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ECOLE

POLYTECHNIQUE D’ABIDJAN

COURS DE DROIT
DROIT CIVIL

HERVE KOUAKOU
ENSEIGNANT DE DROIT ET DE MANAGEMENT

ECOLE POLYTECHNIQUE

COURS DE DROIT CIVIL


VOLUME HORAIRE : 40 Heures
ENSEIGNANT : Hervé Kouakou

INTRODUCTION :
Le droit est une discipline qui intervient dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Dans les
relations avec autrui, dans les relations entre entités, un besoin de fonctionner selon des
lignes ou des normes directives est plus qu’une nécessité. Ubi Societas, Ubi ius, là où existent
ou cohabitent des hommes, le droit doit être.
Selon J. Salmond, le droit peut être défini comme l’ensemble des principes reconnus et
appliqués par l’État dans l’administration de la justice.
L’étude du droit est une nécessité pour les étudiants qui sont les futurs dirigeants de demain.

OBJECTIF GENERAL DU COURS
Connaissance de la notion de droit, de la règle de droit ainsi que son application dans tous les
domaines de la vie quotidienne ou des affaires. La maîtrise des notions essentielles du droit.

MÉTHODE PÉDAGOGIQUE
Afin de permettre à l’étudiant de faire le lien entre les notions du cours et la pratique, la
méthode participative sera privilégiée tout au long de ce programme. La compréhension des
concepts sera facilitée par des exposés et des travaux de recherche individuels ou en groupe.
Cette méthode permettra un échange de connaissances et d’expérience entre les étudiants

CONTENU DU COURS
Le cours sera articulé autour des axes suivants :

Chapitre I : Notions et sources du droit
Paragraphe 1 : Notion de droit
Paragraphe 2 : Les sources du droit

Chapitre II : Organisation et procédure judiciaire
Paragraphe 1 : Organisation judicaire ivoirienne

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Paragraphe 2 : Personnel judiciaire


Paragraphe 3 : Action en justice et procédure civile

Chapitre III : Droit civil : Personne et famille
Paragraphe 1 : les acteurs de la vie juridique (Personnes morales et personnes privées)
Paragraphe 2 : les catégories de de droit de la personnes (droits et biens)
Paragraphe 3 : La capacité juridique de la personne

Chapitre IV : Les obligations
Paragraphe 1 : Sources et classification des obligations
Paragraphe 2 : Le contrat
Paragraphe 3 : La formation du contrat
Paragraphe 4 : Les effets du contrat

Chapitre V : La responsabilité civile délictuelle
Paragraphe 1 : Notion de responsabilité
Paragraphe 2 : La Responsabilité du Fait d’autrui
Paragraphe 3 : La Responsabilité du Fait des Choses
Paragraphe 4 : La mise en œuvre de la responsabilité civile












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Chapitre I : Notions et sources du droit


Pour novice, le droit est semble être un mystère et se résume aux cours et tribunaux. Le droit
est tout d’abord une discipline à part entière. Il y a plusieurs définitions de la notion du droit.
Toutes les approches ont en commun de mettre en exergue un ensemble de règles.
Il apparaît donc opportun de bien cerner la notion du droit avant d’en analyser les sources.

Paragraphe 1 : Notions du droit
Toutes les définitions du droit permettent de mettre en évidence des directives, des normes
mises en place afin de réglementer les rapports entre les individus. Le droit fait l’objet d’une
classification selon certains critères.

A) Le droit et la règle de droit
1) Le droit en question
selon Jean Salmond « Le droit peut être défini comme l’ensemble des principes reconnus et
appliqués par l’État dans l’administration de la justice1 » .
En d’autres termes, le droit est un ensemble de règles édictées par l’autorité législative en vue
de régir la vie en société c’est à dire les rapports entre les individus ou les entités juridiques.

2) Les caractères de la règle de droit
La règle de droit a des caractères génériques, communs à toutes les règles de conduite.
- Ainsi le droit revêt un caractère général et abstrait : L'applicabilité de la règle de droit
doit être constante durant son existence, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle soit abrogée
ou abandonnée en tant que règle de droit. Elle s’applique sur un territoire national
bien déterminé.
- Elle revêt aussi un caractère obligatoire : Nul ne peut déroger à la règle de droit dès
lors qu'il entre dans son champ d'application d’où la célèbre maxime « Nul n’est censé
ignorer la loi ». Par exemple le Décret n°2012-980 du 12 octobre 2012 portant
interdiction de fumer dans les lieux publics et transports en commun s’impose à tous.
D’autres caractères généraux sont inhérents à la règle de droit comme la finalité sociale en ce

1
Jean Salmond, Jurisprudence, 10e éd., 1946

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sens que la règle de droit vise l’organisation de la vie sociale.


- Si elle régit la vie sociale, cela revient à dire qu’elle revêt un caractère extérieur. La
règle de droit ne dépend pas de la volonté de celui qui y est soumis. Ce n’est pas une
contrainte que l’on s’impose spontanément, mais c’est un ordre ou une suggestion
imposée à chaque membre du corps social.
En dehors des caractères généraux la règle de droit a aussi des caractères spécifiques qui sont:
- Un caractère permanent : L'applicabilité de la règle de droit doit être constante durant
son existence, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle soit abrogée ou abandonnée en tant que
règle de droit2. Par exemple la constitution ivoirienne de Novembre 2016 reste
applicable jusqu’à ce qu’une nouvelle constitution soit adoptée par référendum.
- Un caractère coercitif : Les pouvoirs publics peuvent utiliser la force publique pour faire
respecter une règle de droit et pour sanctionner un manquement à l'obligation de
respecter une règle de droit.

B) Les classifications et distinctions du droit
Il est possible de classifier et de faire des distinctions dans le droit.
1) Droit objectif et droit subjectif
On appelle "droit objectif" l'ensemble des règles et des normes juridiques à caractère
obligatoire qui sont applicables dans un pays. C’est le droit positif ou le système juridique.
Ces règles et normes, établies par le pouvoir en place, sont destinées à organiser la vie des
hommes en société, à réguler leurs rapports et à maintenir l'ordre et la sécurité.
Leur violation peut engendrer une sanction de la part de l'autorité publique.
Le droit objectif du droit subjectif considère le droit sous l'angle de la personne humaine en
tant que telle et s'intéresse aux prérogatives qui lui sont attribuées. En claire, c’est une
prérogative juridique attribuée à une personne par le droit pour régir ses rapports en société,
dont elle peut se prévaloir dans son propre intérêt. Ce droit peut être de différente nature :
droit créance, droit à la liberté d'expression (Constitution ivoirienne de novembre 2016), droit
de propriété (Article 544 du code civil), etc.

2
Gérard Cornu, Droit Civil – Introduction, Ed. Montchrestien, 1980, pp. 16-20

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2) Droit public et droit privé


Le droit public est l'ensemble des règles juridiques qui régissent l'organisation et le
fonctionnement politique, administratif et financier des personnes morales et de droit public
entre elles, ainsi que des relations entre les États, entre les organismes internationaux, ainsi
que les relations entre les personnes morales de droit public et les personnes privées. Le droit
public défend l'intérêt général avec des prérogatives liées à la puissance publique. Il concerne
les rapports entre personnes publiques mais également personnes publiques et personnes
privées.
Le droit public est en général opposé au droit privé, qui recouvre l'ensemble des règles qui
régissent les rapports entre particuliers, personnes physiques ou morales.
C'est tout l’intérêt de la "summa divisio". Le droit public est constitué du :
- Le droit constitutionnel qui organise les pouvoirs de l'État : parlement, gouvernement, justice.
-Le droit administratif, qui réglemente la structure de l'administration et ses rapports avec
les particuliers.
-Le droit fiscal, qui détermine les conditions et le montant de la participation des sujets de
droit aux budgets de l'État et des collectivités publiques, rappelle aussi des devoirs
des particuliers.
-Les finances publiques qui regroupent l’ensemble des règles gouvernant les finances de l’État,
des collectivités locales, des organismes de sécurité sociale, des établissements publics et de
toutes autres personnes morales de droit public (gestion de l'argent par l'État).
-Le droit pénal, qui définit les sanctions pécuniaires ou corporelles dont l'État, par
l'intermédiaire des tribunaux répressifs, peut frapper l'individu qui transgresse certaines
règles de droit. Seulement, il est important de signaler que le droit pénal est un droit à cheval
entre le droit public et celui privé. C'est une branche qui comporte à la fois les composantes
du droit public et du droit privé.
-La procédure pénale, qui organise le déroulement du procès devant les tribunaux judiciaires
répressifs lorsque sont réunies les conditions des infractions définies par le droit pénal.
Une autre partie la considère comme étant plutôt un droit transversal (cf. droit pénal)
Le droit privé quant à lui est l'ensemble des règles qui régissent les rapports entre
les personnes physiques ou morales.
On oppose généralement le droit privé au droit public, qui recouvre les relations avec
l'État ou l'administration, ainsi que les relations entre institutions publiques.

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Le droit privé regroupe généralement et entre autres : le droit civil, le droit des
affaires (OHADA : Droit commercial, droit des sociétés, Droit des procédures collectives
d’apurement du passif, Droit comptable etc.) et le droit du travail ...
3) Droit interne et international
Le droit interne est le droit positif en vigueur dans un État donné, ayant des sources et des
sanctions propres à cet État. Il réglemente les rapports sociaux qui se produisent à l’intérieur
de cet État sans qu’un élément ressortissant d’un autre État intervienne dans ces rapports. Le
droit interne peut être public ou privé.
Il a pour objet les rapports sociaux dans lesquels figure un élément étranger. Il est aussi public
ou privé en considération du type de rapports qu’il régit.
Le droit international a pour objet les rapports sociaux dans lesquels figure un élément
étranger. Il est aussi public ou privé en considération du type de rapports qu’il régit.

Paragraphe 2 : Les sources du droit
La question des sources du droit a pour but de déterminer l’origine des règles juridiques. Les
règles juridiques se trouvent exprimées par la loi, les règlements, la coutume, la jurisprudence
et la doctrine.

A) Les sources directes ou formelles
Elles sont parfois écrites (la constitution, les traités internationaux, la loi et les règlements) et
parfois non écrites (la coutume).
1) La constitution
La constitution ou loi fondamentale est la norme suprême à laquelle doivent se référer toutes
les autres règles de droit.
C’est l’ensemble des règles qui détermine la forme de l’État, l’organisation et l’exercice du
pouvoir. La constitution en vigueur actuellement en Côte d’Ivoire date de novembre-2016.
Elle succède à celle du 1er Août 2000.
2) Les traités internationaux
Ce sont les accords qui déterminent les règles applicables aux rapports entre les États
contractants. Ces règles deviennent de véritables lois, à condition que le traité soit d’abord
signé par les plénipotentiaires et ratifié par l’Assemblée Nationale.
3) La loi ordinaire

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Elle est une règle écrite, établie par l’Assemblée Nationale et promulguée par le Président de
la République.
a) La naissance de la loi
- L’initiative des lois
Elle appartient aussi bien au Gouvernement (projet de loi) qu’aux députés (proposition de loi).
- Le vote de la loi
Les députés examinent le projet ou proposition de loi d’abord en commission puis en
Assemblée plénière. Ils peuvent le modifier. Après délibération, le texte est voté c’est à c’est
dire adopté par les députés.
- La promulgation et la publication de la loi
Une fois votée, s’ouvre un délai de 15 jours au cours duquel doit intervenir un décret de
promulgation émanant du Président de la République. La promulgation est le décret qui
certifie de manière authentique, l’existence du commandement étatique et qui donne l’ordre
de l’exécuter. C’est donc l’acte par lequel, le président de la République atteste l’existence et
l’autorité de la loi, en ordonne sa publication et son exécution par tous ceux qui sont sur le
territoire.
Ce délai de 15 jours peut être écourté de 5 jours en cas d’urgence. Avant l’expiration de ce
délai, le Président de la République peut demander à l’Assemblée Nationale de délibérer une
nouvelle fois sur la loi.
Une fois promulguée, s’ouvre un autre délai à l’expiration duquel la loi devient obligatoire. Ce
deuxième délai est de trois jours francs (de 0 à 24 heures). Là aussi, il y a des exceptions : en
cas d’urgence, la loi est transmise au préfet qui l’affiche suivie de 3 communiqués radio
diffusés.
b) La mort de la loi
Elle survient par suite de l’abrogation. Celle-ci est à distinguer de la désuétude ;
- L’abrogation se définit comme une abolition de la loi pour l’avenir. En cela l’abrogation
se distingue de l’annulation qui produit un effet rétroactif c’est à dire qu’elle revient
sur le passé et l’anéantit. Tandis que l’abrogation ne met pas en cause les actes qui ont
été accomplis sous l’empire de l’ancienne loi.
- La désuétude équivaut au fait qu’une loi ne soit pas appliquée pendant un laps de
temps plus ou moins long. Cela n’entraîne pas la perte de la force obligatoire de cette
loi.

