitaine Mauherl. '
178. CH. D'ARCIS La Correctionnelle pourrira.
179. ERNEST OAUOET U Crime de Jean Malorg.
180. ARMAND SILVESTRE. Rote de Mai.
181. ÉMILE ZOLA . . Madeleine Ferai.
182.- PAUL MARCUEHiTTE.
.
la Confession posthume.
. Stultl
183. PIERRE ZACCONE
184. IEAUTIVET La Maîtresse de Matarin.
L'Ut fetottk:
185. EOOUARD LOCKROY. -.
186. ALEXIS BOUVIER.
187. ARSÈNE HOUSSAYE. ....
. Le* Petite* Blanchisseuse*.
Jtlia.
188. ALEXANDRE PÔTHEY.. . . La FitedeSaint-Ignaca. - ^
18»; ADOLPHE BELOT. ....
. . /-• Parricide.
-
ê^Jsi
IH. CATULLE MENDÈ».
W. NIKOLAI GOGOL.
199. CH. CHINCHOVLE .
...
i .. U
Jup* Court*.
Taras* Bonis*.
fieux General.
I»».
200.
201.
PIER. »Ew$KY(MCoiY0)..Lf FaultuitFatal.
t
LOUIS JACOLLIOT. . ...,Ut Ckatmrt Eteinte*.
CAMILLE FLAMMARION. . Coftrnie et le sustem* du monda.
toi. MM DE LA FAYETTE.-. . La princes** de Cictet
103. AOOLPHE BELOT. .....
Dacotard el luhln.
o. PEDRO 8EJM.ARC0N. . l'n Tricorne.
204.
t05. LOUIS NOIR.
206. ALFRED SIRVEN
....... Un Tueur d* Lion*.
La UndO.
t07, CH- DICKENS, WILKIE COLLIN$,0. A-SALA, E.C.GASKELL,
HESBA 8HETTON A AOÉLAIOE PROCTER, laMoUonhantéO.
(Cootes de Noll).
108.
209.
tlO.
tll.
HECTOR MALOT
PIERRE MAÊL.
JULES GROS
..... Yicet franealt.
U Torpilleur 19.
L'Homme fossile.
CATULLE MENDÈS. . . . Jeunet fille*.
M. IVAN TOURGUENEFF. . . Daantla Guillotina.
213.
214.
115.
ALFRED SIRVEN.
MB* ROUSSEIL
PAUL LHEUREUX
.... Elieuuellc.
La Fille tu» Proscrit*
FUI Chéri (Histoire pariueaM),
216.
117.
118.
If 9.
LOUIS MULLEM
ERNEST CAUDET.
MIE O'AGHONNE
PAUL ALEXIS
.... Conte* d'Amérique.
U lendemain du péché.
U* Atenturiirc*.
le* Femme* du pire Ufèrro.
120. ALFRED DELVAU A la porte du Paradis.
*-i. ALEXANDRE DUMAS. . . Ut Borgla.
IH. 8ERTOL-GRAIVIL Dan* UU Joli Monde ( (Us&U
123. BERTOL-GRAIVIL Venge on Meurt [ tnamàti,
124. ALFREO BONSERGENT. . Monsieur Thérèse.
125.
126.
127.
CHARLES OESLYS .... L'Areugle de Bagndel.
GEORGE OE PEYREBRUNE Jean Bernard.
OSCAR MÉTÉNIER. . . . Mgrrha-Marla.
lis. G. COURTELINE Ut Facititt de Jean de In Butta.
129. L. BOUSSENARD. . . i . Chattturt Canadien*.
130. YVES GUYOT V» FOU.
131. ALEXANDRE DUMAS. Marie Sluarl.
132.
233. THÉO-CRITT
.'.
TANCRÈOE MARTEL. . . La ParjaUlolle.
U Régiment ou l'on s'amuse.
134. CATULLE MENDÈS. . . . Isoline.
135. ALFREO OELVAU UtCocoUe* de mon Grind-Pera,
136. JEAN REIBRACH. . . •. . La Femme è Pouillot.
137. GEORGES COURTELINE . Botbcurocke.
138. OANTE* L'Enfer.
239. EOOUARD MONTAGNE. . La Bohème cameUlte.
240. CHARLES OICKENS. . . . La Terre de Tom Tiddler.
241. FRANCIS ENNE A FERNANO OELISLE.L* Comte*** Dgnamite.
142. ERNEST NOIROT. A Trattrt t* Foula-Diallo» et le Btmboue.
143. JULES MARY Le Boucher de Meudo».
244.
145. ISMAÉL HUCHER. La Belle Madame Pajcd.
f
PIERRE DELCOURT. . . . UStiret du Juge Instruction.
246. A. SPOLL
. . . U Secret de* Yillier*.
E.
147. LOUIS JACOLLIOT. . . . Voyage tur le* rit 'iger,
143. JEAN AICARD.
. .
249. GÉRARD DE NERVAL.
. .
...
Le
U*
Paré ta
Fille* d CU.
•.*">/
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450. CATULLE MENDÉS. . . L'Artd'ai «•."'*' -. '/If,
'{/
131 CAMILLE FLAMMARION.. Clair* d* •"'- -V
. UUt\'
352. G. COURTELINE Omhr .
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Âty&iï&uûuhTkvii
i ' [4M '

Le but de la collection des Anteitrt célèbres, a


GO^P/tme* 1
rolnrae, esl de mettre, entre tontes les- mains de bonnes NàïjtIon
Jes, meilleurs,écrivains modernes et contemporains. : ' **^î>
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îlï.rJorJTCR^ Ut de cette I*ersbnrte: î.
îîî: LB Rora (iloopEs), L'Attentat SlougnJne. . '' 4
273. XANHOP, Juju.
214. Les
PRADÉLS (OCTAVE), Amours de Bidoche.
275 Sur le Tard
YVBMWO RAVBAOÇ,
270. Le
BOSQUET (H), des
Roman Oavrleres.
rRRhCT (PACL), La Fin d'un Viveur.
217.
178< LATENT (AIBRW), La Bande Michelou.
«9. ciffo fTBBODoftB), Contât d'Amont*. < *
.280. VEBKR (PIERRE), Llnndcente du Lofejs '
v

ïiiliiiiâPiibi#W . &oeL
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291. Âyftot'(OEoROES)'fJontek-notiàCA ! v = --
2». SILVESTÀE tArmaW), Le» CM îoef «** ~
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