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4) Les règlements
Les règlements sont des règles de droit édictées par le pouvoir exécutif. Ce sont :
- Les décrets : Ils sont des décisions exécutoires prises par le Président de la République.
- Les arrêtés : Ils relèvent des Ministres, des Préfets et des maires…
- Les circulaires : Elles relèvent des Directeurs Généraux, Directeurs centraux.
5) La coutume
Elle exprime une règle de Droit. Historiquement, elle est la source la plus ancienne.
À la différence de la loi, la coutume n'émane pas des autorités étatiques. Elle émane du groupe
social lui-même. C'est une règle de droit sécrétée par la société. Mais cette règle ne devient
règle de droit qu'à deux conditions: il faut qu'il existe:
- un élément matériel qui consiste dans la répétition : un usage ancien qui correspond à une
pratique suivie depuis longtemps. La coutume est donc fondée sur la répétition. C'est ce que
résume la sagesse populaire dans l'adage : "Une fois n'est pas coutume".
- et un élément psychologique réside en ce que les personnes qui suivent la règle coutumière
doivent avoir la conviction d'agir en vertu d'une règle juridique.

B) Les sources directes ou formelles
Il existe deux sources indirectes du droit ivoirien. Ce sont la jurisprudence et la doctrine.
1) La jurisprudence
C'est un ensemble de décisions de justice concordantes de Droit déterminée. Pour qu'il y ait
jurisprudence, il faut 3 conditions :
- Il faut qu'il se pose une question de Droit précise qui n'est pas résolue par la loi écrite (par
exemple, le nom des personnes physiques peut-il se perdre par prescription extinctive ?)
La prescription extinctive est une institution de droit selon laquelle un droit ou une
prérogative se perd si l'on n'en fait pas usage pendant un certain délai.
- Il faut que cette question de droit ait été posée dans une série de procès.
- Il faudra que les tribunaux aient donné des réponses concordantes à la question posée.
Si ces trois conditions sont remplies, nous aurons une jurisprudence.
En Droit civil, le rôle de la jurisprudence est considérable parce que la loi écrite, aussi bien
faite soit-elle, ne peut pas tout prévoir : ainsi :
- Il y a des cas où la loi écrite n'a pas prévu une solution, on dit qu'il y a silence de la loi. La
jurisprudence va alors essayer d'interpréter la loi pour trouver une solution adéquate. Il se

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peut aussi que la loi écrite soit trop générale, il faut alors la préciser et c'est la jurisprudence
qui le fait.
- Il y a des cas où la loi écrite est obscure, contradictoire, là encore, c'est la jurisprudence qui
va lui donner un sens clair et précis.
Comme on le voit, la jurisprudence est au service de la loi écrite ; elle ne va pas contre la loi ;
elle vient la compléter, la préciser.
Dans cette tâche, la jurisprudence est aidée, éclairée par la doctrine qui constitue la 3e
source.
2) La doctrine
La doctrine, c'est l'opinion concordante des auteurs lorsque ceux-ci font autorité, c'est-à-dire
lorsque leur valeur est généralement reconnue dans le milieu professionnel.
Si la loi ne dit rien et la jurisprudence également, on fait appel à la doctrine qui est un
argument. La doctrine ne donne pas naissance à une règle de droit.
Elle n'est pas une source de droit, car elle ne formule pas de règles de droit. Mais, elle
constitue un argument, c'est une autorité puisque c'est une source d'inspiration tant pour le
législateur que pour le Juge.
La doctrine se manifeste à travers des traités, des manuels, des ouvrages spécialisés et des
articles.













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Chapitre II : Organisation et procédure judiciaire


Le phénomène judiciaire se préoccupe à la fois du droit objectif et des droits subjectifs. Il est
le cadre où se joue le sort d’un ou plusieurs droits subjectifs. De ce point de vue, il est un
phénomène individuel. Mais d’un certain côté, la jurisprudence et l’État investissent certains
organes d’une fonction juridictionnelle. Dès lors, il se pose le problème essentiel de savoir si
les litiges doivent être soumis indifféremment aux mêmes juridictions : c’est le problème des
ordres de juridiction. De même il est important de préciser comment le procès se déroulera
devant la juridiction saisie ainsi que ceux qui contribuent à son déroulement.

Paragraphe 1 : Organisation judicaire ivoirienne
Le législateur ivoirien a adopté dans la pratique un seul ordre de juridiction : L’ordre judiciaire.
Cet ordre judiciaire est composé des juridictions de droit commun et des juridiction
d’exception.

A) Les juridictions de droit commun
On appelle les juridictions qui peuvent connaître de tous les litiges civil, pénal, administratif
et fiscal ( art 5 CPCC3) à l’exception de ceux dont la connaissance a été accordée à des
juridictions spécialisées. Ces juridictions de droit commun sont de deux (2) sortes : Les
juridictions de 1er degré et les juridictions de 2nd degré.
1) Les juridictions de 1er Degré
Les litiges sont jugés en 1ère instance par un tribunal de première instance ( TPI) ou la
section détachée de tribunal.
Toutefois, ces juridictions sont autonomes et ne se chevauchent pas en matière civile,
commerciale, administrative , pénale et fiscale. Ces juridictions sont indépendantes et
équivalentes sur
le plan de la compétence d’attribution. Elles ont le même pouvoir de juger aux termes de
l’article 5 du Code de procédure civile, commerciale et administrative (CPCCA). Ainsi, on
ne fait pas appel des décisions des tribunaux de section devant les TPI. Bien qu’elles soient
équivalentes du point de vue de la compétence d’attribution, chacune a une sphère de
compétence qui lui est propre.

3
Code de Procédure Civile Commerciale et Administrative
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Les tribunaux de première instance statuent désormais en formation collégiale. En


effet, jusqu’à l’intervention de la loi n° 97-399 du 11 juillet 1997, ces juridictions statuaient à
juge unique.
En ce qui concerne les sections détachées, la loi a opéré une discrimination
puisque celles-ci continuent en principe de siéger avec un seul juge. Toutefois, elles doivent
siéger en formation collégiale de trois (3) magistrats au moins dans les cas suivants :
- En matière civile, commerciale et administrative lorsque l’intérêt du litige dépasse 50
millions de F CFA ;
- En matière de faillite et de liquidation judiciaire (il faut comprendre, avec l’avènement
de l’acte uniforme de l’OHADA portant organisation des procédures collectives d’apurement
du passif, en matière de règlement préventif, de redressement judiciaire et de liquidation
des biens) ;
- En matière délictuelle et obligatoirement en présence du Ministère public (Parquet) :
- Lorsque l’intérêt du litige excède 50 millions de F CFA
- Lorsqu’il s’agit d’infractions contre la sûreté de l’État, la défense nationale, la
sécurité publique
selon l’article 5 du CPCCA, « les Tribunaux de première instance et leurs sections détachées
connaissent de toutes les
affaires civiles, commerciales, administratives et fiscales pour lesquelles compétence n’est
pas attribuée expressément à une juridiction en raison de la nature de l’affaire ».
L’article 6 du CPCCA précise que le tribunal statue en toute matière et en 1er ressort
sur toutes les demandes dont l’intérêt du litige est supérieur à 500 000 F CFA ou dont le
montant est indéterminé, ainsi que sur celles relatives à l’état des personnes, celles mettant
en cause une personne publique et celles statuant sur la compétence.
En matière civile et commerciale, il (le tribunal) statue en 1er et dernier ressort sur
toutes les demandes dont l’intérêt du litige n’excède pas 500 000 F CFA. En vertu des
dispositions qui précèdent, il n’est donc pas possible d’interjeter appel contre une décision
statuant en matière civile ou commerciale et dont le montant de l’affaire est inférieur ou
égal à 500 000 F CFA. Ce qui signifie a contrario qu’à partir 500 001 F CFA, l’appel est
autorisé.

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Les compétences dévolues au tribunal de simple police sont exercées par le TPI4.
2) Les juridictions de 2nd degré
Au niveau du second degré, il y a essentiellement les Cours d’appel. Au sein de la
Cour d’appel, existe la Cour d’assises, juridiction répressive ayant une compétence
spécifique.

a) La Cour d’appel
Ces juridictions sont constituées de chambres sociales, correctionnelles, civiles,
commerciales et administratives. Elles regroupent les magistrats du siège que sont le
premier président, les présidents de chambre et les conseillers, ainsi que des magistrats du
ministère public ou parquet général (le procureur général, les avocats généraux et
les substituts du procureur général)
b) La Cour d’assises
La Cour d’assises est la juridiction investie de la compétence de juger les individus
poursuivis pour infractions qualifiées crimes.
Les assises se tiennent, tous les trois mois, au siège de chaque tribunal de première
instance en ce qui concerne le jugement des affaires instruites dans le ressort de ce tribunal.
A titre exceptionnel, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, peut, par un arrêté, fixer le
siège de la Cour d’assises dans la ville où existe une section de tribunal.
La Cour d’assises comprend la Cour proprement dite et les jurés. La Cour proprement
dite est composé d’un (1) président et de deux (2) conseillers. La Cour d’assises est présidée
par un président de Chambre ou par un conseiller de la Cour d’appel.
Les conseillers sont choisis soit parmi les conseillers de la Cour d’appel, soit parmi les
présidents, vice-présidents ou juges du tribunal de première instance ou de la section du
tribunal du lieu de la tenue des assises. Lorsque la session est ouverte, le président de la
Cour
d’assises peut, s’il y a lieu, désigner un ou plusieurs conseillers supplémentaires.
Le collège des jurés comprend des citoyens désignés conformément à certaines
conditions. Ainsi, peuvent seuls remplir les fonctions de jurés les citoyens de l’un ou l’autre
sexe, âgés de vingt-cinq ans au moins, sachant lire et écrire en français, jouissant de leurs

4
Tribunal de Première Instance
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droits.
Il peut, cependant, leur être adjoint un ou plusieurs conseillers supplémentaires, si la durée
ou l’importance de la session rendent cette mesure nécessaire. Les conseillers
supplémentaires siègent aux audiences. Ils ne
prennent part aux délibérations qu’en cas d’empêchement d’un conseiller titulaire, constaté
par ordonnance motivée du président de la Cour d’assises (article 218 du Code de procédure
pénale).

B) Les juridictions d’exception ou spécialisées
Ce sont des juridictions qui ne peuvent connaître que de certains litiges spécifiques.
1) Le tribunal du travail
Il est chargé de juger les différends entre les employeurs et les employés.
2) Le tribunal de commerce
Il est chargé de juger les différends nés lors des activités commerciales
3) La cour d’assises
Elle est chargée de juger les personnes soupçonnées de crimes.
4) Le Conseil constitutionnel
De création récente et institué en remplacement de la chambre constitutionnelle de la
Cour suprême, la composition, l'organisation, les attributions et le fonctionnement du
Conseil constitutionnel sont d’abord fixés par la loi n° 94-438 du 16 août 1994. Il est régi
aujourd’hui par les dispositions de la Constitution de novembre 2017 qui en détermine
l'organisation et le fonctionnement. Ainsi, le Conseil constitutionnel contrôle la
régularité des opérations du référendum, de l'élection du Président de la République et
des membres du Parlement5.
5) La cour suprême
A Abidjan, siège une juridiction unique pour toute la République ; il s’agit de la Cour
suprême. Elle comprend trois chambres. au-dessus des juridictions de 1er et 2nd degré. La
Cour suprême veille à l’application de la loi par les juridictions de l’ordre judiciaire et de

5
Article 51 alinéa 2 de la Constitution de 2016
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l’ordre administratif. Elle règle les conflits de compétence entre les juridictions des deux
ordres6.
La Cour suprême comprend :
- la Cour de Cassation ;
- le Conseil d’État.
6) La Haute Cour de Justice
La Haute Cour de Justice siège à l’Assemblée Nationale ou en tout autre lieu dicté par les
circonstances. Les attributions de la Haute Cour de Justice sont déterminées par les articles 4
et 5 de la Loi organique du 31 janvier 2005. La Haute Cour de Justice est compétente pour :
- juger les membres du gouvernement pour des faits qualifiés crimes ou délits dans l’exercice
de leurs fonctions ;
- juger le Président de la République en cas de haute trahison. Le Président de la République
n'est alors responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions et traduit devant
la Haute Cour de Justice qu'en cas de haute trahison.
7) La cour des comptes
La Cour des Comptes est l’Institution suprême de contrôle des finances publiques. Elle a des
attributions juridictionnelles, de contrôle et de consultation.
La Cour des comptes contrôle la gestion des comptes des services de l’État, des
Établissements publics nationaux, des collectivités territoriales, des Autorités administratives
indépendantes et de tout organisme bénéficiant du concours financier de l’État ou d’une
autre personne morale de droit public ainsi que de tout organisme bénéficiant du concours
financier des entreprises publiques et de leurs filiales.
8) La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA)
Dans le cadre communautaire le Traité de l’OHADA a mis sur pied une Cour supérieur
dénommée Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA). Celle-ci est une juridiction
suprême ou de cassation car elle assure l’unité d’interprétation et d’application des Actes
uniformes
La CCJA peut être consultée sur toute question se rapportant à l’application des
actes uniformes. A cet effet, elle peut être saisie par tout État partie, le Conseil des ministres,
les juridictions nationales.

6
Article 147 de la constitution
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La CCJA, saisie d’un recours en cassation, se prononce sur toutes les décisions
rendues en dernier ressort dans toutes les affaires soulevant des questions relatives
à l’application des Actes uniformes et des Règlements (article 14, alinéa 3). Les dispositions
du Traité et du Règlement de procédure de la CCJA concernant la fonction juridictionnelle de
la Cour posent ainsi un principe de supranationalité judiciaire opérant un transfert de
compétence des juridictions nationales de cassation vers la haute juridiction communautaire.
Ce principe est d’autant plus rigoureux qu’il est accompagné du pouvoir de la CCJA de
statuer, après cassation, sur le fond, sans renvoyer à une juridiction d’appel nationale de l’Etat
concerné, en évoquant l’affaire; ce pouvoir d’évocation entraîne la substitution de la CCJA
aux juridictions nationales de dernier ressort, en cas de cassation.

Paragraphe 2 : Personnel judiciaire
C’est l’ensemble des personnes qui concourent à l’œuvre de justice. Il comprend d’une part
les magistrats et les greffiers et d’autres part les auxiliaires de justice.

A) Les Magistrats et les greffiers
1) Les Magistrats
Ils sont chargés de trancher les différends, de dire le droit. Il y a deux types de magistrats :
- Les Magistrats du siège ou Magistrats assis : Ils ont pour rôle de de juger les litiges. Ils sont
inamovibles (c’est à dire qu’ils ne peuvent recevoir une nouvelle affectation sans leur
consentement) et indépendants (c’est à dire qu’ils ne reçoivent aucune instruction de
l’exécutif).
- Les Magistrats du parquet ou Magistrats debout : qui ne jugent pas mais sont chargés de
défendre les droits de la société qu’ils représentent à l’audience, ils se lèvent pour intervenir
au procès.
2) Les greffiers de justice
Ils rédigent et conservent les actes de procédure (assignation, appel) et les décisions de
justice. Ils ont pour rôle de conserver la preuve des décisions et d’en délivrer des copies. A
l’audience, ils tiennent le plumitif (C’est à dire le Registre sur lequel le Greffier consigne les
principaux faits de l’audience.)
Le Greffier sert de relais obligatoire de communication entre les parties et les juridictions.

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B) Les Auxiliaires de justice


1) Les huissiers
Ce sont des officiers ministériels appelés à signifier c’est à dire faire connaître aux plaideurs,
les différents actes de procédure. Ils procèdent également à l’exécution forcée des jugements.
2) Les Avocats
Ils représentent leurs clients dans les actes de procédures et les assistent pendant le
déroulement du procès.
3) Les particuliers
Ils interviennent dans la mission en diverses qualités :
- Les jurés : Ce sont des personnes qui devant la cour d’Assises concourent avec des magistrats
à juger les personnes accusées de crime. Ils délibèrent sur la culpabilité de l’accusé et les
peines applicables.
- Les témoins : Ils relatent au juge ce qu’ils ont vu ou entendu relativement à des faits litigieux.
- Les techniciens ou experts judiciaires : ce sont des professionnels chargés par les tribunaux
de procéder à des investigations techniques et d’en faire ensuite un rapport. Ce sont en
général les médecins, comptables, architectes…
4) Les notaires
Ce sont des officiers ministériels qui reçoivent ou rédigent les contrats, les obligations, les
transactions et les autres actes volontaires et leur confèrent l’authenticité.

Paragraphe 3 : Action en justice et procédure civile
Avant de parler de l’instance, il est bien de noter qu’en cas de contestation, il peut se poser le
problème de la compétence du tribunal à saisir.

A) Les règles de compétence des tribunaux
La compétence peut être définie ici comme l’aptitude légale d’un tribunal à connaître un
procès. En effet, le législateur a fixé des règles de répartition des procès qu’il faut respecter.
Donc pour savoir quel est le tribunal compétent, il faut :
- D’abord déterminer quel est le type de tribunal (Civil, commercial, correctionnel, etc.)
apte à connaître d’une affaire. C’est la compétence d’attribution ou rationae materiae
c ‘est à dire en considération de l’affaire.

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- Ensuite, parmi tous les types de tribunaux déterminés celui qui, spécialement doit être
saisi du procès du procès. C’est la compétence territoriale ou rationae loci, c’est à dire
en considération du lieu.
1) La compétence d’attribution
Les tribunaux de première instances et leurs sections détachées connaissent de toutes les
affaires civiles, pénales, administratives et fiscales pour lesquelles la loi n’a pas attribué
expressément à une autre juridiction en raison de la nature de l’affaire7.
2) La compétence territoriale
a) Le principe
Le tribunal territorialement compétent est en principe celui du lieu où demeure le défendeur.
Le lieu où demeure une personne physique est le lieu où elle a son domicile et, à défaut, sa
résidence. Le lieu où demeure une personne morale est lieu où elle a son siège social.
b) Les exceptions
- En matière de pension alimentaire, le tribunal territorialement compétent est celui du
domicile du demandeur.
- En matière de contestations relatives à des fournitures, travaux, location, louage
d’ouvrage ou d’industrie, le tribunal territorialement compétent est celui où la
convention a été contractée ou exécutée.
- En matière immobilière, le tribunal territorialement compétent est celui où se trouve
l’immeuble.

B) L’instance
L’instance est le déroulement du procès depuis la saisine des tribunaux jusqu’à la décision.
C’est l’ensemble des actes de procédure qui se suivent et se conditionnent les uns les autres.
1) Les conditions de l’action en justice, de la saisine d’un tribunal
Pour qu’un justiciable puisse saisir une juridiction et voir son action recevable, il y a 3
conditions cumulatives à remplir. Ainsi l'action n'est recevable que si le demandeur :
- justifie d'un intérêt légitime juridiquement protégé direct et personnel ;
- a la qualité pour agir en justice ;
- possède la capacité d'agir en justice.

7
Article 5 CPCCA
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2) Les modalités de saisine


Il existe 3 modalités de saisine des tribunaux
a) L’assignation
C’est un exploit d’huissier par lequel le demandeur invite l’adversaire à comparaître devant le
tribunal. L’assignation doit clairement préciser :
- L’objet de la demande et les motifs invoqués (arguments)
- L’indication du tribunal qui doit connaître de la demande, la date et l’heure de
l’audience.
b) La requête article
Dans ce cas, la demande est portée directement au Greffe du Tribunal et le Greffe doit se
charger de convoquer l’adversaire. La requête ne peut être utilisée que pour les affaires de
moindre importance dont l’intérêt pécuniaire du litige n’excède pas 500.000 F.
c) La comparution volontaire
Les parties peuvent sans assignation ni requête se présenter volontairement devant la
juridiction compétente pour y être jugées8.
3) Les voies de recours
La voie de recours est un moyen mis à la disposition des plaideurs insatisfaits pur obtenir d’une
juridiction, la réformation ou l’annulation d’une décision juridictionnelle leur faisant grief. Les
plus usuelles des voies de recours sont : l’opposition, l’appel, le pourvoi en cassation.
a) L’opposition
C’est la voie de recours offerte à un défendeur qui a été jugé sans avoir eu connaissance de la
procédure initiée contre lui (jugement par défaut). L’opposition permet de saisir la juridiction
qui a rendu la décision contestée, pour un nouveau jugement. Le délai pour faire opposition
est de 15 jours si l’intéressé est domicilié en Côte d’Ivoire, et de 2 mois 15 jours s’il est
domicilié à l’étranger, à compter de la signification qui lui est faite. Ce délai court à compter
de la signification de la décision de l’intéressé. Seuls les jugements et arrêts de la cour d’Appel
sont susceptibles d’opposition.


8
Article 39 CPCCA
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b) L’appel
L’appel permet de saisir la Cour d’Appel pour le réexamen d’une affaire jugée par un TPI ou
une section détachée, un tribunal du travail. Le délai pour interjeter appel est d’un mois à
compter de la signification qui lui est faite de la décision.
Mais toutes les décisions ne sont pas susceptibles d’appel. En effet, lorsque l’intérêt
pécuniaire du litige n’excède pas 366 070 F, le tribunal de travail statue en premier et dernier
ressort. Lorsqu’il n’excède pas 500 000 F, le TPI et les sections détachées statuent en premier
et dernier ressort.
c) Le pourvoi en cassation
Il permet de saisir les juridictions suprêmes pour qu’elles vérifient la régularité du jugement
opéré par les juridictions inférieures telles que : la Cour d’Appel, la Cour d’Assises, le TPI, les
sections détachées, le tribunal du travail, le tribunal de commerce…
Pour les 3 dernières juridictions citées, les juridictions suprêmes ne peuvent exercer leur
contrôle que lorsqu’elles statuent en premier et dernier ressort.
Le délai pour former un pourvoi en cassation est de 1 mois si l’intéressé est domicilié en Côte
d’Ivoire et de 3 mois s’il réside à l’étranger, à compter de la signification qui lui est faite de la
décision.














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Chapitre III : Droit civil : Personne et famille


Ce chapitre vient nous préciser comment doit s’appliquer le droit et qui en sont les sujets. Par
ailleurs, nous verrons les droits dont sont bénéficiaires les sujets de droit et quelle est la
condition pour en bénéficier.
Paragraphe 1 : les acteurs de la vie juridique (Personnes morales et personnes privées)
Les acteurs de la vie juridique sont principalement la personne physique et la personne
morale.
A) La personne physique
Elle est un individu qui par sa seule existence est sujet de droits, elle jouit dès la naissance de
droits subjectifs qui constituent les attributs de la personne. La vie juridique suppose
l’individualisation de la personne physique.
§ La personnalité juridique existe en principe dés la naissance. La naissance doit être
constaté par un officier d’état civil qui l’enregistre sur le registre des naissances (c’est
un fait juridique qui nécessite un écrit). Il existe cependant une exception selon
laquelle la personnalité juridique peut précéder la naissance et exister dès la
conception toutes les fois que le futur enfant y trouve un intérêt : C’est la règle de
l’infans conceptus. L’enfant est réputé conçu pendant la période légale de conception
qui part du 300ème jour au 180ème jour avant la naissance.
300 jours 180 jours/ naissance

§ La personnalité juridique disparaît avec le décès d’une personne. L’absent qui a disparu
dans des circonstances exceptionnelles laissant présumer sa mort peut faire l’objet
d’un jugement déclaratif de décès à la demande de ses héritiers.
§ La personne physique est individualisée traditionnellement par le nom, l’état civil et le
domicile. Toute personne doit avoir en principe un nom de famille et un prénom. L’état
civil confirme le nom et la date de naissance de la personne Le domicile est le
rattachement d’une personne à un lieu déterminé. C’est le lieu où une personne « a
son habitation habituelle et le centre de ses affaires et de ses intérêts ».



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B) La personne morale
Ce sont des groupements de personnes ou de biens doté de la personnalité juridique. Les
personnes morales n’ont pas de véritable réalité physique. Ce sont des fictions qui exercent
leur droit par l’intermédiaire de leur représentant. La personne morale vit et meurt.
§ Le début de la personne morale se fait par la déclaration d’existence aux autorités
publiques. Pour une association c’est à la préfecture, pour une société, il faut
l’immatriculer au Registre des Commerces.
§ La fin de la personne morale se fait par la déclaration de dissolution et de liquidation
du groupement aux autorités publiques concernées.
§ La classification des personnes morales :
- Personnes morales de droit public : Celle-ci comprennent les collectivités publiques (État,
département, commune, …), les établissements publics (services publics dotés d’une
autonomie budgétaire : services administratifs comme les universités et hôpitaux…) et les
sociétés nationalisées.
- Personnes morales de droit privé : il en existe 2 types, les personnes morales de droit privé
à but non lucratif (associations, syndicats professionnels, congrégations) et les personnes
morales de droit privé à but lucratif (groupement d’intérêt économique, sociétés
commerciales et société civiles…).
Les personnes morales s’identifient par leurs dénominations sociales, leurs sièges sociaux ainsi
que leurs nationalités.

Paragraphe 2 : les catégories de biens et de droits de la personne physique
Les droits subjectifs sont les prérogatives dont peut se prévaloir toute personne juridique.
Pour définir ces différents droits, il est utile de les classer.

A) Les droits de la personne : Droits extrapatrimoniaux et Droits patrimoniaux
1) Droits extrapatrimoniaux
Sont des droits qui n’ont pas de valeur pécuniaire, ne font pas partie du patrimoine par
conséquent, ne peuvent faire l’objet d’une évaluation matérielle :
- Les droits de l’homme
- Les droits familiaux
- Les droits de la personnalité

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- Le droit de la personne sur son corps


- Le droit à l’image
- Le droit à la vie privée

2) Droits patrimoniaux
A l’inverse des droits extrapatrimoniaux, les droits patrimoniaux ont par définition une valeur
pécuniaire. Ils peuvent donc faire l’objet de toute opération ou transaction juridique et
peuvent aussi être saisis par les créanciers.
Exercice de recherche ( A compléter)
Droits Caractéristiques essentielles Exemples


Patrimoniaux



Extrapatrimoniaux




a) Les droits personnels
Les droits personnels ou droits de créance sont des droits qui permettent à leur titulaire, le
créancier, d’exiger d’une autre personne, le débiteur, l’exécution d’une prestation. Cette
prestation peut être positive (ex : accomplissement d’un travail, livraison d’une marchandise)
ou négative (ex : obligation de non concurrence).
b) Les droits réels
Sont des droits qui donnent à leurs titulaires un pouvoir direct sur une chose. Ces droits
permettent l’utilisation de la chose : droits réels principaux (ex : droit de propriété) ou la
garantie de l’exécution d’une créance : droits réels accessoires (ex : gage, hypothèque…).
c) Les droits intellectuels
Ces droits portent sur des œuvres de l’esprit, c'est-à-dire des choses immatérielles : droits
d’auteur (propriété littéraire et artistique), brevet d’invention (propriété industrielle). Ces
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droits sont des droits patrimoniaux dans la mesure où ils ont une valeur pécuniaire et peuvent
être vendus.

B) Les biens des personnes
1) Les immeubles
Il existe ensuite, deux catégories d'immeubles

 a) Les immeubles par nature
Ils se caractérisent par leur attache au sol. Entrent dans cette catégorie les terrains, de
bâtiments, le brin d'herbe :) 

Ce qui est naturellement immobile et qui n’a pas vocation à être déplacé, le sol et tout ce qui
s’y rattache (construction…).
Le code civil en fait un inventaire : article 518 du code civil :
- les fonds de terre (le sol et le sous sol (tréfonds du terrain))
- les bâtiments : c’est un immeuble car il est ancré dans le sol.
Les matériaux de constructions sont des biens meubles, ils deviennent immeubles au fur et à
mesure de leur intégration dans le bâtiment. A l’inverse ils redeviendront des biens meubles
si l’immeuble vient à être détruit (article 532 du code civil)
- les végétaux et les arbres (article 520 al 1 du code civil). Un fruit sur un arbre est un
bien immeuble et lorsqu’il est cueillit il devient un bien meuble.

b) Les immeubles par destination
Il s'agit ici de biens meubles par nature mais comme ils sont accessoires d'un immeuble par
nature, ils seront considérés juridiquement comme des immeubles. Il faut en plus que ces
différents biens appartiennent au même propriétaire. 


2) Les meubles
Il existe trois catégories de meubles : 

a) Les meubles par nature
Ce sont les choses qui peuvent bouger soit toutes seules soit par des forces extérieures (la
table, la chaise...). Ce qui est mobile, ce qui peut être facilement déplacé. Tous les objets
matériels. Les meubles meublants (article 534 du Code civil : lit, siège, armoire ; article 531 du
code civil: les bateaux ; l’électricité).
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Les animaux ne constituent pas une catégorie juridique autonome. Car ils sont appropriés,
ils sont en principe soumis au régime des biens meubles.
b) Les meubles par anticipation
Il s'agit d'immeubles par nature qui ont vocation dans l'avenir à devenir meuble. Donc on
considérera ces choses comme des meubles. Ce sera le cas par exemple des récoltes sur pied,
et des arbres...
c) Les meubles par détermination de la loi
Ce sont des meubles incorporels. Plus précisément de sont des droits qui portent sur des
meubles. Ainsi, un droit de propriété qui porte sur un bien meuble est considéré lui même
comme un bien meuble. 


Paragraphe 3 : La capacité juridique de la personne
Avoir la personnalité juridique en tant que personne physique ou personne morale est une
condition nécessaire pour être titulaire de droits, mais ce n’est pas une condition suffisante.
Encore faut il avoir la capacité juridique ; la capacité étant l’aptitude d’une personne à
manifester les divers prérogatives et charges inhérentes à sa personnalité. La capacité
juridique (celle d’agir) constitue la projection dynamique de la personnalité juridique (celle
d’être). On distingue entre la capacité de jouissance et la capacité d’exercice.

A) La capacité de jouissance
Certaines personnes, tout en ayant la personnalité juridique, ne peuvent pas acquérir elles-
mêmes certains droits, ou assumer certaines obligations. La loi les soumet à un régime
d’incapacité de jouissance en vue de les protéger ou de protéger la société contre leurs
actions.
« les personnes incapables et celles qui le sont partiellement sont soumis, selon les cas à la
tutelle légale… ».
Ainsi donc les personnes mineures, les déments, les faibles d’esprit et les prodigues sont
suivant les tranches d’âge et la manière sur laquelle porte l’engagement soit représentés
totalement, soit simplement assistés par leurs tuteurs, car ces personnes n’ont pas la maturité
suffisante ou les facultés mentales saines pour pouvoir apprécier valablement la portée de
leurs engagements.

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B) La capacité d’exercice
La capacité d’exercice est l’aptitude pour une personne à exercer elle-même les droits dont
elle est titulaire. Les personnes physiques frappées d’incapacité d’exercice doivent être
représentées par leurs tuteurs en matière d’obligations.
Les personnes morales, en raison de leur caractère abstrait, sont par nature frappées
d’incapacité d’exercice. Elles doivent nécessairement agir par l’intermédiaire d’une personne
physique qui a les pouvoirs de les représenter. Ces pouvoirs résultent soit de la loi (ex : cas du
président du Conseil communal qui est le représentant légal de la commune et du président
du Conseil communal qui représente la région) soit des actes de constitution ou statuts (ex :
l’Administrateur - délégué d’une société ou son gérant désignés par les associés).





















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Chapitre IV : Les obligations


L’Obligation est un lien de droit en vertu duquel une personne que l’on appelle créancier peut
exiger d’une autre que l’on appelle débiteur, l’exécution d’une prestation déterminée.
A partir de là, il faut signaler que, quelle que soit l’origine de l’obligation, celle-ci est soumise
à un ensemble de règles communes que l’on appelle le Régime Général des Obligations.

Paragraphe 1 : Sources et classification des obligations
A) Sources de l’obligation
La source d’une obligation est l’événement donnant naissance à cette obligation. Il y a
plusieurs sources d’obligations.
1) Le contrat
C’est un accord de volonté destiné à créer des obligations.
2) Le quasi contrat
Ce n’est pas un contrat, c'est presque un contrat. Il n'y a pas véritablement de manifestation
de volonté entre deux personnes. C’est un fait involontaire et licite créateur d’obligations.
Exemple : « J’ai rendu service à mon voisin volontairement ; ma gestion était utile puisque
j'ai voulu réparer cette tuile, mais malheureusement j'ai glissé et j'ai subi un préjudice. Mon
voisin sera tenu de réparer le préjudice que j'ai pu subir. Il y a un quasi-contrat qui s'est
conclu entre moi et mon voisin : quasi-contrat qui fait naître des obligations. »
3) Le délit
C’est un fait intentionnel et illicite qui cause un dommage à autrui. Il oblige l’auteur du
préjudice à réparation.
Exemple : L’auteur d’une diffamation peut être condamné par les tribunaux pour le préjudice
subi par la victime.
4) Le quasi-délit
Il repose sur des faits illicites et non-intentionnels (Par exemple : Un conducteur qui écrase
un piéton s'étant jeté au dernier moment sur la voiture).
5) La loi
Le législateur impose directement des obligations à certaines personnes en dehors de tout
acte. Exemple : L’obligation alimentaire.

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En droit, un débiteur ne peut être tenu que de trois (3) variétés d’obligations : soit il–-, soit -,
soit enfin il est tenu de transférer la propriété d’une chose – on dit obligation de donner.

B) Classification des obligations
Le créancier, c’est le sujet actif ; le débiteur c’est le sujet passif : ce à quoi il est tenu, c’est
l’objet de la prestation. Il y a plusieurs critères de classifications.
1) Selon leur source
Il faut retenir que l’obligation est soit volontaire, soit légale. Donc si l’on devient débiteur ou
créancier, c’est soit parce qu’on l’a voulu par un contrat, soit parce que cela a été imposé par
la loi.
2) Selon l’objet
- Le débiteur est tenu de faire une certaine chose. on dit obligation de faire. Exemple
d’obligation de faire : le locataire est tenu de payer le loyer.
- Le débiteur est tenu de ne pas faire une quelque chose – on dit obligation de ne pas
faire. Exemple d’obligation de ne pas faire : le salarié ne doit pas concurrencer son
employeur.
- Le débiteur il est tenu de transférer la propriété d’une chose – on dit obligation de
donner. Exemple d’obligation de donner : le vendeur est tenu de transférer la
propriété de la chose achetée.
3) Selon le résultat
- Obligation de moyen : Le débiteur est tenu de faire tout ce qui est possible pour
satisfaire le créancier. Il doit mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose mais il
ne garantit pas le résultat. Exemple : Le Médecin qui est tenu de tout mettre en œuvre
pour la santé du malade mais sans garantir le résultat.
- Obligation de résultat : Le débiteur est tenu de procurer au créancier le résultat.
Exemple celui qui emprunte une somme d’argent s’engage à la restituer.
-
Paragraphe 2 : Le contrat
Le contrat est un accord de volonté générateur d’obligations, créateur d’obligations. Il
ne peut que créer des effets de droit.
La convention quant à elle, peut non seulement créer, mais modifier ou éteindre des
effets de droit. Par conséquent, on peut dire que tout contrat est une convention, mais que

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toute convention n’est pas un contrat. Cependant, par commodité de langage on prend pour
synonyme convention et contrat : le langage courant les assimile.
Sous réserve de cette précision, il existe une variété de contrats ; d’où la nécessité
d’opérer une classification pour mieux les identifier. Tous les contrats sont cependant soumis
à un principe fondamental, c’est le Principe de l’Autonomie de la Volonté.

A) La Classification des Contrats
On peut tenter deux séries de classifications : l’une est principale, l’autre constitue un autre
type de classification.

1) Classification Principale
Il existe ici plusieurs catégories de contrats que l’on peut regrouper en les opposant. Il s’agit
respectivement des contrats consensuels et des contrats solennels ; des contrats unilatéraux
et des contrats synallagmatiques ou bilatéraux. Il y a aussi les contrats commutatifs et les
contrats aléatoires, les contrats instantanés et les contrats successifs, les contrats de gré à gré
et les contrats d’adhésion.
a) Contrats consensuels et contrats solennels.
Le contrat est dit consensuel lorsqu’il est valablement formé dès le seul échange de
consentement. C’est ce que l’on appelle le consensualisme.
b) Contrat unilatéral et contrat synallagmatique.
Le contrat est dit unilatéral lorsqu’une seule personne est tenue d’obligation. Exemple : le
contrat de prêt, le contrat de dépôt.
A l’opposé, le contrat est dit synallagmatique ou bilatéral lorsque les obligations des parties
sont réciproques, sont interdépendantes, chaque partie étant à la fois créancière et débitrice
de l’autre. La plupart des contrats sont des contrats synallagmatiques.
c) Contrat commutatif et contrat aléatoire.
Le contrat est dit commutatif lorsque dès sa conclusion chaque partie peut apprécier
objectivement les avantages que lui procure le contrat.
En revanche, dans le contrat aléatoire, l’appréciation des avantages générés par le contrat
dépend de la survenance d’un événement incertain : c’est l’aléa.
d) Contrat instantané et contrat successif ou à exécution successive.

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Le contrat est dit instantané lorsque son exécution se fait sur le champ, en un trait de temps,
de façon instantanée.
A l’opposé, le contrat est dit successif lorsque son exécution s’étale dans le temps. Exemple :
le contrat de bail, le contrat de travail…
e) Contrat de gré à gré et contrat d’adhésion
Le contrat de gré à gré est celui dans lequel les parties ont la liberté de discuter, de négocier
tous les éléments du contrat jusqu’à arriver à un accord. L’essentiel des contrats sont des
contrats de gré à gré.
En revanche, dans le contrat d’adhésion, les termes du contrat sont généralement pré rédigés
par l’une des parties et l’autre partie ne peut qu’y adhérer sans avoir la possibilité de les
négocier : soit elle les accepte telles quelles et le contrat est conclu, soit elle ne les accepte
pas et alors il n’y a pas de contrat.

B) Autres variétés de contrats.
On peut relever le contrat à durée déterminée et le contrat à durée indéterminée, ou encore
le contrat nommé et le contrat innommé, ou enfin le contrat individuel, le contrat collectif et
le groupe de contrats.
a) Le contrat à durée déterminée.
Le contrat est à durée déterminée lorsque son terme est fixé à l’avance avec plus ou moins de
précisions. Lorsque le terme est connu avec exactitude, on parle de terme certain. Exemple :
le contrat de travail de trois mois. Le terme est dit incertain lorsqu’on ne le connaît pas avec
précision. Exemple : l’exécution d’un chantier déterminé, la construction de l’autoroute à
péage…
b) Contrat nommé et contrat innommé.
Le contrat nommé est celui qui a un nom prévu et réglementé par la loi.
Le contrat est innommé tout simplement parce qu’il est apparu postérieurement à la
réglementation des différents et principaux contrats. Généralement, il s’agit de contrats créés
par la pratique.
c) Contrat individuel, contrat collectif et groupe de contrats.
Le contrat individuel, c’est le modèle, le standard. En principe, les contrats sont individuels, ils
ne lient que les parties qui les ont conclus.

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Mais il y a des exceptions avec les contrats collectifs, c’est-à-dire des contrats qui peuvent
s’appliquer même à des personnes qui ne les ont pas conclus. L’exemple typique, c’est la
convention collective de travail (conclue par l’employeur et les syndicats, elle s’applique
même au travailleur non syndiqué)

Paragraphe 3 : La formation du contrat
Le contrat est un accord de volonté générateur d’obligations, créateur d’effets de droits. Mais
pour que le contrat puisse produire de tels effets, encore faudrait-il qu’il remplisse certaines
conditions. Il suffit que l’une quelconque de ces conditions soit violée pour que le contrat
devienne irrégulier et sanctionné en tant que tel.

A) Les Conditions de Formation du Contrat.
Tous les contrats quels qu’ils soient sont soumis à quatre conditions de fond, mais parfois il
arrive que le contrat soit assujetti à une condition de forme.
1) Les Conditions de Fond.
Il y en a respectivement quatre qui sont cumulatives. Il s’agit du consentement ; de la capacité,
de l’objet et de la cause.
a) Le Consentement
C’est la condition fondamentale de tout contrat. Aux termes de la loi, il n’est point de contrat
sans consentement valablement exprimé. L’étude du consentement renvoie à trois aspects :
d’abord comment il se manifeste, ensuite quels sont ses éléments, enfin quels sont les
caractères que doit revêtir le consentement.
– Les Manifestations du Consentement
° Qui peut consentir ?
En principe, c’est le contractant lui-même, et il doit consentir personnellement. Mais
il est parfois possible de consentir pour autrui. C’est le Mécanisme de la Représentation. Mais
pour consentir, il faut aussi être capable. La Capacité, c’est l’aptitude à avoir des droits et à
pouvoir les exercer.
°Comment consentir ?
L’expression du consentement peut être ostensible notamment par l’écrit, par la parole ou
par le geste. C’est le Consentement Exprès. Mais il peut aussi être tacite, implicite, c’est-à-
dire se déduire des circonstances, de l’attitude, du comportement des parties

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Tel est le principe en la matière, mais il est assorti d’exceptions c’est-à-dire des hypothèses
dans lesquelles le silence est considéré comme un consentement. Il y en a trois :
• 1ère Hypothèse : C’est lorsqu’il existait entre les parties des relations d’affaires
antérieures.
• 2ème Hypothèse : C’est lorsque les usages professionnels l’ont prévu.
• 3ème Hypothèse : C’est lorsque l’offre de contracter a été faite dans le seul intérêt
du destinataire.
– Les Eléments du Consentement.
En réalité le consentement c’est la conjonction, c’est la rencontre entre deux éléments que
sont l’offre et l’acceptation.
L’Offre.
On l’appelle aussi Pollicitation. C’est une déclaration unilatérale de volonté par laquelle une
personne exprime son intention de conclure un contrat déterminé à des conditions
déterminées.
L’Acceptation
C’est la réponse positive apportée à l’offre de contracter. Elle doit être identique à tous points
de vue à l’offre, sinon il s’agit d’une contre-proposition, d’une contre-offre.
– L’Intégrité du Consentement
Le consentement doit non seulement exister et être exprimé, mais il faut aussi qu’il ne soit
pas altéré par un vice. Les vices qui peuvent entacher le consentement sont l’erreur, le dol et
la violence. Il ne faut donc pas que le consentement soit donné à la suite d’une erreur, ou qu’il
soit surpris par dol, ou qu’il soit extorqué par la violence.
- L’Erreur :C’est une fausse représentation de la réalité.
- Le Dol : Ce sont des manœuvres, des artifices et mises en scène pour amener le
contractant à consentir.
- La Violence : C’est la contrainte exercée sur une personne pour l’amener à consentir
malgré elle.

b) L’Objet et la Cause
– L’Objet
L’objet c’est ce sur quoi porte le contrat. Il doit d’abord exister même s’il est possible de faire
un contrat sur une chose future. L’objet doit en outre être déterminé ou déterminable dans
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sa quotité et dans sa quantité. Il doit aussi être possible, il doit être licite et il ne doit pas être
contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
– La Cause
La cause, c’est le pourquoi du contrat. C’est le motif qui a déterminé les parties à
contracter. Cette cause, elle aussi doit exister, mais elle n’a pas besoin d’être révélée.

B) Le Formalisme Contractuel ou les conditions de forme
En principe, le contrat, pour être valable, n’a pas besoin de respecter une certaine formalité.
C’est le Principe du Consensualisme. L’exception c’est que certains contrats doivent
nécessairement observer une certaine forme en l’absence de laquelle le contrat est nul. C’est
le Formalisme de Validité par opposition au Formalisme d’Efficacité.
a) Le Formalisme d’Efficacité
C’est un formalisme qui est exigé mais dont l’irrespect n’a pas d’incidence sur la validité du
contrat, mais plutôt sur son efficacité. Il y a trois séries de formalismes qui vont dans ce sens.
C’est d’abord le Formalisme Probatoire c’est-à-dire le formalisme de preuve. Ex : Tout contrat
dont l’objet est égal ou supérieur à 20 000FCFA doit être constaté par écrit. La deuxième série
c’est le Formalisme de Publicité dont la finalité est d’informer les tiers pour rendre opposable
le contrat. Ex : L’inscription de l’hypothèque. La troisième série est le Formalisme
d’Enregistrement qui est une formalité fiscale qui permet de « donner date certaine » à un
acte sous seing privé.
Nota : L’acte inscrit par un officier public donne date certaine c’est-à-dire erga omnes aux actes
sous seing privé car cet agent est assermenté et ce qu’il dit ou écrit est vrai jusqu’à preuve
d’inscription en faut. La preuve incombe à celui qui conteste la certitude de l’acte, il engage sa
responsabilité pénale.
b) Le Formalisme de Validité
C’est un formalisme exigé à peine de nullité du contrat c’est-à-dire qu’en son absence, le
contrat n’existe pas juridiquement. Donc c’est une cinquième condition de validité du contrat.
On dit que la formalité est requise à titre de validité et c’est en cela qu’elle constitue une
exception au principe du consensualisme. Ex : Toute transaction immobilière doit faire l’objet
d’un acte authentique délivré par un officier public assermenté.
En conclusion, le contrat est un accord de volonté générateur d’obligations s’il remplit les
conditions définies par la loi. A défaut, il est irrégulier et est sanctionné en tant que tel.

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C) La Sanction du Contrat Irrégulier


Lorsque l’une quelconque des conditions sus énumérées n’a pas été respectée, le contrat n’est
pas valable. Il est sanctionné par la nullité qui est une sanction radicale en ce sens que le
contrat est anéanti comme s’il n’avait jamais existé. C’est le Principe de la Rétroactivité. Mais
au préalable, faudrait-il mettre en œuvre la nullité ?
1) La Mise en Œuvre de la Nullité
Il faut distinguer selon que la nullité est absolue ou relative.
La nullité est dite absolue lorsque la condition violée au moment de la formation avait pour
but de protéger l’intérêt général. Ex : Absence totale de consentement ou objet illicite.
En revanche, la nullité est relative lorsque la règle violée au moment de la formation avait
pour finalité de protéger un intérêt privé, un intérêt particulier. Ex : L’incapacité ou le vice du
consentement.
Lorsqu’il s’agit d’une nullité absolue, toute personne intéressée peut demander l’annulation
du contrat y compris le Ministère Public et le Juge peut soulever d’office la nullité même si
elle n’a pas été demandée. Par contre, la nullité relative ne peut être invoquée que par la
personne que la règle violée avait pour but de protéger. Mais l’exercice de l’action en nullité
peut rencontrer des obstacles. Il y en a deux :
C’est d’abord la Prescription c’est-à-dire l’écoulement d’un délai, d’un temps au-delà duquel
il n’est plus possible d’agir en nullité. Ce délai est de deux ans pour la nullité relative et il
commence à courir à partir de la cessation du vice ou à partir de sa découverte.
Par contre lorsqu’il s’agit d’une nullité absolue, le délai de prescription est de dix ans et il
commence à courir à partir de la date de conclusion du contrat.
C’est ensuite la Confirmation mais elle ne concerne que la nullité relative. C’est le fait pour
une personne qui avait le droit d’agir en nullité d’y renoncer expressément ou tacitement. En
cas de confirmation, le contrat irrégulier est sensé être valide dès le début, dès sa conclusion
parce que la confirmation rétroagit.
2) Les Effets de la Nullité
C’est l’anéantissement total du contrat comme s’il n’avait jamais existé. Si le contrat n’avait
pas encore été exécuté, il ne le sera jamais plus et s’il y avait déjà exécution, les parties sont
tenues de restituer ce qu’elles ont reçu. C’est ce que l’on appelle l’effet rétroactif de la nullité.
Les parties doivent être mises dans l’état où elles se trouvaient avant la conclusion de leur
contrat irrégulier. C’est ce que l’on appelle le Statu Quo Ante. Mais la restitution n’est pas

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absolue. Parfois elle est atténuée ou elle est écartée. C’est notamment le cas lorsque la nullité
est prononcée pour incapacité parce que la loi décide que l’incapable n’est tenu à restitution
que dans la limite de son enrichissement. C’est aussi le cas lorsque la nullité a été prononcée
pour immoralité du contrat. Dans ce cas en effet, on applique la règle selon laquelle « Nul ne
peut se prévaloir de sa turpitude ». En d’autres termes, on ne peut pas invoquer sa propre
immoralité pour obtenir restitution. Finalement, il faut retenir que le contrat nul est anéanti
et entraîne des effets rétroactifs à moins que cette rétroactivité ne soit tempérée, qu’elle ne
soit atténuée ou écartée. Mais si le contrat est valable, à partir de ce moment, il va développer
ses effets.

Paragraphe 4 : Les effets du contrat
Lorsque le contrat est régulièrement formé, il doit être exécuté par les parties. Mais on doit
aussi envisager la situation des tiers par rapport au contrat.

A) L’Exécution du Contrat par les Parties
Les parties à un contrat régulièrement formé sont tenues d’exécuter leurs engagements. C’est
le Principe de la Force Obligatoire du contrat. Mais l’exécution du contrat peut être assortie
de certaines modalités.
1) La Force Obligatoire du Contrat
Le contrat tient lieu de loi à ceux qui l’ont conclu.
En premier lieu, cela veut dire que les parties sont tenues de respecter leurs engagements
jusqu’à leur terme. Aucune d’elle ne peut rompre le contrat ou le modifier de façon
unilatérale. « Ce que la volonté commune a fait, seule la volonté commune peut le défaire ».
Mais il y a des atténuations à ce principe de la force obligatoire du contrat parce qu’il y a des
hypothèses dans lesquelles le contrat peut être rompu de façon unilatérale. C’est notamment
le cas dans les contrats qui sont marqués par la confiance, des contrats qui sont généralement
intuitu personae c’est-à-dire conclu en considération de la personne du contractant. Exemple :
le contrat de mandat qui peut être rompu à tout moment, c’est ce que l’on appelle la
Révocation Ad Nutum.
La deuxième exception c’est dans les contrats à durée indéterminée parce qu’on permet à
chaque partie dans ce cas de pouvoir y mettre fin de façon unilatérale. C’est ce que l’on

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appelle le Droit de Résiliation Unilatéral parce que le droit réprouve, interdit que l’on puisse
s’engager à vie, à perpétuité, cela étant contraire à la liberté individuelle.
En dehors de ces deux hypothèses, le contrat légalement formé est « la loi des parties » qui
sont tenues de respecter leurs engagements jusqu’au bout. Mais encore faudrait-il savoir qui
est partie soumise à la force obligatoire du contrat. Il y a plusieurs catégories de parties au
contrat.
Il y a d’abord les personnes qui, elles-mêmes ont conclu le contrat en leur nom et pour leur
compte.
Il existe ensuite les personnes qui se sont fait représentées parce que le représentant agit au
nom et pour le compte du représenté.
Il y a enfin les ayant cause universels et les ayant causes à titre universel c’est-à-dire
respectivement ceux qui ont vocation à recueillir la totalité du patrimoine et ceux qui ont
vocation de recueillir une fraction de ce patrimoine.
C’est à l’égard de tous ces gens là que le contrat crée un lien irrévocable. Mais l’exécution du
contrat peut être assortie de certaines modalités.
2) Les Modalités d’exécution du Contrat : le Terme et la Condition.
a) Le Terme.
Il s’agit d’un événement futur et de réalisation certaine dont on fait dépendre l’exigibilité de
l’obligation ou son exécution.
Dans le premier cas, on parle de Terme Suspensif. Ex : Je vous prête 100 000, vous me
rembourserez le 12 janvier 2006 (le 12 janvier est futur et certain).
Dans le second cas, on parle de Terme Extinctif. Ex : Vous louez une chambre du 1er Janvier
au 31 Mars, en fin mars, le contrat est terminé (le 31 mars est futur et extinctif).
b) La Condition.
Il s’agit d’un événement futur mais de réalisation incertaine dont on fait dépendre la naissance
de l’obligation ou sa disparition.
Dans le premier cas, on parle de Condition Suspensive. Ex : Je vous vend mon ouvrage si je
réussis à mon examen ( la réussite est un événement futur et incertain).
Dans le second cas on parle de Condition Résolutoire. Ex : Je vous donne ma maison si je
meurs sans enfant. Le bénéficiaire devient automatiquement propriétaire parce que
l’obligation existe déjà. Si la condition se réalise, c’est-à-dire si le donateur meurt sans enfant,
le donataire est définitivement propriétaire. Par contre si le donateur a un enfant avant son

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décès, la donation est annulée comme si elle n’a jamais existé. Donc le donataire est obligé de
restituer la maison. C’est la condition résolutoire. Mais toutes les conditions ne sont pas
valables.
Il y a d’abord la Condition purement Potestative, c’est celle qui dépend exclusivement de la
volonté du débiteur. Elle n’est pas valable. Ex : Je vous rembourserai le prêt que vous m’avez
accordé quand je voudrai (cela n’a aucune valeur juridique)
Il y a ensuite la Condition Casuelle. C’est celle qui dépend du hasard et elle est valable. Ex : Je
vous donne un million si je gagne au loto.
Il y a également la Condition Mixte. Ex : Je vous vend mon véhicule si je suis affecté à Thiès
(mon affectation dépend de ma demande mais aussi de l’acceptation d’autrui).
Il y a enfin la Condition impossible, illicite ou immorale. Elle n’est pas valable. Ex : Je vous
donne cinq millions si vous décrochez la lune ou si vous m’apportez cinq kilogrammes de
cocaïne.

B) Les Tiers et le Contrat
Le contrat ne laisse pas insensibles les tiers qui sont soumis à un principe inverse, le Principe
de la Relativité des Conventions ou de l’Effet Relatif du Contrat. Mais ce principe connaît des
exceptions.
1) Le Principe de la Relativité des Conventions ou Effet Relatif du Contrat.
On appelle Effet Relatif du Contrat le fait qu’un tiers ne puisse devenir ni créancier, ni débiteur
en vertu d’un contrat qu’il n’a pas conclu. Mais cela signifie aussi que le contrat est opposable
aux tiers et par les tiers.
D’abord le contrat est opposable aux tiers dans la mesure où même les tiers sont tenus de
respecter l’existence d’un contrat auquel ils n’ont pas participé parce que le contrat en tant
que tel constitue une situation de fait objective que tout le monde est tenu de respecter au
risque de voir sa responsabilité engagée.
Il y a ensuite l’opposabilité du contrat par les tiers. Dans ce cas, ce sont les tiers qui invoquent
l’existence d’un contrat pour en tirer profit.
Il faut maintenant identifier qui sont les tiers soumis au principe de la relativité des
conventions.
Il y a d’abord ceux que l’on appelle les Tiers Absolus ou encore Penitus Extranei. Ce sont les
personnes qui sont totalement étrangères au contrat et que le contrat laisse totalement

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indifférentes. C’est à l’égard de ces tiers absolus que le principe de la relativité des
conventions joue en plein temps, c’est-à-dire qu’un tiers absolu ne peut être ni créancier, ni
débiteur en vertu d’un contrat qu’il n’a pas conclu.
Il y a ensuite d’autres catégories de tiers plus ou moins intéressés. Ce sont les Créanciers
Chirographaires et les ayant cause à titre particulier.
Les Créanciers Chirographaires : Ce sont des créanciers qui n’ont d’autre garantie que le
patrimoine de leur débiteur. Donc ils sont intéressés par la consistance de ce patrimoine. Si le
débiteur utilise des actes frauduleux pour échapper au paiement, la loi permet au créancier
chirographaire de faire annuler de tels actes frauduleux accomplis par le débiteur. C’est ce
que l’on appelle l’Action Paulienne. De même, le créancier chirographaire peut agir contre le
débiteur de son débiteur négligeant ou passif. C’est ce que l’on appelle l’Action Oblique.
Mais il y a aussi la situation des ayant cause à titre particulier qui, en principe devraient être
soumis au principe de la relativité des conventions. Mais la loi a prévu des dérogations
ponctuelles notamment en matière de bail lorsque l’immeuble loué a été transmis. Dans ce
cas, le nouvel acquéreur propriétaire de l’immeuble est tenu de maintenir dans les lieux le
locataire. En matière de Droit du Travail, il en va aussi de même lorsqu’il y a cession
d’entreprise. Le nouvel acquéreur est tenu de maintenir les contrats de travail en cours
conclus par son prédécesseur.

2) Les Exceptions au Principe de la Relativité des Conventions.
En Réalité, il n’y a qu’une seule exception : c’est la Stipulation pour Autrui parce que la
Promesse de Porte-Fort est une fausse exception.

a) La Fausse Exception : La Promesse de Porte-Fort.
C’est une convention par laquelle une personne, le Porte-Fort, s’engage auprès de son
contractant qu’un tiers ratifiera le contrat. Il y a deux hypothèses :
1ère hypothèse : Le tiers ratifie le contrat : il n’est plus alors tiers, il devient partie.
2ème hypothèse : Le tiers refuse de ratifier le contrat : il demeure tiers et seul le Porte-Fort
reste engagé vis à vis de son contractant.
Quel que soit l’aspect sous lequel on l’étudie dans ses deux formes, la promesse de porte-fort
ne constitue en aucune façon une exception à la relativité des conventions ; ce qui n’est pas
le cas de la stipulation pour autrui.

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b) La Vraie Exception au Principe : La Stipulation pour Autrui.


La stipulation pour autrui est une convention par laquelle une personne, le promettant,
s’engage auprès de son contractant d’exécuter une prestation déterminée au profit d’un tiers
qu’on appelle Tiers Bénéficiaire. A partir de la conclusion du contrat, le tiers bénéficiaire
devient le créancier direct du promettant. Son droit naît du contrat et ce droit devient
irrévocable dès l’instant qu’il a accepté la stipulation faite à son profit. Mais tant qu’il n’a pas
accepté, le stipulant peut révoquer la stipulation et désigner un autre tiers bénéficiaire le cas
échéant. Les droits du tiers bénéficiaire sont censés lui appartenir dès l’origine. Par voie de
conséquence, ni les héritiers, ni les créanciers du stipulant ne peuvent avoir de prétention sur
les droits du tiers bénéficiaire. Et il n’est pas nécessaire que le tiers bénéficiaire soit au courant
de la stipulation faite à son profit. Il n’est pas non plus nécessaire que ce tiers bénéficiaire
existe au moment de la conclusion du contrat. Mais le promettant peut opposer au tiers
bénéficiaire toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer au stipulant. Enfin, il faut souligner
que la stipulation pour autrui est une convention. En tant que telle, elle doit respecter toutes
les conditions de validité des contrats. Sous réserve de cette précision, il reste que le tiers
bénéficiaire est devenu créancier du promettant alors qu’il n’a pas conclu de contrat. C’est en
cela que la stipulation pour autrui constitue la seule exception à la relativité des conventions.
Nota : L’exemple type est la souscription d’une police d’assurance vie par un parent pour son
enfant déjà né ou même encore en gestation.
En conclusion, la stipulation pour autrui constitue donc l’exception en ce sens où un créancier
devient créancier tout en conservant sa qualité de tiers, ce qui n’est pas conforme à la
relativité des conventions.









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Chapitre V : La responsabilité civile délictuelle


Ici, on est créancier ou débiteur sans l’avoir voulu. C’est la Loi qui en décide ainsi. Cela
concerne deux hypothèses : c’est d’une part la Responsabilité Civile.

Paragraphe 1 : Notion de responsabilité
Elle peut être définie comme l’Obligation de Réparation mise à la charge d’une personne à
propos du dommage causé à autrui (ou subi par autrui). La victime du dommage, c’est le
créancier ; le responsable, c’est le débiteur. Par le seul fait de la Loi, l’obligation se crée ainsi.
L’étude de la responsabilité civile renvoie à trois aspects : c’est d’une part le Fait Générateur
de la responsabilité civile, c’est d’autre part le Dommage et le Lien de Causalité ; c’est enfin
les Effets de la responsabilité civile, c’est-à-dire la réparation du dommage.

A) Le Fait Générateur de la Responsabilité Civile.
Il s’agit d’une variable de la responsabilité civile parce que c’est une condition qui varie d’un
régime à un autre. On peut en effet être responsable soit par son Fait Personnel, soit par le
Fait d’Autrui, soit par le Fait d’une Chose.
1) La Responsabilité du Fait Personnel.
Ici, on est déclaré responsable parce que personnellement on a commis une faute qui a
entraîné un préjudice, article 1382 du code civil Celui qui, par sa faute cause à autrui un
dommage, est tenu de le réparer. Il faut donc savoir ce que c’est une faute pour engager la
responsabilité personnelle d’un individu. Mais la personne dont la responsabilité est
recherchée peut avoir des moyens de défense tendant à écarter ou à atténuer sa
responsabilité.
a) La Notion de Faute
Pour pouvoir engager la responsabilité sur le fondement du fait personnel, il faut prouver que
l’individu a commis une faute.
La faute est un manquement à une obligation préexistante de quelque nature qu’elle soit.
C’est l’élément matériel de la faute.

- L’Élément Matériel de la Faute.
Il y a faute quand il y a violation d’une obligation, quand il y a manquement, transgression
d’une obligation.

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On peut commettre une faute en agissant, c’est la Faute par Action.


On peut aussi commettre une faute en s’abstenant d’agir, on parle de Faute par Omission ou
de Faute par Abstention. Exemple : La Non Assistance à personne en danger.
Il y a aussi faute en abusant de son droit, c’est la Théorie de l’Abus de Droit qui consiste à
exercer son droit à des fins autres que celles pour lesquelles le droit est attribué. Donc, on
peut commettre une faute en exerçant son droit.
La difficulté provient du fait qu’il y a des situations dans lesquelles le Droit n’a rien prévu. La
question est alors de savoir comment faire pour savoir si une personne a commis une faute.
Exemple : Le fait de traverser l’autoroute en lisant son journal, ce n’est interdit nulle part, et
pourtant c’est une faute parce qu’un homme prudent, diligent et avisé ne se comporte pas de
la sorte. C’est le « bon père de famille » qui constitue le modèle standard et par référence
auquel le Juge va vérifier si un comportement est anormal, donc fautif. C’est ce que l’on
appelle l’Appréciation in Abstracto.
- L’Elément Moral ou Psychologique de la Faute.
Cela renvoie à deux aspects : c’est d’abord la Gravité de la Faute ; c’est ensuite l’Imputabilité
de la Faute.

° La Gravité de la Faute
En matière de responsabilité civile, toute faute, même la plus légère (culpa levissima), la plus
vénielle est de nature à engager la responsabilité de son auteur. Donc la gravité de la faute
importe peu. Il peut s’agir d’une faute intentionnelle, celle dont l’auteur de l’acte a recherché
les effets. On l’appelle aussi Faute Dolosive. Mais la faute peut aussi être d’imprudence ou de
négligence, c’est la Faute Involontaire qu’on appelle aussi Quasi-délit. Donc le principe reste
que n’importe quelle faute peut engager la responsabilité, même s’il arrive parfois qu’on
puisse tenir compte de la gravité de la faute, notamment pour aggraver la responsabilité.

°Le Problème de l’Imputabilité de la Faute
La question ici est de savoir si pour commettre une faute, il faut savoir ce que l’on fait. Est-ce
qu’il faut avoir un esprit de discernement, savoir distinguer le bien du mal, parce qu’il y a des
personnes qui peuvent faire mal sans le savoir. Ce sont les malades mentaux et les enfants à
bas âge. Pendant longtemps, on a estimé que ces personnes ne pouvaient pas commettre de
faute parce qu’elles sont inconscientes, elles ne savent pas ce qu’elles font. Donc on ne peut

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leur imputer à faute un acte dommageable. Par conséquent, la victime de ces personnes
risque de rester sans réparation parce qu’elle ne pourra pas engager la responsabilité de ces
personnes.

B) Les Moyens de Défense
Il y en a plusieurs qui peuvent être soulevés par la personne dont on recherche la
responsabilité. Il peut s’agir de Faits Justificatifs, de Faute de la victime, du fait d’un Tiers ou
de la Force Majeure ou encore de ce que l’on appelle la Théorie de l’Acceptation des risques.

1) Les Faits Justificatifs
Ils sont empruntés au Droit Pénal et ce sont essentiellement la Légitime Défense et l’Etat de
Nécessité.
Il y a Légitime Défense lorsqu’en réaction à une agression injuste, on cause un dommage à
l’agresseur. Dans une telle hypothèse, on est couvert parce que cette défense est légitime,
mais encore faudrait-il que la riposte soit proportionnelle par rapport à l’agression.
Il y a ensuite l’état de nécessité. C’est lorsque, pour éviter un dommage grave, on est
contraint, on est forcé de commettre un dommage moindre. Dans ce cas, on est en état de
nécessité qui justifie que l’on ne puisse rechercher la responsabilité de celui qui a causé le
dommage moindre.

2) La Faute de la Victime, le Fait d’un Tiers et la Force Majeure.
D’abord la Faute de la Victime : Lorsque la victime, par sa faute a contribué à la réalisation de
son propre dommage, il va y avoir ce que l’on appelle un partage de responsabilité en tenant
compte de la gravité des fautes respectives.
Il en va de même aussi lorsque le fait d’un tiers a concouru à la réalisation du dommage.
En troisième lieu, c’est la Force Majeure. La force majeure est totalement exonératoire. Dans
ce cas, il n’y a pas de responsabilité.



3) La Théorie de l’Acceptation des Risques

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Il y a des hypothèses dans lesquelles la victime a accepté de courir un risque, de subir le


dommage. Dans ce cas, elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même, c’est comme qui dirait à ses
risques et périls.

Paragraphe 2 : La Responsabilité du Fait d’autrui
Il s’agit d’une responsabilité singulière parce qu’une personne va être déclarée responsable
pour des agissements commis par autrui. Il y en a trois variétés :
C’est d’une part la responsabilité des père et mère pour les dommages causés par leurs
enfants mineurs.
C’est d’autre part la responsabilité des maîtres et artisans pour les dommages causés par les
élèves et apprentis.
C’est enfin la responsabilité du commettant du fait de ses préposés.

A) Les Responsabilités du fait d’autrui fondées sur une présomption de faute : la
responsabilité parentale et la responsabilité des maîtres et artisans.
Dans ces catégories de responsabilités du fait d’autrui, on présume que les parents ou maîtres
et artisans ont commis une faute, c’est pourquoi on les déclare responsables.

1) La Responsabilité Parentale.
Lorsqu’un enfant mineur cause à autrui un dommage, le Droit présume que c’est parce qu’il a
été mal éduqué ou mal surveillé, donc que ses parents sont en faute. Mais il faut qu’il s’agisse
d’un enfant mineur (moins de 18 ans) et que cet enfant cohabite avec les parents ou avec
toute personne qui en a la garde. Peu importe que cet enfant soit conscient de ce qu’il fait, il
suffit que son acte illicite ait causé à autrui un dommage. Les personnes qui vont être
déclarées responsables, ce sont les père et mère ou tous les deux solidairement ou tout autre
parent exerçant sur l’enfant la garde.
Les parents dont la responsabilité est recherchée peuvent échapper en prouvant
qu’elles n’ont pu empêché le fait dommageable.

2) La Responsabilité des Maîtres et Artisans.
Lorsqu’un élève ou un apprenti, pendant le temps où il était sous la surveillance du maître ou
de l’artisan cause à autrui un dommage, on présume que ces derniers l’ont mal surveillé, donc

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ils sont en faute. Ici la Loi n’exige pas une condition d’âge, ni pour l’élève, ni pour l’apprenti,
mais il faut que l’acte dommageable se soit produit pendant le temps où l’élève ou l’apprenti
était sous l’autorité du maître ou de l’artisan. Mais ici, il faut signaler que s’il s’agit d’un élève
d’établissement public, c’est l’Etat qui est responsable par substitution. Sous réserve de cette
précision, le maître, comme l’artisan peut s’exonérer en prouvant qu’il n’a pu empêcher le fait
dommageable. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de la responsabilité du commettant.

B) La Responsabilité du Commettant du Fait de ses Préposés.
Ici, il s’agit d’une responsabilité objective, de plein droit qui ne repose pas sur une
présomption de faute.
Le commettant en effet ne peut pas échapper à cette responsabilité en rapportant la preuve
qu’il n’a commis ni une faute de surveillance, ni une faute de choix du préposé. Il ne peut
s’exonérer qu’en présence d’une cause étrangère, notamment un cas de force majeure ou le
fait d’un tiers. Sous réserve de cette précision, il y a lieu d’identifier le commettant et le
préposé.
On peut dire que généralement, le commettant, c’est celui qui donne des ordres et des
instructions à une autre personne qui exécute un travail pour lui. Donc il existe
nécessairement un lien de préposition dans le contrat de travail. Mais on peut aussi le
retrouver en dehors de tout contrat de travail notamment dans des rapports de parenté ou
de simples rapports amicaux voire de civilité. Il faut que l’acte ait été commis pendant
l’exécution des fonctions ou à l’occasion des fonctions. En principe, cela ne pose pas de
difficultés particulières notamment lorsque le dommage est intervenu pendant les heures de
travail et au lieu de travail.

Paragraphe 3: La Responsabilité du Fait des Choses
Ici aussi, il s’agit d’une responsabilité de plein droit, automatique, qui ne repose pas sur la
faute, du moins en ce qui concerne le Principe Général de Responsabilité du fait des Choses.
C’est qu’aujourd’hui, il existe en plus un régime spécial d’indemnisation des victimes
d’accidents de la circulation. On applique alors le Code CIMA (Conférence Inter-Africaine des
Marchés d’Assurance).

A) Le Principe Général de Responsabilité du Fait des Choses

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Ici, on est déclaré responsable parce qu’une chose ou un animal dont on a la garde ou la
maîtrise a causé à autrui un dommage. Le responsable c’est donc le gardien ou le maître de la
chose. Il faut d’une part identifier le gardien, ensuite les choses susceptibles d’engager la
responsabilité et enfin les causes d’exonération du gardien ou maître de la chose.

1) L’Identification du Gardien.
Est déclaré gardien celui qui a sur une chose un pouvoir d’usage, de contrôle et de direction :
c’est le propriétaire de la chose, mais il n’en est pas toujours ainsi en ce sens qu’il y a des
situations dans lesquelles la garde peut-être transférée ou éclatée, comme il y a des situations
dans lesquelles on ne peut individualiser le gardien. C’est l’hypothèse de la garde collective
ou commune. D’abord la garde peut être transférée à une personne autre que le propriétaire.
Soit ce transfert est volontaire – c’est le cas par exemple du prêt de véhicule ou de la location
de véhicule et dans ces deux cas ce sont respectivement l’emprunteur ou le locataire qui était
gardien pendant le temps où la chose était à sa disposition -, soit ce transfert est involontaire
et c’est notamment le cas du vol ou de la perte. La garde peut aussi être éclatée notamment
lorsqu’il s’agit de chose ayant le dynamisme propre. Dans ce cas, on distingue entre la garde
de la structure et la garde du comportement, et le gardien sera désigné en fonction de l’origine
du dommage. Il y a des hypothèses dans lesquelles il n’est pas possible d’individualiser le
gardien parce qu’il est dans un groupe déterminé mais lui n’est pas déterminé.

2) Les Choses Susceptibles d’engager la Responsabilité
Toutes les choses, sauf les véhicules terrestres à moteur sont de nature à engager la
responsabilité du gardien. Peu importe qu’il s’agisse d’une chose mobile ou que la chose ait
été actionnée ou non par la main de l’homme. Peu importe aussi qu’il s’agisse d’une chose
inerte, qui ne bouge pas ou qu’il s’agisse d’une chose dangereuse ou pas. Toutes les fois où
sans la chose le dommage ne se serait pas produit et il n’est même pas besoin qu’il y ait
contact matériel entre la chose et la victime.

3) Les Causes d’Exonération du Gardien
La responsabilité du fait des choses est une responsabilité de plein droit, automatique. On
parle de présomption de responsabilité. En d’autres termes, cela veut dire que le gardien dont
la responsabilité est recherchée ne peut s’exonérer en apportant la preuve qu’il n’a commis

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aucune faute. La seule exonération qui lui est accordée, c’est celle qui résulte d’une cause
étrangère, c’est-à-dire le fait d’un tiers, la faute de la victime ou la force majeure. Tel est le
régime du Principe Général de Responsabilité du Fait des Choses. Mais depuis quelques
années, il existe un régime spécial d’indemnisation d’accidents de la circulation.

4) L’indemnisation des Victimes d’Accidents de la Circulation : le Code
CIMA
Désormais lorsqu’un véhicule terrestre à moteur cause à autrui un dommage, ce n’est plus le
Code civil qui est applicable, mais le Code CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés
d’Assurance). Il s’agit d’une loi uniforme qui s’applique dans tous les pays adhérant à la CIMA
notamment le Sénégal, le Mali, la Guinée Conakry, le Niger, le Tchad, le Bénin, le Burkina Faso,
la Côte d’Ivoire, le Cameroun. C’est la Loi qui est applicable dans tous ces pays et qui a pour
finalité d’améliorer l’indemnisation des victimes d’accident notamment automobile. Il s’agit
plus exactement des dommages corporels parce que, pour les dommages matériels, on
retrouve les règles classiques de réparation. Le système mis en place facilite ou assure
l’indemnisation pratiquement dans tous les cas avec une procédure simplifiée plus rapide par
opposition à la procédure judiciaire. En effet, dès que le dommage survient, la compagnie
d’assurance du véhicule impliqué doit faire l’offre d’indemnisation qui ne peut dépasser un
an. Et pendant cette période, s’il y a urgence, la victime peut bénéficier de provisions pour
faire face aux frais occasionnés par le dommage et si la compagnie d’assurance use de moyens
dilatoires dans l’offre, elle peut être frappée de pénalités. Généralement, il y a l’accord dans
ce délai d’un an sur l’offre d’indemnisation et ce n’est qu’en cas d’échec qu’il est possible de
saisir la justice. C’est la première innovation apportée par le Code CIMA. La deuxième
innovation apportée par le Code CIMA, c’est qu’on ne peut opposer à la victime ni la
force majeure, ni le fait d’un tiers, ni sa propre faute sauf si c’est elle même qui a recherché
le dommage. La troisième innovation : même lorsque le véhicule n’est pas assuré ou le
conducteur du véhicule est non identifié, la victime peut obtenir réparation par le Fonds de
Garantie Automobile qui est un fonds alimenté par une subvention de l’Etat, mais aussi de
toutes les compagnies d’assurance.
Cependant, le Code CIMA renferme un inconvénient majeur par rapport à la responsabilité
classique. En effet, la réparation du Code CIMA n’est pas intégrale, elle n’est pas totale. C’est
une réparation par forfait. C’est ce que l’on appelle le Système de la Barêmisation.

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Paragrahe 4: La mise en œuvre de la responsabilité civile
A) Le Dommage
On l’appelle aussi préjudice et il y en a une variété même si tous les dommages ne sont pas
réparables.
1) La Diversité ou la Variété des dommages
Le dommage peut consister à une atteinte à la personne ou au bien. Il peut être corporel :
c’est lorsqu’il porte atteinte à l’intégrité physique. Il peut être matériel : c’est lorsqu’il porte
atteinte aux biens. Il peut être moral : c’est lorsqu’il porte atteinte au sentiment, à la douleur,
à l’honneur ou aux droits de la personnalité. Il peut être patrimonial c’est-à-dire susceptible
d’être évalué en argent ; il peut être extrapatrimonial ; enfin il peut consister en un gain
manqué ou à une perte éprouvée. Il peut être personnel ou réfléchi par ricochet c’est-à-dire
au second degré.
Mais tous les dommages ne sont pas réparables.

2) Le Dommage Réparable
Il doit présenter certains caractères :
• D’abord il doit être certain.
• Ensuite il doit être présent, actuel. Mais on répare aussi le dommage futur, celui
qui est la conséquence normale d’une situation actuelle. En revanche, on ne
répare pas le dommage éventuel ou simplement hypothétique parce qu’il n’est
pas certain. Par contre il est possible qu’on répare un dommage probable, donc
dont la certitude n’est pas établie : c’est la perte d’une chance de réussir à
l’examen ou de guérir notamment.

B) Le Lien de Causalité ou la Relation Causale
C’est la dernière condition de la Responsabilité Civile. En effet, pour qu’il y ait Responsabilité
Civile, il faut non seulement un Fait Générateur et un Dommage, mais aussi et surtout il faut
que le dommage soit la conséquence directe du Fait Générateur. On dit qu’il faut un lien de
Cause à Effet entre le dommage et le fait générateur : c’est la relation causale ou le lien de
causalité. En principe, ce lien de causalité est facilement établi notamment lorsqu’un fait
unique a contribué à la réalisation du dommage, mais des difficultés peuvent survenir lorsque

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le dommage est la conséquence de plusieurs circonstances. C’est l’hypothèse de la Pluralité


de Causes. Exemple : un piéton est bousculé par un autre, renversé par un cycliste et écrasé
par un véhicule. Qui est responsable du décès ? A cette question relativement simple, trois
théories ont été proposées.
D’abord la théorie de la Proximité de la Chose qui considère que la cause du dommage, c’est
l’événement, la circonstance la plus proche par rapport au dommage.
La deuxième théorie, c’est l’Equivalence des Conditions qui considère que tous les
événements ont joué un rôle équivalent dans la réalisation du dommage.
La dernière théorie, c’est celle de la Causalité Adéquate en vertu de laquelle il faut prendre
en compte l’élément qui, selon le cours normal des choses aurait abouti au dommage : il faut
donc opérer un tri et apprécier la part respective d’intervention de chaque élément.
La Jurisprudence semble favorable aux dernières thèses, mais il appartient à la victime de
prouver ce lien de causalité qui parfois peut être présumé, notamment en matière de
Responsabilité du Fait des Choses.
En conclusion, c’est lorsque ces trois conditions de la Responsabilité sont réunies qu’il est
possible d’envisager les effets qui s’y attachent.

C) Les Effets de la Responsabilité Civile : la Réparation du Dommage

Les effets de la responsabilité civile renvoient à la réparation du dommage subi.
Précisément, il s’agit de relever la mise en œuvre de l’action en réparation avant d’apprécier
l’évaluation et les modalités de la réparation.

1) La Mise en œuvre de l’Action en Réparation
Bien souvent, lorsque les parties ne transigent pas, lorsqu’elles ne s’entendent pas à l’amiable,
il faut saisir le Juge pour que le dommage soit réparé. Celui qui demande réparation, en
principe c’est la victime et c’est le créancier ou ses ayant droit. Celui à qui on demande
réparation, c’est le responsable et c’est le débiteur.
En principe, l’action en responsabilité est portée devant le tribunal du domicile du défendeur.
C’est généralement le lieu de survenance du dommage. Mais il arrive que le fait générateur
du dommage soit en même temps une infraction pénale. Dans ce cas, l’action peut être portée
soit devant le Tribunal Civil, soit devant le Tribunal Répressif. Si elle est portée devant le

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Tribunal Répressif, la décision du Juge Pénal s’impose au Juge Civil qui ne peut décider
autrement. C’est ce que l’on appelle l’Autorité de la Chose Jugée au Pénal sur le Civil.
Par ailleurs, lorsque c’est la Juridiction répressive qui est saisie en premier lieu, le Juge Civil
est tenu de surseoir à statuer jusqu’à la décision du Juge Pénal.
Enfin, lorsque l’action en réparation est portée devant le Juge Pénal, on applique la
prescription du Droit Pénal, c’est-à-dire dix (10) ans pour les Crimes, trois (3) ans pour les
Délits et un (1) an pour les Contraventions.
En conclusion, l’action en réparation est le premier acte vers l’indemnisation du dommage
subi par la victime. Il restera simplement au Juge de statuer sur les modalités et l’évaluation
du dommage.

2) Modalités et Evaluation du Dommage
L’évaluation du dommage se fait par le Juge qui se place au jour du jugement, ce qui lui permet
de prendre en compte l’évolution éventuelle du dommage depuis sa survenance. Mais la dette
de la réparation elle, naît au jour de la survenance du dommage parce que, dès ce moment,
la créance existe déjà. Elle est Certaine dans son principe. C’est sa Liquidité et son Exigibilité
qui sont différées jusqu’au jour du jugement.
Sous réserve de cette précision, il appartient au Juge de fixer souverainement le montant des
dommages et intérêts en tenant compte des circonstances le cas échéant. Ces dommages et
intérêts sont constitués par une certaine somme d’argent dont la finalité est non pas d’effacer,
mais de compenser le dommage, le préjudice subi. C’est pourquoi on les appelle des
dommages et intérêts compensatoires à côté desquels il y a des dommages et intérêts
moratoires, c’est-à-dire des dommages et intérêts dus à cause du retard dans l’exécution de
l’obligation.
Les dommages et intérêts ont donc pour fonction de réparer le dommage subi. C’est pourquoi
on parle de Réparation par Equivalent à l’opposé de la Réparation en Nature qui aurait été
meilleure, mais qui n’est pas possible dans tous les cas, notamment lorsqu’il s’agit d’obligation
de faire.
Sous réserve de ces précisions, la réparation doit être intégrale. On doit réparer tout le
dommage, la totalité du dommage, mais seulement le dommage. C’est le Principe de la
Réparation Intégrale. Mais il arrive parfois qu’il y ait des réparations forfaitaires comme avec
le code CIMA - l’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation. En matière

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délictuelle, les clauses qui limitent ou écartent la responsabilité sont nulles, alors que de telles
clauses sont valables en matière contractuelle à la condition cependant qu’elles n’écartent
pas toute responsabilité.




























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BIBLIOGRAPHIE
- Lexique des termes juridiques, éditions Dalloz
- Jean Salmond, Jurisprudence, 10e éd., 1946
- Gérard Cornu, Droit Civil – Introduction, Ed. Montchrestien, 1980, pp. 16-20
- La constitution ivoirienne de Novembre 2016
- Le Décret n°2012-980 du 12 octobre 2012 portant interdiction de fumer dans les lieux
publics et transports en commun
- Le Code de Procédure Civile Commerciale et Administrative
- Le Code Civil I et II

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